SAINT THOMAS D’AQUIN

Docteur de l’Église

 

COMMENTAIRE DES SENTENCES DE PIERRE LOMBARD

Scriptum super Sententiis

(1254-1256)

 

© Copyright, traduction et notes par Jacques MÉNARD 2009

Edition numérique http://docteurangelique.free.fr

Les œuvres complètes de saint Thomas d’Aquin

 

LIVRE III (Première partie, Dist. 1 à 27)

 

(Version préliminaire)

 

 

Le texte latin est en caractère 12, en bleu. La traduction française est faite à partir de l’édition électronique des Opera omnia de Thomas d’Aquin, réalisée par le professeur Enrique Alarcón, dans le cadre de la publication accessible par ordinateur du Corpus thomisticum (Université de Navarre, 2004). http ://www.corpusthomisticum.org

 

On voudra bien se reporter aux remarques qui précèdent la traduction du livre IV du Commentaire sur les Sentences. On trouvera aussi des indications bibliographiques sur le contexte historique et littéraire du Commentaire sur le livre des Sentences de Pierre Lombard au début du livre IV.

 

Livre III 16

Prologue_ 16

Distinction 1 – [L’incarnation, du point de vue de celui qui assume] 17

Question 1 – [Était-il possible à Dieu de s’incarner ?] 18

Prologue_ 18

Article 1 – Était-il possible que Dieu s’incarne ?_ 19

Article 2 – Était-il convenable que Dieu s’incarne ?_ 25

Article 3 – Si l’homme n’avait pas péché, Dieu se serait-il incarné ?_ 34

Article 4 – Convenait-il que Dieu reporte tellement son incarnation ?_ 39

Question 2 – [Qui assume la chair ?] 43

Prologue_ 43

Article 1 – Une seule personne peut-elle assumer la chair sans une autre ?_ 43

Article 2 – Convenait-il davantage que le Fils s’incarne, plutôt que le Père ou le Saint-Esprit ?_ 47

Article 3 – Le Père pouvait-il prendre chair, de même que le Saint-Esprit ?_ 51

Article 4 – Le Père, le Fils et le Saint-Esprit peuvent-ils assumer la même nature en nombre ?_ 54

Article 5 – Une seule personne peut-elle assumer deux natures humaines ?_ 59

Explication du texte de Pierre Lombard – Dist. 1_ 63

Distinction 2 – [L’incarnation, du point de vue de ce qui est assumé] 65

Question 1 – [La nature humaine est-elle plus susceptible d’assumée que les autres ?] 65

Prologue_ 65

Article 1 – La nature humaine peut-elle être assumée plutôt que les autres ?_ 66

Sous-question 1 – [La nature humaine est-elle plus susceptible d’être assumée qu’une créature sans raison ?] 66

Sous-question 2 – [La nature angélique est-elle moins susceptible d’être assumée que la nature humaine ?] 67

Sous-question 3 – [L’univers entier est-il plus susceptible d’être assumé que la nature humaine ?] 68

Réponse à la sous-question 1_ 68

Réponse à la sous-question 2_ 71

Réponse à la sous-question 3_ 72

Article 2 – Le Fils de Dieu devait-il assumer la nature humaine ?_ 73

Sous-question 1 – [Le Fils de Dieu devait-il assumer la nature humaine chez tous les suppôts de la nature humaine ?] 73

Sous-question 2 – [Le Fils de Dieu devait-il assumer la nature humaine en quelqu’un engendré de la descendance d’Adam ?] 73

Sous-question 3 – [Le Fils de Dieu devait-il assumer la nature humaine en Adam lui-même ?] 74

Réponse à la sous-question 1_ 74

Réponse à la sous-question 2_ 76

Réponse à la sous-question 3_ 77

Article 3 – Le Fils de Dieu a-t-il assumé la chair humaine ?_ 77

Sous-question 1 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé la chair humaine ?] 77

Sous-question 2 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé la chair, mais non pas l’âme ?] 78

Sous-question 3 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé la forme du tout qui résulte de la composition des parties ?] 79

Réponse à la sous-question 1_ 80

Réponse à la sous-question 2_ 82

Réponse à la sous-question 3_ 84

Question 2 – [L’ordre de l’assomption] 85

Prologue_ 85

Article 1 – Le Fils de Dieu a-t-il assumé la chair par l’intermédiaire de l’âme ?] 85

Sous-question 1 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé la chair par l’intermédiaire de l’âme ?] 85

Sous-question 2 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé l’âme par l’intermédiaire de l’esprit ?] 86

Sous-question 3 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé le tout par l’intermédiaire des parties ?] 87

Réponse à la sous-question 1_ 88

Réponse à la sous-question 2_ 90

Réponse à la sous-question 3_ 91

Article 2 – La nature humaine est-elle assumée par l’intermédiaire de la grâce ?_ 92

Sous-question 1 – [La nature humaine est-elle assumée par l’intermédiaire de la grâce ?] 93

Sous-question 2 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé la chair par l’intermédiaire du Saint-Esprit ?] 93

Sous-question 3 – [L’union joue-t-elle le rôle d’intermédiaire entre la nature humaine et la nature divine ?] 94

Réponse à la sous-question 1_ 95

Réponse à la sous-question 2_ 96

Réponse à la sous-question 3_ 97

Article 3 – La chair a-t-elle été conçue avant d’être assumée ?_ 98

Sous-question 1 – [La chair a-t-elle été conçue avant d’être assumée ?] 98

Sous-question 2 – [La chair a-t-elle été assumée avant d’être animée ?] 99

Sous-question 3 – [L’âme a-t-elle été assumée avant d’être unie au corps ?] 99

Réponse à la sous-question 1_ 100

Réponse à la sous-question 2_ 101

Réponse à la sous-question 3_ 102

Explication du texte de Pierre Lombard, Distinction 2_ 102

Distinction 3 – [La qualité de ce qui a été assumé] 104

Question 1 – [La sanctification de la bienheureuse Vierge] 104

Prologue_ 104

Article 1 – La bienheureuse Vierge a-t-elle été sanctifiée avant que sa conception ne soit terminée ?_ 105

Sous-question 1 – [La bienheureuse Vierge a-t-elle été sanctifiée avant que la conception de sa chair ne soit terminée ?] 105

Sous-question 2 – [La bienheureuse Vierge a-t-elle été sanctifiée avant d’être animée ?] 106

Sous-question 3 – [La bienheureuse Vierge a-t-elle été sanctifiée avant sa naissance ?] 108

Réponse à la sous-question 1_ 109

Réponse à la sous-question 2_ 110

Réponse à la sous-question 3_ 111

Article 2 – Par la sanctification dans le sein, la bienheureuse Vierge a-t-elle été entièrement purifiée du péché originel ?  112

Sous-question 1 – [La mère de Dieu a-t-elle été entièrement purifiée du péché originel dans le sein ?] 112

Sous-question 2 – [La bienheureuse Vierge a-t-elle obtenu d’être exempte du péché actuel par la sanctification dès le sein ?] 113

Sous-question 3 – [La bienheureuse Vierge, par la seconde sanctification qui s’est réalisée par la conception du Sauveur, a-t-elle obtenu d’être confirmée dans le bien ?] 114

Réponse à la sous-question 1_ 115

Réponse à la sous-question 2_ 118

Réponse à la sous-question 3_ 119

Question 2 – [La puissance génératrice de la bienheureuse Vierge ] 120

Prologue_ 121

Article 1 – La bienheureuse Vierge a-t-elle contribué activement à la conception du Christ ?_ 121

Article 2 – La génération du Christ par une vierge est-elle naturelle ou miraculeuse ?_ 128

Question 3 – [L’Annonciation ] 131

Prologue_ 131

Article 1 – Convenait-il qu’une annonce de la conception du Sauveur soit faite à la Vierge ?_ 131

Sous-question 1 – [Était-il nécessaire que la conception du Sauveur soit annoncée à la Vierge ?] 131

Sous-question 2 – [L’annonciation a-t-elle eu lieu sous forme de vision corporelle ?] 132

Réponse à la sous-question 1_ 132

Réponse à la sous-question 2_ 133

Sous-question 1 – [L’Annonciation devait-elle être faite par un ange ?] 134

Sous-question 2 – [L’ange de l’Annonciation faisait-il partie des ordres les plus élevés ?] 135

Réponse à la sous-question 1_ 135

Réponse à la sous-question 2_ 136

Explication du texte de Pierre Lombard (Questions 1, 2 et 3) 138

Question 4 – [Questions sur la condition charnelle que le Christ a reçue de sa mère] 139

Prologue_ 139

Article 1 – La chair du Christ a-t-elle été exposée au péché chez les pères anciens ?_ 140

Sous-question 1 – [Un descendant d’Abraham a-t-il été soumis à la dîme en lui ?] 148

Sous-question 2 – [Le Christ a-t-il été soumis à la dîme en Abraham ?] 149

Réponse à la sous-question 1_ 150

Réponse à la sous-question 2_ 151

Question 5 – [La transmission de la chair du Christ depuis sa mère] 152

Prologue_ 152

Article 1 – Le corps du Christ a-t-il été conçu à partir du sang très pur de la Vierge ?_ 152

Article 2 – La conception du corps du Christ s’est-elle produite subitement ou successivement ?_ 156

Article 3 – La sanctification convient-elle au Christ, au sens où il avait besoin de sanctification ?_ 161

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 3_ 164

Distinction 4 – [La cause efficiente de l’assomption] 165

Question 1 – [L’accomplissement de la conception du Christ doit-il être approprié au Saint-Esprit ?] 165

Prologue_ 165

Article 1 – La réalisation de la conception du Christ doit-elle être appropriée au Saint-Esprit ?_ 167

Sous-question 1 – [Cette réalisation doit-elle être appropriée à une personne divine ?] 167

Sous-question 2 – [La conception du Christ doit-elle être appropriée au Père ?] 167

Sous-question 3 – [La conception du Christ doit-elle être attribuée au Fils ?] 168

Sous-question 4 – [La conception du Christ doit-elle être appropriée au Saint-Esprit ?] 168

Réponse à la sous-question 1_ 169

Réponse à la sous-question 2_ 170

Réponse à la sous-question 3_ 170

Réponse à la sous-question 4_ 171

Article 2 – Le Christ, en tant qu’homme, peut-il être appelé le Fils du Saint-Esprit ?_ 172

Sous-question 1 – [Le Christ, en tant qu’homme, peut-il être appelé le Fils du Saint-Esprit ?] 172

Sous-question 2 – [Le Christ peut-il être appelé le Fils de la Trinité ?] 172

Réponse à la sous-question 1_ 173

Réponse à la sous-question 2_ 176

Question 2 – [La conception du Christ par rapport à sa mère] 177

Prologue_ 177

Article 1 – La bienherueuse Vierge peut-elle être appelée mère de l’homme Jésus, le Christ ?_ 177

Article 2 – La bienheureuse Vierge doit-elle être appelée mère de Dieu ?_ 179

Question 3 – [La conception par rapport à la grâce du Christ] 181

Prologue_ 182

Article 1 – Cette conception a-t-elle été précédée de mérites de la part des pères anciens ?_ 182

Article 2 – La grâce est-elle naturelle à cet homme ?_ 185

Sous-question 1 – [La grâce est-elle naturelle à cet homme ?] 185

Sous-question 2 – [Le Christ a-t-il été corporellement rempli par la grâce divine ou par la divinité ?] 185

Réponse à la sous-question 1_ 186

Réponse à la sous-question 2_ 186

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 4_ 187

Distinction 5 – [Ce qui assume et ce qui est assumé ont-ils raison de nature ou de personne ?]  188

Question 1 – [Qu’est-ce que l’union ?] 188

Prologue_ 188

Article 1 – L’union est-elle quelque chose de créé ?_ 190

Sous-question 1 – [L’union est-elle une créature ?] 190

Sous-question 2 – [S’agit-il de la moindre des unions ? ] 191

Sous-question 3 – [L’union diffère-t-elle de l’assomption ?] 192

Réponse à la sous-question 1_ 192

Réponse à la sous-question 2_ 193

Réponse à la sous-question 3_ 194

Article 4 – L’union s’est-elle réalisée dans la nature ?_ 195

Article 3 – L’union s’est-elle réalisée dans la personne et le Christ était-il une seule personne ?_ 199

Question 2 – [Convient-il à une personne divine d’assumer ?] 204

Prologue_ 204

Article 1 – Convient-il à une personne divine d’assumer ?_ 204

Article 2 – Convient-il à la nature [divine] d’assumer ?_ 206

Article 3 – Convient-il à la nature d’assumer, en mettant à part les personnes ?_ 208

Question 3 – [Ce qui est assumé] 209

Prologue_ 209

Article 1 – La nature humaine a-t-elle été assumée ?_ 210

Article 2 – L’âme séparée est-elle une personne ?_ 211

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 5_ 215

Distinction 6 – [Les conditions du Dieu incarné] 216

Question 1 – [Ce qui convient au Dieu incarné] 216

Prologue_ 216

Article 1 – Y a-t-il deux hypostases dans le Christ ?_ 223

Sous-question 1 – [Y a-t-il deux hypostases dans le Christ ?] 223

Sous-question 2 – [Y a-t-il deux suppôts dans le Christ ?] 223

Sous-question 3 – [Y a-t-il deux individus dans le Christ ?] 224

Sous-question 4 – Y a-t-il deux choses naturelles dans le Christ ?_ 225

Réponse à la sous-question 1_ 225

Réponse à la sous-question 2_ 228

Réponse à la sous-question 3_ 229

Il y a deux individus dans le Christ, mais qui ne subsistent pas par eux-mêmes. Le Christ lui-même est un seul individu subsistant, comme on l’a dit. 229

Réponse à la sous-question 4_ 229

Article 2 – Le Fils de Dieu a-t-il assumé un homme ?_ 230

Article 3 – Le mot « homme » indique-t-il seulement le composé de deux substances ?_ 232

Question 2 – [La deuxième opinion] 234

Prologue_ 234

Article 1 – Le Christ est-il deux réalités ?_ 234

Article 2 – N’y a-t-il qu’un seul être dans le Christ ?_ 238

Article 3 – La personne du Verbe est-elle composée après l’incarnation ?_ 242

Question 3 – [La troisième opinion] 245

Prologue_ 245

Article 1 – Dans le Christ, une composition a-t-elle eu lieu entre son âme et son corps ?_ 245

Article 2 – La nature humaine est-elle unie au Verbe de manière accidentelle ?_ 247

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 6_ 249

Distinction 7 – [Les expressions concernant l’union] 254

Question 1 – [Dans la proposition : « Dieu est homme », comment le verbe « est » exprime-t-il l’union  ?] 254

Prologue_ 254

Article 1 – Cette formule : « Dieu est homme » est-elle vraie ?_ 256

Article 2 – Le Christ peut-il être appelé l’homme du Seigneur ( homo dominicus) ?_ 262

Question 2 – [Comment le participe «devenu » (factus) exprime-t-il l’union ?] 265

Prologue_ 265

Article 1 – Cette proposition est-elle vraie : « Dieu est devenu homme ?» ?_ 265

Article 2 – Cette proposition est-elle vraie : « L’homme est devenu Dieu » ?_ 268

Question 3 – [Les expressions de l’union selon le participe « prédestiné »] 271

Prologue_ 271

Article 1 – L’homme Christ a-t-il été prédestiné à être Fils de Dieu ?_ 271

Article 2 – Le Fils de Dieu était-il prédestiné à être homme ?_ 274

Sous-question 1 – [Le Fils de Dieu était-il prédestiné à être homme ?] 274

Sous-question 2 – [La proposition : « Le Fils de Dieu a été prédestiné à être le Fils de Dieu » est-elle vraie ?  275

Sous-question 3 – [Cette proposition est-elle vraie : « Le Fils de Dieu a été prédestiné tout simplement » ?  275

Réponse à la sous-question 1_ 276

Réponse à la sous-question 2_ 277

Réponse à la sous-question 3_ 278

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 7_ 278

Distinction 8 – [Les effets de l’union] 279

Question 1 – [Qu’est-ce que la naissance  ?] 279

Prologue_ 279

Article 1 – La naissance n’existe-t-elle que chez les vivants ?_ 280

Article 2 – La nature humaine est-elle née chez le Christ ?_ 283

Article 3 – La nature divine chez le Christ est-elle née de la Vierge ?_ 286

Article 4 – Faut-il affirmer deux naissances du Christ ou une seule ?_ 287

Sous-question 1 – [Faut-il affirmer deux naissances du Christ ?] 287

Sous-question 2 – [Le Christ est-il né deux fois ?] 288

Réponse à la sous-question 1_ 288

Réponse à la sous-question 2_ 289

Article 5 – Y a-t-il deux filiations chez le Christ ?_ 290

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 8_ 294

Distinction 9 – [La nature humaine et son union à la nature divine] 294

Question 1 – [Qu’est-ce que la latrie ?] 294

Prologue_ 294

Article 1 – Le culte de latrie est-il une vertu ou un don ?_ 295

Sous-question 1 – [Le culte de latrie est-il une vertu ?] 295

Sous-question 2 – [Le culte de latrie est-il une vertu générale ?] 296

Sous-question 3 – [Le culte de latrie est-il une vertu théologale ?] 296

Sous-question 4 – [À quelle vertu cardinale se ramène le culte de latrie ?] 297

Réponse à la sous-question 1_ 298

Réponse à la sous-question 2_ 299

Réponse à la sous-question 3_ 301

Réponse à la sous-question 4_ 302

Article 2 – Le culte de latrie doit-il être manifesté à l’humanité du Christ ?_ 303

Sous-question 1 – [Le culte de latrie doit-il être manifesté à l’humanité du Christ ?] 303

Sous-question 2 – [Un culte de latrie doit-il être manifesté aux images du Christ ?] 304

Sous-question 3 – [Un culte de latrie doit-il être rendu à la bienheureuse Vierge ?] 304

Sous-question 4 – [Un culte de latrie doit-il être manifesté à la croix ?] 305

Sous-question 5 – [Un culte de latrie doit-il être rendu aux saints ?] 305

Sous-question 6 – [Peut-on manifester sans péché à une créature un culte de latrie ?] 306

Sous-question 7 – [Si un culte de latrie est manifesté à une créature, est-il univoque par rapport à celui qui est manifesté à Dieu ?] 306

Réponse à la sous-question 1_ 307

Réponse à la sous-question 2_ 309

Réponse à la sous-question 3_ 310

Réponse à la sous-question 4_ 310

Réponse à la sous-question 5_ 311

Réponse à la sous-question 6_ 312

Réponse à la sous-question 7_ 313

Article 3 – Le culte de latrie est-il dû à Dieu en raison de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté ?_ 313

Sous-question 1 – [Le culte de latrie est-il dû à Dieu en raison de sa puissance, de sa sagesse et de sa bonté ?] 313

Sous-question 2 – [Le même culte de latrie est-elle dû au Père et au Fils ?] 314

Sous-question 3 – [Le culte de latrie doit-elle être manifesté à Dieu par des rites corporels ?] 314

Réponse à la sous-question 1_ 315

Réponse à la sous-question 2_ 315

Réponse à la sous-question 3_ 316

Question 2 – [Qu’est-ce que le culte de dulie ?] 317

Prologue_ 317

Article 1 – Le culte de latrie et le culte de dulie sont-ils la même chose ?_ 317

Article 2 – Le culte de dulie comporte-t-il diverses espèces ?_ 319

Article 3 – Les pécheurs doivent-ils être honorés par un culte de dulie ?_ 320

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 9_ 322

Distinction 10 – [Ce qui convient à la personne du Christ en raison de sa nature humaine] 323

Question 1 – [Le Christ est-il Dieu en tant qu’homme ?] 323

Prologue_ 323

Article 1 – Le Christ, en tant qu’homme, est-il Dieu ?_ 325

Sous-question 1 – [Le Christ, en tant qu’homme, est-il Dieu ?] 325

Sous-question 2 – [Est-il Dieu selon qu’il est cet homme ?] 326

Sous-question 3 – [Le Christ est-il prédestiné en tant qu’homme ?] 326

Réponse à la sous-question 1_ 327

Réponse à la sous-question 2_ 329

Réponse à la sous-question 3_ 330

Sous-question 1 – [Le Christ, selon qu’il est homme, est-il une personne ?] 331

Sous-question 2 – [Le Christ est-il un individu en tant qu’homme ?] 332

Sous-question 3 – [Le Christ, en tant qu’homme, est-il un suppôt ou une chose de la nature ?] 332

Réponse à la sous-question 1_ 333

Réponse à la sous-question 2_ 333

Réponse à la sous-question 3_ 334

Question 2 – [La filiation par adoption] 335

Prologue_ 335

Article 1 – Convient-il à Dieu d’adopter quelqu’un comme un fils ?_ 335

Sous-question 1 – [Convient-il à Dieu d’adopter quelqu’un comme un fils ?] 336

Sous-question 2 – [Adopter relève-il seulement de Dieu le Père ?] 336

Sous-question 3 – [L’adoption ne se réalise-t-elle que par le Fils ?] 337

Réponse à la sous-question 1_ 337

Réponse à la sous-question 2_ 338

Réponse à la sous-question 3_ 339

Sous-question 1 – [Convient-il à toutes les créatures d’êtres adoptées ?] 339

Sous-question 2 – [Convient-il aux anges d’être adoptés ?] 340

Sous-question 3 – [Le Christ est-il un fils adoptif ?] 340

Réponse à la sous-question 1_ 341

Réponse à la sous-question 2_ 342

Réponse à la sous-question 3_ 343

Question 3 – [La prédestination du Christ porte-t-elle sur la nature ou sur la personne ?] 344

Article 1 – La prédestination du Christ porte-t-elle sur la nature ou sur la personne ?_ 344

Sous-question 1 – [La prédestination du Christ porte-t-elle sur la nature ou sur la personne ?] 344

Sous-question 2 – [La prédestination du Christ est-elle conforme à notre prédestination ?] 345

Sous-question 3 – [La prédestination du Christ est-elle la cause efficiente de notre prédestination ?] 345

Réponse à la sous-question 1_ 346

Réponse à la sous-question 2_ 347

Réponse à la sous-question 3_ 347

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 10_ 348

Distinction 11 – [L’attribution à Dieu de déficiences de la nature humaine] 349

Question 1 – [Le Fils de Dieu est-il une créature ?] 349

Prologue_ 349

Article 1 – Le Fils de Dieu est-il une créature ?_ 350

Article 2 – Le Christ est-il une créature ?_ 355

Article 3 –Le Christ, en tant qu’homme, est-il une créature ?_ 359

Article 4 – Ce qui appartient à la nature humaine peut-il être dit du Fils de Dieu ?_ 362

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 11_ 365

Distinction 12 – [Les carences qui découlent de la nature humaine] 366

Prologue_ 366

Question 1 – [Cet homme a-t-il commencé à exister ?] 367

Article 1 – Cette proposition est-elle vraie : « Cet homme a commencé à exister. »_ 367

Question 2 – [Le Christ pouvait-il pécher ?] 371

Prologue_ 371

Article 1 – Le Christ pouvait-il pécher ?_ 371

Article 2 – Le Christ avait-il la capacité de pécher ?_ 374

Question 3 – [Quel devait être le sexe du Christ ?] 376

Prologue_ 376

Article 1 – Le Christ devait-il assumer un sexe ?_ 376

Sous-question 1 – [Le Christ devait-il assumer un sexe ?] 377

Sous-question 2 – [Le Christ devait-il assumer le sexe féminin ?] 377

Réponse à la sous-question 1_ 378

Réponse à la sous-question 2_ 378

Sous-question 1 – [Le Christ devait-il assumer la chair à partir des sexes ?] 379

Sous-question 2 – [Le Christ devait-il assumer un corps issu d’un homme seulement ?] 380

Réponse à la sous-question 1_ 380

Réponse à la sous-question 2_ 381

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 12_ 381

Distinction 13 – [Ce qui convient à l’incarnation selon les deux natures] 382

Question 1 – [Le Christ avait-il la grâce habituelle ?] 382

Prologue_ 382

Article 1 – Y avait-il dans le Christ une grâce habituelle perfectionnant son âme ?_ 383

Article 2 – Le Christ a-t-il possédé la plénitude de la grâce ?_ 386

Sous-question 1 – [Le Christ a-t-il possédé la plénitude de la grâce ?] 386

Sous-question 2 – [La grâce du Christ était-elle infinie ?] 387

Sous-question 3 – [Cette grâce pouvait-elle être augmentée ?] 388

Réponse à la sous-question 1_ 389

Réponse à la sous-question 2_ 390

Réponse à la sous-question 3_ 393

Question 2 – [La grâce de la tête] 394

Prologue_ 394

Article 1 – Le Christ est-il tête de l’Église en tant qu’homme ?_ 394

Article 2 – Le Christ, en tant qu’homme, est-il la tête des anges ?_ 399

Sous-question 2 – [Le Christ est-il la tête de tous les hommes ?] 400

Sous-question 3 – [Le Christ est-il la tête des âmes seulement ?] 401

Réponse à la sous-question 1_ 401

Réponse à la sous-question 2_ 402

Réponse à la sous-question 3_ 404

Question 3 – [La grâce d’union] 405

Prologue_ 405

Article 1 – La grâce d’union est-elle créée ?_ 405

Article 2 – La grâce d’union est-elle la même chose que la grâce de la tête ?_ 409

Sous-question 1 – [La grâce d’union est-elle la même chose que la grâce de la tête ?] 409

Sous-question 2 – [La grâce de la tête est-elle la même que sa grâce indivuelle ?] 410

Sous-question 3 – [La grâce de la personne individuelle précède-t-elle la grâce d’union ?] 411

Réponse à la sous-question 1_ 412

Réponse à la sous-question 2_ 412

La réponse à la deuxième question ressort clairement de ce qui a été dit. 412

Réponse à la sous-question 3_ 413

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 13_ 414

Distinction 14 – [Les sciences du Christ] 415

Question 1 – [La science du Christ] 415

Prologue_ 415

Article 1 – Existe-t-il une science chez le Christ ?_ 416

Sous-question 1 – [Existe-t-il une science créée chez le Christ ?] 416

Sous-question 2 – [La connaissance créée chez le Christ est-elle un habitus ou un acte ?] 417

Sous-question 3 – [L’âme du Christ a-t-elle connu le Verbe grâce à un habitus ?] 418

Sous-question 4 – [L’âme du Christ connaît-elle le Verbe et les choses dans le Verbe par le même habitus ?] 418

Sous-question 5 – [L’âme du Christ a-t-elle une autre science des choses, en plus de la science par laquelle elle connaît les choses dans le Verbe ?] 419

Réponse à la sous-question 1_ 420

Réponse à la sous-question 2_ 421

Réponse à la sous-question 3_ 424

Réponse à la sous-question 4_ 426

Réponse à la sous-question 5_ 427

Article 2 – L’âme du Christ, en voyant le Verbe, le comprend-elle ?_ 428

Sous-question 1 – [L’âme du Christ, en voyant le Verbe, le comprend-elle ?] 428

Sous-question 2 – [L’âme du Christ connaît-elle dans le Verbe tout ce que le Verbe connaît ?] 429

Sous-question 3 – [L’âme du Christ connaît-elle toutes choses aussi clairement que Dieu ?] 429

Sous-question 4 – [L’âme du Christ voit-elle d’un seul regard tout ce qu’elle connaît dans le Verbe ?] 430

Réponse à la sous-question 1_ 431

Réponse à la sous-question 2_ 434

Réponse à la sous-question 3_ 436

Réponse à la sous-question 4_ 437

Article 3 – L’âme du Christ connait-elle tout de la connaissance par laquelle elle connaît les choses dans leur nature propre ?  438

Sous-question 1 – [L’âme du Christ connait-elle tout de la connaissance par laquelle elle connaît les choses dans leur nature propre ?] 439

Sous-question 2 – [Cette science du Christ est-elle inférieure à celle des anges ?] 439

Sous-question 3 – [Le Christ a-t-il eu une science à caractère délibératif ?] 440

Sous-question 4 – [Cette connaissance était-elle divisée en plusieurs habitus ?] 441

Sous-question 5 – [L’âme du Christ a-t-elle progressé dans cette science ?] 441

Sous-question 6 – [A-t-il reçu quelque chose des anges pour cette science ?] 442

Réponse à la sous-question 1_ 443

Réponse à la sous-question 2_ 444

Réponse à la sous-question 3_ 445

Réponse à la sous-question 4_ 446

Réponse à la sous-question 5_ 447

Réponse à la sous-question 6_ 449

Article 4 – L’âme du Christ était-elle toute-puissante et omnisciente ?_ 450

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 14_ 453

Distinction 15 – [L’assomption des faiblesses de la nature humaine] 453

Question 1 – [Le Christ devait-il assumer la nature humaine avec ses faiblesses ?] 453

Prologue_ 453

Article 1 – Le Christ devait-il prendre la nature humaine avec ses carences et ses faiblesses ?_ 455

Article 2 – Devait-il assumer toutes les carences, sauf le péché ?_ 458

Article 3 – A-t-il reçu ou contracté ces carences ?_ 460

Question 2 – [Les passions de l’âme du Christ] 462

Prologue_ 462

Article 1 – [La passibilité chez le Christ] 462

Sous-question 1 – [Le corps est-il sujet à subir ?] 462

Sous-question 2 – [L’âme est-elle passible ?] 463

Sous-question 3 – [L’âme du Christ peut-elle être passible ?] 464

Réponse à la sous-question 1_ 464

Réponse à la sous-question 2_ 465

Réponse à la sous-question 3_ 468

Article 2 – Le Christ a-t-il connu la tristesse ?_ 469

Sous-question 1 – [Le Christ a-t-il connu la tristesse ?] 469

Sous-question 2 – [La colère a-t-elle existé chez le Christ ?] 470

Sous-question 3 – [La crainte a-t-elle existé chez le Christ ?] 470

Réponse à la sous-question 1_ 471

Réponse à la sous-question 2_ 472

Réponse à la sous-question 3_ 473

Article 3 – Une véritable douleur sensible existait-elle chez le Christ ?_ 474

Sous-question 1 – [Une véritable douleur sensible existait-elle chez le Christ ?] 474

Sous-question 2 – [La douleur est-elle parvenue jusqu’à la raison supérieure ?] 475

Sous-question 3 – [La douleur du Christ était-elle plus grande que toutes les douleurs ?] 476

Réponse à la sous-question 1_ 477

Réponse à la sous-question 2_ 478

Réponse à la sous-question 3_ 483

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 15_ 485

Distinction 16 – [Les carences dans la nature humaine du Christ] 489

Question 1 – [Le caractère nécessaire de la mort] 489

Prologue_ 489

Article 1 – La nécessité de mourir pour l’homme vient-elle seulement du péché ?_ 490

Article 2 – Était-il nécessaire que le Christ meure ?_ 492

Article 3 – La nécessité de mourir et de souffrir est-elle soumise chez le Christ à sa volonté humaine ?_ 495

Question 2 – [L’état de la gloire lors de la transfiguration] 498

Prologue_ 498

Article 1 – L’éclat qui émanait du corps du Christ lors de la transfiguration était-il vrai ou était-il imaginaire ?  498

Article 2 – Cet éclat était-il celui de la gloire ?_ 501

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 16_ 504

Distinction 17 – [La volonté du Christ] 504

Question unique – [Existait-il plusieurs volontés chez le Christ ?] 505

Prologue_ 505

Article 1 – Existait-il chez le Christ une autre volonté que la volonté divine ?_ 505

Sous-question 1 – [Existait-il une seule volonté chez le Christ, la volonté divine ?] 506

Sous-question 2 – [Existe-t-il chez le Christ une volonté humaine autre que la volonté raisonnable ?] 506

Sous-question 3 – [Existait-il chez le Christ plusieurs volontés de la raison ?] 507

Réponse à la sous-question 1_ 509

Réponse à la sous-question 2_ 510

Réponse à la sous-question 3_ 511

Article 2 – La volonté humaine chez le Christ a-t-elle toujours été conforme [à la volonté divine] du point vue de ce qui était voulu ?_ 513

Sous-question 1 – [La volonté humaine chez le Christ était-elle toujours conforme à la volonté divine du point de vue de ce qui était voulu ?] 513

Sous-question 2 – [La volonté de la sensualité était-elle contraire à la volonté de la raison chez le Christ ?] 514

Sous-question 3 – [La volonté de la raison était-elle contraire à elle-même ?] 515

Réponse à la sous-question 1_ 515

Réponse à la sous-question 2_ 518

Réponse à la sous-question 3_ 519

Article 3 – Était-il approprié pour le Christ de prier ?_ 520

Sous-question 1 – [Était-il approprié pour le Christ de prier ?] 520

Sous-question 2 – [Convenait-il que le Christ prie pour lui-même, et non seulement pour les autres ?] 520

Sous-question 3 – [La prière par laquelle le Christ a prié pour lui-même était-elle un acte de la sensualité ?] 521

Sous-question 4 – [Toutes les prières du Christ ont-elles été exaucées ?] 522

Réponse à la sous-question 1_ 522

Réponse à la sous-question 2_ 523

Réponse à la sous-question 3_ 524

Réponse à la sous-question 4_ 525

Article 4 – Le Christ en tant qu’homme a-t-il douté ?_ 526

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 17_ 528

Distinction 18 – [Le mérite du Christ] 529

Prologue_ 529

Article 1 – Existe-t-il chez le Christ une opération autre que l’opération divine ?_ 530

Article 2 – Le Christ pouvait-il mériter ?_ 534

Article 3 – Le Christ pouvait-il pu mériter dès l’instant de sa conception ?_ 538

Article 4 – Le Christ a-t-il mérité l’immortalité pour lui-même ?_ 541

Sous-question 1 – [Le Christ a-t-il mérité l’immortalité pour lui-même ?] 541

Sous-question 2 – [Le Christ a-t-il mérité l’impassibilité de son âme ?] 542

Sous-question 3 – [Le Christ a-t-il mérité d’être élevé ?] 542

Sous-question 4 – [Le Christ a-t-il mérité la récompense substantielle de l’âme, la jouissance de Dieu ?] 543

Réponse à la sous-question 1_ 544

Réponse à la sous-question 2_ 545

Réponse à la sous-question 3_ 547

Réponse à la sous-question 4_ 548

Article 5 – Le Christ a-t-il mérité pour lui-même par la passion ?_ 549

Article 6 – Le Christ pouvait-il mériter pour nous ?_ 552

Sous-question 1 – [Le Christ pouvait-il mériter pour nous ?] 552

Sous-question 2 – [Le Christ a-t-il mérité pour nous l’ouverture de la porte du Paradis ?] 553

Sous-question 3 – [Le Christ nous a-t-il ouvert la porte du Paradis seulement par sa passion ?] 553

Réponse à la sous-question 1_ 554

Réponse à la sous-question 2_ 555

Réponse à la sous-question 3_ 556

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 18_ 556

Distinction 19 – [La libération par la passion du Christ] 557

Prologue_ 557

Article 1 – Sommes-nous libérés du péché par la passion du Christ ?_ 559

Sous-question 1 – [Sommes-nous libérés du péché par la passion du Christ ?] 559

Sous-question 2 – [Tous les péchés ont-ils été détruits par la mort du Christ ?] 560

Réponse à la sous-question 1_ 561

Réponse à la sous-question 2_ 563

Article 2 – Sommes-nous libérés du Diable par la passion du Christ ?_ 565

Article 3 – Sommes-nous libérés de la peine éternelle par la passion du Christ ?_ 567

Sous-question 1 – [Sommes-nous libérés de la peine éternelle par la passion du Christ ?] 567

Sous-question 2 – [Le Christ nous a-t-il libérés de la peine temporelle ?] 567

Réponse à la sous-question 1_ 568

Réponse à la sous-question 2_ 570

Article 4 – Le Christ doit-il être appelé le Rédempteur en raison de la libération mentionnée ?_ 572

Sous-question 1 – [Le Christ doit-il être appelé le Rédempteur en raison de la raison de la libération mentionnée ?] 572

Sous-question 2 – [Le Fils peut-il seul être appelé le Rédempteur ?] 573

Réponse à la sous-question 1_ 573

Réponse à la sous-question 2_ 574

Article 5 – Le Christ nous a-t-il réconciliés avec Dieu ?_ 575

Sous-question 1 – [Le Christ nous a-t-il réconciliés avec Dieu ?] 575

Sous-question 2 – [Le Christ est-il médiateur selon sa nature humaine ?] 575

Sous-question 3 – [Convient-il au seul Christ d’être médiateur ?] 576

Réponse à la sous-question 1_ 577

Réponse à la sous-question 2_ 578

Réponse à la sous-question 3_ 579

Explication du texte de Pierre Lombard, Distinction 19_ 580

Distinction 20 – [Les causes de la passion] 581

Question unique – [La nature humaine peut-elle être restaurée ?] 581

Prologue_ 581

Article 1 – La nature humaine devait-elle être restaurée ?_ 582

Sous-question 1 – [La nature humaine devait-elle être restaurée ?] 582

Sous-question 2 – [La nature humaine devait-elle être restaurée par la satisfaction ?] 583

Sous-question 3 – [Était-il nécessaire que la nature humaine soit réparée de la manière dite ?] 584

Réponse à la sous-question 1_ 585

Réponse à la sous-question 2_ 586

Réponse à la sous-question 3_ 587

1. Toute nécessité n’est pas coercitive, comme cela ressort de ce qui a été dit. C’est pourquoi la conclusion du raisonnement est fausse. 588

Article 2 – Une pure créature aurait-elle pu satisfaire pour la nature humaine ?_ 589

Article 3 – La satisfaction devait-elle être accomplie par la passion du Christ ?_ 592

Article 4 – Un autre mode de satisfaction était-il possible ?_ 595

Sous-question 1 – [Un autre mode de satisfaction était-il possible ?] 595

Sous-question 2 – [Une autre mode de satisfaction aurait-il été plus convenable ?] 595

Réponse à la sous-question 1_ 596

Réponse à la sous-question 2_ 597

Article 5 – Dieu le Père a-t-il livré son Fils à la passion ?_ 598

Sous-question 1 – [Dieu le Père a-t-il livré son Fils à la passion ?] 598

Sous-question 2 – [La passion du Christ était-elle bonne ?] 599

Réponse à la sous-question 1_ 599

Réponse à la sous-question 2_ 600

Explication du texte de Pierre Lombard, Distinction 20_ 601

Distinction 21 – [La mort du Christ] 602

Question 1 – [La divinité a-t-elle été séparée de l’humanité dans la mort du Christ ?] 602

Prologue_ 602

Article 1 – La divinité a-t-elle été séparée de la chair dans la mort du Christ ?_ 603

Sous-question 1 – [La divinité a-t-elle été séparée de la chair dans la mort du Christ ?] 603

Sous-question 2 – [La divinité a-t-elle été séparée de l’âme dans la mort ?] 604

Réponse à la sous-question 1_ 605

Réponse à la sous-question 2_ 606

Article 2 – Le corps du Christ devait-il se dissoudre après la mort ?_ 607

Article 3 – Doit-on dire que le Fils de Dieu est mort ?_ 610

Question 2 – [La résurrection du Christ] 612

Prologue_ 612

Article 1 – Était-il nécessaire que le Christ ressuscite ?] 612

Article 2 – Le Christ devait-il ressusciter le troisième jour ?_ 614

Article 3 – Le Christ devait-il prouver sa résurrection par des arguments ?_ 617

Article 4 – L’argument tiré d’une apparition visible était-il approprié ?_ 620

Sous-question 1 – [L’argument tiré d’une apparition visible était-il approprié ?] 620

Sous-question 2 – [Le Christ devait-il se laisser palper par eux ?] 621

Sous-question 3 – [Le Christ devait-il prouver sa résurrection par ses cicatrices ?] 622

Sous-question 4 – [Le Christ devait-il montrer sa résurrection en mangeant ?] 623

Réponse à la sous-question 1_ 624

Réponse à la sous-question 2_ 625

Réponse à la sous-question 3_ 627

Réponse à la sous-question 4_ 628

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 21_ 628

Distinction 22 – [Les conséquences de la mort du Christ] 629

Question 1 – [Le Christ était-il un homme pendant les trois jours de sa mort ?] 629

Prologue_ 629

Article 1 – Peut-on dire que le Christ était un homme pendant les trois jours où il a été dans le sépulcre ?  630

Article 2 – Le Christ était-il partout comme homme ?_ 633

Question 2 – [La descente aux enfers] 636

Prologue_ 636

Article 1 – Le Christ est-il descendu aux enfers ?_ 636

Sous-question 1 – [Le Christ est-il descendu aux enfers ?] 636

Sous-question 2 – [Le Christ est-il descendu jusqu’à l’enfer des damnés ?] 637

Sous-question 3 – [Le Christ a-t-il prolongé son séjour dans les limbes ?] 637

Réponse à la sous-question 1_ 638

Réponse à la sous-question 2_ 639

Réponse à la sous-question 3_ 640

Article 2 – Le Christ a-t-il illuminé le limbe des pères ?_ 641

Sous-question 1 – [Le Christ a-t-il illuminé les limbes des pères ?] 641

Sous-question 2 – [Le Christ a-t-il aussi arraché des âmes de l’enfer des damnés ?] 641

Sous-question 3 – [Le Christ a-t-il libéré ceux qui étaient dans les limbes des enfants ?] 642

Sous-question 4 – [Le Christ a-t-il libéré ceux qui étaient au purgatoire ?] 643

Réponse à la sous-question 1_ 643

Réponse à la sous-question 2_ 644

Réponse à la sous-question 3_ 645

Réponse à la sous-question 4_ 645

Question 3 – [L’ascension du Christ] 647

Prologue_ 647

Article 1 – Le Christ devait-il monter [au ciel] ?_ 647

Article 2 – Le mouvement de l’ascension était-il violent ?_ 650

Sous-question 1 – [ ] 650

Sous-question 2 – [L’ascension a-t-elle été un mouvement subit ?] 651

Sous-question 3 – [L’ascension devait-elle avoir lieu aussitôt après la résurrection ?] 651

