LA SOMME CONTRE LES
GENTILS
SAINT THOMAS D'AQUIN,
DOCTEUR DES DOCTEURS DE L'EGLISE
Edition numérique: http://bibliotheque.editionsducerf.fr/
Mise à disposition du site
sur les œuvres complètes de saint Thomas d'Aquin
http://docteurangelique.free.fr, 2004
3: PEUT-ON DÉCOUVRIR LA VÉRITÉ DIVINE, ET COMMENT?
7: LA VÉRITÉ DE LA FOI CHRÉTIENNE NE CONTREDIT PAS LA
VÉRITÉ DE LA RAISON
8: COMPORTEMENT DE LA RAISON HUMAINE DEVANT LA VÉRITÉ DE
FOI
9: PLAN ET MÉTHODE DE L'OUVRAGE
11: RÉFUTATION DE L'OPINION PRÉCÉDENTE ET RÉPONSE AUX
ARGUMENTS MIS EN AVANT
13: PREUVES DE L'EXISTENCE DE DIEU_
LES CONDITIONS DE L'EXISTENCE DE DIEU
14: LA CONNAISSANCE DE DIEU EXIGE QUE L'ON EMPLOIE LA VOIE
NÉGATIVE
16: IL N'Y A PAS DE PUISSANCE PASSIVE EN DIEU
17: IL N'Y A PAS DE MATIÈRE EN DIEU_
18: IL N'Y A AUCUNE COMPOSITION EN DIEU
19: EN DIEU, RIEN N'EXISTE PAR CONTRAINTE OU CONTRE NATURE
21: DIEU EST SA PROPRE ESSENCE
22: ÊTRE ET ESSENCE SONT IDENTIQUES EN DIEU
23: IL N'Y A PAS D'ACCIDENT EN DIEU_
24: AUCUNE ADDITION DE DIFFÉRENCE SUBSTANTIELLE NE PEUT
SERVIR A DÉTERMINER L'ÊTRE DIVIN
25: DIEU NE RENTRE DANS AUCUN GENRE_
26: DIEU N'EST PAS L'ÊTRE FORMEL DE TOUTE CHOSE
27: DIEU N'EST LA FORME D'AUCUN CORPS
29: RESSEMBLANCE DES CRÉATURES AVEC DIEU
30: DE QUELS NOMS PEUT-ON FAIRE USAGE EN PARLANT DE DIEU?
32: RIEN DE CE QUI EST ATTRIBUÉ À DIEU ET AU RESTE DES
CHOSES NE L'EST DE MANIÈRE UNIVOQUE
33: LES NOMS DONNÉS À DIEU ET AUX CRÉATURES N'ONT PAS TOUS
UNE VALEUR PUREMENT ÉQUIVOQUE
34: CE QUI EST ATTRIBUÉ À DIEU ET AUX CRÉATURES, L'EST
ANALOGIQUEMENT
35: LES NOMS QUE L'ON ATTRIBUE À DIEU NE SONT PAS
SYNONYMES
36: DE QUELLE MANIÈRE NOTRE INTELLIGENCE FORME DES
PROPOSITIONS SUR DIEU
39: IL NE PEUT Y AVOIR DE MAL EN DIEU
40: DIEU EST LE BIEN DE TOUT BIEN_
41: DIEU EST LE SOUVERAIN BIEN
45: L'INTELLECTION DE DIEU EST SON ESSENCE
46: DIEU NE COMPREND PAR RIEN D'AUTRE QUE PAR SON ESSENCE
47: DIEU SE COMPREND PARFAITEMENT SOI-MÊME
49: DIEU CONNAÎT D'AUTRES CHOSES QUE SOI
50: DIEU A UNE CONNAISSANCE PROPRE DE CHAQUE CHOSE
53: SOLUTION DE LA DIFFICULTÉ PRÉCÉDENTE
55: DIEU COMPREND TOUT EN MÊME TEMPS
56: LA CONNAISSANCE DE DIEU N'EST PAS UNE CONNAISSANCE
HABITUELLE
57: LA CONNAISSANCE DIVINE N'EST PAS DISCURSIVE
58: DIEU NE COMPREND PAS EN COMPOSANT ET EN DIVISANT
59: LA VÉRITÉ DES ÉNONCIABLES N'EST PAS A EXCLURE DE DIEU
61: DIEU EST LA TRÈS PURE VÉRITÉ
62: LA VÉRITÉ DIVINE EST LA VÉRITÉ PREMIÈRE ET SUPRÊME
63: RAISONS DE CEUX QUI VEULENT REFUSER À DIEU LA
CONNAISSANCE DES SINGULIERS
64: PLAN DES RÉPONSES À FAIRE TOUCHANT LA CONNAISSANCE
DIVINE
65: DIEU CONNAÎT LES SINGULIERS
66: DIEU CONNAIT CE QUI N'EXISTE PAS
67: DIEU CONNAÎT LES SINGULIERS FUTURS CONTINGENTS
68: DIEU CONNAÎT LES MOUVEMENTS DE LA VOLONTÉ
70: DIEU CONNAÎT LES CHOSES LES PLUS INFIMES
73: LA VOLONTÉ DE DIEU EST SA PROPRE ESSENCE
74: L'ESSENCE DIVINE, PRINCIPAL OBJET DE LA VOLONTÉ DE
DIEU
75: DIEU, EN SE VOULANT, VEUT TOUT LE RESTE
76: DIEU SE VEUT ET VEUT TOUT LE RESTE, D'UN SEUL ACTE DE
VOLONTÉ
77: LA MULTITUDE DES OBJETS DE VOLITION NE S'OPPOSE PAS À
LA SIMPLICITÉ DE DIEU
78: LA VOLONTÉ DIVINE S'ÉTEND À CHACUN DES BIENS
PARTICULIERS
79: DIEU VEUT MÊME CE QUI N'EXISTE PAS ENCORE
80: DIEU VEUT NÉCESSAIREMENT SON ÊTRE ET SA BONTÉ
81: DIEU NE VEUT PAS NÉCESSAIREMENT CE QUI EST DIFFÉRENT
DE LUI
83: C'EST PAR NÉCESSITÉ DE SUPPOSITION QUE DIEU VEUT
QUELQUE CHOSE D'AUTRE QUE LUI
84: LA VOLONTÉ DE DIEU NE PORTE PAS SUR CE QUI EST
IMPOSSIBLE DE SOI
86: ON PEUT ASSIGNER UNE RAISON À LA VOLONTÉ DIVINE
87: RIEN NE PEUT ÊTRE CAUSE DE LA VOLONTÉ DIVINE
88: DIEU JOUIT DE LIBRE-ARBITRE
89: DIEU N'EST PAS AFFECTÉ PAR LES PASSIONS
90: L'EXISTENCE EN DIEU DU PLAISIR ET DE LA JOIE N'EST PAS
INCOMPATIBLE AVEC SA PERFECTION
92: COMMENT AFFIRMER EN DIEU L'EXISTENCE DE VERTUS
93: QU'IL EXISTE EN DIEU DES VERTUS MORALES DONT LE
DOMAINE EST L'ACTION
94: LES VERTUS CONTEMPLATIVES EXISTENT EN DIEU
95: DIEU NE PEUT VOULOIR LE MAL
96: DIEU NE HAIT RIEN; ET L'ON NE PEUT LUI ATTRIBUER
AUCUNE HAINE
99: LA VIE DE DIEU EST ÉTERNELLE
101: DIEU EST SA PROPRE BÉATITUDE_
102: LA BÉATITUDE DE DIEU, PARFAITE ET UNIQUE, DÉPASSE
TOUTE AUTRE BÉATITUDE
1: COMMENT CE LIVRE FAIT SUITE AU PRÉCÉDENT
2: LA CONSIDÉRATION DES CRÉATURES EST UTILE AU PROGRÈS DE
LA FOI
3: LA CONNAISSANCE DES NATURES CRÉÉES PERMET DE RÉFUTER
LES ERREURS AU SUJET DE DIEU
4: LE PHILOSOPHE ET LE THÉOLOGIEN ENVISAGENT LES CRÉATURES
À UN POINT DE VUE DIFFÉRENT
6: IL APPARTIENT À DIEU D'ÊTRE PRINCIPE D'EXISTENCE POUR
LES AUTRES ÊTRES
7: IL Y A EN DIEU UNE PUISSANCE ACTIVE
8: LA PUISSANCE DE DIEU EST SA SUBSTANCE
9: LA PUISSANCE DE DIEU EST SON ACTION
10: EN QUEL SENS ON ATTRIBUE À DIEU LA PUISSANCE
11: ON PEUT ATTRIBUER À DIEU DES TERMES RELATIFS AUX
CRÉATURES
12: LES RELATIONS ATTRIBUÉES À DIEU PAR RAPPORT AUX
CREATURES N'EXISTENT PAS RÉELLEMENT EN LUI
13 ET 14: EN QUEL SENS CES RELATIONS SONT ATTRIBUÉES À
DIEU
15: DIEU EST CAUSE D'EXISTENCE POUR TOUS LES ÊTRES
16: DIEU A FAIT LES CHOSES DE RIEN_
17: LA CRÉATION N'EST NI UN MOUVEMENT NI UN CHANGEMENT
18: COMMENT RÉPONDRE AUX OBJECTIONS CONTRE LA CRÉATION
19: IL N'Y A POINT DE SUCCESSION DANS LA CRÉATION
20: AUCUN CORPS N'EST CAPABLE DE CRÉER
23: DIEU N'AGIT PAS PAR NÉCESSITÉ DE NATURE
25: EN QUEL SENS ON DIT QUE LE TOUT-PUISSANT NE PEUT
CERTAINES CHOSES
26: L'INTELLIGENCE DIVINE N'EST PAS BORNÉE A DES EFFETS
DÉTERMINÉS
27: LA VOLONTÉ DIVINE N'EST PAS LIMITÉE A DE CERTAINS
EFFETS
28 ET 29: EN QUEL SENS PARLE-T-ON D'OBLIGATION DE JUSTICE
DANS LA PRODUCTION DES CHOSES
30: COMMENT IL PEUT Y AVOIR UNE NÉCESSITÉ ABSOLUE DANS LES
CRÉATURES
31: IL N'EST PAS NÉCESSAIRE QUE LES CRÉATURES AIENT
TOUJOURS EXISTÉ
32: RAISONS, VUES DU COTÉ DE DIEU, DE CEUX QUI VEULENT
PROUVER L'ÉTERNITÉ DU MONDE
33: RAISONS DE CEUX QUI VEULENT PROUVER L'ÉTERNITÉ DU
MONDE À PARTIR DES CRÉATURES
34: RAISONS PRISES DU COTÉ DE LA PRODUCTION DU MONDE POUR
PROUVER SON ÉTERNITÉ
35: RÉPONSES AUX OBJECTIONS, ET D'ABORD À CELLES QUI SONT
PRISES DU COTÉ DE DIEU
36: RÉPONSE AUX OBJECTIONS TIRÉES DES CRÉATURES
37: RÉPONSES AUX OBJECTIONS TIRÉES DE LA PRODUCTION MÊME
DES CHOSES
38: RAISONS QUE CERTAINS FONT VALOIR POUR PROUVER LA
NON-ÉTERNITÉ DU MONDE
39: LA DISTINCTION DES CHOSES NE VIENT PAS DU HASARD
40: LA MATIÈRE N'EST PAS LA CAUSE PREMIÈRE DE LA
DISTINCTION DES CHOSES
41: LA CONTRARIÉTÉ DES AGENTS N'EXPLIQUE PAS LA
DISTINCTION DES CHOSES
42: LA CAUSE PREMIÈRE DE LA DISTINCTION DES CHOSES N'EST
PAS L'ORDRE DES CAUSES SECONDES
44: LA DISTINCTION DES CHOSES NE VIENT PAS DE LA DIVERSITÉ
DES MÉRITES OU DES DÉMÉRITES
45: QUELLE EST EN VÉRITÉ LA PREMIÈRE CAUSE DE LA DIVERSITÉ
DES CHOSES
46: LA PERFECTION DE L'UNIVERS REQUÉRAIT L'EXISTENCE DE
CERTAINES NATURES INTELLECTUELLES
47: LES SUBSTANCES INTELLECTUELLES SONT DOUÉES DE VOLONTÉ
48: LES SUBSTANGES INTELLECTUELLES SONT LIBRES DANS LEUR
AGIR
49: LA SUBSTANCE INTELLECTUELLE N'EST PAS UN CORPS
50: LES SUBSTANCES INTELLECTUELLES SONT IMMATÉRIELLES
51: LA SUBSTANCE INTELLECTUELLE N'EST PAS UNE FORME
MATERIELLE
52: DANS LES SUBSTANCES INTELLECTUELLES CRÉÉES, L'ACTE
D'ÊTRE DIFFÈRE DE CE QUI EST
53: ON TROUVE ACTE ET PUISSANCE DANS LES SUBSTANCES
INTELLECTUELLES CRÉÉES
55: LES SUBSTANCES INTELLECTUELLES SONT INCORRUPTIBLES
56: DE QUELLE MANIERE UNE SUBSTANCE INTELLECTUELLE
PEUT-ELLE ETRE UNIE A UN CORPS?
57: THÈSE PLATONICIENNE SUR L'UNION DE L'AME
INTELLECTUELLE ET DU CORPS
58: L'HOMME N'A PAS TROIS AMES (VÉGÉTATIVE, SENSITIVE ET
INTELLECTUELLE)
59: L'INTELLECT POSSIBLE DE L'HOMME N'EST PAS UNE
SUBSTANCE SÉPARÉE
60: L'HOMME N'EST PAS SPÉCIFIÉ PAR L'INTELLECT PASSIF,
MAIS PAR L'INTELLECT POSSIBLE
61: LA POSITION D'AVERROËS SUR L'INTELLECT POSSIBLE EST
CONTRAIRE A LA DOCTRINE D'ARISTOTE
62: CONTRE LA THÈSE D'ALEXANDRE SUR L'INTELLECT POSSIBLE
63: L'AME N'EST PAS UNE COMPLEXION COMME L'A PRÉTENDU
GALIEN
64: L'AME N'EST PAS UNE HARMONIE
66: CONTRE CEUX QUI IDENTIFIENT L'INTELLECT AVEC LE SENS
67: CONTRE L'IDENTIFICATION DE L'INTELLECT POSSIBLE AVEC
L'IMAGINATION
68: COMMENT UNE SUBSTANCE INTELLECTUELLE PEUT-ELLE ETRE
FORME DU CORPS?
70: D'APRÈS ARISTOTE, IL FAUT ADMETTRE QUE L'INTELLECT
S'UNIT AU CORPS A TITRE DE FORME
71: L'UNION DE L'AME AVEC LE CORPS EST IMMÉDIATE
72: L'AME EST TOUT ENTIÈRE DANS LE TOUT ET TOUT ENTIÈRE
DANS CHAQUE PARTIE
73: L'INTELLECT POSSIBLE N'EST PAS UNIQUE POUR TOUS LES
HOMMES
75: REFUTATION DES ARGUMENTS QUI SEMBLENT PROUVER L'UNITÉ
DE L'INTELLECT POSSIBLE
76: L'INTELLECT AGENT N'EST PAS UNE SUBSTANCE SÉPARÉE,
MAIS IL FAIT PARTIE DE L'AME
79: L'AME HUMAINE NE SE CORROMPT PAS AVEC LE CORPS
80 ET 81: EXAMEN DES ARGUMENTS QUI PRÉTENDENT PROUVER QUE
L'AME SE CORROMPT AVEC LE CORPS
82: LES AMES DES BÊTES NE SONT PAS IMMORTELLES
83: L'AME HUMAINE COMMENCE AVEC LE CORPS
84: SOLUTION DES ARGUMENTS EN FAVEUR DE LA PRÉEXISTENCE
DES AMES
85: L'AME N'EST PAS DE LA SUBSTANCE DE DIEU
86: L'AME HUMAINE N'EST PAS COMMUNIQUÉE AVEC LA SEMENCE
87: L'AME HUMAINE EST CRÉÉE DIRECTEMENT PAR DIEU
88: ARGUMENTS FAVORABLES A L'ORIGINE SÉMINALE DE L'AME
HUMAINE
89: SOLUTION DES ARGUMENTS PRÉCÉDENTS
90: SEUL LE CORPS HUMAIN A POUR FORME UNE SUBSTANCE
INTELLECTUELLE
91: EXISTENCE DE SUBSTANCES INTELLECTUELLES NON UNIES AUX
CORPS
92: DE LA MULTITUDE DES SUBSTANCES SÉPARÉES
93: IL N'Y A PAS PLUSIEURS SUBSTANCES SÉPARÉES DANS UNE
SEULE ESPÈCE
94: LA SUBSTANCE SÉPARÉE ET L'AME N'APPARTIENNENT PAS A
UNE MÊME ESPÈCE
95: OÙ CHERCHER LE GENRE ET L'ESPÈCE DANS LES SUBSTANCES
SÉPARÉES?
96: LES SUBSTANCES SÉPARÉES NE TIRENT PAS LEUR
CONNAISSANCE DU MONDE SENSIBLE
97: L'INTELLECT DE LA SUBSTANCE SÉPARÉE EST TOUJOURS EN
ACTE D'INTELLECTION
98: COMMENT UNE INTELLIGENCE SÉPARÉE EN CONNAÎT UNE AUTRE
99: LES SUBSTANCES SÉPARÉES CONNAISSENT LES RÉALITÉS
MATÉRIELLES
100: LES SUBSTANCES SÉPARÉES CONNAISSENT LES SINGULIERS
101: LA CONNAISSANCE NATURELLE DE L'AME SÉPARÉE EST-ELLE
SIMULTANÉE?
