SAINT
THOMAS D'AQUIN
COMMENTAIRE DU LIVRE DES
SENTENCES DE PIERRE LOMBARD
(Scriptum super Sententiis)
(1254-1256)
© Copyright, traduction et
notes par Jacques MÉNARD (2007, 2008)
Deuxième édition
numérique http://docteurangelique.free.fr
Les œuvres
complètes de saint Thomas d'Aquin
LIVRE IV – LES
SACREMENTS ET LES FINS DERNIERES
Le texte latin est en caractère 12, en bleu. En l'absence d'une
édition critique du Commentaire sur le livre des Sentences de Thomas
d'Aquin, la présente traduction française est faite à
partir de l'édition électronique des Opera omnia de Thomas
d'Aquin, réalisée par le professeur Enrique Alarcon, dans le
cadre de la publication accessible par ordinateur du Corpus thomisticum (Université
de Navarre, 2004). http://www.corpusthomisticum.org
NOTE LIMINAIRE – Bien qu’il ait été
rédigé sur une période de plusieurs années, le Commentaire
sur le livre des Sentences de Pierre Lombard témoigne du premier
enseignement de Thomas d’Aquin. Il a paru intéressant d’en
donner une traduction française, même si plusieurs opinions
exprimées par l’auteur seront corrigées ou
abandonnées dans des œuvres ultérieures. Les lecteurs
intéressés pourront ainsi étudier plus facilement comment
la pensée de Thomas d’Aquin a pu évoluer. Par ailleurs, le Commentaire
contient aussi des pages remarquables, que les lecteurs prendront
intérêt à lire ou à relire en français. On se
rappellera enfin que le IVe livre des Sentences a fourni les
matériaux du Supplément de la IIIa Pars de la Somme de
théologie, que Thomas d’Aquin a laissée
inachevée au moment de sa mort, en 1274 (la rédaction personnelle
par Thomas d’Aquin se termine à III, q. 90, a. 4). On trouvera une
édition critique des Sentences sous le titre Sententiae,
éd. I. Brady, Grottaferrata, 1971-1981. Il n’existe pas de
traduction française de ce texte pourtant fondamental de la
théologie médiévale. Sur Pierre Lombard, on pourra voir la
brève notice «Pierre Lombard», Dictionnaire des Lettres
françaises. Le Moyen Âge, Paris, 1992, p. 1185-1186 (bibl.),
ainsi que la notice «Pierre Lombard», Dictionnaire du Moyen
Âge, Paris, 2002, p. 1106-1107 (bibl.). Pour tout ce qui concerne le
contexte historique du Commentaire de Thomas d’Aquin sur le
Livre des Sentences, nous renvoyons à J.-P. TORRELL, Initiation
à saint Thomas d’Aquin. Sa personne et son œuvre, Paris-Fribourg,
2002 (2e éd.), p. 53ss. (bibl.).
Version
préliminaire : En effet, il reste :
1. à vérifier, à compléter et à
uniformiser les citations bibliques (que j'ai laissées telles que les
éditeurs du texte latin les avait données);
2. à traduire les expositiones textus, lorsqu’existera
une traduction française de référence des Sentences de
Pierre Lombard. Pour le moment, il n’est pas tenu compte du texte de
Pierre Lombard (expositio textus) présenté au début de
chaque distinction. Il a paru préférable d’attendre une
traduction du Livre des Sentences de
Pierre Lombard et, le temps venu, de renvoyer à la traduction des textes
correspondants pour chaque expositio
textus.
LIVRE
IV – [LES SACREMENTS ET LES FINS DERNIÈRES]
Distinction
1 – [Les sacrements en général]
Question
1 – [Le sacrement, sa nécessité et son efficacité]
Article
2 – Est que les
sacrements étaient nécessaires après la chute de
l’homme ?
Article
3 – Est-ce que les sacrements comportent des paroles et des choses ?
Article
4 – Est-ce que les sacrements de la loi nouvelle causent la grâce ?
Article
5 – Est-ce que les
sacrements de la loi ancienne conféraient la grâce ?
Question
2 – [Un sacrement de la loi ancienne : la circoncision]
Article
1 – Est-ce que la circoncision était nécessaire ?
Article
2 – Est-ce que la
circoncision aurait dû être donnée à tous les peuples
?
Article
3 – Est-ce que le
huitième jour était nécessaire pour la circoncision ?
Article
4 – Est-ce que la
circoncision imprimait un caractère dans l’âme ?
Article
5 – Est-ce que la circoncision devait cesser ?
Article
6 – Est-ce que la foi seule suffisait aux enfants pour la
rémission du péché originel ?
Explication
du texte – Distinction 1
Distinction
2 – [Les sacrements de la loi nouvelle]
Question
1 – [Présupposés aux sacrements de la loi nouvelle]
Article
1 – Est-ce que tous les sacrements ont été institués
contre une carence de l’âme ?
Article
2 – Est-ce qu’il doit y avoir sept sacrements ?
Article
3 – Est-ce que l’ordre des sacrements donné par le
Maître est approprié ?
Article
4 – Est-ce que, sous la loi nouvelle, de nouveaux sacrements devaient
être institués ?
Question
2 – [Le baptême de Jean]
Article
1 – Est-ce que le baptême de Jean était un sacrement ?
Article
2 – Est-ce que le baptême de Jean conférait la grâce ?
Article
3 – Est-ce qu’il convenait que le Christ soit baptisé du
baptême de Jean ?
Explication
du texte – Distinction 2
Distinction
3 – [Les sacrements en particulier : le baptême en
lui-même]
Article
1 – Est-ce que la définition qui est donnée du
baptême est appropriée ?_
Article
3 – Est-ce que le baptême doit être accompli dans l’eau
?
Article
4 – Est-ce que l’immersion est nécessaire au baptême ?
Article
5 – Était-il nécessaire d’instituer le baptême
après la circoncision ?
Explication
du texte – Distinction 3
Distinction
4 – [L’effet du baptême pour ceux qui le reçoivent]
Question
1 – [L’effet du baptême quant à sa
réalité qui est un sacrement]
Article
1 – Est-ce qu’il existe un caractère dans
l’âme ?
Article
2 – Est-ce que la définition que Denys donne du caractère
est exacte ?
Article
3 – Est-ce que le caractère se trouve dans l’essence de
l’âme comme dans son sujet ?
Article
4 – Est-ce qu’un caractère est imprimé seulement dans
les sacrements de la nouvelle loi ?
Question
2 – [L’effet du baptême quant à sa
réalité qui n’est pas un sacrement]
Article
1 – Est-ce que le baptême enlève la faute actuelle ?
Article
2 – Est-ce que par le baptême sont conférées aux
enfants la grâce et les vertus ?_
Article
3 – Est-ce que le baptême a un égal effet chez tous pour ce
qui est de l’enlèvement du mal ?
Question
3 – [Sur ceux qui reçoivent le baptême]
Article
1 – Est-ce que les enfants peuvent recevoir le sacrement ?
Article
2 – Est-ce qu’une indisposition de la volonté humaine peut
empêcher l’effet du baptême ?
Article
3 – Doit-il y avoir d’autres baptêmes en plus du
baptême d’eau ?
Explication
du texte – Distinction 4
Distinction
5 – [Les ministres du baptême]
Question
1 – [Les ministres du baptême]
Article
1 – Est-ce que le Christ, en tant qu’homme, avait le pouvoir de
remettre les péchés ?
Article
3 – Est-ce qu’un pouvoir de coopération pouvait être
conféré par Dieu aux ministres ?
Question
2 – [Quels sont les ministres du baptême ?]
Article
1 – Est-ce que personne ne peut baptiser à moins
d’être ordonné ?
Article
2 – Est-ce que les méchants peuvent conférer le sacrement
du baptême ?
Article
3 – Est-ce que le démon peut baptiser sous l’apparence
d’un homme ?
Explication
du texte – Distinction 5
Distinction
6 – [Ce qui convient au baptême]
Question
1 – [Ce qui convient au baptême du point de vue de celui qui
baptise]
Article
1 – Est-ce qu’il faut attendre la sortie du sein pour baptiser ?
Article
2 – Est-ce que l’intention de celui qui baptise est requise pour le
baptême ?
Article
3 – Est-ce que la foi est nécessaire chez le baptisé ?
Question
2 – [À propos du rite du baptême]
Article
1 – Est-ce que le baptême peut être
répété ?
Article
2 – Est-ce que le catéchisme doit précéder le
baptême ?
Article
3 – Est-ce que l’exorcisme doit précéder le
baptême ?
Explication
du texte – Distinction 6
Distinction
7 – [Le sacrement de la confirmation]
Question
1 – [La confirmation est-elle un sacrement ?]
Article
1 – La confirmation est-elle un sacrement ?
Article
2 – Le sacrement de confirmation a-t-il une matière ?
Article
3 – Le sacrement de confirmation a-t-il une forme ?
Question
2 – [L’effet de la confirmation]
Article
1 – Un caractère est-il imprimé par la confirmation ?
Article
2 – La grâce sanctifiante est-elle conférée par la
confirmation ?
Question
3 – [La célébration du sacrement de confirmation]
Article
1 – Celui qui n’est pas ordonné peut-il confirmer un autre ?
Article
2 – Le Christ aurait-il dû recevoir le sacrement de confirmation ?
Article
3 – Est-il nécessaire que quelqu’un en présente un
autre à la confirmation ?
Explication
du texte – Distinction 7
Distinction
8 – [Le sacrement de l’eucharistie]
Question
1 – [L’eucharistie est-elle un sacrement ?]
Article
1 – Est-ce que l’eucharistie est un sacrement ?
Article
2 – Des figures doivent-elles être mises en rapport avec ce
sacrement ?
Article
3 – Était-il nécessaire d’instituer ce sacrement ?
Article
4 – Ce sacrement peut-il être reçu par ceux qui ne sont pas
à jeun ?
Question
2 – [La forme du sacrement]
Article
1 – Est-ce que «Ceci est mon corps» est la forme du sacrement
?
Article
4 – Les formes [de l’eucharistie] s’attendent-elles pour agir
?
Explication
du texte – Distinction 8
Distinction
9 – [L’usage de l’eucharistie]
Question
unique – [L’usage de l’eucharistie]
Article
1 – Le corps du Christ doit-il être pris sous forme de manducation
?
Article
2 – Est-ce qu’un pécheur mange le corps du Christ
sacramentellement ?
Article
3 – Est-ce qu’on pèche en mangeant le corps du Christ avec
la conscience d’un péché mortel ?
Article
4 – La pollution nocturne qui survient pendant le sommeil est-elle un
péché ?
Explication
du texte – Distinction 9
Distinction
10 – [Le corps véritable du Christ contenu dans le sacrement]
Question
unique – [Le corps véritable du Christ contenu dans
l’eucharistie]
Article
1 – Le corps véritable du Christ est-il contenu dans le
sacrement de l’autel ?
Article
2 – Le Christ est-il contenu dans le sacrement selon son âme ?
Article
3 – Le corps du Christ est –il contenu de manière
circonscrite dans le sacrement ?
Explication
du texte – Distinction 10
Distinction
11 :[La conversion du pain au corps du Christ]
Question 1 – [La
conversion du pain au corps du Christ]
Article
1 – La substance du pain demeure-t-elle après la
consécration ?
Article
2 – Le pain est-il anéanti, une fois réalisée la
conversion ?
Article
3 – Le pain peut-il être converti au corps du Christ ?
Question
2 – [La matière du sacrement de l’eucharistie]
Article
1 – Y a-t-il une double matière de ce sacrement ?
Article
2 – Faut que ce soit du pain de froment ?
Article
3 – Le sang du Christ doit-il être consacré seulement avec
du vin de la vigne ?
Article
4 – Est-ce que de l’eau doit être mélangée au
vin ?
Question
3 - [Comment le Christ a-t-il usé de ce sacrement lors de sa
première institution ?]
Article
1 – Le Christ a-t-il mangé son corps ?
Article
2 – Le Christ a-t-il donné son propre corps à Judas ?
Article
3 – Lors de la cène, le Christ a-t-il donné à ses
disciples son corps impassible ?
Article
4 – Si le corps du Christ avait été conservé dans
une pyxide, y serait-il mort ?
Explication
du texte – Distinction 11
Distinction
12 :[Le sacrement et la réalité dans l’eucharistie]
Question
1 – [Le sacrement seul et la réalité seule dans le
sacrement de l’eucharistie]
Article
1 – Dieu peut-il faire que les accidents existent sans sujet ?
Article
3 – Le corps véritable du Christ est-il rompu dans le sacrement ?
Question
2 – [L’effet de l’eucharistie]
Article
1 – Les vertus sont-elles augmentées par ce sacrement ?
Article
2 – Les péchés véniels sont-ils remis par la
puissance de ce sacrement ?
Question
3 – [La fréquentation du sacrement de l’eucharistie]
Article
2 – Est-il permis de cesser complètement de communier ?
Explication
du texte – Distinction 12
Distinction
13 – [Les ministres de l’eucharistie]
Question
1 – [Les ministres de l’eucharistie]
Article
1 – Un laïc peut-il aussi consacrer ?
Article
2 – Est-il permis à un prêtre de s’abstenir totalement
de la consécration ?
Article
3 – Un laïc peut-il dispenser le corps du Christ ?
Question
2 – [À propos de l’hérésie]
Article
1 – Est-ce que l’hérésie indique une déviation
de la foi ?
Article
2 – L’hérésie est-elle le plus grand
péché ?
Article
3 – Les hérétiques doivent-ils être endurés ?
Explication
du texte – Distinction 13
Distinction
14 – [Le sacrement de pénitence]
Question
1 – [Qu’est-ce que la pénitence ?]
Article
1 – La pénitence est-elle un sacrement ?
Article
2 – La vertu de pénitence vient-elle de la crainte ?
Article
3 – La pénitence existe-t-elle dans toutes les puissances ?
Article
5 – Une pénitence doit-elle être publique et solennelle ?
Question
2 – [L’effet de la pénitence]
Article
1 – Les péchés sont-ils toujours enlevés par la
pénitence ?
Article
2 – Les vertus sont-elles rendues par la pénitence ?
Article
3 – Les actes bons posés en état de péché
mortel sont-ils aussi comptés pour la vie ?
Article
4 – Les effets mentionnés sont-ils ceux de la pénitence
comme vertu ?
Article
5 – Peut-on obtenir la rémission des péchés sans la
pénitence ?
Explication
du texte – Distinction 14
Distinction
15 – [La pénitence véritable]
Question
1 – [Qu’est-ce que la satisfaction ?]
Article
1 – La satisfaction est-elle une vertu ou l’acte d’une vertu
?
Article
2 – L’homme peut-il rendre satisfaction à Dieu ?
Article
3 – L’homme peut-il satisfaire pour un péché sans le
faire pour un autre ?
Article
4 – Doit-on satisfaire par des actes qui ont le caractère de peines
?
Article
5 – La restitution est-elle une partie de la satisfaction ?
Article
1 – La définition de l'aumône est-elle formulée de
manière appropriée ?
Article
2 – L’aumône libère-t-elle de la peine de
l’enfer celui meurt dans le péché ?
Article
3 – Les sept aumônes corporelles sont-elles
énumérées de manière superflue ?
Article
4 – Est-il nécessaire de faire l’aumône ?
Article
5 – Une épouse peut-elle faire l’aumône avec les biens
de son mari ?
Article
6 – Peut-on se faire l’aumône ?
Article
1 – Isidore définit-il le jeûne de manière
appropriée ?
Article
2 – Tous sont-ils tenus sans dispense au jeûne établi par
l’Église ?
Article
3 – Doit-il exister des temps déterminés pour le
jeûne, comme l’Église l’a établi ?
Article
4 – Le jeûne est-il rompu par une double alimentation ?
Article
1 – La prière est-elle un acte de la partie affective ?
Article
2 – La prière doit-elle être vocale ou seulement
mentale ?
Article
3 – Les espèces de la prière sont-elles bien
distinguées ?
Article
4 – Doit-on demander quelque chose de déterminé par la
prière ?
Article
5 – Doit-on prier Dieu seulement, conformément à la
définition de la prière ?
Article
6 – Est-ce qu’il revient à une personne divine de prier ?
Explication
du texte – Distinction 15
Distinction
16 – [Les parties de la pénitence]
Question
1 – [Les parties de la pénitence]
Article
1 – La pénitence a-t-elle des parties ?
Question
2 – [La rémission des péchés véniels]
Article
2 – Le péché véniel peut-il être remis sans
l’infusion d’une nouvelle grâce ?
Question
3 – [Les circonstances du péché]
Article
1 – La circonstance est-elle une propriété ou une condition
de l’acte moral ?
Article
2 – Les circonstances aggravent-elles le péché ?
Question
4 – [Les empêchements à une pénitence
véritable]
Article
1 – L’hypocrisie est-elle un péché ?
Article
2 – Les jeux empêchent-ils la pénitence de
l’extérieur ?
Explication
du texte – Distinction 16
Distinction
17 – [Les parties de la pénitence]
Question
1 – [La justification]
Article
1 – La description de la justification donnée à propos de
Rm 8 est-elle correcte ?
Article
3 – L’infusion de la grâce est-elle nécessaire pour la
justification ?
Article
4 – L’enlèvement de la faute précède-t-il
naturellement l’infusion de la grâce ?
Article
5 – La justification de l’impie est-elle miraculeuse ?
Article
2 – Doit-on être contrit pour les peines, et non seulement pour les
fautes ?
Article
3 – La contrition est-elle la plus grande douleur qui puisse exister dans
la nature ?
Article
4 – Toute la vie présente est-elle un temps de contrition ?
Article
5 – La rémission des péchés est-elle un effet de la
contrition ?
Article
1 – La confession est-elle nécessaire au salut ?
Article
2 – Augustin définit-il la confession de manière
appropriée ?
Article
3 – Est-il nécessaire de se confesser à un prêtre ?
Article
4 – La confession peut-elle exister sans forme ?
Article
5 – La confession libère-t-elle de la mort du péché
?
Explication
du texte – Distinction 17
Distinction
18 – [Le pouvoir des ministres du sacrement de pénitence]
Question
1 – [Le pouvoir des clés]
Article
1 – Doit-il exister des clés dans l’Église ?
Article
2 – La souillure existe-t-elle de manière positive dans
l’âme ?
Article
3 – Le pouvoir des clés va-t-il jusqu’à la
rémission de la faute ?
Question
2 – [L’excommunication]
Article
1 – La définition de l’excommunication donnée par
certains est-elle correcte ?
Article
2 – Tous les prêtres peuvent-ils excommunier ?
Article
3 – Peut-on s’excommunier soi-même, un égal ou un
supérieur ?
Article
4 – Est-il permis d’échanger avec un excommunié en
matière purement corporelle ?
Article
5 – Tous les prêtres peuvent-ils absoudre leurs sujets d’une
excommunication ?
Explication
du texte – Distinction 18
Distinction
19 – [Les détenteurs des clés]
Question
1 – [Les détenteurs des clés]
Article
1 – Le prêtre de la loi détenait-il les clés ?
Article
2 – Les saints qui ne sont pas prêtres détiennent-ils les
clés ?
Article
3 – Le prêtre peut-il faire usage de la clé qu’il
possède sur n’importe quel homme ?
Question
2 – [La correction fraternelle]
Article
1 – La définition de la correction fraternelle est-elle
incorrectement donnée ?
Article
2 – Tous sont-ils obligés en vertu d’un commandement
à la correction fraternelle ?
Explication
du texte – Distinction 19
Distinction
20 [Les conséquences de la pénitence]
Question
1 – [Corollaires de la pénitence]
Article
1 – Quelqu’un peut-il se repentir à la toute fin de sa vie ?
Article
3 – Une partie de la peine satisfactoire peut-elle être remise par
une indulgence ?
Article
4 – Tous les prêtres paroissiaux peuvent-ils donner une indulgence
?
Article
5 – Une indulgence a-t-elle de la valeur pour ceux qui se trouvent dans
le péché mortel ?
Explication
du texte – Distinction 20
Distinction
21 – [Questons sur le temps de la pénitence et la confession]
Article
1 – Existe-t-il un purgatoire après la vie présente ?
Article
3 – Le péché véniel sera-t-il expié par la
peine du purgatoire quant à la faute ?
Question
2 – [La confession générale]
Article
2 – La confession générale suffit-elle pour détruire
les péchés mortels oubliés ?
Article
3 – Quelqu’un peut-il confesser un péché qu’il
n’a pas ?
Question
3 – [Le secret de la confession]
Explication
du texte – Distinction 21
Distinction
22 – [Questions sur la rémission des péchés]
Question
1 – [Les péchés remis reviennent-ils ?]
Article
1 – Les péchés remis reviennent-ils chez celui qui
récidive ?
Article
2 – L’ingratitude est-elle un péché particulier ?
Article
3 – Les péchés véniels reviennent-ils à cause
de l’ingratitude ?
Article
4 – Le récidiviste est-il obligé de confesser les
péchés dont il s’est déjà confessé ?
Question
2 – [La réalité et le sacrement dans la pénitence]
Article
2 – La pénitence est-elle un seul sacrement ?
Article
3 – Le sacrement de la pénitence a-t-il été
institué ?
Explication
du texte – Distinction 22
Distinction
23 – [L’extrême-onction]
Question
1 : [Qu’est-ce que l’extrême-onction]
Article
1 – L’extrême-onction est-elle un sacrement ?
Article
2 – L’extrême-onction a-t-elle une valeur pour la
rémission des péchés ?
Article
3 – L’huile d’olive est-elle une matière convenable
pour ce sacrement ?
Article
4 – Ce sacrement a-t-il une forme ?
Question
2 – [L’administration de l’extrême-onction]
Article
1 – Un laïc peut-il conférer ce sacrement ?
Article
2 – Ce sacrement doit-il être conféré à ceux
qui sont en santé ?
Article
3 – Tout le corps doit-il être oint par ce sacrement ?
Article
– Ce sacrement doit-il être répété ?
Explication
du texte – Distinction 23
Distinction
24 – [Le sacrement de l’ordre]
Question
1— [Le sacrement de l’ordre en lui-même]
Article
1 – L’ordre doit-il exister dans l’Église ?
Article
2 –La grâce sanctifiante est-elle donnée par ce sacrement ?
Article
3 – Une bonne vie est-elle nécessaire chez ceux qui
reçoivent les ordres ?
Question
2 – [La distinction entre les ordres]
Article
1 – Doit-on faire une distinction entre plusieurs ordres ?
Article
2 – Les actes des ordres sont-ils convenablement assignés dans le
texte ?
Article
3 – Le caractère du sacerdoce est-il imprimé par la
présentation du calice ?
Question
3 – [Ceux qui sont ordonnés doivent-ils porter la tonsure ?]
Article
1 – Ceux qui sont ordonnés doivent-ils porter la tonsure ?
Article
2 – Un pouvoir épiscopal doit-il exister au-dessus de
l’ordre sacerdotal ?
Article
3 – Les vêtements des ministres ont-ils été
convenablement établis dans l’Église ?
Explication
du texte – Distinction 24
Distinction
25 – [Les agents actifs et passifs du sacrement de l’ordre]
Question
1 – [La collation du sacrement de l’ordre est-elle
réservée à l’évêque ?]
Article
1 – Est-ce que seul un évêque confère le sacrement de
l’ordre ?
Article
2 – Les hérétiques et ceux qui sont séparés
de l’Église peuvent-ils conférer les ordres ?
Question
2 – [À propos de ceux qui sont ordonnés]
Article
1 – Le sexe féminin empêche-t-il de recevoir l’ordre ?
Article
2 – La condition de serf empêche-t-elle quelqu’un de recevoir
l’ordre ?
Article
1 – La définition donnée de la simonie est-elle
adéquate ?
Article
2 – Les sacrements peuvent-ils être achetés et vendus sans
simonie ?
Article
3 – La simonie est-elle commise des trois manières
dterminées par le pape Urbain ?_
Explication
du texte – Distinction 25
Question
1 – [Le mariage est-il naturel ?]
Article
1 – Le mariage est-il naturel ?_
Article
2 – Le mariage continue-t-il à relever d’un commandement ?
Article
3 – L’acte matrimonial est-il toujours un péché ?
Article
4 – L’acte matrimonial est-il méritoire ?
Question
2 – [Le mariage comme sacrement]
Article
1 – Le mariage est-il un sacrement ?
Article
2 – Le mariage devait-il être institué avant le
péché ?
Article
3 – Le mariage donne-t-il la grâce ?
Article
4 – L’union charnelle fait-elle partie de
l’intégrité du mariage ?
Explication
du texte – Distinction 26
Distinction
27 – [Les causes du mariage]
Question
1 – [Qu’est-ce que le mariage ?]
Article
1 – Le mariage fait-il partie du genre de l’union ?
Article
2 – Le consentement est-il la cause efficiente du mariage ?
Article
3 – Un des époux, même après l’union charnelle,
peut-il entrer en religion malgré l’autre ?
Question
2 – [Les fiançailles]
Article
1 – Les fiançailles sont-elles correctement appelées la
promesse d’un mariage à venir ?
Article
2 – L’âge de sept ans est-il correctement assigné pour
contracter des fiançailles ?
Article
3 – Les fiançailles peuvent-elles être dirimées
lorsqu’un des deux entre en religion ?
Article
2 – La bigamie est-elle dissooute par le baptême ?
Article
3 – Est-il permis de dispenser un bigame ?
Explication
du texte – Distinction
27
Distinction
28 – [Le consentement du mariage]
Article
3 – Le consentement par des paroles portant sur le présent
réalise-t-il le mariage ?
Article
4 – Le consentement qui réalise le mariage est-il le consentement
à l’union charnelle ?
Explication
du texte – Distinction 28
Distinction
29 – [Les empêchements au consentement au mariage]
Article
1 – Un consentement peut-il être forcé ?
Article
2 – La coercition de la crainte affecte-t-elle un homme constant ?
Article
3 – Un consentement forcé écarte-t-il le mariage ?
Article
4 – Peut-on être forcé au mariage par un ordre de son
père ?
Explication
du texte – Distinction
29
Distinction
30 – [Le mariage et l’erreur]
Question
1 – [L’erreur doit-elle être présentée comme un
empêchement au mariage par elle-même ?]
Article
1 – L’erreur doit-elle être présentée comme un
empêchement au mariage par elle-même ?
Article
2 – Est-ce que toute erreur empêche le mariage ?
Question
2 – [Le mariage de la bienheureuse Vierge]
Article
1 – La bienheureuse Vierge devait-elle faire vœu de virginité
?
Article
2 – Le mariage en question a-t-il été parfait ?
Article
3 – Ce mariage a-t-il été jamais consommé ?
Explication
du texte – Distinction
30
Distinction
31 – [Les causes de la bonté du mariage ou les biens du mariage]
Question
1 – [Les biens qui excusent le mariage]
Article 1 – Le mariage doit-il
comporter des biens qui l’excusent ?
Article
2 – Les biens du mariage sont-ils indiqués de manière
suffisante dans le texte ?
Article
3 – Le sacrement est-il le bien principal du mariage ?
Question
2 – [Les biens du mariage excusent-ils l’acte du mariage ?]
Article 2 – L’acte du mariage
peut-il être excusé même sans les biens du mariage ?
Explication
du texte – Distinction
31
Distinction
32 – [L’acte conjugal sous son aspect de dette]
Article
2 – Le mari est-il obligé de rendre ce qui est dû à
son épouse qui ne le demande pas ?
Article
3 – Le mari et la femme sont-ils égaux dans l’acte du
mariage ?
Article 5 – Lors des temps
sacrés, doit-on être empêché de demander ce qui est
dû ?
Explication
du texte – Distinction
32
Distinction
33 – [Les biens du mariage chez les anciens]
Question
1 – [Est-il contraire à la loi naturelle d’avoir plusieurs
épouses ?]
Article
1 – Est-il contraire à
la loi naturelle
d’avoir plusieurs épouses ?]
Article
2 – A-t-il jamais été permis de pouvoir avoir plusieurs
épouses ?
Article 3 – Avoir une concubine
est-il contraire à la loi de la nature ?
Question
2 – [L’acte de répudiation]
Article
1 – L’inséparabilité de l’épouse
relève-t-elle de la loi de la nature ?
Article
2 – Est-il permis de pouvoir renvoyer sa femme grâce à une
dispense ?
Article
3 – La cause de la répudiation était-elle la haine de son
épouse ?
Article
2 – La virginité est-elle une vertu ?
Article
3 – La virginité est-elle la plus grande de toutes les vertus ?
Explication
du texte – Distinction
33
Distinction
34 – [Les personnes qui contractent mariage]
Question
unique – [Les empêchements du mariage en général]
Article
1 – Les empêchements au mariage sont-ils indiqués de
manière appropriée ?
Article
2 – La frigidité empêche-t-elle de contracter mariage ?
Article 3 – Un sortilège
peut-il empêcher le mariage ?
Article 4 – La folie
empêche-t-elle le mariage ?
Article
5 – L’inceste, par lequel quelqu’un connaît la
sœur de son épouse, dirime-t-il le mariage ?
Explication
du texte – Distinction
34
Distinction
35 – [Le mari peut-il renvoyer sa femme pour cause de fornication ?]
Article
1 – Est-il permis à un
mari de renvoyer sa femme pour cause de fornication ?
Article 2 – Un mari est-il
tenu en vertu d’un précepte de renvoyer son épouse qui
fornique ?
Article 3 – Un mari peut-il
renvoyer de son propre jugement son épouse qui fornique ?
Article
4 – Le mari et l’épouse doivent-ils avoir les mêmes
droits dans un jugement de divorce ?
Article
5 – Le mari peut-il en épouser une autre après le divorce ?
Article
6 – Le mari et l’épouse peuvent-ils se réconcilier
après le divorce ?
Explication
du texte – Distinction
35
Distinction
36 – [L’empêchement de la condition servile]
Article 1 – La condition de serf
empêche-t-elle le mariage ?
Article 2 – Le serf peut-il
contracter mariage sans le consentement du seigneur ?
Article
3 – La servitude peut-elle survenir après le mariage ?
Article 4 – Les fils
doivent-ils suivre la condition du père ?
Article 5 – Une carence d’âge empêche-t-elle
le mariage ?
Explication
du texte – Distinction
36
Distinction
37 – [L’empêchement de l’ordre]
Question
1 – [L’empêchement de l’ordre]
Article 1 – L’ordre
empêche-t-il le mariage ?
Article 2 – Un ordre
sacré peut-il survenir après le mariage ?
Question
2 – [Le meurtre de l’épouse]
Article
1 – Est-il permis à un mari de tuer son épouse prise en
flagrant délit d’adultère ?
Article
2 – Le meurtre de l'épouse empêche-t-il le mariage ?
Explication
du texte – Distinction
37
Distinction
38 – [L’empêchement du vœu]
Question
1 – [L’empêchement du vœu]
Article
1 – Le vœu est-il défini de manière appropriée
dans le texte ?
Article
2 – La distinction entre vœu général et particulier
est-elle appropriée ?
Article
4 – Peut-il y avoir dispense d’un voeu ?
Article
1 – La définition du scandale est-elle donnée de
manière appropriée ?
Article
2 – Le scandale est-il toujours un péché ?
Article
3 – Le scandale passif est-il toujours le fait des petits ?
Article
4 – La vérité doit-elle être mise de
côté à cause du scandale ?
Explication
du texte – Distinction
38
Distinction
39 – [L’illégitimité d’une personne par rapport
à certaines personnes]
Question
unique – [Le mariage avec un infidèle]
Article
1 – Un croyant peut-il contracter mariage avec une incroyante ?
Article
2 – Peut-il y avoir mariage entre des infidèles ?
Article
5 – Le fidèle qui se sépare de son épouse
infidèle peut-il prendre une autre épouse ?
Article 6 – D’autres vices
dissolvent-ils le mariage comme l’infidélité ?
Explication
du texte – Distinction
39
Distinction
40 – [L’empêchement de consanguinité]
Article 1 – La définition de
la consanguinité donnée par certains est-elle exacte ?
Article
2 – La consanguinité se différencie-t-elle en lignes et en
degrés ?
Article
3 – La consanguinité empêche-t-elle le mariage selon le
droit naturel ?
Explication
du texte – Distinction
40
Distinction
41 – [L’empêchement d’affinité]
Article 1 – L’affinité
est-elle causée par le mariage d’un consanguin ?
Article
2 – L’affinité empêche-t-elle le mariage ?
Article
3 – Les fils qui naissent en dehors d’un vrai mariage sont-ils
illégitimes ?
Article 4 – L’inceste est-il
une espèce différente des autres espèces de luxure ?
Explication
du texte – Distinction
41
Distinction
42 – [L’empêchement de proximité spirituelle]
Question
1 – [La parenté spirituelle]
Article
1 – La parenté spirituelle empêche-t-elle le mariage ?
Article
2 – La proximité spirituelle est-elle contractée seulement
par le baptême ?
Question
2 – [La parenté légale]
Article
1 – L’adoption est-elle correctement définie ?
Article 2 – Contracte-t-on
par l’adoption un lien empêchant le mariage ?
Article
3 – Une telle parenté n’est-elle contractée
qu’entre le père adoptif et le fils adoptif ?
Question
3 – [Les secondes noces]
Article
1 – Les secondes noces sont-elles permises ?
Article 2 – Le second mariage est-il
un sacrement ?
Explication
du texte – Distinction
42
Distinction
43 – [La résurrection des corps]
Question 1 – [La résurrection en
elle-même]
Article
1 – Y aura-t-il une résurrection des corps ?
Article
2 – La résurrection du Christ est-elle la cause de notre
résurrection ?
Article
4 – La mort sera-t-elle pour tous le terme a quo de la résurrection ?
Article
5 – Après la résurrection, chacun connaîtra-t-il les
péchés qu’il a commis ?
Explication
du texte – Distinction 43
Distinction
44 – [Les conditions des ressuscités]
Question
1 – [Les ressuscités
seront-ils identiques à eux-mêmes ?]
Article
1 – L’âme reprendra-t-elle le même corps lors de la
résurrection ?
Article
2 – Tous les membres du corps humain ressusciteront-ils ?
Article
3 – Tous ressusciteront-ils avec le même âge, celui de la
jeunesse ?
Question
2 – [Les conditions des
bienheureux]
Article
1 – Les corps des saints après la résurrection seront-ils
passibles ?
Article
2 – La subtilité est-elle une propriété du corps
glorieux ?
Article
3 – Les corps glorieux seront-ils agiles ?
Article
4 – L’éclat conviendra-t-il aux corps glorieux ?
Question
3 – [La condition des
damnés]
Article
1 – Les corps des damnés ressusciteront-ils avec leurs
difformités ?
Article
3 – Les puissances sensibles demeurent-elles dans l’âme
séparée ?
Explication
du texte de Pierre Lombard, Dist. 44
Distinction
45 – [La demeure des âmes après la mort]
Question
1 – [Des demeures sont-elles
assignées aux âmes après la mort ?]
Article
1 – Des demeures sont-elles assignées aux âmes après
la mort ?
Article
2 – Les limbes sont-ils la même chose que le sein
d’Abraham ?
Article
3 – Faut-il faire une distinction entre autant de demeures ?
Question
2 – [Les suffrages pour les
morts]
Article
1 – Les suffrages faits par un seul peuvent-ils être utiles
à un autre ?
Question
3 – [Les saints ont-ils
connaissance de nos prières ?]
Article
1 – Les saints ont-ils connaissance de nos prières ?
Article
2 – Devons-nous prier les saints d’intercéder pour
nous ?
Explication
du texte de Pierre Lombard, Dist. 45
Distinction
46 – [La justice et la miséricorde de Dieu envers les
damnés]
Question
1 – [La justice doit-elle
être attribuée à Dieu ?]
Article
1 – Doit-on attribuer la justice à Dieu ?
Article
2 – L’action de Dieu est-elle appe-lée juste du seul fait
qu’elle lui agrée ?_
Article
3 – Une peine éternelle est-elle infligée aux
pécheurs en vertu de la justice divine ?
Question
2 – [La miséricorde de
Dieu]
Article
1 – La miséricorde existe-t-elle en Dieu ?
Explication
du texte de Pierre Lombard, Dist. 46
Distinction
47 – [Le jugement général]
Question
1 – [Le jugement
général en lui-même]
Article
1 – Y aura-t-il un jugement général ?
Article
2 – Certains hommes jugeront-ils avec le Christ ?
Article
3 – Tous les hommes comparaîtront-ils en jugement ?
Question
2 – [Le feu de l’enfer]
Article
1 – Y aura-t-il une purification du monde à venir ?
Article
2 – Ce feu purifiera-t-il aussi les cieux supérieurs ?
Article
3 – Le feu de l’ultime déflagration doit-il suivre le
jugement ?
Explication
du texte de Pierre Lombard, Dist. 47
Distinction
48 – [La condition du juge]
Question
1 – [Le juge jugera-t-il en sa
condition d’homme ?]
Article
1 – Le Christ jugera-t-il en sa condition de serviteur ?
Article
2 –Le Christ apparaîtra-t-il lors du jugement dans la condition
glorieuse de son humanité ?
Article
3 – La divinité peut-elle être vue sans joie par les
méchants ?
Article
4 – Est-ce que certains signes précèdent la venue du
Seigneur pour le jugement ?
Question
2 – [Le renouvellement du monde]
Article
1 – Le monde sera-t-il un jour renouvelé ?
Article
2 – Le mouvement des corps célestes cessera-t-il lors de ce
renouvellement du monde ?
Article
3 – L’éclat des corps célestes est-il accru lors de
ce renouvellement ?
Article
4 – Les éléments seront-ils renouvelés par la
réception d’un certain éclat ?
Article
5 – Les plantes et les animaux demeureront-ils lors de ce
renouvellement ?
Explication
du texte – Distinction 48
Distinction
49 – [Les récompenses et les peines qui découlent du
jugement général]
Question
1 – [En quoi faut-il chercher la
béatitude ?]
Article
1 – La béatitude consiste-t-elle dans les biens du corps ?
Article
2 – La béatitude est-elle quelque chose de
créé ?
Article
3 – Tous désirent-ils la béatitude ?
Article
4 – La béatitude des saints sera-t-elle plus grande après
qu’avant le jugement ?
Question
2 – [La vision de Dieu]
Article
1 – L’intellect humain peut-il aller jusqu’à voir Dieu
par son essence ?
Article
2 – Après la résurrection, les saints verront-ils Dieu de
leurs yeux corporels?
Article
3 – En voyant Dieu dans la patrie, les saints
l’étreignent-ils (comprehendant) ?
Article
6 – Un intellect créé peut-il, par ce qui lui est naturel,
voir Dieu par son essence?
Article
7 – Dieu peut-il être vu par son essence dans l’état
de cheminement ?
Article
1 – La délectation est-elle une passion ?
Article 3 – La tristesse est-elle
contraire à la délectation ?
Article
4 – Toute délectation est-elle bonne ?
Article
5 – Les délectations corporelles sont-elles plus fortes que les
délectations spirituelles ?
Article
1 – Faut-il reconnaître des dots chez les hommes bienheureux ?
Article
2 – La dot est-elle la même chose que la béatitude ?
Article
3 – Convient-il au Christ de posséder des dots ?
Article
4 – Les anges possèdent-ils des dots ?
Article 5 – Affirme-t-on de
manière appropriée qu’il existe trois dots de
l’âme?
Article
2 – L’auréole diffère-t-elle du fruit ?
Article
3 – Une auréole est-elle due en raison de la
virginité ?
Article
4 – Une auréole est-elle due au Christ ?
Article
5 – Les trois auréoles sont-elles désignées de
manière appropriée ?
Explication
du texte de Pierre Lombard, Dist. 49
Distinction
50 – [Les peines des impies]
Question
1 – [La connaissance de
l’âme séparée]
Article 1 – L’âme
peut-elle intelliger quelque chose, une fois qu’elle est
séparée du corps?_
Article 3 – L’âme
séparée connaît-elle le singulier ?
Article
4 – La distance locale empêche-t-elle la connaissance de
l’âme séparée ?
Question
2 – [Les peines affectives des
damnés]
Article
1 – Toute volonté des damnés est-elle mauvaise ?
Article
2 – Les damnés peuvent-ils utiliser la connaissance qu’ils
avaient en ce monde ?
Article
3 – Les damnés en enfer sont-ils affligés par la seule
peine du feu ?
Article
4 – Les bienheureux qui seront dans la patrie voient-ils les peines des
damnés ?
Explication
du texte de Pierre Lombard, Dist. 50
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Textum
Parmae 1858 editum ac automato translatum a Roberto Busa SJ in taenias magneticas
denuo recognovit Enrique Alarcón atque instruxit |
© Copyright, traduction et notes par Jacques
MÉNARD, 2008. |
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Liber IV |
LIVRE IV – [LES SACREMENTS ET LES FINS DERNIÈRES] |
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Prooemium |
Introduction générale |
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[13255]
Super Sent., lib. 4 pr. Misit
verbum suum, et sanavit eos, et eripuit eos de interitionibus eorum. Psal. 106, 20. Ex peccato primi hominis humanum genus
duo incurrerat, scilicet mortem, et infirmitatem. Mortem propter separationem
a vitae principio, de quo in Psalm. 35, 10, dicitur: apud te est fons vitae;
et qui separatur ab hoc principio, de necessitate moritur: et hoc factum est
per primum hominem. Unde dicitur Rom. 5, 12: per unum hominem peccatum in mundum
intravit, et per peccatum mors. Infirmitatem vero propter destitutionem
gratiae, quae est hominis sanitas, quae petitur Hierem. 17, 14: sana me
domine, et sanabor; et ideo in Psalm. 6, 3, dicitur: miserere mei
domine, quoniam infirmus sum. Ad hoc autem sufficiens remedium haberi non
poterat, nisi ex verbo Dei, quod est fons sapientiae in excelsis,
Eccli. 1, et per consequens vitae: quia
sapientia vitam tribuit possessori, Eccli. 7; unde dicitur Joan. 5, 21: sicut
pater suscitat mortuos et vivificat; sic filius quos vult, vivificat.
Ipsum etiam est virtus Dei, quo omnia portantur; Hebr. 1, 3: portans omnia
verbo virtutis suae; et ideo est efficax ad infirmitatem tollendam. Unde
in Psalm. 32, 6, dicitur: verbo domini caeli firmati sunt; et Sap. 16,
12: neque herba neque malagma sanavit eos, sed sermo tuus, domine, qui
sanat omnia. Sed quia vivus est sermo Dei et efficax, et penetrabilior
omni gladio ancipiti, ut dicitur Heb. 4, 12, necessarium fuit ad hoc quod
nobis medicina tam violenta proficeret, quod ei carnis nostrae infirmitas
adjungeretur, ut nobis magis congrueret. Hebr. 11, 17: debuit per omnia
fratribus assimilari, ut misericors fieret. Et propter hoc, verbum
caro factum est, et habitavit in nobis; Joan. 1, 14. Sed quia haec medicina
tantae est efficaciae ut omnes sanare possit (virtus enim exibat de illo,
et sanabat omnes, ut dicitur Luc. 6, 19), ideo ab hac universali medicina
et prima aliae particulares medicinae procedunt universali medicinae
conformes, quibus mediantibus virtus universalis medicinae proveniat ad
infirmos: et haec sunt sacramenta, in quibus sub tegumento rerum visibilium
divina virtus secretius operatur salutem, ut Augustinus dicit. Sic ergo in
verbis propositis tria tanguntur: scilicet confectio medicinae, sanatio ab
infirmitate, et liberatio a morte. Confectio medicinae tangitur in hoc quod
dicit: misit verbum suum; quod quidem referendum est et ad verbi
incarnationem, quod dicitur a Deo missum, quia caro factum; Gal. 4, 4: misit
Deus filium suum factum ex muliere; et ad sacramentorum institutionem, in
quibus accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum, ut sic sit
conformitas sacramenti ad verbum incarnatum. Sanctificatur enim creatura
sensibilis per verbum Dei et orationem; 1 Timoth., 4. Sanatio autem ab
infirmitate peccati et reliquiarum ejus, tangitur in hoc quod dicitur: et
sanavit eos; quae quidem sanatio per sacramenta fit: unde ipsa sunt
unguenta sanitatis, quae Christus quasi unguentarius confecit; unde et in
Psalm. 102, 3, dicitur: qui propitiatur omnibus iniquitatibus tuis,
quantum ad peccata; qui sanat omnes infirmitates tuas, quantum ad
peccatorum reliquias. Liberatio autem a morte tangitur in hoc quod dicitur: et eripuit
eos de interitionibus eorum. Et quia interitus in mortem violentam sonare
videtur, ideo congrue ad poenalem mortem referri potest: quia ratio poenae
est ut contra voluntatem sit, sicut ratio culpae ut sit voluntaria; et ideo
culpa ad infirmitatem reducitur, poena ad mortem: quia via ad poenam est
culpa, sicut infirmitas ad mortem. Non solum autem separatio animae a corpore
mors dici potest, sed etiam omnes praesentis vitae poenalitates: et ideo
pluraliter interitiones nominantur, sicut et 2 Cor. 11, 23: in mortibus
frequenter. A morte ergo corruptionis naturae eripiet verbum incarnatum
per resurrectionem: quia in Christo omnes vivificabuntur; 1 Corinth.
25, 22, Isai. 26, 19: vivent interfecti mei etc.; sed a mortibus poenalitatum
per gloriam: tunc enim absorpta erit mors per victoriam; 1 Corinth. 25; et de
his in Psalm. 102, 4, dicitur: qui redimit de interitu vitam tuam,
quantum ad primum: qui coronat te in misericordia, quantum ad
secundum. Sic ergo ex verbis propositis tria
possumus accipere circa hunc quartum librum, qui prae manibus habetur,
scilicet materiam: quia in eo agitur de sacramentis, et de resurrectione et
gloria resurgentium. Item continuationem ad tertium librum: quia in tertio
agebatur de missione verbi in carnem, in hoc autem libro de effectibus verbi
incarnati; ut quartus respondeat tertio, sicut secundus primo. Item divisionem
istius libri. Dividitur enim in partes duas: in prima determinat de
sacramentis; in secunda determinat de resurrectione, et gloria resurgentium,
43 distinct., ibi: postremo de conditione resurrectionis et modo resurgentium
(...) breviter disserendum est. Item prima dividitur in duas. In prima
determinat de sacramentis in generali; in secunda descendit ad sacramenta
novae legis, 2 dist., ibi: jam ad sacramenta novae legis accedamus. Prima in duas: in prima dicitur de quo est intentio: in
secunda prosequitur, ibi: sacramentum est sacrae rei signum. Circa
primum duo facit: primo proponit materiam de qua agendum est. Secundo ostendit quid de ea
primo dicendum sit, ibi: de quibus quatuor primo consideranda sunt.
Sacramentum est sacrae rei signum. Hic determinare incipit de sacramentis
in communi; et dividitur in partes duas: in prima determinat de sacramentis
secundum se; in secunda de divisione sacramenti in suas partes, ibi: duo
autem sunt in quibus sacramentum consistit. Prima in duas: in prima
ostendit quid est sacramentum; in secunda necessitatem institutionis
sacramentorum, ibi, triplici autem ex causa sacramenta instituta sunt.
Prima in duas: in prima venatur genus sacramenti; in secunda differentias,
ibi: signorum vero alia sunt naturalia (...) alia data. Circa primum
duo facit: primo ponit sacramentum in genere signi; secundo definit signum,
ibi : signum vero est res praeter speciem quam ingerit sensibus,
aliquid aliud ex se faciens in cognitionem venire. Signorum vero alia sunt
naturalia (...) alia data. Hic venatur differentias: et primo unam
differentiam communem omnibus sacramentis, quae est ut imaginem gerat;
secundo aliam quae est propria sacramentorum novae legis, in quibus est
perfecta ratio sacramenti, scilicet ut causa existat, ibi: sacramentum
enim proprie dicitur, quod ita signum est gratiae Dei, et invisibilis gratiae
forma, ut ipsius imaginem gerat et causa existat. Duo autem sunt in quibus
sacramentum consistit. Hic dividit sacramentum in duas partes: et primo
in partes integrales; secundo in partes subjectivas, ibi: jam videre
restat differentiam sacramentorum veterum, et novorum. Et circa haec, duo
facit: primo ostendit differentiam inter sacramenta veteris et novae legis;
secundo determinat de quodam sacramento veteris legis, quod maxime cum sacramentis
novae legis communicat, ibi: fuit autem inter illa sacramenta sacramentum
quoddam, scilicet circumcisionis, idem conferens remedium contra peccatum
quod nunc Baptismus praestat. Quarum
prima pars cum praecedentibus est de lectione praesenti. |
Il envoya sa parole et les guérit ; il les
arracha à leurs anéantissements, Ps 106, 20. Par le péché du
premier homme, le genre humain avait encouru deux choses : la mort et la
maladie. La mort, en raison de la séparation du principe de la vie,
dont il est dit en Ps 35, 10 : La source de la vie est en
toi. Celui qui est séparé de ce principe meurt
nécessairement. Et cela est arrivé à cause du premier
homme. Aussi est-il dit en Rm 5, 12 : Le
péché est entré dans le monde par un seul, et, par le
péché, la mort. La maladie, en raison de la perte de la
grâce, qui est la santé de l’homme. Elle est
demandée en Jr 17, 14 : Guéris-moi, Seigneur,
et je serai guéri. C’est pourquoi il est dit dans
Ps 6, 3 : Aie pitié de moi, Seigneur, car je suis
malade. Or, il ne pouvait y avoir de remède suffisant pour cela
que par la parole de Dieu, qui est la source de la sagesse dans les
hauteurs, Si 1, 5, et, par conséquent, la source de la
vie, car la sagesse donne vie à celui qui la possède,
Si 7. Aussi est-il dit en Jn 5, 21 : Comme le
Père ressuscite les morts et leur donne vie, ainsi le Fils donne-t-il
vie à ceux qu’il veut. [Cette parole] est aussi la puissance
de Dieu par laquelle tout est soutenu, He 1, 3 : Soutenant
tout par la parole de sa puissance. C’est pourquoi elle est efficace
pour enlever la maladie. Ainsi est-il dit en Ps 32, 6 : Les
cieux ont été affermis par la parole du Seigneur, et en
Sg 16, 12 : Ni l’herbe ni l’émollient ne
les a guéris, mais ta parole, Seigneur, qui guérit tout. Mais
parce que la parole de Dieu est vivante et efficace, et
pénètre plus profond que le glaive à deux tranchants, comme
il est dit en He 4, 12, il était nécessaire, pour
qu’un remède si puissant nous soit utile, que la faiblesse de
notre chair lui soit unie afin qu’il nous soit mieux adapté.
He 11, 17 : Il devait se faire semblable en tout à
ses frères afin de montrer sa miséricorde. Pour cette
raison, le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous,
Jn 1, 14. Mais parce que ce remède est d’une telle
efficacité qu’il peut guérir tous (en effet, une
puissance sortait de lui et les guérissait tous, comme il est dit
en Lc 6, 19), d’autres remèdes particuliers, semblables
à ce remède universel, sont issus de ce remède universel
et premier, par l’intermédiaire desquels la puissance du remède
universel parvient aux malades. Tels sont les sacrements, par lesquels, sous
le voile de choses visibles, la puissance divine réalise le salut
d’une manière plus secrète, comme le dit Augustin. Ainsi
donc, dans les paroles rappelées, trois choses sont abordées :
la préparation du remède, la guérison de la maladie et
la libération de la mort. La préparation du remède est
abordée lorsqu’il dit : Il envoya sa parole. Cela se
rapporte à l’incarnation du Verbe, dont on dit qu’il est
envoyé par Dieu parce qu’il est devenu chair.
Ga 4, 4 : Il a envoyé son Fils, né
d’une femme. [Cela se rapporte aussi] à l’institution
des sacrements, dans lesquels «la parole est jointe aux éléments,
et le sacrement se réalise», afin qu’il y ait ainsi
similitude entre le sacrement et le Verbe incarné. En effet, la
créature sensible est sanctifiée par le Verbe de Dieu et par la
prière, 1 Tm 4. Mais la guérison de la maladie du
péché et de ses suites est abordée lorsqu’il
dit : Et il les guérit. Cette guérison est
réalisée par les sacrements. Ceux-ci sont donc des pommades de
santé, que le Christ a préparées comme un pharmacien.
Ainsi est-il dit en Ps 102, 3 : Lui qui pardonne toutes tes
fautes, pour ce qui est des péchés ; qui
guérit toutes les maladies, pour ce qui est des suites des
péchés. Quant à la libération de la mort,
elle est abordée lorsqu’il dit : Et il les arracha
à leurs anéantissements. Et parce que
l’anéantissement semble annoncer une mort violente, il peut
à juste titre être mis en rapport avec le châtiment de la
mort, car le caractère du châtiment est d’être
contraire à la volonté, comme le caractère de la faute
est d’être volontaire. C’est pourquoi la faute se
ramène à la maladie, et le châtiment, à la mort,
car le chemin vers le châtiment est la faute, comme la maladie est le
chemin vers la mort. Or, ce n’est pas seulement la séparation de
l’âme du corps qui peut être appelée mort, mais
aussi tout ce qui est peine dans la vie présente. C’est pourquoi
on parle d’anéantissements au pluriel [iterationes],
comme en 2 Co 11, 23 : Souvent à la mort. Le
Verbe incarné arrachera donc à la mort de la corruption de la
nature par la résurrection, car dans le Christ, tous reprendront
vie, 1 Co 25, 22. Is 26, 19 : Tous mes
morts revivront, etc. Mais [il arrachera] aux morts des peines par la
gloire. En effet, la mort sera alors engloutie par la victoire,
1 Co 25. Et il en est question en Ps 102, 4 : Lui
qui rachète ta vie à la mort, pour le premier point ; qui
te couronne de miséricorde, pour le second. Ainsi donc, nous
pouvons tirer trois choses des paroles rappelées à propos du
quatrième livre que nous avons sous la main, à savoir, sa matière,
car il y est question des sacrements, de la résurrection et de la
gloire des ceux qui ressuscitent. Aussi, la suite du troisième livre,
car, dans le troisième, il était question de l’envoi du
Verbe dans la chair, et, dans ce livre, des effets du Verbe incarné,
de sorte que le quatrième réponde au troisième comme le
deuxième au premier. Aussi, la division de ce livre. En effet, il se
divise en deux parties : dans la première, il traite des
sacrements ; dans la seconde, il traite de la résurrection et de
la gloire de ceux qui ressuscitent, à la d. 43, en cet
endroit : «Ensuite, il faut traiter brièvement de la condition
de la résurrection et du mode de ceux qui ressuscitent.» De
même, la première partie se divise en deux. Dans la
première, il traite des sacrements en général ;
dans la seconde, il en arrive aux sacrements de la loi nouvelle, d. 2, en cet
endroit : «Maintenant, occupons-nous des sacrements de la loi nouvelle.»
La première partie [se divise] en deux parties : dans la
première, on dit quelle est l’intention ; dans la seconde,
on poursuit, en cet endroit : «Le sacrement est le signe
d’une chose sainte.» À propos du premier point, il fait
deux choses : premièrement, il propose la matière dont il
faut traiter ; deuxièmement, il montre ce qu’il faut dire
d’elle en premier lieu, en cet endroit : «Il faut
d’abord examiner ces quatre premières choses.» «Le
sacrement est le signe d’une chose sainte.» Ici, il commence
à traiter des sacrements en général, et cela se divise
en deux parties : dans la première, il traite des sacrements en
eux-mêmes ; dans la seconde, de la division du sacrement selon ses
parties, en cet endroit : «Or, le sacrement consiste en deux
choses.» La première partie se divise en deux parties :
dans la première, il montre ce qu’est le sacrement ; dans
la seconde, la nécessité de l’institution des sacrements,
en cet endroit : «Or, les sacrements ont été
institués pour une triple cause.» La première partie se
divise en deux : dans la première, on recherche le genre du
sacrement ; dans la seconde, les différences, en cet
endroit : «Mais, parmi les signes, certains sont naturels…,
et d’autres sont convenus.» À propos du premier point, il
fait deux choses : premièrement, il place le sacrement dans le
genre du signe ; deuxièmement, il définit le signe, en cet
endroit : «Le signe est une chose qui dépasse ce
qu’elle représente pour les sens, et qui fait venir à la
connaissance quelque chose d’autre qu’elle-même. Or, parmi
les signes, certains sont naturels…, d’autres sont
convenus.» Ici, on recherche les différences :
premièrement, une différence commune à tous les
sacrements, qui consiste en ce qu’il représente ; deuxièmement,
une autre qui est propre aux sacrements de la loi nouvelle, où se
trouve le caractère parfait de sacrements, à savoir,
qu’il est cause, en cet endroit : «En effet, on appelle
sacrement au sens propre ce qui est signe de la grâce de Dieu et forme
de la grâce invisible, de telle manière qu’il en soit
l’image et la cause.» «Or, le sacrement consiste en deux
choses.» Ici, il divise le sacrement en deux parties :
premièrement, dans ses parties intégrales ;
deuxièmement, dans ses parties subjectives, en cet endroit :
«Il reste maintenant à voir la différence entre les
sacrements anciens et les nouveaux.» À ce propos, il fait deux
choses : premièrement, il montre la différence entre les
sacrements de la loi ancienne et de la loi nouvelle ;
deuxièmement, il traite d’un sacrememnt de la loi ancienne, qui
a beaucoup en commun avec les sacrements de la loi nouvelle, en cet
endroit : «Or, il y a eu, entre ces sacrements, un sacrement,
à savoir, la circoncision, qui conférait le même
remède contre le péché qu’assure maintenant le baptême.»
La première de ces parties, avec les précédentes, est
l’objet de la présente leçon. |
LES SACREMENTS EN GÉNÉRAL |
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Distinctio 1 |
Distinction 1 – [Les sacrements en général]
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Quaestio
1 |
Question 1 – [Le sacrement, sa nécessité et son efficacité] |
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Prooemium |
Prologue
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[13256] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1
pr. Hic quaeruntur quinque: 1 quid
sit sacramentum; 2 de necessitate sacramentorum; 3 ex quibus consistat
sacramentum; 4 de efficacia sacramentorum novae legis; 5 de efficacia sacramentorum
veteris legis. |
Ici sont posées cinq questions : 1 –
qu’est-ce qu’un sacrement ? 2 – La nécessité
des sacrements. 3 – En quoi consiste le sacrement ? 4 –
L’efficacité des sacrements de la loi nouvelle. 5 –
L’efficacité des sacrements de la loi ancienne. |
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Articulus 1 [13257] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 1 tit. Utrum definitio sacramenti a Magistro convenienter assignetur |
Article
1 – Est-ce que la définition du sacrement donnée par le
Maître est formulée de manière appropriée ?
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Sous-question 1 – [Première définition du sacrement par Pierre Lombard] |
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[13258] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1
arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod inconvenienter definiatur
sacramentum per hoc quod dicitur: sacramentum est sacrae rei signum.
Sacramenta enim sunt alligamenta sanitatis, ut dicitur in Glossa super illud
Psalm. 146, 3: qui sanat contritos corde.
Sed de ratione medicamenti non est ut aliquid significet, sed solum ut
efficiat sanitatem. Ergo sacramentum non est signum. |
1. Il semble que le sacrement soit
défini de manière inappropriée lorsqu’on
dit : «Le sacrement est le signe d’une chose sainte.»
En effet, «les sacrements sont des pansements en vue de la
santé», comme il est dit dans la Glose sur
Ps 146, 3 : Lui qui guérit les cœurs meurtris. Or,
il ne fait pas partie de la nature d’un remède qu’il
signifie quelque chose, mais seulement qu’il apporte la santé.
Le sacrement n’est donc pas un signe. |
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[13259] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, omnes creaturae sensibiles sunt signa
invisibilium divinorum, ut patet Rom. 1, nec tamen dici possunt sacramenta.
Ergo male definitur sacramentum sacrae rei signum. |
2. Toutes les créatures sensibles sont des signes
des réalités divines invisibles, comme cela ressort clairement
de Rm 1, mais elles ne peuvent cependant pas être appelées
des sacrements. On définit donc mal le sacrement lorsqu’on
dit : «Le signe d’une chose sainte.» |
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[13260] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, serpens aeneus, de quo dicitur Num. 21, signum
fuit sacrae rei, scilicet crucis Christi: nec tamen fuit sacramentum. Ergo
definitio praedicta est male data. |
3. Le serpent d’airain, dont il est question dans
Nb 21, était le signe d’une chose sainte, à savoir,
la croix du Christ. Il n’était cependant pas un sacrement. La
définition proposée est donc mal formulée. |
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[13261]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 4 Praeterea, triplex est signum; scilicet demonstrativum,
quod est de praesenti; rememorativum, quod est de praeterito; prognosticum,
quod est de futuro. Sed nullum istorum competit sacramento, cum quandoque
recipiens sacramentum, gratiam non habeat, nec habuit, nec in posterum
habiturus sit. Ergo non omne sacramentum est signum. |
4. Il existe un triple signe : démonstratif,
qui porte sur ce qui est présent ; commémoratif, qui porte
sur le passé ; annonciateur, qui porte sur le futur. Or, aucun de
ceux-ci ne convient au sacrement, puisque, parfois, celui qui reçoit
le sacrement n’a pas la grâce, ne l’a pas eue et ne
l’aura pas par la suite. Tout sacrement n’est donc pas un signe. |
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[13262] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1
arg. 5 Praeterea, signum contra causam dividitur. Sed aliquod sacramentum est causa. Ergo non omne
sacramentum est signum. |
5. Le signe s’oppose à la cause. Or, un sacrement
est cause. Ce n'est donc pas tout sacrement qui est un signe. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Définition du signe] |
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[13263]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod male definiatur signum, cum
dicitur: signum est res praeter speciem quam ingerit sensibus, aliquid
aliud ex se faciens in cognitionem venire. Unum enim oppositorum non
debet poni in definitione alterius. Sed res et signa ex opposito dividuntur,
ut patuit in 1 dist. primi libri. Ergo res non debet poni in definitione
signi. |
1. Il semble que le signe soit mal défini lorsqu’on
dit : «Le signe est une chose qui dépasse ce qu’elle
représente pour les sens, et qui fait venir à la connaissance
quelque chose d’autre qu’elle-même.» En effet, un des
opposés ne doit pas être mis dans la définition de
l’autre. Or, les choses et les signes se distinguent comme des
opposés, comme cela ressortait clairement dans la d. 1 du premier
livre. «Chose» ne doit donc pas être mis dans la
définition du signe. |
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[13264] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, secundum philosophum in libro priorum, omnis
effectus suae causae signum esse potest. Sed quidam effectus sunt
spirituales, qui nullam speciem ingerunt sensibus. Ergo non omne signum
aliquam speciem sensibus ingerit. |
2. Selon le Philosophe, dans le livre des Premiers
[analytiques], tout effet peut être le signe de sa cause. Or,
certains effets sont spirituels, qui ne fournissent aucune représentation
aux sens. Tout signe ne fournit donc pas de représentation aux sens. |
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[13265] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, omnis locutio fit per aliqua signa. Sed Angeli
loquuntur non prolato aliquo sensibili sermone, ut in 2 Lib., dist. 2, dictum
est. Ergo non omne signum est sensibile. |
3. Tout expression verbale se fait par des signes. Or,
les anges parlent sans exprimer de discours sensible, comme on l’a dit
dans le Livre II, d. 2. Tout signe n’est donc pas sensible. |
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Sous-question 3 – [Seconde définition du sacrement par Pierre Lombard] |
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[13266]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haec definitio male detur: sacramentum
est invisibilis gratiae visibilis forma, ut imaginem gerat, et causa existat.
Sicut enim in littera dicitur, in duobus sacramenta consistunt, scilicet in rebus
et verbis. Sed sicut res sunt visibiles, ita verba sunt audibilia. Ergo
debuit dicere: visibilis et audibilis forma. |
1. Il semble que cette définition soit mal formulée :
«Le sacrement est la forme visible de la grâce invisible, de
telle manière qu’il en soit l’image et la cause.» En
effet, comme on le dit dans le texte, les sacrements consistent dans deux
choses : dans des réalités et dans des paroles. Or, de
même que les réalités sont visibles, de même les
paroles sont-elles audibles. On devait donc dire : «La forme
visible et audible.» |
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[13267] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, omnis forma est intrinseca vel exemplaris. Sed
sacramenta non sunt formae intrinsecae invisibilis gratiae, ut per se patet:
nec iterum formae exemplares, cum gratia invisibilis non imitetur rem
visibilem, sed e converso. Ergo sacramentum nullo modo est forma invisibilis
gratiae. |
2. Toute forme est intrinsèque ou exemplaire. Or,
les sacrements ne sont pas des formes intrinsèques de la grâce
invisible, comme cela est évident de soi ; ils ne sont pas non
plus des formes exemplaires, puisque la grâce invisible n’imite
pas une chose visible, mais que c’est plutôt l’inverse. Le
sacrement n’est donc d’aucune façon la forme de la
grâce invisible. |
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[13268]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, character baptismalis est sacramentum et res,
ut infra, dist. 4, quaest. 1, dicetur, et similiter corpus Christi verum
existens in altari. Sed neutrum istorum est forma
visibilis. Ergo definitio non est bene data. |
3. Le caractère baptismal est sacrement et
réalité, comme on le dira plus loin, d. 4 ; de même
en est-il du corps véritable du Christ qui se trouve sur
l’autel. Or, aucun des deux n’est une forme visible. La
définition n’est donc pas bien formulée. |
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[13269]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 4 Praeterea, imago est quod ad imitationem alterius fit;
forma autem exemplaris est ad cujus imitationem aliquid fit. Ergo non est
idem forma et imago respectu ejusdem. Sed sacramentum est forma invisibilis
gratiae. Ergo non est imago respectu ejusdem. |
4. L’image est ce qui est fait à
l’imitation d’autre chose ; mais la forme exemplaire est ce
à l’imitation de quoi quelque chose est fait. Forme et image ne
sont donc pas la même chose par rapport à la même chose.
Or, le sacrement est forme de la grâce invisible. Il n’est donc
pas une image par rapport à cette même [chose]. |
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[13270] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 5 Praeterea,
in definitione generis non debet poni differentia constitutiva alicujus
specierum in quas dividitur genus. Sed esse causam ejus quod figurat, est
differentia sacramentorum novae legis. Ergo non debet poni in definitione
communi sacramenti. |
5. Dans la définition du genre, on ne doit pas mettre la différence constitutive d’une des espèces en lesquelles se divise le genre. Or, être la cause de ce qu’il représente est la différence des sacrements de la loi nouvelle. Il ne faut donc pas le mettre dans la définition commune des sacrements. |
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Sous-question 4 – [Définition augustinienne du sacrement] |
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[13271]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod definitio quam ponit Augustinus,
sit incompetens; scilicet: sacramentum est in quo sub tegumento rerum
visibilium divina virtus secretius operatur salutem. Occultatio enim
manifestationi opponitur. Sed signum instituitur ad manifestandum. Cum ergo
tegumentum occultationem importet, videtur quod male ponatur in definitione
sacramenti. |
1. Il semble que la définition que propose Augustin soit déplacée : «Le sacrement consiste en ce que, sous le voile de choses visibles, la puissance divine réalise le salut de manière plus secrète.» En effet, la dissimulation s’oppose à la manifestation. Or, le signe est établi afin de manifester. Puisque le voile comporte une dissimulation, il semble donc qu’il est mis de manière inexacte dans la définition du sacrement. |
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[13272] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1
qc. 4 arg. 2 Praeterea, frequenter
accipientes sacramenta, salutem non consequuntur. Ergo operatio salutis non
debet poni in definitione sacramenti. |
2. Fréquemment, ceux qui reçoivent les sacrements
n’obtiennent pas le salut. La réalisation du salut ne doit donc
pas être mise dans la définition du sacrement. |
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[13273] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 3 Praeterea, in sanctis
hominibus divina virtus operatur ad salutem ipsorum, ut dicitur Isai. 26, 12:
omnia opera nostra operatus es in nobis, nec tamen sancti homines
dicuntur sacramenta. Ergo idem quod prius. |
3. Chez les saints, la puissance divine agit en vue de leur salut, comme il est dit en Is 26, 12 : Tu as accompli en nous tout ce que nous avons fait. Cependant, les saints ne sont pas appelés des sacrements. Donc, la même chose que précédemment. |
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Quaestiuncula
5 |
Sous-question 5 – [Le sacrement selon Hugues de Saint-Victor] |
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[13274] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod definitio Hugonis a sancto Victore, sit incompetens, quae talis
est: sacramentum est corporale vel materiale elementum, extrinsecus oculis
suppositum, ex institutione signans, ex similitudine repraesentans, et ex
sanctificatione invisibilem gratiam continens. Materia enim non
praedicatur de toto. Sed materiale elementum est materia sacramenti. Ergo
male ponitur in definitione sacramenti ut genus. |
1. Il semble que la définition d’Hugues de
Saint-Victor ne soit pas appropriée. La voici : «Le
sacrement est un élément corporel ou matériel,
placé à l’extérieur sous les yeux, ayant une
signification selon son institution, représentant selon une ressemblance,
et contenant par une sanctification la grâce invisible.» En
effet, la matière n’est pas attribuée au tout. Or,
l’élément matériel est la matière du
sacrement. Il est donc mis à tort comme genre dans la
définition du sacrement. |
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[13275] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 2 Praeterea, in quibusdam sacramentis non est elementum, sed
elementatum, sicut in extrema unctione est oleum. Ergo definitio non est
communis omnibus sacramentis. |
2. Dans certains sacrements, il n’y a pas
d’élément, mais quelque chose issu d’un élément,
comme l’huile dans l’extrême-onction. La définition
n’est donc pas commune à tous les sacrements. |
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[13276] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 5
arg. 3 Praeterea, similitudo est rerum differentium eadem qualitas. Sed non potest
esse eadem qualitas rerum spiritualium ad corporalia. Ergo nec similitudo;
ergo male dicitur: ex similitudine repraesentans. |
3. La similitude est une qualité identique pour
des choses différentes. Or, il ne peut y avoir de qualité
identique entre les choses spirituelles et corporelles. Il ne peut donc y
avoir de similitude. On dit donc incorrectement : «Représentant
selon une ressemblance.» |
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[13277]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 4 Praeterea, si est aliqua similitudo, illa est ex naturali
proprietate materialis elementi. Si ergo ex similitudine repraesentat, et
idem est repraesentare quod significare, ut potest patere per definitionem
signi in littera positam; ergo sacramentum non significat ex institutione. |
4. S’il existe une certaine similitude, elle vient
de la propriété naturelle de l’élément
matériel. Si donc [le sacrement] représente selon une
ressemblance, représenter est la même chose que signifier, comme
on peut le voir clairement par la définition du signe donnée
dans le texte. Le sacrement ne signifie donc pas selon son institution. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13278] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc.
1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod sacramentum secundum proprietatem
vocabuli videtur importare sanctitatem active, ut dicatur sacramentum quo
aliquid sacratur, sicut ornamentum quo aliquid ornatur. Sed quia actiones activorum dicuntur esse proportionatae
conditionibus passivorum, ideo in sanctificatione qua homo sanctificatur,
debet esse talis sanctificandi modus qui homini competat secundum quod
rationalis est, quia ex hoc est homo. Inquantum autem est rationalis, habet
cognitionem a sensibilibus ortam; unde oportet quod sanctificetur hoc modo
quod sua sanctificatio sibi innotescat per similitudines sensibilium rerum;
et secundum hoc invenitur diversa acceptio sacramenti. Aliquando enim sacramentum
importat rem qua fit consecratio; et sic passio Christi dicitur sacramentum;
et haec est prima acceptio quam Magister ponit. Aliquando vero includit modum
consecrationis, qui homini competit secundum quod causae sanctificantes et
sua sanctificatio per similitudines sensibilium sibi notificantur; et sic
sacramenta novae legis sacramenta dicuntur: quia et consecrant, et
sanctitatem significant modo praedicto, et etiam primas sanctificationis
causas significant; sicut Baptismus et puritatem designat, et mortis Christi
signum est. Aliquando etiam includit tantum significationem praedictarum
consecrationum, sicut signum sanitatis dicitur sanum; et hoc modo sacramenta
veteris legis, sacramenta dicuntur, inquantum significant ea quae in Christo
sunt gesta, et etiam sacramenta novae legis. Relicto ergo primo modo dicendi
sacramentum (quia de hujusmodi sacramentis dictum est in 3 libro), de
sacramentis secundo et tertio modo dictis non poterit alia communis definitio
assignari nisi dicatur: sacramentum est sacrae rei signum; nisi quod
oportet ut subintelligatur talis modus significandi, qui est per
similitudinem rei sensibilis quod Magister addit quod est id ut scilicet ejus
similitudinem gerat. |
Le sacrement, au sens propre du mot, semble comporter une
sainteté au sens actif, de sorte qu’on puisse dire que le
sacrement sanctifie quelque chose, comme un ornement orne quelque chose. Or,
parce qu’on dit que les actions de ce qui est actif sont
proportionnées aux conditions de ce qui est passif, dans la
sanctification par laquelle l’homme est sanctifiée, doit exister
une manière de signifier telle qu’elle convienne à
l’homme selon qu’il est raisonnable, car c’est par
là qu’il est homme. En tant qu’il est raisonnable, il
reçoit ainsi la connaissance à partir des choses sensibles.
Aussi doit-il être sanctifié de telle manière que sa
sanctification lui soit connue par des similitudes des choses sensibles.
À partir de là, on trouve diverses conceptions du sacrement. En
effet, le sacrement comporte parfois la chose par laquelle la consécration
est faite. En ce sens, la passion du Christ est appelée un sacrement.
Tel est le premier sens que propose le Maître. Mais parfois, [le
sacrement] inclut le mode de la consécration, qui convient à
l’homme selon que les causes sanctifiantes et sa sanctification sont
portées à sa connaissance par des similitudes des choses
sensibles. Ainsi les sacrements de la loi nouvelle sont-ils appelés
des sacrements, car ils consacrent et signifient la sainteté de la
manière dite, et signifient même les causes de la
sanctification, comme le baptême indique la pureté et est le
signe de la mort du Christ. Parfois aussi, [le sacrement] inclut seulement la
signification des consécrations mentionnées, comme un signe de
la santé est dit sain. De cette manière, les sacrements de la
loi ancienne sont appelés sacrements, pour autant qu’ils
signifient ce qui s’est accompli dans le Christ, et aussi les sacrements
de la loi nouvelle. En laissant donc de côté la première
manière de parler du sacrement (car on a parlé de ces
sacrements dans le livre III), on ne pourra donner une définition
commune des sacrements évoqués de la deuxième et de la
troisième manière qu’en disant : «Le sacrement
est le signe d’une chose sainte», à moins de sous-entendre
nécessairement la manière de signifier par la similitude
d’une chose sensible, ce que le Maître ajoute en disant
qu’il est cela, à savoir qu’il en est la similitude. |
|
[13279] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis significatio non sit de ratione
curationis simpliciter, est tamen de ratione curationis talis quae fit per
sacramenta, ut ex dictis patet. |
1. Bien que la signification ne fasse pas simplement
partie de la notion de traitement, elle fait cependant partie de la notion du
traitement réalisé par les sacrements, comme cela ressort
clairement de ce qui a été dit. |
|
[13280] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod res sensibiles non sunt signa divinorum ut
sunt sacrantia, sed ut sunt in seipsis sacra. Sacramentum autem debet
intelligi signum rei sacrae ut est sacrans; et ideo non oportet quod omnes
res sensibiles sint sacramenta. |
2. Les choses sensibles ne sont pas des signes des
réalités divines en tant qu’elles sanctifient, mais en
tant qu’elles sont saintes en elles-mêmes. Or, il faut concevoir
le sacrement comme le signe d’une chose sainte en tant qu’elle
sanctifie. Aussi n’est-il pas nécessaire que toutes les choses
sensibles soient des sacrements. |
|
[13281]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis serpens aeneus esset
signum rei sacrae sacrantis, non tamen inquantum sacrans est actu: quia non
ad hoc adhibebatur ut aliquis sanctificationis effectus perciperetur; sed solum
effectus exterioris curationis; et similis est ratio de imagine crucis, quae
ponitur tantum ad repraesentandum. |
3. Bien que le serpent d’airain ait
été le signe d’une chose sainte sanctifiante, il ne
l’était cependant pas en tant qu’il sanctifiait en acte,
car il n’était pas exposé afin qu’un effet de
sanctification soit reçu, mais seulement comme effet d’un
traitement extérieur. Et il en va de même de l’image de la
croix, qui est exposée seulement pour représenter. |
|
[13282] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1 ad
4 Ad
quartum dicendum, quod sacramenta novae legis tria significant; scilicet
causam primam sanctificantem, sicut Baptismus mortem Christi; et quantum ad
hoc sunt signa rememorativa. Item significant
effectum sanctificationis quam faciunt; et haec significatio est eis
principalis; et sic sunt signa demonstrativa. Nec obstat, si aliquis
sanctitatem non recipit: quia non est ex defectu sacramenti, quod, quantum in
se est, natum est gratiam conferre. Item significant finem sanctificationis,
scilicet aeternam gloriam; et quantum ad hoc sunt signa prognostica.
Sacramenta vero veteris legis erant totaliter signa prognostica. |
4. Les sacrements de la loi nouvelle signifient trois
choses. La cause première sanctifiante, comme le baptême
[signifie] la mort du Christ. De ce point de vue, ils sont des signes
commémoratifs. Ils signifient aussi l’effet de la sanctification
qu’ils produisent. Et cette signification est pour eux la principale. Ils
sont ainsi des signes démonstratifs. Ne s’oppose pas à
cela le fait que quelqu’un ne reçoit pas la sainteté, car
cela ne vient pas d’une déficience du sacrement qui, en
lui-même, est destiné à donner la grâce. Ils signifient
aussi la fin de la sanctification : la gloire éternelle. De ce
point de vue, ils des signes annonciateurs. Mais les sacrements de la loi
ancienne étaient des signes entièrement annonciateurs. |
|
[13283] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod signum, quantum est in se, importat aliquid
manifestum quo ad nos, quo manuducimur in cognitionem alicujus occulti. Et
quia ut frequentius effectus sunt nobis manifestiores causis; ideo signum
quandoque contra causam dividitur, sicut demonstratio quia est quae dicitur
esse per signum a communi, ut in 1 Physicor. dicitur; demonstratio autem
propter quid est per causam. Quandoque autem causa est manifesta quo ad nos,
utpote cadens sub sensu; effectus autem occultus, ut si expectatur in futurum;
et tunc nihil prohibet causam signum sui effectus dici. |
5. En lui-même, le signe comporte quelque chose de
manifeste pour nous, par quoi nous amenés à connaître
quelque chose de caché. Et parce que les effets nous sont plus souvent
connus que les causes, le signe est parfois opposé à la cause,
comme la démonstration quia est celle qui dit que quelque chose
existe en raison d’un signe tiré de ce qui est commun, comme il
est dit dans le livre I des Physiques. Mais la démonstration propter
quid se fait par la cause. Parfois, cependant, la cause est manifeste
pour nous parce qu’elle tombe sous le sens, mais l’effet est
caché, comme lorsqu’on espère dans l’avenir. Et
alors, rien n’empêche de dire qu’une cause est le signe de
son effet. |
|
Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
|
[13284] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod, sicut dictum est, signum
importat aliquod notum quo ad nos, quo manuducimur in alterius cognitionem.
Res autem primo notae nobis, sunt res cadentes sub sensu, a quo omnis nostra
cognitio ortum habet; et ideo signum quantum ad primam sui institutionem
significat aliquam rem sensibilem, prout per eam manuducimur in cognitionem
alicujus occulti; et sic Magister accipit hic signum. Contingit autem
aliquando quod aliquod magis notum quo ad nos, etiam si non sit res cadens
sub sensu, quasi secundaria significatione dicatur signum; sicut dicit
philosophus in 2 Ethic., quod signum generati habitus in nobis oportet
accipere fientem in opere delectationem, quae non est delectatio sensibilis,
cum sit rationis. |
Comme on l’a dit, le signe comporte quelque chose
qui nous est connu, par quoi nous sommes amenés à la
connaissance d’autre chose. Or, les choses qui nous sont d’abord
connues sont celles qui tombent sous le sens, dont provient toute notre
connaissance. C’est pourquoi le signe, pour ce qui est de sa
première mise en œuvre, signifie une chose sensible, en tant que
nous sommes amenés par elle à la connaissance de quelque chose
de caché. C’est ainsi que le Maître entend ici le signe.
Mais il arrive parfois que quelque chose, qui nous est plus connu même
si ce n’est pas quelque chose qui tombe sous le sens, soit
appelé signe dans un sens secondaire. Ainsi, le Philosophe dit dans le
livre II de l’Éthique, qu’il faut voir le signe
d’un habitus engendré en nous dans le fait de trouver plaisir
à accomplir une action, plaisir qui n’est pas une
délectation sensible, puisqu’il relève de la raison. |
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[13285] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod definitio illa non est per oppositas res,
sed per oppositas rationes; unde etiam ibidem dictum est, quod omne signum
est res. |
1. Cette définition ne vient pas de choses opposées,
mais de notions opposées. Aussi est-il dit au même endroit que
tout signe est une chose. |
|
[13286] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in rebus intelligibilibus fit processus ab
his quae sunt notiora simpliciter, sicut patet in mathematicis; unde ibi
effectus non sunt signa causarum; sed in rebus sensibilibus. |
2. Pour les choses intelligibles, on progresse à
partir de ce qui est simplement plus connu, comme cela est clair pour les
mathématiques. Aussi les effets n’y sont-ils pas des signes des
causes. Mais c’est le cas pour les choses sensibles. |
|
[13287]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum similiter de locutione Angelorum, quod
fit per ea quae sunt notiora simpliciter: unde non possunt proprie dici
signa, sed quasi transumptive. |
3. Il faut dire la même chose pour la
manière dont les anges s’expriment, qui se réalise
à partir de ce qui simplement plus connu. Aussi cela ne peut-il pas
être appelé signe au sens propre, mais par mode de
transposition. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13288] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem
dicendum, quod illa definitio Magistri completissime rationem sacramenti
designat, prout nunc de sacramentis loquimur. Ponitur enim efficientia sanctitatis
in hoc quod dicitur: ut causa existat; et modus competens homini
quantum ad cognitionem, in hoc quod dicitur: invisibilis gratiae visibilis
forma; et modus significationis homini connaturalis, scilicet ex
similitudine sensibilium, in hoc quod dicitur: ut imaginem gerat. |
Cette définition du Maître indique de la manière
la plus complète la notion de sacrement, tel que nous parlons
maintenant des sacrements. En effet, la réalisation de la
sainteté est indiquée lorsqu’on dit : «De
telle sorte qu’elle [en] soit la cause» ; le mode qui
convient à l’homme pour ce qui est de la connaissance,
lorsqu’on dit : «La forme de la grâce invisible» ;
et le mode de signification connaturel à l’homme, à
savoir, à partir de la similitude de choses sensibles, lorsqu’on
dit : «De telle sorte qu’il [en] soit l’image.» |
|
[13289]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quia visus est nobilior
inter alios sensus, et plures differentias rerum ostendit, ut dicitur in 1
Metaph.; ideo, ut Augustinus dicit, nomen visus ad omnes alios sensus
extenditur; et ideo visibilis ponitur hic pro sensibili communiter. |
1. La vue est le plus noble des sens et montre plusieurs
différences entre les choses, comme il est dit dans le livre I des Métaphysiques.
C’est pourquoi, comme le dit Augustin, le mot «vue» est
étendu à tous les autres sens, et c’est pourquoi
«visible» est employé ici pour «sensible»
d’une manière générale. |
|
[13290] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod forma sumitur hic communiter pro figura,
secundum quod est in quarta specie qualitatis, et non pro forma exemplari:
quia per mutationem figurae imaginibus aliquid repraesentamus. Vel si sumatur
pro forma exemplari, hoc est inquantum sacramenta sunt quodammodo causae
invisibilis gratiae; et ita in via generationis praecedunt, quamvis quantum
ad institutionem imitentur. |
2. «Forme» est pris ici d’une
manière générale pour «figure», selon
qu’elle se situe dans la quatrième espèce de
qualité, et non pour «forme exemplaire», car nous représentons
quelque chose par des images en changeant la figure. Ou bien, si on
l’entend au sens de «forme exemplaire», cela vient de ce
que les sacrements sont d’une certaine manière causes de la
grâce invisible. Et ainsi, ils précèdent par voie de
génération, bien qu’ils imitent pour ce qui est de leur
institution. |
|
[13291] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod character baptismalis et corpus Christi verum
non dicuntur sacramenta nisi secundum quod conjunguntur signis sensibilibus. |
3. Le caractère baptismal et le corps
véritable du Christ ne sont appelés sacrements que dans la
mesure où ils sont unis à des signes sensibles. |
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[13292] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 ad
4 Ad
quartum dicendum, sicut ad secundum, quod forma quae est figura, non habet
oppositionem ad imaginem, cum figura imago dicatur. |
4. Comme pour la deuxième réponse, la forme
qui est une figure ne s’oppose pas à l’image, puisque la
figure est appelée image. |
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[13293]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod sacramentum non dividitur per
sacramenta veteris et novae legis sicut genus per species, sed sicut analogum
in suas partes, ut sanum in habens sanitatem, et significans eam. Sacramentum
autem simpliciter est quod causat sanctitatem. Quod autem significat tantum,
non est sacramentum nisi secundum quid. Et ideo esse causam potest poni in
definitione sacramenti, sicut habens sanitatem in definitione sani. |
5. Le sacrement ne se divise pas en sacrements de
l’ancienne loi et [sacrements] de la loi nouvelle comme un genre en
espèces, mais comme ce qui est analogue en ses parties, comme ce qui
est en santé [se divise] en ce qui possède la santé et
ce qui la signifie. Or, le sacrement est simplement ce qui cause la sainteté.
Du fait qu’il signifie seulement, il n’est un sacrement que de
manière relative. C’est pourquoi «être la
cause» peut être mis dans la définition du sacrement,
comme «le fait de posséder la santé» dans la
définition d’«être en santé». |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[13294] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc.
4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod definitio illa Augustini, si
tamen in verbis illis sacramentum definire intendit, datur de sacramento
quantum ad id quod est principale in ratione ipsius, scilicet causare
sanctitatem. Et quia sacramenta non sunt
primae causae sanctitatis, sed quasi causae secundariae et instrumentales;
ideo definiuntur sacramenta, sanctificationis instrumenta. Actio autem non
attribuitur instrumento, sed principali agenti, cujus virtute instrumenta ad
opus applicantur, prout sunt mota ab ipso; et ideo sacramenta non dicit esse
sanctificantia, sed quod in eis divina virtus occulta existens sanctificat. |
Cette définition du sacrement par Augustin,
à supposer qu’il ait l’intention de définir le sacrement
par ces mots, est donnée du point de vue de ce qui est principal dans
la définition de celui-ci, à savoir, causer la sainteté.
Et parce que les sacrements ne sont pas les causes premières de la
sainteté, mais comme des causes secondaires et instrumentales, les sacrements
sont définis comme des instruments de sanctification. Or,
l’action n’est pas attribuée à l’instrument,
mais à l’agent principal, par la puissance duquel les
instruments sont appliqués à une action, en tant qu’ils
sont mus par lui. C’est pourquoi il ne dit pas que les sacrements sont
des choses qui sanctifient, mais que par eux la puissance divine
cachée sanctifie. |
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[13295] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sacramentum est causa et signum. Est
quidem causa instrumentalis; et ideo virtus agentis principalis occulte in
ipso operatur, sicut virtus artis vel artificis in serra. Sed inquantum est
signum, est ad manifestandum hujusmodi occultationem; ut sic ante
significationem sit occultum; sed postquam significatio facta est actu, sit
manifestum. |
1. Le sacrement est cause et signe. Il est en
réalité une cause instrumentale. C’est pourquoi la
puissance de l’agent principal agit en lui de manière
cachée, comme la puissance de l’art ou de l’artisan dans
la scie. Mais en tant que signe, il existe pour manifester ce qui est ainsi
caché, de sorte qu’il est caché avant la signification,
mais que, après que la signification a été
réalisée en acte, il est manifeste. |
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[13296] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod hoc contingit per accidens ex defectu
recipientium. Definitiones autem respiciunt hoc quod per se est, sicut quod
ignis calefacit, quantum in se est, quamvis ex parte passivi impediri posset. |
2. Cela se produit par accident, en raison d’un
manquement de ceux qui le reçoivent. Or, les définitions
portent sur ce qui existe par soi. Ainsi, le feu réchauffe par
lui-même, bien qu’il puisse être empêché de la
part de ce qui reçoit [son action]. |
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[13297] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 4 ad
3 Ad
tertium dicendum, quod in sacramentis Deus operatur salutem sicut in instrumentis,
quibus mediantibus salus causatur; sed in hominibus sicut in subjectis
recipientibus salutem; et ideo ratio non sequitur. |
3. Dans les sacrements, Dieu réalise le salut
comme par des instruments par l’intermédiaire desquels le salut
est causé, mais [il le réalise] dans les hommes comme dans les
sujets qui reçoivent le salut. Ainsi, l’argument n’est pas
valable. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[13298] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc.
5 co. Ad quintam quaestionem
dicendum, quod definitio Hugonis de sancto Victore eadem est cum definitione
quam Magister in littera ponit, hoc excepto quod addit causam significationis,
quae est institutio, et causam efficientiae, quae est sanctificatio: idem
enim est dictum materiale elementum exterius oculis suppositum, et ex
institutione significans, quod invisibilis gratiae visibilis forma;
et ex similitudine repraesentans, idem est ei quod dicitur, ut
imaginem gerat; et ex sanctificatione invisibilem gratiam continens,
idem est ei quod dicitur: ut causa existat. |
La définition de Hugues de Saint-Victor est la
même que la définition que le Maître présente dans
le texte, sauf qu’il ajoute la cause de la signification, qui est
l’institution, et la cause de l’efficacité, qui est la
sanctification. En effet, c’est la même chose de dire :
«Un élément matériel extérieurement
placé sous les yeux et signifiant par une institution»,
et : «La forme visible de la grâce invisible».
«Représentant sous forme de similitude» est la même
chose que ce qui est dit : «De telle sorte qu’il soit
l’image». «Contenant en vertu de la sanctification la
grâce invisible» est la même chose que ce qui est
dit : «De telle sorte qu’il soit cause.» |
|
[13299] Super Sent., lib. 4
d. 1 q. 1 a. 1 qc. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sicut formae
artificiales sunt accidentales, tamen in artificialibus tota substantia est
materia, et propter hoc praedicatur, ut dicatur, phiala est aurum; ita etiam
cum in sacramentis forma non det esse substantiale, sed accidentale in genere
causae et signi, non est inconveniens ut materia sacramenti de ipso
praedicetur, et in ejus definitione sicut genus ponatur; hoc enim etiam in
aliis accidentibus contingit, ut dicitur in 7 Metaph., ut cum dicitur: simum
est nasus curvus. |
1. De même que les formes artificielles sont
accidentelles, toutefois, dans les choses artificielles, toute la substance
est la matière. Pour cette raison, on fait cette attribution :
«La coupe est de l’or.» Aussi, puisque, dans les
sacrements, la forme ne donne pas l’être substantiel, mais
l’être accidentel dans le genre de la cause et du signe, il
n’est pas inapproprié que la matière du sacrement lui
soit attribuée et qu’elle soit mise comme genre dans sa définition.
En effet, cela arrive aussi pour d’autres accidents, comme on le dit
dans Métaphysique, VII : «Ce qui est camus est le
nez courbé.» |
|
[13300]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod elementum accipitur communiter
pro quolibet corporali visibili, sive sit elementum simplex, sive
elementatum; et utimur tali modo loquendi propter verbum Augustini, qui
dicit: accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum. In Baptismo
enim, qui est sacramentorum janua, materia est elementum simplex. |
2. «Élément» est pris
d’une manière générale pour tout ce qui est
visible corporellement, qu’il s’agisse d’un
élément simple ou de ce qui a la condition d’élément.
Et nous employons une telle manière de parler en raison de la parole d’Augustin,
qui dit : «La parole est jointe à
l’élément, et le sacrement se réalise.» En
effet, dans le baptême, qui est la porte des sacrements, la
matière est un élément simple. |
|
[13301] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod inter corporalia et spiritualia non
attenditur similitudo per participationem ejusdem qualitatis, sed per
proportionalitatem, quae est similitudo proportionatorum; ut sicut se habet
aqua ad delendas maculas corporales, ita gratia ad abluendum spirituales; et
secundum hunc modum similitudinis transferuntur etiam corporalia ad spiritualia. |
3. Entre les choses corporelles et spirituelles, on ne
relève pas de similitude en vertu d’une participation à
une même qualité, mais en vertu d’une
proportionalité, qui est une similitude entre les choses qui sont
l’objet d’une proportion. Ainsi, tel est le rapport de
l’eau pour enlever les souillures corporelles, telle est la grâce
pour laver les [souillures] spirituelles. Et selon ce mode de ressemblance,
même les choses corporelles sont reportées sur les choses
spirituelles. |
|
[13302]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 1 qc. 5 ad 4 Ad quartum dicendum, quod res sensibilis secundum
praedictam similitudinem ex naturali proprietate pluribus est conformis; et
ideo quantum est de se aequaliter potest quodlibet illorum significare. Ad
hoc ergo quod ad unum determinetur, et sic sua significatio sit certa,
oportet quod accedat institutio, quae ad unum determinet; quia etsi
repraesentatio quae est ex similitudine naturalis proprietatis, importet
aptitudinem quamdam ad significandum, attamen determinatio et complementum
significationis ex institutione est. |
4. Conformément à la ressemblance
relevée, une chose sensible ressemble à plusieurs choses selon
ce qui lui est propre naturellement. C’est pourquoi, pour autant
qu’il relève d’elle, elle peut signifier également
n’importe quelle de ces choses. Afin qu’elle soit
déterminée à une seule et qu’ainsi sa signification
soit assurée, il est nécessaire que soit jointe
l’institution, qui détermine à une seule chose, car,
même si la représentation qui vient de la similitude avec une
propriété naturelle comporte une certaine aptitude à
signifier, la détermination et l’achèvement de la
signification viennent cependant de l’institution. |
|
Articulus 2 [13303] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 2 tit. Utrum sacramenta fuerint necessaria post hominis
lapsum |
Article
2 – Est
que les sacrements étaient nécessaires après la chute de
l’homme ?
|
|
Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La nécessité des sacrements après la chute] |
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[13304] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc.