Réponse à la sous-question 1_ 652

Réponse à la sous-question 2_ 654

Réponse à la sous-question 3_ 654

Article 3 – Le Christ est-il monté au-dessus de tous les cieux ?_ 655

Sous-question 1 – [Le Christ est-il monté au-dessus de tous les cieux ?] 655

Sous-question 2 – [Le Christ est-il monté à la droite du Père ?] 655

Sous-question 3 – [Convient-il au seul Christ de siéger à la droite du Père ?] 656

Réponse à la sous-question 1_ 657

Réponse à la sous-question 2_ 658

Réponse à la sous-question 3_ 658

Explication du texte de Pierre Lombard, Distinction 22_ 659

Distinction 23 – [Les facteurs de restauration chez le Christ] 660

Question 1 – [Les habitus sont-ils nécessaires ?] 660

Prologue_ 660

Article 1 – Avons-nous besoin d’habitus pour les actes humains ?_ 662

Article 2 – Un habitus qui existe en nous peut-il être connu ?_ 666

Article 3 – Les vertus sont-elles des habitus ou des puissances ?_ 671

Sous-question 1 – [Les vertus sont-elles des habitus ou des puissances ?] 671

Sous-question 2 – [Les vertus sont-elles des passions ?] 672

Sous-question 3 – [Les vertus sont-elles des habitus ou des actes ?] 672

Réponse à la sous-question 1_ 673

Réponse à la sous-question 2_ 674

Réponse à la sous-question 3_ 675

Article 4 – Les habitus intellectuels peuvent-ils être appelés des vertus ?_ 675

Sous-question 1 – [Les habitus intellectuels peuvent-ils être appelés des vertus ?] 675

Sous-question 2 – [Les vertus morales sont-elles distinctes des vertus intellectuelles ?] 676

Sous-question 3 – [Les vertus théologales doivent-elles être distinguées des vertus morales et des vertus intellectuelles ?] 677

Réponse à la sous-question 1_ 678

Réponse à la sous-question 2_ 680

Réponse à la sous-question 3_ 682

Article 5 – N’existe-t-il que trois vertus théologales ?_ 683

Question 2 – [La foi] 685

Prologue_ 685

Article 1 – La définition que donne l’Apôtre de la foi est-elle en tous points appropriée ?_ 685

Article 2 – Est-ce que croire consiste à « penser en donnant son assentiment » ?_ 690

Sous-question 1 – [Est-ce que croire consiste à « penser en donnant son assentiment » ?] 690

Sous-question 2 – [La foi comporte-t-elle un seul acte ?] 691

Sous-question 3 – [L’acte de foi est-il moins certain que l’acte de la science ?] 691

Réponse à la sous-question 1_ 692

Réponse à la sous-question 2_ 695

Réponse à la sous-question 3_ 696

Article 3 – La foi a-t-elle la volonté comme sujet ?_ 698

Sous-question 1 – [La foi a-t-elle la volonté comme sujet ?] 698

Sous-question 2 – [La foi relève-t-elle de l’intellect pratique ?] 699

Sous-question 3 – [La foi est-elle une vertu intellectuelle ?] 699

Réponse à la sous-question 1_ 700

Réponse à la sous-question 2_ 701

Réponse à la sous-question 3_ 702

Article 4 – La foi est-elle une vertu et est-elle un habitus ?_ 703

Sous-question 1 – [La foi est-elle une vertu ?] 703

Sous-question 2 – [La foi est-elle une seule vertu ?] 704

Réponse à la sous-question 1_ 705

Réponse à la sous-question 2_ 706

Article 5 – La foi est-elle antérieure aux autres vertus ?_ 707

Question 3 – [La foi formée par la charité] 710

Prologue_ 710

Article 1 – La charité est-elle la forme de la foi ?_ 710

Sous-question 1 – [La charité est-elle la forme de la foi ?] 710

Sous-question 2 – [La foi informe est-elle une vertu ?] 710

Sous-question 3 – [La foi formée et la foi informe sont-elles d’une espèce différente ?] 711

Réponse à la sous-question 1_ 712

Réponse à la sous-question 2_ 713

Réponse à la sous-question 3_ 714

Article 2 – La foi informe est-elle un don de Dieu ou un habitus acquis ?_ 715

Article 3 – La foi informe existe-t-elle chez les démons ?_ 718

Sous-question 1 – [La foi informe existe-t-elle chez les démons ?] 718

Sous-question 2 – [La foi informe demeure-t-elle chez les hérétiques ?] 719

Réponse à la sous-question 1_ 719

Réponse à la sous-question 2_ 720

Article 4 – La foi informe est-il rejetée lorsque survient la charité ?_ 721

Sous-question 1 – [La foi informe est-elle rejetée lorsque survient la charité ?] 721

Sous-question 2 – [L’habitus de la foi informe demeure-t-il quant à son acte ?] 722

Sous-question 3 – [La foi informe peut-elle devenir la foi formée ?] 722

Réponse à la sous-question 1_ 723

Réponse à la sous-question 2_ 724

Réponse à la sous-question 3_ 724

Explication du texte de Pierre Lombard, Distinction 23_ 725

Distinction 24 – [L’objet de la foi] 726

Question 1 – [Quel est l’objet de la foi ?] 726

Prologue_ 726

Article 1 – La Vérité incréée est-elle l’objet de la foi ?_ 726

Sous-question 1 – [La Vérité incréée est-elle l’objet de la foi ?] 726

Sous-question 2 – [La foi porte-t-elle sur une vérité complexe ?] 727

Sous-question 3 – [La foi peut-elle porter sur quelque chose de faux ?] 728

Réponse à la sous-question 1_ 729

Réponse à la sous-question 2_ 730

Réponse à la sous-question 3_ 732

Article 2 – La foi porte-t-elle sur ce qui est vu ?_ 733

Sous-question 1 – [La foi porte-t-elle sur ce qui est vu ?] 733

Sous-question 2 – [La foi peut-elle porter sur ce qui est su ?] 734

Sous-question 3 – [Ce sur quoi porte la foi est-il ignoré ?] 734

Réponse à la sous-question 1_ 735

Réponse à la sous-question 2_ 737

Réponse à la sous-question 3_ 738

Article 3 – Est-il nécessaire que l’homme croie quelque chose dont il n’a pas la science ?_ 739

Sous-question 1 – [Est-il nécessaire que l’homme croie quelque chose dont il n’a pas la science ?] 739

Sous-question 2 – [Croire ce que nous ne voyons pas est-il louable et méritoire ?] 740

Sous-question 3 – [La raison humaine diminue-t-elle le mérite de la foi ?] 740

Réponse à la sous-question 1_ 741

Réponse à la sous-question 2_ 743

Réponse à la sous-question 3_ 744

Explication du texte de Pierre Lombard, Distinction 24_ 745

Distinction 25 – [La croissance de la foi chez le croyant] 746

Question 1 – [Qu’est-ce qu’un article de foi ?] 746

Prologue_ 746

Article 1 – La définition de l’artile donnée par Richard de Saint-Victor est-elle appropriée ?_ 747

Sous-question 1 – [La définition de l’article donnée par Richard de Saint-Victor est-elle appropriée ?] 747

Sous-question 2 – [Un article peut-il être formé et informe ?] 748

Sous-question 3 – [Les articles devaient-il être rassemblés dans un symbole ?] 748

Réponse à la sous-question 1_ 749

Réponse à la sous-question 2_ 750

Réponse à la sous-question 3_ 750

Article 2 – Les articles sont-ils distingués de manière appropriée dans le symbole ?_ 752

Question 2 – [Le caractère explicite de la foi] 757

Prologue_ 757

Article 1 – La foi explicite est-elle nécessaire au salut ?_ 757

Sous-question 1 – [La foi explicite est-elle nécessaire au salut ?] 757

Sous-question 2 – [Tous sont-ils obligés d’avoir une foi explicite en tout ce qui se rapporte à la foi ?] 758

Sous-question 3 – [Les grands sont-ils davantage obligés que les petits ?] 759

Sous-question 4 – [Les petits ont-ils une foi implicite dans la foi des grands ?] 760

Réponse à la sous-question 1_ 761

Réponse à la sous-question 2_ 762

Réponse à la sous-question 3_ 763

Réponse à la sous-question 4_ 764

Article 2 – La foi a-t-elle progressé selon la succession des temps ?_ 765

Sous-question 1 – [La foi a-t-elle progressé selon la succession des temps ?] 765

Sous-question 2 – [A-t-il toujours été nécessaire d’avoir une foi explicite dans le Rédempteur ?] 767

Sous-question 3 – [Était-il nécessaire de croire, à propos du Rédempteur, les articles que le Maître indique dans le texte ?] 768

Sous-question 4 – [Était-il nécessaire d’avoir une connaissance explicite de la Trinité ?] 768

Réponse à la sous-question 1_ 769

Réponse à la sous-question 2_ 771

Réponse à la sous-question 3_ 773

Réponse à la sous-question 4_ 774

Explication du texte de Pierre Lombard, Distinction 25_ 775

Distinction 26 – [L’espérance] 776

Question 1 – [La nature de l’espérance] 776

Prologue_ 776

Article 1 – L’espoir est-il une passion ?_ 776

Article 2 – L’espoir existe-t-il dans une autre puissance que le concupiscible ?_ 779

Article 3 – L’espoir est-il différent des autres passions, comme la crainte, etc. ?_ 784

Article 4 – L’espoir est-il une passion principale, ou l’amour, le désir, l’audace ou la pénitence ?_ 790

Article 5 – L’espoir peut-il exister dans la partie intellective ?_ 793

Question 2 – [L’espérance comme vertu] 796

Prologue_ 796

Article 1 – L’espérance est-elle une vertu ?_ 796

Article 2 – L’espérance est-elle une vertu théologale ?_ 800

Article 3 – L’espérance est-elle une vertu distincte des autres [vertus théologales] ?_ 804

Sous-question 1 – [L’espérance est-elle une vertu distincte des vertus théologales ?] 804

Sous-question 2 – [L’espérance doit-elle être formée par la charité ?] 804

Réponse à la sous-question 1_ 805

Réponse à la sous-question 2_ 806

Article 4 – L’acte de l’espérance comporte-il une certitude ?_ 807

Article 5 – L’espérance existait-elle chez le Christ ?_ 810

Sous-question 1 – [L’espérance existait-elle chez le Christ ?] 810

Sous-question 2 – [Les anges et les âmes des saints ont-ils l’espérance ?] 811

Sous-question 3 – [Les pères qui étaient dans les limbes avaient-ils l’espérance ?] 811

Sous-question 4 – [Les damnés et les démons ont-il l’espérance ?] 812

Réponse à la sous-question 1_ 812

Réponse à la sous-question 2_ 812

Réponse à la sous-question 3_ 813

Réponse à la sous-question 4_ 813

Explication du texte de Pierre Lombard, Distinction 26_ 814

Distinction 27 – [La charité] 815

Question 1 – [Qu’est-ce que l’amour ?] 815

Prologue_ 815

Article 1 – La définition que Denys donne de l’amour est-elle bonne en toutes ses parties ?_ 817

Article 2 – L’amour se trouve-t-il seulement dans le concupiscible ?_ 823

Article 3 – L’amour est-il la première et la principale disposition affective de l’âme ?_ 828

Article 4 -‑ La connaissance est-elle plus élevée que l’amour ?_ 832

Question 2 – [La charité] 838

Prologue_ 838

Article 1 – La charité est-elle la même chose que la concupiscence ou qu’est-ce que la charité ?_ 838

Article 2 – La charité est-elle une vertu ?_ 842

Article 3 – Le sujet de la charité est-il la raison ?_ 846

Article 4 – La charité est-elle une seule vertu ou plusieurs ?_ 849

Sous-question 1 – [La charité est-elle une seule vertu ?] 849

Sous-question 2 – [La charité est-elle distincte des autres vertus ?] 850

Sous-question 3 – [La charité est-elle la forme des autres vertus ?] 851

Sous-question 4 – [La charité peut-elle être informe ?] 852

Réponse à la sous-question 1_ 852

Réponse à la sous-question 2_ 853

Réponse à la sous-question 3_ 855

Réponse à la sous-question 4_ 858

Question 3 – [L’acte de la charité comme amour de Dieu] 859

Prologue_ 859

Article 1 – Dieu peut-il être aimé par nous par son essence dans l’état de cheminement ?_ 859

Article 2 – Dieu peut-il être totalement aimé ?_ 862

Article 3 – L’amour dont nous aimons Dieu a-t-il un mode ?_ 864

Article 4 – La manière d’aimer qui se trouve dans le commandement peut-elle être respectée en cours de cheminement ?  865

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 27_ 867

 

 

 

LIBER 3

Livre III

Textum Parmae 1858 editum ac automato translatum a Roberto Busa SJ in taenias magneticas denuo recognovit Enrique Alarcón atque instruxit

 

 

 

Prooemium

Prologue

 [7388] Super Sent., lib. 3 pr. Ad locum unde exeunt, flumina revertuntur ut iterum fluant. Eccle. 1, 7. Ex verbis istis duo possumus accipere, in quibus hujus tertii libri materia comprehenditur, scilicet divinae incarnationis mysterium, et ejus copiosum fructum. Mysterium incarnationis insinuatur in fluminum reversione, cum dicitur: ad locum unde exeunt flumina revertuntur. Sed incarnationis fructus ostenditur in iterato fluxu, cum dicitur: ut iterum fluant. Flumina ista sunt naturales bonitates quas Deus creaturis influit, ut esse, vivere, intelligere, et hujusmodi: de quibus fluminibus potest intelligi quod dicitur Isaiae 41, 18: aperiam in supremis montium flumina. Montes enim supremi sunt nobilissimae creaturae, in quibus praedicta flumina aperiri dicuntur, quia in eis et copiosissime recipiuntur, et sine imperfectione ostenduntur. Sed locus unde ista flumina exeunt, est ipse Deus, de quo potest intelligi quod dicitur Isa. 53, 21: locus fluviorum rivi latissimi et patentes; ac si diceret: in loco ortus fluviorum rivi naturalium bonitatum eminenter inveniuntur; unde dicit: latissimi, quantum ad perfectionem divinae bonitatis, secundum omnia attributa; et patentes, quantum ad communicationem indeficientem; quia ejus bonitas, ex qua omnia fluunt, nec exhauriri nec concludi potest. Ista flumina in aliis creaturis inveniuntur distincta; sed in homine inveniuntur quodammodo aggregata: homo enim est quasi orizon et confinium spiritualis et corporalis naturae, ut quasi medium inter utrasque, bonitates participet et corporales et spirituales; unde et omnis creaturae nomine homo intelligitur Marc. ult. ubi dicitur: praedicate Evangelium omni creaturae; ut beatus Gregorius exponit: et ideo quando humana natura per incarnationis mysterium Deo conjuncta est, omnia flumina naturalium bonitatum ad suum principium reflexa redierunt, ut possit dici quod legitur Josue 4, 17: reversae sunt aquae in alveum suum, et fluebant sicut ante consueverant; unde et hic sequitur: ut iterum fluant: in quo notatur incarnationis fructus: ipse enim Deus, qui naturalia bona influxerat, reversis quodammodo omnibus per assumptionem humanae naturae in ipsum, non jam Deus tantummodo, sed Deus et homo hominibus fluenta gratiarum abundanter influxit: quia de plenitudine ejus omnes accepimus, gratiam pro gratia: Joan. 1, 16. Et de isto influxu legitur Eccli. 39, 27: benedictio illius quasi fluvius inundabit. Et sic patet materia tertii libri: in cujus prima parte agitur de incarnatione, in secunda de virtutibus et donis nobis per Christum collatis.

Les fleuves retournent à leur source pour couler à nouveau, Qo 1, 7. Nous pouvons tirer deux choses de ces paroles, dans lesquelles la matière de ce troisième livre est comprise, à savoir, le mystère de l’incarnation divine et son fruit abondant. Le mystère de l’incarnation est suggéré par le retour des fleuves, lorsqu’il est dit : Les fleuves retournent à leur source. Mais le fruit de l’incarnation est montré dans la reprise de l’écoulement, lorsqu’il est dit : Pour couler à nouveau. Ces fleuves sont les bontés naturelles que Dieu met dans les créatures, telles que l’être, la vie, l’intelligence et les choses de ce genre. On peut entendre de ces fleuves ce qui est dit en Is 41, 18 : Je ferai couler les fleuves au sommet des montagnes. En effet, les montagnes les plus élevées sont les créatures les plus nobles, chez lesquelles on dit que les fleuves en question coulent, parce qu’ils sont reçus avec la plus grande abondance et se manifestent sans imperfection. Mais le lieu qui est la source de ces fleuves est Dieu lui-même, dont on peut entendre ce qui est dit en Is 53, 21 : La source des fleuves a des rives très larges et bien dégagées, comme s’il disait : « Les rivages des biens naturels se trouvent surtout là où naissent les fleuves. » C’est pourquoi il dit : Très larges, pour ce qui est de la perfection de la bonté divine, selon tous ses attributs, et : Bien dégagées, pour ce qui est d’une communication sans faille, car sa bonté, qui est la source de toutes choses, ne peut être ni s’épuiser ni se terminer. Ces fleuves se trouvent séparés chez les autres créatures, mais, chez l’homme, ils se trouvent pour ainsi dire rassemblés. En effet, l’homme, comme horizon et frontière de la nature spirituelle et de la nature corporelle, participe aux bontés corporelles et aux bontés spirituelles comme un intermédiaire entre les deux. Aussi est-il question de l’homme lorsqu’on parle de toutes les créatures, en Mc 16 : Prêchez à toute créature, comme l’explique Grégoire. Ainsi, lorsque la nature humaine a été unie à Dieu par le mystère de l’incarnation, tous les fleuves des bontés naturelles sont-ils retournés vers leur origine, de sorte qu’on peut dire ce qu’on lit en Jos 4, 18 : Les eaux sont revenues dans leur lit et coulaient comme elles en avaient l’habitude. Aussi conclut-on ici : Pour qu’ils coulent de nouveau, par quoi est indiqué le fruit de l’incarnation. En effet, Dieu, qui avait mis dans la nature humaine des biens naturels, en les ramenant tous d’une certaine manière lorsqu’il a pris en lui la nature humaine, a communiqué une abondance de grâces aux hommes, non seulement en tant que Dieu, mais en tant que Dieu et homme, car nous avons tous reçu de sa plénitude, grâce sur grâce, Jn 1, 16. On lit à propos d’une telle communication en Si 39, 22 : Sa bénédiction recouvrira tout comme un fleuve. Ainsi se manifeste la matière du troisième livre : dans sa première partie, il est question de l’incarnation ; dans la seconde, des vertus et des dons qui nous sont conférés par le Christ.

 

 

Distinctio 1

Distinction 1 – [L’incarnation, du point de vue de celui qui assume]

 

 

Quaestio 1

Question 1 – [Était-il possible à Dieu de s’incarner ?]

Prooemium

Prologue

 [7389] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 pr. Postquam Magister in duobus praecedentibus libris determinavit de rebus divinis secundum exitum a principio, in hoc libro incipit determinare de rebus quae dicuntur divinae, secundum reditum in finem, scilicet Deum; unde dividitur haec pars in duas partes: in prima determinat istum reditum in finem ex parte reducentium; in secunda quantum ad ea quae exiguntur ex parte reductorum, scilicet sacramenta, quae ad gratiam disponunt: et hoc in 4 libro. Prima dividitur in duas partes: in prima determinat de reducente effective, scilicet de Deo incarnato; in secunda de reducentibus formaliter, ut sunt virtutes et dona, 23 dist.: cum vero supra perhibitum sit Christum plenum gratia fuisse, non est supervacuum inquirere, utrum fidem et spem, sicut caritatem habuerit. Prima dividitur in duas partes: in prima determinat de divina incarnatione; in secunda prosequitur conditiones ipsius Dei incarnati, dist. 6: ex praemissis autem emergit quaestio plurimum continens utilitatis. Prima dividitur in tres partes: in prima determinat de incarnatione ex parte assumentis carnem, quis sit; in secunda ex parte assumpti, quid sit, dist. 2: et quia in homine tota humana natura corrupta erat, totam assumpsit; in tertia ex parte utriusque, cujusmodi sit, dist. 5: praeterea inquiri oportet quid horum potius concedendum sit. Prima dividitur in tres partes: in prima ostendit per auctoritatem apostoli, quae sit persona assumens, quia filius; in secunda inquirit rationem, quare potius filius quam alia persona, ibi: diligenter vero annotandum est, quare filius, non pater vel spiritus sanctus, incarnatus est; in tertia excludit objectionem, ibi: sed forte aliqui dicent. Diligenter vero annotandum est et cetera. Hic assignat rationem quare persona filii carnem assumpsit; et dividitur in duas partes: in prima dicit, quod magis congruum fuit filium incarnari quam patrem aut spiritum sanctum; in secunda inquirit, utrum possibile fuerit patrem aut spiritum sanctum incarnari, ibi: si vero quaeritur, utrum pater vel spiritus sanctus incarnari potuerit, vel etiam modo possit: sane responderi potest, et potuisse olim et posse nunc carnem sumere. Circa primum assignat tres rationes, quare filius carnem assumpsit: quarum prima sumitur ex appropriato filii, quod est sapientia; secunda ex origine ipsius, quia est ab alio, ibi: ideo est filius; tertio ex proprio ipsius, quia filius est, ibi: quod ideo factum est ut qui erat in divinitate Dei filius, in humanitate fieret hominis filius. Hic est duplex quaestio: prima de incarnatione: secunda de persona carnem assumente. Circa primum quaeruntur quatuor: 1 utrum Deum incarnari fuerit possibile; 2 utrum fuerit congruum; 3 utrum incarnatio fuisset, si homo non peccasset; 4 de tempore incarnationis.

Après avoir déterminé dans les deux livres précédents des réalités divines selon qu’elles sortent de leur principe, le Maître commence à déterminer dans ce livre des choses qu’on appelle divines, selon leur retour à leur fin, à savoir, Dieu. Cette partie se divise donc en deux parties : dans la première, il détermine de ce retour à la fin du point de vue de ce qui les ramène; dans la seconde, selon ce qui est exigé du point de vue de ce qui est ramené, à savoir, les sacrements, qui disposent à la grâce. C’est là l’objet du livre IV. La première partie se divise en deux parties : dans la première, il détermine de ce qui ramène à titre de cause efficiente, à savoir, Dieu incarné ; dans la seconde, de ce qui ramène par mode de forme, comme les vertus et les dons, d. 23 : « Alors qu’il a été montré plus haut que le Christ était rempli de grâce, il n’est pas superflu de se demander s’il a eu la foi, l’espérance et la charité. » La première [partie] est divisée en deux parties : dans la première, il détermine de l’incarnation divine ; dans la seconde, il recherche les conditions du Dieu incarné lui-même, d. 6 : « De ce qui a été dit plus haut, ressort une question qui est très utile. » La première [partie] est divisée en trois parties. Dans la première, il détermine de celui qui s’incarne du point de vue de celui qui prend chair. Dans la deuxième, du point de vue de ce qui est assumé, d. 2 : « Et parce que, chez l’homme, toute la nature humaine avait été corrompue, il l’assume en entier. » Dans la troisième, du point de vue de ce qui concerne les deux, d. 5 : « De plus, il faut se demander ce qui doit être plutôt concédé parmi ces choses. » La première [partie] est divisée en trois parties. Dans la première, il montre, selon l’autorité de l’Apôtre, quelle est la personne qui assume, le Fils ; dans la deuxième, il cherche la raison pour laquelle c’est le Fils plutôt qu’une autre personne, à cet endroit : « Il faut relever avec soin pour quelle raison le Fils, et non le Père ou l’Esprit Saint, s’est incarné » ; dans la troisième, il écarte une objection, à cet endroit : « Mais peut-être certains diront-ils… » « Il faut relever avec soin, etc. » Ici, il donne la raison pour laquelle la personne du Fils a pris chair. Il y a deux parties : dans la première, il dit qu’il convenait davantage que le Fils s’incarne, que le Père ou l’Esprit Saint ; dans la deuxième, il demande s’il aurait été possible que le Père ou l’Esprit Saint s’incarnent, à cet endroit : « Mais si on demande si le Père ou l’Esprit Saint pouvait s’incarner ou même s’ils le peuvent maintenant, on peut assurément répondre qu’ils pouvaient autrefois et qu’ils peuvent maintenant prendre chair. » À propos du premier point, il donne trois raisons pour lesquelles le Fils a pris chair. La première vient de ce qui est approprié au Fils, la sagesse ; la deuxième, de son origine, car il vient d’un autre, puisqu’il est le Fils, à cet endroit : « C’est pourquoi il arriva que celui qui était Fils de Dieu par sa divinité devint fils de l’homme par son humanité. » Ici, il y a deux questions : la première, à propos de l’incarnation ; la seconde, à propos de la personne qui prend chair. À propos de la première, quatre questions sont posées : 1 – Était-il possible que Dieu s’incarne ? 2 – Cela était-il convenable ? 3 – L’incarnation aurait-elle eut lieu si l’homme n’avait pas péché ? 4 – À propos du moment de l’incarnation.

 

 

Articulus 1 [7390] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 tit. Utrum Deum incarnari fuerit possibile

Article 1 – Était-il possible que Dieu s’incarne ?

 [7391] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod impossibile fuerit Deum assumere carnem. Omne enim quod est alteri unibile, possibile est ad unionem. Sed omne possibile ad aliquid, reducitur ad actum per motum vel passionem, et ab aliquo alio primo agente, cum non sit idem movens et motum, agens et patiens. Cum ergo impossibile sit Deum mutari vel pati, nec aliquid prius eo esse possit; videtur quod carni unibilis non fuerit.

1. Il semble qu’il était impossible que Dieu prenne chair. En effet, tout ce qui peut être uni à quelque chose rend l’union possible. Or, tout ce qui est possible pour quelque chose est amené à l’acte par un mouvement ou une passion, et par un premier agent, puisque ce qui meut et ce qui est mû, l’agent et le patient, ne sont pas la même chose. Puisqu’il est impossible que Dieu soit changé ou subisse, et qu’il ne peut exister quelque chose qui lui soit antérieur, il semble donc qu’il ne pouvait être uni à la chair.

 [7392] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 2 Praeterea, illud quod est perfectum in esse, non unitur alicui unione essentiali: unio enim essentialis est ex actu et potentia, vel ex forma et materia; quorum utrumque est imperfectum in esse. Ergo quod omnibus modis perfectum est, nullo modo alteri uniri potest: quod enim perfectissimum est, additionem non recipit, cum nihil sibi desit. Sed Deus est omnibus modis perfectus, quia in se omnem perfectionem praehabet, ut dicit Dionysius, et etiam philosophus, et Commentator ejus. Ergo ipse unibilis alteri non est.

2. Ce qui est parfait dans l’être n’est pas uni à quelque chose par une union essentielle. En effet, l’union essentielle vient de l’acte et de la puissance, ou de la forme et de la matière, dont chacun est imparfait dans l’être. Ce qui est parfait de toutes les manières ne peut donc aucunement être uni à autre chose. En effet, ce qui est parfait au plus haut point ne reçoit pas d’ajout, puisqu’il ne lui manque rien. Or, Dieu est parfait de toutes les manières, car il possède déjà en lui-même toute perfection, comme le disent Denys, de même que le Philosophe et son Commentateur. Il ne peut donc être uni à autre chose.

 [7393] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 3 Praeterea, infinite distantium non est aliqua proportio. Quorum autem non est proportio, non est possibilis unio; unde non quodlibet cuilibet uniri potest. Cum ergo Deus et creatura in infinitum distent, videtur quod Deus creaturae uniri non possit.

3. Il n’existe pas de proportion entre des choses infiniment distantes. Or, l’union n’est pas possible entre des choses qui n’ont pas de proportion ; aussi n’importe quoi ne peut-il donc être uni à n’importe quoi. Puisque Dieu et la créature sont infiniment distants, il semble donc que Dieu ne puisse s’unir à la créature.

 [7394] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 4 Praeterea, major est distantia Dei et creaturae, quam duorum contrariorum; cum contraria in genere conveniant, et Deus non contineatur in aliquo genere. Sed duo contraria non possunt simul esse in eodem. Ergo nec natura humana et divina possunt esse in una persona; et sic idem quod prius.

4. La distance est plus grande entre Dieu et la créature qu’entre deux contraires, puisque les contraires ont le genre en commun, et que Dieu n’est pas contenu dans un genre. Or, deux contraires ne peuvent se trouver en même temps dans la même chose. Ni la nature humaine ni la nature divine ne peuvent donc exister dans une seule personne. La conclusion est donc la même que précédemment.

 [7395] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 5 Praeterea, ad infinitatem divinae potentiae exigitur quod neque sit corpus neque virtus in corpore, ut probatur. Sed potentia Dei nunquam potest esse finita. Ergo nunquam potest Deus esse corpus vel virtus in corpore. Sed esse incarnatum est corpus, vel virtus in corpore. Ergo Deus non potest incarnari.

5. Il est requis que la puissance divine n’ait ni un corps, ni une puissance dans un corps, comme cela est démontré. Or, la puissance de Dieu ne peut jamais être finie. Dieu ne peut donc jamais être un corps ou une puissance dans un corps. Or, être incarné, c’est être un corps ou une puissance dans un corps. Dieu ne peut donc s’incarner.

 [7396] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 s. c. 1 Sed contra est quod Deus plus potest facere quam homo potest dicere. Luc. 1, 37: non erit impossibile apud Deum omne verbum. Sed hoc homo potest dicere, scilicet Deum humanam naturam assumere; nec contradictionem implicat, nec aliquem defectum in Deo ponit hoc dictum. Ergo Deus multo fortius hoc facere potest.

Cependant, [1] Dieu peut faire plus que l’homme ne peut dire. Lc 1, 37 : Aucune parole n’est impossible pour Dieu. Or, l’homme peut dire que Dieu prend la nature humaine : cela ne comporte pas de contradiction, et ce qui est dit n’introduit pas de carence en Dieu. À plus forte raison, Dieu peut donc faire cela.

 [7397] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 s. c. 2 Praeterea, eorum quae habent similitudinem, facilis est unio. Sed homo creatus est ad imaginem et similitudinem Dei: Genes. 1. Ergo humana natura divinae aliquo modo unibilis est in persona.

 [2] L’union est facile entre des choses qui ont une similitude. Or, l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, Gn 1. La nature humaine peut donc d’une certaine manière être unie à la nature divine dans une personne.

 [7398] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 s. c. 3 Praeterea, in creaturis secundum divisionem suppositorum dividitur natura. Sed in divinis possunt esse plures personae in una natura. Ergo et pari ratione possunt esse plures naturae in una persona; et sic idem quod prius.

 [3] Chez les créatures, la nature se divine selon les suppôts. Or, en Dieu, il peut exister plusieurs personnes dans une seule nature. Pour la même raison, il peut donc exister plusieurs natures dans une seule personne. La conclusion est ainsi la même que précédemment.

 [7399] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 co. Respondeo dicendum, quod unio aliquorum duorum vel trium potest esse tripliciter. Uno modo secundum quod aliqua non uniuntur ad invicem nisi per conjunctionem eorum in aliquo uno. Quaedam vero uniuntur e converso per conjunctionem eorum ad invicem, et aliquo uno, quod ex eorum conjunctione constituitur. Quaedam vero per conjunctionem eorum ad invicem, sed non in aliquo uno, quia ex eorum conjunctione nihil resultat. Primum horum contingit quatuor modis. Quia vel illud unum in quo conjunguntur, est idem numero, sicut duo brachia conjunguntur in uno pectore, vel duo rami qui se non tangunt nisi in uno trunco: vel unum secundum speciem, sicut Socrates et Plato in homine: vel unum genere, sicut homo et asinus in animali: vel unum analogia sive proportione, sicut substantia et qualitas in ente: quia sicut se habet substantia ad esse sibi debitum, ita et qualitas ad esse sui generis conveniens. Quae vero junguntur ad invicem, et in aliquo uno ex eorum conjunctione constituto, sunt sicut materia et forma: quia forma conjungitur materiae ut perfectio ejus, et ambo conjunguntur in natura communi: et simile est de partibus quantitativis continuatis ad invicem, ita quod ex eis proveniat aliquod totum, in quo duae partes conveniant. Ea vero quae uniuntur ad invicem et non in aliquo uno, sunt sicut accidens et subjectum, ex quibus non efficitur unum per se, cujus subjectum et accidens partes dici possint ut probatur in 8 Metaph. Et quia, ut dicit Hilarius 1 de Trin., comparatio terrenorum ad Deum nulla est; nec exemplum sufficiens rebus divinis ratio humana praestabit; sciendum est, quod nullus istorum modorum competit ex toto ineffabili unioni qua Deus homini unitus est; sed tamen aliqui istorum modorum quantum ad aliquid repraesentant illum modum unionis. Sciendum est ergo, quod medius modus quo aliqua conjunguntur ad invicem, ut ex eis aliquod tertium resultet, omnino non potest Deo convenire: quia duo quae conjunguntur secundum hunc modum, se habent ad tertium ut partes: ratio autem partis, sicut et imperfecti, penitus a Deo removetur. Primum vero modum et tertium quantum ad aliquid possibile est Deo convenire. In incarnatione enim ex parte assumentis duo possunt considerari; scilicet persona et natura. Si autem consideremus personam assumentem, sic conjungitur humanae naturae assumptae tertio modo conjunctionis: quia persona divina fit persona hujus naturae humanae: sed ex his duobus non resultat aliquod tertium, sicut etiam in Socrate ex persona ejus et natura non fit aliquod tertium, sed persona ejus in humana natura subsistit. Si autem consideremus naturam assumentis, sic conjunctio ejus ad naturam humanam est secundum primum modum conjunctionis, inquantum duae naturae in una persona conveniunt, quae in naturalibus proprietatibus nihilominus distinctae sunt. Et ideo incarnatio insertioni comparatur: sicut enim in insertione in eodem trunco in quo erat unus ramus per naturam, fit ramus alius per insertionem; ita in eadem persona in qua naturaliter erat divina natura, est per unionem humana natura. In uno autem genere vel specie Deum et creaturam convenire impossibile est; sed per analogiam possibile est. Sed hoc ex tunc fuit ex quo creaturae esse coeperunt: et ideo de hoc non est ad praesens quaestio.

Réponse. L’union entre deux ou trois choses peut exister de trois façons. D’une manière, parce que des choses ne sont unies entre elles que par l’union avec une autre chose. Mais, en sens inverse, certaines choses sont unies par leur union réciproque et avec une autre chose, qui est réalisée par leur union. Cependant, certaines choses [sont unies] par leur union réciproque, mais non avec une autre chose, car rien ne résulte de leur union. Le premier mode se produit de quatre manières. En effet, soit que cette chose unique en laquelle elles unies est identique en nombre, comme les deux bras sont unis à un seul torse ou comme deux branches qui ne se touchent que par le tronc ; soit que cette chose est une selon l’espèce, comme Socrate et Platon dans l’homme, ou une selon le genre, comme l’homme et l’âme dans l’animal ; soit [qu’elle est] une par une analogie ou une proportion, comme la substance et la qualité dans un être, car le rapport entre la substance et l’être qui lui est dû est le même qu’entre la qualité et l’être qui lui convient selon son genre. Mais ce qui est uni réciproquement et avec une autre chose réalisée par leur union est comme la matière et la forme, car la forme est unie à la matière comme sa perfection, et les deux sont unies dans une nature commune. De même en est-il des parties quantitatives continues les unes par rapport aux autres, de sorte qu’un tout provient d’elles, dans lequel deux parties ont quelque chose en commun. Mais les choses qui sont unies les unes par rapport aux autres, mais non dans une autre, sont comme l’accident et le sujet, par lesquels n’est pas réalisé quelque chose d’un par soi, dont le sujet et l’accident puissent être appelés les parties, comme cela est démontré dans Métaphysique, VIII. Et parce que, ainsi que le dit Hilaire dans La Trinité, I, il n’y a aucune comparaison entre les réalités terrestres et Dieu, et que la raison n’apportera aucun exemple suffisant des réalités divines, il faut savoir qu’aucune de ces manières ne convient entièrement à l’union ineffable par laquelle Dieu est uni à l’homme. Cependant, certaines de ces manières représentent partiellement ce mode d’union. Il faut donc savoir que le mode intermédiaire selon lequel certaines choses sont unies réciproquement, de sorte qu’une troisième chose en résulte, ne peut d’aucune manière convenir à Dieu, car les deux choses qui sont unies de cette manière se trouvent être des parties de la troisième. Or, la raison de partie, comme celle d’imparfait, est totalement écartée de Dieu. En effet, dans l’incarnation, deux choses peuvent être prises en compte du point de vue de celui qui assume : la personne et la nature. Or, si nous considérons la personne qui assume, elle est unie à la nature humaine assumée selon le troisième mode d’union, car la personne divine devient la personne de cette nature humaine ; mais il ne résulte pas de ces deux choses une troisième, comme une troisième chose n’est pas réalisée chez Socrate par sa personne et sa nature, mais sa personne subsiste dans la nature humaine. Toutefois, si nous considérons la nature de celui qui assume, son union à la nature humaine se réalise selon le premier mode d’union, dans la mesure où les deux natures se retrouvent dans une seule personne, alors qu’elles sont néanmoins distinctes par leurs propriétés naturelles. C’est pourquoi l’incarnation est comparée à une greffe : en effet, de même que, par la greffe à un même tronc où se trouvait une branche par nature, une autre branche apparaît par la greffe, de même, dans la même personne où se trouvait naturellement la nature divine, se trouve la nature humaine par l’union. Or, il est impossible que Dieu et la créature se retrouvent dans un seul genre ou une seule espèce, mais cela est possible par analogie. Mais cela a existé depuis le moment où les créatures ont commencé à exister. C’est pourquoi telle n’est pas présentement la question.

 [7400] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod contingit aliquando in relativis aliquid relative dici, non quia ipsum referatur, sed quia alterum refertur ad ipsum, sicut scibile relative dicitur ad scientiam: et in talibus aliquid incipit dici de novo quod prius non dicebatur, nulla mutatione facta circa ipsum, sed circa alterum: nulla enim mutatione facta circa scibile, incipit esse a me scitum per mei mutationem: et similiter dicitur res scibilis non per potentiam passivam quae sit in ipsa, sed per potentiam quae est in sciente: et sic est in proposito. Non enim potest esse ut creator ad creaturam referatur nisi quia creatura ad ipsum refertur, in qua relatio realiter existit, ut in 1 Lib. dictum est, dist. 30; et ideo Deus dicitur uniri non per mutationem sui, sed ejus cui unitur: et similiter cum dicitur unibilis, hoc dicitur non per potentiam aliquam passivam in Deo existentem, sed per potentiam quae in creatura est ut uniri possit. Vel potest dici, quod unibile non dicit potentiam passivam, sed activam. Sed haec responsio non congruit propter duo. Primo ex ipsa significatione nominis: quia unibile significat possibile uniri; unitivum vero potens unire. Secundo, quia cujus est actio ejus est potentia: unde cum haec actio quae est unire, conveniat indifferenter toti Trinitati; et unibile si dicit activam potentiam unionis, toti Trinitati indifferenter conveniet, et non magis congruet filio, ut in littera dicitur.

 [1] Il arrive parfois que, dans les choses relatives, on dise quelque chose de manière relative, non pas parce que cela est mis en rapport, mais parce que quelque chose d’autre est mis en rapport avec cela, comme ce qui est connaissable est mis en rapport avec la science. Pour de telles choses, on commence à dire quelque chose qui n’était pas dit auparavant, sans mentionner la chose, mais son rapport à quelque chose d’autre. En effet, sans qu’aucun changement n’ait lieu dans ce qui peut être connu, cela commence à être connu par moi par un changement de ma part. De même, une chose est dite connaissable, non pas par une puissance passive qui est en elle, mais par une puissance qui se trouve dans celui qui connaît. Tel est le cas ici. En effet, il ne peut arriver que le Créateur soit mis en rapport avec la créature que parce que la créature, chez qui la relation existe réellement, est mise en rapport avec lui, comme on l’a dit dans le livre I, d. 30. C’est pourquoi on dit que Dieu est uni, non par un changement de sa part, mais par un changement de la part de ce qui est uni. De même, lorsqu’on dit qu’il peut être uni, on le dit, non pas en raison d’une puissance passive existant en Dieu, mais d’une puissance d’être unie qui existe dans la créature. Ou bien on peut dire que ce qui peut être dit ne signifie pas une puissance passive, mais active. Mais cette réponse ne convient pas pour deux raisons. Premièrement, en raison de la signification même du mot, car ce qu’il est possible d’unir signifie ce qui peut uni, mais ce qui unit, ce qui peut unir. Deuxièmement, parce que la puissance appartient à ce à quoi appartient l’action. Ainsi, puisque cette action, qui consiste à unir, convient de manière indifférenciée à la Trinité, ce qui peut être uni, si on exprime par là la puissance active d’unir, conviendra aussi de manière indifférenciée à la Trinité, et ne conviendra pas plutôt au Fils, comme on le dit dans le texte.

 [7401] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod illud quod est perfectum in se, non unitur alteri ad acquirendum aliquam perfectionem, sed ad communicandum: et sic Deus homini uniri voluit non propter se, quia non habet quo crescat ejus perfectio, sed propter hominem cui subveniendum erat: sicut etiam Deus est in omnibus per essentiam, praesentiam et potentiam, suam bonitatem in omnibus diffundendo; ex quo tamen nihil sibi accrescit.

 [2] Ce qui est parfait en soi n’est pas uni à quelque chose d’autre pour acquérir une perfection, mais pour la communiquer. Ainsi, Dieu a voulu être uni, non pas pour lui-même, car sa perfection n’y trouve pas à s’accroître, mais pour l’homme, au secours de qui il devait venir ; comme aussi Dieu existe en toutes choses par son essence, sa présence et sa puissance, en diffusant sa bonté en toutes choses, sans en être en rien accru.