2: COMMENT TOUT AGENT AGIT POUR UNE FIN
3: COMMENT TOUT AGENT AGIT EN VUE D'UN BIEN
4: COMMENT LE MAL EST DANS LES CHOSES HORS DE TOUTE
INTENTION
7: COMMENT LE MAL N'EST PAS UNE ESSENCE
10: COMMENT LE BIEN EST CAUSE DU MAL
11: COMMENT LE BIEN EST LE SUJET DU MAL
12: COMMENT LE MAL NE DÉTRUIT PAS TOTALEMENT LE BIEN
13: COMMENT D'UNE CERTAINE MANIÈRE LE MAL A UNE CAUSE
14: COMMENT LE MAL EST UNE CAUSE PAR ACCIDENT
15: COMMENT IL N'EXISTE PAS UN SOUVERAIN MAL
16: COMMENT LE BIEN EST LA FIN DE TOUTE CHOSE
17: COMMENT TOUS LES ÊTRES SONT ORIENTÉS VERS UNE SEULE
FIN QUI EST DIEU
18: EN QUEL SENS DIEU EST-IL LA FIN DE TOUTES CHOSES
19: COMMENT TOUS LES ÊTRES RECHERCHENT LA RESSEMBLANCE
DIVINE
20: DE QUELLE MANIÈRE LES CHOSES IMITENT LA DIVINE BONTÉ
21: COMMENT LES ÊTRES TENDENT NATURELLEMENT A RESSEMBLER A
DIEU DANS SA CAUSALITÉ
22: EN QUEL SENS LES ÊTRES SONT-ILS ORDONNÉS DE DIVERSES
MANIÈRES A LEURS FINS
23: COMMENT LE MOUVEMENT DU CIEL A SA CAUSE DANS UN
PRINCIPE INTELLIGENT
24: COMMENT MÊME LES ÊTRES NON DOUÉS D'INTELLIGENCE
RECHERCHENT LE BIEN
25: S'UNIR A DIEU PAR L'INTELLIGENCE EST LA FIN DE TOUTE
SUBSTANCE SPIRITUELLE
26: LA FÉLICITÉ EST-ELLE UN ACTE DE VOLONTÉ
27: COMMENT LA FÉLICITÉ HUMAINE NE SE TROUVE PAS DANS LES
PLAISIRS CHARNELS
28: COMMENT LA FÉLICITÉ NE RÉSIDE PAS DANS LES HONNEURS
29: COMMENT LA FÉLICITÉ HUMAINE NE CONSISTE PAS DANS LA
GLOIRE
30: COMMENT LA FÉLICITÉ DE L'HOMME NE RÉSIDE PAS DANS LES
RICHESSES
31: COMMENT LA FÉLICITÉ NE RÉSIDE PAS DANS LE POUVOIR
TERRESTRE
32: COMMENT LA FÉLICITÉ NE RÉSIDE PAS DANS QUELQUE BIEN
CORPOREL
33: COMMENT LA FÉLICITÉ DE L'HOMME NE RÉSIDE PAS DANS LE
SENS
34: COMMENT LA FÉLICITÉ DERNIÈRE DE L'HOMME NE SE TROUVE
PAS DANS LES ACTES DES VERTUS MORALES
35: COMMENT LA FÉLICITÉ DERNIÈRE NE RÉSIDE PAS DANS UN
ACTE DE PRUDENCE
36: COMMENT LA FÉLICITÉ NE SE TROUVE PAS DANS L'ART
37: COMMENT LA FÉLICITÉ DERNIÈRE DE L'HOMME SE TROUVE DANS
LA CONTEMPLATION DE DIEU
39: COMMENT LA FÉLICITÉ DE L'HOMME N'EST PAS DANS LA
CONNAISSANCE DE DIEU OBTENUE PAR DÉMONSTRATION
40: COMMENT LA FÉLICITÉ NE SE TROUVE PAS DANS LA
CONNAISSANCE DE DIEU QUE DONNE LA FOI
42: COMMENT EN CETTE VIE NOUS NE POUVONS SAISIR LES
SUBSTANCES AINSI QUE LE PRÉTENDAIT ALEXANDRE
45: COMMENT EN CETTE VIE NOUS NE POUVONS SAISIR LES SUBSTANCES
SÉPARÉES
46: COMMENT EN CETTE VIE L'ÂME NE SE SAISIT PAS
DIRECTEMENT PAR ELLE-MÊME
47: COMMENT DANS CETTE VIE NOUS NE POUVONS VOIR DIEU DANS
SON ESSENCE
48: COMMENT LA FÉLICITÉ DERNIÈRE DE L'HOMME N'EST PAS EN
CETTE VIE
51: DE QUELLE MANIÈRE DIEU EST-IL VU DANS SON ESSENCE
54: RAISONS ALLÉGUÉES CONTRE LA POSSIBILITÉ DE LA VISION
DE DIEU EN SON ESSENCE ET LEUR RÉFUTATION
55: COMMENT L'INTELLIGENCE CRÉÉE NE SAISIT PAS TOTALEMENT
LA DIVINE SUBSTANCE
56: COMMENT NUL INTELLECT CRÉÉ EN VOYANT DIEU NE SAISIT
TOUT CE QUI PEUT ÊTRE VU EN LUI
57: COMMENT LES INTELLIGENCES DE TOUT DEGRÉ PEUVENT
PARTICIPER A LA VISION DE DIEU
58: COMMENT UNE INTELLIGENCE PEUT VOIR DIEU PLUS
PARFAITEMENT QU'UNE AUTRE
59: EN QUEL SENS CEUX QUI VOIENT L'ESSENCE DIVINE, VOIENT
TOUTES CHOSES
60: COMMENT CEUX QUI VOIENT DIEU, VOIENT TOUT EN LUI
SIMULTANÉMENT
61: COMMENT LA VISION DE DIEU EST UNE PARTICIPATION A LA
VIE ÉTERNELLE
62: COMMENT CEUX QUI VOIENT DIEU, LE VERRONT TOUJOURS
63: COMMENT DANS CETTE FÉLICITÉ DERNIÈRE TOUT DÉSIR DE
L'HOMME EST RASSASIÉ
LE GOUVERNEMENT DES CRÉATURES VERS LEUR FIN, LA PROVIDENCE
64: COMMENT PAR SA PROVIDENCE DIEU GOUVERNE LE MONDE
65: COMMENT DIEU CONSERVE LES CHOSES DANS L'ÊTRE
66: COMMENT RIEN NE DONNE L'ÊTRE SI CE N'EST PAR LA VERTU
DIVINE
67: COMMENT DIEU EST LA CAUSE DE L'AGIR EN TOUT AGENT
69: DE CETTE THÉORIE QUI DÉNIE TOUTE ACTIVITÉ PROPRE AUX
ÊTRES DE LA NATURE
70: COMMENT UN MÊME EFFET ÉMANE DE DIEU ET DE LA NATURE
QUI AGIT
71: COMMENT LA PROVIDENCE DE DIEU N'ÉCARTE PAS TOUT MAL
DES CHOSES
72: COMMENT LA PROVIDENCE DE DIEU NE SUPPRIME PAS LA
CONTINGENCE DES ÊTRES
73: COMMENT LA DIVINE PROVIDENCE NE SUPPRIME PAS LE LIBRE
ARBITRE
74: COMMENT LA PROVIDENCE DIVINE NE SUPPRIME PAS LA
FORTUNE ET LE HASARD
75: COMMENT LA PROVIDENCE DE DIEU S'ÉTEND AUX SINGULIERS
CONTINGENTS
76: COMMENT LA PROVIDENCE DE DIEU S'OCCUPE IMMÉDIATEMENT
DE TOUS LES SINGULIERS
78 : COMMENT DIEU GOUVERNE LES AUTRES CRÉATURES PAR
LES CRÉATURES INTELLIGENTES
80: DE LA HIÉRARCHIE ANGÉLIQUE
81: DE L'ORDRE DES HOMMES ENTRE EUX ET AVEC LES AUTRES
ÊTRES
82: COMMENT DIEU GOUVERNE LES CORPS INFÉRIEURS PAR
L'INTERMÉDIAIRE DES CORPS CÉLESTES
83: ÉPILOGUE AUX CONCLUSIONS ANTÉRIEURES
84: COMMENT LES CORPS CÉLESTES N'EXERCENT AUCUNE CAUSALITÉ
SUR NOS INTELLIGENCES
85: COMMENT LES CORPS CÉLESTES NE SONT CAUSES NI DE NOS
VOULOIRS NI DE NOS CHOIX
90: COMMENT LES ÉLECTIONS ET LES VOLONTÉS DES HOMMES SONT
SOUMISES A LA PROVIDENCE DE DIEU
91: EN QUELLE MANIÈRE TOUT CE QUI CONCERNE L'HOMME EST EN
DÉPENDANCE DES CAUSES SUPÉRIEURES
93: DU DESTIN: EXISTE-T-IL? ET QU'EST-IL?
94: DE LA CERTITUDE DE LA PROVIDENCE DIVINE
95 ET 96: COMMENT L'IMMUTABILITÉ DE LA PROVIDENCE DIVINE
NE SUPPRIME PAS L'UTILITÉ DE LA PRIÈRE
97: DE QUELLE MANIÈRE LES DISPOSITIONS DE LA PROVIDENCE
OBÉISSENT A UN PLAN
98: DANS QUELLE MESURE DIEU A ET N'A PAS LE POUVOIR D'AGIR
EN DEHORS DE L'ORDRE DE SA PROVIDENCE
100: COMMENT L'ACTION DE DIEU EN DEHORS DE LA NATURE N'EST
PAS CONTRE LA NATURE
102: COMMENT DIEU SEUL FAIT DES MIRACLES
105: LES CAUSES DE L'EFFICACITÉ DES PRATIQUES MAGIQUES
108: ARGUMENTATION PAR LAQUELLE ON TEND A PROUVER QUE LES
DÉMONS NE PEUVENT PÉCHER
109: COMMENT LE PÉCHÉ EST POSSIBLE CHEZ LES DÉMONS, ET
QUELLE EN EST LA NATURE
110: RÉPONSE AUX OBJECTIONS PRÉCÉDENTES
114: COMMENT DIEU DONNE DES LOIS AUX HOMMES
115: COMMENT LE BUT PRINCIPAL DE LA LOI DIVINE EST DE
CONDUIRE L'HOMME A DIEU
116: COMMENT L'AMOUR DE DIEU EST LA FIN DE LA LOI DIVINE
117: COMMENT LA LOI DIVINE NOUS CONDUIT A L'AMOUR DU
PROCHAIN
118: COMMENT LA LOI DIVINE OBLIGE LES HOMMES A LA VRAIE
FOI
119: COMMENT NOTRE ÂME EST ORIENTÉE VERS DIEU PAR
CERTAINES CHOSES SENSIBLES
120: COMMENT LE CULTE DE LATRIE NE DOIT ÊTRE RENDU QU'A
DIEU
123: COMMENT LE MARIAGE DOIT ÊTRE INDISSOLUBLE
124: COMMENT LE MARIAGE DOIT ÊTRE D'UN SEUL AVEC UNE SEULE
125: COMMENT LE MARIAGE NE DOIT PAS ÊTRE ENTRE PARENTS
126: COMMENT TOUTE RELATION CHARNELLE N'EST PAS PÉCHÉ
127: COMMENT DE SOI CE N'EST PAS UN PÉCHÉ D'USER D'UN
ALIMENT QUELCONQUE
128: COMMENT LA LOI DIVINE RÈGLE LES RAPPORTS DE L'HOMME
AVEC SON PROCHAIN
130: DES CONSEILS CONTENUS DANS LA LOI DIVINE
131: DE L'ERREUR DE CEUX QUI COMBATTENT LA PAUVRETÉ VOLONTAIRE
132: DES DIVERSES FORMES DE LA VIE DE PAUVRETÉ VOLONTAIRE
133: COMMENT LA PAUVRETÉ EST BONNE_
134: RÉPONSE AUX OBJECTIONS APPORTÉES CONTRE LA PAUVRETÉ
135: RÉPONSE AUX OBJECTIONS CONTRE LES DIVERSES FORMES DE
PAUVRETÉ VOLONTAIRE
136 ET 137: DE L'ERREUR DE CEUX QUI COMBATTENT LA
CONTINENCE PERPÉTUELLE
138: CONTRE CEUX QUI COMBATTENT LES VOEUX
139: QUE NI LES BONNES OEUVRES, NI LES PÉCHÉS NE SONT TOUS
A METTRE SUR LE MÊME PLAN
140: COMMENT LES ACTES DE L'HOMME SONT PUNIS OU RÉCOMPENSÉS
PAR DIEU
141: DE LA DIVERSITÉ DES PEINES ET DE LEUR GRADATION
142: COMMENT TOUTES LES PEINES ET TOUTES LES RÉCOMPENSES
NE SONT PAS ÉGALES
143: DE LA PEINE, DUE AU PÉCHÉ MORTEL ET AU PÉCHÉ VÉNIEL,
DANS SON RAPPORT AVEC LA FIN DERNIÈRE
144: COMMENT LE PÉCHÉ MORTEL PRIVE DE LA FIN DERNIÈRE POUR
L'ÉTERNITÉ
145: COMMENT LES PÉCHÉS SONT ENCORE PUNIS PAR L'EXPÉRIENCE
DE QUELQUE AFFLICTION
146: COMMENT LES JUGES PEUVENT PORTER DES PEINES
147: COMMENT L'HOMME A BESOIN DU SECOURS DIVIN POUR
ATTEINDRE SA BÉATITUDE
148: COMMENT LE SECOURS DE LA GRÂCE DIVINE NE VIOLENTE PAS
L'HOMME DANS LA PRATIQUE DE LA VERTU
149: COMMENT L'HOMME NE PEUT MÉRITER LE SECOURS DIVIN
150: COMMENT NOUS DONNONS AU SECOURS DIVIN LE NOM DE
GRÂCE, ET DE LA NATURE DE LA GRÂCE SANCTIFIANTE
151: COMMENT LA GRÂCE SANCTIFIANTE CAUSE EN NOUS L'AMOUR
DE DIEU
152: COMMENT LA GRÂCE SANCTIFIANTE CAUSE EN NOUS LA FOI
153: COMMENT LA GRÂCE DIVINE CAUSE EN NOUS L'ESPÉRANCE
154: DES DONS DE GRÂCES « GRATIS DATAE »; ET A
LEUR PROPOS: DE LA DIVINATION DES DÉMONS
155 : COMMENT L'HOMME A BESOIN DU SECOURS DE LA GRÂCE
POUR PERSÉVÉRER DANS LE BIEN
157: COMMENT L'HOMME NE PEUT ÊTRE LIBÉRÉ DU PÉCHÉ QUE PAR
LA GRÂCE
158: DE QUELLE MANIÈRE L'HOMME EST DÉLIVRÉ DE SON PÉCHÉ
160: COMMENT L'HOMME EN ÉTAT DE PÉCHÉ NE PEUT ÉVITER LE
PÉCHÉ SANS LA GRÂCE
161: COMMENT DIEU DÉLIVRE CERTAINS HOMMES DU PÉCHÉ, ET
COMMENT IL Y LAISSE D'AUTRES
162: COMMENT DIEU N'EST CAUSE DE PÉCHÉ POUR PERSONNE
163: DE LA PRÉDESTINATION, DE LA RÉPROBATION ET DE
L'ÉLECTION DIVINE
LIVRE QUATRIÈME: TRINITE, SACREMENTS, FINS DERNIERES
2: IL Y A EN DIEU GÉNÉRATION, PATERNITÉ ET FILIATION
4: EXPOSÉ ET RÉFUTATION DES IDÉES DE PHOTIN TOUCHANT LE
FILS DE DIEU
5: EXPOSÉ ET RÉFUTATION DES IDÉES DE SABELLIUS TOUCHANT LE
FILS DE DIEU
6: EXPOSÉ DES IDÉES D'ARIUS TOUCHANT LE FILS DE DIEU
7: RÉFUTATION DE LA THÈSE D'ARIUS
8: EXPLICATION DES TEXTES INVOQUÉS PAR ARIUS
9: EXPLICATION DES TEXTES INVOQUÉS PAR PHOTIN ET SABELLIUS
10: DIFFICULTÉS CONTRE LA GÉNÉRATION ET LA PROCESSION EN
DIEU
11: COMMENT IL FAUT ENTENDRE LA GÉNÉRATION EN DIEU. CE QUE
LES ÉCRITURES DISENT DU FILS DE DIEU
12: COMMENT LE FILS EST APPELÉ SAGESSE DE DIEU
13: IL N'Y A QU'UN FILS EN DIEU
14: SOLUTION DES DIFFICULTÉS SOULEVÉES CONTRE LA
GÉNÉRATION EN DIEU
15: QU'IL Y A UN SAINT-ESPRIT EN DIEU
16: L'ESPRIT-SAINT, A-T-ON DIT, N'EST QU'UNE CRÉATURE.