1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur
quod sacramentis humanum genus etiam post lapsum non indigeat. Per gratiam
enim et virtutes peccati vulnera sanantur in nobis: quia gratia a sanctis
dicitur sanitas et decor animae. Philosophus etiam in 2 Ethic. comparat
virtutem sanitati corporali. Cum ergo sacramenta sint instituta ut medicinae
peccati, ut Hugo de sancto Victore dicit, videtur quod eis non indigeamus. |
1. Il semble que le genre humain n’avait pas besoin de sacrements, même après la chute. En effet, les blessures du péché sont guéries en nous par la grâce et les vertus, car la grâce est appelée par les saints la santé et la beauté de l’âme. Le Philosophe aussi, dans Éthique, II, compare la vertu à la santé corporelle. Puisque les sacrements ont été institués comme des remèdes au péché, comme le dit Hugues de Saint-Victor, il semble que nous n’en ayons pas besoin. |
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[13305] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, contraria contrariis
curantur. Sed homo morbum peccati incurrerat, se per affectum rebus
temporalibus subjiciendo. Ergo videtur inconveniens modus curationis ut sub
rebus sensibilibus humilietur, sicut Magister dicit. |
2. Les contraires sont traités par les contraires. Or, l’homme avait encouru la maladie du péché en se soumettant à l’amour des choses temporelles. Le mode de la guérison par la soumission à des choses sensibles ne semble donc pas approprié, comme le dit le Maître. |
|
[13306] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
id quod est causa occultationis et erroris, non prodest ad eruditionem. Sed
tradere spiritualia sub signis corporalibus est occultatio quaedam
spiritualium; unde et pluribus est causa erroris, sicut patet de illis qui Deum
credebant per lineamenta corporalia distingui propter modum loquendi symbolicum
in Scripturis. Ergo non facit ad eruditionem nostram sacramentorum exhibitio, ut Magister
dicit. |
3. Ce qui est cause de dissimulation et d’erreur n’est pas utile à l’enseignement. Or, communiquer les choses spirituelles sous des signes corporels est une certaine dissimulation des choses spirituelles. Aussi est-ce pour plusieurs une cause d’erreur, comme cela ressort clairement pour ceux croyaient que Dieu se distinguait par des contours corporels en raison de la manière symbolique dont l’Écriture parlait. La représentation des sacrements ne sert donc pas à notre enseignement, comme le dit le Maître. |
|
[13307] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 4 Praeterea, 1 Tim. 6, 8: corporalis exercitatio ad modicum utilis est. Sed exercitatio quae fit in sacramentis, est corporalis: quia res quae in usum veniunt, corporales sunt. Ergo eis non indigemus propter exercitationem, ut iterum Magister dicit. |
4. Il est dit, en 1 Tm 4, 8 : Les exercices corporels ne servent pas à grand-chose. Or, l’exercice qui est réalisé dans les sacrements est corporel, car les choses qui y sont utilisées sont corporelles. Nous n’avons donc pas besoin d’eux pour l’exercice, comme le dit encore le Maître. |
|
[13308] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, Augustinus dicit contra Faustum, quod omnis religio habuit aliqua signa exteriora, in quibus conveniebant ad Deum colendum. Sed in Ecclesia Dei, post peccatum in hoc mundo peregrinante, est verissima religio. Ergo oportet in ea esse hujusmodi signa: et haec sunt sacramenta; ergo indigemus eis. |
S.c. 1 – En sens contraire, Augustin dit contre Fautus que toute religion a eu certains signes extérieurs, dans lesquels on se retrouvait pour rendre un culte à Dieu. Or, dans l’Église de Dieu, qui, après le péché, est en pèlerinage dans ce monde, se trouve la religion la plus vraie. Il est donc nécessaire qu’il y ait en elle des signes : ce sont les sacrements. Nous en avons donc besoin. |
|
[13309] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, medicina vulneri debet esse proportionata. Sed vulnus peccati devenerat in humano genere usque ad corpus, in quo habitat lex peccati, ut dicitur Rom. 7. Ergo debuit medicina etiam per aliqua corporalia ei parari. Sed hujusmodi sunt sacramenta. Ergo sacramentis homo in statu naturae lapsae indiget. |
S.c. 2 – De plus, le remède doit être proportionné à la blessure. Or, la blessure du péché avait atteint le genre humain jusque dans le corps, dans lequel habite la loi du péché, comme il est dit en Rm 7. Le remède devait donc aussi être proposé par des choses corporelles. Or, les sacrements sont de cet ordre. L’homme a donc besoin des sacrements dans l’état de chute de la nature. |
|
Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La nécessité des sacrements avant la chute] |
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[13310] Super Sent.,
lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam ante
peccatum homo eis indiguisset. Homo enim etiam ante peccatum gratia
indigebat, ut in 2 Lib., dist. 24, art. 4 ad 2, dictum est. Sed sacramenta sunt
instituta ad gratiae collationem. Ergo homo eis in statu innocentiae indiguisset. |
1. Il semble que, même avant le péché, l’homme avait besoin [de sacrements]. En effet, même avant le péché, l’homme avait besoin de la grâce, comme on l’a dit au livre II, d. 24, a. 4, ad 2. Or, les sacrements ont été institutués pour conférer la grâce. L’homme aurait donc eu besoin d’eux dans l’état d’innocence. |
|
[13311]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, Dionysius assignat
hanc causam institutionis hujusmodi sensibilium figurarum in sacramentis:
quia per hujusmodi sensibiles figuras materiale nostrum melius reducitur ad
spiritualia, propter connaturalitatem cognitionis nostrae ad sensibilia. Sed
homo in statu innocentiae materialis erat, et ex sensibilibus cognitionem
accipiens, propter quod etiam in Paradiso dicitur positus ad operandum, ut
naturales vires rerum experiretur. Ergo et hunc indiguit hujusmodi sacramentis. |
2. Denys donne cette cause de l’institution de ce genre de représentations sensibles dans les sacrements : par ces représentations sensibles, ce qu’il y a de matériel en nous est ramené aux choses spirituelles en raison de la connaturalité de notre connaissance par rapport aux choses sensibles. Or, dans l’état d’innocence, l’homme était matériel et il recevait la connaissance à partir des choses sensibles. Pour cette raison, on dit aussi qu’il a été placé dans le Paradis pour agir en faisant l’expérience de la puissance naturelle des choses. Il avait donc besoin là de sacrements de ce genre. |
|
[13312] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2
qc. 2 arg. 3 Praeterea, matrimonium
sacramentum quoddam est. Hoc autem in Paradiso fuit institutum in statu innocentiae, ut patet Gen.
2. Ergo in
statu innocentiae homo sacramentis indiguisset. |
3. Le mariage est un sacrement. Or, celui-ci a été institué au Paradis dans l’état d’innocence, comme cela ressort clairement de Gn 2. Dans l’état d’innocence, l’homme a donc eu besoin de sacrements. |
|
[13313] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 2
S.c. 1 Sed contra, Matth. 9, 12: non opus est sanis medico, nec etiam medicina. Sed Hugo de
sancto Victore dicit, quod sacramenta sunt vasa medicinalia. Ergo non erant
in statu innocentiae necessaria, cum morbus non erat. |
S.c. 1 – En sens
contraire, il est dit en Mt 9, 12 : Les gens en
santé n’ont pas besoin de médecin, pas plus que de
remède. Or, Hugues de Saint-Victor dit que les sacrements sont des
récipients médicinaux. Ils n’étaient donc pas
nécessaires dans l’état d’innocence, puisqu’il
n’y avait pas de maladie. |
|
[13314] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 2 S.c. 2 Praeterea, sacramenta virtutem sortiuntur ex passione
Christi: unde et de latere ipsius in cruce pendentis fluxisse dicuntur. Sed
si homo non peccasset, Christi passio non fuisset. Ergo nec sacramenta. |
S.c. 2 – Les
sacrements tirent leur puissance de la passion du Christ. Aussi dit-on
qu’ils ont coulé de son côté alors qu’il
était suspendu à la croix. Or, si l’homme n’avait
pas péché, il n’y aurait pas eu de passion, et donc, pas
de sacrements. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La nécessité des sacrements sous la loi naturelle] |
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[13315] Super Sent.,
lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in statu
legis naturae sacramenta non fuerunt
necessaria. Non minus enim est necessaria eruditio quae fit per praecepta
quam illa quae fit per sacramenta. Sed praecepta non fuerunt alia data ad bene
vivendum, praeter ea quibus naturali ratione ad bene vivendum informabantur. Ergo videtur quod nec sacramenta debuerunt pro tempore
illo institui, cum ea lex naturalis non dictet: quod patet ex hoc quod non
sunt eadem apud omnes et secundum omne tempus. |
1. Il semble que, dans l’état de la loi naturelle, les sacrements n’étaient pas nécessaires. En effet, l’enseignement qui vient des commandements n’est pas moins nécessaire que celui qui se réalise par les sacrements. Or, il n’y a pas eu d’autres commandements donnés pour vivre bien, à part ceux par lesquels [les hommes] étaient informés par la raison naturelle de la manière de vivre bien. Il semble donc que des sacrements ne devaient pas non plus être institués pour cette époque, puisque la loi naturelle ne les impose pas, ce qui ressort clairement du fait qu’ils ne sont pas les mêmes chez tous en tout temps. |
|
[13316] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2
qc. 3 arg. 2 Praeterea, sacramenta,
quando instituta sunt, necessaria sunt ad salutem, ut patet Joan. 3, 5: nisi
quis renatus fuerit ex aqua et spiritu sancto, non potest introire in regnum
Dei. Sed ea
quae ante legem scriptam videntur esse sacramenta, erant voto celebrata, et
non necessitate, ut Hugo de sancto Victore dicit. Ergo non erant sacramenta,
et per consequens nec necessaria. |
2. Une fois institués, les sacrements sont nécessaires au salut, comme cela ressort clairement de Jn 3, 5 : Si quelqu’un n’est pas né à nouveau de l’eau et de l’Esprit Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Or, ce qui semble avoir été des sacrements avant la loi écrite était célébré en désir, et non comme une nécessité, comme le dit Hugues de Saint-Victor. Il ne s’agissait donc pas de sacrements et, par conséquent, ceux-ci n’étaient pas nécessaires. |
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[13317] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2
qc. 3 S.c. 1 Sed contra, secundum
Hugonem, quandocumque fuit morbus, fuit et medicina morbi. Sed in statu legis
naturae erat morbus peccati. Ergo necessaria erat sacramentorum medicina. |
S.c. 1 – En sens contraire, selon Hugues, partout où il y a eu maladie, il y a eu un remède pour la maladie. Or, dans l’état de la loi naturelle, existait la maladie du péché, Le remède des sacrements était donc nécessaire. |
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Quaestiuncula
4 |
Sous-question 4 – [La nécessité des sacrements sous la loi mosaïque] |
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[13318] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1
a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nec debuerunt supra illa sacramenta
legis naturae alia superaddi in lege Moysi. Quod enim superadditur alteri, debet esse magis ad perfectionem accedens.
Sed sacramenta quae fuerunt in lege naturae, erant propinquissima perfectis
sacramentis, quae sunt in lege nova, ut patet de oblatione Melchisedech. Ergo
non debuit fieri superadditio per legem Moysi. |
1. Il semble que, sous la loi de Moïse, d’autres sacrements
ne devaient pas être ajoutés aux sacrements de la loi naturelle.
En effet, ce qui ajouté à quelque chose d’autre doit
s’approcher davantage de la perfection. Or, les sacrements sous la loi
naturelle étaient les plus rapprochés des sacrements parfaits,
qui existent sous la loi nouvelle, comme cela ressort clairement de
l’offrande de Melchisédech. Il ne devait donc pas y avoir
d’ajout par la loi de Moïse. |
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[13319] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea, superadditio ad id quod bonum erat, vel
mutatio ejus, non debet fieri nisi propter meliorationem. Sed sacramenta veteris
legis non habebant alium effectum meliorem effectu sacramentorum legis
naturae: quia utraque sacramenta significabant tantum. Ergo non debuit fieri
aliqua mutatio ipsorum, vel superadditio ad ea. |
2. Un ajout ou un
changement à ce qui était bon ne doit être
effectué qu’en vue d’une amélioration. Or, les sacrements
de la loi ancienne n’avaient pas un autre effet meilleur que
l’effet des sacrements de la loi naturelle, car les deux sacrements ne
faisaient que signifier. Il ne fallait donc pas les changer ou y ajouter. |
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[13320] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 4
S.c. 1 Sed contra, sacramenta, ut Magister in littera dicit, ad eruditionem
instituta sunt. Sed secundum Gregorium, per incrementum temporum crevit
scientia sanctorum patrum, et fides etiam magis explicata est, ut in 3, dist.
25, quaest. 3, art. 2, quaestiunc. 1, dictum est. Ergo oportuit in lege Moysi
alia sacramenta addi sacramentis legis naturae. |
S.c. 1 – En sens
contraire, les sacrements, comme le dit le Maître dans le texte, ont
été institués en vue de notre enseignement. Or, selon
Grégoire, avec le passage du temps, la connaissance des saints
pères s’est accrue et la foi s’est aussi
explicitée, comme on l’a dit au livre III, d. 25, q. 3, a. 2, qa
1. Il fallait donc que, sous la loi de Moïse, d’autres sacrements
soient ajoutés aux sacrements de la loi naturelle. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [La nécessité des sacrements sous la loi nouvelle] |
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[13321] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in lege nova non debuerunt aliqua sacramenta remanere. Veniente enim veritate cessat figura. Sed gratia et veritas jam per Christum Jesum facta est, Joan. 1. Non ergo indigemus sacramentis gratiam ipsius et veritatem signantibus. |
1. Il semble que des sacrements n’auraient pas
dû persister sous la loi nouvelle. En effet, la figure cesse lorsque
paraît la vérité. Or, la grâce et la
vérité ont été réalisées par le
Christ Jésus, Jn 1. Nous n’avons donc pas besoin de
sacrements pour signifier la grâce et la vérité. |
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[13322] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 2 Praeterea, apostolus Galat. 3, dicit, quod antiqui patres erant sub elementis mundi
servientes, sicut pueri sub paedagogo usque ad praefinitum tempus a patre.
Sed tempus plenitudinis est tempus incarnationis, ut ibidem dicitur. Ergo cum
sacramentum sit materiale elementum, videtur quod ex tunc non debuerimus sub
sacramentis salutem quaerere. |
2. L’Apôtre dit, en Ga 3, que les
pères anciens étaient dans l’état de serviteurs
soumis aux éléments du monde, comme des enfants soumis à
un pédagogue, jusqu’au moment décidé par le
père. Or, le temps de l’incarnation est le temps de la
plénitude, comme il est dit au même endroit. Puisque le
sacrement est un élément matériel, il semble donc
qu’à partir de ce moment-là, nous n’aurions pas
dû chercher le salut dans des sacrements. |
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[13323] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 5
S.c. 1 Sed contra, quando est tempus medicandi, tunc magis necessariae sunt
medicinae. Sed tempus aptissimum spirituali medicationi est tempus gratiae;
unde in Psal. 101, tempus miserendi, annus benignitatis Dei dicitur. Ergo in
statu gratiae maxime necessaria sunt sacramenta, quae sunt medicinae quaedam. |
S.c. 1 – En sens
contraire, lorsque vient le temps de soigner, c’est alors que les
remèdes sont plus nécessaires. Or, le temps le plus propice aux
soins spirituels est le temps de la grâce. Ainsi, selon Ps 10l,
l’année où se manifeste la bonté de Dieu est un
temps de miséricorde. Dans l’état de la grâce, les
sacrements, qui sont des remèdes, étaient donc au plus haut
point nécessaires. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13324] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc.
1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod sacramenta non erant
necessaria necessitate absoluta, sicut necessarium est Deum esse, cum ex sola
divina bonitate instituta sint, sed de necessitate quae est ex suppositione
finis; non ita tamen quod sine his Deus hominem sanare non posset, quia sacramentis
virtutem suam non alligavit, ut in littera dicitur (sicut cibus necessarius
est ad vitam humanam), sed quia per sacramenta magis congrue fit hominis
reparatio; sicut equus dicitur necessarius ad iter, quia in equo facilius
homo vadit. Hujusmodi autem congruitatis causa potest accipi ex hoc quod homo
per peccatum praecipue circa sensibilia corruptus erat, eis detentus ne in
Deum surgere posset. Erat autem praedicta corruptio quantum ad cognitionem:
quia humana mens circa sensibilia tantum occupari noverat, intantum ut quidam
nihil extra sensibilia crederent; et si qui ad cognitionem intelligibilium
pervenirent, ea secundum modum rerum sensibilium judicabant. Similiter
quantum ad affectionem: quia eis quasi summis bonis inhaerebant, Deo postposito.
Similiter etiam quantum ad actionem: quia homo eis inordinate utebatur.
Necessarium ergo fuit ad curationem peccatorum ut homo ex sensibilibus in
spiritualia cognoscenda proficeret, et ut affectum quem circa ea habebat, in
Deum referret, et ut eis ordinate et secundum divinam institutionem uteretur;
et ideo necessaria fuit sacramentorum institutio, per quae homo ex sensibilibus
de spiritualibus eruditur; et haec est secunda causa quam Magister ponit: per
quae etiam affectum, qui sensibilibus subjicitur, in Dei reverentiam referret;
et haec est prima causa: per quae etiam circa ea in honorem Dei excitaretur;
et haec est tertia causa. |
Les sacrements n’étaient pas
nécessaires d’une nécessité absolue, comme il est
nécessaire que Dieu existe, puisqu’ils ont été
institués par la seule bonté divine. [Ils étaient nécessaires]
d’une nécessité qui suppose la fin, non pas au point
où sans eux Dieu ne pouvait cependant pas guérir l’homme,
car il n’a pas assujetti sa puissance aux sacrements, comme le dit le
texte (comme la nourriture est nécessaire à la vie humaine),
mais parce que, par les sacrements, le rétablissement de l’homme
se réalise d’une manière plus appropriée, comme on
dit que le cheval est nécessaire pour la route parce que l’homme
circule plus facilement à cheval. La cause de cette convenance peut
être comprise par le fait que l’homme avait été
corrompu par le péché surtout en ce qui concerne les choses
sensibles, qui le retenaient pour qu’il ne puisse se lever pour aller
vers Dieu. Or, cette corruption affectait la connaissance, car l’esprit
humain avait appris à être tellement occupé par les
choses sensibles que certains ne croyaient plus rien en dehors des choses
sensibles. [Elle affectait] aussi l’affectivité, car ils
s’attachaient [aux choses sensibles] comme aux biens suprêmes, en
mettant Dieu de côté. De même [affectait-elle]
l’action, car l’homme utilisait [les choses sensibles] d’une
manière désordonnée. Pour guérir les
péchés, il était donc nécessaire que
l’homme progresse vers la connaissance des choses spirituelles à
partir des choses sensibles, qu’il reporte sur Dieu l’amour qu’il
leur portait et qu’il les utilise selon que Dieu les avait
établies. C’est pourquoi l’institution de sacrements
était nécessaire, par lesquels l’homme reçoit un
enseignement sur les choses spirituelles à partir des choses sensibles
(c’est la deuxième raison que le Maître
présente) ; par lesquels aussi il puisse reporter sur la
révérence envers sur Dieu l’amour qui est soumis aux
choses sensibles (c’est la première raison) ; par lesquels
il soit aussi stimulé à honorer Dieu à leur propos
(c’est la troisième raison). |
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[13325] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 1 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod gratia et virtutes sanant formaliter, sicut
sanitas; sed sacramenta quodammodo effective, sicut medicinae quaedam. Unde sicut non sequitur:
sanitas sanat; ergo medicinae non sunt necessariae; ita nec haec: gratia
sanat; ergo sacramenta non sunt necessaria: sed magis posset contrarium
concludi. |
1. La grâce et les vertus guérissent
à la manière d’une forme, comme la santé ;
mais les sacrements le font en quelque sorte par mode
d’efficacité, comme certains remèdes. Aussi ne peut-on
conclure : la santé guérit, donc les remèdes ne
sont pas nécessaires. On ne peut pas non plus conclure ainsi : la
grâce guérit, donc les sacrements ne sont pas
nécessaires. Mais on pourrait plutôt conclure le contraire. |
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[13326] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 1 ad
2 Ad
secundum dicendum, quod per eadem contrario modo fit virtus et corrumpitur,
ut in 2 Ethic. Unde sicut corruptio virtutis facta est in homine per hoc quod
se sub sensibilibus rebus humiliavit propter ipsa sensibilia; ita reparatio
virtutis convenienter fit per hoc quod homo sub eis humiliatur propter Dei
reverentiam; et sic contraria contrariis curantur: quia contraria debent
accipi circa idem. |
2. La vertu se réalise et se corrompt d’une
manière contraire, comme il est dit dans Éthique, II.
Comme la corruption de la vertu s’est réalisée dans
l’homme par le fait qu’il s’est humilié en se
soumettant aux choses sensibles à cause des choses sensibles, de
même le rétablissement de la vertu se réalise-t-il de
manière appropriée par le fait que l’homme
s’humilie en se soumettant à celles-ci par révérence
pour Dieu. Et ainsi, les contraires sont guéris par les contraires,
car les contraires doivent concerner la même chose. |
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[13327] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 1 ad
3 Ad
tertium dicendum, quod remanentibus in sensibilibus praedictus modus tradendi
spiritualia est occulti erroris occasio; a quibus etiam congruum est sancta
occultare, ut Dionysius dicit. Sed eis qui
instruuntur ex sensibilibus in spiritualem intellectum consurgere, est valde
congruus: quia est conformis naturali cognitioni, qua ex sensibilibus
cognitionem intellectus accipit. |
3. Pour ceux qui demeurent dans les choses sensibles, la
manière indiquée de transmettre les choses spirituelles est
l’occasion d’une erreur cachée. Il est aussi
approprié de leur dissimuler les choses saintes, comme le dit Denys.
Mais pour ceux qui apprennent à monter vers l’intelligence
spirituelle à partir des choses sensibles, elle est tout à fait
appropriée, car elle est conforme à la connaissance naturelle,
par laquelle l’intelligence tire sa connaissance des choses sensibles. |
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[13328] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 1 ad
4 Ad
quartum dicendum, quod corporalis exercitatio secundum se accepta ad modicum
utilis est in comparatione ad pietatem, ut ibi apostolus intendit; sed si ei
pietas adjungatur, sicut fit in sacramentis, quae ad religionis pietatem
pertinent, est valde utilis. |
4. Les exercices corporels, considérés en
eux-mêmes, sont de peu d’utilité comparés à
la piété, comme l’Apôtre veut le dire en cet endroit ;
mais s’ils sont joints à la piété, comme cela se
produit dans les sacrements qui se rapportent à la piété
de la religion, ils sont très utiles. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13329] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod utilitas sacramentorum est eruditio et curatio.
Quantum autem ad curationem omnibus patet quod non erant necessaria sacramenta
in statu innocentiae, cum tunc morbus non esset. Sed quidam dicunt, quod
erant necessaria quantum ad eruditionem: quia homo in statu etiam illo
sensibilibus utebatur, et ita ex sensibilibus spiritualia significari congruebat.
Sed hoc non videtur conveniens: quia significatio fit ad acquirendum
cognitionem de eo quod significatur. Quamvis autem in primo statu sensibilia
cognosceret, et in eis etiam spiritualium similitudines inspiceret, non tamen
ex sensibilibus spiritualium cognitionem accepit, sed magis ex influentia
divini luminis; et ideo sacramentis ad eruditionem non indigebat. Et hoc
etiam in littera Magister videtur significare: quia refert hoc quod de
eruditione dicit, ad defectum cognitionis qui est in statu peccati. Et ideo
dicendum est cum aliis, quod in statu innocentiae sacramenta non fuissent
necessaria. |
L’utilité des sacrements est qu’ils
enseignent et qu’ils soignent. Pour ce qui est de soigner, il est clair
pour tout le monde que les sacrements n’étaient pas
nécessaires dans l’état d’innocence, alors
qu’il n’y avait pas encore de maladie. Mais certains disent
qu’ils étaient nécessaires pour l’enseignement, parce
que l’homme, même dans cet état, utilisait les choses
sensibles, et qu’ainsi il était approprié de signifier
les réalités spirituelles à partir des
réalités sensibles. Mais cela ne semble pas approprié,
car la signification est donnée pour acquérir la connaissance
de ce qui est signifié. Or, bien que, dans son premier état, il
ait connu les réalités sensibles et ait vu en elles des
similitudes des réalités spirituelles, il ne recevait cependant
pas la connaissance des réalités spirituelles à partir
des réalités sensibles, mais plutôt à partir
de l’action intérieure de la lumière divine. C’est
la raison pour laquelle il n’avait pas besoin de sacrements pour
l’enseigner. Et le Maître semble indiquer cela dans le texte
même, car il met ce qu’il dit de l’enseignement en rapport
avec la déficience de la connaissance qui existe dans
l’état de péché. Aussi faut-il dire avec les
autres que, dans l’état d’innocence, les sacrements
n’étaient pas nécessaires. |
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[13330] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sacramenta non sunt instituta ad gratiam
conferendam, nisi prout gratia est sanans formaliter morbum peccati; et sic
in statu innocentiae homo gratia non indigebat. |
1. Les sacrements n’ont été
institués pour donner la grâce que dans la mesure où la
grâce guérit la maladie du péché à la
manière d’une forme. Et ainsi, dans l’état
d’innocence, l’homme n’avait pas besoin de la grâce. |
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[13331] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in statu innocentiae superiores partes
hominis omnino inferioribus dominabantur; et ideo quamvis homo haberet
sensus, et materialis esset, non tamen intellectus ex sensibilibus
cognitionem accipiebat, sed ex influentia divini luminis habebat. Sed quia
experientia etiam eorum quae prius sciebamus, delectabilis est, ideo operabatur
ad experiendum naturae vires, non ut ex hoc habitum scientiae acciperet, sed
ut ex visione experimentali eorum quae sciebat, delectaretur. |
2. Dans l’état d’innocence, les
parties supérieures de l’homme avaient la maîtrise complète
des parties inférieures. Aussi, bien que l’homme ait eu des sens
et ait été matériel, l’intelligence ne recevait
cependant pas sa connaissance à partir des réalités sensibles,
mais elle l’avait par l’action intérieure de la
lumière divine. Mais parce que l’expérience de ce que
nous connaissions auparavant est délectable, [l’intelligence]
agissait pour faire l’expérience des forces de la nature, non
pas pour en recevoir l’habitus de science, mais pour se délecter
par la vision expérimentale de ce qu’elle connaissait. |
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[13332] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod matrimonium non fuisset in
statu innocentiae in remedium, sed in officium. Et quia sacramenta remedia sunt, ideo proprie loquendo,
non fuisset sacramentum, nisi forte inquantum rem sacram significabat; et non
quidem illius sacrae rei, scilicet conjunctionis Christi et Ecclesiae, per
hujusmodi matrimonium homo in statu illo cognitionem accepisset; sed magis e
converso ex cognitione praedictae conjunctionis convenientiam et sanctitatem
matrimonii cognovisset. |
3. Le mariage n’aurait pas existé dans
l’état d’innocence à titre de remède, mais
en vue de sa fonction. Et parce que les sacrements sont des remèdes,
à proprement parler, il n’y aurait pas eu de sacrement, si ce
n’est peut-être dans le mesure où il signifiait une
réalité sainte ; et, dans cet état, l’homme
n’aurait pas reçu la connaissance de cette réalité
sainte, à savoir, l’union du Christ et de l’Église,
mais plutôt, en sens inverse, à partir de la connaissance de
cette union, il aurait connu la convenance et la sainteté du mariage. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13333] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem
dicendum, quod ea quae ab homine fiunt, a cognitione ortum oportet habere;
alias non essent humana opera; unde oportet quod operatio cognitioni respondeat,
sicut effectus causae. In statu autem legis naturae non sufficiebat ad salutem
sola naturalis cognitio, sed exigebatur fides aliquorum quae supra rationem
sunt; et post lapsum exigebatur fides de reparatore, per quem erat medicina
morbi; et ideo in statu illo non tantum erant necessaria opera quae sunt de
dictamine legis naturalis, sed etiam alia quae essent protestationes et signa
eorum quae ad reparationem pertinebant; et haec erant illius temporis
sacramenta, sicut sacrificia, decimae, oblationes, et hujusmodi. |
Ce qui est fait par l’homme prend son origine dans
la connaissance, autrement, il ne s’agirait pas d’actions
humaines. Il faut donc que l’action corresponde à la
connaissance, comme l’effet à la cause. Or, dans
l’état de la loi de nature, la seule connaissance naturelle ne
suffisait pas pour le salut, mais la foi à certaines
réalités qui dépassaient la raison était nécessaire.
Et, après la chute, la foi dans le réparateur, par qui
était donné le remède contre la maladie, était
nécessaire. C’est pourquoi, dans cet état, non seulement
les actions prescrites par la loi naturelle étaient
nécessaires, mais aussi d’autres qui seraient des attestations
et des signes de ce qui se rapportait à la réparation. Tels
seront les sacrements de cette époque, comme les sacrifices, les
dîmes, les offrandes et les choses de ce genre. |
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[13334] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 3 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod praecepta quae ordinant ad bene vivendum, sunt
praecepta legis naturae, quae respondent cognitioni naturali. Et quia
cognitio naturalis sufficienter ea dictabat, nondum per contrariam
consuetudinem omnino obtenebrata, ideo non erat tanta necessitas ut eorum expressio
fieret, sicut sacramentorum, quae supernaturali cognitioni respondent. |
1. Les commandements qui ordonnent à bien vivre
sont les commandements de la loi naturelle, qui répondent à la
connaissance naturelle. Et parce que la connaissance naturelle les
prescrivait suffisamment, sans qu’ils soient encore du tout obscurcis
par une coutume contraire, il n’était pas nécessaire
qu’ils soient exprimés, comme c’est le cas des sacrements,
qui répondent à une connaissance surnaturelle. |
|
[13335] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 3 ad
2 Ad
secundum dicendum, quod ante legem scriptam erant quaedam sacramenta necessitatis,
sicut illud fidei sacramentum quod ordinabatur ad deletionem originalis
peccati; et similiter poenitentia, quae ordinabatur ad deletionem actualis;
et similiter matrimonium, quod ordinabatur ad multiplicationem humani
generis. Sed sacrificia et oblationes et hujusmodi erant necessitatis in
communi, ut scilicet aliquid facerent in protestationem fidei suae, qua Deo
per latriae religionem subjecti erant; sed in speciali erant voluntatis,
utrum scilicet deberent sacrificia exhibere, vel oblationes, vel aliquid hujusmodi. |
2. Avant la loi écrite, existaient certains sacrements
de nécessité, comme ce sacrement de la foi qui était
ordonné à effacer le péché originel. De
même en était-il de la pénitence, qui était
ordonnée à effacer le péché actuel. De même
pour le mariage, qui était ordonné à la multiplication
du genre humain. Mais les sacrifices, les offrandes et les choses de ce genre
étaient nécessaires d’une manière générale :
il était nécessaire qu’ils fassent quelque chose pour
attester leur foi, par laquelle ils étaient soumis à Dieu par
un culte religieux de latrie. Mais, d’une manière
particulière, cela relevait de la volonté que quelqu’un
doive offrir des sacrirfices, des offrandes ou quelque chose de ce genre. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[13336] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc.
4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod cum sacramentorum usus fidei proportionaliter
respondeat, sicut dictum est, oportuit quod secundum diversum statum fidei
diversimode sacramenta traderentur. Fides
autem quantum ad articulorum explicationem semper magis et magis crevit
secundum propinquitatem temporis gratiae, ut 3 Lib., dist. 25, dictum est; et
secundum hoc oportuit sacramenta magis ac magis determinari. Et propter hoc,
quia in Abraham fides primo habuit quasi notabilem quantitatem, ut propter
fidei religionem ab aliis separaretur (unde et pater fidei dicitur), ideo
sibi signaculum, sive sacramentum fidei, determinatum fuit, scilicet
circumcisio. Et quia tempore Moysi jam fides ad tantam quantitatem devenerat
ut non solum in uno homine refulgeret, vel in familia; sed in una tota gente,
populo Dei multiplicato; ideo oportuit et legem dari, quae non nisi populo
ferri potest (unde legis positio est pars politicae, non oeconomicae vel
monasticae) et sacramenta in speciali determinari et multiplicari; et propter
hoc necessarium fuit in lege Moysi determinari sacrificia, oblationes, et
decimas, quantum ad omnes singulares circumstantias, et matrimonia ordinari,
et poenitentiae satisfactiones distingui. |
Comme l’usage des sacrements correspond de manière proportionnelle à la foi, comme on l’a dit, il fallait que, selon les divers états de la foi, les sacrements soient communiqués de manière différente. Or, la foi, pour ce qui est de l’explicitation des articles, s’est de plus en plus développée en fonction de la proximité par rapport au temps de la grâce, comme on l’a dit dans le livre III, d. 25. Il fallait ainsi que les sacrements soient de plus en plus précisés. Pour cette raison, parce que ce fut chez Abraham que la foi eut un niveau remarquable, de telle sorte qu’il a été distingué des autres en raison de la religion de sa foi (c’est la raison pour laquelle il est appelé le père de la foi), un signe ou un sacrement de la foi fut précisé : la circoncision. Et parce que, à l’époque de Moïse, la foi avait atteint un tel niveau qu’elle ne brillait pas seulement chez un seul homme ou une seule famille, mais dans l’ensemble d’une nation, alors que le peuple de Dieu s’était multiplié, il fallait qu’une loi soit donnée, qui ne peut être donnée que pour un peuple (aussi l’établissement de la loi relève-t-il de la politique, et non de l’économique ou de la vie solitaire), et que les sacrements soient précisés et multipliés d’une manière particulière. Pour cette raison, il était nécessaire que des sacrifices, des offrandes et des dîmes soient précisés pour toutes les circonstances particulières, et que les mariages soient ordonnés et des satisfactions pénitentielles, détaillées. |
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[13337] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2
qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod quamvis oblatio Melchisedech perfectissime repraesentaret nostrum
sacrificium quantum ad materiam, tamen etiam oportuit multas alias
circumstantias repraesentari, sicut modum sumendi, et passionem Christi,
cujus est memoriale, quae explicite significantur per agnum paschalem, et per
alia legis sacramenta. |
1. Bien que l’offrande de Melchisédech ait représenté très parfaitement notre sacrifice pour ce qui est de la matière, il fallait cependant aussi que beaucoup d’autres circonstances soient représentées, comme la manière de les prendre et la passion du Christ, dont il est le mémorial, qui sont explicitement signifiés par l’agneau pascal et par les autres sacrements de la loi. |
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[13338] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis non sit facta melioratio per sacramenta
veteris legis quantum ad alium effectum in genere, scilicet causare; facta
est tamen quantum ad eumdem effectum qui est significare, inquantum
expressius et pluribus modis futura gratiae significabantur sacramenta. |
2. Bien qu’il n’y ait pas eu d’amélioration par les sacrements de la loi ancienne par rapport à un autre effet général, qui consiste à causer, il en eut cependant une par rapport à un même effet, qui consiste à signifier, dans la mesure où les futurs sacrements de la grâce étaient signifiés de plusieurs façons. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[13339] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc.
5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod eadem fides est modernorum et
antiquorum, ut Augustinus dicit, quia quem illi credebant venturum, nos
credimus jam venisse; et ideo cum sacramenta fidei correspondeant, sicut
protestationes ipsius, et ab ea virtutem habentia, oportet quod sicut antiqui
patres redemptionis Christi participes effecti sunt per sacramenta quae erant
signa futuri ita et in nos redemptio ejus perveniat mediantibus aliquibus
sacramentis significantibus quod jam factum est, quae sunt sacramenta novae
legis. |
La foi des anciens et des modernes est la même, comme le dit Augustin, car ce que ceux-là croyaient comme à venir, nous croyons que cela est déjà arrivé. C’est pourquoi, puisque les sacrements correspondent à la foi en tant qu’ils en sont des attestations et en reçoivent leur puissance, il est nécessaire que, de même que les pères anciens sont devenus participants de la rédemption du Christ par des sacrements qui étaient des signes du futur, de même, il est nécessaire que la rédemption nous parvienne par certains sacrements signifiant ce qui s’est déjà produit. Ce sont les sacrements de la loi nouvelle. |
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[13340] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 5 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod, sicut dicit Dionysius in Eccles. Hier., status
novae legis medius est inter statum veteris legis et statum caelestis
patriae; et ideo etiam ea quae sunt novae legis, et sunt veritas respectu signorum
veteris legis, et sunt figurae respectu manifestae et plenae cognitionis
veritatis, quae erit in patria; et ideo adhuc oportet in nova lege quod
maneant aliquae figurae, quae scilicet in patria, ubi erit plenaria perceptio
veritatis, omnes cessabunt. |
1. Comme le dit Denys dans la Hiérarchie
ecclésiastique, l’état de la loi nouvelle se situe
entre l’état de la loi ancienne et l’état de la
patrie céleste. C’est pourquoi les réalités qui
relèvent de la loi nouvelle sont vérité par rapport aux
signes de la loi ancienne, et figures par rapport à la connaissance
manifeste et plénière de la vérité, qui se
réalisera dans la patrie. Il est donc nécessaire qu’il
reste dans la loi nouvelle certaines figures, qui, dans la patrie, où
l’on aura une perception plénière de la
vérité, cesseront toutes. |
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[13341]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sacramenta legalia gratiam non
continebant; et ideo apostolus ibidem nominat ea egena et vacua; et propter
hoc qui eis subdebantur, erant sub elementis pure corporalibus. Sed non est
simile de sacramentis quae gratiam invisibilem continent. |
2. Les sacrements de la loi ne contenaient pas la
grâce. C’est pourquoi, en cet endroit, l’Apôtre les
dit insuffisants et vides. Pour cette raison, ceux qui leur étaient
soumis étaient soumis à des éléments purement
corporels. Mais ce n’est pas la même chose pour les sacrements
qui contiennent la grâce invisible. |
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Articulus 3 [13342] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 3 tit. Utrum
sacramenta consistant in verbis et rebus |
Article
3 – Est-ce que les sacrements comportent des paroles et des choses ?
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[13343] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 3 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod sacramenta non consistant in verbis et rebus.
Sacramentum enim est aliquid unum. Sed ex duobus quae non sunt conjuncta, non
potest aliquid unum fieri, nec unum potest esse forma alterius. Cum ergo
verba et res sint omnino separata, videtur quod ex eis non possit constare
sacramentum, ut habeat pro forma verba, et res pro materia. |
1. Il semble que les sacrements ne consistent pas en
paroles et en choses. En effet, le sacrement est quelque chose
d’unique. Or, on ne peut faire quelque chose d’unique à
partir de deux choses qui ne sont pas unies, ni l’une [de ces choses]
ne peut-elle être la forme de l’autre. Puisque les paroles et les
choses sont complètement séparées, il semble donc
qu’un sacrement ne puisse en être composé, de sorte qu’il
ait les paroles comme forme, et les choses comme matière. |
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[13344]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 2 Praeterea, sicut in sacramentis requiruntur verba, ita et
facta quaedam, ut dicit Hugo de sancto Victore. Sed facta non ponuntur de integritate
sacramenti. Ergo nec verba. |
2. De même que, dans les sacrements, des paroles
sont nécessaires, de même certaines actions le sont-elles, comme
le dit Hugues de Saint-Victor. Or, on ne dit pas que les actions font pas
partie de l’intégrité du sacrement. Donc, les paroles non
plus. |
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[13345] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 3 Praeterea,
sacramenta sunt ad significandum et causandum. Sed utrumque horum potest
fieri per res sine verbis. Ergo sacramenta non consistunt in his duobus. |
3. La fin des sacrements est de signifier et de causer.
Or, ces deux choses peuvent être réalisées par des
choses, sans paroles. Les sacrements ne sont donc pas constitués des
deux. |
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[13346] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 3 arg. 4 Praeterea, sacramenta veteris legis erant signa
nostrorum sacramentorum. Sed in illis non
erant aliqua verba determinata. Ergo nec in nostris esse debent. |
4. Les sacrements de la loi ancienne étaient des
signes de nos sacrements. Or, en eux, aucune parole n’était
précisée. Il ne doit donc pas y en avoir dans les nôtres. |
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[13347] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 5 Praeterea,
poenitentia et matrimonium sunt quaedam sacramenta. Sed de integritate eorum
non sunt verba aliqua. Ergo hoc quod Magister dicit, non est verum de omnibus
sacramentis. |
5. La pénitence et le mariage sont des sacrements.
Or, des paroles ne font pas partie de leur intégrité. Ce que le
Maître dit n’est donc pas vrai de tous les sacrements. |
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Sed
contra, sacramenta ex similitudine repraesentant ea quae circa Christum sunt
gesta. Ergo cum in Christo fuerit verbum rei sensibili adjunctum, oportet
quod hoc etiam sit in sacramentis. |
S.c. 1 – En sens contraire, les sacrements représentent
par similitude ce qui s’est accompli dans le Christ. Or, puisque la
parole a été unie à une réalité sensible
dans le Christ, il est nécessaire que cela existe aussi dans les sacremements. |
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[13349] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 3 S.c. 2 Praeterea, medicina
debet proportionari morbo. Sed morbus peccati
hominem quantum ad animam et corpus infecerat. Ergo oportet in sacramentis
esse verba quae respondeant animae, et res quae respondeant corpori. |
S.c. 2 – Le remède doit être
proportionné à la maladie. Or, la maladie du
péché avait infecté l’homme dans son âme et
dans son corps. Il est donc nécessaire que, dans les sacrements, il y
ait des paroles, qui ont rapport à l’âme, et des choses,
qui ont rapport au corps. |
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[13350]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 3 S.c. 3 Praeterea, secundum Hugonem, sacramenta ex sanctificatione
invisibilem gratiam continent. Sed creatura sanctificatur per verbum Dei; 2
Tim., 3. Ergo oportet in sacramentis non solum res sed etiam verba esse. |
S.c. 3 – Selon Hugues, les sacrements contiennent
la grâce invisible en vertu de leur sanctification. Or, la
créature est sanctifiée par la parole de Dieu,
2 Tm 3. Il est donc nécessaire qu’il y ait dans les
sacrements non seulement des choses, mais aussi des paroles. |
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Respondeo dicendum, quod hoc est
commune in omnibus sacramentis quod consistant in rebus sensibilibus
invisibilem gratiam significantibus. Sed hoc est speciale in sacramentis
novae legis quod rebus verba addantur, propter tres rationes. Prima est, quia
haec sacramenta non solum significant opus redemptionis quae per Christum est
facta, sicut alia sacramenta, sed etiam ab ipsa Christi passione fluxerunt;
et ideo sicut effectus proximi, habent suae causae imaginem quantum possunt,
ut scilicet ex rebus et verbis consistant, sicut Christus ex verbo et carne.
Secunda ratio est, quia non solum sunt signa futurorum, sicut sacramenta
veteris legis, sed praesentium et praeteritorum, ut prius dictum est, quae possunt
expressius significari quam futura, sicut et certius cognosci; et ideo,
significatio verborum, quae est expressissima, adjungitur significationi
rerum. Tertia ratio est, quia gratiam continent ex sanctificatione quae fit
per verbum Dei, ut dictum est. |
Réponse :
Tous les sacrements ont en commun d’être
composés de choses sensibles signifiant la grâce invisible. Or,
les sacrements de la loi nouvelle ont en propre que des paroles soient
ajoutées aux choses pour trois raisons. La première est que ces
sacrements ne signifient pas seulement l’œuvre de la
rédemption qui a été réalisée par le
Christ, comme les autres sacrements, mais aussi qu’ils ont coulé
à partir de la passion même du Christ. En tant qu’effets
prochains, ils portent l’image de leur cause autant qu’ils le
peuvent, à savoir qu’ils sont composés de choses et de
paroles, comme le Christ l’est du Verbe et de chair. La deuxième
raison est qu’ils ne sont pas seulement des signes de choses à
venir, comme les sacrements de la loi ancienne, mais des [signes] de choses
présentes et passées, comme on l’a dit plus haut, qui
peuvent être signifiées de manière plus expresse que les
choses à venir. C’est pourquoi la signification par des paroles,
qui est la plus expresse, est jointe à la signification des choses. La
troisième raison est qu’ils contiennent la grâce en vertu
d’une sanctification qui est réalisée par le Verbe de
Dieu, comme on l’a dit. |
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[13352] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sacramentum est
aliquid unum in genere signi vel causae, quorum utrumque relationem importat.
Non est autem inconveniens ut quae sunt in se
distincta uniantur in relatione ad aliquid unum, sicut accidit de multis
trahentibus navim qui sunt una causa tractus navis. Et sicut pater et mater
sunt unum in generatione; sic etiam verba et res sunt unum in causando et
significando, et per consequens efficiunt unum sacramentum. Et quia virtus
causandi est in rebus ex verbis significantibus, ut dictum est, ideo verba
sunt formalia, et res materiales, per modum quo omne completivum forma
dicitur. |
1. Le sacrement est quelque chose d’unique dans le
genre du signe ou de la cause, qui tous deux comportent une relation. Or, il
n’est pas inapproprié que ce qui est distinct par soi soit uni
dans une relation à quelque chose d’unique, comme il arrive que
ceux qui sont nombreux à tirer un navire sont une seule cause de la
traction du navire. Et comme le père et la mère sont une seule
réalité dans la génération, de même aussi
les paroles et les choses sont une seule réalité qui cause et
signifie, et elles réalisent par conséquent un seul sacrement.
Et parce que la capacité de causer se trouve dans les choses à
partir des paroles qui signifient, comme on l’a dit, les paroles ont
donc le caractère de forme, et les choses, celui de matière,
à la manière dont tout ce qui complète est appelé
forme. |
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[13353] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod, sicut Hugo de sancto Victore dicit, ad sacramenta
concurrunt verba et res et facta: sed facta pertinent ad usum vel
dispensationem sacramentorum; verba autem et res sunt de essentia sacramenti.
Et ideo Magister in his duobus dicit constare sacramenta, et non in factis.
Vel dicendum, quod facta ad res reducuntur. |
2. Comme le dit Hugues de Saint-Victor, des paroles, des
choses et des actions concourent au sacrement, mais les actions se rapportent
à l’usage ou à la dispensation des sacrements, alors que
les paroles et les choses font partie de l’essence du sacrement. C’est
pourquoi le Maître dit que les sacrements consistent dans ces deux
choses, et non dans les actions. Ou bien il faut dire que les actions se
ramènent aux choses. |
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[13354]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod nec efficacia causandi nec
expressio significandi poterat esse in rebus, nisi verba adjungerentur, ut
dictum est. |
3. Ni l’efficacité pour causer, ni le
caractère explicite pour signifier ne pouvaient se trouver dans les
choses, à moins que leur soient unies des paroles, comme on l’a
dit. |
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[13355] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod non est similis ratio de sacramentis veteris et novae
legis, ut ex dictis patet. |
4. Le raisonnement n’est pas le même pour les
sacrements de la loi ancienne et pour ceux de la loi nouvelle, comme cela
ressort clairement de ce qui a été dit. |
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[13356]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod matrimonium secundum quod est in
officium, et poenitentia secundum quod est virtus, non habent aliquam formam
verborum; sed secundum quod utrumque est sacramentum in dispensatione
ministrorum Ecclesiae consistens, utrumque habet aliqua verba; sicut in
matrimonio sunt verba exprimentia consensum, et iterum benedictiones ab
Ecclesia institutae; in poenitentia autem est absolutio sacerdotis verbotenus
facta. |
5. Le mariage, en tant qu’il est une fonction, et
la pénitence, en tant qu’elle est une vertu, n’ont pas une
forme de paroles ; mais selon que les deux sont des sacrements
consistant dans une dispensation par des ministres de l’Église,
les deux comportent des paroles : dans le mariage, il y a les paroles
exprimant le consentement et aussi les bénédictions instituées
par l’Église ; dans la pénitence, il y a
l’absolution du prêtre qui est faite sous forme de paroles. |
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Articulus
4 [13357] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 tit. Utrum sacramenta novae legis sint causa
gratiae |
Article
4 – Est-ce que les sacrements de la loi nouvelle causent la grâce
?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Les sacrements de la loi nouvelle causent-ils la grâce ?] |
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[13358] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod sacramenta
novae legis non sint causa gratiae. Dicit enim Bernardus: sicut investitur
canonicus per librum, abbas per baculum, episcopus per anulum; sic divisiones
gratiarum diversis sunt tradita sacramentis. Sed liber non est causa
canonicatus, nec anulus episcopatus. Ergo nec sacramenta gratiae. |
1. Il semble que les sacrements de la loi nouvelle ne
causent pas la grâce. En effet, Bernard dit : «De même
que le chanoine est investi par un livre, l’abbé par un
bâton et l’évêque par un anneau, de même la
répartition des grâces est faite à chacun par les sacrements.»
Or, le livre n’est pas la cause du canonicat, ni l’anneau, de
l’épiscopat. Donc, ni les sacrements, de la grâce. |
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[13359] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, si sunt causae gratiae, oportet quod sint
secundum aliquod genus causae. Sed constat quod non sunt materiales nec
formales, cum sint extra essentiam gratiae; nec iterum sunt causae finales,
quia magis sacramenta propter gratiam habendam quaeruntur quam e converso:
nec iterum causae efficientes, quia solus Deus efficit gratiam, adeo quod nec
Angelis, qui sunt nobiliores sensibilibus creaturis, hoc communicatur. Ergo nullo modo
sacramenta sunt causa gratiae. |
2. S’ils causent la grâce, il est
nécessaire que cela soit selon un certain genre de cause. Or, il est
clair qu’ils ne sont pas des [causes] matérielles ni formelles,
puisqu’ils ne font pas partie de l’essence de la grâce. Ils
ne sont pas non plus des causes finales, car les sacrements sont plutôt
recherchés afin d’obtenir la grâce que l’inverse.
Ils ne sont pas non plus des causes efficientes, car seul Dieu réalise
la grâce, au point où cela n’est même pas
confié aux anges, qui sont plus nobles que les créatures
sensibles. Les sacrements ne causent donc d’aucune façon la
grâce. |
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[13360] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, nobilius est agens patiente, secundum
Augustinum in 12 super Gen.; et secundum philosophum, in 3 de anima; et
iterum causa dignior est effectu. Sed tam anima rationalis quam gratia
praevalent sensibilibus elementis. Ergo sacramentum, quod est materiale
elementum, ut prius dictum est, non potest agere in animam ad causandum
gratiam in ipsa. |
3. Ce qui agit est plus noble que ce qui subit, selon
Augustin, dans le commentaire sur la Genèse, XII, et selon le
Philosophe, De l’âme, III. De plus, la cause est plus
digne que l’effet. Or, aussi bien l’âme raisonnable que la
grâce l’emportent sur les éléments sensibles. Le
sacrement, qui est un élément matériel, comme on
l’a dit antérieurement, ne peut donc agir sur l’âme
pour causer la grâce en elle. |
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[13361] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 4 Praeterea, omnis causa vel est univoca vel aequivoca. In
causa autem aequivoca est aliquid nobiliori modo quam in causatis, sicut
calor in sole quam in aere; in causa autem univoca est aliquid eodem modo. Sed gratia non est in
sacramentis neque eodem modo ut in anima, neque nobiliori modo. Ergo non sunt
causa gratiae nec univoce nec aequivoce; et ita nullo modo. |
4. Toute cause est soit univoque, soit équivoque.
Or, dans la cause équivoque, quelque chose de plus noble existe que
dans ce qui est causé, comme la chaleur [existe davantage] dans le
soleil que dans l’air ; mais, dans la cause univoque, [ce qui est
causé] est la même chose. Or, la grâce n’existe pas
dans les sacrements ni de la même manière que dans
l’âme, ni d’une manière plus noble. Ils ne causent
donc pas la grâce, ni de manière uninoque, ni de manière
équivoque. Ils ne le font donc d’aucune manière. |
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[13362] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 5 Praeterea, sacramenta non causant gratiam in anima per
modum influentiae, quia sic crearent ipsam, nec iterum educunt eam de potentia
materiae, quia gratia non est in potentia naturali materiae. Ergo nullo modo gratiam causant. |
5. Les sacrements ne causent pas la grâce dans
l’âme par mode d’action intérieure, car alors ils la
crééraient ; ils ne la tirent pas non plus de la puissance
de la matière, car la grâce n’existe pas dans la puissance
naturelle de la matière. Ils ne causent donc la grâce
d’aucune manière. |
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[13363] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 6 Praeterea, in sacramento altaris transubstantiatur panis
in corpus Christi; quod non potest fieri nisi virtute infinita, qualis non
est virtus formae illius sacramenti. Ergo virtus illa non causat dictam transubstantiationem,
et eadem ratione nec alia sacramenta causant quod significant. |
6. Dans le sacrement de l’autel, le pain est
transsubstantié dans le corps du Christ, ce qui ne peut se
réaliser que par une puissance infinie, qui n’est pas celle de
la puissance de la forme de ce sacrement. Cette puissance ne cause donc pas
la transsubstantiation et, pour la même raison, les autres sacrements
non plus ne causent pas ce qu’ils signifient. |
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[13364]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, haec differentia assignatur communiter inter
sacramenta novae legis et veteris, quod sacramenta novae legis efficiunt quod
figurant, quod sacramentis veteris legis non competit. Figurant autem
sacramenta invisibilem gratiam. Si ergo sacramenta novae legis gratiam non
causant, non differunt in aliquo a sacramentis veteris legis. |
S.c. 1 – En sens contraire, on donne généralement
comme différence entre les sacrements de la loi nouvelle et ceux de la
loi ancienne, que les sacrements de la loi nouvelle réalisent ce
qu’ils représentent, ce qui n’est pas le fait des
sacrements de la loi ancienne. Or, les sacrements représentent la
grâce invisible. Si donc les sacrements de la loi nouvelle ne causent
pas la grâce, ils ne diffèrent en rien des sacrememnts de la loi
ancienne. |
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[13365] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, Augustinus dicit, quod aqua Baptismi corpus
tangit, et cor abluit. Sed cor non abluitur nisi per gratiam. Ergo sacramenta novae legis
gratiam causant. |
S.c. 2 –
Augustin dit que «l’eau du baptême touche le corps et lave
le cœur». Or, le cœur n’est lavé que par la
grâce. Les sacrements de la loi nouvelle causent donc la grâce. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les sacrements contiennent-ils une puissance ?] |
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[13366] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in sacramentis non sit aliqua
virtus specialis ad gratiam inducendam. Quod enim non est in aliquo genere
entium, non est ens. Sed hujusmodi virtus non potest reduci ad aliquod decem
generum: quia non est forma substantialis, ut per se patet: neque in aliquod
aliorum generum praeter qualitatem, nec etiam in qualitatem, ut patet
discurrenti per quatuor species qualitatis. Ergo
non est ens. |
1. Il semble que, dans les sacrements, il n’y ait
pas quelque puissance spéciale qui entraîne la grâce. En
effet, ce qui ne se trouve dans aucun genre des êtres n’est pas
un être. Or, une puissance de ce genre ne peut être
ramenée à aucun des dix genres, car elle n’est pas une forme
substantielle, comme cela va de soi ; elle n’est dans aucun des
autres genres, sauf la qualité, et elle n’est pas non plus dans
la qualité, comme cela ressort clairement pour celui qui parcourt les
quatre espèces de qualité. Elle n’est donc pas un
être. |
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[13367] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, constat quod sacramenta non habent a seipsis
hujusmodi virtutem. Si ergo est in eis, oportet quod a Deo habeant eam: nec
est assignare, ut videtur, quando eis data sit. Non enim in ista institutione
sacramentorum dari eis potuit: quia res istae et haec verba tunc non erant,
et non enti nihil datur: nec iterum quotidie eis dat hanc virtutem: quia
creatio dicitur esse hoc tempore solum quantum ad animas rationales et
quantum ad gratiam: nec alio modo potest eis dari, nisi in eis creetur: nec
iterum est probabile quod tam nobilis virtus creetur in verbis, quae statim
esse desinunt; et res etiam in brevi corrumpuntur. Ergo nullo modo hujusmodi
virtus est in sacramentis. |
2. Il est clair que les sacrements n’ont pas par
eux-même une puissance de cette sorte. Si elle existe en eux, il est
donc nécessaire qu’ils la reçoivent de Dieu, et,
semble-t-il, l’on ne peut préciser quand elle leur a
été donnée. En effet, elle n’a pas pu être
donnée lors de l’institution des sacrements, car ces choses et
ces paroles n’existaient pas alors, et rien n’est donné
à ce qui n’existe pas. Il ne leur donne pas non plus chaque jour
cette puissance, car on ne parle de création, à ce moment, que
pour les âmes raisonnables et pour la grâce ; or, elle ne
peut leur être donnée autrement que par création. Il
n’est pas non plus probable qu’une puissance si noble soit
créée par des paroles qui cessent aussitôt
d’existe. De même, les choses se corrompent-elles rapidement.
Cette puissance n’existe donc d’aucune manière dans les sacrements. |
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[13368] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, dicta virtus non potest computari inter minima
bona: quia sic ad gratiam inducendam, quae est de maximis bonis, efficaciam
non haberet: nec iterum inter media, cujusmodi sunt animae potentiae, quibus
homo bene et male utitur: eadem ratione nec iterum inter maxima, cum neque
sit gratia, neque virtus mentis. Ergo non est aliquod bonum, et ita nihil
est. |
3. La vertu
mentionnée ne peut être comptée parmi les biens les plus
infimes car, alors, elle n’aurait pas d’efficacité pour
conduire à la grâce, qui compte parmi les biens les plus grands.
Elle ne peut pas non plus être comptée parmi les biens
intermédiaires, dont font partie les puissances de l’âme,
dont l’homme fait un bon ou un mauvais usage. Pour la même
raison, elle ne peut pas non plus être comptée parmi les biens
les plus grands, puisqu’elle n’est ni la grâce, ni une
puissance de l’esprit. Elle n’est donc pas un bien, et ainsi elle
n’est rien. |
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[13369] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 4 Praeterea, omne quod recipitur in aliquo, est in eo per
modum recipientis; et inde est quod virtus spiritualis non potest esse in re
corporali. Sed haec virtus, quae ordinatur ad gratiam inducendam, est maxime
spiritualis. Ergo non potest esse in rebus corporalibus. |
4. Tout ce qui est
reçu dans quelque chose existe en cette chose selon le mode de ce qui
reçoit; de là vient qu’une puissance spirituelle ne peut
exister dans une chose corporelle. Or, cette puissance, qui est
ordonnée à conduire à la grâce, est spirituelle au
plus haut point. Elle ne peut donc exister dans les choses corporelles. |
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[13370] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 5 Praeterea, unius sacramenti non potest esse nisi una
virtus, cum sit ad unum effectum. Sed una virtus non potest esse in diversis.
Ergo cum in sacramento sint plura, scilicet verba et res, videtur quod non
possit in sacramento esse aliqua virtus ad gratiam inducendam. |
5. Il ne peut y avoir
qu’une seule puissance pour un seul sacrement, puisqu’il
n’y a qu’un seul effet. Or, une seule puissance ne peut exister
dans des choses différentes. Puisque, dans le sacrement, il y a
plusieurs [composantes], à savoir, des paroles et des choses, il
semble qu’il ne puisse exister dans le sacrement une puissance qui
conduise à la grâce. |
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[13371]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2 S.c. 1 Sed contra est, quod Augustinus dicit: quae est vis
aquae ut corpus tangat et cor abluat ? Ergo habet aliquam virtutem. Similiter
etiam Beda dicit, quod Christus tactu mundissimae suae carnis vim
regenerativam contulit aquis. |
S.c. 1 – En sens
contraire, Augustin dit : «Quelle est la puissance de l’eau
qui touche le corps et lave le cœur ?» Elle a donc une certaine
puissance. De même aussi, Bède dit que le Christ, par le contact
de sa chair très pure, a donné aux eaux une puissance
régénératrice. |
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[13372] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2
S.c. 2 Praeterea, sacramenta medicinae quaedam sunt. Sed omnis medicina habet
aliquam virtutem per quam fit efficax. Ergo
et in sacramentis est aliqua virtus. |
S.c. 2 – Les
sacrements sont des remèdes. Or, tout remède possède
quelque puissance par laquelle il devient efficace. Il y a donc aussi une
puissance dans les sacrements. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La passion du Christ est-elle la source des sacrements ?] |
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[13373] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haec virtus non sit in
sacramentis a passione Christi. Christus enim, secundum quod homo, non dat
spiritum sanctum, neque gratiam causat, ut in 1 Lib., dist. 14, qu. 3, art.
unic., dictum est. Sed passio convenit ei secundum quod homo. Ergo efficacia
virtutis quae est in sacramentis ad gratiam causandam, non potest esse a
Christi passione, sed ab ejus divinitate. |
1. Il semble que cette puissance des sacrements ne vienne
pas de la passion du Christ. En effet, le Christ, en tant qu’homme, ne
donne pas l’Esprit Saint ni ne cause la grâce, comme on l’a
dit au livre I, d. 14, q. 3, art. un. Or, la passion lui convient en tant
qu’il est homme. L’efficacité de la puissance qui existe
dans les sacrements pour causer la grâce ne peut donc pas venir de la
passion du Christ, mais de sa divinité. |
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[13374] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 3
arg. 2 Praeterea, Rom. 4, 25, dicitur, quod resurrexit propter justificationem
nostram. Sed justificatio fit per infusionem gratiae. Ergo magis a
resurrectione sacramenta praedictam virtutem habent. |
2. Il est dit, en Rm 4, 25, qu’il est
ressuscité pour notre justification. Or, la justification se
réalise par l’infusion de la grâce. Les sacrements
tiennent donc plutôt de la résurrection la puissance
mentionnée. |
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[13375] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 3 Praeterea, sacramenta
dicuntur a fide efficaciam habere. Sed fides
non solum est de passione sed etiam de aliis articulis. Ergo non solum a
passione efficaciam habent. |
3. On dit que les sacrements tiennent leur efficacité de la foi. Or, la foi ne porte pas seulement sur la passion, mais aussi sur les autres articles. Ils ne tiennent donc pas seulement de la passion leur efficacité. |
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[13376] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 3 S.c. 1 Sed contra, Rom. 5, super illud: similitudinem praevaricationis Adae, dicit Glossa: ex latere Christi profluxerunt sacramenta per quae salvata est Ecclesia. Hoc autem factum est in passione. Ergo ex passione efficaciam habent. |
S.c. 1 – En sens contraire, à propos de Rm 5 : La ressemblance de la faute d’Adam, la Glose dit : «Les sacrements par lesquels l’Église a été sauvée ont coulé du côté du Christ.» Or, cela s’est produit dans la passion. Ils tiennent donc leur efficacité de la passion. |
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[13377] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 3 S.c. 2 Praeterea, sacramenta sunt medicinae contra peccata. Sed peccata sunt ablata per Christi passionem; quia mortuus est propter delicta nostra: Rom. 5. Ergo a passione efficaciam habent. |
S.c. 2 – Les sacrements sont des remèdes contre les péchés. Or, les péchés sont enlevés par la passion du Christ, car il est mort pour nos fautes, Rm 5. Ils tiennent donc leur efficacité de la passion. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Les sacrements de la loi nouvelle contiennent-ils la grâce ?] |
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[13378] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod
sacramenta novae legis non contineant gratiam. Idem enim est subjectum
gratiae et gloriae. Sed nihil potest esse
subjectum gloriae nisi creatura rationalis. Ergo nec in sacramento, quod est
materiale elementum, potest esse gratia. |
1. Il semble que les sacrements de la loi nouvelle ne contiennent pas la grâce. En effet, le sujet de la grâce et de la gloire est le même. Or, rien ne peut être le sujet de la gloire qu’une créature raisonnable. La grâce ne peut donc non plus exister dans le sacrement, qui est un élément matériel. |
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[13379] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4
qc. 4 arg. 2 Si dicatur quod gratia
non est in sacramentis sicut in subjecto, sed sicut in vase; contra. Esse in
vase significat esse in loco, secundum philosophum in 4 Physic. Sed accidenti
non competit esse in loco. Ergo non potest esse verum quod dictum est. |
2. Si l’on dit que la grâce n’est pas dans le sacrement comme dans son sujet, mais comme dans un contenant, on opposera qu’être dans un contenant signifie être dans un lieu, selon le Philosophe, Physique, IV. Or, il ne convient pas à un accident d’être dans un lieu. Ce qui a été dit ne peut donc pas être vrai. |
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[13380] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 3 Praeterea, si Deus in sacramentis gratiam posuit, hoc non est nisi propter animam, in quam gratia transfundi debet. Sed non potest eadem gratia quae est in sacramentis, in animam transfundi, quia accidens non transit de subjecto in subjectum. Ergo frustra esset ibi; et ita non est ibi: quia in operibus gratiae minus est aliquid frustra quam in operibus naturae. |
3. Si Dieu a mis la grâce dans les sacrements, ce ne peut être que pour l’âme, dans laquelle la grâce doit être versée. Or, la même grâce qui se trouve dans les sacrements ne peut être versée dans l’âme, car l’accident ne passe pas de sujet en sujet. Ce serait donc en vain qu’elle y serait. Ainsi, elle ne s’y trouve pas, car, dans les œuvres de la grâce, moins de choses sont faites en vain que dans les œuvres de la nature. |
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[13381] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 4 Praeterea, secundum philosophum in 1 de anima, spiritualia, etiamsi sint in corporalibus, non dicuntur ab eis contineri, sed magis continere, sicut anima est in corpore, et continet ipsum. Sed gratia est res spiritualis. Ergo etsi sit in sacramentis corporalibus, non debet dici contineri ab eis. |
4. Selon le Philosophe, De l’âme, I, on ne dit pas que les réalités spirituelles, même si elles se trouvent dans des réalités corporelles, sont contenues par elles, mais plutôt qu’elles les contiennent, comme l’âme est dans le corps et le contient. Or, la grâce est une réalité spirituelle. Même si [la grâce] se trouve dans des sacrements corporels, on ne doit donc pas dire qu’elle est contenue par eux. |
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[13382]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 4 S.c. 1 Sed contra est quod dicitur in Glossa, Gal. 3, quod
sacramenta veteris legis dicebantur egena et inania, quia gratiam non continebant.
Sed hoc non potest dici de sacramentis novae legis. Ergo gratiam continent. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit dans la
Glose, à propos de Ga 3, que les sacrements de la loi ancienne
étaient dits déficients et vains parce qu’ils ne
contenaient pas la grâce. Or, on ne peut pas dire cela des sacrements de
la loi nouvelle. Ils contiennent donc la grâce. |
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[13383]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 4 S.c. 2 Praeterea hoc patet per definitionem Hugonis de sancto
Victore supra positam. |
S.c. 2 – Cela ressort clairement de la définition
de Hugues de Saint-Victor donnée plus haut. |
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Quaestiuncula
5 |
Sous-question 5 – [La grâce des sacrements est-elle différente de la grâce des dons et des vertus ?] |
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[13384] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 5 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod gratia quae est in sacramentis, non differat ab illa quae est in
virtutibus et donis. Gratia enim quae est in sacramentis, est gratia gratum
faciens, quia facit dignum vita aeterna, ut patet de Baptismo. Sed gratia
gratum faciens est una tantum, quod patet ex unitate subjecti, quod est essentia
animae, et ex unitate effectus, quod est Deo acceptum facere. Ergo cum gratia
quae est in virtutibus et donis, sit gratia gratum faciens, videtur quod
eadem gratia sit hic et ibi. |
1. Il semble que la grâce qui existe dans les sacrements ne diffère pas de celle qui se trouve dans les vertus et les dons. En effet, la grâce qui se trouve dans les sacrements est la grâce sanctifiante [gratum faciens], car elle rend digne de la vie éternelle, comme cela est clair pour le baptême. Or, il n’y a qu’une seule grâce sanctificante : cela ressort clairement de l’unité du sujet, qui est l’essence de l’âme, et de l’unité de l’effet, qui est de rend agréable à Dieu. Puisque la grâce qui se trouve dans les vertus et les dons est la grâce sanctifiante, il semble donc que la même grâce se trouve ici et là. |
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[13385] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 5 arg. 2 Praeterea, unum uni opponitur. Sed tam gratia quae est in sacramentis quam illa quae est in virtutibus, opponitur peccato, quia utraque peccatum destruit. Ergo est una tantum gratia. |
2. Une chose s’oppose à une autre. Or, tant la grâce qui se trouve dans les sacrements que celle qui se trouve dans les vertus s’opposent au péché, parce que les deux détruisent le péché. Il n’y a donc qu’une seule grâce. |
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[13386] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 5 arg. 3 Praeterea,
idem est motus in natura a termino et ad terminum. Sed gratia sacramentalis
ordinatur contra peccatum, gratia autem virtutum ad perficiendum animam, et
Deo conjungendum. Ergo est una gratia in sacramento. |
3. Dans la nature, le mouvement qui vient d’un et va vers [un autre] terme est le même. Or, la grâce sacramentelle est ordonnée contre le péché, mais la grâce des vertus, à perfectionner l’âme et à unir à Dieu. Il n’y a donc qu’une seule grâce dans le sacrement. |
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[13387] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4
qc. 5 S.c. 1 Sed contra, gratia in
sacramento non datur nisi ei qui non ficte accedit. Sed talis habet gratiam virtutum.
Cum ergo nulli detur quod jam habet, videtur quod gratia quam accipit in
sacramento, sit alia. |
S.c. 1 – En sens contraire, la grâce qui se trouve dans le sacrement n’est donnée qu’à celui qui s’en approche sans feinte. Or, celui-ci possède la grâce des vertus. Puisque n’est donné à personne ce qu’il possède déjà, il semble donc que la grâce qu’il reçoit dans le sacrement est différente. |
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[13388] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 5 S.c. 2 Praeterea,
virtutes et dona sunt connexa propter gratiam, ut in 3 Lib., dist. 36,
quaest. unic., art. 2, et 3, dictum est, non autem sacramenta. Ergo non est
eadem gratia hic et ibi. |
S.c. 2 – Les vertus et les dons sont connexes en raison de la grâce, comme on l’a dit dans le livre III, d. 36, q. un., a. 2 et 3. Or, les sacrements ne le sont pas. Il ne s’agit donc pas de la même grâce ici et là. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13389] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc.
1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod omnes coguntur ponere, sacramenta
novae legis aliquo modo causas gratiae esse, propter auctoritates quae hoc
expresse dicunt. Sed diversi diversimode eas causas ponunt. Quidam enim
dicunt, quod non sunt causae quasi facientes aliquid in anima, sed causae
sine quibus non: quia increata virtus, quae sola effectus ad gratiam
pertinentes in anima facit, sacramentis assistit per quamdam Dei
ordinationem, et quasi pactionem. Sic enim
ordinavit et quasi pepigit Deus, ut qui sacramenta accipiunt, simul ab iis
gratiam recipiant, non quasi sacramenta aliquid faciant ad hoc. Et est simile
de illo qui accipit denarium plumbeum facta tali ordinatione, ut qui habuerit
unum de illis denariis, habeat centum libras a rege: qui quidem denarius non
dat illas centum libras, sed solus rex accipienti ipsum. Et quia pactio talis
non erat facta in sacramentis veteris legis, ut accedentes ad ipsa gratiam
acciperent, ideo dicuntur gratiam non conferre, sed promittebant tantum. Sed
hoc non videtur sufficere ad salvandum dicta sanctorum. Causa enim sine qua
non, si nihil omnino faciat ad inducendum effectum vel disponendo vel
meliorando, quantum ad rationem causandi, nihil habebit supra causas per
accidens; sicut album est causa domus, si aedificator sit albus; et secundum
hoc sacramenta essent causae per accidens tantum sanctificationis. Illa enim
ordinatio quam dicunt, sive pactio, nihil dat eis de ratione causae, sed
solum de ratione signi; sicut etiam denarius plumbeus est solum signum
indicans quis debet accipere. Quod autem est per accidens, omittitur ab arte,
nec ponitur in definitione; unde in definitione sacramenti non poneretur
causalitas praedicta, nec sancti multum curassent de ea dicere. Nec iterum
sacramenta novae legis, quae differunt a sacramentis veteris legis secundum
ordinationem praedictam, differrent ab eis secundum rationem causae, sed
solum quantum ad modum significandi, inquantum haec significant gratiam ut statim
dandam, illa vero non. Et ideo alii dicunt, quod ex sacramentis duo
consequuntur in anima. Unum quod est sacramentum et res, sicut character, vel
aliquis ornatus animae in sacramentis in quibus non imprimitur character,
aliud quod est res tantum, sicut gratia. Respectu ergo primi effectus sunt
sacramenta causae aliquo modo efficientes; sed respectu secundi sunt causae
disponentes tali dispositione quae est necessitas, nisi sit impedimentum ex
parte recipientis; et hoc videtur magis theologis et dictis sanctorum
conveniens. Ad cujus evidentiam sciendum est, quod causa efficiens dupliciter
potest dividi. Uno modo ex parte effectus; scilicet in disponentem, quae
causat dispositionem ad formam ultimam; et perficientem, quae inducit ultimam
perfectionem. Alio modo ex parte ipsius causae in agens principale, et
instrumentale. Agens enim principale est primum movens, agens autem
instrumentale est movens motum. Instrumento autem competit duplex actio: una
quam habet ex propria natura, alia quam habet prout est motum a primo agente;
sicut calor ignis, qui est instrumentum virtutis nutritivae, ut dicitur in 2
de anima, ex natura propria habet dissolvere, et consumere, et hujusmodi effectus:
sed inquantum est instrumentum animae vegetabilis, generat carnem. Sed
sciendum, quod actio instrumenti quandoque pertingit ad ultimam perfectionem,
quam principale agens inducit aliquando autem non; semper tamen pertingit ad
aliquid ultra id quod competit sibi secundum suam naturam, sive illud sit
ultima forma, sive dispositio, alias non ageret ut instrumentum: sic
qualitates activae et passivae elementorum pertingunt instrumentaliter ad
formas materiales educendas de materia, non autem ad productionem animae humanae,
quae est ab extrinseco. Dicendum est ergo, quod principale agens respectu
justificationis Deus est, nec indiget ad hoc aliquibus instrumentis ex parte
sua; sed propter congruitatem ex parte hominis justificandi, ut supra dictum
est, utitur sacramentis quasi quibusdam instrumentis justificationis. Hujusmodi
autem materialibus instrumentis competit aliqua actio ex natura propria,
sicut aquae abluere, et oleo facere nitidum corpus; sed ulterius, inquantum
sunt instrumenta divinae misericordiae justificantis, pertingunt
instrumentaliter ad aliquem effectum in ipsa anima, quod primo correspondet
sacramentis, sicut est character, vel aliquid hujusmodi. Ad ultimum autem
effectum, quod est gratia, non pertingunt etiam instrumentaliter, nisi dispositive,
inquantum hoc ad quod instrumentaliter effective pertingunt, est dispositio,
quae est necessitas, quantum in se est, ad gratiae susceptionem. Et quia omne
instrumentum agendo actionem naturalem, quae competit sibi inquantum est res
quaedam, pertingit ad effectum qui competit sibi inquantum est instrumentum,
sicut dolabrum dividendo suo acumine pertingit instrumentaliter ad formam
scanni: ideo etiam materiale elementum exercendo actionem naturalem, secundum
quam est signum interioris effectus, pertingit ad interiorem effectum
instrumentaliter. Et hoc est quod Augustinus dicit, quod aqua Baptismi corpus
tangit, et cor abluit; et ideo dicitur, quod sacramenta efficiunt quod
figurant. Et hunc modum justificandi videtur Magister tangere in littera:
dicit enim, quod homo non quaerit salutem in sacramentis quasi ab eis, sed
per illa a Deo. Haec enim praepositio a denotat principale agens: sed haec
praepositio per denotat causam instrumentalem. |
Tous sont obligés de reconnaître que les sacrements
de la loi nouvelle sont de quelque façon causes de la grâce, en
raison des autorités qui le disent expressément. Mais les opinions
varient sur la manière dont ils sont causes. En effet, certains disent
qu’ils ne sont pas causes comme s’ils produisaient quelque chose
dans l’âme, mais causes sine qua non, car la puissance
incréée, qui seule réalise dans l’âme les
effets qui relèvent de la grâce, est présente aux
sacrements par une disposition divine et comme par un pacte. En effet, Dieu a
ainsi disposé et comme fixé que ceux qui reçoivent les
sacrements reçoivent d’eux en même temps la grâce,
mais non comme si les sacrements y étaient pour quelque chose. Cela
ressemble à celui qui reçoit un denier de plomb, étant
entendu que celui qui possédera un de ces deniers, recevra dix livres
du roi : ce denier ne donne pas les cent livres, mais le roi seul [les
donne] à celui qui reçoit [le denier]. Et parce qu’un tel
pacte n’existait pas dans les sacrements de la loi ancienne afin que
ceux qui s’en approchaient reçoivent la grâce, on dit
qu’ils ne confèraient pas la grâce, mais qu’ils la
promettaient seulement. Mais cela ne semble pas être suffisant pour
rendre justice à ce que disent les saints. En effet, une cause sine
qua non, si elle ne fait rien du tout pour entraîner l’effet,
soit en disposant, soit en améliorant, n’aura rien de plus, en
tant que cause, que les causes accidentelles, comme si ce qui est blanc est
cause de la maison, si le constructeur est blanc. Selon ce point de vue, les
sacrements ne seraient que des causes accidentelles de
la sanctification. En effet, cette disposition ou ce pacte dont ils parlent
ne font en rien [des sacrements] des causes, mais seulement des signes, comme
le denier de plomb n’est que le signe indiquant qui doit le recevoir.
Or, ce qui existe par accident est omis par l’art et n’est pas
mis dans la définition. Aussi la causalité mentionnée ne
serait pas mise dans la définition du sacrement, et les saints ne se
seraient pas beaucoup préoccupés d’en parler. De plus,
les sacrements de la loi nouvelle, qui diffèrent des sacrements de la loi
ancienne selon le rapport indiqué, n’en seraient pas
différents en tant que causes, mais seulement selon la manière
de signifier, pour autant qu’ils signifient la grâce qui doit
être immédiatement donnée, et ceux-là, non.
C’est pourquoi d’autres disent que deux choses se produisent dans
l’âme en vertu des sacrements. L’une qui est le sacrement
et la réalité, comme le caractère, ou quelque ornement
de l’âme par les sacrements qui n’impriment pas de
caractère ; l’autre qui est la réalité seulement,
comme la grâce. Par rapport au premier effet, les sacrements sont donc
d’une certaine manière des causes efficientes ; mais par rapport
au second, ils sont des causes qui disposent selon une disposition
nécessaire, à moins qu’il n’y ait un empêchement
du côté de celui qui reçoit. Et cela semble plus conforme
aux théologiens et à ce que disent les saints. D’une
part, du point de vue de l’effet, c’est-à-dire de celui
qui dispose, qui cause la disposition à la forme ultime ; et du
point de vue de celui qui parfait, qui conduit à la perfection ultime.
D’autre part, du point de vue de la cause elle-même qu’est
l’agent principal et instrumental. En effet, l’agent principal
est ce qui meut en premier, mais l’agent instrumental est ce qui meut
en étant mû. Or, une double action convient à
l’instrument : l’une qu’il possède par sa
propre nature ; l’autre qu’il possède en tant
qu’il est mû par le premier agent, comme la chaleur du feu, qui
est l’instrument de la puissance nutritive, comme il est dit dans De
l’âme, II, est apte par sa propre nature à dissoudre,
à consumer et à produire des effets de ce genre ; mais, en
tant qu’elle est instrument de l’âme végétative,
elle engendre la chair. Mais il faut savoir que l’action de
l’instrument va parfois jusqu’à la perfection ultime, que
l’agent principal parfois produit, et parfois non. Toutefois, elle va
toujours jusqu’à quelque chose qui dépasse ce qui
convient à sa nature, que ce soit la forme ultime ou une disposition,
autrement, il n’agirait pas en tant qu’instrument. Ainsi, les
qualités actives et passives des éléments vont de
manière instrumentale jusqu’aux formes matérielles qui
doivent être tirées de la matière, mais non
jusqu’à la production de l’âme humaine, qui vient de
l’extérieur. Il faut donc dire que, en ce qui concerne la
justification, l’agent principal est Dieu et qu’il n’est
pas besoin d’instruments de sa part ; mais, en raison d’une
convenance de la part de l’homme qui doit être justifié,
comme on l’a dit, [Dieu] utilise les sacrements comme des instruments
de la justification. Or, une certaine action convient aux instruments
matériels selon leur propre nature, comme [il convient] à
l’eau de laver et à l’huile, de rendre le corps
brillant ; mais en plus, en tant qu’ils sont des instruments de la
divine miséricorde qui justifie, ils vont de manière instrumentale
jusqu’à un effet dans l’âme elle-même, qui
conviendra en propre aux sacrements, comme le caractère ou quelque
chose de ce genre. Mais ils ne vont pas, même de manière
instrumentale, jusqu’à l’effet ultime, qui est la
grâce, si ce n’est à la manière d’une
disposition, pour autant que ce qu’ils réalisent de
manière instrumentale est une disposition, qui, en elle-même,
est une nécessité de recevoir la grâce. Et parce que tout
instrument, en accomplissant son action naturelle, qui lui convient en tant
qu’il est une certaine chose, va jusqu’à l’effet qui
lui convient en tant qu’il est un instrument, comme la hache, en
séparant par son tranchant, va jusqu’à la forme de
l’escabeau, c’est la raison pour laquelle un élément
matériel, en exerçant son action naturelle, selon laquelle il
est le signe d’un effet intérieur, atteint aussi de manière
instrumentale l’effet intérieur. Et c’est ce que dit
Augustin, que «l’eau du baptême touche le corps et lave le
cœur». C’est pourquoi on dit que les sacrements
réalisent ce qu’ils représentent. Et c’est cette
manière de justifier que le Maître semble aborder dans le
texte : en effet, il dit que l’homme ne cherche pas le salut dans les
sacrements comme s’il venait d’eux, mais comme s’il venait
de Dieu par eux. En effet, la préposition «de» indique
l’agent principal ; mais la préposition «par»
indique la cause instrumentale. |
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[13390] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Bernardus, ut ex praecedentibus ibidem patet, non intendit ostendere
similitudinem sacramentorum ad illa, nisi quantum ad significationem: quia
anulus est signum et baculus, et similiter sacramenta; sed sacramenta
ulterius sunt causae. |
1. Comme cela ressort clairement de ce qui a été
dit précédemment, Bernard n’entend pas montrer la
ressemblance des sacrements à ces choses, si ce n’est pour la
signification, car l’anneau est un signe, ainsi que le bâton, et
de même les sacrements. Mais, en plus, les sacrements sont causes. |
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[13391] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod reducuntur ad genus efficientis causae, non principalis,
sed instrumentalis. Deus autem solus est causa gratiae quasi principale
agens, sed sacramenta quasi instrumentaliter et dispositive, ut dictum est,
agentia sunt. |
2. Ils se ramènent au genre de la cause efficiente, non pas principale, mais instrumentale. En effet, Dieu seul est cause de la grâce en tant qu’agent principal, mais les sacrements sont des agents pour ainsi dire à la manière d’instruments et de dispositions, comme on l’a dit. |
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[13392] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod agens non semper est nobilius patiente simpliciter loquendo,
sed inquantum est agens. Agit enim ignis vel ferrum in corpus humanum, quod
est simpliciter nobilius, quo tamen ignis est nobilior inquantum est actu
calidus, et secundum hoc agit in corpus humanum; et sic non oportet quod res
illae materiales quae sunt in sacramentis, sint simpliciter anima nobiliores,
sed secundum quid, scilicet inquantum sunt instrumenta divinae misericordiae
operantis ad justificationem. Nec iterum oportet quod instrumentaliter agens
sit simpliciter nobilius effectu; quia effectus non proportionatur instrumento,
sed principali agenti, qui quandoque per vilia instrumenta nobiliores
effectus inducit, sicut medicus perducit ad sanitatem per clysterem. |
3. À parler simplement, l’agent n’est pas toujours plus noble que ce qui subit, mais en tant qu’il est agent. En effet, le feu ou le fer agissent sur le corps humain, qui est plus noble à parler simplement ; toutefois, le feu est plus noble en tant qu’il est chaud en acte et qi’il agit ainsi sur le corps humain. Ainsi, il n’est pas nécessaire que les choses matérielles qui se trouvent dans les sacrements soient simplement plus nobles que l’âme, mais de manière relative, à savoir, en tant qu’elles sont des instruments de la miséricorde divine agissant en vue de la justification. Il n’est pas non plus nécessaire que l’agent instrumental soit plus noble que l’effet, car l’effet n’est pas proportionné à l’instrument, mais à l’agent principal, qui parfois réalise des effects plus nobles par des instruments de peu de valeur, comme le médecin conduit à la santé par un clystère. |
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[13393] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod causa univoca vel non univoca, proprie loquendo et simpliciter
sunt divisiones illius causae cujus est similitudinem habere cum effectu;
haec autem est principalis agentis et non instrumentalis, ut dicit Alexander,
secundum quod narrat Commentator. Et ideo proprie loquendo, neque
instrumentum est causa univoca neque aequivoca. Posset tamen reduci ad
utrumlibet, secundum quod principale agens, in cujus virtute instrumentum
agit, est causa univoca, vel non univoca. |
4. La cause univoque ou [la cause] non univoque sont, à parler proprement et simplement, des divisions de cette cause à qui il revient de ressembler à l’effet. Or, cette cause est celle de l’agent principal, et non de l’agent instrumental, comme le dit Alexandre, selon le récit du Commentateur. C’est pourquoi, à proprement parler, l’instrument non plus n’est ni une cause univoque, ni une cause équivoque. Toutefois, il pourrait être ramené aux deux selon que l’agent principal, par la puissance duquel l’instrument agit, est cause univoque ou non univoque. |
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[13394] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod ex sacramentis causatur per modum influentiae gratia:
nec tamen sacramenta sunt quae influunt gratiam, sed per quae Deus sicut per
instrumenta animae gratiam influit. |
5. À partir des sacrements, la grâce est causée par mode d’action intérieure. Toutefois, ce ne sont pas les sacrements qui causent intéroeirement la grâce, mais ils sont ce par quoi Dieu cause intérieurement la grâce dans l’âme comme par l’intermédiaire d’instruments. |
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[13395] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 6 Ad
sextum dicendum, quod in transubstantiatione, cum sit quasi quidam motus vel
mutatio, duo sunt, scilicet recessus a termino, et accessus ad terminum. Verba ergo sacramentalia
pertingunt instrumentaliter ad transubstantiationem quantum ad recessum a
termino a quo; sed quantum ad accessum ad terminum ad quem non pertingunt
instrumentaliter, nisi dispositive, sicut in aliis sacramentis accidit. |
6. Puisqu’elle est comme un mouvement ou un changement, deux choses existent dans la transsubstantiation : l’éloignement d’un terme et le rapprochement d’un [autre] terme. Les paroles sacramentelles affectent la transubstantiation de manière instrumentale pour ce qui est de l’éloignement du terme d’origine; mais, pour ce qui est du rapprochement par rapport au terme d’arrivée, elles ne l’affectent de manière instrumentale que par mode de disposition, comme cela se produit dans les autres sacrements. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13396] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod propter auctoritates inductas
necesse est ponere aliquam virtutem supernaturalem in sacramentis. Sustinentes autem primam
opinionem dicunt, quod illa virtus non est nisi quidam ordo ad aliquid. Sed hoc nihil est
dictu: quia semper virtus nominat principium alicujus, praecipue prout
sumitur hic pro virtute causae. Ad aliquid autem, sive relatio, non
potest esse principium actionis, vel terminus, ut probatur in 5 Physic.; et
ideo nullo modo ille ordo potest habere nomen virtutis neque rationem. Et
propter hoc dicendum aliter, quod virtus agendi proportionatur agenti. Unde alio modo oportet ponere
virtutem agendi in agente principali; alio modo in agente instrumentali. Agens enim principale agit secundum exigentiam suae
formae; et ideo virtus activa in ipso est aliqua forma vel qualitas habens
completum esse in natura. Instrumentum autem agit ut motum ab alio; et ideo
competit sibi virtus proportionata motui: motus autem non est ens completum
sed est via in ens quasi medium quid inter potentiam puram et actum purum, ut
dicitur in 3 Physic. Et ideo virtus instrumenti inquantum hujusmodi, secundum
quod agit ad effectum ultra id quod competit sibi secundum suam naturam, non
est ens completum habens esse fixum in natura, sed quoddam ens incompletum,
sicut est virtus immutandi visum in aere, inquantum est instrumentum motum ab
exteriori visibili; et hujusmodi entia consueverunt intentiones nominari, et
habent aliquid simile cum ente, quod est in anima quod est ens diminutum, ut
dicitur in 6 Metaph. Et quia sacramenta non faciunt effectum spiritualem nisi
inquantum sunt instrumenta; ideo virtus spiritualis est in eis non quasi ens
fixum, sed sicut ens incompletum. [13397] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ens incompletum quod est in anima, dividitur contra ens distinctum per decem genera, ut patet in 6 Metaph.; et ideo talia entia incompleta, per se loquendo, non sunt in aliquo genere nisi per reductionem, sicut motus quantum ad suam substantiam reducitur ad illud genus in quo sunt termini motus, sicut imperfectum ad perfectum, quamvis ponatur in praedicamento passionis secundum quod importat ordinationem moventis ad motum, ut dicit Commentator. Unde et virtus haec quae est in sacramentis reducitur ad id genus in quo est virtus completa principalis agentis, quae est qualitas, vel in qua esset, si in genere esset: quia virtus increata non est in aliquo genere. |
En raison des autorités invoquées, il est
nécessaire de reconnaître une certaine puissance surnaturelle
dans les sacrements. Or, ceux qui soutiennent la première opinion
disent que cette puissance n’est qu’un rapport à quelque
chose. Mais c’est là ne rien dire, car la puissance
désigne toujours le principe de quelque chose, surtout qu’elle
est entendue ici de la puissance d’une cause. Or, un «rapport
à quelque chose», une relation, ne peut être le principe
d’une action ou son terme, comme cela est démontré dans Physique,
V. C’est pourquoi ce rapport ne peut d’aucune façon
avoir ni le nom ni la réalité de puissance. Pour cette raison,
il faut s’exprimer autrement. La puissance d’agir est proportionnée
à l’agent. Aussi faut-il affirmer autrement la puissance
d’agir pour l’agent principal et autrement pour l’agent
instrumental. En effet, l’agent principal agit selon l’exigence
de sa forme. C’est pourquoi la puissance active en lui est une forme ou
qualité qui possède un être complet par sa nature. Or,
l’instrument agit en tant que mû par un autre. Une puissance
proportionnée au mouvement lui convient donc. Or, le mouvement
n’est pas un être complet, mais un chemin vers
l’être, comme un milieu entre la puissance pure et l’acte
pur, ainsi qu’il est dit en Physique, III. Ainsi, la puissance
de l’instrument en tant que tel, selon qu’il agit en vue
d’un effet qui dépasse ce qui lui convient selon sa nature,
n’est pas un être complet possédant un être
arrêté par nature, mais un être incomplet, comme l’est
la puissance de changer la vision dans l’air, pour autant qu’elle
est un instrument mû par quelque chose d’extérieur qui est
visible. Et les êtres de ce genre ont l’habitude
d’être appelés des «intentions» : ils ont
quelque chose de semblable à l’être, qui existe dans
l’âme et qui est un être amoindri, comme il est dit dans Métaphysique,
VI. Et parce que les sacrements ne produisent un effet spirituel que dans
la mesure où ils sont des instruments, la puissance spirituelle existe
en eux, non pas comme un être arrêté, mais comme un
être incomplet. 1. L’être incomplet qui existe dans
l’âme s’oppose à l’être divisé en
dix genres, comme cela ressort clairement de Métaphysique, VI.
C’est pourquoi, à parler proprement, ils ne se situent dans un
genre que par réduction, comme le mouvement, quant à sa substance,
se ramène au genre dans lequel se trouvent les termes du mouvement,
comme l’imparfait au parfait, bien qu’il soit placé dans
le prédicament de la passion selon qu’il comporte un rapport de
ce qui meut à ce qui est mû, comme le dit le Commentateur.
Aussi, la puissance qui existe dans les sacrements se ramène-t-elle au
genre où se trouve la puissance complète de l’agent
principal, qui est la qualité, ou dans lequel elle se trouverait, si
elle était dans un genre, car la puissance incréée ne
fait pas partie d’un genre. |
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[13398] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod instrumento datur virtus agendi instrumentaliter
dupliciter. Uno modo quasi inchoative, quando instituitur in specie
instrumenti; et ideo dicit Hugo, quod continet gratiam ex sanctificatione.
Alio modo datur complete, quando actu movetur a principali agente, sicut quando
carpentarius utitur serra; et similiter complete datur virtus sacramentis in
ipso usu sacramentorum. Nec est inconveniens, si virtus quae motui
proportionatur, datur rei statim vel post modicum desiturae. |
2. La puissance d’agir instrumentalement est donnée à l’instrument de deux manières. D’une manière, pour ainsi dire par mode d’inchoation, lorsqu’elle est établie dans l’espèce de l’instrument. C’est pourquoi Hugues dit qu’il contient la grâce en vertu d’une sanctification. D’une autre manière, [la puissance] est donnée [à l’instrument] de manière complète lorsqu’il est mû en acte par l’agent principal, comme lorsque le charpentier utilise la scie. De la même manière, la puissance est donnée complètement aux sacrements dans l’usage même des sacrements. Et il n’est pas approprié que la puissance qui est proportionnée au mouvement soit donnée à une chose qui va cesser tout de suite ou peu après. |
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[13399]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut
virtus praedicta non potest poni in aliquo genere entis nisi per reductionem;
ita nec constitui in aliquo gradu boni, nisi per reductionem. Reducitur autem ad bona maxima, in quibus est gratia, quae
quodammodo est complementum ipsius virtutis, quasi finis ejus. |
3. De même que la puissance dont il a été question ne peut être placée dans un genre d’être que par réduction, de même ne peut-elle être située dans un degré de bien que par réduction. Or, elle se ramène aux biens les plus grands dans lesquels consiste la grâce, qui est d’une certaine manière l’achèvement de la puissance même en tant qu’elle est sa fin. |
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[13400] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod in re corporali non potest esse virtus spiritualis
secundum esse completum; potest tamen ibi esse per modum intentionis, sicut
in instrumentis motis ab artifice est virtus artis, et sermo audibilis existens
causa disciplinae, ut dicitur in Lib. de sensu et sensato continet
intentiones animae quodammodo: etiam in motu est virtus substantiae separatae
moventis, secundum philosophos, et semen agit in virtute animae, ut dicitur
in 1 de Generat. animalium. |
4. Il ne peut y avoir de puissance spirituelle dans une chose corporelle selon l’être complet, mais il peut cependant y en avoir par mode d’intention, comme existe la puissance de l’art dans les instruments mus par l’artisan, et comme un discours perceptible est cause de l’enseignement, comme il est dit, dans le livre Du sens et de l’objet du sens, que celui-ci contient d’une certaine manière les intentions de l’âme. Et aussi, dans le mouvement, existe la puissance d’une substance séparée qui meut, selon les philosophes, et la semence agit par la puissance de l’âme, comme il est dit dans La génération des animaux, I. |
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[13401] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4
qc. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod
sicut virtus absoluta non est complete in quolibet congregatorum ad unam
actionem quam nullus per se perficere potest, sicut est de tractu navis, sed
est in omnibus simul, inquantum sunt omnes loco unius agentis, et sic virtus
in eis existens suam retinet unitatem; ita etiam est de instrumentis, quando
unum non sufficit; et sic etiam est in aliis multis quae exiguntur ad
sacramentum: quia in omnibus est illa virtus simul acceptis complete, in
singulis autem incomplete. |
5. De même que la puissance absolue n’existe pas de manière complète dans aucun de ceux qui sont rassemblés en vue d’une seule action que personne ne peut accomplir par lui-même, comme c’est le cas pour tirer un navire, mais qu’elle existe en même temps en tous pour autant qu’il jouent tous le rôle d’un seul agent, et qu’ainsi la puissance qui existe en eux garde son unité, de même en est-il aussi dans les instruments, lorsqu’un seul n’est pas suffisant. Et il en est aussi de même pour toutes les autres choses qui sont requises pour le sacrement, car, dans toutes, cette puissance existe de manière complète, mais en chacune, de manière incomplète. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13402] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod instrumentum praedicto modo
virtutem non accipit nisi secundum quod principali agenti continuatur, ut
virtus ejus quodammodo in instrumentum transfundatur. Principale autem et per se agens ad justificationem est
Deus sicut causa efficiens, et passio Christi sicut meritoria. Huic autem
causae continuatur sacramentum per fidem Ecclesiae, quae et instrumentum
refert ad principalem causam, et signum ad signatum; et ideo efficacia instrumentorum,
sive sacramentorum, vel virtus, est ex tribus: scilicet ex institutione
divina sicut ex principali causa agente, ex passione Christi sicut ex causa
prima meritoria, ex fide Ecclesiae sicut ex continuante instrumentum
principali agenti. |
L’instrument ne reçoit la puissance de la manière
qui a été dite que pour autant qu’il est en contact avec
l’agent principal, de sorte que la puissance de celui-ci soit
transvasée d’une certaine manière dans
l’instrument. Or, l’agent principal agissant par soi en vue de la
justification est Dieu comme cause efficiente et la passion du Christ comme
cause méritoire. Mais le sacrement est en contact avec cette cause par
la foi de l’Église, qui met l’instrument en rapport avec
la cause principale et le signe avec ce qui est signifié. C’est
pourquoi l’efficacité des instruments ou des sacrements, ou leur
puissance, vient de trois choses : l’institution divine, à titre
de cause agente ; la passion du Christ, à titre de cause
première méritoire ; la foi de l’Église,
comme cause mettant l’instrument en contact avec l’agent
principal. |
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[13403] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4
qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Christus, secundum quod homo, est causa meritoria nostrae
justificationis; sed secundum quod Deus, est causa influens gratiam. |
1. Le Christ, en tant qu’homme, est la cause
méritoire de notre justification. Mais en tant que Dieu, il est la
cause qui cause la grâce de l’intérieur. |
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[13404] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod resurrectio est causa justificationis quantum ad terminum
ad quem; sed sacramenta magis respiciunt terminum a quo; et ideo directius
respiciunt passionem, quae ad peccati deletionem principaliter quasi
satisfactio quaedam ordinatur. |
2. La résurrection est la cause de la justification
pour ce qui est du point d’arrivée. Mais les sacrements
concernent plutôt le point de départ. Ils concernent donc plus directement
la passion, qui est ordonnée principalement à la destruction du
péché comme une certaine satisfaction. |
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[13405] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod fides dat efficaciam sacramentis, inquantum causae
principali ea quodammodo continuat, ut dictum est; et ideo fides passionis, a
qua immediate et directe sacramenta efficaciam habent, sacramentis efficaciam
largitur. |
3. La foi donne efficacité aux sacrements en tant
qu’elle les met d’une certaine manière en contact avec la
cause principale, comme on l’a dit. C’est pourquoi la foi en la
passion, dont les sacrements tirent leur efficacité de manière
immédiate et directe, communique aux sacrements leur
efficacité. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[13406] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem
dicendum, quod, quia omne agens agit sibi simile, ideo effectus agentis
oportet quod aliquo modo sit in agente. In quibusdam enim est idem secundum
speciem; et ista dicuntur agentia univoca, sicut calor est in igne
calefaciente. In quibusdam vero est idem secundum proportionem sive
analogiam, sicut cum sol calefacit. Est enim in sole aliquid quod ita facit
eum calefacientem sicut calor facit ignem calidum; et secundum hoc calor
dicitur esse in sole aequivoce, ut dicitur in libro de substantia orbis. Ex quo patet quod illud quod est in effectu ut forma dans
esse, est in agente, inquantum hujusmodi, ut virtus activa; et ideo sicut se
habet agens ad virtutem activam, ita se habet ad continendam formam effectus.