 [7402] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod proportio dicitur dupliciter. Uno modo idem est proportio quod certitudo mensurationis duarum quantitatum: et talis proportio non potest esse nisi duorum finitorum, quorum unum excedit secundum aliquid certum et determinatum. Alio modo dicitur proportio habitudo ordinis, sicut dicimus esse proportionem inter materiam et formam, quia se habet in ordine, ut perficiatur materia per formam, et hoc secundum proportionabilitatem quamdam: quia sicut forma potest dare esse, ita et materia potest recipere idem esse: et hoc modo etiam movens et motum debent esse proportionabilia, et agens et patiens, ut scilicet sicut agens potest imprimere aliquem effectum, ita patiens possit recipere eumdem. Nec oportet ut commensuretur potentia passiva recipientis ad potentiam activam agentis nec secundum numerum (sicut unus artifex per artem suam potest in ligno inducere plures formas, ut formam arcae, et formam serrae; sed lignum non potest recipere nisi unam illarum) nec etiam secundum intentionem: quia artifex per suam artem potest producere pulchram sculpturam, quam tamen lignum nodosum non potest recipere. Et ideo non est inconveniens ut hic modus proportionis inter Deum et creaturam salvetur, quamvis in infinitum distent: et ideo possibilis est unio utriusque.

 [3] On parle de proportion de deux manières. D’une manière, la proportion est la même chose qu’une mesure assurée entre deux quantités. Une telle proportion ne peut exister qu’entre deux réalités finies, dont l’une dépasse selon quelque chose de précis et de déterminé. D’une autre manière, on appelle proportion un rapport d’ordre, comme lorsque nous disons qu’il existe une proportion entre la matière et la forme, car [la matière] est ordonnée à être perfectionnée par la forme, et cela selon une certaine possibilité de proportion, car, de même que la forme peut donner l’être, de même la matière peut-elle aussi recevoir le même être. De cette manière, même ce qui meut et ce qui est mû doivent être susceptibles de proportion, ainsi que l’agent et le patient, de sorte que, de même que l’agent peut provoquer un certain effet, de même ce qui subit peut-il recevoir ce même [effet]. Et il n’est pas nécessaire que la puissance passive de ce qui reçoit soit égale à la puissance active de l’agent, ni selon le nombre (comme un artisan peut par son art introduire plusieurs formes dans le bois, ainsi la forme d’une arche et la forme d’un charriot; mais le bois ne peut recevoir qu’une seule d’entre elles), ni même selon l’intention, car l’artisan peut par son art produire une belle sculpture, que le bois plein de nœuds ne peut cependant recevoir. C’est pourquoi il n’est pas inapproprié que ce mode de proportion entre Dieu et la créature soit conservé, bien qu’il existe une distance infinie entre eux. C’est la raison pour laquelle l’union des deux est possible.

 [7403] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod contraria nunquam possunt uniri hoc modo quod insint eidem secundum idem; et sic etiam nec creatura creatori unitur; quia secundum Damascenum, quod erat increabile, mansit increabile; et quod erat creabile, mansit creabile.

 [4] Les contraires ne peuvent jamais être unis de manière à être présents dans la même chose sous le même aspect. Aussi la créature n’est-elle pas unie au créateur de cette manière, car, selon [Jean] Damascène, « ce qui ne pouvait être créé demeure impossible à créer, et ce qui pouvait être créé, il demeure possible de le créer ».

 [7404] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod aliquid dicitur esse virtus in corpore pluribus modis. Uno modo quia est forma corporis, et non habet operationem nisi mediante corpore; et sic potentiae sensitivae, et quae infra eas sunt dignitate, dicuntur virtutes in corpore. Alio modo potest dici virtus in corpore, quia est forma dans esse corpori, non tamen operans mediante corpore, quamvis indigeat corpore ad suam operationem, per quod repraesentatur sibi suum objectum: et hoc modo intellectus possibilis est virtus in corpore. Alio modo posset dici virtus in corpore quod est forma corporis, quamvis non operetur mediante corpore, nec a corpore aliquid recipiat; sicut dixerunt de animabus orbium, qui posuerunt caelos animatos anima intellectuali tantum. Et patet, quia esse virtutem in corpore significat vel esse formam corporis, vel etiam cum hoc dependere aliquo modo ejus operationem a corpore: quorum neutrum de Deo dicimus, secundum quod incarnatus est. Unde ad hoc quod ponamus eum incarnatum, non oportet quod ponamus eum virtutem in corpore, vel aliquo modo ad corpus finiri.

 [5] On parle de puissance dans un corps de plusieurs manières. D’une manière, parce qu’elle est la forme du corps et ne possède d’opération que par l’intermédiaire du corps. Les puissances sensibles, et celles qui leur sont inférieures en dignité, sont appelées des puissances dans le corps. D’une autre manière, on parle de puissance dans le corps parce qu’elle est la forme qui donne son être au corps, mais qui n’agit cependant pas par l’intermédiaire du corps, bien qu’elle ait besoin, pour son opération, du corps qui lui présente son objet. C’est de cette manière que l’intellect possible est une puissance dans le corps. D’une autre manière, on peut parler d’une puissance dans le corps qui est la forme du corps, bien qu’elle n’agisse pas par l’intermédiaire du corps ni ne reçoive quelque chose du corps, comme ceux qui affirmaient que le ciel était animé par une âme intellectuelle seulement parlaient des âmes des sphères. Et cela est clair, car être une puissance dans un corps signifie soit être la forme du corps, soit que son opération dépend d’une certaine manière du corps. Nous ne disons aucune des deux choses de Dieu, en tant qu’il s’est incarné. Aussi pour que nous affirmions qu’il s’est incarné, il n’est pas nécessaire que nous affirmions qu’il est une puissance dans un corps ou qu’il est d’une certaine manière limité à un corps.

 

 

Articulus 2 [7405] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 tit. Utrum Deum incarnari fuerit congruum

Article 2 – Était-il convenable que Dieu s’incarne ?

 [7406] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod non fuerit congruum Deum incarnari, etsi fuerit possibile. Sicut enim bonitati opponitur malitia, ita majestati opponitur infirmitas. Sed summam bonitatem non decet assumere aliquam malitiam. Ergo summae majestati indecens est omnis infirmitas. Omnis autem sapiens vitat indecentiam. Ergo cum Deus sit sapientissimus, nullo modo nostram naturam, quae infirma est, assumere debuit.

1. Il semble qu’il n’était pas convenable que Dieu s’incarne, même si cela était possible. En effet, de même que la bonté s’oppose à la malice, de même la faiblesse s’oppose-t-elle à la majesté. Or, il ne convient pas que la plus grande bonté assume la malice. Toute faiblesse était donc inappropriée pour la plus haute majesté. Or, tout sage évite ce qui n’est pas approprié. Puisque Dieu est le plus sage, il ne devait donc d’aucune manière assumer notre nature qui est faible.

 [7407] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 2 Praeterea, peccatum hominis et peccatum Angeli fuerunt ejusdem generis, quia uterque per superbiam peccavit. Sed Deus Angelorum peccato non subvenit per alicujus naturae assumptionem. Ergo nec peccato hominis subvenire debuit per incarnationem.

2. Le péché de l’homme et le péché de l’ange étaient du même genre, car les deux ont péché par orgueuil. Or, Dieu n’est pas venu au secours du péché des anges en prenant de quelque manière leur nature. Il ne devait donc pas venir au secours du péché de l’homme par l’incarnation.

 [7408] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 3 Praeterea, creatio recreationi respondet. Sed Deus ad creationem hominis nullam creaturam assumpsit. Ergo nec ad ejus recreationem incarnari eum congruum fuit.

3. La création répond à la recréation. Or, Dieu n’a assumé aucune créature pour la création de l’homme. Il ne convenait donc pas qu’il s’incarne pour sa recréation.

 [7409] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 4 Praeterea, ut in Psalm. 144, 9, dicitur, miserationes ejus super omnia opera ejus. Ergo plus decuit quod Deus ostenderet immensitatem suae misericordiae quam severitatem suae justitiae. Sed ad magnitudinem misericordiae pertinet ut peccata sine satisfactione remittantur: unde et a Deo nobis praecipitur ut debitoribus nostris gratis dimittamus. Ergo et Deus naturam humanam gratis reparare debuit, non expetendo satisfactionem: et ita non fuit opportunum ut Deus homo fieret ad satisfaciendum pro hominibus.

4. Comme le dit le Ps 144, 9, sa miséricorde l’emporte sur toutes ses œuvres. Il convenait donc davantage que Dieu manifeste l’immensité de sa miséricorde que la sévérité de sa justice. Or, il relève de la grandeur de sa miséricorde qu’il remette les péchés sans satisfaction ; aussi nous est-il ordonné par Dieu de remettre gratuitement à nos débiteurs. Dieu devait donc réparer gratuitement la nature humaine, sans exiger de satisfaction. Ainsi n’était-il pas opportun que Dieu devienne homme afin de satisfaire pour les hommes.

 [7410] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 5 Praeterea, nulla crudelitas Deo est attribuenda, quia summe est misericors. Sed exigere ab aliquo plus quam potest, est crudele. Ergo Deus non exigit satisfactionem ab homine quam homo non potest implere; et ita homo per se potest satisfacere: et sic non fuit necessarium quod Deus incarnaretur.

5. Aucune cruauté ne doit être attribuée à Dieu, car il est miséricordieux au plus haut point. Or, exiger de quelqu’un plus qu’il ne peut est cruel. Dieu n’exige donc pas de l’homme une satisfaction que l’homme ne peut accomplir. Ainsi, l’homme peut satisfaire par lui-même. Il n’était donc pas nécessaire que Dieu s’incarne.

 [7411] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 6 Praeterea, quicumque potest satisfacere pro majori peccato, potest satisfacere pro minori. Sed mortale peccatum actuale est majus quam originale, quia habet plus de voluntario. Ergo cum homo possit pro mortali satisfacere, potest pro originali multo fortius satisfacere; et sic idem quod prius.

6. Quiconque peut satisfaire pour un péché plus grand peut satisfaire pour un plus petit. Or, un péché mortel actuel est plus grand que le péché originel, car il comporte plus de volontaire. Puisque l’homme peut satisfaire pour un péché mortel, il peut à bien plus forte raison satisfaire pour le péché originel. La conclusion est ainsi la même que précédemment.

 [7412] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 7 Praeterea, in primo parente idem fuit peccatum originale et actuale. Sed ipse per poenitentiam de peccato actuali satisfecit. Ergo et de originali potuit satisfacere; et sic idem quod prius.

7. Chez le premier parent, le péché originel était le même que le péché actuel. Or, il a lui-même satisfait par la pénitence pour le péché actuel. Il pouvait donc satisfaire pour le péché originel. La conclusion est ainsi la même que précédemment.

 [7413] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 8 Praeterea, secundum Dionysium, lex divinitatis est ultima per media reducere. Sed homo per peccatum a Deo abjectus erat. Ergo cum natura angelica inter naturam divinam et humanam sit media, ut in 4 cap. Cael. Hierar. ostenditur, videtur quod etsi homo sufficienter satisfacere non poterat, per Angelum hoc fieri debuerit, et non per Deum incarnatum.

8. Selon Denys, la loi de la divinité consiste à ramener les dernières choses par les réalités intermédiaires. Or, l’homme avait été rejeté loin de Dieu par le péché. Puisque la nature angélique est intermédiaire entre la nature divine et la nature humaine, comme cela est montré dans La hiérarchie céleste, IV, il semble donc que, même si l’homme ne pouvait satisfaire suffisamment, cela devait être accompli par un ange, et non par Dieu incarné.

 [7414] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 9 Praeterea, quodlibet bonum creatum finitum est. Sed bonum totius humanae naturae est creatum: quolibet autem finito potest Deus facere aliquid majus. Ergo Deus potest facere unam creaturam, cujus bonitas praeponderet bonitati totius naturae humanae. Ergo per illam posset recompensari corruptio totius humanae naturae: et ita videtur quod non oportuit ad reparationem humani generis Deum incarnari.

9. Tout bien créé est fini. Or, le bien de toute la nature humaine est créé. Mais Dieu peut faire quelque chose de plus grand que tout ce qui est fini. Dieu peut donc faire une créature dont la bonté l’emporterait sur la bonté de toute la nature humaine. Il pourrait donc compenser par elle la corruption de toute la nature humaine. Il semble ainsi qu’il n’était pas nécessaire que Dieu s’incarne pour restaurer le genre humain.

 [7415] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 s. c. 1 Sed contra, non erat conveniens ut una nobilissimarum creaturarum suo fine totaliter frustraretur. Sed humana natura est inter nobilissimas naturas. Cum ergo tota corrupta fuerit per peccatum in primo parente, et ita beatitudine privata, ad quam instituta erat, congruum fuit ipsam reparari. Sed reparatio humani generis non potest fieri nisi peccatum dimittatur; nec justum est ut peccatum sine satisfactione dimittatur. Ergo oportuit pro peccato totius humanae naturae satisfieri. Sed satisfactio decenter fieri non potest nisi ab eo qui debet satisfacere et potest. Ergo sic debuit fieri. Sed non debet nisi homo qui peccavit, et non potest nisi Deus: quia quaelibet creatura totum suum esse Deo debet, nedum ut pro alio satisfacere possit: et sic aliqua creatura pro homine non potest satisfacere, nec ipse pro se, cum peccato indignus reddatur.

Cependant, [1] il ne convenait pas que l’une des créatures les plus nobles fut entièrement dépossédée de sa fin. Or, la nature humaine fait partie des natures les plus nobles. Puisqu’elle avait été tout entière corrompue par le péché chez le premier parent et ainsi, privée de la béatitude pour laquelle elle avait été créée, il convenait qu’elle soit restaurée. Or, la restauration du genre humain ne peut être réalisée que si le péché est enlevé, et il n’est pas juste que le péché soit enlevé sans satisfaction. Il fallait donc qu’il y ait satisfaction pour le péché de toute la nature humaine. Or, la satisfaction ne peut être accomplie comme il convient que par celui qui doit et peut satisfaire. Elle devait donc être ainsi accomplie. Or, ne doit [satisfaire] que l’homme qui a péché, et seul Dieu peut le faire, car toute créature doit son être tout entier à Dieu, de sorte qu’elle peut encore bien moins satisfaire pour quelqu’un d’autre. Ainsi, une créature ne peut satisfaire pour l’homme, ni lui-même pour lui-même, puisqu’il est rendu indigne par le péché.

 [7416] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 s. c. 2 Praeterea, nullius creaturae bonum excedit bonum naturae humanae, ut recompensationem pro tota natura possit facere. Ergo opportunum fuit ut Deus homo fieret ad satisfaciendum pro homine.

 [2] Le bien d’aucune créature ne dépasse pas le bien de la nature humaine, de sorte qu’il puisse compenser pour la nature entière. Il était donc opportun que Dieu devienne homme afin de satisfaire pour l’homme.

 [7417] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 s. c. 3 Praeterea, Sap. 7, 30, dicitur: sapientia vincit malitiam. Sed per malitiam Diaboli et hominis humana natura, quae opus est Dei, abjecta erat quantum dejici potuit in culpam et in miseriam. Ergo decuit ut sapientia Dei ipsam exaltaret quantum exaltari potuit. Ergo cum humana natura sit assumptibilis in unitatem divinae personae, ut prius dictum est, videtur congruum fuisse ut Deus humanam naturam assumeret.

 [3] Il est dit en Sg 7, 30 : La sagesse l’emporte sur la malice. Or, par la malice du Diable et de l’homme, la nature humaine, qui est l’œuvre de Dieu, avait été rejetée autant qu’elle pouvait l’être dans la faute et la misère. Il convenait donc que la sagesse de Dieu l’élève autant qu’elle pouvait être élevée. Puisque la nature humaine peut être assumée dans l’unité d’une personne divine, comme on l’a dit plus haut, il semble donc qu’il était convenable que Dieu assume la nature humaine.

 [7418] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 s. c. 4 Item Jacob. 4, 6: Deus superbis resistit. Sed per superbiam Diabolus homini invidens eum servum suum constituit, et injuste in servitute detinuit, cum ad servitium Dei creatus sit. Ergo decuit ut summe potens Deus nequitiae Diaboli resisteret, ut non solum hominem de ejus potestate eriperet, sed etiam e converso hominem dominum Diaboli constitueret. Sed cum nulla creatura sit superior angelica natura, quae est in Diabolo, hoc non posset esse, nisi homo qui hoc faceret, Angelorum dominus esset, quod soli Deo convenit. Ergo decuit ut Deus homo fieret, ut sic in nomine Jesu omne genu flectatur, caelestium, terrestrium, et Infernorum; Philip. 2, 10.

 [4] Jc 4, 6 dit : Dieu résiste aux orgueilleux. Or, par l’orgueuil, le Diable, envieux de l’homme, l’a rendu esclave et l’a détenu injustement comme esclave, alors qu’il a été créé pour le service de Dieu. Il convenait donc que le Dieu tout-puissant résiste à la méchanceté du Diable, de sorte que non seulement il arrache l’homme à son pouvoir, mais fasse de l’homme le maître du Diable. Or, comme aucune créature n’est supérieure à la nature angélique, qui existe chez le Diable, cela ne pouvait se réaliser que si l’homme qui avait fait cela était le maître des anges, ce qui ne convient qu’à Dieu. Il convenait donc que Dieu devienne homme, afin qu’ainsi au nom de Jésus, tout genou soit fléchi, au ciel, sur terre et dans les enfers, Ph 2, 10.

 [7419] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 co. Respondeo dicendum, quod ad ea quae fidei sunt, ratio demonstrativa haberi non potest, cum fides de non apparentibus esse dicatur Hebr. 11, et praecipue in illis quae ex mera Dei voluntate proveniunt, cujusmodi est incarnatio; et ideo ad incarnationem probandam ratio demonstrativa haberi non potest, nec etiam in contrarium quia cum demonstratio scire faciat, scientia autem non nisi verorum sit, oportet omne quod demonstratur verum esse, et ejus contrarium falsum; et ideo sufficit defendere quod non est impossibile incarnationem esse, quod in 1 art. ex parte dictum est, et ostendere aliquam congruentiam ad incarnationem, quod ad hunc articulum pertinet. Sciendum ergo, quod supposito lapsu humanae naturae, congruentia incarnationis apparet ex tribus: scilicet ex plenitudine divinae misericordiae, et ex immobilitate justitiae ipsius, et ex decenti ordine sapientiae ejus. Quia igitur Deus summe bonus et misericors est, decuit ut nulli negaret hoc cujus capax erat. Ergo cum humana natura lapsa esset, et nihilominus reparabilis erat, decuit ut eam repararet. Quia etiam justitia ejus immutabilis est, cujus lege sancitum est ut nunquam peccatum sine satisfactione dimittatur, decuit ut in humana natura institueret eum qui satisfacere posset: quia hoc purus homo per se facere non poterat, ut dicetur. Sed quia summe sapiens est, convenientissimum modum reparationis debuit adinvenire. Modus autem convenientissimus est ut integre natura repararetur, et faciliter ad id quod amiserat, homo pervenire posset. Si autem hominem per Angelum repararet, non integra esset reparatio: quia semper homo Angelo salutis suae debitor esset; et ita ei in beatitudine adaequari non posset; quod tamen consecutus fuisset si non peccasset, sicut et nunc consequuntur homines per gratiam reparationis, ut sint sicut Angeli Dei in caelo, Matthaei 22. Et ideo decuit ut non Angelus, sed ipse Deus hominem repararet. Similiter ut esset facilis modus ascendendi in Deum, decuit ut homo ex his quae sibi cognita sunt tam secundum intellectum quam affectum, in Deum consurgeret; et quia homini connaturale est secundum statum praesentis miseriae ut a visibilibus cognitionem accipiat, et circa ea afficiatur; ideo Deus congruenter visibilis factus est, humanam naturam assumendo, ut ex visibilibus in invisibilium amorem et cognitionem rapiamur.

Réponse. On ne peut accéder à ce qui relève de la foi par un argument démonstratif, puisqu’on dit de la foi qu’elle porte sur ce qui n’est pas manifeste, He 11, surtout pour ce qui relève de pure volonté de Dieu, comme c’est le cas de l’incarnation. Il ne peut donc y avoir d’argument démonstratif pour prouver l’incarnation, et pas davantage pour aller en sens contraire, car, puisqu’une démonstration produit la science et que la science ne porte que sur ce qui est vrai, il est nécessaire que le contraire de tout ce qui est démontré vrai soit faux. Il suffit donc de défendre que l’existence de l’incarnation n’est pas impossible, ce qu’on a dit en partie dans l’art. 1, et de montrer qu’il existe une certaine convenance pour l’incarnation, ce qui relève du présent article. Il faut donc savoir qu’en supposant la chute de la nature humaine, la convenance de l’incarnation se montre de trois façons : à partir de la plénitude de la miséricorde divine ; à partir de l’immuabilité de sa justice ; et à partir de l’ordre qui convient à sa sagesse. Ainsi donc, parce que Dieu est bon et miséricordieux au plus haut point, il convenait qu’il ne refuse à personne ce dont celui-ci est capable. Puisque la nature humaine était tombée et n’était pas moins susceptible de restauration, il convenait donc qu’il la restaure. Aussi, parce qu’est immuable la justice de celui qui a établi par une loi que le péché n’est jamais remis sans une satisfaction, il convenait qu’il établisse dans la nature humaine celui qui pourrait satisfaire, car un simple homme ne pouvait réaliser cela par lui-même, comme on le dira. Mais parce qu’il est sage au plus haut point, il devait trouver le monde de restauration le plus convenable. Or, le mode le plus convenanble consiste en ce que la nature soit intégralement restaurée et que l’homme puisse parvenir facilement à ce qu’il avait perdu. S’il restaurait l’homme par un ange, la restauration n’aurait pas été entière, car l’homme serait toujours le débiteur de son salut à un ange. Ainsi, il ne pourrait être son égal pour la béatitude, ce qu’il aurait cependant obtenu s’il n’avait pas péché, comme les hommes obtiennent maintenant par la grâce de la restauration d’être comme les anges de Dieu dans le ciel, Mt 22. Aussi convenait-il que ce ne soit pas un ange, mais Dieu lui-même qui restaure l’homme. De même, pour que la manière de monter vers Dieu soit facile, il convenait que l’homme s’élève vers Dieu à partir de ce qui lui est connu, aussi bien selon l’intellect que selon l’affectivité. Et parce qu’il est connaturel à l’homme, dans l’état de sa misère présente, de tirer la connaissance à partir des réalités sensibles et que son affectivité se porte vers elles, Dieu s’est donc convenablement rendu visible en prenant la nature humaine, afin que nous soyons entraînés à l’amour et à la connaissance des réalités invisibles à partir de réalités visibles.

 [7420] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod majestatem non decuit infirmitas eam deprimens et quodammodo involvens. Talis autem non fuit illa de qua sermo est; nec per incarnationem infirmitas humanitatis diminuit potentiam majestatis: quia duae naturae in una persona inconfuse et inalterabiliter sunt unitae. Nec est similis ratio de malitia et infirmitate: quia infirmitas de sui ratione non privat ordinem a fine; et ideo propter aliquem finem assumi potuit; sed malitia dicitur secundum deordinationem a fine; et ita omnem congruitatem tollit; unde omnino indecens fuisset ut summa bonitas quocumque modo malitiam assumeret.

1. La faiblesse qui l’abaisse et d’une certaine manière l’obscurcit ne convenait pas à la majesté. Mais telle ne fut pas celle dont on parle ici, et, par l’incarnation, la faiblesse de l’humanité ne diminue pas la puissance de la majesté, car les deux natures ont été unies en une seule personne sans confusion et sans altération. Le raisonnement n’est pas le même pour la malice et la faiblesse, car la faiblesse ne prive pas par sa raison même de l’ordre à la fin ; aussi pouvait-elle être assumée pour une certaine fin. Mais on parle de malice pour un désordre par rapport à la fin, et ainsi elle enlève toute convenance. Il aurait donc été tout à fait inapproprié que la bonté suprême assume la malice de quelque manière que ce soit.

 [7421] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod peccatum hominis fuit remediabile, non autem peccatum Angeli; cujus ratio multipliciter assignatur. Primo ex virtute naturali utriusque: quia quantum ad cognitivam Angelus cognoscit in luce plena per intellectum deiformem, ut possit totum considerare sine inquisitione quod ad electionem alicujus rei pertinet, ut sic per ignorantiam non excusetur, sicut homo qui cognoscit quae agenda sunt deliberando per rationem, quae est quasi quaedam obumbratio intellectus, ut dicit Isaac in Lib. de definitionibus: quantum ad affectivam vero, quia voluntas Angeli invertibilis est post electionem, cum sit infra voluntatem divinam, quae est invertibilis ante et post, et supra voluntatem humanam, quae est vertibilis ante et post; ideo Angelus malo quod appetiit peccando, immobiliter inhaeret. Secunda ratio assignatur ex natura utriusque: quia Angelorum natura non propagatur ex uno, ex quo vitium contrahat, sicut humana; et ideo nec per unum eam reparari congruit: et hoc est quod videtur apostolus dicere ad Rom. 5, 12: sicut per unum hominem peccatum in hunc mundum intravit, et per peccatum mors, et ita in omnes homines mors pertransiit, in quo omnes peccaverunt. Tertia ex peccato utriusque: et quantum ad genus peccati; quia homo superbivit ex appetitu scientiae, cujus natura creata capax est; Angelus vero ex appetitu potentiae, quam natura creata non ita perfecte potest recipere sicut scientiam; unde et animae Christi communicata est omniscientia, sed non omnipotentia: et etiam quantum ad circumstantiam peccati: quia homo peccans et de venia cogitavit, et in aliquo deceptus est, ut in 2 libro dicitur, dist. 4 in textu et dist. 22, quaest. 1, art. 2 et 3, non autem Angelus peccans; et similiter quantum ad occasionem peccati, quam homo habuit, quia alio suggerente peccavit, non autem Angelus. Quarta ex justitia divina: quia omnes illi ad quos corruptio peccati primi hominis venire debebat, nondum erant in actu, sed in virtute tantum; et ideo non decebat ut priusquam essent, ultimam damnationem reciperent, sicut omnes Angeli actu existentes proprio arbitrio peccaverunt. Quinta ex misericordia divina: quia tota natura humana lapsa erat in uno parente, non autem tota natura angelica; et ideo magis indecens erat ut natura humana tota relinqueretur sub damnatione quam natura angelica, quae non tota corruerat. Sexta vero et praecipua est ex parte status utriusque: quia homo non peccavit in termino viae suae sicut Angelus, cui ad propriam electionem status viae finitus est; et hoc consonat verbo Damasceni qui dicit, quod hoc est hominibus mors quod Angelis casus; et de hoc in Lib. 2, dist. 7, qu. 1, art. 2, dictum est.

2. Il pouvait être rémédié au péché de l’homme, mais non au péché de l’ange, et il y a à cela plusieurs raisons. Premièrement, en vertu de la puissance naturelle des deux. En effet, l’ange connaît selon une pleine lumière par un intellect déiforme, de sorte qu’il peut tout considérer sans recherche ce qui se rapporte au choix d’une certaine chose ; ainsi, il n’est pas excusé par l’ignorance, comme l’homme qui connaît ce qu’il faut faire en délibérant par la raison, qui est comme une ombre de l’intellect, ainsi que le dit Isaac dans le Livre sur les définitions. Mais, pour ce qui est de l’affectivité, la volonté de l’ange ne peut être changée après le choix, puisqu’elle est inférieure à la volonté divine, qui ne peut être changée avant et après, et supérieure à la volonté humaine, qui peut être changée avant et après. C’est pourquoi, en péchant, l’ange adhère de manière immuable au mal qu’il a désiré. La deuxième raison se prend de la nature des deux. En effet, la nature des anges ne se transmet pas à partir d’un seul dont le vice est contracté, comme la nature humaine. C’est pourquoi il ne convenait pas qu’elle soit restaurée par un seul. C’est ce que semble dire l’Apôtre dans Rm 5, 12 : De même que par un seul homme, le péché est entré dans ce monde, et par le péché, la mort, de même la mort est-elle passée chez tous les hommes, en quoi tous ont péché. La troisième raison se prend du péché des deux. Pour le genre du péché, parce que l’homme s’est enorgueilli par le désir de connaître, dont la nature créée est capable, mais l’ange par le désir de puissance, que la nature créée ne peut pas recevoir aussi parfaitement que la science. Ainsi l’omniscience a-t-elle été communiquée à l’âme du Christ, mais non la toute-puissance. Aussi, pour la circonstance du péché, car l’homme, en péchant, a pensé au pardon et a été trompé sur ce point, comme il a été dit dans le livre II, d. 4, dans le texte, et d. 22, q. 1, a. 2 et 3, mais ce ne fut pas le cas de l’ange lorsqu’il a péché. De même, pour l’occasion de pécher qu’a eue l’homme, car il a péché à la suggestion d’un autre, mais non pas l’ange. La quatrième raison se prend de la justice divine, car tous ceux que la corruption du péché du premier homme devait atteindre n’existaient pas encore en acte, mais en puissance seulement. Aussi ne convenait-il pas qu’avant qu’ils n’existent, ils reçoivent une ultime condamnation, comme tous les anges qui existaient en acte ont péché de leur propre arbitre. La cinquième raison se prend de la miséricorde divine, car toute la nature humaine était tombée en un seul parent, mais non pas toute la nature angélique. Il était donc beaucoup moins approprié que la nature humaine soit abandonnée à la damnation, que la nature angélique qui n’était pas tout entière tombée. La sixième raison, et la principale, se prend de l’état des deux, car l’homme n’a pas péché au terme de son cheminement, comme l’ange, pour lequel l’état de cheminement se limitait à son propre choix. Et cela est conforme à la parole de [Jean] Damascène, qui dit que « la mort est pour les hommes ce que la chute est pour les anges ». On a parlé de cela dans le livre II, d. 7, q. 1, a. 2.

 [7422] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in creatione se habet creatura sicut effectus productus in esse per creationem; et ideo non exigitur ut a creatura aliquo modo operatio creationis exeat, sed quod ad eam terminetur; sed in recreatione creatura se habet ut satisfaciens, quod sine ejus operatione fieri non potest; et ideo quamvis creatio sit opus Dei non per aliquam creaturam, tamen oportet quod recreatio per modum redemptionis facta, sit opus Dei naturam creatam assumentis.

3. Dans la création, la créature se présente comme l’effet amené à l’être par la création. Aussi n’est-il pas nécessaire que l’action de la création provienne de quelque manière de la créature, mais qu’elle se termine à elle. Mais, dans la recréation, la créature se présente comme celle qui satisfait, ce qui ne peut se faire sans son action. C’est pourquoi, bien que la création soit l’œuvre de Dieu sans intervention d’une créature, il est cependant nécessaire que la recréation, accomplie par mode de rédemption, soit l’œuvre de Dieu qui assume une nature créée.

 [7423] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quamvis Deus sit summe misericors, sua tamen misericordia nullo modo justitiae suae obviat. Misericordia enim quae justitiam tollit, magis stultitia quam virtus dici debet; et ita Deum non decet: propter quod Deus misericordiam infinitam sic manifestare voluit, ut in nullo ejus justitiae derogaretur; quod factum est, dum pro nobis homo factus est, ut pro nobis satisfaceret: in quo etiam ejus abundantior misericordia ostensa est ad nos, quam si peccatum sine satisfactione dimisisset, inquantum naturam nostram magis exaltavit, et pro nobis mortem pertulit. Nec tamen est simile de homine et de Deo, propter duo. Primo, quia ipse Deus est judex omnium, ad quem pertinet justitiae ordinem servare, non autem homo quilibet; unde et judex non debet proprio arbitrio peccata dimittere impunita. Secundo, quia cum Deus sit ipsa bonitas, ex hoc ipso est aliquod malum quod contra ipsum est; et ideo cum poena non debeatur actui nisi quia malus est; decet ut ipse se vindicet puniendo peccatum quod contra ipsum commissum est. Secus autem est de homine; unde homo non debet punire quasi se vindicans, sed quasi Deum vindicans, si hoc ex officio habet. Unde dicitur Deut. 32, 35, secundum aliam litteram: mihi vindictam, et ego retribuam.

4. Bien que Dieu soit miséricordieux au plus haut point, sa miséricorde ne s’oppose cependant d’aucune manière à sa justice. En effet, la miséricorde qui écarte la justice doit plutôt être appelée une sottise qu’une vertu : elle ne convient donc pas à Dieu. C’est la raison pour laquelle Dieu a voulu manifester sa miséricorde infinie de telle sorte qu’il ne soit d’aucune manière dérogé à sa justice, ce qui s’est réalisé lorsqu’il s’est fait homme pour nous afin de satisfaire pour nous. En cela, sa miséricorde envers nous s’est aussi montrée plus abondante que s’il avait remis le péché sans satisfaction, pour autant qu’il a davantage exalté notre nature et a supporté la mort pour nous. Cependant, il n’en va pas de même de l’homme et de Dieu pour deux raisons. Premièrement, parce que Dieu lui-même est le juge de tous, à qui il revient de préserver l’ordre de la justice, mais ce n’est pas le cas de l’homme. Aussi le juge ne doit-il pas laisser des péchés impunis de son propre arbitre. Deuxièmement, parce que Dieu étant la bonté elle-même, quelque chose est mal du fait même que cela lui est contraire. C’est pourquoi, une peine n’étant due pour un acte que parce que celui-ci est mauvais, il convient qu’il se venge en punissant le péché qui a été commis contre lui. Mais il en va autrement de l’homme. Aussi l’homme ne doit-il pas punir comme s’il se vengeant, mais en vengeant Dieu, s’il cela relève de sa charge. Aussi est-il dit dans Dt 32, 35, selon une autre version : À moi la vengeance : c’est moi qui rends à chacun selon ses mérites !

 [7424] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod quantitas peccati ex duobus potest pensari; scilicet ex parte Dei, in quem peccatur; et sic infinitatem quamdam habet, prout offensa Dei est, quia quanto major est qui offenditur, tanto culpa est gravior: vel ex parte boni quod corrumpitur per peccatum; et sic quantitas culpae finita est, scilicet inquantum est corruptio naturae; et ideo ad satisfactionem debitam requiritur actio hominis quae proportionetur quantitati culpae, inquantum corruptio quaedam est; et gratia, cujus virtus quodammodo infinita est, cum sufficiat ad merendum praemium infinitum, per quam satisfactio proportionatur quantitati culpae, prout offensa Dei est; et ideo ex se non sufficit homo ad satisfaciendum, quia ex se gratiam habere non potest. Nec tamen Deus crudelis est hanc satisfactionem exigens: quia quamvis gratiam habere non possit ex se, et ita nec satisfacere; potest tamen satisfacere per id quod Deus paratus est dare, scilicet per gratiam.

5. La quantité du péché peut être mesurée de deux points de vue. Du point de vue de Dieu, contre qui l’on pèche, et ainsi [le péché] comporte une certaine infinité en tant qu’offense de Dieu, car plus celui qui est offensé est grand, plus la faute est grave. Du point de vue du bien qui est corrompu par le péché : la quantité de la faute est ainsi finie en tant que corruption de la nature. C’est pourquoi, pour la satisfaction qui est due, sont nécessaires une action de l’homme proportionnée à la quantité de la faute en tant qu’elle est une certaine corruption, et la grâce, dont la puissance est d’une certaine manière infinie, puisqu’elle suffit pour mériter une récompense infinie, et par laquelle la satisfaction est proportionnée à la quantité de la faute en tant qu’elle une offense à Dieu. Aussi l’homme ne suffi-il pas par lui-même pour satisfaire, car il ne peut avoir la grâce par lui-même. Cependant, Dieu n’est pas cruel en exigeant cette satisfaction, car bien que [l’homme] ne puisse avoir la grâce par lui-même et ne puisse pas ainsi satisfaire, il peut cependant satisfaire par ce que Dieu est disposé à donner : par la grâce.

 [7425] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 ad 6 Ad sextum dicendum, quod quantitas originalis et actualis mortalis peccati potest dupliciter attendi: vel quantum ad principium, vel quantum ad bonum quod per utrumque privatur. Principium autem actualis peccati voluntas propria est; principium autem originalis in isto, est origo ejus vitiata; unde originale quodammodo est necessarium; sed actuale est omnino voluntarium: unde plus habet de ratione culpae et vituperabilis. Bonum autem quod per actuale peccatum corrumpitur, est bonum hujus personae, cui praeponderat bonum totius naturae, quod per originale corrumpitur; quia bonum gentis est divinius quam bonum unius hominis, ut dicitur 1 Ethic. Unde et originale pejus erit quam actuale, ut sic possit dici, quod actuale est major culpa, et originale majus malum. Actio autem satisfacientis, ut prius dictum est, proportionatur quantitati culpae ex parte boni quod per culpam corrumpitur: et cum omnis actio sit personae, quia actus singularium sunt, ideo ad satisfactionem pro actuali sufficit actus cujuscumque hominis cum gratia divina; non autem ad satisfaciendum pro originali peccato, nisi actio illius hominis plus valeret quam totum bonum humanae naturae: et hoc non posset esse, si esset purus homo; et ideo oportuit esse Deum et hominem qui pro originali satisfaceret. Vel dicendum secundum quosdam, quod etiam pro actuali peccato non sufficit purus homo satisfacere, nisi praesupposita satisfactione Christi, ex cujus passione etiam antiquorum patrum satisfactio efficax fuit, qui in fide ejus salvabantur.

6. La quantité du péché originel et du péché mortel actuel peut être considérée de deux manières : du point de vue du principe, ou du point de vue du bien dont on est privé par les deux. Or, le principe du péché actuel est la volonté propre ; mais le principe du péché originel chez quelqu’un est son origine viciée. Aussi le péché originel est-il d’une certaine manière nécessaire, mais le péché actuel est-il entièrement volontaire ; celui-ci a donc davantage le caractère de faute et est plus répréhensible. Mais le bien qui est corrompu par le péché actuel est le bien de telle personne, sur quoi l’emporte le bien de toute la nature, qui est corrompu par le péché originel, car « le bien du peuple est plus divin que le bien d’un seul homme », comme on le dit dans Éthique, I. Ainsi le péché originel sera-t-il pire que le péché actuel, de sorte qu’on peut dire que le péché actuel est une plus grande faute, et le péché originel un plus grand mal. Or, l’action de celui qui satisfait, comme on l’a dit plus haut, est proportionnée à la quantité de la faute du point de vue du bien qui est corrompu par la faute. Comme toute action est le fait de la personne, parce que les actes portent sur des choses singulières, suffit donc pour la satisfaction l’acte de n’importe quel homme accompagné de la grâce divine. Mais ce n’est pas le cas pour le péché originel, à moins que l’action de cet homme ait plus de valeur que tout le bien de la nature humaine. Or, cela ne pourrait exister s’il s’agissait d’un pur homme. Il fallait donc que celui qui satisferait pour le péché originel fût Dieu et homme. Ou bien il faut dire, selon certains, que, même pour le péché actuel, un pur homme ne peut satisfaire que si l’on présuppose la satisfaction du Christ, par la passion duquel même la satisfaction des anciens pères, qui étaient sauvés par la foi en lui, a été efficace.

 [7426] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 ad 7 Ad septimum dicendum, quod in peccato primi hominis persona corrupit naturam: unde illud peccatum potest dupliciter considerari: vel quantum ad corruptionem boni personalis; et sic primus homo pro eo satisfecit adjutorio gratiae Dei: vel inquantum fuit corruptio naturae, et sic pro eo Adam satisfacere non potuit, nec aliquis antiquorum patrum, nisi solum inquantum corruptio naturae in personam redundabat: ex hac enim parte originale peccatum in antiquis patribus per fidem, decimas, circumcisionem et sacrificia solvebatur: et ideo decedentes nondum ad visionem Dei admittebantur, nisi prius per satisfactionem Christi, naturae corruptio sanaretur.

7. Dans le péché du premier homme, la personne corrompt la nature. Aussi ce péché peut-il être envisagé de deux manières : soit quant à la corruption du bien personnel, et ainsi le premier homme a satisfait pour lui avec l’aide de la grâce de Dieu ; soit pour autant qu’il a été une corruption de la nature, et ainsi Adam n’a pu satisfaire pour lui, ni aucun des anciens pères, si ce n’est dans la mesure où la corruption de la nature rejaillissait sur la personne. En effet, de ce point de vue, le péché originel était acquitté chez les anciens pères par la foi, les dîmes, la circoncision et les sacrifices. C’est pourquoi, lorsqu’ils mouraient, ils n’étaient pas encore admis à la vision de Dieu, à moins que n’ait d’abord été guérie la corruption de la nature par la satisfaction du Christ.

 [7427] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 ad 8 Ad octavum dicendum, quod ipsa reparatio humani generis aliquo modo mediantibus Angelis facta est: ipsi enim nasciturum dominum annuntiaverunt, ut dicitur Luc. 1. Non tamen sufficiebat Angelus reparationem perficere, quia satisfacere non poterat pro tota humana natura; nec etiam debebat, quia ipse non peccaverat: et ideo oportuit, ut dictum est Sup., in corp., quod per Deum hominem reparatio humani generis compleretur.

8. La restauration a été accomplie d’une certaine manière par l’intermédiaire des anges. En effet, ceux-ci ont annoncé que le Seigneur allait naître, comme il est dit dans Lc 1. Cependant, l’ange ne suffisait pas pour réaliser la restauration, car il ne peut satisfaire pour toute la nature humaine. Il ne le devait pas non plus, car lui-même n’avait pas péché. Comme on l’a dit plus haut, dans le corps de l’article, il fallait donc que la restauration du genre humain soit accomplie par un Dieu homme.