RAISONS MISES EN AVANT
17: L'ESPRIT-SAINT EST VRAIMENT DIEU
18: L'ESPRIT-SAINT EST UNE PERSONNE SUBSISTANTE
19: COMMENT COMPRENDRE CE QUI EST DIT DE L'ESPRIT-SAINT
20: DES EFFETS QUE L'ÉCRITURE ATTRIBUE A L'ESPRIT-SAINT
PAR RAPPORT A LA CRÉATION TOUTE ENTIÈRE
22: DU RÔLE QUE L'ÉCRITURE FAIT JOUER A L'ESPRIT-SAINT
DANS LE RETOUR DE LA CRÉATURE VERS DIEU
23: RÉPONSE AUX OBJECTIONS CITÉES PLUS HAUT CONTRE LA
DIVINITÉ DE L'ESPRIT-SAINT
24: L'ESPRIT-SAINT PROCÈDE DU FILS
26: IL N'Y A QUE TROIS PERSONNES EN DIEU: LE PÈRE, LE FILS
ET LE SAINT-ESPRIT
27: L'INCARNATION DU VERBE D'APRÈS LA SAINTE ÉCRITURE
28: ERREUR DE PHOTIN CONCERNANT L'INCARNATION
29: ERREUR DES MANICHÉENS CONCERNANT L'INCARNATION
30: ERREUR DE VALENTIN CONCERNANT L'INCARNATION
31: ERREUR D'APOLLINAIRE CONCERNANT LE CORPS DU CHRIST
32: ERREUR D'ARIUS ET D'APOLLINAIRE SUR L'AME DU CHRIST
34: ERREUR DE THÉODORE DE MOPSUESTE ET DE NESTORIUS
TOUCHANT L'UNION DU VERBE ET DE L'HOMME
35: CONTRE L'ERREUR D'EUTYCHÈS
36: ERREUR DE MACAIRE D'ANTIOCHE, SELON QUI IL N'Y AURAIT
DANS LE CHRIST QU'UNE SEULE VOLONTÉ
39: L'INCARNATION DU CHRIST TELLE QUE LA TIENT LA FOI
CATHOLIQUE
40: OBJECTIONS CONTRE LA FOI EN L'INCARNATION
41: DE QUELLE MANIÈRE ENTENDRE L'INCARNATION DU FILS DE
DIEU
42: IL CONVENAIT PARFAITEMENT AU VERBE DE DIEU D'ASSUMER
LA NATURE HUMAINE
45: IL CONVENAIT QUE LE VERBE NAQUIT D'UNE VIERGE
46: LE CHRIST EST NÉ DE L'ESPRIT-SAINT
47: LE CHRIST N'EST PAS FILS DE L'ESPRIT-SAINT SELON LA
CHAIR
48: ON NE PEUT DIRE DU CHRIST QU'IL EST UNE CRÉATURE
49: RÉPONSE AUX DIFFICULTÉS SOULEVÉES PLUS HAUT CONTRE
L'INCARNATION
50: COMMENT LE PÉCHÉ ORIGINEL SE TRANSMET DU PREMIER HOMME
A SA DESCENDANCE
51: OBJECTIONS CONTRE LE PÉCHÉ ORIGINEL
52: RÉPONSE AUX OBJECTIONS PRÉCÉDENTES
53: OBJECTIONS CONTRE LES CONVENANCES DE L'INCARNATION
54: IL ÉTAIT CONVENABLE QUE DIEU S'INCARNAT
55: RÉPONSE AUX OBJECTIONS SOULEVÉES PLUS HAUT CONTRE LES
CONVENANCES DE L'INCARNATION
57: DE LA DIFFÉRENCE QU'IL Y A ENTRE LES SACREMENTS DE LA
LOI ANCIENNE ET CEUX DE LA LOI NOUVELLE
58: NOMBRE DES SACREMENTS DE LA LOI NOUVELLE
62: ERREUR DES INFIDÈLES SUR LE SACREMENT D'EUCHARISTIE
64: RÉPONSE AUX OBJECTIONS SOULEVÉES PAR LA QUESTION DU
LIEU
65: RÉPONSE AUX OBJECTIONS SOULEVÉES PAR LA QUESTION DES
ACCIDENTS
66: RÉPONSE AUX OBJECTIONS SOULEVÉES DU COTÉ DE L'ACTION
ET DE LA PASSION
67: RÉPONSE AUX OBJECTIONS QUE SOULÈVE LA FRACTION
68: EXPLICATION DU TEXTE INVOQUÉ
69: DE QUEL PAIN ET DE QUEL VIN DOIT ÊTRE CONFECTIONNÉ CE
SACREMENT
71: LA GRACE PEUT CONVERTIR L'HOMME QUI PÊCHE APRÈS AVOIR
REÇU LA GRACE DES SACREMENTS
72: NÉCESSITÉ DE LA PÉNITENCE. SES PARTIES
73: LE SACREMENT D'EXTRÊME-ONCTION_
76: DU POUVOIR EPISCOPAL ET DE L'EXISTENCE, A CE DEGRÉ,
D'UN ÉVÊQUE SUPRÊME
77: DE MAUVAIS MINISTRES PEUVENT DONNER LES SACREMENTS
79: LA RÉSURRECTION DES CORPS SERA L'OEUVRE DU CHRIST
80: OBJECTIONS CONTRE LA RÉSURRECTION
81: RÉPONSE AUX OBJECTIONS PRÉCÉDENTES
82: LES HOMMES RESSUSCITERONT IMMORTELS
84: IDENTITÉ DE NATURE DES CORPS RESSUSCITÉS
85: CONDITION DIFFÉRENTE DES CORPS RESSUSCITÉS
86: QUALITÉ DES CORPS GLORIEUX
87: DU LIEU DES CORPS GLORIFIÉS
88: DU SEXE ET DE L'AGE DES RESSUSCITÉS
89: DE LA QUALITÉ DES CORPS RESSUSCITÉS, CHEZ LES DAMNÉS
90: COMMENT DES SUBSTANCES IMMATÉRIELLES PEUVENT ÊTRE
TOURMENTÉES PAR UN FEU MATÉRIEL
91: AUSSITOT SÉPARÉES DU CORPS, LES AMES REÇOIVENT LEUR
RÉCOMPENSE OU LEUR CHATIMENT
92: APRÈS LA MORT, LES AMES DES SAINTS VERRONT LEUR
VOLONTÉ IMMUABLEMENT FIXÉE DANS LE BIEN
93: APRÈS LA MORT, LES AMES DES MÉCHANTS VERRONT LEUR
VOLONTÉ IMMUABLEMENT FIXÉE DANS LE MAL
94: IMMUTABILITÉ DE LA VOLONTÉ DANS LES AMES QUI SONT
RETENUES EN PURGATOIRE
95: IMMUTABILITÉ DE LA VOLONTÉ, EN GÉNÉRAL, DANS TOUTES
LES AMES SÉPARÉES DU CORPS
97: ÉTAT DU MONDE APRÈS LE JUGEMENT_
Ma bouche méditera la vérité; mes lèvres maudiront l'impie.
L'usage commun, que, de l'avis du Philosophe, on doit suivre quand il s'agit de nommer les choses, veut qu'on appelle sages ceux qui organisent directement les choses et président à leur bon gouvernement. Entre autres idées, le Philosophe affirme donc que l'office du sage est de maître de l'ordre. Or tous ceux qui ont charge d'ordonner à une fin doivent emprunter à cette fin la règle de leur gouvernement et de l'ordre qu'ils créent: chaque être est en effet parfaitement à sa place quand il est convenablement ordonné à sa fin, la fin étant le bien de toute chose. Aussi, dans le domaine des arts, constatons-nous qu'un art, détenteur d'une fin, joue à l'égard d'un autre art le rôle de régulateur et pour ainsi dire de principe. La médecine, par exemple, préside à la pharmacie et la règle, pour cette raison que la santé, qui est l'objet de la médecine, est la fin de tous les remèdes dont la composition relève de la pharmacie. Il en va de même du pilotage par rapport à la construction des navires, de l'art de la guerre par rapport à la cavalerie et aux fournitures militaires. Ces arts qui commandent à d'autres, on les appelle architectoniques, ou arts principaux; ceux qui s'y adonnent, et que l'on appelle architectes, revendiquent pour eux le nom de sages. Mais comme ces hommes de métier traitent des fins en des domaines particuliers, et n'atteignent pas à la fin universelle de toutes choses, on les appelle sages en tel ou tel domaine, à la manière dont saint Paul dit qu'il a posé le fondement comme un sage architecte. Le nom de sage, purement et simplement, est réservé à qui prend pour objet de sa réflexion la fin de l'univers, principe en même temps de tout; c'est ainsi que pour le Philosophe, la considération des causes les plus hautes est l'affaire du sage. La fin ultime de chaque chose est celle que vise son premier auteur et moteur. Or le premier auteur et moteur de l'univers est une intelligence, nous le verrons plus loin. La fin dernière de l'univers est donc le bien de l'intelligence. Ce bien, c'est la vérité. La vérité sera donc la fin ultime de tout l'univers, et c'est à la considérer que la sagesse doit avant tout s'attacher. Aussi bien est-ce pour manifester la vérité que la divine Sagesse, après avoir revêtu note chair, déclare qu'elle est venue en ce monde: Je suis né, et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. De son côté, le philosophe précise que la Philosophie première est science de la vérité; non pas de n'importe quelle vérité, mais de cette vérité qui est la source de toute vérité, et propriété du premier principe d'être pour toutes les choses. Cette vérité est le principe de toute vérité, puisque l'établissement des êtres dans la vérité va de pair avec leur établissement dans l'être.
Par ailleurs il appartient au même sujet de s'attacher à l'un des contraires et de réfuter l'autre: la médecine qui est l'art de restaurer la santé, est aussi l'art de combattre la maladie. De même donc que l'office du sage est de méditer la vérité à partir surtout du premier principe et de disserter sur les autres, il lui appartient aussi de combattre l'erreur contraire. Ce double office du sage est donc parfaitement exposé par la Sagesse, dans les paroles que nous avons citées plus haut: dire la vérité divine, qui est la vérité par antonomase, et la dire après l'avoir méditée, tel est le sens de ce verset: Ma bouche méditera la vérité; combattre l'erreur qui s'oppose à la vérité, tel est le sens de cet autre verset: et mes lèvres maudiront l'impie. Ce dernier verset désigne l'erreur qui s'oppose à la vérité divine, qui est contraire à la religion, - laquelle reçoit aussi le nom de piété; - ce qui explique que l'erreur contraire reçoive le nom d'impiété.
Entre toutes les études auxquelles s'appliquent les hommes, celle de la sagesse l'emporte en perfection, en élévation, en utilité et en joie. En perfection, car plus l'homme s'applique à la sagesse, plus il a part à la véritable béatitude; le Sage dit en effet: Heureux l'homme qui s'appliquera à la sagesse. En élévation, car c'est par là surtout que l'homme accède à la ressemblance de Dieu, qui a tout fait en sagesse; et comme la ressemblance est cause de dilection, l'étude de la sagesse unit spécialement à Dieu dans l'amitié, ce qui fait dire, au Livre de la Sagesse, que la sagesse est pour tous les hommes un trésor inépuisable, tel que ceux qui en ont usé ont eu part à l'amitié de Dieu. En utilité, car la sagesse elle-même conduit au royaume de l'immortalité: le désir de la sagesse conduira au royaume éternel. En joie, car sa société ne comporte pas d'amertume ni son commerce de chagrin, mais du plaisir et de la joie. Puisant donc dans la miséricorde de Dieu la hardiesse d'assumer l'office du sage, un office pourtant qui excède nos forces, nous nous sommes proposé comme but d'exposer selon notre mesure la vérité que professe la foi catholique et de rejeter les erreurs contraires. Pour reprendre les paroles de saint Hilaire, l'office principal de ma vie auquel je me sens en conscience obligé devant Dieu, c'est que toutes mes paroles et tous mes sentiments parlent de lui. Réfuter toutes les erreurs est difficile, pour deux raisons. La première, c'est que les affirmations sacrilèges de chacun de ceux qui sont tombés dans l'erreur ne nous sont pas tellement connues que nous puissions en tirer des arguments pour les confondre. C'était pourtant ainsi que faisaient les anciens docteurs pour détruire les erreurs des païens, dont ils pouvaient connaître les positions, soit parce qu'eux-mêmes avaient été païens, soit, du moins, parce qu'ils vivaient au milieu des païens et qu'ils étaient renseignés sur leurs doctrines. - La seconde raison, c'est que certains d'entre eux, comme les Mahométans et les païens, ne s'accordent pas avec nous pour reconnaître l'autorité de l'Écriture, grâce à laquelle on pourrait les convaincre, alors qu'à l'encontre des Juifs, nous pouvons disputer sur le terrain de l'Ancien Testament, et qu'à l'encontre des Hérétiques, nous pouvons disputer sur le terrain du Nouveau Testament Mahométans et Païens n'admettent ni l'un ni l'autre. Force est alors de recourir à la raison naturelle à laquelle tous sont obligés de donner leur adhésion. Mais la raison naturelle est faillible dans les choses de Dieu. Dans l'étude attentive que nous ferons de telle vérité particulière, nous montrerons donc à la fois quelles erreurs cette vérité exclut, et comment la vérité établie par voie démonstrative s'accorde avec la foi de la religion chrétienne.
Il existe plusieurs manières de découvrir la vérité. Comme le dit excellemment le Philosophe, cité par Boèce: c'est la marque d'un homme cultivé d'exiger seulement, en chaque matière, la rigueur que comporte la nature du sujet. Il faut donc commencer par montrer de quelle manière on peut découvrir la vérité proposée. Les vérités que nous professons sur Dieu revêtent une double modalité. Il y a en effet, sur Dieu, des vérités qui dépassent totalement les capacités de l'humaine raison: que Dieu, par exemple, soit trine et un. Il y a, par contre, des vérités auxquelles peut atteindre la raison naturelle: que Dieu, par exemple, existe, qu'il soit un, etc. Ces vérités, même les philosophes les ont prouvées par voie démonstrative, guidés qu'ils étaient par la lumière de la raison naturelle. Qu'il y ait en Dieu un domaine intelligible qui dépasse totalement les capacités de la raison humaine, c'est l'évidence. Le principe de toute la science que la raison peut avoir d'une chose est l'intelligence de la substance de cette chose, puisque, selon l'enseignement du Philosophe, le principe de démonstration est le ce-que-c'est. La manière dont la substance de la chose est saisie par l'intelligence commandera donc nécessairement la manière dont on connaîtra tout ce qui intéresse cette chose. Si donc l'intelligence humaine saisit la substance d'une certaine chose, mettons de la pierre ou du triangle, rien de ce qui est du domaine intelligible de cette chose ne dépassera la capacité de la raison humaine. Tel n'est pas notre cas à l'égard de Dieu. L'intelligence humaine ne peut, par ses forces naturelles, en saisir la substance. Notre connaissance intellectuelle, selon le mode propre à la vie présente, part des sens; ce qui ne tombe pas sous les sens ne peut être saisi par l'intelligence de l'homme que dans la mesure où les objets sensibles permettent d'en inférer la connaissance. Or les objets sensibles ne peuvent amener notre intelligence à voir en eux ce qu'est la substance divine, car il y a décalage entre les effets et la puissance de la cause. Les objets sensibles conduisent pourtant notre intelligence à une certaine connaissance de Dieu, jusqu'à connaître de Dieu qu'il existe, jusqu'à connaître aussi tout ce que l'on doit attribuer au premier principe. Il y a donc en Dieu des vérités intelligibles qui sont accessibles à la raison humaine; d'autres qui dépassent totalement les forces de l'humaine raison. Il est facile de faire la même constatation en partant des degrés des intelligences. De deux êtres dont l'un a d'une chose une connaissance intellectuelle plus aiguë que l'autre, celui dont l'intelligence est plus haute connaît beaucoup de choses que l'autre est incapable de saisir. C'est le cas évident du paysan, qui ne peut saisir d'aucune manière les subtiles considérations de la philosophie. Or l'intelligence de l'ange l'emporte sur l'intelligence de l'homme bien plus que l'intelligence du plus profond philosophe sur l'intelligence du plus rustre des ignorants, car cette dernière distance se situe à l'intérieur des limites de l'espèce humaine, limites que dépasse l'intelligence angélique. La connaissance que l'ange a de Dieu l'emporte d'autant sur la connaissance qu'en peut avoir l'homme qu'elle part d'un effet plus noble, dans la mesure où la substance même de l'ange, qui par une connaissance naturelle conduit celui-ci jusqu'à la connaissance de Dieu, l'emporte en dignité sur les choses sensibles et sur l'âme elle-même qui fait monter l'intelligence de l'homme jusqu'à la connaissance de Dieu. Mais combien plus l'intelligence de Dieu l'emporte sur l'intelligence de l'ange que celle-ci sur l'intelligence de l'homme! La capacité de l'intelligence de Dieu est à niveau avec sa substance; aussi Dieu saisit-il parfaitement ce qu'il est, et connaît-il tout ce qui est en lui objet d'intelligence. L'ange, lui, ne connaît pas d'une connaissance naturelle ce qu'est Dieu, car la substance même de l'ange, qui est pour l'ange le moyen de connaître Dieu, est un effet qui n'atteint pas le niveau de la puissance de la cause. Aussi bien l'ange ne peut-il pas saisir par connaissance naturelle tout ce que Dieu connaît de lui-même, ni non plus la raison humaine n'est-elle capable de saisir tout ce que l'ange connaît par sa puissance naturelle. De même donc que ce serait pure folie pour un ignorant de prétendre faux ce qu'enseigne un philosophe, sous prétexte qu'il ne peut le comprendre, de même, et à plus forte raison, est-ce une insigne sottise pour l'homme de soupçonner de fausseté ce qui est révélé par le ministère des anges, sous prétexte que la raison ne peut le découvrir. Les défaillances dont nous faisons chaque jour l'expérience dans la connaissance des choses donnent clairement la même leçon. Nous ignorons la plupart des propriétés des choses sensibles, et nous sommes incapables dans la plupart des cas de trouver pleinement les raisons de ces propriétés que nos sens perçoivent. A bien plus forte raison, l'intelligence de l'homme n'arrive-t-elle pas à déchiffrer toutes les réalités intelligibles de cette très haute substance de Dieu. Tout ceci s'accorde avec l'enseignement du Philosophe qui affirme au IIe Livre de la Métaphysique que notre intelligence se comporte à l'égard des premiers des êtres, les plus évidents par leur nature, comme l'_il de la chauve-souris à l'égard du soleil. La Sainte Écriture rend également témoignage à cette vérité. Il est dit au Livre de Job, au chapitre XIe: Tu prétends peut-être saisir les traces de Dieu, et découvrir à la perfection le Tout-Puissant? et au chapitre XXXVIe: Oui, Dieu est si grand qu'il dépasse notre science. On lit encore dans la 1ère Épître aux Corinthiens: C'est partiellement que nous connaissons. Tout ce qui est dit de Dieu, et que la raison pourtant ne peut découvrir, ne doit donc pas être aussitôt repoussé comme faux, comme l'ont pensé les Manichéens et la plupart des infidèles.