Et quia agens instrumentale non habet virtutem agendi ad aliquod ens
completum, sed per modum intentionis, ut dictum est, et forma introducta
continetur in eo per modum intentionis, sicut sunt species colorum in aere, a
quibus aer non denominatur coloratus; etiam hoc modo gratia est in
sacramentis sicut in instrumento, non complete, sed incomplete quantum ad
quatuor. Primo, quia in instrumento non est forma effectus secundum completam
rationem speciei, sicut est in effectu jam completo, et in causa univoca.
Secundo, quia est in eo per modum intentionis, et non secundum completum esse
in natura, sicut forma effectus est in causa principali non univoca secundum
esse perfectum in natura, quamvis non secundum completam rationem illius
speciei sive formae quam inducit in effectu, ut calor est in sole. Tertio,
quia non est in eo per modum intentionis quiescentis, sicut sunt intentiones
rerum in anima, sed per modum intentionis fluentis duplici fluxu: quorum unus
est de potentia in actum, sicut etiam in mobili est forma, quae est terminus
motus, dum movetur ut fluens de potentia in actum; et inter haec cadit medium
motus, cujus virtute instrumentum agit: alius de agente in patiens, inter
quae cadit medium instrumentum, prout unum est movens, et alterum motum. Quarto, quia
sacramentum etiam instrumentaliter non attingit directe ad ipsam gratiam, ut
dictum est, sed dispositive. |
Tout agent réalise quelque chose qui lui ressemble.
C’est pourquoi il est nécessaire que l’effet de
l’agent existe de quelque manière dans l’agent. En effet,
chez certains, il est identique selon l’espèce : ces agents
sont appelés univoques, comme la chaleur se trouve dans le feu qui
réchauffe. Mais, chez certains, il est identique selon une proportion
ou une analogie, comme lorsque le soleil réchauffe. En effet, il
existe dans le soleil quelque chose qui le fait réchauffer comme la
chaleur rend le feu chaud. De cette manière, on dit que la chaleur se
trouve dans le soleil de manière équivoque, comme cela est dit
dans le livre Sur la substance du monde. Il ressort clairement de cela
que ce qui se trouve dans l’effet comme forme donnant
l’être se trouve dans l’agent, en tant que tel, en tant que
puissance active. C’est pourquoi l’agent a avec la puissance
active le même rapport qu’il a la forme qu’il contient. Et
parce que l’agent instrumental n’a pas la puissance d’agir
en vue de réaliser un être complet, mais [ne la possède]
que par mode d’intention, comme on l’a dit, et que la forme
introduite est contenue en lui par mode d’intention, comme le sont les
espèces des couleurs dans l’air, qui ne font pas dire que les
couleurs sont colorées, la grâce existe aussi de cette
manière dans les sacrements comme dans un instrument, de
manière non pas complète mais incomplète sur quatre
points. Premièrement, parce que la forme de l’effet
n’existe pas dans l’instrument selon la notion complète de
l’espèce, comme c’est le cas dans l’effet
déjà achevé et dans la cause univoque.
Deuxièmement, parce qu’elle existe en lui par mode
d’intention, et non selon un être complet par nature, comme la
forme de l’effet existe dans la cause principale non univoque selon un
être parfait par nature, bien que non selon la notion complète
de cette espèce ou la forme qu’elle introduit dans
l’effet, comme la chaleur existe dans le soleil. Troisièmement,
parce qu’elle n’existe pas en lui par mode d’intention
à l’état de repos, comme sont les intentions des choses
dans l’âme, mais par mode d’intention qui passe, selon un
double mouvement : l’un est le passage de la puissance à
l’acte, comme ce qui est mobile existe dans la forme, qui est le terme
du mouvement, lorsqu’il passe de la puissance à l’acte,
entre lesquels s’intercale le mouvement, par lequel l’instrument
agit ; l’autre est le passage de l’agent dans ce qui subit,
entre lesquels s’intercale l’instrument, pour autant que
l’un meut et que l’autre est mû. Quatrièmement,
parce que le sacrement ne réalise pas la grâce elle-même,
même de manière instrumentale, mais à la manière
d’une disposition, comme on l’a dit. |
|
[13407] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4
qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod gratia non est in sacramentis sicut in subjecto, sed sicut in causa
dispositiva instrumentali; sed intentio illa quae et virtus dicitur, est in sacramento
sicut in subjecto. |
1. La grâce n’existe pas dans les sacrements comme dans un sujet, mais comme dans une cause instrumentale qui dispose. Mais cette intention, qu’on appelle aussi puissance, existe dans les sacrements comme dans un sujet. |
|
[13408] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod pulcherrime dictum est, gratiam contineri in sacramentis
sicut in vase per quamdam similitudinem. Sicut enim quod est in vase, non denominat
vas, sed in eo conservatur, ut possit inde accipi cum libet; ita gratia quae
continetur in sacramentis, non denominat ipsa, nec qualificat ea secundum
aliquod esse completum, sed gratiam in eis accipere poterit qui eis uti
voluerit. |
2. C’est en vertu d’une certaine similitude qu’on a très bellement dit que la grâce est contenue dans les sacrements comme dans un vase. En effet, de même que ce qui est dans un vase ne désigne pas le vase, mais ce qui est conservé en lui, pour qu’on puisse en tirer à volonté, de même, la grâce qui est contenue dans les sacrements ne les désigne pas eux-mêmes ni ne leur donne la qualité d’un être complet, mais celui qui voudra les utiliser pourra recevoir en eux la grâce. |
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[13409]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod forma effectus quae est in
agente principali vel instrumentali, non fit eadem numero in effectu. Nec propter hoc frustra
est: quia non ad hoc ordinatur ut ipsamet in effectum fluat, sed ut ab ea vel
per eam similis fiat in effectu. Causa enim efficiens non reducitur in idem
numero cum forma generati, sed in idem specie, ut patet in 2 Phys. |
3. La forme de l’effet qui existe dans l’agent principal ou instrumental n’est pas numériquement la même que celle qui existe dans l’effet. Elle n’est pas pour autant vaine, car elle n’est pas ordonnée à passer elle-même dans l’effet, mais à ce qu’une [forme] semblable existe à partir d’elle ou par elle dans l’effet. En effet, la cause efficiente ne se ramène pas à la même chose numériquement parlant que la forme de ce qui est engendré, mais à la même chose selon l’espèce, comme cela ressort clairement de Physique, II. |
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[13410]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod
continere dicuntur, inquantum aliquo modo sunt causa ipsius. |
4. On dit qu’ils contiennent pour autant qu’ils en sont causes d’une certaine manière. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[13411] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc.
5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod, sicut in 2 Lib., 26 dist., quaest. unic.,
art. 3, et 4, dictum est, gratia gratum faciens est una, et est in essentia
animae sicut in subjecto, et ab ipsa fluunt virtutes et dona ad perficiendum
potentias animae, sicut etiam potentiae fluunt ab essentia; et distinguuntur
istae virtutes secundum diversos actus, ad quos oportet potentias animae perfici.
Similiter etiam a gratia illa quae est in essentia animae, effluit aliquid ad
reparandum defectus qui ex peccato inciderunt; et hoc diversificatur secundum
diversitatem defectuum. Sed quia hujusmodi defectus non sunt ita noti sicut
actus ad quos virtutes perficiunt; ideo hic effectus ad reparandum defectum
non habet speciale nomen, sicut virtus, sed retinet nomen suae causae, et
dicitur gratia sacramentalis, ad quam directe sacramenta ordinantur: quae
quidem non potest esse sine gratia quae respicit essentiam animae, sicut nec
virtus. Sed tamen gratia quae est in essentia animae, non potest esse sine
virtutibus; et ideo virtutes in ea habent connexionem. Potest autem esse sine gratia sacramentali; et ideo
gratiae sacramentales connexionem non habent. Et ita patet quod gratia quam
sacramentum directe continet, differt a gratia quae est in virtutibus, et
donis; quamvis etiam illam gratiam per quamdam continuationem contineant. |
Comme on l’a dit dans le livre II, d. 26, q. un., a. 3 et 4, la grâce sanctifiante [gratum faciens] est unique, et elle existe dans l’essence de l’âme comme dans son sujet, et les vertus et les dons découlent d’elle pour perfectionner les puissances de l’âme, de la même manière dont les puissance découlent de l’essence. Ces diverses vertus se distinguent selon divers actes pour lesquels les puissances de l’âme doivent être perfectionnées. De même, de cette même grâce qui se trouve dans l’essence de l’âme, découle quelque chose en vue de réparer les carences qui sont issues du péché, et cela se diversifie selon la diversité des carences. Mais parce que ces carences ne sont pas aussi bien connues que les actes pour lesquels les vertus perfectionnent, cet effet destiné à réparer la carence ne porte pas de nom particulier, comme la vertu, mais il garde le nom de sa cause : on l’appelle la grâce sacramentelle, avec laquelle les sacrements ont un rapport direct, qui ne peut cependant exister sans la grâce qui concerne l’essence de l’âme, pas davantage que la vertu. Toutefois, la grâce qui existe dans l’essence de l’âme ne peut exister sans les vertus : c’est pourquoi les vertus trouvent en elle leur connexion. Mais elle peut exister sans la grâce sacramentelle : c’est pourquoi les grâces sacramentelles n’ont pas de connexion. Il est ainsi clair que la grâce que le sacrement contient directement diffère de la grâce qui se trouve dans les vertus et les dons, bien qu’ils contiennent cette grâce selon une certaine continuité. |
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[13412] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4
qc. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod gratia gratum faciens, prout est in essentia animae, est una, sed
secundum quod fluit ad defectus potentiarum tollendos, et potentias perficiendas
multiplicatur. |
1. La grâce sanctifiante, en tant qu’elle existe dans l’essence de l’âme, est unique, mais selon qu’elle s’écoule en vue d’enlever les carences des puissances et de perfectionner les puissances, elle se diversifie. |
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[13413] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 5 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod gratia virtutum opponitur peccato, secundum quod peccatum
continet inordinationem actus; sed gratia sacramentalis opponitur ei secundum
quod vulnerat naturale bonum potentiarum. |
2. La grâce des vertus s’oppose au péché, selon que le péché comporte un désordre de l’acte ; mais la grâce sacramentelle s’y oppose selon qu’il blesse le bien naturel des puissances. |
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[13414]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 4 qc. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod recessus
a peccato, prout opponitur virtuti, et accessus ad perfectionem virtutis
pertinent ad eamdem gratiam, non autem recessus a peccato secundum quod
vulnerat naturam: quia requirit specialem medicinam, sicut in morbo corporali
etiam patet. |
3. L’éloignement du péché, en tant qu’il s’oppose à la vertu, et la marche vers la vertu relèvent de la même grâce, mais non l’éloignement du péché en tant qu’il blesse la nature, car cela demande un remède particulier, comme cela est clair pour la maladie corporelle. |
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Articulus 5 [13415] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 5 tit. Utrum sacramenta veteris legis gratiam conferrent |
Article
5 – Est-ce
que les sacrements de la loi ancienne conféraient la grâce ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Les sacrements de la loi ancienne conféraient-ils la grâce ?] |
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[13416] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 1 Ad quintum sic
proceditur. Videtur quod sacramenta veteris legis gratiam conferebant. Ut
enim supra dictum est, sacramenta a sacrando dicuntur, sicut ornatus ab
ornando, et munimenta a muniendo. Sed sine gratia non potest aliquid sacrari.
Ergo sacramenta veteris legis gratiam conferebant. |
1. Il semble que les sacrements de la loi ancienne conféraient la grâce. En effet, comme on l’a dit plus haut, le mot «sacrement» vient de sanctifier, comme celui d’«ornement» d’orner, et celui de «fortifications» de fortifier. Or, quelque chose ne peut être sanctifié sans la grâce. Les sacrements de la loi ancienne conféraient donc la grâce. |
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[13417]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in canone
Missae fit oratio, ut sacrificium Ecclesiae Deo sit acceptum, sicut
sacrificia antiquorum accepta fuerunt; et Dan. 3, petitur ut sacrificium
humiliati et contriti spiritus suscipiatur a Deo, sicut holocaustum arietum
et taurorum. Sed sacrificium Ecclesiae et sacrificium contriti spiritus gratiam
conferunt. Ergo et sacramenta veteris legis gratiam conferebant. |
2. Dans le canon de la messe, on prie pour que le sacrifice de l’Église soit agréable à Dieu, comme l’ont été les sacrifices des anciens. Et en Dn 3, il est demandé que le sacrifice d’un esprit humble et repentant soit agréé de Dieu, comme l’holocauste de béliers et de taureaux. Or, le sacrifice de l’Église et le sacrifice d’un esprit contrit confèrent la grâce. Les sacrements de la loi ancienne conféraient donc la grâce. |
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[13418] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Hugo de sancto Victore dicit, quod ex quo homo aegrotare coepit, Deus in sacramentis suis medicinam paravit. Sed medicina non potest exhiberi contra morbum peccati nisi per gratiam. Ergo sacramenta antiquorum gratiam conferebant. |
3. Hugues de Saint-Victor dit qu’à partir du moment où l’homme a commencé à être malade, Dieu lui a préparé un remède par les sacrements. Or, un remède contre la maladie du péché ne peut être apporté que par la grâce. Les sacrements des anciens conféraient donc la grâce. |
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[13419]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 4 Praeterea, homo
periculosius infirmabatur in affectu per concupiscentiam quam in intellectu
per ignorantiam. Sed sacramenta contra ignorantiam figurabant futuram salutem. Ergo multo
amplius contra concupiscentiam gratiam conferebant. |
4. L’homme souffrait d’une maladie plus dangereuse dans son affectivité du fait de la concupiscence, que dans son intelligence du fait de l’ignorance. Or, les sacrements contre l’ignorance étaient les figures du salut à venir. Ils conféraient donc bien davantage la grâce contre la concupiscence. |
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[13420] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 5 Praeterea,
impossibile est sine gratia satisfacere. Sed sacramenta veteris legis erant
satisfactoria; unde pro diversis peccatis diversa sacrificia injungebantur in
lege, ut patet Levit. 16 et 17. Ergo gratiam conferebant. |
5. On ne peut satisfaire sans la grâce. Or, les sacrements de la loi ancienne étaient satisfactoires ; c’est la raison pour laquelle divers sacrifices étaient ordonnés pour divers péchés dans la loi, comme cela ressort clairement de Lv 16 et 17. Ils conféraient donc la grâce. |
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[13421] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5
qc. 1 S.c. 1 Sed contra, Hebr. 10, 4: impossibile
est sanguine hircorum et taurorum auferri peccata. Sed gratia tollit
peccatum. Ergo antiqua sacramenta gratiam non conferebant. |
S.c. 1 – En sens contraire, He 10, 4 dit : Il est impossible d’enlever les péchés par le sang des boucs et des taureaux. Or, la grâce enlève le péché. Les sacrements anciens ne conféraient donc pas la grâce. |
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[13422]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, per gratiam est vita animae. Sed de praeceptis
veterum sacramentorum dicitur Ezech. 20, 25: dedi eis praecepta non bona,
et judicia in quibus non vivent. Ergo gratiam non conferebant. |
S.c. 2 – La vie de l’âme se
réalise par la grâce. Or, en Ez 20, 25, il est dit,
des commandements concernant les sacrements anciens : Je leur ai
donné des commandements qui n’étaient pas bons, et des
jugements par lesquels ils ne vivront pas. Ils ne conféraient donc
pas la grâce. |
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Quaestiuncula
2 |
Sous-question 2 – [L’usage des sacrements de la loi ancienne était-il méritoire ?] |
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[13423] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod eorum usus non erat meritorius. Nihil enim est meritorium nisi sit Deo acceptum. Sed sacramenta illa non erant Deo accepta; super illud enim Isaiae 1: sanguinem hircorum nolui, dicit Glossa: praeterito utens tempore, ostendit se nunquam sacrificia Judaeorum amasse. Ergo eorum usus non erat meritorius. |
1. Il semble que leur usage n’était pas
méritoire. En effet, rien n’est méritoire à moins
d’être agréable à Dieu. Or, ces sacrements
n’étaient pas agréables à Dieu : en effet,
à propos d’Is 1 : Je n’ai pas voulu du sang des
boucs, la Glose dit : «En employant le passé, il montre
qu’il n’a jamais aimé les sacrifices des Juifs.»
Leur usage n’est donc pas méritoire. |
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[13424]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 2 Praeterea, nullum opus
inutile est meritorium. Sed occisio tot animalium erat omnino inutilis. Ergo non erat meritoria. |
2. Aucune action inutile n’est méritoire.
Or, le fait de tuer des animaux était tout à fait inutile. Ils
n’étaient donc pas méritoires. |
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[13425] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 3 Praeterea, nihil efficit nisi hoc quod a Deo
institutum est. Sed illa sacramenta imposuit Deus in onus; sicut in littera
dicitur. Ergo
eorum exercitium meritorium non erat. |
3. Rien n’est
efficace que ce qui a été établi par Dieu. Or, Dieu a
imposé ces sacrements comme un fardeau, comme on le lit dans le texte.
Leur mise en œuvre n’était donc pas méritoire. |
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[13426]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 4 Praeterea, Origenes dicit quod illa ratione permisit Deus
hoc sibi fieri qua permisit libellum repudii. Sed libellus repudii semper malus
fuit, et nunquam meritorius. Ergo nec praedictorum sacramentorum usus. |
4. Origène dit
que Dieu a permis que cela soit accompli pour lui pour la même raison
qu’il a permis la lettre de répudiation. Or, la lettre de
répudiation a toujours été mauvaise et n’a jamais
été méritoire. Il en va donc de même pour
l’usage des sacrements mentionnés. |
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[13427] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 2
S.c. 1 Sed contra, dicit Beda, quod sacramenta veteris legis suo tempore
custodita vitam conferebant aeternam. Sed nihil perducit ad vitam
aeternam, nisi sit meritorium. Ergo erant meritoria. |
S.c. 1 – En sens
contraire, Bède dit que les sacrements de la loi ancienne
observés en leur temps donnaient la vie éternelle. Or, rien ne
conduit à la vie éternelle qui ne soit méritoire. Ils
étaient donc méritoires. |
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[13428] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 1 a. 5 qc. 2 S.c. 2 Praeterea, omnis actus virtutis formatae est
meritorius. Sed usus sacramentorum veteris legis erat actus latriae, quae in
sanctis viris caritate formata erat. Ergo
erat meritorius. |
S.c. 2 – Tout
acte d’une vertu formée est méritoire. Or, l’usage
des sacrements de la loi ancienne était un acte de latrie, qui, chez
les saints, reçoit la forme de la charité. Il était donc
méritoire. |
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Quaestiuncula
3 |
Sous-question 3 – [Les sacrements de la loi ancienne purifiaient-ils la chair ?] |
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[13429] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod non purgabant ab immunditiis carnis. Aut enim illae immunditiae
sunt pure corporales, aut spirituales. A corporalibus pure non mundabant, immo
magis inquinare videbantur. Similiter nec a spiritualibus, quia spirituales
ab anima in corpus fiunt: quia secundum Augustinum, non inquinatur corpus,
nisi prius anima inquinata fuerit. Dicta autem sacramenta animam non
mundabant, cum gratiam non conferrent. Ergo neque carnem. |
1. Il semble qu’ils ne purifiaient pas des impuretés de la chair. En effet, ces impuretés étaient purement corporelles ou spirituelles. Ils ne purifiaient pas des impuretés corporelles, bien plus, ils semblaient souiller davantage. De même, [ils ne purifiaient pas] des [impuretés] spirituelles, car les [impuretés] spirituelles sont provoquées dans le corps par l’âme : selon Augustin, le corps n’est pas souillé à moins que l’âme n’ait d’abord été souillée. Or, les sacrements en cause ne purifiaient pas l’âme, puisqu’ils ne conféraient pas la grâce. Ils ne purifiaient donc pas non plus la chair. |
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[13430]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 2 Praeterea, inter omnia sacramenta veteris legis magis erat
purgativum cinis vitulae aspersus. Sed hic magis immundabat quam purgaret:
quia sacerdos, qui vitulum immolaverat, immundus efficiebatur, ut patet Num.
19. Ergo
nec alia sacramenta purgabant. |
2. Parmi tous les sacrements de la loi ancienne, celui qui purifiait davantage était la cendre de génisse dispersée. Or, celle-ci souillait davantage qu’elle ne purifiait, car le prêtre qui avait immolé en était souillé, comme cela ressort clairement de Nb 19. Les autres sacrements ne purifiaient donc pas non plus. |
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[13431] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 3 Praeterea, sacramenta
novae legis sunt majoris efficaciae quam sacramenta veteris legis. Sacramenta
autem novae legis non purgant ab irregularitatibus. Ergo nec sacramenta
veteris legis ab eis purgabant; quas irregularitates Magister hic exponit
immunditias carnis. |
3. Les sacrements de la loi nouvelle ont une plus grande efficacité que les sacrements de la loi ancienne. Or, les sacrements de la loi nouvelle ne purifient pas des irrégularités. Les sacrements de la loi ancienne n’en purifiaient donc pas non plus, irrégularités que le Maître interprète comme des impuretés de la chair. |
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[13432] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra est quod dicitur Hebr. 9, 13: sanguis hircorum, et sanguis vitulae
aspersus inquinatos sanctificat ad emundationem carnis. |
S.c. 1 – En sens contraire, He 9, 13 dit : Le sang des boucs et le sang de génisse répandu sanctifient les impurs des impuretés de la chair. |
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[13433] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 3 S.c. 2 Praeterea,
sicut sacramenta nostra dicuntur spiritualia, ita et illa carnalia dicebantur;
Heb. 9, 1: habuit prius testamentum justificationes culturae. Glossa: non
veras et spirituales, sed pro modo culturae carnalis. Sed sacramenta
novae legis purgant ab immunditiis spiritualibus. Ergo illa purgabant ab immunditiis
carnis. |
S.c. 2 – De même que nos sacrements sont appelés spirituels, de même ceux-là étaient appelés charnels. He 9, 1 : La première alliance avait donc des institutions cultuelles. Glose : «Non pas vraies et spirituelles, mais par mode de culte charnel.» Or, les sacrements de la loi nouvelle purifient des impuretés spirituelles. Ceux-là purifiaient donc des impuretés charnelles. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13434] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc.
1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod in sacramento est duo considerare;
scilicet ipsum sacramentum, et usum sacramenti. Ipsum sacramentum dicitur a
quibusdam opus operatum; usus autem sacramenti est ipsa operatio, quae a
quibusdam opus operans dicitur. Cum ergo dicitur sacramentum, per se
loquendo, gratiam conferre vel non conferre, justificare vel non justificare,
referendum est ad opus operatum. De opere autem operato in sacramentis
veteris legis duplex est opinio. Quidam enim dicunt, quod in illis
sacramentis opus operatum erat signum sacramentorum novae legis, et passionis
Christi, a quo efficaciam habent; et ideo illud opus operatum erat cum quadam
protestatione fidei; et ideo indirecte et ex consequenti habebant
justificare, quasi mediantibus nostris sacramentis per ea significatis a Deo
significationem habentia, ut dicit Hugo de sancto Victore. Nostra autem
sacramenta directe et immediate justificant, quia ad hoc directe sunt
instituta. Sed haec opinio non videtur convenire dictis sanctorum: dicunt
enim, quod lex erat occasio mortis, inquantum ostendebat peccatum, et gratiam
adjutricem non conferebat. Nec differt quantum ad hoc qualitercumque vel
directe vel indirecte gratiam conferrent. Et praeterea secundum hoc nulla
esset vel valde modica praeeminentia sacramentorum novae legis ad sacramenta
veteris legis: quia etiam sacramenta novae legis a fide et significatione
causandi efficaciam habent, ut dictum est. Et ideo alii dicunt, et melius,
quod nullo modo sacramenta ipsa veteris legis, idest opus operatum in eis,
gratiam conferebant, excepta circumcisione, de qua post dicetur. |
Dans le sacrement, il faut tenir compte de deux choses : le sacrement lui-même, et l’usage du sacrement. Le sacrement lui-même est appelé par certains opus operatum [l’acte sacramentel en lui-même]; mais l’usage du sacrement est l’opération elle-même, qui est appelée par certains opus operans [l’acte sacramentel en tant que posé par quelqu’un]. Ainsi donc, lorsqu’on dit qu’à parler proprement, le sacrement confère ou ne confère pas la grâce, justifie ou ne justifie pas, il faut mettre cela en rapport avec l’acte posé. Or, à propos de l’acte posé dans les sacrements de la loi ancienne, il y a une double opinion. En effet, certains disent que, dans ces sacrements, l’acte posé était signe des sacrements de la loi nouvelle et de la passion du Christ, dont ils tirent leur efficacité. C’est pourquoi cette acte posé s’accompagnait d’une certaine attestation de foi et donc, indirectement et en vertu de ce qui suivait, ils possédaient la capacité de justifier, en recevant de Dieu leur signification comme par l’intermédiaire de nos sacrements signifiés par eux, comme le dit Hugues de Saint-Victor. Or, nos sacrements justifient de manière directe et immédiate, parce qu’ils ont été directement institués pour cela. Mais cette opinion ne semble pas être en accord avec ce que disent les saints. En effet, ils disent que la loi était une occasion de mort dans la mesure où elle montrait le péché et ne conférait pas l’aide de la grâce. Et la façon dont ils conféraient la grâce directement ou indirectement ne fait pas de différence. De plus, selon cette opinion, il n’y aurait pas ou peu de prééminence des sacrements de la loi nouvelle par rapport aux sacrements de la loi ancienne, car même les sacrements de la loi nouvelle tiennent de la foi et de leur signification leur efficacité causale, comme on l’a dit. C’est pourquoi d’autres disent, et mieux, que d’aucune façon les sacrements de la loi ancienne, c’est-à-dire l’acte posé en eux, ne conféraient la grâce, à l’exception de la circoncision, dont il sera question plus loin. |
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[13435] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 1 Secundum hoc ergo ad primum dicendum, quod sanctificatio quandoque
importat emundationem et confirmationem spiritualem, quae fit per gratiam; et
sic sacramenta veteris legis non dicebantur sacramenta, nisi quasi signa
sanctificantium, ut dictum est. Alio modo sanctificatio importat mancipationem
alicujus ad aliquod sacrum; et sic dicebantur sacramenta, et quasi
sanctificantia, quia per ea fiebat quaedam idoneitas ad sacros usus et in
templo et in vasis et in ministris et in populo. Et per hunc etiam modum apud
gentiles dicebantur sacramenta militaria, quibus homo mancipabatur officio
militari, quod sacramentum reputabant, sicut et omnia quae ad communitatem
pertinebant. |
1. Conformément à cela, il faut donc dire que la sanctification comporte parfois une purification et un renforcement spirituels, qui se réalisent par la grâce ; et ainsi, les sacrements de la loi ancienne ne s’appelaient pas des sacrements, si ce n’est en tant que signes de réalités sanctifiantes, comme on l’a dit. D’une autre manière, la sanctification comporte la consécration de quelque chose à quelque chose de saint ; et ainsi, on les appelait sacrements et même sanctifiants, parce que, par eux, se réalisait une certaine aptitude à des usages sacrés pour le temple, les vases, les ministries et le peuple. De cette manière aussi, chez les païens, on parlait de sacrements militaires, par lesquels un homme se vouait à la fonction militaire, qu’ils considéraient comme un sacrement, comme tout ce qui concernait la communauté. |
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[13436] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5
qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
illa oratio in canone Missae non attenditur quantum ad ipsa operata, quia hoc
sacrificium magis placet quam illa; sed petitur ut devotio istius offerentis
placeat, sicut illorum placuit: et similiter Daniel comparat sacrificium,
quale tunc poterat offerre, ad devotionem illorum qui sacrificia in lege
praecepta in Hierusalem cum magna devotione obtulerant. |
2. Cette prière du canon de la messe ne porte pas sur les actes posé eux-mêmes parce ce que ce sacrifice-ci plaît davantage que ceux-là ; mais on demande que la dévotion de celui qui l’offre soit agréable, comme la leur était agréable. De la même manière, Daniel compare le sacrifice qu’il pouvait alors offrir à la dévotion de ceux qui avaient offert avec une grande dévotion à Jérusalem les sacrifices prescrits par la loi. |
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[13437] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod sacramenta veteris legis dicebantur medicinae quantum ad
significationem, et non quantum ad collationem gratiae. |
3. Les sacrements de la loi ancienne étaient appelés des remèdes quant à leur signification, et non en tant qu’ils conféraient la grâce. |
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[13438] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5
qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod
homo tempore legis naturae relictus est sibi quantum ad cognitionem; et per
ignorantiam erravit in idolatriam lapsus: unde ut quantum ad omnia se
infirmum inveniret, oportebat ut instructus per legem et sacramentorum ejus
significationem, se impotentem cognosceret sine auxilio gratiae; et ideo
congruum fuit ut illa sacramenta gratiam non conferrent, ut sic salus a solo
Christo expectaretur. |
4. Au temps de la loi naturelle, l’homme a été laissé à lui-même pour ce qui était de la connaissance. Par ignorance, il a erré en tombant dans l’idolatrie. Aussi, pour qu’il se découvre malade en tout, il fallait que, instruit par la loi et par la signification de ses sacrements, il se reconnaisse impuissant sans l’aide de la grâce. Il était donc approprié que ces sacrements ne confèrent pas la grâce, afin qu’ainsi le salut soit attendu du Christ seul. |
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[13439] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod quamvis illa sacramenta peccata non diluerent quantum
ad maculam, quia gratiam non conferebant, diminuebant tamen reatum, inquantum
onerosa erant; et ideo satisfactoria esse poterant, praesupposita gratia ex
fide mediatoris ei collata. |
5. Bien que ces sacrements ne faisaient pas disparaître les péchés pour ce qui est de la souillure, parce qu’ils ne conféraient pas la grâce, ils diminuaient cependant la faute, dans la mesure où ils étaient un fardeau. Ils pouvaient ainsi être satisfactoires, en présupposant la grâce conférée en vertu de la foi au médiateur. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13440] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod de usu sacramentorum, qui opus operans a quibusdam dicitur,
est etiam duplex opinio. Quidam enim dixerunt, quod usus ipse non erat
meritorius, etiamsi in fide et caritate fierent: et hoc videtur Magister in littera
dicere. Sed hoc videtur absurdum, quod labores sanctorum patrum in hujusmodi
sacramentis Deo accepti non fuerint, et quod opus virtutis possit esse non
meritorium. Et ideo communiter tenetur, quod usus eorum meritorius esse
poterat, si ex caritate fieret. Aliqui tamen excusant Magistrum, dicentes,
quod ipse intellexerit ipsa opera operata non justificare quantumcumque in
caritate fierent, quamvis ipsa operatio ex caritate facta possit esse
meritoria in eo qui est in statu merendi. |
1. À propos de l’usage des sacrements, qui est appelé par certains opus operans, il existe deux opinions. En effet, certains ont dit qu’un tel usage n’était pas méritoire, même si on l’accomplissait dans la foi et la charité. Et c’est ce que semble dire le Maître dans le texte. Mais cela paraît absurde que les efforts des saints pères dans ces sacrements n’aient pas été agréables à Dieu et qu’un acte de vertu puisse n’être pas méritoire. C’est pourquoi on tient généralement que leur usage pouvait être méritoire, s’il était accompli par charité. Toutefois, certains excusent le Maître en disant qu’il a compris que les actes posés [opera operata] eux-mêmes ne justifiaient pas, même s’ils étaient accomplis par charité, bien que l’acte fait par charité puisse être méritoire du fait qu’il se trouve en état de mériter. |
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[13441] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod sacrificia illa per se loquendo nunquam fuerunt Deo accepta, quia
gratiam non continebant, per quam Deo aliquid est acceptum; sed per accidens
erant et accepta et non accepta. Accepta quidem propter significationem et devotionem
offerentium; sed non accepta et abominabilia propter peccata et abusum offerentium,
et quia eadem idolis immolabantur, et sic inquantum erant Deo accepta, poterant
esse meritoria. |
1. En soi, ces sacrifices n’ont jamais été agréables à Dieu, parce qu’ils ne contenaient pas la grâce par laquelle quelque chose est agréable à Dieu. Mais, par accident, ils pouvaient être acceptés ou non. Ils étaient agréables en raison de leur signification et de la dévotion de ceux qui les offraient; mais ils n’étaient pas agréables, ils étaient même abominables, en raison des péchés et de l’abus de ceux qui les offraient, et parce qu’ils étaient immolés aux idoles. Et ainsi, pour autant qu’ils étaient agréables à Dieu, ils pouvaient être méritoires. |
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[13442] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5
qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
quamvis occisio animalium esset secundum se inutilis, tamen inquantum
ordinabatur ad cultum Dei, ex divina institutione utilis erat, et ejus utilitates
tanguntur in Glossa, Rom. 5: lex data est ad domandum superbum, ut
scilicet Deo offerret potius quam idolis; ad flagellandum durum,
inquantum erat ad satisfactionem; ad instruendum insipientem, ratione
significationis, ad ostensionem delicti, et humanae infirmitatis; et
hoc respondet primis duobus; ad manifestationem et testimonium gratiae, et
futurorum significationem; et hoc exponit tertium. |
2. Bien que le fait de tuer des animaux soit inutile par lui-même, pour autant qu’il était ordonné au culte de Dieu, il était cependant utile en vertu d’une institution divine. Les raisons de son utilité sont abordées dans la Glose sur Rm 5 : «La loi a été donnée afin de mater l’orgueilleux», à savoir, pour qu’il offre à Dieu plutôt qu’aux idoles; «pour fouetter durement», parce qu’elle était destinée à satisfaire; «pour instruire l’ignorant», en raison de la signification; «pour montrer la faute et la faiblesse humaines» : cela répond aux deux premiers points; «pour manifester et témoigner de la grâce et signifier les choses à venir» : cela explique le troisième. |
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[13443] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5
qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod
lex secundum Augustinum data est quantum ad hujusmodi sacramenta duris et
superbis in flagellum et onus, ut oneratis divinis sacrificiis non liberet
eis ad idolatriam declinare; sed perfectis in signum, et parvulis in
paedagogum: et quantum ad hoc poterat esse eorum usus meritorius. |
3. Selon Augustin, en ce qui concerne les sacrements de ce genre, la loi a été donnée aux rebelles et aux orgueilleux comme un châtiment et un fardeau, afin que ceux qui en étaient chargés ne puissent tomber dans l’idolatrie par des sacrifices offerts à Dieu. Mais elle a été donnée aux parfaits à titre de signe, et aux petits à titre de pédagogue. Pour autant, usage de ces choses pouvait être méritoire. |
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[13444] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5
qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod
Magister loquitur de illis sacrificiis, secundum quod habebant aliquam
rationem displicentiae ex hoc quod idolis immolabantur; et quantum ad hoc non
habebant rationem meriti. |
4. Le Maître parle de ces sacrifices selon qu’ils comportaient une raison d’être désagréables du fait qu’ils étaient immolés aux idoles. Pour autant, ils n’étaient pas méritoires. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13445] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod veteris legis intentio erat homines ad
timorem et reverentiam Dei inducere, et a carnalibus ad spiritualia trahere
paulatim; et ideo instituit multa impedimenta, quibus homines ab usu illorum
sacramentorum frequenter impedirentur, ut sic magis in reverentia haberentur,
quia omne rarum carum; et sic etiam paulatim a carnalibus observantiis
dissuescerent, quandoque totaliter abstrahendi in tempore gratiae. Et haec
impedimenta immunditiae carnis dicebantur, quibus homo corporaliter accedere
ad sancta inidoneus efficiebatur; et ab his carnis immunditiis sacramenta
legis purgabant. |
L’intention de la loi ancienne était de conduire les hommes à la crainte et au respect de Dieu et de les attirer peu à peu vers les réalités spirituelles en [les éloignant] des réalités charnelles. C’est pourquoi elle a établi plusieurs empêchements par lesquels les hommes étaient empêchés de faire un usage fréquent de ces sacrements, de sorte qu’on aurait plus respect à leur endroit, car tout ce qui est rare est cher. De cette manière aussi, on perdrait peu à peu l’habitude des observances charnelles, pour s’en détacher complètement au temps de la grâce. Et l’on disait que ces empêchements étaient des impuretés de la chair, par lesquelles l’homme était rendu inapte à approcher les choses saintes. C’est de ces impuretés de la chair que les sacrements de la loi purifiaient. |
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[13446] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5
qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod immunditiae illae non erant spirituales, quasi a peccato causatae
semper, sed quasi a sacramentis prohibentes. |
1. Ces impuretés n’étaient pas spirutelles, comme si elles étaient toujours causées par le péché, mais parce qu’elles empêchaient l’accès aux sacrements. |
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[13447] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5
qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
sacerdos lavabat manus et vestimenta, ne cum manibus sanguinolentis et
cinerosis alia tangeret; et quia sacrorum ad communia non debet esse
commixtio; unde etiam uncti chrismate manus lavant, et abstergunt. Immundus
autem reputabatur propter tria. Primo ut sacerdotes essent sub onere, sicut
et alii. Secundo
ad tollendum superbiam sacerdotum de hoc quod alios sanctificabant. Tertio ad
significandum quod sacerdos novi testamenti propter maximam sanctitatem
sacrificii semper debet se inidoneum reputare. |
2. Le prêtre lavait ses mains et ses vêtements afin de ne pas toucher aux autres choses avec des mains sanglantes et couvertes de cendre, et parce que les choses saintes ne doivent pas être mêlées aux choses ordinaires. Aussi lavaient-ils et essuyaient-ils même leurs mains ointes du chrême. Il était considéré comme impur pour trois raisons. Premièrement, afin que les prêtres portent le fardeau comme les autres. Deuxièmement, pour enlever l’orgueil des prêtres provenant de ce qu’ils sanctifiaient les autres. Troisièmement, pour signifier que le prêtre de la nouvelle alliance doit toujours se considérer comme inapte en raison de la très grande sainteté du sacrifice. |
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[13448]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 1 a. 5 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in nova
lege non sunt irregularitates tot sicut in veteri lege, nec sunt nisi in
ministris Ecclesiae, in quibus requiritur maxima idoneitas propter sacramentorum
sanctitatem; ideo tales irregularitates non ita facile absterguntur. |
3. Dans la loi nouvelle, il n’existe pas d’irrégularités aussi nombreuses que dans la loi ancienne, et elles n’existent que chez les ministres de l’Église, chez qui est exigée l’aptitude la plus grande en raison de la sainteté des sacrements. C’est pourquoi de telles irrégularités ne sont pas lavées aussi facilement. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [Un
sacrement de la loi ancienne : la circoncision]
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Prooemium |
Prologue
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[13450]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 pr. Postquam
determinavit Magister differentiam sacramentorum veteris et novae legis, hic
determinat de quodam sacramento veteris legis, scilicet circumcisione, quod
cum sacramentis novae legis aliquam convenientiam habet; et dividitur in
partes duas: in prima determinat de circumcisione; in secunda movet quamdam
quaestionem circa praedeterminata, ibi: si vero quaeritur, et cetera.
Prima in tres: in prima determinat efficaciam circumcisionis; in secunda
institutionem ipsius, ibi: hic dicendum est in quo instituta fuerit circumcisio;
in tertia determinat de mutatione ipsius per Baptismum, ibi: ideo autem
mutata est et cetera. Circa primum duo facit: primo ostendit quam
efficaciam circumcisio habeat; secundo ostendit quod eamdem efficaciam contra
originale habebant quaedam remedia ante praeceptum de circumcisione datum,
ibi: quaeritur autem de viris qui fuerunt ante circumcisionem. Hic
quaeruntur sex: 1 de necessitate circumcisionis; 2 quibus competeret; 3 de
his quae ad circumcisionem requirebantur; 4 de efficacia circumcisionis; 5 de
mutatione ipsius; 6 de remedio quod circumcisionem praecessit. |
Après avoir précisé la
différence entre les sacrements de l’ancienne et de la nouvelle
loi, le Maître précise ce qu’il en est d’un
sacrement de l’ancienne loi en particulier, à savoir, la
circoncision, qui a quelque chose de commun avec les sacrements de la loi
nouvelle. Il y a deux parties : dans la première, il
précise ce qu’il en est de la circoncision ; dans la seconde,
il soulève une question à propos de ce qu’il a
précisé, à cet endroit : «Mais si l’on
cherche, etc.» La première partie se divise en trois : dans
la première, il précise l’efficacité de la
circoncision ; dans la deuxième, son institution, à cet
endroit : «Ici, il faut dire comment la circoncision a
été instituée» ; dans la troisième, il
précise comment elle s’est changée en baptême, en
cet endroit : «C’est pourquoi elle a été
changée, etc.» À propos du premier point, il fait deux choses :
premièrement, il montre quelle efficacité a la circoncision ;
deuxièmement, il montre qu’avant le commandement sur la
circoncision, certains remèdes avaient la même efficacité
contre le [péché] originel, en cet endroit : «On
s’interroge sur ceux qui ont existé avant la
circoncision.» Ici, six questions sont posées : 1. La
nécessité de la circoncision ; 2. Qui en avait
l’usage ? 3. Ce qui était requis pour la circoncision 4.
L’efficacité de la circoncision ; 5. Sa
transformation ; 6. Le remède qui a précédé
la circoncision. |
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Articulus 1 [13451] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 1 tit. Utrum necessarium fuerit circumcisionem dari |
Article
1 – Est-ce que la circoncision était nécessaire ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La circoncision était-elle nécessaire ?] |
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[13452] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc.
1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod non fuerit necessarium
circumcisionem dari. Sapientis est enim facere aliquid quanto brevius potest.
Sed per fidem et sacramenta legis naturae sufficienter originale purgabatur.
Ergo, non oportebat in remedium originalis circumcisionem dari. |
1. Il semble qu’il n’était pas
nécessaire de donner la circoncision. En effet, il relève du
sage de faire quelque chose le plus rapidement possible. Or, par la foi et
les sacrements de la loi naturelle, le [péché] originel
était suffisamment purifié. Il n’était donc pas
nécessaire que la circoncision soit donnée comme remède
du péché orignel. |
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[13453] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1
qc. 1 arg. 2 Praeterea, peccato
originali, quia ex alio contractum est, non debetur poena sensibilis, nec
expiatio per satisfactionem. Sed circumcisio poenam sensibilem habebat. Ergo non
erat conveniens remedium contra originale. |
2. Une peine sensible et une expiation par la satisfaction
n’étaient pas dues pour le péché originel parce
qu’il a été contracté à partir d’un
autre. Or, la circoncision comportait une peine sensible. Elle
n’était donc pas appropriée comme remède au
remède originel. |
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[13454] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra, circumcisio est signaculum fidei, quae est in praeputio patris nostri
Abrahae, Rom. 4. Sed conveniens fuit illam fidem significari, cujus oportet
nos omnes imitatores existere. Ergo congruum fuit circumcisionem dari. |
S.c. 1 – En sens contraire, la circoncision est un
sceau de la foi dans le prépuce de notre père Abraham,
Rm 4. Or, il était approprié que cette foi soit
signifiée, dont nous devons tous être les imitateurs. Il
était donc convenable que la circoncision soit donnée. |
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Quaestiuncula
2 |
Sous-question 2 – [Pourquoi la circoncision a-t-elle été donnée avant la loi écrite ?] |
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[13455]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debuerit dari ante legem
scriptam. Quia in lege naturae non erat aliqua distinctio, cum lex communis
omnibus esset. Sed circumcisio signum distinctivum est: quia secundum
Damascenum, est signum determinans Israel a gentibus. Ergo non debebat dari
ante legem scriptam. |
1. Il semble que [la circoncision] n’aurait pas
dû être donnée avant la loi écrite, car, dans la
loi naturelle, il n’existait pas de distinction, puisque cette loi
était commune à tous. Or, la circoncision est un signe
distinctif, car, selon [Jean] Damascène, elle est un signe qui distingue
Israël des païens. Elle ne devait donc pas être donnée
avant la loi écrite. |
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[13456] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, praecepta quae non sunt indita rationi
naturali, debent ad populum per ministrorum officium tradi. Sed circumcisio non erat de dictamine legis naturalis.
Ergo cum ante legem scriptam non esset ministrorum distinctio, videtur quod
tunc dari non debuerit. |
2. Les commandements qui ne sont pas innés
à la raison naturelle doivent être transmis au peuple par la
fonction des ministres. Or, la circoncision ne relevait pas d’une
prescription de la loi naturelle. Puisqu’il n’y avait pas de
distinction entre les ministres avant la loi écrite, il semble donc
qu’elle n’aurait pas dû être donnée à
ce moment-là. |
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[13457] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a.
1 qc. 2 S.c. 1 Sed contra,
circumcisio, secundum apostolum, est signum fidei. Sed etiam ante legem
scriptam erat distinctio fidelium a non fidelibus. Ergo tunc oportebat eis
dari. |
S.c. 1 – En sens contraire, selon
l’Apôtre, la circoncision est un signe de la foi. Or, même
avait la loi écrite, il existait une distinction entre les croyants et
les non-croyants. Il était donc nécessaire qu’elle soit
donnée. |
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Quaestiuncula
3 |
Sous-question 3 – [La circoncision aurait-elle dû être donnée avant l’époque d’Abraham ?] |
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[13458] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod non debuerit differri usque ad tempus Abrahae. Quia etiam ante
ipsum erant fideles ab infidelibus distincti. Sed circumcisio est signum
fidei. Ergo ante tempus Abrahae dari debuit. |
1. Il semble qu’elle n’aurait pas dû être reportée jusqu’à l’époque d’Abraham, car, même avant lui, les croyants étaient distincts des non-croyants. Or, la circoncision est un signe de la foi. Elle aurait donc dû être donnée avant l’époque d’Abraham. |
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[13459] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, circumcisio majorem habet efficaciam quam sacramenta legis naturae; alias postea instituta non fuisset. Sed non minor erat necessitas efficacis remedii ante Abraham quam post. Ergo etiam ante eum dari debuit. |
2. La circoncision a une plus grande efficacité que les sacrements de la loi naturelle, autrement, elle n’aurait pas été instituée par la suite. Or, la nécessité d’un remède n’était pas moins grande avant Abraham qu’après lui. Elle aurait donc dû être donnée même avant lui. |
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[13460] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra, fides quae sacramentis efficaciam significandi dat, est fides
mediatoris, ut supra dictum est. Sed Abrahae primo dictae sunt repromissiones de
mediatore ex semine ejus nascendo. Ergo ei primo signum fidei distinctum dari debuit in
generationis membro. |
S.c. 1 – En sens contraire, la foi qui donne aux sacrements leur capacité de signifier est la foi au médiateur, comme on l’a dit plus haut. Or, c’est à Abraham qu’ont d’abord été faites les promesses d’un médiateur qui devait naître de sa descendance. Le signe de la foi devait donc d’abord lui être donné dans le membre de la génération. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13461] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc.
1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod circumcisio primo et
principaliter necessaria fuit ad expressiorem significationem, quam
sacramenta praecedentia fuissent. Oportuit enim quod secundum processum
temporis, sicut explicatio fidei crescebat, ita cresceret distinctio signorum
sacramentalium. Habet autem circumcisio expressam similitudinem ablationis
originalis peccati quantum ad quatuor. Primo quantum ad membrum generationis,
per quam originale transfunditur. Secundo quantum ad figuram circularem, in
qua significatur circulus, qui est in processu originalis infectionis, secundum
quod persona corrumpit naturam, et natura personam. Tertio quantum ad poenam,
quae erat in circumcisione contra delectationem concupiscentiae, in qua
praecipue viget fomitis virtus. Quarto quantum ad sanguinis effusionem, in
quo significatur passio Christi, per quam pro originali satisfaciendum erat.
Et quantum ad hanc utilitatem definitur circumcisio, quod est signaculum curationis
ab originali. Sed ex consequenti fuit alia utilitas circumcisionis scilicet
distinctio fidelis populi ab infideli propter fidem ejus cui data fuit
circumcisio; et quantum ad hoc definit Damascenus, circumcisionem sic: circumcisio
est signum determinans Israel a gentibus, cum quibus conversabatur. Habuit etiam mysticam significationem; et moralem, quia
erat signum castitatis servandae; et allegoricam, inquantum significabat
purgationem per Christum futuram; et quasi anagogicam, inquantum significabat
depositionem corruptibilitatis carnis et sanguinis in resurrectione. |
La circoncision était nécessaire d’abord et principalement pour exprimer de manière plus explicite que ne l’avaient fait les sacrements précédents. En effet, il fallait que, selon le passage du temps, de même que la foi devenait plus explicite, de même les signes sacramentels devenaient-ils plus précis. Or, la circoncision possède une similitude expresse avec l’enlèvement du péché originel sur quatre points. Premièrement, quant au membre de la génération, par lequel le péché originel est transmis. Deuxièmement, quant à la figure du cercle, par laquelle est signifié le cercle qui se trouve dans la progression du péché originel, selon lequel la personne corrompt la nature et la nature, la personne. Troisièmement, quant à la peine qui se produisait dans la circoncision, à l’encontre du plaisir de la concupiscence, dans laquelle surtout s’exprime la force du désir désordonné. Quatrièmement, quant à l’effusion du sang, par lequel est signifié la passion du Christ, par laquelle satisfaction devait être donnée pour le péché originel. Et la circoncision se définit ainsi par cette utilité : elle était un signe de la guérison du péché originel. Mais, par voie de conséquence, la circoncision avait aussi une autre utilité : distinguer le peuple fidèle de l’infidèle en raison de la foi de celui à qui la circoncision avait été donnée. Sous cet aspect, [Jean] Damascène définit ainsi la circoncision : «La circoncision est un signe distinguant Israël des païens au milieu desquels il vivait.» Elle avait aussi un sens mystique et moral, qui consitait à être signe de la chasteté qui doit être gardée ; et un sens allégorique, pour autant qu’elle signifiait la purification qui devait être réalisée par le Christ ; et [un sens] pour ainsi dire anagogique, pour autant qu’elle signifiait l’abandon de la corruptibilité de la chair et du sang par la résurrection. |
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[13462] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod has utilitates habuit circumcisio prae sacramentis legis naturae; et
ideo post illa institui debuit. |
1. La circoncision était ainsi plus utile que les sacrements de la loi naturelle. C’est pourquoi elle devait être instituée après ceux-ci. |
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[13463]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod poena
illa non erat ad satisfactionem, sed tantum ad significationem. |
2. Cette peine ne visait pas la satisfaction, mais seulement la signification. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13464] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod lex scripta non debuit dari divinitus nisi
populo fideli; et ideo oportuit populum fidelem prius congregari, et ab aliis
distingui, quam lex divinitus ei daretur. Hoc autem non poterat fieri nisi
per aliquod signum in quo fideles ad invicem convenirent, et ab aliis
distinguerentur, quod ad circumcisionem pertinet; et ideo ante legislationem
debuit circumcisio dari. |
La loi écrite ne devait être donnée par Dieu qu’au peuple fidèle. C’est pourquoi il était nécessaire que le peuple fidèle soit d’abord rassemblé et distingué des autres, avant que la loi ne lui soit donnée par Dieu. Or, cela ne pouvait se faire que par un signe dans lequel les fidèles se reconnaîtraient et se distingueraient des autres, ce qui est le cas de la circoncision. C’est pourquoi la circoncision devait être donnée avant la promulgation de la loi. |
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[13465] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod circumcisio erat quodammodo legis naturae, inquantum tempore legis naturae data fuit, et quodammodo legis scriptae, inquantum ad ipsam praeparabat. Dispositiones autem distinctionem habent penes ea ad quae disponunt. |
1. La circoncision relevait d’une certaine façon de la loi naturelle, pour autant qu’elle fut donnée à l’époque de la loi naturelle, et d’une certaine façon, de la loi écrite, pour autant qu’elle préparait à celle-ci. Or, ce qui dispose se distingue de ce à quoi cela dispose. |
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[13466] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1
qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
peccatum originale a nobis non habemus, sed aliunde; et ideo aliunde
totaliter remedium habet, nobis non cooperantibus, scilicet a Deo. Et propter hoc,
sacramentum quod in remedium originalis erat, a Deo immediate praecipi debuit,
sicut circumcisio et Baptismus. Secus autem est de sacramentis legalibus, quae erant
instituta ad satisfaciendum pro actualibus. |
2. Nous ne tenons pas le péché originel de nous-mêmes, mais d’ailleurs. C’est pourquoi il reçoit d’ailleurs un remède, sans notre coopération, à savoir, de Dieu. Pour cette raison, le sacrement qui devait servir de remède au péché originel devait-il être immédiatement ordonné par Dieu, comme la circoncision et le baptême. Il en va autrement des sacrements de la loi, qui avaient été institués comme satisfaction pour les péchés actuels. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13467] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem
dicendum, quod ex corruptione peccati originalis humanum genus circa tempora
Abrahae usque ad profundissima peccatorum venerat, scilicet in infidelitatem,
et turpissimum vitium contra naturam; et ideo tunc temporis primo conveniebat
promissionem fieri manifestam de semine nascituro, in quo omnes gentes benedicerentur,
et a peccatis mundarentur. Tunc etiam oportebat in significationem aliquod
exemplum fidei hominibus proponi contra infidelitatem; tunc signa castitatis
dari contra corruptissimam concupiscentiam; et ideo Abrahae primo data est
circumcisio in signum paternitatis, ut ex quo nasciturus erat peccatorum
destructor et in signum fidei, et distinctionis ab infidelibus, et in signum
castitatis et munditiae. |
En raison de la corruption du péché originel, le genre humain en était venu, à l’époque d’Abraham, jusqu’à un abîme de péchés : l’infidélité et le vice le plus honteux contraire à la nature. C’est pourquoi il convenait qu’à ce moment-là soit d’abord faite la claire promesse que quelqu’un naîtrait de sa descendance, en qui toutes les nations seraient bénies et seraient purifiées des péchés. Il fallait aussi que soit alors proposé aux hommes comme signe un exemple de foi qui s’opposait à l’infidélité ; aussi, que soient alors donnés des signes de la chasteté contraires à la concupiscence la plus corrompue. C’est pourquoi la circoncision fut donnée d’abord à Abraham en signe de paternité à l’égard de celui qui devait naître de lui comme destructeur des péchés, en signe de foi, de distinction par rapport aux infidèles, et en signe de chasteté et de pureté. |
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[13468] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ante Abraham fere omnes fideles erant: circa tempora enim ejus dicitur idolatria incepisse. |
1. Avant Abraham, presque tous étaient des croyants : en effet, on dit que l’idolatrie a commencé vers son époque. |
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[13469] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quia tunc temporis corruptio magis invaluerat, ideo etiam tunc oportebat efficacius remedium dari. |
2. Parce que la corruption s’était alors accrue, il était alors nécessaire qu’un remède plus efficace soit donné. |
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Articulus
2 [13470] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 tit. Utrum
omnibus populis debuerit circumcisio dari |
Article
2 – Est-ce
que la circoncision aurait dû être donnée à tous
les peuples ?
|
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La circoncision aurait-elle due être donnée à tous les peuples ?] |
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[13471]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic
proceditur. Videtur quod omnibus populis circumcisio dari debuerit. Data est
enim in remedium contra originale. Sed morbus iste communis omnibus erat. Ergo et medicina debuit esse communis. |
1. Il semble que la circoncision aurait dû
être donnée à tous les peuples. En effet, elle a
été donnée comme remède au péché
originel. Or, cette maladie était commune à tous. Le remède
devait donc être commun. |
|
[13472]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, circumcisio
data est in signum fidei. Sed Abrahae fidem
imitari omnes tenebantur: ac fides semper fuit de necessitate salutis. Ergo
omnibus circumcisio dari debuit. |
2. La circoncision a été donnée en
signe de la foi. Or, tous étaient tenus d’imiter la foi
d’Abraham, et la foi a toujours été nécessaire au
salut. La circoncision aurait donc dû être donnée à
tous. |
|
[13473] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Genes. 17, 10, dicitur: hoc est pactum quod observabitis inter
me et vos, et semen tuum post te. Circumcidetur in vobis omne masculinum.
Sed de semine Abrahae multi populi processerunt praeter filios Israel, sicut
Ismaelitae, Idumaei et cetera. Ergo non solum filiis Israel circumcisio
competebat. |
3. Il est dit en Gn 17, 10 : Telle est l’alliance entre moi et vous que vous observerez, et ta descendance après toi : tous les mâles parmi vous seront circoncis. Or, plusieurs peuples sont issus de la descendance d’Abraham en plus des fils d’Israël : les Ismaélites, les Iduméens, etc. La circoncision ne convenait donc pas seulement aux fils d’Israël. |
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[13474]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, circumcisio erat signum fidei. Sed unus tantum
populus erat in quo fides, et cultus Dei remansit, ceteris per idolatriam
depravatis. Ergo eis tantum circumcisio competebat. |
S.c. 1 – En sens contraire, la circoncision était un signe de la foi. Or, il n’y avait qu’un seul peuple chez qui la foi et le culte de Dieu persistaient, alors que les autres avaient été corrompus par l’idolatrie. La circoncision convenait donc à eux seuls. |
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[13475] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 2 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, circumcisio significabat medicinam
futuram per Christum. Sed tantum ex uno populo scilicet Israel, Christus nasciturus erat. Ergo tantum illi populo circumcisio competebat. |
S.c. 2 – La circoncision signifiait le
remède qui devait être apporté par le Christ. Or, le
Christ ne devait naître que d’un seul peuple. La circoncision ne
convenait donc qu’à ce peuple. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le remède de la circoncision devait-il aussi être donné aux femmes ?] |
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[13476] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod
debuit hoc remedium etiam mulieribus communiter dari. Circumcisio enim data
erat in medicinam contra primam transgressionem. Sed prima transgressio incepit a femina. Ergo et feminis
remedium dari debuit. |
1. Il semble que ce remède devait être aussi donné aux femmes. En effet, la circoncision avait été donnée comme remède contre la première transgression. Or, la première transgression a commencé par la femme. Le remède devait donc aussi être donné aux femmes. |
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[13477]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, ubi eadem
causa, et idem effectus. Sed eadem causa in viris est, ut circumcisio eis
daretur, et in mulieribus: quia et ipsae ad populum Dei pertinent, et in eis
corruptio originalis est. Ergo eis remedium dari debuit. |
2. Là où il y a une même cause, il y a un même effet. Or, la cause est la même chez les hommes pour que leur soit donnée la circoncision, et chez les femmes, car elles appartiennent aussi au peuple de Dieu, et la corruption originelle se trouve aussi en elles. Le remède devait donc leur être donné. |
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[13478] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 2 S.c. 1 Sed contra, Hugo de
sancto Victore dicit, quod solis masculis data est circumcisio carnis,
quia sacra Scriptura per masculinum sexum animam, per feminam vero carnem significare
consueverit, ut scilicet ostenderetur quod illa circumcisio animabus sanctificationem
contulit, non abstulit carni corruptionem. |
S.c. 1 – En sens contraire, Hugues de Saint-Victore dit : «La circoncision n’a été donnée qu’aux seuls mâles parce que le Sainte Écriture a coutume de signifier l’âme par le sexe masculin et la chair par la femme, afin que soit montré que cette circoncision apportait la sanctification aux âmes, sans enlever la corruption de la chair.» |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Convenait-il que le Christ soit circoncis ?] |
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[13479] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod
Christo circumcidi non competebat. Sabbati enim observatio vicinior erat
praeceptis moralibus, inter quae etiam computatur, quam circumcisio. Sed Christus sabbatum litteraliter non observabat; unde
dicebant de ipso, Joan. 9, 16: non est hic homo a Deo, qui sabbatum non
custodit. Ergo nec circumcisionem servare debuit. |
1. Il semble qu’il ne convenait pas que le Christ soit circoncis. En effet, l’observance du sabbat était plus rapprochée des préceptes moraux, parmi lesquels la circoncision était comptée. Or, le Christ n’observait pas littéralement le sabbat. Aussi disait-on de lui, Jn 9, 16 : Cet homme ne vient pas de Dieu, car il n’observe pas le sabbat. Il ne devait donc pas observer la circoncision. |
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[13480] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Hebr. 7,
dicit Glossa, quod Christus in lumbis Abrahae decimatus non fuit, quia decima
figurabat medicinam originalis, quod in Christo non fuit. Sed similiter circumcisio,
ut dictum est, significat emundationem ab originali. Ergo Christo non
competebat. |
2. À propos de He 7, la Glose dit que le Christ n’a pas payé la dîme en la personne d’Abraham, car la dîme était la figure du remède au péché originel, qui n’existait pas dans le Christ. Or, il en est de même de la circoncision, comme on l’a dit : elle signifie la purification du péché originel. Elle ne convenait donc pas au Christ. |
|
[13481]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 3 S.c. 1 Sed contra, Gal. 4, 4: misit Deus filium suum, natum de
muliere, factum sub lege. Sed illis qui sub lege erant, competit
circumcisio. Ergo et Christo. |
S.c. 1 – En sens
contraire, Ga 4, 4 dit : Dieu a envoyé son Fils,
né d’une femme, placé sous la loi. Or, la
circoncision était pour ceux qui étaient placés sous la
loi. Elle convenait donc aussi au Christ. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13482] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc.
1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod sicut peccatum per Adam
in omnes transierat, ita oportebat per Christum in omnes sanctificationem a
peccato transire; unde ad praerogativam sanctitatis ejus insinuandam
oportebat quidquid ad Christum pertinebat, speciali sanctitate pollere. Et ideo in populo de quo Christus nasciturus erat, oportebat
specialiter cultum Dei esse, et ipsum apud eos significari. Et quia
circumcisio est signum distinguens populum Dei ab aliis, ideo oportebat
populo Israel specialiter circumcisionem datam esse non solum quantum ad
illos qui de stirpe Jacob erant, sed quantum ad omnes qui ad populum illum
qualitercumque pertinebant. |
De même que le péché est passé
chez tous par Adam, de même il fallait que la sanctification du
péché passe chez tous par le Christ. Aussi, afin de
suggérer le privilège de sa sainteté, il fallait que
tout ce qui se rapportait au Christ l’emporte par une sainteté
particulière. C’est pourquoi, chez le peuple dont devait
naître le Christ, il était nécessaire qu’existe le
culte de Dieu et qu’il soit lui-même signifié chez eux
d’une manière particulière. Et parce que la circoncision
est le signe qui distingue des autres le peuple de Dieu, il était
nécessaire que la circoncision soit donnée d’une
manière particulière au peuple d’Israël, non
seulement à ceux qui étaient de la lignée de Jacob, mais
aussi à ceux qui se rattachaient à ce peuple de quelque
manière que ce soit. |
|
[13483] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod circumcisio erat remedium contra
originale cum significatione sanctificationis nascituri seminis, propter quod
erat in membro generationis; et ideo hoc remedium illi tantum populo competebat
ex quo Christus nasciturus erat. Apud alios autem manebant adhuc eadem
remedia quae fuerant ante circumcisionem data, quia eis non oportebat
specialia sanctitatis documenta et remediadare. |
1. La circoncision était un remède contre
le pécjé originel signifiant la sanctification de la
descendance qui devait naître. Pour cette raison, elle se situait dans
le membre qui servait à la génération. C’est
pourquoi ce remède convenait seulement au peuple dont le Christ devait
naître. Mais, pour les autres, demeuraient encore les mêmes
remèdes qui avaient été donnés avant la
circoncision, parce qu’il n’était pas nécessaire de
leur donner des enseignements et des remèdes particuliers pour la
sainteté. |
|
[13484] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quamvis omnes tenerentur ad habendum fidem
quam habuit Abraham, non tamen omnes tenebantur imitari Abraham in fide: quia
nec ad omnes notitia Abrahae venerat, nec omnibus erat datus ut exemplum
imitabile nisi mediante semine, in quo omnes gentes benedictionem Abrahae
consecuturae erant; et ideo circumcisio, quae erat signum fidei Abrahae, non
omnibus populis competebat. |
2. Bien que tous aient été tenus
d’avoir la foi qu’avait Abraham, tous n’étaient
cependant pas tenus d’imiter Abraham dans sa foi, car la connaissance
d’Abraham n’était pas parvenue à tous, et il
n’avait pas été donné à tous comme un
exemple à imiter, si ce n’est par l’intermédiaire
de sa descendance, dans laquelle toutes les nations devaient obtenir la
bénédiction d’Abraham. C’est pourquoi la
circoncision, qui était le signe de la foi d’Abraham, ne
convenait pas à tous les peuples. |
|
[13485] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quantum ad promissionem factam Abrahae,
separatus est per electionem Dei Isaac ab Ismaele, et Jacob ab Esau, ut patet
Rom. 9, non autem aliqua segregatio facta est in filiis Israel; et ideo omnes
filii Israel pertinebant ad populum Dei peculiarem; et propter hoc illis
solis circumcisio competebat, quasi nunquam a familia Abrahae separatis.
Ismael autem et Esau tenebantur ad circumcisionem quamdiu erant in familia
parentum, non autem post recessum ab eis. |
3. Pour ce qui est de la promesse faite à Abraham,
Isaac a été séparé d’Ismaël et Jacob
d’Ésaü par l’élection de Dieu, comme cela
ressort clairement de Rm 9, mais il n’y a pas eu de mise à
l’écart chez les fils d’Israël. C’est pourquoi tous
les fils d’Israël appartenaient au peuple particulier de Dieu.
Pour cette raison, la circoncision ne convenait qu’à eux seuls,
pour autant qu’ils n’ont jamais été
séparés de la famille d’Abraham. Ismaël et
Ésaü étaient tenus à la circoncision aussi longtemps
qu’ils faisaient partie de la famille de leurs parents, mais non
après qu’ils en furent éloignés. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13486] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod peccatum originale, ut 2 Lib., dist. 31,
quaest. 1, art. 1, dictum est, quantum ad culpam et reatum descendit a patre
in filios; quantum ad poenalitates descendit a femina: quia pater est
efficiens in generatione, et mater materiam ministrat. Circumcisio autem data est contra originale ad tollendum
culpam, non autem ad tollendum carnis corruptionem; et ideo viris, et non
mulieribus data est: et haec est causa quae in objectione tacta est. Per hoc etiam
ostenditur sacramentum imperfectum, et sua imperfectio in expectationem
perfectionis ducit. |
Le péché originel, comme on l’a dit
dans le livre II, d. 31, q. 1, a. 1, est transmis du père aux fils
quant à la faute et à la culpabilité. Mais quant aux
peines, il est transmis par la femme, car le père est celui qui
produit dans la génération, et la mère en fournit la
matière. Or, la circoncision a été donné contre
le péché originel afin d’enlever la faute, et non pour
enlever la corruption de la chair. C’est pourquoi elle a
été donnée aux hommes, et non aux femmes. Telle est la
cause qui est abordée dans l’objection. Par cela aussi est
montré un sacrement imparfait, et son imperfection conduit à
l’attente de la perfection. |
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[13487] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis transgressio a femina inceperit, tamen transfusionis originalis peccati causa non fuit femina, sed vir: quia si vir non peccasset originale transfusum non fuisset; ideo dicit apostolus Rom. 5, 12, quod: per hominem peccatum intravit in mundum. |
1. Bien que la transgression ait commencé par la femme, la femme ne fut pas cependant la cause de la transmission du péché originel, mais l’homme, car si l’homme n’avait pas péché, le péché originel n’aurait pas été transmis. C’est pourquoi l’Apôtre dit, en Rm 5, 12 : C’est par l’homme que le péché est entré dans le monde. |
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[13488] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod jam patet quod non est eadem causa et viris et mulieribus quantum ad hoc quod circumcisio contra originale ordinatur; similiter etiam nec quantum ad hoc quod est distinctivum et signum populi fidelis ab infideli: quia principaliter populi distinctio est ex parte virorum, quia mulieres viris subjectae sunt; et ideo etiam apud Hebraeos non computabantur genealogiae ex parte mulierum, sed ex parte virorum. |
2. Il est déjà clair que, parce que la circoncision a été donnée contre le péché originel, la situation n’est pas la même pour les hommes et pour les femmes. Il en va de même pour autant qu’elle est un facteur de distinction et un signe du peuple fidèle en regard de l’infidèle, car le caractère distinctif d’un peuple vient surtout des hommes, les femmes étant soumises aux hommes. C’est pourquoi, même chez les Hébreux, on ne comptait pas les générations selon les femmes, mais selon les hommes. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13489] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod Christo circumcisio
competebat non propter indigentiam, sed propter decentiam: cujus potest in
Christo multiplex ratio assignari. Prima est,
ut ipse se ostenderet filium Abrahae, cui praeceptum circumcisionis erat factum,
et promissio nascituri seminis; et sic Dei promissionem impletam insinuaret. Secunda, ut circumcisionem,
sicut et alia legalia, suscipiens, ab onere legis nos liberaret. Tertia, ut fratrem Judaeorum
se ostenderet, ne haberent justam occasionem ipsum repellendi. |
La circoncision convenait au Christ, non parce qu’il en avait besoin, mais par mode de convenance, dont plusieurs raisons peuvent être données pour le Christ. La première est qu’il devait se montrer le fils d’Abraham, à qui avaient été donnés le commandement de la circoncision et la promesse de la descendance qui devait naître ; ainsi, il signalerait l’accomplissement de la promesse de Dieu. La deuxième était qu’il nous libérerait du fardeau de la loi en recevant la circoncision comme toutes autres [prescriptions] de la loi. La troisième, afin de se montrer le frère des Juifs, de sorte qu’ils n’aient pas de juste occasion de le rejeter. |
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[13490] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2 qc. 3 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod Christus in pueritia in nullo ab aliis pueris
segregatus fuit quantum ad exteriorem conversationem; et ideo omnia quae ad
pueros pertinebant in veteri lege, in se implere voluit. Sed quando jam ad perfectam
aetatem pervenit, ostendere debuit se dominum legis esse, et legem usque ad
ipsum impositam fuisse; et ideo in quibusdam supra legem operatus est, sicut
de observatione sabbati, et in tactu leprosi. |
1. Durant son enfance, le Christ n’a été d’aucune manière séparé des autres enfants pour ce qui était de son comportement extérieure. C’est pourquoi il a voulu accomplir en lui-même tout ce qui concernait les enfants dans la loi ancienne. Mais, après être parvenu à l’âge adulte, il devait montrer qu’il était le maître de la loi et que la loi avait été imposée jusqu’à ce qu’[il vienne]. C’est pourquoi, sur certains points, il s’est comporté en dépassant la loi, comme pour l’observance du sabbat et pour le contact avec le lépreux. |
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[13491] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 2
qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
decimatio erat actus tantum figuralis quantum ad illos qui in lumbis Abrahae
decimabantur; et ideo Christo non competebat, quia ab originali immunis fuit:
sed circumcisio etiam habet alias causas praeter significationem in illis qui
circumciduntur; et ideo non est similis ratio de utroque. |
2. La dîme était seulement une figure pour ceux qui payaient la dîme en la personne d’Abraham. C’est pourquoi elle ne convenait pas au Christ, car il était exempt du péché originel. Mais la circoncision a aussi d’autres raisons, en plus de la signification, pour ceux qui sont circoncis. C’est pourquoi le raisonnement n’est pas le même pour les deux choses. |
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Articulus 3 [13492] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 3 tit. Utrum dies octavus ad circumcisionem requireretur |
Article
3 – Est-ce
que le huitième jour était nécessaire pour la
circoncision ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La ciconcision devait-elle être donnée le huitième jour ?] |
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[13493]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic
proceditur. Videtur quod octavus dies non requireretur ad circumcisionem.
Alia enim remedia contra originale data sive in lege naturae sive in lege
gratiae, tempus determinatum non habent. Ergo nec circumcisio habere debuit
ad idem data. |
1. Il semble que le huitième jour n’était pas requis pour la circoncision. En effet, d’autres remèdes, donnés contre le péché originel dans la loi naturelle ou dans la loi de la grâce, n’ont pas de moment déterminé. La circoncision, qui était donnée pour la même chose, ne devait donc pas en avoir. |
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[13494] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, poterat contingere quod dies octavus erat dies sabbati. Sed in die illo praecepta erat quies ab exterioribus operibus. Ergo non erat de necessitate circumcisionis quod octavo die fieret. |
2. Il pouvait arriver que le huitième jour soit un jour de sabbat. Or, ce jour-là, on se reposait de toute activité extérieure. Il ne faisait donc pas nécessaire que la circoncision ait lieu le huitième jour. |
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[13495] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, illi qui vagati sunt in deserto, non fuerunt octavo die circumcisi, sed postea tempore Josue in Galgala, Josue 5; et profuit illis circumcisio, nec illis obfuit ad transgressionem, ut videtur, qui in deserto mortui sunt incircumcisi. Ergo determinatio temporis non est de necessitate circumcisionis. |
3. Ceux qui errèrent dans le désert ne furent pas circoncis le huitième jour, mais par la suite, à l’époque de Josué, à Galgala, Jos 5. Et la circoncisionleur fut avantageuse, et cela ne fut pas considéré comme une transgression, semble-t-il, de la part de ceux qui sont morts incirconcis dans le désert. La détermination du moment ne faisait donc pas nécessairement partie de la circoncision. |
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[13496] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 4 Praeterea, sicut praetermittitur determinatum tempus, si praeveniatur, ita et si tardetur. Sed proseliti circumcidebantur post octavum diem, et eis valebat. Ergo et pueri poterant ante octavum diem circumcidi, et eis valere. |
4. De même que l’on s’abstient du moment prescrit s’il survient avant, de même en est-il s’il survient plus tard. Or, les prosélytes étaient circoncis après le hutième jour, et cela était bon pour eux. Les enfants pouvaient donc être circoncis avant le huitième jour, et cela était bon pour eux. |
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[13497]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, circumcisio non habebat efficaciam nec
obligationem nisi ex praecepto divino. Sed circumcisio fuit in praecepto
secundum determinatum tempus. Gen. 17, 12: infans octo dierum
circumcidetur in vobis. Ergo et
determinatum tempus erat de necessitate circumcisionis. |
S.c. 1 – En sens contraire, la circoncision
n’avait d’efficacité et de nécessité
qu’en vertu d’un commandement divin. Or, la circoncision relevait
d’un commandement comportant un moment déterminé.
Gn 17, 12 : L’enfant sera circoncis chez vous le
huitième jour. Le moment déterminé faisait donc
nécessairement partie de la circoncision. |
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[13498] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, significatio est de necessitate sacramenti. Sed
octava dies facit ad significationem. Ergo est de necessitate ipsius. |
S.c. 2 – La signification faisait
nécessairement partie du sacrement. Or, le huitième jour
comporte une signification. Il fait donc nécessairement partie [de la
circoncision]. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La détermination du membre dans la circoncision] |
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[13499] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod determinatio membri non fuerit de necessitate circumcisionis. In sacramentis enim signum debet respondere signato. Sed purgatio originalis quae significatur per circumcisionem, non est secundum aliquam partem determinatam, sed secundum totum. Ergo nec circumcisio debet aliquam partem determinatam habere. |
1. Il semble que la détermination du membre ne
faisait pas nécessairement partie de la circoncision. En effet, dans
les sacrements, le signe doit correspondre à ce qui est
signifié. Or, la purification du péché originel, qui est
signifiée par la circoncision, ne se réalise pas dans un membre
en particulier, mais dans l’ensemble. La circoncision ne doit donc pas
comporter un membre particulier. |
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[13500]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sacramenta
maximam honestatem in se habere debent. Sed membra generationis videntur
esse turpia et verecunda. Ergo non decuit ut in illo membro determinate
aliquod sacramentum daretur. |
2. Les sacrements doivent comporter en eux-mêmes le plus grand honneur. Or, les membres de la génération semblent être honteux et cachés. Il ne convenait donc pas qu’un sacrement soit donné de manière précise dans un tel membre. |
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[13501]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed contra est quod dicitur Gen. 17, 2: circumcidetis
carnem praeputii vestri. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit dans
Gn 17, 2 : Vous circoncirez la chair de votre
prépuce. |
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Quaestiuncula
3 |
Sous-question 3 – [Le couteau de pierre fait-il nécessairement partie de la circoncision ?] |
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[13502] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod cultellus lapideus sit de necessitate circumcisionis. Circumcisioni enim Baptismus successit. Sed determinatum instrumentum ablutionis, scilicet aqua, est de necessitate Baptismi. Ergo et determinatum instrumentum incisionis esse debuit de necessitate circumcisionis, et praecipue propter significationem quae in littera ponitur; significatio enim est de ratione sacramenti. |
1. Il semble
qu’un couteau de pierre fasse nécessairement partie de la
circoncision. En effet, le baptême a succédé à la
circoncision. Or, un instrument particulier pour le lavage, à savoir
l’eau, fait nécessairement partie du baptême. Un
instrument coupant particulier devait donc faire nécessairement partie
de la circoncision, surtout en raison de la signification qui est
indiquée dans le texte. En effet, la signification fait partie de la
notion de sacrement. |
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[13503]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Gregorius dicit super Ezech.: in sanctorum
vita cognoscimus quid in Scriptura intelligere debeamus. Sed sancti et
praecipue legislatores, lapideo instrumento fecerunt circumcisionem, sicut
legimus Josue 5 et Exod. 4 de Moyse. Ergo lapideum instrumentum erat de
necessitate praecepti. |
2. Grégoire dit, en commentant Ézéchiel: «Nous connaissons par la vie des saints ce que nous devons comprendre de l’Écriture.» Or, les saints, surtout ceux qui ont donné la loi, ont accompli la circoncision avec un instrument de pierre, comme nous le lisons dans Jos 5 et dans Ex 4 à propos de Moïse. Un instrument de pierre était donc nécessaire en vertu du commandement. |
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[13504] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 3 S.c. 1 Sed contra, circumcisio non habebat vim nisi ex divina
institutione. Sed in ejus institutione quae tangitur, Gen. 17, nulla fit
mentio de instrumento lapideo. Ergo non fuit de necessitate circumcisionis. |
S.c. 1 – La circoncision n’avait de puissance qu’en vertu d’une institution divine. Or, dans cette institution, qui est abordée dans Gn 17, aucune mention n’est faite d’un instrument de pierre. Celui-ci ne faisait donc pas nécessairement partie de la circoncision. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13505] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc.
1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod circumcisio et erat in praecepto,
et erat sacramentum. Octava ergo dies erat de necessitate circumcisionis quantum ad obligationem
praecepti, ita quod reus transgressionis erat qui illud tempus non
observabat. Sed non erat de necessitate ejus quantum ad efficaciam
sacramenti: quia etiam in alio tempore circumcisio facta suum effectum
sacramentalem habebat. Sicut etiam accidit de
ministrantibus nostra sacramenta, qui servant materiam et formam debitam, et
omittunt aliquid de ritu ad solemnitatem sacramenti ab Ecclesia instituto.
Determinationis autem hujus temporis causa est et mystica, quae tangitur in
littera, et litteralis quae tangitur a Rabbi Moyse: quia puer ante octavum
diem est ita tener quasi in ventre matris; et ideo sicut animalia non
offerebantur propter praedictam causam ante octavum diem, ita nec puer
circumcidebatur. |
La circoncision relevait d’un commandement et elle était un sacrement. Le huitième jour faisait donc nécessairement partie de la circoncision pour ce qui est de l’obligation en vertu du précepte, de telle sorte que celui qui n’observait pas ce jour était coupable de transgression. Mais il n’en faisait pas nécessairement partie pour ce qui est de l’efficacité du sacrement, car, même accomplie à un autre moment, elle avait son effet sacramentel, de même que cela se produit chez ceux qui administrent nos sacrements, qui respectent la matière et la forme appropriées, mais omettent quelque chose du rite institué par l’Église pour la solennité au sacrement. Or, la cause de la détermination de ce moment est à la fois mystique – elle est abordée dans le texte – et littérale – elle est abordée par Rabbi Moïse, car l’enfant, avant le huitième jour, est si faible qu’il est comme dans le ventre de sa mère. C’est pourquoi, de même que les animaux n’étaient pas offerts avant le huitième jour pour cette raison, de même l’enfant n’était-il pas circoncis. |
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[13506]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod remedium
quod praecessit circumcisionem, computatur simpliciter inter sacramenta legis
naturae, quae non habebant tantam determinationem secundum Hugonem de sancto
Victore, quantam habent sacramenta legis scriptae, ad quam quodammodo
pertinet circumcisio. Remedium autem quod circumcisionem sequitur, scilicet
Baptismus, est magis generale et perfectius, nec debuit ita restringi. Et ideo non est similis ratio de circumcisione et aliis. |
1. Le remède qui a précédé la circoncision est rangé simplement parmi les sacrements de la loi naturelle, qui, selon Hugues de Saint-Victor, ne possédaient pas une aussi grande précision que celle des sacrements de la loi écrite, dont relève la circoncision d’une certaine manière. Or, le remède qui suit la circoncision, à savoir, le baptême, est plus universel et plus parfait, et il ne devait pas être ainsi limité. C’est pourquoi il n’en va pas de même de la circoncision et des autres choses. |
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[13507] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod dies sabbati non impediebat circumcisionem: non enim
erat opus pure corporale, sed sacramentale; sicut et sacrificia, quae in
sabbato offerri licebat; et ideo dicitur Joan. 7, 23: circumcisionem
accipit homo in sabbato, et non solvitur lex Moysi. |
2. Le jour du sabbat n’empêchait pas la circoncision. En effet, il ne s’agissait pas d’un acte purement corporel, mais sacramentel, comme les sacrifices qui pouvaient être offerts le jour du sabbat. C’est pourquoi il est dit en Jn 7, 23 : Un homme reçoit la circoncision le jour du sabbat, et la loi de Moïse n’en est pas enfreinte. |
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[13508] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3
qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod
illis qui in deserto vagabantur dispensatio praecepti facta est propter
necessitatem, quae tangitur Josue 5: quia scilicet nesciebant quando castra movenda
essent. Et iterum quia non erat necesse eos tunc aliquod signum distinctionis
habere, ut Damascenus dicit, quando seorsum ab aliis hominibus habitabant; et
tamen quantum ad aliquos qui ex negligentia vel contemptu praetermittebant,
dicit Augustinus, quod inobedientiam incurrebant. Non autem constat quod
aliqui de illis qui in deserto nati sunt, in deserto mortui sint; et videtur
probabile quod non: quia dicitur in Psal. 104, 37. Non erat in tribubus
eorum infirmus. Unde illi qui de Aegypto egressi sunt, qui circumcisi
erant, mortui sunt. Et ita nullus est ibi mortuus incircumcisus. Si tamen
aliqui incircumcisi mortui sunt, idem dicendum est de eis, et de illis qui
ante circumcisionis institutionem moriebantur. |
3. Pour ceux qui erraient dans le désert, il y eut dispense du commandement pour une raison de nécessité, abordée dans Jos 5 : ils ne savaient pas quand le campement devait être levé. Et aussi, parce qu’il ne leur était pas nécessaire d’avoir un signe distinctif, comme le dit [Jean] Damascène, alors qu’ils vivaient à part des autres hommes. Cependant, comme le dit Augustin, certains qui l’omettaient par négligence ou par mépris encouraient une désobéissance. Mais il n’est pas certain que ceux qui, parmi eux, étaient nés au désert sont morts dans le désert ; il semble probable que ce ne soit pas le cas, car il est dit dans Ps 104, 37 : Il n’y avait pas de malade dans leurs tribus. Aussi ceux qui étaient sortis d’Égypte et qui avaient été circoncis étaient-ils morts. Et ainsi, personne dans le désert n’est mort incirconcis. Toutefois, si certains sont morts incirconcis, il faut dire la même chose pour eux et pour ceux qui étaient morts avant l’institution de la circoncision. |
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[13509] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3
qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod
Magister videtur sentire in littera, quod licebat imminente mortis articulo
idem praevenire. Quidam vero dicunt, Hugonem de sancto Victore sequentes,
quod non erat necessitas idem praeveniendi: quia illis qui ante octavum diem
moriebantur, valebat ad salutem remedium quod ante circumcisionem fuerat,
quod adhuc efficaciam habebat; et hoc confirmant per Judaeos qui nunc sunt,
qui nunquam ante octavum diem circumciduntur, et per Glossam, Prover. 4,
super illud: unigenitus eram coram matre mea; quae dicit, quod alius
filius Bersabee parvulus non computatur, quia ante octavum diem mortuus,
nominatus non fuit, et per consequens nec circumcisus. Similiter etiam
confirmant per simile: quia nullum animal offerebatur domino ante octavum
diem. Secundum hanc ergo opinionem dicendum, quod non est simile de
praeveniendo et differendo: quia praeceptum nullo modo quis transgredi debet,
ut praeveniat; sed si transgressus fuerit differendo, debet, quantum potest,
illud implere in quocumque tempore. |
4. Dans le texte, le Maître semble être d’avis qu’il était permis de l’anticiper en cas de mort prochaine. Mais certains disent, en suivant Hugues de Saint-Victor, qu’il n’était pas nécessaire de l’anticiper, car, pour ceux qui étaient morts avant le luitième jour, le remède qui existait avant la circoncision était valable et possédait encore son efficacité. Et ils confirment cela par les Juifs qui vivent maintenant, qui ne sont jamais circoncis avant le huitième jour, et par la Glose, à propos de Pr 4 : J’étais le fils unique de ma mère, qui dit qu’un autre petit enfant de Bersabée ne comptait pas, parce qu’il était mort avant le huitième jour, qu’il n’avait pas reçu de nom et, par conséquent, n’avait pas été circoncis. Ils le confirment aussi par quelque chose de semblable : aucun animal n’était offert au Seigneur avant son huitième jour. Selon cette opinion, il faut donc dire qu’anticiper n’est pas la même chose que différer, car on ne doit enfreindre un commandement d’aucune façon en l’anticipant ; mais, si on l’a enfreint en le différant, on doit autant que possible l’accomplir à n’importe quel moment. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13510] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod circumcisio erat in signum purgationis originalis peccati, et
in signum distinctionis populi, ex quo Christus propagandus erat, et in
signum castitatis servandae, ut dictum est; et quantum ad omnia haec decuit
ut in membro generationis fieret, quia per actum generationis et originale
contrahitur, et Christus ab illo populo descendit, et in illo actu castitas
consistit; et ideo membrum generationis erat de necessitate circumcisionis et
quantum ad efficaciam sacramenti, et quantum ad obligationem praecepti. |
La circoncision était un signe de la purification du péché originel, un signe distinctif du peuple dont le Christ devait être issu et un signe de la chasteté qui devait être observée, comme on l’a dit. Par rapport à tout cela, il convenait qu’elle soit faite dans le membre de la génération, car, par l’acte de la génération, le péché originel est contracté, le Christ descend de ce peuple, et l’acte de la chasteté consiste dans cet acte. C’est pourquoi le membre de la génération était un élément nécessaire de la circoncision tant pour ce qui est de l’efficacité du sacrement que pour ce qui est de l’obligation du précepte. |
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[13511] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis originale peccatum quantum ad essentiam non determinet aliquam partem corporis, neque quantum ad effectum; tamen quantum ad causam determinat, ut dictum est. |
1. Bien que le péché originel ne détermine aucune partie du corps ni pour ce qui est de son essence, ni pour ce qui est de son effet, il le détermine toutefois pour ce qui est sa cause efficiente, comme on l’a dit. |
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[13512] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod membrum generationis, quod de se nobile erat, propter concupiscentiam, quae praecipue in parte illa viget, ignobile redditum est; et ideo oportebat quod in illo membro praecipue medicina apponeretur: quia quae inhonesta sunt nostra, abundantiorem honestatem habent, ut dicitur 1 Corinth. 12, 23. |
2. Le membre de la génération, qui, en lui-même, était noble, a perdu sa noblesse en raison de la concupiscence, qui se manifeste surtout dans ce membre. C’est pourquoi il était nécessaire que le remède soit surtout appliqué à ce membre, car c’est aux membres que nous tenons pour les moins honorables que nous faisons le plus d’honneur, comme il est dit en 1 Co 12, 23. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13513] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod sacramentum quod est signum et
causa, efficit quod figurat; et ideo illa significatio est de necessitate
sacramenti quae ad effectum sacramenti refertur, non autem illa quae refertur
ad causam principalem effectus, sed est de bene esse ipsius. Cultellus autem
lapideus non est de necessitate incisionis, per quam significat circumcisio
suum effectum, scilicet purgationem originalis; sed habet aliquam
similitudinem ad causam principalem meritoriam remissionis originalis,
scilicet Christum; et ideo non erat de necessitate circumcisionis neque
quantum ad obligationem praecepti, neque quantum ad efficaciam sacramenti,
quod fieret cultello lapideo, quod ritus Judaeorum usque hodie ostendit: sed
in principalibus circumcisionibus, in quibus Christum significari oportebat,
tale instrumentum adhibitum est. |
Le sacrement qui est signe et cause réalise ce qu’il représente. C’est pourquoi la signification qui se rapporte à l’effet du sacrement est nécessaire au sacrement, et non pas celle qui se rapporte à la cause principale de l’effet, qui fait partie de sa bonne condition. Or, le couteau de pierre n’est pas nécessaire pour l’incision, par laquelle la circoncision signifie son effet, à savoir, la purification du péché originel ; mais il a une certaine ressemblance avec la cause principale méritoire de la rémission du péché originel, le Christ. C’est pourquoi il n’était pas nécessaire à la circoncision, ni pour ce qui est de l’obligation du commandement, ni pour ce qui est de l’efficacité du sacrement, qu’elle soit faite avec un couteau de pierre, ce que montre le rite de Juifs jusqu’à aujourd’hui. Mais, pour les circoncisions principales, par lesquelles il était nécessaire que le Christ soit signifié, un tel intrument a été utilisé. |
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[13514] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 3
qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod aqua de se habet maximam convenientiam ad ablutionem, per quam Baptismus
significat quod efficit, non autem lapis ad incisionem; et ideo non est
simile. |
1. L’eau en soi convient au plus haut point à l’ablution, par laquelle le baptême signifie ce qu’il réalise, ce qui n’est pas le cas de la pierre pour l’incision. Ce n’est donc pas la même chose. |
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[13515] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod hoc intelligendum est de illis quae sancti observant
quasi ex lege obligati; sic autem non est in proposito; et ideo ratio non
sequitur. |
2. Cela doit s’entendre de ce que les saints observent en tant qu’ils sont obligés par la loi. Mais tel n’est pas ici le cas. L’argument n’a donc pas de valeur. |
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Articulus 4 [13516] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 4 tit. Utrum circumcisio characterem imprimeret in anima |
Article
4 – Est-ce
que la circoncision imprimait un caractère dans l’âme ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La circoncision imprimait-elle un caractère dans l’âme ?] |
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[13517] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur.
Videtur quod circumcisio characterem imprimebat in anima. In sacramentis enim
effectus figurae respondet. Sed circumcisio exterius erat signum distinctivum,
non solum purgativum. Ergo et interius characterem distinguentem imprimebat. |
1. Il semble que la circoncision imprimait un caractère dans l’âme. En effet, dans les sacrements, l’effet correspond à ce qui est représenté. Or, la circoncision était un signe extérieur distinctif, et non seulement purificateur. Elle imprimait donc un caracère intérieur distinctif. |
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[13518] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 1
arg. 2 Praeterea, omne sacramentum quod non reiteratur in nova lege,
characterem imprimit. Sed circumcisio in veteri lege non reiterabatur. Ergo
characterem imprimebat. |
2. Tout sacrement qui
n’est pas répété sous la loi nouvelle imprime un
caractère. Or, la circoncision n’était pas
répétée sous la loi ancienne. Elle imprimait donc un
caractère. |
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[13519]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, aliquis adultus circumcisus poterat fictus
accedere; et sic tunc effectum circumcisionis non suscipiebat; postmodum
autem deposita fictione circumcisio ei valebat: alias enim non fuisset via
salutis, cum iterari non posset. Ergo habebat aliquem effectum manentem in
anima, ratione cujus postea effectum ultimum circumcisionis consequebatur; et
hoc est character. Ergo imprimebat characterem. |
3. Un adulte circoncis
pouvait donc se présenter par feinte. Il ne recevait pas alors
l’effet de la circoncision, mais, par la suite, s’il
écartait la feinte, la circoncision lui était profitable,
autrement, il n’y aurait pas eu de chemin vers le salut,
puisqu’elle ne pouvait pas être répétée.