 [7428] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 2 ad 9 Ad nonum dicendum, quod nulla creatura, in quantacumque bonitate crearetur, potest sufficere ad reparationem corruptionis humanae naturae per modum satisfactionis: cujus ratio potest esse triplex. Prima est, quia omnis creatura totum quod potest, pro se Deo debet: unde non relinquitur sibi ut pro alio satisfacere possit. Secunda, quia hoc requiritur in satisfactione, ut quod satisfaciens reddit, praeponderet ei quod per culpam ablatum est, vel saltem sit aequale illi. Quamvis autem aliqua natura creata sit vel possit esse melior natura humana; non tamen natura in aliqua persona creata considerata potest adaequare bonitatem totius naturae humanae: bonum enim humanae naturae quodammodo infinitum est per comparationem ad supposita, inquantum natura humana in infinitum per generationem communicabilis est; bonum autem cujuslibet naturae creatae et in se infinitum est, et finitur secundum quod consideratur in uno supposito determinato: et ideo cum actus sint suppositorum, non potest esse ut operatio alicujus creaturae valeat tantum quantum est totum bonum naturae humanae, ut possit esse digna satisfactio pro ejus reparatione. Tertia est, quia, ut in 2 Lib., dist. 19, quaest. 1, art. 4, dictum est, humana natura in prima sua conditione accepit quaedam per quae supra statum suis principiis congruentem elevabatur, sicut immortalitatem quamdam, quae erat gratiae, non naturae, et alia hujusmodi sibi ex pura liberalitate divina collata, quae per peccatum amisit. Unde eam reparare erat ad gradum superiorem ipsam elevare, in quo prius condita fuerat. Non est autem possibile elevare aliquam naturam ad gradum superiorem nisi ei qui naturas condidit, et earum gradus ordinavit: et ideo soli Deo possibile fuit naturam humanam reparare.

9. Aucune créature, quelle que soit la bonté qu’elle possède par la création, ne peut suffire à la restauration de la corruption de la nature humaine par mode de satisfaction. Une triple raison peut en être donnée. La première est que toute créature doit pour elle-même tout ce qu’elle peut ; il ne lui reste donc rien par quoi elle puisse satisfaire pour une autre. La deuxième est que, pour la satisfaction, il est exigé que celui qui satisfait l’emporte sur ce qui a été enlevé par la faute ou, tout au moins, lui soit égal. Or, bien qu’une nature créée soit ou puisse être meilleure que la nature humaine, la nature, considérée dans une personne créée, ne peut cependant pas égaler la bonté de toute la nature humaine. En effet, le bien de la nature humaine est d’une certaine manière infini si on le compare aux suppôts, pour autant que la nature humaine peut se communiquer à l’infini par la généréation ; mais le bien de n’importe quelle nature créée est infini en soi et fini selon qu’on le considère dans un suppôt déterminé. Puisque les actes sont le fait des suppôts, il ne peut donc arriver que l’action d’une créature ait autant de valeur que tout le bien de la nature humaine, de sorte qu’elle puisse être une digne satisfaction pour sa restauration. La troisième raison est que, ainsi qu’on l’a dit dans le livre II, d. 19, q. 1, a. 4, la nature humaine a reçu, en sa condition première, certaines choses par lesquelles elle était élevée au-dessus de l’état qui convenait à ses principes, telles une certaine immortalité, qui était le fait de la grâce, et non de la nature, et d’autres choses de ce genre, qui lui ont été conférées par la pure libéralité divine, et qu’elle a perdues par le péché. Aussi, la restaurer consistait à l’élever au degré supérieur dans lequel elle avait été d’abord créée. Or, il n’est possible d’élever une nature à un degré supérieur que pour celui qui a créé les natures et a ordonné leurs degrésm. Aussi était-il possible à Dieu seul de restaurer la nature humaine.

 

 

Articulus 3 [7429] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 tit. Utrum si homo non peccasset, Deus fuisset incarnatus

Article 3 – Si l’homme n’avait pas péché, Dieu se serait-il incarné ?

 [7430] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod si homo non peccasset, Deus incarnatus fuisset. Ut enim dicitur Deuter. 32, 4, Dei perfecta sunt opera. Sed perfectio non potest esse, nisi ultimum principio conjungatur, ut sic quasi quidam circulus concludatur, et alterius additio fieri non possit. Cum ergo ipse Deus sit primum, et homo sit ultima creaturarum, decuit ad perfectionem universi ut, etiamsi homo non peccasset, Deus homo fieret.

1. Il semble que si l’homme n’avait pas péché, Dieu ne se serait pas incarné. En effet, comme il est dit dans Dt 32, 4 : Les œuvres de Dieu sont parfaites. Or, il ne peut exister de perfection que si ce qui vient en dernier est uni au principe, de sorte que le cercle soit ainsi fermé et qu’une addition de quelque chose d’autre ne puisse être faite. Puisque Dieu lui-même est ce qui est premier et que l’homme est la dernière des créatures, il convenait donc à la perfection de l’univers que, même si l’homme n’avait pas péché, Dieu devienne homme.

 [7431] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 2 Praeterea, humilitas est perfecta virtus, ut dicitur in Glossa super Matth. 3, super illud: sic decet nos implere omnem justitiam. Sed omnis perfectio Deo attribuenda est. Ergo ipse perfectissimam humilitatem habet. Perfectissimus autem gradus humilitatis est ut aliquis se inferiori vel conjungat vel subjiciat. Ergo decuisset ut Deus aliquam creaturam assumeret, etiamsi homo non peccasset.

2. « L’humilité est une vertu parfaite », comme il est dit dans la Glose à propos de Mt 3 : Ainsi convient-il que nous accomplissions toute justice. Or, toute perfection doit être attribuée à Dieu. Il possède donc l’humilité la plus parfaite. Or, le degré le plus parfait de l’humilité consiste en ce que l’on s’unisse ou se soumette à un inférieur. Il aurait donc convenu que Dieu assume une créature, même si l’homme n’avait pas péché.

 [7432] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 3 Item, Rom. 1, 20: invisibilia Dei, per ea quae facta sunt, intellecta conspiciuntur. Sed potentia et sapientia et bonitas Dei sunt infinita. Ergo decuit, etiamsi homo non peccasset, ut in aliquo effectu manifestarentur. Sed potentia infinita non manifestatur nisi per effectum infinitum, nec sapientia infinita nisi per decorem infinitum, nec bonitas infinita nisi per communicationem infinitam. Cum ergo nulla creatura sit infinita, nec in ea sit infinitus decor resultans ex forma et proportione partium, nec iterum aliqua creatura communicationem boni infiniti recipiat; videtur quod etiam decuit, homine non peccante, uniri Deum homini, ut ex parte hominis ratio effectus esset, et ex parte Dei infinitas, et ex conjunctione divinae naturae ad creaturam infinitus decor resplenderet, et infinitum bonum ipsi naturae humanae communicaretur, scilicet persona increata quae in ea subsisteret.

3. Il est dit en Rm 1, 20 : Ce qui est invisible en Dieu se laisse voir par l’intelligence à travers ce qui a été créé. Or, la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu sont infinies. Il convenait donc que, même si l’homme n’avait pas péché, elles se fussent manifestées par quelque effet. Or, la puissance infinie n’est manifestée que par un effet infini, la sagesse infinie, par une beauté infinie, la bonté infinie, par une communication infinie. Puisque aucune créature n’est infinie, qu’il n’y a pas en elle une beauté infinie résultant de sa forme et de la proportion de ses parties, et qu’une créature ne reçoit pas la communication d’un bien infini, il semble donc qu’il convenait, même si l’homme n’avait pas péché, que Dieu soit uni à un homme, pour que, du point de vue de l’homme, un effet existe, et que, du point de vue de Dieu, existe l’infinité [de cet effet], que brille une beauté infinie par l’union de la nature divine à une créature, et qu’un bien infini soit communiqué à la nature humaine elle-même, à savoir, une personne incréée qui subsisterait en elle.

 [7433] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 4 Item, per peccatum non est in aliquo capacitas humanae naturae ampliata. Sed post peccatum humana natura inventa est capax tanti boni ut a Deo assumeretur in unitatem personae. Ergo et ante peccatum hujus dignitatis capax fuit. Sed ad Deum, qui infinito amore diligit ea quae sunt, pertinet ut nullum bonum creaturae deneget cujus est capax. Ergo ipse humanam naturam assumpsisset, etiamsi homo non peccasset.

4. Par le péché, la capacité de la nature humaine n’est pas accrue chez quelqu’un. Or, après le péché, la nature humaine s’est trouvée capable d’un si grand bien qu’elle a été assumée par Dieu dans l’unité de la personne. Elle était donc aussi capable de cette dignité avant le péché. Or, il convient à Dieu, qui aime d’un amour infini ce qui existe, qu’aucun bien dont une créature est capable ne lui soit refusé. Il aurait donc lui-même assumé la nature humaine, même si l’homme n’avait pas péché.

 [7434] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 5 Item, non est credendum quod homo ex peccato aliquod commodum reportaverit. Sed maxima dignitas humanae naturae est in hoc quod assumpta est in unitatem divinae personae. Ergo hoc per peccatum homo consecutus non est; et sic idem quod prius.

5. Il ne faut pas croire que l’homme ait tiré quelque bien du péché. Or, la plus grande dignité pour la nature humaine consiste à être assumée dans l’unité d’une personne divine. L’homme n’a donc pas obtenu cela par le péché. La conclusion est ainsi la même que précédemment.

 [7435] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 6 Item, cum homo ad beatitudinem creatus sit, ante peccatum totus homo beatificabilis erat. Sed beatitudo hominis quantum ad partem sensitivam erit in aspectu humanitatis assumptae, quantum vero ad partem intellectivam in contuitu deitatis assumentis: sic enim ingredietur homo et egredietur, ut Augustinus exponit, ut pascua inveniat, Joan. 10. Ergo etiamsi homo non peccasset, humanitas a Deo assumpta fuisset.

6. Puisque l’homme a été créé pour la béatitude, l’homme tout entier pouvait être rendu bienheureux avant le péché. Or, la béatitude de l’homme, pour ce qui est de sa partie sensible, consistera à voir l’humanité assumée, mais, pour ce qui est de sa partie intellective, à regarder la divinité qui assume. En effet, « c’est ainsi que l’homme entrera et sortira », comme Augustin explique : pour y trouver la Pâque, Jn 10. Même si l’homme n’avait pas péché, l’humanité aurait donc été assumée par Dieu.

 [7436] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 7 Praeterea, Bernardus exponens id quod dicitur Jonae 1: si propter me orta est tempestas etc., dicit, quod Diabolus vidit rationalem creaturam assumendam in unitatem personae filii Dei et invidit, et haec invidia fuit causa casus ejus, et movens ipsum ad tentandum hominem. Si autem incarnatio non fuisset nisi homine peccante, non instigasset Diabolus hominem ad peccandum: quia per hoc promovisset eum ad bonum quod ei invidebat. Ergo etiamsi homo non peccasset, Deus fuisset incarnatus.

7. De plus, en expliquant ce qui est dit en Jon 1 : Si la tempête se lève à cause de moi, etc., Bernard dit que « le Diable vit que la créature raisonnable devait être assumée dans l’unité de la personne du Fils de Dieu et l’envia, et que cette envie fut la cause de sa chute et le poussa à tenter l’homme ». Or, si l’incarnation n’avait eu lieu qu’en raison du péché de l’homme, le Diable n’aurait pas incité l’homme à pécher, car il l’aurait ainsi amené au bien qu’il lui enviait. Même si l’homme n’avait pas péché, Dieu se serait donc incarné.

 [7437] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 s. c. 1 Sed contra, Augustinus in libro de verbis apostoli exponens illud Matth. 18, 2: venit filius hominis quaerere et salvum facere quod perierat, dicit: si homo non peccasset, filius hominis non venisset. Sed ibi dominus loquitur de adventu in carnem. Ergo si homo non peccasset, filius Dei non esset incarnatus.

Cependant, [1] dans le Livre sur les paroles de l’Apôtre, en expliquant Mt 18, 2 : Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui avait péri, Augutin dit : « Si l’homme n’avait pas péché, le Fils de l’homme ne serait pas venu. » Or, le Seigneur parle là de sa venue dans la chair. Si l’homme n’avait pas péché, le Fils de Dieu ne se serait pas incarné.

 [7438] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 s. c. 2 Item, 1 Tim., 1, 15: Christus Jesus venit in hunc mundum peccatores salvos facere. Ubi Glossa Augustini dicit, quod nulla causa fuit domino Christo veniendi, nisi peccatores salvos facere. Tolle vulnera, tolle morbos, et nulla est causa medicinae. Sed remota causa removetur effectus. Ergo si peccatum non fuisset, filius Dei non fuisset incarnatus.

 [2] Il est dit en 1 Tm 1, 15 : Le Christ Jésus est venu dans ce monde pour sauver les pécheurs. Une glose d’Augustin dit en cet endroit qu’il n’existait aucune raison de venir pour le Seigneur Christ, si ce n’est de sauver les pécheurs. « Enlève les blessures, enlève les maladies, et il n’existe aucune raison pour le remède. » Or, la cause enlevée, l’effet est enlevé. S’il n’y avait pas eu de péché, le Fils de Dieu ne se serait donc pas incarné.

 [7439] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 s. c. 3 Praeterea, apostolus dicit Hebr. 2, 14: quia pueri communicaverunt carni et sanguini, et ipse similiter communicavit eisdem, ut per mortem destrueret eum qui habebat mortis imperium. Sed mors per peccatum in hunc mundum intravit, Rom. 5. Ergo si peccatum non fuisset, per incarnationem Deus carni et sanguini non communicasset.

 [3] L’apôtre dit en He 2, 14 : Les enfants avaient en commun le sang et la chair, et lui-même avait cela en commun avec eux, afin que, par la mort, il détruise celui qui avait pouvoir sur la mort. Or, la mort est entrée dans ce monde par le péché, Rm 5. S’il n’y avait pas eu de péché, Dieu n’aurait donc pas partagé la chair et le sang par l’incarnation.

 [7440] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 s. c. 4 Praeterea, Gregorius dicit: nihil nobis nasci profuit, nisi redimi profuisset. Sed redemptio non fuisset, nisi peccati servitus fuisset. Ergo si peccatum non fuisset, filius Dei temporaliter natus non fuisset.

 [4] Grégoire dit : « Il ne nous servait à rien qu’il naquît, s’il cela n’avait servi à nous racheter. » Or, il n’y aurait pas eu de rédemption s’il n’y avait pas eu la servitude du péché. S’il n’y avait pas eu de péché, le Fils de Dieu ne serait donc pas né dans le temps.

 [7441] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 co. Respondeo dicendum, quod hujus quaestionis veritatem solus ille scire potest qui natus et oblatus est, quia voluit. Ea enim quae ex sola Dei voluntate dependent, nobis ignota sunt, nisi inquantum nobis innotescunt per auctoritates sanctorum, quibus Deus suam voluntatem revelavit: et quia in canone Scripturae et dictis sanctorum expositorum, haec sola assignatur causa incarnationis, redemptio scilicet hominis a servitute peccati; ideo quidam probabiliter dicunt, quod si homo non peccasset, filius Dei homo non fuisset: quod etiam ex verbis Leonis Papae in sermone de Trinitate expresse habetur. Si enim, inquit, homo ad imaginem et similitudinem Dei factus, in suo honore mansisset, creator mundi creatura non fieret, aut sempiternus temporalitatem subiret, aut aequalis Deo patri Dei filius formam servi assumeret. Item Augustinus in oratione ad beatam virginem: ut quid enim nescium peccati pro peccatoribus pareres, si deesset qui peccasset ? Aut quid mater fieres salvatoris, si nulla esset indigentia salutis ? Item super illud Matth. 1: ipse enim salvum faciet populum suum, Augustinus: si homo non peccasset, virgo non peperisset. Alii vero dicunt, quod cum per incarnationem filii Dei non solum liberatio a peccato, sed etiam humanae naturae exaltatio, et totius universi consummatio facta sit; etiam peccato non existente, propter has causas incarnatio fuisset: et hoc etiam probabiliter sustineri potest.

Réponse. Seul celui qui est né et a été offert parce qu’il l’a voulu peut connaître la vérité sur cette question. En effet, ce qui dépend de la seule volonté de Dieu nous est inconnu, sauf dans la mesure où cela vient à notre connaissance par les autorités des saints, à qui Dieu a révélé sa volonté. Parce que, dans le canon de l’Écriture et dans les paroles des saints, une seule cause est donnée pour l’incarnation, à savoir, la rédemption de l’homme de la servitude du péché, certains affirment avec vraisemblance que si l’homme n’avait pas péché, le Fils de Dieu ne serait pas devenu homme. On tire aussi cela expressément des paroles de Léon, dans un sermon sur la Trinité : « En effet, si l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu était demeuré à son rang, le Créateur du monde ne serait pas devenu une créature, l’Éternel ne se serait pas soumis au temps, le Fils égal à Dieu, le Père, n’aurait pas assumé la forme de l’esclave. » De même, Augustin, dans une prière à la bienheureuse Vierge : « En effet, pourquoi aurais-tu enfanté pour les pécheurs celui qui ne connaît pas le péché, s’il n’y avait pas eu de pécheur ? Pourquoi serais-tu devenue la mère du Sauveur, s’il n’y avait aucun besoin de salut ? » A propos de Mt 1 : Celui-ci sauvera son peuple, Augustin dit aussi : « Si l’homme n’avait pas péché, une vierge n’aurait pas enfanté. » Mais d’autres disent que puisque, par l’incarnation du Fils de Dieu, non seulement la libération du péché, mais aussi l’exaltation de la nature humaine et la consommation de tout l’univers ont été réalisées, l’incarnation aurait eu lieu pour ces raisons. Et cela aussi peut être soutenu avec vraisemblance.

 [7442] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod universum perficitur in conjunctione ultimi ad principium primum; non tamen oportet quod in conjunctione quae est in unitate personae, sed in conjunctione quae est per ordinem ad finem.

1. L’univers atteint sa perfection par l’union de ce qui est dernier au principe premier. Cependant, il n’est pas nécessaire que ce soit par l’union qui consiste dans l’unité de la personne, mais par l’union qui vient de l’ordre à la fin.

 [7443] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod aliquid pertinet ad perfectionem hominis quod omnino derogat perfectioni Dei. Unde quamvis humilitas sit perfecta virtus in homine, non tamen oportet ut in Deo ponatur, si proprie sumatur humilitas, quod patet ex speciebus superbiae quae ei opponuntur, quarum prima est, cum bonum quod habet quis tribuit sibi: hoc quidem in homine vitium est, quia nihil habet a se; sed in Deo summae perfectionis est, qui nihil habet ab extrinseco.

2. Quelque chose est propre à la perfection de l’homme, qui déroge tout à fait à la perfection de Dieu. Aussi, bien que l’humilité soit une vertu parfaite chez l’homme, il n’est donc pas nécessaire qu’on l’affirme en Dieu, si on entend humilité au sens propre, ce qui est clair par les espèces d’orgueuil qui s’y opposent : la première est que quelqu’un s’attribue le bien qui est dans l’homme, car il n’a rien par lui-même ; mais, en Dieu, qui ne reçoit rien de l’extérieur, cela relève de la perfection la plus élevée.

 [7444] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in productione minimae creaturae manifestatur infinita potentia, sapientia et bonitas Dei: quia quaelibet creatura ducit in cognitionem alicujus primi et summi, quod est infinitum in omni perfectione. Nec oportet ut potentia infinita per effectum infinitum manifestetur nec bonitas infinita per communicationem infinitam; sed sufficit ad ostendendum bonitatem infinitam hoc quod unicuique juxta suam capacitatem largitur.

3. Dans la création de la plus petite créature, la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu sont manifestées, car toute créature conduit à la connaissance de quelque chose de premier et suprême, qui est infini en toute perfection. Et il n’est pas nécessaire qu’une puissance infinie soit manifestée par un effet infini, ni qu’une bonté infinie [soit manifestée] par une communication infinie, mais, pour montrer une bonté infinie, suffit ce qui est accordé à chacun selon selon sa capacité.

 [7445] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod capacitas alicujus creaturae potest intelligi dupliciter; vel secundum potentiam naturalem, quae pertinet ad rationem seminalem; et sic nullam capacitatem creaturae vacuam Deus dimittit in genere, quamvis capacitas alicujus creaturae particularis non impleatur propter aliquod impedimentum: vel secundum potentiam obedientiae, secundum quod quaelibet creatura habet ut ex ea possit fieri quod Deus vult; et hoc modo in natura humana est capacitas hujus dignitatis, ut in unitatem divinae personae assumatur. Nec oportet quod omnem talem capacitatem adimpleat; sicut non oportet quod Deus faciat quidquid potest, sed quod congruit ordini sapientiae ejus.

4. La capacité d’une créature peut s’entendre de deux manières. Soit selon sa puissance naturelle, qui relève de sa raison séminale : ainsi, Dieu ne laisse vide aucune capacité de la créature dans son genre, bien que la capacité d’une créature particulière ne soit pas comblée en raison d’un empêchement. Soit selon sa puissance obédientielle, selon que n’importe quelle créature possède en elle-même de pouvoir devenir ce que Dieu veut : de cette manière, existe dans la nature humaine la capacité de la dignité qui consiste à être assumée dans l’unité d’une personne divine. Et il n’est pas nécessaire que [Dieu] comble une telle capacité, comme il n’est pas nécessaire que Dieu accomplisse tout ce qu’il peut, mais ce qui convient à l’ordre de sa sagesse.

 [7446] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod, sicut dicit apostolus Rom. 5, 20, ubi abundavit delictum, superabundavit et gratia. Unde non est inconveniens ut aliquod bonum Deus ex peccato eliciat quod sine peccato non fuisset, ut patet in multis virtutibus, ut in patientia, poenitentia, et hujusmodi; et ita etiam ex peccato hominis hoc optimum Deus potuit elicere, ut Dei filius incarnaretur: propter quod dicit Gregorius: o felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem.

5. Comme le dit l’Apôtre en Rm 5, 20 : Là où la faute a abondé, la grâce a surabondé. Il n’est donc pas inapproprié que Dieu tire un bien du péché, [bien] qui n’aurait pas existé sans le péché, comme cela ressort pour plusieurs vertus, comme la patience, la pénitence et les choses de ce genre. Ainsi, même du péché de l’homme, Dieu pouvait tirer le bien le plus grand que le Fils soit incarné. Aussi Grégoire dit-il : «Bienheureuse faute, qui a mérité d’avoir rédempteur si grand et d’une telle qualité ! »

 [7447] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod beatitudo totius hominis est ex ipsa divinitate in quam virtus intellectus immediate fertur, ex quo redundat gloria in inferiores partes animae, et in ipsum corpus: in visione autem humanitatis Christi erit quoddam gaudium accidentale, sicut etiam in victoria passionis ejus: et tamen constat apud omnes quod si homo non peccasset, Christus passus non fuisset.

6. La béatitude de l’homme tout entier vient de la divinité elle-même vers laquelle la puissance de l’intellect se porte de manière immédiate, à partir de quoi la gloire rejaillit sur la parties inférieures de l’âme et sur le corps lui-même, car, dans la vision de l’humanité du Christ, il y aura un certaine joie accidentelle, comme dans la victoire de sa passion. Cependant, il est clair pour tous que, si l’homme n’avait pas péché, le Christ n’aurait pas souffert.

 [7448] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod si etiam ponatur quod Diabolus praeviderit rationalem creaturam a filio Dei assumendam, non tamen oportet quod praeviderit antecedentia ad ipsam; sicut etiam, ut ibidem Bernardus dicit, praevidit se futurum principem malorum, quod per suum casum consecutus est, et tamen suum casum non praevidit, ut in 2 Lib. dist. 4 dictum est.

7. Si on affirme que le Diable a prévu qu’une créature raisonnable serait assumée par le Fils de Dieu, il n’est cependant pas nécessaire qu’il ait prévu ce qui précédait cela, comme il a prévu, ainsi que le dit Bernard, il a prévu qu’il serait le prince des méchants, ce qu’il a obtenu en vertu de sa chute ; cependant, il n’a pas prévu sa chute, comme on l’a dit dans le livre II, d. 4.

 [7449] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 3 ad s. c. Ad ea vero quae in contrarium objiciuntur, potest responderi secundum aliam opinionem, quod auctoritates illae loquuntur de adventu in carnem passibilem ad redimendum (redemptio enim non fuisset, nisi servitus peccati praecessisset) et non de adventu in carnem simpliciter.

 [1-4] À ce qui est objecté en sens contraire, on peut répondre, selon une autre opinion, que ces autorités parlent de la venue dans une chair passible pour racheter (en effet, il n’y aurait pas eu de rédemption, si la servitude du péché n’avait pas précédé), et non pas simplement de la venue dans la chair.

 

 

Articulus 4 [7450] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 tit. Utrum decuerit Deum tantum differre incarnationem suam

Article 4 – Convenait-il que Dieu reporte tellement son incarnation ?

 [7451] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod filius Dei non debuerit suam incarnationem tantum differre. Tempus enim incarnationis dicitur tempus plenitudinis: ad Galat. 4, 4: cum venit plenitudo temporis, misit Deus filium suum. Sed plenitudo perfectionem importat. Cum ergo perfectio universi consummata sit die septima, ut dicitur Gen. 1, videtur quod tunc debuit filius Dei incarnari.

1. Il semble que le Fils de Dieu ne devait pas tellement reporter son incarnation. En effet, le temps de l’incarnation est appelé un temps de plénitude, Ga 4, 4 : Lorsque vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils. Or, la plénitude comporte la perfection. Puisque la perfection de l’univers a été achevée le septième jour, comme il est dit dans Gn 1, il semble donc que le Fils de Dieu devait s’incarner à ce moment.

 [7452] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 arg. 2 Item, amor causat donum, et celeritatem doni. Sed Deus ex maxima caritate incarnatus est. Ergo videtur quod non debuerit tantum incarnationem differre. Prima probatur per id quod dicitur Prov. 3, 28: ne dicas amico tuo: vade et revertere, et cras dabo, cum statim possis dare. Secundum per hoc quod dicitur Hier. 31, 3: in caritate perpetua dilexi te; ideo attraxi te miserans.

2. L’amour cause le don et l’empressement dans le don. Or, Dieu s’est incarné en raison de la plus grande charité. Il semble donc qu’il ne devait pas reporter aussi longtemps l’incarnation. La majeure est démontrée par de ce qui est dit en Pr 3, 28 : Ne dis pas à ton ami : « Va et reviens ; demain, je te donnerai », alors que tu peux donner immédiatement. La mineure [est démontrée] par ce qui est dit dans Jr 31, 3 : Je t’ai aimée d’une charité perpétuelle. Je t’ai donc attirée par miséricorde.

 [7453] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 arg. 3 Item, quanto plus differtur medicina, tanto periculosius invalescit morbus. Sed sapientis medici est ut morbi periculum evitet. Ergo videtur quod incarnationem suam Dei filius accelerare debuerit.

3. Plus le remède est reporté, plus la maladie gagne en danger. Or, le médecin sage évite le danger de la maladie. Il semble donc que le Fils de Dieu devait rapprocher son incarnation.

 [7454] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 arg. 4 Item, 1 Tim. 2, dicitur quod vult Deus omnes homines salvos fieri. Sed si Christus ante incarnatus fuisset, multis ad salutem magis via patuisset, ut dicitur Matth. 11, 21: si in Tyro et Sidone factae fuissent virtutes quae factae sunt in te, olim poenitentiam egissent. Ergo videtur quod Deus ante incarnari debuerit.

4. En 1 Tm 2, il est dit que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. Or, si le Christ s’était incarné plus tôt, la chemin vers le salut aurait été ouvert à un plus grand nombre, comme il est dit en Mt 11, 21 : Si les prodiges qui ont été accomplis chez toi l’avaient été à Tyr et à Sidon, elles auraient déjà fait pénitence. Il semble donc que Dieu aurait dû s’incarner plus tôt.

 [7455] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 arg. 5 Praeterea, ut Boetius dicit in libro 3 de consolatione, natura a perfectioribus initium sumit. Sed opus Dei non est minus ordinatum quam opus naturae. Cum ergo perfectissimum in operibus Dei sit incarnatio, videtur quod circa principium Deus incarnari debuerit.

5. Comme le dit Boèce dans le livre III de La consolation, la nature commence par ce qui est plus parfait. Or, l’œuvre de Dieu n’est pas moins ordonnée que l’œuvre de la nature. Puisque l’incarnation est ce qu’il y a de plus parfait parmi les œuvres de Dieu, il semble donc que Dieu aurait dû s’incarner vers le début.

 [7456] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 s. c. 1 Sed contra, perfectio gratiae magis assimilatur perfectioni gloriae quam perfectioni naturae. Sed perfectio gratiae incarnationi debetur, ut dicit Joan. 1, 17: gratia et veritas per Jesum Christum facta est. Cum ergo perfectio gloriae fini saeculorum debeatur, perfectio vero naturae principio, videtur quod versus finem saeculorum magis quam circa principium Deus incarnari debuerit.

Cependant, [1] la perfection de la grâce ressemble davantage à perfection de la gloire qu’à la perfection de la nature. Or, la perfection de la grâce est due à l’incarnation, comme le dit Jn 1, 17 : La grâce et la vérité sont apparues en Jésus, le Christ. Puisque la perfection de la gloire est due à la fin des temps, mais la perfection de la nature au début, il semble donc que Dieu devait s’incarner plutôt vers la fin des temps que vers le début.

 [7457] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 s. c. 2 Praeterea, Augustinus dicit: institutum est ut jam pactae sponsae non statim tradantur, ne vilem habeat maritus datam, quam non suspiravit sponsus dilatam. Sed hoc beneficium, scilicet incarnationis, debet homo maxime carum habere. Ergo decuit ut humanum genus ipsum dilatum suspiraret.

 [2] Augustin dit : « Il a été établi que les épouses déjà promises ne seraient pas livrées immédiatement, afin que l’époux ne reçoive pas [une épouse] avilie, que n’attendait pas plus tard l’époux . » Or, ce bienfait, l’incarnation, doit être cher à l’homme au plus haut point. Il convenait donc que le genre humain l’espère alors qu’il était reporté.

 [7458] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 s. c. 3 Praeterea, perfectio fini debetur. Sed tempus incarnationis est tempus perfectissimum: quia in eo dominus temporis natus est, unde etiam tempus plenitudinis dicitur. Ergo videtur quod versus finem temporis incarnari debuerit.

 [3] La perfection est due à la fin. Or, le temps de l’incarnation est un temps très parfait, car c’est alors que le Seigneur du temps est né ; c’est pourquoi il est aussi appelé le temps de la plénitude. Il semble donc qu’il devait s’incarner vers la fin du temps.

 [7459] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 co. Respondeo dicendum, quod incarnationi tempus congruissimum temporum dispensator elegit: omnia enim tempus habent, ut habetur Eccle. 3. Haec autem congruitas non plene a nobis potest cognosci, quod non omnium temporum proportiones cognoscimus; sed tamen possunt plures rationes congruitatis assignari quare hoc tempus ad incarnationem elegerit. Prima, quia homo per superbiam peccaverat; unde oportebat quod per humilitatem repararetur; ad quam exigebatur ut defectum suum cognosceret in virtute, et in cognitione. Defectus autem cognitionis innotuit homini tempore legis naturae, quo tempore multi (lumine naturalis rationis non obstante) in pessimos errores idolatriae prolapsi sunt, et in nefandissima opera. Defectus autem virtutis proprie innotuit homini tempore legis scriptae: quia tunc per legem eruditus, nondum tamen peccati jugum excutere potuit. Et ideo oportuit quod post ista duo tempora quasi praeparatoria Deus homo fieret, ut in solo Deo spes salutis haberetur. Secunda ratio est, quia naturalis ordo est ut ab imperfecto ad perfectum veniatur. Perfectissimum autem in operibus Dei est ipsa incarnatio, per quam creatura Deo unitur in unitate personae; et ideo oportuit ut non in principio humani generis, sed postmodum versus finem saeculorum compleretur, ut sic prius esset quod animale, est, deinde quod spirituale est, 1 Corinth. 15. Et hanc causam Augustinus assignat in Lib. 83 quaestionum, quaest. 42, dicens: sicut absurdus esset qui juvenilem tantum vellet aetatem esse in homine; evacuaret enim pulchritudines quae ceteris aetatibus suas vices atque ordines gerunt; sic absurdus est qui ipsi universo humano generi unam aetatem desiderat; nam et ipsum, tamquam unus homo, suas aetates agit; nec oportuit venire divinitus magistrum, cujus imitatione in mores optimos formaretur, nisi in tempore juventutis. Et ideo apostolus ad Gal. 3, dicit, homines sub lege quasi sub paedagogo parvulos custoditos, donec veniret qui per prophetas promissus erat. Tertia ratio est, quia distantia a principio facit debilitatem in effectu: unde et propter longe distare a principio, aliquae res perpetuum esse non possunt retinere, ut maneant semper eaedem secundum numerum. Unde si hoc maximum remedium incarnationis in principio saeculorum fuisset, procedente tempore, effectus ejus in homines minus carus fuisset, refrigescente caritate: et ideo a principio generis humani indita est mentibus hominum lex naturalis, per quam homines Deo subjecti essent: postmodum vero invalescente consuetudine peccatorum, lex naturalis adeo tenebrata est in pluribus, ut jam non videretur ad regimen humani generis sufficere; et ideo tunc additum est aliud remedium, scilicet vetus lex, et ea quae ad ipsam pertinent: qua etiam processu temporis in hominum cordibus debilitata, oportuit aliud perfectius remedium per incarnationem apponi usque ad tempus illud, cum multorum caritas refrigescet, et tunc succedet per secundum adventum visio fidei, et status gloriae statui praesentis Ecclesiae: et ideo dicit Dionysius, 3 cap. Caelest. Hierar., quod sicut se habet hierarchia legis ad nostram hierarchiam, ita se habet nostra ad caelestem.

Réponse. Le dispensateur des temps a choisi le temps le plus approprié pour l’incarnation : en effet, toute chose a son temps, comme on lit dans Qo 3. Mais cette convenance ne peut être pleinement connue par nous, du fait que nous ne connaissons pas les proportions de tous les temps. Cependant, plusieurs raisons peuvent être données de la convenance du moment que [le Seigneur] a choisi pour l’incarnation. La première est que l’homme avait péché par orgueuil ; aussi fallait-il qu’il soit restauré par l’humilité. Pour celle-ci, il était requis qu’il connaisse sa carence en sa puissance et en sa connaissance. Or, la carence de sa connaissance a été portée à la connaissance de l’homme au temps de la loi de la nature, un temps durant lequel beaucoup sont tombés dans les pires erreurs et dans les plus indicibles œuvres de l’idolatrie, malgré la lumière de la raison naturelle. Mais la carence de sa puissance a été portée à la connaissance de l’homme au temps de la loi écrite, car, alors instruit par la loi, il n’a quand même pas pu secouer le joug du péché. C’est pourquoi il fallait qu’après ces deux temps pour ainsi dire préparatoires, Dieu devienne homme, afin qu’on place son espoir de salut en Dieu seul. La deuxième raison est que l’ordre naturel consiste à passer de ce qui est imparfait à ce qui est parfait. Or, ce qu’il y a de plus parfait dans les œuvres de Dieu est l’incarnation elle-même, par laquelle la créature est unie à Dieu dans l’unité de la personne ; c’est pourquoi il fallait qu’elle s’accomplisse non pas au début du genre humain, mais vers la fin des siècles, de sorte que vienne en premier ce qui est animal, et ensuite ce qui est spirituel, 1 Co 15. Augustin donne cette raison dans le Livre sur 83 questions, q. 42, lorsqu’il dit : « De même que serait absurde celui qui voudrait que seule la jeunesse existe chez l’homme (en effet, il écarterait les beautés qui en prennent la place et la suitte à d’autres âges), de même est absurde celui qui désire un seul âge pour tout le genre humain, car il traverse lui-même ses âges comme un homme unique, et il n’était pas nécessaire qu’un maître vienne de Dieu, à l’imitation duquel il ne serait formé au meilleur comportement qu’à l’époque de la jeunesse. » Aussi, dans Ga 3, l’Apôtre dit-il que les hommes qui étaient sous la loi étaient placés sous un pédagogue comme de petits enfants, jusqu’à ce que vienne celui qui avait été promis par les prophètes. La troisième raison est que la distance par rapport au principe cause la faiblesse dans l’effet ; aussi, parce qu’elles sont très éloignées du principe, certaines choses ne peuvent-elles conserver l’être éternellement, pour demeurer toujours identiques selon le nombre. Si ce très grand remède de l’incarnation avait existé au début du temps, à mesure que le temps passait, son effet aurait donc été moins précieux pour les hommes en raison du refroidissement de la charité. C’est pourquoi, au début du genre humain, la loi naturelle a été mise dans les esprits des hommes, par laquelle les hommes seraient soumis à Dieu ; mais, par la suite, à mesure que se renforçait l’habitude de pécher, la loi naturelle fut tellement obscurcie chez plusieurs qu’elle ne paraissait plus suffire au gouvernement du genre humain. Un autre remède fut donc alors ajouté : la loi ancienne et ce qui s’y rapporte. À mesure qu’elle s’affaiblit au cours du temps dans les cœurs des hommes, il fallait donc qu’un autre remède soit apporté par l’incarnation jusqu’au moment où la charité se refroidirait : alors succéderaient la vision de la foi par le second avènement et l’état de la gloire pour l’état de l’Église présente. Aussi Denys dit-il, dans La hiérarchie céleste, III, que « le rapport entre la hiérarchie de la loi et notre hiérarchie est le même que le rapport entre de notre [hiérarchie] et la [hiérarchie] céleste ».

 [7460] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod est triplex perfectio, scilicet naturae, gratiae, et gloriae. Perfectio autem naturae est quae fuit in principio saeculorum; perfectio vero gloriae erit in fine saeculorum: et quia perfectio gratiae media est inter utramque, ideo Christus, per quem gratia facta est, circa medium saeculorum venit: unde dicitur Habac. 3, 2: in medio annorum notum facies.

1. Il existe une triple perfection : celle de la nature, celle de la grâce et celle de la gloire. Or, la perfection de nature est celle qui existait au début des siècles ; mais la perfection de la gloire existera à la fin des siècles. Et parce que la perfection de la grâce est intermédiaire entre les deux, le Christ, par qui grâce a été faite, est venu vers le milieu des siècles. Aussi est-il dit dans Ha 3, 2 : Tu nous le feras connaître au milieu des années.

 [7461] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod amor discretioni conjunctus non facit accelerare donum, antequam expediat ei cui datur. Non autem expediebat humano generi hoc donum accipere, antequam experimento disceret quantum eo indigebat, ut sic acceptum carius haberet.

2. L’amour uni au discernement ne fait pas accélérer le don avant qu’il ne convienne à celui à qui il est fait. Or, il ne convenait pas au genre humain de recevoir ce don avant qu’il n’ait appris par l’expérience à quel point il en avait besoin, et qu’ainsi il lui accorde un plus grand prix.

 [7462] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod aliter est in morbo spirituali quam corporali: ad sanationem enim corporalis morbi non exigitur ut infirmus vim medicinae et periculum morbi cognoscat; quod tamen maxime est necessarium in morbi spiritualis sanatione, quia per humilitatem et contritionem spiritus sanatur: et ideo quamvis medicina corporalis non differatur, medicina tamen spiritualis differri potest. Nec tamen ita dilata est ut a principio penitus deesset: quia quamdiu fuit morbus, fuit medicina morbi, ut Hugo de s. Victore dicit, quamvis illa medicina non sit omnino sufficiens: sic enim et medicus corporali aegroto praeparatoria quaedam medicamenta praebet, antequam perfectam medicinam det: et hic etiam fuit processus Dei in sanatione humani generis.

3. Il en va autrement de la maladie spirituelle et de la maladie corporelle. En effet, pour guérir une maladie corporelle, il n’est pas nécessaire que le malade connaisse la puissance du remède et le danger de la maladie. Cependant, cela est au plus haut point nécessaire pour la guérison de la maladie spirituelle, car elle est guérie par l’humilité et la contrition de l’esprit. C’est pourquoi, bien que le remède corporel ne soit pas reporté, le remède spirituel peut cependant être reporté. Toutefois, il n’a pas été reporté au point de faire complètement défaut au début, car « tant qu’il y avait maladie, il y avait un remède pour la maladie », comme le dit Hugues de Saint-Victor, bien que ce remède ne soit pas tout à fait suffisant. Ainsi, le médecin donne au malade corporel des médicaments préparatoires, avant de donner un remède parfait. Tel fut aussi le comportement de Dieu pour la guérison du genre humain.

 [7463] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod nullus eorum qui praeordinati erant ab aeterno, etiam ante Christi incarnationem periit, nec etiam aliquis non praedestinatus, quandocumque incarnatio fuisset, salvatus esset. Si tamen aliquod remedium praeberetur non praedestinato, quod praedestinato datur, scilicet finalis gratia; ille etiam salvaretur. Sed tamen hoc antecedens est incompossibile ei quod est eum non esse praedestinatum: unde sic est vera ista: si Christus praedicasset alicui praescito, ille poenitentiam egisset, sicut ista: si gratia sibi daretur, poenitentiam ageret. Sed utriusque antecedens est incompossibile praescientiae condemnationis: et ideo quaerere quare Christus illi non praedicavit, vel quare gratiam illi non apposuit, est idem quod quaerere praedestinationis causam, quae nulla est nisi voluntas Dei.

4. Personne de ceux qui avaient été éternellement prédestinés n’a péri, même avant l’incarnation du Christ, ni personne qui n’était pas prédestiné n’aurait été sauvé, quel qu’ait été le moment de l’incarnation. Toutefois, si un remède, destiné au prédestiné, avait été donné à celui qui n’était pas prédestiné, à savoir, la grâce finale, celui-ci aussi serait sauvé. Cependant, un tel antécédent est tout à fait impossible par rapport à celui qui consiste en ce qu’il ne soit pas prédestiné. Aussi cette proposition est-elle vraie : si le Christ avait prêché à quelqu’un qui était prédestiné, celui-là aurait fait pénitence, comme est vraie celle-ci : si la grâce lui était donnée, il ferait pénitence. Mais l’antécédent pour les deux choses est impossible en raison de la prescience de la condamnation. C’est pourquoi se demander pour quelle raison le Christ ne lui a pas prêché ou pourquoi il ne lui a pas accordé la grâce est la même chose que chercher la cause de la prédestination, qui est nulle autre que la volonté de Dieu.

 [7464] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 1 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum, quod perfectum simpliciter praecedit imperfectum; sed accipiendo perfectum et imperfectum circa idem, imperfectum praecedit perfectum: quia motus est de imperfecto ad perfectum; et hoc fit aliquo perfecto agente, quod oportet prius esse: et ideo in humano genere prius fuit adhibita imperfecta medicina quam perfecta ab ipso perfecto Deo, qui est perfectionis princeps, ut dicit Dionysius.