Les objets intelligibles présentant donc en Dieu deux sortes de vérité, l'une à laquelle peut atteindre l'enquête de la raison, l'autre qui dépasse totalement les capacités de l'humaine raison, c'est à bon droit que Dieu propose à l'homme l'une et l'autre comme objet de foi. Commençons par le montrer de cette vérité qui est accessible aux recherches de la raison; ce sera répondre à qui estimerait inutile, sous prétexte qu'on peut s'en rendre maître à force de raison, sa transmission comme objet de foi par inspiration surnaturelle. On se trouverait devant trois dommages, si cette vérité était abandonnée aux seules entreprises de la raison. Le premier, c'est que peu d'hommes jouiraient de la connaissance de Dieu. Ce qui est l'aboutissement d'une studieuse enquête est en effet interdit à la plupart des hommes pour trois raisons. D'abord, certains en sont empêchés par les mauvaises dispositions de leur tempérament, qui les détournent du savoir: aucune étude ne pourrait leur permettre d'atteindre ce sommet de la science humaine qu'est la connaissance de Dieu. - Les nécessités domestiques sont un obstacle pour d'autres. Il faut bien que parmi les hommes il y en ait qui se chargent de l'administration de ces affaires temporelles; à ceux-là le temps manque pour le loisir de la recherche contemplative qui leur permettrait d'atteindre la cime de la recherche humaine la connaissance de Dieu. - Pour d'autres, l'obstacle, c'est la paresse. La connaissance de tout ce que la raison peut découvrir de Dieu exige au préalable des connaissances nombreuses. C'est presque toute la réflexion philosophique en effet qui se trouve ordonnée à la connaissance de Dieu; telle est la raison pour laquelle la métaphysique consacrée à l'étude des choses divines occupe chronologiquement la dernière place dans l'enseignement des disciplines philosophiques. On ne peut donc se mettre à la recherche de cette vérité divine qu'avec beaucoup de travail et d'application. Ce travail, bien peu veulent l'assumer pour l'amour de la science, dont Dieu pourtant a mis le désir au plus profond de l'esprit des hommes. Le deuxième dommage consiste en ce que les hommes qui arriveraient découvrir la vérité divine, le feraient difficilement et après beaucoup de temps. Ceci, en raison de la profondeur de cette vérité que l'on ne peut saisir par la voie de la raison que si l'intelligence humaine s'en est rendue capable par un long exercice; en raison aussi des nombreuses connaissances préalables qui son nécessaires, on l'a dit; pour cette raison enfin qu'au temps de la jeunesse, l'âme agitée par les divers mouvements des passions n'est pas apte à connaître une si profonde vérité, l'homme, pour reprendre une parole du Philosophe au VIIe Livre des Physiques, devenant prudent et savant à mesure qu'il s'apaise. Si donc, pour connaître Dieu, s'ouvrait la seule route de la raison, le genre humain demeurerait dans les plus profondes ténèbres de l'ignorance; la connaissance de Dieu qui contribue souverainement à rendre les hommes parfaits et bons ne serait le partage que d'un petit nombre, et pour ceux-là mêmes après beaucoup de temps. Le troisième dommage consiste en ceci: les recherches de la raison humaine seraient dans la plupart des cas entachées d'erreur, en raison de la faiblesse de notre intelligence à juger, en raison aussi du mélange des images. Chez beaucoup il resterait des doutes sur ce qui est démontré en absolue vérité, faute de connaître la valeur de la démonstration, et surtout à voir la diversité des doctrines de ceux qui se prétendent sages. Il était donc nécessaire de présenter aux hommes, par la voie de la foi, une certitude bien arrêtée et une vérité sans mélange, dans le domaine des choses de Dieu. La divine miséricorde y a pourvu d'une manière salutaire en imposant de tenir par la foi cela même qui est accessible à la raison, si bien que tous peuvent avoir part facilement à la connaissance de Dieu, sans doute et sans erreur. C'est pourquoi on lit dans l'Épître aux Éphésiens: Ne vous conduisez pas comme le font les païens dans la vanité de leur jugement, et leurs pensées enténébrées; et en Isaïe: Tous tes fils seront instruits par le Seigneur.
D'aucuns, peut-être, pensent qu'on ne devrait pas proposer à l'homme comme objet de foi ce que sa raison ne peut découvrir; la divine sagesse ne pourvoit-elle pas aux besoins de chacun selon la capacité de sa nature? Aussi nous faut-il montrer qu'il est nécessaire à l'homme de se voir proposer par Dieu comme objet de foi cela même qui dépasse sa raison. Personne ne tend vers quelque chose par le désir et par l'étude si cette chose ne lui est déjà connue. Parce que la divine providence, comme nous l'étudierons plus loin, destine les hommes à un bien plus grand que ne peut en faire l'expérience, en cette vie présente, la fragilité humaine, il fallait que l'esprit soit attiré à un niveau plus haut que ne peut l'atteindre ici-bas notre raison, pour qu'il apprenne ce qu'il fallait désirer et s'applique à tendre vers ce qui dépasse totalement l'état de la vie présente. C'est la fonction, principalement, de la religion chrétienne qui, de façon privilégiée, promet des biens spirituels et éternels. Aussi la plupart des vérités qu'elle propose dépassent le sens de l'homme, alors que la Loi ancienne dont les promesses étaient temporelles, proposait peu de chose qui excédât les prise de la raison humaine. - C'est dans ce sens aussi que les philosophes, dans le but de conduire les hommes des délectations sensibles jusqu'à la vie vertueuse, se soucièrent de montrer qu'il y avait d'autres biens, supérieurs aux biens sensibles, dont le goût réjouissait d'une manière beaucoup plus délicate ceux qui s'adonnent aux vertus de la vie active ou aux vertus de la vie contemplative. La proposition aux hommes d'une telle vérité comme objet de foi est encore nécessaire pour une connaissance plus vraie de Dieu. Nous ne connaissons vraiment Dieu, en effet, que si nous le croyons au-dessus de tout ce que l'homme peut en concevoir, puisque la substance de Dieu, nous l'avons vu, dépasse notre connaissance naturelle. Du fait que l'homme se voit proposer sur Dieu des vérités qui dépassent sa raison, l'opinion où il est que Dieu est supérieur à tout ce qu'il peut penser, s'en trouve confirmée. Une autre conséquence utile est la régression de cette présomption qui est mère de l'erreur. Certains hommes en effet s'appuient tellement sur leurs capacités qu'ils se font fort de mesurer avec leur intelligence la nature tout entière, estimant vrai tout ce qu'ils voient, et faux tout ce qu'ils ne voient pas. Pour que l'esprit de l'homme, libéré d'une telle présomption, pût s'enquérir de la vérité avec modestie, il était donc nécessaire que Dieu proposât certaines vérités totalement inaccessibles à son intelligence. Au Xe Livre de l'Éthique, le Philosophe manifeste une autre utilité. A l'encontre d'un certain Simonide qui voulait convaincre les hommes de renoncer à connaître Dieu et d'appliquer leur esprit aux réalités humaines, disant que l'homme devait goûter les choses humaines et le mortel les réalités mortelles, le Philosophe affirme que l'homme, autant qu'il le peut, doit se hausser jusqu'aux réalités immortelles et divines. Aussi, au XIe Livre des Animaux, dit-il que quelque limitée que soit notre perception des substances supérieures, ce peu est plus aimé et plus désiré que toute la connaissance que l'on peut avoir des substances inférieures. Au IIe Livre du Ciel et du Monde, il dit encore que quelque limitée que soit la solution topique donnée aux problèmes que posent les corps célestes, il arrive au disciple d'en ressentir une joie violente. Tout cela montre qu'une connaissance si imparfaite qu'elle soit des réalités les plus nobles confère à l'âme une très haute perfection. Quand bien même la raison humaine ne peut saisir pleinement les vérités suprarationnelles, elle en reçoit pourtant une grande perfection, pour peu qu'elle les tienne de quelque manière par la foi. C'est pourquoi il est écrit au Livre de l'Ecclésiastique: Beaucoup de choses qui dépassent l'esprit de l'homme t'ont été montrées; et dans la 1ère Épître aux Corinthiens: Nul ne connaît les secrets de Dieu, sinon l'Esprit de Dieu: or Dieu nous les a révélés par son Esprit.
Ceux qui ajoutent foi à une telle vérité, dont la raison humaine ne peut faire l'expérience, ne croient pas à la légère, comme s'ils suivaient des fables sophistiquées, pour reprendre le mot de la IIe Épître de Pierre. Ces secrets de la Sagesse divine, la Sagesse divine elle-même, qui connaît parfaitement toutes choses, a daigné les révéler aux hommes. Elle a manifesté sa présence, la vérité de son enseignement et de son inspiration par les preuves qui convenaient, en accomplissant de manière très visible, pour confirmer ce qui dépasse la connaissance naturelle, des _uvres très au-dessus des possibilités de la nature tout entière: guérison merveilleuse des malades, résurrection des morts, changement étonnant des corps célestes, et, ce qui est plus admirable, inspiration de l'esprit des hommes, telle que des ignorants et des simples, remplis du don du Saint Esprit, ont acquis en un instant la plus haute sagesse et la plus haute éloquence. Devant de telles choses, mue par l'efficace d'une telle preuve, non point par la violence des armes ni par la promesse de plaisirs grossiers, et, ce qui est plus étonnant encore, sous la tyrannie des persécuteurs, une foule innombrable, non seulement de simples mais d'hommes très savants, est venue s'enrôler dans la foi chrétienne, cette foi qui prêche des vérités inaccessibles à l'intelligence humaine, réprime les voluptés de la chair, et enseigne à mépriser tous les biens de ce monde. Que les esprits des mortels donnent leur assentiment à tout cela, et qu'au mépris des réalités visibles seuls soient désirés les biens invisibles, voilà certes le plus grand des miracles et l'_uvre manifeste de l'inspiration de Dieu. Que tout cela ne se soit pas fait d'un seul coup et par hasard, mais suivant une disposition divine, il y a, pour le manifester, le fait que Dieu, longtemps à l'avance, l'a prédit par la bouche des prophètes, dont les livres sont par nous tenus en vénération, parce qu'ils apportent un témoignage à notre foi. L'Épître aux Hébreux fait allusion à ce genre de confirmation: Celui-ci, le salut de l'homme, inauguré par la prédication du Seigneur, nous a été garanti par ceux qui l'ont entendu. Dieu appuyant leur témoignage par des signes, des prodiges, et par diverses communications de l'Esprit-Saint. Cette si admirable conversion du monde à la foi du Christ est une preuve très certaine en faveur des miracles anciens, telle qu'il n'est pas nécessaire de les voir se renouveler, puisqu'ils transparaissent avec évidence dans leurs effets. Ce serait certes un miracle plus étonnant que tous les autres que le monde ait été appelé, sans signes dignes d'admiration, par des hommes simples et de basse naissance, à croire des vérités si hautes, à faire des _uvres si difficiles, à espérer des biens si élevés. Encore que Dieu, même de nos jours, ne cesse de confirmer notre foi par les miracles de ses saints. Les fondateurs de sectes ont procédé de manière inverse. C'est le cas évidemment de Mahomet qui a séduit les peuples par des promesses de voluptés charnelles au désir desquelles pousse la concupiscence de la chair. Lâchant la bride à la volupté, il a donné des commandements conformes à ses promesses, auxquels les hommes charnels peuvent obéir facilement. En fait de vérités, il n'en a avancé que de faciles à saisir par n'importe quel esprit médiocrement ouvert. Par contre, il a entremêlé les vérités de son enseignement de beaucoup de fables et de doctrines des plus fausses. Il n'a pas apporté de preuves surnaturelles, les seules à témoigner comme il convient en faveur de l'inspiration divine, quand une _uvre visible qui ne peut être que l'_uvre de Dieu prouve que le docteur de vérité est invisiblement inspiré. Il a prétendu au contraire qu'il était envoyé dans la puissance des armes, preuves qui ne font point défaut aux brigands et aux tyrans. D'ailleurs, ceux qui dès le début crurent en lui ne furent point des sages instruits des sciences divines et humaines, mais des hommes sauvages, habitants des déserts, complètement ignorants de toute science de Dieu, dont le grand nombre l'aida, par la violence des armes, à imposer sa loi à d'autres peuples. Aucune prophétie divine ne témoigne en sa faveur; bien au contraire il déforme les enseignements de l'Ancien et du Nouveau Testament par des récits légendaires, comme c'est évident pour qui étudie sa loi. Aussi bien, par une mesure pleine d'astuces, il interdit à ses disciples de lire les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament qui pourraient le convaincre de fausseté. C'est donc chose évidente que ceux qui ajoutent foi à sa parole, croient à la légère.
Si la vérité de la foi chrétienne dépasse les capacités de la raison humaine, les principes innés naturellement à la raison ne peuvent contredire cependant cette vérité. Ces principes naturellement innés à la raison sont absolument vrais, c'est un fait, tellement vrais qu'il est impossible de penser qu'ils soient faux. Il n'est pas davantage permis de croire faux ce qui est tenu par la foi et que Dieu a confirmé d'une manière si évidente. Seul le faux étant le contraire du vrai, comme il ressort clairement de leur définition, il est impossible que la vérité de foi soit contraire aux principes que la raison connaît naturellement. Cela même que le maître inculque à l'esprit de son disciple, la science du maître l'inclut, à moins que cet enseignement ne soit entaché d'hypocrisie, ce qui ne saurait s'appliquer à Dieu. Or la connaissance des principes qui nous sont naturellement connus nous est donnée par Dieu, puisque Dieu est l'auteur de notre nature. Ces principes sont donc inclus également dans la sagesse divine. Donc, tout ce qui contredit ces principes contredit la sagesse divine. Or cela ne peut pas se réaliser en Dieu. Tout ce que la révélation divine nous demande de croire ne peut donc être contraire à la connaissance naturelle. Des arguments contraires lient notre intelligence, l'empêchent d'arriver à la connaissance du vrai. Si donc Dieu infusait en nous des connaissances contraires, notre intelligence serait empêchée par là de connaître la vérité. Cela, Dieu ne peut pas le faire. Les propriétés naturelles ne peuvent changer, tant que demeure la nature. Or des opinions contraires ne peuvent coexister dans le même sujet. Dieu n'infuse donc pas à l'homme des opinions ou une foi qui aillent contre la connaissance naturelle. C'est ce qui fait dire à l'Apôtre, dans l'Épître aux Romains: La parole est tout près de toi, dans ton c_ur et sur tes lèvres, entends: la parole de foi, que nous prêchons. Mais parce qu'elle dépasse la raison, certains prétendent qu'elle lui est pour ainsi dire contraire. Cela ne peut pas être. L'autorité de saint Augustin le confirme également. Au IIe Livre du De Genesi ad litteram, il dit ceci: Ce que la vérité découvrira ne peut aller à l'encontre des livres saints, soit de l'Ancien soit du Nouveau Testament. On en conclura nettement que quels que soient les arguments que l'on avance contre l'enseignement de la foi, ils ne procèdent pas droitement des premiers principes innés à la nature, et connus par soi. Ils n'ont donc pas valeur de démonstration; ils ne sont que des raisons probables ou sophistiques. Il y a place ainsi pour les réfuter.
A la réflexion, il apparaît que les réalités sensibles elles-mêmes qui fournissent à la raison humaine la source de la connaissance gardent en elles une certaine trace de ressemblance divine, trace tellement imparfaite pourtant qu'elle se trouve absolument incapable d'exprimer la substance de Dieu. Tout effet possède à sa manière une ressemblance avec sa cause, l'agent produisant son semblable; mais cet effet n'atteint pas toujours à la parfaite ressemblance de l'agent. En ce qui concerne la connaissance de la vérité de foi, - vérité parfaitement connue de ceux seulement qui voient la substance divine, - la raison humaine se comporte de telle manière qu'elle est capable de recueillir en sa faveur certaines vraisemblances. Sans doute, celles-ci ne suffisent-elles pas à faire saisir cette vérité de manière pour ainsi dire démonstrative, ou comme par soi; mais il est utile que l'esprit humain s'exerce à de telles raisons, Si débiles qu'elles soient, pourvu que l'on ne s'imagine pas comprendre ou démontrer, car dans le domaine des réalités les plus hautes, c'est une joie très grande de pouvoir, humblement et faiblement, apercevoir quelque chose. Cette position se trouve confirmée par l'autorité de saint Hilaire, qui dans son livre sur la Trinité s'exprime ainsi à propos de cette vérité: Dans ta foi, entreprends, progresse, acharne-toi. Sans doute, tu n'arriveras pas au terme, je le sais, mais je me féliciterai de ton progrès. Qui poursuit avec ferveur l'infini, avance toujours, même Si d'aventure il n'aboutit pas. Mais garde-toi de prétendre pénétrer le mystère, garde-toi de plonger dans le secret d'une nature sans contours, en t'imaginant saisir le tout de l'intelligence. Comprends que cette vérité passe toute compréhension.