Elle possédait donc un effet qui demeurait dans l’âme,
grâce auquel, par la suite, il obtenait l’effet dernier de la
circoncision. Or, cela est le caractère. Elle imprimait donc un caractère. |
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[13520] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 1
S.c. 1 Sed contra, in sacramentis novae legis perfectissima tantum sunt illa
quae characterem imprimunt. Sed circumcisio erat longe inferior sacramentis
novae legis. Ergo characterem non imprimebat. |
S.c. 1 – Dans
les sacrements de la loi nouvelle, les plus parfaits seulement sont ceux qui
impriment un caractère. Or, la circoncision était de beaucoup
inférieure aux sacrements de la loi nouvelle. Elle n’imprimait
donc pas de caractère. |
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[13521] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 1 S.c. 2 Praeterea,
character nos Trinitati configurat. Sed hoc indifferenter competit viris et
mulieribus. Cum
ergo circumcisio mulieribus non competeret, videtur quod in ea character non
imprimeretur. |
S.c. 2 – Le
caractère nous rend semblables à la Trinité. Or, cela
convient indifféremment aux hommes et aux femmes. Puisque la circoncision
ne convenait pas aux femmes, il semble donc qu’un caractère
n’était pas imprimé par elle. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La circoncision purifiait-elle des péchés ?] |
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[13522] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod
circumcisio a peccato non purgaret. Rom. 3, 20: ex operibus legis non justificatur omnis
caro coram illo. Sed alia opera legis, ut sacrificia, non videntur minus
honesta fuisse quam circumcisio. Ergo nec circumcisio a peccato justificabat. |
1. Il semble que la circoncision ne purifiait pas du péché. Rm 3, 20 : Personne n’est justifié à ses yeux par les œuvres de la loi. Or, les autres œuvres de la loi, comme les sacrifices, ne semblent pas moins dignes d’honneur que la circoncision. La circoncision ne justifiait donc pas du péché. |
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[13523] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 2
arg. 2 Praeterea, si ab aliquo peccato purgabat, praecipue videtur quod ab
originali. Sed ab originali non purgabat, quod patet per hoc quod Joannes
circumcisus octava die, ut dicitur Luc. 1, dixit ad Jesum Matth. 3, 14: ergo a te debeo
baptizari; Glossa: a peccato originali mundari. Ergo nullo modo a
peccato mundabat. |
2. Si elle purifiait
d’un péché, il semble que c’était
principalement du péché originel. Or, elle ne purifiait pas du
péché originel, ce qui ressort clairement du fait que Jean,
circoncis le huitième jour, comme il est dit en Lc 1, dit
à Jésus en Mt 3, 14 : Je dois donc être
baptisé par toi. Glose : «Pour être
purifié du péché originel.» Elle ne purifiait donc
d’aucune manière du péché. |
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[13524] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, nihil impedit vitae aeternae introitum
nisi peccatum. Sed
circumcisio januam vitae aeternae non aperiebat, ut in littera dicitur. Ergo
neque peccata purgabat. |
3. Rien
n’empêche l’entrée dans la vie éternelle que
le péché. Or, la circoncision n’ouvrait pas la porte de
la vie éternelle, comme il est dit dans le texte. Elle ne purifiait
donc pas des péchés. |
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[13525] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 2
arg. 4 Praeterea, quidquid tollit unum peccatum, tollit omnia: quia impium
est a Deo dimidiam sperare veniam. Sed nunquam invenitur a sanctis dictum, quod
circumcisio tolleret peccatum actuale. Ergo nec originale tollebat. |
4. Tout ce qui
enlève un péché les enlève tous, car il est impie
d’espérer de Dieu un demi-pardon. Or, on ne voit nulle part que
les saints aient dit que la circoncision enlevait le péché
actuel. Elle n’enlevait donc pas non plus le péché
originel. |
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[13526] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 4 qc. 2 S.c. 1 Sed in contrarium sunt auctoritates in littera
positae. |
S.c. 1 – En sens
contraire, il y a les autorités indiquées dans le texte. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La circoncision conférait-elle la grâce ?] |
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[13527] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod circumcisio gratiam non
conferret. Sacramentum enim non efficit nisi quod figurat. Sed circumcisio non
significat gratiae collationem, sed solum culpae ablationem. Ergo gratiam non
confert. |
1. Il semble que la
circoncision ne conférait pas la grâce. En effet, le sacrement
ne réalise que ce qu’il représente. Or, la circoncision
ne signifie pas l’octroi de la grâce, mais seulement
l’enlèvement de la faute. Elle ne confère donc pas la
grâce. |
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[13528] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Baptismus non amplius facit, nisi quod aufert
culpam, et confert gratiam. Si ergo hoc ipsum circumcisio faciebat, Baptismus in
nullo circumcisionem excedit. |
2. Le baptême ne
fait pas plus que d’enlever la faute et de conférer la
grâce. Si donc la circoncision faisait la même chose, le
baptême ne dépasse en rien la circoncision. |
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[13529] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 3 Praeterea, propter hoc lex vetus dicebatur occidere,
quia gratiam contra concupiscentiam non conferebat. Hoc autem non esset, si
circumcisio, quae erat quodammodo legis sacramentum, gratiam conferret. Ergo gratiam non conferebat. |
3. On disait que la
loi ancienne tuait parce qu’elle ne conférait pas la grâce
contre la concupiscence. Or, tel ne serait pas le cas si la circoncision, qui
était d’une certaine manière le sacrement de la loi,
conférait la grâce. Elle ne conférait donc pas la
grâce. |
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[13530] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 3
S.c. 1 Sed contra, in littera dicitur, quod idem remedium praebebat
circumcisio quod Baptismus, excepto quod januam regni caelestis non
aperiebat. Sed Baptismus gratiam confert, non solum culpam aufert. Ergo et
circumcisio idem facit. |
S.c. 1 – Il est
dit, dans le texte, que la circoncision apportait le même remède
que le baptême, sauf qu’il n’ouvrait pas les portes du
royaume des cieux. Or, le baptême confère la grâce et
n’enlève pas pas seulement la faute. La circoncision le fait
donc aussi. |
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[13531] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 4 qc. 3 S.c. 2 Praeterea, tenebra non expellitur nisi per
praesentiam lucis. Sed gratia opponitur culpae,
sicut lux tenebrae. Cum ergo circumcisio expelleret culpam, videtur quod
gratiam conferret. |
S.c. 2 – Les
ténèbres ne sont enlevées que par la présence de
la lumière. Or, la grâce s’oppose à la faute comme
la lumière aux ténèbres. Puisque la circoncision
enlevait la faute, il semble qu’elle conférait la grâce. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13532] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc.
1 co. Respondeo, ad primam quaestionem dicendum, quod character spiritualis est
quoddam signum distinctivum per hoc quod hominem in aliquo statu perfectionis
constituit, sicut in Baptismo, confirmatione, et ordine, ut magis infra
patebit. Circumcisio autem principaliter erat signum ad purgandum
constitutum; et ideo in ipsa non ponebatur homo in aliquo alio statu, et sic
non competebat quod in ipsa character spiritualis conferretur. |
Le caractère
spirituel est un signe distinctif du fait qu’il place un homme dans un
certain état de perfection, comme c’est le cas du baptême,
de la confirmation et de l’ordre, comme cela ressortira plus clairement
plus loin. Or, la circoncision était un signe établi
principalement pour purifier du péché. C’est pourquoi
l’homme n’était pas placé par elle dans un autre
état, et ainsi, il ne convenait pas qu’un caractère
spirituel soit conféré par elle. |
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[13533] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod circumcisio
principaliter significat per se ablationem, sed distinctionem ex consequenti
et per accidens, inquantum aliqui circumcidebantur, et aliqui non; et ideo
oportebat quod responderet ei effectus quantum ad principalem significationem,
non autem quantum ad secundariam. |
1. La circoncision signifie en elle-même principalement
une suppression, mais [elle signifie] par mode de conséquence et par accident
une distinction, pour autant que certains étaient circoncis et
d’autres, non. C’est pourquoi il était nécessaire
que son effet corresponde à sa signification principale, et non
à sa [signification] secondaire. |
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[13534] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod circumcisio non
iterabatur: quia causa ejus, scilicet originale peccatum, iterari non
poterat; et non propter hoc quod character spiritualis in ipsa imprimeretur. |
2. La circoncision n’était pas
répétée parce que sa cause, le péché
originel, ne pouvait pas être répété, et non pas
parce qu’un caractère spirituel était imprimé par
elle. |
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[13535] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 1 ad
3 Ad
tertium dicendum, quod sicut in Baptismo manet character spiritualis, ratione
cujus fictus deposita fictione effectum Baptismi recipit; ita manebat
character exterior in circumcisione, quae hoc idem faciebat. |
3. De même que, dans le baptême, le
caractère spirituel demeure, en raison duquel celui qui feint, une
fois la feinte écartée, reçoit l’effet du
baptême, de même le caractère extérieur de la
circoncision demeurait, qui réalisait la même chose. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13536]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod peccatum quod ex alio contrahitur, conveniens est ut per alium
tollatur; et ideo in quolibet statu post peccatum fuit aliquod remedium per
quod originale peccatum ex virtute passionis Christi tolleretur. Et iterum
quia non poterat puer natus, antequam haberet usum liberi arbitrii, se ad
gratiam praeparare, ne omnino sine remedio relinqueretur, oportuit aliquod
remedium dari quod ex ipso opere operato peccatum aboleret; et tale remedium
fuit circumcisio; et ideo ab omnibus conceditur, quod peccatum auferebat,
sicut significabat ablationem; et in hoc cum sacramentis novae legis quodammodo
conveniebat, quia efficiebat hoc quod figurabat. Operabatur autem circumcisio
peccati dimissionem a posteriori. In peccato enim originali tria sunt,
scilicet culpa, reatus carentiae visionis divinae, et fomes. Prima duo
totaliter tolluntur; sed tertium per sacramentum diminuitur; et ideo
circumcisio, quae erat particularis abscissio, directe significabat et
causabat diminutionem fomitis, et per consequens auferebat reatum visionis
aeternae, et per consequens culpam. In Baptismo autem e contrario est: quia
prius destruit culpam, cujus ablationem significat ablutio exterior et etiam
causat, et per consequens destruit alia. |
Il convient que le péché qui est
contracté à partir d’un autre soit enlevé par un
autre. C’est pourquoi, en tout état, il y eut, après le
péché, un remède par lequel le péché
originel serait enlevé par la puissance de la passion du Christ. Et
aussi, parce qu’un enfant, avant d’avoir l’usage du libre
arbitre, ne pouvait pas se préparer à la grâce, pour
qu’il ne soit pas laissé complètement sans remède,
il fallait qu’un remède soit donné qui, par le geste
posé [ex opere operato], effacerait le péché. Ce
remède était la circoncision. C’est pourquoi il est accepté
par tous qu’elle enlevait le péché, de même
qu’elle signifiait l’action de supprimer. Elle avait en cela
quelque chose de commun avec les sacrements de la loi nouvelle, car elle
réalisait ce qu’elle représentait. Mais la circoncision
réalisait la suppression du péché a posteriori. En
effet, dans le péché originel, il y a trois choses : la
faute, la punition de la perte de la vision de Dieu, et le désir
désordonné. Les deux premières sont entièrement
enlevées, mais la troisième est diminuée par le sacrement.
C’est pourquoi la circoncision, qui était une amputation
particulière, signifiait et causait directement la diminution du
désir désordonné et, par conséquent, enlevait la
punition de la perte de la vision éternelle, et, par
conséquent, la faute. Mais, dans le baptême, c’est le
contraire, car il détruit en premier lieu la faute, dont
l’ablution extérieure signifie et cause aussi
l’élimination et, par conséquent, détruit les
autres choses. |
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[13537] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 2 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod sacrificia erant instituta ad satisfaciendum pro
peccatis actualibus, quae homo ex se perpetravit; et ideo non oportebat quod
peccata tollerentur per sacrificia, sicut peccatum originale per circumcisionem. |
1. Les sacrifices avaient été
établis en vue de satisfaire pour les péchés actuels,
que l’homme lui-même avait commis. C’est pourquoi il
fallait que les péchés soient enlevés par des
sacrifices, comme le péché originel l’était par la
circoncision. |
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[13538] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 2 ad
2 Ad
secundum dicendum, quod circumcisio quamvis a peccato originali liberaret,
non tamen per eam aliquis perfecte fructum liberationis consequi poterat,
quia januam non aperiebat; et secundum hoc Joannes circumcisus, a peccato
originali mundari indigebat, scilicet per Baptismum. |
2. Bien que la circision ait libéré du
péché originel, on ne pouvait cependant pas obtenir
parfaitement par elle le fruit de la libération, parce qu’elle
n’ouvrait pas la porte [du royaume des cieux]. Ainsi, Jean, bien que
circoncis, avait besoin d’être purifié du
péché originel par le baptême. |
|
[13539] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod per circumcisionem
auferebatur impedimentum quod erat ex parte personae, ablato peccato originali,
prout erat infectio hujus personae; adhuc tamen manebat impedimentum ex parte
naturae, nondum soluto pretio; et ideo per accidens erat quod januam regni
caelestis non aperiebat: quia si etiam Baptismus, eamdem quantum in se est
gratiam conferens quam modo confert, eo tempore fuisset, januam non
aperuisset; et si modo circumcisio locum haberet, januam aperiret. |
3. Par la circoncision, l’empêchement du
côté de la personne était enlevé, une fois
enlevé le péché originel, pour autant que celui-ci affectait
cette personne. Cependant, l’empêchement du côté de
la nature demeurait, puisque le prix n’avait pas encore
été acquitté. C’était donc par accident
qu’elle n’ouvrait pas la porte du royaume céleste, car,
même si avait alors existé le baptême, conférant par
lui-même la grâce qu’il confère maintenant, il
n’aurait pas ouvert la porte. Et si la circoncision avait lieu
maintenant, elle ouvrirait la porte. |
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[13540] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 2 ad
4 Ad
quartum dicendum, quod circumcisio directe contra originale ordinata fuit,
sed ex consequenti etiam actuale tollebat ubi inveniebat. Sed tamen sancti de hoc non loquuntur, quia ad hoc non
erat circumcisio principaliter instituta. |
4. La circoncision a été établie
directement contre le péché originel, mais, par voie de
conséquence, elle enlevait aussi le péché actuel
où elle le trouvait. Cependant, les saints ne parlent pas de cela,
parce que la circoncision n’avait pas été établie
principalement pour cette raison. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13541] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod circa hoc est multiplex opinio.
Quidam enim dixerunt, quod circumcisio, quantum est de se, culpam tollebat,
sed gratiam non conferebat, innitentes cuidam Glossae quae habetur Rom. 4,
quae dicit: in circumcisione peccata remittebantur, sed non gratia per eam
praestabatur. Dicebant enim, quod cum originale nihil aliud sit quam
concupiscentia intensa cum carentia debitae justitiae, circumcisio sine hoc
quod gratia conferretur, poterat auferre debitum, non auferendo reatum, ut
patet per hoc quod si homo illam justitiam non habebat, non ei imputaretur ad
poenam. Sed hoc non potest esse: quia manente inordinatione culpae, nullo
modo potest non imputari a Deo ad poenam, cum culpae inordinatio per poenam
ordinetur. Et ideo oportet, si imputatio ad
poenam tollitur, quod inordinatio tollatur; quod sine gratia fieri non
potest. Et ideo
alii dicunt, quod circumcisio ex sua virtute culpam tollebat, et gratia circumciso
conferebatur, non ex vi circumcisionis, sed ex divina liberalitate ablato
gratiae impedimento. Sed hoc non potest esse: quia quamvis ex parte
recipientis prius sit expulsio contrarii quam introductio formae, tamen ex
parte causae agentis est prius introductio formae: quia non expellitur
contrarium nisi introducendo formam; et ideo nisi circumcisio aliquo modo
gratiam conferret, nullo modo culpam tolleret. Et ideo alii dicunt, quod circumcisio
conferebat gratiam quantum ad effectus privativos, qui scilicet sunt auferre
culpam, sed non quantum ad effectus positivos. Sed hoc nihil est: quia
effectus ultimus gratiae positivus, est facere dignum vita aeterna; quod
fiebat per circumcisionem, sicut et modo fit per Baptismum. Et ideo alii
dicunt probabilius ut videtur, quod dabat gratiam quantum ad effectus
privativos culpae et reatus, et quantum ad quosdam effectus positivos, sicut
ordinare animam et facere dignum vita aeterna; non tamen quantum ad omnes
quos habet gratia baptismalis; quia illa sufficit ad totaliter concupiscentiam
reprimendam, et meritorie agendum, ad quod gratia in circumcisione data
sufficere non valebat; et secundum hoc intelligitur Glossa inducta. |
À ce sujet, les opinions varient. En effet, certains ont dit que, par elle-même, la circoncision, enlevait la faute, mais ne conférait pas la grâce, en s’appuyant sur une glose à propos de Rm 4, qui dit : «Par la circoncision, les péchés étaient remis, mais la grâce n’était pas donnée par elle.» En effet, ils disaient que, puisque le péché originel n’est rien d’autre qu’une intense concupiscence accompagnée du manque de la justice appropriée, la circoncision, sans conférer la grâce, pouvait enlever la dette, sans enlever la culpabilité, comme cela ressort clairement du fait que, si un homme ne possédait pas cette justice, cela ne lui sera pas imputé comme faute. Mais cela ne peut être le cas, car, alors que demeure le désordre de la faute, elle ne peut d’aucune manière ne pas être imputée par Dieu à titre de peine, puisque le désordre de la faute est remis en ordre par le châtiment. C’est pourquoi, si l’imputation à titre de peine est enlevée, il faut que le désordre soit enlevé, ce qui ne peut se réaliser que par la grâce. C’est pourquoi d’autres ont dit que la circoncision enlevait la faute par sa propre puissance et que la grâce était conférée au circoncis, mais parce que l’empêchement à la grâce avait été enlevé par la libéralité divine. Mais cela ne peut pas être le cas, car bien que, du côté de celui qui reçoit, l’expulsion du contraire précède l’introduction de la forme (puisque le contraire n’est enlevé qu’en introduisant la forme), cependant, du point de vue de la cause qui agit, l’introduction de la forme précède. C’est pourquoi, si la circoncision ne conférait pas la grâce d’une certaine manière, elle n’enlèverait la faute d’aucune manière. Aussi d’autres disent-ils que la circoncision conférait la grâce quant à ses effets privatifs, qui consistent à enlever la faute, mais non quant à ses effets positifs. Mais cela ne tient pas, car l’ultime effet positif de la grâce est de rendre digne de la vie éternelle, ce qui était accompli par la circoncision, comme cela se réalise maintenant par le baptême. C’est pourquoi d’autres disent, de manière plus probable, semble-t-il, qu’elle donnait la grâce quant à ses effets privatifs de la faute et de la culpabilité, et quant à certains effets positifs, comme ordonner l’âme et rendre digne de la vie éternelle, mais non pas cependant quant à tous [les effets] que réalise la grâce baptismale, car celle-ci suffit pour réprimer complètement la concupiscence et agir de manière méritoire, ce que ne pouvait pas faire la grâce donnée par la circoncision. Et c’est ainsi que s’entend la glose invoquée. |
|
[13542] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 3 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut in sacramento altaris est aliquid ex vi sacramenti,
aliquid autem ex naturali concomitantia, ut infra dicetur, dist. 10, quaest. 1, art. 2, quaestiunc.
1, ita circumcisio principaliter ordinata erat ad ablationem culpae, sed ex
consequenti ad collationem gratiae. |
1. De même que, dans le sacrement de l’autel,
il existe quelque chose en vertu du sacrement, et quelque chose en vertu
d’une concomitance naturelle, comme on le dira plus loin, d. 10, q. 1,
a. 2. qa 1, de même la circoncision était-elle principalement
ordonnée à enlever la faute, mais, par voie de
conséquence, à conférer la grâce. |
|
[13543] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in Baptismo amplior gratia datur, ut dictum
est. |
2. Dans le baptême, une grâce plus
étendue est donnée, comme on l’a dit. |
|
[13544]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 4 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod gratia circumcisionis non
sufficienter reprimebat concupiscentiam, sicut facit gratia novi testamenti;
et ideo ratio non sequitur. |
3. La grâce de la circoncision ne réprimait
pas suffisamment la concupiscence, comme le fait la grâce de la
nouvelle alliance. Ainsi, l’argument ne tient pas. |
|
Articulus 5 [13545] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 tit. Utrum
circumcisio cessare debuerit |
Article
5 – Est-ce que la circoncision devait cesser ?
|
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La circoncision devait-elle cesser ?] |
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[13546] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5 qc.
1 arg. 1 Ad quintum sic proceditur. Videtur quod circumcisio cessare non debuerit.
Gen. 17, dicitur, quod circumcisio datur in foedus aeternum. Sed aeternum est
quod nullo fine clauditur. Ergo circumcisio cessare non debuit. |
1. Il semble que la circoncision ne devait pas cesser. Il
est dit en Gn 17, que la circoncision est donnée en vue
d’une alliance éternelle. Or, est éternel ce qui ne se
termine pas. La circoncision ne devait donc pas cesser. |
|
[13547] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 1 arg. 2 Praeterea, illud quod cum
lege non incipit, cum lege cessare non debet. Sed circumcisio ante legem
incepit: non enim est ex lege, sed ex patribus, ut dicitur Joan. 7. Ergo cum
lege cessare non debuit. |
2. Ce qui ne commence pas avec la loi ne doit pas cesser
avec la loi. Or, la circoncision a commencé avant la loi : en
effet, elle ne vient pas de la loi, mais des pères, comme il est dit
dans Jn 7. Elle ne devait donc pas cesser avec la loi. |
|
[13548] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
figuralia quae significant id quod semper faciendum est, non debet cessare,
sicut de thurificatione, quae significat devotionem, patet. Sed circumcisio
cordis, cujus laus ex Deo est, ut dicitur Rom. 2, semper facienda est; et
hanc significat exterior circumcisio. Ergo cessare non debuit. |
3. Les figures qui signifient ce qui doit toujours
être fait ne doivent jamais cesser, comme cela est clair pour
l’encensement, qui signifie la dévotion. Or, la circoncision
du cœur, qui tient sa louange de Dieu, comme il est dit en
Rm 2, 29, doit toujours être accomplie : c’est
cela que signifie la circoncision extérieure. Elle ne devait donc pas
cesser. |
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[13549] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra, Gal. 5, 2: si circumcidimini, Christus vobis nihil proderit. |
S.c. 1 – Ga 5, 2 : Si vous
êtes circoncis, le Christ ne vous sert à rien. |
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[13550] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, veniente
perfecto frustra imperfectum remaneret ad idem ordinatum. Sed Baptismus
perfectius facit hoc ad quod circumcisio ordinata erat, quam circumcisio faceret.
Ergo veniente Baptismo circumcisio cessare
debuit. |
S.c. 2 – Une fois venu ce qui est parfait, ce qui
était imparfait et ordonné à la même chose
demeurerait inutilement. Or, le baptême réalise plus
parfaitement ce à quoi la circoncision était ordonnée
que ne le faisait la circoncision. Une fois venu le baptême, la
circoncision devait donc cesser. |
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Quaestiuncula
2 |
Sous-question 2 – [Les autres dispositions de la loi devaient-elles aussi cesser ?] |
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[13551] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 2 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod nec alia legalia cessare debuerint. Christus enim, ut dicitur
Matth. 5,
non venit legem solvere, sed implere. Sed lex consistebat non tantum in moralibus,
sed etiam in sacramentis legalibus. Ergo non
venit ea solvere. |
1. Il semble que les autres dispositions de la loi ne
devaient pas non plus cesser. En effet, le Christ, comme il est dit en
Mt 5, ne vient pas détruire la loi, mais l’accomplir. Or,
la loi ne comprenait pas seulement des dispositions morales, mais aussi des
sacrements de la loi. [Le Christ] ne vient donc pas les détruire. |
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[13552] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 2 arg. 2 Praeterea, apud Deum non
est transmutatio. Sed signum mutationis voluntatis est ut praeceptum quod
prius datum est, postea revocetur. Cum ergo Deus haec sacramenta praeceperit,
videtur quod cessare non debuerant. |
2. Il n’y a pas de changement en Dieu. Or, le signe
du changement de volonté est qu’un commandement donné
antérieurement est révoqué par la suite. Puisque Dieu
avait ordonné ces sacrements, il semble donc qu’ils ne devaient
pas cesser. |
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[13553]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 2 arg. 3 Praeterea, praeceptum non potest revocari nisi per
aequalem, vel superiorem. Sed Deus nunquam revocasse legitur praeceptum de
sacramentis legalibus in nova lege. Ergo adhuc durant. |
3. Un commandement ne peut être
révoqué que par un égal ou un supérieur. Or, on
ne lit jamais que Dieu ait révoqué dans la loi nouvelle un
commandement concernant les sacrements de la loi. Ils durent donc encore. |
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[13554] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra est quod dicitur Heb. 10, 1: umbram habet lex futurorum bonorum.
Sed veniente veritate cessat figura. Ergo veniente Christo legalia cessare
debuerunt. |
S.c. 1 – En sens inverse, on lit dans
He 10, 1 : La loi contient l’ombre des biens à
venir. Or, une fois venue la vérité, la figure cesse. Une
fois le Christ venu, les dispositions légales devaient donc cesser. |
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[13555] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 2 S.c. 2 Praeterea, Hebr. 7, 12: translato
sacerdotio necesse est ut et legis translatio fiat. Sed in Christo
translatum fuit sacerdotium, ut ibidem apostolus probat. Ergo et legalia cessare debuerunt. |
S.c. 2 – Il est dit en He 7, 12 : Changé
le sacerdoce, nécessairement se produit aussi un changement de loi. Or,
dans le Christ, le sacerdoce a été changé, comme
l’Apôtre le montre en cet endroit. . Les dispositions légales
devaient donc changer. |
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Quaestiuncula
3 |
Sous-question 3 – [Les observances légales pouvaient-elles êre observées au temps de la grâce ?] |
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[13556] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 3 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod tempore gratiae poterant sine peccato observari. Omnis enim
Christi actio nostra est instructio. Sed Christus tempore gratiae ea
observavit, sicut in multis patet. Ergo licitum est tempore gratiae ea
servare. |
1. Il semble qu’au temps de la grâce, [les dispositions
légales] pouvaient être observées sans
péché. En effet, toute action du Christ est pour nous un
enseignement. Or, le Christ les a observées au temps de la
grâce, comme cela ressort clairement en plusieurs [endroits]. Il est
donc permis de les observer au temps de la grâce. |
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[13557] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
tempore apostolorum etiam observabantur, sicut patet Act. 16, de Paulo, qui
circumcidit Timotheum, et de eodem Act. 21, qui purificatus per legem,
templum intravit, et hostias obtulit: quod non fecisset ad vitandum
scandalum, si peccatum fuisset; quia veritas vitae non est dimittenda propter
scandalum. Ergo sine peccato tempore gratiae observari poterant. |
2. [Les dispositions légales] étaient aussi
observées à l’époque des apôtres, comme cela
ressort clairement de Ac 16, à propos de Paul qui circoncit
Timothée, et à propos du même, Ac 21, qui,
purifié selon la loi, est entré dans le Temple et a offert des
victimes. Il n’aurait pas fait cela pour éviter le scandale, si
cela avait été un péché, car la
vérité de la vie ne doit pas être mise de
côté à cause du scandale. Elles pouvaient donc être
observées au temps de la grâce. |
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[13558] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 3 arg. 3 Praeterea, omnis actus
qui non est de se malus, potest sine peccato fieri, et meritorie, si recta
intentione fiat. Sed sacrificare et circumcidi non sunt de se mala, alias
nunquam licita fuissent. Ergo si bona intentione fiant, erunt meritoria etiam
modo, nedum ut sint peccata. |
3. Tout acte qui n’est pas mauvais en soi peut
être accompli sans péché et de manière méritoire,
s’il est accompli avec une intention droite. Or, sacrifier et
être circoncis ne sont pas en eux-mêmes mauvais, autrement ils
n’auraient jamais été permis. S’ils sont accomplis
avec une bonne intention, non seulement ne sont-il donc pas un
péché, mais ils seront aussi méritoires maintenant. |
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[13559] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 3 S.c. 1 Sed contra est quod dicitur
Gal. 5, 2: si circumcidimini, Christus nihil vobis proderit. Sed omne
quod impedit profectum qui provenit ex Christi redemptione, est peccatum. Ergo
circumcisio tempore gratiae non poterat fieri sine peccato, et pari ratione
nec alia sacramenta. |
S.c. 1 – Il est dit en Ga 5, 2 : Si
vous êtes circoncis, le Christ ne vous sert à rien. Or, tout
ce qui empêche un progrès qui vient de la rédemption du
Christ est un péché. La circoncision au temps de la grâce
ne pouvait donc pas être accomplie sans péché et, pour la
même raison, ni les autres sacrements. |
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[13560] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 3 S.c. 2 Praeterea, Gal. 4, super
illud: quomodo convertimini rursus ad egena et infirma elementa ? Dicit
Glossa: ideo dicit, denuo, ut ostendat quod non distat modo lex post Christum
ab antiqua idolatria. Sed idolatria nunquam poterat observari sine peccato. Ergo nec legalia post
Christum. |
S.c. 2 – À propos de
Ga 4, 9 : Comment retournez-vous encore à ces
éléments sans force ni valeur ? la Glose dit :
«Il dit donc : “encore”, pour montrer
qu’après le Christ, la loi ne se distingue pas maintenant de
l’idolatrie ancienne.» Or, l’idolatrie ne pouvait jamais jamais
être accomplie sans péché. Il en est donc de même
pour les dispositions légales après le Christ. |
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Quaestiuncula
4 |
Sous-question 4 – [Sommes-nous tenus d’observer maintenant certaines dispositions légales ?] |
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[13561] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 4 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod usque modo teneamur aliqua legalia observare. Tenemur enim ad
observanda praecepta novi testamenti, et statuta Ecclesiae. Sed praeceptum apostolorum in
novo testamento fuit de quibusdam legalibus observandis. Act. 15, 28: visum est spiritui sancto et nobis nihil
ultra imponere vobis oneris quam ut abstineatis vos ab immolatis simulacrorum,
et sanguine, et suffocato, et fornicatione. Ergo adhuc tenemur ad haec
legalia servanda. |
1. Il semble que, jusqu’à maintenant, nous
soyons tenus d’observer certaines dispositions légales. En
effet, nous sommes obligés d’observer les commandements du
Nouveau Testament et les décisions de l’Église. Or, le
commandement des apôtres dans le Nouveau Testament a été
d’observer certaines dispositions légales.
Ac 15, 29 : L’Esprit Saint et nous avons
décidé de ne pas vous imposer d’autre fardeau que de vous
abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs
étouffées et de la fornication. Nous sommes donc encore
obligés d’observer ces dispositions légales. |
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[13562] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 4 arg. 2 Sed si dicatur, quod fuit
permissio apostolorum pro tempore illo; contra. Glossa ibidem dicit, haec
esse necessaria. Sed necessaria sunt sine quibus non est salus, et de quibus
non est permissio, sed praeceptum. Ergo adhuc observare tenemur. |
2. Mais si l’on
dit que c’était une permission des apôtres pour ce
moment-là, la Glose dit en sens contraire en cet endroit que ces
choses étaient nécessaires. Or, est nécessaire ce sans
quoi il n’y a pas de salut et pour quoi il n’y a pas de permission,
mais un commandement. Nous sommes donc encore obligés de les observer. |
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[13563] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 4 arg. 3 Si dicatur, quod per
Paulum revocatum est, ut cum dicitur 1 Timoth. 4, 4: nihil rejiciendum
quod cum gratiarum actione percipitur; contra. Inferior non potest praeceptum superioris
revocare. Sed Paulus fuit inferior quam totum apostolorum Concilium in
Hierusalem congregatum. Ergo non potuit revocare. |
3. Si l’on dit
que cela a été révoqué par Paul, de sorte que,
alors qu’il dit en 1 Tm 4, 4 : Rien ne doit
être rejeté de ce qui est pris avec action de grâce, en
sens contraire, [on dira] qu’un inférieur ne peut pas
révoquer un commandement d’un supérieur. Or, Paul
était inférieur à tout le concile des apôtres
rassemblé à Jérusalem. Il ne pouvait donc pas
révoquer [la décision de celui-ci]. |
|
[13564] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 4 S.c. 1 Sed contra, Petrus ibidem
dicit, Act. 15, quod per gratiam Christi salvamur in lege nova sine onere
legis, sicut et patres nostri; unde hoc jugum non est fidelibus imponendum. Sed onus praedictum est
observatio caeremonialium. Ergo ad ea servanda non tenemur. |
S.c. 1 – Pierre
dit au même endroit, Ac 15, que nous sommes sauvés sous la
loi nouvelle sans le fardeau de la loi [ancienne], comme nos pères.
Aussi ce fardeau ne doit-il pas être imposé aux fidèles.
Or, le fardeau mentionné est l’observance des dispositions
cérémonielles. Nous ne sommes donc pas obligés de les
observer. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13565] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad
primam quaestionem, quod cum venit quod perfectum est, evacuari debet quod ex parte
est, si ad idem ordinetur: quia gratia non facit per duo quod per unum potest
facere, sicut nec natura. Circumcisio autem imperfecta erat respectu Baptismi
tripliciter. Primo quantum ad significationem: quia non ita significabat
expresse emundationem totius hominis ab immunditia totius culpae originalis,
sicut ablutio baptismalis. Secundo quantum ad efficaciam: quia non tam
abundans gratia ad operandum et reprimendum fomitem in circumcisione dabatur
sicut in Baptismo. Tertio quantum ad utilitatem: quia non erat ejus utilitas
ita communis sicut Baptismi, cum haberet determinatum populum, determinatum
sexum, et determinatum tempus, quod in Baptismo non accidit; et ideo adveniente
tempore plenitudinis debuit cessare, Baptismo substituto. |
Lorsque vient ce qui est parfait, il faut rejeter ce qui
est partiel, si cela est ordonné à la même chose, car la
grâce ne réalise pas par deux choses ce qu’elle peut
réaliser par une seule, pas plus que la nature. Or, la circoncision
était imparfaite par rapport au baptême de trois
manières. Premièrement, quant à sa signification, car
elle ne signifiait pas aussi expressément pour tout homme la
purification de l’impureté de toute la faute originelle, comme
[le fait] l’ablution du baptême. Deuxièmement, quant
à son efficacité, car, dans la circoncision, une grâce
aussi abondante n’était pas donnée pour agir et pour
réprimer le désir désordonné, que dans le
baptême. Troisièmement, quant à son utilité, car
son utilité n’est pas aussi générale que celle du
baptême, puisqu’elle concernait un peuple
déterminé, un sexe déterminé et une époque
déterminée, ce qui n’est pas le cas du baptême.
C’est pourquoi, avec la venue du temps de la plénitude, elle devait
cesser pour laisser la place au baptême. |
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[13566]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod aeternum
hic accipitur pro saeculo; quod habet quidem finem, sed non est determinatus
nobis. Vel etiam dicendum, quod circumcisio corporalis potuit esse in foedus
aeternum quantum ad suum significatum, et quantum ad id quod ei succedit;
sicut etiam fides potest dici semper manere ratione visionis, quae ei
succedit in patria. |
1. Ce qui est éternel est entendu ici du
siècle, qui a un terme, qui n’est pas précisé pour
nous. Ou encore, il faut dire que la circoncision corporelle pouvait exister
en vue d’une alliance éternelle pour ce qu’elle signifiait
et pour ce qui lui a succédé ; de même qu’on
peut dire que la foi demeure toujours, en raison de la vision qui lui
succède dans la patrie. |
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[13567] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
quamvis cum lege non inceperit circumcisio, tamen propter legem incepit quasi
legis praeparatorium; et ideo cessante lege cessare debuit. |
2. Bien que la circoncision n’ait pas commencé
avec la loi, cependant elle a commencé en vue de la loi, comme quelque
chose de préparatoire. Aussi, la loi cessant, devait-elle cesser. |
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[13568] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod principalis significatio ad quam circumcisio instituta
est, est ablatio originalis culpae, quia sacramentalis significatio refertur
ad effectum. Hoc autem non semper faciendum erat per circumcisionem; et ideo
non oportebat quod circumcisio semper remaneret. Alia autem significatio est
ex consequenti, et secundum illam non oportet accipi judicium de duratione
circumcisionis. Thurificationis autem significatio nunquam fuit ad
significandum aliquid ut effectum ejus; et ideo non est similis ratio. |
3. La principale signification pour laquelle la
circoncision a été instituée est la suppression de la
faute originelle, parce que la signification sacramentelle est en rapport
avec l’effet. Or, cela ne devait pas se réaliser toujours par la
circoncision. C’est pourquoi il n’était pas
nécessaire que la circoncision demeure. Une autre signification vient
de ce qui suit : selon celle-ci, il n’est pas nécessaire de
porter un jugement sur la durée de la circoncision. Mais la
signification de l’encensement n’a jamais été de
signifier quelque chose qui était son effet. Ce n’est donc pas
le même raisonnement. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13569] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod triplex erat praecipua ratio
cessationis legalium. Una est, quia lex instituta fuit ad significandum
gratiam novi testamenti, quae per Christum facta est; et ideo veniente
Christo cessare debuerunt, sicut veniente corpore cessat umbra; et hanc
causam tangit apostolus Hebr. 10, 1: umbram habens lex futurorum bonorum.
Alia ratio est ex imperfectione: quia in legalibus gratia non conferebatur
quantam oportebat in novo testamento dari. Sicut enim virtus naturalis rei
naturali proportionatur, ita virtus sacramentalis sacramento; unde oportuit
alia sacramenta institui, in quibus amplior gratia conferretur; et hanc
causam tangit apostolus Heb. 7, 18: reprobatio quidem fit prioris mandati
propter infirmitatem et inutilitatem. Tertia accipitur ex parte eorum
quibus lex data est, qui erant parvuli; et ideo erant paulatim a pristina consuetudine
idolatriae abstrahendi, ut sic eis concederetur eadem Deo offerre quae prius
idolis obtulerunt, vel offerri viderant, sicut Rabbi Moyses dicit. Sed
postmodum quando ad perfectam aetatem humanum genus pervenit, debuit ab his
observantiis liber esse. Et hanc causam
tangit apostolus Gal. 3 et 4, et Petrus Act. 15, ostendens illa legalia in
onus populo rudi imposita esse. |
Il y avait trois raisons pour que les dispositions
légales cessent. L’une, parce que la loi a été
instituée pour signifier la grâce de la nouvelle alliance, qui a
été réalisée par le Christ ; dès lors
que le Christ est venu, elles devaient donc cesser, comme lorsque
l’ombre cesse lorsqu’un corps approche. C’est cette raison
que donne l’Apôtre en He 10, 1 – [La loi]
était l’ombre des biens à venir. Une autre raison
vient de leur imperfection, car, sous les dispositions légales, la
grâce n’était pas conférée autant
qu’elle devait être donnée sous la nouvelle alliance. En
effet, de même que la puissance naturelle d’une chose est proportionnée
à sa nature, de même la puissance sacramentelle est-elle
proportionnée au sacrement. Il était donc nécessaire que
d’autres sacrements soient institués, dans lesquels une
grâce plus abondante serait conférée. C’est cette
raison qu’aborde l’Apôtre en He 7, 18 : Ainsi
se trouve abrogé un commandement antérieur en raison de sa
faiblesse et de son inutilité. La troisième raison se prend
du point de vue de ceux à qui la loi a été
donnée, qui étaient des petits enfants. C’est pourquoi
ils devaient être peu à peu arrachés de la coutume
ancienne de l’idolâtrie, afin qu’il leur soit ainsi permis
d’offrir à Dieu les mêmes choses qu’ils offraient ou
semblaient auparavant offrir aux idoles, comme le dit Rabbi Moïse. Mais,
par la suite, lorsque le genre [humain] fut parvenu à
l’âgre adulte, il devait être libéré de
telles observances. C’est cette raison qu’abordent
l’Apôtre, en Ga 3 et 4, et Pierre, en Ac 15, en montrant que
ces dispositions légales avaient été imposées
à un peuple ignorant. |
|
[13570] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Christus in hoc legem implevit quod moralibus praeceptis consilia
apposuit, et praecepta magis elucidavit: sed figuris caeremonialium veritatem
apposuit, et ea in seipso suscepit. |
1. Le Christ a accompli la loi en ajoutant aux
préceptes moraux des conseils et en clarifiant davantage les
préceptes. Mais il a ajouté la vérité aux
préceptes cérémoniels et l’a accueillie en
lui-même. |
|
[13571] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
non ex mutabilitate praecipientis, sed ex prudenti dispensatione contingit
quod diversa praecepta diversis temporibus accommoda proponit, sicut est in
proposito. |
2. Il arrive que ce ne soit pas en raison de
l’immuabilité de celui qui ordonne, mais d’un
aménagement prudent, que divers préceptes soient adaptés
à des moments différents, comme c’est le cas ici. |
|
[13572] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod dominus ipso facto revocavit, adimplens in se quod in
figura praeceperat observandum; et ideo in sua passione dixit: consummatum
est. Joan. 19, 30. |
3. Le Seigneur a révoqué par le fait
même ce qu’il avait prescrit d’observer en figures, en
l’accomplissant en lui-même. C’est pourquoi il dit durant
sa passion : Tout est consommé, Jn 19, 30. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13573] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem
dicendum, quod haec quaestio videtur habere difficultatem ex quibusdam
contrarietatibus quae super hoc inveniuntur tam in canone, quam in dictis
sanctorum. Quandoque enim inveniuntur observata
legalia tempore gratiae, quandoque autem prohibita; et de hoc etiam Petrus a
Paulo redargutus videtur Gal. 2. Et ideo super hoc Hieronymus et Augustinus
diversa sensisse videntur. Volebat enim Hieronymus quod legalia statim post
passionem Christi quantum ad hos ad quos gratia novi testamenti manifeste
divulgata erat, fuerunt mortifera; sed apostolos quadam pia dispensatione his
usos fuisse ad vitandum scandalum Judaeorum; et ideo Petrus judaizans non
peccavit, dispensatorie id faciens, secundum quod etiam dicitur 1 Corinth. 9,
22: omnibus omnia factus sum; et similiter Paulus dispensatorie eum
redarguit, ne gentiles exemplo Petri, quorum ipse apostolus erat, veteris
legis sacramenta quasi necessaria quaererent: quia et ipse invenitur eadem
pia simulatione servasse; et sic uterque excusatur, et Petrus a culpa, et
Paulus a procaci reprehensione. Sed quia non videtur conveniens quod apostoli
aliquid contra veritatem doctrinae fecissent ad vitandum scandalum Judaeorum,
nec iterum videtur conveniens quod Paulus in epistola ad Galatas aliquid
simulate diceret, ubi dicit Petrum reprehensibilem fuisse; ideo Augustinus
aliter dicit, et melius, quod ante Christi passionem legalia fuerunt
observanda ex necessitate divinae jussionis, et habuerunt adhuc effectum; sed
post Christi passionem ante divulgationem Evangelii observari poterant a
Judaeis ad fidem conversis, non spem in ipsis ponentibus, quasi alicujus
virtutis essent, aut quasi sine eis gratia Christi non sufficeret ad salutem,
sed ne omnino videretur lex vetus reprobanda, si statim quasi idolatria fugeretur;
et ideo hoc modo erat mater synagoga deducenda ad tumulum cum honore. Sed
post divulgationem Evangelii non solum non sunt salutifera, sed mortifera.
Medio ergo tempore Petrus et Paulus et alii apostoli legalia observabant non
simulatorie, sed vere. Petrus tamen incaute se habuit in observatione legalium,
nimis condescendens Judaeis illis qui legalia observanda esse dicebant, ita
ut aliqui ejus exemplo inducerentur ad ea observanda quasi necessaria; et
ideo vere reprehensibilis erat, et aliquam levem incurrit culpam; et Paulus
vere et non dispensative ipsum reprehendit. |
Cette question semble comporter une difficulté en
raison de contradictions qui se trouvent tant dans le droit canonique que
dans les paroles des saints. En effet, on trouve parfois que les observances
de la loi sont prohibées au temps de la grâce, et parfois
qu’elles sont permises ; c’est sur ce point que Pierre
semble être repris par Paul en Ga 2. C’est pourquoi
Jérôme et Augustin semblent avoir eu une opinion
différente à ce sujet. En effet, Jérôme voulait
que les dispositions légales aient été causes de mort
immédiatement après la passion du Christ pour ceux à qui
la grâce de la nouvelle alliance avait été manifestement
révélée, mais que les apôtres en aient fait usage
en vertu d’un pieux aménagement afin d’éviter le
scandale des Juifs. C’est pourquoi Pierre n’a pas péché
en judaïsant, en faisant cela selon un aménagement,
conformément à ce qui est aussi dit en
1 Co 9, 22 : Je me suis fait tout pour tous. De
même Paul le reprit-il, de crainte que les païens, à
l’exemple de Pierre qui en était l’apôtre, ne
recherchent les sacrements de la loi ancienne comme s’ils
étaient nécessaires, car on voit que lui-même a
observé les mêmes choses par une pieuse dissimulation. Ainsi,
les deux sont excusés : Pierre, de la faute, et Paul, d’un
reproche insolent. Mais parce qu’il ne semble pas convenable que les
apôtres aient accompli quelque chose à l’encontre de la
vérité de la doctrine pour éviter un scandale de la part
des Juifs, et qu’il ne semble pas non plus convenable que Paul, dans
l’épître aux Galates, ait parlé avec feinte
lorsqu’il dit que Pierre était répréhensible,
Augustin s’exprime autrement et en mieux : avant la passion du
Christ, les dispositions légales devaient être observées
en vertu du caractère obligatoire d’un commandement divin, et
elles étaient encore en vigueur ; mais, après la passion
du Christ, elles pouvaient être observées par les Juifs
convertis à la foi, non pas en mettant en elles leur espérance,
comme si elles possédaient quelque puissance, et comme si, sans elles,
la grâce du Christ ne suffisait pas au salut, mais afin qu’il ne
semble pas que la loi ancienne dût être complètement
rejetée, si on la rejetait immédiatement comme
l’idolâtrie. Mais, après la diffusion de
l’évangile, non seulement [les dispositions légales] ne
sont-elles pas salutaires, mais elles donnent la mort. Dans
l’époque intermédiaire, Pierre, Paul et les autres apôtres
observaient les dispositions légales, non par feinte, mais en
vérité. Toutefois, Pierre se comporta de manière
imprudente pour l’observance des dispositions légales, en se
montrant trop condescendant vis-à-vis des Juifs qui disaient que les
dispositions légales devaient être observées, de telle
sorte que certains étaient amenés par son exemple à les
observer comme si elles étaient nécessaires. C’est
pourquoi il était vraiment répréhensible et il encourut
une faute légère ; mais Paul le réprimanda
conformément à la vérité, et non selon
l’aménagement. |
|
[13574] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 3 ad 1 Et per hoc patet solutio ad
primum et secundum: quia ante Christi passionem, quando Christus ea servavit,
non erant mortua nec mortifera, sed salutifera; tempore vero apostolorum ante
divulgationem Evangelii erant quidem mortua, quasi nullius existentia
utilitatis, sed non mortifera. |
1-2. La solution des arguments un et deux est ainsi
claire, car, avant la passion du Christ, alors que le Christ les observait
encore, elles n’étaient pas mortes ni n’apportaient la
mort, mais elles étaient salutaires. Mais, à l’époque
des apôtres, avant la diffusion de l’évangile, elles
étaient à la vérité mortes, comme si elles
n’avaient aucune utilité, mais elles n’apportaient pas la
mort. |
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[13575] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod una circumstantia mutata facit actum bonum in genere,
vel malum; et ideo legalia, quae absque consideratione alicujus temporis sunt
indifferentia, suo tempore facta fuerunt bona, tempore autem non suo
observata, sunt facta mala; et ideo bona intentione fieri non possunt bene. |
3. Une seule circonstance rend un acte bon ou mauvais
d’une manière générale. C’est pourquoi les
dispositions légales, qui sont indifférentes aux
considérations de temps, sont devenues bonnes en leur temps, mais,
observées à une époque qui n’était pas la
leur, elles sont devenues mauvaises. C’est pourquoi elles ne peuvent
pas devenir bonnes en vertu d’une bonne intention. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[13576] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5 qc.
4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod circa hoc tres sunt opiniones. Una
opinio dixit, quod ad litteram intelligendum est illud praeceptum quod
legitur in actibus, et ejus obligatio usque nunc manet. Sed hoc manifeste contrariatur
dictis Pauli, qui dixit nihil esse commune, idest immundum, per Christum,
nisi ei qui aestimat aliquid esse commune, Rom. 14; et iterum est contra
rationem: quia cum hoc praeceptum non sit morale, quia naturalis ratio illud
non dictat, oportet quod sit caeremoniale; et ideo ejus obligatio non manet
magis quam aliorum. Et ideo alii dixerunt,
quod non est intelligendum ad litteram de sanguine animalis, et suffocato
animali, sed de effusione sanguinis quae fit per homicidium, et de
suffocatione pauperum. Sed hoc non potest stare: quia Hieronymus Ezech. 18,
post illam expositionem mysticam, expositionem ponit litteralem, quam dicit
apostolos etiam intendisse. Et ideo alii dicunt, quod epistola apostolorum
non erat praeceptoria quantum ad hoc quod abstinerent se ab immolatitiis, et
sanguine, et suffocato; sed erat quaedam provisio ad conservandam pacem, et
communem vitam gentilium et Judaeorum fidelium; et ideo fornicationem prohibuerunt
quasi per se malum, quod apud gentiles non reputabatur pro peccato. Immolatitium
autem prohibuerunt quasi illud quod posset suspicionem idolatriae adhuc
retentae generare de gentilibus in cordibus Judaeorum; sanguinem autem
suffocatum sicut quod Judaei abominabantur propter dissuetudinem: sicut etiam
usque hodie si aliquis socialiter vult alii convivere, oportet quod abstineat
ab his quae alter abominatur. |
À ce sujet, il y a trois opinions. Une opinion dit
qu’il faut entendre à la lettre ce précepte qu’on
lit dans les Actes, et que son obligation demeure jusqu’à
maintenant. Mais cela est manifestement contraire à ce que dit
Paul : il dit que ce qui est impur n’a rien de vulgaire,
c’est-à-dire d’impur, dans le Christ, si ce n’est
pour celui qui estime que cela est vulgaire, Rm 14. Cela est aussi
contraire à la raison, car, comme ce précepte n’est pas
[un précepte] moral, puisque la raison ne l’impose pas, il est
nécessaire qu’il soit cérémoniel. C’est
pourquoi son obligation ne dure pas davantage que celle des autres. Aussi
d’autres ont-ils dit qu’il ne fallait pas l’entendre
à la lettre du sang d’un animal ni d’un animal
étouffé, mais de l’effusion du sang qui survient dans
l’homicide et de l’étouffement des pauvres. Mais cela ne
tient pas, car Jérôme, à propos de Ez 18,
après cette interprétation mystique, propose une
interprétation littérale, dont il dit que les apôtres
l’avaient en vue. C’est pourquoi d’autres disent que la
lettre des apôtres n’avait pas le caractère de précepte,
pour ce qui était de l’abstention des viandes immolées,
du sang et de la chair étouffée, mais qu’elle
était une disposition en vue de préserver la paix et la vie
commune entre les païens et les Juifs croyants. C’est ainsi
qu’ils ont interdit la fornication parce qu’elle était mal
en elle-même, alors qu’elle n’était pas
considérée comme un péché par les païens.
Mais ils ont interdit la viande immolée comme quelque chose qui
pouvait engendrer dans le cœur des Juifs un soupçon que les
païens avaient conservé l’idolâtrie ; [ils ont
interdit] le sang de la chair étouffée parce que les Juifs
l’avaient en abomination, en ayant perdu l’habitude, comme
aujourd’hui encore, si quelqu’un veut vivre en
société avec un autre, il lui faut s’abstenir de ce que
l’autre a en abomination. |
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[13577]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 4 ad 1 Et per hoc patet responsio ad
primum. |
1. La réponse au premier argument ressort ainsi
clairement. |
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[13578] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 5
qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
dicuntur esse necessaria quantum ad sensum mysticum praetactum, vel quantum
ad observandum communitatem vitae inter Judaeos et gentiles. |
2. On dit qu’elles sont nécessaires quant au
sens mystique qui y est abordé à l’avance, ou en vue de
maintenir la vie commune entre les Juifs et les païens. |
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[13579] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 5 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod Paulus non revocavit, sed exposuit apostolorum intentionem,
sicut qui praesens fuerat quando sententia data erat. Unde dicitur 1 Corinth.
8, 1: de his autem quae idolis immolantur, non omnes habemus scientiam:
quia non omnes intelligebant qualiter essent prohibita. |
3. Paul n’a pas abrogé, mais expliqué
l’intention des apôtres, comme celui qui était
présent lorsqu’on a fait connaître la décision.
Aussi est-il dit en 1 Co 8, 1 : En ce qui concerne ce
qui est immolé aux idoles, nous n’avons pas tous la science,
car tous ne comprenaient pas comment elles étaient interdites. |
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Articulus 6 [13580] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 6 tit. Utrum sola
fides valeret parvulis ad remissionem originalis peccati |
Article
6 – Est-ce que la foi seule suffisait aux enfants pour la
rémission du péché originel ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Avant la circoncision, la foi seule suffisait-elle aux enfants pour la rémission du péché originel ?] |
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[13581] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 1 arg. 1 Ad sextum sic
proceditur. Videtur quod ante circumcisionem non valebat ad remissionem
originalis peccati pro parvulis sola fides. Efficacior enim est caritas quam
fides. Sed caritas aliena nunquam sufficit ad meritum. Ergo nec fides ad
justificationem. |
1. Il semble qu’avant la circoncision, la foi seule
ne suffisait pas aux tout-petits pour la rémission du péché
originel. En effet, la charité est plus efficace que la foi. Or, la
charité d’un autre ne suffit jamais pour le mérite. La
foi non plus ne suffit donc pas pour la justification. |
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[13582] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6
qc. 1 arg. 2 Praeterea, si fides
aliena valebat, ergo eadem ratione etiam infidelitas nocebat; et ita ex
peccato actuali parentum puer puniretur; quod est inconveniens. |
2. Si la foi d’un autre suffisait, pour la
même raison l’infidélité lui nuisait. Et ainsi, un
enfant serait puni pour le péché actuel de ses parents, ce qui
est incorrect. |
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[13583] Super Sent., lib.
4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
fides non magis juvat alium quam habentem. Sed illi qui habebant fidem, non
semper juvabantur a fide: quia poterat esse quod haberent fidem informem. Ergo nec puero valebat fides
parentum ad delendum originale peccatum. |
3. La foi n’aide personne d’autre que celui
qui la possède. Or, ceux qui avaient la foi n’étaient pas
toujours aidés par la foi, car il pouvait arriver qu’ils aient
une foi informe. La foi des parents n’était donc pas utile pour
détruire le péché originel. |
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[13584] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 1 S.c. 1 Sed contra est quod dicit Gregorius
in littera. |
S.c. 1 – Ce que dit Grégoire dans le texte
va en sens contraire. |
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[13585] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, peccatum quod ex
altero contrahitur, ex altero potest habere medicinam. Sed peccatum originale
parvuli ex altero contrahebatur. Ergo poterat ex fide aliena ab ipso mundari. |
S.c. 2 – Le péché qui est
contracté à partir d’un autre peut avoir un remède
à partir d’un autre. Or, le péché originel de
l’enfant est contracté à partir d’un autre. Il
pouvait donc être purifié par la foi à partir de la foi
d’un autre. |
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Quaestiuncula
2 |
Sous-question 2 – [La foi suffisait-elle, sans un signe extérieur, pour les enfants ?] |
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[13586] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2
a. 6 qc. 2 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod fides non suffecerit sine aliquo exteriori signo. Dicit enim
Augustinus contra Faustum, quod in nullum nomen religionis, sive verum, sive
falsum, poterant homines sine aliquo signo visibili adunari. Sed per illud
quo originale deletur, homines in religionem verae fidei adunantur: quia
oportet hujusmodi remedium esse intrantium. Ergo oportebat quod fieret aliquo
visibili signo. |
1. Il semble que la foi ne suffira pas sans un signe
extérieur. En effet, Augustin dit contre Faustus que les hommes ne
pouvaient être rassemblés dans ce qu’on appelle religion,
que ce soit vrai ou faux, sans un signe extérieur. Or, les hommes sont
rassemblés dans la religion de la vraie foi par ce qui détruit
le péché originel, car il était nécessaire
qu’un remède de cette sorte soit celui de ceux qui entrent. Il
fallait donc que cela se réalise par un signe visible. |
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[13587] Super Sent.,
lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
actus mentis potest se extendere ad natos et non natos, sed conceptos,
aequaliter. Si ergo fides sine exteriori signo sufficiebat ad deletionem
originalis, videtur quod poterant etiam nondum nati ab originali peccato per
fidem mundari. |
2. Un acte de l’esprit peut s’étendre
également à ceux qui sont nés et à ceux qui ne le
sont pas, mais qui sont seulement conçus. Si donc la foi sans un signe
extérieur suffisait pour détuire le péché
originel, il semble que même ceux qui ne sont pas encore nés pouvaient
être purifiés du péché originel. |
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[13588] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 2 arg. 3 Praeterea, modo non valet fides ad salutem sine aliquo
signo exteriori. Si ergo tunc valuisset, videtur quod fuisset majoris efficaciae
quam modo. |
3. Maintenant, la foi ne sert pas pour le salut sans un
signe extérieur. Si donc elle était alors utile, il semble
qu’elle était d’une plus grande efficacité que
maintenant. |
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[13589]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 2 S.c. 1 Sed contra est, quia secundum hoc non esset differentia
inter parvulos et adultos, quam tamen Gregorius assignat. |
S.c. 1 – En sens inverse, il n’y aurait pas
ainsi, entre les enfants et les adultes, la différence que
Grégoire indique. |
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[13590] Super Sent.,
lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 2 S.c. 2 Praeterea,
omnia sacramenta illius temporis habebant totam efficaciam suam ex fide. Ergo tantum faciebat fides
sine exteriori signo, quantum cum eo; et ita exteriora signa non
requirebantur, ut videtur. |
S.c. 2 – Tous les sacrements de cette époque
tenaient toute leur effacité de la foi. La foi avait donc la
même efficacité sans signe extérieur qu’avec
celui-ci. Et ainsi, les signes extérieurs n’étaient pas
requis, semble-t-il. |
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Quaestiuncula
3 |
Sous-question 3 – [Un signe extérieur était-il nécessaire pour les adultes ?] |
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[13591] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in adultis non requireretur sacrificium, vel aliud hujusmodi. Non minus enim valet alicui fides propria quam alteri fides aliena. Sed pueris sufficiebat fides aliena sine exteriori signo, ut probatum est. Ergo et adultis. |
1. Il semble que, pour les adultes, un sacrifice ou
quelque chose du genre ne soit pas requis. En effet, la foi propre
n’est pas moins utile à quelqu’un que la foi d’une
autre pour quelqu’un d’autre. Or, pour les enfants, la foi
d’un autre sans signe extérieur suffisait, comme on l’a
montré. Il en était donc de même pour les adultes. |
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[13592] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Hugo de sancto Victore dicit, quod nullus
obligabatur ad sacramenta illius temporis, sed voto celebrabantur. Sed quod
est hujusmodi, non est de necessitate salutis. Ergo absque sacrificiis
poterat emundari ab originali. |
2. Hugues de Saint-Victor dit que personne
n’était obligé de recevoir les sacrements de cette
époque, mais qu’ils étaient célébrés
en intention. Or, ce qui est de ce genre n’est pas nécessaire au
salut. Il pouvait donc être purifié du péché
originel sans les sacrifices. |
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[13593]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 3 S.c. 1 Sed contra est quod Gregorius in littera dicit, quod pro
parvulis sola fides, pro adultis sacrificia et oblationes valebant. |
S.c. 1 – S’oppose à cela ce que dit
Grégoire dans le texte, que seule la foi était utile pour les
enfants, mais, pour les adultes, les sacrifices et les offrandes [aussi]. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13594] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 6 qc. 1 co. Respondeo dicendum, quod peccatum originale est peccatum
naturae: natura autem reparari non poterat nisi per Christum; et ideo nunquam
poterat remitti peccatum originale alicujus nisi facta relatione, et quadam
continuatione illius qui curari debebat, ad Christum, quod per fidem fiebat;
et ideo fides mediatoris semper fuit efficax ad curandum ab originali: in
illis quidem qui usum liberi arbitrii habebant, propria; in aliis vero
aliena, ut nec eis omnino deesset divinum remedium. |
Le péché originel est un
péché de nature. Or, la nature ne pouvait être
réparée que par le Christ. C’est pourquoi le péché
originel de quiconque ne pouvait être remis sans que soit établi
un certain rapport, un certain contact, de celui qui devait être
guéri avec le Christ, qui se réalisait par la foi. C’est
ainsi que la foi au médiateur fut toujours efficace pour guérir
le péché originel : chez ceux qui avaient l’usage du
libre arbitre, [la foi] personnelle [était nécessaire] ;
chez les autres, la foi d’un autre, de sorte que même à
eux, le remède divin ne fasse pas défaut. |
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[13595] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 1 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod fides in cognitione est, caritas autem in
affectione. Affectio autem est ejus quod est
sibi bonum; sed cognitio est ejus quod est verum simpliciter; et ideo fides
poterat magis respicere mediatorem, prout erat causa salutis alteri, quam
caritas; et propter hoc magis justificatio quae fit in sacramentis,
attribuitur fidei quam caritati. |
1. La foi se trouve dans la connaissance, mais la
charité dans l’affectivité. Or,
l’affectivité porte sur ce qui est bon pour soi ; mais la
connaissance porte sur ce qui est tout simplement vrai. C’est pourquoi
la foi, plutôt que la charité, pouvait davantage concerner le médiateur
en tant qu’il est cause de salut pour un autre. Pour cette raison, la
justification qui se réalise dans les sacrements est attribuée
à la foi plutôt qu’à la charité. |
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[13596] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 1 ad
2 Ad
secundum dicendum, quod fides aliena non juvabat inquantum erat actus personae,
sed ex parte illa qua respiciebat objectum suum, scilicet Christum, quod erat
medicina totius naturae; in quo habebat quamdam similitudinem cum sacramentis
nostris, inquantum justificabat ex objecto, quasi ex opere operato, non autem
ex opere operante. |
2. La foi d’un autre n’était pas utile
en tant qu’elle était l’acte d’une personne, mais en
tant qu’elle portait sur son objet, le Christ, qui était le
médiateur de toute la nature. En cela, elle avait une certaine
ressemblance avec les sacrements pour autant qu’elle justifiait par l’objet,
comme par l’acte posé [ex opere operato], et non en
raison de l’agent [ex opere operante]. |
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[13597] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 1 ad
3 Et
per hoc patet solutio ad tertium: quia formatio et informitas fidei sunt
conditiones ejus ex parte operantis, non autem ex parte objecti; et ideo
informitas fidei in parente non impediebat effectum salutis in filio; impediebat
autem in ipso, quia informitas illa proveniebat ex aliquo quod erat
contrarium saluti, scilicet ex peccato mortali. |
3. La solution du troisième argument ressort ainsi
clairement, car le fait que la foi soit formée ou informe
relève de conditions du point de vue de l’agent, et non du point
de vue de l’objet. C’est pourquoi le fait que la foi ne soit pas
formée chez le parent n’empêchait pas l’effet du salut
chez le fils ; mais il l’empêchait chez [le parent], car le
fait que cette foi n’était pas formée venait de quelque
chose qui était contraire au salut, à savoir, le
péché mortel. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13598] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 6 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod circa hoc est
duplex opinio. Quidam enim dicunt, quod non sufficiebat fides sine protestatione
fidei facta per aliquod exterius signum; et erat differentia inter parvulos
et adultos quantum ad hoc tantum quod parvulis sufficiebat fides aliena cum
exteriori signo ab aliis facto, sed adultis fides propria cum signo ab eis
facto. Sed quia hoc non videtur consonare cum verbis Gregorii in littera
positis, ideo alii probabilius dicunt, quod parvulis sufficiebat sola fides
sine omni exteriori signo; non autem habitus fidei solum, sed motus ejus
relatus ad salutem pueri in vi cujusdam professionis interioris fidei,
quicumque esset ille qui quoquo modo professionem fidei suae ad puerum suum
referret; magis tamen pertinebat hoc ad parentes, qui pueri curam habere
debebant, et per quos originale contraxerat. |
À ce sujet, il y a deux opinions. En effet, certains
disent que la foi ne suffisait pas sans une attestation de la foi par un
signe extérieur ; la différence entre les enfants et les
adultes ne consistait que dans le fait que, pour les enfants, suffisait la
foi d’un autre accompagnée d’un signe extérieur
fait par d’autres, mais, pour les adultes, la foi propre
accommpagnée d’un signe fait par d’autres. Mais parce que
cela ne semble pas s’accorder avec les paroles de Grégoire
rappelées dans le texte, d’autres disent de manière plus
probable que, chez les enfants, suffisait la foi seule, sans aucun signe
extérieur, non seulement l’habitus de foi, mais son mouvement
orienté vers le salut de l’enfant en vertu d’une
profession de foi intérieure, quelle que soit la personne qui, de
quelque façon que ce soit, mettait en rapport la profession de sa
foi avec son enfant. Cependant, cela relevait davantage des parents, qui
devaient prendre soin de l’enfant, et par qui celui-ci avait
contracté le péché originel. |
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[13599] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 2 ad
1 Ad
primum ergo dicendum secundum hoc, quod illud per quod homines tempore legis
naturae in veram religionem congregabantur, non habebat virtutem nisi ex
fide; et ideo non erat necessitatis, sed pro voto celebrabatur, ut unus alii
innotesceret. |
1. D’après cela, ce par quoi les hommes
étaient rassemblés dans la vraie religion au temps de la loi
naturelle n’avait de puissance que par la foi. C’est pourquoi
cela n’était pas célébré de manière
obligatoire, mais volontairement, afin que l’un soit connu de
l’autre. |
|
[13600]
Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod puer adhuc in utero matris
existens, quantum ad humanam cognitionem pertinet, non habet esse distinctum
a matre, et ideo per actum hominis consequi non potest nec nunc ut mundetur
ab originali per Baptismum, nec tunc ut mundaretur per fidem parentum: sed
divinitus mundari potest, sicut de sanctificatis in utero apparet. |
2. L’enfant qui est encore dans le sein de sa
mère ne peut pas être distingué de sa mère pour ce
qui est de la connaissance humaine. C’est pourquoi il ne peut obtenir
par un acte d’homme ni d’être maintenant purifié du
péché originel par le baptême, ni d’être
alors purifié par la foi de ses parents. Mais il peut être
purifié par Dieu, comme cela ressort clairement de ceux qui ont
été sanctifiés alors qu’ils étaient dans le
sein. |
|
[13601] Super
Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod fidei efficacia non est diminuta, cum omnia
sacramenta ex fide efficaciam habeant; sed est ei aliquid adjunctum quod
necesse est observari; sicut non est minoris efficaciae lex moris in religioso
quam in saeculari; quamvis praecepta moralia sufficiant ad salutem in
saeculari, sed in religioso requirantur consilia, ad quae se ex voto
obligavit. |
3. L’efficacité de la foi n’est pas
diminuée, puisque tous les sacrements tiennent leur efficacité
de la foi, mais quelque chose lui est associé qu’il est
nécessaire d’observer. Ainsi, la loi morale n’est pas
moins efficace chez le religieux que chez le séculier, bien que les
préceptes moraux suffisent au salut chez le séculier, mais que
les conseils auxquels il s’est obligé par vœu soient
exigés chez le religieux. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13602] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod illa sacramenta legis naturae
non erant ex praecepto divino obligantia, sed ex voto celebrabantur, secundum
quod unicuique dictabat sua mens, ut fidem suam aliis exteriori signo
profiteretur ad honorem Dei, secundum quod habitus caritatis inclinabat ad
exteriores actus; et sic dicimus de caritate, quod sufficit motus interior;
quando autem tempus habet operandi, requiruntur etiam exteriores actus. Ita etiam quantum ad adultos in lege naturae sufficiebat
sola fides, cum etiam modo sufficiat ei qui non ex contemptu sacramenta dimittit;
sed ipsa fides, quando tempus habebatur, instigabat ut se aliquibus signis
exterioribus demonstraret. Quando autem illa signa adhibebantur, non erat
efficacia remissionis culpae ex illis exterioribus, sed ex interiori fide; et
sic intelligenda sunt verba Gregorii. |
Les sacrements de la loi naturelle n’obligeaient
pas selon un précepte divin, mais ils étaient volontairement
célébrés, selon que son esprit le dictait à
chacun, afin de professer pour les autres sa foi en l’honneur de Dieu
par un signe extérieur, selon que l’habitus de charité
poussait à des actes extérieurs. Ainsi disons-nous que le
mouvement intérieur de la charité suffit, mais lorsque le temps
est venu d’agir, des actes extérieurs sont aussi
nécessaires. De même aussi, pour ce qui était des adultes
sous la loi naturelle, la foi seule suffisait, puisque même maintenant
elle suffit à celui qui n’écarte pas les sacrements par
mépris. Mais la foi elle-même, lorsque le temps était
venu, poussait à se manifester par certains signes extérieurs.
Mais lorsque ces signes étaient montrés,
l’efficacité de la rémission de la faute ne venait pas de
ces [signes] extérieurs, mais de la foi intérieure. C’est
ainsi que doivent se comprendre les paroles de Grégoire. |
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[13603] Super Sent., lib. 4 d. 1
q. 2 a. 6 qc. 3 ad arg. Et per hoc patet solutio ad objecta. |
1-2. Ainsi ressort clairement la solution aux objections. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 1 |
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[13604] Super Sent., lib. 4 d. 1 q. 2 a. 6 qc. 3
expos. In sinu Abrahae, sinus Abrahae dicitur Limbus patrum, in quo distincti erant sancti
ab aliis; et quia Abraham primus ab infidelibus loco et ritu se separasse
legitur, ideo dicitur Abrahae sinus. Lapideo cultro, intelligendum est
non semper, sed in quibusdam notabilibus circumcisionibus, sicut legitur
Exod. 4, et Josue 5. In carne vero praeputii ideo jussa est fieri
circumcisio, quia in remedium instituta est originalis peccati. Caro
praeputii dicitur pellicula contegens carnem: quia in ipsa carne, ubi
concupiscentia magis est, non poterat abscissio fieri sine periculo. Tamen
sub lege, ingruente necessitate mortis, ante octavum diem circumcidebant sine
peccato filios. Magister hic loquitur secundum opinionem suam; tamen alia
opinio quae supra posita est, videtur esse magis probabilis. |
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Distinctio 2 |
Distinction 2 – [Les sacrements de la loi nouvelle]
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Quaestio 1 |
Question 1 – [Présupposés aux sacrements de la loi nouvelle] |
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Prooemium |
Prologue
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[13605]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 pr. Postquam
determinavit Magister de sacramentis in communi, hic descendit ad sacramenta
novae legis, de quibus principaliter intendit; et dividitur in partes duas:
in prima determinat de quibusdam quae praeexiguntur ad sacramenta novae
legis; in secunda prosequitur de eis, 3 dist., ibi: post hoc videndum est
quid sit Baptismus. Prima dividitur in duas: in prima determinat quaedam quae praeexiguntur
ad sacramenta novae legis ordine doctrinae; in secunda determinat de Baptismo
Joannis, quod praeexigebatur ad ea ut dispositio, sive praeparatio, ibi: nunc
autem de Baptismi sacramento videamus. Circa
primum duo facit: primo ponit distinctionem sacramentorum novae legis et
quantum ad numerum et quantum ad effectum; secundo ponit eorum institutionem,
ibi: si vero quaeratur et cetera. Ubi primo ponit communem
sacramentorum novae legis institutionem; secundo excipit matrimonium quantum
ad aliquid, ibi: fuit tamen conjugium ante peccatum institutum. Nunc autem
de Baptismi sacramento videamus. Hic determinat de Baptismo Joannis; et
circa hoc duo facit: primo determinat de ipso Baptismo secundum se; secundo
de eo quantum ad suscipientes, ibi: hic considerandum est et cetera.
Circa primum duo facit: primo ostendit differentiam Baptismi Joannis ad
Baptismum Christi; secundo ostendit quasdam conditiones Baptismi Joannis; et
primo utilitatem, ibi: ad quid ergo utilis erat Baptismus Joannis ?
Secundo nomen, ibi: sed quaeritur quare dictus est Baptismus Joannis;
tertio genus, ibi: si vero quaeritur an sacramentum fuerit, satis potest
concedi et cetera. Hic est duplex quaestio. Primo de sacramentis novae legis in generali.
Secundo de Baptismo Joannis. Circa primum quaeruntur quatuor: 1 de
distinctione sacramentorum quantum ad effectum; 2 de distinctione eorum
quantum ad numerum; 3 de ordine ipsorum; 4 de institutione eorum. |
Après avoir déterminé à
propos des sacrements en général, le Maître en arrive aux
sacrements de la loi nouvelle, qui constituent son objet principal. [Cette
partie] est divisée en deux: dans la première, il
détermine à propos de certains présupposés des
sacrements de la loi nouvelle; dans la seconde, il en traite, d. 3, en cet
endroit: «Après cela, il faut voir ce qu’est le
baptême.» La première partie est divisée en deux:
dans la première, il détermine à propos de certains
présupposés des sacrements de la loi nouvelle selon
l’ordre de l’enseignement; dans la seconde, il traite du
baptême de Jean, qui leur était présupposé comme
une disposition ou une préparation, en cet endroit: «Maintenant,
voyons ce qu’il en est du sacrement de baptême.» À
propos du premier point, il présente la distintion entre les
sacrements de la loi nouvelle, tant pour leur nombre que pour leur effet; en
second lieu, il présente leur institution, en cet endroit: «Mais
si l’on cherche, etc.» Là, il présente
d’abord l’institution commune des sacrements de la loi nouvelle;
en second lieu, il fait une exception pour le mariage sur un point, en cet
endroit: «Cependant, le mariage a été institué
avant le péché.» «Maintenant, voyons ce qu’il
en est du sacrement de baptême.» Ici, il traite du baptême
de Jean. À de propos, il fait deux choses: premièrement, il
traite du baptême en lui-même; deuxièmement, il en traite
du point de vue de ceux qui le reçoivent, en cet endroit: «Ici,
il faut observer, etc.» À propos du premier point, il fait deux
choses: premièrement, il montre la différence entre le
baptême de Jean et le baptême du Christ; deuxièmement, il
montre certaines conditions du baptême de Jean. Premièrement,
son utilité, à cet endroit: «À quoi le
baptême de Jean était-il utile ?» Deuxièmement, son
nom, à cet endroit: «Mais on se demande pourquoi il a été
appelé le baptême de Jean.» Troisièmement, son
genre, en cet endroit: «Mais si l’on demande s’il
était un sacrement, on peut assez facilement le concéder,
etc.» Ici, il y a une double question: premièrement, à
propos des sacrements de la loi nouvelle d’une manière
générale; deuxièmement, à propos du baptême
de Jean. À propos du premier point, on pose quatre questions: 1
– Sur la distinction entre les sacrements du point de vue de leur
effet; 2 – Sur la distinction entre eux quant à leur nombre; 3
– Sur leur ordre; 4 – Sur leur institution. |
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Articulus
1 [13606] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 tit. Utrum omnia sacramenta contra aliquem
animae defectum sint instituta |
Article
1 – Est-ce que tous les sacrements ont été
institués contre une carence de l’âme ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Est-ce que tous les sacrements ont été institués comme des remèdes ?] |
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[13607] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod non omnia sacramenta sint instituta in remedium contra aliquem animae defectum. Sacramentum enim a sanctitate dicitur. Sed sanctitas non semper importat remedium contra defectum, sed etiam confirmationem in bono. Ergo non omne sacramentum est ad remedium institutum. |
1. Il semble que tous les sacrements n’ont pas
été institués pour remédier à une carence
de l’âme. En effet, «sacrement» vient de «sainteté».
Or, la sainteté ne comporte pas toujours un remède contre une
carence, mais aussi la confirmation dans le bien. Tout sacrement n’a
donc pas été institué pour être un remède. |
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[13608] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, omne remedium contra aliquem defectum ad
purgationem pertinet. Sed Dionysius, distinguit sacramenta quae pertinent ad
perfectionem, scilicet confirmationem et Eucharistiam, ab illis quae
pertinent ad purgationem, sicut est Baptismus. Ergo non omne sacramentum est
ad remedium. |
2. Tout remède contre une carence relève de
la purification. Or, Denys fait une distinction entre les sacrements qui se
rapportent à la perfection, à savoir, la confirmation et
l’eucharistie, et ceux qui se rapportent à la purification,
comme c’est le cas du baptême. Tout sacrement n’existe donc
pas en tant que remède. |
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[13609] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, hoc videtur ex definitione quam Magister ponit
in littera. Quibusdam enim attribuit remedium conferre et gratiam, sicut
Baptismo; quibusdam gratiam tantum, sicut confirmationi et ordini; matrimonio
autem remedii collationem tantum. Ergo non omne sacramentum est ad remedium institutum. |
3. Cela semble venir de la définition que le
Maître donne dans le texte. En effet, il attribue à certains de
conférer un remède et la grâce, comme au
baptême ; à certains, la grâce seulement, comme
à la confirmation et à l’ordre ; mais au mariage, de
n’apporter qu’un remède. Tout sacrement n’a donc pas
été institué comme un remède. |
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[13610]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 S.c. 1 Sed contra est quod Hugo de sancto Victore dicit, quod
sacramenta sunt vasa medicinalia. Sed omnis medicina est in remedium alicujus morbi.
Ergo et omne sacramentum est in remedium alicujus defectus spiritualis. |
S.c. 1 – En sens inverse, Hugues de Saint-Victor
dit que les sacrements sont des vases à médicaments. Or, tout
médicament est un remède contre une maladie. Tout sacrement est
donc un remède contre une carence spirituelle. |
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[13611]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, sacramenta, ut dictum est, dist. 1, quaest. 1,
art. 4, quaestiunc. 1, habent efficaciam a passione Christi. Sed passio
Christi directe ordinatur ad tollendos defectus nostros. Ergo et sacramenta
in remedium ordinata sunt. |
S.c. 2 – Comme on l’a dit, d. 1, q. 1, a. 2,
qa 1, les sacrements tiennent leur efficacité de la passion du Christ.
Or, la passion du Christ est directement ordonnée à elever nos
carences. Les sacrements sont donc ordonnés à être un
remède. |
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Quaestiuncula
2 |
Sous-question 2 – [Le mariage n’est-il qu’un remède, sans conférer la grâce ?] |
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[13612] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1
a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod aliquod sacramentum sit tantum in remedium, scilicet matrimonium.
Solus enim consensus mutuus matrimonium facit. Sed consensus non potest esse
causa gratiae, quia gratia non est ex actibus nostris. Ergo in matrimonio
gratia non confertur; et sic est in remedium tantum. |
1. Il semble qu’un sacrement, à savoir, le mariage,
n’ait été donné que comme un remède. En
effet, seul le consentement mutuel réalise le mariage. Or, le
consentement ne peut être cause de la grâce, car la grâce
ne vient pas de nos actes. La grâce n’est donc pas
conférée dans le mariage. Ainsi, il n’est qu’un
remède. |
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[13613] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, secundum Hugonem, sacramenta ex sanctificatione
invisibilem gratiam continent. Sed sanctificatio quae fit per ministros
Ecclesiae, non est de essentia matrimonii quantum ad sacramenti necessitatem,
sed solum est de solemnitate ipsius. Ergo non confertur ibi gratia; et sic
idem quod prius. |
2. Selon Hugues [de Saint-Victor], les sacrements
tiennent de la sanctification la grâce invisible. Or, la sanctification
qui est réalisée par les ministres de l’Église ne
fait pas partie de l’essence du mariage pour ce qui est nécessaire
au sacrement, mais seulement pour sa solennité. La grâce
n’y est donc pas conférée. La conclusion est ainsi la
même que précédemment. |
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[13614]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, hoc Magister expresse in littera dicit. |
3. Le Maître dit expressément cela dans le
texte. |
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[13615]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 S.c. 1 Sed contra, definitio generis debet omnibus speciebus
convenire. Sed in definitione sacramenti novae legis ponitur: ut causa gratiae
existat. Ergo convenit matrimonio; et sic non est tantum in remedium. |
S.c. 1 – La définition du genre doit convenir
à toutes les espèces. Or, dans la définition du
sacrement de la loi nouvelle, on dit : «Afin qu’il soit
cause de la grâce.» Elle convient donc au mariage. Il n’est
donc pas donné seulement comme un remède. |
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Quaestiuncula
3 |
Sous-question 3 – [Les sacrements ont-ils été institués pour remédier à la faute et à la peine ?] |
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[13616]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sacramenta non sint in remedium
contra poenam, sed solum contra culpam. Sacramenta enim efficaciam habent ex
hoc quod gratiam continent. Sed gratia non opponitur poenae, sed culpae. Ergo
sacramenta non ordinantur in remedium contra poenam. |
1. Il semble que les sacrements ne soient pas
donnés comme un remède contre la peine, mais seulement contre
la faute. En effet, les sacrements tirent leur efficacité du fait
qu’ils contiennent la grâce. Or, la grâce ne s’oppose
pas à la peine, mais à la faute. Les sacrements ne sont donc
pas ordonnés à être un remède contre le
péché. |
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[13617]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, sapientis medici est per causam curare
effectum. Sed causa poenae est culpa. Ergo cum Christus sit sapientissimus
medicus, non instituit aliqua sacramenta ad curandum poenam, nisi ea quae
curant et culpam. |
2. C’est le propre d’un médecin sage
de guérir l’effet par la cause. Or, la cause de la peine est la
faute. Puisque le Christ est le médecin le plus sage, il n’a
donc pas institué des sacrements pour guérir la peine, sans
qu’ils guérissent aussi la faute. |
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[13618]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Sed contra, extrema unctio contra infirmitatem videtur
ordinari, ut patet Jac. ult. Sed infirmitas poena est. Cum ergo extrema
unctio sit sacramentum, aliquod sacramentum ordinabitur contra poenam, et non
tantum contra culpam. |
3. L’extrême onction semble être
ordonnée contre la maladie, comme cela ressort clairement de
Jc 5. Or, la maladie est une peine. Puisque
l’extrême-onction est un sacrement, un sacrement sera donc
ordonné contre la peine, et non seulement contre la faute. |
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Quaestiuncula
4 |
Sous-question 4 – [Le sacrement remédie-t-il au péché mortel et au péché véniel ?] |
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[13619] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod aliquod sacramentum ordinetur contra culpam venialem. Quaedam
enim sacramenta sunt nociva, nisi deposito mortali accipiantur, sicut patet
de Eucharistia et de ordine. Sed dantur in remedium alicujus culpae. Ergo dantur
contra venialem. |
1. Il semble
qu’un sacrement soit ordonné contre la faute vénielle. En
effet, certains sacrements sont nuisibles, s’ils ne sont pas
reçus après que le péché mortel a
été enlevé, comme cela est clair pour
l’eucharistie et l’ordre. Or, ils sont donnés pour
remédier à une faute. Ils sont donc donnés contre une
faute vénielle. |
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[13620] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 2 Praeterea, medicina spiritualis magis debet apponi contra culpam quam contra poenam. Sed peccatum veniale culpa aliqua est. Cum ergo aliqua sacramenta ordinentur contra poenam, multo fortius videtur quod aliquod possit ordinari contra culpam venialem. |
2. Le remède spirituel doit être donné plutôt contre une faute que contre une peine. Or, le péché véniel est une faute. Puisque certains sacrements sont ordonnés contre une peine, à bien plus forte raison, semble-t-il, un sacrement pourra-t-il être ordonné contre une faute vénielle. |
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[13621] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 4 S.c. 1 Sed contra, poenitentia ordinatur contra mortale et veniale peccatum; quod patet per Magistrum qui infra, dist. 6, determinat de poenitentia venialium, et Augustinum in Lib. de poenitentia. Sed poenitentia sufficit contra mortale nec aliud sacramentum contra mortale ordinatur. Ergo multo magis sufficit contra veniale; nec oportet aliquod sacramentum speciale contra veniale ordinari. |
S.c. 1 – La pénitence est ordonnée contre le péché mortel et le péché véniel, ce qui ressort clairement de ce que précise le Maître, plus loin, d. 6, à propos de la pénitence pour les fautes vénielles, et Augustin, dans le Livre sur la pénitence. Or, la pénitence suffit contre le péché mortel et aucun autre sacrement n’est ordonné contre le péché mortel. À bien plus forte raison, suffit-elle contre le péché véniel, et il n’est pas nécessaire qu’un sacrement particulier soit ordonné contre le péché véniel. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13622] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc.
1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod quandocumque ad
perfectionem alicujus rei oportet aliquid apponere ultra id quod requirit
ordo illius naturae secundum se consideratae hoc accidit ad subveniendum
alicui defectui illius rei; sicut quando ad sustentationem corporis non
sufficit cibum ministrare, nisi addantur aliqua digestiva, signum est
defectus in virtute digerente. Ex ordine autem humanae naturae nihil aliud
requiritur ad ejus perfectionem spiritualem, nisi Deus influens, et gratia,
et virtutes influxae. Unde cum aliquae res corporales adhibentur ad hominis
sanctificationem ex quibus secundum ordinem naturae sanctificatio hominis non
dependet, signum est quod hoc sit ad subveniendum alicui defectui ipsius; et
ideo cum hoc inveniatur in omnibus sacramentis, omnia sacramenta in remedium
alicujus spiritualis defectus instituta sunt. |
Chaque fois que, pour la perfection d’une chose, il faut ajouter quelque chose en plus de ce qu’exige l’ordre de cette nature considérée en elle-même, cela vient de la nécessité de remédier à une carence de cette chose, comme lorsque, pour sustenter le corps, la nourriture ne suffit pas, à moins que ne soient ajoutés certains digestifs, c’est le signe d’une carence de la puissance digestive. Or, selon l’ordre de la nature humaine, rien d’autre n’est exigé, pour sa perfection spirituelle, que Dieu qui infuse, ainsi que la grâce et les vertus infuses. Aussi, lorsque certaines choses corporelles sont utilisées pour la sanctification de l’homme, dont la sanctification de l’homme ne dépend pas selon l’ordre de la nature, c’est le signe que c’est en vue de subvenir à une de ses carences. Puisque cela se retrouve dans tous les sacrements, c’est donc le signe que tous les sacrements ont été institués comme un remède contre une carence spirituelle. |
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[13623] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod ex hoc ipso quod ad sanctitatem homo perducitur per ea quae
naturae secundum se consideratae ordo non requirit, signum est quod alicui defectui
remedium adhibetur. Unde quamvis sacramenta
ex ratione sanctificationis non habeant quod sint in remedium, habent tamen
hoc ex officio, sive ex modo sanctificandi. |
1. Par le fait même que l’homme est conduit à la sainteté par des choses que l’ordre de la nature, considérée en elle-même, n’exige pas, c’est le signe que cela lui est donné comme remède à une carence. Bien que les sacrements, en raison de leur sanctification, ne soient pas des remèdes par eux-mêmes, ils le sont cependant en raison de leur fonction ou de leur manière de sanctifier. |
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[13624] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1
qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
defectus spiritualis dupliciter contingit, sicut et corporalis. Uno modo ex
positione contrarii, sicut quando corpus est aegrum, et quando in anima est
peccatum. Alio
modo ex subtractione ejus quod ad perfectionem necessarium erat vel corporis
vel animae; sicut quando corpus est debile ad exercenda corporalia opera, et
similiter quando spiritus ad exequenda spiritualia. Remedia ergo quae dantur
contra primum defectum, aliquid realiter tollunt; et ideo purgationis
rationem habent. Remedia autem quae sunt contra defectum secundum, non
tollunt aliquid secundum rem, sed solum aliquid adjiciunt ad perfectionem; et
ideo talia remedia non dicuntur purgare, sed perficere. Et haec eadem sunt
quae Magister dicit nos gratia et virtute fulcire inquantum perfectiva sunt;
nihilominus tamen in remedium alicujus defectus sunt. |
2. Une carence spirituelle se produit de deux manières, comme la carence corporelle. D’une manière, par la présence du contraire, comme lorsque le corps est malade et qu’il y a un péché dans l’âme. D’une autre manière, par soustraction de ce qui était nécessaire à la perfection du corps ou de l’âme, comme lorsque le corps est faible pour des exercices corporels et, semblablement, lorsque l’esprit [l’est aussi] pour accomplir ce qui est spirituel. Les remèdes qui sont donnés contre la première carence enlèvent réellement quelque chose : c’est pourquoi ils sont une purification. Mais les remèdes contre la seconde carence n’enlèvent pas réellement quelque chose, mais ajoutent seulement quelque chose à la perfection. C’est pourquoi on ne dit pas que de tels remèdes purifient, mais perfectionnent. Et c’est la même chose que le Maître dit, que nous sommes renforcés par la grâce et la vertu en tant qu’elles perfectionnent. Toutefois, elles sont un remède pour une carence. |
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[13625]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Unde patet solutio ad tertium. |
3. La solution du troisième argument est ainsi claire. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13626] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod circa hoc sunt duae opiniones. Una
est quod in matrimonio gratia aliqua non confertur; sed tantummodo sit in
remedium contra concupiscentiam. Hoc autem non videtur convenienter dictum:
quia aut intelligitur esse in remedium concupiscentiae, quasi concupiscentiam
reprimens, quod sine gratia esse non potest: aut quasi concupiscentiae in
parte satisfaciens, quod quidem facit ex ipsa natura actus, non intellecta
etiam ratione sacramenti; et praeterea concupiscentia non reprimitur per hoc
quod ei satisfit, sed magis augetur, ut philosophus dicit in 3 Ethicor.: aut
inquantum excusat concupiscentiae actum; quod sine matrimonio deformis esset;
et hoc quidem facit per bona matrimonii quae ei conveniunt etiam inquantum
est in officium, et ratione suae sanctificationis, cum qua communicat cum
sacramentis veteris legis; et ita per hoc non haberet aliquid prae illis, ut
cum sacramentis novae legis computari debeat. Et propter hoc alii dicunt,
quod matrimonium consideratur in triplici statu. Primo ante peccatum et tunc
erat tantum in officium. Secundo sub lege, ubi ex ipsa sanctificatione sua
excusabilem reddebat matrimonii actum, qui absque hoc turpis fuisset. Tertio
sub statu gratiae, ubi ulterius gratiam confert ad concupiscentiam
reprimendam, ut scilicet unusquisque possideat vas suum in honorem, et non in
contumeliam, sicut et gentes quae ignorant Deum, 1 Thessal. 4, et Tob. 6,
dicitur, quod in illis qui in timore Dei uxores accipiunt et amore filiorum
ad cultum Dei magis quam amore libidinis, Daemon potestatem non habet. |
À ce propos, il y a deux opinions. L’une est
que, dans le mariage, une grâce n’est pas conférée,
mais qu’il est seulement un remède contre la concupiscence. Mais
cela ne semble pas être affirmé correctement. En effet, soit on
entend qu’il est un remède contre la concupiscence, comme
s’il réprimait la concupiscence, ce qui ne peut se faire sans la
grâce. Soit il satisfait en partie à la concupiscence, ce
qu’il accomplit par la nature même de l’acte, sans
qu’on tienne compte de la nature du sacrement. Au surplus, la concupiscence
n’est pas réprimée par le fait de la satisfaire, mais
elle en est plutôt augmentée, comme le dit le Philosophe dans Éthique,
III. Soit il excuse l’acte de la concupîscence, qui, sans le
mariage, serait honteux. Il réalise cela par les biens du mariage qui
lui conviennent même en raison de sa fonction et en raison de sa
sanctification, par laquelle il a quelque chose en commun avec les sacrements
de l’ancienne loi. Ainsi, il n’aurait rien de plus qui obligerait
à le compter parmi les sacrements de la loi nouvelle. C’est la
raison pour laquelle d’autres disent que le mariage est
considéré dans trois états. Premièrement, avant
le péché : il n’était alors ordonné qu’à
une fonction. Deuxièmement, sous la loi, où, par sa
sanctification même, il rendait excusable l’acte du mariage, qui
aurait été honteux sans cela. Troisièmement, dans
l’état de la grâce, où il confère en plus
une grâce destinée à réprimer la concupiscence,
à savoir, que chacun possède son vase avec honneur et sans
outrage à la pudeur, comme c’est le cas des païens qui
ignorent Dieu. En 1 Th 4 et Tb 6, il est dit que ceux qui
prennent leurs épouses avec la crainte de Dieu et par amour de leurs
enfants pour le culte de Dieu plutôt que par amour du plaisir, le
démon n’a pas de pouvoir [sur eux]. |
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[13627] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod sicut res corporales quae sunt in aliis sacramentis non habent ut
propria virtute gratiam conferre possint, sed ex institutione divina, ita
etiam est de illis quae matrimonium causant, quae ex ipsa institutione divina
habent quod ad gratiam instrumentaliter disponant, nisi sit defectus ex parte
nostra. |
1. De même que les choses corporelles qui existent dans les autres sacrements n’ont pas le pouvoir de conférer la grâce par leur propre puissance, mais en vertu de l’institution divine, de même aussi en est-il de ce qui cause le mariage, qui, en vertu de l’institution divine, peut disposer à la grâce de manière instrumentale, à moins qu’il n’y ait carence de notre part. |
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[13628] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quaedam sacramenta sunt ad quorum efficaciam
praeexigitur sanctificatio materiae, ut patet in confirmatione vel extrema
unctione; quaedam vero non praeexigunt praedictam sanctificationem, sicut
patet in Baptismo. Unde benedictio materiae quae fit a ministro, non est de
necessitate, sed de solemnitate sacramenti; et similiter est etiam de
matrimonio. |
2. Il existe certains sacrements dont l’efficacité exige au prélable la sanctification de la matière, comme cela est clair pour la confirmation ou l’extrême-onction. Mais certains n’exigent pas au préalable une telle sanctification, comme cela est clair pour le baptême. Aussi la bénédiction qui est faite par un ministre n’est-elle pas nécessaire, mais fait partie de la solennité du sacrement. De même aussi en est-il pour le mariage. |
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[13629] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod unumquodque denominatur ab eo ad quod est. Gratia autem quae in
matrimonio confertur, secundum quod est sacramentum Ecclesiae in fide Christi
celebratum, ordinatur directe ad reprimendum concupiscentiam, quae concurrit
ad actum matrimonii; et ideo Magister dicit, quod matrimonium est tantum in
remedium; sed hoc est per gratiam quae in eo confertur. |
3. Toute chose tire son nom de ce à quoi elle est
destinée. Or, la grâce qui est donnée dans le mariage,
selon qu’il est un sacrement de l’Eglise
célébré dans la foi au Christ, est ordonnée
directement à réprimer la concupiscence, qui accompagne
l’acte du mariage. C’est pourquoi le Maître dit que le
mariage n’existe que comme un remède. Mais cela est le fait de
la grâce qui est conférée par lui. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13630] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod duplex est poena peccati.
Quaedam quae pro peccato infligitur, sicut poena Inferni, et flagella quibus
a Deo temporaliter punimur; quaedam ex ipso peccato consequens immediate, et
per consequens ad peccatum ordinans, sicut est debilitatio naturae ad resistendum
peccato, et hujusmodi. Contra primam ergo poenam non datur sacramentum in
remedium directe, sed ex consequenti, ut scilicet curata causa, scilicet
peccato, cesset effectus, scilicet poena; sed contra secundam poenam datur directe
aliquod sacramentum, illa scilicet quae in remedium sunt contra defectum
contingentem ex subtractione necessarii, non ex positione contrarii. |
Il existe une double peine pour le péché.
L’une qui est infligée pour le péché, comme la
peine de l’enfer, et les fléaux par lesquels nous sommes punis
temporellement par Dieu. Une autre, qui découle immédiatement
du péché lui-même et, par conséquent, ordonne au
péché, comme c’est le cas de l’affaiblissement de
la nature pour résister au péché, et les choses de ce
genre. Contre la première peine, le sacrement n’est pas
donné comme remède directement, mais par mode de
conséquence, à savoir que, la cause étant guérie
du péché, l’effet cesse, à savoir, la peine. Mais,
contre la seconde peine, un sacrement est donné directement, à
savoir, ceux qui sont un remède contre la carence qui survient par la
soustraction de ce qui est nécessaire, et non par la présence
du contraire. |
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[13631] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1
qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod poenae contra quas dictum est sacramentum ordinari, etiam ad gratiam
contrarietatem habent: quia ex subtractione contingunt, et in contrarium
gratiae ordinant. |
1. Les peines contre lesquelles on dit que le sacrement
est ordonné sont aussi contraires à la grâce, car elles
surviennent par mode de soustraction et ordonnent à ce qui est
contraire à la grâce. |
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[13632]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sicut est in medicina
corporali, quod curato morbo adhuc remanent aliquae reliquiae morbi ex morbo
causatae, contra quas oportet specialia medicamenta dari, ita etiam est in
medicina spirituali; et propter hoc contra praedictas poenas oportet esse
aliqua sacramenta. |
2. De même qu’il arrive que, pour un
remède corporel, une fois la maladie guérie, demeurent des
séquelles de la maladie causées par la maladie, contre
lesquelles il faut donner des médicaments particuliers, de même
en est-il pour le remède spirituel. Pour cette raison, il est
nécessaire qu’existent certains sacrements contre les peines
mentionnées. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[13633] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1 qc.