5. Ce qui est parfait précède simplement ce qui est imparfait ; mais en considérant ce qui est parfait et ce qui est imparfait pour la même chose, l’imparfait précède ce qui est parfait, car le mouvement va de l’imparfait au parfait. Et cela est le fait d’un agent parfait, qui doit exister antérieurement. C’est pourquoi, pour le genre humain, un remède imparfait fut d’abord proposé, plutôt qu’un remède parfait, par Dieu lui-même qui est parfait, qui est « au premier rang de la perfection », comme le dit Denys.

 

 

Quaestio 2

Question 2 – [Qui assume la chair ?]

 

 

Prooemium

Prologue

 [7465] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 pr. Deinde quaeritur de assumente carnem; et circa hoc quaeruntur quinque; 1 utrum una persona possit assumere carnem alia non assumente; 2 si sic, quare magis filius carnem assumpsit; 3 utrum pater vel spiritus sanctus potuerunt vel possint carnem assumere; 4 si sic, utrum potuerunt eamdem numero humanam naturam assumere; 5 utrum una persona possit duas numero humanas naturas assumere.

Ensuite, on s’interroge sur celui qui assume la chair. À ce propos, cinq questions sont posées : 1 – Une seule personne [divine] peut-elle assumer la chair, sans qu’une autre ne l’assume ? 2 – Si c’est le cas, pourquoi le Fils a-t-il plutôt assumé la chair ? 3 – Le Père ou l’Esprit Saint pouvaient-ils ou peuvent-ils assumer la chair ? 4 – Si c’est le cas, pouvaient-ils assumer la même nature humaine numériquement distincte ? 5 – Une seule personne peut-elle assumer deux natures humaines numériquement distinctes ?

 

 

Articulus 1 [7466] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 tit. Utrum una persona sine alia possit carnem assumere

Article 1 – Une seule personne peut-elle assumer la chair sans une autre ?

 [7467] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod una persona sine alia non possit carnem assumere. Damascenus enim dicit quod in divinis omnia sunt unum praeter ingenerationem, generationem, et processionem. Sed incarnatio nullum horum est. Ergo incarnatio communis est tribus.

1. Il semble qu’une seule personne ne puisse assumer la chair sans une autre. En effet, [Jean] Damascène dit qu’« en Dieu, tout est un, sauf le fait de ne pas être engendré, la génération et la procession ». Or, l’incarnation n’est rien de cela. L’incarnation est donc commune aux trois.

 [7468] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 arg. 2 Item, sicut est una essentia trium personarum, ita una operatio divina. Sed assumere carnem est quaedam operatio divina. Ergo est communis tribus personis.

2. De même qu’il n’existe qu’une seule essence pour les trois personnes, de même existe-t-il une seule opération divine. Or, assumer la chair est une opération divine. Elle est donc commune aux trois personnes.

 [7469] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 arg. 3 Item, Damascenus dicit, quod tota natura divina in una suarum hypostasum incarnata est. Sed quidquid dicitur de natura, commune est tribus. Ergo incarnatio communis est tribus personis.

3. [Jean] Damascène dit que « toute la nature divine s’est incarnée dans l’une de ses trois hypostases ». Or, tout ce qui est dit de la nature est commun aux trois. L’incarnation est donc commune aux trois personnes.

 [7470] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 arg. 4 Item, quaecumque sunt unum secundum substantiam simplicem, cuicumque unitur unum, et reliquum. Sed tres personae sunt unum secundum substantiam, quae est communis, et simplex. Ergo si carni unitur filius, necessario et carni unitur pater.

4. Pour tout ce qui est un selon une substance simple, ce qui est un est uni à toutes les autres choses. Or, les trois personnes sont une seule réalité selon la substance, qui est commune et simple. Si le Fils est uni à la chair, il est donc nécessaire que le Père aussi soit uni à la chair.

 [7471] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 arg. 5 Item, major est unio quae est per gratiam unionis quam quae est per gratiam adoptionis. Sed in unione per gratiam adoptionis non unitur menti una persona sine alia. Ergo nec una persona assumpsit carnem sine alia.

5. L’union qui se réalise par la grâce d’union est plus grande que celle qui se réalise par la grâce d’adoption. Or, par l’union par la grâce d’adoption, une seule personne n’est pas unie à l’esprit sans une autre. Une seule personne n’a donc pas assumé la chair sans une autre.

 [7472] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 s. c. 1 In contrarium videtur quod Dionysius ea quae ad incarnationem pertinent, computat inter ea quae sunt de discreta theologia. Haec autem sunt quae uni personae conveniunt sine alia. Ergo incarnatio convenit uni personae sine alia, et non omnibus.

Cependant, [1] il semble que Denys compte parmi ce qui relève de la théologie « distincte », ce qui se rapporte à l’incarnation. Or, il s’agit de ce qui convient à une seule personne sans une autre. L’incarnation convient donc à une seule personne sans une autre, et non à toutes.

 [7473] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 s. c. 2 Item, incarnatio includit in suo intellectu missionem, ut in littera dicitur. Sed ad hoc quod una persona mittatur, non sequitur quod omnes mittantur. Ergo una persona sine alia incarnari potest.

 [2] L’incarnation inclut dans sa signification une mission, comme il est dit dans le texte. Or, il ne découle pas que toutes les personnes soient envoyées pour qu’une seule personne soit envoyée. Une seule personne sans une autre peut donc s’incarner.

 [7474] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 s. c. 3 Praeterea, major est distinctio rei et rationis quam distinctio rationis tantum. Sed rationes diversarum rerum in divinis non distinguuntur nisi ratione; personae autem distinguuntur et re et ratione. Ergo major est distinctio personarum in Deo quam rationum idealium. Sed Deus per unam rationem aliquid operatur quod non operatur per aliam: quia alia ratione facit hominem, et alia ratione facit equum, ut Augustinus ait. Ergo multo amplius una persona potest incarnari sine alia.

 [3] Une distinction réelle et de raison est plus grande qu’une distinction de raison seulement. Or, les raisons des diverses réalités en Dieu ne se distinguent que par la raison, mais les personnes sont distinctes réellement et selon la raison. La distinction entre les personnes en Dieu est donc plus grande que celle des raisons idéales. Or, Dieu réalise par une seule raison ce qu’il ne réalise pas par une autre, car « il crée l’homme selon une raison, et il créé le cheval selon une autre raison », comme le dit Augustin. À bien plus forte raison, donc, une seule personne peut-elle s’incarner sans une autre.

 [7475] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 co. Respondeo dicendum, quod quamvis tres personae sint unum in essentia, non tamen oportet quod si una conjungitur carni, quod etiam alia. Ad cujus evidentiam sciendum est, quod quando aliqua in aliquo conjunguntur, et in aliquo distinguuntur; tunc solum necessarium est ut simul conjungantur, quando conjunctio fit secundum id in quo communicant, sive illud sit idem numero, sive non; sicut patet quod homo et asinus communicant in animali: et ideo quidquid communicat cum asino in genere, communicat etiam cum homine; sed quia homo et asinus differentiis specificis distinguuntur, non oportet quod quidquid convenit cum asino in differentia specifica, conveniat cum homine similiter: et ita etiam est in potentiis animae, quia omnes radicantur in essentia una numero: unde cum anima uniatur corpori dupliciter, et secundum essentiam, ut est forma ejus, et secundum potentiam, ut est motor ipsius, vel operans per ipsum; necessarium est ut anima quae unitur oculo, et quantum ad essentiam animae, inquantum perficitur oculus in esse specifico, et secundum rationem visivae potentiae, prout efficitur instrumentum videndi, conjungatur etiam linguae quantum ad essentiam animae, non quantum ad rationem potentiae ejusdem: eadem enim essentia animae quae est in oculo, est in lingua; sed ibi secundum potentiam visivam, hic secundum potentiam gustativam: et, quod plus est, aliqua potentia est quae nulli parti corporis conjungitur quantum ad rationem potentiae, ut intellectus, sed solum quantum ad rationem essentiae. Dico ergo, quod tres personae distinguuntur quidem in personalitate, sed conveniunt in natura. Unde quidquid uniretur filio in natura, de necessitate uniretur patri; non autem oportet, si aliquid uniatur filio in persona, quod uniatur patri. Non enim ponimus incarnationem filii esse hoc modo, ut sit unio facta in natura, sed solum in persona: et ideo non oportet quod ponamus patrem incarnatum, sicut non oportet quod si potentia visiva sit actus corporis, intellectus sit actus corporis, quamvis conveniant in una essentia animae.

Réponse. Bien que les trois personnes soient une seule réalité selon l’essence, il n’est cependant pas nécessaire que, si l’une est unie à la chair, une autre le soit aussi. Pour montrer cela, il faut savoir que, lorsque certaines choses sont unies en quelque chose et se distinguent par quelque chose d’autre, il est alors nécessaire qu’elles soient unies seulement lorsque l’union se réalise selon ce qu’elles ont en commun, qu’il s’agisse d’une seule réalité en nombre ou non. Cela ressort dans le fait que l’homme et l’âne ont en commun d’être des animaux : aussi tout ce qui est commun à l’âne selon le genre est aussi commun à l’homme; mais parce que l’homme et l’âne se distinguent selon des distinctions spécifiques, il n’est pas nécessaire que tout ce qui est commuun avec l’âne selon la différence spécifique soit de même commun avec l’homme. De même aussi pour les puissances de l’âme : toutes sont enracinées dans une seule essence numériquement distincte. Aussi, comme l’âme est unie au corps de deux manières : selon l’essence pour en être la forme, et selon la puissance pour en être le moteur ou pour agir par lui, il est nécessaire que l’âme, qui est unie à l’œil tant selon l’essence de l’âme, pour autant que l’œil est perfectionné selon son être spécifique, qu’en tant que puissance de voir, pour autant que [l’œil] devient l’instrument de la vision, soit aussi unie à la langue selon l’essence de l’âme, mais non en raison de sa puissance. En effet, c’est la même essence de l’âme qui se trouve dans l’œil et qui se trouve dans la langue ; mais elle se trouve là selon la puissance de la vision, et elle se trouve ici selon la puissance de goûter. Davantage encore, il existe une puissance qui n’est unie à aucune partie du corps en raison de la puissance : l’intellect, mais seulement selon la raison de l’essence. Je dis donc que les trois personnes sont distinctes selon la personnalité, mais qu’elles ont en commun la nature. De sorte que tout ce qui serait uni au Fils selon sa nature serait nécessairement uni au Père ; mais il n’est pas nécessaire que, si quelque chose est uni au Fils selon la personne, cela soit uni au Père. En effet, nous n’affirmons pas que l’incarnation du Fils se réalise de telle sorte que l’union se fasse selon la nature, mais seulement selon la personne. Il n’est donc pas nécessaire que nous affirmions que le Père s’est incarné, comme il n’est pas nécessaire que, si la puissance de voir est un acte du corps, l’intellect soit un acte du corps, bien qu’ils aient en commun une seule essence de l’âme.

 [7476] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod incarnatio includit in se unum illorum trium: quia incarnatio dicit unionem in persona filii, cujus personalis proprietas est generatio.

1. L’incarnation comporte en elle-même une de ces trois choses, car l’incarnation signifie l’union dans la personne du Fils, dont la propriété personnelle est la génération.

 [7477] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod assumere duo importat, scilicet actionem et terminum unionis: dicitur enim assumere, quasi ad se sumere. Quidquid ergo actionis importatur in hoc verbo, totum est commune tribus: verum enim est dicere, quod tota Trinitas univit humanam naturam filio in persona. Sed terminus unionis est solum persona filii, et non patris: et ideo filius carnem assumpsit, et non pater nec spiritus sanctus.

2. Le fait d’assumer comporte deux choses : l’action et le terme de l’union. En effet, assumer (assumere) veut dire prendre en soi (ad se sumere). Toute ce que ce mot comporte d’action est donc commun aux trois. En effet, il est vrai de dire que toute la Trinité a uni la nature humaine au Fils selon la personne. Mais le terme de l’union est seulement la personne du Fils, et non celle du Père. Aussi le Fils a-t-il assumé la chair, mais non le Père ni le Saint-Esprit.

 [7478] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod de natura non dicitur incarnatio secundum se, sed ratione personae, secundum quod tota natura divina incarnata est in una persona filii; et ideo non oportet quod incarnari de tribus dicatur: hoc enim est necessarium in illis quae dicuntur de natura ratione ipsius naturae, non de illis quae dicuntur de natura ratione personae: et hoc propter identitatem essentiae et personae; sicut essentia divina est persona filii, non tamen persona patris est persona filii.

3. De soi, on ne parle pas d’incarnation pour la nature, mais en raison de la personne, selon que toute la nature divine s’est incarnée dans la seule personne du Fils. Il n’est donc pas nécessaire qu’on dise des trois qu’ils se sont incarnés. En effet, cela est nécessaire pour ce qui est dit de la nature en raison de la nature elle-même, mais non pour ce qui est dit de la nature en raison de la personne, et cela en raison de l’identité de l’essence et de la personne. Ainsi, la personne du Fils est l’essence divine, mais la personne du Père n’est cependant pas la personne du Fils.

 [7479] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod si esset unio in substantia vel natura, sequeretur quod tres personae essent incarnatae, si una incarnaretur; nunc vero non est unio facta in natura, ut scilicet ex divina et humana fiat unum: sed in persona, ut sit una persona in humanitate et divinitate subsistens: et ideo ratio non procedit, ut ex praedictis patet.

4. Si l’union se réalisait dans la substance ou dans la nature, il en découlerait que les trois personnes se seraient incarnées, si l’une s’était incarnée. Mais l’union ne s’est pas réalisée selon la nature, de sorte qu’une seule chose ait été réalisée à partir de la nature divine et de la nature humaine ; mais [elle s’est réalisée] selon la personne, de sorte qu’il y ait qu’une seule personne subsistant dans l’humanité et dans la divinité. Aussi le raisonnement n’est-il pas concluant, comme cela ressort de ce qui a été dit plus haut.

 [7480] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod in unione quae est per gratiam adoptionis, consideratur unio per operationem tantum, quia scilicet Deus aliquem effectum in nobis operatur: et quia operatio est communis tribus, ideo oportet quod etiam unio illa communis sit; quamvis secundum quod ille effectus appropriatur uni personae vel alii, dicatur in mentem mitti filius vel spiritus sanctus. Sed in hac singulari unione divinitatis ad humanitatem non tantum notatur ex parte Dei operatio vel efficientia, sed etiam terminus, ut dictum est: et ideo non est simile.

5. Dans l’union qui se réalise par la grâce de l’adoption, on n’envisage que l’union par l’opération, car Dieu réalise un certain effet en nous. Et parce que l’opération est commune aux trois, il faut donc que cette union aussi soit commune, bien que, selon que cet effet est approprié à l’une ou l’autre personne, on dise que le Fils ou l’Esprit Saint est envoyé dans l’esprit. Mais, dans cette union singulière de la divinité et de l’humanité, on ne relève pas seulement une opération ou un effet de la part de Dieu, mais aussi un terme, comme on l’a dit. Ce n’est donc pas la même chose.

Articulus 2 [7481] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 tit. Utrum magis fuerit conveniens filium incarnari vel patrem vel spiritum sanctum

Article 2 – Convenait-il davantage que le Fils s’incarne, plutôt que le Père ou le Saint-Esprit ?

 [7482] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod non magis fuit conveniens filium incarnari quam patrem vel spiritum sanctum. Sicut enim in mysterio incarnationis monstrata est sapientia in decentia reconciliationis, ita etiam monstrata est potentia in hoc quod in infinitum distantia conjuncta sunt, et etiam bonitas in hoc quod non despexit proprii plasmatis infirmitatem, sicut dicit Damascenus. Sed sicut sapientia attribuitur filio, ita bonitas spiritui sancto, et potentia patri. Ergo non decebat magis filium incarnari quam patrem vel spiritum sanctum.

1. Il semble qu’il ne convenait pas davantage que le Fils s’incarne, plutôt que le Père ou le Saint-Esprit. En effet, de même que, dans le mystère de l’incarnation, la sagesse a été manifestée par ce qui convient à la réconciliation, de même aussi la puissance a-t-elle été manifestée par le fait que des réalités infiniment distantes ont été réunies, et aussi la bonté, par le fait qu’« elle n’a pas méprisé la faiblesse de sa propre créature », comme le dit [Jean] Damascène. Or, de même que la sagesse est attribuée au Fils, de même la bonté l’est-elle à l’Esprit Saint, et la puissance, au Père. Il ne convenait donc pas davantage que le Fils s’incarne plutôt que le Père ou l’Esprit Saint.

 [7483] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 arg. 2 Item, victoria potentiae attribuitur. Sed per incarnationem secuta est de hoste victoria. Ergo incarnatio magis decebat patrem, cui appropriatur potentia.

2. La victoire est attribuée à la puissance. Or, la victoire a été remportée sur l’ennemi par l’incarnation. L’incarnation convenait donc davantage au Père, à qui la puissance est appropriée.

 [7484] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 arg. 3 Item, recreatio respondet creationi. Sed creatio appropriatur patri; unde cum dicitur Gen. 1: in principio creavit Deus caelum et terram, Deus creans exponitur pater. Ergo et incarnatio, per quam recreatio facta est, patri potissime conveniet.

3. La recréation répond à la création. Or, la création est appropriée au Père ; ainsi, lorsqu’il est dit dans Gn 1 : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, on explique que le Dieu qui crée est le Père. L’incarnation, par laquelle la recréation a été accomplie, conviendra donc surtout au Père.

 [7485] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 arg. 4 Item, incarnatio ordinata est ad hoc ut nos adoptionem filiorum reciperemus, ad Gal. 4. Sed adoptare, proprium patris est. Ergo patrem decebat incarnari.

4. L’incarnation a été ordonnée à ce que nous recevions l’adoption des fils, Ga 4. Or, adopter est le propre du Père. Il convenait donc que Père s’incarne.

 [7486] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 arg. 5 Item, videtur quod magis congruum fuerit spiritum sanctum incarnari. Eorum enim quae magis vicina sunt, decentior est conjunctio. Sed spiritus sanctus est persona magis nobis vicina, ut dicit Augustinus. Ergo spiritum sanctum magis decebat incarnari quam filium.

5. Il semble qu’il convenait davantage que le Saint-Esprit s’incarne. En effet, l’union entre des réalités plus rapprochées convient davantage. Or, l’Esprit Saint est la personne qui est la plus rapprochée de nous, comme le dit Augustin. Il convenait donc davantage que l’Esprit Saint s’incarne plutôt que le Fils.

 [7487] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 arg. 6 Praeterea, incarnatio processit ex maxima caritate Dei quam ad nos habuit. Sed caritas est proprie spiritus sanctus; vel etiam appropriate, si essentialiter sumatur. Ergo spiritum sanctum potissime decebat incarnari.

6. L’incarnation est issue de la très grande charité que Dieu a eue à notre endroit. Or, la charité appartient en propre au Saint-Esprit, ou encore, par appropriation, si elle est considérée en son essence. Il convenait donc surtout que le Saint-Esprit s’incarne.

 [7488] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 s. c. 1 Sed contra, in mente nostra sunt tria, tres personas repraesentantia: scilicet mens, quae repraesentat patrem; notitia, quae est verbum mentis repraesentans filium; et amor, qui repraesentat spiritum sanctum. Sed inter haec tria verbum mentis maxime est corporale, secundum quod per vocem exterius sonat. Ergo et incarnatio convenientissime verbum aeternum decuit, quod est ipse filius Dei.

Cependant, [1] il existe dans notre esprit trois réalités, qui représentent les trois personnes : l’esprit, qui représente le Père ; la connaissance, qui est le verbe de l’esprit, représentant le Fils ; et l’amour, qui représente le Saint-Esprit. Or, parmi ces trois réalités, le verbe de l’esprit est le plus corporel, selon qu’il s’exprime extérieurement par la parole. L’incarnation convenait donc au plus haut point au Verbe éternel, qui est lui-même le Fils de Dieu.

 [7489] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 s. c. 2 Item, secundum philosophum, id quod est primum in unoquoque genere, est causa eorum quae sunt post. Sed filiatio primo in filio Dei invenitur sicut et paternitas in Deo patre, ex quo omnis paternitas in caelo et in terra nominatur, Ephes. 3. Ergo convenientissime filius Dei incarnatus est, ut per ipsum adoptionem filiorum Dei reciperemus.

 [2] Ce qui est premier en tout genre est la cause de ce qui suit. Or, la filiation se trouve en premier dans le Fils de Dieu, comme la paternité, en Dieu, le Père, d’après lequel toute paternité au ciel et sur la terre est nommée, Ep 3. Le Fils de Dieu s’est donc incarné avec la plus grande convenance, afin que, par lui, nous recevions l’adoption des fils de Dieu.

 [7490] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 s. c. 3 Praeterea, decentissima est conjunctio sapientiae et humilitatis; unde Prov. 11, 2: ubi humilitas, ibi sapientia. Sed sapientia appropriatur filio. Ergo ipsum maxime decuit humilitas incarnationis.

 [3] L’union de la sagesse et de l’humilité convient au plus haut point ; aussi Pr 11, 2 dit-il : Là où est l’humilité, là est la sagesse. Or, la sagesse est appropriée au Fils. L’humilité de l’incarnation lui convenait donc le plus.

 [7491] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 co. Respondeo dicendum, quod decentia incarnationis filii potest attendi et ex propriis, et ex appropriatis ejus. In propriis autem ipsius possunt considerari quatuor, scilicet quod filius est, quod verbum est, quod imago, quod media in Trinitate persona. Secundum autem quod imago, convenientiam habet cum eo qui reparandus erat, scilicet cum homine, qui ad imaginem Dei factus est, Gen. 1; unde decuit ut imago imaginem assumeret, increata creatam. Secundum autem quod filius est, convenit ad modum reparationis, quae expleta est per incarnationis et passionis mysteria: secundum enim quod ex alio est, quod quidem sibi et spiritui sancto commune est, notatur auctoritas patris respectu ipsius: unde convenit sibi ad patrem, et deprecatio, et satisfactio, et alia hujusmodi, quae in patre auctoritatem demonstrant. Sed secundum quod in filio intelligitur determinatus modus originis, convenit sibi nasci, ut qui in divinitate est Dei filius, in humanitate sit virginis filius, ut non sint plures filii in Trinitate. Convenit etiam sibi, inquantum filius naturalis est, ut per eum cujus est naturalis hereditas, alii in filios adoptentur, et coheredes fiant. Sed inquantum verbum est, congruentiam habet ad officium praedicationis et doctrinae: quia verbum manifestat dicentem, et ipse manifestavit patrem, Joan. 17, 6: pater, manifestavi nomen tuum hominibus. Inquantum vero est media in Trinitate persona, congruit ad ultimum effectum, qui est reconciliatio hominis ad Deum; decet enim ut qui est medius, etiam sit mediator. Inveniuntur etiam quatuor filio appropriata: scilicet sapientia et virtus ab apostolo, 1 Corinth. 1, 24: Christum Dei virtutem et Dei sapientiam: aequalitas ab Augustino; species et pulchritudo ab Hilario. Inquantum autem sapientia est, congruit ad restaurationem: quia decet ut quae in sapientia facta sunt, per sapientiam restaurentur; et etiam servituti a qua homo liberandus erat, qui in eam seductus quodammodo devenerat: et ideo decebat ut per sapientiam a seductore liberaretur. Ipse etiam homo peccavit per appetitum scientiae: unde per sapientiam liberandus erat. Inquantum autem est virtus et brachium patris, congruit ad victoriam de hoste capiendam; Luc. 1, 51: fecit potentiam in brachio suo. Inquantum vero est aequalitas, congruit etiam morbo qui sanandus erat: uterque enim, scilicet homo et Diabolus, peccaverat, appetendo aequalitatem; ille potentiae, iste scientiae. Inquantum vero species et pulchritudo est, congruit reparationi, ut per ipsum deturpatio imaginis per peccatum inducta amoveatur. Patri vero non convenit incarnatio, praecipue propter proprietatem innascibilitatis: non enim decet ut qui in deitate est pater, in humanitate sit filius: sic enim filius Dei patris esset nepos virginis, si ipsa virgo mater esset Dei patris. Similiter etiam nec spiritui sancto convenit, ne filii nomen in plures personas transferatur.

Réponse. La convenance de l’incarnation du Fils peut être envisagée selon ce qui lui est propre et selon ce qui lui est appropié. Selon ce qui lui est propre, on peut envisager quatre choses : le fait qu’il est le Fils, qu’il est le Verbe, qu’il est l’Image et qu’il est une personne intermédiaire dans la Trinité. Selon qu’il est l’Image, il a quelque chose en commun avec celui qui devait être restauré, l’homme, qui a été créé à l’image de Dieu, Gn 1. Il convenait donc que l’Image assume l’image, que [l’Image] incréée [assume l’image] créée. Mais selon qu’il est le Fils, cela convient au mode de la restauration, qui a été accomplie par les mystères de l’incarnation et de la passion. En effet, selon qu’il vient d’une autre chose, qui est commune à lui et au Saint-Esprit, l’autorité du Père sur lui est signalée. Ainsi lui convenaient la prière, la satisfaction et les autres choses de ce genre à l’endroit du Père, qui montrent l’autorité chez le Père. Mais, selon qu’on entend un mode déterminé d’origine chez le Fils, il lui convenait de naître, de sorte que celui qui est Fils de Dieu par la divinité soit le fils de la Vierge par l’humanité ; ainsi n’y aura-t-il pas plusieurs Fils dans la Trinité. Il lui convenait aussi, pour autant qu’il est Fils par nature, que, par celui qui possède l’héritage par nature, d’autres fils soient adoptés et deviennent cohéritiers. Mais, en tant qu’il est le Verbe, il a quelque chose en commun avec la fonction de la prédication et de l’enseignement, car la parole manifeste celui qui parle, et il a manifesté le Père, Jn 17, 6 : Père, j’ai manifesté ton nom aux hommes. Mais, en tant qu’il est une personne intermédiaire, cela convenait à l’effet ultime, qui est la réconciliation de l’homme avec Dieu. En effet, il convient que celui qui est intermédiaire soit aussi le médiateur. On trouve aussi que quatre choses sont appropriées au Fils : la sagesse et la puissance, par l’Apôtre, 1 Co 1, 24 : Le Christ, puissance et sagesse de Dieu ; l’égalité par Augustin ; l’éclat et la beauté par Hilaire. En tant qu’il est sagesse, il convenait à la restauration, car il convient que ce qui a été créé avec sagesse soit restauré par la sagesse. Cela convenait aussi à la servitude dont l’homme devait être libéré, lui qui y était tombé par séduction ; il convenait donc qu’il soit libéré du séducteur par la sagesse. L’homme lui-même avait aussi péché par le désir de connaître ; aussi devait-il être libéré par la sagesse. Mais en tant qu’il est la puissance et le bras du Père, il convenait pour remporter la victoire sur l’ennemi, Lc 1, 51 : Il a donné puissance à son bras. En tant qu’il y a égalité, il convenait aussi à la maladie qui devait être guérie. En effet, les deux, l’homme et le Diable, avaient péché en désirant l’égalité, celui-ci, l’égalité de la puissance, celui-là, l’égalité de la science. Mais, en tant qu’il est éclat et beauté, il convenait à la réparation, afin que, par lui, la distorsion de l’image entraînée par le péché soit enlevée. Toutefois, l’incarnation ne convenait pas au Père, surtout en raison de la propriété d’une impossible naissance. En effet, il ne convenait pas que celui qui est Père par la divinité soit fils par l’humanité, car le Fils de Dieu, le Père, serait alors le neveu de la Vierge, si la Vierge elle-même était la mère de Dieu, le Père. Cela ne convient pas non plus au Saint-Esprit, de crainte que le nom de fils ne soit conféré à plusieurs personnes.

 [7492] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in incarnatione ostenduntur sapientia, potentia et bonitas; et ideo efficientia incarnationis toti Trinitati attribuitur; sed tamen opus quod Deo incarnato debebatur, per filium expleri decuit, rationibus dictis in corpore hujus articuli: et ideo tota Trinitas carnem soli filio univit.

1. Dans l’incarnation, la sagesse, la puissance et la bonté sont manifestées. C’est pourquoi l’efficacité de l’incarnation est attribuée à toute la Trinité. Cependant, il convenait que l’œuvre qui était due à Dieu incarné soit accomplie par le Fils pour les raisons données dans le corps de cet article. C’est pourquoi toute la Trinité a uni la chair au seul Fils.

 [7493] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod potentis non est ut per potentiam minus potentem vincat: hoc enim videtur violentum, et non laudabile, sed per justitiam et sapientiam: et ideo per filium debuit pater hostem vincere. Vel dicendum, quod quamvis potentia attribuatur patri, eo quod ipse est principium totius deitatis, tamen filius etiam dicitur virtus patris, per quam in creatura operatur: unde et brachium patris dicitur, ut exponit Gregorius illud Job 40: si habes brachium sicut Deus; et ideo decenter per filium Deus pater Diabolum vicit.

2. Il ne revient pas à celui qui est puissant de vaincre par sa puissance un moins puissant : en effet, cela semble violent, et non pas louable ; mais [il lui revient de l’emporter] par la justice et la sagesse. Ainsi le Fils devait-il vaincre l’ennemi du Père. Ou bien il faut dire que, bien que la puissance soit attribuée au Père, du fait qu’il est le principe de toute la divinité, le Fils est cependant appelé la puissance du Père, par laquelle il agit dans la créature. Aussi est-il appelé le bras du Père, comme Grégoire explique Jb 40 : Si tu as un bras comme Dieu. Aussi Dieu le Père a-t-il convenablement vaincu le Diable par le Fils.

 [7494] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod tria opera tribus personis appropriantur: creatio, quasi prima, patri, qui est principium non de principio: glorificatio, quae est ultimus finis, spiritui sancto, ratione bonitatis: recreatio, quae media est, filio, qui est media in Trinitate persona.

3. Trois œuvres sont appropriées aux trois personnes : la création, comme première, au Père, qui est principe sans principe ; la glorification, qui est la fin ultime, à l’Esprit Saint en raison de sa bonté ; la recréation, qui est intermédiaire, au Fils, qui est une personne intermédiaire dans la Trinité.

 [7495] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quamvis patris sit adoptare, tamen decenter nos per filium adoptavit, cujus est hereditas; ut sic per verum heredem ipsa adoptatio acceptaretur, et firma ostenderetur; et ut filii adoptivi haberent verum filium ducem, quem imitarentur illi quos praescivit conformes fieri imagini filii sui, ut ipse sit primogenitus in multis fratribus: Rom. 8.

4. Bien qu’il revienne au Père d’adopter, il convenait cependant qu’il nous adopte par le Fils, à qui appartient l’héritage, afin qu’ainsi l’adoption elle-même soit reçue par le véritable héritier et que sa fermeté soit manifestée ; et afin que les fils adoptifs aient comme chef le Fils véritable, qu’imitent ceux qu’il a prédestinés à devenir conformes à l’image de son Fils, de sorte que celui-ci soit premier-né parmi de nombreux frères, Rm 8.

 [7496] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod spiritus sanctus dicitur persona maxime vicina nobis propter caritatem, per quam nobis omnia dona donantur; sed filius est magis nobis vicinus quantum ad congruentiam incarnationis, rationibus dictis.

5. On dit que l’Esprit Saint est la personne la plus proche de nous en raison de la charité, par laquelle tous les dons nous sont donnés ; mais le Fils est plus proche de nous pour ce qui convient à l’incarnation, pour les raisons données.

 [7497] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 2 ad 6 Ad sextum dicendum, quod caritas Dei est causa incarnationis: et ideo causalitas incarnationis, quamvis sit communis tribus personis, appropriatur tamen spiritui sancto, ut infra dicetur, dist. 4: non tamen ex hoc sequitur quod spiritus sanctus debuerit incarnari.

6. La charité de Dieu est la cause de l’incarnation. Aussi la causalité de l’incarnation, bien qu’elle soit commune aux trois personnes, est-elle cependant appropriée au Saint-Esprit, comme on le dira plus loin, d. 4. Il ne découle toutefois pas de cela que le Saint-Esprit devait s’incarner.

 

 

Articulus 3 [7498] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 tit. Utrum pater potuit carnem assumere, et etiam spiritus sanctus

Article 3 – Le Père pouvait-il prendre chair, de même que le Saint-Esprit ?

 [7499] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod pater carnem assumere non potuerit. Quia, ut dicit Anselmus, minimum inconveniens est Deo impossibile. Sed si pater carnem assumeret, sequeretur inconveniens, ut scilicet essent in Trinitate plures filii, quod in confusionem quamdam vergeret personarum. Ergo pater carnem assumere non potuit.

1. Il semble que le Père ne pouvait pas prendre chair, car, ainsi que le dit Anselme, « ce qui convient le moins est impossible à Dieu ». Or, si le Père avait pris chair, il en découlerait quelque chose qui ne convient pas, à savoir qu’il y aurait plusieurs Fils dans la Trinité, ce qui mènerait à une certaine confusion entre les personnes. Le Père ne pouvait donc pas prendre chair.

 [7500] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 arg. 2 Item opposita non possunt jungi in eodem, etiam per miraculum. Sed in patre est quaedam proprietas, quae dicitur innascibilitas, secundum quam dicitur non esse ex alio, cui nascibilitas opponitur. Ergo non potuit pater de virgine nasci, quod diceretur, si carnem assumeret.

2. Des opposés ne peuvent être réunis dans une même chose, même par miracle. Or, chez le Père, il existe une propriété, qu’on appelle l’impossibilité de naître, selon laquelle on dit qu’il ne vient pas d’un autre, ce à quoi s’oppose la possibilité de naître. Le Père ne pouvait donc pas naître de la Vierge, ce qu’on dirait, s’il avait pris chair.

 [7501] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 arg. 3 Item, ut in littera dicitur, filii missio, est ipsa incarnatio. Sed patri non convenit mitti, ut in primo Lib. habitum est. Ergo nec incarnari potest

 

3. Comme il est dit dans le texte, la mission du Fils est l’incarnation elle-même. Or, il ne convient pas au Père d’être envoyé, comme on l’a vu dans le livre I. Il ne peut donc pas non plus s’incarner.

 [7502] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 arg. 4 Item, ab eo qui est infinitae misericordiae, semper optima expectanda sunt quae contingere possunt. Sed cum totus mundus per incarnationem unius personae melioratus sit, si etiam pater incarnaretur, multo amplius meliorabitur. Ergo si possibile est patrem incarnari, hoc expectandum est, sicut et antiqui patres incarnationem filii expectaverunt: quod est omnino absurdum.

4. Il faut toujours attendre ce qui peut arriver de mieux de celui qui a une miséricorde infinie. Or, puisque le monde entier a été amélioré par l’incarnation d’une seule personne, si le Père aussi s’incarnait, [le monde] serait encore bien plus amélioré. S’il est possible au Père de s’incarner, il faut donc l’attendre, comme les anciens pères ont attendu l’incarnation du Fils, ce qui est tout à fait absurde.

 [7503] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 arg. 5 Praeterea, non est major Dei potentia quam sua voluntas, cum utrumque sit infinitum. Sed pater nunquam voluit incarnari. Ergo nec incarnari potest.

5. La puissance de Dieu n’est pas plus grande que sa volonté, puisque les deux sont infinies. Or, le Père n’a jamais voulu s’incarner. Il ne peut donc pas non plus s’incarner.

 [7504] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 s. c. 1 Sed contra, sicut dicit Anselmus, omnis necessitas et impossibilitas Deo est subjecta. Sed ei nihil est impossibile, cujus voluntati omnis impossibilitas subditur. Ergo patrem incarnari non est impossibile.

Cependant, [1] comme le dit Anselme, « toute nécessité et toute impossibilité sont soumises à Dieu ». Or, rien n’est impossible pour celui à qui toute impossibilité est soumise. Il n’est donc pas impossible pour le Père de s’incarner.

 [7505] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 s. c. 2 Item, eorum quae aeque distant, aeque possibilis est conjunctio. Sed humana natura aequaliter distat a tribus personis: distat enim a qualibet in infinitum. Ergo si potuit eam filius assumere, potest et pater.

 [2] L’union de ce qui est également distant est également possible. Or, la nature humaine est également distante des trois personnes : en effet, elle est distante de chacune à l’infini. Si le Fils pouvait l’assumer, le Père aussi le peut donc.

 [7506] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 s. c. 3 Praeterea, quidquid dignitatis convenit filio, convenit et patri. Sed posse assumere carnem est dignitatis in filio. Ergo et patri attribuendum est.

 [3] Toute dignité qui convient au Fils convient aussi au Père. Or, pouvoir prendre chair est une dignité pour le Fils. Il faut donc que cela soit aussi attribué au Père.

 [7507] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 co. Respondeo dicendum, quod cum in agentibus ex libertate voluntatis, executio potentiae sequatur imperium voluntatis et ordinem rationis, considerandum est, quando potentiae divinae aliquid ascribitur, utrum attribuatur potentiae secundum se consideratae; tunc enim dicitur posse illud de potentia absoluta: vel attribuatur sibi in ordine ad sapientiam et praescientiam et voluntatem ejus: tunc enim dicitur posse illud de potentia ordinata. Ipsi ergo potentiae absolutae, cum infinita sit, necesse est attribuere omne id quod in se est aliquid, et quod in defectum potentiae non vergit. Dico autem in se aliquid esse: quia conjunctio affirmationis et negationis nihil est, nec aliquem intellectum generat quod dicitur homo et non homo simul acceptum, quasi in vi unius dictionis: et ideo potentia Dei ad hoc se non extendit, ut affirmatio et negatio sint simul: et eadem ratio est de omnibus quae contradictionem includunt. Dico autem in defectum potentiae vergere quae passionem potentiae important: ex defectu enim potentiae activae ad resistendum contingit quod aliquid vel corrumpatur vel dividatur, vel aliquid hujusmodi; unde et mollities impotentia naturalis dicitur propter facilem divisibilitatem; et ideo non dicimus Deum in natura divinitatis posse pati vel mori, vel aliquid hujusmodi; sicut non dicimus eum posse esse impotentem. Huic autem potentiae absolute consideratae quando attribuitur aliquid quod vult facere et sapientia sua habet ut faciat, tunc dicitur posse illud secundum potentiam ordinatam; quando autem potentia se extendit quantum in se est ad illud quod sibi attribuitur, quamvis non habeat ejus sapientia et voluntas ut ita fiat, tunc dicitur posse illud de potentia absoluta tantum. Sed in his distinguendum est: quia in his sunt quaedam quae habent aliquid in se divinae sapientiae et bonitati repugnans inseparabiliter conjunctum, ut peccare, mentiri, et hujusmodi; et etiam ista dicimus Deum non posse: quaedam vero sunt quae de se non habent inconvenientiam ad divinam sapientiam, sed solum ad ordinem aliquem suae praescientiae, quem Deus in rebus statuit vel praevidit, secundum suam voluntatem, ut quod caput hominis sit inferius; et haec Deus potest facere, quia potest statuere alium ordinem in rebus secundum quem sit conveniens quod nunc secundum istum ordinem qui rebus inest, inconveniens videtur. Sic ergo in his quae divinae potentiae attribui possunt, est quadruplex distinctio sive ordo. Quaedam enim nec ipsi potentiae absolutae attribuuntur; unde simpliciter dicendum est, Deum ea non posse, sicut pati, et contradictoria simul esse. Quaedam vero ex se sapientiae et bonitati ejus repugnant; et ista non dicimus Deum posse nisi sub conditione, scilicet si vellet; non enim inconveniens est ut in conditionali vera antecedens sit impossibile. Quaedam vero de se repugnantiam non habent, sed solum ab exteriori; et talia absolute concedendum est Deum posse de potentia absoluta; nec sunt neganda nisi sub conditione, scilicet ut dicatur: non potest, si voluntati ejus repugnat. Quaedam vero sunt quae attribuuntur potentiae, ita quod voluntati et sapientiae ejus congruunt; et haec simpliciter dicendum est Deum posse, et nullo modo ea non posse. Dicendum est ergo, quod patrem incarnari, non est de illis quae potentiae Dei absolutae non subduntur; cum neque contradictionem implicet, neque defectum aliquem incarnatio in persona incarnata ponat: est enim eadem dignitas patris et filii, et ratio eadem personalitatis in utroque: nec est etiam de illis quae ex se inconvenientiam habent: sed est de illis quae habent inconvenientiam propter ordinem alium a Dei sapientia institutum. Sed filium incarnari est in quarto ordine. Et ideo simpliciter concedendum est quod pater potuit carnem assumere, et similiter spiritus sanctus, loquendo de potentia absoluta.