Le sage, c'est donc évident, doit appliquer son effort à la double vérité des réalités divines, en même temps qu'à la réfutation des erreurs contraires. A l'une de ces tâches, la recherche de la raison peut suffire; l'autre tâche dépasse toute entreprise de la raison. Quant à la double vérité dont je parle, elle est à prendre non point du côté de Dieu lui-même, qui est la vérité unique et simple, mais du côté de notre connaissance qui devant les choses de Dieu revêt diverses modalités. La manifestation de la vérité sous la première modalité demande donc que l'on procède par voie de raisons démonstratives, capables de convaincre l'adversaire. Mais de telles raisons ne valant pas pour la vérité sous la seconde modalité, on ne doit pas avoir pour but de convaincre l'adversaire par argumentation, mais de résoudre les arguments qu'il avance contre la vérité, puisque la raison naturelle ne peut aller contre la vérité de foi. Cette manière particulière de convaincre celui qui s'oppose à une telle vérité se tire de l'Écriture divinement confirmée par des miracles. Ce qui dépasse la raison humaine, nous ne le croyons en effet que sur révélation de Dieu. Dans le but d'éclairer cette vérité, on peut pourtant avancer certains arguments de vraisemblance, où la foi des fidèles trouve à s'exercer et à se reposer, sans qu'ils soient de nature à convaincre les adversaires. Ceux-ci, l'insuffisance même de ces arguments les confirmerait plutôt dans leur erreur, en leur donnant à penser que nous consentons à la vérité de foi pour de si pauvres raisons. Notre dessein étant donc de procéder selon la méthode proposée, nous essaierons de manifester cette vérité que la foi professe et que la raison découvre, en produisant des arguments démonstratifs et des arguments probables, dont certains nous seront fournis par les _uvres des philosophes et des saints, et qui nous serviront à confirmer la vérité et à convaincre l'adversaire. Passant ensuite du plus clair au moins clair, nous exposerons cette vérité qui dépasse la raison, en réfutant les arguments des adversaires et en éclairant, autant que Dieu le permettra, la vérité de foi par des arguments probables et par des autorités. Nous proposant donc de suivre par la voie de la raison ce que la raison humaine peut découvrir de Dieu, nous aurons à étudier tout d'abord ce qui est le propre de Dieu, en lui-même. Nous étudierons ensuite la sortie des créatures à partir de Dieu. En troisième lieu, nous verrons l'ordonnance des créatures à Dieu comme à leur fin. Entre toutes les choses qu'il nous faut étudier de Dieu en lui-même, la première, et comme le fondement nécessaire de toute l'_uvre, est la démonstration de l'existence de Dieu. Si cela n'est pas acquis, c'est toute l'étude des réalités divines qui s'effondre fatalement.
Cette étude, au terme de laquelle on compte avoir démontré l'existence de Dieu, pourra paraître inutile à certains pour qui l'existence de Dieu est connue par soi, si bien qu'il est impossible de penser le contraire et qu'ainsi on ne saurait démontrer que Dieu existe. Voici les arguments mis en avant. 1.- Est connu par soi, dit-on, ce qui est connu dès que l'on en connaît les termes: par exemple, dès que l'on connaît ce qu'est le tout et ce qu'est la partie, on sait que le tout est plus grand que la partie. Or il en va de même quand nous disons que Dieu existe. Dans le mot « Dieu » nous saisissons une chose telle qu'on n'en puisse penser de plus grande. C'est l'idée qui se forme dans l'esprit de celui qui entend prononcer le nom de Dieu et qui en saisit le sens: ainsi l'existence de Dieu est-elle nécessaire déjà au moins dans l'intelligence. Mais Dieu ne peut exister seulement dans l'intelligence; ce qui existe à la fois dans l'intelligence et dans la réalité est plus grand que ce qui existe dans la seule intelligence. Or l'idée même qu'exprime le nom de Dieu montre qu'il n'y a rien de plus grand que Dieu. Reste donc que l'existence de Dieu est connue par soi, manifestée pour ainsi dire par le sens même du nom. 2.- Il est possible de penser à l'existence d'un être dont on ne puisse penser qu'il n'existe pas. Cet être est évidemment plus grand que celui dont on peut penser qu'il n'existe pas. Ainsi donc on pourrait penser un être plus grand que Dieu, si l'on pouvait penser que Dieu n'existe pas. Reste donc que l'existence de Dieu est connue par soi. 3.- Les propositions les plus claires sont nécessairement celles où sujet et prédicat sont identiques, telle l'homme est homme; ou celles dont le prédicat est inclus dans la définition du sujet, telle l'homme est un animal. Or il se trouve qu'en Dieu d'une manière éminente, - nous le montrerons plus loin -, son acte d'être est son essence, à tel titre que c'est la même réponse qui est à faire à la question: qu'est-il? , et à la question: est-il? Quand donc nous disons: Dieu existe, le prédicat est identique au sujet, ou du moins il est inclus dans la définition du sujet. L'existence de Dieu est ainsi connue par soi. 4.- Ce qui est connu naturellement est connu par soi; point n'est besoin pour le connaître d'un effort de recherche. Or, l'existence de Dieu est connue naturellement tout comme le désir de l'homme tend naturellement vers Dieu comme vers sa fin dernière. L'existence de Dieu est ainsi connue par soi. 5.- Ce par quoi toutes les autres choses sont connues doit être connu par soi. Tel est le cas pour Dieu. De même en effet que la lumière du soleil est le principe de toutes les perceptions visuelles, de même la lumière de Dieu est-elle le principe de toute connaissance intellectuelle, puisque c'est en lui que se trouve au maximum la lumière intelligible. Il faut donc que l'existence de Dieu soit connue par soi. C'est donc sur de tels arguments et sur d'autres semblables que certains appuient l'idée que l'existence de Dieu est tellement connue par soi qu'on ne peut penser le contraire.
L'opinion dont on vient de parler tire en partie son origine de l'habitude où l'on est, dès le début de la vie, d'entendre proclamer et d'invoquer le nom de Dieu. L'habitude, surtout l'habitude contractée dès la petite enfance, a la force de la nature; ainsi s'explique qu'on tienne aussi fermement que si elles étaient connues naturellement et par soi les idées dont l'esprit est imbu dès l'enfance. Cette opinion vient en partie aussi du manque de distinction entre ce qui est connu par soi purement et simplement, et ce qui est connu par soi quant à nous. Certes, à la prendre absolument, l'existence de Dieu est connue par soi, puisque cela même qui est Dieu est son exister. Mais étant donné que cela même qu'est Dieu, notre esprit ne peut le concevoir, son existence reste inconnue de nous. Que le tout, par exemple, soit plus grand que la partie, voilà une chose connue par soi, purement et simplement, mais qui demeurerait nécessairement inconnue à qui n'arriverait pas à concevoir la définition du tout. Ainsi se fait-il que devant les réalités les plus évidentes notre intelligence se comporte comme l'_il de la chauve-souris en face du soleil. 1.- Il n'est pas nécessaire qu'aussitôt connu le sens du mot Dieu, l'existence de Dieu soit pour autant connue, comme le voulait la première objection. D'abord il n'est pas reconnu de tous, même de ceux qui acceptent l'existence de Dieu, que Dieu est celui dont on ne peut penser qu'il y ait un être plus grand que lui: beaucoup de philosophes de l'antiquité ont pensé que c'était ce monde-ci qui était Dieu. L'interprétation du nom de Dieu, donnée par Jean Damascène, ne laisse non plus rien de tel à entendre. Ensuite, à supposer que tous les hommes voient sous le nom de Dieu un être dont on ne peut penser qu'il y en ait de plus grand, il ne sera pas pour autant nécessaire que cet être dont on ne peut penser qu'il en existe de plus grand, existe en réalité. Le même mode, en effet, doit recouvrir la chose réelle et la définition nominale. Or du fait que l'esprit conçoit ce qui est proféré sous le nom de Dieu, il ne s'ensuit pas que Dieu existe, sinon dans l'intelligence. Il n'y aura donc pas nécessité à ce que l'être dont on ne peut penser qu'il en existe de plus grand, existe ailleurs que dans l'intelligence. Et il ne s'ensuit pas qu'il existe en réalité un être dont on ne puisse penser qu'il en existe de plus grand. Les négateurs de l'existence de Dieu ne voient là aucun inconvénient; il n'y a pas d'inconvénient, en effet, à ce que l'on puisse penser qu'une chose est plus grande qu'une autre, soit dans la réalité soit dans l'intelligence, Si ce n'est pour celui qui concède l'existence d'un être dont on ne peut penser qu'il en existe de plus grand dans la réalité. 2.- Il n'est pas nécessaire non plus, comme le proposait la deuxième objection, que l'on puisse penser à l'existence d'un être plus grand que Dieu, si l'on peut penser que Dieu n'existe pas. Que l'on puisse penser que Dieu n'existe pas ne vient pas en effet de l'imperfection ou de l'incertitude de son être, - l'être de Dieu est de soi absolument évident, - mais de la faiblesse de notre intelligence qui ne peut le saisir par lui-même, mais à partir de ses effets, et qui est ainsi amenée à le connaître par la voie du raisonnement. 3.- La troisième objection tombe par là-même. Comme il est évident pour nous que le tout est plus grand que la partie, il est pleinement évident que Dieu existe pour ceux qui voient l'essence de Dieu, puisque, en lui, essence et existence sont identiques. Mais parce que nous ne pouvons pas voir l'essence de Dieu, nous ne parvenons pas à la connaissance de son existence directement, mais à partir de ses effets. 4.- La réponse à la quatrième objection est claire. L'homme en effet connaît Dieu naturellement, de la même manière qu'il le désire naturellement. Or l'homme désire Dieu naturellement en tant qu'il désire naturellement la béatitude, qui est une ressemblance de la bonté de Dieu. Il n'est donc pas nécessaire que l'homme connaisse naturellement Dieu, considéré en lui-même, mais il est nécessaire qu'il en connaisse la ressemblance. Il faut donc que grâce aux ressemblances de Dieu qu'il découvre dans ses effets, l'homme parvienne par voie de raisonnement à la connaissance de Dieu. 5.- La solution de la cinquième objection est également facile et claire. Dieu, sans doute, est ce par quoi toutes choses sont connues, non pas de telle manière que tous les êtres ne soient connus qu'une fois lui connu, comme c'est le cas pour les principes évidents par soi, mais pour cette raison que toute connaissance naît sous son influence.
D'autres soutiennent une opinion contraire à la position précédente; d'après eux ce serait également une entreprise inutile que de vouloir prouver l'existence de Dieu. Cette vérité, disent-ils, ne peut être atteinte par la raison; nous ne pouvons la recevoir que de la foi et de la révélation. Ceux qui parlent ainsi y sont poussés par la faiblesse des arguments que certains ont utilisés pour établir l'existence de Dieu. Toutefois cette erreur pourrait aussi s'appuyer indûment sur l'affirmation, avancée par certains philosophes, de l'identité en Dieu de son essence et de son acte d'être, c'est-à-dire de ce qui répond à la question: qu'est-ce que Dieu? et à cette autre: Dieu est-il? Puisque nous ne pouvons arriver par la raison à connaître ce qu'est Dieu, on en conclut qu'elle ne nous aide pas davantage à démontrer qu'il existe. Si le principe qui permet de démontrer qu'une chose existe doit comporter ce qu'en signifie le nom, s'il est vrai par ailleurs que ce qui est signifié par le nom est la définition, il ne reste aucune voie pour démontrer l'existence de Dieu, la connaissance de l'essence ou quiddité divine étant écartée. Si, comme le montre Aristote, les principes démonstratifs prennent leur origine dans la connaissance sensible, il semble bien que tout ce qui dépasse le pouvoir de celle-ci ne puisse être démontré. Or telle est assurément l'existence de Dieu. Elle ne peut donc être démontrée. Mais la fausseté de cette proposition ressort: - de la méthode démonstrative d'abord, qui nous apprend à remonter des effets jusqu'à leur cause; - de l'ordre même des sciences: s'il n'existe aucune substance connaissable au-dessus de la substance sensible, il faut en conclure qu'il n'y a de sciences que la science de la Nature; - du travail des philosophes, qui se sont efforcés d'établir l'existence de Dieu; - enfin de la vérité proposée par l'Apôtre: Les _uvres de Dieu rendent visibles à l'intelligence ses attributs invisibles. Or ceci ne fait nullement échec au principe que nous proposait le premier argument, à savoir l'identité en Dieu de l'essence et de l'acte d'être; seulement cet argument l'entend de cet acte d'être par lequel Dieu subsiste en lui-même, et qui nous est aussi inconnu que son essence. Mais il ne l'entend pas de cet acte d'être signifié par l'intellect quand celui-ci compose. Or si on le comprend ainsi, l'existence de Dieu est objet de démonstration, puisque par une démarche démonstrative notre esprit s'avère capable de former une proposition concernant Dieu, par laquelle il en affirme l'existence. De plus, quand on veut démontrer rationnellement l'existence de Dieu, ce n'est pas l'essence divine, ou quiddité, qu'il faut prendre pour moyen terme comme le proposait le deuxième argument; mais au lieu de l'essence il faut prendre l'effet, ainsi que l'on procède dans les démonstrations du type quia (a posteriori), et de cet effet on tire la signification de ce nom: Dieu. Car tous les noms de Dieu lui sont donnés d'après ses effets, soit par voie d'élimination, soit par voie de causalité. La réponse au troisième argument en ressort clairement. Bien que Dieu échappe au pouvoir des sens, nous pouvons démontrer son existence à partir de ses effets qui, eux, leur restent accessibles. De la sorte, notre connaissance des réalités qui dépassent la capacité de la connaissance sensible trouve encore en elle son origine.