4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod circa hoc est duplex opinio.
Quidam enim dicunt, aliqua sacramenta in remedium venialis dari, sicut
Eucharistiam, et extremam unctionem. Sed hoc
non videtur convenienter dictum: quia poenitentia purgativa est universaliter
omnis peccati actualis, mortalis et venialis; unde ad hoc non oportebat
aliquod sacramentum institui. Et praeterea etiam non existentibus venialibus,
adhuc necessitas illorum sacramentorum esset ad consummandum in bonum,
secundum doctrinam Dionysii. Et ideo aliter dicendum, quod contra veniale non
ordinatur aliquod sacramentum ad curationem ipsius principaliter institutum,
quamvis ex consequenti multa sacramenta, contra venialia valeant. Veniale
enim et culpa est, et dispositio ad culpam, imperfectam tamen rationem habens
culpae, ita quod gratiam non excludit. Et ideo inquantum culpa est, potest
tolli per omnia sacramenta quae contra culpam tollendam ordinantur; inquantum
vero est dispositio ad culpam, ex ablata mortali culpa remanens, potest tolli
etiam per sacramenta illa quae contra poenam ex culpa relictam et ad culpam
inclinantem ordinantur. |
À ce propos, il existe deux opinions. En effet,
certans disent que certains sacrements sont donnés pour
remédier au péché véniel, telles
l’eucharistie et l’extrême-onction. Mais cela ne semble pas
être affirmé correctement, car la pénitence purifie de
manière universelle de tout péché actuel, qu’il
soit mortel ou véniel. Aussi n’était-il pas nécessaire
d’instituer un sacrement à cette fin. Au surplus, même
s’il n’existait pas de péchés véniels, ces
sacrements seraient encore nécessaires pour atteindre la perfection du
bien, selon l’enseignement de Denys. Aussi faut-il s’exprimer
autrement : contre le péché véniel, aucun sacrement
n’a été instituté principalement pour le
guérir, bien que, par voie de conséquence, plusieurs sacrements
soient efficaces. En effet, le péché véniel est à
la fois une faute et une disposition à la faute, mais qui
possède cependant imparfaitement la raison de faute, de telle sorte
qu’il n’exclut pas la grâce. C’est pourquoi, en tant
que faute, il peut être enlevé par tous les sacrements qui sont
ordonnées à l’enlèvement d’une faute ;
mais, en tant que disposition à la faute, qui demeure après
qu’une faute mortelle a été enlevée, il peut
être enlevé aussi par les sacrements qui sont ordonnés
contre la peine résiduelle de la faute et qui incline à la faute. |
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[13634] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 1
qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod illa sacramenta quae gratiam in suscipiente praeexigunt, non ordinantur
directe contra culpam: quia non sunt ad tollendum contrarium, sed ad
supplendum defectum. |
1. Les sacrements qui exigent au préalable la
grâce chez celui qui les reçoit ne sont pas ordonnés
directement contre la faute, parce qu’ils ne sont pas destinés
à enlever ce qui est contraire, mais à suppléer une
carence. |
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[13635] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sacramentum quod tollit mortalem culpam, sufficit
etiam ad tollendum venialem; et ideo contra veniale non oportet aliquod
sacramentum dari, sicut contra reliquias culpae, ad quarum ablationem
poenitentia non ex toto sufficit sine aliis sacramentis. |
2. Le sacrement qui enlève la faute mortelle
suffit aussi pour enlever la [faute] vénielle. C’est pourquoi il
n’est pas nécessaire qu’existe un sacrement contre la
[faute] vénielle, comme contre les résidus de la faute, que la
pénitence ne suffit pas à enlever complètement sans les
autres sacrements. |
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Articulus 2 [13636] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 1 a. 2 tit. Utrum
sacramenta debeant esse septem |
Article
2 – Est-ce qu’il doit y avoir sept sacrements ?
|
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Ad secundum sic proceditur. Videtur
quod non debeant esse septem sacramenta. Sicut enim supra dictum est, omnia
sacramenta efficaciam habent a passione Christi. Sed unum est sacramentum
quod directe est repraesentativum passionis Christi, et ipsum totum Christum
continet, scilicet Eucharistia. Ergo illud sacramentum sufficeret. |
1. Il semble qu’il ne doive pas y avoir sept
sacrements. En effet, comme on l’a dit plus haut, tous les sacrements
tiennent leur efficacité de la passion du Christ. Or, il n’y a
qu’un seul sacrement qui représente directement la passion du
Christ et qui contient le Christ lui-même tout entier, à savoir,
l’eucharistie. Ce sacrement serait donc suffisant. |
|
[13638] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 2 Praeterea,
quod potest fieri per unum, non debet fieri per plura. Sed per Baptismum tolluntur
omnia peccata. Ergo non oportebat quod aliquod aliud sacramentum contra culpam ordinaretur. |
2. Ce qui peut être fait par une seule chose ne
doit pas être fait par plusieurs. Or, par le baptême, tous les péchés
sont enlevés. Il n’était donc pas nécessaire
qu’un autre sacrement soit ordonné contre la faute. |
|
[13639] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 3 Praeterea, sacramenta
in remedium contra defectum ordinantur. Sed
duplex est defectus, scilicet culpae, quae est quasi contrarium, et poenae,
quae ex defectu gratiae accidit, ut dictum est. Ergo duo sacramenta
sufficerent. |
3. Les sacrements sont ordonnés à
remédier à une carence. Or, il existe une double carence :
celle de la faute, qui est comme un contraire, et celle de la peine, qui
vient de la carence de la grâce, comme on l’a dit. Deux
sacrements seraient donc suffisants. |
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[13640] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 4 Praeterea,
in lege nova, ubi manifestior est veritas, minimum debet esse de figuris. Sed
in lege naturae, secundum Hugonem, erant tantum tria sacramenta, scilicet
oblationes, decimae et sacrificia. Ergo non debent esse plura sacramenta in
lege nova quam tria. |
4. Sous la loi nouvelle, où la
vérité est plus manifeste, doit exister le moins de figures
possible. Or, sous la loi naturelle, selon Hugues, il n’existait que
trois sacrements : les offrandes, les dîmes et les sacrifices. Il
ne doit pas y avoir plus de trois sacrements sous la loi nouvelle. |
|
[13641] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 5 Praeterea, sacramenta legalia
nostrorum sacramentorum figurae fuerunt. Sed
ipsi non habuerunt aliqua sacramenta respondentia confirmationi et extremae
unctioni. Ergo
nec nos hujusmodi sacramenta habere debemus. |
5. Les sacrements de la loi étaient les figures de
nos sacrements. Or, ils n’avaient pas de sacrements correspondant
à la confirmation et à l’extrême-onction. Nous ne
devons donc pas avoir des sacrements de ce genre. |
|
[13642] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 6 Praeterea, Dionysius in
Eccl. Hierar., ubi de sacramentis tractat,
matrimonium et poenitentiam omittit. Ergo videtur quod non sint nisi quinque
sacramenta. |
6. Dans la Hiérarchie ecclésiastique,
où il traite des sacrements, Denys omet le mriage et la
pénitence. Il semble donc qu’il n’existe que cinq
sacrements. |
|
[13643]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 7 Sed contra, videtur quod sint plura. Omne enim illud quod
in remedium peccati datur, videtur esse sacramentum. Sed aqua benedicta est hujusmodi,
quia per eam venialia tolluntur. Ergo est sacramentum. |
7. En sens contraire, il semble qu’il y en ait
davantage. En effet, tout ce qui est donné comme remède au
péché semble être un sacrement. Or, l’eau
bénite est de cette sorte, car les [fautes] vénielles sont
elevées par elle. Elle est donc un sacrement. |
|
[13644]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 8 Praeterea, sicut circa concupiscentiam quae est in
venereis, contingit esse peccatum intemperantiae; ita circa concupiscentiam
quae est in cibis et potibus. Sed contra primam concupiscentiam habemus unum
sacramentum. Ergo et contra secundam habere debemus. |
8. Comme pour la concupiscence qui porte sur les plaisirs
sexuels, il arrive qu’existe un péché
d’intempérance, de même en est-il pour la concupiscence
qui porte sur la nourriture et la boisson. Or, contre la première
concupiscence, nous n’avons qu’un seul sacrement. Nous devons
donc en avoir aussi contre la seconde. |
|
[13645]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 9 Praeterea, Dionysius, inter sacramenta nominat monasticam
consummationem, sive consecrationem. Sed non computatur inter septem sacramenta
hic enumerata. Ergo sunt plura quam septem. |
9. Parmi les sacrements, Denys nomme la consommation ou
consécration monastique. Or, elle ne fait pas partie des sept
sacrements énumérés ici. Il y en a donc plus que sept. |
|
[13646]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 10 Praeterea, oblationes et decimae in lege naturae erant
sacramenta, secundum Hugonem. Cum ergo modo sint oblationes et decimae,
videtur quod sint sacramenta; et sic idem quod prius. |
10. Les offrandes et les dîmes sous la loi
naturelle étaient des sacrements, selon Hugues. Puisqu’il existe
maintenant des offrandes et des dîmes, il semble donc qu’elles
soient des sacrements. On a ainsi la même conclusion que
précédemment. |
|
[13647]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 arg. 11 Praeterea, sacramenta ex sanctificatione invisibilem
gratiam continent, secundum Hugonem. Sed multae sunt sanctificationes per
ministros Ecclesiae factae quae hic non numerantur, sicut consecratio templi et
altaris et sacrarum vestium, et hujusmodi. Ergo sunt plura sacramenta. |
11. Les sacrements contiennent la grâce invisible
en vertu d’une sanctification, selon Hugues. Or, nombreuses sont les
sanctifications faites par les ministres de l’Église, qui ne sont
pas mentionnées ici, comme la consécration du temple, de
l’autel et des vêtements sacrés, et les choses de ce
genre. Les sacrements sont donc plus nombreux. |
|
Respondeo dicendum, quod sacramenta
ex hoc quod sunt sacramenta, habent quod sint in remedium contra defectum
aliquem; ex hoc autem quod sacramenta Ecclesiae, habent per ministros
Ecclesiae dispensari, et in membra Ecclesiae transfundi. Et ideo dupliciter
potest accipi numerus sacramentorum proprie. Primo ex defectibus contra quos
sacramenta ordinantur. Ordinantur autem sacramenta, ut ex dictis patet, ad
tollendum contrarium, et ad supplendum defectum. Contrarium autem sanctitati
est culpa: quae quidem dupliciter tollitur. Uno modo, impediendo ne fiat; et
hoc modo in remedium culpae matrimonium ordinatur. Alio modo subtrahendo jam existentem;
et sic contra originalem culpam ordinatur Baptismus, contra actualem
poenitentia. Secundum remedium praebent supplendo quod deficit, et ea quae
perfectionis sunt effectiva. Est autem duplex perfectio. Una formae ad actum;
et hanc quidem perfectionem facit ordo quantum ad executionem bonorum, quia
reddit hominem idoneum ad dispensationem sacramentorum; sed quantum ad
perpessionem difficilium facit dictam perfectionem confirmatio, quae hominem
fortem reddit, ut nomen Christi propter pressuras mundi confiteri non
refugiat. Alia autem perfectio est in ordine ad finem, ad quem per actus
pervenitur; et hanc quidem perfectionem quantum ad finem intra facit extrema
unctio, quae est quaedam delibutio praeparans in gloriam resurrectionis;
quantum vero ad finem extra facit Eucharistia, quae membra capiti conjungit. Et quia hic est ultimus terminus nostrae sanctificationis,
ideo dicit Dionysius, quod omnis alia sanctificatio in Eucharistiam
terminatur: quia et ordinati et baptizati Eucharistiam sumunt. Si autem
considerantur sacramenta ut sunt Ecclesiae sacramenta, scilicet per ministros
Ecclesiae dispensanda, sic potest secundum doctrinam Dionysii, hoc modo
numerus eorum accipi. In qualibet enim hierarchia oportet esse actionem
hierarchicam, et exercentes eam, et recipientes. Recipientes autem per ipsas
actiones superiorum in suis gradibus perficiuntur; et ideo ex parte eorum non
debet esse aliquod speciale sacramentum, per quod receptivi sacramentorum
fiant. Actio autem hierarchica est triplex scilicet purgare, illuminare,
perficere. Sed quia nullum sacramentum novae legis purgat sine gratiae
infusione, quae illuminatio dicitur; ideo Dionysius in sacramentis conjungit
purgationem illuminationi. Potest autem esse in sacramentis purgatio vel a
culpa; et sic habet purgativam et illuminativam vim quantum ad originale
Baptismus, quantum ad actuale poenitentia; vel a reliquiis culpae, et sic
extrema unctio purgare habet; vel a causa culpae, quae est concupiscentia, et
sic matrimonium, quod eam reprimit et ordinat, vim purgativam habet.
Perfectio autem est duplex scilicet perfectio formae, et ad hanc est
confirmatio, quae hominem in seipso consistere facit, ut a contrariis non
facile solvatur; et perfectio finis, et ad hanc est Eucharistia, quae nos
fini conjungit. Ex parte autem exercentium actiones hierarchicas accipitur
unum sacramentum, scilicet ordo, per quem ministri Ecclesiae ponuntur in
statu exercendi hierarchicas actiones. Potest et aliter accipi numerus
sacramentorum secundum conditionem eorum quibus per sacramenta subvenitur.
Sunt enim sacramenta in remedium data. Aut igitur in remedium unius personae,
aut totius Ecclesiae. Si primo modo, aut
quantum ad ingressum, et sic est Baptismus; aut quantum ad egressum, et sic
est extrema unctio; aut quantum ad progressum, et hoc est dupliciter. Uno
modo quantum ad executionem virtutis, vel ut a malis non superemur, et
quantum ad hoc est confirmatio, vel ut bonis adhaereamus, et quantum ad hoc
est Eucharistia. Alio modo quantum ad reparationem virtutis, si ipsam in
pugna spirituali aliquo modo laedi contingit, et sic est poenitentia. Si in
remedium totius Ecclesiae, aut in regimen et multiplicationem ipsius
spiritualem, et sic est ordo, quia principatus bonum multitudinis est
secundum philosophum in 5 Ethic., aut quantum ad multiplicationem materialem
fidelium, et sic est matrimonium. Quidam autem accipiunt numerum sacramentorum
secundum adaptationem ad virtutes, ut fidei respondeat Baptismus, quod
sacramentum fidei dicitur; spei extrema unctio, per quam homo praeparatur
quodammodo ad futuram gloriam; caritati Eucharistia; prudentiae ordo;
justitiae poenitentia; temperantiae matrimonium; fortitudini confirmatio.
Quidam vero adaptant diversis generibus culparum et poenarum; ut Baptismus
sit contra culpam originalem, poenitentia contra actualem mortalem, extrema
unctio contra venialem, ordo contra ignorantiam, matrimonium contra
concupiscentiam, confirmatio contra infirmitatem, Eucharistia contra
malitiam, quia est sacramentum caritatis, quae per se opponitur malitiae. Haec enim quatuor dicit Beda ex peccato consecuta. |
Réponse : Les sacrements, du fait même qu’ils sont des
sacrements, ont la qualité de remède contre une carence ;
mais du fait qu’ils sont des sacrements de l’Église, ils
doivent être dispensés par des ministres de
l’Église et répandus dans les membres de
l’Église. C’est pourquoi, à proprement parler, on
peut concevoir de deux façons le nombre des sacrements. Premièrement,
à partir des carences contre lesquelles les sacrements sont ordonnés.
Or, comme cela ressort de ce qui a été dit, les sacrements sont
ordonnés à enlever ce qui est contraire et à
réparer une carence. Or, la faute est le contraire de la
sainteté, et elle est enlevée de deux manières.
D’une manière, en empêchant qu’elle ne
s’accomplisse : le mariage est ordonné à être
un remède à la faute de cette manière. D’une autre
manière, en enlevant [la faute] qui existe déjà :
le baptême est ordonné de cette manière contre le
péché originel, et la pénitence contre la faute actuelle.
[Les sacrements] apportent un second remède en suppléant ce qui
manque et ce qui réalise la perfection. Or, il existe une double perfection.
L’une est celle de la forme par rapport à l’acte :
l’ordre réalise cette perfection pour ce qui est de l’accomplissement
de ce qui est bien, car il rend l’homme apte à la dispensation
des sacrements ; mais, pour ce qui est du courage dans les choses
difficiles, la confirmation réalise cette perfection : elle rend
l’homme fort, afin qu’il ne s’abstienne pas de confesser le
nom du Christ à cause des pressions exercées par le monde.
L’autre perfection se prend de la fin, à laquelle nous parvenons
par les actes. L’extrême-onction réalise de
l’intérieur cette perfection qui se prend de la fin, comme une
onction qui prépare à la gloire de la
résurrection ; mais l’eucharistie réalise de
l’extérieur la perfection qui se prend de la fin, en unissant
les membres à la tête. Et parce que c’est là le
terme ultime de notre sanctification, c’est la raison pour laquelle
Denys dit que toute autre sanctification trouve son terme dans
l’eucharistie, car ceux qui sont baptisés et ceux qui sont
ordonnés reçoivent l’eucharistie. Mais si les sacrements
sont considérés comme les sacrements de l’Église,
à savoir qu’ils doivent être dispensés par des ministres
de l’Église, leur nombre peut être conçu de la
manière suivante, selon l’enseignement de Denys. En effet, dans
n’importe quelle hiérarchie, doivent exister une action
hiérarchique, ceux qui l’exercent et ceux qui la
reçoivent. Or, ceux qui la reçoivent sont perfectionnés
dans leurs degrés par les actions mêmes de ceux qui leur sont
supérieurs. C’est pourquoi, il n’est pas nécessaire
qu’existe un sacrement particulier par lequel ils sont rendus
réceptifs à l’endroit des sacrements. Or, l’action
hiérarchique est triple : purifier, illuminer, perfectionner.
Mais comme aucun sacrement de la nouvelle loi ne purifie sans infuser la
grâce, qu’on appelle une illumination, Denys joint la
purification à l’illumination dans les sacrements. Or, dans les
sacrements, il peut y avoir purification, soit de la faute, et ainsi le
baptême a une puissance purificatrice et illuminatrice par rapport [au
péché] originel, et la pénitence par rapport [au
péché] actuel ; ou [une purification] des suites de la
faute, et ainsi l’extrême-onction peut purifier ; ou [une
purification] de la cause de la faute, qui est la concupiscence, et ainsi le
mariage, qui la réprime et l’ordonne, possède une
puissance purificatrice. Or, la perfection et double : la perfection de
la forme, et la confirmation est ordonnée à celle-ci, elle qui
fait que l’homme se possède en lui-même, de sorte
qu’il n’est pas facilement affaibli par les choses
contraires ; et la perfection de la fin, et l’eucharistie est
ordonnée à celle-ci, elle qui nous unit à notre fin. Du
point de vue de ceux qui exercent les actions hiérarchiques,
n’est reçu qu’un seul sacrement, à savoir,
l’ordre, par lequel les ministres de l’Église sont
placés dans l’état d’exercer les actions
hiérarchiques. On peut aussi concevoir autrement le nombre des
sacrements selon la condition de ceux qu’on vient secourir par les
sacrements. En effet, les sacrements sont donnés comme un
remède, soit comme remède pour une seule personne, soit comme
remède pour toute l’Église. S’ils [sont donnés]
de la première manière, ou bien c’est pour
l’entrée, et tel est le baptême ; ou pour la sortie,
et telle est l’extrême-onction ; ou pour l’avancement,
et cela de deux manières. D’une manière, quant à
l’accomplissement de la vertu ou pour que nous ne soyons pas vaincus
par les maux, et telle est la confirmation ; ou pour que nous
adhérions aux biens, et telle est l’eucharistie. D’une
autre manière, quant au recouvrement de la vertu, s’il arrive
que, dans le combat spirituel, elle soit blessée de quelque manière,
et telle est la pénitence. S’ils [sont donnés] comme un
remède pour toute l’Église, c’est ou bien pour son
gouvernement et sa multiplication spirituelle, et tel est l’ordre, car
le bien de la multitude relève du gouvernement, selon le Philosophe, Éthique,
V ; ou c’est pour la multiplication matérielle des
fidèles, et tel est le mariage. Mais certains conçoivent le nombre
des sacrements selon leur adaptation aux vertus : ainsi, répond
à la foi le baptême, qu’on appelle le sacrement de la
foi ; à l’espérance, l’extrême-onction,
par laquelle l’homme est préparé d’une certaine
manière à la gloire future ; à la charité,
l’eucharistie ; à la prudence, l’ordre ;
à la justice, la pénitence ; à la
tempérance, le mariage ; à la force, la confirmation. Mais
certains adaptent [les sacrements] aux divers genres de fautes et de peines,
de sorte que le baptême est contre la faute originelle, la
pénitence contre le péché actuel,
l’extrême-onction contre le péché véniel,
l’ordre contre l’ignorance, le mariage contre la concupiscence,
la confirmation contre la faiblesse, l’eucharistie contre la malice,
parce qu’elle est le sacrement de la charité qui, par
elle-même, s’oppose à la malice. En effet, Bède dit
que ces quatre choses découlent du péché. |
|
[13649]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis Eucharistia sit
memoriale ipsius dominicae passionis, ipsum Christum continens, non tamen
quantum ad omnes effectus ejus. Vel dicendum, quod propter praedictam
rationem Eucharistia ordinatur ad ultimum effectum passionis Christi, quasi
completissime ab ea efficaciam habens; et ideo, quantum est de se, valet
contra omnes spirituales defectus; unde et cum singulis sacramentis
exhibetur, quasi consummans effectum uniuscujusque; sed tamen praeexigit alia
sacramenta, ut idoneus quis reddatur ad tanti perceptionem mysterii, sicut
etiam in naturalibus ultima forma non datur nisi praecedentibus omnibus
dispositionibus. |
1. Bien que l’eucharistie soit le mémorial
de la passion du Seigneur, contenant le Christ lui-même, elle ne
l’est cependant pas quant à tous ses effets. Ou bien il faut
dire que, pour la raison rappelée, l’eucharistie est
ordonnée à l’effet ultime de la passion du Christ, en
tant qu’elle reçoit d’elle son efficacité de la
manière la plus complète. C’est pourquoi, en
elle-même, elle vaut pour toutes les carences spirituelles. Aussi
est-elle proposée avec chacun des sacrements, comme si elle achevait
l’effet de chacun. Cependant, elle exige au préalable les autres
sacrements, afin qu’on soit rendu apte à la réception
d’un tel mystère, comme, dans les choses natuelles, la forme
ultime n’est donnée que si toutes les dispositions
précédentes existent. |
|
[13650]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Baptismus est sacramentum
intrantium, quia facit hominem primo participem redemptionis Christi
consepeliens eum in similitudinem mortis Christi; et ideo non potest iterari,
sicut nec passio Christi. Et quia peccata actualia iterantur, ideo contra
culpam actualem oportuit aliquod remedium adhiberi, scilicet poenitentiam,
quamvis etiam Baptismus ipsum deleat. |
2. Le baptême est le sacrement de ceux qui entrent,
parce qu’il fait d’abord participer l’homme à la
rédemption du Christ, en l’ensevelissant avec lui à
l’image de la mort du Christ. C’est pourquoi il ne peut pas
être réitéré, comme ne le peut pas la passion du
Christ. Et parce que les péchés actuels se
répètent, il fallait qu’un remède soit proposé
contre la faute actuelle, à savoir, la pénitence, bien que le
baptême aussi la détruise. |
|
[13651]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod defectus illi sunt generales; et
non habent eamdem rationem in omnibus suis partibus; et ideo oportuit contra
diversas partes eorum diversa remedia adhiberi. |
3. Ces carences sont générales, et elles
n’ont pas la même raison dans toutes leurs parties. C’est
pourquoi il fallait que divers remèdes soient donnés contre
leurs diverses parties. |
|
[13652] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod in lege naturae multa signa gratiae praecesserunt, sicut diluvium,
occisio Abel, et hujusmodi, quae tamen non debent dici sacramenta; sed illa
tantum quae ad aliquod remedium exhibebantur. Ea enim significabant rem
sacram, ut actu sacrantem, quod est de ratione sacramenti, ut supra dictum
est; et ideo in lege naturae Hugo, tantum ponit tria sacramenta, scilicet
sacrificia, oblationes, et decimas; quia per haec, ut dicit Gregorius,
remedium ante circumcisionem contra originale erat. Et quamvis tunc esset
tempus figurarum magis quam modo, non oportebat esse signa determinata ad
determinatos effectus gratiae, sicut modo sunt; et ideo in quadam
generalitate sacramenta illa, nostra sacramenta, et ipsorum causam, scilicet
passionem Christi, significabant; sicut quod per sacrificia significabatur
passio, per oblationes dispositio patientis ad passionem, quia ipse se voluntarie
obtulit ad passionem: Isai. 53; per decimas autem comparatio patientis ad
illos pro quibus patiebatur, qui imperfecti erant, ab ipso omnem perfectionem
expectantes, sicut novem per decem complentur. Horum autem duo referuntur ad
Eucharistiam: scilicet sacrificium quantum ad significatum, et oblatio quantum
ad materiam et usum, sed decima praefigurabat Baptismum, inquantum aliquid
auferebatur. Matrimonium autem et poenitentia
et ordo erant illo tempore, sed tamen non computantur inter sacramenta illius
temporis, quia non fiebant cum aliqua consecratione. Quilibet enim
primogenitus, secundum Hieronymum sacerdos erat: nec erat aliquis modus
determinatus ipsorum, nisi secundum instinctum naturae, prout cuique ratio
fide innata dictabat faciendum. |
4. Sous la loi naturelle, plusieurs signes de la
grâce avaient précédé, comme le déluge, le
meurtre d’Abel, et des choses de ce genre, qu’il ne faut
cependant pas appeler des sacrements – [il faut appeler sacrements]
ceux-là seuls qui apportaient un remède. En effet, ceux-ci
signifiaient une chose sainte, qui sanctifiait en acte, ce qui fait partie de
la définition même du sacrement, comme on l’a dit plus haut.
C’est pourquoi, sous la loi naturelle, Hugues place seulement trois
sacrements, à savoir, les sacrifices, les offrandes et les
dîmes, car, par ceux-ci, comme le dit Grégoire, il y avait un
remède contre le péché originel avant la circoncision.
Et bien qu’il se soit alors agi d’une époque de figures
plus que maintenant, il n’était pas nécessaire que les
signes soient affectés à des effets déterminés de
la grâce, comme ils le sont maintenant. C’est pourquoi ces
sacrements signifiaient d’une manière générale nos
sacrements et leur cause, à savoir, la passion du Christ : ainsi,
par les saccrifices, était signifiée la passion, par les
offrandes, la disposition de celui qui souffre à l’égard
de la passion, car il s’est lui-même offert volontairement pour
la passion, Is 53 ; par les dîmes, la comparaison de celui
qui souffre par rapport à ceux pour qui il souffrait, qui
étaient imparfaits, qui attendaient de lui toute perfection, comme le
nombre neuf est complété par le nombre dix. Parmi ces choses,
deux se rapportent à l’eucharistie : le sacrifice, pour ce
qui est signifié, et l’offrande, pour la matière et
l’usage ; mais la dîme préfigurait le baptême,
pour autant que quelque chose était enlevé. Le mariage, la
pénitence et l’ordre existaient à cette époque,
mais ils n’étaient cependant pas comptés parmi les
sacrements de cette époque, parce qu’ils n’étaient
pas accomplis avec une certaine consécration. En effet, tout
premier-né, selon Jérôme, était prêtre. Et
[ces choses] n’avaient pas de mode déterminé, si ce
n’est sous l’impulsion de la nature, pour autant que la raison
prescrivait à chacun de les accomplir par une foi innée. |
|
[13653] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod tempore legis scriptae jam plura cum aliqua
consecratione celebrabantur, quae nostris sacramentis quasi figurae
respondent: quia per circumcisionem nostrum Baptisma figuratur; per
oblationes et sacrificia Eucharistia; per diversos ritus expiationum
poenitentia; per consecrationes Aaron et filiorum ejus noster ordo; et per matrimonium
jam ad aliquas certas personas determinatum et sub lege constitutum, nostrum
matrimonium. Sed extremae unctionis non debuit praecedere figura: quia
extrema unctio est directivum et praeparatorium in gloriam, quam tunc statim
post mortem consequi non poterant, sicut modo possunt. Similiter nec
confirmatio, in qua complementum spiritus sancti datur: tempus autem illud
non erat tempus plenitudinis, sicut tempus istud. |
5. À l’époque de la loi
écrite, plusieurs choses étaient célébrées
par une consécration : elles correspondent comme des figures
à nos sacrements, car, par la circoncision, notre baptême
était figuré, par les offrandes et les sacrifices,
l’eucharistie ; par les divers rites d’expiation, la
pénitence ; par les consécrations d’Aaron et de ses
fils, notre ordre ; et par le mariage, déjà
déterminé par rapport à certaines personnes et
établi selon la loi, notre mariage. Mais il n’était pas
nécessaire que l’extrême-onction soit
préfigurée, car l’extrême-onction oriente vers la
gloire et y prépare, [gloire] qu’ils ne pouvaient pas obtenir
immédiatement après la mort, comme ils le peuvent maintenant.
De même en était-il pour la confirmation, par laquelle on est
rempli de l’Esprit Saint, car ce temps-là n’en
était pas un de plénitude, comme ce temps-ci. |
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[13654] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 6 Ad
sextum dicendum, quod Dionysius non intendit ibi determinare de sacramentis,
sed de actionibus hierarchicis, quae consistunt in consecratione per
ministros Ecclesiae facta. Et quia matrimonium et poenitentia possunt habere
suum effectum sine tali consecratione, ideo de eis non determinavit. |
6. Denys n’entend pas préciser là son
opinion sur les sacrements, mais sur les actions hiérarchiques, qui
consistent dans une consécration faite par les ministres de
l’Église. Et parce que le mariage et la pénitence peuvent
obtenir leur effet sans une telle consécration, il n’en a pas
traité avec précision. |
|
[13655]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 7 Ad septimum dicendum, quod aqua benedicta non ordinatur
directe ad remedium praestandum, sed ad removendum prohibens; unde datur
contra Daemonum nequitias et venialia, et omne quod effectum sacramentorum
impedire posset: propter hoc non est sacramentum, quia removens prohibens est
agens per accidens; sed sacramentale, quasi dispositio quaedam ad sacramenta. |
7. L’eau bénite n’est pas
ordonnée directement à apporter un remède, mais à
enlever un obstacle. Aussi est-elle donnée contre la fourberie des
démoins et les fautes vénielles, et contre tout ce qui pourrait
empêcher l’effet des sacrements. Pour cette raison, elle
n’est pas un sacrement, car ce qui enlève un obstacle agit par
accident ; mais elle est appelée un sacramental, comme une
certaine disposition aux sacrements. |
|
[13656]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 8 Ad octavum dicendum, quod concupiscentia quae est in actu
generativae, habet specialem foeditatem ab aliis concupiscentiis: quia
praeter hoc quod est infectiva personae, quod habet commune cum aliis, et
idem remedium habens, scilicet poenitentiam, est etiam infectio naturae; et
ideo debet habere speciale remedium, secundum quod ad purgationem naturae ordinatur. |
8. La concupiscence qui se trouve dans l’acte de la
puissance générative possède une difformité
particulière par rapport aux autres concupiscences, car, en plus
d’infecter la personne, ce qu’elle a en commun avec les autres et
qui reçoit le même remède, à savoir, la pénitence,
elle infecte aussi la nature. C’est pourquoi elle doit avoir un
remède particulier, par lequel elle est ordonnée à la
purification de la nature. |
|
[13657]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 9 Ad nonum dicendum, quod ad quamlibet eminentiam status
datur aliqua sanctificatio, cum sit ibi necessarium speciale auxilium
gratiae, sicut in consecratione regum et monachorum et monialium; et ideo
sunt actiones hierarchicae; et propter hoc Dionysius de eis determinat; non
tamen habent rationem sacramenti; sed solum illa eminentia per quam homo
efficitur sacrorum dispensator. |
9. Pour toute élévation
d’état, une certaine sanctification est donnée,
puisqu’une aide particulière de la grâce y est
nécessaire, comme par la consécration des rois, des moines et
des moniales. Elles sont donc des actions hiérarchiques :
c’est la raison pour laquelle Denys en traite. Elles n’ont
cependant pas raison de sacrement, mais seule cette élévation
par laquelle l’homme est rendu dispensateur des choses saintes. |
|
[13658]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 10 Ad decimum dicendum, quod oblationes et decimae erant tunc
inquantum erant figurales; sed quantum ad hoc nunc non manent; sed solum
secundum quod sunt morales ad usum ministrorum Ecclesiae et pauperum
deputatae; et ideo nunc non sunt sacramenta. |
10. Les offrandes et les dîmes existaient alors en
tant figures. Cependant, elles ne demeurent pas maintenant sous cet aspect,
mais seulement en tant qu’elles ont un sens moral pour l’usage
des ministres et des pauvres de l’Église. C’est pourquoi
elles ne sont pas maintenant des sacrements. |
|
[13659]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 2 ad 11 Ad undecimum dicendum, quod omnes illae sanctificationes
ordinantur ad sacramentum Eucharistiae; et ideo non sunt sacramenta, sed
sacramentalia quaedam. |
11. Toutes ces sanctifications sont ordonnées au
sacrement de l’eucharistie. C’est pourquoi elles ne sont pas des
sacrements, mais des sacramentaux. |
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Articulus 3 [13660] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 3 tit. Utrum sacramenta convenienter
a Magistro ordinentur |
Article
3 – Est-ce que l’ordre des sacrements donné par le
Maître est approprié ?
|
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Ad
tertium sic proceditur. Videtur quod sacramenta inconvenienter a Magistro hic
ordinentur. Prius enim est quod animale est
quam quod spirituale; 1 Corinth. 15. Sed matrimonium ad vitam animalem pertinet,
omnia autem alia sacramenta ad vitam spiritualem. Ergo matrimonium est omnibus prius. |
1. Il semble que l’ordre des sacrements
donné par le Maître est inapproprié. En effet, ce qui est
animal précède ce qui est spirituel, 1 Co 15. Or, le
mariage se rapporte à la vie animale, mais tous les autres sacrements
à la vie spirituelle. Le mariage les précède donc tous. |
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[13662]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 3 arg. 2 Praeterea, agens naturaliter prior est sua actione; unde
et in jure prius determinatur de officiis quam de actionibus. Sed per sacramentum ordinis
constituuntur dispensatores aliorum sacramentorum. Ergo ordo inter alia primo
debet poni. |
2. L’agent est naturellement antérieur
à son action; aussi, dans le droit, est-il d’abord
déterminé des fonctions avant les actions. Or, par le sacrement
de l’ordre, les dispensateurs des autres sacrements sont
établis. Il doit donc venir en premier parmi les autres. |
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[13663] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 3 arg. 3 Praeterea,
bonum commune est divinius quam bonum personae, ut dicitur in 1 Ethic. Sed
matrimonium et ordo ordinantur in remedium commune, alia autem in remedium
unius personae, ut dictum est. Ergo illa duo sacramenta ante alia poni debent. |
3. Le bien commun est plus divin que le bien de la
personne, comme il est dit dans Éthique, I. Or, le mariage et
l’ordre sont ordonnés comme un remède commun, mais les
autres, comme un remède pour une seule personne, comme on l’a
dit. Ces deux sacrements doivent donc être placés avant les autres. |
|
[13664]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 3 arg. 4 Praeterea, Eucharistia perficit nos conjungendo fini, ut
dictum est. Sed finis est ultimum in adeptione. Ergo Eucharistia post omnia debet
poni. |
4. L’eucharistie nous perfectionne en nous unissant
à la fin, comme on l’a dit. Or, la fin est la dernière
chose qu’on obtient. L’eucharistie doit donc être
placée après tous les autres [sacrements]. |
|
[13665]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 3 arg. 5 Praeterea, purgatio praecedit illuminationem et
perfectionem. Sed secundum Dionysium, Eucharistia pertinet ad perfectionem,
similiter et confirmatio. Ergo poenitentia, quae maxime ad purgationem pertinet, videtur quod antea
debet poni. |
5. La purification précède
l’illumination et la perfection. Or, selon Denys, l’eucharistie
se rapporte à la perfection, de même que la confirmation. La
pénitence, qui se rapporte surtout à la purification, semble
donc devoir être placée avant [l’eucharistie et la
confirmation]. |
|
[13666] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 1 a. 3 arg. 6 Praeterea,
Dionysius ponit Eucharistiam ante confirmationem. Cum ergo Magister
contrarium faciat, videtur quod inconvenienter ordinet. |
6. Denys place l’eucharistie avant la confirmation.
Puisque le Maître fait le contraire, il semble donc qu’il donne
un ordre inapproprié. |
|
Respondeo dicendum, quod prius et posterius multipliciter
dicitur; sed in his quae ad actiones pertinent, prius quo ad nos est illud
quod est prius in via generationis; et ideo secundum hanc viam Magister
sacramenta quae sanctificationes quaedam sunt, ordinat. Prius enim in via
generationis est bonum privatum quam commune, quod consurgit ex bonis
singulorum, sicut homo est prior domo, et domus civitate; et ideo sacramenta
quae in remedium unius personae ordinantur, prius ponuntur, inter quae primo
ponitur illud quod pertinet ad intrantes, scilicet Baptismus; ultimo illud
quod pertinet ad exeuntes, scilicet extrema unctio; in medio illa quae
pertinent ad progredientes, quae hoc modo ordinantur. Quia enim perfici bono
essentialius est virtuti, et commune singulis progredientibus ad virtutem;
sed resurgere a peccato accidit huic progressui ex parte subjecti quod cecidit
(unde non est omnibus commune), et quantum ad perfectionem ad bonum perfectio
in forma praecedit in via generationis perfectionem in consecutione ad finem;
ideo inter sacramenta quae ad progressum in bonum pertinent, primo ponitur
confirmatio; quae est ad perfectionem similem perfectioni formae; secundo
Eucharistia, quae est ad perfectionem in fine; tertio poenitentia quae est ad
reparationem virtutis amissae. Inter sacramenta autem quae ad remedium totius
Ecclesiae deputantur, primo ponitur ordo: quia matrimonium, inquantum
matrimonium, per ordinem dispensatur, secundum quod est sacramentum. |
On parle d’avant et d’après de
plusieurs manières. Mais, pour ce qui se rapporte aux actions, est
premier par rapport à nous ce qui est premier sur la voie de la
génération. C’est pourquoi le Maître ordonne les
sacrements, qui sont des sanctifications, selon cette voie. En effet, le bien
privé précède le bien commun par voie de
génération: le bien commun provient des biens des individus,
comme l’homme vient avant la maison et la maison avant la ville.
C’est pourquoi les sacrements qui sont ordonnés comme remède
pour une seule personne sont placés en premier. En premier lieu, est
placé ce qui se rapporte à ceux qui entrent, à savoir,
le baptême. En dernier lieu, ce qui se rapporte à ceux qui
partent, à savoir, l’extrême-onction. Et au milieu, ceux
qui se rapportent à ceux qui avancent, qui sont ordonnés de la
manière suivante. En effet, puisqu’être perfectionné
par le bien est plus essentiel à la vertu et commun à tous ceux
qui progressent vers la vertu, et que se relever du péché affecte
ce progrès du point de vue du sujet qui est tombé (ce
n’est donc pas commun à tous), et que, pour ce qui est de la perfection
par rapport au bien, la perfection selon la forme précède sur
la voie de la génération la perfection selon l’obtention
de la fin, c’est pourquoi, parmi les sacrements qui se rapportent au
progrès vers le bien, la confirmation est placée en premier:
par rapport à la perfection, elle est semblable à la perfection
de la forme. En deuxième lieu, [vient] l’eucharisite, qui, par
rapport à la perfection, atteint la fin. Troisièmement, la
pénitence, qui vise à réparer la vertu perdue. Mais,
parmi les sacrements qui sont ordonnés comme des remèdes pour
toute l’Église, l’ordre vient en premier, car, le mariage,
en tant que mariage, est dispensé comme sacrement par l’ordre. |
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Ad primum ergo dicendum, quod
matrimonium secundum quod pertinet ad vitam animalem, non est sacramentum,
sed naturae officium; sed secundum quod habet aliquid spiritualis quantum ad
signum et effectum, sic sacramentum est; et quia minimum habet de
spiritualitate, ideo ultimo inter sacramenta ponitur. |
1. Le mariage, pour
autant qu’il se rapporte à la vie animale, n’est pas un
sacrement, mais une fonction de la nature. Mais selon qu’il
possède quelque chose de spirituel en tant que signe et quant à
son effet, il est un sacrement. Et parce qu’il a le caractère
spirituel le plus faible, il est placé en dernier lieu parmi les
sacrements. |
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[13669]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 3 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod in sacramentorum actionibus ordo non constituit principalem
agentem, sed ministrum, et instrumentum quoddam divinae operationis; in
judiciis autem judex secundum formam scientiae et justitiae operatur non
solum sicut instrumentum; et ideo in jure praemittuntur ea quae ad officia
pertinent, sed in sacramentis non oportet. |
2. Dans les actions
des sacrements, l’ordre n’établit pas l’agent
principal, mais le ministre, comme instrument de l’action divine. Mais,
pour les jugements, le juge agit selon la forme de la science et de justice,
et non seulement comme un instrument. C’est pourquoi, dans le droit, ce
qui concerne les fonctions est placé en premier, mais cela n’est
pas nécessaire dans les sacrements. |
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[13670] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 1 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis bonum commune sit
divinius, tamen bonum singulare est prius in via generationis; et ideo etiam
philosophus monasticam politicae praemisit, ut patet in 10 Ethic. |
3. Quoique le bien
commun soit plus divin, le bien individuel vient cependant avant sur la voie
de la génération. C’est pourquoi même le Philosophe
a placé la vie individuelle avant la vie politique, comme cela ressort
clairement d’Éthique, X. |
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[13671] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 1 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod conjunctio ad finem est
duplex. Una secundum plenam participationem ipsius; et ista conjunctio non
efficitur per aliquod sacramentum; sed sacramenta ad eam disponunt, et inter
omnia vicinius extrema unctio; et ideo ultimo ponitur inter ea quae ad
remedium unius personae ordinantur. Alio modo secundum imperfectam, qualis
est fruitio viae; et ad hanc ordinatur Eucharistia; et ideo non oportet quod
ponatur ultima simpliciter, sed ultima in progressu ad bonum. |
4. L’union
à la fin est double. L’une, selon qu’on y participe
pleinement : cette union n’est pas réalisée par un
sacrement, mais les sacrements y disposent, surtout celui qui parmi tous est
le plus proche [de la fin], l’extrême-onction. C’est
pourquoi il est placé en dernier parmi ce qui est un remède
pour une seule personne. D’une autre manière, selon [une union]
imparfaite, comme l’est la jouissance [fruitio] alors
qu’on est en route. Et à cela est ordonnée
l’eucharistie. C’est pourquoi il n’est pas nécessaire
qu’elle soit placée en tout dernier lieu, mais comme la
dernière dans le progrès vers le bien. |
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[13672] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 3 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod poenitentia non dicit purgationem absolute respectu
cujuslibet impuritatis spiritualis, hoc enim ad Baptismum pertinet; sed
purgationem in casu, scilicet quando aliquis a statu virtutis cecidit, ut
iterum ad bonum redeat; et haec est secunda tabula post naufragium, secundum
Hieronymum; et ideo poenitentia ponitur post illa sacramenta quae ad
consummationem in bonum ordinantur. |
5. La pénitence
n’indique pas une purification absolue par rapport à une
impureté spirituelle : cela relève du baptême. Mais
[elle indique] une purification dans un cas particulier, à savoir,
lorsque quelqu’un est tombé de l’état de la vertu,
afin qu’il revienne au bien. Elle est la seconde planche après
le naufrage, selon Jérôme. C’est pourquoi la
pénitence est placée après les sacrements qui sont
ordonnés à l’accomplissement du bien. |
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[13673]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod Dionysius consideravit in eis
ordinem magis quantum ad dispensationem eorum quam quantum ad effectum: quia
Eucharistia statim baptizatis datur, si sint adulti, non autem confirmatio;
ideo post Baptismum immediate Eucharistiam posuit. |
6. Denys les a
plutôt abordés selon leur dispensation que selon selon leur
effet, car l’eucharistie est immédiatement donnée aux
baptisés s’ils sont adultes, mais non la confirmation.
C’est pourquoi il place l’eucharistie immédiatement
après le baptême. |
|
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Articulus
4 [13674] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 tit. Utrum in nova lege aliqua nova
sacramenta de novo institui debuerint |
Article
4 – Est-ce que, sous la loi nouvelle, de nouveaux sacrements devaient
être institués ?
|
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|
Sous-question 1 – [Devait-il y avoir de nouveaux sacrements sous la loi nouvelle ?] |
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[13675] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod non debuerint in nova lege aliqua sacramenta
de novo institui. Natura enim operatur breviori via qua potest; et hoc ad
ordinationem naturae pertinet. Sed gratia est magis ordinata quam natura. Cum
ergo brevior via esset quod sacramenta jam in veteri lege existentia
perficerentur quam aliqua de novo instituerentur, videtur quod aliqua de novo
institui non debuerint. |
1. Il semble que, sous la loi nouvelle, de nouveaux
sacrements n’auraient pas dû être institués. En
effet, la nature agit par le chemin le plus court possible, et cela
relève de l’ordre de la nature. Or, la grâce est plus ordonnée
que la nature. Puisque que le chemin était plus court de perfectionner
les sacrements qui existaient déjà sous la loi ancienne que
d’en instituter de nouveaux, il semble donc que des [sacrements]
nouveaux ne devaient pas être institués. |
|
[13676] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, sicut sacramenta sunt necessaria ad
salutem, ita et praecepta. Sed Christus non alia praecepta moralia instituit, sed praeexistentia
consiliis perfecit. Ergo nec nova sacramenta instituere debuit. |
2. De même que les sacrements sont
nécessaires au salut, de même le sont les commandements. Or, le
Christ n’a pas institué de nouveaux commandements moraux, mais a
perfectionné ceux qui existaient par des conseils. Il ne devait donc
pas non plus instituer des sacrements nouveaux. |
|
[13677]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, sacramenta sunt medicinae spirituales, ut
prius dictum est. Sed non competit eadem medicina parvulo et adulto. Cum ergo
status legis comparetur puerili aetati, status autem temporis gratiae aetati
perfectae, ut patet Gal. 4, videtur quod alia sacramenta fuerunt etiam
tempore gratiae instituenda. |
S.c. 1 – Les sacrements sont des remèdes
spirituels, comme on l’a dit plus haut. Or, le même remède
ne convient pas à l’enfant et à l’adulte. Puisque
l’état de la loi est comparé à l’état
de l’enfance, et l’état de l’époque de la
grâce à l’âge adulte, comme cela est clair selon
Ga 4, il semble que d’autres sacrements devaient aussi être
institués à l’époque de la grâce. |
|
Quaestiuncula
2 |
Sous-question 2 – [Les mêmes sacrements devaient-ils être institués dès le commencement du monde après le péché ?] |
|
[13678] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haec eadem debuerit a principio
mundi post peccatum instituere. Quia ad crudelem medicum pertinet ut efficacem
medicinam non statim infirmo proponat, sed eum diu periclitari sinat. Sed a
Deo omnis crudelitas relegata est. Ergo sacramenta novae legis, quae sunt
efficacissimae medicinae, debuerunt statim post peccatum humano generi
exhiberi. |
1. Il semble qu’il devait instituer les mêmes
dès le commencement du monde après le péché,
puisque c’est le fait d’un médecin cruel de ne pas
proposer un remède efficace au malade, mais de le laisser longtemps
péricliter. Or, toute cruauté a été mise de
côté par Dieu. Les sacrements de la loi nouvelle, qui sont les
remèdes les plus efficaces, devaient donc être proposés
au genre humain aussitôt après le péché. |
|
[13679] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sacramenta novae legis totam efficaciam
habent ex passione Christi. Sed passio Christi operabatur etiam a principio
mundi post peccatum ad reparationem, secundum quod erat credita, ut in 3
Lib., dist. 19, quaest. 1, art. 1,
quaestiunc. 2 ad 2, dictum est. Ergo et tunc sacramenta institui debuerunt. |
2. Les sacrements de
la loi nouvelle tirent toute leur efficacité de la passion du Christ.
Or, la passion du Christ était à l’œuvre dès
le commencement du monde après le péché en vue de la
réparation, selon qu’elle était objet de la foi, comme on
l’a dit dans le livre III, d. 19, q. 1, a. 1, qa 2, ad 2. Les
sacrements devaient donc être institués à ce moment. |
|
[13680]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 2 S.c. 1 Sed contra, gratia perficit naturam. Sed natura procedit
ex imperfectioribus ad perfectiora, sicut patet in omni motu et generatione;
et similiter etiam ars. Ergo et similiter gratia debuit prius imperfecte et
postea copiose per efficaciam sacramenti dari. |
S.c. 1 – La
grâce parfait la nature. Or, la nature va de l’imparfait au
parfait, comme cela est clair pour tout mouvement et toute génération,
et aussi pour l’art. De la même façon, la grâce
devait donc d’abord être donnée imparfaitement, puis avec
abondance grâce à l’efficacité des sacrements. |
|
Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les sacrements devaient-ils être institués immédiatement après la naissance du Christ ?] |
|
[13681] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod statim Christo nato sacramenta institui debuerunt. Sunt enim sacramenta novae legis gratiam continentia. Sed tempus gratiae ex tunc incepit. Ergo tunc institui debuerunt. |
1. Il semble que les sacrements devaient être
institués immédiatement après la naissance du Christ. En
effet, les sacrements de la nouvelle loi contiennent la grâce. Or, le
temps de la grâce a commencé à ce moment. Ils devaient
donc être institués à ce moment. |
|
[13682] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, sacramenta
adjuvant ad implendum praecepta. Sed praecepta moralia omnia simul data
fuerunt in ipso initio legis. Ergo et sacramenta gratiae in ipso initio
gratiae omnia simul dari debuerunt. |
2. Les sacrements aident à accomplir les
commandements. Or, les préceptes moraux furent tous donnés en
même temps, au commencement de la loi. Les sacrements de la grâce
devaient donc être tous donnés au commencement même de la
grâce. |
|
[13683]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 3 S.c. 1 Sed contra est, quia quae a Deo sunt, ordinata sunt, Rom.
13, 1. Sed iste est debitus ordo, ut causa effectum praecedat, et ut illud
quod prius est, primo tradatur. Ergo cum passio Christi sit causa efficaciam
sacramentis praebens, et unum sacramentum sit alio prius, ut dictum est,
videtur quod non debuerunt institui statim Christo nato. |
S.c. 1 – Ce qui vient de Dieu est ordonné,
Rm 13, 1. Or, l’ordre approprié consiste dans le fait
que la cause précède l’effet, et que ce qui est
antérieur est d’abord donné. Puisque la passion du Christ
est la cause qui donne leur efficacité aux sacrements et qu’un
sacrement est antérieur à l’autre, comme on l’a
dit, il semble donc qu’ils ne devaient pas être institués
immédiatement après la naissance du Christ. |
|
Quaestiuncula
4 |
Sous-question 4 – [Les sacrements de la loi nouvelle ont-ils tous été institués par le Christ ?] |
|
[13684] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sacramenta novae legis non sunt
omnia a Christo instituta. Quia de confirmatione et extrema unctione non
legitur aliquid dixisse. Sed extrema unctio et confirmatio sunt sacramenta novae legis. Ergo non
omnia sacramenta novae legis sunt instituta a Christo. |
1. Il semble que les sacrements de la loi nouvelle
n’aient pas tous été institués par le Christ, car
on ne lit pas qu’il ait dit quelque chose à propos de
l’extrême-onction et de la confirmation. Or,
l’extrême-onction et la confirmation sont des sacrements de la
loi nouvelle. Tous les sacrements de la loi nouvelle n’ont donc pas
été institués par le Christ. |
|
[13685] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
non minoris auctoritatis est mysterium sacerdotii novae legis quam legis
naturae. Sed qui sacramenta dispensabant in lege naturae, scilicet
sacerdotes, pro suo libito sacramentis visibilibus suam fidem profitebantur.
Ergo multo fortius hoc debet esse in lege nova, quae etiam est majoris
libertatis. |
2. Le mystère du sacerdoce de la loi nouvelle
n’a pas une autorité moins grande que celui de la loi naturelle.
Or, ceux qui dispensaient les sacrements sous la loi naturelle, à
savoir, les prêtres, confessaient leur foi comme il leur plaisait par
des sacrements visibles. À bien plus forte raison cela doit-il donc se
trouver sous la loi nouvelle, qui est caractérisée par une plus
grande liberté. |
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[13686]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 4 S.c. 1 Sed contra, sacramenta novae legis efficiunt quod
significant. Sed ex institutione significant secundum Hugonem. Ergo ex
institutione efficaciam habent. Sed efficacia sacramentorum non est nisi a
Deo, qui solus peccata remittit. Ergo non potuit esse a puro homine
sacramentorum institutio. |
S.c. 1 – Les
sacrements de la loi nouvelle réalisent ce qu’ils signifient.
Or, leur signification vient de leur institution, selon Hugues. Ils tiennent
donc leur efficacité de leur institution. Or,
l’efficacité des sacrements vient de Dieu seul, qui seul remet
les péchés. L’institution des sacrements ne pouvait donc
pas être le fait d’un simple homme. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13687] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc.
1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod sacramenta sunt signa
remedii ad quod ordinantur. Sunt autem signa repraesentantia effectus
spirituales ex similitudine sensibilium rerum, quarum in sacramento est usus.
Et ideo cum in nova lege oportuerit esse sacramenta majoris efficaciae
propter perfectionem testamenti, debuerunt etiam esse alia signa quae
expressius figurarent gratiam; et ideo oportuit alia sacramenta institui. |
Les sacrements sont les signes du remède auquel ils sont ordonnés. Or, ils sont des signes représentant les effets spirituels par une ressemblance avec les choses sensibles utilisées dans le sacrement. C’est pourquoi, puisqu’il était nécessaire qu’il y ait dans la loi nouvelle des sacrements d’une plus grande efficacité en raison de la perfection de l’alliance, il devait y avoir d’autres signes qui seraient une figure plus expresse de la grâce. Aussi était-il nécessaire que d’autres sacrements soient institués. |
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[13688]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis natura brevissime
operetur, tamen nihil omittit de contingentibus quibus aliquid optime fieri
possit et similiter gratia; et ideo in sacramentis instituendis non solum
attenditur qualiter aliquid breviter fiat, sed qualiter congruenter. |
1. Bien que la nature agisse de la manière la plus
directe, elle n’omet cependant rien des réalités
contingentes par lesquelles quelque chose peut être
réalisé au mieux. Et il en va de même de la grâce.
C’est pourquoi, dans l’institution des sacrements, on ne
consiède pas seulement comment quelque chose peut être
réalisé rapidement, mais comment il peut l’être de
manière appropriée. |
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[13689]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod praecepta moralia consequuntur
naturam humanam, cum sint de dictamine rationis naturalis; et ideo permanent
eadem in qualibet lege, et in quolibet statu hominis; et propter hoc non est
simile de praeceptis et sacramentis, quae ex sola institutione efficaciam
habent. |
2. Les préceptes moraux découlent de la
nature humaine, puisqu’ils sont déterminés par la raison
naturelle. C’est pourquoi ils demeurent les mêmes sous
n’importe quelle loi et dans n’importe état de
l’homme. Pour cette raison, il n’en va pas de même des
préceptes et des sacrements, qui n’ont d’efficacité
que par leur seule institution. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13690] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod sacramenta novae legis, quia
gratiam continent, non sunt vacua, sed plena; et ideo non competebat ea
institui nisi tempore plenitudinis, quod est tempus incarnationis. Quare
autem Christus suum adventum distulerit, et non statim post peccatum carnem
assumpserit, in 3 Lib., dist. 1, quaest. 1, art. 4, dictum est. |
Parce qu’ils contiennent la grâce, les
sacrements de la loi nouvelle ne sont pas vides, mais pleins. C’est
pourquoi il convenait qu’ils soient institués seulement au temps
de la plénitude, qui est le temps de l’incarnation. Mais
pourquoi le Christ a-t-il reporté sa venue et n’a-t-il pas
assumé la chair immédiatement après le
péché, on l’a dit dans le livre III, d. 1, q. 1, a. 4. |
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[13691]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod aliter est in morbo
spirituali et corporali. Non enim potest aliquis a morbo spirituali congrue
curari, nisi prius morbum cognoscat, et medicinam desideret, si sit
cognitionis capax; et ideo oportuit ut homo sibi relinqueretur, et sic primo
tempore legis naturae infirmum se cognosceret per ignorantiam, ad idolatriam
declinando; et deinde tempore legis scriptae quae auxilium contra ignorantiam
praebebat, recognosceret se infirmum per concupiscentiam, ad peccata declinando,
et sic salutem ab alio expectaret; qui et viam salutis docuit contra
ignorantiam et sacramenta gratiae dedit contra infirmitatem concupiscentiae,
ut dicitur Joan. 1, 17: gratia et veritas per Jesum Christum facta est.
In morbo autem corporali hoc non requiritur, quia corpus non est cognitionis
capax. |
1. Il en va autrement de la maladie spirituelle et de la
maladie corporelle. En effet, on ne peut être convenablement
guéri d’une maladie spirituelle à moins de
connaître d’abord la maladie et de désirer un
remède, si l’on est capable de connaissance. C’est pourquoi
il fallait que l’homme soit laissé à lui-même et
qu’ainsi, à l’époque de la loi naturelle, il se
reconnaisse d’abord malade en raison de l’ignorance, en
déviant vers l’idolâtrie. Ensuite, au temps de la loi
écrite, qui apportait une aide contre l’ignorance, il se
reconnaîtrait malade en raison de la concupiscence, en tombant dans des
péchés, et ainsi attendrait son salut d’un autre, qui
enseignait le chemin du salut contre l’ignorance et donnait les
sacrements de la grâce contre la maladie de la concupiscence, comme il
est dit en Jn 17 : La grâce et la vérité
sont apparues dans le Christ Jésus. Mais, pour la maladie
corporelle, cela n’est pas nécessaire, car le corps n’est
pas capable de connaissance. |
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[13692] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quamvis etiam ex tunc passio Christi
efficaciam haberet, non tamen tantam efficaciam in humana natura, pro qua
nondum satisfactum erat, habebat, sicut post satisfactionem habuit, et post
Christi incarnationem, quae totam naturam humanam dignificavit, ut fieret
magis ad gratiam recipiendam idonea. |
2. Bien que la passion du Christ eût alors son
efficacité, elle n’avait cependant pas une aussi grande
efficacité dans la nature humaine, pour laquelle il n’y avait
pas encore eu satisfaction, comme il y eut satisfaction pas la suite, et
après l’incarnation du Christ, qui a donné sa
dignité à toute la nature humaine, afin qu’elle soit
rendue apte à recevoir la grâce. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13693] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod sacramenta novae legis
dupliciter instituta sunt. Primo ad
documentum et exercitium quoddam; et sic potuerant ante passionem Christi
institui. Secundo quantum ad necessitatem et obligationem, et sic eorum
institutio non fuit ante passionem, quia adhuc legalia non fuerant mortua;
unde a tempore praedicationis Christi usque ad passionem, sacramenta novae
legis simul currebant cum legalibus, et utraque ad salutem operabantur. Sic
ergo quantum ad secundum modum institutionis omnia simul in passione Christi
instituta sunt; sed quantum ad primum, oportuit ut primo instituerentur illa
quae sunt majoris necessitatis; unde statim in principio praedicationis suae
poenitentiam praedicavit, ut legitur Matth. 4, et Baptismum docuit ut legitur
Joan. 3. Alia autem sacramenta processu temporis instituit et docuit. |
Les sacrements de la loi nouvelle ont été
institués de deux manières. Premièrement, en vue
d’un enseignement et d’un certain usage ; ainsi, ils
auraient pu être institués avant la passion du Christ.
Deuxièmement, quant à leur nécessité et à
leur caractère obligatoire ; ainsi, ils ne furent pas
institués avant la passion parce que les dispositions légales
n’étaient pas encore mortes. Aussi, depuis la prédication
du Christ jusqu’à la passion, les sacrements de la loi nouvelle
avaient cours en même temps que les dispositions de la loi, et les deux
étaient mis en œuvre en vue du salut. Ainsi, pour ce qui est du
second mode d’institution, tous ont donc été
institués dans la passion du Christ. Mais, pour ce qui est du premier
mode, il fallait que soient d’abord institués ceux qui
étaient plus nécessaires. Aussi, dès le début de
sa prédication, prêcha-t-il la pénitence, comme on le lit
dans Mt 4, et enseigna-t-il le baptême, comme on le lit dans
Jn 3. Mais il institua et enseigna les autres sacrements au fil du
temps. |
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[13694] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod tempus gratiae dicitur quantum ad
initium, et quantum ad complementum. Complementum autem ejus non fuit ante
passionem, et resurrectionem Christi; unde Joan. 7, 39, dicitur: nondum
erat spiritus datus, quia nondum erat Jesus glorificatus. Principium
autem potest attendi dupliciter. Primo quantum ad praesentiam gratiae in
mundo; et sic fuit in ipsa incarnatione. Secundo quantum ad ejus diffusionem
in mundo, et sic fuit in praedicatione sive Baptismo Christi; et ante non
oportebat institui sacramenta. |
1. On parle de temps de la grâce du point de vue de
son début et du point de vue de son achèvement. Son
achèvement n’eut pas lieu avant la passion et la
résurrection du Christ. Aussi est-il dit dans
Jn 7, 39 : L’Esprit n’avait pas encore
été donné, parce que Jésus n’avait pas
été glorifié. Or, le commencement peut
s’entendre de deux manières. Premièrement, quant à
la présence de la grâce dans le monde : et ainsi, il eut
lieu dans l’incarnation elle-même. Deuxièmement, quant
à sa diffusion dans le monde : et ainsi, il eut lieu dans la
prédication ou dans le baptême du Christ. Et il
n’était pas nécessaire que les sacrements soient institués
avant. |
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[13695] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod praecepta moralia homini natura dictat; et
ideo statim potuerunt homini simul proponi: non autem est ita de sacramentis. |
2. La nature dicte à l’homme les
préceptes moraux. C’est pourquoi ils purent être
proposés à l’homme en même temps. Mais il
n’en est pas de même pour les sacrements. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[13696] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4 qc.
4 co. Ad quartam quaestionem dicendum quod circa hoc est duplex opinio.
Quidam enim dicunt, non omnia sacramenta a Christo immediate instituta
fuisse; sed quaedam ipse per se instituit, quaedam vero apostolis instituenda
commisit; scilicet confirmationem, in qua spiritus sanctus datur ad robur,
cujus institutio esse non debuit ante plenam spiritus sancti missionem; et
extremam unctionem, quae cum ad gloriam resurrectionis sit immediatum et
proximum praeparatorium, ante resurrectionem institui non debuit. Sed quia
institutio sacramentorum videtur ad potestatem plenitudinis in sacramentis
pertinere quam sibi Christus reservavit in sacramentis, cum ex institutione
sacramenta habeant quod significent; ideo aliis probabilius videtur, quod
sicut hominis puri non est sacramenta mutare, vel a sacramentis absolvere,
ita nec nova sacramenta instituere; et ideo omnia sacramenta novae legis ab
ipso Christo institutionem habent. |
À ce sujet, il y a deux opinions. En effet,
certains disent que tous les sacrements n’ont pas été
institués par le Christ de manière immédiate, mais
qu’il en a institué certains par lui-même, et qu’il
a confié aux apôtres d’en instituer d’autres,
à savoir, la confirmation, par laquelle l’Esprit Saint est donné
en vue de la fermeté et dont l’institution ne devait pas avoir
lieu avant le plein envoi de l’Esprit Saint, et
l’extrême-onction, qui ne devait pas être instituée
avant la résurrection, puisqu’elle prépare de
manière immédiate et prochaine à la gloire de la
résurrection. Mais parce que l’institution des sacrements semble
relever du pouvoir plénier que le Christ s’est reservé
pour les sacrements, puisque les sacrements tirent leur signification de leur
institution, il semble à d’autres plus probable que de
même qu’il ne relève pas d’un simple homme de
changer les sacrements ou de délier des sacrements, de même en
est-il pour ce qui est d’en instituer de nouveaux. C’est pourquoi
tous les sacrements de la loi nouvelle ont été institués
par le Christ. |
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[13697] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 1 a. 4
qc. 4 ad 1 Secundum hoc ergo dicendum
ad primum, quod ipse sacramentum confirmationis instituit, quando pueris sibi
praesentatis manus imposuit; similiter extremam unctionem, quando apostolos
ad praedicandum mittens, oleo inungere infirmos disposuit, ut sic curarentur. |
1. Lui-même a institué le sacrement de la
confirmation lorsqu’il imposa les mains aux enfants qui lui avaient
été présentés. De même pour
l’extrême-onction, lorsque, envoyant les apôtres
prêcher, il établit que les malades seraient oints afin
d’être guéris. |
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[13698] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 1 a. 4 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sacramenta illa legis naturae non habebant aliquam
efficaciam ex opere operato, sed solum ex fide; et ideo determinatio eorum ab
homine puro habente fidem fieri poterat. Non autem ita est de sacramentis
novae legis, quae ex opere operato gratiam conferunt. |
2. Ces sacrements de la loi naturelle n’avaient
aucune efficacité ex opere operato, mais seulement en vertu de la foi.
C’est pourquoi un simple homme ayant la foi pouvait en décider.
Mais il n’en va pas de même des sacrements de la loi nouvelle,
qui confèrent la grâce ex opere operato. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [Le baptême de Jean] |
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Prooemium |
Prologue
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[13699] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2
pr. Deinde quaeritur de Baptismo
Joannis, et circa hoc quaeruntur quatuor: 1 utrum fuerit sacramentum; 2 de
efficacia ipsius; 3 quibus competebat; 4 utrum baptizati a Joanne, essent Baptismo
Christi baptizandi. |
Ensuite, on s’interroge sur le baptême de
Jean. À ce sujet, quatre questions sont posées : 1 –
Est-ce qu’il était un sacrement ? 2 – À propos
de son efficacité. 3 – À qui convenait-il ? 4 –
Est-ce que ceux qui avaient été baptisés par Jean
devaient être baptisés du baptême du Christ ? |
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Articulus 1 [13700] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 1 tit. Utrum
Baptismus Joannis fuerit sacramentum |
Article
1 – Est-ce que le baptême de Jean était un sacrement ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Le baptême de Jean était-il un sacrement ?] |
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[13701] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod Baptismus Joannis non fuerit sacramentum. Joan. 3, super illud: erat Joannes baptizans etc., dicit Glossa: quantum catechumenis nondum baptizatis prodest doctrina fidei, tantum profuit Baptismus Joannis ante Baptismum Christi. Sed catechismus non est sacramentum, sed sacramentale. Ergo Baptismus Joannis non erat sacramentum sed sacramentale. |
1. Il semble que le baptême de Jean n’était pas un sacrement. À propos de Jn 3, sur ce passage : Jean baptisait, etc., la Glose dit : «Autant l’enseignement de la foi est utile aux catéchumènes non encore baptisés, autant le baptême de Jean était-il utile avant le baptême du Christ.» Or, le catéchisme n’est pas un sacrement, mais un sacramental. Le baptême de Jean n’était donc pas un sacrement mais un sacramental. |
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[13702] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
omne sacramentum est alicujus legis sacramentum. Sed Baptismus Joannis non
erat sacramentum legis naturae, neque legis veteris: quia, sicut Augustinus
dicit, nulli praecedentium prophetarum fuit datum baptizare, nisi Joanni
soli, quod non contingit de sacramentis veteris legis; similiter non est
sacramentum novae legis, quia praedicationem Christi praecessit. Ergo non
erat sacramentum. |
2. Tout sacrement est un sacrement d’une loi donnée. Or, le baptême de Jean n’était pas un sacrement de la loi naturelle, ni de la loi ancienne, car, comme le dit Augustin, à aucun prophète antérieur, sauf à Jean, n’avait-il été donné de baptiser, ce qui n’est pas le cas des sacrements de la loi ancienne. De même [le baptême de Jean] n’est-il pas un sacrement de la loi nouvelle, car il a précédé la prédication du Christ. Il n’était donc pas un sacrement. |
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[13703] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra, sacramentum est sacrae rei signum. Sed Baptismus Joannis figurabat
Baptismum Christi. Ergo erat sacramentum. |
S.c. 1 – Le sacrement est un signe d’une chose sainte. Or, le baptême de Jean était la figure du baptême du Christ. Il était donc un sacrement. |
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Quaestiuncula
2 |
Sous-question 2 – [Le baptême de Jean était le même que celui donné par les apôtres ?] |
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[13704]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non baptizaverit sub hac forma: ego
baptizo te in nomine venturi. Christus enim, in cujus nomine baptizabat, jam
venerat. Ergo non competebat forma illa pro tempore illo. |
1. Il n’a pas baptisé en utilisant cette formule : «Je te baptise au nom de celui qui doit venir.» En effet, le Christ, au nom de qui il baptisait, était déjà venu. La forme ne convenait donc pas à ce moment. |
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[13705] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, eadem est fides de Christo venturo quae erat in patribus et de Christo qui jam venit, quam nos habemus. Ergo eadem est forma Baptismi in nomine venturi, et in nomine Christi. Ergo Baptismus idem. Sed apostoli baptizaverunt in nomine Christi, ut infra dicetur. Si ergo Joannes baptizavit in nomine venturi, idem fuit Baptisma Joannis et apostolorum Christi; quod falsum est. |
2. La foi au Christ à venir était la même chez les pères que celle que nous avons au Christ déjà venu. La forme du baptême est donc la même pour le baptême au nom de celui qui doit venir et au nom du Christ. Le baptême est donc le même. Or, les apôtres ont baptisé au nom du Christ, comme on le dira plus loin. Si donc Jean a baptisé au nom de celui qui devait venir, le baptême de Jean était le même que celui des apôtres du Christ, ce qui est faux. |
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[13706] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 2 S.c. 1 Sed contra est quod dicitur Act. 19, 4: baptizabat Joannes populum dicens, in eum qui venturus est post ipsum, ut crederent. |
S.c. 1 – Il est dit en Ac 19, 4 : Jean baptisait en disant au peuple de croire en celui qui devait venir après lui. |
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Quaestiuncula
3 |
Sous-question 3 – [Le baptême de Jean était-il institué par Dieu ?] |
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[13707]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non fuit institutus a Deo. Nullum
enim sacramentum a Deo institutum nominatur a ministro; non enim dicitur
Baptismus Petri. Sed Baptismus ille dicitur Baptismus Joannis. Ergo non fuit
a Deo institutus. |
1. Il semble que [le baptême de Jean] n’ait pas été institué par Dieu. En effet, aucun sacrement institué par Dieu n’est nommé d’après le ministre : en effet, on ne parle pas du baptême de Pierre. Or, ce baptême est appelé le baptême de Jean. Il n’a donc pas été institué par Dieu. |
|
[13708] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
sacramenta legis naturae, quae ad sacramenta Christi disponebant, a Deo
institutionem non habuerunt, sed ex voto celebrabantur, secundum Hugonem. Sed Baptismus Joannis
fuit praeparatorius ad sacramenta Christi. Ergo non debuit habere institutionem
a Deo. |
2. Les sacrements de la loi naturelle, qui disposaient aux sacrements du Christ, n’ont pas été institués par Dieu, mais étaient célébrés comme on le voulait, selon Hugues. Or, le baptême de Jean était préparatoire aux sacrements du Christ. Il ne devait pas être institué par Dieu. |
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[13709] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 3 S.c. 1 Sed contra est quod dicitur Joan. 1, 33: qui me misit baptizare in aqua, ille mihi dixit: super quem videris spiritum descendentem, et manentem super eum, hic est qui baptizat in spiritu sancto. |
S.c. 1 – Il est dit en Jn 1, 33 : Celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : «Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c'est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint.» |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Le baptême de Jean aurait-il dû cesser immédiatement après le baptême du Christ ?] |
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[13710] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod
debuit statim Christo baptizato cessare. Quia super illud Joan. 1: vidit
Joannes Jesum venientem ad se, dicit Augustinus: baptizatus est
dominus Baptismo Joannis, et cessavit Baptismus Joannis. |
1. Il semble que [le baptême de Jean] aurait dû cesser immédiatement après le baptême du Christ. Car, sur ce passage de Jn 1 : Jean voit Jésus venir vers lui, Augustin dit : «Le Seigneur a été baptisé du baptême de Jean, et le baptême de Jean a cessé.» |
|
[13711] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 2 Praeterea, Baptismus
Joannis erat praeparatorius ad Baptismum Christi. Sed Baptismus Christi
incepit statim Christo baptizato: quia tactu mundissimae suae carnis vim regenerativam
contulit aquis, ut dicit Beda. Ergo statim debuit cessare. |
2. Le baptême de Jean préparait au baptême du Christ. Or, le baptême du Christ a commencé aussitôt que le Christ a été baptisé, car, «au contact de sa chair très pure, il a donné à l’eau une puissance régénératrice», comme le dit Bède. [Le baptême de Jean] devait donc cesser aussitôt. |
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[13712] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 4 S.c. 1 Sed contra est quod legitur Joan. 3, quod post Baptismum Christi baptizabat Joannes, et discipuli ejus similiter baptizabant. Ergo Baptismus Joannis non cessavit statim Christo baptizato. |
S.c. 1 – On lit en Jn 3, qu’après avoir baptisé le Christ, Jean baptisait et que ses disciples aussi baptisaient. Le baptême de Jean n’a donc pas cessé immédiatement après le baptême du Christ. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13713] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod
secundum Hugonem de sancto Victore, secundum processum temporis et majorem
propinquitatem ad tempus gratiae, oportuit alia et alia sacramenta institui.
Unde quia in Joanne quodammodo incepit tempus gratiae (quia lex, et
prophetae usque ad Joannem, Matth. 11, 13), non quasi ab ipso esset
gratia, sed quia ad gratiam viam praeparabat; ideo ejus Baptismus fuit
aliquod sacramentum; quod quidem erat initiatio quaedam sacramentorum
gratiae, quamvis gratia in eo non conferretur. Unde dicendum, quod Baptismus
Joannis sacramentum erat quodammodo medium inter sacramenta veteris et novae
legis, sicut dispositio ad formam media est quodammodo inter privationem et
formam. Conveniebat enim quodammodo cum sacramentis veteris legis in hoc quod
erat signum tantum; cum sacramentis autem legis novae in materia, et
quodammodo in forma. |
Selon Hugues de Saint-Victor, il était nécessaire que d’autres sacrements soient institués selon le déroulement du temps et une plus grande proximité par rapport au temps de la grâce. Aussi, parce que le temps de la grâce a commencé d’une certaine manière en Jean (car la loi et les prophètes durent jusqu’à Jean, Mt 11, 13), non que la grâce se trouvait en lui, mais parce qu’il préparait le chemin vers la grâce, son baptême était-il un sacrement, qui était une amorce des sacrements de la grâce, bien que la grâce ne fût pas conférée par lui. Aussi faut-il dire que le baptême de Jean était en quelque sorte un sacrement intermédiaire entre les sacrements de l’ancienne loi et ceux de la nouvelle, comme la disposition à la forme est intermédiaire entre la privation [de la forme] et la forme. En effet, il avait d’une certaine manière en commun avec les sacrements de la loi ancienne de n’être qu’un signe ; mais il avait avec les sacrements de la loi nouvelle une matière commune et, d’une certaine manière, la forme. |
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[13714] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Baptismus Joannis habet aliquid simile cum sacramentalibus Baptismi, inquantum erat dispositio ad Baptismum Christi; sed inquantum praecessit institutionem Baptismi Christi, differt a sacramentalibus, et est sacramentum per se; sicut sacramenta veteris legis, quae etiam suo modo, licet non tam de propinquo, ad sacramenta novae legis disponebant. |
1. Le baptême de Jean a quelque chose de semblable aux sacramentaux du baptême, en tant qu’il était une disposition au baptême du Christ. Mais, pour autant qu’il a précédé l’institution du baptême du Christ, il diffère des sacramentaux et il est en lui-même un sacrement, comme les sacrements de l’ancienne loi qui disposaient aussi de leur propre manière, bien que d’une manière moins rapprochée, aux sacrements de la loi nouvelle. |
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[13715]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
dispositio reducitur ad genus formae ad quam disponit; et ideo Baptismus
Joannis reducitur ad sacramenta novae legis, sicut incompletum in genere
illo; et hoc patet ex ordine procedendi quem Magister servat. |
2. La disposition se ramène au genre de la forme à laquelle elle dispose. C’est pourquoi le baptême de Jean se ramène aux sacrements de la loi nouvelle, comme quelque chose d’inachevé dans ce genre. Et cela ressort clairement de l’ordre que suit le Maître. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13716] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod utilitas rei ex forma sua consequitur; et ideo formae sacramentorum
ostendunt illud ex quo sacramenta et efficaciam et utilitatem habent. Et quia
utilitas Baptismi Joannis tota erat disponere ad Christum, ideo haec erat sua
forma competens, ut in nomine venturi baptizaret. |
L’utilité d’une chose se prend de sa forme. C’est pourquoi les formes des sacrements montrent ce dont les sacrements tirent leur efficacité et leur utilité. Et parce que l’utilité du baptême de Jean consistait entièrement à disposer au Christ, c’était sa forme convenable qu’il baptise au nom de celui qui allait venir. |
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[13717] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis jam venisset in carne, non tamen jam venerat ad baptizandum, et alia salutis nostrae opera exercendum. |
1. Bien qu’il fût déjà venu dans la chair, il n’était cependant pas encore venu baptiser et accomplir les autres œuvres de notre rédemption. |
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[13718] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod fides, cum sit cognitio quaedam, respicit rei veritatem; et quia diversitas temporum significatorum non diversificat veritatem, nec fides penes hoc diversificatur. Sed sacramenta respiciunt effectum; et quia non eodem modo se habet ad actum hoc quod jam est et hoc quod expectatur futurum, quia ad id quod expectatur futurum, actus ordinantur ut disponentes, ab eo autem quod jam est, effective aliquid producitur; ideo diversificatio formae per futurum et praesens designant diversitatem sacramenti. |
2. La foi, puisqu’elle est une certaine connaissance, concerne la vérité d’une chose. Et parce que la diversité des temps signifiés ne diversifie pas la vérité, la foi non plus n’est pas diversifiée par cela. Mais les sacrements concernent un effet. Et parce que ce qui existe déjà et ce qui est attendu dans l’avenir n’a pas le même rapport à l’acte, car les actes y sont ordonnés comme une disposition, alors que quelque chose est effectivement produit à partir de ce qui existe déjà, la diversification de la forme selon le futur et le présent désigne la diversité du sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13719] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc.
3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod Joannes suum Baptismum instituit
praecepto divino. Unde patet quod institutio ipsius fuit a Deo per
auctoritatem, et ab ipso Joanne per ministerium. |
Jean a institué son baptême en vertu d’un commandement divin. Aussi ressort-il clairement que son institution venait de Dieu comme de son auteur, et de Jean en vertu de son ministère. |
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[13720]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod propter tres rationes
Baptismus a Joanne nomen accepit. Primo, quia ipse fuit sui Baptismi institutor aliquo
modo; Petrus autem nullo modo Baptismi quo baptizabat. Secundo, quia nihil in
illo Baptismo efficiebatur quod Joannes non faceret. Tertio, quia sibi soli
erat datum illius Baptismi ministerium. |
1. Le baptême a reçu son nom de Jean pour
trois raisons. Premièrement, parce que Jean lui-même a
d’une certaine manière institué son baptême, mais
Pierre ne l’a fait d’aucune manière pour le baptême
par lequel il baptisait. Deuxièmement, parce que rien
n’était accompli dans ce baptême que Jean
n’accomplissait. Troisièmement, parce qu’à lui seul
avait été confié le ministère de ce
baptême. |
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[13721]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod fides magis determinabatur
secundum appropinquationem ad Christum; et ideo etiam sacramenta, quae
quaedam fidei protestationes sunt, magis a Christo remota, minus determinata
esse debuerunt. Et quia Baptismus Joannis de propinquo ad Christi sacramenta
disponebat, ideo debuit magis habere determinationem quam sacramenta legis
naturae. |
2. La foi se précisait à mesure qu’on
approchait du Christ. C’est pourquoi les sacrements, qui sont des
attestations de la foi, alors qu’ils étaient plus
éloignés du Christ, devaient être moins précis. Et
parce que le baptême de Jean disposait de manière prochaine aux
sacrements du Chrisst, il devait avoir une précision plus grande que
les sacrements de la loi naturelle. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[13722] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc.
4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod cessatio Baptismi Joannis potest
accipi dupliciter. Uno modo quando cessavit totaliter; et hoc fuit Joanne in
carcerem misso, quia ministerium illud soli Joanni concessum est. Alio modo
quantum ad maximum suum posse; et sic cessavit baptizato Christo: quia ex
tunc ejus Baptismus non fuit praecipuus, sed alius fuit eo dignior; sicut
cessat officium legati domino suo superveniente, quamvis et aliqua exerceat. |
La cessation du baptême de Jean peut s’entendre de deux manières. D’une manière, lorsqu’il cessa totalement : et ceci se produisit lorsque Jean fut emprisonné, parce que ce ministère avait été confié à Jean seul. D’une autre manière, quant à sa puissance maximale : et ainsi, il cessa lorsque le Christ fut baptisé, car, à partir de ce moment-là, le baptême [de Jean] n’était plus le principal, mais un autre était plus digne que lui, comme lorsque cesse la fonction d’un légat lorsque son maître se présente, bien qu’il en exerce quelque chose. |
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[13723] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 1 qc. 4 ad arg. Et per hoc patet solutio. |
Ainsi ressort clairement la solution à l’argument en sens contraire. |
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Articulus 2 [13724] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 2 tit. Utrum
Baptismus Joannis gratiam contulerit |
Article
2 – Est-ce que le baptême de Jean conférait la grâce
?
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Ad
secundum sic proceditur. Videtur quod Baptismus Joannis gratiam contulerit.
Luc. 3, 3: erat Joannes baptizans, et praedicans Baptismum poenitentiae in
remissionem peccatorum. Sed remissio peccatorum non fit sine gratia. Ergo
Baptismus ille gratiam contulit. |
1. Il semble que le baptême de Jean conférait la grâce. Lc 3, 3 : Jean baptisait en prêchant un baptême de pénitence en vue de la rémission des péchés. Or, la rémission des péchés ne se réalise pas sans la grâce. Ce baptême conférait donc la grâce. |
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[13726] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 2 arg. 2 Praeterea,
Damascenus dicit: purgat Joannes spiritum per aquam. Sed purgatio spiritualis
non fit sine gratia. Ergo ille Baptismus gratiam contulit. |
2. [Jean] Damascène dit : «Jean purifie l’esprit par l’eau.» Or, la purification spirituelle ne se réalise pas sans la grâce. Ce baptême conférait donc la grâce. |
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[13727] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 2 arg. 3 Praeterea, Augustinus
dicit contra Donatistas: ita credam Joannem baptizasse in aqua in remissionem
peccatorum, ut ab eo baptizatis in spe remitterentur peccata. Sed spes de remissione peccatorum non potest esse nisi per
gratiam. Ergo Baptismus ille gratiam contulit. |
3. Augustin dit contre les donatistes : «Je croirai que Jean a baptisé dans l’eau en vue de la rémission des péchés, au point que leurs péchés étaient remis en espérance à ceux qui étaient baptisés par lui.» Or, l’espérance de la rémission des péchés ne peut exister que par la grâce. Ce baptême conférait donc la grâce. |
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[13728] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 2 arg. 4 Praeterea,
Baptismus Joannis propinquior fuit Baptismo Christi quam circumcisio; sed
circumcisio gratiam contulit, ut dictum est, dist. 1, quaest. 2, art. 4,
quaestiunc. 3. Ergo multo fortius Baptismus Joannis. |
4. Le baptême de Jean était plus proche du baptême du Christ que la circoncision. Or, la circoncision conférait la grâce, comme on l’a dit, d. 1, q. 2, a. 4, qa 3. À bien plus forte raison donc, le baptême de Jean. |
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[13729] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 2 arg. 5 Praeterea,
sacramentum non instituitur, nisi ad causandum gratiam, vel significandum.
Sed gratia sufficienter per sacramenta veteris legis erat significata. Si
ergo Baptismus Joannis gratiam non contulit, pro nihilo institutus fuit. |
5. Un sacrement n’est institué que pour causer la grâce ou pour la signifier. Or, la grâce était suffisamment signifiée par les sacrements de la loi ancienne. Si donc le baptême de Jean ne conférait pas la grâce, il a donc été institué pour rien. |
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[13730] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 2 S.c. 1 Sed
contra, gratia non confertur sine spiritu sancto. Sed in Baptismo Joannis non
conferebatur spiritus sanctus, sed aqua tantum, ut patet Act. 1, 3: Joannes
quidem baptizavit aqua; vos autem baptizabimini spiritu sancto. Ergo in
illo Baptismo non erat gratia. |
S.c. 1 – La grâce n’est pas conférée sans l’Esprit Saint. Or, dans le baptême de Jean, l’Esprit Saint n’était pas conféré, mais l’eau seulement, comme cela ressort clairement de Ac 1, 3 : Jean a baptisé par l’eau ; mais vous, vous serez baptisés par l’Esprit Saint. La grâce ne se trouvait donc pas dans ce baptême. |
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[13731] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 2 S.c. 2 Praeterea,
non est idem effectus dispositionis et perfectionis. Si ergo Baptismus
Joannis disponebat ad Baptismum Christi, cujus est gratiam conferre: quia gratia
et veritas facta est per Jesum Christum, Joannes 1, 17, videtur quod
Baptismus Joannis gratiam non contulit. |
S.c. 2 – L’effet de la disposition n’est pas le même que celui de la perfection. Si donc le baptême de Jean disposait au baptême du Christ, à qui il appartient de conférer la grâce, car la grâce et la vérité sont apparues par Jésus, le Christ, Jn 1, 17, il semble que le baptême de Jean ne conférait pas la grâce. |
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[13732]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 2 co. Respondeo
dicendum, quod hoc ab omnibus conceditur, quod non efficiebatur aliquid per
Baptismum Joannis quod non esset operatio hominis. Et quia gratia non potest
ab homine dari, ideo patet quod Baptismus Joannis gratiam non conferebat. |
Réponse : Tous concèdent que rien d’autre qu’une opération humaine n’était accomplie par le baptême de Jean. Et parce que la grâce ne peut être donnée par l’homme, il est donc clair que le baptême de Jean ne conférait pas la grâce. |
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[13733]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod illa auctoritas sic
exponenda est, ut referatur ad diversa Baptismata hoc modo. Erat Joannes
baptizans, scilicet Baptismate suo, et praedicans, scilicet
Baptismum Christi, qui est in remissionem peccatorum. Si autem
referatur utrumque ad Baptismum Joannis, sic dicitur esse in remissionem
peccatorum: quia baptizatis imponebat dignos fructus poenitentiae agere,
quibus peccatorum remissionem consequerentur. Unde Baptismus ille erat quasi
quaedam protestatio, et professio poenitentiae. |
1. Cette autorité doit être interprétée comme se rapportant à divers baptêmes de la manière suivante. Jean baptisait, à savoir, de son baptême, en prêchant, à savoir, le baptême du Christ, qui consiste dans la rémission des péchés. Si les deux sont mis en rapport avec le baptême de Jean, on dit alors qu’il était donné en vue de la rémission des péchés, parce qu’il imposait à ceux qui étaient baptisés de produire de dignes fruits de pénitence, par lesquels ils obtiendraient la rémission de leurs péchés. Ainsi, ce baptême était en quelque sorte un témoignage et une profession de pénitence. |
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[13734] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod Baptismus ille purgare dicitur modo praedicto: vel etiam materialiter a
sordibus corporalibus in signum spiritualis purgationis per Christum futurae;
vel a caecitate ignorantiae per doctrinam Joannis Christum annuntiantis. |
2. On dit que ce baptême purifie de la manière déjà dite. Ou bien [il le fait] même matériellement pour les souillures corporelles en signe de la purification spirituelle par le Christ à venir. Ou bien [il purifie] de la cécité de l’ignorance par l’enseignement de Jean qui annonce le Christ. |
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[13735] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 2 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod spes semper ex gratia procedit, non tamen semper ex gratia
habita, sed quandoque ex gratia expectata; et sic Baptismus Joannis spem
faciebat remissionis peccatorum, non conferens gratiam, sed promittens eam in
hoc quod praefigurabat Baptismum Christi, quo gratia daretur. |
3. L’espérance procède toujours de la grâce, cependant, pas toujours de la grâce possédée, mais parfois de la grâce attendue. Et ainsi, le baptême de Jean donnait l’espérance de la rémission des péchés, non pas en conférant la grâce, mais en la promettant par le fait qu’il préfigurait le baptême du Christ, par lequel la grâce serait donnée. |
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[13736] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod quamvis Baptismus Joannis magis conveniret cum Baptismo Christi quam
circumcisio quantum ad materiam, non tamen conveniebat magis quantum ad
causam institutionis: quia circumcisio ad necessitatem instituta erat ut remedium
contra originale; sed Baptismus Joannis, ut assuefaceret ad Baptismum Christi. |
4. Bien que le baptême de Jean ait plus en commun avec le baptême du Christ que la circoncision pour ce qui est de la matière, toutefois il n’avait pas plus en commun pour ce qui est de la cause de l’institution, car la circoncision avait été institutée par nécessité comme un remède contre le péché originel, mais le baptême de Jean, pour qu’il accoutume au baptême du Christ. |
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[13737] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 2 ad 5 Ad quintum
dicendum, quod Baptismus Joannis expressius figurabat Baptismum Christi quam
sacramenta veteris legis propter majorem similitudinem ad ipsum; et ideo
magis de propinquo praeparabat ad ipsum in significatione, et quadam
poenitentiae protestatione. |
5. Le baptême de Jean était une figure plus expresse du baptême du Christ que les sacrements de la loi ancienne parce qu’il avait avec lui une plus grande ressemblance. C’est pourquoi il y préparait de manière plus prochaine par sa signification et par une certaine protestation de pénitence. |
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Articulus 3 [13738] Super Sent., lib.
4 d. 2 q. 2 a. 3 tit. Utrum
convenienter Christus Joannis Baptismate baptizatus fuerit |
Article
3 – Est-ce qu’il convenait que le Christ soit baptisé du
baptême de Jean ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Convenait-il que le Christ soit baptisé du baptême de Jean ?] |
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[13739] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic
proceditur. Videtur quod Christo non competeret baptizari Baptismo Joannis.
Baptismus enim Joannis erat Baptismus poenitentiae, ut dicitur Luc. 3. Sed
Christo non competit poenitentia, sicut nec peccatum. Ergo nec baptizari
Baptismo Joannis. |
1. Il ne convenait pas que le Christ soit baptisé du baptême de Jean. En effet, le baptême de Jean était un baptême de pénitence, comme il est dit en Lc 3. Or, la pénitence ne convient pas au Christ, pas plus que le péché. [Il ne convenait] donc pas qu’il soit baptisé du baptême de Jean. |
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[13740] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, omnis Christi actio nostra est instructio. Sed non instruimur baptizari Baptismo Joannis. Ergo non debuit Christus illo Baptismo baptizari. |
2. Toute action du Christ est pour nous un enseignement. Or, on ne nous enseigne pas d’être baptisés du baptême de Jean. Le Christ ne devait donc pas être baptisé de ce baptême. |
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[13741] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 1 S.c. 1 Sed contra est quod ipse ad Baptismum Joannis vadens dixit: sic decet nos implere omnem justitiam; Matth. 3, 15. |
S.c. 1 – En sens contraire, [le Christ] lui-même, en allant au baptême de Jean, dit : Ainsi convient-il que nous accomplissions toute justice, Mt 3, 15. |
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Quaestiuncula
2 |
Sous-question 2 – [Le baptême de Jean devait-il être donné à d’autres qu’au Christ ?] |
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[13742] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nulli alii hoc Baptismo debuerunt baptizari. Hoc enim est solius Christi ut a sacramentis non accipiat, sed magis eis conferat. Sed Baptismus Joannis erat tale sacramentum a quo non poterat aliquid accipi. Ergo soli Christo competebat. |
1. Il semble que ce baptême ne devait être
donné à personne d’autre. En effet, il appartient au
Christ seul de ne rien recevoir des sacrements, mais plutôt de leur
conférer [quelque chose]. Or, le baptême de Jean était un
sacrement dont on ne pouvait rien recevoir. Il convenait donc au Christ seul. |
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[13743] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sacramenta eadem ratione omnibus
competunt. Sed non erat necessarium quod omnes Baptismo Joannis baptizarentur.
Ergo nulli praeter Christum ipso baptizari debuerunt. |
2. Les sacrements conviennent à tous pour la
même raison. Or, il n’était pas nécessaire que tous
soient baptisés du baptême de Jean. Personne d’autre que
le Christ ne devait donc être baptisé par ce [sacrement]. |
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[13744]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed contra est quod dicitur Matth. 3, 5: egrediebantur
ad illum Hierosolymitae universi, et baptizabantur ab eo. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit en
Mt 3, 5 : Tous les habitants de Jérusalem
accouraient vers lui et ils étaient baptisés par lui. |
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Quaestiuncula
3 |
Sous-question 3 – [Les enfants devaient-ils recevoir le baptême de Jean ?] |
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[13745] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod debuerunt illo Baptismo pueri baptizari. Erat enim ille Baptismus signum Baptismi Christi. Sed Baptismus Christi competit pueris. Ergo et ille. |
1. Il semble que les enfants devaient être
baptisés de ce baptême. En effet, ce baptême était
le signe du baptême du Christ, Or, le baptême du Christ convient
aux enfants. Donc, celui-là aussi. |
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[13746]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, circumcisio dabatur etiam pueris, et eis
principaliter. Sed Baptismus Joannis est medium inter circumcisionem et
Baptismum Christi, qui datur indifferenter magnis et parvis. Ergo et
Baptismus Joannis parvis dari debuit. |
2. La circoncision était aussi donnée aux
enfants, et principalement à eux. Or, le baptême de Jean occupe
le milieu entre la circoncision et le baptême du Christ, qui est
donné indifféremment aux grands et aux petits. Le baptême
de Jean aussi devait donc être donné aux petits. |
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[13747] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 2 a. 3 qc. 3 S.c. 1 Sed contra, quia Baptismus ille erat ut assuescerent
ad Baptismum Christi. Sed hoc non poterat
esse nisi ratione illorum qui discretionem habebant. Ergo pueris ille
Baptismus non competebat. |
S.c. 1 – Le but de ce baptême était
d’habituer au baptême du Christ. Or, cela ne pouvait être
le cas que pour ceux qui avaient [l’âge de] discrétion. Ce
baptême ne convenait donc pas aux enfants. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[13748] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 2 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum, quod Christus pluribus de causis
a Joanne baptizari voluit, quarum tres tanguntur in Glossa Marc. 1; scilicet
propter humilitatem implendam (ut ipsemet dicit Matth. 3); ut Baptismum Joannis approbaret, et ut aquas
consecraret suae carnis tactu, et sic Baptismum suum institueret. Quartam
causam tangit Augustinus, ut scilicet ostenderet non interesse quis a quo
baptizaretur. Quintam tangit in Lib. quaestionum veteris et novi testamenti,
scilicet ad exemplum Baptismi proponendum illis qui erant futuri filii Dei
per fidem. Sextam
tangit Chrysostomus, ut scilicet in Baptismo miracula ostendens, evacuaret
illorum errorem qui Joannem Christo majorem credebant. |
Le Christ a voulu être baptisé par Jean pour
plusieurs raisons, dont trois sont abordées dans Mc 1 : pour
accomplir l’humilité (comme il le dit lui-même en
Mt 3) ; pour approuver le baptême de Jean et pour consacrer
les eaux par le contact de sa chair, et ainsi, pour instituer son propre
baptême. Augustin donne une quatrième raison : pour montrer
que celui par qui on serait baptisé n’a pas d’importance.