Répondre. Puisque, chez les agents par libre volonté, la mise en œuvre de la puissance suit le commandement de la volonté et l’ordre de la raison, il faut se demander, lorsque quelque chose est attribué à la puissance divine, si cela est attribué à la puissance considérée en elle-même – on dit alors que cela lui est possible par sa puissance absolue –, ou si cela lui est attribué en rapport avec sa sagesse, sa prescience et sa volonté – on dit alors que cela lui est possible selon sa puissance ordonnée. Il faut donc attribuer à la puissance absolue, puisqu’elle est infinie, tout ce qui est quelque chose en soi et qui ne tourne pas à la carence de la puissance. Je dis : « quelque chose qui est en soi », parce que l’union de l’affirmation et la négation n’est rien, et le fait de dire en même temps homme et non homme n’engendre rien qui soit compris, comme par la puissance d’une seule parole. Aussi la puissance de Dieu ne va-t-elle pas jusqu’à faire que l’affirmation et la négation existent en même temps. Et on fait le même raisonnement pour tout ce qui comporte une contradiction. Mais je dis: « tourner à la carence de la puissance », de tout ce qui comporte une passion de la puissance. En effet, il vient de l’incapacité de la puissance active à résister, que quelque chose soit corrompu ou divisé, ou quelque chose de ce genre. Aussi le fait d’être mou est-il appelé une impuissance naturelle en raison de la possibilité de le diviser facilement. C’est pourquoi nous ne disons pas que Dieu peut souffrir et mourir selon la nature de la divinité, ou quelque de ce genre, comme nous ne disons pas qu’il est impuissant. Mais lorsqu’est attribué à cette puissance envisagée de manière absolue quelque chose qu’elle veut faire et que sa sagesse entend faire, alors on dit qu’elle peut faire cela selon sa puissance ordonnée ; mais lorsque la puissance s’étend autant qu’elle le peut à ce qui lui est attribué, bien que sa sagesse et sa volonté ne soient pas disposées à le faire, alors on dit qu’elle peut faire cela par sa seule puissance absolue. Mais il faut ici faire une distinction, car, parmi ces choses, il y en a qui ont en elles-mêmes quelque chose qui répugne de manière inséparable à la sagesse et à la bonté divines, comme pécher, mentir et les choses de ce genre. Même cela, nous disons que Dieu ne le peut pas. Mais il y en a qui n’ont pas en elles-mêmes quelque chose qui ne convient pas à la sagesse divine, mais seulement à un certain ordre de sa prescience, que Dieu a établi ou prévu selon sa volonté, par exemple, que la tête de l’homme soit en bas. Cela, Dieu peut le faire, parce qu’il peut établir un autre ordre dans les choses, selon lequel serait convenable ce qui, maintenant, selon l’ordre qui existe dans les choses, ne semble pas convenir. Ainsi donc, parmi les choses qui peuvent être attribuées à la puissance divine, il existe une distinction ou un ordre quadruple. En effet, certaines choses ne sont même pas attribuées à la puissance absolue ; aussi faut-il dire que Dieu ne les peut pas, comme être passif et le fait que des contradictoires existent en même temps. Mais certaines choses répugnent à sa sagesse et à sa bonté : nous ne disons pas que Dieu ne peut pas ces choses quà une condition : qu’il le veuille. En effet, il n’est pas inapproprié que, dans une proposition conditionnelle, la proposition vraie qui précède soit quelque chose d’impossible. Mais certaines choses ne répugnent pas en soi, mais seulement en raison de quelque chose d’extérieur. Il faut concéder de manière absolue que Dieu peut de telles choses par sa puissance absolue, et elles ne doivent être niées qu’à condition de dire qu’il ne les peut pas, si cela répugne à sa volonté. Mais certaines choses sont attribuées à sa puissance, de telle sorte qu’elles conviennent à sa volonté et à sa sagesse. Il faut dire que Dieu les peut tout simplement et qu’il ne les peut pas d’aucune manière. Il faut donc dire que le fait pour le Père de s’incarner ne fait pas partie des choses qui ne sont pas soumises à la puissance absolue de Dieu, puisque cela ne comporte pas de contradiction et que l’incarnation ne montre aucune carence chez la personne incarnée. En effet, la dignité du Père et du Fils est la même, et la raison de personne est la même chez les deux. Cela ne fait pas non plus partie de ces choses qui comportent en elles-mêmes quelque chose d’inapproprié, mais cela fait partie des choses qui comportent quelque chose d’inapproprié en raison d’un ordre établi par la sagesse de Dieu. Mais que le Fils s’incarne fait partie du quatrième ordre. C’est pourquoi il faut simplemenet concéder que le Père pouvait prendre chair, de même que le Saint-Esprit, si l’on parle de leur puissance absolue.

 [7508] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod hoc est impossibile, ut aliquid faciat Deus, et hoc sit inconveniens; sed tamen potest facere ut illud quod modo est inconveniens secundum unum ordinem, secundum alium ordinem fiat conveniens; sicut potest carnem hoc modo formando assumere, sicut corpus viri de terra formavit: sic enim filii nomen patri non conveniret: nec etiam si pater filius diceretur, esset de se repugnantiam habens, cum secundum diversas naturas haec sibi attribuerentur.

1. Il est impossible que Dieu fasse quelque chose et que cela soit inapproprié. Cependant, il peut faire que ce qui est maintenant inapproprié selon un ordre devienne approprié selon un autre ordre : ainsi, il peut prendre chair en la formant de la manière dont il a formé le corps de l’homme à partir de la terre. En effet, le nom de Fils ne conviendrait pas ainsi au Père, pas plus que, si le Père était appelé Fils, cela répugnerait de soi, puisque cela lui serait attribué selon diverses natures.

 [7509] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod secundum idem non possunt opposita eidem inesse; sed secundum diversa nihil prohibet. Unde quamvis patri conveniat innascibilitas secundum naturam divinam, posset tamen eidem inesse nativitas secundum naturam humanam; sicut filio secundum naturam divinam inest quod sit pater virginis cujus secundum naturam humanam est filius.

2. Des contraires ne peuvent se trouver dans une même chose sous le même aspect ; mais rien n’empêche qu’ils s’y trouvent sous des aspects différents. Bien que l’impossibilité de naître convienne au Père selon la nature divine, il pourrait cependant se trouver en lui une naissance selon la nature humaine, de même que, selon la nature divine, il appartient au Fils d’être le père de Vierge, dont il est le fils selon la nature humaine.

 [7510] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod incarnatio filii dicitur missio, quia filius ab alio est. Si autem pater incarnaretur, ejus incarnatio missio dici non posset: sicut ostensio spiritus sancti in columba, missio visibilis ipsius dicitur; non autem ostensio patris in sono vocis.

3. L’incarnation du Fils est appelée une mission parce que le Fils vient d’un autre. Mais si le Père s’incarnait, son incarnation ne pourrait s’appeler une mission. De même, la manifestation de l’Esprit Saint dans une colombe est-elle appelée sa mission visible, mais non la manifestation du Père dans le son de la voix.

 [7511] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod tres personae non sunt majoris bonitatis quam una tantum; et ideo nihil plus universo accresceret per incarnationem omnium personarum, quam de incarnatione unius tantum; unde fuisset superfluum; et ideo quamvis sit possibile patrem incarnari, non tamen est expectandum.

4. Les trois personnes n’ont pas une plus grande bonté qu’une seule. C’est pourquoi l’univers ne gagnerait rien à l’incarnation des trois personnes, plutôt qu’à l’incarnation d’une seule. Elle aurait donc été superflue. C’est pourquoi, bien qu’il soit possible que le Père s’incarne, il ne faut cependant pas l’espérer.

 [7512] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod potentia Dei non est major quantum ad essentiam quam voluntas; tamen ad plura objecta se extendit potentia quam voluntas; unde non sequitur, si aliquid Deus non vult, quod illud absoluta potentia non possit.

5. La puissance de Dieu n’est pas plus grande du point de vue de son essence que du point de vue de sa volonté. Cependant, sa puissance s’étend à plus de choses que sa volonté. Si Dieu ne veut pas quelque pas quelque chose, il n’en découle donc pas qu’il ne le puisse pas selon sa puissance absolue.

 

 

Articulus 4 [7513] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 tit. Utrum pater et filius et spiritus sanctus possit eamdem numero naturam assumere

Article 4 – Le Père, le Fils et le Saint-Esprit peuvent-ils assumer la même nature en nombre ?

 [7514] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod pater et spiritus sanctus non possunt unam et eamdem numero naturam assumere. Primo per hoc quod dicit Anselmus in Lib. de incarnatione verbi, quod plures personae non possunt assumere unum eumdemque hominem. Sed si unam naturam assumerent, unus homo assumptus esset a pluribus personis. Ergo primum est impossibile.

1. Il semble que le Père et le Saint-Esprit ne puissent assumer la même nature en nombre. Premièrement, du fait que Anselme dit, dans le livre Sur l’incarnation du Verbe, que « plusieurs personnes ne peuvent assumer un seul et même homme ». Or, s’ils assumaient une seule nature, un seul homme serait assumé par plusieurs personnes. La première chose est donc impossible.

 [7515] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 arg. 2 Item, assumptio humanae naturae terminatur ad aliquam unionem. Non autem ad unionem in natura: quia oporteret vel alteram tantum remanere, sicut patet in conjunctione cibi ad cibatum; vel etiam neutrum, ut patet in conjunctione elementorum. In incarnatione vero utraque natura manet, ut Damascenus dicit, et sic patet quod non potest esse unio in natura. Ergo oportet quod terminetur ad unionem in persona. Non ergo possunt esse plures personae unam naturam assumentes.

2. La prise d’une nature humaine a comme terme l’union. Or, [elle] ne [se termine] pas à l’union selon la nature, car il faudrait soit qu’une autre chose seulement reste, comme cela ressort de l’union de la nourriture et de celui qui est nourri, soit qu’aucune des deux [ne restent], comme cela ressort de l’union d’éléments. Or, « dans l’incarnation, les deux natures demeurent », comme le dit [Jean] Damascène, et ainsi il est clair qu’il ne peut y avoir d’union selon la nature. Il ne peut donc y avoir plusieurs personnes qui assument une seule nature.

 [7516] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 arg. 3 Praeterea, ut Damascenus dicit, in incarnatione uniens et unitum communicant sibi sua idiomata, ut quidquid dicitur de filio hominis possit dici de filio Dei. Ergo si eadem natura humana a tribus personis assumpta esset, demonstrato illo homine, possemus eum dicere filium Dei, et quidquid de filio Dei dicitur; et e converso filium Dei esse hunc hominem, et natum de virgine, et hujusmodi omnia. Sed stante eadem positione, possemus dicere, quod hic homo esset pater. Ergo esse patrem, et quidquid est patris, posset praedicari de filio Dei; quod manifeste confusionem induceret personarum.

3. Comme le dit [Jean] Damascène, « dans l’incarnation, ce qui unit et ce qui est uni se communiquent leurs idiomes, de sorte que tout ce qui est dit du fils de l’homme peut être dit du Fils de Dieu ». Si la même nature humaine avait été assumée par les trois personnes, en montrant cet homme, nous pourrions dire qu’il est le Fils de Dieu et tout ce qui est dit du Fils de Dieu ; en sens inverse, [nous pourrions dire que] le Fils de Dieu est cet homme, né de la Vierge, et toutes les choses de ce genre. Or, en maintenant la même position, nous pourrions dire que cet homme est le Père. Être le Père et tout ce qui appartient au Père pourrait donc être attribué au Fils de Dieu, ce qui entraînerait manifestement la confusion des personnes.

 [7517] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 arg. 4 Praeterea, tres personae distinguuntur relationibus. Ergo quod attribuitur alicui personae primo et per se ratione ejus quod ad alterum est, nullo modo tribus personis potest esse commune. Sed humanam naturam assumere convenit filio secundum id quod ad alterum est: quia primo et per se convenit personae, naturae autem prout est in persona. Ergo assumere hanc naturam non potest esse commune tribus personis.

4. Les trois personnes se distinguent par leurs relations. Ce qui est attribué à une personne en premier lieu et par soi en raison de ce qu’elle est pour une autre ne peut donc d’aucune manière être commun aux trois personnes. Or, assumer la nature humaine convient au Fils selon ce qu’il est pour un autre, car cela convient en premier et par soi à la personne, mais, à la nature, en tant qu’elle se trouve dans la personne. Assumer cette nature ne peut donc être commun aux trois personnes.

 [7518] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 arg. 5 Praeterea, ut in 1 Lib. dictum est, dist. 8, qu. 1, art. 1, omnis quidditas vel natura quae non est suum esse, dividitur secundum divisionem suppositorum in ea subsistentium, quia esse habet secundum quod in supposito est. Sed humana natura est quidditas vel natura quae non est suum esse: hoc enim solius Dei est. Ergo oportet quod dividatur secundum esse ad divisionem suppositorum in ea subsistentium. Sed si tres assumerent humanam naturam, essent tria supposita in humana natura subsistentia. Ergo essent tres humanae naturae: non ergo una numero humana natura a tribus personis assumi potest.

5. Comme on l’a dit dans le livre I, d. 8, q. 1, a. 1, toute quiddité ou nature qui n’est pas son propre être se divise selon la division des suppôts qui subsistent en elle, car elle a l’être selon qu’il se trouve dans le suppôt. Or, la nature humaine est une quiddité ou une nature qui n’est pas son propre être : en effet, cela appartient à Dieu seul. Il faut donc qu’elle soit divisée selon l’être d’après la division des suppôts qui subsistent en elle. Or, si les trois assumaient la nature humaine, il y aurait trois suppôts subsistant dans la nature humaine. Il y aurait donc trois natures. Il n’y a donc pas une seule nature humaine en nombre qui puisse être assumée par les trois personnes.

 [7519] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 arg. 6 Praeterea, si tres personae unam naturam humanam assumerent, aut essent unus homo, aut plures. Sed non plures, quia non haberent nisi unam animam et unum corpus. Ergo esset unus homo, et posset demonstrari: iste homo est pater et filius et spiritus sanctus. Sed ille homo non potest supponere nisi personam patris vel filii vel spiritus sancti. Ergo persona patris esset pater et filius et spiritus sanctus, vel persona filii, vel persona spiritus sancti; quod est impossibile. Ergo impossibile est talem assumptionem esse.

6. Si les trois personnes assumaient une seule nature humaine, soit elles seraient un seul homme, soit elles en seraient plusieurs. Or, elles ne peuvent en être plusieurs, car elles n’auraient qu’une seule âme et un seul corps. Il y aurait donc un seul homme, et on pourrait démontrer que cet homme est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Or, cet homme ne peut avoir comme suppôt que la personne du Père, du Fils et ou du Saint-Esprit. La personne du Père serait donc le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ou la personne du Fils et la personne du Saint-Esprit, ce qui est impossible. Il est donc impossible qu’une telle prise [de la nature humaine] existe.

 [7520] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 s. c. 1 Sed contra, humanae naturae convenit esse assumptibilem secundum quod est ad imaginem Dei. Sed eadem numero humana natura est ad imaginem trium personarum. Ergo humana natura eadem numero a tribus assumi potest.

Cependant, [1] il convient à la nature humaine de pouvoir être assumée du fait qu’elle est à l’image de Dieu. Or, une même nature humaine identique en nombre est à l’image des trois personnes. Une nature humaine identique en nombre peut donc être assumée par les trois [personnes].

 [7521] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 s. c. 2 Praeterea, major est distantia diversarum potentiarum animae ad invicem (quae etiam in absolutis distinguuntur) quam divinarum personarum quae distinguuntur solum in eo quod ad alium est. Sed anima unitur eidem membro secundum diversas potentias: quod patet, quia organa aliorum sensuum sunt etiam organa tactus, qui per totum corpus diffunditur. Ergo et Deus potest uniri homini, ita quod tres personae unam naturam humanam assumant.

 [2] La distance est plus grande entre les diverses puissances de l’âme (qui sont distinctes de manière absolue) qu’entre les personnes divines, qui se distinguent seulement par ce qu’elles sont par rapport à une autre. Or, l’âme est unie au même membre selon diverses puissances, ce qui ressort du fait que les organes des autres sens sont aussi les organes du toucher, qui est répandu dans tout le corps. Dieu peut donc être uni à l’homme, de telle sorte que les trois personnes assument une seule nature humaine.

 [7522] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 s. c. 3 Praeterea, eorum quae magis conveniunt, facilior est unio. Sed humana natura assumpta a filio non minus convenit cum patre, sed etiam magis quam aliqua alia. Ergo si pater potuit assumere aliam humanam naturam, ut dictum est qu. 1, art. 2, multo magis eamdem.

 [3] L’union avec ce qui a davantage en commun est plus facile. Or, la nature humaine assumée par le Fils n’a pas moins en commun avec le Père, mais plutôt davantage qu’une autre [nature]. Si le Père pouvait assumer une autre nature humaine, comme on l’a dit à la q. 1, a. 2, il pouvait à bien plus forte raison assumer la même.

 [7523] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 co. Respondeo dicendum, quod tres personas divinas assumere unam humanam naturam in unitate unius personae, est impossibile, quia contradictionem implicat. Cum enim unio Dei et hominis non possit fieri in natura, ut infra, distin. 5, probabitur, oportet quod fiat in persona, ut scilicet sit eadem personalitas assumentis et assumpti; unde ponere unam personam ex parte assumpti et tres ex parte assumentis est incompossibile. Et non potest etiam similiter esse una unitate unius hypostasis vel suppositi, ad minus quantum ad secundam opinionem, quae ponitur infra dist. 6, quae ponit unionem non tantum in persona, sed etiam in supposito et hypostasi. Sed quod natura assumpta a tribus personis sit una unitate singularis naturae, non est impossibile, loquendo de potentia absoluta; quamvis non sit congruum secundum ordinem divinae sapientiae; cum unius personae incarnatio ad reparationem mille mundorum sufficiat. Dico autem unitatem singularis naturae, si assumeretur unum corpus et una anima sibi unita, ex quorum unione una humanitas resultaret, ut sic tres personae in una natura assumpta convenirent sicut conveniunt in natura aeterna. Quidam vero e converso contrariam opinionem tenent; et secundum utramque potest ad objecta responderi.

Réponse. Il est impossible que les trois personnes divines assument une seule nature humaine dans l’unité d’une seule personne, car cela comporte une contradiction. En effet, puisque l’union de Dieu et de l’homme ne peut se réaliser selon la nature, comme on le montrera plus loin, d. 5, il est nécessaire qu’elle se réalise selon la personne, de sorte que la personnalité de celui qui assume et de celui qui est assumé soit la même. Aussi affirmer une seule personne du point de vue de celui qui est assumé et trois [personnes] du point de vue de celui qui assume est-il impossible. Elle ne peut non plus être unique selon l’unité d’une seule hypostase ou suppôt, du moins, selon la seconde opinion, présentée plus loin, d. 6, qui affirme que l’union ne se réalise pas seulement selon la personne, mais aussi selon le suppôt et l’hypostase. Mais il n’est pas impossible que la nature assumée par les trois personnes soit une selon l’unité d’une seule nature, si l’on parle de puissance absolue, bien que cela ne soit pas approprié selon l’ordre de la sagesse divine, puisque l’incarnation d’une seule personne suffit à la restauration de mille mondes. Or, je parle de l’unité d’une seule nature, si étaient assumés un seul corps et une seule âme qui lui est unie, dont résulterait une seule humanité par leur union, de sorte que les trois personnes se trouveraient dans une seule nature assumée, comme elles se trouvent dans [leur] nature éternelle. Mais, en sens inverse, certains soutiennent l’opinion contraire. Et l’on peut répondre aux objections selon les deux [opinions].

 [7524] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Anselmus ibi accipit unum hominem, unam personam humanam: hoc enim est incompossibile ei quod ponitur tres personas assumentes esse.

1. Anselme parle ici d’un seul homme pour une seule personne humaine. En effet, cela est impossible par rapport à l’affirmation que les trois personnes assument.

 [7525] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod assumptio illa terminaretur ad aliquid unum in persona, non ita quod uni tantum personae uniretur, sed quia a qualibet trium personarum assumeretur in unitatem personae, ut non esset alia persona hominis assumpti a tribus personis patris et filii et spiritus sancti, quasi homo per se, inquantum homo, sit persona; esset tamen alia persona patris, alia filii, alia spiritus sancti humanitatem eamdem assumentium.

2. Cette prise [de la nature humaine] aurait comme terme quelque chose d’unique dans la personne, non pas qu’elle serait unie seulement à une seule personne, mais parce qu’elle serait assumée dans l’unité de la personne par chacune des trois personnes, de sorte qu’il n’y aurait pas une autre personne de l’homme, assumé comme homme par soi, par les trois personnes du Père, du Fils et du Saint-Esprit, en tant que l’homme est une personne. Cependant, ce serait une autre personne du Père, une autre du Fils et une autre du Saint-Esprit qui assument la même humanité.

 [7526] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod communicatio idiomatum intelligitur respectu alterius naturae; unde praedicta positione facta, hic homo non communicaret filio idiomata patris, sed solum idiomata humanae naturae.

3. La communication des idiomes s’entend par rapport à une autre nature. Aussi, si on adoptait cette position, cet homme ne communiquerait pas au Fils les idomes du Père, mais seulement les idiomes de la nature humaine.

 [7527] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod, sicut supra in primo libro dictum est, in divinis duplex est communitas, rei et rationis. Communitate rei nihil est ibi commune nisi absolutum; sed communitate rationis est ibi commune hoc nomen persona, vel relatio: et ita per hunc modum communitatis potest communiter convenire patri et filio et spiritui sancto ut unusquisque eorum trahat humanam naturam eamdem numero in unitatem personae suae.

4. Comme on l’a dit plus haut dans le livre I, il existe dans la divinité quelque chose de commun sous deux aspects : selon la réalité et selon la raison. Il ne s’y trouve quelque chose de commun selon la réalité que ce qui est absolu. Mais il s’y trouve quelque chose de commun selon la raison : les mots de « personne » ou de « relation ». Et ainsi, selon cette manière d’être en commun, il peut convenir au Père, au Fils et à l’Esprit Saint que chacun d’eux attire la même nature humaine dans l’unité de sa personne.

 [7528] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 ad 5 Ad quintum dicendum, quod tres personae non distinguuntur secundum esse; immo earum est unum esse, vivere et intelligere, cum esse non nisi ad essentiam pertineat; et ideo non oporteret quod natura humana a tribus personis assumpta secundum esse multiplicaretur, sicut multiplicatur in tribus personis humanis, quarum non est unum esse.

5. Les trois personnes ne se distinguent pas selon l’être ; bien plus, elles n’ont qu’un seul être, une seule vie et une seule intelligence, puisque l’être ne relève que de l’essence. C’est pourquoi il ne serait pas nécessaire que la nature humaine assumée par les trois personnes soit multipliée selon l’être, comme elle est multipliée dans trois personnes humaines, dont il n’y a pas un seul être.

 [7529] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 ad 6 Ad sextum dicendum, quod cum termini substantivi significentur vel consignificentur pluraliter ex unitate seu pluralitate formae signatae, dicerentur tres unus homo, si unam humanam naturam assumpsissent, sicut propter unam naturam divinam dicuntur unus Deus: et sicut dicitur tota Trinitas unus solus verus Deus, secundum Augustinum, et Baruch 3, 36: hic est Deus, et non aestimabitur alius ab illo; ita posset dici: iste solus homo, est pater et filius et spiritus sanctus; et tunc iste terminus homo supponeret rem humanae naturae sine distinctione trium personarum, sicut iste terminus Deus supponit in praedictis locutionibus rem naturae divinae indistincte; et haec est suppositio sua naturalis, et quasi termini communis respectu trium personarum; suppositio autem qua supponit pro patre vel filio, est sibi accidentalis, et quasi termini discreti.

6. Puisque les termes substantifs tirent leur sens ou leur sens multiple de l’unité ou de la pluralité de la forme désignée, les trois seraient appelés un seul homme, s’ils assumaient une seule nature humaine, de même qu’on ne parle que d’un seul Dieu en raison de la nature divine. Et de même qu’on dit que toute la Trinité est un seul vrai Dieu, selon Augustin et Ba 3, 36 : Voici Dieu, et on ne pensera pas qu’il en existe un autre que lui, de même on pourrait dire : « Ce seul homme est le Père, le Fils et l’Esprit Saint. » Ce mot « homme » serait alors le suppôt réel de la nature humaine, sans distinction entre les trois personnes, comme le mot « Dieu » est, dans les expressions mentionnées, le suppôt de la réalité de la nature divine de manière indistincte. Tel est le sens naturel et pour ainsi dire commun du mot par rapport aux trois personnes. Mais le sens selon lequel il signifie le Père ou le Fils lui est accidentel et pour ainsi dire celui d’un mot distinct.

 [7530] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 4 ad s. c. Ad ea quae in oppositum objiciuntur, secundum alios potest responderi, quod ad unitatem naturae sequeretur aliquo modo unitas suppositi secundum eos; et hoc esse non potest, ut dictum est, in corpore hujus articuli.

 [1-3] Aux objections en sens contraire, on peut répondre, selon d’autres, que, de l’unité de nature, découlerait d’une certaine manière l’unité de suppôt selon eux. Et cela ne peut pas être le cas, comme on l’a dit dans le corps de cet article.

 

 

Articulus 5 [7531] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 tit. Utrum una persona possit assumere duas humanas naturas

Article 5 – Une seule personne peut-elle assumer deux natures humaines ?

 [7532] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 arg. 1 Ad quintum sic proceditur. Videtur quod una persona non possit duas humanas naturas assumere. Natura enim communis non multiplicatur nisi secundum pluralitatem suppositorum. Sed una persona est tantum unum suppositum, ut infra, dist. 6, quaest. 1, art. 1, patebit. Ergo non potest in una persona esse duplex natura ejusdem speciei.

1. Il semble qu’une seule personne ne puisse assumer deux natures humaines. En effet, une nature commune n’est multipliée que par la pluralité des suppôts. Or, pour une seule personne, il n’existe qu’un seul suppôt, comme cela ressortira plus loin, d. 6, q. 1, a. 1. Il ne peut donc y avoir une double nature de la même espèce dans une seule personne.

 [7533] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 arg. 2 Item, si filius Dei assumeret plures humanas naturas, vocaretur secundum unam naturam Jesus, et secundum aliam Petrus; inde sic. Supposito filio Dei, supponitur Jesus: et eadem ratione, supposito filio Dei, supponitur Petrus. Ergo supposito Jesu, supponitur Petrus: ergo haec est vera: Jesus est Petrus. Sed impossibile est quod duorum hominum unus de alio praedicetur. Ergo Jesus et Petrus non sunt duo homines. Sed impossibile est duas humanas naturas numero differentes esse nisi per hoc quod sunt in duobus hominibus. Ergo in Jesu et Petro non erunt duae humanae naturae, sed una tantum: ergo ad hanc positionem quod filius Dei duas humanas naturas assumpserit, sequitur suum contrarium, scilicet quod sit una tantum natura humana assumpta: ergo positio illa est impossibilis.

2. Si le Fils de Dieu assumait plusieurs natures humaines, il serait appelé Jésus, selon une nature, et selon l’autre, Pierre. La conséquence serait la suivante : en supposant le Fils de Dieu, on suppose Jésus ; pour la même raison, en supposant le Fils de Dieu, on suppose Pierre. Donc, en supposant Jésus, on suppose Pierre, et cette proposition est vraie : « Jésus est Pierre. » Or, il est impossible que l’un soit prédiqué de l’autre pour deux hommes. Jésus et Pierre ne sont donc pas deux hommes. Or, il est impossible que deux natures humaines différentes en nombre existent, si ce n’est parce qu’elles existent dans deux hommes. En Jésus et en Pierre, il n’y aurait donc pas deux natures humaines, mais une seule seulement. Son contraire découle donc de cette position que le Fils de Dieu aurait assumé deux natures humaines : il n’y aurait qu’une seule nature humaine assumée. Cette position est donc impossible.

 [7534] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 arg. 3 Praeterea, plus distat natura humana a divina quam una humana natura ab alia. Sed quamvis Dei filius subsistat in duabus naturis, divina scilicet et humana, non tamen duo, sed unus, et unum est. Ergo etsi subsisteret in duabus naturis humanis assumptis, non tamen duo homines dici posset; ergo nec essent duae humanae naturae; et sic idem quod prius.

3. Il existe une plus grande distance entre la nature humaine et la nature divine qu’entre une nature humaine et une autre. Or, bien que le Fils de Dieu subsiste dans deux natures, la nature divine et la nature humaine, il n’est cependant pas deux, mais un seul, et il est une seule réalité. Même s’il subsistait en deux natures humaines assumées, il ne pourrait donc pas être appelé deux hommes. Il ne serait donc pas non deux natures humaines. La conclusion est ainsi la même que précédemment.

 [7535] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 arg. 4 Praeterea, si filius Dei duas humanas naturas assumpsisset, secundum quarum unam diceretur Petrus, et secundum aliam Jesus; oporteret quod de Jesu et Petro hoc verbum sum, es, est, singulariter praedicaretur: quia utrumque esset unum suppositum. Sed de patre et filio praedicatur pluraliter, ut patet Joan. 10, 30: ego et pater unum sumus. Ergo major est unitas aliqua quam unitas trium personarum: quod est impossibile: ergo et positio praedicta.

4. Si le Fils de Dieu avait assumé deux natures, selon l’une des deux, il serait appelé Pierre, et selon l’autre, Jésus. Il faudrait que les mots « je suis », « tu es », « il est » soient prédiqués au singulier de Jésus et de Pierre, car les deux ne seraient qu’un seul suppôt. Or, il est prédiqué du Père et du Fils au pluriel, comme cela ressort de Jn 10, 30 : Moi et le Père, nous sommes un. Il existe donc une unité plus grande que l’unité des trois personnes, ce qui est impossible. La position précédente [s’impose] donc.

 [7536] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 arg. 5 Praeterea, negatur haec propositio: filius Dei assumpsit hominem, ne videatur personam assumpsisse. Sed sicut filius Dei non assumpsit personam, ita filius Dei non est duae personae. Ergo nullo modo potest dici, quod filius Dei sit duo homines. Hoc autem sequitur si duas humanas naturas assumpsit. Ergo est impossibile.

5. On refuse cette proposition : « Le Fils de Dieu a assumé un homme », pour qu’il ne semble pas avoir assumé une personne. Or, de même que le Fils de Dieu n’a pas assumé une personne, de même le Fils de Dieu n’est-il pas deux personnes. On ne peut donc dire d’aucune manière que le Fils de Dieu est deux hommes. Or, telle serait la conséquence s’il assumait deux natures humaines. Cela est donc impossible.

 [7537] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 s. c. 1 Sed contra, quidquid potest pater, potest filius. Sed pater potest aliam humanam naturam assumere ab ea quam filius assumpsit. Ergo et filius potest aliam assumere ab ea quam assumpsit. Ergo una persona potest plures assumere naturas.

Cependant, [1] tout ce que peut le Père, le Fils le peut. Or, le Père peut assumer une autre nature humaine que celle que le Fils a assumée. Le Fils peut donc assumer une autre nature humaine que celle qu’il a assumée. Une seule personne peut donc assumer plusieurs natures.

 [7538] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 s. c. 2 Praeterea, majoris bonitatis et dignitatis ostensiva est unio qua filius Dei humanam naturam in unitatem personae assumpsit, quam illa qua mentem hominis per gratiam sibi unit. Sed haec secunda unio quae est per gratiam, non est filii ad unum tantum, sed ad multos, quia sapientia in animas sanctas se transfert; Sap. 7. Cum ergo bonum sit diffusivum et communicativum, videtur quod illa unio quae est in unitate personae, possit esse in persona filii ad multas humanas naturas.

 [2] L’union par laquelle le Fils de Dieu a assumé une nature humaine dans l’unité de sa personne manifeste davantage sa bonté et sa dignité, que celle par laquelle il s’unit l’esprit de l’homme par la grâce. Or, cette seconde union par la grâce n’en est pas une avec un seul seulement, mais avec plusieurs, car la sagesse vient dans les âmes saintes, Sg 7. Puisque le bien se diffuse et se communique, il semble donc que cette union dans l’unité de la personne puisse exister dans la personne du Fils par rapport à plusieurs natures humaines.

 [7539] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 s. c. 3 Praeterea, potentia filii per incarnationem in nullo minorata est. Sed filius ante incarnationem poterat humanam naturam aliam ab ea quam assumpsit, assumere. Ergo et nunc potest: et sic idem quod prius.

 [3] La puissance du Fils n’a été en rien diminuée par l’incarnation. Or, avant l’incarnation, le Fils pouvait assumer une autre nature humaine que celle qu’il a assumée. Il le peut donc maintenant. La conclusion est ainsi la même que précédemment.

 [7540] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 co. Respondeo dicendum, quod hoc fere ab omnibus conceditur, quod una persona divina potest plures humanas naturas assumere; et rationabiliter. Non est enim contra rationem divinae personae quod ipsa in pluribus naturis subsistat; alias non potuisset fieri unio divinae et humanae naturae in una persona filii. Si autem esset contra rationem personae ut in pluribus quam in duabus naturis subsisteret, hoc non posset contingere nisi ita quod tota facultas unius personae quae in pluribus naturis subsisteret, per naturam secundam advenientem terminaretur, et quodammodo impleretur; quod est impossibile: quia natura assumpta adveniens nullo modo commensurabilis est virtuti divinae personae, cum distet ab ea sicut finitum ab infinito. Unde sicut Deus potest semper novas creaturas condere quia ejus potentia per creaturas non exhauritur; ita etiam filius potest, qualibet natura assumpta, iterum aliam assumere: quia potestas assumendi per naturam assumptam non terminatur.

Réponse. Il est concédé par presque tous qu’une seule personne divine peut assumer plusieurs natures humaines, et avec raison. En effet, il n’est pas contraire à la raison d’une personne divine qu’elle subsiste dans plusieurs natures, autrement l’union de la nature divine et de la nature humaine n’aurait pu être réalisée dans la seule personne du Fils. Or, s’il était contraire à la raison de personne qu’elle subsiste dans un plus grand nombre de natures que deux, cela ne pourrait se produire que si toute la capacité d’une seule personne qui subsisterait dans plusieurs natures était limitée par la deuxième nature qui survient et, d’une certaine manière, saturée, ce qui est impossible, car la nature assumée qui survient n’a d’aucune manière la même mesure que la puissance de la personne divine, puisqu’il existe entre elles la distance entre le fini et l’infini. De même donc que Dieu peut toujours crééer de nouvelles créatures, parce que sa puissance n’est pas épuisée par les créatures, de même aussi le Fils peut-il, après avoir assumé n’importe quelle nature, en assumer encore une autre, car la pouvoir d’assumer n’est pas limité par la nature assumée.

 [7541] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod natura ab eodem habet ut individuetur et dividatur: unde cum principium individuationis sit materia aliquo modo sub dimensionibus terminatis considerata, ex ejusdem divisione humana natura dividitur et multiplicatur. Unde si assumpsisset duo corpora et duas animas, duas humanas naturas assumpsisset; non tamen sequeretur quod essent duo supposita, vel duae hypostases: non enim materia quolibet modo divisa constituit diversitatem suppositorum, sed solum quando utrobique invenitur esse discretum, et subsistens per se: unde non potest dici, quod duae manus sunt duae hypostases; sed conveniunt in eadem hypostasi hominis. Ita etiam et duae humanae naturae, quia non haberent esse discretum, sed unitum in una persona filii Dei, non esset naturarum illarum divisio secundum duo supposita, sed solum per divisionem materiae.

1. La nature tient de la même chose d’être individuée et d’être divisée. Puisque le principe d’individuation est la matière envisagée, d’une certaine manière, sous ses dimensions limitées, la nature humaine est donc divisée et multiplieé par sa division. Aussi, s’il avait assumé deux corps et deux âmes, aurait-il assumé deux natures humaines. Il n’en découlerait cependant pas qu’il y aurait deux suppôts ou deux hypostases. En effet, la matière divisée de quelque manière que ce soit ne constitue pas la diversité des suppôts, mais seulement lorsque se trouve dans les deux un être distinct et subsistant par lui-même. On ne peut donc dire que deux mains sont deux hypostases, mais elles se trouvent dans la même hypostase de l’homme. De même aussi, les deux natures humaines, parce qu’elles n’auraient pas un être distinct, mais uni dans la seule personne du Fils de Dieu : il n’y aurait pas de division de ces natures selon deux suppôts, mais seulement selon la division de la matière.

 [7542] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod stante praedicta positione, Petrus et Jesus non sunt duo supposita, sed unum; et haec est vera: Petrus est Jesus; et tamen Petrus et Jesus non sunt unus homo, sed duo homines: singularitas enim et pluralitas termini substantivi attenditur secundum unitatem vel pluralitatem naturae signatae per terminum, et non secundum unitatem vel pluralitatem suppositorum: quamvis enim pater et filius et spiritus sanctus sint tria supposita, tamen propter unitatem divinae naturae, quam significat hoc nomen Deus, dicuntur unus Deus. Ita e contrario, quamvis Jesus et Petrus essent unum suppositum, tamen propter pluralitatem naturarum assumptarum dicerentur duo homines; sed diversitas naturarum, manente unitate suppositi, non impediret quin de se invicem praedicarentur: quia identitas suppositi sufficeret ad veritatem praedicationis.

2. En maintenant la position rappelée, Pierre et Jésus ne sont pas deux suppôts, mais un seul, et cette proposition est vraie : « Pierre est Jésus ». Cependant, Pierre et Jésus ne sont pas un seul homme, mais deux hommes. En effet, le singulier et le pluriel d’un terme substantif se prennent de l’unité ou de la pluralité de la nature signifiée par le terme, et non selon l’unité ou la pluralité des suppôts, car bien que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient trois suppôts, ils sont cependant appelés un seul Dieu en raison de l’unité de la nature divine que signifie ce nom de Dieu. De même, en sens contraire, bien que Jésus et Pierre soient un seul suppôt, on parlerait cependant de deux hommes en raison de la pluralité des natures assumées ; mais la diversité des natures, alors que demeure l’unité de suppôt, n’empêcherait pas qu’ils soient prédiqués l’un de l’autre, car l’identité de suppôt suffirait à la vérité de l’attribution.

 [7543] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 ad 3 Ad tertium dicendum quod humana natura assumpta habet quantum ad aliquid rationem accidentis: quamvis, simpliciter loquendo, unio non sit accidentalis, ut infra, dist. 6, quaest. 3, art. 2, patebit: et ideo propter assumptionem illius naturae, Dei filius non potest dici duo, sicut nec Socrates potest dici duo propter humanitatem et albedinem. Sed si filius Dei assumeret duas humanas naturas, quamvis utraque illarum haberet rationem accidentis in comparatione ad naturam divinam, tamen neutra haberet rationem accidentis in comparatione ad alteram; et ita plures homines, et non unus homo diceretur; sicut albus et musicus magis possunt dici duo, quam homo et albus.

3. La nature humaine assumée a sous un aspect la raison d’accident, bien que, à parler simplement, l’union ne soit pas accidentelle, comme cela ressortira plus loin, d. 6, q. 3, a. 2. C’est pourquoi, parce qu’il a assumé cette nature, le Fils de Dieu ne peut pas être dit deux, comme Socrate non plus ne peut pas être dit deux en raison de l’humanité et de la blancheur. Mais si le Fils de Dieu assumait deux natures humaines, bien que les deux auraient la raison d’accident si on les comparait à la nature divine, aucune d’elles n’aurait cependant la raison d’accident si on la comparait à l’autre. Ainsi, elles seraient appelées plusieurs hommes, et non un seul homme, comme le blanc et le musicien peuvent être davantage appelés deux, que l’homme et le blanc.

 [7544] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sicut est in divinis personis quod propter unitatem essentiae et pluralitatem personarum, quidquid ibi praedicatur ad essentiam pertinens, praedicatur singulariter, ut cum dicitur, pater et filius sunt unus Deus; quod vero ad personam pertinet, pluraliter praedicatur, ut pater et filius sunt personae: ita e contrario esset hic: quia quidquid ad naturam pertinet, praedicaretur pluraliter; quod vero ad personam, singulariter. Et quamvis summa sit unitas trium personarum propter essentiae simplicitatem, non est tamen inconveniens ut pater et filius ad invicem non habeant aliquam unitatem quae in creatura aliqua invenitur, scilicet personalem, cum sint vere particulariter distincti. Tamen sciendum, quod hoc verbum sum, es, est, non solum pluraliter praedicatur propter pluralitatem suppositorum realiter distinctorum, sed etiam propter pluralitatem suppositorum locutionis. Dicimus enim in divinis, quod persona et essentia sunt sic vel sic, quamvis persona et essentia ibi nullo modo realiter differant. Multo ergo magis praedicaretur hoc verbum sum, es, est, de Jesu et Petro pluraliter, cum differrent secundum rem propter diversitatem naturarum; quamvis non sint diversa supposita.

4. De même que, pour les personnes divines, tout ce qui se rapporte à l’essence leur est attribué au singulier, en raison de l’unité d’essence et de la pluralité des personnes, comme lorsqu’on dit que le Père et le Fils sont un seul Dieu, mais que ce qui se rapporte à la personne est attribué au pluriel, comme le Père et le Fils sont des personnes ; de même, en sens contraire, en serait-il ici, car tout ce qui se rapporte à la nature serait attribué au pluriel, mais ce qui se rapporte à la personne serait attribué au singulier. Et bien que l’unité des trois personnes soit la plus grande en raison de la simplicité de leur essence, il n’est cependant pas inapproprié que le Père et le Fils n’aient pas une certaine unité qui se trouve chez une créature, à savoir, [l’unité] personnelle, puisqu’ils sont en vérité distincts d’une manière particulière. Il faut cependant savoir que ces paroles : « Je suis », « tu es », « il est » ne sont pas seulement prédiquées au pluriel en raison de la pluralité des suppôts réellement distincts, mais aussi en raison de la pluralité des suppôts dans l’expression. Nous disons en effet, pour les réalités divines, que la personne et l’essence sont telle ou telle chose, bien la personne et l’essence n’y diffèrent réellement d’aucune manière. À bien plus forte raison, ces mots : « Je suis », « tu es », « il est » seraient-ils prédiqué de Jésus et de Pierre au pluriel, puisqu’ils diffèrent réellement selon la diversité des natures, bien qu’il n’y ait pas des suppôts différents.

 [7545] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 ad 5 Ad quintum dicendum, quod terminus in praedicato positus tenetur formaliter, quod non est necessarium de termino ad quem terminatur actus alicujus verbi; et ideo cum dicitur, Dei filius est duo homines, importatur pluralitas formarum seu naturarum; cum autem dicitur, filius Dei assumpsit hominem, ly hominem non tenetur formaliter: unde magis stat pro supposito hominis quam pro natura suppositi; et ideo non est simile.

5. Dans ce qui est prédiqué, le terme est pris formellement, ce qui n’est pas nécessaire pour le terme auquel se termine l’acte d’un verbe. Aussi, lorsqu’on dit : « Le Fils de Dieu est deux hommes », cela comporte la pluralité des formes ou des natures ; mais lorsqu’on dit : « Le Fils de Dieu a assumé un homme », le mot « homme » n’est pas pris formellement. Aussi vise-t-il plutôt le suppôt de l’homme que la nature du suppôt. Ce n’est donc pas la même chose.