Nous avons dit qu'il n'était pas inutile de s'efforcer de démontrer l'existence de Dieu. Il est temps maintenant d'exposer les arguments mis en _uvre aussi bien par les philosophes que par les docteurs catholiques pour prouver que Dieu existe. Nous exposerons d'abord avec quels arguments Aristote mène sa démonstration de l'existence de Dieu, qu'il entend prouver à partir du mouvement, selon deux voies. Voici la première de ces voies. Tout ce qui est mû est mû par un autre. Or il est évident pour les sens qu'il y a des choses mues, le soleil par exemple. Le soleil est donc mû par un moteur différent de lui. Ce moteur sera lui-même mû, ou ne le sera pas. S'il n'est pas mû, nous tenons le but proposé, à savoir qu'il est nécessaire de poser un moteur immobile. Ce moteur immobile, nous l'appelons Dieu. - Si ce moteur, par contre, est mû, il sera mû par un autre. Dans ce cas, ou bien il faudra remonter à l'infini; ou bien il faudra s'arrêter à quelque moteur immobile. Mais on ne peut remonter à l'infini. Il est donc nécessaire de poser l'existence d'un premier moteur immobile. Dans cette démonstration, il y a deux propositions à prouver: que tout être mû est mû par un autre; que dans le domaine des moteurs et des êtres mus, on ne peut remonter à l'infini. Le philosophe prouve de trois manières la première de ces propositions. 1.- Si un être se meut lui-même, il faut qu'il ait en lui-même le principe de son mouvement; il est clair, autrement, qu'il sera mû par un autre. - Il faut encore qu'il soit mû immédiatement, autrement dit qu'il soit mû en raison de soi-même, et non en raison de l'une de ses parties, comme l'animal, par exemple, que meut le mouvement de ses pattes; ce n'est pas l'être tout entier qui serait alors mû par soi, mais une partie de lui-même, et cette partie par une autre. - Il faut enfin qu'il soit divisible et qu'il comporte des parties diverses, car tout être mû est divisible, comme il est prouvé au VIe Livre des Physiques. Ceci posé, Aristote argumente ainsi. Ce qui par hypothèse se meut soi-même, est mû immédiatement. Donc le repos de l'une de ses parties entraîne le repos du tout. Si, en effet, une partie étant en repos, une autre continuait d'être mue, le tout ne serait pas mû immédiatement; le serait seulement la partie qui est mue, alors que l'autre est en repos. Or aucune chose dont le repos est en dépendance du repos d'une autre, ne se meut par elle-même. L'être dont le repos suit le repos d'un autre voit nécessairement son mouvement suivre le mouvement d'un autre; ainsi ne se meut-il pas de lui-même. L'être que l'on supposait se mouvoir de lui-même ne se meut donc pas de lui-même. On ne saurait objecter que l'être qui se meut de lui-même n'a pas de partie qui puisse se reposer, ou encore que ce repos ou ce mouvement d'une partie ne sont qu'accidentels, comme Avicenne l'avançait à tort. La valeur de cet argument consiste en effet en ceci: si un être se meut de lui-même, immédiatement et par soi, non en raison de ses diverses parties, son mouvement ne doit pas dépendre d'un autre; or le mouvement d'un être divisible, tout comme son être, dépend de ses parties; aussi ne peut-il se mouvoir lui-même immédiatement et par soi. La vérité de la conclusion obtenue ne requiert pas de supposer qu'une partie de l'être qui se meut lui-même se mette en repos, comme si c'était quelque chose de vrai absolument; mais il faut que cette conditionnelle soit vraie: si la partie s'arrêtait, c'est le tout qui s'arrêterait. Cette proposition peut être vraie, même si l'antécédent est impossible, comme est vraie cette conditionnelle: Si l'homme était un âne, il serait dénué de raison. 2.- La deuxième preuve, qui est une preuve par induction, s'énonce ainsi: tout ce qui est mû par accident n'est pas mû par soi-même; le mouvement d'un tel être dépend du mouvement d'un autre. Ce qui est mû par violence n'est pas non plus mû par soi, c'est évident; et pas davantage les êtres que la nature meut comme s'ils étaient mus par soi, comme c'est le cas pour les animaux manifestement mus par l'âme. Pas davantage n'est mû par soi ce qui est mis en mouvement par la nature, comme le sont les corps lourds et les corps légers, car ces êtres sont mus par qui les engendre et par qui retire les obstacles de devant eux. - Or tout être mû ou bien se meut par soi ou bien est mû par accident. - S'il est mû par soi, ou bien c'est par violence, ou bien c'est le fait de la nature. En ce cas, ou bien l'être est mû de soi comme il en va de l'animal, ou bien l'être n'est pas mû de soi, comme il en va du corps lourd ou du corps léger. Ainsi rien ne se meut soi-même. 3. - En troisième lieu, Aristote apporte la preuve suivante. Aucun être n'est à la fois en puissance et en acte par rapport à une même chose. Mais tout ce qui est mû, en tant que tel, est en puissance, car le mouvement est l'acte de ce qui est en puissance en tant qu'il est en puissance. Or tout ce qui se meut est en acte, puisque rien n'agit que dans la mesure où il est en acte. Aucun être n'est donc, par rapport au même mouvement, et moteur et mû. Ainsi donc rien ne se meut soi-même. Remarquons que Platon, pour qui par hypothèse tout moteur est mû, a pris le terme de mouvement dans une acception plus large qu'Aristote. Ce dernier prend proprement le mouvement dans le sens où il est l'acte de ce qui est en puissance en tant qu'il est en puissance: ce qui n'est le fait que des êtres divisibles et des corps, comme il est prouvé au VIe Livre des Physiques. Pour Platon, l'être qui se meut lui-même n'est pas un corps, Platon prenant le mouvement au sens de n'importe quelle opération: comprendre ou croire, voilà par exemple du mouvement; conception dont Aristote fait mention au IIIe Livre de l'Âme. Platon affirmait donc ainsi que le premier moteur se meut lui-même du fait qu'il se connaît lui-même, qu'il se veut ou s'aime lui-même. D'une certaine manière cela ne s'oppose pas aux raisons d'Aristote. Il n'y a pas de différence, en définitive, entre un premier être qui se meut lui-même, à la manière de Platon, et un premier être parfaitement immobile, à la manière d'Aristote. La seconde proposition, à savoir que dans le domaine des moteurs et des êtres mus on ne peut procéder à l'infini, Aristote le prouve par trois arguments. Voici la première preuve: si dans le domaine des moteurs et des êtres mus on remonte à l'infini, tous ces êtres jusqu'à l'infini seront nécessairement des corps, puisque tout être mû est un être divisible et un corps, comme il est prouvé au VIe Livre des Physiques. Or tout corps qui meut un autre corps est lui-même mû. Tous ces êtres à l'infini seront donc mus ensemble au temps même où l'un d'entre eux le sera. Mais cet être même est un être fini; donc mû durant un temps limité. Tous ces êtres à l'infini seront donc mus en un temps limité. Ce qui est impossible. Il est donc impossible de remonter à l'infini dans le domaine des moteurs et des êtres mus. Qu'il soit impossible que ces êtres à l'infini soient mus dans un temps fini, on le prouve ainsi. Le moteur et l'être mû doivent coexister: on le prouve en l'induisant de chacune des espèces de mouvement. Mais ces corps ne peuvent coexister qu'en continuité ou contiguïté. Étant donné, comme on l'a prouvé, que tous les moteurs et les mobiles dont on vient de parler sont des corps, ils doivent nécessairement constituer, par continuité ou contiguïté, comme un seul mobile. Ainsi un être infini sera mû dans un temps fini. Ce qui est impossible, comme la preuve en est donnée au VIe Livre des Physiques. Voici la deuxième preuve. Lorsque les moteurs et les mobiles sont en ordre, c'est-à-dire lorsque chacun à tour de rôle est mû par un autre, il doit nécessairement se vérifier que le premier moteur étant supprimé ou cessant son impulsion, aucun des autres ne continuera de mouvoir et d'être mû: car le premier est cause du mouvoir pour tous les autres. Mais s'il existe des moteurs et des mobiles, tour à tour, à l'infini, il n'y aura plus de premier moteur, mais tous seront pour ainsi dire des moteurs intermédiaires. Aucun d'entre eux ne pourra donc être mû. Ainsi il n'y aura plus de mouvement dans le monde. La troisième preuve revient au même, à la seule différence que l'ordre en étant changé, elle commence par en-haut. La voici. Ce qui meut instrumentalement ne peut pas mouvoir s'il n'existe un être qui meuve à titre principal. Mais si l'on remonte à l'infini dans l'échelle des moteurs et des mobiles, tous seront comme des moteurs agissant à titre d'instruments, puisque tous sont pris comme des moteurs mus, aucun d'entre eux ne tenant lieu de moteur principal. Et donc rien ne sera mû. Ainsi est faite clairement la preuve des deux propositions que supposait la première voie de la démonstration, par laquelle Aristote prouve qu'il existe un premier moteur immobile. Voici la seconde voie. Cette proposition: tout moteur est mû, ou bien est vraie par soi, ou bien est vraie par accident. Si elle est vraie par accident, elle n'est donc pas nécessaire; ce qui est vrai par accident, n'est pas nécessaire. Il est donc contingent qu'aucun moteur ne soit mû. Mais si un moteur n'est pas mû, il ne meut pas, affirme l'adversaire. Il est donc contingent (ou possible) que rien ne soit mû; car Si rien ne meut, rien ne sera mû. Or Aristote tient pour impossible qu'il n'y ait jamais de mouvement. Le premier moteur n'a donc pas été contingent, car d'un faux contingent ne découle pas un faux impossible. Ainsi ce n'est pas par accident que cette proposition: tout moteur est mû par un autre, était vraie. Si deux choses se trouvent unies par accident en une autre, et qu'il arrive à l'une d'elles d'exister sans l'autre, il est probable que celle-ci pourra exister en dehors de la première: que le fait d'être blanc et d'être musicien se rencontre par exemple en Socrate, et qu'en Platon se vérifie le fait d'être musicien sans le fait d'être blanc, il est probable que chez un autre pourra se vérifier le fait d'être blanc sans le fait d'être musicien. Si donc moteur et mû se trouvent unis par accident en un autre, et que le corps mû se trouve exister sans le corps qui le meut, il est probable que le moteur pourra exister en dehors de celui qu'il meut. D'ailleurs on ne peut objecter en instance deux choses dont l'une dépend de l'autre: car ces choses ne sont pas unies par soi, mais par accident. Or si la proposition « tout moteur est mû » est vraie par soi, il en résulte également une impossibilité et une inconvenance. Il faut en effet que le moteur soit mû ou bien par un mouvement de même espèce que celui dont il meut, ou bien par un mouvement d'une autre espèce. Si c'est par un mouvement de même espèce, il faudra alors que ce qui altère soit altéré, que ce qui guérit soit guéri, que ce qui enseigne soit enseigné et selon la même science. Or ceci est impossible celui qui enseigne doit en effet nécessairement posséder la science, celui qui est enseigné doit nécessairement ne pas l'avoir; autrement le même sujet posséderait et ne posséderait pas la même chose, ce qui est impossible. Par contre, Si le moteur est mû selon un mouvement d'une autre espèce, - Si par exemple un facteur d'altération est mû d'un mouvement local, ou Si un mouvement local se met à croître, etc..., - étant donné que genres et espèces de mouvement sont limités, il en résultera que l'on ne pourra remonter à l'infini. Et ainsi il y aura un premier moteur qui ne sera pas mû par un autre. - A moins que l'on affirme la nécessité de fermer le cercle, en ce sens qu'après avoir épuisé tous les genres et toutes les espèces de mouvement, il faille revenir à un premier moteur, de telle manière que si le moteur de mouvement local est altéré, Si le facteur d'altération est augmenté, de nouveau le facteur de croissance sera mû d'un mouvement local. Mais on aboutit à la même conclusion que plus haut: ce qui meut selon une certaine espèce de mouvement est mû selon un mouvement de même espèce, sinon immédiatement, du moins par intermédiaire. Reste donc la nécessité de poser un premier moteur qui ne soit pas mû par un moteur extérieur. En effet, une fois concédé qu'il existe un premier moteur qui n'a pas à être mû par un moteur extérieur, il ne suit pas que ce moteur soit parfaitement immobile. Aussi bien Aristote poursuit-il sa démonstration en affirmant que ce premier moteur peut se comporter de deux manières. Selon la première manière, ce premier moteur est parfaitement immobile; ceci posé, le but proposé est atteint: il existe un premier moteur immobile. Selon la seconde manière, ce premier moteur se meut soi-même. Et ceci paraît probable, car ce qui existe par soi est toujours antérieur à ce qui existe par un autre; il est ainsi conforme à la raison que, dans la série des êtres mus, le premier mû l'est par soi et non par un autre. Mais ceci accordé, on se trouve de nouveau devant la même conséquence. On ne peut dire en effet qu'un moteur qui se meut tout entier soit mû totalement: il en découlerait les inconvénients qu'on a signalés plus haut, à savoir qu'un homme, en même temps, enseignerait et serait enseigné, et ainsi pour les autres mouvements; et encore qu'un être serait en même temps en puissance et en acte: moteur, étant comme tel en acte; mû, étant comme tel en puissance. Reste donc qu'une partie de cet être est motrice, et l'autre mue. Et l'on revient à la même conclusion que devant: l'existence nécessaire d'un moteur immobile. Il est impossible par ailleurs d'affirmer que les deux parties sont mues, l'une l'étant par l'autre: ni qu'une partie se meut elle-même et meut l'autre, ni que le tout meut la partie, et la partie le tout: ce serait revenir aux inconséquences déjà dénoncées, à savoir qu'un être, en même temps serait moteur et mû selon la même espèce de mouvement; qu'un être serait à la fois en puissance et en acte; et finalement que le tout ne serait pas, immédiatement, moteur de soi, mais seulement en raison de l'une de ses parties. Reste donc que chez l'être qui se meut lui-même, une partie doit être immobile et motrice de l'autre. Mais parce que chez les êtres automoteurs de chez nous, - les animaux -, la partie motrice, qui est l'âme, bien qu'immobile par soi, est cependant mue par accident, le Philosophe montre encore que la partie motrice du premier être automoteur n'est mue ni par soi ni par accident. Chez les êtres automoteurs de chez nous, en effet, - les animaux, - qui sont des êtres corruptibles, la partie motrice est mue par accident. Or il est nécessaire que des êtres automoteurs corruptibles soient réduits à un premier automoteur éternel. Est donc nécessaire, pour tout être automoteur, l'existence d'un moteur qui ne soit mû ni par soi ni par accident. Qu'il soit nécessaire, selon l'hypothèse d'Aristote, qu'un être automoteur soit éternel, c'est l'évidence. Si en effet le mouvement est éternel, comme le suppose Aristote, la génération des êtres automoteurs, engendrables et corruptibles, doit être perpétuelle. Mais cette perpétuité ne peut avoir pour cause l'un de ces êtres automoteurs; car cet être n'existe pas toujours. Cette perpétuité ne peut davantage avoir pour cause l'ensemble de ces êtres: autant parce qu'ils seraient en nombre infini que parce qu'ils n'existent pas tous ensemble. S'avère donc nécessaire l'existence d'un être éternel qui se meuve soi-même et qui cause la perpétuité de la génération dans ces êtres automoteurs inférieurs. Ainsi le moteur de cet être n'est-il mû ni par soi ni par accident. Dans les êtres automoteurs, nous en voyons certains se mettre en mouvement sous une influence étrangère à l'animal, après ingestion d'un aliment par exemple, ou sous le coup d'une altération de l'air; ce mouvement affecte accidentellement le moteur même qui se meut lui-même. On peut en conclure qu'aucun être automoteur dont le moteur est mis en mouvement par soi ou par accident n'est toujours en mouvement. Mais le premier être automoteur, lui, est toujours en mouvement: autrement il ne pourrait y avoir mouvement éternel, puisque tous les autres mouvements ont leur cause dans le mouvement de ce premier être automoteur. Reste donc que le premier être automoteur est mis en mouvement par un moteur qui, lui, n'est mû ni par soi ni par accident. Le fait que les moteurs des mondes inférieurs meuvent d'un mouvement éternel alors qu'on les voit mis en mouvement par accident, ne s'oppose pas à cet argument. Car on affirme qu'ils sont mis en mouvement par accident, non pas en raison de ce qu'ils sont, mais en raison de leurs mobiles qui suivent le mouvement du monde supérieur. Mais parce que Dieu n'est pas partie d'un être automoteur, Aristote, dans sa Métaphysique, pousse ses investigations à partir de ce moteur faisant partie d'un être automoteur jusqu'à cet autre moteur totalement séparé, qui est Dieu. Comme tout être automoteur est en effet mis en mouvement par un appétit, le moteur faisant partie d'un être automoteur doit mettre en mouvement en raison de quelque bien désirable. Celui-ci lui est supérieur dans l'ordre des causes motrices: l'être qui désire est en effet d'une certaine manière moteur et mû; or l'objet du désir est un moteur qui n'est absolument pas mû. Il faut donc qu'il existe un premier moteur séparé absolument immobile, qui est Dieu. Deux objections paraissent infirmer l'argumentation qui précède. La première de ces objections, c'est que cette argumentation suppose l'éternité du mouvement, tenue pour fausse par les catholiques. A cela on répondra que la voie la plus efficace pour prouver l'existence de Dieu part de l'hypothèse de l'éternité du monde; car celle-ci posée, il semble que l'existence de Dieu soit moins manifeste. Si le monde et le mouvement, en effet, ont eu un commencement, il est évidemment nécessaire de poser une cause à cette production toute nouvelle du monde et du mouvement, car tout ce qui commence tire nécessairement son origine d'un être qui le produise à neuf, puisque rien ne séduit de la puissance à l'acte, ni du non-être à l'être. La deuxième objection consiste en ceci: on suppose dans les démonstrations précédentes que le premier mû, - qui est un corps céleste - est mû de soi. Il en découle qu'il est animé, ce que beaucoup n'admettent pas. A cela on répondra que si l'on ne suppose pas que le premier moteur est mû de soi, il faudra qu'il soit mû immédiatement par un moteur complètement immobile. C'est la raison pour laquelle Aristote conclut par cette disjonction: il faudra en arriver ou bien immédiatement à un premier moteur immobile et séparé, ou bien à un être qui se meut lui-même et d'où l'on remontera encore à un premier moteur immobile et séparé. C'est une autre voie que prend le Philosophe, au IIe Livre de la Métaphysique, pour montrer que l'on ne peut remonter à l'infini dans l'échelle des causes efficientes, mais qu'il est nécessaire d'en arriver à une cause première, nommée par nous Dieu. Voici quelle est cette voie. Dans la coordination des causes efficientes, l'être premier est cause du moyen, et le moyen cause du dernier, qu'il y ait un ou plusieurs moyens. Or, supprimée la cause, est également supprimé ce dont elle est la cause. Supprimé le premier, le moyen ne pourra donc pas être cause. Mais si l'on remonte à l'infini l'échelle des causes efficientes, aucune cause ne sera première. Toutes les autres causes, qui jouaient le rôle de moyen, seront donc supprimées. Ce qui est évidemment faux. Il est donc nécessaire d'affirmer l'existence d'une première cause efficiente, qui est Dieu. On peut encore cueillir un autre argument dans les textes d'Aristote. Celui-ci montre en effet, au IIe Livre de la Métaphysique, que ce qui est le plus vrai est aussi le plus existant. Or au IVe Livre, il montre qu'il existe un degré suprême du vrai, en partant du fait que de deux choses fausses nous constatons que l'une est plus fausse que l'autre, et donc que l'une est plus vraie que l'autre, ceci par approche de ce qui est simplement et suprêmement vrai. On en peut conclure enfin à l'existence d'un être suprêmement existant, que nous nommons Dieu. Jean Damascène apporte ici une autre raison tirée du gouvernement des choses, argument qu'Averroès indique également au IIe Livre des Physiques. La voici. Il est impossible que des réalités contraires et discordantes s'accordent dans un ordre unique, en tout temps ou la plupart du temps, à moins qu'on ne les gouverne de telle manière qu'elles tendent toutes et chacune vers une fin déterminée. Or nous constatons dans le monde que des réalités de nature différente s'accordent en un ordre unique, non pas rarement ou comme par hasard, mais en tout temps ou la plupart du temps. Il est donc nécessaire qu'il existe un être dont la providence gouverne le monde. Cet être, nous l'appelons Dieu.