Il en donne une cinquième dans le Livre des questions de
l’Ancien et du Nouveau Testament : pour proposer l’exemple
du baptême à ceux qui devaient devenir les fils de Dieu par le
baptême. Chrysostome en donne une sixième : afin
qu’en montrant des miracles dans le baptême, il chasse
l’erreur de ceux qui croyaient que Jean était plus grand que le
Christ. |
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[13749] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 1 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod, sicut dictum est, Christus a sacramentis nihil
accepit; et ideo non dicitur Baptismus Joannis Baptismus poenitentiae quo ad
Christum, sed quo ad alios qui ad poenitentiam per ipsum praeparabantur;
sicut etiam circumcisio Christi non fuit in remedium originalis peccati, a
quo Christus immunis erat. |
1. Comme on l’a dit, le Christ n’a rien
reçu des sacrements. Aussi le baptême de Jean n’est-il pas
appelé baptême de pénitence pour le Christ, mais pour les
autres qui étaient préparés par lui à la
pénitence, de même que la circoncision du Christ
n’était pas un remède pour le péché
originel, dont le Christ était exempt. |
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[13750]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod actio Christi nostra est
instructio, non ut eodem modo agamus sicut Christus fecit, sed ut pro modo
nostro Christum imitemur; et ideo per Baptismum suum dedit nobis exemplum, ut
baptizaremur illo Baptismo qui nobis competit, per quem scilicet remissionem
peccatorum consequamur. |
2. L’action du Christ est pour nous un
enseignement, non pas pour que nous agissions comme le Christ l’a fait,
mais pour que nous imitions le Christ à notre façon.
C’est pourquoi il nous a donné l’exemple par son baptême,
afin que nous soyons baptisés du baptême qui nous convient,
à savoir, par celui dont nous obtenons la rémission des
péchés. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13751] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod, sicut dicit Augustinus in Lib.
de Baptismo contra Donatistas, si Joannes solum Christum baptizasset,
videretur melioris Baptismi dispensator, quanto melior erat qui baptizabatur,
et si omnes baptizasset videretur quod Christi Baptismus non sufficeret ad
salutem; et ideo quosdam alios baptizavit, sed non omnes. |
Comme le dit Augustin dans le Livre sur le
baptême contre les donatistes, si Jean n’avait baptisé
que le Christ, il aurait paru être le dispensateur d’un
baptême meilleur, et s’il avait baptisé tout le monde, il
semblerait que le baptême du Christ ne suffisait pas au salut.
C’est pourquoi il en a baptisé certains autres, mais pas tous. |
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[13752]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis alii a Baptismo
Joannis non acciperent gratiam; accipiebant tamen quoddam signum gratiae
suscipiendae, et servandae poenitentiae. |
1. Bien que les autres n’aient pas reçu la
grâce par le baptême de Jean, ils recevaient cependant un certain
signe de la grâce à recevoir et de la pénitence à
observer. |
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[13753]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum patet solutio ex dictis. |
2. La solution ressort clairement de ce qui a
été dit. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13754] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 2 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod Baptismus
Joannis erat Baptismus poenitentiae; et quia pueris non competit poenitentia,
ideo non competebat eis ille Baptismus. Nec
est simile de Baptismo Christi et circumcisione, quae ordinantur contra
originale peccatum, quod in pueris est. |
Le baptême de Jean était un baptême de pénitence. Et parce que la pénitence ne convient pas aux enfants, ce baptême ne leur convenait pas non plus. Mais il n’en est pas de même du baptême du Christ et de la circoncision, qui sont ordonnés contre le péché originel, qui existe chez les enfants. |
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[13755] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 3 qc. 3 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
Par cela, ressort clairement la solution aux objections. |
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Articulus
4 [13756] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 4 tit. Utrum baptizati Joannis
Baptismate, iterum baptizari debuerint |
Article
4 – Est-ce que ceux qui ont été baptisés du
baptême de Jean devaient être baptisés de nouveau ?
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Ad
quartum sic proceditur. Videtur quod baptizati Baptismo Joannis, non debebant
baptizari Baptismo Christi. Actor. enim 8 dicitur, quod apostoli in Samariam
venientes, illos qui baptizati erant in nomine Jesu, non baptizabant, sed
tantum manus imponebant. Cum ergo Baptismus in nomine Jesu sine collatione
spiritus sancti sit Baptismus Joannis, videtur quod baptizati Baptismo
Joannis, non baptizabantur Baptismo Christi. |
1. Il semble que ceux qui ont été
baptisés du baptême de Jean ne devaient pas être
baptisés du baptême du Christ. En effet, il est dit, dans
Ac 8, que les apôtres, venus en Samarie, ne baptisaient pas ceux
qui avaient été baptisés au nom de Jésus, mais
leur imposaient seulement les mains. Puisque le baptême au nom de
Jésus sans réception de l’Esprit Saint est le
baptême de Jean, il semble donc que ceux qui étaient
baptisés du baptême de Jean n’étaient pas
baptisés du baptême du Christ. |
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[13758] Super
Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 4 arg. 2 Praeterea,
Hieronymus super illud: effundam de spiritu meo, dicit: quod haec est
causa quare quidam baptizati a Joanne, Baptismo Christi iterum baptizati sunt
a Paulo, Actor. 20 quia fidem Trinitatis non habebant, quia neque si spiritus
sanctus est audierant. Si ergo aliqui baptizati essent a Joanne, fidem
Trinitatis habentes, videtur quod iterum baptizari non debuerint Baptismo
Christi. |
2. À propos de : Je répandrai mon
Esprit, Jérôme dit que c’est la raison pour laquelle
certains, qui avaient été baptisés par Jean, ont
été baptisés de nouveau par Paul du baptême du
Christ, Ac 20, car ils n’avaient pas la foi en la Trinité,
n’ayant pas même entendu parler de l’existence de
l’Esprit Saint. Si donc certains avaient été
baptisés par Jean en ayant la foi en la Trinité, il semble
qu’ils ne devaient pas être baptisés de nouveau du
baptême du Christ. |
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[13759] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 2 a. 4 arg. 3 Praeterea, in apostolis debuit ostendi omne illud
quod est necessarium ad salutem. Sed apostolis post Baptismum Joannis solus
Baptismus spiritus sancti praenuntiatur, Actor. 1. Ergo non erat necessarium
quod Baptismo Christi iterum baptizarentur. |
3. Tout ce qui est nécessaire au salut devait
être montré chez les apôtres. Or, après le
baptême de Jean, seul le baptême de l’Esprit Saint est
annoncé à l’avance, Ac 1. Il n’était
donc pas nécessaire qu’ils soient baptisés à
nouveau du baptême du Christ. |
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[13760] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 4 arg. 4 Praeterea, ad Baptismum
requiritur aqua et spiritus sanctus. Sed per Baptismum Joannis erat facta
ablutio aquae. Ergo non oportebat nisi quod
suppleretur quod deerat, scilicet spiritus sanctus. |
4. Pour le baptême, sont requis l’eau et
l’Esprit Saint. Or, par le baptême de Jean, était
réalisée une ablution par l’eau. Il n’était
donc nécessaire de suppléer qu’à ce qui manquait,
à savoir, l’Esprit Saint. |
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Sed contra est quod dicitur Joannis 3, 5: nisi quis
renatus fuerit ex aqua et spiritu sancto, non potest introire in regnum Dei.
Sed
Baptismus Joannis non regenerabat aliquo modo. Ergo necessarium erat ut
iterum Baptismo Christi baptizarentur. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit en
Jn 3, 5 : Si quelqu’un ne renaît pas de
l’eau et de l’Esprit Saint, il ne peut entrer dans le royaume de
Dieu. Or, le baptême de Jean ne regénérait
d’aucune façon. Il était donc nécessaire qu’ils
soient de nouveau baptisés du baptême du Christ. |
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[13762]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 4 S.c. 2 Praeterea, Augustinus dicit, quod baptizabat Joannes et
non est baptizatum. Sed de necessitate salutis tempore gratiae est quod homo
sit baptizatus, vel saltem propositum Baptismi habuerit. Ergo oportebat eos
qui Baptismum Joannis acceperant, iterum baptizari Baptismo Christi. |
S.c. 2 – Augustin dit que Jean baptisait, mais
qu’on n’était pas baptisé. Or, au temps de la
grâce, il est nécessaire au salut que l’homme soit
baptisé ou, au moins, qu’il ait le propos du baptême. Il
était donc nécessaire que ceux avaient reçu le
baptême de Jean soient de nouveau baptisés du baptême du
Christ. |
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[13763] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 2 a. 4 S.c. 3 Praeterea, impositio manuum praecedente Baptismo
Joannis non imprimebat characterem baptismalem. Sed character talis est de
necessitate salutis vel in actu vel in proposito. Ergo oportebat quod
baptizati Baptismo Joannis iterum baptizarentur Baptismo Christi, et non
sufficiebat eis manus impositio. |
S.c. 3 – L’imposition des mains,
précédée du baptême de Jean, n’imprimait pas
de caractère baptismal. Or, un tel caractère est
nécessaire au salut, soit en acte, soit en intention. Il était
donc nécessaire que ceux qui avaient été baptisés
du baptême de Jean soient de nouveau baptisés du baptême
du Christ, et l’imposition des mains ne suffisait pas pour eux. |
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[13764] Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 4 co. Respondeo dicendum, quod circa hoc est duplex opinio.
Quidam enim dicunt, quod Baptismus Joannis erat praeparatorius ad Christum
suscipiendum; et ideo si quis Baptismum Joannis suscepisset in eo sistens,
non referens ad Christum, Baptismus in eo frustraretur a fine suo; et ideo
oportebat eum iterum baptizari Baptismo Christi. Si autem non figeret spem
suam in Baptismo Joannis, sed ulterius referret ad Christum, sic ex gratia
Christi et Baptismo Joannis praeaccepto efficiebatur quasi unum quid; et ideo
non oportebat quod iterum aqua baptizaretur, sed solum quod spiritum sanctum
per manus impositionem acciperet; et haec videtur fuisse Magistri opinio in
littera. Sed quia sacramenta novae legis ex ipso opere operato efficaciam
habent, ideo videtur quod spes et fides illius qui Baptismum suscipit, nihil
faciat ad sacramentum, quamvis posset facere ad rem sacramenti impediendam
vel promovendam. Unde quantumcumque spem suam aliquis ad Christum referret
baptizatus Baptismo Joannis, Baptismum novae legis non consequebatur; et ideo
si Baptismus novae legis est de necessitate salutis, oportebat quod iterum
illo Baptismo baptizaretur. Praeterea est generale in omnibus sacramentis,
quod si omittatur quod est de substantia sacramenti, oportet id sacramentum
iterari. Unde cum non esset forma debita in Baptismo Joannis, oportebat quod
iteraretur Baptismus. Et hoc habet communior opinio, quae etiam ex verbis
Augustini confirmatur, qui dicit super Joan., Hom. 5: qui baptizati sunt
Baptismate Joannis, non eis sufficit: baptizandi enim sunt Baptismate Christi. |
Réponse de l’article 4À ce sujet, il y a deux opinions. En effet,
certains disent que le baptême de Jean préparait à
recevoir le Christ ; ainsi, si quelqu’un avait reçu le
baptême de Jean en le mettant en rapport avec lui, sans le mettre en
rapport avec le Christ, le baptême était privé de sa fin
chez lui. C’est pourquoi il était nécessaire qu’il
soit de nouveau baptisé du baptême du Christ. Mais s’il ne
mettait pas son espoir dans le baptême de Jean, mais s’en
rapportait au Christ, ainsi une seule chose était pour ainsi dire
réalisée par la grâce du Christ et par le baptême
de Jean reçu auparavant. C’est pourquoi il n’était
pas nécessaire qu’il soit de nouveau baptisé dans
l’eau, mais seulement qu’il reçoive l’Esprit Saint
par l’imposition des mains. Telle semble avoir été
l’opinion du Maître dans le texte. Mais parce que les sacrements
de la loi nouvelle ont une efficacité ex opere operato, il
semble que l’espérance et la foi de celui qui reçoit le
baptême ne contribuent en rien au sacrement, bien qu’elles puissent
empêcher la réalité du sacrement ou y contribuer. Autant
que celui qui a été baptisé du baptême de Jean ait
mis son espérance en rapport avec le Christ, il ne recevait donc pas
un sacrement de la loi nouvelle. Ainsi, si le baptême de la loi
nouvelle est nécessaire au salut, il était nécessaire
qu’il soit de nouveau baptisé de ce baptême. De plus,
c’est un point commun de tous les sacrements que si l’on omet
quelque chose qui fait partie de la substance du sacrement, il est
nécessaire que le sacrement soit réitéré. Aussi,
puisque la forme appropriée ne se trouvait pas dans le baptême
de Jean, il était nécessaire que le baptême soit
renouvelé. C’est ce que soutient l’opinion plus commune,
qui est aussi confirmée par les paroles d’Augustin, qui dit,
dans la cinquième homélie sur Jean : «À
ceux qui ont été baptisés du baptême de Jean, cela
ne suffit pas : en effet, ils doivent être baptisés du
baptême du Christ.» |
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[13765]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 4 ad 1 Et ideo secundum hoc dicendum ad primum, quod ibi agitur
de illis qui baptizati erant a Philippo, de quo constat quod Baptismo Christi
baptizaverat. Sed non erat ibi spiritus sanctus ad robur, sicut in
confirmatione datur: quia ille non fuit Philippus apostolus, sed unus de
septem diaconibus, et ideo non poterat manus imponere, quia hoc episcoporum
est; et propter hoc missi sunt ad hoc Petrus et Joannes. |
1. Il s’agit
là de ceux qui avaient été baptisés par Philippe;
il est donc ainsi clair que [celui-ci] avait baptisé du baptême
du Christ. Mais l’Esprit Saint n’était pas là pour
donner la force, comme il est donné dans la confirmation, car celui-ci
n’était pas l’apôtre Philippe, mais un des sept
diacres. Aussi ne pouvait-il pas imposer les mains, car cela appartient aux
évêques. Pour cette raison, Pierre et Jean ont été
envoyés pour l’accomplir. |
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[13766] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 2 a. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Hieronymus non vult
tangere causam rebaptizationis, sed insufficientiam fidei ipsorum ad salutem,
ut patet ex verbis praecedentibus. Praemittit
enim: qui dicit se credere in Christum, et non credit in spiritum sanctum,
nondum habet claros oculos. Insufficientiam autem fidei non posset esse
causa quare aliqui baptizarentur, sed quare instruendi essent, sicut et nunc
fit. |
2. Jérôme ne veut pas aborder la cause de la
réitération du baptême, mais l’insuffisance de leur
foi pour le salut, comme cela ressort clairement de ce qui
précédait. En effet, il avait dit : «Celui qui dit
croire au Christ et ne croit pas en l’Esprit Saint, n’a pas encore
un regard éclairé.» Or, l’insuffisance de la foi ne
pourrait être la raison pour laquelle certains étaient
baptisés, mais la raison pour laquelle ils devraient être
enseignés, comme on le fait maintenant. |
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[13767]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod apostoli creduntur baptizati
fuisse Baptismo Christi, quamvis scriptum non inveniatur, ut dicitur in
Glossa Joan. 13 super illud: qui lotus est, non indiget nisi ut pedes
lavet. Ex quo enim ipsi alios baptizabant, ut habetur Joan. 3, videtur
quod et ipsi venientes ad Christum baptizati fuerint. Si tamen Christus, qui
habuit potestatem remittendi peccata, et qui virtutem suam sacramentis non
alligavit, eos sine Baptismo ex privilegio quodam sanctificare voluisset, non
esset ad consequentiam trahendum. Ex auctoritate autem inducta non habetur
quod apostoli tantum Baptismo Joannis baptizati erant; sed comparatio quaedam
Baptismi flaminis ad Baptismum Joannis. |
3. On croit que les
apôtres avaient été baptisés du baptême du
Christ, bien qu’on ne le trouve pas écrit, comme on le dit dans
la Glose sur Jn 13, à propos de : Celui qui a pris un
bain n’a besoin que de se laver les pieds. En effet, du fait
qu’ils en baptisaient d’autres, comme on le trouve en Jn 3,
il semble que ceux qui venaient vers le Christ avaient été
baptisés. Cependant, si le Christ, qui avait le pouvoir de remettre
les péchés et qui n’a pas lié sa puissance aux
sacrements, avait voulu les sanctifier par privilège sans le
baptême, cela ne devrait pas entraîner de conséquence. Mais,
à partir de l'autorité invoquée, on ne voit pas que les
apôtres aient été baptisés seulement du
baptême de Jean; mais il existe une certaine comparaison entre le
baptême de feu et le baptême de Jean.[1] |
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[13768] Super Sent., lib. 4 d. 2
q. 2 a. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ad Baptismum requiritur
aqua cum debita forma. Joannes autem non observabat formam Baptismi Christi,
nec iterum erat in eo efficacia sicut in Baptismo Christi; et ideo, quia
omittebantur ea quae erant de necessitate sacramenti, oportebat iterum
baptizari. |
4. Pour le
baptême, l’eau est nécessaire, accompagnée de la
forme appropriée. Or, Jean n’observait pas la forme du
baptême du Christ, et celui-ci n’avait pas non plus
l’efficacité du baptême du Christ. C’est pourquoi,
parce qu’était omis ce qui est nécessaire pour le sacrement,
il fallait être baptisé de nouveau. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 2 |
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[13769]
Super Sent., lib. 4 d. 2 q. 2 a. 4 expos. Quorum alia remedium
contra peccatum praebent (...) alia gratia et virtute nos fulciunt. Omnia sacramenta
novae legis sunt in remedium, et gratiam conferunt, ut dictum est. Ergo
distinctio illa nulla videtur. Et dicendum, quod illa distinctio
sacramentorum sumitur secundum id ad quod principaliter ordinantur. Quamvis
ergo omnia sacramenta aliquo modo gratiam conferant, et in remedium sint,
quaedam tamen principaliter ordinata sunt in remedium, contra aliquem
specialem morbum, ut matrimonium contra concupiscentiam; quaedam vero de sui
propria intentione sunt ordinata ad remedium morbi, et ad gratiam, sicut Baptismus,
qui est spiritualis regeneratio, per quam vetus homo corrumpitur, et novus
generatur; quaedam autem, quia gratiam praesupponunt, ordinantur ad gratiae
perfectionem sicut Eucharistia; et sic intelligenda sunt verba Magistri: non
utique propter remedium, sed ad sacramentum; et debet accipi sacramentum
large pro quolibet signo rei sacrae. Baptismum Christi Joannes suo
Baptismo praenuntiavit. Ideo Baptismus Christi potius quam alia sacramenta
novae legis praeparatorium habuit, quia Baptismus est janua sacramentorum, et
ipse facit aliis viam; unde praeparatorio sacramenta alia non indigebant. Iterum
baptizabantur, immo verum Baptisma accipiebant. Ex hoc patet quod
praecedens Baptismus non reputabatur aliquibus pro Baptismo: quia qui Baptisma
Christi accipiebant, non iterato baptizabantur, sed verum Baptisma de novo
accipiebant; et ideo quasi corrigens quod dixerat: iterum baptizabantur,
addit, immo verum Baptisma accipiebant; et sic Magister per verba
Hieronymi suam intentionem probare non potest. |
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BAPTÊME |
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Distinctio 3 |
Distinction 3 – [Les sacrements en particulier : le
baptême en lui-même]
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Quaestio 1 |
Question 1 – [Le baptême] |
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Prooemium |
Prologue
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[13770] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 pr. Postquam determinavit
Magister de his quae praeexiguntur ad sacramenta novae legis, hic incipit
determinare de singulis sacramentorum novae legis; et dividitur in partes
duas: in prima determinat de illis sacramentis quae sunt ordinata in remedium
unius personae; in secunda de illis quae sunt ordinata in remedium totius
Ecclesiae; 24 dist., ibi: nunc ad considerationem sacrae ordinationis accedamus.
Prima dividitur in tres: in prima determinat de sacramento intrantium,
scilicet Baptismo, in secunda de sacramentis progredientium, 7 dist., ibi: nunc
de sacramento confirmationis addendum est; in tertia de sacramento
exeuntium, scilicet extrema unctione, 23 dist., ibi: praeter praemissa est
aliud sacramentum, scilicet unctio infirmorum. Prima in tres: in prima
determinat de Baptismo secundum se; in secunda de Baptismo per comparationem
ad recipientes, 4 dist., ibi: hic dicendum est, aliquos suscipere
sacramentum et rem sacramenti etc.; in tertia secundum comparationem ad
ministrantes, 5 dist., ibi: post haec sciendum est, sacramentum Baptismi a
bonis et a malis ministris dari. Prima in duas: in prima determinat de
Baptismo secundum se; in secunda determinat de eo per comparationem ad
circumcisionem, ibi: solet etiam quaeri, si circumcisio amisit statim vim
suam ab institutione Baptismi. Prima in duas: in prima determinat quid
est Baptismus; in secunda de his quae ad Baptismum requiruntur, ibi: sed
quod est illud verbum quo accedente ad elementum fit sacramentum ? Haec
pars dividitur in tres secundum tria quae exiguntur ad Baptismum: in prima
enim determinat de forma Baptismi; in secunda de materia ejus, ibi: celebratur
autem hoc sacramentum tantum in aqua; in tertia de ipso actu ablutionis
vel immersionis, ibi: de immersione vero si quaeritur quomodo fieri
debeat, praecise respondemus. Prima in duas: in prima
determinat de forma Baptismi; in secunda de institutione ipsius, ibi: de
institutione Baptismi quando coepit, variae sunt aestimationes. Circa
primum duo facit: primo determinat formam Baptismi; secundo movet quamdam
quaestionem circa formam Baptismi, et determinat eam, ibi: hic quaeritur,
an Baptismus esset verus, si diceretur, in nomine patris tantum et
cetera. Prima in duas: in prima determinat formam principalem Baptismi; in
secunda quamdam formam secundariam pro tempore observatam, ibi: legitur
tamen in actibus apostolorum, apostolos baptizasse in nomine Christi. Solet etiam quaeri, si circumcisio amisit statim vim suam
ab institutione Baptismi. Hic determinat
de Baptismo per comparationem ad circumcisionem, et circa hoc tria facit:
primo determinat cessationem circumcisionis; secundo institutionem Baptismi,
ibi: causa vero institutionis Baptismi est innovatio mentis; tertio
effectum utriusque, ibi: si quaeritur, utrum Baptismus aperuerit caelum,
quod non aperuit circumcisio; dicimus, quia nec Baptismus nec circumcisio,
regni nobis aditum aperuit, sed hostia salvatoris. Hic quaeruntur
quinque: 1 quid sit Baptismus; 2 de forma ipsius; 3 de materia ejus; 4 de
intentione; 5 de institutione. |
Après que le Maître a précisé
ce qui est préexigé aux sacrements de la loi nouvelle, il
commence ici à préciser ce qui concerne chacun des sacrements
de la loi nouvelle. Cela est divisé en deux parties : dans la
première, il précise ce qui concerne les sacrements qui sont
ordonnés à être un remède pour
l’individu ; dans la seconde, ce qui concerne [les sacrements]
ordonnés à être un remède pour toute
l’Église, d. 24, à cet endroit : «Mainteant,
venons-en à l’examen de cette sainte ordination.» La
première partie est divisée en trois parties. Dans la
première, il précise ce qui concerne le sacrement de ceux qui
entrent, à savoir, le baptême ; dans la deuxième,
les sacrements de ceux qui progressent, d. 7, à cet endroit :
«Maintenant, il faut ajouter à propos du sacrement de
confirmation» ; dans la troisième, le sacrement de ceux qui
partent, d. 23, à cet endroit : «En plus de ce qui a
été dit, il y a un autre sacrement, l’onction des
malades.» Dans la première [partie], il précise ce qui
concerne le baptême en lui-même ; dans la deuxième,
le baptême en rapport avec ceux qui le reçoivent, d. 4, à
cet endroit : «Il faut dire ici que certains reçoivent le
sacrement et la réalité du sacrement, etc.» ; dans
la troisième, en rapport avec ceux qui l’administrent, d. 5,
à cet endroit : «Après cela, il faut savoir que le
sacrement de baptême peut être donné par des ministres
bons et des ministres mauvais.» La première partie est
divisée en deux : dans la première, il précise ce
qui concerne le baptême en lui-même ; dans la
deuxième, il précise ce qui le concerne en rapport avec la circoncision,
à cet endroit : «On a aussi l’habitude de se demander
si la circoncision a perdu sa puissance depuis l’institution du
baptême.» La première se divise en deux parties :
dans la première, il précise ce qu’est le
baptême ; dans la seconde, ce qui est est requis pour le
baptême, à cet endroit : «Mais quelle est cette
parole qui, en étant associée à
l’élément, fait que le sacrement existe ?» Cette
partie est divisée en trois, selon les trois choses qui sont
exigées pour le baptême : dans la première, il
précise la forme du baptême ; dans la deuxième, sa
matière, à cet endroit : «Mais ce sacrement
n’est célébré que dans l’eau» ;
dans la troisième, l’acte même d’ablution ou
d’immersion, à cet endroit : « À propos de
l’immersion, si l’on demande comment elle doit être faite,
nous répondons précisément.» La première
partie [est divisée] en deux [parties] : dans la première,
il précise la forme du baptême ; dans la seconde, son
institution, à cet endroit : «À propos de
l’institution du baptême et du moment où il a
commencé, les opinions varient.» À propos du premier
point, il fait deux choses : premièrement, il précise la
forme du baptême ; deuxièmement, il soulève une
question à propos de la forme du baptême et la tranche, à
cet endroit : «Ici, on demande si ce serait un vrai baptême
si l’on disait ; “Au nom du Père”
seulement, etc.» La première partie se divise en deux :
dans la première, il précise la forme principale du baptême ;
dans la seconde, il indique une forme secondaire utilisée temporairement,
à cet endroit : «On lit cependant, dans les Actes des
apôtres, que les apôtres ont baptisé au nom du
Christ.» On a aussi coutume de demander si la circoncision a perdu
immédiatement sa puissance à partir de l’institution du
baptême. Ici, il précise ce qui concerne le baptême en
rapport avec la circoncision et, à ce propos, il fait trois
choses : premièrement, il précise la cessation de la
circoncision ; deuxièmement, l’institution du
baptême, en cet endroit : «Mais la raison de
l’institution du baptême est le renouvellement de
l’esprit» ; troisièmement, l’effet des deux, en
cet endroit : «Si l’on demande si le baptême a ouvert
le ciel, que n’a pas ouvert la circoncision, nous disons que ni le baptême
ni la circoncision ne nous ont ouvert l’accès au royaume, mais
la victime qu’est le Sauveur.» Ici, on pose cinq questions :
1 – Qu’est-ce que le baptême ? 2 – La forme du
baptême. 3 – La matière du baptême. 4 –
L’intention du baptême. 5 – L’institution du
baptême. |
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Articulus 1 [13771] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 1 tit. Utrum
Baptismi definitio assignata sit conveniens |
Article
1 – Est-ce que la définition qui est donnée du
baptême est appropriée ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Est-ce que la définition qui est
donnée du baptême est appropriée ?]
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[13772] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc.
1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod inconvenienter sit assignata
haec definitio Baptismi quae in littera ponitur, scilicet: Baptismus est
ablutio corporis exterior, facta sub forma praescripta verborum. Manente enim definito, manet definitio. Sed transeunte
ablutione, quae est quaedam actio, vel passio, manet Baptismus. Ergo
Baptismus non est ablutio. |
1. Il semble que la définition du baptême donnée dans le texte soit inappropriée : «Le baptême est l’ablution extérieure du corps, faite selon la forme prescrite pour les paroles.» En effet, si ce qui est défini demeure, la définition demeure. Or, alors que l’ablution passe (elle est une action ou une passion), le baptême demeure. Le baptême n’est donc pas une ablution. |
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[13773] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, sacramentum, secundum Hugonem, est materiale elementum. Ablutio autem non est materiale elementum, sed elementi usus. Ergo Baptismus, cum sit sacramentum, non erit ablutio. |
2. Selon Hugues, le sacrement est un élément matériel. Or, l’ablution n’est pas un élément matériel, mais l’usage d’un élément. Puisqu’il est un sacrement, le baptême ne sera donc pas une ablution. |
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[13774] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sacramentum est in genere relationis, cum sit causa, vel signum, sicut supra dictum est. Sed Baptismus est sacramentum. Ergo inconvenienter ponitur in genere actionis vel passionis. |
3. Le sacrement se situe dans le genre de la relation puisqu’il est une cause ou un signe, comme on l’a dit plus haut. Or, le baptême est un sacrement. Il est donc mal situé dans le genre de l’action ou de la passion. |
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[13775] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 4 Praeterea, in definitione instrumenti debet poni illud ad quod est. Sed Baptismus, sicut et alia sacramenta, ut prius dictum est, sunt instrumenta sanctificationis. Ergo cum in definitione ejus nulla mentio fiat de sanctificatione, videtur inconvenienter esse assignata. |
4. Dans la définition de l’instrument, il ne faut pas mettre ce à quoi il est destiné. Or, le baptême, comme les autres sacrements, ainsi qu’on l’a déjà dit, sont des instruments de sanctification. Puisque aucune mention n’est faite de la sanctification dans la définition, il semble donc que [la définition] soit donnée de manière inappropriée. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La définition du baptême par Hugues de Saint-Victor est-elle appropriée ?] |
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[13776] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod etiam inconvenienter assignetur definitio Hugonis, quae talis
est: Baptismus est aqua diluendis criminibus sanctificata per verbum Dei.
Nihil enim
fit in seipso. Sed Baptismus in aqua fit. Ergo
Baptismus non est aqua. |
1. Il semble que la définition de Hugues soit aussi donnée de manière inappropriée. La voici : «Le baptême est de l’eau sanctifiée par la parole de Dieu en vue de détruire les fautes.» En effet, rien n’est réalisé en soi-même. Or, le baptême est réalisé par l’eau. Le baptême n’est donc pas de l’eau. |
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[13777] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, in definitione alicujus non debet poni aliquid quod non sit de essentia ejus. Sed sanctificatio materiae non est de essentia Baptismi: quia in mari vel in flumine potest fieri Baptismus. Ergo sanctificatio aquae non debet poni in definitione Baptismi. |
2. Dans la définition d’une chose, il ne faut pas placer quelque chose qui ne fait pas partie de son essence. Or, la sanctification de la matière ne fait pas partie de l’essence du baptême, car le baptême peut s’effectuer dans la mer ou dans une rivière. La sanctification de l’eau ne doit donc pas être mise dans la définition du baptême. |
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[13778] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, definitio debet converti cum definito. Sed potest esse aqua sanctificata verbo vitae diluendis criminibus, et tamen non erit Baptismus, sicut quando non fit intinctio. Ergo haec non est competens Baptismi definitio. |
3. La définition doit être convertible avec ce qui est défini. Or, de l’eau peut être sanctifiée par la parole en vue de détruire les fautes, et cependant ce ne sera pas un baptême, comme lorsqu’on ne mouille pas [avec l’eau]. Il ne s’agit donc pas d’une définition adéquate du baptême. |
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[13779] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1
qc. 2 arg. 4 Praeterea, effectus qui
potest impediri, non debet poni in definitione causae, quia tunc definitio
esset minus quam definitum. Sed potest impediri quod per Baptismum non
diluantur crimina. Ergo non debet ablutio criminum in definitione Baptismi
poni. |
4. L’effet qui peut être empêché ne doit pas être mis dans la définition de la cause, car alors la définition serait moindre que ce qui est défini. Or, le fait que soient détruites les fautes par le baptême peut être empêché. L’ablution des fautes ne doit donc pas être placée dans la définition du baptême. |
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Quaestiuncula 3 |
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[13780] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod etiam inconvenienter assignetur definitio Dionysii, quam ponit 2
cap. Cael. Hier., ubi dicit: quoddam ergo est principium sanctissimorum
mandatorum sacrae actionis, ad aliorum divinorum eloquiorum et sacrarum
actionum susceptivam opportunitatem, formans nostros animales habitus ad
supercaelestis quietis anagogem, nostrum iter faciens, sacrae et divinissimae
nostrae regenerationis traditio. Principium enim reducitur ad genus
principiatorum. Sed sacramentum non est in genere principii, sed in genere
sacramenti. Ergo non debet dici principium sanctissimorum mandatorum. |
Sous-question 3 – [La définition du baptême par Denys est-elle appropriée ?]1. Il semble que la définition donnée par Denys soit aussi donnée de manière inappropriée. Il la donne dans la Hiérarchie céleste, II, où il dit : «Il est le commencement des très saints commandements concernant l’action sainte, donnnant la possibilité de recevoir les paroles divines et les actions saintes, donnant forme aux comportements de notre âme [«comportement animaux» : voir ad 3] en vue de l’amener au repos au plus haut des cieux, traçant notre chemin, nous donnant une sainte et très divine régénération.» En effet, le principe se ramène au genre de ce qui est soumis au principe. Or, le sacrement ne se situe pas dans le genre du commencement, mais dans le genre du sacrement. Il ne doit donc pas être appelé le commencement des très saints commandements. |
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[13781] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1
qc. 3 arg. 2 Praeterea, non dicitur
esse principium sanctorum mandatorum nisi inquantum praeparat viam ad alia
mandata. Ergo
superfluum fuit postea addere: ad susceptivam opportunitatem aliorum nos
formans. |
2. Il n’est appelé le commencement des saints commandements que dans la mesure où il prépare le chemin pour les autres commandements. Il était donc superflu d’ajouter par la suite : «Donnant la possibilité de recevoir les autres [commandements].» |
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[13782] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, nihil potest formari ad divina eloquia nisi quod est perceptivum eorum. Sed hoc quod est animale in nobis, non percipit divina eloquia, sed solum hoc quod est rationale. Ergo male dixit: formans animales habitus ad divina eloquia. |
3. Rien ne peut être formé aux paroles divines si on ne les perçoit pas. Or, ce qui est animal [les «comportements animaux»] en nous ne perçoit pas les paroles divines, mais seulement ce qui est raisonnable. Il s’est donc mal exprimé [en disant] : «Donnant forme aux comportements animaux en vue des paroles divines.» |
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[13783] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 4 Praeterea, forma et materia sunt de essentia rei. Sed ipse nullam mentionem facit de materia et forma Baptismi. Ergo videtur quod insufficienter definiat. |
4. La forme et la matière font partie de l’essence d’une chose. Or, il ne fait aucune mention de la matière et de la forme du baptême. Il semble donc qu’il la définit de manière insuffisante. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [La définition du baptême par [Jean] Damascène est-elle appropriée ?] |
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[13784] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod inconvenienter assignetur definitio quam Damascenus ponit in 4
Lib. cap. 10, sic dicens: Baptismus est per quem primitias spiritus sancti
accipimus, et principium alterius vitae fit nobis regeneratio et sigillum et
custodia et illuminatio. Aliqui enim prius habent spiritum sanctum et
spiritualem vitam, quam Baptismum consequantur, sicut patet de Cornelio Act.
10. Ergo per Baptismum non semper accipimus primitias spiritus sancti, nec
est Baptismus principium alterius vitae in nobis. |
1. Il semble que la définition donnée par [Jean] Damascène, le livre IV, ch. 10, soit inappropriée, alors qu’il dit : «Le baptême est ce par quoi nous recevons les prémices de l’Esprit Saint et par quoi le principe d’une autre vie devient en nous une régénération, un sceau, une protection et une illumination.» En effet, certains ont l’Esprit Saint et la vie spirituelle avant de recevoir le baptême, comme cela ressort clairement pour Corneille, Ac 10. Nous ne recevons donc pas toujours par le baptême les prémices de l’Esprit Saint, et le baptême n’est pas [toujours] le principe d’une autre vie en nous. |
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[13785] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1
qc. 4 arg. 2 Praeterea, idem non debet
poni in definitione sui ipsius. Sed regeneratio est idem quod Baptismus. Ergo non debet poni in
definitione Baptismi. |
2. La même chose ne doit pas être mise dans la définition d’une chose. Or, la régénération est la même chose que le baptême. Elle ne doit donc pas être mise dans la définition du baptême. |
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[13786] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 3 Praeterea,
illuminatio non fit nisi per virtutes intellectuales. Sed Baptismus non est intellectualis
virtus, sed sacramentum. Ergo non debet sibi attribui illuminatio. |
3. L’illumination ne se réalise que par les vertus intellectuelles. Or, le baptême n’est pas une vertu intellectuelle, mais un sacrement. On ne doit donc pas lui attribuer l’illumination. |
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[13787] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 4 Praeterea, custodia fit
in nobis per divinam providentiam, de qua dicitur in Psalm. 120, 4: ecce non dormitabit neque dormiet qui custodit
Israel. Ergo non debet hoc Baptismo attribui. |
4. La protection se réalise en nous par la providence divine, dont il est dit dans Ps 120, 4 : Celui qui protège Israël ne dormira jamais. Cela ne doit donc pas être attribué au baptême. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[13788] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo ad primam quaestionem dicendum, quod
secundum doctrinam philosophi in Lib. 2 posteriorum, triplex est genus
definitionis. Quaedam enim sunt definitiones materiales, quas dicimus
demonstrationis conclusiones: quaedam formales, quae sunt principia
demonstrationis: quaedam materiales et formales simul, quae sunt
demonstrationes positione differentes: quia habent medium demonstrationis,
inquantum continent definitionem formalem, et conclusionem, inquantum continent
materialem; sed deest solus ordo terminorum. Quia autem omne completivum
quodammodo formale est respectu ejus quod completur, ideo definitio formalis
non dicitur quae solum continet formam, sed illa quae continet hoc quod est
completivum respectu alterius. Et quia in causis est talis ordo quod materia
completur per formam, et forma per efficientem, et efficiens per finem; ideo
definitio quandoque materialis dicitur, quae comprehendit tantum materiam
rei, formalis autem quae comprehendit formam; sicut, ira est accensio
sanguinis circa cor, dicitur materialis definitio; et, ira est appetitus in
vindictam, dicitur formalis. Quandoque autem materialis comprehendit formam
et materiam; sed formalis causam efficientem, sicut haec dicitur materialis:
tonitruum est continuus sonus in nubibus; haec autem formalis: tonitruum est
extinctio ignis in nube. Quandoque autem definitio materialis comprehendit
materiam et formam et efficientem, formalis autem finem: sicut, domus est coopertorium
factum ex lapidibus et lignis per talem modum et talem artem, est definitio
materialis respectu hujus: domus est cooperimentum prohibens nos a frigoribus
et caumatibus; et hoc praecipue accidit in instrumentis, quia in eis quasi
tota ratio speciei a fine sumitur. Et quia
Baptismus, cum sit sacramentum, quoddam instrumentum est; ideo definitio
materialis ejus erit quae comprehendit materiam et formam ejus et
efficientem; et formalis quae comprehendit finem; et sic definitio quam
Magister in littera ponit, est materialis. Continet enim materiam in hoc quod
dicit: ablutio exterior; et innuit efficientem in hoc quod dicit, facta;
et ponit formam in hoc quod dicit, sub forma verborum praescripta. Et sciendum, quod Augustinus, ponit eamdem definitionem,
quamvis sub aliis verbis; dicit enim: Baptismus est tinctio in aqua verbo
vitae sanctificata. |
Selon l’enseignement du Philosophe, dans Analytiques postérieurs, II, il existe trois genres de définition. En effet, certaines sont des définitions matérielles, que nous appelons les conclusions d’une démonstration ; certaines sont formelles, qui sont les principes d’une démonstration ; certaines sont à la fois matérielles et formelles, qui sont les démonstrations différant par la position, car elles ont le moyen terme de la démonstration, pour autant qu’elles contiennent la définition formelle, et la conclusion, pour autant qu’elles contiennent la [définition] matérielle, mais seul manque l’ordre des termes. Or, parce que tout ce qui achève joue en quelque sorte le rôle de forme par rapport à ce qui est achevé, c’est pourquoi on n’appelle pas définition formelle seulement celle qui contient la forme, mais celle qui contient ce qui achève quelque chose d’autre. Et parce que, dans les causes, l’ordre est tel que la matière est achevée par la forme, la forme par la capacité de réaliser et la capacité de réaliser par la fin, c’est pourquoi la définition est parfois appelée matérielle, lorsqu’elle comporte seulement la matière d’une chose, mais formelle, lorsqu’elle comporte la forme, comme «la colère est un afflux de sang au cœur» est appelée une définition matérielle, et «la colère est le désir de vengeance» est appelé une définition formelle. Mais, parfois, la [définition] matérielle comporte la forme et la matière, comme celle-ci est dite [définition] matérielle : «Le tonnerre est un son continu dans les nuages», mais celle-ci est dite formelle : «Le tonnerre est l’extinction du feu dans la nuée.» Mais, parfois, la définition matérielle comporte la matière, la forme et la [cause] efficiente, mais la définition formelle [comporte] la fin, comme «la maison est un abri fait de pierres et de bois de telle manière et selon tel art» en est la définition matérielle, mais «la maison est un abri qui nous protège du froid et de la chaleur» [en est la définition formelle], et cela arrive surtout pour les instruments, car, en eux, presque toute la raison de l’espèce se prend de la fin. Et parce que la baptême, puisqu’il est un sacrement, est un certain instrument, sa définition matérielle sera celle qui comprend sa matière et sa forme, ainsi que sa [cause] efficiente ; sa [définition] formelle [sera celle] qui comprend sa fin. Et ainsi, la définition que le Maître donne dans le texte en est la [définition] matérielle. En effet, elle contient la matière lorsqu’elle dit : «une ablution extérieure», et insinue la [cause] efficiente lorsqu’elle dit : «faite», et elle indique la forme lorsqu’elle dit : «selon la forme prescrite pour les paroles». Et il faut savoir qu’Augustin donne la même définition, bien que sous d’autres mots. Il dit en effet : «Le baptême est un bain dans l’eau sanctifiée par la parole de vie.» |
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[13789] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in sacramento Baptismi sunt tria. Aliquid quod est sacramentum tantum, sicut aqua quae exterius fluit et transfluit, et non manet; et aliquid quod est sacramentum et res, et hoc semper manet, scilicet character; et aliquid quod est res tantum, quod quandoque manet quandoque transit, scilicet gratia. Magister ergo hic definit Baptismum quantum ad id quod est sacramentum tantum, quia intendit ipsum materialiter definire. |
1. Dans le sacrement de baptême, il y a trois choses. Il y a quelque chose qui est le sacrement seulement, comme l’eau qui coule et se répand à l’extérieur, et ne reste pas ; il y a quelque chose qui est le sacrement et une réalité : cela demeure toujours, tel le caractère ; et quelque chose qui est la réalité seulement, qui parfois demeure, parfois passe, comme la grâce. Le Maître définit donc ici le baptême selon ce qui est le sacrement seulement, parce qu’il entend le définir par sa matière. |
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[13790] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sacramentum novae legis est signum et causa gratiae; unde secundum hoc est sacramentum, secundum quod habet significare, et causare. Aqua autem non habet significare et causare effectum Baptismi, nisi secundum quod est abluens. Unde essentialiter Baptismus est ipsa ablutio: quia ad ablutionem interiorem causandam institutus est, quam significando causat ipsa exterior ablutio: sed aqua est materia ejus remota, et ablutio ipsa est materiale Baptismi; sed verbum vitae est forma completiva sacramenti. Augustinus autem et Magister definiunt Baptismum per materiam proximam, quae praedicatur proprie de Baptismo, sicut materia de artificialibus, ut phiala est argentum; sed Hugo definivit per materiam remotam, quae non ita proprie praedicatur, nisi per causam remotam. |
2. Le sacrement de la nouvelle loi est signe et cause de la grâce. Ainsi, il est sacrement pour autant qu’il signifie et cause. Mais l’eau par elle-même ne signifie pas et ne cause pas l’effet du baptême, si ce n’est pour autant qu’elle lave. Aussi le baptême est-il essentiellement l’ablution elle-même, parce qu’il a été institué pour causer l’ablution intérieure, que l’ablution extérieure cause en signifiant. Mais l’eau est sa matière éloignée, alors que l’ablution est l’élément matériel du baptême ; cependant, la parole de vie est la forme qui achève le sacremenmt. Mais Augustin et le Maître définissent le baptême par sa matière prochaine, qui est prédiquée en propre du baptême, comme la matière dans les choses artificielles : ainsi la coupe est de l’argent. Mais Hugues l’a défini par sa matière éloignée, qui n’est pas prédiquée aussi proprement, si ce n’est selon la cause éloignée. |
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[13791] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod Baptismus, inquantum est sacramentum, est in genere signi vel causae; et in hoc genere constituitur per formam verborum, a qua habet significationem et efficaciam sacramentalem. Sicut autem artificialia non ponuntur in genere ex forma simpliciter, sed ex materia (non enim dicimus quod domus sit in genere qualitatis nisi inquantum artificiale figuratum, sed dicitur esse in genere substantiae), ita etiam est de sacramentis. Baptismus enim simpliciter est in genere ablutionis; sed secundum quid, scilicet inquantum est sacramentum, est in genere relationis. |
3. Le baptême, pour autant qu’il est un sacrement, se situe dans le genre du signe ou de la cause. Il est placé dans ce genre par la forme des paroles, de laquelle il tient sa signification et son efficacité sacramentelles. De même que les choses artificielles ne sont pas placées dans un genre simplement par la forme, mais par la matière (en effet, nous ne disons que la maison est dans le genre de la qualité, si ce n’est dans la mesure où elle est une représentation artificielle, mais on dit qu’elle se situe dans le genre de la substance), de même en est-il aussi des sacrements. En effet, le baptême se situe simplement dans le genre de l’ablution, mais de manière relative, car, pour autant qu’il est un sacrement, il se situe dans le genre de la relation. |
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[13792] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1
qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod
finis ad quem est sacramentum, est ultimum formale ipsius, a quo sumitur
formalis definitio. Magister autem non intendit hic definire Baptismum
formaliter, sed materialiter; et ideo sanctificationem praetermisit. |
4. La fin pour laquelle existe le sacrement en est l’ultime élément formel, dont se prend la définition formelle. Mais le Maître n’a pas l’intention ici de définir le baptême formellement, mais matériellement. C’est pourquoi il a omis la sanctification. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13793] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc.
2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod definitio illa Hugonis
complectitur et materiam Baptismi in hoc quod dicit, aqua, et finem in
hoc quod dicit, diluendis criminibus, et formam per hoc quod dicit, per
verbum vitae sanctificata; unde est definitio composita ex materiali et
formali, quasi demonstratio positione differens: et complete essentiam
Baptismi complectitur, excepto quod actus ablutionis intermittitur, qui facit
materiam proximam Baptismo; quamvis ex aliis quae ponuntur, intelligi possit. |
Cette définition d’Hugues embrasse la matière du baptême, lorsqu’elle dit : «l’eau» ; sa fin, lorsqu’il dit : «afin de détruire les fautes» ; et sa forme, lorsqu’il dit : «sanctifiée par la parole de vie». C’est donc une définition composée des éléments matériel et formel, comme une démonstration qui diffère par la position [des éléments]. Et elle embrasse complètement l’essence du baptême, excepté que l’acte de l’ablution, qui constitue la matière prochaine du baptême, est passager, bien qu’on puisse le comprendre à partir des autres choses qui sont présentées. |
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[13794] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod haec est propria praedicatio, Baptismus fit in
aqua; sed haec est per causam praedicatio, Baptismus est aqua. |
1. L’attribution propre est la suivante : le baptême se réalise dans l’eau ; mais l’attribution selon la cause est la suivante : le baptême est de l’eau. |
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[13795] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod ibi non tangitur sanctificatio, nisi illa quae fit
per formam Baptismi, quae consistit in invocatione Trinitatis; et haec
sanctificatio est de necessitate Baptismi. |
2. La sanctification n’est pas abordée là, si ce n’est celle qui se réalise par la forme du baptême, qui consiste dans l’invocation de la Trinité. Et cette sanctification est nécessaire pour le baptême. |
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[13796] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod sacramenta non efficiunt nisi id quod figurant. Ex hoc autem ipso quod ponitur dilutio criminum, effectus
Baptismi potest accipi: quia Baptismus materialiter non consistit in aqua
nisi secundum quod est abluens; quandocumque autem est aqua sanctificata in
actu ablutionis, est Baptismus. |
3. Les sacrements ne réalisent que ce qu’ils représentent. Par le fait qu’on dit que les fautes sont lavées, l’effet du baptême peut être saisi, car le baptême ne consiste matériellement dans l’eau que selon qu’elle lave. Or, chaque fois que l’eau est sanctifiée lors de l’acte d’ablution, il s’agit du baptême. |
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[13797] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod idem numero quandoque est effectus alicujus et finis,
sicut sanitas est effectus et finis medicantis; sed effectus, secundum quod
producitur per actum medici, finis autem secundum quod est intentum a medico.
Medicus autem potest impediri a productione sanitatis, sed non ab intentione;
et ideo sanitas potest poni in definitione ut est finis, non autem ut est
effectus; et similiter dilutio criminum in definitione sacramenti. |
4. Parfois, l’effet et la fin d’une chose sont les mêmes numériquement, comme la santé est l’effet et la fin de celui qui soigne, mais elle est l’effet selon qu’elle est produite par l’acte du médecin, et la fin selon que [la santé] est le but du médecin. Or, le médecin peut être empêché de produire la santé, mais non de l’avoir comme but. C’est pourquoi la santé peut être placée dans la définition en tant que fin, mais non en tant qu’effet. De même en est-il des fautes lavées dans la définition du sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13798] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem
dicendum, quod Dionysius ex definitione Baptismi data intendit procedere ad
ea quae materialiter in Baptismo requiruntur: unde post hanc definitionem
datam, ritum Baptismi ponit; et ideo ponit eam ut demonstrationis principium:
et propter hoc est definitio totaliter formalis. Et est sciendum, quod in verbis ejus aliquid ponitur quasi
definitum, et aliquid ponitur tamquam definitio. Tamquam definitum ponitur,
scilicet traditio sacrae et divinissimae regenerationis. Ista enim est
quaedam circumlocutio Baptismi, qua ipse frequenter utitur; et hoc patet ex
hoc quod ibi Baptismum non nominat; ut sit sensus: quoddam est principium
etc., scilicet sacrae et divinissimae regenerationis traditio. Quasi
definitio ponitur hic, quod dicit, principium sanctissimorum mandatorum
sacrae actionis. Et ponit tria ad quae Baptismus ordinatur, quae
formaliter rationem ejus complent. Unum est quod competit ei secundum quod
est janua sacramentorum; et quantum ad hoc dicit, quod est principium
sanctissimorum mandatorum sacrae actionis. Actiones enim sacras nominat
actiones hierarchicas, scilicet purgare, illuminare, et perficere; quae
praecipue in nostra hierarchia consistunt in dispensatione sacramentorum:
quae quidem actiones nobis sub praecepto traditae sunt, et ad eas est
principium Baptismus quasi eorum janua. Secundum competit sibi inquantum est
causa, prout scilicet characterem imprimit, et gratiam confert, secundum quod
homo informatur et idoneus redditur ad aliorum sacramentorum perceptionem; et
quantum ad hoc dicit, quod est formans per characterem et gratiam nostros
animales habitus, idest, vires animae, ad susceptivam opportunitatem,
idest ad idoneam et opportunam susceptionem divinorum eloquiorum
quantum ad doctrinam fidei, et sacrarum actionum quantum ad alia
sacramenta, quae nulli non baptizato debent conferri. Tertium competit sibi
inquantum est signum et figura caelestium, et secundum hoc per Baptismum
manuducimur in caelestium contemplationem; et quantum ad hoc dicit, quod est faciens
iter nostrum, idest praeparans nobis contemplationis viam ad anagogem,
idest sursum ductionem, supercaelestis quietis, quae consistit in
contemplatione spiritualium. Vel potest dici, quod per secundum tangit finem
proximum Baptismi quantum, ad ea quae sunt viae; per tertium autem tangit
finem remotum et ultimum, quantum ad ea quae sunt patriae; ad quam nos
Baptismus perducit per gratiam, quam confert, quae est res significata et non
contenta. |
Par la définition du baptême qu’il a donnée, Denys entend s’occuper de ce qui est matériellement exigé dans le baptême. Aussi, après avoir donné cette définition, présente-t-il le rite du baptême. Ainsi la présente-t-il comme un principe de démonstration ; pour cette raison, il s’agit d’une définition totalement formelle. Et il faut savoir que, dans ses paroles, quelque chose est présenté comme ce qui est défini, et quelque chose comme la définition. Comme ce qui est défini, à savoir : «Donnant la régénération sainte et divine, etc.» En effet, il s’agit d’une périphrase pour le baptême, qu’il utilise souvent : cela ressort clairement du fait qu’il ne nomme pas le baptême à cet endroit. Le sens est donc : «Il est le commencement, etc., c’est-à-dire le don d’une régénération sainte et divine.» Comme définition, il dit : «Le commencement des très saints commandements concernant l’action sainte.» Et il présente trois choses qui sont ordonnées au baptême et qui satisfont à sa notion. L’une lui convient en tant qu’il est la porte des sacrements. En rapport avec cela, il dit qu’il est «le commencement des très saints commandements concernant l’action sainte». En effet, il appelle «saintes» les actions hiérarchiques : purifier, illuminer et parfaire, qui consistent principalement, pour notre hiérarchie, dans la dispensation des sacrements. Ces actions nous sont transmises sous forme d’un commandement et le baptême en est pour ainsi dire la porte. La deuxième lui convient en tant qu’il est cause, à savoir, en tant qu’il imprime un caractère et confère la grâce ; par cela, l’homme reçoit une forme et est rendu apte à recevoir les autres sacrements. En rapport avec cela, il dit qu’il «donne forme», par le caractère et la grâce, «aux comportements de notre âme», c’est-à-dire aux puissances de l’âme, «en vue de la possibilité de recevoir», c’est-à-dire, en vue de la réception efficace et opportune des «paroles divines», l’enseignement de la foi, «et des actions saintes», les autres sacrements, qui ne doivent être conférés à personne qui n’est pas baptisé. La troisième lui convient en tant qu’il est signe et figure des choses célestes et que, par le baptême, nous sommes menés à la contemplation des réalités célestes. En rapport avec cela, il dit qu’il «trace notre chemin», c’est-à-dire qu’il nous prépare le chemin de la contemplation, «pour nous conduire au repos qui dépasse les cieux», qui consiste dans la contemplation des réalités spirituelles. Ou bien l’on peut dire que, par le deuxième point, il aborde la fin prochaine du baptême, pour ce qui concerne les réalités qui appartiennent au cheminement, mais qu’il aborde par le troisième sa fin éloignée et ultime, pour ce qui concerne la patrie, à laquelle le baptême nous conduit par la grâce qu’il confère, qui est la réalité signifiée mais non contenue. |
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[13799] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Dionysius determinat de Baptismo secundum quod est actio quaedam hierarchica; et ideo definit principium mandatorum, non quorumlibet sed illorum quibus actiones hierarchicae nobis traduntur. |
1. Denys précise ce qu’il en est du baptême en tant qu’il est une action hiérarchique. C’est pourquoi il le définit comme «le commencement des commandements», non pas de n’importe lequel, mais de ceux par lesquels les actions hiérarchiques nous communiquées. |
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[13800] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod per primum tangit tantum ordinem Baptismi ad alia sacramenta, sed per
secundum tangit effectum, quo mediante ad alia sacramenta percipienda idonee
perducit, ut ex dictis patet. |
2. Par le premier point, il n’aborde que l’ordre du baptême aux autres sacrements ; mais, par le deuxième, il en aborde l’effet, par l’intermédiaire duquel il conduit à la réception efficace des autres commandements, comme cela ressort clairement de ce qui a été dit. |
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[13801] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod animales habitus hic dicuntur ab anima, et non ab animalitate, qua scilicet cum aliis animalibus communicamus; ut ostendat quod non solum Baptismus corpus exterius lavat, sed etiam animam interius format. |
3. Les «comportemements animaux» sont ainsi appelés à cause de l’âme [anima], et non en raison de l’animalité [animal], que nous avons en commun avec les autres animaux. Il montre ainsi que le baptême ne lave pas seulement le corps à l’extérieur, mais donne forme à l’âme de l’intérieur. |
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[13802] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod haec definitio est principium omnium quae Dionysius de Baptismo tradit; unde in principio statim hanc definitionem ponit. Et quia in omnibus quae sunt propter finem et ex fine, debet accipi et forma competens fini, et materia competens formae et fini; ideo in hac definitione non posuit formam et materiam, sed solum ea ad quae Baptismus ordinatur quasi ad finem proximum vel remotum. |
4. Cette définition est le point de départ detout ce que Denys dit du baptême ; aussi donne-t-il cette définition dès le début. Et parce que, dans tout ce qui est fait pour une fin ou à partir d’une fin, il faut considérer une forme convenant à la fin et une matière convenant à la forme et à la fin, il n’a pas mis dans cette définition la forme et la matière, mais seulement ce qui est ordonné au baptême comme fin prochaine ou éloignée. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[13803] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem
dicendum, quod Damascenus praedictam definitionem venatur ex hoc ipso quod
Baptismus regeneratio dicitur. Cum enim generatio sit motus ad esse, constat
quod Baptismus est per quem nobis traditur spirituale esse. Et quia nullus
potest agere actionem alicujus naturae, nisi prius habeat esse in natura
illa, ideo concluditur quod Baptismus est principium omnium spiritualium
actionum: et secundum hoc Damascenus Baptismum definivit adhuc per priora
quam Dionysius, inquantum accipit primum effectum Baptismi, qui est
constituere in spirituali vita, ex qua habet quod regeneratio dicatur; et
ideo definit Baptismum ut principium spiritualis vitae in hoc quod dicit, principium
alterius vitae, scilicet spiritualis, quae est altera a naturali; ut haec
generatio sit altera a naturali, et regeneratio dicatur; et iterum ut
principium eorum quae ad vitam prima consequuntur, et ideo dicit: per quod
fiunt primitiae spiritus, idest primi spiritus effectus in nobis. Hi
autem effectus vel consequuntur ipsam generationem, sicut filiatio, vel
aliqua talis relatio, et sic per Baptismum dicimur regenerari in filios Dei,
et quantum ad hoc dicitur regeneratio, vel consequuntur formam per
generationem inductam; et hoc tripliciter. Primo in ordine ad generantem,
secundum quod per formam inductam genitus fit similis generanti; et quantum
ad hoc dicitur sigillum. Secundo quantum ad esse ipsius geniti, quod
per formam conservatur; et quantum ad hoc dicitur custodia. Tertio quantum ad actionem ejus, cujus forma est
principium; et quantum ad hoc dicitur illuminatio. |
Il faut dire que [Jean] Damascène tire cette définition du fait que le baptême est appelé une régénération. En effet, puisque la génération est un mouvement vers l’existence, il est clair que le baptême est ce par quoi nous est communiquée l’existence spirituelle. Et parce que personne ne peut accomplir l’action d’une nature à moins d’exister d’abord dans cette nature, on en conclut que le baptême est le principe de toutes les actions spirituelles. De ce point de vue, [Jean] Damascène définit le baptême par des éléments encore plus éloignés que ceux de Denys, pour autant qu’il envisage l’effet premier du baptême, qui est d’établir dans la vie spirituelle, à partir de quoi on peut l’appeler une régénération. C’est pourquoi il définit le baptême comme «le principe d’une autre vie», à savoir, [la vie] spirituelle, qui est différente de la vie naturelle, de sorte que cette génération est différente de la génération naturelle et qu’elle est appelée régénération. [Il le définit] aussi comme le principe de ce qui découle en premier lieu de la vie ; il dit donc : «par lequel sont réalisées les prémices de l’Esprit», à savoir, les premiers effets de l’Esprit en nous. Ces effets découlent de la génération elle-même, à savoir, la filiation ou une relation de ce genre, et ainsi, on dit que nous sommes régénérés pour devenir des fils de Dieu. De ce point de vue, [le baptême] est appelé une régénération, ou [ces effets] découlent de la forme reçue par la génération, et cela, de trois manières. Premièrement, par rapport à celui qui engendre, selon que celui qui est engendré est rendu semblable par la forme reçue à celui qui engendre ; de ce point de vue, [le baptême] est appelé un «sceau». Deuxièmement, par rapport à l’existence même de celui qui est engendré, qui est conservée par la forme ; de ce point de vue, [le baptême] est appelé une «protection». Troisièmement, par rapport à l’action de celui dont la forme est le principe ; de ce point de vue, [le baptême] est appelé une «illumination». |
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[13804] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1
qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod primitiae spiritus dantur antequam percipiatur Baptismus actu, sed non
antequam percipiatur proposito habituali, sicut in Cornelio; vel actuali,
sicut in aliis qui Baptismi fidem habent. Vel dicendum, quod hic loquitur de
vita spirituali, secundum quod homo quantum ad exteriora reputatur membrum
Ecclesiae, quod non fit ante Baptismum, quia ad actus fidelium nullus ante
Baptismum admittitur. |
1. Les prémices de l’Esprit sont données avant que le baptême ne soit reçu en acte, mais non avant qu’il ne soit reçu par un propos habituel [du baptême], comme chez Corneille, ou par un [propos] actuel, comme chez les autres qui ont la foi du baptême. Ou bien il faut dire qu’il parle ici de la vie spirituelle selon que l’homme est considéré comme un membre de l’Église pour ce qui est de l’extérieur, ce qui ne se réalise pas avant le baptême, parce que personne n’est admis avant le baptême aux actes des fidèles. |
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[13805]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod regeneratio
ponitur hic pro relatione consequente regenerationem, sicut est filiatio. |
2. La régénération est utilisée ici pour la relation qui découle de la régénération, comme c’est le cas de la filiation. |
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[13806] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1
qc. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod
etiam Dionysius, vim illuminativam Baptismo attribuit, quod quidem ei
competit inquantum est fidei sacramentum; unde baptizatus jam admittitur ad
inspectionem sacramentorum quasi illuminatus: non autem ante debet admitti,
ne sancta canibus tradantur secundum Dionysium. |
3. Même Denys attribue au baptême une puissance illuminatrice, qui lui convient en tant qu’il est le sacrement de la foi. Ainsi le baptisé, pour autant qu’il est éclairé, est-il admis à observer les sacrements ; mais il ne doit pas y être admis avant, de crainte que les choses saintes ne soient données aux chiens, selon Denys. |
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[13807] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 1
qc. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod custodia conservationem
importat: quae quidem est a Deo sicut a principio efficiente, a gratia autem
baptismali sicut a principio formali. |
4. La protection comporte une conservation : elle vient de Dieu comme principe efficient, mais de la grâce baptismale comme d’un principe formel. |
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Articulus 2 [13808] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 2 tit. Utrum haec verba, ego te baptizo etc., sint de
integritate formae baptismalis |
Article
2 – Est-ce que ces mots : «Je te baptise, etc.» font
partie intégrante de la forme baptismale ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Est-ce que l’intégrité de la
forme du baptême est contenue dans les mots : «Je te baptise
au nom du Père, etc.» ?]
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[13809] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc.
1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod integritas formae baptismalis non
contineatur in his verbis, ego te baptizo in nomine patris et filii et
spiritus sancti. Actio enim magis debet
attribui principali agenti quam secundario. Sed principalis baptizans est
Christus, ut patet Joan. 1, 33, ubi dicitur: hic est qui baptizat;
homo autem est tantum minister Baptismi. Ergo magis debuit dici, Christus te
baptizat etc. quam ego te baptizo. |
1. Il semble que l’intégrité de la forme baptismale ne soit pas contenue dans ces paroles: «Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.» En effet, une action doit être attribuée à l’agent principal plutôt qu’à l’agent secondaire. Or, celui qui baptise à titre d’agent principal est le Christ, comme cela ressort clairement de Jn 1, 33, où il est dit : C’est lui qui baptise; l’homme n’est que le ministre du baptême. Il aurait donc plutôt fallu dire : «Le Christ te baptise, etc.», que : «Je te baptise.» |
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[13810] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2
qc. 1 arg. 2 Praeterea, secundum
grammaticos in verbis primae et secundae personae intelligitur nominativus
certus et determinatus. Sed baptizo est verbum primae personae. Ergo non fuit necessarium quod
adderetur ego. |
2. Selon les grammairiens, par les verbes à la première ou à la deuxième personne, on entend un nominatif clair et déterminé. Or, «Je te baptise» [baptizo] est un verbe à la première personne. Il n’était donc pas nécessaire qu’on ajoute : «Je [Ego baptizo]» |
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[13811] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sacramenta habent a divina institutione efficaciam et virtutem. Sed ex forma quam dominus tradidit Matth. ult. 19, ubi dicitur, docete omnes gentes, non potest haberi quod ego te baptizo sit de forma Baptismi: quia hoc participium baptizantes, ponitur ibi ad designandum exercitium actus; non quasi pars formae. Ergo videtur quod non sit de necessitate formae. |
3. Les sacrements tiennent leur efficacité et leur puissance de l’institution divine. Or, de la forme que le Seigneur a transmise en Mt 28, 19, où il est dit : Enseignez à toutes les nations, [les baptisant], on ne peut conclure que «Je te baptise» fasse partie de la forme du baptême, car ce participe : les baptisant, est mis là pour désigner l’exercice de l’acte, et non comme une partie de la forme. Il semble donc qu’il fasse nécessairement partie de la forme. |
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[13812] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2
qc. 1 arg. 4 Praeterea, simul dominus
praecepit actum docendi et baptizandi, Matth. ult. Sed non exigitur ad docendum quod
sacerdos dicat, ego te doceo. Ergo similiter non exigitur ad Baptismum quod
dicat, ego te baptizo. |
4. Le Seigneur a
donné en même temps l’ordre d’enseigner et de
baptiser, Mt 28. Or, pour enseigner, il n’est pas exigé que
le prêtre dise : «Je t’enseigne.» De la
même manière, il n’est pas exigé pour le
baptême qu’il dise : «Je te baptise.» |
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[13813]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 5 Praeterea, verba non debent dirigi ad eum qui non est
verborum sensus perceptivus. Sed quandoque baptizatus non potest percipere
sensum verborum, sicut patet quando puer baptizatur. Ergo non debet dicere, baptizo te,
sed, baptizo Joannem. |
5. Les paroles ne
doivent pas être adressées à celui qui ne saisit pas le
sens des paroles. Or, parfois, le baptisé ne peut saisir le sens des
paroles, comme cela ressort clairement lorsqu’un enfant est
baptisé. On ne doit donc pas dire : «Je te baptise»,
mais : «Je baptise Jean.» |
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[13814] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1
a. 2 qc. 1 arg. 6 Praeterea, hoc videtur ex modo loquendi quo dominus
usus est, ponens baptizandos in tertia persona dicens: baptizantes eos. |
6. Cela semble venir
de la manière de parler employée par le Seigneur, qui indique
ceux qui doivent être baptisés à la troisième
personne : «Les baptisant.» |
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[13815]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 7 Praeterea, materia sacramenti non minus est de essentia sacramenti
quam suscipiens illud sacramentum. Sed nulla mentio fit in forma de aqua,
quae est materia sacramenti. Ergo non debet fieri mentio de recipiente, ut
dicatur: baptizo te. |
7. La matière
du sacrement ne fait pas moins partie de l’essence du sacrement que
celui qui reçoit le sacrement. Or, aucune mention n’est faite de
l’eau, qui est la matière du sacrement. Il ne faut donc pas
mentionner celui qui reçoit [le sacrement], en disant : «Je
te baptise.» |
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[13816]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 8 Praeterea, Baptismus a passione Christi efficaciam habet,
et figura est mortis Christi, ut patet Rom. 6. Ergo potius debuit in Baptismi
forma fieri mentio de fide passionis quam de fide Trinitatis. |
8. Le baptême
reçoit son effiacacité de la passion du Christ et il est la
figure de la mort du Christ, comme cela ressort clairement de Rm 6. Il
aurait fallu mentionner dans la forme du baptême la foi en la passion
plutôt que la foi en la Trinité. |
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[13817]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 9 Praeterea, omne illud in quo personae non conveniunt,
debet de eis pluraliter dici. Sed personae distinguuntur quantum ad nomen:
quia nomen filii patri non convenit, nec e converso. Ergo non debuit dici: in
nomine patris etc., sed: in nominibus. |
9. Tout ce que des
personnes n’ont pas en commun doit être dit d’elles au
pluriel. Or, les personnes se distinguent par leur nom, car le Fils n’a
pas le même nom que le Père, ni inversement. On ne devait donc
pas dire : «Au nom du Père, etc.», mais :
«Aux noms.» |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Peut-on exprimer autrement la forme du baptême, sans préjudice pour le baptême ?] |
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[13818] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod liceat ea quae in hac forma ponuntur, mutare sine praejudicio Baptismi. Graeci enim hanc formam baptizandi habent: baptizatur servus Christi Nicolaus in nomine patris et filii et spiritus sancti. Sed apud omnes est unum Baptisma. Ergo et noster similiter Baptismus fieri posset. |
1. Il semble qu’on puisse changer ce qui est mis
dans la forme du baptême, sans préjudice pour le baptême.
En effet, les Grecs ont cette forme pour baptiser : «Nicolas, le
serviteur du Christ, est baptisé au nom du Père, du Fils et du
Saint-Esprit.» Or, il n’y a qu’un seul baptême pour
tous. On pourrait donc faire de même pour notre baptême. |
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[13819] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, hoc quod dicit: ego baptizo te,
ponitur in forma ad exprimendum Baptismi actum. Sed actus Baptismi potest effici ab uno et duobus et in
unum et in duos. Ergo potest fieri mutatio formae, ut dicatur: nos baptizamus
vos. |
2. «Je te baptise» est placé dans la
forme pour exprimer l’acte du baptême. Or, l’acte du
baptême peut être fait par un seul ou par deux, et au nom
d’un seul ou de deux. La forme peut donc être changée pour
dire : «Nous vous baptisons.» |
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[13820]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, Ecclesia est ejusdem potestatis nunc cujus erat
primitiva Ecclesia quantum ad sacramentorum dispensationem. Sed primitiva Ecclesia
mutavit formam Baptismi: quia baptizabant in nomine Christi, sicut in Act.
legitur. Ergo et nunc Ecclesia formam mutare posset. |
3. Pour ce qui est de la dispensation des sacrements,
l’Église a le même pouvoir maintenant que
l’Église primitive. Or, l’Église primitive a
changé la forme du baptême, car on baptisait au nom du Christ,
comme on le lit dans Ac. L’Église peut donc aussi maintenant
changer la forme. |
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[13821]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 4 Praeterea, tres personae in forma Baptismi ponuntur ad
exprimendum fidem Trinitatis. Sed ita exprimeretur fides Trinitatis, si
diceretur: in nomine Trinitatis, sicut si dicitur: in nomine patris et
filii et spiritus sancti. Ergo potest ita mutatio fieri ut dicatur: in
nomine Trinitatis. |
4. Les trois personnes sont mises dans la forme du
baptême pour exprimer la foi en la Trinité. Or, on exprimerait
aussi la foi en la Trinité si on disait : «Au nom de la
Trinité», comme on dit : «Au nom du Père, du
Fils et du Saint-Esprit.» On peut donc changer pour dire :
«Au nom de la Trinité.» |
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[13822] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1
a. 2 qc. 2 arg. 5 Praeterea,
virtus sacramentaria non consistit in verbis, nisi secundum quod ad
significationem referuntur: alias non esset virtutis alicujus nisi in una
lingua, quia voces non sunt eaedem apud omnes. Sed idem significat pater quod
genitor, et filius quod genitus, et spiritus sanctus quod ab utroque
procedens. Ergo potest hoc modo fieri mutatio, ut dicatur: in nomine
genitoris, et geniti, et procedentis ab utroque. |
5. La puissance des sacrements ne consiste pas dans les
paroles, si ce n’est selon qu’elles sont mises en rapport avec la
signification ; autrement, elle n’aurait de puissance que dans une
seule langue, car les mots ne sont pas les mêmes dans toutes [les langues].
Or, «Père» signifie la même chose que
«géniteur», et «Fils»
qu’«engendré», et «Esprit-Saint» que
«procédant des deux». On peut donc faire un changement
pour dire : «Au nom du Géniteur, de l’Engendré
et de Celui qui procède des deux.» |
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[13823]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 6 Praeterea, qui corrumpit verba mutat litteras et syllabas,
et per consequens dictiones. Sed infra, dist. 6, dicitur, quod reputatur
Baptismus, quamvis aliquis verba corrupte proferat. Ergo potest fieri formae
mutatio. |
6. Celui qui formule mal les mots change les lettres et
les syllabes et, par conséquent, la prononciation. Or, plus loin, d.
6, on dit que le baptême est présumé, bien que
quelqu’un formule les mots de manière incorrecte. Il peut donc y
avoir changement de la forme. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Peut-on ajouter ou retrancher quelque chose à la forme du baptême ?] |
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[13824]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non possit aliquid addi vel minui.
Non enim est minor necessitas in verbis quae pertinent ad formas
sacramentorum, quam in verbis sacrae Scripturae. Sed in verbis sacrae
Scripturae non licet addere vel minuere, ut patet Apocal. ult. Ergo nec
verbis formarum in sacramentis. |
1. Il semble qu’on ne puisse rien ajouter ni
retrancher. En effet, l’exigence n’est pas moindre pour les
paroles qui se rapportent aux formes des sacrements que pour les paroles de
la Sainte Écriture. Or, pour les paroles de la Sainte Écriture,
il n’est pas permis d’ajouter ou de retrancher, comme cela
ressort clairement de Ap 22, 18‑19. Cela n’est donc pas
permis non plus pour les sacrements. |
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[13825] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, in formis naturalibus ita est quod
differentia addita vel subtracta variat speciem. Ergo et si in formis sacramentorum aliquid addatur vel
subtrahatur, tolletur ratio illius sacramenti. |
2. Dans les formes naturelles, une différence
ajoutée ou soustraite fait varier l’espèce. Si quelque
chose est ajouté ou retranché dans les formes des sacrements,
la raison de ce sacrement [variera aussi]. |
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[13826] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, Ariani non mutabant formam istam nisi per
additionem. Dicebant enim: in nomine
patris majoris et filii minoris; et propter hoc non reputabantur
baptizati. Ergo non licet addere vel diminuere in forma. |
3. Les Ariens ne changeaient cette forme que par
addition. En effet, ils disaient : «Au nom du Père plus
grand et du Fils inférieur», et, pour cette raison, ils
n’étaient pas considérés comme baptisés. Il
n’est donc pas permis d’ajouter ou de retrancher dans la forme. |
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[13827]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 4 Sed contra, in littera habetur ab Ambrosio quod si fides
totius Trinitatis corde teneatur et una tantum persona sit nominata, sit
Baptisma verum. Ergo licet aliquid de forma subtrahere. |
4. En sens inverse, on lit dans un texte tiré
d’Ambroise que si la foi en la Trinité est gardée de
cœur et qu’une seule personne est nommée, le baptême
est vrai. Il est donc permis de soustraire quelque chose de la forme. |
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[13828] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 5 Praeterea, actus baptizandi ponitur in forma ad
excitandum attentionem. Ergo, ut videtur,
licet addere verbum intentionem signans, ut dicatur: intendo te baptizare. |
5. L’acte de baptiser reçoit une forme afin
d’éveiller l’attention. Il est donc permis, comme il
semble, d’ajouter un mot indiquant l’intention, en disant :
«J’ai l’intention de te baptiser.» |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Peut-on reporter le baptême ?] |
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[13829]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non possit fieri interpositio vel
transpositio. Quia Baptismus est unus actus: unus autem est actus qui est
continuus, ut dicitur in 5 physicorum. Sed interruptio tollit continuitatem
Baptismi. Ergo tollit unitatem ejus; ergo non debet fieri aliqua interruptio. |
1. Il semble qu’une suspension ou un report ne sont
pas permis, parce que le baptême est un seul acte et que l’acte
unique est continu, comme il est dit dans Physique, 5. Or,
l’interruption enlève la continuité du baptême.
Elle en enlève donc l’unité. On ne doit donc pas faire
d’interruption. |
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[13830]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea, sicut ad fidem Trinitatis pertinent tres
personae, ita et personarum ordo. Sed in translatione variatur ordo. Ergo corrumpitur
forma. |
2. De même que
les trois personnes appartiennent à la Trinité, de même
l’ordre des personnes. Or, l’ordre varie dans une traduction. La
forme est donc corrompue. |
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[13831]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 4 S.c. 1 Sed contra est, quia transposita nomina et verba idem
significant. |
S.c. 1 – Les
noms et les verbes déplacés signifient la même chose. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[13832] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod forma
completiva rei media est quodammodo inter materiam quam perficit, et causam
efficientem a qua producitur, ut virtus efficientis mediante forma ad
materiam traducatur. Et quia medium
complectitur aliquo modo utrumque extremorum, ideo forma Baptismi continet et
principale efficiens, unde Baptismus efficaciam habet, et materiam Baptismi
proximam quae est actus ablutionis; et ideo ponitur: in nomine patris et
filii et spiritus sancti, tamquam principale efficiens, a quo Baptismus
efficaciam habet; et ponitur actus materialis cum iis quae circumstant ipsum
scilicet conferens et recipiens, in hoc quod dicitur: ego baptizo te. |
La forme qui achève une chose est en quelque sorte
intermédiaire entre la matière qu’elle perfectionne et la
cause efficiente par laquelle elle est produite, de sorte que la puissance de
la [cause] efficiente est transmise à la matière par
l’intermédiaire de la forme. Et parce que ce qui est
intermédiaire comprend d’une certaine manière les deux
extrêmes, la forme du baptême contient aussi la [cause]
efficiente principale, d’où le baptême tire son
efficacité, et la matière prochaine du baptême, qui est
l’acte d’ablution. C’est pourquoi l’on dit :
«Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit», en tant que
[cause] efficiente principale, dont le baptême tire son
efficacité ; et l’on désigne l’acte qui a
caractère de matière, avec ce qui l’entoure, à
savoir, celui qui confère et celui qui reçoit, par le fait de
dire : «Je te baptise.» |
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[13833] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod principale agens significatur in
invocatione Trinitatis quae invisibiliter agit, et ideo relinquebatur ut
circa actum materialem poneretur agens secundarium, scilicet minister
sacramenti. |
1. L’agent principal est signifié dans
l’invocation de la Trinité qui agit invisiblement ;
c’est pourquoi il restait à indiquer pour l’acte un agent
secondaire, à savoir le ministre du sacrement. |
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[13834]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod formae sacramentorum non accipiuntur ut voces significativae
tantum, sed ut effectivae. Et quia nihil agit nisi secundum quod perfectum
est, ideo de integritate formae baptismalis est ut ponatur totum quod ad
Baptismum requiritur, quamvis unum ex alio intelligi possit. |
2. Les formes des sacrements ne doivent pas être
conçues seulement comme des mots ayant une signification, mais [comme
des mots] ayant une efficacité. Et parce que rien n’agit que
dans la mesure où il est parfait, il fait partie intégrante du
baptême que soit indiqué tout ce qui requis pour le
baptême, bien qu’une chose puisse être comprise par une
autre. |
|
[13835] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in verbis illis dominus principaliter non
intendit tradere formam sacramenti, quia prius eis tradiderat, quando
baptizabant etiam ante passionem; sed intendit eis praecipere actum
baptizandi secundum formam prius eis traditam; et ideo ex verbis illis potest
probabiliter accipi forma praedicta, quamvis non expresse ibi ponatur. |
3. Par ces paroles, le
Seigneur n’a pas principalement comme intention de communiquer la forme
du baptême, parce qu’il l’avait communiquée
auparavant, alors qu’ils baptisaient avant la passion. Mais il a
l’intention de leur ordonner l’acte de baptiser selon la forme
d’abord transmise. Ainsi, on peut comprendre de manière probable
la forme en question, bien qu’elle n’y soit pas
expressément indiquée. |
|
[13836]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quia Baptismus est sacramentum
necessitatis, et in sacramento requiritur intentio; ideo oportet exprimi
omnia quae intentionem determinant ad actum illum; non autem sic in aliis
actibus, in quibus non est tantum periculum, si intentio non adsit. Vel
dicendum, quod alii actus habent efficaciam ex ipso suo exercitio tantum, sed
actus baptizandi habet efficaciam ex forma verborum. Et quia talis efficacia
est sacramentalis, idcirco oportet quod verba formae significando efficaciam
actui praebeant; et ideo oportet baptizantem actum suum verbo significare,
quamvis hoc in aliis actibus non reperiatur. |
4. Parce que le
baptême est un sacrement nécessaire et que, dans le sacrement,
l’intention est requise, il faut donc que soit exprimé tout ce
qui précise l’intention en rapport avec cet acte. Mais il
n’en est pas de même des autres actes où le danger
n’est pas aussi grand, si l’intention n’est pas
indiquée. Ou bien il faut dire que les autres actes tirent leur
efficacité de leur propre mise en œuvre seulement, mais que
l’acte de baptiser tire son efficacité de la forme des paroles.
Et parce qu’une telle efficacité est sacramentelle, il est donc
nécessaire que les paroles de la forme donnent à l’acte
son efficacité en le signifiant. C’est pourquoi il est
nécessaire que celui qui baptise signifie son acte par la parole, bien
qu’on ne trouve pas cela dans les autres actes. |
|
[13837] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod ratio illa tenet de illis verbis quae
proferuntur causa significationis tantum, non autem de illis quae proferuntur
causa efficiendi, quae etiam oportet ad res non intelligentes proferri, ut
effectus verborum determinetur ad res illas; unde etiam dicitur: exorcizo
te creatura salis. |
5. Cet argument est
valable pour les paroles qui sont proférées en vue de signifier
seulement, mais non pour celles qui sont proférées en vue
d’une efficacité, qui doivent être proférées
même pour les choses qui n’ont pas l’intelligence, afin que
l’effet des paroles soit précisé pour ces choses, comme
on dit : «Je t’exorcise, créature du sel.» |
|
[13838]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod dominus praecipiebat actum
Baptismi, ut absentium; et ideo oportebat quod uteretur tertia persona: secus
autem est de illis qui exercent actum illum in praesentes. |
6. Le Seigneur
ordonnait l’acte du baptême pour des personnes absentes. Il
était donc nécessaire qu’il utilise la troisième
personne. Mais il en est autrement de ceux qui exercent cet acte pour des personnes
présentes. |
|
[13839] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod aqua comprehenditur in distinctione
Baptismi: quia Baptismus nihil aliud est quam ablutio facta in aqua; et ideo
esset nugatio, si iterum poneretur. |
7. L’eau est
comprise dans la distinction du baptême, car le baptême
n’est rien d’autre qu’une ablution réalisée
par l’eau. Il serait donc futile qu’elle soit
répétée. |
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[13840] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod actio semper magis attribuitur principali
agenti, quia efficacius imprimit ad agendum. Tota enim virtus mediae causae
est a prima, sed non convertitur: quia prima causa a qua Baptismus efficaciam
habet, auctoritative est Trinitas; passio autem Christi causa secundaria et
meritoria; ideo magis fit mentio de Trinitate quam de passione. |
8. L’action est
toujours attribuée à l’agent principal, car il intervient
plus efficacement dans l’action. En effet, toute la puissance
d’une cause intermédiaire vient de la cause première, mais
non l’inverse. Parce que la cause première de qui le
baptême tient son efficacité est la Trinité à
titre d’auteur, et que la passion du Christ est la cause secondaire et
méritoire, il est donc plutôt fait mention de la Trinité
que de la passion. |
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[13841]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod nomen non competit voci nisi
secundum quod facit notitiam de re; nomen enim dicitur quasi notamen.
Notitiam autem habemus de Trinitate per fidem. Et quia est una fides
Trinitatis, et una confessio Dei, quamvis sint diversae voces significantes
tres personas; ideo dicitur: in nomine, quasi in invocatione, quae fit
per professionem exteriorem interioris fidei. |
9. Un mot ne convient
à une paarole que pour autant qu’il fait connaître une chose:
en effet, nomen [nom] est employé pour notamen [désignation].
Or, nous connaissons la Trinité par la foi. Et parce qu’il
n’y qu’une seule foi en la Trinité et une seule confession
de Dieu, bien qu’il y ait divers mots signifiant les trois Personnes,
on dit donc : «Au nom», comme pour une invocation qui est
faite par une profession extérieure de la foi intérieure. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13842] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod quia sacramenta efficaciam habent ex institutione
divina, et principalius est in sacramentis forma quam etiam materia; ideo
sicut nulli licet mutare sacramentum, vel aliquod novum instituere, ita nulli
licet mutare formam sacramenti quantum ad id quod est de essentia formae
absque speciali consilio spiritus sancti, qui virtutem suam illis verbis non
alligavit: et si mutatur, nihil agitur; et praeter hoc culpa incurritur. Si
autem aliquid pertinet ad formam ex determinatione Ecclesiae, si illud
mutatur, nihilominus est sacramentum, sed culpa incurritur. In forma autem
baptismali essentialius est quod exprimit causam agentem, a qua est tota
efficacia, quam quod exprimit actum exercitum; et ideo quantum ad omnes
invocatio Trinitatis est de essentia formae, nec aliqui quantum ad hoc formam
mutare possunt. Quidam vero dicebant, quod actus exercitus non est de
essentia formae, et quod in illa invocatione Trinitatis essentia formae
consistit; quos refellit auctoritas Alexandri Papae, qui dicit, quod non est
Baptismus illud lavacrum quo aliquis in nomine patris et filii et spiritus
sancti nihil addendo baptizatur. |
Parce que les sacrements tirent leur efficacité
d’une institution divine et que, dans les sacrements, la forme
l’emporte même sur la matière, c’est pourquoi, de
même qu’il n’est permis à personne de changer un
sacrement ou d’en instituer un nouveau, de même il n’est
permis à personne de changer la forme d’un sacrement pour ce qui
fait partie de l’essence de la forme, sans un conseil particulier de
l’Esprit Saint, qui n’a pas lié sa puissance à ces
paroles. Et si elle est changée, rien ne se produit et, en plus, on
encourt une faute. Mais si quelque chose appartient à la forme par
décision de l’Église, si cela est changé, il y a
néanmoins sacrement, mais on encourt une faute. Or, dans la forme du
baptême, ce qui exprime la cause efficiente, dont toute
l’efficacité provient, est plus essentiel que ce qui exprime
l’acte exercé. C’est pourquoi l’invocation de la
Trinité est nécessaire pour tous, et personne ne peut changer
la forme sur ce point. Mais certains disaient que l’acte exercé
ne fait pas partie de l’essence de la forme et que l’essence de
la forme consiste dans cette invocation de la Trinité.
L’autorité du pape Alexandre les repousse, en disant que
n’est pas un baptême le bain par lequel quelqu’un est
baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, sans rien
ajouter. |
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[13843] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod secundum opinionem Graecorum, de necessitate
formae est actus Baptismi quantum ad significatum, sed non quantum ad
consignificatum. Persona autem baptizans per ministerium non est de
necessitate formae, quia ex eo Baptismus efficaciam non habet; sed persona
recipiens est de necessitate formae, quia actus ad suscipientem terminatur;
et ideo differunt in forma a nobis quantum ad tria. Primo, quia personam
ministri in forma non exprimunt; et hoc dicunt ad removendum errorem qui fuit
in primitiva Ecclesia, qui efficaciam Baptismi baptizanti attribuebat, ut
patet Corinth. 3. Secundo in hoc quod significant actum sub alia persona,
scilicet tertia, et sub alio modo, scilicet subjunctivo vel optativo, ad
significandum quod actus interior expectatur ab extra. Tertio quia personam
ponunt in nominativo casu, et in tertia persona; quia quandoque baptizatus
non habet intellectum ut ad eum possit dirigi sermo. Utrum autem ipsi mutent
aliquid quod sit de substantia formae, ut sic oporteat rebaptizari, quamvis
quidam dicant hoc, non tamen est determinatum, sed dubium apud quosdam,
quibus videtur quod sufficiat actum Baptismi significare ad perfectionem
sacramenti, et quod consignificationis determinatio sit ex Ecclesiae institutione.
Hoc autem certum quod forma qua nos utimur, melior est: tum quia perfectior
est, ut patet ex supradictis; tum quia magis consonat verbis Evangelii quod
ministros baptizantes dicit; tum propter auctoritatem Ecclesiae, quae hanc
formam tradit, quae nunquam a vera fide legitur declinasse, hanc formam ab
apostolis retinens; et ideo non licet, praecipue Latinis, in forma Graecorum
baptizare: quod si praesumerent, secundum quosdam non esset Baptismus,
secundum quosdam autem esset, sed graviter peccarent. |
1. Selon l’opinion des Grecs, fait
nécessairement partie de la forme l’acte du baptême en
raison de sa signification, mais non ce qui accompagne la signification. Or,
la personne qui baptise par mode de ministère ne fait pas
nécessairement partie de la forme parce que le baptême ne tient
pas d’elle son efficacité ; mais la personne qui
reçoit fait nécessairement partie de la forme parce que
l’acte a son terme dans celui qui reçoit. Ainsi, ils
s’écartent de nous à propos de la forme sur trois points.
Premièrement, parce qu’ils n’expriment pas la personne du
ministre dans la forme : ils disent cela pour écarter
l’erreur qui avait eu lieu dans l’Église primitive, qui
attribuait l’efficacité du baptême à celui qui
baptisait, comme cela ressort clairement de 1 Co 3.
Deuxièmement, parce qu’il signifient l’acte sous une autre
personne, la troisième, et sous un autre mode, le subjonctif ou
l’optatif, pour montrer que l’acte intérieur est attendu
de l’extérieur. Troisièmement, parce qu’ils mettent
les personnes au nominatif et à la troisième personne, afin que
la parole puisse être adressée au baptisé, qui, parfois,
ne comprend pas. Changent-ils quelque chose à la substance de la forme
de la forme, de sorte qu’il faille rebaptiser ? Bien que certains le
disent, cela n’a cependant pas été tranché, mais
reste douteux pour d’autres, pour qui il semble suffire de signifier
l’acte du baptême pour que se réalise le sacrement, alors
que ce qui accompagne la signification relève d’une institution
de l’Église. Mais il est certain que la forme que nous utilisons
est meilleure, d’abord parce qu’elle est plus complète,
comme cela ressort de ce qui a été dit, ensuite parce
qu’elle s’accorde mieux avec les paroles de
l’évangile qui parle des ministres qui baptisent, enfin en
raison de l’autorité de l’Église qui transmet cette
forme, dont on dit qu’elle ne s’est jamais écartée
de la vraie foi, et qui garde cette formule depuis les apôtres. Il
n’est donc pas permis, principalement aux Latins, de baptiser selon la
forme des Grecs ; s’ils présumaient de la faire, ce ne
serait pas un baptême selon certains ; c’en serait un, selon
d’autres, mais ils pécheraient gravement. |
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[13844] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod unus actus qui uno agente expleri potest,
non progreditur a pluribus agentibus simul, et ideo unus baptizans, cum ipse
solus baptizare possit, debet significare actum suum non ut a pluribus
exeuntem, sed ut a se solo; et ideo non potest dici, nos baptizamus; sed
secundum quosdam dici potest, ego baptizo vos, si necessitas adsit.
Nec est aliqua mutatio formae, quantum ad significationem, quia plurale non
est nisi singulare geminatum. Potest et alia ratio assignari, quia baptizo
vos, idem est quod baptizo te et te; et ideo per hoc non fit mutatio formae
quantum ad sensum, sed solum quantum ad vocem. Sed nos baptizamus, idem est
quod ego et ille; non autem ego et ego. Unde non omnino est idem; et ideo qui
dicit, nos baptizamus, nihil facit; qui autem dicit, baptizo vos, si simul
plures baptizaret, baptizatum est; sed peccat, nisi ex magna necessitate
faciens. |
2. Un seul acte qui peut être accompli par un seul
agent ne provient pas de plusieurs agents agissant en même temps.
C’est pourquoi un seul qui baptise, puisqu’il peut baptiser seul,
doit signifier son acte, non pas comme s’il provenait de plusieurs,
mais [comme s’il provenait] de lui seul. C’est pourquoi on ne
peut pas dire : «Nous baptisons». Mais, selon certains, on
peut dire : «Je vous baptise», s’il y a
nécessité. Ce n’est pas un changement de la forme quant
à la signification, car le pluriel n’est rien d’autre que
le singulier répété. On peut aussi donner une autre
raison, car «Je vous baptise» est la même chose que
«Je baptise toi et toi». Ainsi, il n’y a pas de changement
de la forme pour ce qui est du sens, mais seulement pour ce qui est du mot.
Mais «Nous baptisons» est la même chose que :
«Moi et cet autre», et non pas : «Moi et moi.»
Ce n’est donc pas tout à fait la même chose. Aussi, celui
qui dit : «Nous baptisons» ne réalise rien ;
mais celui qui dit : «Je vous baptise» en baptiseraient
plusieurs ensemble, mais il pèche, à moins qu’il
n’agisse par grande nécessité. |
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[13845] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod forma quam dominus tradidit, non fuit ab
apostolis mutata quantum ad intellectum: quia in Christi nomine tota Trinitas
intelligitur, ut in littera habetur, sed solum quantum ad vocem: et hoc est
quod quidam dicunt, quod est mutata forma sensibilis, sed non intelligibilis.
Nec hoc ipsum potuissent, nisi ex familiari consilio spiritus sancti. Ratio
autem mutationis fuit, ut nomen Christi amabile redderetur, si in ejus nomine
Baptismus fieret: et hoc etiam Ecclesia nunc posset, si speciale praeceptum a
spiritu sancto haberet; non autem propria auctoritate. Et quia illius
mutationis causa fuit conveniens illi tempori, ideo cessante causa, cessat
effectus: et modo non esset Baptismus; si quis in Christi nomine baptizaret,
ut communiter dicitur; quamvis quidam contrarium dicant. |
3. La forme que le Seigneur a transmise n’a pas
été changée par les apôtres quant à son
sens, mais seulement quant aux mots, car, dans le nom du Christ, toute la
Trinité était comprise, comme on le lit dans le texte.
C’est ainsi que certains disent que la forme sensible a
été changée, mais non la forme intelligible. Et [les
apôtres] n’auraient pu le faire que selon un conseil intime de
l’Esprit Saint. Mais la raison du changement fut de rendre aimable le
nom du Christ, en accomplissant le baptême en son nom. Cela aussi
l’Église ne le pourrait pas, à moins de recevoir un
commandement de l’Esprit Saint ; elle ne le pourrait pas de sa
propre autorité. Et parce que la cause de ce changement était
appropriée à cette époque, la cause cessant,
l’effet cesse donc. Maintenant, ce ne serait pas un baptême, si
quelqu’un baptisait au nom du Christ, comme on le dit
généralement, bien que certains disent le contraire. |
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[13846] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod in nomine Trinitatis non exprimuntur ipsae
personae, sed solum numerus personarum; et ideo non sufficit dicere, in
nomine Trinitatis; nec esset Baptismus, si diceretur. |
4. Dans «au nom
de la Trinité», ne sont pas exprimées les personnes
elles-mêmes, mais seulement le nombre des personnes. C’est
pourquoi il ne suffit pas de dire : «au nom de la
Trinité», et ce ne serait pas un baptême, si on le disait. |
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[13847]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod genitor non significat personam
patris sicut hypostasim subsistentem, ut hoc nomen pater, sed per modum
actus; et ideo non est eadem significatio, si dicatur in nomine genitoris, et
in nomine patris; et similis ratio est de aliis. Quamvis autem non sit eadem
vox in Graeco et Latino, tamen est eadem vocis significatio; et in qualibet
lingua verba illa pertinent ad formam quae principalius sunt instituta ad
signandum personas illas. |
5.