 

 

Expositio textus [7546] Super Sent., lib. 3 d. 1 q. 2 a. 5 expos. Plenitudo temporis. Sciendum, quod tempus incarnationis dicitur tempus plenitudinis multis de causis. Primo propter perfectionem universi, quia tunc ad maximam completionem universum venit quando omnes creaturae in homine ad suum principium redierunt, humana natura a Deo assumpta; sicut ponitur Ephes. 1, 10: in dispensatione plenitudinis. Secundo propter abundantiam gratiae quae tunc propalata est: Joan. 1, 16: de plenitudine ejus omnes accepimus. Tertio propter adimpletionem legis: Matth. 5, 17: non veni solvere legem, sed adimplere. Quarto propter magnitudinem ejus quod in illo tempore accidit: quia in illo tempore natus est dominus temporis, et ita factum est aliquid majus tempore, quod tempus implevit. Quinto, quia tempore illo impletum est quod Deus ab aeterno praevidit, et quod ante per suos prophetas praedixerat; Roman. 1. Factum de muliere. Contra. In symbolo dicitur: genitum, non factum. Praeterea, mulier corruptionem importat. Sed Christus de incorruptissima virgine natus est. Ergo inconvenienter dicitur: factum de muliere. Sed dicendum ad primum, quod filius Dei secundum divinam naturam nullo modo factus est, sed genitus: sed secundum humanam naturam quam assumpsit, creatura quaedam est. Non tamen Christus potest dici proprie factus simpliciter loquendo: sed dicitur filius Dei factus homo. Ad secundum dicendum, quod mulier ponitur hic ad designationem sexus, et non ad designandum corruptionem; sicut costa assumpta de Adam dicitur formata in mulierem, quamvis Eva tunc virgo sit facta. Factum sub lege. Sed contra. 1 Tim. 1, 9: justo lex non est posita. Sed Christus fuit justissimus. Ergo non est factus sub lege. Sed dicendum, quod aliquid dicitur esse sub lege tripliciter. Vel quantum ad motivum: et hoc modo sunt sub lege quasi compressi et coacti illi qui timore poenae quam lex infligit, praecepta legis custodiunt: et hoc modo justus non est sub lege, quia amore justitiae operatur, etiam si nulla sit lex, ut dicitur Rom. 2. Alio modo dicitur quis sub lege esse quantum ad causam: et sic omnes in peccato nati sub lege sunt: quia propter peccatum tollendum sacramenta legis instituta sunt. Alio modo dicitur aliquis esse sub lege quantum ad observationem legis; et hoc modo Christus factus est sub lege: quia sacramenta et praecepta legis implevit, non necessitate, sicut alii, sed sola voluntate. Ut eos qui sub lege erant redimeret. Contra, 1 Tim. 12, 4: qui vult omnes homines salvos fieri: et ita non solum ad redimendum Judaeos, qui erant sub lege, sed etiam ad redimendum alios venit. Sed dicendum, quod quamvis venerit ad redemptionem totius humani generis, tamen quodam speciali modo operatus est ad redemptionem filiorum Israel, quia eis personaliter praedicavit; unde Matth. 15, 24: non sum missus nisi ad oves quae perierunt domus Israel: et per eos verbum vitae diffusum est inter gentes; Isa. 27: qui egredientur impetu a Jacob, et implebunt faciem orbis semine. Haec est mulier evangelica, de qua Luc. 15. Sciendum, quod divina sapientia mulier dicitur, non propter fragilitatem, sed propter fecunditatem: Eccli. 24: a generationibus meis adimplemini. Nec eamdem Trinitatem in specie columbae descendisse super Jesum. Sed contra. In illa columba nihil fuit quod non toti Trinitati esset commune; cum non sit assumpta in unitatem alicujus personae, quia eam communi operatione tota Trinitas fecit; et in ea tota Trinitas fuit, sicut in ceteris creaturis per essentiam, praesentiam, et potentiam; et ita videtur quod ad totam Trinitatem pertineat. Sed dicendum, quod illa columba potest considerari dupliciter. Vel inquantum est res quaedam, sive fuerit animal, sive fuerit tantum similitudinem animalis habens; et sic ad totam Trinitatem pertinet, ut communis effectus; vel secundum quod est signum; et hoc modo tantum ad spiritum sanctum pertinet, cujus invisibilis missio per adventum columbae designatur et de hac missione visibili: et aliis dictum est in 1 Lib., dist. 16.

Explication du texte de Pierre Lombard – Dist. 1

 

 

Distinctio 2

Distinction 2 – [L’incarnation, du point de vue de ce qui est assumé]

 

 

Quaestio 1

Question 1 – [La nature humaine est-elle plus susceptible d’assumée que les autres ?]

Prooemium

Prologue

 [7547] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 pr. Postquam determinavit de incarnatione ex parte assumentis, in ista parte determinat ex parte naturae assumptae; et dividitur in tres partes: in prima ostendit quid sit assumptum; in secunda quale fuerit illud assumptum, dist. 3: quaeritur etiam de carne verbi, an priusquam conciperetur, obligata fuerit peccato; in tertia ostendit quo agente id quod assumptum est, formatum sit, dist. 4: cum vero incarnatio verbi operatio vere sit patris et filii et spiritus sancti, investigatione dignum nobis videtur, quare in Scriptura spiritui sancto hoc opus saepius tribuatur. Prima dividitur in duas partes: in prima ostendit quid sit assumptum, quia humana natura integra, ex partibus suis, scilicet corpore et anima constans; in secunda determinat ordinem assumptionis, ibi: assumpsit ergo Dei filius carnem et animam. Prima dividitur in duas partes: in prima ostendit naturam humanam integram assumptam esse ratione suarum partium; in secunda, ratione naturalium proprietatum, ibi: totam igitur hominis naturam (...) assumpsit Deus. Circa primum tria facit: primo ostendit omnes partes humanae naturae assumptas esse per hoc quod humana natura assumpta est; secundo ostendit quod per humanam naturam significentur omnes partes ejus, scilicet anima et corpus, ibi: quod autem humanae naturae sive humanitatis vocabulo anima et caro intelligi debeant, aperte docet Hieronymus; tertio excludit quorumdam errorem, ibi: errant igitur qui nomine humanitatis non substantiam sed proprietatem quamdam a qua homo nominatur significari contendunt. Assumpsit ergo Dei filius carnem et animam. Hic ostendit quomodo partes humanae naturae assumptae sunt; et dividitur in duas partes: in prima inquirit ordinem naturae; in secunda inquirit ordinem temporis, ibi: si autem quaeritur utrum verbum carnem simul et animam assumpserit et cetera. Circa primum tria facit: primo ostendit ordinem naturae, ostendens carnem esse assumptam mediante anima; secundo ostendit modum illius unionis esse inexplicabilem, ibi: illa autem unio inexplicabilis est adeo ut etiam Joannes ab utero sanctificatus se non esse dignum fateatur solvere corrigiam calceamenti Jesu; tertio excludit quorumdam errorem, ibi: non sunt ergo audiendi qui non verum hominem filium Dei suscepisse dicunt. Hic est duplex quaestio: prima de ipso assumpto; secunda de ordine assumptionis. Circa primum quaeruntur tria: 1 utrum natura humana prae aliis sit assumptibilis; 2 in quo assumi debuit; 3 quid in humana natura assumi debuit.

Après avoir déterminé de l’incarnation du point de vue de celui qui assume, [l’auteur] en détermine dans cette partie du point de vue de la nature assumée. Il y a trois parties : dans la première, il montre ce qui est assumé ; dans la deuxième, la qualité de ce qui devait être assumé, d. 3 : « On s’interroge à propos de la chair du Verbe, si, avant qu’elle soit conçue, elle était liée par le péché » ; dans la troisième, il montre par quel agent ce qui a été assumé a été formé, d. 4 : « Puisque, à la vérité, l’incarnation du Verbe est véritablement l’opération du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il nous semble digne de chercher pourquoi, dans l’Écriture, cette œuvre est attribuée le plus souvent à l’Esprit Saint. » La première [partie] est divisée en deux parties : dans la première, il montre ce qui a été assumé, car il s’agit de la nature humaine dans son entier, constituée de ses parties, à savoir, un corps et une âme ; dans la seconde, il détermine de l’ordre selon lequel elle a été assumée, à cet endroit : « Le Fils de Dieu a donc assumé la chair et l’âme. » La première [partie] est divisée en deux parties : dans la première, il montre que la nature humaine dans son entier a été assumée en raison de ses parties ; dans la seconde, en raison de ses propriétés naturelles, à cet endroit : « Dieu a donc assumé… la nature humaine dans son entier. » À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, il montre que toutes les parties de la nature humaine ont été assumées du fait que la nature humaine a été assumée. Deuxièmement, il montre que, par la nature humaine, toutes ses parties, à savoir, l’âme et le corps, sont signifiées, à cet endroit : « Jérôme enseigne ouvertement que, par l’expression nature humaine ou humanité, il faut entendre l’âme et la chair. » Troisièmement, il écarte l’erreur de certains, à cet endroit : « Ceux-là donc se trompent qui, par le mot humanité, soutiennent que ce n’est pas la substance qui est signifiée, mais une propriété par laquelle l’homme est désigné. » « Le Fils de Dieu a assumé la chair et l’âme. » Ici, il montre comment les parties de la nature humaine ont été assumées, et cela se divise en deux parties : dans la première, il s’interroge sur l’ordre de nature ; dans la seconde, il s’interroge sur l’ordre dans le temps, à cet endroit : « Mais si on se demande si le Verbe a assumé la chair en même temps que l’âme, etc. » À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, il montre l’ordre de nature, en montrant que la chair a été assumée par l’intermédiaire de l’âme. Deuxièmement, il montre que le mode de cette union est inexplicable, à cet endroit : « Mais cette union est inexplicable, au point où Jean lui-même, sanctifié dès le sein, affirme qu’il n’est pas digne de détacher la courroie de la sandale de Jésus. » Troisièmement, il écarte l’erreur de certains, à cet endroit : « Il ne faut pas écouter ceux qui disent que le Fils de Dieu n’a pas assumé un homme véritable. » Ici, il y a une double question : la première, sur ce qui est assumé ; la seconde, sur l’ordre selon lequel cela a été assumé. À propos du premier point, trois questions sont posées : 1 – La nature humaine est-elle plus susceptible d’être assumée que les autres ? 2 – En qui devait-elle être assumée ? 3 – Que devait-il être assumé de la nature humaine ?

 

 

Articulus 1 [7548] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 tit. Utrum natura humana sit prae aliis assumptibilis

Article 1 – La nature humaine peut-elle être assumée plutôt que les autres ?

Quaestiuncula 1

Sous-question 1 – [La nature humaine est-elle plus susceptible d’être assumée qu’une créature sans raison ?]

 [7549] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod humana natura non sit magis assumptibilis quam creatura irrationalis. Sicut enim dicit Augustinus ad Volusianum, in rebus mirabilibus tota ratio facti est potentia facientis. Sed omnium mirabilium mirabilius est creaturam assumi in unitatem personae increatae. Ergo tota assumptibilitatis ratio est ex potentia ejus qui assumptionem facit. Sed cum illa potentia sit infinita, ex parte ipsius aequaliter est humanam naturam, vel etiam irrationalem naturam assumere. Ergo non magis dicenda est humana natura assumptibilis quam natura irrationalis.

1. Il semble que la nature humaine ne soit pas plus susceptible d’être assumée qu’une créature sans raison. En effet, comme le dit Augustin à Volusien, « pour les choses prodigieuses, toute la raison du fait est la puissance de celui qui les réalise ». Or, parmi toutes les choses prodigieuses, la plus prodigieuse est qu’une créature humaine soit assumée dans l’unité d’une personne incréée. Toute la raison de ce qui peut être assumé vient donc de la puissance de celui qui assume. Or, puisque cette puissance est infinie, de son point de vue, c’est la même chose d’assumer une nature humaine ou une nature sans raison. Il ne faut donc pas dire que la nature humaine est plus susceptible d’être assumée qu’une nature sans raison.

 [7550] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, sicut in humana natura est similitudo Dei ratione imaginis; ita in creatura irrationali est similitudo Dei ratione vestigii. Sed similitudo et convenientia aliquorum ad invicem, est causa unibilitatis ipsorum. Ergo sicut humana natura unibilis est Deo; ita et creatura irrationalis.

2. De même que, dans la nature humaine, existe une similitude de Dieu en raison de l’image, de même, dans la créature sans raison, existe une similitude de Dieu en raison du vestige. Or, la similitude et la communauté réciproque sont la cause de la possibilité d’union. De même que la nature humaine peut être unie à Dieu, de même, donc, la créature sans raison.

 [7551] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, illud videtur esse simillimum alteri in quo maxime proprietates alterius repraesentantur. Sed, sicut dicit Dionysius, in igne inter omnia corporalia magis divinae proprietates repraesentantur: et idem dicit de radio solari. Ergo istae creaturae videntur Deo simillimae; et ita etiam ei magis unibiles quam humana natura.

3. Ce en quoi sont le mieux représentées les propriétés d’une autre chose semble le plus semblable à cette autre chose. Or, comme le dit Denys, « dans tout ce qui est corporel, les propriétés divines sont surtout représentées par le feu », et il dit la même chose du rayonnement solaire. Ces créatures semblent donc les plus semblables à Dieu, et ainsi peuvent davantage lui être unies que la nature humaine.

 [7552] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, nobilioris doni nobilior creatura est capax. Ergo ad istud donum, quod est nobilissimum inter dona nobilioris naturae, inferior natura capacitatem non habet. Sed humana natura est nobilior creatura irrationali. Cum ergo inter omnia quae humanae naturae sunt collata, assumptio ipsius in unitatem divinae personae sit nobilissimum; videtur quod hujus creatura irrationalis capax non sit, et ita non erit assumptibilis.

Cependant, une créature plus noble est capable d’un don plus noble. La créature inférieure n’est donc pas capable du don qui est le plus noble parmi les dons d’une nature plus noble. Or, la nature humaine est plus noble que la créature sans raison. Puisque, parmi toutes les choses qui ont été données à la nature humaine, le fait pour celle-ci d’être assumée dans l’unité d’une personne divine est ce qu’il y a de plus noble, il semble donc qu’une créature sans raison n’en soit pas capable, et qu’ainsi elle ne puisse pas être assumée.

Quaestiuncula 2

Sous-question 2 – [La nature angélique est-elle moins susceptible d’être assumée que la nature humaine ?]

 [7553] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod angelica natura non sit minus assumptibilis quam natura humana. Deus enim propter suam misericordiam humanam naturam assumpsit, ut humanae miseriae subveniret. Sed sicut est miseria in humana natura, ita etiam in angelica. Cum ergo summa misericordia sit omni miseriae subvenire, videtur quod angelica sit natura assumptibilis sicut et humana.

1. Il semble que la nature angélique ne soit pas moins susceptible d’être assumée que la nature humaine. En effet, Dieu a assumé la nature humaine en raison de sa miséricorde, afin de venir au secours de la misère humaine. Or, de même qu’il existe de la misère dans la nature humaine, de même en existe-t-il dans la nature angélique. Puisqu’il relève donc de la plus grande miséricorde de venir au secours de toute misère, il semble donc que la nature angélique soit susceptible d’être assumée, comme la nature humaine.

 [7554] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, ea quae magis sunt similia, facilius uniuntur. Sed angelica est divinae similior quam natura humana, quia, ut dicit Gregorius, quanto in Angelo natura est subtilior, eo magis imago Dei in illo insinuatur expressa. Ergo angelica natura est magis assumptibilis quam humana.

2. Les réalités qui sont plus semblables s’unissent plus facilement. Or, la nature angélique est plus semblable à la nature divine que la nature humaine, car, ainsi que le dit Grégoire, « plus la nature de l’ange est subtile, plus l’image de Dieu est imprimée en elle ». La nature angélique est donc plus susceptible d’être assumée que la nature humaine.

 [7555] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, assumptio humanae naturae ideo facta est, ut peccato hominis remedium praeberet. Sed peccatum Angeli est irremediabile, ut supra, Lib. 2, dist. 7, qu. 1, art. 2, dictum est. Ergo angelica natura non est assumptibilis.

Cependant, la nature humaine a été assumée pour remédier au péché de l’homme. Or, le péché de l’ange est sans remède, comme on l’a dit plus haut, livre II, d. 7, q. 1, a. 2. La nature angélique n’est donc pas susceptible d’être assumée.

Quaestiuncula 3

Sous-question 3 – [L’univers entier est-il plus susceptible d’être assumé que la nature humaine ?]

 [7556] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod totum universum sit magis assumptibile quam humana natura. Effectus enim universalis maxime causae universali assimilatur. Sed universum est effectus universalis Dei qui universalis causa est. Ergo universum Deo magis assimilatur quam humana natura, quae est quidam particularis effectus: et ita est magis assumptibile.

1. Il semble que l’univers entier soit plus susceptible d’être assumé que la nature humaine. En effet, un effet universel ressemble au plus haut point à une cause universelle. Or, l’univers est l’effet universel de Dieu, qui est la cause universelle. L’univers est donc plus semblable à Dieu que la nature humaine, qui est un effet particulier. Il est donc plus susceptible d’être assumé.

 [7557] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, per assumptionem consummatio totius universi est perfecta. Sed magis esset universum perfectum si omnes partes ejus essent assumptae. Ergo universum est magis assumptibile.

2. La consommation de tout l’univers est achevée par le fait qu’il est assumé. Or, l’univers serait plus parfait si toutes ses parties avaient été assumées. L’univers est donc plus susceptible d’être assumé.

 [7558] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, ex hoc est aliquid assumptibile Deo quod ad imaginem Dei est. Sed non potest dici quod totum universum sit ad imaginem, nisi forte poneretur universum animatum anima rationali, sicut Platonici posuerunt, quod a fide alienum est. Ergo universum non est assumptibile.

Cependant, quelque chose est susceptible d’être assumé par Dieu du fait que cela est à l’image de Dieu. Or, on ne peut pas dire que tout l’univers est à l’image [de Dieu], sauf peut-être en affirmant que l’univers est animé par une âme raisonnable, comme l’ont affirmé les platoniciens, ce qui est étranger à la foi. L’univers n’est donc pas susceptible d’être assumé.

Quaestiuncula 1

Réponse à la sous-question 1

 [7559] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum, quod assumptibile dicitur quod potest assumi. Cum autem dicitur, creatura potest assumi, non signatur aliqua potentia activa creaturae: quia sola potentia infinita hoc facere potuit, ut in infinitum distantia conjungerentur in unitatem personae. Similiter non signatur etiam potentia passiva naturalis creaturae, quia nulla potentia passiva naturalis est in natura cui non respondeat potentia activa alicujus naturalis agentis. Unde relinquitur quod dicat in creatura solam potentiam obedientiae, secundum quam de creatura potest fieri quidquid Deus vult, sicut de ligno potest fieri vitulus, Deo operante. Haec autem potentia obedientiae correspondet divinae potentiae, secundum quod dicitur, quod ex creatura potest fieri quod ex ea Deus facere potest. Sed potentia Dei dupliciter consideratur: vel ut absoluta, vel ut ordinata. Quod qualiter intelligendum sit, ex dictis, 1 dist., qu. 2 art. 3, patet. Loquendo autem de potentia Dei absoluta, Deus potest assumere quamcumque creaturam vult. Unde secundum hoc non est una creatura magis assumptibilis quam altera. Loquendo autem de potentia ordinata, illam creaturam assumere potest quam congruit eum assumere ex ordine suae sapientiae. Unde illa creatura dicitur assumptibilis in qua hujusmodi congruitas invenitur. Invenitur autem in humana natura congruitas prae aliis quantum ad tria, quae in assumptione requiruntur. Primo quantum ad similitudinem unibilium: in humana enim natura invenitur expressior similitudo divina quam in aliqua creatura irrationali: quia homo secundum quod habet mentem, ad imaginem Dei factus dicitur; cum in creaturis irrationalibus non nisi similitudo vestigii inveniatur; et etiam quantum ad quaedam in ea est divina similitudo magis quam in angelica natura, ut post dicetur. Secundo quantum ad terminum assumptionis; terminatur enim assumptio ad unitatem personae; personalitas autem non invenitur in irrationalibus naturis, cum persona sit rationalis naturae individua substantia, ut Boetius dicit. In Angelis vero est quidem persona, sed non secundum originem distincta; cum unus Angelus ab alio non trahat originem. In humana vero natura est persona distincta etiam secundum originem; et ideo convenientissime humana natura in unitatem divinae personae assumitur; quae distinguuntur secundum relationem originis. Tertio quantum ad finem assumptionis. Si enim perfectio universi dicatur assumptionis finis praecipuus, ut quidam dicunt, nulla natura particularis assumi potuisset, per quam ita universum perfici posset sicut per assumptionem humanae naturae: tum quia homo est ultima creaturarum, quasi ultimo creatus, cujus natura assumpta, ultimum est conjunctum primo principio per modum circuli, quae est figura perfecta ex eo quod additamentum non recipit: tum etiam quia in homine quodammodo omnes naturae confluunt: quia cum omnibus creaturis aliquid commune habet, ut dicit Gregorius; unde homine unito, quodammodo omnis creatura unita est. Si vero finis assumptionis ponatur liberatio a peccato, sic etiam sola humana natura congrue assumi potuit: quia in irrationali creatura peccatum non erat; in angelica vero erat quidem peccatum, sed irremediabile, ut patet ex dictis in 1 dist., qu. 1, art. 2; in homine vero erat remediabile; et ideo solam humanam naturam congruum fuit assumere; et sic ea reparata, creatura irrationalis, quae propter ipsius peccatum quodammodo deteriorata dicitur, secundum quod in usum hominis cedit, restaurata est.

On dit que quelque chose est susceptible d’être assumé du fait que cela peut être assumé. Or, lorsqu’on dit : « Une créature peut être assumée », on n’indique pas une puissance active de la créature, car seule une puissance infinie a pu faire que des réalités infiniment distantes soient unies dans l’unité d’une personne. On n’indique pas non plus une puissance passive naturelle de la créature, car aucune puissance passive naturelle n’existe dans la nature, à laquelle ne corresponde la puissance active d’un agent naturel. Il reste donc qu’on affirme dans la créature seulement une puissance obédientelle, selon laquelle Dieu peut faire de la créature tout ce qu’il veut, comme un veau peut être fait à partir du bois par l’action de Dieu. Or, cette puissance obédientielle correspond à la puissance divine pout autant qu’on dit qu’il peut être fait de la créature ce que Dieu peut faire d’elle. Or, la puissance de Dieu est envisagée de deux manières : en tant qu’elle est absolue, ou en tant qu’elle est ordonnée ; comment cela doit être compris, on l’a dit à la d. 1, q. 2, a. 3. Pour parler de la puissance absolue de Dieu, Dieu peut assumer n’importe quelle créature qu’il veut. De ce point de vue, une créature n’est pas davantage susceptible d’être assumée qu’une autre. Mais pour parler de sa puissance ordonnée, il peut assumer la créature qu’il lui convient d’assumer selon l’ordre de sa sagesse. On dit donc qu’est susceptible d’être assumée la créature chez laquelle cette convenance se trouve. Or, une convenance préférentielle par rapport aux autres se trouve dans la nature humaine sous trois aspects, qui sont nécessaires pour qu’elle soit assumée. Premièrement, pour ce qui est de la similitude de ce qui est susceptible d’être uni. En effet, il existe dans la nature humaine une similitude divine plus expresse que dans une créature sans raison, car on dit que l’homme a été créé à l’image de Dieu pour autant qu’il possède un esprit, alors que, dans les créatures sans raison, on ne trouve que la similitude du vestige. Sous certains aspects même, une similitude avec Dieu existe en elle davantage que dans la créature angélique, comme on le dira plus loin. Deuxièmement, pour ce qui est du terme. En effet, le terme de ce qui est assumé est l’unité de la personne. Or, on ne trouve pas de personnalité dans les créatures sans raison, puisque « la personne est une substance individuelle de nature raisonnable », comme le dit Boèce. Cependant, la personne existe chez les anges, mais sans être distincte par l’origine, puisqu’un ange ne tire pas son origine d’un autre. Mais, dans la nature humaine, la personne est aussi distincte par l’origine. C’est ainsi que la nature humaine est assumée dans l’unité d’une personne divine avec la plus grande convenance, ces personnes divines se distinguant selon une relation d’origine. Troisièmement, pour ce qui est de la fin. En effet, si on dit que la perfection de l’univers est la fin de l’assomption, comme le disent certains, aucune nature particulière n’aurait pu être assumée par laquelle l’univers pourrait être ainsi perfectionné, comme c’est le cas par la nature humaine assumée, car l’homme est la dernière des créatures, comme si celui qui a été créé en dernier lieu, et dont la nature a été assumée, était uni en dernier au principe premier à la manière d’un cercle, qui est la figure parfaite du fait qu’elle ne reçoit aucun ajout ; et aussi parce que toutes les natures se rencontrent d’une certaine manière dans l’homme, car « il a quelque chose en commun avec toutes les créatures », comme le dit Grégoire. Aussi, une fois l’homme uni, toutes les créatures sont-elles unies d’une certaine manière. Mais si l’on dit que la fin de l’union est la libération du péché, alors seule la nature humaine pouvait être convenablement unie, car il n’y avait pas de péché chez la créature sans raison ; mais, chez la créature angélique, le péché existait, irrémédiable cependant, comme cela ressort de ce qui a été dit dans la d. 1, q. 1, a. 2. Chez l’homme, un remède pouvait toutefois lui être apporté. C’est pourquoi il était convenable que seule la nature humaine soit assumée ; celle-ci restaurée, la créature sans raison a été restaurée, dont on dit qu’elle a été détériorée d’une certaine manière à cause du péché [de l’homme], pour autant qu’elle est à l’usage de l’homme,.

 [7560] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primam ergo quaestionem dicendum, quod Deus de potentia absoluta creaturam irrationalem assumere potuit. Nec impedit quod creatura irrationalis personalitatem non habet: quia personalitas non debetur etiam humanae naturae assumptae ratione sui, ut infra patebit, dist. 6, quaest. 1, art. 1 et 2, sed ratione assumentis; unde non est ibi nisi personalitas increata. Et praeterea quamvis in natura irrationali non inveniatur persona, invenitur tamen in ea hypostasis et suppositum. Unio autem non tantum facta est in persona, sed etiam in hypostasi et supposito. Sed congruum non erat ut assumeretur, et praecipue quia natura assumpta maxime beatificatur, ut in Psalm. 64, 5, dicitur: beatus quem elegisti et assumpsisti; beatitudinis vero, quae in actu mentis consistit, creatura irrationalis particeps esse non potest. Unde patet responsio ad primam objectionem, quae procedit de potentia absoluta, et non de potentia ordinata.

1. Dieu pouvait assumer une créature sans raison en vertu de sa puissance absolue, et le fait que la créature sans raison n’ait pas de personnalité n’est pas un empêchement, car la personnalité n’est pas due non plus par elle-même à la nature humaine assumée, comme cela ressortira à la d. 6, q. 1, a. 1 et 2, mais en raison de celui qui assume. Il n’y a donc là qu’une personnalité incréée. De plus, bien qu’on ne trouve pas de personne dans la créature sans raison, on trouve cependant en elle une hypostase et un suppôt. Or, l’union ne s’est pas réalisée seulement dans la personne, mais aussi dans l’hypostase et dans le suppôt. Mais il n’était pas convenanble qu’elle soit assumée, surtout parce que la nature assumée est rendue bienheureuse, ainsi qu’il est dit en Ps 64, 5 : Bienheureux celui que tu as choisi et assumé. Or, la créature sans raison ne peut participer à la béatitude, qui consiste dans un acte de l’esprit. La réponse à la première objection ressort ainsi : celle-ci vient de la puissance absolue, et non de la puissance ordonnée.

 [7561] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ad congruitatem assumptibilitatis requiritur similitudo imaginis, quia per hanc creatura rationalis particeps est divinae beatitudinis. Unde ad hanc congruitatem non sufficit similitudo vestigii, qualis in creaturis irrationalibus invenitur.

2. La similitude de l’image est nécessaire pour qu’il soit convenable [à une créature] de pouvoir être assumée, car, par elle, la créature raisonnable participe à la béatitude divine. La similitude du vestige, telle qu’on la trouve chez les créatures sans raison, ne suffit donc pas à cette convenance.

 [7562] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod duplex est similitudo creaturae ad Deum. Una secundum participationem alicujus divinae bonitatis sicut ab eo vivente omnia vitam participant: et sic creatura rationalis in qua invenitur esse, vivere et intelligere, maxime Deo assimilatur; et haec similitudo requiritur ad assumptibilitatem. Alia similitudo est secundum proportionem, ut si dicatur similitudo inter Deum et ignem, quia sicut ignis consumit corpus, ita Deus consumit nequitiam; et haec similitudo requiritur in figurativis locutionibus, et appropriationibus: quam Dionysius in secundo cap. Cael. Hierarch. vocat dissimilem similitudinem: et de hac similitudine procedit objectio.

3. Il existe une double similitude entre la créature et Dieu. L’une, selon une participation à une certaine bonté divine, comme tout participe à la vie dont il vit. Ainsi, la créature raisonnable, chez laquelle on trouve l’être, la vie et l’intelligence, est-elle assimilée à Dieu au plus haut point, et une telle similitude est nécessaire pour qu’elle soit assumée. Mais il existe une autre similitude selon la proportion, comme si l’on dit qu’il existe une similitude entre Dieu et le feu, car de même que le feu consume un corps, de même Dieu consume-t-il la méchanceté. Une telle similitude est nécessaire dans les expressions figurées et dans les appropriations ; dans le deuxième chapitre de La hiérarchie céleste, Denys l’appelle une « similitude dissemblable ». L’objection vient d’une telle similitude.

Quaestiuncula 2

Réponse à la sous-question 2

 [7563] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum est, quod de absoluta potentia loquendo, Deus potuit angelicam naturam assumere; sed natura angelica non habebat aliquam congruentiam ut assumeretur, praecipue propter duo. Primo, quia ejus peccatum non erat remediabile. Secundo, quia non decet ut aliquam perfectionem creaturae Deus assumendo auferat. Personalitas autem quaedam perfectio creaturae est. Sed si natura assumpta personalitatem propriam haberet post assumptionem, non posset esse unio in persona, quia essent duae personae; unde oportet quod id quod assumptum est, personalitatem non habeat, natum tamen habere. In angelica autem natura non invenitur potentia ad personalitatem sine actu, cum non per generationem procedat in esse; et ideo non fuit congruum ut angelica natura assumeretur.

Si l’on parle de sa puissance absolue, Dieu pouvait assumer une nature angélique ; mais la nature angélique ne possédait pas de convenance à être assumée, surtout pour deux raisons : premièrement, parce qu’il ne pouvait être rémédié à son péché ; deuxièmement, parce qu’il ne convient pas que Dieu enlève une perfection à une créature en l’assumant. Or, la personnalité est une perfection d’une créature. Mais si la nature assumée avait une personnalité propre après avoir été assumée, il ne pourrait y avoir d’union dans la personne, car il y aurait deux personnes ; aussi faut-il que ce qui est assumé n’ait pas de personnalité, alors qu’il en a une par nature. Or, chez la nature angélique, on ne trouve pas de puissance à une personnalité sans acte, puisqu’elle ne vient pas à l’être par généréation. C’est pourquoi il n’était pas convenable que la nature angélique soit assumée.

 [7564] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo, cum opponitur quod angelica natura est Deo similior quam humana, dicendum quod verum est, si natura divina in se absolute consideretur; si autem consideretur secundum quod est in personis per relationes originis distinctis, sic magis convenit cum homine, ut dictum est. Similiter etiam si consideretur secundum quod est exemplar totius creaturae; in homine enim invenitur similitudo cum qualibet creatura, ut dictum est, non autem in Angelo. Similiter etiam si consideretur inquantum gubernat universum: sicut enim Deus totus est in qualibet parte universi per essentiam, praesentiam, et potentiam; sic et anima in qualibet parte corporis.

1. Lorsqu’on objecte que la nature angélique est plus semblable à Dieu que la nature humaine, il faut dire que cela est vrai si la nature divine est envisagée en elle-même de manière absolue. Mais si elle est envisagée selon qu’elle existe dans des personnes distinctes par des relations d’origine, elle a alors plus en commun avec l’homme, comme on l’a dit. De même aussi, si elle est envisagée selon qu’elle est le modèle de toute créature : en effet, chez l’homme, on trouve une similitude de toute créature, comme on l’a dit, mais non chez l’ange. De même aussi, si elle est envisagée selon qu’elle gouverne l’univers : en effet, de même que Dieu est tout entier en toute partie de l’univers par son essence, par sa présence et par sa puissance, de même l’âme [l’est-elle] dans toutes les parties du corps.

 [7565] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod causa miseriae Angelorum, idest peccatum, remedium non habet; et ideo nec eorum miseriae congrue subveniri potest.

2. La cause de la misère des anges, le péché, n’a pas de remède. C’est pourquoi leur misère ne peut être convenablement secourue.

Quaestiuncula 3

Réponse à la sous-question 3

 [7566] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod alicui toti potest convenire aliquid dupliciter: vel ratione partis, sicut homo dicitur canus propter capillos; vel ratione sui, quod scilicet ipsi toti primo convenit; et hoc est, ut in 6 Physic. probatur, quod convenit toti, et omnibus ejus partibus. Universum ergo potest assumi dupliciter: vel ratione partis; et sic assumptibile fuit, et assumptum est humana natura assumpta: vel ratione sui; et sic assumi non potuit, quia non omnes partes ejus assumptibiles erant, ut ex dictis patet.

Quelque chose peut convenir à un tout de deux manières : soit en raison d’une partie, comme on dit d’un homme qu’il est blanc en raison de ses cheveux ; soit en raison de lui-même, à savoir qu’il convient d’abord au tout lui-même : comme on le démontre dans Physique, VI, cela veut dire qu’il convient au tout et à toutes ses parties. L’univers peut donc être envisagé de deux manières : soit en raison d’une partie, et ainsi il pouvait être assumé et il a été assumé dans la nature humaine assumée ; soit en raison de lui-même, et ainsi il ne pouvait être assumé, car toutes ses parties ne pouvaient pas être assumées, comme cela ressort de ce qui a été dit.

 [7567] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo circa hoc objectum dicendum, quod quamvis Deus sit causa universalis, est tamen maxime simplex; et ideo cum eo magis convenit universalis effectus unitus, scilicet humana natura, in qua omnes naturae congregantur quodammodo, quam effectus universalis non simpliciter unitus, sicut est universum, ex cujus partibus non efficitur unum simpliciter, cum remaneant distinctae in actu.

1. Bien que Dieu soit une cause universelle, il est cependant simple au plus haut point. C’est pourquoi l’effet commun uni, à savoir, la nature humaine, a davantage en commun avec lui ‑ en elle, toutes les natures se rencontrent d’une certaine manière ‑, plutôt qu’un effet universel qui n’est pas simplement uni, comme l’est univers, dont les parties ne donnent pas un tout simple, puisqu’elles demeurent distinctes en acte.

 [7568] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non decet in omnibus partibus universi eamdem perfectionem esse; et ideo magis congruum fuit ut una parte universi assumpta, in totum universum perfectio redundaret.

2. Il ne convient pas que la même perfection existe dans toutes les parties de l’univers. C’est pourquoi il était plus convenable que la perfection rejaillisse sur tout l’univers à partir d’une partie de l’univers assumée.

Articulus 2 [7569] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 tit. Utrum filius Dei humanam naturam assumere debuit

Article 2 – Le Fils de Dieu devait-il assumer la nature humaine ?

Quaestiuncula 1

Sous-question 1 – [Le Fils de Dieu devait-il assumer la nature humaine chez tous les suppôts de la nature humaine ?]

 [7570] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod filius Dei humanam naturam assumere debuit in omnibus suppositis humanae naturae. Quia, ut Damascenus dicit, quod est inassumptibile est incurabile. Sed humana natura curabilis est in omnibus suis suppositis. Ergo in omnibus assumi debuit.

1. Il semble que le Fils de Dieu devait assumer la nature humaine dans tous les suppôts de la nature humaine, car, ainsi que le dit [Jean] Damascène, « ce qui ne peut être assumé ne peut être guéri ». Or, la nature peut être guérie dans tous ses suppôts. Elle devait donc être assumée dans tous les suppôts.

 [7571] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, bonum est diffusivum et communicativum sui, ut ex Dionysio patet. Cum ergo Deus sit summe bonus, et maxime in incarnatione suam bonitatem ostenderit, videtur quod naturam quae assumptibilis erat, communiter in omnibus suis suppositis assumere debuerit.

2. « Le bien se diffuse et se communique lui-même », comme cela ressort de Denys. Puisque Dieu est bon au plus haut point et qu’il a surtout montré sa bonté dans l’incarnation, il semble donc qu’il devait assumer en tous ses suppôts la nature qui pouvait être assumée.

 [7572] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Christus venit ad satisfaciendum praecipue pro peccato naturae, quod per unum hominem in mundum intravit. Sed id quod naturae secundum se debetur, debetur communiter et aequaliter in omnibus suis suppositis. Ergo filius Dei naturam humanam in omnibus suis suppositis assumere debuit.

3. Le Christ est venu satisfaire pour le péché de nature, qui est entré dans le monde par un seul homme. Or, ce qui revient à la nature en elle-même revient à tous ses suppôts d’une manière générale et égale. Le Fils de Dieu devait donc assumer la nature humaine en tous ses suppôts.

 [7573] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 4 Sed contra, filius Dei ad hoc carnem assumpsit, ut pro nobis satisfaciendo principium humanae salutis esset. Cum ergo principium in quolibet genere unum inveniatur, videtur quod in uno tantum supposito humanam naturam assumere debuit.

4. Cependant, le Fils de Dieu a assumé la chair afin qu’en satisfaisant pour nous, il soit le principe du salut des hommes. Puisque le principe en n’importe quel genre est unique, il semble donc qu’il devait assumer la nature humaine en un seul suppôt.

Quaestiuncula 2

Sous-question 2 – [Le Fils de Dieu devait-il assumer la nature humaine en quelqu’un engendré de la descendance d’Adam ?]

 [7574] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debuerit assumere naturam humanam in aliquo ex stirpe Adae generato. Sicut enim dicit apostolus ad Hebr. 7, talis decebat ut nobis esset pontifex qui esset segregatus a peccatoribus. Sed magis esset segregatus a peccatoribus, si de stirpe peccatorum carnem non assumpsisset. Ergo non debuit carnem assumere de stirpe Adae.

1. Il semble que [le Fils de Dieu] ne devait pas assumer la nature humaine en quelqu’un engendré de la descendance d’Adam. En effet, comme l’a dit l’Apôtre en He 7, il convenait que notre pontife soit séparé des pécheurs. Or, il serait davantage séparé des pécheurs s’il n’avait pas assumé la chair selon la descendance des pécheurs. Il ne devait donc pas assumer la chair selon la descendance d’Adam.

 [7575] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, peccatum originale est peccatum naturae, et non personae, nisi per accidens. Non ergo requiritur ad satisfactionem, nisi quod aliquis sit de humana natura. Sed si aliquis homo fieret non de stirpe Adae, constat quod ad humanam naturam pertineret. Ergo congrue pro natura humana satisfacere posset.

2. Le péché originel est un péché de nature, et non personnel, si ce n’est par accident. Il est donc seulement nécessaire pour la satisfaction que quelqu’un fasse partie de la nature humaine. Or, si un homme apparaissait sans être de la descendance d’Adam, il est clair qu’il appartiendrait à la nature humaine. Il pourrait donc satisfaire adéquatement pour la nature humaine.

 [7576] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 3 Sed contra, medicina in loco vulneris debet apponi. Sed humana natura est vitiata tantum in his qui ex genere Adae descendunt, in quo omnes moriuntur, 1 Corinth. 15. Ergo in aliquo ad ejus stirpem pertinente, natura humana assumi debuit.

3. Cependant, le remède doit être appliqué sur la blessure. Or, la nature humaine n’a été viciée que chez ceux qui descendent de la famille d’Adam, en qui tous meurent, 1 Co 15. La nature humaine devait donc être assumée par quelqu’un qui appartenait à sa descendance.

Quaestiuncula 3

Sous-question 3 – [Le Fils de Dieu devait-il assumer la nature humaine en Adam lui-même ?]

 [7577] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod naturam humanam assumere debuit in ipso Adam. Assumptio enim carnis ad satisfactionem ordinatur. Sed decet ut idem qui peccavit, satisfaciat. Ergo naturam humanam in ipso Adam assumere debuit.

1. Il semble que [le Fils de Dieu] devait assumer la nature humaine en Adam lui-même. En effet, l’assomption de la chair est ordonnée à la satisfaction. Or, il convient que celui-là même qui a péché satisfasse. Il devait donc assumer la nature humaine en Adam lui-même.

 [7578] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, talis debuit esse humanae naturae reparatio, ut nihil homini de sua dignitate periret. Sed Adam in primo statu hoc habuit ut nullius hominis auxilio ad suam salutem indigeret. Hoc autem non sibi restituitur, in alio homine humana natura assumpta: quia beneficio illius hominis indiget ad suam salutem. Ergo non decuit humanam naturam in alio quam in ipso Adam assumi.

2. La restauration de la nature humaine devait être telle que l’homme ne perde rien de sa dignité. Or, en son premier état, Adam n’avait besoin de l’aide de personne pour son salut. Or, cela ne lui est pas rendu, si la nature humaine est assumée dans un autre homme, car il a besoin d’un bienfait de cet homme pour son salut. Il ne convenait donc pas que la nature humaine soit assumée dans un autre qu’Adam lui-même.

 [7579] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Sed contra, contrariorum non est eadem causa. Sed Adam causa fuit perditionis humanae naturae. Ergo non decuit ut ipse esset causa salutis humanae naturae. Hoc autem contingeret, si humana natura in ipso Adam assumpta esset. Ergo hoc decens non fuit.

3. Cependant, les contraires n’ont pas la même cause. Or, Adam a été la cause de la perte de la nature humaine. Il ne convenait donc pas qu’il soit la cause du salut de la nature humaine. Or, cela serait arrivé si la nature humaine avait été assumée en Adam lui-même. Cela ne convenait donc pas.