Après avoir montré qu'il existe un premier être auquel nous donnons le nom de Dieu, il nous faut rechercher quelles sont ses qualités. C'est dans l'étude de la substance divine que l'usage de la voie négative s'impose avant tout. La substance divine, en effet, dépasse par son immensité toutes les formes que peut atteindre notre intelligence, et nous ne pouvons ainsi la saisir en connaissant ce qu'elle est. Nous en avons pourtant une certaine connaissance en étudiant ce qu'elle n'est pas. Et nous approchons d'autant plus de cette connaissance que nous pouvons, grâce à notre intelligence, écarter plus de choses de Dieu. Nous connaissons en effet d'autant mieux une chose que nous saisissons plus complètement les différences qui la distinguent des autres: chaque chose possède un être propre qui la distingue en effet de toutes les autres. C'est pourquoi nous commençons par situer dans le genre les choses dont nous connaissons les définitions, ce qui nous fait connaître ce qu'est la chose en général; on ajoute ensuite les différences qui distinguent les choses les unes des autres: ainsi se constitue une connaissance complète de la substance de la chose. Mais dans l'étude de la substance divine, ne pouvant saisir le ce-que-c'est et le prendre à titre de genre, ne pouvant non plus saisir sa distinction des autres choses par le moyen des différences positives, force est de la saisir par le moyen des différences négatives. Or de même que, dans le domaine des différences positives une différence en entraîne une autre et aide à serrer davantage la définition de la chose en marquant ce qui la distingue d'avec un plus grand nombre, de même une différence négative en entraîne-t-elle une autre et marque-t-elle la distinction d'avec un plus grand nombre. Si nous affirmons par exemple que Dieu n'est pas un accident, nous le distinguons par là-même de tous les accidents. Si nous ajoutons ensuite qu'il n'est pas un corps, nous le distinguons encore d'un certain nombre de substances; et ainsi, progressivement, grâce à cette sorte de négations, nous le distinguons de tout ce qui n'est pas lui. Il y aura alors connaissance propre de la substance divine quand Dieu sera connu comme distinct de tout. Mais il n'y aura pas connaissance parfaite, car on ignorera ce qu'il est en lui-même. Pour avancer dans la connaissance de Dieu selon la voie négative, prenons comme point de départ ce qui a été mis en lumière plus haut, savoir que Dieu est absolument immobile. C'est ce que confirme d'ailleurs l'autorité de la Sainte Écriture. Il est dit au Livre de Malachie: Je suis Dieu, je ne change pas. Saint Jacques écrit: Chez lui n'existe aucun changement. On lit enfin au Livre des Nombres: Dieu n'est pas un homme, pour qu'il change.
Il apparaît ainsi que Dieu est éternel. Tout être qui commence ou qui cesse d'exister, le subit sous l'influence d'un mouvement ou d'un changement. Or nous avons montré que Dieu est absolument immuable. Il est donc éternel, sans commencement ni fin. Seuls les êtres soumis au mouvement sont mesurés par le temps, ce temps qui est, comme le montre le IVe Livre des Physiques, le nombre du mouvement. Or Dieu, on l'a prouvé plus haut, ne connaît absolument pas de mouvement. Il n'est donc pas mesuré par le temps, et l'on ne peut concevoir en lui ni d'avant ni d'après. Il lui est impossible d'avoir l'être après le non-être, impossible de connaître le non-être après l'être, et l'on ne peut trouver dans son être aucune succession: toutes choses qui sont impensables en dehors du temps. Dieu est donc sans commencement ni fin, possédant son être dans sa totalité et tout à la fois, ce qui est la définition même de l'éternité. Qu'un être n'ait pas existé et qu'il ait existé ensuite, c'est qu'un autre l'a fait émerger du non-être à l'être. Ce n'est pas son fait à lui: car ce qui n'existe pas ne peut rien faire. Si donc c'est le fait d'un autre, c'est que cet autre existe avant lui. Or nous avons montré que Dieu est la cause première. Il n'a donc pas commencé d'exister. Par conséquent il ne cessera pas d'exister, car ce qui a toujours existé possède en soi le pouvoir de toujours exister. Dieu est donc éternel. Nous constatons dans le monde l'existence de certains êtres pour qui il est possible d'exister ou de ne pas exister; ce sont les êtres soumis à la génération et à la corruption. Or tout ce qui existe comme possible possède une cause; apte qu'il est de soi, également, à la double éventualité d'être ou de ne pas être, il est nécessaire, si l'être lui est donné, qu'il le soit par une certaine cause. Mais dans le domaine des causes, nous l'avons prouvé plus haut en reprenant l'argumentation d'Aristote, on ne peut remonter à l'infini. Il faut donc poser un être dont l'existence est nécessaire. Or tout être nécessaire, ou bien possède en dehors de lui la cause de sa nécessité, ou bien, ne la possédant pas en dehors de lui, il est nécessaire par lui-même. Mais il est impossible (le remonter à l'infini l'échelle des êtres nécessaires qui tirent leur nécessité d'ailleurs. Il faut donc poser un premier être nécessaire, et qui l'est par lui-même. C'est Dieu, puisqu'il est la cause première, comme on l'a montré. Dieu est donc éternel, tout être nécessaire par soi étant éternel. A partir de l'éternité du temps, Aristote a démontré l'éternité du mouvement, d'où il tirait aussi la preuve de l'éternité de la substance motrice. Or la première substance motrice, c'est Dieu. Dieu est donc éternel. Si l'on nie l'éternité du temps et celle du mouvement, la conclusion demeure valable pour l'éternité de la substance. Si le mouvement a commencé, il faut bien en effet qu'il ait été lancé par un moteur; lequel à son tour a été lancé par un autre agent. Ainsi l'on remontera à l'infini, ou bien on s'arrêtera à un être qui n'a pas eu de commencement. La Parole de Dieu témoigne de cette vérité. Le Psaume chante: Toi, Seigneur, tu demeures pour l'éternité; et encore: Toi, tu restes le même, et tes années n'ont pas de fin.
Si Dieu est éternel, il lui est absolument impossible d'être en puissance. Tout être en effet dont la substance est mêlée de puissance, peut ne pas exister, à la mesure même de la puissance qui est en lui, car ce qui peut être peut ne pas être. Or Dieu, par lui-même, ne peut pas ne pas être, puisqu'il est éternel. Il n'y a donc pas de puissance à l'être en Dieu. Bien que ce qui est tantôt en puissance et tantôt en acte, soit chronologiquement d'abord en puissance avant d'être en acte, absolument parlant, pourtant, l'acte est premier par rapport à la puissance. La puissance en effet ne se réduit pas elle-même à l'acte; elle doit être réduite par quelque chose qui est en acte. Tout être, donc, qui est en puissance d'une manière ou d'une autre, suppose un être qui lui est antérieur. Or Dieu est le premier être et la cause première, comme il ressort de ce que nous avons dit plus haut. Dieu ne comporte donc en lui aucun mélange de puissance. Ce dont l'existence est par soi nécessaire n'est d'aucune manière en puissance d'exister, car ce dont l'existence est par soi nécessaire n'a pas de cause; au contraire, tout ce qui est en puissance d'exister comporte une cause, nous l'avons montré. Mais Dieu existe par soi nécessairement. D'aucune manière il n'est donc en puissance d'exister. On ne saurait donc trouver en sa substance rien qui relève de la puissance. Tout être agit pour autant qu'il est en acte. Ce qui n'est pas intégralement en acte n'agit pas par tout lui-même, mais par une partie de lui-même. Or ce qui n'agit pas par tout ni même n'est pas premier agent, car il agit en participation d'un autre et non pas de par sa propre essence. Le premier agent, qui est Dieu, ne comporte donc aucun mélange de puissance; il est acte pur. Tout être, capable d'agir en tant qu'il est en acte, est de même capable de pâtir en tant qu'il est en puissance, le mouvement étant l'acte de ce qui existe en puissance. Mais Dieu est absolument impassible et immuable, comme il ressort de ce qu'on a dit plus haut. Il n'y a donc en lui aucune puissance, aucune puissance passive s'entend. Nous constatons qu'il existe en ce monde des êtres qui passent de la puissance à l'acte. Or rien ne peut séduire soi-même de la puissance à l'acte, car ce qui est en puissance n'existe pas encore et donc ne peut agir. Il faut donc qu'il y ait un être antérieur qui les fasse ainsi passer de la puissance à l'acte. A supposer que cet être antérieur sorte lui-même de la puissance à l'acte, il faut de nouveau en supposer un autre capable de le réduire à l'acte. Or on ne peut remonter ainsi à l'infini. Il faut donc en arriver à un être qui soit intégralement en acte et sans aucun mélange de puissance. Cet être, nous l'appelons Dieu.
On voit par là que Dieu n'est pas matière. La définition de la matière en effet, c'est d'être en puissance. La matière n'est pas un principe d'action. Selon l'enseignement du Philosophe, efficience et matière ne peuvent coïncider dans le même sujet. Or il revient à Dieu d'être la première cause efficiente des choses, nous l'avons dit plus haut. Dieu n'est donc pas matière. Pour ceux qui réduisaient toutes choses à la matière comme à la cause première, c'était le hasard qui présidait à l'existence des réalités de la nature, ce contre quoi s'élève le Philosophe au IIe Livre des Physiques. Si donc Dieu, qui est la cause première, est la cause matérielle des choses, il en résulte que tout n'existe que par hasard. La matière ne devient cause d'un être en acte que dans la mesure où elle est soumise à l'altération et au changement. Si donc, comme nous l'avons prouvé, Dieu est immobile, il ne peut être aucunement cause des choses comme l'est la matière. Cette vérité, la foi catholique la professe, en affirmant que Dieu n'a pas créé l'ensemble des choses de sa propre substance, mais de rien. Ainsi est confondue la folie de David de Dinant qui osait affirmer l'identité de Dieu et de la matière première, prétendant que si l'un et l'autre n'étaient pas identiques, il faudrait supposer entre eux des caractères distinctifs qui détruiraient leur simplicité: chez l'être qu'une différence distingue d'un autre, cette différence même est en effet source de composition. Une telle erreur provient de l'ignorance qui méconnaît la distinction entre différence et diversité. Comme l'explique nettement le Xe Livre de la Métaphysique, différent se dit par rapport à quelque chose, tout être différent étant différent de quelque chose. Divers traduit par contre un absolu, le fait que cette chose n'est pas la même. La différence est donc à rechercher dans les êtres qui se rencontrent en quelque chose: on doit leur assigner un certain caractère qui les distingue. Telles deux espèces qui se rencontrent sous un même genre et que des différences doivent distinguer. Chez les êtres qui ne se rencontrent en rien, il n'y a pas à chercher de différence; ils sont divers les uns des autres. Ainsi se distinguent entre elles les différences d'opposition; elles ne participent pas à un genre comme à une part de leur essence; aussi bien n'y a-t-il pas à chercher par où elles diffèrent; elles sont diverses les unes des autres. C'est ainsi que se distinguent Dieu et la matière première: l'un est acte pur, l'autre puissance pure; il n'y a entre eux aucun point de contact.
On peut conclure de là qu'il n'y a aucune composition en Dieu. Tout être composé comporte nécessairement acte et puissance. Plusieurs éléments ne peuvent en effet former un tout si l'un n'y est acte et l'autre puissance. Des êtres en acte ne sont unis que d'une union pour ainsi dire collégiale, comparable à celle d'un rassemblement, ils ne forment pas un tout. Même chez ces êtres, les parties assemblées se tiennent comme en puissance par rapport à l'union; elles ont été unies en acte après avoir été, en puissance, capables d'union. Or en Dieu il n'y a aucune puissance. Il n'y a donc en lui aucune composition. Tout être composé est postérieur aux éléments qui le composent. L'être premier, Dieu, n'est donc en rien composé. La nature même de la composition veut que les êtres composés soient, en puissance, menacés de dissolution, bien que chez certains d'entre eux d'autres facteurs puissent s'y opposer. Mais ce qui est menacé de dissolution est en puissance de non-être. Ce ne peut être le cas de Dieu, puisqu'il lui est nécessaire d'exister. Il n'y a donc en Dieu aucune composition. Toute composition réclame un agent qui compose; s'il y a composition, il y a en effet composition de plusieurs éléments: des éléments de soi divers ne sauraient se rencontrer s'il n'y avait pour les unir un agent de composition. Si donc Dieu était composé, il requerrait un agent de composition: il ne pourrait l'être à lui-même, car rien n'est sa propre cause, puisque rien ne peut être antérieur à soi-même. Par ailleurs l'agent de composition est cause efficiente du composé. Dieu aurait donc une cause efficiente. Ainsi il ne serait pas la cause première, à l'encontre de ce qu'on a démontré plus haut. En n'importe quel genre, un être est d'autant plus noble qu'il est plus simple; ainsi, dans le genre de la chaleur, le feu, qui ne comporte aucun mélange de froid. Ce qui, dans l'ensemble des êtres, est au sommet de la noblesse, doit donc être aussi au sommet de la simplicité. Or ce qui est au sommet de la noblesse pour l'ensemble des êtres, nous l'appelons Dieu, puisqu'il est la première cause, et que la cause est plus noble que l'effet. Dieu ne peut donc être le sujet d'aucune composition. En tout composé, le bien n'est pas le bien de telle ou telle partie, mais le bien du tout; je dis: bien, par rapport à cette bonté qui est la bonté propre du tout et sa perfection: les parties, en effet, sont imparfaites par rapport au tout. Ainsi les divers membres de l'homme ne sont pas l'homme; les parties composantes d'un nombre de six unités n'ont pas la perfection de ce nombre, et de même les sections d'une ligne n'atteignent pas la grandeur totale de la ligne entière. Si donc Dieu est composé, sa perfection et sa bonté propres résident dans le tout, non en quelqu'une de ses parties. Il n'y aura donc pas en lui ce bien absolu qui lui est propre. Il ne sera donc pas le premier et souverain bien. Précédant toutes les multiplicités, il y a nécessairement l'unité. Or en tout composé, il y a multiplicité. Dieu, qui est antérieur à tout, doit donc être exempt de toute composition.
Le Philosophe conclut de tout cela qu'en Dieu rien ne peut exister par contrainte ou contre nature. Tout être, en effet, en qui se trouve un élément introduit par contrainte ou contre nature, le porte comme une chose surajoutée à soi: ce qui relève de la substance de cet être ne peut être le fait de la contrainte ou aller contre sa nature. Or les êtres simples ne comportent pas en eux d'élément ajouté: autrement il y aurait composition. Dieu étant simple, comme nous l'avons montré, rien en lui ne peut être le fait de la contrainte ou aller contre sa nature. La nécessité de coaction est une nécessité imposée par autrui. Or en Dieu il n'y a pas de nécessité imposée par autrui, Dieu étant par lui-même nécessaire et source de nécessité pour les autres. Rien en lui n'est donc imposé. Partout où il y a contrainte, peut se trouver un élément contraire à ce que telle chose exige par soi: l'objet de la contrainte est en effet ce qui est contraire l'ordre de la nature. Mais en Dieu, rien ne peut exister en dehors de ce qui lui convient de soi puisque, de soi, il lui est nécessaire d'exister, nous l'avons montré. Rien ne peut donc exister en Dieu qui soit l'effet de la contrainte. Tout être qui admet en lui une part de contrainte ou un élément contre nature, peut admettre d'être mû par un autre: la définition de la contrainte étant ce dont le principe est extérieur au patient, celui-ci n'y contribuant en rien. Or Dieu est absolument immobile. Rien ne peut donc exister en lui qui soit l'effet de la contrainte ou qui aille contre sa nature.