«Géniteur» ne signifie pas la personne du Père en
tant qu’hypostase subsistante, comme le nom de Père, mais par
mode d’acte. Ce n’est donc pas la même signification si
l’on dit «au nom du Géniteur», et «au nom du
Père». Et le raisonnement est le même pour les autres.
Bien que le mot ne soit pas le même en grec et en latin, la
signification du mot est cependant la même. Et, dans toutes les langues,
les mots qui ont été plus précisément
établis pour signifier ces personnes appartiennent à la forme. |
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[13848]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 6 Ad sextum dicendum, quod qui corrupte profert verba, aut
hoc facit ex industria; et sic non videtur intendere quod Ecclesia intendit,
unde non est Baptismus: aut hoc facit ex ignorantia vel defectu linguae; et
tunc dicitur quod si sit tanta corruptio quod omnino auferat sensum
locutionis, non est Baptismus; si autem sensus locutionis remaneat, tunc erit
Baptismus; et hoc praecipue accidit quod sensus non mutatur, quando fit
corruptio in fine: quia ex parte finis mutatio variat consignificationem, non
autem significationem, ut grammatici dicunt. Sed mutatio ex parte principii
variat significationem; unde corruptio talis, maxime si sit magna, omnino
sensum locutionis auferret. Quando autem sensus locutionis aliquo modo manet,
tunc quamvis mutetur forma quantum ad sonum sensibilem, non tamen mutatur
quantum ad significationem: quia quamvis oratio corrupte prolata nihil
significet ex veritate impositionis, significat tamen ex accommodatione usus. |
6. Celui qui prononce
mal les mots le fait soit de manière délibérée,
et alors il ne semble pas avoir la même intention que
l’Église : aussi n’est-ce pas un baptême. Ou il
le fait par ignorance ou par un défaut de la langue, et alors on dit
que si la corruption est telle qu’elle enlève le sens de
l’expression, ce n’est pas un baptême; mais si le sens de
l’expression demeure, ce sera un baptême. Et cela arrive surtout
que le sens ne soit pas changé lorsque la corruption se produit
à la fin, car, à la fin, le changement modifie la signification
indirecte, mais non la signification, comme le disent les grammairiens. Mais
le changement au commencement, modifie la signification. Aussi une telle corruption,
surtout si elle est grande, enlèverait complètement le sens de
l’expression. Mais lorsque le sens de l’expression demeure de
quelque manière, alors, bien que la forme soit changée quant au
son sensible, elle n’est cependant pas changée quant à la
signification, car, bien que l’expression proférée de
manière incorrecte ne signifie rien selon la vérité du
sens convenu, elle a cependant un sens selon l’usage habituel. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13849] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod de subtractione hoc certum est, quod si subtrahatur
aliquid quod sit de essentia formae, non est Baptismus, et ille qui baptizat,
graviter peccat. Et quia apud omnes invocatio Trinitatis est de essentia
formae ideo hoc nullo modo subtrahi potest. Sed quidam dicunt, quod expressio
actus non est de substantia formae; unde si subtrahatur, facta sola
Trinitatis invocatione, erit Baptismus, quamvis peccet baptizans. Sed contra
hoc est decretalis Alexandri Papae tertii qui dicit, quod si quis puerum in
aqua ter merserit dicendo, in nomine patris et filii et spiritus sancti,
si non dicat: ego baptizo te, talis immersio non facit Baptisma. Oportet enim quod per
formam virtus Trinitatis invocatae ad materiam propositam determinetur, quod
fit in expressione actus. Similiter etiam expressio personae baptizatae est
de substantia formae, quia per eam determinatur actus ad hunc Baptismum; et
ideo si subtrahatur, non erit Baptismus. Sed expressio personae baptizantis
dicitur quod non est de forma quantum ad necessitatem sacramenti, sed ex
institutione Ecclesiae, ut intentio magis referatur ad actum illum; et ideo
si omittatur, erit Baptismus, sed peccat omittens. De additione vero duo sunt observanda. Primum est ex parte
addentis. Quia si adderet, intendens illud esse de forma, quasi volens per
hoc novum ritum adducere, constat quod non intendit proferre formam qua
utitur Ecclesia, et ita nec facere quod Ecclesia facit: quare non esset
Baptismus. Secus autem est, si quis ex aliqua causa adderet, ut ex devotione
quadam. Secundum est ex parte ejus quod additur: quod si est corruptivum
formae, tunc non est Baptismus; si autem non, est Baptismus secundum quosdam;
sicut si dicatur, in nomine patris majoris et filii minoris,
corrumpitur fides quam forma profitetur. Si autem addatur, et beatae
Mariae, quidam dicunt quod non est Baptismus, quia non fit Baptismus in
virtute beatae Mariae: fieret autem si diceretur; et beata Maria juvet
puerum istum, vel aliquod hujusmodi. Alii autem dicunt et probabilius,
quod esset Baptismus etiam primo modo additione facta. Quia secundum
Magistrum: in nomine patris, idem est quod in invocatione. Potest
autem in invocatione beatae Mariae fieri Baptismus, cum invocatione
Trinitatis; non quasi ex virtute ejus efficaciam habeat Baptismus, sicut
habet ex virtute Trinitatis, sed ut ejus intercessio baptizato proficiat ad
salutem. Quidam autem addunt tertium considerandum: dicunt enim, quod si fiat
additio in medio vel in principio, non est Baptismus; si autem in fine, est
Baptismus. Sed hoc nullam videtur habere rationem. Unde secundum alios
qualitercumque fiat additio non refert, dummodo non sit contraria formae, et
baptizans non intendat mutare ritum Baptismi. |
À propos de la soustraction, il est certain que si
quelque chose qui fait partie de l’essence de la forme est soustrait,
ce n’est pas un baptême, et celui qui baptise pèche
gravement. Et parce que, chez tous, l’invocation de la Trinité
fait partie de l’essence de la forme, elle ne peut donc d’aucune
manière être enlevée. Mais certains disent que la mention
de l’acte ne fait pas partie de la substance de la forme. Aussi, si
elle est enlevée, alors que seule est faite l’invocation
à la Trinité, ce sera un baptême, bien que celui qui
baptise pèche. Mais la lettre décrétale du pape
Alexandre III s’oppose à cela : elle dit que si
quelqu’un a immergé un enfant trois fois dans l’eau en
disant : «Au nom du Père, du Fils et du
Saint-Esprit», s’il ne dit pas : «Je te
baptise», une telle immersion ne réalise pas le baptême.
En effet, il faut que, par la forme, la puissance de la Trinité
invoquée soit mise précisément en rapport avec la
matière présente, ce qui est accompli par la mention de
l’acte. De même, aussi, la mention de la personne baptisée
fait-elle partie de la substance de la forme, car, par elle, est
déterminé l’acte par rapport à ce baptême.
Aussi, si elle est soustraite, ce ne sera pas un baptême. Mais on dit
que la mention de la personne qui baptise ne fait pas partie de la forme
quant à ce qui est nécessaire au sacrement, mais en vertu
d’une institution de l’Église, de sorte que l’intention
se réfère davantage à cet acte. Aussi, si elle est
omise, il y aura baptême, mais celui qui l’omet
pèche. Mais, à propos de l’addition, deux choses
doivent être observées. Premièrement, du point de vue de
celui qui ajoute, car s’il l’ajoutait en ayant l’intention
que cela fasse partie de la forme, comme s’il voulait ainsi introduire
un nouveau rite, il est clair qu’il n’a pas l’intention
d’exprimer la forme que l’Église utilise, et ainsi de
faire ce que l’Église fait. Pour cette raison, il n’y aurait
pas baptême. Il en va autrement si quelqu’un ajoutait pour une
cause quelconque, par exemple, en raison d’une dévotion.
Deuxièmement, du point de vue de ce qui est ajouté : si
cela corrompt la forme, alors il n’y a pas de baptême ; mais
si cela ne [la corrompt] pas, il y baptême selon certains. Comme si on
dit : «Au nom du Père plus grand, du Fils
inférieur», la foi que professe la forme est corrompue. Mais si
on ajoute : «et de la bienheureuse Marie», certains disent
que ce n’est pas un baptême, car le baptême n’est pas
réalisé par la puissance de la bienheureuse Marie ; mais
il y aurait baptême si on disait : «et que la bienheureuse
Marie aide cet enfant !», ou quelque chose de ce genre. Mais
d’autres disent, de manière plus probable, qu’il y aurait
baptême même avec la première addition. En effet, selon le
Maître, «au nom du Père» est la même chose que
[ce qui est dit] dans l’invocation. Mais un baptême pourrait
être réalisé par l’invocation de la bienheureuse
Marie avec l’invocation de la Trinité, non pas que le
baptême tire son efficacité de la puissance [de Marie], comme il
la tire de la puissance de la Trinité, mais afin que son intercession
soit utile au baptisé pour le salut. Mais certains ajoutent une
troisième considération : en effet, ils disent que si
l’addition est faite au milieu ou au commencement, il n’y a ps
baptême ; mais si elle est faite à la fin, il y a
baptême. Mais cela ne semble avoir aucune justification. Aussi, selon
d’autres, la manière dont l’addition est faite n’a
pas d’importance, pourvu qu’elle ne soit pas contraire à
la forme [du baptême] et que celui qui baptise n’ait pas
l’intention de changer le rite du baptême. |
|
[13850] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod illud dicitur contra haereticos qui
addebant Scripturae, vel minuebant ex ea propter fidei corruptionem; et
similiter in proposito additio vel subtractio corrumpens formam tollit
Baptisma. |
1. Cela est dit contre les hérétiques qui
ajoutaient à l’Écriture ou en retranchaient en raison
d’une corruption de la foi. De même, dans la question en cause,
l’addition ou la soustraction qui corrompt la forme
enlève-t-elle le baptême. |
|
[13851]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod hoc est verum de differentia essentiali,
non autem de accidentali. Unde si subtrahatur aliquid de essentia formae
existens, vel addatur aliquid non de essentia formae, ac si sit de essentia
formae, non erit Baptismus. |
2. Cela est vrai de la différence essentielle,
mais non de la [différence] accidentelle. Si donc on soustrait quelque
chose qui fait partie de l’essence de la forme ou si l’on ajoute
quelque chose qui ne fait pas partie de l’essence de la forme comme si
cela faisait partie de l’essence de la forme, il n’y aura pas
baptême. |
|
[13852]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod additio illa corrumpebat fidem
Trinitatis quam exprimit forma; et ideo corrumpebat formam. |
3. Cette addition corrompait la foi en la Trinité
que la forme exprime. Elle corrompait donc la forme. |
|
[13853]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod secundum quosdam sufficiebat
quantum ad invocationem Trinitatis, ut nihil minueretur de forma
intelligibili, quamvis minueretur de forma sensibili, quia in una persona
omnes intelliguntur. Ideo dicebant; quod una persona nominata plenus esset
Baptismus, si fides interius plena esset. Sed quia fides personae baptizantis
vel infidelitas nihil prodest nec nocet ad Baptismum, qui fit in fide
Ecclesiae; ideo quasi communiter modo dicitur, quod oportet omnes tres
personas exprimi; et ideo ad verbum Ambrosii multipliciter respondetur.
Quidam enim dicunt, quod cum dicit: plenum fit sacramentum, ponit
sacramentum pro fide: quia qui unam tantum personam confitetur, si alias
corde teneat, plenam habet fidem. Quidam vero dicunt, quod intelligitur
quantum ad plenitudinem ipsius sacramenti quam habet ex fide: quod patet ex
hoc quod dicit: plenum est fidei sacramentum; vel quod intelligatur
secundum quosdam in casu quando una persona nominata, puer vel sacerdos
moreretur (creditur enim quod invisibilis sacerdos suppleret defectum), vel
in casu simili, in quo apostoli in nomine Christi baptizabant; et hoc magis
consonat verbis ejus. |
4. Selon certains, il
suffisait, pour ce qui est de l’invocation de la Trinité, que
rien ne soit enlevé de la forme intelligible, bien qu’on
enlevât quelque chose à la forme sensible, parce qu’en une
seule personne, toutes [les personnes] sont comprises. Ils disaient donc que
si une seule personne était nommée, le baptême
était complet, si la foi était complète à
l’intérieur. Mais parce que la foi de la personne qui baptise ou
son infidélité ne sert ni ne nuit en rien au baptême, qui
est réalisé en vertu de la foi de l’Église, on dit
maintenant généralement qu’il est nécessaire que
les trois personnes soient exprimées. C’est pourquoi on
répond de multiples façons à la parole d’Ambroise.
En effet, certains disent que lorsqu’il dit : «Le sacrement
est complet», il emploie sacrement pour la foi, car celui qui confesse
une seule personne, s’il a une autre conviction en son cœur, a une
foi complète. Mais certains disent que cela s’entend de la
plénitude que le sacrement lui-même tient de la foi, ce qui
ressort clairement du fait qu’il dit : «Le sacrement de la
foi est complet», ou on l’entend selon certains du cas où
la personne désignée, enfant ou prêtre, mourait (en
effet, on croit que le prêtre invisible suppléerait à la
carence), ou dans un cas similaire, où les apôtres baptisaient
au nom du Christ. Et cela est plus en accord avec ses paroles. |
|
[13854] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod qui intendit aliquid facere, non est
consequens quod faciat illud; unde esset ad corruptionem formae: ego intendo
te baptizare. |
5. Lorsque que
quelqu’un a l’intention de faire quelque chose, il n’en
découle pas qu’il le fait. «J’ai l’intention
de te baptiser» serait donc une corruption de la forme. |
|
Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[13855] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam
quaestionem dicendum, quod cum forma verborum consistat in tribus, scilicet
significatione, integritate verborum, et ordine; quidam dicunt, quod quidquid
horum mutetur vel varietur, non erit Baptismum. Sed quia formae sacramentorum
sunt quaedam fidei professiones, fidem autem non profitentur verba formae
nisi ratione suae significationis; ideo alii dicunt, quod dummodo servetur
intellectus vel implicite vel explicite, etiam si non esset vocum integritas
nec ordo, idem erit Baptismus. Sed quia sacramentum quantum ad formam et
materiam debet esse ejusdem signum, ideo alii dicunt medio modo, quod requiritur
et significatio plena, et verba integra quae sunt de essentia formae. Si autem ordo, vel
aliquid circa verba mutetur quod non tollit nec significationem nec integritatem
verborum, erit Baptismus. |
Puisque la forme des paroles consiste en trois
choses : la signification, l’intégrité des paroles
et leur ordre, certains disent que tout ce qui y est changé ou
modifié ne sera pas un baptême. Mais parce que les formes des
sacrements sont des professions de foi, les paroles de la forme ne professent
la foi qu’en raison de leur signification. C’est pourquoi
d’autres disent que pourvu que le sens soit respecté implicitement
ou explicitement, même si l’intégrité ou
l’ordre ne le sont pas, le baptême sera le même. Mais parce
que le sacrement doit être le signe de la même chose quant
à la forme et à la matière, d’autres disent,
d’une manière intermédiaire, que la pleine signification
est requise, ainsi que l’intégrité des mots
eux-mêmes qui font partie de l’essence de la forme. Mais si
l’ordre ou quelque chose concernant les mots est changé, qui
n’enlève pas la signification ni l’intégrité
des mots, il y aura baptême. |
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[13856] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 1 Et secundum hoc ad primum dicendum, quod si fiat tanta interruptio quod
intercipiat intentionem baptizantis, tunc non erit una forma; et ideo utraque
per se erit imperfecta, nec sufficit ad Baptismum; sicut si dicatur: in nomine
patris, et interponat longam fabulam, et postea dicat, et filii.
Si autem ita fiat parva interruptio, vel verbi non corrumpentis formam, ut si
dicatur: in nomine patris omnipotentis; aut silentii, aut tussis, vel
alicujus hujusmodi, quod intentionem non discontinuet; tunc erit ab unitate
intentionis unitas formae. Constat enim quod continuitas formae ex vocibus
unitatem habere non potest, cum oratio sit quantitas discreta. |
1. Si l’interruption est telle qu’elle
suspend l’intention de celui qui baptise, il n’y aura pas alors
une seule forme. Aussi, les deux seront-elles imparfaites et ne suffiront pas
au baptême. Ainsi, si l’on dit : «Au nom du
Père», qu’on intercale un long récit, puis
l’on dit ensuite : «Et du Fils». Mais si l’on
fait une petite interruption, soit pour une parole qui ne corrompt pas la
forme, comme si l’on dit : «Au nom du Père
tout-puissant», qu’on fait un silence, ou l’on tousse ou
quelque chose du genre, qui n’interrompt pas l’intention, alors
il y aura unité de la forme en raison de l’unité d’intention.
En effet, il est clair que la continuité de la forme ne peut recevoir
son unité des paroles, puisque le langage est une quantité
discrète. |
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[13857]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quidam dicunt, quod si sit
talis ordo qui mutet intellectum, non fit Baptismus; ut si dicatur: in
nomine patris baptizo te, et filii et spiritus sancti. Si autem non
mutetur intellectus, erit Baptismus, ut si dicatur: in nomine patris et
filii et spiritus sancti baptizo te. Alii vero dicunt, quod
qualitercumque mutetur ordo verborum, non videtur intellectus mutari; et ideo
erit Baptismus, quamvis peccet transponens. Et secundum hoc dicendum, quod
ordo personarum non est quo una sit prior altera, sed quo una est ex altera;
quem ordinem ipsa nomina personarum ostendunt, quocumque ordine proferantur. |
2. Certains disent que si l’ordre est tel
qu’il change le sens, il n’y a pas baptême, comme si
l’on dit : «Au nom du Père, je te baptise, et du Fils
et du Saint-Esprit.» Mais si le sens n’est pas changé, il
y aura baptême, comme si l’on dit : «Au nom du
Père, du Fils et du Saint-Esprit, je te baptise.» Mais
d’autres disent que quelle que soit la façon dont l’ordre
des mots est changé, le sens ne semble pas être
changé : c’est pourquoi il y aura baptême, bien que
celui qui transpose [les mots] pèche. Selon cette position, il faut
dire que l’ordre des personnes ne consiste pas en ce que l’une
soit antérieure à l’autre, mais que l’une vienne
d’une autre ; c’est cet ordre que les noms des personnes
montrent, quel que soit l’ordre dans lequel ils sont
proférés. |
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Articulus 3 [13858] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 3 tit. Utrum Baptismus debeat fieri in aqua |
Article
3 – Est-ce que le baptême doit être accompli dans
l’eau ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le baptême devait-il être
donné dans l’eau ?]
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[13859] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod Baptismus non debeat fieri in aqua. Ex similibus enim causis similes effectus producuntur. Sed Baptismus habet similem effectum cum circumcisione. Cum ergo aqua in nullo conveniat cum instrumento circumcisionis, videtur quod non congrue fiat Baptismus in aqua. |
1. Il semble que le baptême ne doive pas être
donné dans l’eau. En effet, des effets semblables sont produits
par des causes semblables. Or, le baptême a un effet semblable à
la circoncision. Puisque l’eau n’a rien en commun avec
l’instrument de la circoncision, il semble que le baptême ne soit
pas accompli de manière appropriée dans l’eau. |
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[13860]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, secundum Damascenum, et Dionysium, Baptismus
habet vim illuminativam, et in eo spiritus sanctus datur, et homo in filium
Dei regeneratur. Sed ignis inter alia elementa plus habet de luce, et per eum
ratione caloris spiritus sanctus, qui est caritas, significatur, et secundum
Dionysium in fine Cael. Hier., ignis maxime deiformitatem significat. Ergo
Baptismus debet fieri in igne, et non in aqua. |
2. Selon [Jean] Damascène et Denys, le
baptême a une puissance illuminatrice, l’Esprit Saint est
donné par lui, et l’homme est régénéré
pour devenir fils de Dieu. Or, de tous les éléments, le feu est
celui qui apporte le plus de lumière, et l’Esprit saint, qui est
charité, est signifié par lui en raison de la chaleur ;
et, selon Denys, à la fin de la Hiérarchie céleste,
le feu signifie au plus haut point la divinisation [deiformitas]. Le
baptême doit donc être accompli dans le feu, et non dans
l’eau. |
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[13861] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
secundum Damascenum, Baptismus est principium vitae, et est sacramentum
maximae necessitatis. Sed aer habet maximam convenientiam cum vita, quia
calidus est et humidus, et est communissimum elementum, ut nulli propter ejus
penuriam posset esse periculum, sicut quandoque parvulis est periculum
propter defectum aquae. Ergo Baptismus debuit in aere fieri, et non in aqua. |
3. Selon [Jean] Damascène, le baptême est un
principe de vie et il est le sacrement le plus nécessaire. Or,
l’air a le plus en commun avec la vie parce qu’il est chaud et humide,
et parce qu’il est l’élément le plus commun, de
sorte qu’il ne pourrait y avoir de danger pour personne en raison de sa
pénurie, comme il y a parfois danger pour les enfants en raison du
manque d’eau. Le baptême aurait donc dû être accompli
dans l’air, et non dans l’eau. |
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[13862] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1
arg. 4 Praeterea, per Baptismum configuramur sepulturae Christi; Rom. 6. Sed Christus in terra sepultus est. Ergo Baptismus debet
in terra fieri, et non in aqua. |
4. Par le baptême, nous sommes ensevelis avec le
Christ, Rm 6. Or, le Christ a été enseveli dans la terre.
Le baptême doit donc être accompli dans la terre, et non dans
l’eau. |
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[13863] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 5 Praeterea,
oleum et vinum ablutiva sunt, et laetificantia, et impinguantia. Sed Baptismus praeter
ablutionem peccatorum, pinguedinem et laetitiam spiritualem tribuit. Ergo in his liquoribus fieri debet. |
5. L’huile et le vin servent à
l’ablution, et ils donnent joie et consistance. Or, le baptême,
en plus de l’ablution des péchés, donne consistance et
joie. [Le baptême] doit donc être accomplis dans les liquides. |
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[13864] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3
qc. 1 arg. 6 Praeterea, sacramenta de
latere Christi fluxerunt. Sed sicut fluxit aqua, sic et sanguis. Ergo in
sanguine debet fieri Baptismus. |
6. Les sacrements ont coulé du côté
du Christ. Or, de même que de l’eau a coulé, de même
aussi du sang. Le baptême doit donc être accompli dans le sang. |
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[13865] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra est quod dicitur Joan. 3, 5: nisi quis renatus fuerit ex aqua et
spiritu sancto, non potest introire in regnum Dei. |
S.c. 1 – Il est dit en Jn 3, 5 : Si
quelqu’un ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit
Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. |
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[13866] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, reparatio
debet creationi respondere. Sed in creatione mundi spiritus domini
commemoratur primo super aquas ferri, et ex aquis primo animam viventem produxisse,
ut patet Genes. 1. Ergo et spiritus sanctus in opere reparationis primo dari
debet in aqua, et per illum spiritualis vita; et sic Baptismus in aqua fieri
debet, quod est principium alterius vitae, et per quod primitias spiritus
accepimus. |
S.c. 2 – La réparation doit correspondre
à la création. Or, dans la création du monde, on
rappelle d’abord que l’Esprit du Seigneur était
porté sir les eaux, et qu’il a produit la première
âme vivante à partir des eaux, comme cela ressort clairement de
Gn 1. L’Esprit Saint dans l’œuvre de la
réparation doit donc être d’abord donné dans
l’eau, et par lui, la vie spirituelle. Et ainsi, le baptême doit
être accompli dans l’eau, lui qui est le principe d’une
autre vie, par lequel nous avons reçu les prémices de
l’Esprit. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le baptême devait-il être donné dans l’eau seule ?] |
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[13867] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debeat fieri in aqua simplici. Quia medicina debet esse infirmis proportionata. Sed nos, quibus medicina Baptismi adhibetur, habemus corpus ex elementis mixtum. Ergo aqua Baptismi non debet esse elementum simplex. |
1. Il semble qu’il ne doive pas être accompli
dans l’eau à l’état simple, car le
médicament doit être proportionné aux malades. Or nous,
à qui le médicament est donné, avons un corps mixte fait
de plusieurs éléments. Le baptême ne doit donc pas
être donné dans l’eau seulement. |
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[13868] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
sacramenta fluxerunt de latere Christi dormientis in cruce. Sed de latere
ejus non est probabile fluxisse aquam quae sit purum elementum, cum tale quid
in corporibus mixtis non inveniatur. Ergo non debet in aqua simplici
Baptismus fieri. |
2. Les sacrements ont coulé du côté du
Christ qui dormait sur la croix. Or, il n’est pas probable que se soit
écoulée de son côté une eau qui était un
élément pur, puisqu’une telle chose ne se trouve pas dans
les corps mixtes. Le baptême ne doit donc pas être donné
dans une eau simple. |
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[13869] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
pura elementa, secundum philosophos, non sunt in extremis, sed in mediis
elementorum: quia in extremis alterant se invicem. Si ergo oporteret in aqua
simplici Baptismum fieri, non posset apud nos fieri. |
3. Selon les philosophes, les éléments purs
n’existent pas dans les éléments extrêmes, mais
dans les éléments du milieu, car, dans les extrêmes, ils
s’altèrent l’un l’autre. S’il était
nécessaire d’accomplir le baptême dans une eau simple, il
ne pourrait pas être accompli pour nous. |
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[13870] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 4 Praeterea,
constat quod aqua maris non est simplex aqua, quod ejus amaritudo et salsedo
demonstrat, quae ex terrestri mixto contingit. Sed in aqua maris potest fieri
Baptismus. Ergo non requiritur aqua simplex. |
4. Il est manifeste que l’eau de mer n’est
pas une eau simple, ce que démontrent son aigreur et sa
salinité, qui proviennent d’un [corps] terrestre mixte. Or, le
baptême peut être accompli dans l’eau de mer. L’eau
simple n’est donc pas requise. |
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[13871] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 5 Praeterea, aqua
competit Baptismo ratione ablutionis. Sed
quaedam aqua mixta magis abluit, sicut lixivium et hujusmodi. Ergo magis
Baptismo competit. |
5. L’eau convient au baptême en raison de
l’ablution. Or, une certaine eau mixte lave, telle l’eau de
lessive et celles de ce genre. Elle convient donc plutôt au
baptême. |
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[13872] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra est quod mixtum neutrum miscibilium est. Si ergo fiat Baptismus in
aqua mixta, non fieret in aqua; quod esset contra doctrinam Evangelii. |
S.c. 1 – Un [corps] mixte n’est aucun des
éléments qui peuvent être mêles. Si donc le
baptême était donné dans de l’eau mixte, il ne
serait pas donné dans l’eau, ce qui serait contraire à
l’enseignement de l’évangile. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le baptême peut-il être donné dans n’importe quelle eau simple ?] |
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[13873] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non in qualibet aqua simplici possit fieri Baptismus. Dominus enim tactu mundissimae suae carnis vim regenerativam contulit aquis. Sed non tetigit nisi aquas Jordanis. Ergo solae illae aquae habent vim regenerativam; et ita non in qualibet aqua potest fieri Baptismus. |
Il semble que le baptême ne puisse pas être
donné dans n’importe quelle eau simple. En effet, par le contact
de sa chair très pure, le Seigneur a donné aux eaux une
puissance régénératrice. Or, elle n’a
touché que les eaux du Jourdain. Seules ces eaux ont donc une
puissance régénératrice. Ainsi, le baptême ne peut
pas être accompli dans n’importe quelle eau. |
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[13874] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Baptismus non potest fieri nisi in aqua verbo vitae sanctificata. Si ergo Baptismus fieret in mari, vel in aliquo fluvio, tota aqua fluminis esset sanctificata; quod videtur absurdum. |
2. Le baptême ne peut être accompli que dans
de l’eau sanctifiée par le Verbe de vie. Si donc le
baptême était accompli dans la mer ou dans un fleuve, toute
l’eau du fleuve serait sanctifiée, ce qui paraît absurde. |
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[13875]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, quaedam aquae non habent vim abluendi, sed
magis deturpant, sicut aquae paludum. Ergo videtur quod in hujusmodi aquis
non possit fieri Baptismus. |
3. Certaines eaux n’ont pas de puissance pur laver,
mais souillent plutôt, comme les eaux des marécages. Il semble
donc que le baptême ne puisse être accompli dans des eaux de
genre. |
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[13876]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 3 S.c. 1 Sed contra est, quia materia Baptismi debet esse communis:
quia Baptismus est sacramentum maximae necessitatis. Sed hoc non esset, nisi
in qualibet aqua Baptismus fieri posset. Ergo in qualibet aqua potest fieri
Baptismus. |
S.c. 1 – La matière du baptême doit
être commune, car le baptême est le sacrement le plus
nécessaire. Or, ce ne serait pas le cas si le baptême ne pouvait
être donné dans n’importe quelle eau. Le baptême
peut donc être donné dans n’importe quelle eau. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[13877] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod ex
institutione divina necessarium est Baptismum in aqua fieri. Possunt autem institutionis accipi sex rationes. Prima
est, quia aqua ratione diaphaneitatis habet aliquid de lumine, et ita
competit Baptismo qui habet vim illuminativam, secundum quod in eo gratia
confertur. Secunda est, quia ratione humiditatis habet vim ablutivam; et ideo
competit Baptismo, in quo sordes culpae mundantur. Tertia est, quia ratione
frigiditatis habet vim refrigerandi; et ideo competit Baptismo, in quo
incendium fomitis mitigatur. Quarta est, quia, ut dicitur in 17 de
animalibus, aqua maxime competit generationi et augmentationi rerum
viventium; unde et in principio mundi ex aqua primitus animalia producta
sunt; et sic competit Baptismo, inquantum est regeneratio in spiritualem
vitam. Quinta est, quia in omnibus mundi partibus aqua invenitur. Sexta, quia
est res quae de facili ab omnibus haberi potest sine magno pretio. Et hae duae competunt
Baptismo prout est sacramentum necessitatis. |
Il est nécessaire par institution divine que le
baptême soit accompli dans l’eau. Or, six raisons peuvent
être données pour cette institution. La première est que
l’eau, en raison de sa transparence, possède quelque chose de la
lumière, et ainsi convient au baptême qui possède une
puissance illuminatrice, selon que la grâce est conférée
par lui. La deuxième est que, en raison de son humidité, elle
possède une puissance d’ablution, et ainsi convient au
baptême, par lequel les souillures de la faute sont purifiées.
La troisième est que, en raison de sa froideur, elle possède
une pussance de rafraîchissement ; c’est pourquoi elle
convient au baptême, par lequel le feu du désir désordonné
est diminué. La quatrième est que, comme il est dit dans Sur
les animaux, XVII, l’eau convient au plus haut point à la
génération et à l’accroissement des choses
vivantes ; aussi, au commencement du monde, les animaux ont-ils
d’abord été produits à partir de l’eau. Et
ainsi, elle convient au baptême, pour autant qu’il est une
régénération en vue de la vie spirituelle. La
cinquième est qu’on trouve de l’eau dans toutes les
parties du monde. La sixième est qu’elle est une chose
qu’on peut obtenir de tous sans grands frais. Et ces deux
dernières [raisons] conviennent au baptême en tant qu’il
est un sacrement nécessaire. |
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[13878] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod neque circumcisio neque Baptismus tollunt
originalem culpam ex virtute naturali ipsarum rerum, sed inquantum
significant aliquid spirituale; et in significatione communicat aqua cum
instrumento circumcisionis, quia in utroque fit ablatio alicujus. |
1. Ni la circoncision ni le baptême
n’enlèvent la faute originelle par la puissance naturelle des
choses elles-mêmes, mais pour autant qu’ils signifient quelque
chose de spirituel. Et l’eau a quelque chose en commun avec
l’instrument de la circoncision parce qu’on enlève quelque
chose dans les deux. |
|
[13879] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ignis habet lucem ex se
et calorem, qui est qualitas activa; et quia spiritus sanctus est primum
agens deiformitatem in Baptismo, et primum illuminans, sed Baptismus est
sicut quaedam instrumentalis causa, ideo spiritui sancto competit figurari
per ignem, sed Baptismo per aquam, qua mediante transfunditur lumen a spiritu
sancto in animam, sicut per diaphanum lumen corporale ad sensum. |
2. Le feu possède lumière et chaleur par
lui-même, lesquelles sont des qualités actives. Et parce que
l’Esprit Saint est celui qui réalise en premier la divinisation
[deiformitatem] dans le baptême, et qui illumine en premier,
alors que le baptême est comme une cause instrumentale, il convient
à l’Esprit Saint d’être représenté par
le feu, mais au baptême, de l’être par l’eau, par
l’intermédiaire de laquelle la lumière est versée
par le Saint-Esprit dans l’âme, comme [elle l’est] par la
lumière corporelle diaphane dans le sens. |
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[13880] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 ad
3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis aer communicet cum vita, non tamen aer
generationi viventium, sicut aqua, competit; et propter hoc magis competit
aqua Baptismo quam aer. |
3. Bien que l’air ait quelque chose en commun avec
la vie, l’air ne convient cependant pas à la
génération des vivants comme l’eau. Pour cette raison
l’eau convient-elle davantage que l’air au baptême. |
|
[13881]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sepultura Christi est res
significata, non contenta; institutio autem sacramentalis materiae attenditur
principaliter quantum ad significationem rei contentae. Magis autem competit
aqua tali significationi in Baptismo quam terra; et ideo ratio non sequitur. |
4. La sépulture du Christ est la réalité
signifiée non contenue, mais l’institution sacramentelle
concerne principalement la matière pour ce qui est de la signification
de la réalité contenue. Or, l’eau convient davantage que
la terre à une telle signification dans le baptême. Ainsi, le raisonnement
ne vaut pas. |
|
[13882]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod oleum et vinum non habentur in
usu ablutionis, sicut aqua, nec ita bene abluunt, quia ex eis etiam aliquae
sordes contrahuntur, et desunt iterum aliae conditiones, quae aquae
competunt; et ideo non ita competunt Baptismo sicut aqua. Pinguedo autem
devotionis et laetitia sunt quidam effectus Baptismum consequentes, et non
primi. |
5. L’huile et le vin ne sont pas utilisés
comme l’eau pour l’ablution et ils ne lavent pas aussi bien, car
certaines saletés sont recueillies par eux, et il manque
d’autres conditions qui conviennent à l’eau. C’est
pourquoi ils ne conviennent pas autant que l’eau au baptême. Mais
la consistance de la dévotion et la joie sont des effets qui
découlent du baptême, et non les premiers. |
|
[13883]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 6 Ad sextum dicendum, quod ex latere Christi fluxit sanguis
et aqua; sed sanguis ad redimendum, ut dicitur 1 Petr. 1, aqua autem ad
abluendum; et ideo aqua Baptismo competit, et non sanguis. |
6. Du sang et de
l’eau se sont écoulés du côté du Christ,
mais le sang pour racheter, comme il est dit en 1 P 1, et
l’eau pour laver. C’est pourquoi l’eau convient au
baptême, et non le sang. |
|
Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13884] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod permixtio
aquae potest
esse duplex. Una quae tollit speciem, sicut quando per alterationem transit
in aliam speciem, sicut per putrefactionem aliquam vel digestionem transit in
vinum, aut etiam per additionem tantam alterius liquoris, quod solvatur
species aquae, sicut si parum aquae multo vino admisceatur. Alia permixtio est quae non tollit speciem aquae; sicut
quando alteratur aqua secundum aliquod accidens, et manet species, ut patet
in aqua calefacta; vel quando additur aliquid aquae quod vel non
commisceatur, sicut si aliqua solida ponantur in aqua; vel si sit
commiscibile, sicut aliquod humidum, tamen est tam parvae quantitatis quod
mixtionem non faciat, sed in aquam penitus convertatur. In aqua ergo primo modo permixta non
potest fieri Baptismus, quia jam non est aqua; in aqua autem secundo modo
potest fieri. Ut autem cognoscatur quando sic vel sic permixta est aqua,
sciendum est, quod sicut diversitatem speciei in animalibus judicamus ex
diversitate figurarum, ita etiam diversam speciem in elementis cognoscimus ex
diversitate rari et densi; et ideo si fiat tanta alteratio vel permixtio
aquae quod recedatur a termino raritatis et densitatis aquae vel in actu vel
in potentia, signum est quod sit species aquae transmutata; et dico in
potentia, quando humor aliquis non condensatur et rarefit calido vel frigido,
sicut aqua; sed aliter, sicut patet in vino, oleo, lacte, et hujusmodi. |
Le mélange d’eau peut être double.
L’un qui enlève l’espèce : ainsi, par une
altération, elle passe à une autre espèce, comme, par
une putréfaction ou une digestion, elle devient du vin, ou que, par
l’addition d’une telle quantité d’un autre liquide,
l’espèce disparaît, comme lorsqu’un peu d’eau
est mêlé à une grande quantité de vin.
L’autre mélange est celui qui n’enlève pas
l’espèce de l’eau, comme lorsque l’eau est altérée
selon un accident et que son espèce demeure, comme cela est clair pour
l’eau chaude ; ou comme lorsque quelque chose est ajouté
à l’eau, qui n’est pas mélangé, comme
lorsque certains solides sont mis dans l’eau, ou quelque chose
d’humide, mais en si petite quantité que cela ne réalise
pas un mélange, mais qu’il est totalement converti en eau. Dans
l’eau mélangée de la première manière, le
baptême ne peut donc être donné, car il n’y a plus
d’eau ; mais dans l’eau [mélangée] de la
seconde manière, [le baptême] peut être donné. Pour
savoir quand l’eau a été mélangée de telle
ou telle manière, il faut savoir que, de même que nous jugeons
de la diversité de l’espèce chez les animaux par la
diversité de leur apparence, de même jugeons-nous de la diverse
de l’espèce dans les éléments par la
diversité de ce qui est rare et dense. Ainsi, s’il se
réalise une altération ou un mélange d’eau si
importants qu’elle s’éloigne du terme de la rareté
et de la densité de l’eau en acte ou en puissance, c’est
le signe que l’espèce de l’eau a été
changée. Et je dis en puissance, lorsqu’un liquide n’est
pas condensé et raréfié par le chaud ou le froid, comme
l’eau, mais d’une autre manière, comme cela est clair pour
le vin, l’huile, le lait et les choses de ce genre. |
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[13885] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 2 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod non oportet quod aqua competat nobis per
convenientiam in naturali proprietate, sed significando effectum qui in nobis
debet fieri. |
1. Il n’est pas
nécessaire que l’eau nous convienne par sa
propriété naturelle, mais pour signifier l’effet qui doit
être produit en nous. |
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[13886] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod de corpore Christi exivit
vera aqua, sicut verus sanguis; et hoc ad probandum esse corpus Christi
verum, non phantasticum, ut Manichaei ponunt. Fuit enim in eo compositio ex
elementis, quod probatum fuit ex eo quod aqua, quae est elementum, prodiit ex
ejus latere; et compositionem humorum probavit sanguis effluens. |
2. Du corps du Christ
sont sortis une eau véritable comme un sang véritable, et cela,
afin de montrer que le corps du Christ était véritable, et non
chimérique, comme l’affirment les manichéens. En effet,
il existait en lui une composition faite d’éléments, ce
qui a été démontré par le fait que l’eau,
qui est un élément, est sortie de son côté. Et le
sang qui a coulé montrait la composition des humeurs. |
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[13887] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis aqua quae est apud
nos, sit aliquo modo alterata, et habens aliquid de permixtione aliorum
elementorum, non tamen amisit speciem propriam. |
3. Bien que
l’eau que nous connaissons soit altérée d’une
certaine façon et possède quelque chose par mélange avec
d’autres éléments, elle n’a cependant pas perdu sa
propre espèce. |
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[13888]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 4 Et similiter dicendum est ad quartum de aqua maris. |
4. Il faut dire la
même chose pour l’eau de mer. |
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[13889]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod illae aquae quae per aliquam
transmutationem speciem aquae amittunt, etsi retineant abluendi virtutem,
tamen materia Baptismi esse non possunt, quia prima virtus abluendi est in
vera aqua; et etiam purius abluit, quia ex aliis liquoribus corpora abluta
aliquo modo inficiuntur: communius etiam aqua utimur ad abluendum. De lixivio
autem quidam dicunt quod speciem aquae amisit, unde Baptismi materia esse non
potest. Sed hoc non videtur: quia eadem ratione nec aqua transiens per
mineras sulphureas et terras combustas posset esse materia Baptismi; quod
falsum est. Lixivium enim ab alia aqua non differt nisi in hoc quod per
cineres transivit. Unde videtur aliter dicendum, quod Baptismus potest fieri
in lixivio, sicut et in aquis sulphureis, et in aliis aquis quae ex terra,
per quam transeunt, immutantur. |
5. Les eaux qui
perdent l’espèce de l’eau par une certaine transformation,
même si elles gardent la capacité de laver, ne peuvent cependant
pas être la matière du baptême, car la première
capacité de laver se trouve dans l’eau véritable :
elle lave même d’une manière plus pure, car les corps
lavés avec d’autres liquides sont d’une certaine
manière souillés. De plus, nous utilisons plus
généralement de l’eau pour laver. Pour ce qui est de
l’eau de lessive, certains disent qu’elle a perdu l’espèce
de l’eau; aussi ne peut-elle pas être la matière du
baptême. Mais cela ne semble pas être le cas, car, pour la
même raison, l’eau qui passe à travers des minéraux
sulfureux et des terres brûlées ne pourrait pas non plus
être la matière du baptême, ce qui est faux. En effet,
l’eau de lessive ne diffère pas d’une autre eau, si ce
n’est qu’elle a passé à travers des cendres. Il
semble donc qu’il faille dire autre chose : le baptême peut
être donné dans de l’eau de lessive, comme dans des eaux
sulfureuses ou dans d’autres eaux qui ont été
changées par la terre à travers laquelle elles ont
passé. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13890] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod diversitas
aquarum quae
est per loca et situs, est differentia accidentalis, unde non mutat speciem
aquae; et ideo in qualibet aqua hujusmodi, vel maris vel fluminis vel
cisternae vel fontis vel stagni, potest fieri Baptismus. |
La différence des eaux qui vient des lieux et des
endroits est une différence accidentelle : elle ne change donc
pas l’espèce de l’eau. C’est pourquoi le
baptême peut être accompli dans n’importe quelle eau de ce
genre, qu’elle provienne de la mer, d’une rivière,
d’une citerne, d’une source ou d’un étang. |
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[13891] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod dominus tangendo illam
aquam dedit vim regenerativam in tota specie aquae, instituens eam instrumentum
Baptismi. |
1. Le Seigneur, en touchant cette eau, a donné une puissance régénératrice à toute espèce d’eau, en l’instituant comme instrument du baptême. |
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[13892] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod si baptizatur aliquis in
mari, sola illa aqua maris pertinet ad Baptismum quae potest habere aliquem effectum
in baptizato vel lavando vel infrigidando, et non totum mare. |
2. Si quelqu’un est baptisé dans la mer,
seule l’eau de la mer qui peut avoir un effet chez le baptisé en
le lavant ou en le rafraîchissant aura un rapport au baptême, et
non toute la mer. |
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[13893] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod si aqua paludis esset
intantum ingrossata quod recederet a vera raritate aquae non esset Baptismus,
sicut si esset lutum, alias esset Baptismus, quia adhuc species aquae manet. |
3. Si l’eau d’un marais était
tellement épaisse qu’elle s’éloignait de la
rareté véritable de l’eau, il n’y aurait pas
baptême, comme si elle était de la boue ; autrement, il y
aurait baptême, parce que l’espèce de l’eau demeure. |
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Articulus 4 [13894] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 4 tit. Utrum
immersio sit de necessitate Baptismi |
Article
4 – Est-ce que l’immersion est nécessaire au baptême
?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [L’immersion est-elle nécessaire au
baptême ?]
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[13895] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod immersio sit de necessitate Baptismi. Quia per Baptismum configuramur sepulturae Christi, ut dicitur Rom. 6. Sed hoc non fit per Baptismum nisi inquantum immergimur et occultamur in aqua, sicut Christus sub terra. Ergo immersio est de necessitate Baptismi. |
1. Il semble que l’immersion soit nécessaire
au baptême, car, par le baptême, nous sommes rendus semblables au
Christ, comme il est dit en Rm 6. Or, cela n’est accompli par le
baptême que si nous sommes immergés et cachés dans
l’eau, comme le Christ sous la terre. L’immersion est donc
nécessaire au baptême. |
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[13896] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Baptismus datur in remedium contra
originale peccatum. Sed originale peccatum est in toto corpore. Ergo totum
debet immergi. |
2. Le baptême est donné comme remède
contre le péché originel. Or, le péché originel
se trouve dans tout le corps. Il doit donc être entièrement
immergé. |
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[13897]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, si aliqua pars sufficeret ut intingeretur,
praecipue videretur de membris genitalibus, in quibus praecipue originale
manet, et in quibus circumcisio fiebat. Sed ablutio non potest fieri congrue
in illis membris, nisi totum corpus immergatur. Ergo totum corpus debet
immergi. |
3. S’il suffisait de toucher un membre, il
semblerait que ce devrait être surtout le cas des membres
génitaux, dans lesquels le [péché] originel
réside principalement, et dans lesquels la circoncision était
effectuée. Or, l’ablution ne peut être faite convenablement
sur ces membres, à moins que tout le corps soit immergé. Tout
le corps doit donc être immergé. |
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[13898]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 1 S.c. 1 Sed contra est consuetudo in aliquibus Ecclesiis, in
quibus quandoque per aspersionem et non per immersionem Baptismus celebratur. |
S.c. 1 – En sens contraire, il y a la coutume de
certaines églises, dans lesquelles le baptême est
célébré parfois par aspersion, et non par immersion. |
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[13899]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, in Baptismo beati Laurentii legitur; quod
Romanus ab eo baptizandus urceum aquae attulit, in quo constat quod immergi
non poterat. Ergo immersio non est de necessitate Baptismi. |
S.c. 2 – On lit, dans le baptême du
bienheureux Laurent, que Romain apporta pour le baptiser une cruche
d’eau, dans laquelle il est clair qu’il ne pouvait pas être
immergé. L’immersion n’est donc pas nécessaire au
baptême. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [L’immersion est-elle nécessaire au baptême ?] |
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[13900] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debet esse trina. Baptismus enim est tinctio in aqua verbo vitae sanctificata, ut dicit Augustinus. Sed unus est Baptismus. Ergo debet esse una tinctio, sive immersio. |
1. Il ne doit pas y avoir une triple [immersion]. En
effet, le baptême est un bain dans une eau sanctifiée par la
parole, comme le dit Augustin. Or, le baptême est unique. Il doit donc
y avoir un seul bain ou immersion. |
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[13901]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, requiritur ad Baptismum fides de unitate et de
Trinitate personarum. Sed Trinitas personarum sufficienter exprimitur in
forma. Ergo unitas essentiae debet exprimi in unitate immersionis. |
2. La foi en l’unité et en la trinité
des personnes est nécessaire pour le baptême. Or, la
trinité des personnes est suffisamment exprimée dans la forme.
L’unité de l’essence doit donc être exprimée
par l’unité de l’immersion. |
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[13902]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, Baptismus est figura passionis Christi. Sed una
est passio Christi. Ergo una debet esse immersio in Baptismo. |
3. Le baptême est la figure de la passion du
Christ. Or, la passion du Christ est unique. L’immersion du
baptême doit donc être unique. |
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[13903]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 2 S.c. 1 Sed contra est quod Dionysius dicit, quod debet fieri
Baptismus tribus immersionibus et elevationibus, ad designandum quod Christus
in sepulcro jacuit tribus diebus et tribus noctibus. |
S.c. 1 – En sens contraire, il y a ce que Denys
dit, que le baptême doit être accompli par une triple immersion
et une triple élévation, pour indiquer que le Christ a
reposé au tombeau trois jours et trois nuits. |
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[13904]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 2 S.c. 2 Praeterea, Chrysostomus super Joan. 3: fit immersio, ut
discas quoniam virtus patris et filii et spiritus sancti omnia haec implet.
Idem dicit Hieronymus super Epist. ad Ephes. 4. |
S.c. 2 – Chrysostome [dit], en commentant
Jn 3 : L’immersion est accomplie afin que tu apprennes que
la puissance du Père, du Fils et du Saint-Esprit remplit tout cela. Jérôme
dit la même chose à propos de Ep 4. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Une triple immersion est-elle nécessaire au baptême ?] |
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[13905] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod trina immersio sit de necessitate sacramenti. Legitur enim in decretis de consecratione, dist. 6: si quis presbyter vel episcopus semel immergat, et unam immersionem fecerit, deponatur. Hoc autem non esset, nisi trina immersio esset de necessitate sacramenti. Ergo est de necessitate sacramenti. |
1. Il semble qu’une triple immersion soit
nécessaire au baptême. En effet, on lit dans le Décret
[de Gratien], à propos de la consécration, d. 6 :
«Si un prêtre ou un évêque immerge une seule fois et
accomplit une seule immersion, qu’il soit déposé.»
Cela ne serait pas le cas si une triple immersion n’était pas
nécessaire au baptême. Elle est donc nécessaire au
baptême. |
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[13906]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, sicut fides Trinitatis exprimitur per nomina
trium personarum, ita per tres immersiones, ut ex dictis patet. Sed si non
nominarentur tres personae non esset Baptismus. Ergo similiter si non trina
immersio fiat. |
2. De même que
la foi en la Trinité est exprimée par les noms des trois personnes,
de même en est-il par les trois immersions, comme cela ressort
clairement de ce qui a été dit. Mais si les trois personnes
n’étaient pas nommées, il n’y aurait pas
baptême. De même donc, s’il n’y avait pas une triple
immersion. |
|
[13907] Super Sent.,
lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
si non trina immersio est de necessitate sacramenti, statim in prima
immersione Baptismus habet totum effectum suum. Ergo aliae immersiones
frustra adderentur, et fit injuria sacramento. |
3. Si une triple immersion
n’est pas nécessaire au baptême, le baptême a tout
son effet dans la première immersion. Les autres immersions sont donc
ajoutées inutilement, et on cause ainsi un tort au sacrement. |
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[13908]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 3 S.c. 1 Sed contra est quod ipsa immersio non est de necessitate
sacramenti. Ergo multo minus numerus immersionis. |
S.c. 1 – En sens
contraire, l’immersion elle-même n’est pas
nécessaire au sacrement. Encore bien moins donc, le nombre
d’immersions. |
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[13909]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 3 S.c. 2 Praeterea, auctoritas Gregorii in littera posita dicit,
quod utrumque potest fieri servata Ecclesiae consuetudine. Ergo non est de
necessitate sacramenti neque una neque trina immersio. |
S.c. 2 –
L’autorité de Grégoire indiquée dans le texte dit
que les deux choses peuvent être accomplies, en respectant la coutume
de l’Église. Ni une seule, ni trois immersions ne sont donc
nécessaires au sacrement. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
|
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[13910] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
Baptismus ablutionem importat. Ablutio autem per aquam potest fieri non
tantum per modum immersionis, sed per modum aspersionis vel effusionis; et
ideo utroque modo potest fieri Baptismus. Et
videtur quod apostoli hoc modo baptizarent, cum legatur quod simul una die
conversi sunt quinque millia, et alia tria millia Act. 2 et 3; et ideo quando
consuetudo Ecclesiae patitur, vel quando necessitas incumbit propter defectum
aquae, sive propter periculum pueri, de cujus morte timetur, vel etiam
propter imbecillitatem sacerdotis non potentis sustentare infantem, potest
sine immersione Baptismus celebrari. |
Le baptême comporte une ablution. Or, une ablution
avec de l’eau peut être accomplie, non seulement par mode
d’immersion, mais par mode d’aspersion ou d’effusion.
Ainsi, le baptême peut être accompli des deux façons. Et
il semble que les apôtres baptisaient de cette manière,
puisqu’on lit que cinq mille personnes se sont converties d’un
seul coup, la même journée, et trois autres mille, Ac 2 et
3. Ainsi, lorsque la coutume de l’Église le permet ou lorsque la
nécessité s’impose en raison d’un manque
d’eau, soit en raison d’un danger pour l’enfant dont on
craint la mort, soit encore en raison de la faiblesse du prêtre qui ne
peut soutenir l’enfant, le baptême peut être
célébré sans immersion. |
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[13911] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod etiam in effusione
aquae homo quodammodo sub aqua ponitur; et ideo quodammodo Christo per Baptismum
consepelitur. |
1. Même par l’effusion d’eau, un homme
est d’une certaine manière placé sous l’eau.
C’est pourquoi il est d’une certaine manière enseveli avec
le Christ par le baptême. |
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[13912] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod omnes operationes
animales a capite principium habent, quia Baptismus format animales habitus
secundum definitionem Dionysii prius positam, art. 1, quaestiunc. 3, non
autem naturales vel vitales; ideo si sit caput aspersum aqua, in totum corpus
aspersio reputatur; sicut etiam juristae dicunt, quod ubi caput hominis
jacet, reputatur ac si totus homo sepultus esset ibidem. Non sic autem est de
aliis partibus. |
2. Toutes les opérations de l’âme ont
leur principe dans la tête, car le baptême donne forme aux
dispositions de l’âme selon la définition de Denys
déjà rapportée, a. 1. qa 3, mais non aux [dispositions]
naturelles ou vitales. Ainsi, si la tête est aspergée par l’eau,
on considère qu’une aspersion a été faite sur tout
le corps, de même que les juristes disent que là où la
tête d’un homme repose, on estime que tout l’homme a
été enseveli. Mais il n’en est pas de même des
autres membres. |
|
[13913] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis originale peccatum
consistat praecipue in membris genitalibus quantum ad originem, tamen in
operationibus animalibus consummatur quantum ad rationem culpae; et ideo
potius oportet Baptismum adhiberi circa caput, si necessitas incumbit, ut non
totum corpus possit immergi. |
3. Bien que le péché originel réside
principalement dans les membres génitaux quant à son origine,
cependant il est consommé par des opérations de
l’âme quant à sa raison de faute. C’est pourquoi il
est nécessaire que le baptême soit plutôt donné sur
la tête, si la nécessité s’impose, afin que tout le
corps puisse être immergé. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13914] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod
congruentissime fit trina immersio, tum ad exprimendum in factis fidem
Trinitatis, tum ad significandum Christi sepulturam, cui per Baptismum
consepelimur, ut patet ex auctoritatibus inductis. |
C’est avec une très grande convenance
qu’une triple immersion est faite, tant pour exprimer par des gestes la
foi en la Trinité, que pour signifier la sépulture du Christ,
avec lequel nous sommes ensevelis par le baptême, comme cela ressort
clairement des autorités invoquées. |
|
[13915] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Magister exposuit
tinctionem per ablutionem. Quamvis autem in trina immersione sit trina intinctio,
tamen est una ablutio; sicut etiam in ablutionibus pure materialibus videmus
contingere, quod aliquid pluries in aquam immergitur vel aqua perfunditur,
antequam ablutio una sit perfecta. |
1. Le Maître a interprété le bain
comme une ablution. Mais bien que dans la triple immersion, il y ait un
triple bain, il n’y a cependant qu’une seule ablution; de
même nous voyons que, dans les ablutions purement matérielles,
il arrive que quelque chose soit immergé dans l’eau ou
qu’on y verse de l’eau plusieurs fois, avant qu’une seule
ablution soit achevée. |
|
[13916] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in fide Trinitatis
includitur fides unitatis; et ideo in Baptismo cum fide Trinitatis expressa
datur intelligi fides unitatis et in forma verborum per hoc quod singulariter
dicitur: in nomine, et in immersione propter similitudinem
immersionum. Non autem in fide unitatis includitur
fides Trinitatis; et ideo congruentius est ut etiam in actu Baptismi fides
Trinitatis exprimatur. |
2. Il faut dire que,
dans la foi en la Trinité, est comprise la foi en
l’unité. C’est pourquoi, dans le baptême, la foi en
l’unité doit être comprise avec la foi en la
Trinité, ainsi que dans la forme des mots, par le fait qu’il est
dit au singulier : «Au nom», et dans l’immersion, en
raison de similitude des immersions. Mais la foi en la Trinité
n’est pas comprise dans la foi en l’unité; c’est
pourquoi il est plus convenable que la foi en la Trinité soit
exprimée dans l’acte du baptême. |
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[13917]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis passio Christi sit una,
tamen Christus passus triduo in sepulcro quievit: et hoc Baptismus significare
debuit trina immersione. |
3. Bien que la passion
du Christ soit unique, cependant le Christ souffrant a reposé trois
jours dans le sépulcre. Et le baptême devait signifier cela par
une triple immersion. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13918] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod cum trina
immersio non sit ad significandum rem in sacramento contentam, quam oportet
per materiam et usum sacramenti significari, sed significet rem significatam
et non contentam, quae significatio non est principalis in sacramento, trina
immersio, ut in littera dicitur, non est de necessitate sacramenti. Si tamen
omittatur contra consuetudinem Ecclesiae, graviter aliquis peccat semel
tantum immergens; et ideo per canones poena adhibetur. |
Puisque la triple immersion n’est pas destinée à signifier une réalité contenue dans le sacrement, qui devrait être signifiée par la matière et par l’usage du sacrement, mais à signifier une réalité signifiée et non contenue, signification qui n’est pas la principale dans le sacrement, la triple immersion, comme on le dit dans le texte, n’est pas nécessaire au sacrement. Cependant, si elle est omise à l’encontre de la coutume de l’Église, on pèche gravement en n’immergeant qu’une seule fois. C’est pourquoi une peine est imposée par les canons. |
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[13919] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 4 qc. 3 ad 1 Per quod patet solutio ad primum. |
1. La solution au premier argument est ainsi claire. |
|
[13920] Super Sent., lib. 4 d. 3 q.
1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod forma principaliter debet
significare illud unde est efficacia in sacramento, cum sit medium quo quasi
pervenit efficacia ad materiam quae verbo illo sanctificatur; sed materia
debet principaliter significare effectum qui immediate consequitur ex usu
ejus. |
2. La forme doit signifier principalement ce qui à
l’origine de l’efficacité du sacrement, puisqu’elle
est le moyen par lequel l’efficacité atteint la matière
qui est sanctifiée par cette parole. Mais la matière doit
signifier principalement l’effet qui découle
immédiatement de son usage. |
|
[13921]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod unitas intentionis in tribus
immersionibus facit unitatem Baptismi, ut dictum est; et ideo quando aliquis
intendit ter immergere, prima immersio non terminat intentionem baptizantis,
et per consequens nec esse Baptismi completur, nec per illam tantum habet
effectum, nisi per ordinem ad alias; unde aliae non superfluunt. Si autem non
intendit nisi unam facere, prima sola complet Baptismum, terminans
intentionem baptizantis. |
3. L’unité d’intention dans les trois
immersions fait l’unité du baptême, comme on l’a
dit. C’est pourquoi lorsque quelqu’un a l’intention
d’immerger trois fois, la première immersion ne met pas un terme
à l’intention de celui qui baptise, et par conséquent
l’existence du baptême n’est pas achevée, et il
n’a pas non par elle un aussi grand effet, si ce n’est
qu’elle est ordonnée aux autres [immersions]. Les autres
[immersions] ne sont donc pas superflues. Mais s’il a l’intention
de n’en accomplir qu’une seule, la première achève
le baptême, en mettant un terme à l’intention de celui qui
baptise. |
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Articulus 5 [13922] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 5 tit. Utrum fuerit necessarium instituere Baptismum
post circumcisionem |
Article
5 – Était-il nécessaire d’instituer le
baptême après la circoncision ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Était-il nécessaire que le
baptême soit institué après la circoncision ?]
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[13923] Super Sent., lib.
4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 1 Ad quintum sic proceditur. Videtur
quod non fuit necessarium instituere Baptismum post circumcisionem. Causa enim
institutionis Baptismi, ut in littera dicitur, est innovatio mentis. Sed
circumcisio mentem innovabat, cum peccatum auferret, et gratiam conferret, ut
supra dictum est, dist. 1, qu. 2, art. 2, quaestiunc. 5. Ergo non fuit
necessarium Baptismum instituere. |
1. Il semble qu’il n’était pas
nécessaire d’instituer le baptême après la
circoncision. En effet, la cause de l’institution du baptême,
comme on le dit dans le texte, est le renouvellement de l’esprit. Or,
la concision renouvelait l’esprit puisqu’elle enlevait le
péché et conférait la grâce, comme on l’a
dit plus haut, d. 1, q. 2, a. 2, qa. 5. Il n’était donc pas
nécessaire d’instituer le baptême. |
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[13924]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in sacramentis efficacia respondet
significationi. Sed circumcisio expressius significat, ut videtur, ablationem
originalis et quantum ad causam ablationis, quae est effusio sanguinis
Christi et quantum ad causam traductionis, quae est generatio, in membris
generationis cum sanguinis effusione facta. Ergo habuit majorem efficaciam
quam Baptismus; et ita non debuit post eam Baptismus institui. |
2. Dans les sacrements, l’efficacité
correspond à la signification. Or, la circoncision exprime plus
explicitement, semble-t-il, l’enlèvement du
[péché] originel, tant pour ce qui est de la cause de
l’enlèvement, qui est l’effusion du sang du Christ, que
pour la cause de la transmission, accomplie qu’elle est dans les membres
de la génération avec effusion de sang. Elle avait donc une
plus grande efficacité que le baptême, et ainsi le baptême
ne devait pas être instituée après elle. |
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[13925] Super Sent., lib. 4 d. 3 q.
1 a. 5 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, perfectum debet imperfecto succedere. Sed Baptismus est perfectior circumcisione, quia communior
est. Ergo debuit post circumcisionem institui. |
S.c. 1 – Le parfait doit
succéder à l’imparfait. Or, le baptême est plus
parfait que la circoncision, parce qu’il est plus commun. Il devait
donc être institué après la circoncision. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le baptême a-t-il existé avant la passion ?] |
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[13926]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod fuerit ante passionem institutus:
quia dominus tactu carnis suae, vim regenerativam contulit aquis. Sed hoc fuit ante
passionem in Baptismo suo. Ergo ante passionem fuit institutus. |
1. Il semble qu’il ait été
institué avant la passion, car le Seigneur a donné aux eaux une
puissance régénératrice par le contact de sa chair. Or,
cela s’est réalisé dans son baptême avant la
passion. Il a donc été institué avant la passion. |
|
[13927]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 2 Praeterea, Joan. 3, 5, dixit: nisi quis renatus fuerit
ex aqua et spiritu sancto, non potest introire in regnum Dei. Sed hoc
fuit ante passionem. Ergo Baptismus ante passionem fuit institutus. |
2. Jn 3, 5 dit : Si quelqu’un ne
naît pas à nouveau de l’eau et de l’Esprit Saint, il
ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Or, cela eut lieu avant la passion.
Le baptême n’a donc pas été institué avant
la passion. |
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[13928]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 2 S.c. 1 Sed contra,
causam non praecedit effectus. Sed Baptismus habet efficaciam a passione
Christi. Ergo non debuit ante passionem institui. |
S.c. 1 – En sens contraire, l’effet ne
précède pas la cause. Or, le baptême tire son
efficacité de la passion du Christ. Il ne devait donc pas être
institué avant la passion. |
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[13929] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 2 S.c. 2 Praeterea, Baptismus non fuit sine forma sua. Sed forma
fuit instituta post passionem, Matth. ult. Ergo et Baptismus. |
S.c. 2 – Le baptême n’a pas
existé sans sa forme. Or, sa forme fut institutée après
la passion, en Mt 28. De même le baptême l’a-t-il
été. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[13933] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 5 qc. 1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod
secundum Hugonem de sancto Victore, oportuit ut secundum processionem
temporum spiritualium gratiarum signa magis ac magis evidentia darentur; et
ideo oportuit quod Baptismus post circumcisionem institueretur; quia
circumcisio significabat tantum in removendo; perfectio autem sanctificationis
non est in removendo, sed in collatione gratiae, cujus effectus aqua figurat,
scilicet vitam, illuminationem, et hujusmodi, de quibus dictum est; et
propter hoc significat ablutionem; et iterum etiam est perfectio quantum ad
usum, quia sexui utrique communis est, quod non erat de circumcisione. |
Il faut dire que, selon Hugues de Saint-Victor, il
était nécessaire que, selon le cours du temps, des signes de
plus en plus manifestes des grâces spirituelles devaient être
donnés. C’est pourquoi il fallait que le baptême soit
institué après la circoncision, car la circoncision signifiait
seulement par le fait d’enlever, et la perfection de la sanctification
ne consiste pas seulement dans le fait d’enlever, mais dans le fait de
conférer la grâce, dont l’eau représente
l’effet, à savoir, la vie, l’illumination et les choses de
ce genre, dont on a parlé. Pour cette raison, elle signifie
l’ablution. De plus, [le baptême] est aussi une perfection pour
ce qui est de son usage, car il est commun aux deux sexes, ce qui
n’était pas le cas de la circoncision. |
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[13934] Super
Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis circumcisio auferret culpam sicut
Baptismus, non tamen conferebat tantam plenitudinem gratiae sicut Baptismus,
nec tantum diminuebat fomitem; et ideo oportuit Baptismum succedere. Innovatio enim non
solum consistit in remotione culpae, sed in collatione gratiae. |
1. Bien que la circoncision ait
enlevé la faute comme le baptême, elle ne conférait
cependant pas une aussi grande plénitude de grâce que le baptême
et ne diminuait pas autant le désir désordonné. Il
fallait donc que le baptême lui succède. En effet, le
renouvellement ne consiste pas seulement dans l’enlèvement de la
faute, mais dans la grâce conférée. |
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[13935]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod illae significationes sunt
rerum non contentarum; et ideo de illis nihil ad propositum. |
2. Ces significations sont
celles de réalités non contenues. Ainsi, elles ne sont en rien
concernées. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13936] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 5 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod multiplex
fuit Baptismi institutio. Fuit enim primo institutus quantum ad materiam in
Baptismo Christi; tunc enim vim regenerativam aquis contulit; et aliquo modo
fuit forma figurata per praesentiam trium personarum in signo visibili, quia
pater apparuit in voce, filius in carne, spiritus sanctus in columba; et
similiter fructus Baptismi ibi praefiguratus fuit, quia caeli aperti sunt
super eum. Sed necessitas ejus fuit declarata
Joan. 3, 5, ubi dicit: nisi quis renatus fuerit ex aqua et spiritu sancto,
non potest introire in regnum Dei. Sed usus fuit inchoatus quando misit
discipulos ad praedicandum et baptizandum, ut patet Matth. 10. Sed efficaciam
habuit ex passione Christi, quantum ad ultimum effectum, qui est apertio
januae. Sed divulgatio ejus quantum ad omnes nationes praecepta fuit Matth.
ult., 10, ubi dixit: euntes, docete omnes gentes et cetera. |
L’institution du
baptême a été multiple. Il a été
institué quant à sa matière dans le baptême du
Christ : en effet, il a alors conféré aux eaux une
puissance régénératrice et, d’une certaine
manière, la forme était représentée par un signe
visible par la présence des trois personnes, puisque le Père apparut
dans la voix, le Fils dans la chair, et l’Esprit Saint dans la colombe.
De même, le fruit du baptême y était
préfiguré, car les cieux se sont ouverts au-dessus de lui. Mais
la nécessité [du baptême] fut déclarée en
Jn 3, 5, où [le Seigneur] dit : Si quelqu’un
ne naît pas à nouveau de l’eau et de l’Esprit Saint,
il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Mais son usage fut
amorcé lorsqu’il envoya les disciples prêcher et baptiser,
comme cela ressort clairement de Mt 10. Il tira cependant son efficacité
de la passion du Christ quant à son effet ultime, qui est
l’ouverture de la porte [des cieux]. Cependant, sa divulgation à
toutes les nations fut ordonnée en Mt 28, 10, où [le
Seigneur] dit : Allez, enseignez toutes les nations, etc. |
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[13937] Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 2 ad
arg. Et
per hoc patet solutio ad objecta. Tamen sciendum, quod Matth. ult., non fuit
forma instituta cum ante passionem in eadem forma baptizaverint sicut in
littera dicitur, sed fuit iterata. |
1. Ainsi ressort clairement la
solution des objections. Cependant, il faut savoir que, en Mt 28, la
forme ne fut pas instituée, puisque, avant la passion, ils avaient
baptisé selon la même forme, comme on le dit dans le texte, mais
elle fut réitérée. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[13938] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 5 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod ante passionem
nullus obligabatur ad Baptismum, quia tunc non erat institutus ad obligandum,
sed ad exercitandum; sed post passionem obligatorium fuit, quando circumcisio
mortua fuit quantum ad omnes ad quos institutio potuit pervenire. |
Avant la passion, personne
n’était obligé au baptême, car il n’avait pas
alors été institué en vue d’être
obligatoire, mais en vue d’être fréquemment mis en
œuvre. Mais, après la passion, il était obligatoire,
après la mort de la circoncision, pour tous ceux à qui son
institution a pu parvenir. |
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[13939] Super Sent., lib. 4 d. 3
q. 1 a. 5 qc. 3 ad arg. Et per hoc patet solutio ad objecta. Dominus enim
Joan. 3, magis praedixit obligationem futuram quam narraret praesentem nec
praeceptum obligat antequam sit divulgatum. |
Par cela, la réponse aux
objections est claire. En effet, en Jn 3, le Seigneur a plutôt
prédit une obligation future que décrit une [obligation]
présente, et un précepte n’oblige pas avant
d’être divulgué. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 3 |
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[13940]
Super Sent., lib. 4 d. 3 q. 1 a. 5 qc. 3 expos. Baptismus dicitur corporis tinctio et cetera. Sciendum est, quod baptizare in Graeco, idem
est quod lavare: a lavando enim duo dicuntur, scilicet lavacrum, quod
significat aquam, in qua fit lotio humano artificio praeparatam; alio modo
lotio, quae significat usum lavacri. Baptismus ergo potest significare ipsam
aquam, quae dicitur lavacrum; unde dicitur Tit. 3, 5: per lavacrum regenerationis
et renovationis spiritus sancti; et potest significare ipsam ablutionem.
Marc. 7, 8: tenentes Baptismata hominum, et calicum, et urceorum;
idest ablutiones. Et ideo Hugo de sancto Victore, definivit Baptismum aquam quantum ad
primam acceptionem; Magister vero ablutionem quantum ad secundam. Sed haec definitio est magis propria quia aqua non
significat mundationem, neque causat, nisi secundum quod est abluens. Unde
est haec tanta virtus aquae, ut corpus tangat, et cor abluat, nisi faciente
verbo ? Quid sit ista virtus, et quando sit data; dictum est supra, dist.
1, qu. 1, art. 4, quaestiunc. 2. Unde nihilominus insinuare videtur verum
Baptisma dari posse in nomine patris tantum et cetera. Hoc est
intelligendum in simili casu, sicut apostoli in nomine Christi baptizabant;
alias Magister falsum diceret. Celebratur autem hoc sacramentum tantum in
aqua. Sciendum, quod aqua est materia Baptismi, et potest tripliciter
considerari. Quia secundum quod consideratur in sua propria natura est quasi
materia remota, quia ex naturali proprietate habet aliquam convenientiam ad
hoc quod sit Baptismi materia ratione similitudinis. Secundum autem quod est
instituta ad hoc, accipiens vim regenerativam ex tactu carnis salvatoris, sic
est materia quasi disposita. Secundum autem quod consideratur sub forma
verborum, est quasi materia jam informata. Solet autem quaeri, si
circumcisio amisit statim vim suam ab institutione Baptismi. De hac dictum
est prius distinct. 1. Aditum nobis regni aperuit. Apertio januae non
est aliud quam remotio impedimenti quod prohibebat totum humanum genus ab
introitu caeli: quod quidem ablatum est per passionem Christi, ut dictum est
in 3 Lib., dist. 18, qu. 1, art. 6, quaestiunc. 3. |
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Distinctio 4 |
Distinction 4 – [L’effet du baptême pour ceux qui
le reçoivent]
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Quaestio 1 |
Question 1 –
[L’effet du baptême quant à sa réalité qui
est un sacrement]
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Prooemium |
Prologue
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[13941] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 1 pr. Postquam
determinavit Magister de Baptismo quantum ad ea quae conveniunt ei secundum
se considerato, hic determinat de effectu Baptismi per comparationem ad
accipientes; et dividitur in partes duas: in prima determinat de effectu
Baptismi communiter quantum ad omnes; in secunda specialiter quantum ad parvulos,
ibi: solet etiam quaeri, si parvulis in Baptismo datur gratia; prima
dividitur in partes tres: in prima ostendit quomodo quidam recipiunt
sacramentum et rem sacramenti; in secunda quomodo quidam sacramentum
recipiunt, et non rem, ibi: qui vero sine fide vel ficte accedunt,
sacramentum, non rem suscipiunt; in tertia quomodo quidam accipiunt rem,
et non sacramentum, ibi: sunt et alii, ut supra posuimus, qui suscipiunt
rem, et non sacramentum. Circa secundum duo facit: primo determinat
veritatem; secundo objicit in contrarium, ibi: videtur tamen Augustinus
dicere, quod etiam ficte accedenti (...) omnia condonentur peccata, et post
Baptismum mox redeant. Et circa hoc duo facit: primo objicit per
auctoritatem Augustini, qui contrarium ex auctoritate apostoli probare
videtur; secundo solvit: et primo ad auctoritatem Augustini, ibi: hoc
tamen, ut supra diximus, non sub assertione dixit; secundo ad
auctoritatem apostoli, ibi: quaeritur ergo quomodo illud accipiatur.
Quotquot in Christo baptizati estis, Christum induistis. Sunt et alii, ut
supra posuimus, qui suscipiunt rem, et non sacramentum. Hic determinat de
illis qui recipiunt rem sine sacramento, et circa hoc duo facit: primo
ostendit quod quidam accipiunt rem sine sacramento; secundo inquirit, quid
postmodum per hujusmodi sacramentum addatur, quando sacramentum susceperint,
ibi: solet etiam quaeri de illis qui jam sanctificati spiritu, cum fide et
caritate ad Baptismum accedunt. Circa primum duo facit: primo ostendit
veritatem; secundo excludit errorem, ibi: sed dicunt aliqui nullum adultum
in Christum credere, vel caritatem habere sine Baptismo, nisi sanguinem
fundat pro domino. Circa primum duo
facit: primo ostendit propositum; secundo respondet cuidam objectioni, ibi: his
autem videntur obviare et cetera. Circa primum duo facit: primo ostendit
quod patientes pro Christo, si non sunt baptizati, recipiunt rem sacramenti
sine sacramento; secundo ostendit idem de illis qui fidem et contritionem
habent, ibi: nec tamen passio vicem Baptismi implet, sed etiam fides et
contritio, ubi necessitas excludit sacramentum. Sed dicunt aliqui nullum
adultum in Christum credere et cetera. Hic excludit errorem dicentium,
non posse aliquem salvari per fidem et contritionem sine Baptismo; et circa
hoc duo facit: primo ostendit hoc esse falsum quantum ad adultos; secundo
ostendit hoc esse verum quantum ad parvulos, ibi: parvulis non sufficit
fides Ecclesiae sine sacramento. Solet quaeri de illis qui jam sanctificati
spiritu, cum fide et caritate ad Baptismum accedunt. Hic determinat de
Baptismo eorum qui prius rem sacramenti acceperant; et circa hoc duo facit:
primo ostendit effectum Baptismi in eis; secundo significationem, ibi: si
quaeritur cujus rei Baptismus ille sit sacramentum qui datur jam justo;
dicimus et cetera. Hic est triplex quaestio. Primo de effectu qui est in
Baptismo sacramentum et res, scilicet de charactere. Secundo de eo quod est
res tantum, scilicet effectu ultimo Baptismi. Tertio de suscipientibus
alterum vel utrumque: quia de eo quod est sacramentum tantum, in praecedenti
dictum est. Circa
primum quaeruntur quatuor: 1 utrum sit character; 2 quid sit; 3 in quo sit; 4
a quo sit. |
Après
avoir déterminé, à propos du baptême, ce qui le
concerne en lui-même, ici il détermine l’effet du
baptême par rapport à ceux qui le reçoivent. Il y a deux
parties : dans la première, il détermine l’effet du
baptême d’une manière générale pour
tous ; dans la seconde, [il détermine] en particulier ce qui
concerne les enfants, en cet endroit : «On a aussi
l’habitude de demander si, par le baptême, la grâce est
donnée aux enfants.» La première [partie] se divise en
trois : dans la première, il montre comment certains
reçoivent le sacrement et la réalité du sacrement ;
dans la deuxième, comment certains reçoivent le sacrement, mais
non sa réalité, à cet endroit : «Mais ceux
qui s’en approchent sans la foi et par feinte, reçoivent le
sacrement, mais non sa réalité» ; dans la
troisième, comment certains reçoivent la réalité,
mais non le sacrement, à cet endroit : «Il y en a
d’autres, comme nous l’avons dit plus haut, qui reçoivent
la réalité, mais non le sacrement.» À propos de la
deuxième [partie], il fait deux choses : premièrement, il
détermine la vérité ; deuxièmement, il fait
une objection en sens contraire, à cet endroit :
«Cependant, Augustin semble dire que même à celui qui
s’en approche avec feinte…, tous ses péchés sont
pardonnés, et qu’aussitôt après le baptême,
ils reviennent.» À ce sujet, il fait deux choses :
premièrement, il présente l’objection selon
l’autorité d’Augustin, qui semble montrer le contraire
selon l’autorité de l’Apôtre ;
deuxièmement, il résout [l’objection].
Premièrement, selon l’autorité d’Augustin,
à cet endroit : «Cependant, comme nous l’avons dit
plus haut, il n’a pas dit cela en l’affirmant» ; deuxièmement,
selon l’autorité de l’Apôtre, en cet endroit :
«On se demande donc comment cela se comprend : Vous tous qui
avez été baptisés, vous avez revêtu le Christ.»
Mais il y en a d’autres, comme nous l’avons dit plus haut, qui
reçoivent la réalité, mais non le sacrement. Ici, il
détermine ceux qui reçoivent la réalité sans le
sacrement. Et, à ce propos, il fait deux choses :
premièrement, il montre que certains reçoivent la
réalité sans le sacrement ; deuxièmement, il se
demande ce qui est ajouté par la suite par le sacrement, lorsque le
sacrement sera reçu, à cet endroit : «On a aussi
coutume de s’interroger sur ceux qui ont déjà
été sanctifiés par l’Esprit, lorsqu’ils
s’approchent du sacrement avec foi et charité.» À
propops du premier point, il fait deux choses : premièrement, il
montre la vérité ; deuxièmement, il écarte
l’erreur, à cet endroit : «Mais certains disent
qu’aucun adulte ne croit au Christ ou ne possède la
charité sans le baptême, à moins de verser son sang pour
le Seigneur.» À propos du premier point, il fait deux
choses : premièrement, il montre que ceux qui souffrent pour le
Christ, s’ils ne sont pas baptisés, reçoivent la
réalité du sacrement sans le sacrement ;
deuxièmement, il montre la même chose pour ceux qui ont la foi
et la contrition, à cet endroit : «Toutefois, ce
n’est pas seulement la souffrance [passio] qui tient lieu de
baptême, mais aussi la foi et la contrition, lorsque la
nécessité exclut le sacrement.» «Mais certains
disent qu’aucun adulte ne croit au Christ, etc.» Ici, il
écarte l’erreur de ceux qui disent qu’on ne peut
être sauvé par la foi et la contrition sans le baptême.
À ce propos, il fait deux choses : premièrement, il montre
que cela est faux pour les adultes ; deuxièmement, il montre que
cela est vrai pour les enfants, à cet endroit : «La foi de
l’Église sans le sacrement ne suffit pas aux enfants.»
«On a l’habitude de s’interroger sur ceux qui,
déjà sanctifiés par l’Esprit, s’approchent
du baptême avec foi et charité.» Ici, il détermine
à propos du baptême de ceux qui avaient d’abord
reçu la réalité du sacrement. À ce propos, il
fait deux choses : premièrement, il montre l’effet du
baptême en eux ; deuxièmement, sa signification, en cet
endroit : «Si on se demande de quelle réalité ce
baptême est le sacrement donné à un juste, nous disons,
etc.» Ici, il y a trois questions. Premièrement, à propos
de l’effet de ce que sont dans le baptême le sacrement et la
réalité [du sacrement], à savoir, à propos du
caractère. Deuxièmement, à propos de ce qui en est la
réalité seulement, à savoir, de l’effet ultime du
baptême. Troisièmement, à propos de ceux qui
reçoivent l’un des deux ou les deux, car on a parlé
précédemment de ce qui est le sacrement seulement. À
propos du premier point, quatre questions sont posées : 1 –
Est-ce qu’il existe un caractère ? 2 – Quel est-il ? 3
– Chez qui existe-t-il ? 4 – D’où vient-il ? |
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Articulus 1 [13942] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 tit. Utrum character sit in
anima |
Article
1 – Est-ce qu’il existe un caractère dans
l’âme ?
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[13943] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod character non
sit in anima. Quia, ut in 2 Ethic., philosophus dicit, omne quod est in
anima, est potentia, vel passio, vel habitus. Sed character non est potentia,
quia potentiae omnibus hominibus communes sunt; character autem non, cum sit
distinctivum signum, sicut ipsum nomen ostendit; et praeterea potentiae sunt
a natura, non autem character. Nec iterum est passio, quia passiones animae
contingunt cum aliqua transmutatione corporali, ut dicitur in 1 de anima, et
pertinent ad sensitivam partem, ut dicitur 7 Physicor. Nec iterum est habitus, quia habitus ordinantur ad
agendum, ut patet per definitionem Augustini: habitus est quo quis agit,
cum opus fuerit. Ergo character collatus in Baptismo, non est aliquid in
anima. |
1. Il semble qu’il
n’y ait pas de caractère dans l’âme. Comme le dit le
Philosophe dans Éthique, II, tout ce qui existe dans
l’âme est soit une puissance, soit une passion, soit un habitus.
Or, le caractère n’est pas une puissance, car toutes les
puissances sont communes aux hommes, mais le caractère ne l’est
pas puisqu’il est un signe distinctif, comme le montre son nom ;
au surplus, les puissances viennent de la nature, mais non le
caractère. [Le caractère] n’est pas non plus une passion,
car les passions de l’âme surviennent avec une certaine
transformation corporelle, comme il est dit dans Sur l’âme, I,
et elles appartiennent à la partie sensible, comme il est dit dans Physique,
VII. [Le caractère] n’est pas non plus un habitus, car les
habitus sont ordonnés à l’action, comme cela ressort
clairement de leur définition par Augustin :
«L’habitus est ce par quoi quelqu’un agit, lorsque cela est
nécessaire.» Le caractère conféré dans le
baptême n’est donc pas quelque chose dans l’âme. |
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[13944] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 arg. 2 Praeterea,
omne quod est, reducitur ad aliquod genus entis. Sed character non videtur
posse reduci ad aliquod genus entis, nisi forte ad qualitatem. Qualitas autem
esse non potest, cum sub nulla specie qualitatis contineatur. Non enim est
habitus, ut probatum est; nec dispositio, cum non sit facile mobilis, immo
omnino indelebilis; nec iterum est potentia naturalis, ut probatum est; nec
impotentia, quia tunc sacramenta quae characterem imprimunt, magis officerent
quam juvarent; nec iterum est passio, ut probatum est; nec passibilis
qualitas, cum non sit natus aliquam passionem sensui inferre, nec a passione
aliqua innascatur; nec iterum est forma, et circa aliquid constans figura,
quia figura est terminatio quantitatis, anima autem non habet quantitatem. Ergo character nihil
est. |
2. Tout ce qui existe se
ramène à un genre de l’être. Or, le
caractère ne semble pas pouvoir se ramener à un genre de
l’être, sauf peut-être à la qualité. Or, il
ne peut être une qualité puisqu’il ne se trouve dans
aucune espèce de qualité. En effet, il n’est pas un
habitus ; ni une disposition, puisqu’il n’est pas mis en
mouvement facilement, bien plus, qu’il est totalement
indélébile ; il n’est pas non plus une puissance
naturelle, comme on l’a montré ; il n’est pas non
plus une incapacité, puisqu’alors les sacrements qui impriment
un caractère nuiraient davantage qu’ils
n’aideraient ; il n’est pas non plus une passion, comme on
l’a montré ; ni une qualité sujette à
une passion, puisqu’il n’est pas destiné à
provoquer une passion dans un sens, ni n’apparaît dans un
sens ; il n’est pas non plus une forme ni une figure entourant
quelque chose, car la figure est le terme de la quantitié et
l’âme n’a pas de quantité. Le caractère
n’est donc rien. |
|
[13945] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 arg. 3 Praeterea, contraria
sunt in eodem genere. Sed ea quae Christo competunt, sunt contraria his quae
ad Diabolum pertinent. Cum ergo character bestiae, de qua dicitur Apoc. 13,
nihil aliud sit quam peccatum mortale, videtur quod supra virtutem et gratiam
non oporteat in anima aliquem characterem poni. |
3. Les contraires font partie du
même genre. Or, ce qui se rapporte au Christ est contraire à ce
qui se rapporte au Diable. Puisque le caractère de la Bête, dont
on parle dans Ap 13, n’est rien d’autre que le
péché mortel, il semble donc qu’il ne faille pas situer
dans l’âme un caractère en plus de la vertu et de la
grâce. |
|
[13946] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 1 arg. 4 Praeterea, ea quae sunt in sacramentis novae legis,
ordinantur ad causandum gratiam. Sed
character non videtur posse gratiam causare, quia multi characterem habere
dicuntur qui gratia carent. Ergo non videtur in sacramentis aliquis character
imprimi. |
4. Ce qui fait partie des sacrements
de la loi nouvelle est ordonné à causer la grâce. Or, le
caractère ne semble pas pouvoir causer la grâce, car on dit de
plusieurs à qui la grâce fait défaut qu’ils
possèdent un caractère. Il ne semble donc pas qu’un
caractère soit imprimé par des sacrements. |
|
[13947]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 arg. 5 Praeterea, si dicatur quod est dispositio ad gratiam;
contra. Agens infinitum non requirit materiam dispositam. Sed dispositio non
est necessaria nisi ad hoc quod materia sit disposita. Cum ergo gratia sit ab
agente infinitae virtutis, videtur quod non oporteat characterem dari in
sacramentis ad disponendum ad gratiam. |
5. Si l’on dit qu’il
est une disposition à la grâce, on objectera qu’un agent
infini ne requiert pas de matière disposée. Or, une disposition
n’est nécessaire que pour que la matière soit
disposée. Puisque la grâce vient d’un agent dont la
puissance est infinie, il semble donc qu’il n’est pas
nécessaire qu’un caractère soit donné dans des
sacrements pour disposer à la grâce. |
|
[13948]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 S.c. 1 Sed contra est quod Damascenus, in definitione Baptismi
ponit sigillum. Sed sigillum impressum in aliquo est character quidam. Ergo
in sacramentis character imprimitur. |
S.c. 1 – En sens
contraire, [Jean] Damascène met un sceau dans la définition du
baptême. Or, le sceau imprimé chez quelqu’un est un
caractère. Un caractère est donc imprimé dans des
sacrements. |
|
[13949]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 S.c. 2 Praeterea, ubicumque est aliqua distinctio competit esse aliquem
characterem distinguentem. Sed per sacramenta fit distinctio fidelium ab
infidelibus, et fidelium ab invicem. Ergo competit in sacramentis characterem
dari. |
S.c. 2 – Partout où il existe une certaine
distinction, il convient qu’il y ait un caractère distinctif.
Or, par les sacrements, une distinction est faite entre les fidèles et
les infidèles, et entre les fidèles eux-mêmes. Il
convient donc qu’un caractère soit donné dans les sacrements. |
|
[13950]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 S.c. 3 Praeterea, per sacramentum configuramur Christo: quia ab
eo sacramenta efficaciam habent, et ipsum significant. Sed configuratio fit
per characterem assimilationis. Ergo in sacramentis competit esse
characterem. |
S.c. 3
– Par le sacrement, nous sommes rendus conformes au Christ, car les
sacrememts reçoivent de lui leur efficacité et le signifient.
Or, la conformation se réalise par un caractère qui assimile.
Il convient donc qu’il y ait un caractère dans les sacrements. |
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[13951] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 1 co. Respondeo dicendum, quod characterem in sacramentis quibusdam imprimi, omnes moderni confitentur; sed in modo ponendi ipsum in anima partim differunt, et partim conveniunt. Conveniunt quidem in hoc quod omnes dicunt per characterem importari relationem triplicem. Est enim character signum distinctivum et configurativum. Inquantum ergo est signum, importat relationem ad signatum; inquantum autem est distinctivum, importat relationem ad ea a quibus distinguit; inquantum autem est configurativum, importat relationem ad ea quibus assimilat. Differunt autem in hoc, quia quidam ponunt istis relationibus non subesse aliquod accidens absolutum, sed immediate in anima fundari istas relationes. Hoc autem esse non potest: quia signum per formam quam sensibus vel intellectui imprimit, facit aliquid in cognitionem venire. Similiter etiam nihil distinguitur ab alio nisi per aliquam formam. Similitudo etiam est relatio super unitate qualitatis fundata, ut dicitur in 5 Metaph. Unde patet quod quaelibet illarum relationum quam importat character, requirit aliquam formam substratam; et cum non sit forma substantialis, quia forma substantialis in sacramentis non datur, relinquitur quod forma substrata sit qualitas quaedam, cujus unitas consignificationis similitudinem facit. Et ideo quidam dicunt, quod non est in aliqua quatuor specierum qualitatis, et tamen est in genere qualitatis, innitentes illi verbo philosophi in praedicamentis: fortasse, inquit, apparebunt alii qualitatis modi. Sed haec est nuga quaedam: quia quamvis sint alii modi qualitatis, tamen omnes reducuntur ad has species: quod patet ex hoc quod nulla alia species inveniri adhuc potuit. Et ideo dicunt alii, quod est in quarta specie qualitatis: quia in ipsa configuratio quam character suo nomine exprimit, importat unitatem figurae, quae est in specie quarta qualitatis. Et quidam dicunt hanc figuram esse crucem Christi. Sed hoc non potest stare: quia aut figura proprie accipitur, aut metaphorice. Si proprie accipitur, sic importat terminationem quantitatis dimensivae, quam constat in anima non esse. Si autem metaphorice dicatur, tunc oportet quod metaphora reducatur ad proprietatem: quia res non ponitur in genere per id quod de eo metaphorice dicitur; sicut non dicitur quod apostoli sint in genere qualitatis, quia eis dictum est, Matth. 5: vos estis lux mundi. Nec poterit aliquid in quarta specie qualitatis inveniri quod sit in anima secundum proprietatem; unde character, de quo loquimur, non potest fundari supra qualitatem quartae speciei. Et ideo quidam dicunt, quod est in tertia specie qualitatis, eo quod sensui spirituali infert quamdam muliebrem passionem, inquantum animam ornat et decorat. Sed hoc iterum non potest stare: quia, sicut probat philosophus in 7 Physic.; tertia species qualitatis non est nisi in sensibili parte animae: character autem a nullo ponitur in hac parte animae, sed in intellectiva. Et praeterea illae qualitates semper habent ordinem ad aliquam transmutationem corporalem, vel quam inferunt, vel a qua causantur. Et ideo alii dicunt, quod est in prima specie qualitatis, et est quasi media inter dispositionem et habitum. Inquantum enim est difficile mobilis, convenit cum habitu, inquantum autem non est ultima perfectio, sed ad gratiam disponit, cum dispositione convenit. Sed hoc non potest stare: quia secundum philosophum in 2 Ethic., habitus est quo habemus nos ad passiones bene vel male; et universaliter consideranti haec apparet differentia inter habitum et potentiam, quia potentia est qua possumus aliquid simpliciter, habitus autem quo possumus illud bene vel male; sicut intellectus quo consideramus, scientia qua bene consideramus, concupiscibilis qua concupiscimus, temperantia qua bene concupiscimus, intemperantia qua male; et similiter est de dispositione: quia nihil aliud est dispositio quam quidam habitus incompletus. Cum ergo character ordinetur ad aliquid simpliciter non ad illud bene vel male (quia sacerdos potest conficere bene vel male) non potest esse quod qualitas, super quam fundatur relatio characteris sit habitus, sed magis potentia. Unde relinquitur quod non sit in prima specie qualitatis; sed magis reducitur ad secundam, ut quidam alii dicunt; et hoc sic patet. Sicut enim cujuslibet existentis in aliqua natura, sunt aliquae operationes propriae, ita etiam in spirituali vita regenerati, ut Dionysius dicit. Ubicumque autem sunt operationes propriae, oportet quod sint principia propria illarum operationum. Unde sicut in aliis rebus sunt potentiae naturales ad proprias operationes, ita etiam renati in vitam spiritualem habent quasdam potentias, secundum quas possunt illa opera: quae potentiae sunt similes illis virtutibus quibus sacramenta efficaciam habent sibi inditam: quia sicut sacramenta causant gratiam instrumentaliter, ut supra, dist. 1, qu. 1, art. 4, dictum est, ita recipientes characterem operantur divina per ministerium. Minister autem est sicut instrumentum ejus cui ministrat; unde dicit philosophus, quod servus est sicut organum animatum; et ideo tam virtus sacramenti quam minister et character est instrumentalis. Et quod hujusmodi potentia sit character, patet si quis diligenter considerat verba Dionysii, a quo prima traditio characteris nobis advenit. Assignans enim ministerium ritus cujusdam qui in primitiva Ecclesia erat, quando adulti baptizabantur, quod accedenti ad Baptismum hierarcha, idest pontifex, manum imponebat, et signabat eum signo crucis, et praecipiebat eum describi inter nomina Christianorum, ut de cetero ad divina cum aliis admitteretur, dicit, quod sic accedentem, scilicet ad vitam spiritualem, divina beatitudo in sui participationem recipit, sicut sacerdos baptizandum in proprio lumine quasi quoddam signum ipsi tradit, scilicet sui participationem, perficiens eum, scilicet divinum et communicantem divinorum et cetera. Patet ergo quod ipse per hoc signum nihil aliud intendit quam illud quod facit eum participativum divinarum operationum; unde hoc signum nihil aliud est quam quaedam potentia qua potest in actiones hierarchicas, quae sunt ministrationes et receptiones sacramentorum, et aliorum quae ad fideles pertinent et ad hoc quod has operationes bene exerceat indiget habitu gratiae, sicut et aliae potentiae habitibus indigent. |
RéponseTous les modernes reconnaissent qu’un
caractère est imprimé par certains sacrements, mais, sur la
manière de le situer dans l’âme, ils divergent
partiellement et ils sont partiellement d’accord. Ils sont
d’accord sur le fait que tous disent que, par le caractère, une
triple relation est établie. En effet, le caractère est un
signe distinctif qui donne une ressemblance. Pour autant qu’il est un
signe, il comporte donc une relation à ce qui est
signifié ; pour autant qu’il est distinctif, il comporte
une relation à ce dont il distingue ; et pour autant qu’il
donne une ressemblance, il comporte une relation à ce à quoi il
assimile. Mais ils divergent sur le fait que certains affirment qu’il
n’existe pas d’accident absolu sous-jacent, mais que ces
relations ont leur base dans l’âme de manière
immédiate. Mais cela ne peut pas être le cas, car le signe, par
la forme qu’il imprime dans les sens ou dans l’intelligence, fait
que quelque chose vient à la connaissance. De la même
façon, rien n’est distingué que par une certaine forme.