Quaestiuncula 1

Réponse à la sous-question 1

 [7580] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo ad primam quaestionem dicendum, quod non fuit decens quod humanam naturam in omnibus suis suppositis assumeret: et hoc propter quatuor rationes. Primo, quia omnia supposita humanae naturae non reducerentur ad plus quam ad tria supposita. Cum enim assumens et assumptum uniantur in eodem supposito, non possent esse plura supposita naturae assumptae quam naturae assumentis. Secundo propter finem assumptionis: est enim ad reparationem humani generis ordinata per modum cujusdam mediationis inter Deum et hominem. Mediator autem qui unitatem pacis facere intendit, unus congrue debet esse. Tertio propter unitatem ipsius assumentis: sicut enim decuit ut divina natura tantum in uno supposito incarnaretur, ita decuit ut una natura individua assumeretur: sic enim unius ad unum decenter facta est conjunctio. Quarto propter dignitatem ipsius filii incarnati, ut sit ipse primogenitus in multis fratribus, Rom. 8, 29, in spirituali generatione, sicut etiam est primogenitus creaturae in rerum emanatione ab uno principio. Haec autem primogenitura sibi non competeret, si plures numero humanae naturae assumptae essent.

Il ne convenait pas que [le Fils de Dieu] assume la nature humaine en tous ses suppôts, et cela pour quatre raisons. Premièrement, parce que tous les suppôts de la nature humaine ne seraient pas ramenés à plus de trois suppôts. En effet, puisque celui qui assume et celui qui est assumé sont unis dans un même suppôt, il ne pourrait y avoir plus de suppôts de la nature assumée que de la nature de qui assume. Deuxièmement, en raison de la fin de l’assomption. En effet, elle est ordonnée à la restauration du genre humain par mode d’une médiation entre Dieu et l’homme. Or, il convient que le médiateur qui cherche à établir l’unité de la paix soit unique. Troisièmement, en raison de l’unité de celui-là même qui assume. En effet, de même qu’il convenait que la nature divine ne s’incarne que dans un seul suppôt, de même convenait-il que assumée une seule nature individuelle : en effet, l’union s’est ainsi réalisée convenablement d’un seul avec un seul. Quatrièmement, en raison de la dignité du Fils incarné lui-même, afin qu’il soit le premier-né de nombreux frères, Rm 8, 29, en vue de la génération spirituelle, comme il est aussi le premier-né de la création par l’émanation à partir d’un seul principe. Or, cette aînesse ne lui appartiendrait pas si plusieurs natures humaines individuelles avaient été assumées.

 [7581] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod per incarnationem proprie assumitur natura, ut infra patebit: proprie etiam et primo curatur peccatum naturae. Unde si aliqua natura assumptibilis non est, curabilis non est. Non tamen oportet ut si haec natura individua non assumitur, quod suppositum hujus naturae non curetur: quia per hoc quod natura in aliquo individuo assumpta est, praeparatur curatio omnibus qui similem naturam habent; sicut e contra per hoc quod una persona infecit naturam humanam quae in ipso erat, in omnes homines peccatum transmisit.

1. Par l’incarnation, la nature est assumée au sens propre, comme cela ressortira plus loin ; au sens propre aussi et en premier lieu, le péché de nature est guéri. Si donc une nature ne peut être assumée, elle ne peut être guérie. Cependant, il n’est pas nécessaire que si telle nature individuelle n’est pas assumée, le suppôt de cette nature ne soit pas guéri, car, par le fait que la nature a été assumée dans un individu, la guérison est préparée pour tous ceux qui ont une nature semblable ; de même, en sens contraire, par le fait qu’une seule personne a infecté la nature humaine qui se trouvait en lui, a-t-elle transmis le péché à tous les hommes.

 [7582] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sicut bonitas divina, quae in creatione rerum se manifestat, omnibus se communicat, non tamen aequaliter; ita etiam prout se in incarnatione manifestat, praecipue quantum ad dilectionem humani generis, omnibus se communicat, non tamen eodem modo et aequaliter, sed uni per gratiam unionis, aliis per gratiam adoptionis, qui gratiae non repugnant.

2. De même que la bonté divine, qui se manifeste par la création des choses, se communique à toutes, mais non pas également, de même, en tant qu’elle se manifeste dans l’incarnation surtout par amour du genre humain, elle se communique à tous, mais non pas de la même manière et également, mais à l’un par la grâce de l’union, aux autres, qui ne s’opposent pas à la grâce, par la grâce de l’adoption.

 [7583] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod aliquid debetur humanae naturae dupliciter: vel ut sibi essentiale, et hoc invenitur communiter in omnibus naturam habentibus humanam; vel ut superadditum essentialibus principiis, sive sit per gratiam acceptum, sive operibus acquisitum; et hoc non invenitur communiter in omnibus naturam habentibus: unde ratio non procedit.

3. Quelque chose est dû à la nature humaine de deux manières : soit comme quelque chose qui lui est essentiel, et cela se trouve d’une manière générale chez tous ceux qui ont la nature humaine ; soit comme quelque chose d’ajouté aux principes essentiels, que cela soit reçu par la grâce, ou que ce soit acquis par des oeuvres ; et cela ne se trouve pas de manière générale chez tous ceux qui ont la nature humaine. Le raisonnement n’est donc pas concluant.

 [7584] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 4 Quartum concedimus.

4. Nous concédons le quatrième argument.

Quaestiuncula 2

Réponse à la sous-question 2

 [7585] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod non fuit decens ut aliunde quam de stirpe Adae, filius Dei humanam naturam assumeret, praecipue propter tria. Primo ad servandum justitiam satisfactionis. Si enim de genere Adae non fuisset, ad eum non pertineret pro peccato Adae satisfacere. Secundo ad perfectam reintegrationem dignitatis Adae, qui hoc habuit ut ipse et suum genus nulla alia creatura indigeret, quasi sustentante et salvante: et hoc generi ejus redditum non fuisset, si redemptus fuisset per aliquem qui ad genus ejus non pertineret. Tertio ad servandum dignitatem specialiter ipsius Adae, qui in hoc quodam modo imaginem Dei singulariter habuit, ut sicut Deus, cum sit ens primum, omnium entium principium est per creationem; ita etiam Adam, cum sit primus homo, est principium omnium hominum per generationem; quod sibi deperiret, si Christus non de ejus genere homo fieret.

Il ne convenait pas que le Fils de Dieu assume une nature humaine venue d’ailleurs que de la descendance d’Adam, surtout pour trois raisons. Premièrement, pour respecter la justice de la satisfaction. En effet, s’il n’avait pas fait partie de la descendance d’Adam, il ne lui serait pas revenu de satisfaire pour le péché d’Adam. Deuxièmement, pour un parfait rétablissement de la dignité d’Adam, qui était tel que lui-même et sa descendance n’avaient besoin d’aucune autre créature pour le soutenir et le sauver. Cela n’aurait pas été rendu à sa descendance s’il n’avait pas été racheté par quelqu’un qui n’appartenait pas appartenu à sa descendance. Troisièmement, pour respecter d’une manière particulière la dignité d’Adam lui-même, qui possédait d’une manière singulière l’image de Dieu, de telle sorte que, comme Dieu, qui est l’être premier et le principe de tous les êtres par la création, Adam, qui est le premier homme, soit le principe de tous les hommes par la génération. Cela lui serait enlevé, si le Christ n’était pas devenu homme par sa descendance.

 [7586] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo quod objicitur, quod debet esse segregatus a peccatoribus, dicendum, quod verum est, inquantum peccatores sunt, non inquantum homines sunt: venit enim peccatum destruere et naturam salvare: unde convenientiam habuit in his quae ad naturam pertinent, sed contrarietatem in his quae ad peccatum spectant: quia neque contraxit neque commisit peccatum.

1. Il est vrai qu’il doit être séparé des pécheurs en tant qu’ils sont pécheurs, mais non en tant qu’ils sont hommes. En effet, il est venu détruire le péché et sauver la nature. Il les rejoignait donc pour ce qui relève de la nature, mais il s’opposait à eux pour ce qui concerne le péché, car il n’a ni contracté ni commis le péché.

 [7587] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod natura humana non fuit infecta originali peccato nisi secundum quod ab Adam trahitur: unde si Deus unum hominem de limo terrae formaret, peccatum originale in eo non esset; et ideo satisfactio de originali non pertinebat indifferenter ad quemlibet hominem, sed ad quemlibet de genere Adae.

2. La nature humaine n’a été infectée par le péché originel que selon qu’elle est tirée d’Adam. Si donc Dieu n’avait formé qu’un seul homme à partir du limon de la terre, il n’y aurait pas eu de péché originel en lui. La satisfaction pour le péché originel ne concernait donc pas n’importe quel homme de manière indifférenciée, mais n’importe quel homme de la descendance d’Adam.

 [7588] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 3 Tertium concedimus.

3. Nous concédons le troisième argument.

Quaestiuncula 3

Réponse à la sous-question 3

 [7589] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod nullo modo fuit decens ut filius Dei in ipso Adam humanam naturam assumeret propter duo. Primo, quia Adam propria personalitate perfectus fuit; unde in unitatem personae assumi non posset, nisi illa personalitas destrueretur, quod non decebat, ut supra, art. 1, quaestiunc. 2, de Angelis dictum est. Secundo, quia cum per assumptionem fiat communicatio proprietatum, ut quidquid de homine dicitur, de Deo dicatur; sequeretur ut diceretur, quod Deus peccasset, quia Adam peccavit: quod est absurdum.

Il ne convenait d’aucune manière que le Fils de Dieu assume la nature humaine en Adam lui-même pour deux raisons. Premièrement, parce que Adam était parfait achevé en propre personnalité ; il ne pouvait donc être assumé dans l’unité de la personne [du Fils de Dieu], à moins que cette personnalité ne soit détruite, ce qui ne convenait pas, comme on l’a dit plus haut, a. 1, q. 2, à propos des anges. Deuxièmement, parce que la communication des propriétés se réalisant par l’assomption, de sorte que tout ce qui est dit de l’homme se dise de Dieu, il en découlerait qu’on dirait de Dieu qu’il a péché parce que Adam a péché, ce qui est absurde.

 [7590] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod per peccatum Adae fuit infectio personalis in ipso, et infectio naturae creatae in ipso et propagandae ab ipso: et pro infectione personali ipse gratia adjutus satisfacere potuit secundum quosdam; sed requirebatur aliquis qui pro peccato naturae satisfaceret; et ideo non oportuit quod esset idem in persona cum Adam, sed idem in natura.

1. Par le péché d’Adam, il y eut en lui une infection personnelle et une infection de la nature créée en lui et de celle qui devait se transmettre à partir de lui. Selon certains, il pouvait, avec l’aide de la grâce, satisfaire pour l’infection personnelle ; mais il était nécessaire que quelqu’un satisfasse pour le péché de nature. Il n’était donc pas nécessaire que celui-ci soit la même personne qu’Adam, mais qu’il lui soit identique par la nature.

 [7591] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non est inconveniens quod de dignitate illius personae aliquid pereat ex culpa sua; sed inconveniens est ut aliquid naturae deperiret, quae cum bona esset, homo male utendo ipsam corrupit.

2. Il n’est pas inapproprié qu’une personne perde quelque chose de sa dignité par sa faute ; mais il est inapproprié que se perde quelque chose de la nature, que l’homme a corrompue en en faisant usage, alors qu’elle était bonne.

 [7592] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 3 Tertium concedimus.

3. Nous concédons le troisième argument.

 

 

Articulus 3 [7593] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 tit. Utrum filius Dei carnem humanam assumpserit

Article 3 – Le Fils de Dieu a-t-il assumé la chair humaine ?

Quaestiuncula 1

Sous-question 1 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé la chair humaine ?]

 [7594] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod filius Dei carnem non assumpserit. Galat. 5, 17: caro concupiscit adversus spiritum. Sed in Christo talis pugna non fuit. Ergo ipse veram carnem non habuit.

1. Il semble que le Fils de Dieu n’ait pas assumé la chair, Ga 5, 17 : Le désir de la chair va contre l’esprit. Or, il n’y a pas eu un tel combat chez le Christ. Il n’a donc pas eu une chair véritable.

 [7595] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in carne tantum est similitudo vestigii. Sed similitudo vestigii tantum non sufficit ad assumptibilitatem, ut supra, art. 1, in corp., dictum est. Ergo caro assumptibilis non fuit.

2. Dans la chair, il n’existe que la similitude du vestige. Or, la seule similitude du vestige ne suffit pas pour que quelque chose puisse être assumé, comme on l’a dit plus haut, a. 1, c. La chair ne pouvait donc être assumée.

 [7596] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, major est gratia unionis quam gratia fruitionis. Sed caro nullo modo potest conjungi Deo per fruitionem. Ergo non potest conjungi per unionem.

3. La grâce d’union est plus grande que la grâce de la fruition. Or, la chair ne peut d’aucune manière être unie à Dieu par la fruition. Elle ne peut donc pas lui être unie par l’union.

 [7597] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 4 Sed contra, ad Hebr. 2, 16: semen Abrahae apprehendit; et Rom. 1, 3: factus est ei ex semine David secundum carnem. Sed semen non pertinet ad animam, sed ad carnem. Ergo filius Dei in humana natura non solum animam, sed etiam carnem assumpsit.

 [4] Cependant, He 2, 16 dit : Il a pris la semence d’Abraham, et Rm 1, 3 : Il est venu de la descendance de David selon la chair. Or, la semence ne se rapporte pas à l’âme, mais à la chair. Par la nature humaine, le Fils de Dieu n’a donc pas assumé seulement l’âme, mais aussi la chair.

 [7598] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 5 Praeterea, homo non nascitur ex homine nisi per traductionem carnis. Sed Christus non solum dicitur homo, immo etiam filius hominis, non nisi quia de virgine natus est. Ergo assumpsit carnem in humana natura.

 [5] L’homme ne naît de l’homme que par la transmission de la chair. Or, le Christ n’est pas appelé seulement homme, mais aussi le Fils de l’homme parce qu’il est né de la Vierge. Il a donc assumé la chair dans la nature humaine.

Quaestiuncula 2

Sous-question 2 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé la chair, mais non pas l’âme ?]

 [7599] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod carnem assumpserit, et non animam. Joan. 1, 14: verbum caro factum est. Non autem per conversionem in carnem, sed per assumptionem carnis. Ergo solam carnem assumpsisse videtur.

1. Il semble qu’il a assumé la chair, mais non pas l’âme. Jn 1, 14 : Le verbe s’est fait chair. Or, ce n’est pas pas conversion en la chair, mais par le fait d’assumer la chair. Il semble donc n’avoir assumé que la chair.

 [7600] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, corpus non indiget ut uniatur sibi anima, nisi ad hoc ut per ipsam vivificetur. Sed ad hoc quod corpus vivificetur, sufficit quod corpori vivificabili principium vitae uniatur. Cum ergo Deus, qui est principium vitae, corpus sibi univerit, videtur quod unio corporis ad animam superflua fuisset.

2. Le corps n’a besoin qu’une âme lui soit unie que pour être vivifié par elle. Or, pour que le corps soit vivifié, il suffit que la principe de la vie soit uni au corps qui peut être vivifié. Puisque Dieu, qui est le principe de la vie, s’est uni un corps, il semble donc que l’union du corps à l’âme aurait été superflue.

 [7601] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, habito aliquo quod est sufficiens operationis principium, non requiritur ad eamdem operationem aliud principium; sicut ad illuminationem aeris, qui illuminatur lumine solis, non requiritur lumen candelae. Sed Christus per intellectum divinum sibi unitum sufficienter omnia cognoscere poterat. Ergo non requirebatur anima cognoscitiva et intellectiva ad unionem illam.

3. À supposer que quelque chose suffise comme principe d’une opération, un autre principe n’est pas nécessaire pour la même opération ; ainsi, pour l’illumination de l’air, qui est illuminé par la lumière du soleil, la lumière d’une chandelle n’est pas nécessaire. Or, le Christ, par l’intellect divin qui lui était uni, pouvait connaître tout. Une âme cognitive et intellectuelle n’était donc pas nécessaire pour cette union.

 [7602] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, Christus curavit naturam nostram per hoc quod eam assumpsit. Sed principaliter venit ad curandum animas. Ergo animam assumpsit.

Cependant, [1] le Christ a soigné notre nature du fait qu’il l’a assumée. Or, il est venu principalement pour soigner les âmes. Il a donc assumé une âme.

 [7603] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, mors corporalis non est nisi per separationem corporis a principio vitae. Si ergo in Christo non fuisset aliud principium vitae quam ipsa deitas, cum caro a divinitate nunquam fuerit separata, nunquam Christus fuisset mortuus: quod expresse contradicit Scripturae.

 [2] La mort corporelle ne vient que de la séparation du corps du principe de la vie. Si donc, dans le Christ, il n’y avait d’autre principe de vie que la divinité elle-même, puisque la chair n’a jamais été séparée de la divinité, le Christ ne serait jamais mort, ce qui contredit expressément l’Écriture.

 [7604] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 3 Praeterea, sequeretur quod Deus esset immediatus motor corporis Christi, si anima caruisset; et sic nunquam Christus fuisset fatigatus ex itinere, ut dicitur Joan. 4, cum fatigatio non accidat nisi ex debilitate virtutis moventis.

 [3] S’il n’avait pas eu d’âme, il en découlerait que Dieu serait le moteur immédiat du corps du Christ. Ainsi, le Christ n’aurait jamais été fatigué de la route, comme le dit Jn 4, puisque la fatigue ne vient que de la faiblesse de la puissance qui meut.

Quaestiuncula 3

Sous-question 3 – [Le Fils de Dieu a-t-il assumé la forme du tout qui résulte de la composition des parties ?]

 [7605] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non assumpserit formam totius ex compositione partium resultantem. Forma enim totius est illa in qua sicut in natura communi particularia conveniunt. Sed Damascenus dicit, et habetur in littera, quod in domino nostro Jesu Christo non est communem speciem accipere. Ergo in eo forma totius non fuit.

1. Il semble qu’il n’ait pas assumé la forme du tout qui résulte de la composition des parties. En effet, la forme du tout est celle dans laquelle les éléments particuliers se retrouvent comme dans une nature commune. Or, [Jean] Damascène dit, et on le lit dans le texte, que, dans notre Seigneur Jésus, le Christ, il ne faut pas concevoir d’espèce commune. La forme du tout n’existait donc pas en lui.

 [7606] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, ut dicit Boetius, species est totum esse individuorum. Sed nihil in Christo fuit ex parte carnis et animae quod totum esse ipsius Christi concluderet: quia habuit esse divinum non per animam neque per corpus. Ergo cum forma totius sit species in potentia, videtur quod in Christo forma totius non fuerit.

2. Comme le dit Boèce, l’espèce est l’être entier des individus. Or, il n’existait rien dans le Christ, en raison de la chair et de l’âme, pour inclure l’être entier du Christ lui-même, car il avait un être divin, mais non par l’âme ni par le corps. Puisque la forme du tout est l’espèce en puissance, il semble donc que la forme du tout ne se trouvait pas dans le Christ.

 [7607] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, in littera dicitur, quod nomine humanae naturae corpus et anima intelligitur, cum dicitur, Christum humanam naturam assumpsisse. Sed constat quod neque corpus neque anima est forma totius, ad minus secundum opinionem communiorem. Ergo in Christo forma totius non fuit.

3. Il est dit dans le texte que, par les mots « nature humaine », on entend le corps et l’âme, lorsqu’on dit que le Christ a assumé la nature humaine. Or, il est clair que ni le corps ni l’âme n’est la forme du tout, du moins selon l’opinion commune. Il n’y avait donc pas de forme du tout chez le Christ.

 [7608] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, forma totius in rebus animatis resultat ex unione vel conjunctione animae ad corpus. Sed in Christo anima fuit conjuncta corpori; alias corpus illud vivum non fuisset. Ergo in Christo fuit forma totius.

Cependant, [1] la forme du tout dans les réalités animées résulte de l’union ou de l’association de l’âme et du corps. Or, dans le Christ, l’âme a été unie au corps, autrement, ce corps n’aurait pas été vivant. La forme du tout se trouvait donc dans le Christ.

 [7609] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, homines conveniunt specie ad invicem secundum convenientiam in forma totius. Sed Christus fuit ejusdem speciei cum aliis hominibus; alias pro hominibus non satisfecisset. Ergo in Christo fuit forma totius.

 [2] Les hommes ont une espèce commune selon qu’ils se rejoignent dans la forme du tout. Or, le Christ avait la même espèce que les autres hommes, autrement, il n’aurait pas satisfait pour les hommes. La forme du tout se trouvait donc dans le Christ.

Quaestiuncula 1

Réponse à la sous-question 1

 [7610] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum, quod, secundum philosophum 8 Metaph., definitio in hoc convenit cum numero, quod sicut in numeris contingit quod semper subtracta vel addita unitate, fit alius numerus; ita etiam in definitionibus, si addatur vel subtrahatur aliqua differentia, semper fit alia species. Cum ergo omnes differentiae sumantur ex essentialibus principiis, oportet quod si homini subtrahatur aliquid de essentialibus ejus, non remaneat eadem species. Cum ergo Christus fuerit ejusdem speciei cum aliis hominibus; (alias enim verus homo non fuisset, sed aequivoce homo diceretur; nec pro hominibus satisfaceret congruenter): oportet quod omnia essentialia homini in Christo fuerint, et corpus et anima vegetabilis, sensibilis et rationalis, et ulterius forma totius resultans ex conjunctione corporis et animae, quae humanitas dicitur: et quia proprietates naturales ex principiis essentialibus causantur, oportet quod in ipso fuerint omnes naturales proprietates speciem humanam consequentes. De aliis autem quae per accidens speciem humanam consequuntur, sive sint defectus sive perfectiones, infra suo loco dicetur. Ad primam ergo quaestionem sciendum, quod circa hoc fuerunt duo errores. Unus fuit Manichaeorum, qui dicebant, quod Christus verum corpus non habuit, sed tantum phantasticum. Et ratio hujus positionis videtur fuisse, quia omnium visibilium auctorem posuerunt Diabolum; et ideo nihil hujus secundum veritatem in Christo fuit, in quo princeps mundi hujus nihil habuit, Joan. 14. Patet autem quod positio ista est falsa: et quantum ad radicem positionis: quia Deum creatorem omnium visibilium et invisibilium, et fides tenet et ratio demonstrat, cum a primo ente oporteat omnia entia esse, ut patet ex 2 Metaph.: et etiam in se positio falsa est, quia veritatem humanitatis tollit, ut ex dictis patet: esset enim invenire aliquam falsitatem vel simulationem in eo qui de se dicit Joan. 14, 6: ego sum via, veritas et vita. Alius error fuit Marcionitarum, qui dicebant Christum corpus de virgine non assumpsisse, sed de caelo apportasse: quod forte ortum habuit ex opinione Platonicorum, qui dicebant, animae corpus terrestre omnino fugiendum esse, ut beatitudinem consequatur. Non enim credebant posse fieri ut anima corpori terrestri unita beata fieret. Ponebant tamen animas corporibus caelestibus unitas, ut soli, et stellis, et lunae, beatas fore, ut Augustinus recitat in libro 10 de Civ. Dei; et ideo animam Christi, quae summe beata fuit, non terrestri, sed caelesti corpori unitam putaverunt. Sed haec etiam positio veritatem humanitatis tollit: quia quaelibet forma naturalis determinatam materiam requirit: et ideo anima humana non ex qualibet materia quam perficit, hominem facit, sed inquantum est forma talis corporis, elementati scilicet, et debita proportione complexionati. Unde si Christus corpus terrestre non habuit, verus homo non fuit. His autem idem defectus contingit qui et antiquis philosophis, ut 1 de anima dicitur, qui de anima dicentes nihil de corpore dixerunt, opinantes quamlibet animam cuilibet corpori adaptari; quod esse non potest, cum propriae formae respondeat propria materia, et unicuique agenti determinata instrumenta: et ideo fides Catholica, quae Christum verum hominem confitetur, eum habuisse corpus ex quatuor elementis compositum, sicut nos habemus, firmiter tenet.

Selon le Philosophe, dans Métaphysique, VIII, la définition a en commun avec le nombre que, de même que, dans les nombres, un autre nombre vient de la soustraction ou de l’addition d’une unité, de même, dans les définitions, si l’on ajoute ou soustrait une différence, une autre espèce apparaît toujours. Puisque toutes les différences viennent des principes essentiels, il est donc nécessaire que, si l’on soustrait de l’homme quelque chose qui lui est essentiel, la même espèce ne demeure pas. Puisque le Christ a eu la même espèce que les autres hommes (autrement, il n’aurait pas été un homme véritable, mais on l’appellerait un homme de manière équivoque ; il n’aurait pas non plus satisfait pour les hommes de manière appropriée), il est donc nécessaire que tout ce qui essentiel à l’homme se soit trouvé chez le Christ : le corps, l’âme végétative, sensible et raisonnable, et aussi la forme du tout résultant de l’union du corps et de l’âme, qu’on appelle « humanité ». Et parce que les propriétés naturelles sont causées par les principes essentiels, il est nécessaire que se soient trouvées en lui toutes les propriétés naturelles qui découlent de l’espèce humaine. Pour ce qui est des autres choses qui découlent par accident de l’espèce humaine, qu’il s’agisse de carences ou de perfections, il en sera question plus loin à leur place. Pour ce qui est de la première question, il faut donc savoir qu’à ce sujet, il y a eu deux erreurs. L’une était celle des manichéens, qui disaient que le Christ n’avait pas un corps véritable, mais illusoire. La raison de cette position semble avoir été qu’ils ont fait du Diable l’auteur de toutes les réalités visibles. C’est pourquoi rien de cela ne se trouvait véritablement chez le Christ, chez qui le Prince de ce monde n’avait aucune part, Jn 14. Mais il est clair que cette position est fausse. D’abord, pour ce qui est de la source de cette position, car la foi tient et la raison démontre que Dieu est le créateur de toutes les choses visibles et invisibles, puisqu’il est nécessaire que tous les êtres reçoivent l’être du premier être, comme cela ressort de Métaphysique, II. Cette position est aussi fausse en elle-même, car elle enlève la vérité de l’humanité, comme cela ressort de ce qui a été dit. En effet, elle reviendrait à trouver une certaine fausseté ou simulation chez celui qui dit de lui-même en Jn 14, 6 : Je suis le chemin, la vérité et la vie. L’autre erreur était celle des marcionites, qui disaient que le Christ n’avait pas assumé un corps de la Vierge, mais l’avait emporté du ciel. Cela avait peut-être sa source dans l’opinion des platoniciens, qui disaient qu’il fallait fuir complètement le corps terrestre de l’âme afin de rechercher la béatitude. En effet, ils ne croyaient pas que l’âme unie à un corps terrestre puisse devenir bienheureuse. Ils affirmaient cependant que les âmes unies aux corps célestes, comme le soleil, les étoiles et la lune, pouvaient devenir bienheureuses, comme le raconte Augustin dans le livre X de La cité de Dieu. C’est pourquoi ils pensaient que l’âme du Christ, qui était au plus haut point bienheureuse, était unie, non pas à un corps terrestre, mais à un corps céleste. Mais cette position aussi enlève la vérité de l’humanité, car toute forme naturelle requiert une matière déterminée. C’est pourquoi l’âme humaine réalise l’homme, non pas à partir de n’importe quelle matière qu’elle perfectionne, mais en tant qu’elle est la forme de tel corps, à savoir, d’ [un corps] composé d’éléments et doté d’une complexion adéquatement proportionnée. Si le Christ n’a pas eu de corps terrestre, il n’était donc pas un homme véritable. La même carence se trouve ici que chez les philosophes anciens, comme le dit Sur l’âme, qui, en parlant de l’âme, n’ont rien dit du corps, étant d’opinion que n’importe quelle âme peut s’adapter à n’importe quel corps, ce qui ne peut être le cas, puisque des formes propres correspondent à une matière propre, et à n’importe quel agent, ses instruments déterminés. Aussi la foi catholique, qui confesse que le Christ est un homme véritable, tient-elle fermement qu’il a eu un corps composé des quatre éléments, comme nous en avons un.

 [7611] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod concupiscentia carnis contra spiritum non causatur ex ipsa carnis natura, sed ex vitiosa corruptione ejus, quae ex peccato primi parentis provenit, sine qua filius Dei veram carnis naturam assumpsit.

1. La concupiscence de la chair contre l’esprit n’est pas causée par la nature même de la chair, mais par sa corruption vicieuse, qui vient des premiers parents, sans laquelle le Fils de Dieu a assumé la vraie nature de la chair.

 [7612] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod similitudo attenditur secundum formam. Corporis autem humani forma est anima rationalis, in qua imago Dei consistit; et ideo in corpore humano non tantum est similitudo vestigii, sed etiam similitudo imaginis, inquantum animam habet. Non enim corpus humanum habet esse quoddam distinctum ab esse quod dat sibi anima, quasi ab alia forma, per quam sit in eo similitudo vestigii tantum, sicut est in corporibus inanimatis: quia sic anima esset ens in subjecto, secundum quod subjectum nominat ens subsistens in actu; quod ad rationem accidentis pertinet, ut in 2 de anima dicit Commentator.

2. La similitude se prend de la forme. Or, la forme du corps humain est l’âme raisonnable, en laquelle se trouve l’image de Dieu. Aussi ne trouve-t-on pas seulement la similitude du vestige dans le corps humain, mais aussi la similitude de l’image, pour autant qu’il a une âme. En effet, le corps humain n’a pas un être distinct de l’être que lui donne l’âme, comme s’il venait d’une autre forme, en vertu de laquelle existerait la similitude du vestige seulement, comme c’est le cas pour les corps inanimés, car alors l’âme serait un être dans un sujet, selon qu’on entend par « sujet » un être subsistant en acte, ce qui relève de la raison d’accident, comme le dit le Commentateur dans Sur l’âme, II.

 [7613] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod conjunctio animae ad Deum per fruitionem consistit in operatione intellectus et voluntatis, in qua corpus nullo modo communicat, quia exercetur talis operatio sine organo corporali, ut probatur in 3 de anima et ideo per fruitionem nullo modo corpus Deo uniri potest. Sed conjunctio unionis est ad esse in persona una: corpus autem et anima in uno esse communicant, quia anima est quod quid erat esse hujusmodi corpori, ut in 2 de anima dicitur: et ideo per modum unionis in persona una corpus Deo conjungi potest.

3. L’union de l’âme à Dieu par la fruition consiste dans une opération de l’intellect et de la volonté, à laquelle le corps ne prend aucune part, car une telle opération s’accomplit sans organe corporel, comme cela est démontré dans Sur l’âme, III. Aussi le corps ne peut-il d’aucune manière être uni à Dieu par la fruition. Mais le lien de l’union vise l’être dans une personne unique. Or, le corps et l’âme se rejoignent dans un même être puisque l’âme est ce qu’était l’être pour ce corps, comme il est dit dans Sur l’âme, II. C’est pourquoi le corps peut être uni à Dieu par mode d’union dans une seule personne.

 [7614] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 4 Quartum et quintum concedimus.

4-5. Nous concédons le quatrième et le cinquième argument.

Quaestiuncula 2

Réponse à la sous-question 2

 [7615] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem est sciendum, quod circa hoc etiam fuerunt duo errores. Unus fuit Arii et Eunomii, qui dicebant filium Dei carnem sine anima assumpsisse: quia opinabantur divinitatem sine anima corpus ejus vivificare. Alius fuit error Apollinaris, qui dicebat in Christo corpus animatum fuisse cum anima carente sensu et intellectu. Uterque autem error et veritati humanitatis derogat, et dignitati corporis Christi. Non enim potest esse ut materia in aliquo esse perficiatur, nisi per aliquid quod sit forma ejus: unde cum Deus nullo modo forma corporis esse possit (quia oporteret eum esse partem, et non immaterialissimum), sequeretur quod corpus Christi, si omnino careret anima, esset sicut corpus non vivum; et si careret anima sensibili et rationali, esset sicut corpus plantae: unde esset multo minus nobile quam corpus nostrum. Similiter etiam cum de ratione hominis sit rationalem animam habere, si ea Christus caruisset, verus homo non fuisset. Hoc autem videtur eis contigisse ex hoc quod credebant animam corpori non uniri sicut formam, sed magis sicut indumentum, ut Plato dicit, secundum quod Gregorius Nissenus narrat: per quem modum si Deus corpori uniretur, homo non diceretur; praecipue si ponatur, ut quidam posuerunt, animam de substantia Dei esse: quae omnia manifestam falsitatem continent. Et ideo horum et aliorum praedictorum error excluditur in Lib. Gennadii de ecclesiasticis dogmatibus, cap. 2, sic: natus est Dei filius ex homine, non per hominem, idest viri coitum, sicut Ebion dicit; sed carnem de virgine trahens, non de caelo afferens, sicut Marcion affirmat; neque in phantasia, idest absque carne, ut Valentinus dicebat; sed verum corpus, non tantum carnem ex carne, ut Martianus dicit; sed verus Deus et verus homo, in deitate verbum patris et Deus, in homine anima et caro; non sine sensu et ratione, ut Apollinaris posuit; neque caro sine anima, ut Eunomius dixit; neque sic natus de virgine, ut antequam de virgine nasceretur, Deus non fuerit, sicut Antemon et Marcellus dixerunt.

À ce sujet aussi, il y a eu deux erreurs. L’une était celle d’Arius et d’Eunomius, qui disaient que le Fils de Dieu a assumé la chair sans l’âme, parce qu’ils étaient d’avis que la divinité vivifiait son corps sans l’âme. L’autre erreur était celle d’Apollinaire, qui disait que, chez le Christ, le corps avait été animé par une âme à laquelle faisaient défaut le sens et l’intellect. Or, ces deux erreurs dérogent à la vérité de l’humanité et à la dignité du corps du Christ. En effet, il ne peut se faire que la matière soit perfectionnée dans un être, si ce n’est par sa forme. Puisque Dieu ne peut d’aucune manière être forme d’un corps (car il faudrait qu’il soit une partie, et non ce qu’il y a de plus immatériel), il en découlerait que le corps du Christ, si l’âme lui faisait complètement défaut, serait comme un corps sans vie. Et si lui faisait défait une âme sensible et raisonnable, il serait comme le corps d’une plante. Il serait donc beaucoup moins noble que notre corps. De même, puisqu’il est de la raison de l’homme d’avoir une âme raisonnable, si celle-ci avait fait défaut au Christ, il n’aurait pas été un homme véritable. Or, cela semble venir de ce qu’ils croyaient que l’âme n’était pas unie au corps comme sa forme, mais plutôt comme un vêtement, comme le dit Platon, d’après ce que raconte Grégoire de Nysse. Si Dieu était uni à un corps de cette manière, on ne dirait pas qu’il est un homme, surtout si l’on affirme, comme certains l’ont affirmé, que l’âme fait partie de la substance de Dieu. Tout cela comporte une fausseté manifeste. Aussi l’erreur de ceux-ci et des autres est-elle écartée dans le livre de Gennade sur Les enseignements de l’Église, II : « Le Fils de Dieu est né de l’homme, non pas par l’intervention d’un homme, à savoir, par l’union sexuelle avec un homme, comme le dit Ébion, mais en tirant sa chair de la Vierge, et sans l’apporter du ciel, comme l’affirme Marcion. [Sa chair] n’est pas une illusion, c’est-à-dire sans chair, comme le disait Valentin, mais il a un corps véritable, et non seulement une chair venue de la chair, comme le disait Martien. Il est Dieu véritable et homme véritable, Verbe du Père dans la divinité et Dieu, âme et chair dans l’homme. Il n’est pas sans sensation ni raison, comme l’affirmait Appollinaire, ni chair sans âme, comme le disait Eunomius. Il n’est pas né de la Vierge de telle sorte qu’il n’était pas Dieu avant de naître de la Vierge, comme Antémon et Marcel le disaient. »

 [7616] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo circa hoc objectum dicendum, quod cum dicitur, verbum caro factum est, sumitur pars pro toto, idest caro pro toto homine; sicut anima ponitur aliquando pro toto homine, Gen. 46, 27: omnes animae domus Jacob quae ingressae sunt in Aegyptum, fuere septuaginta. Ideo autem carnem, quae inferior pars est, dicere voluit, ut ostenderet per locum a minori nihil in hominis natura esse quod filius Dei non assumpserit.

1. Lorsqu’on dit : « Le Verbe s’est fait chair », la partie est prise pour le tout, à savoir, la chair pour l’homme tout entier, comme l’âme est parfois prise pour l’homme tout entier. Gn 46, 27 : Toutes les âmes de la maison de Jacob qui étaient entrées en Égypte étaient au nombre de soixante-dix. Il a donc voulu parler de la chair, qui est la partie inférieure, pour montrer a minori qu’il n’existe rien dans la nature de l’homme que le Fils de Dieu n’ait pas assumé.

 [7617] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ad hoc quod corpus vivificetur, requiritur quod sibi conjungatur principium vitae per modum formae, ut ex eis efficiatur una natura communis. Divinitas autem forma corporis esse non potest: non enim ex deitate et corpore una communis natura resultat: et ideo ad hoc ut corpus Christi unum esse possit, requiritur anima quae sit ejus forma.

2. Pour que le corps soit vivifié, il faut que lui soit joint le principe de vie par mode de forme, afin que, par ces réalités, soit réalisée une seule nature. Or, la divinité ne peut pas être la forme du corps : en effet, une nature commune ne résulte pas de la divinité et du corps. Pour que le corps du Christ puisse être une seule réalité, l’âme, qui est sa forme, est donc nécessaire.

 [7618] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod, sicut in 2 de anima dicitur, illud quo aliquid operatur primo, est forma ejus; unde cum intellectus divinus non possit esse forma in humanitate Christi, oportet quod illud quo homo sentit et intelligit, sit anima sensitiva et intellectiva.

3. Comme on le dit dans Sur l’âme, II, ce par quoi quelque chose agit en premier est sa forme. Puisque l’intellect divin ne peut être forme dans l’humanité du Christ, il est donc nécessaire que ce par quoi l’homme sent et comprend soit l’âme sensible et intellectuelle.

 [7619] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 2 ad s. c. Alia duo concedimus.

Nous concédons les deux autres arguments en sens contraire.

Quaestiuncula 3

Réponse à la sous-question 3

 [7620] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem sciendum est, quod quidam posuerunt Deum assumpsisse animam et corpus, non ita quod ex eorum conjunctione aliqua humanitas resultaret; et haec opinio similiter veritatem humanitatis tollit, et dignitatem corporis Christi: non enim Christus verus homo esse potuit, nec corpus ejus vere vivum, nisi anima corpori unita fuisset ut forma ejus, ita quod ex eis unum quid efficeretur. Sed de hac opinione infra dicetur, dist. 3, qu. 2, art. 2. Unde dicendum quod sicut in Christo verum corpus et vera anima fuit; ita et vera humanitas, id est natura humana, ex conjunctione utriusque resultans.

Certains ont affirmé que Dieu a assumé une âme et un corps, mais non pas de telle sorte que, de l’union des deux, résulterait une humanité. Cette opinion enlève semblablement la vérité et la dignité de l’humanité [du Christ]. En effet, le Christ ne pouvait être un homme véritable et son corps ne pouvait être vivant, que si son âme était unie à son corps comme sa forme, de telle sorte qu’une seule réalité soit réalisée par eux. Mais on parlera de cette opinion plus loin, d. 3, q. 2, a. 2. De même que, dans le Christ, il y avait un corps véritable et une âme véritable, de même donc y avait-il une humanité véritable, c’est-à-dire une nature humaine qui résultait de l’union des deux.

 [7621] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum circa hoc objectum dicendum, quod Damascenus dicere intendit, quod non est facta unio in una natura, ut Eutychiani posuerunt; et ideo vult quod ex conjunctione divinitatis ad humanitatem non resultet aliqua natura communis tertia: quia illa nec esset divinitas nec humanitas, sicut humanitas nec est anima neque corpus; unde Christus neque esset Deus neque homo, sed tantum Christus. Non autem intendit, quod ex conjunctione animae ad corpus non resultet forma totius, per quam in specie cum aliis hominibus communicet.

1. [Jean] Damascène veut dire que l’union ne s’est pas réalisée dans une seule nature, comme l’affirmaient les eutychiens. C’est pourquoi il veut que, de l’union de la divinité à l’humanité, ne résulte pas une troisième nature commune car celle-ci ne serait ni la divinité ni l’humanité, de même que l’humanité n’est ni l’âme ni le corps. Le Christ ne serait donc ni Dieu ni homme, mais seulement le Christ. Mais il ne veut pas dire que, de l’union de l’âme au corps, ne résulte pas la forme d’un tout, par laquelle il a une espèce commune avec les autres hommes.

 [7622] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod verbum Boetii veritatem habet in quolibet individuo quod subsistit in una natura tantum: quia species comprehendit omnia essentialia principia subsistentis individui in natura speciei; et sic etiam humanitas comprehendit omnia essentialia Christi, secundum quod in humanitate subsistit. Sed illa persona hoc singulariter habet ut in duabus naturis subsistat; et ideo species humana non colligit omnia quae illi personae essentialiter conveniunt.

2. La parole de Boèce est vraie pour tout individu qui subsiste dans une seule nature seulement, car l’espèce comprend tous les principes essentiels d’un individu subsistant dans la nature de l’espèce. L’humanité comprend donc tous les [principes] essentiels du Christ, pour autant qu’il subsiste dans l’humanité. Mais cette personne a en propre de subsister dans deux natures. L’espèce humaine ne rassemble donc pas tout ce qui convient à cette personne de manière essentielle.

 [7623] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod cum dicitur, nomine humanitatis corpus et animam intelligi, intelligendum est materialiter, sicut nomine totius intelliguntur partes; et non quod totum proprie loquendo sint suae partes, sed aliquid ex partibus constitutum.

3. Lorsqu’on dit que, par le mot « humanité », on entend le corps et l’âme, il faut l’entendre d’un point de vue matériel, comme dans le nom de « tout » les parties sont comprises. Mais [il ne faut pas comprendre] qu’il y a deux parties au sens propre, mais quelque chose constitué de deux parties.

 [7624] Super Sent., lib. 3 d. 2 q. 1 a. 3 qc. 3 ad s. c. Alia duo concedimus.