Ce qui précède montre bien aussi que Dieu n'est pas un corps. Tout corps, en effet, étant continu, est composé et doté de diverses parties. Or Dieu, nous l'avons prouvé, n'est pas composé. Il n'est donc pas un corps. Toute grandeur quantitative est d'une certaine manière en puissance; le continu est, en puissance, divisible à l'infini et le nombre capable d'augmentation à l'infini. Mais le corps est une grandeur quantitative. Tout corps est donc en puissance. Or Dieu, lui, n'est pas en puissance; il est acte pur, comme nous l'avons montré. Dieu n'est donc pas un corps. Si Dieu est corps, il sera nécessairement corps naturel: un corps mathématique en effet n'existe pas par soi, comme le prouve le Philosophe, car les dimensions sont des accidents. Or Dieu n'est pas un corps naturel: il est immuable, nous l'avons prouvé, et tout corps naturel est soumis au mouvement. Dieu n'est donc pas un corps. Les corps sont finis. Le Philosophe le prouve au Ier Livre du Ciel et du Monde, aussi bien pour les corps ronds que pour les corps droits. Si donc Dieu est un corps, notre intelligence et notre imagination peuvent penser plus grand que Dieu. Ainsi Dieu n'est pas plus grand que notre intelligence. Ce qu'on ne saurait avancer. Dieu n'est donc pas un corps. La connaissance intellectuelle revêt plus de certitude que la connaissance sensible. Or le sens trouve son objet dans le monde des choses; et donc aussi l'intelligence. Mais l'ordre des objets commande l'ordre des facultés, comme aussi leur distinction. Il existe donc dans la réalité un certain objet d'intellection qui dépasse tous les objets possibles pour les sens. Mais, dans la réalité, tous les corps sont des objets possibles pour les sens. Il faut concevoir un être plus noble que tous les corps. Si Dieu est un corps, il ne sera donc pas l'être premier et souverain. Une réalité vivante est plus noble qu'un corps dépourvu de vie. Or dans tout corps vivant la vie de ce corps est plus noble que le corps lui-même, puisque c'est elle qui lui donne par sa noblesse de dépasser les autres corps. Ce qui est plus noble que tout n'est donc pas un corps. Or ce qui est plus noble que tout, c'est Dieu. Dieu n'est donc pas un corps. Certains arguments donnés par les Philosophes en vue de prouver la même chose, partent de l'éternité du monde et procèdent de la manière suivante. En tout mouvement éternel, il importe que le premier moteur ne soit mû ni par soi ni par accident. Or les corps célestes sont doués d'un mouvement circulaire éternel. Leur premier moteur n'est donc mû ni par soi ni par accident. Mais aucun corps n'est source d'un mouvement local, s'il n'est mû lui-même, puisque moteur et corps mû doivent coexister; ainsi un corps moteur doit-il être mû, du fait de sa coexistence avec le corps qu'il meut. Et même aucune force corporelle ne meut si elle n'est mue par accident. Dans le corps mû, c'est en effet par accident qu'est mue cette force corporelle. Le premier moteur du ciel n'est donc ni un corps ni une force incluse dans un corps. Or c'est à Dieu en définitive que le mouvement du ciel se ramène comme au premier moteur immobile. Dieu n'est donc pas un corps. Aucune puissance infinie n'est dans une grandeur corporelle, la puissance du premier moteur est une puissance infinie. Elle n'est donc pas dans une quelconque grandeur corporelle. Ainsi Dieu, premier moteur, n'est ni un corps ni une puissance dans un corps. La majeure se prouve ainsi. Si la puissance d'une certaine grandeur est infinie ou bien elle sera la puissance d'une grandeur finie, ou bien elle le sera d'une grandeur infinie. Mais il n'y a pas de grandeur infinie, le Philosophe le prouve au IIIe Livre des Physiques et au Ier Livre du Ciel et du Monde. Or il est impossible qu'une grandeur finie possède une puissance infinie. Aucune puissance infinie ne peut donc résider dans quelque grandeur que ce soit. - Qu'une puissance infinie ne puisse être le fait d'une grandeur finie, on le prouve ainsi. A égalité d'effet, ce qu'accomplit une puissance inférieure dans un temps plus long, une puissance plus grande l'accomplit dans un temps plus court, que cet effet soit le produit d'une altération, d'un mouvement local ou de tout autre mouvement. Mais la puissance infinie est plus grande qu'aucune puissance finie. Elle doit donc achever son effet plus brièvement, d'un mouvement plus rapide qu'aucune puissance finie. Pourtant ce ne peut être dans un temps plus court que le temps. Reste donc que ce sera en une section indivisible du temps. Le mouvement donné, le mouvement reçu, le mouvement lui-même seront donc instantanés, à l'encontre de la démonstration du VIe Livre des Physiques. Que la puissance infinie d'une grandeur finie ne puisse mouvoir dans le temps, on le prouve encore ainsi. Soit la puissance infinie A. Prenons-en la partie AB. Cette partie devra mouvoir dans un temps plus long. Il faudra cependant qu'il y ait proportion entre ce temps-là et le temps selon lequel agit la puissance toute entière, l'un et l'autre étant finis. Soient donc ces deux temps, dans la proportion d'un à dix: (dans la preuve envisagée, peu importe de choisir cette proportion ou une autre). Si l'on ajoute à la puissance finie dont on vient de parler, il faudra diminuer le temps en proportion de ce que l'on ajouté à la puissance, puisqu'une puissance plus grande meut dans un temps plus court. Si donc l'on décuple cette puissance, elle agira dans un temps dix fois moins long que celui dans lequel agissait la première partie donnée AB. Et pourtant, cette puissance, dix fois plus grande, reste une puissance finie. Il faut donc conclure qu'une puissance finie et une puissance infinie meuvent dans un temps égal. Ce qui est impossible. La puissance infinie d'une grandeur finie ne peut donc mouvoir dans un temps quelconque. Que la puissance du premier moteur soit une puissance infinie, en voici la preuve. Aucune puissance finie ne peut mouvoir dans un temps infini. Mais la puissance du premier moteur meut dans un temps infini car le premier mouvement est éternel. La puissance du premier moteur est donc infinie. - La majeure se prouve ainsi. Si une puissance finie d'un corps quelconque meut dans un temps infini, une partie de ce corps, dotée d'une partie de la puissance, agira dans un temps plus bref; plus un sujet a de puissance et plus longtemps en effet il est capable de faire durer le mouvement. Ainsi la partie dont on vient de parler agira dans un temps fini, la partie plus importante pourra agir durant un temps plus long. Et ainsi, toujours, à mesure que l'on ajoutera à la puissance du moteur, on ajoutera au temps d'action dans la même proportion. Mais l'addition plusieurs fois répétée finira par égaler la quantité du tout, voire même la dépasser. Prise du côté du temps, l'addition finira par égaler la quantité du temps dans lequel agit le tout. Or ce temps au cours duquel agissait le tout, on l'affirmait infini. Un temps fini mesurerait donc un temps infini. C'est impossible. Ce raisonnement se heurte à plusieurs objections. 1. - D'après la première de ces objections, le corps qui donne le premier mouvement peut n'être pas divisible, comme c'est évident pour un corps céleste. Or le raisonnement qui précède part de la division de ce corps. A cela il faut répondre qu'une proposition conditionnelle, dont l'antécédent est impossible, peut être vraie. Si quelque chose détruit la vérité de cette proposition conditionnelle, alors elle est impossible; par exemple, si quelqu'un détruisait la vérité de cette conditionnelle: si l'homme vole il a des ailes, elle serait impossible. C'est de cette manière qu'il faut entendre la marche de la preuve précédente. Car cette conditionnelle est vraie: si l'on divise un corps céleste, une de ses parties aura moindre puissance que le tout. Mais la vérité de cette conditionnelle cesse si l'on pose que le premier moteur est un corps, en raison des impossibilités qui en découlent. D'où il apparaît avec évidence que c'est impossible. On peut répondre dans le même sens à l'objection élevée à propos des additions de puissances finies. Car on ne conçoit pas, dans la réalité des choses, de puissances qui suivent toute proportion qu'a le temps à n'importe quel temps. C'est cependant une proposition conditionnelle vraie, dont on a besoin dans l'argumentation susdite. 2. - La deuxième objection consiste en ceci. Quand bien même le corps est divisé, il peut arriver que la puissance active d'un corps ne soit pas divisée avec le corps; c'est le cas de l'âme raisonnable. Voici la réponse. Le raisonnement susdit ne prouve pas que Dieu soit uni à un corps, comme l'âme raisonnable au corps humain, mais qu'il n'est pas une puissance active enfermée dans un corps, à l'instar d'une puissance matérielle qui suit la division du corps. Aussi bien dit-on de l'intelligence humaine qu'elle n'est ni un corps, ni une puissance enfermée dans un corps. Quant à Dieu, qu'il ne soit pas uni à un corps à la manière de l'âme, cela relève d'une autre raison. 3. - La troisième objection consiste en ceci. A supposer que n'importe quel corps ait une puissance finie, comme il est prouvé plus haut, étant donné d'autre part qu'une puissance finie ne peut faire durer quelque chose un temps infini, il s'ensuivra qu'un corps ne peut durer un temps infini. Le corps céleste, ainsi, connaîtra nécessairement la corruption. Certains répondent que le corps céleste peut s'éteindre si l'on regarde à sa propre puissance, mais qu'il reçoit une durée perpétuelle d'un autre qui a une puissance infinie. Platon semble approuver cette solution, quand il met dans la bouche de Dieu, à propos des corps célestes, les paroles suivantes: Par nature, vous êtes soumis à la corruption, mais ma volonté vous rend incorruptibles, car ma volonté est plus forte que votre cohésion. Mais le Commentateur, au XIe Livre de la Métaphysique, rejette cette solution. Pour lui, il est impossible que ce qui de soi peut ne pas exister, reçoive d'un autre une existence perpétuelle. Il en résulterait que le corruptible serait changé en incorruptibilité. Ce qui de soi est impossible. Telle est donc sa réponse: dans un corps céleste, toute la puissance qui s'y trouve est une puissance finie; et il n'est pas nécessaire que ce corps possède toute la puissance. Le corps céleste, en effet, au dire d'Aristote dans le VIIIe Livre de la Métaphysique, possède la puissance au lieu, non la puissance à l'être. Ainsi n'est-il pas nécessaire qu'il y ait en lui de puissance au non-être. On doit remarquer que cette réponse du Commentateur est insuffisante. A supposer en effet qu'il n'y ait pas dans le corps céleste de puissance pour ainsi dire passive à l'être, - c'est la puissance passive de la matière, - il y a cependant en lui une puissance pour ainsi dire active, qui est le pouvoir d'exister, Aristote enseignant expressément au Ier Livre du Ciel et du Monde que le ciel a le pouvoir d'exister toujours. Aussi bien vaut-il mieux affirmer que la puissance étant dite par rapport à l'acte, c'est en fonction du mode de l'acte qu'il faut juger de la puissance. Or le mouvement, par définition, comporte quantité et extension. Accordons-lui une durée infinie; celle-ci requiert une puissance motrice qui soit infinie. Or, exister n'a aucune extension quantitative, surtout dans une chose dont l'être n'est pas sujet au changement, comme c'est le cas pour le ciel. Aussi n'est-il pas nécessaire que le pouvoir d'exister soit infini dans un corps fini, bien que ce corps dure indéfiniment Il est indifférent que ce pouvoir fasse durer quelque chose un instant ou un temps infini, puisque cet être invariable n'est atteint par le temps qu'accidentellement. 4. - La quatrième objection consiste en ceci: il ne semble pas nécessaire que ce qui meut dans un temps infini ait une puissance infinie, dans les moteurs que leur action n'altère pas. Un tel mouvement, en effet, ne consume rien de leur puissance; après un certain délai ils sont capables d'agir dans un laps de temps qui n'est pas moindre qu'auparavant. Ainsi la puissance du soleil est finie, mais sa puissance active ne connaissant pas, à agir, d'amoindrissement, elle est naturellement capable d'agir sur nos réalités inférieures, dans un temps infini. Il faut répondre ceci: un corps ne meut, on l'a déjà prouvé, que s'il est lui-même mû. S'il arrive qu'un corps ne soit pas mû, on devra en conclure que lui-même ne meut pas. Or en tout être qui est mû, il y a puissance aux opposés; les termes mêmes du mouvement étant opposés. C'est pourquoi, de soi, tout corps qui est mû est capable de ne l'être pas. Ce qui est capable de ne pas être mû n'a pas de soi de quoi être mû un temps infini. Il n'a donc pas davantage de quoi mouvoir un temps infini. La démonstration susdite prend donc pour base la puissance finie d'un corps fini, puissance qui ne peut, de soi, mouvoir un temps infini. Mais un corps qui, de soi, est capable d'être mû et de ne pas être mû, de mouvoir et de ne pas mouvoir, peut recevoir d'un autre la perpétuité du mouvement. Cet autre doit être incorporel. Incorporel devra donc être le premier moteur. Ainsi rien n'empêche, dans la ligne de sa nature, qu'un corps fini recevant d'un autre le pouvoir perpétuel d'être mû, possède aussi le pouvoir perpétuel de mouvoir. En effet le premier moteur céleste lui-même peut, par sa nature, imprimer aux corps célestes inférieurs un mouvement perpétuel, comme une sphère qui meut une sphère. Il n'y a pas non plus d'inconvénient, selon le Commentateur, à ce que l'être qui de soi est en puissance à être mû et à ne l'être pas, reçoive d'un autre la perpétuité du mouvement, à supposer, comme il l'a fait, qu'il soit incapable d'exister perpétuellement. Le mouvement est en effet un certain flux qui passe du moteur au mobile: un mobile peut recevoir d'un autre une perpétuité dans le mouvement qu'il n'a pas de lui-même. Quant à l'être, c'est dans le sujet existant quelque chose de fixe, au repos: aussi bien, comme l'enseigne le Commentateur lui-même, ce qui de soi est en puissance au non-être ne peut, par la voie de la nature, recevoir d'un autre la perpétuité dans l'être. 5. - La cinquième objection consiste en ceci: au terme de la démonstration précédente, il ne semble pas qu'il y ait plus de raison de nier l'existence d'une puissance infinie dans la grandeur que de la nier en dehors de la grandeur; dans l'un et l'autre cas, il en résultera qu'elle meut hors du temps. On répondra que le fini et l'infini dans la grandeur, dans le temps et dans le mouvement, se trouvent sous une même mesure, comme il est prouvé au IIIe et au VIe Livres des Physiques. L'infini dans l'un d'eux détruit la proportion finie dans les autres. Dans les réalités qui n'ont pas de grandeur, il n'y a de fini et d'infini que de manière équivoque. C'est pourquoi le mode de démonstration dont on a parlé plus haut n'a pas de place dans de telles puissances. Mieux encore, on répondra que le ciel a deux moteurs, l'un prochain, à puissance limitée, d'où vient que le mouvement qui lui est imprimé a une vitesse limitée; l'autre, éloigné, à puissance infinie, d'où vient que ce mouvement peut avoir une durée infinie. Il est clair, ainsi, que la puissance infinie qui n'est pas dans la grandeur peut mouvoir un corps dans le temps, mais d'une manière qui n'est pas immédiate. Par contre la puissance qui est dans la grandeur doit le mouvoir immédiatement, aucun corps n'imprimant de mouvement s'il n'est déjà lui-même mû. Si donc elle mouvait, il en résulterait qu'elle le ferait en dehors du temps. Plus heureusement encore, on peut dire que le pouvoir qui n'est pas dans la grandeur, c'est l'intelligence, et qu'elle meut par volonté. Aussi meut-elle selon les exigences du mobile et non selon la mesure de sa propre puissance. Par contre, la puissance qui est dans la grandeur ne peut mouvoir que par une nécessité de sa nature, car on a prouvé que l'intelligence n'est pas une puissance corporelle. Ainsi elle meut nécessairement, en proportion de sa quantité. Si donc elle meut, elle doit le faire en un instant. Voilà donc comment procède la démonstration d'Aristote, une fois écartées les objections qui précèdent. Aucun mouvement issu d'un moteur corporel ne peut être continu et régulier; en tout mouvement local, le moteur corporel meut en effet par attraction ou par impulsion. Or l'objet d'une attraction et d'une impulsion ne se trouve pas dans la même disposition à l'égard du moteur, du commencement du mouvement jusqu'à son terme, étant tantôt plus proche, tantôt plus éloigné; aucun corps ainsi ne peut mouvoir d'un mouvement continu et régulier. Or le premier mouvement est continu et régulier, comme il est prouvé au VIIIe Livre des Physiques. Le moteur du premier mouvement n'est donc pas un corps. Aucun mouvement, orienté vers une fin qui sort de la puissance à l'acte, ne peut être perpétuel; parvenu à l'acte, le mouvement s'arrête. Si donc le premier mouvement est perpétuel, la fin à laquelle il se rapporte existe nécessairement toujours, et de toute manière existe en acte. Aucun corps n'est tel, ni aucune puissance enclose dans un corps, tous les corps et toutes les puissances de cette sorte étant mobiles par essence ou par accident. La fin du premier mouvement n'est donc ni un corps ni une puissance enclose dans un corps. Or la fin du premier mouvement est le premier moteur, qui meut en tant qu'objet de désir. Or ce premier moteur est Dieu. Dieu n'est donc ni un corps ni une puissance enclose dans un corps. S'il est faux de dire, selon notre foi, que le mouvement du ciel est perpétuel, comme on le verra clairement plus loin, il est vrai pourtant que ce mouvement ne cessera ni par impuissance du moteur, ni par corruption de la substance du mobile, puisqu'il ne semble pas que la durée ralentisse le mouvement du ciel. Ainsi les arguments mis en avant plus haut ne perdent pas leur valeur. Il y a plein accord entre l'autorité divine et cette vérité démontrée. Saint Jean dit que Dieu est esprit et que ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. Il est dit encore dans la 1ère Épître à Timothée: Au Roi des siècles, immortel, invisible, au Dieu unique; et dans l'Épître aux Romains: Ce que Dieu a d'invisible se laisse voir à l'intelligence à travers ses _uvres. Ce qui est contemplé par l'intelligence, et non par la vue, c'est en effet les réalités incorporelles. Par là est confondue l'erreur des premiers philosophes de la nature, pour qui seules comptaient les causes matérielles, telles que l'eau, le feu, etc...; pour eux, les premiers principes des choses étaient des corps, et c'est à ces corps qu'ils donnaient le nom de Dieu. - Certains de ces philosophes affirmaient que les causes motrices étaient l'amitié et la dispute. Les mêmes raisons les confondent eux aussi. La dispute et l'amitié se trouvant pour eux dans les corps, les premiers principes moteurs seraient des puissances encloses dans un corps. - Ces mêmes philosophes prétendaient encore que Dieu était composé des quatre éléments et de l'amitié. Ce qui donne à penser que Dieu, pour eux, était un corps céleste. - Seul des Anciens, Anaxagore est parvenu à la vérité, lui qui affirmait que tout était mû par une intelligence. Par là aussi sont réfutés les païens, qui, se basant sur les erreurs philosophiques dont nous venons de parler, croyaient que les éléments du monde, comme le soleil, la lune, la terre, l'eau, etc..., et les puissances encloses en eux, étaient des dieux. Les arguments qui précèdent font échec encore aux égarements des Juifs du peuple, d'un Tertullien