De plus, la ressemblance est une relation fondée sur l’unité
d’une qualité, comme il est dit dans Métaphysique, V.
Ainsi, il est clair que chacune des relations qui comportent un
caractère exige une certaine forme sous-jacente. Et puisqu’il ne
s’agit pas de la forme substantielle, puisque la forme substantielle
n’est pas donnée par les sacrements, il reste que la forme
sous-jacente soit une qualité, dont l’unité de la
signification réalise la ressemblance. C’est pourquoi certains
disent qu’elle ne fait pas partie des quatre espèces de
qualités, mais qu’elle se situe toutefois dans le genre de la
qualité, en s’appuyant sur cette parole du Philosophe, dans les Prédicaments :
«Peut-être certains autres modes de la qualité
apparaîtront-ils.» Mais c’est là une
futilité, car bien qu’il existe d’autres modes de la
qualité, ils se ramènent cependant tous à ces quatre espèces :
cela ressort clairement du fait qu’on n’a encore pu en trouver
aucune autre espèce. C’est pourquoi d’autres disent que
[le caractère] se situe dans la quatrième espèce de la
qualité, car, dans l’assimilation même qu’exprime
son nom, il comporte une unité de figure, qui se situe dans la
quatrième espèce de la qualité. Et certains disent que
cette figure est la croix du Christ. Mais cela ne peut pas être le cas,
car soit le mot «figure» est pris au sens propre, soit au sens métaphorique.
S’il est pris au sens propre, il comporte ainsi la limite d’une
quantité dimensionnelle, qui n’existe manifestement pas dans
l’âme. Si on l’emploie au sens métaphorique, il faut
alors que la métaphore ne soit pas située dans un genre par ce
qui en est dit métaphoriquement ; ainsi, on ne dit pas que les
apôtres se situent dans le genre de la qualité parce qu’il
leur a été dit, en Mt 5 : Vous êtes la
lumière du monde. Et on ne pourra rien trouver dans la
quatrième espèce de qualité qui existe dans
l’âme au sens propre ; aussi, le caractère dont nous
parlons ne peut-il être fondé sur une qualité de la
quatrième espèce. C’est pourquoi certains disent
qu’il se situe dans la troisième espèce de qualité
par le fait qu’il apporte au sens spirituel une certaine passion
féminine, pour autant qu’il pare et décore
l’âme. Mais cela non plus ne peut pas être le cas, car,
comme le montre le Philosophe dans Physique, VII, la troisième
espèce de qualité n’existe que dans la partie sensible de
l’âme ; or, le caractère ne se situe aucunement dans
cette partie de l’âme, mais dans la partie intellective. De plus,
ces qualités sont toujours en rapport avec un changement corporel,
soit qu’elles le causent, soit qu’il soit causé par elles.
Aussi d’autres disent-ils qu’il se situe dans la première espèce
de qualité et qu’il est comme intermédiaire entre la
disposition et l’habitus. En effet, pour autant qu’il est
difficilement mobile, il a quelque chose en commun avec
l’habitus ; mais pour autant qu’il n’est une
perfection ultime mais dispose à la grâce, il a quelque chose en
commun avec la disposition. Mais cela ne peut pas être le cas, car,
selon le Philosophe, dans Éthique, II, l’habitus est ce
par quoi nous avons un bon ou un mauvais rapport aux passions. Et à
qui examine cela d’une manière générale, il y a
cette différence entre l’habitus et la puissance que la puissance
est ce par quoi nous pouvons faire simplement quelque chose, mais
l’habitus, ce par quoi nous pouvons le faire bien ou mal. Ainsi,
l’intellect est ce par quoi nous considérons, mais la science ce
par quoi nous considérons bien ; le concupiscible, ce par quoi
nous nous désirons, mais la tempérance, ce par quoi nous
désirons bien, et l’intempérance, ce par quoi nous
désirons mal. Et ainsi en est-il de la disposition, car la disposition
n’est rien d’autre qu’un habitus incomplet. Ainsi donc,
comme le caractère est ordonné à quelque chose
simplement, et non pas bien ou mal (car le prêtre peut réaliser
[l’eucharistie] bien ou mal), il ne se peut pas que la qualité
sur laquelle se fonde le rapport du caractère soit un habitus, mais
plutôt une puissance. Il reste donc qu’il ne fait pas partie de
la première espèce de qualité, mais qu’il se
ramène plutôt à la deuxième, comme d’autres
le disent. Et cela s’éclaire ainsi. De même que chez tout
ce qui existe selon une certaine nature, il existe des opérations qui
lui sont propres, de même en est-il chez ceux qui sont
régénérés pour la vie spirituelle, comme le dit
Denys. Or, partout où se trouvent des opérations propres, il
faut qu’il existe des principes propres de ces opérations. De
même que, dans les autres choses, il existe des puissances naturelles
pour leurs opérations propres, de même aussi ceux qui sont
nés de nouveau pour la vie spirituelle possèdent-ils certaines
puissances par lesquelles ils peuvent accomplir ces actions : ces
puissances sont semblables aux capacités actives [virtutes] par
lesquelles les sacrements possèdent une efficacité interne,
car, de même que les sacrements causent la grâce de
manière instrumentale, comme on l’a dit plus haut, d. 1, q. 1,
a. 4, de même ceux qui reçoivent un caractère
accomplissent-ils des choses divines par leur ministère. Car le
ministre est comme un instrument pour celui qu’il sert. C’est
ainsi que le Philosophe dit que le serviteur est comme un instrument
animé. C’est pourquoi tant la puissance du sacrement que le
ministre et le caractère sont instrumentaux. Que le caractère
soit une puissance de ce genre, cela ressort clairement de l’examen
attentif de ce que dit Denys, de qui la première tradition concernant
le caractère nous est venue. En effet, précisant le
ministère d’un rite qui existait dans l’Église
primitive, alors que des adultes étaient baptisés, selon lequel
l’hiérarque, c’est-à-dire, le pontife, imposait la
main à celui qui s’approchait pour être baptisé et
faisait sur lui le signe de la croix, et ordonnait qu’il soit inscrit
parmi les noms des chrétiens, afin qu’il soit désormais
admis aux sacrements avec les autres, [Denys] dit que «la béatitude
divine accueille pour qu’il participe à elle celui qui
s’approche ainsi – à savoir, de la vie spirituelle
–, comme le prêtre lui communique un signe pour le baptiser dans
sa propre lumière – à savoir, un signe qu’il
participe à elle –, qui le perfectionne, par la communication
d’une réalité divine, etc.». Il est donc clair que,
par ce signe, il ne vise rien d’autre que de le rendre capable de
participer à des opérations divines. Aussi ce signe
n’est-il rien d’autre qu’une certaine puissance par laquelle
il est rendu apte aux actions hiérarchiques, que sont
l’administration et la réception des sacrements, ainsi
qu’aux autres choses qui ont rapport aux fidèles, et pour
qu’il accomplisse bien ces actions, il a besoin de l’habitus de
la grâce, comme les autres puissances ont besoin d’habitus. |
|
[13952]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod non sunt habitus nec
passiones, sed sunt potentiae quaedam consequentes animam, secundum quod est
in vita spirituali regenerata; et ideo non oportet quod omnibus insint, vel
quod a natura sint. |
1. Ils ne sont ni des habitus ni des passions, mais ils
sont des puissances qui échoient à l’âme selon
qu’elle est régénérée dans la vie
spirituelle. Aussi n’est-il pas nécessaire qu’elles se
trouvent chez tous, ni qu’elles découlent de la nature. |
|
[13953]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod reducitur ad secundam speciem
qualitatis, et est alius modus ab illo quem philosophus ibi ponit: quia
philosophus non cognoscebat nisi operationes naturales, et ita non nisi potentias
naturales. Constat autem quod apud nos oportet ponere potentias spirituales,
sicut potentiam conficiendi, et absolvendi, et hujusmodi et quod ad secundam
speciem qualitatis reducantur; sicut habitus infusi in eadem specie
qualitatis sunt cum habitibus naturalibus, vel acquisitis. |
2. Il se ramène à la deuxième
espèce de qualité, et il est un autre mode que celui que le Philosophe
y présente, car la Philosophe ne connaissait que les opérations
naturelles, et ainsi seulement les puissances naturelles. Or, il est clair
qu’il faut reconnaître chez nous des puissances spirituelles,
comme les puissances de réaliser [le corps du Christ],
d’absoudre et les choses de ce genre, et qu’elles se
ramènent à la deuxième espèce de qualité,
de même que les habitus infus se trouvent dans la même
espèce de qualité que les habitus naturels ou acquis. |
|
[13954] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod per hoc quod homo
configuratur bestiae, non accipit aliquam spiritualem potestatem, sicut per
aliquam potestatem spiritualem homo assimilatur Christo; et ideo non est
simile. Tamen ex littera apostoli colligitur quod charactere bestiae
configuratur quis ad saeculares operationes; unde dicit: ut non possit
emere vel vendere etc., et similiter charactere Christi aliquis
configuratur ad actiones Christi. |
3. Par le fait que l’homme est semblable à
la bête, il ne reçoit aucune puissance spirituelle, comme
lorsque l’homme est assimilé au Christ par un certain pouvoir
spirituel. Ce n’est donc pas la même chose. Toutefois, on conclut
du texte de l’Apôtre qu’on est rendu semblable à la
bête en vue d’opérations séculières.
C’est pourquoi il dit : Afin qu’il ne puisse vendre ou
acheter, etc. De la même manière, par le caractère du
Christ, [lui] est-on assimilé en vue des actions du Christ. |
|
[13955]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod character est causa
sacramentalis gratiae; et quod quidam cum charactere gratiam non recipiunt,
est ex eorum indispositione ad gratiam suscipiendam. |
4. Le caractère est la cause sacramentelle de la
grâce. Que certains ne reçoivent pas la grâce avec le
caractère, cela vient de ce qu’ils ne sont pas disposés
à recevoir la grâce. |
|
[13956]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod character est dispositio ad
gratiam per quamdam congruitatis dignitatem. Ex hoc enim ipso quod homo
mancipatus est divinis actionibus, et inter membra Christi connumeratus, fit
ei quaedam congruitas ad gratiam suscipiendam: quia Deus perfecte in
sacramentis homini providet; unde simul cum charactere, quo datur homini ut
possit exercere spirituales actiones fidelium, vel passiones seu receptiones,
datur gratia qua haec bene possit. |
5. Le caractère est une disposition à la
grâce en vertu d’une certaine dignité de convenance. En
effet, du fait même que l’homme est chargé d’actions
divines et est compté parmi les membres du Christ, apparaît chez
lui une certaine convenance de recevoir la grâce, car Dieu
s’occupe parfaitement de l’homme dans les sacrements. Aussi, en
même temps que le caractère, par lequel il est donné
à l’homme d’exercer les actions spirituelles des
fidèles, ou les passions ou réceptions [des sacrements], est
donnée la grâce par laquelle il peut bien les faire. |
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Articulus 2 [13957] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 1 a. 2 tit. Utrum
definitio quae attribuitur Dionysio de charactere bene assignetur |
Article
2 – Est-ce que la définition que Denys donne du caractère
est exacte ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [La définition du caractère
donnée par Denys est-elle exacte ?]
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[13958] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod definitio quae attribuitur Dionysio de charactere, non bene assignetur, quae talis est: character est signum sanctum communionis fidei, et sanctae ordinationis, datum divina beatitudine a hierarcha. Signum enim, ut in 1 dist. dictum est, est quod speciem aliquam sensibus ingerit, et praeter eam aliquid facit in cognitionem venire. Sed character nullam sensibus formam ingerit. Ergo non est signum. |
1. Il semble que la définition que Denys donne du
caractère ne soit pas exacte. La voici : «Le
caractère est un signe sacré de la communion de la foi et
d’une ordination sainte, donné par la béatitude divine
par l’intermédiaire du hiérarque.» En effet, comme
on l’a dit à la d. 1, le signe transmet une certaine
espèce aux sens et amène à la connaissance de quelque
chose d’autre au-delà d’elle. Or, le caractère ne
transmet aucune forme aux sens. Il n’est donc pas un signe. |
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[13959]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, potentiis quae sunt principium actionis vel
passionis, magis congruit significari quam significare: quia causae per
effectus significantur. Sed character, ut dictum est, est potentia
spiritualis. Ergo non est signum. |
2. Il convient davantage que les puissances qui sont un
principe d’action ou de passion soient signifiées plutôt
qu’elles ne signifient, car les causes sont signifiées par les
effets. Or, le caractère, comme on l’a dit, est une puissance
spirituelle. Il n’est donc pas un signe. |
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[13960] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, quidam habent characterem qui non habent fidem,
sicut qui post Baptismum in haeresim dilabuntur. Sed qui non habet fidem non
communicat in fide. Ergo character non est signum communionis fidei; vel erit
signum falsum; quod absurdum est sentire de signo divinitus dato. |
3. Certains ont le caractère sans avoir la foi,
comme ceux qui sont tombés dans l’hérésie
après le baptême. Or, celui qui n’a pas la foi ne partage
pas la foi. Le caractère n’est donc pas un signe de la communion
de la foi, ou alors, il sera un signe faux, ce qu’il est absurde de
penser à propos d’un signe donné par Dieu. |
|
[13961]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 4 Praeterea, definitio debet omnibus quae continentur sub
definito, communiter convenire. Sed esse signum sacrae ordinationis non
convenit omni characteri, sed solum characteri qui imprimitur in ordine. Ergo
non est definitio bene assignata. |
4. Une définition doit convenir d’une
manière générale à tout ce qui est contenu dans
ce qui est défini. Or, être un signe d’une ordination
sainte ne convient pas à tous les caractères, mais seulement au
caractère qui est imprimé par l’ordination. Il ne
s’agit donc pas d’une définition exacte. |
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[13962]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 5 Praeterea, hierarcha, ut dictum est, est pontifex. Sed in
aliquibus sacramentis, quae conferuntur a simplicibus sacerdotibus, vel etiam
a laicis, imprimitur character. Ergo non debuit dicere: datum a hierarcha. |
5. L’hiérarque, comme on l’a dit, est
le pontife. Or, dans certains sacrements, qui sont conférés par
de simples prêtres ou même par des laïcs, un
caractère est imprimé. [Denys] ne devait donc pas dire :
«Donné par l’hiérarque.» |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Une autre définition magistrale du caractère est-elle exacte ?] |
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[13963]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non bene assignetur quaedam alia
definitio magistralis quae talis est: character est distinctio a charactere
aeterno impressa animae rationali secundum imaginem, consignans Trinitatem
creatam Trinitati creanti et recreanti; et distinguens a non configuratis
secundum statum fidei. Ubi enim est magna differentia, non oportet signa
distinctionis dari. Sed infideles a fidelibus maxime differunt et in vita et in ritu. Ergo
non oportet quod detur aliquod signum distinctivum. |
1. Il semble qu’une autre définition
donnée par un maître ne soit pas exacte. La voici :
«Le caractère est une distinction en vertu d’un caractère
éternel, donnée à l’âme raisonnable selon
l’image, assimilant la Trinité créée à la
Trinité qui crée et recrée, et qui réalise une
distinction par rapport à ceux qui ne sont pas assimilés selon
l’état de la foi.» En effet, là où il existe
une grande différence, il n’est pas nécessaire que soient
donnés des signes de la distinction. Or, les infidèles
diffèrent des fidèles au plus haut point par leur vie et par
leurs rites. Il n’est donc pas nécessaire que soit donné
un signe distinctif. |
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[13964] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, aut istud signum distinctionis fit propter
hominem, aut propter Deum, aut propter Angelos. Non propter hominem, quia nec
alii homines possunt cognoscere characterem, nec ipsemet qui habet, percipit
se habere; signum autem oportet esse notum: nec quo ad Deum, qui sine hoc
signo scit fideles ab infidelibus discernere; et similiter nec quo ad
Angelos. Ergo illud signum distinctionis character non est. |
2. Ce signe
d’une distinction existe soit pour l’homme, soit pour Dieu, soit
pour les anges. Or, il n’existe pas pour l’homme, car les autres
hommes ne peuvent pas connaître le caractère, et celui-là
même qui le possède ne perçoit pas qu’il le
possède. [Il n’existe] pas non plus pour Dieu, qui est capable
de distinguer les fidèles des infidèles sans ce signe. Et de la
même façon, [il n’existe] pas pour les anges. Le
caractère n’est donc pas un signe distinctif. |
|
[13965]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, homo non configuratur Trinitati nisi per
imaginem et similitudinem. Sed prima configuratio est per naturam, secunda per gratiam. Ergo
character nullo modo configurat. |
3. L’homme
n’est semblable à la Trinité que par l’image et la
ressemblance. Or, la première similitude se réalise par la
nature, et la deuxième par la gràce. Le caractère ne
rend donc aucunement semblable [à la Trinité]. |
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[13966]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 4 Praeterea, caritas est excellentior virtus quam fides. Sed
caritati non ponitur aliquod distinguens signum, nec aliis virtutibus. Ergo
nec fidei debet poni. |
4. La charité
est une vertu plus élevée que la foi. Or, on n’assigne
pas à la charité quelque chose qui la distingue, pas plus
qu’aux autres vertus. [Le caractère] ne doit donc pas non plus
être assigné à la foi. |
|
[13967]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 5 Praeterea, contrarium distinguit sufficienter a suo
contrario. Sed fides infidelitati contraria est. Ergo sufficienter fideles ab
infidelibus distinguit; et ita non oportet quod per characterem
distinguantur. |
5. Le contraire se
distingue suffisamment de son contraire. Or, la foi est contraire à
l’infidélité. Elle distingue donc suffisamment les
fidèles des infidèles. Ainsi, il n’est pas
nécessaire qu’ils soient distingués par un caractère. |
|
Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
|
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[13968] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod illa definitio
nusquam invenitur a Dionysio posita, sed potest accipi ex verbis ejus supra
inductis; et acciperetur adhuc convenientius si sic diceretur: character
est signum communionis potestatis divinorum, et sacrae ordinationis fidelium
datum a divina beatitudine. Et tangit quatuor causas. Primo genus
characteris inquantum est character, scilicet signum, quod pertinet ad causam
formalem. Secundo finem: datur enim hoc signum ad duo, ut scilicet recipiens
configuretur quasi ascriptus ad communicandum divinis sacramentis, et
actionibus sacris; et quantum ad hoc dicit: communionis divinorum
potestatis; et ut configuretur coordinandus aliis, quibus eadem potestas
data est, quod tangit in hoc quod dicit: et sacrae ordinationis fidelium;
quae duo excommunicatio suspendit ad tempus: quia privat hominem
participatione divinorum et communione fidelium. Tertio
ponit materiam in qua, in hoc quod dicit: datum a sacerdote. Quarto
efficiens, scilicet a divina beatitudine. Tamen definitio prius posita
potest etiam sustineri, ut in idem redeat cum ista; ut hoc quod dicit: communionis
fidei, referatur ad participationem sacramentorum et actionum fidelium.
Quod autem dicit: et sanctae ordinationis, ponitur coordinatio ejus ad
alios: accedenti datum a hierarcha ponitur quantum ad causam
efficientem instrumentalem scilicet ministrum, qui configuratione exteriori
figurat interiorem. |
On ne trouve pas que cette définition ait jamais
été donnée par Denys, mais on peut la tirer de ses
paroles qui ont déjà été rappelées. Elle
serait plus acceptable si on disait : «Le caractère est un
signe de participation à un pouvoir en vue des choses divines et
d’une sainte ordination des fidèles, donné par la
béatitude divine.» Et elle aborde les quatre causes.
Premièrement, le genre du caractère en tant que
caractère, à savoir, un signe, ce qui se rapporte à la
cause formelle. Deuxièmement, sa fin. En effet, ce signe est
donné pour deux choses : afin que celui le reçoit soit
rendu conforme en tant qu’assigné à participer aux
sacrements divins et aux actions saintes. Sur ce point, [la
définition] dit : «[Un signe] de participation à un
pouvoir en vue des choses divines ; afin aussi qu’il ait soit
rendu conforme en vue d’être cooordonné avec les autres
à qui le pouvoir a été donné, ce que [la
définition] aborde lorsqu’elle dit : «Et d’une
ordination sainte des fidèles.» L’excommunication suspend
temporairememnet ces deux choses, car elle prive l’homme de participer
aux choses divines et à la communion des fidèles.
Troisièmement, [la définition] indique la matière sur
laquelle [le caractère est imprimé], lorsqu’elle
dit : «Par un prêtre». Quatrièmement, [la
cause] efficiente, à savoir : «Par la béatitude
divine.» Cependant, la première définition peut
être maintenue en étant ramenée à celle-ci, de
sorte que ce qu’il dit : «De la communion de la foi»
se rapporte à la participation aux sacrements et aux actions des
fidèles. Ce qu’il dit : «Et d’une ordination
sainte», se rapporte à la coordination de celui [qui
reçoit le caractère] avec les autres ; «Donné
par le hiérarque à celui qui s’approche» se
rapporte à la cause efficiente instrumentale, à savoir, le
ministre, qui représente la conformation intérieure par la
conformation extérieure. |
|
[13969] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod character accipit rationem signi,
secundum quod per sacramentum visibile exterius efficitur et significatur. |
1. Le caractère reçoit la raison de signe
en tant qu’il est réalisé et signifié par un
sacrement visible. |
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[13970]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod cum qualibet potestate exterius
datur aliquod visibile signum illius potestatis, sicut regi in signum regiae
potestatis datur corona et sceptrum; et pontifici mitra et baculus et anulus;
et similiter cum spirituali potestate, quae in sacramentis confertur, datur
signum sacramentale exterius; et per comparationem ad illud exterius signum,
ipsa spiritualis potentia dicitur signum, inquantum homo per eam configuratur
et determinatur ad actiones spirituales. |
2. Avec tout pouvoir, est extérieurement
donné un signe visible de ce pouvoir, comme sont donnés au roi
la couronne et le sceptre comme signes du pouvoir royal, et au pontife, la mitre,
le bâton et l’anneau. De même, avec un pouvoir spirituel,
qui est conféré par le sacrement, est donné un signe
sacramentel extérieur. Et en rapport avec ce signe extérieur,
cette même puissance spirituelle est appelée un signe, pour
autant que l’homme est conformé par elle et
déterminé en vue d’actions spirituelles. |
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[13971]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod communio fidei, ut patet per
verba Dionysii, oportet quod recipiatur pro communione in sacramentis fidei,
et aliis actionibus quae fidelibus competunt, ad quas nullus admittitur
antequam characterem suscipiat spiritualis potestatis respectu illorum. Nec
oportet quod omnis qui characterem habet, illas actiones bene exerceat, sicut
nec omnis qui habet potentiam, bene operatur actum illius potentiae. |
3. La communion de la foi, comme cela ressort des paroles
de Denys, doit être prise pour la communion dans les sacrements de la
foi et dans les autres actions qui conviennent aux fidèles, auxquels
nul n’est admis avant de recevoir le caractère de la puissance
spirituelle à leur égard. Et il n’est pas nécessaire
que tous ceux qui possèdent le caractère exercent bien ces
actions, de même que tous ceux qui possèdent un pouvoir
n’exercent pas bien l’acte de ce pouvoir. |
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[13972] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 2 qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ordinatio non accipitur
hic pro ordinis sacramento, sed pro coordinatione ad alios fideles, ut in
coetu fidelium aggregetur, quantum ad ea quae fideles facere dicuntur, vel
quantum ad ea quae pro fidelibus fiunt. |
4. L’ordination n’est pas entendue ici du
sacrement de l’ordre, mais de la coordination par rapport aux autres
fidèles, de sorte qu’on soit intégré à
l’assemblée des fidèles par rapport aux actions
qu’on attribue aux fidèles ou par rapport à ce qui est
fait pour les fidèles. |
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[13973]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod hoc quod dicitur: datum
accedenti a hierarcha, non potest accipi a verbis Dionysii, sed magis
sic: datum accedenti a divina beatitudine; et sic cessat objectio. Si
autem accipiatur dans ministerio, sic dicitur a hierarcha dari character
baptismalis quantum ad maximam solemnitatem Baptismi, quae quandoque per
pontifices celebratur: sic enim Dionysius ibi ritum Baptismi tradit, summum
sacerdotem ministrum Baptismi ponens, ut patet litteram ejus intuenti. |
5. Ce qui est dit : «Donné à
celui qui s’approche par un hiérarque», ne peut pas
être tiré des paroles Denys, mais plutôt ceci :
«Donné à celui qui s’approche par la
béatitude divine.» Et ainsi l’objection cesse. Mais si on
entend celui qui donne en vertu d’un ministère, on dit alors que
le caractère baptismal est donné par un hiérarque en
raison de la plus grande sollennité du baptême, qui est parfois
célébré par des pontifes. En effet, c’est ainsi
que Denys transmet le rite du baptême en cet endroit, en indiquant le
prêtre suprême comme ministre du baptême, comme cela
ressort de celui qui examine le texte. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13974] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod in illa etiam
definitione tanguntur quatuor causae characteris. Nam causa formalis tangitur
in hoc quod ponitur genus, cum dicit, distinctio, id est distinctivum
signum; et est genus in praecedenti definitione positum. Causa efficiens
tangitur in hoc quod dicit: charactere aeterno, idest filio, qui est
figura substantiae patris; Hebr. 1. Causa autem materialis in qua ponitur cum
dicit: animae rationali impressa secundum imaginem. Causa vero finalis
ponitur duplex, scilicet configuratio, in hoc quod dicit: consignans
Trinitatem creatam Trinitati creanti et recreanti, idest configurans; et
distinctio in hoc quod dicit: et distinguens a non configuratis secundum
statum fidei. Et sicut hic ponitur genus proximum, ita finis proximus, et
subjectum proximum, et efficiens appropriatum: in quo excedit praedictam
definitionem haec definitio, inquantum per causas magis proximas datur. |
Dans
cette définition aussi, les quatre causes du caractère sont
abordées. Ainsi, la cause formelle est abordée par le fait que
le genre est indiqué, lorsqu’on dit : «Une
distinction», c’est-à-dire un signe distinctif.
C’est le genre qui est indiqué dans la définition
précédente. La cause efficiente est abordée
lorsqu’on dit : «Par le caractère
éternel», c’est-à-dire par le Fils, qui est la
figure de la substance du Père, He 1. La cause matérielle
[est abordée] lorsqu’on dit : «Imprimée dans l’âme
raisonnable selon l’image.» Mais une double cause finale est
indiquée : la conformation, lorsqu’il dit :
«Conférant à la Trinité créée la
Trinité qui crée et recrée»,
c’est-à-dire en conformant ; et la distinction,
lorsqu’il dit : «Et le distinguant de ceux qui ne sont pas
conformés selon l’état de la foi.» Et de même
qu’est indiqué ici le genre prochain, de même en est-il
pour la fin prochaine, le sujet prochain et la cause efficiente prochaine
propre. En cela, cette définition dépasse la définition précédente,
dans la mesure où elle est donnée selon des causes plus
rapprochées. |
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[13975] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod character non est signum tantum ut
distinctionis nota, sed ut distinctionem causans, sicut et alia sacramentalia
signa; et ideo eo indigetur ad distinctionem faciendam. |
1. Le caractère n’est pas seulement un signe
qui dénote une distinction, mais qui cause une distinction, comme les
autres signes sacramentels. C’est pourquoi il en a besoin pour faire
une distinction. |
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[13976]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod istud distinctionis signum est
et propter ipsum hominem qui suscipit, qui eo accipit distinctum posse ab
aliis; et propter alios homines qui eum admittunt ad spirituales actiones, ex
consignatione sacramentali exteriori interiorem perpendentes; et quo ad Deum,
qui ejus actionibus spiritualibus efficaciam praebet. |
2. Cela est un signe distinctif tant pour l’homme
même qui le reçoit, qui ainsi reçoit de pouvoir
être distingué des autres, que pour les autres hommes qui
l’admettent à des actions spirituelles, en jugeant du [signe
sacramentel] intérieur à partir du signe sacramentel
extérieur. Ce l’est aussi par rapport à Dieu, qui donne
l’efficacité à ses actions spirituelles. |
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[13977]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod configuratio ista attenditur ad
Deum secundum participationem divinae potestatis, quae non est neque per
gratiam virtutum, neque per naturam. |
3. Cette conformation est en rapport avec Dieu selon une
participation à la puissance divine, qui n’existe ni par la
grâce des vertus, ni par la nature. |
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[13978]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod fides hominis nota est, caritas
autem incerta. Nihil enim est alicui certius sua fide, ut Augustinus dicit;
sed an habeat caritatem non est alicui certum, et ideo distinctio data magis
respicit fidem quam caritatem vel alias virtutes. Vel dicendum, quod ista
distinctio praecipue attenditur quantum ad operationes, et receptiones, quae
sunt in sacramentis, in quibus maxime operatur fides. |
4. La foi d’un homme est connue, mais sa
charité est incertaine. En effet, rien n’est plus certain pour
quelqu’un que sa foi, comme le dit Augustin ; mais qu’il ait
la charité, cela n’est certain pour personne. Ainsi, la
distinction indiquée concerne davantage la foi que la charité
et les autres vertus. Ou bien il faut dire que cette distinction se prend
principalement des opérations et des réceptions, qui se
réalisent dans les sacrements, dans lesquels la foi est à
l’œuvre au plus haut point. |
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[13979] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod fides sufficienter distinguit fideles ab infidelibus
quantum ad actus fidei, non tamen quantum ad actus spirituales qui competunt
fidelibus, quia ad hoc oportet quod spiritualis potentia addatur. |
5. La foi distingue suffisamment les fidèles des
infidèles pour ce qui est des actes de la foi, mais non pour ce qui
est des actes spirituels qui conviennent aux fidèles, car, pour cela,
une puissance spirituelle est ajoutée. |
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Articulus 3 [13980] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 1 a. 3 tit. Utrum
character sit in essentia animae quasi in subjecto |
Article
3 – Est-ce que le caractère se trouve dans l’essence de
l’âme comme dans son sujet ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le caractère se trouve-t-il dans
l’essence de l’âme ?]
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[13981] Super Sent.,
lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur
quod character sit in essentia animae quasi in subjecto. Dispositio enim et habitus sunt
in eodem subjecto. Sed character disponit ad habitum gratiae. Cum ergo gratia
sit in essentia animae sicut in subjecto, videtur quod etiam character. |
1. Il semble que le caractère se trouve dans
l’essence de l’âme comme dans son sujet. En effet, la
disposition et l’habitus sont dans le même sujet. Or, le
caractère dispose à l’habitus de la grâce. Puisque
la grâce se trouve dans l’essence de l’âme comme dans
son sujet, il semble donc qu’il en est de même du
caractère. |
|
[13982]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, nihil est subjectum potentiae animae nisi
essentia animae. Sed character, ut dictum est, est quaedam spiritualis
potentia. Ergo est in essentia animae sicut in subjecto. |
2. Rien n’est le sujet d’une puissance de
l’âme que l’essence de l’âme. Or, le
caractère, comme on l’a dit, est une certaine puissance
spirituelle. Il se trouve donc dans l’essence de l’âme
comme dans son sujet. |
|
[13983]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, character configurat Trinitatem creatam
increatae, ut patet ex definitione supra posita. Sed Trinitas increata consistit in
potentiis, unitas autem in essentia, ut in 1 Lib., dist. 3, dictum est. Ergo character non est in essentia animae. |
S.c. 1 – Le caractère rend la Trintié
créée conforme à la Trinité
incréée, comme il ressort de la définition donnée
plus haut. Or, la Trinité incréée se trouve dans les
puissances et l’unité dans l’essence, comme on l’a
dit au livre I, d. 3. Le caractère se trouve donc pas dans
l’essence de l’âme. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le caractère se trouve-t-il dans plusieurs puissances de l’âme ?] |
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[13984]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non sit in una potentia, sed in
pluribus. Quia, sicut ex praedicta definitione patet, character est in anima
rationali secundum imaginem, secundum quam etiam est configuratio hominis ad
Deum. Sed
imago non consistit in una tantum potentia, sed in pluribus. Ergo nec character. |
1. Il semble que [le caractère] ne se trouve pas dans une seule puissance, mais dans plusieurs, car, ainsi qu’il ressort de la définition donnée plus haut, le caractère se trouvre dans l’âme raisonnable selon l’image d’après laquelle il est aussi une conformation de l’homme par rapport à Dieu. Or, l’image ne se trouve pas dans une seule puissance seulement, mais dans plusieurs. Donc, le caractère non plus. |
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[13985]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, cujus est potentia, ejus est actio, et e
converso, ut dicitur in 1 de somno et vigilia. Sed actio spiritualis, ad quam
character ordinatur, est per plures potentias, scilicet quia requiritur et
affectiva et intellectiva. Ergo character est in pluribus potentiis, sicut
spiritualis potentia. |
2. L’action appartient à celui à qui
appartient la puissance, comme il est dit dans Sur le sommeil et la veille,
I. Or, l’action spirituelle, à laquelle le caractère est
ordonné, se réalise par plusieurs puissances, car la [puissance]
affective et [la puissance] intellective sont requises. Le caractère
se trouve donc dans plusieurs puissances, comme la puissance spirituelle. |
|
[13986] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed contra, unum accidens non est in pluribus subjectis.
Sed in uno sacramento imprimitur unus character. Ergo non est in pluribus
potentiis. |
S.c. 1 – Un seul accident ne se trouve pas dans
plusieurs sujets. Or, dans un seul sacrement, est imprimé un seul
caractère. Il ne se trouve donc pas dans plusieurs puissances. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le caractère se trouve-t-il dans la puissance affective plutôt que dans la puissance cognitive ?] |
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[13987] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sit magis in affectiva quam cognitiva. Quia character disponit ad gratiam. Sed gratia magis respicit affectivam. Ergo et character. |
1. Il semble que [le caractère] se trouve
plutôt dans la [puissance] affective que dans la [puissance] cognitive,
car le caractère dispose à la grâce. Or, la grâce
concerne plutôt la [puissance] affective. Donc, le caractère aussi. |
|
[13988]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, character est ad assimilandum nos Deo. Sed per
affectum maxime Deo appropinquamus, et similes ei efficimur. Ergo character
est in affectiva. |
2. Le caractère existe en vue de nous assimiler
à Dieu. Or, nous nous approchons de Dieu et lui devenons semblables
surtout par l’affectivité. Le caractère se trouve donc
dans la [puissance] affective. |
|
[13989]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 3 S.c. 1 Sed contra, characterem Dionysius lumini comparat. Sed
lumen magis intellectivae competit quam affectivae. Ergo et character. |
S.c. 1 – Denys compare le caractère à
la lumière. Or, la lumière convient plutôt à la
[puissance] intellective qu’à la [puissance] affective. Donc, le
caractère aussi. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Le caractère est-il indélébile ?] |
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[13990]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod character non indelebiliter insit
potentiae cui inest. Accidens enim diuturnitatem habet ex causa et subjecto. Sed gratia est ab eadem
causa et in eodem subjecto cum charactere. Ergo
cum gratia amitti possit, et character similiter deleri poterit. |
1. Il semble que le caractère ne se trouve pas de
manière indélébile dans la puissance où il se
trouve. En effet, l’accident reçoit sa durée de sa cause
et de son sujet. Or, la grâce vient de la même cause et se trouve
dans le même sujet que le caractère. Puisque la grâce peut
être enlevée, le caractère peut donc aussi être
détruit. |
|
[13991]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 2 Praeterea: cum venerit quod perfectum est, evacuabitur
quod ex parte est; 1 Corinth. 13, 10. Sed character est ex parte: datur
enim ad distinguendum in operibus sacramentalibus, quae competunt secundum
statum viae. Ergo in patria character cessabit, et ita est delebilis. |
2. Lorsque sera venu ce qui est parfait, ce qui est
partiel disparaîtra (1 Co 13, 10). Or, le
caractère est partiel : en effet, il est donné afin
d’opérer une distinction dans les actions sacramentelles qui
conviennent à l’état du cheminement [secundum statum
viae]. Dans la patrie, le caractère cessera donc. Il est ainsi
délébile. |
|
[13992]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 4 S.c. 1 Sed contra, si character deleretur, maxime per culpam
deleretur. Sed per culpam non deletur, quia sacerdos malus non reordinatur,
ut iterum characterem accipiat. Ergo character est indelebilis. |
S.c. 1 – Si le caractère était
détruit, il serait surtout détruit par la faute. Or, il
n’est pas détruit par la faute, car le mauvais prêtre
n’est pas ordonné à nouveau afin de recevoir le
caractère. Le caractère est donc indélébile. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Le Christ a-t-il eu un caractère ?] |
|
[13993]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod Christus habuerit characterem. Ipse
enim sacerdos fuit secundum ordinem Melchisedech, Heb. 7, quod est
sacerdotium novi testamenti. Sed tale sacerdotium requirit characterem. Ergo
Christus habuit characterem. |
1. Il semble que le Christ a eu un caractère. En
effet, il était prêtre selon l’ordre de
Melchisédech, He 7, qui est le sacerdoce de la Nouvelle Alliance.
Or, un tel sacerdoce requiert un caractère. Le Christ donc eu un
caractère. |
|
[13994]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 5 arg. 2 Praeterea, nihil quod est perfectionis quantum ad animam,
vel dignitatis, Christo subtrahendum est. Sed character decorat et nobilitat
animam in qua est. Ergo character in Christo fuit. |
2. Rien de la perfection ou de la dignité de
l’âme ne doit être enlevé au Christ. Or, le
caractère pare et ennoblit l’âme dans laquelle il se
trouve. Il y avait donc un caractère dans le Christ. |
|
[13995]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 5 S.c. 1 Sed contra, character est regeneratorum, et accipientium
aliquid a sacramentis. Sed Christus non accepit aliquid a sacramentis, nec
renatus est etiam: quia, sicut dicit Augustinus, in Enchir., ipse solus ita
potuit nasci, ut non esset ei opus renasci. Ergo non habet characterem. |
S.c. 1 – Le
caractère est propre à ceux qui ont été
régénérés et qui reçoivent quelque chose
des sacrements. Or, le Christ n’a rien reçu des sacrements et il
n’est pas non plus né à nouveau, car, comme le dit Augustin
dans l’Enchiridion, «lui seul a pu naître sans
qu’il lui soit nécessaire de naître à
nouveau». Il n’a donc pas de caractère. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[13996] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
natura proportionaliter spiritualitati substernitur, sicut perfectibile
perfectioni. Unde sicut gratia, quae est spiritualis vitae principium, est in
essentia animae sicut in subjecto; ita et character, qui est spiritualis
potentia, est sicut in subjecto in naturali potentia animae, et non in
essentia animae, ut quidam dicunt, nisi mediante potentia animae. |
La nature est soumise à ce qui est spirituel comme
ce qui est perfectible à la perfection. Aussi, de même que la
grâce, qui est le principe de la vie spirituelle, se trouve dans
l’essence de l’âme comme dans son sujet, de même le
caractère, qui est une puissance spirituelle, se trouve-t-il dans une
puissance de l’âme comme dans son sujet, et non dans
l’essence de l’âme, comme certains le disent, si ce
n’est par l’intermédiaire d’une puissance de
l’âme. |
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[13997]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod dispositionem esse in eodem
cum eo ad quod disponit, non est necesse, nisi quando dispositio postea fit
perfectio, sicut scientia quae prius fuit dispositio, postea fit habitus; et
ideo scientia dispositio et scientia habitus sunt in eodem subjecto proximo.
Non autem hoc oportet quando dispositio et perfectio differunt per essentiam;
sed possunt esse in diversis subjectis; et praecipue quando illa diversa
habent ordinem ad invicem; sicut operatio sensibilis est dispositio ad
intelligibilem operationem, et similiter character est dispositio ad gratiam. |
1. Qu’une disposition se trouve dans ce
qu’elle dispose, cela n’est pas nécessaire, sauf lorsque
la dispotion devient par la suite une perfection, comme la science, qui
était d’abord une disposition, devient par la suite un habitus.
C’est pourquoi la science comme disposition et la science comme habitus
se trouvent dans le même sujet rapproché. Mais cela n’est
pas nécessaire lorsque la disposition et la perfection
diffèrent selon l’essence : elles peuvent se trouver dans
des sujets différents, surtout lorsque ces sujets différents
ont un ordre entre eux, comme l’opération sensible est une disposition
à l’opération intelligible. Et ainsi, le caractère
est une disposition à la grâce. |
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[13998]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod illa objectio procedit de
potentiis naturalibus; sed potentias spirituales oportet fundari in
naturalibus. |
2. Cette objection vient des puissances naturelles ;
mais il est nécessaire que les puissance spirituelles soient
fondées sur les [puissances] naturelles. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[13999] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod esse in
pluribus potentiis est dupliciter: aut ita quod aequaliter sit in omnibus,
sicut essentia animae est in omnibus potentiis; aut ita quod sit in una per
prius, et per posterius respiciat alias mediante illa in qua primo est; sicut
electio est in intellectu et appetitu, et formaliter in appetitu perficitur,
ut patet per philosophum in 6 Ethicor. Primo ergo modo nullum accidens potest
esse in pluribus potentiis quia accidens numeratur et distinguitur penes
materiam et distinctionem subjecti; et ideo cum character sit accidens, non
potest esse in pluribus potentiis animae primo modo, sed secundo modo: quia
unam respicit per prius, et alias per posterius. |
Il y a deux façons de se trouver dans plusieurs
puissances : se trouver de manière égale dans toutes [les
puissances], comme l’essence de l’âme se trouve dans toutes
les puissances ; ou qu’une partie s’y trouve en
priorité, et que, par la suite, elle soit en rapport avec les autres
par l’intermédiaire de celle où elle se trouve en
premier, comme le choix se trouve dans l’intellect et dans
l’appétit, et s’accomplit de manière formelle dans
l’appétit, comme cela ressort de ce que dit le Philosophe dans
Éthique, VI. De la première façon, aucun accident ne
peut donc se trouver dans plusieurs puissances parce que l’accident se
dénombre et se distingue selon la matière et la distinction du
sujet. Aussi, puisque le caractère est un accident, il ne peut se
trouver dans plusieurs puissances de l’âme de la première
manière, mais de la seconde, car il en concerne une en priorité,
et les autres par la suite. |
|
[14000] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 2 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod etiam potentiae magis habent ordinem ad invicem,
ut in 1 Lib. dictum est; et ideo quod est in una, potest aliquando ad alias
redundare. |
1. Les puissances aussi ont plutôt un ordre entre
elles, comme on l’a dit dans le livre I. C’est pourquoi ce qui se
trouve dans l’une peut parfois rejaillir sur les autres. |
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[14001] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quando ad unam actionem
requiruntur plures potentiae, in illa actione est principalis una potentia
quasi movens et trahens alias in obsequium sui, et aliae induunt quodammodo
formam ipsius; et ideo ex eo quod est in principali potentia, potest actio
illa sufficienter perfici. |
2. Lorsque plusieurs puissances sont nécessaires
pour une seule action, une puissance est la principale dans cette action en
tant qu’elle meut et entraîne les autres à la suivre, et
les autres revêtent d’une certaine façon sa forme.
C’est pourquoi, du fait qu’elle se trouve dans la puissance
principale, cette action peut être suffisamment accomplie. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14002] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem dicendum, quod imago principaliter consistit in potentia
cognitiva, quia ex memoria et intelligentia oritur voluntas; unde tota imago
est in intellectiva parte sicut in radice; et ideo omne quod attribuitur
homini ratione imaginis, principaliter respicit intellectivam, et ex
consequenti affectivam: quia etiam ex intellectiva parte habet homo quod sit
homo; sed ex affectiva quod sit bonus vel malus; et ideo quia character
respicit imaginem, principaliter est in intellectiva parte. |
L’image réside principalement dans la
puissance cognitive, car la volonté est issue de la mémoire et
de l’intelligence. Aussi l’image se trouve-t-elle en
totalité dans la partie intellective comme dans sa source. C’est
pourquoi tout ce qui est attribué à l’homme en raison de
l’image concerne principalement la [partie] intellective et, de
manière conséquente, la [partie] affective, car l’homme
tient d’être homme de la partie intellective, mais il tient de la
[partie] affective d’être bon ou mauvais. Ainsi, parce que le
caractère concerne l’image, se trouve-t-il principalement dans
la partie intellective. |
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[14003] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod gratia non est neque in intellectiva
neque in affectiva, sed in essentia animae; tamen magis de propinquo respicit
affectivam, quia gratia datur ad bene operandum; qualiter autem aliquis
operetur, praecipue ex voluntate pendet. Sed character datur ad exercendas
actiones spirituales aliquas simpliciter: quod autem bene vel male fiant, hoc
est per gratiam et per habitum virtutum; et ideo non est similis ratio de
charactere et gratia. |
1. La grâce ne se trouve ni dans la [partie]
intellective, ni dans la [partie] affective, mais dans l’essence de
l’âme. Cependant, elle concerne de plus près la [partie]
affective, car la grâce est donnée pour bien agir, et la
manière dont quelqu’un agit dépend principalement de la
volonté. Mais le caractère est donné pour poser
simplement des actes spirituels, mais qu’ils soient bien ou mal faits,
cela relève de la grâce et de l’habitus. Ainsi, le
raisonnement n’est pas la le même pour le caractère et
pour a grâce. |
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[14004]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod assimilatio in bonitate
praecipue est ad Deum per voluntatem; sed assimilatio in esse et posse magis
est ex parte intellectus: quia ex hoc ipso quod aliquid esse immateriale
habet, intellectivum est, et potentiam habet quodammodo infinitam, secundum
quod intellectus universalium est, quae quodammodo infinita sunt virtute; et
ideo cum conformitas characteris respiciat spiritualem potestatem, magis
competit intellectivae parti quam affectivae. |
2. L’assimilation à la bonté par
rapport à Dieu se réalise principalement par la
volonté ; mais l’assimilation par l’être et le
pouvoir vient d’avantage de l’intellect, car par le fait
même que quelque chose a un être immatériel, cela est
intelligent et possède une puissance en quelque sorte infinie, en
sorte que l’intellect porte sur les réalités universelles,
qui, d’une certaine façon, ont une puissance infinie. Aussi,
comme la conformité du caractère concerne le pouvoir spirituel,
il convient davantage à la partie intellective qu’à la
[partie] affective. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[14005] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 3 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod impressio
characteris est per quamdam animae rationalis sanctificationem, prout
sanctificatio dicitur deputatio alicujus ad aliquid sacrum. Ad hanc autem
sanctificationem non magis active comparatur anima sanctificanda, quam aqua
sanctificanda, vel oleum vel chrisma, ad sui sanctificationem; nisi quod homo
se subjicit tali sanctificationi per consensum, res autem praedictae
subjiciuntur, quia libero arbitrio carent; et ideo qualitercumque anima
varietur per proprias operationes, nunquam characterem amittit; sicut nec
chrisma nec oleum nec panis consecratus unquam sanctificationem perdunt,
qualitercumque transmutentur, dummodo non corrumpantur. |
L’impression du caractère se réalise
par une certaine sanctification de l’âme raisonnable, au sens
où la sanctification signifie l’affectation d’une chose
à quelque chose de sacré. Le rapport de l’âme
à sanctifier avec cette sanctification n’a pas un caractère
plus actif que celui de l’eau à sanctifier, ou de l’huile
ou du chrême à leur sanctification, sauf que l’homme se
soumet à une telle sanctification par consentement, mais les choses
mentionnées y sont soumises parce que le libre arbitre leur fait
défaut. Aussi, quelque changement qu’il survienne dans
l’âme par ses propres opérations, elle ne perd jamais le
caractère, comme ni le chrême, ni l’huile, ni le pain
consacrés ne perdent jamais leur sanctification, quelle que soit leur
transformation, à condition qu’ils ne soient pas détruits. |
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[14006]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod causa indelebilitatis
characteris est ex parte subjecti, quod est incorruptibile, et ex parte
causae, quae est invariabilis. Gratia autem habet aliquo modo causam non
efficientem, sed disponentem ex parte subjecti: quia, secundum Augustinum: qui
creavit te sine te, non justificabit te sine te; et ideo per
indispositionem subjecti gratia amittitur. |
1. La cause de l’indélébilité
du caractère vient du sujet, qui est incorruptible, et de sa cause,
qui ne change pas. Or, la grâce possède d’une certaine
façon une cause non efficiente, mais qui dispose le sujet. En effet,
selon Augustin : «Celui qui t’a créé sans toi
ne te justifiera pas sans toi.» Ainsi, la grâce est perdue en
raison du sujet mal disposé. |
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[14007] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 3 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod per characterem homo configuratur
ad hoc quod sit de coetu fidelium, et particeps hierarchicarum actionum.
Ecclesiasticae autem hierarchiae succedit caelestis; et ideo ad communionem fidelium
in Ecclesia triumphante, et ad participationem actionum caelestis hierarchiae
character in patria perficiet; et sic erit ad alios actus; sicut virtutes et
dona in damnatis etiam manent. Sed hoc est per accidens praeter intentionem
imprimentis characterem, quod recipiens damnetur; et ideo non est ibi ordinatus
ad aliquem finem: quia quae praeter intentionem accidunt, carent ordine ad
finem. Tamen Deus, qui nihil inordinatum
relinquit, elicit ex hoc aliquod bonum, scilicet quod appareat justior eorum damnatio
qui tantum munus neglexerunt. |
2. Par le caractère, l’homme est
configuré en vue de faire partie de l’assemblée des
fidèles et de participer aux actions hiérarchiques. Or, la
hiérarchie céleste succède à la hiérarchie
ecclésiastique. Aussi le caractère perfectionnera-t-il dans la
patrie en vue de la communion des fidèles dans l’Église
triomphante et de la participation aux actions de la hiérarchie
céleste dans la patrie. Il servivra ainsi à d’autres
actes. De la même manière, les vertus et les dons demeurent-ils
chez les damnés. Mais que celui qui le reçoit soit
damné, cela est un accident par rapport à l’intention de
celui qui imprime le caractère ; aussi n’est-il pas
là ordonné à une fin, car l’ordre à la fin
fait défaut à ce qui arrive hors de l’intention.
Toutefois Dieu, qui ne laisse rien de désordonné, tire un bien
de cela, à savoir que la condamnation de ceux qui ont
négligé un si grand don apparaît plus juste |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[14008] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 3 qc. 5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod quidam dicunt,
quod Christus non habuit characterem baptismalem, quia a Baptismo nihil
accepit: habuit autem characterem ordinis, qui pertinet ad quemdam eminentem
statum. Sed melius est, si dicatur, quod Christus nullum characterem habuit:
quia ipse habuit potestatem plenitudinis in sacramentis, quasi ea instituens,
et eis efficaciam praebens. Unde sicut poterat inducere effectum sacramenti
in aliquo sine sacramento exteriori, ita ex parte ipsius ad hoc non
requirebatur aliquod sacramentale interius. |
Certains disent que le Christ n’a pas eu le
caractère baptismal parce qu’il n’a rien reçu du
baptême, mais qu’il a eu le caractère de l’ordre,
qui est en rapport avec un état éminent. Mais il est mieux de
dire que le Christ n’a eu aucun caractère, car il a
possédé le pouvoir plénier sur les sacrements en tant
qu’il les a institués et leur a donné leur
efficacité. Aussi, de même qu’il pouvait octroyer
l’effet du sacrement à quelqu’un sans le sacrement
extérieur, de même une réalité sacramentelle
extérieure n’était-il pas nécessaire de sa part. |
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[14009]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 3 qc. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ipse fuit sacerdos, quasi
sacerdotium instituens; et ideo ejus non est habere characterem, sed illius
qui aliunde sacerdotium recipit, ut per characterem principali sacerdoti
configuretur. |
1. Lui-même était prêtre en tant que
celui qui a institué le sacerdoce. C’est pourquoi il n’a
pas à posséder de caractère, mais cela revient à
celui qui reçoit d’ailleurs le sacerdoce, afin qu’il soit
rendu conforme au prêtre principal par le caractère. |
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[14010] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 3 qc. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod aliquid est perfectionis
in nobis quod non esset Christi, sicut gratia adoptionis; et similiter est de
charactere, qui poneret in eo potestatem spiritualem coarctatam, et ab alio
derivatam. |
2. Il y a en nous une certaine perfection qui
n’existait pas chez le Christ, telle la grâce d’adoption.
De même en est-il du caractère, qui lui donnerait un pouvoir
spirituel limité et dérivé d’un autre. |
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Articulus 4 [14011] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 1 a. 4 tit. Utrum character solum in sacramentis novae legis
imprimatur |
Article
4 – Est-ce qu’un caractère est imprimé seulement
dans les sacrements de la nouvelle loi ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Un sacrement est-il imprimé seulement par
les sacrements de la loi nouvelle ?]
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[14012] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod non solum in sacramentis novae legis
character imprimatur. Characteris enim effectus est configurare et
distinguere. Sed hoc faciunt virtutes: quia in eis boni et a malis
distinguuntur, et Deo assimilantur. Ergo per virtutes, et non per sacramenta
novae legis tantum, character imprimitur. |
1. Il semble qu’un caractère ne soit pas imprimé seulement par les sacrements de la loi nouvelle. En effet, l’effet du caractère est de conformer et de distinguer. Or, les vertus font cela, car les bons sont distingués des mauvais et assimilés à Dieu par elles. Le caractère est donc imprimé par les vertus, et non par les sacrements de la loi nouvelle. |
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[14013] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, sicut per sacramenta novae legis
distinguitur populus fidelis ab infideli, ita per sacramenta veteris legis
distinguebatur. Ergo sacramenta novae legis non magis imprimunt characterem quam
sacramenta veteris legis. |
2. De même que le peuple fidèle est distingué du peuple infidèle par les sacrements de la loi nouvelle, de même était-il distingué par les sacrements de la loi ancienne. Les sacrements de la loi nouvelle n’impriment donc pas davantage de caractère que les sacrements de la loi ancienne. |
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[14014] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, habens characterem non baptizatur, quia
alii characteres Baptismum praesupponunt, qui etiam iterari non debet. Sed habentes virtutem,
et qui sacramenta veteris legis susceperant, baptizabantur. Ergo neque per
virtutes neque per sacramenta veteris legis character imprimitur. |
S.c. 1 – Celui qui possède un
caractère n’est pas baptisé, car les autres
caractères présupposent le baptême, qui ne peut pas non
plus être répété. Or, ceux qui possédaient
la vertu et qui avaient reçu les sacrements de la loi ancienne
étaient baptisés. Un caractère n’est n’est
donc imprimé ni par les vertus, ni par les sacrements de la loi
ancienne. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Un caractère est-il imprimé par tous les sacrements de la loi nouvelle ?] |
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[14015] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod per omnia sacramenta legis
novae imprimatur character. In quolibet enim sacramento novae legis est
aliquid quod est sacramentum tantum, et aliquid quod est res tantum, et
aliquid quod est res et sacramentum. Sed character
in Baptismo est illud quod est res et sacramentum. Ergo in quolibet
sacramento novae legis imprimitur character. |
1. Il semble qu’un caractère soit
imprimé par tous les sacrements de la loi nouvelle. En effet, dans
chaque sacrement de la loi nouvelle, il existe quelque chose qui est le sacrement
seulement [sacramentum tantum], quelque chose qui est la
réalité seulement [res tantum] et quelque chose qui est la
réalité et le sacrement [res et sacramentum]. Or, dans le baptême,
le caractère est ce qui est la réalité et le sacrement
[res et sacramentum]. Dans chaque sacrement de la loi nouvelle, un
caractère est donc imprimé. |
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[14016] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, quolibet sacramento novae legis confertur
gratia, et distinguitur recipiens a non recipiente. Cum ergo character sit disponens
ad gratiam, et distinguat, videtur quod in quolibet sacramento novae legis
character imprimatur. |
2. La grâce est
conférée par chaque sacrement de la loi nouvelle et celui qui
le reçoit y est distingué de celui qui ne le reçoit pas.
Puisque le caractère dispose à la grâce et distingue, il
semble donc que, dans chaque sacrement de la loi nouvelle, un
caractère soit imprimé. |
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[14017]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 2 S.c. 1 Sed contra, nullum sacramentum, in quo character
imprimitur, iteratur: quia character indelebilis est. Sed quaedam sacramenta iterantur.
Ergo non omnia sacramenta novae legis characterem imprimunt. |
S.c. 1 – Aucun
sacrement dans lequel un caractère est imprimé n’est
répété, car le caractère est
indélébile. Or, certains sacrements sont
répétés. Tous les sacrements de la loi nouvelle
n’impriment donc pas de caractère. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Un caractère est-il imprimé par le sacrement de baptême ?] |
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[14018]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in sacramento Baptismi character
non imprimatur. Baptismus enim sanguinis est dignior quam Baptismus fluminis,
quia meretur aureolam. Sed in Baptismo sanguinis non imprimitur character. Ergo nec in
Baptismo fluminis. |
1. Il semble que, par le sacrement de baptême, un
caractère n’est pas imprimé. En effet, le baptême
de sang est plus digne que le baptême d’eau, car il mérite
une auréole. Or, un caractère n’est pas imprimé
par le baptème de sang. Il ne l’est donc pas non plus dans le baptême
d’eau. |
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[14019]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Baptismus fluminis non habet supra Baptismum
flaminis nisi aquam. Sed Baptismus ratione aquae non potest imprimere
characterem: alias Baptismus Joannis impressisset characterem: quod esse non
potest, cum baptizati a Joanne iterum baptizarentur, ut supra, dist. 2, art. 4, dictum est.
Ergo nec Baptismus fluminis characterem imprimit. |
2. Le baptême d’eau ne dépasse que par
l’eau le baptême de feu. Or, le baptême ne peut imprimer de
caractère en raison de l’eau, autrement le baptême de Jean
aurait imprimé un caractère, ce qui ne peut pas être le
cas, puisque ceux qui avaient été baptisés par Jean
devaient être à nouveau baptisés, comme on l’a dit
dans d. 2, a. 4. Le baptême d’eau n’imprime donc pas non
plus de caractère. |
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[14020] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 3 S.c. 1 Sed contra est auctoritas Dionysii, ex qua
characteris traditio derivatur: quia ipse inducit verba illa unde definitio
characteris accipitur in tractatu de Baptismo. |
S.c. 1 – En sens contraire, il y a
l’autorité de Denys, dont est issue la tradition concernant le
caractère, car lui-même invoque les paroles d’où
est tirée la définition du caractère dans le
traité du baptême. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Le caractère vient-il du seul Fils comme de sa cause efficiente première ?] |
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[14021]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod character sit sicut a causa
efficiente prima a solo filio. Character enim est distinctio a charactere
aeterno impressa etc., ut supra, art. 2, quaestiunc. 2, dictum est. Sed
character aeternus est solus filius, sicut et imago. Ergo a solo filio
character imprimitur. |
1. Il semble que le caractère ne vienne que du seul Fils comme de sa cause efficiente première. «En effet, le caractère est une distinction imprimée par le caractère éternel, etc.», comme on l’a dit plus haut dans a. 2. Or, le caractère éternel est le Fils seul, comme l’image. Le caractère est donc imprimé par le seul Fils. |
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[14022]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 2 Praeterea, charactere configuratur et assimilatur anima
Deo. Sed principium assimilationis ad Deum est filius; unde Augustinus filium
nominat similitudinem, per quam ad unitatem reformamur, ut patet 1 Lib.,
dist. 3. Ergo character est tantum a filio. |
2. Par le caractère, l’âme est rendue conforme à Dieu. Or, le principe d’assimilation à Dieu est le Fils. Ainsi Augustin nomme-t-il le Fils la ressemblance par laquelle nous retrouvons la forme de l’unité, comme cela ressort du livre I, d. 3. Le caractère vient donc seulement du Fils. |
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[14023]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 4 S.c. 1 Sed contra est quod Dionysius dicit, quod signum
characteris datur a divina beatitudine. Sed divina beatitudo est communis
tribus personis. Ergo character non datur a solo filio. |
S.c. 1 – En sens contraire, Denys dit que le signe
du caractère est donné par la béatitude divine. Or, la
béatitude divine est commune aux trois personnes. Le caractère
n’est donc pas donné par le Fils seul. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14024] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod, sicut in 2 Ethic., dicit
philosophus: virtus ex quibus innascitur, ea operatur, loquens de
virtute acquisita; et similiter est in omnibus virtutibus quae ex aliquibus
actibus aliquo modo causantur. Unde cum character sit virtus, seu potentia
spiritualis ad actiones sacramentales ordinata, si ex aliquo quod per nos
fiat, imprimi character debeat, oportet quod per sacramenta novae legis imprimatur,
et per ea tantum, quia ad illas actiones tantum directe illa potentia ordinatur. |
Comme le dit le Philosophe dans Éthique, II, en
parlant de la vertu acquise, «la vertu accomplit ce dont elle est
issue». Il en va de même de toutes les vertus qui sont
causées d’une certaine manière par certains actes.
Puisque le caractère est une vertu ou puissance spirituelle
ordonnée à des actions sacramentelles, si le caractère
doit être imprimé par quelque chose qui est fait par nous, il
est nécessaire qu’il soit imprimé par les sacrements de
la loi nouvelle et par eux seulement, car cette puissance n’est
ordonnée directement qu’à ces actions. |
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[14025] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod actiones spirituales
ad quas character ordinat, intra Ecclesiam tantum exercentur; et ideo pro nihilo
potestas ad illas actiones daretur alicui, nisi tali modo quod innotesceret
illis qui sunt de Ecclesia, ut eum ad tales actiones admittant. Per gratiam
autem, et virtutes non posset innotescere quia ignotae sunt; et ideo oportet
quod imprimatur character per signa visibilia sacramentorum. |
1. Les actions spirituelles auxquelles le
caractère ordonne sont exercées à
l’intérieur de l’Église seulement. C’est
pourquoi un pouvoir en vue de ces actions serait donné à
quelqu’un inutilement, s’il n’était pas porté
à la connaissance de ceux qui font partie de l’Église, de
telle façon qu’ils l’admettent à de telles actions.
Or, il ne pourrait être connu par la grâce et les vertus parce
qu’elles ne sont pas connues. Il est donc nécessaire qu’il
soit imprimé par les signes visibles des sacrements. |
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[14026] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sacramenta veteris legis
ex opere operato nihil conferebant, et ideo illae actiones non requirebant aliquam
spiritualem potestatem; et ideo nec ab illis, nec ad illa imprimebatur
character. |
2. Les sacrements de
la loi ancienne ne conféraient rien en vertu de l’action accomplie
[ex opere operato]. C’est pourquoi ces actions
n’exigeaient pas un pouvoir spirituel. Ainsi un caractère
n’était-il imprimé ni par ceux-là ni pour
ceux-là. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14027] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod sacramenta
legis novae sunt sanctificationes quaedam. Sanctificatio autem duobus modis
accipitur. Uno modo pro emundatione, quia sanctum est mundum. Alio modo pro
mancipatione ad aliquod sacrum, sicut dicitur altare sanctificari, vel
aliquod hujusmodi. Omnia ergo sacramenta sunt sanctificationes primo modo,
quia omnia dantur in remedium contra aliquem defectum, ut dictum est prius,
dist. 2, sed quaedam sunt sanctificationes etiam secundo modo, sicut patet
praecipue in ordine, quia ordinatus mancipatur ad aliquid sacrum: non autem
omnia, sicut patet de poenitentia. Quicumque autem mancipatur ad aliquid
sacrum spirituale exercendum, oportet quod habeat spiritualem potestatem, et
solum talis; et ideo non omnia sacramenta novae legis characterem imprimunt,
sed quaedam, quae etiam secundo modo sanctificationes sunt. |
Les sacrements de la loi nouvelle sont des
sanctifications. Or, la sanctification s’entend de deux
manières. D’une manière, de la purification, car ce qui
est saint est pur. D’une autre manière, de l’affectation
à quelque chose de sacré, comme on dit qu’un autel est santifié
ou quelque chose de ce genre. Tous les sacrements sont donc des
sanctifications selon la première manière, car tous sont
donnés comme un remède contre quelque carence, comme on
l’a dit antérieurement, d. 2. Mais certains sont aussi des
sanctifications selon la seconde manière, comme cela ressort
principalement dans l’ordre, car celui qui est ordonné est
affecté à quelque chose de sacré ; mais ce
n’est pas le cas de tous [les sacrements], comme cela est clair pour la
pénitence. Or, il est nécessaire que tous ceux qui sont
affectés à accomplir quelque chose de spirituel
possèdent un pouvoir spirituel, et seulement ceux-là.
C’est pourquoi tous les sacrements de la loi nouvelle n’impriment
pas de caractère, mais certains, qui sont aussi des sanctifications
selon la seconde manière. |
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[14028] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis illud quod est res et sacramentum,
in Baptismo sit character, non tamen oportet quod sit character in omnibus
sacramentis in quibus est res et sacramentum. Quid autem sit res et
sacramentum in singulis, postea singillatim ostendetur. |
1. Bien que ce qui est la réalité et le
sacrement soit un caractère dans le baptême, il n’est
cependant pas nécessaire que ce soit un caractère dans tous les
sacrements dans lesquels il y a réalité et sacrement. On
montrera plus loin cas par cas ce qu’est la réalité et le
sacrement dans chacun [des sacrements]. |
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[14029]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quamvis quodlibet sacramentum
distinguat a non habente, non tamen tali distinctione indelebili, qualis est
distinctio in sacramentis sanctificantibus secundo modo; et ideo non est
simile de omnibus sacramentis. |
2. Bien que tout sacrement établisse une
distinction par rapport à celui qui ne le reçoit pas, il ne le
fait cependant pas par une distinction indélébile comme
l’est la distinction dans les sacrements qui sanctifient selon la
seconde manière. Ce n’est donc pas la même chose dans tous
les sacrements. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14030] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem, dicendum, quod sicut in naturalibus est potentia activa et
potentia naturalis passiva; ita etiam in spiritualibus est potentia
spiritualis quasi passiva per quam homo efficitur susceptivus spiritualium
actionum; et talis spiritualis potentia confertur in Baptismo: quia non
baptizatus effectum aliorum sacramentorum suscipere non posset, unde et per
consequens nec aliis tradere: et haec est prima distinctio, qua communiter
totus populus fidelis, cujus est sacramentorum participem esse, ab aliis
distinguitur. Alia potentia est activa spiritualis ordinata ad sacramentorum
dispensationem, et aliarum sacrarum hierarchicarum actionum exercitium; et
haec potestas traditur in confirmatione et ordine, ut suis locis patebit. Et quia in ecclesiastica hierarchia
non omnes sunt agentes, ut puta perficientes purgantes, et illuminantes,
sicut omnes sunt recipientes puta purgandi, illuminandi, perficiendi, ut
dicit Dionysius; ideo isti duo characteres non distinguunt populum Dei
universaliter ab aliis, sed quosdam de populo ab aliis. |
De même que, dans les choses naturelles, il existe
une puissance active et une puissance naturelle passive, de même aussi,
dans les choses spirituelles, existe-t-il une puissance spirituelle pour
ainsi dire passive, par laquelle l’homme est rendu capable de recevoir
des actions spirituelles. Une telle puissance spirituelle est
conférée par le baptême, car le non-baptisé ne
pourrait recevoir les effets des autres sacrements et, par conséquent,
ne pourrait pas les donner. Telle est la première distinction par
laquelle, d’une manière générale, tout le peuple
fidèle, à qui il revient de participer aux sacrements, est
distingué des autres. Une autre puissance est [une puissance]
spirituelle active ordonnée à la dispensation des sacrements et
à l’exercice des autres actions saintes hiérarchiques.
Cette puissance est conférée par la confirmation et
l’ordre, comme on le montrera aux endroits appropriés. Et parce
que, dans la hiérarchie ecclésiastique, tous ne sont pas
actifs, ainsi ceux qui perfectionnent en purifiant et en illuminant, alors que
tous sont réceptifs, ainsi ceux qui doivent être purifiés,
illuminés et perfectionnés, comme le dit Denys, ces deux
caractères ne distinguent pas des autres le peuple de Dieu d’une
manière universelle, mais certains parmi le peuple par rapport aux autres. |
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[14031] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Baptismus sanguinis non habet efficaciam
sacramentalem, sed solum meritoriam; et ideo ibi non confertur potestas
spiritualis ad actiones hierarchicas, nec character sicut in Baptismo fluminis,
quod est sacramentum. |
1. Le baptême de sang n’a pas
d’efficacité sacramentelle, mais seulement méritoire.
C’est pourquoi il n’y est pas conféré de puissance
spirituelle en vue d’actions hiérarchiques, ni de
caractère, comme dans le baptême d’eau, qui est un
sacrement. |
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[14032] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod nec Baptismus flaminis
tantum, nec Baptismus aquae tantum sufficit ad sacramentum novae legis; et
ideo neuter eorum characterem imprimit. |
2. Ni le baptême de feu seul, ni le baptême
d’eau seul ne suffit pour le sacrement de la loi nouvelle. C’est
pourquoi aucun des deux n’imprime de caractère. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[14033] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod omnis effectus
in creatura est communiter a tota Trinitate; unde et character non est tantum
a filio, sed a tribus personis. Attribuitur autem filio tum propter rationem
similitudinis ad proprium personae, quia ipse per proprietatem est imago et
figura, sive character patris; tum quia virtus passionis Christi operatur in
sacramentis. |
Tout effet dans la créature vient de toute la Trinité d’une manière générale. Aussi le caractère ne vient-il pas seulement du Fils, mais des trois personnes. Mais il est attribué au Fils en raison de la similitude par rapport à une personne particulière, car [le Fils] est à proprement parler une image, une figure ou un caractère du Père. Il lui est aussi [attribué] parce que la puissance de la passion du Christ agit dans les sacrements. |
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[14034] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 1 a. 4 qc. 4 ad arg. Et per hoc patet solutio ad objecta. |
La solution des arguments est ainsi claire. |
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Quaestio 2 |
Question 2 –
[L’effet du baptême quant à sa réalité qui
n’est pas un sacrement]
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Prooemium |
Prologue
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[14035] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 pr. Deinde quaeritur de effectu Baptismi, qui est res et non sacramentum;
et circa hoc quaeruntur tria: 1 de effectu ipsius quantum ad remotionem mali;
2 de effectu ipsius quantum ad collationem boni; 3 utrum effectus ejus aequaliter
participetur. |
On
s’interroge ensuite sur l’effet du baptême qui est une
réalité sans être un sacrememnt [res et non sacramentum].
À ce propos, trois questions sont posées : 1 – Son
effet pour ce qui est de l’enlèvement du mal ; 2 –
Son effet pour ce qui est du bien conféré ; 3 –
Est-ce que tous participent également à son effet ? |
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Articulus 1 [14036] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 tit. Utrum Baptismus tollat actualem culpam |
Article
1 – Est-ce que le baptême enlève la faute actuelle ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le baptême enlève-t-il la faute
actuelle ?]
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[14037] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod Baptismus non
tollat actualem culpam. Baptismus enim non tollit actualem culpam nisi adsit
contritio: quia nullus suae voluntatis arbiter constitutus in quo solum
potest esse actualis culpa potest inchoare novam vitam, nisi poeniteat eum
veteris vitae, ut in littera dicitur. Contritio autem per se etiam sine Baptismo delet culpam
actualem. Ergo Baptismus nihil facit ad deletionem actualis culpae. |
1. Il semble que le baptême n’enlève
pas la faute actuelle. En effet, le baptême n’enlève la
faute actuelle que si la contrition l’accompagne, car nul qui est
arbitre de sa volonté, où seul peut exister la faute actuelle,
ne peut commencer une nouvelle vie s’il ne se repent pas de sa vie
ancienne, comme il est dit dans le texte. Or, la contrition détruit
par elle-même, sans le baptême, la faute actuelle. Le
baptême ne contribue donc en rien à la destruction de la faute
actuelle. |
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[14038] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, diversorum diversae sunt medicinae: quia
non sanat oculum quod sanat calcaneum, ut dicit Hieronymus. Sed Baptismus directe
ordinatur ut medicina contra peccatum originale. Ergo non potest salvare ab
actuali. |
2. Les remèdes varient selon les cas, car ce qui
soigne l’œil ne soigne pas le talon, comme le dit
Jérôme. Or, le baptême est ordonné directement
comme remède contre le péché originel. Il ne peut donc
sauver de la [faute] actuelle. |
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[14039]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, aliquis qui est in proposito peccandi, non
potest consequi peccati remissionem. Sed contingit aliquem dum baptizatur,
peccare venialiter, vel in proposito peccandi venialiter remanere; nec tamen
propter hoc reputatur fictus. Ergo etiam in non fictis Baptismus non tollit
culpam actualem. |
3. Celui qui a le propos de pécher ne peut obtenir
la rémission du péché. Or, il arrive que
quelqu’un, alors qu’il est baptisé, pèche
véniellement ou garde le propos de pécher véniellement ;
il n’est cependant pas réputé feindre pour autant.
Même chez ceux qui ne feignent pas, le baptême
n’enlève donc pas la faute actuelle. |
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[14040] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 1 S.c. 1 Sed contra est quod dicit Augustinus in Enchir.: baptizati
non uni tantum peccato, sed multis magis aut omnibus moriuntur quaecumque jam
propria commiserunt vel cogitatione vel locutione vel opere. Sed haec sunt peccata
actualia. Ergo Baptismus tollit culpam actualem. |
S.c. 1 – Ce que dit Augustin dans
l’Enchiridion va en sens contraire : «Ceux qui sont
baptisés meurent non seulement à un seul péché,
mais à plusieurs ou à tous ceux qu’ils ont
déjà commis par leurs propres pensée, parole ou
action.» Le baptême enlève donc la faute actuelle. |
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[14041] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, Baptismus est ordinatus ad tollendum
culpam originalem. Sed originale non potest tolli sine actuali, etiam ei qui
utrumque habet: quia impium est a Deo dimidiam sperare veniam, ut infra
dicetur, dist. 15. Ergo Baptismus etiam
tollit culpam actualem. |
S.c. 2 – Le baptême est ordonné
à enlever la faute originelle. Or, le [péché] originel
ne peut être enlevé sans le [péché] actuel,
même chez celui qui a les deux, car il est impie d’espérer
de Dieu une moitié de pardon, comme on le dira plus loin, d. 15. Le
baptême enlève donc la faute actuelle. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le baptême enlève-t-il toute la peine temporelle due pour le péché actuel ?] |
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[14042] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non tollit omnem poenam
temporalem debitam actuali peccato. Quia
sicut Augustinus dicit, peccatum aut homo punit, aut Deus. Si ergo homo in
seipso non puniat peccatum quod commisit a Deo punietur; et ita per Baptismum
actualis peccati poena non totaliter tollitur. |
1. Il semble que [le baptême] n’enlève
pas toute peine temporelle due pour le péché actuel, car, comme
le dit Augustin, «l’homme ou Dieu punit pour le
péché». Si donc l’homme ne punit pas en
lui-même le péché qu’il a commis, Dieu le punira.
Et ainsi, par le baptême, la peine du péché actuel
n’est pas totalement enlevée. |
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[14043] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, culpa non potest ordinari nisi per poenam. Sed
Deus nil inordinatum relinquit. Ergo non dimittit quin pro culpa aliquam
poenam infligat; et sic Baptismus non absolvit ab omni poena. |
2. La faute ne peut revenir à l’ordre que
par la peine. Or, Dieu n’a rien laissé de
désordonné. Il n’enlève donc pas [la faute] sans
une certaine peine. Et ainsi, le baptême n’absout pas de toute
peine. |
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[14044]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, Eucharistia est perfectius sacramentum quam
Baptismus, quia est speciale repraesentativum passionis Christi a qua est
efficacia in sacramentis. Sed Eucharistia non absolvit etiam non indigne
percipientes ab omni poena. Ergo multo minus Baptismus. |
3. L’eucharistie
est un sacrement plus parfait que le baptême parce qu’elle
représente d’une manière particulière la passion
du Christ dont provient l’efficacité des sacrements. Or,
l’eucharistie n’absout pas non plus de toute peine ceux qui la
reçoivent indignement. Donc, encore bien moins le baptême. |
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[14045]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 2 S.c. 1 Sed contra est quod dicit Ambrosius Rom. 2 super illud: sine
poenitentia enim sunt dona Dei. Gratia Dei (inquit) in Baptismo non requirit
gemitum vel planctum vel aliquod opus, sed omnia gratis condonat. |
S.c. 1 – En sens
contraire, Ambroise dit, à propos de Rm 2 : Les dons de
Dieu sont sans repentance : «La grâce de Dieu dans le
baptême n’exige pas de gémissement, de plainte ou quelque
action, mais elle pardonne tout gratuitement.» |
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[14046] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 2 S.c. 2 Praeterea, Christus sua simplici morte scilicet
poenae, duas mortes in nobis consumpsit ut dicitur in Glossa Rom. 6, scilicet
culpae et poenae. Sed in Baptismo configuratur homo morti Christi, ut ibidem dicit
apostolus. Ergo absolvitur et a culpa et a poena. |
S.c. 2 – Le
Christ, par sa simple mort, c'est-à-dire par sa peine, a
détruit en nous deux morts, comme il est dit dans la Glose sur
Rm 6 – [la mort] de la faute et [la mort] de la peine. Or, par le
baptême, l’homme est rendu conforme à la mort du Christ,
comme le dit l’Apôtre à cet endroit. Il est donc absous de
la faute et de la peine. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le baptême enlève-t-il toute peine due pour le péché originel ?] |
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[14047] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam tollat omnem poenam
originalis peccati. Efficacius enim est donum Christi quam peccatum Adae, ut
dicit apostolus, Rom. 5. Sed omnis poena peccati originalis est inducta per
peccatum Adae. Ergo per donum Christi, quod maxime in Baptismo operatur omnis
poena tollitur. |
1. Il semble que [le baptême] enlève toute
peine du péché originel. En effet, le don du Christ est plus
efficace que le péché d’Adam, comme le dit
l’Apôtre, Rm 5. Or, toute peine pour le péché
originel est issue du péché d’Adam. Par le don du Christ,
qui agit surtout dans le baptême, toute peine est donc enlevée. |
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[14048] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Baptismus directius ordinatur contra
peccatum originale quam contra peccatum actuale. Sed tollit omnem poenam
actualis peccati, ut Ambrosius dicit. Ergo tollit omnem poenam originalis. |
2. Le baptême
est plus directement ordonné contre le péché originel
que contre le péché actuel. Or, il enlève toute peine du
péché actuel, comme le dit Ambroise. Il enlève donc
toute peine du [péché] originel. |
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[14049] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, cessante causa cessat effectus. Sed causa
poenae est culpa. Si ergo tollit culpam
originalem, et per consequens aufert poenam. |
3. La cause cessant,
l’effet cesse. Or, la cause de la peine est la faute. Si donc [le baptême]
enlève la faute originelle, il en enlève la cause par voie de
conséquence. |
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[14050]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 4 Praeterea, nullus qui est debitor alicujus poenae, evolat
statim. Sed baptizatus, si statim moriatur, evolat. Ergo non est debitor
alicujus poenae; et sic Baptismus absolvit ab omni poena etiam originali. |
4. Personne qui est
débiteur d’une certaine peine ne s’envole immédiatement
[vers le ciel au moment de sa mort]. Or, le baptisé, s’il meurt
immédiatement, s’envole. Il n’est donc pas débiteur
d’une peine. Et ainsi, le baptême absout de toute peine,
même de [la peine] originelle. |
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[14051] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 3 S.c. 1 Sed contra est, quia in baptizatis etiam caro
concupiscit adversus spiritum. Sed haec pugna est ex peccato originali
consecuta. Ergo non tollitur omnis poena originalis peccati per Baptismum. |
S.c. 1 – En sens
contraire, même chez les baptisés, la chair désire
à l’encontre de l’esprit. Or, ce combat est la suite
du péché originel. Toute peine du péché originel
n’est donc pas enlevée par le baptême. |
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[14052]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 3 S.c. 2 Praeterea, necessitas moriendi, et incinerationis et
poenalitates hujus vitae sunt poenae originalis peccati. Sed istae adhuc
manent in baptizatis. Ergo Baptismus non tollit omnem poenam originalis
peccati. |
S.c. 2 – La
nécessité de la mort, du retour à la poussière et
les peines de cette vie viennent du péché originel. Or,
celles-ci demeurent même chez les baptisés. Le baptême
n’enlève donc pas toute peine du péché originel. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14053] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod in
generatione qualibet per introductionem formae omnis contraria forma
expellitur, et etiam dispositio ad formam contrariam, nisi quandoque
relinquatur ex indispositione recipientis formam. Unde cum Baptismus sit regeneratio in vitam spiritualem,
omne quod est vitae spirituali contrarium, quod scilicet cum gratia stare non
potest, quae est spiritualis vitae principium per Baptismum tollitur; et ideo
Baptismus delet et originalem et actualem culpam mortalem, et quantum est de
se etiam venialem, quae disponit ad privationem gratiae; quamvis quandoque
culpa venialis remaneat post Baptismum mortali remota propter indispositionem
recipientis Baptismum. |
Dans n’importe quelle génération,
toute forme contraire, et même la disposition à une forme
contraire, est expulsée par l’introduction d’une [autre]
forme, à moins qu’elle ne demeure parfois en raison de
l’indisposition de celui qui reçoit la forme. Puisque, dans le
baptême, se réalise une régénération en vue
de la vie spirituelle, tout ce qui était contraire à la vie
spirituelle, et qui ne peut demeurer avec la grâce qui est le principe
de la vie spirituelle, est enlevé par le baptême. Ainsi, le
baptême détruit-il tant la faute originelle que [la faute]
actuelle mortelle, et, pour ce qui est de lui, [la faute] vénielle,
qui dispose à la privation de la grâce. Mais parfois, la faute
vénielle demeure après le baptême, une fois [la faute]
mortelle enlevée, en raison de l’indisposition de celui qui
reçoit le baptême. |
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[14054] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Baptismus non requirit contritionem quasi
continuam ad destructionem peccati actualis quasi de se ad hoc non sufficiat,
sed solum ad removendam fictionem quae est contraria dispositio impediens
effectum Baptismi. |
1. Le baptême ne requiert pas une contrition pour
ainsi dire continue pour détruire le péché actuel, comme
s’il ne suffisait pas en lui-même, mais seulement pour enlever la
feinte qui est une disposition contraire empêchant l’effet du
baptême. |
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[14055] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Baptismus non ordinatur
tantum contra culpam originalem alias circumcisis in primitiva Ecclesia non
fuisset necessarius Baptismus, sed ordinatur ad destruendum omnem culpam quam
inveniat, et ad regenerandum in novam vitam destructa omni vetustate; et ideo
est sicut totum potentiale habens completam potentiam ad destruendum
totaliter peccatum. Sed poenitentia participat aliquid de potentia, quasi
pars potentialis ordinata contra alia peccata, scilicet actualia; quia
Baptismus iterari non potest. |
2. Le baptême n’est pas ordonné
seulement contre la faute originelle, autrement le baptême
n’aurait pas été nécessaire pour les circoncis
dans l’Église primitive ; mais il est ordonné à
détruire toute faute qu’il peut trouver et à
régénérer en vue d’une vie nouvelle, après
que toute ce qui est vieux a été détruit. Ainsi, il est
comme un tout potentiel possédant une puissance complète pour
détruire totalement le péché. Mais la pénitence participe
d’une certaine façon à cette puissance, comme une partie
potentielle ordonnée contre les autres péchés, à
savoir, [les péchés] actuels, car le baptême ne peut pas
être répété. |
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[14056] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 1 ad
3 Ad
tertium dicendum, quod quantum est de se, Baptismus, ut dictum est, tollit
omnem culpam originalem et actualem non solum mortalem, sed venialem; quae
quamvis non contrarietur gratiae simpliciter, contrariatur tamen gratiae
baptismali, quae debet esse perfecta ratione novitatis vitae. Sed potest
impediri effectus ejus ex parte recipientis, si sit indispositus per
fictionem. Sed cum fictio sit peccatum, sicut peccatum mortale est peccatum
simpliciter, ita facit fictum simpliciter, et totaliter effectum Baptismi
impedit quantum ad remissionem culpae. Sed peccatum veniale quod in actu vel
in proposito est, facit fictum secundum quid, et est secundum quid peccatum,
ut dispositio ad peccatum; et ideo impedit effectum Baptismi non simpliciter,
sed quantum ad remissionem illius venialis. |
3. En lui-même, le baptême, comme on
l’a dit, enlève toute faute originelle et actuelle, non
seulement mortelle, mais vénielle. Celle-ci, même si elle
n’est pas tout à fait contraire à la grâce, est
cependant contraire à la grâce baptismale, qui doit exister
selon la raison parfaite de la nouveauté de la vie. Mais l’effet
[du baptême] peut être empêché de la part de celui
qui le reçoit, s’il est mal disposé en raison d’une
feinte. Mais puisque la feinte est un péché, de même que
le péché mortel est tout simplement un péché, de
même en est-il de ce qui est tout simplement feint : cela
empêche donc totalement l’effet du baptême pour ce qui est
de la rémission de la faute. Mais le péché
véniel, en acte ou en intention, rend relatif ce qui est feint et est
un péché de manière relative, en tant qu’il est
une disposition au péché. Cela empêche donc l’effet
du baptême non pas tout simplement, mais quant à la
rémission de ce [péché] véniel. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14057] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod Christus per
mortem suam sufficienter satisfecit pro peccatis totius humani generis, etiam
si essent multo plura. Et quia homo per
Baptismum in mortem Christi baptizatur, et ei commoritur et consepelitur, ut
dicitur Roman. 6, ideo Baptismus, quantum in se est, totam efficaciam
passionis in baptizatum influit; et propter hoc absolvit non solum a culpa,
sed a poena satisfactoria. |
Par sa mort, le Christ a suffisamment satisfait pour les
péchés de tout le genre humain, même s’ils
étaient encore beaucoup plus nombreux. Et parce que l’homme est
baptisé dans la mort du Christ par le baptême et qu’il
meurt avec lui et est enseveli avec lui, comme il est dit en Rm 6, le
baptême, en lui-même, transmet toute l’efficacité de
la passion à celui qui est baptisé. Pour cette raison, il
absout non seulement de la faute, mais de la peine satisfactoire. |
|
[14058]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod per Baptismum homo
incorporatur Christo, et efficitur membrum ejus; et ideo poena quam Christus
sustinuit, reputatur isti in satisfactionem: quia si patitur unum membrum,
omnia alia compatiuntur, ut dicitur 1 Corinth. 11; et ideo Deus in Christo
peccata illa punivit, sicut dicitur Isai. 53: posuit in eo iniquitatem omnium
nostrum. |
1. Par le baptême, l’homme est
incorporé au Christ et en devient membre. C’est pourquoi la
peine que le Christ a supportée lui est comptée comme
satisfaction, car si un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui,
comme il est dit en 1 Co 11. Ainsi Dieu a-t-il puni ces
péchés dans le Christ, comme il est dit dans Is 53 : Il
a placé sur lui l’iniquité de nous tous. |
|
[14059] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod poena ordinat culpam
dupliciter. Uno modo ut satisfaciens; et sic culpa remanet ordinata per
satisfactionem Christi. Alio modo ut medicina sanans, vel repraesentans
membrum sanabile, et sic culpa in baptizatis ordinatur ut sanata per gratiam
oppositam. |
2. La peine est en rapport avec la faute de deux
manières. D’une manière, en tant qu’elle
satisfait : et ainsi, la faute continue d’être en rapport
avec la faute par la satisfaction du Christ. D’une autre manière,
en tant que remède qui guérit, ou en tant que représentant
le membre qui peut être guéri : et ainsi, la faute chez les
baptisés est en rapport avec la grâce opposée qui a
guéri. |
|
[14060]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis Eucharistia sit
memoriale passionis Christi, non ordinatur tamen ad hoc quod per ipsam homo
regeneretur in membrum Christi crucifixi, sed ut jam regeneratus ei
adhaereat, et in ipso perficiatur; et ideo non est similis ratio de Baptismo
et Eucharistia. |
3. Bien que l’eucharistie soit le mémorial
de la passion du Christ, elle n’est pas ordonnée à ce
que, par elle, l’homme soit régénéré pour
devenir membre du Christ crucifié, mais à ce que l’homme
déjà régénéré lui soit uni et
atteigne en lui la perfection. C’est pourquoi il n’en va pas de
même pour le baptême et l’eucharistie. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14061] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod in peccato
originali
talis fuit processus quod persona corrupit naturam, et natura personam corrupit;
unde aliquid consideratur in hoc peccato quod pertinet ad naturam, aliquid
quod pertinet ad personam. Passio autem
Christi sufficienter peccatum originale abstulit quantum ad utrumque. Sed
quia sacramenta personis adhibentur, ideo Baptismus hoc ab homine tollit quod
ex corruptione naturae in personam redundabat; et propter hoc ipsam
infectionem culpae, prout afficit personam, et poenam illam quae actum
personae privabat, scilicet carentiam visionis divinae, Baptismus aufert; sed
non aufert actu infectionem prout afficit naturam: quod patet ex hoc quod baptizatus
per actum naturae originale transmittit in prolem, similiter nec poenas quae
consequuntur principia naturae destitutae gratia innocentiae primi status,
cujusmodi sunt rebellio carnis ad spiritum, mors, et hujusmodi poenalitates,
quae consequuntur ex hoc ipso quod homo ex contrariis compositus est et
quantum ad corpus et quantum ad animam quodammodo, scilicet quantum ad
appetitum sensus et intellectus. Sed per gratiam baptismalem efficitur ut hae
poenae remanentes non dominentur in personam, sed magis ei subjiciantur, et
in utilitatem ipsius cedant, inquantum sunt materia virtutis, et occasio
humilitatis et exercitii. |
Dans le péché originel, le
déroulement fut tel que la personne a corrompu la nature, et la nature
a corrompu la personne. Aussi relève-t-on dans ce péché
quelque chose qui se rapporte à la nature, et quelque chose qui se
rapporte à la personne. Or, la passion du Christ a suffisamment
enlevé le péché originel sur les deux points. Mais parce
que les sacrements sont donnés aux personnes, le baptême
enlève chez l’homme ce qui rejaillissait sur la personne du fait
de la corruption de la nature. Pour cette raison, le baptême
enlève l’infection de la faute en tant qu’elle affecte la
personne, et la peine qui privait l’acte de la personne, à
savoir, la privation de la vision divine. Mais il n’enlève pas
l’infection en acte pour autant qu’elle affecte la nature :
ce qui ressort clairement du fait que le baptisé transmet le [péché]
originel à sa descendance par un acte de la nature, de même que
les peines qui découlent des principes de la nature déchue de
la grâce de l’innocence dans son état primitif, dont font
partie la rébellion de la chair contre l’esprit, la mort et les
peines de ce genre, qui découlent du fait même que l’homme
est d’une certaine maniere composé de contraires tant dans son
corps que dans son âme, c’est-à-dire dans son
appétit sensible et intellectuel. Mais la grâce baptismale fait
en sorte que ces peines qui demeurent ne dominent pas la personne, mais lui
sont plutôt soumises et tournent à son utilité, pour
autant qu’elles sont matière à vertu et occasion
d’humilité et d’effort. |
|
[14062] Super
Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod passio Christi sufficienter aufert et
illud quod est personae, et illud quod est naturae per causam. Sed quia omnes
homines in natura communicant, ideo effectus secundum legem communem
curationis naturae non erit nisi in fine mundi; quando omnibus electis jam
congregatis, simul cum eis etiam alia creatura insensibilis liberabitur a
servitute corruptionis, ut dicitur Rom. 8. |
1. La passion du Christ enlève suffisamment en
tant que cause ce qui relève de la personne et ce qui relève de
la nature. Mais parce que les hommes partagent la nature, l’effet,
selon la loi commune de la guérison de la nature, ne se manifestera
qu’à la fin du monde, lorsque, avec tous les élus
déjà rassemblés, les autres créatures insensibles
seront libérées en même temps qu’eux de la servitude
la corruption, comme il est dit en Rm 8, 18s. |
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[14063]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ea quae ad peccatum actuale
pertinent, sunt tantum personae, quia actus individuorum sunt, secundum
philosophum; et ideo non est simile de poena actualis et originalis. |
2. Ce qui relève du péché actuel
concerne seulement la personne, car les actes sont le fait des individus,
selon le Philosophe. Il n’en va donc pas de même de la peine pour
le [péché] actuel et pour le [péché] originel. |
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[14064]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod tollitur culpa originalis per
Baptismum inquantum est infectiva personae, non autem inquantum est infectiva
naturae per actum generationis; et ideo poenae quae ad corruptionem naturae
pertinent, etiam non tolluntur. |
3. La faute originelle est enlevée par le
baptême en tant qu’elle atteint la personne, mais non en tant
qu’elle afecte la nature par l’acte de la
généréation. C'est pourquoi les peines qui se rapportent
à la corruption de la nature ne sont pas non plus enlevées. |
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[14065] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 1 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod baptizatus statim evolat,
quia nulla poena debetur sibi ratione personae, sed ratione naturae humanae,
quae post mortem non manet secundum hunc statum, in quo sibi poena debetur. |
4. Le baptsié s’envole, car aucune peine ne
lui est due en raison de sa personne, mais en raison de la nature humaine,
qui, après la mort, ne demeure pas dans l’état où
une peine lui est due. |
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Articulus 2 [14066] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 tit. Utrum per
Baptismum conferantur pueris gratia et virtutes |
Article
2 – Est-ce que par le baptême sont conférées aux
enfants la grâce et les vertus ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [La grâce et les vertus sont-elles
conférées aux enfants par le baptême ?]
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[14067] Super Sent.,
lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur.
Videtur quod per Baptismum non conferantur pueris gratia et virtutes. Dicit
enim Augustinus in libro de Baptismo parvulorum: parvulos fideles facit
non fides ea quae consistit in credentium voluntate, sed fidei sacramentum.
Sed fides
quae est virtus, consistit in credentium voluntate, ut in 3 libro, dist. 23,
quaest. 2, art. 3, quaestiunc. 1, dictum est. Ergo parvuli baptizati non
habent virtutem fidei, et pari ratione nec alias virtutes, quae etiam in
voluntate consistunt. |
1. Il semble que, par le baptême, la grâce et
les vertus ne sont pas conférées aux enfants. En effet,
Augustin dit, dans le livre Sur le baptême des enfants : «Ce
n’est pas la foi qui réside dans la volonté de ceux qui
croient qui rend fidèles les enfants, mais le sacrement de la
foi.» Or, la foi, qui est une vertu, réside dans la
volonté de ceux qui croient, comme on l’a dit dans le livre III,
d. 23, q. 2, a. 3, qa 1. Les enfants baptisés n’ont donc
pas la vertu de foi et, pour la même raison, les autres vertus, qui
résident aussi dans la volonté. |
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[14068] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, si aliquid de novo recipiatur in aliquo,
oportet quod recipiens vel influens alio modo se habeat nunc quam prius. Sed
anima pueri baptizati non alio modo se habet dum baptizatur quam prius: quia
proprium motum non habet, carens liberi arbitrii usu; nec Deus, qui est
influens gratiam et virtutes. Ergo pueri in Baptismo gratiam et virtutes non
recipiunt. |
2. Si quelque chose
est reçu de nouveau par quelqu’un, il est nécessaire que
celui reçoit ou celui qui agit se trouve dans un autre état
qu’antérieurement. Or, l’âme de l’enfant
baptisé ne se trouve pas dans un autre état, lorsqu’il
est baptisé, qu’antérieurement, car elle ne
possède pas de mouvement propre, puisque lui fait défaut
l’usage du libre arbitre; et Dieu non plus, qui verse la grâce et
les vertus. Les enfants ne reçoivent donc pas la grâce et les
vertus par le baptême. |
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[14069] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 1
arg. 3 Praeterea, Damascenus dicit, quod substantia nullo modo est sine
propria operatione. Sed constat quod in puero non sunt operationes virtutum,
quia non habet electionem, ut dicitur in 3 Ethic., quae in opere virtutis
requiritur. Ergo
non habet virtutes. |
3. [Jean]
Damascène dit qu’une substance n’existe pas du tout sans
son opération propre. Or, il est clair que, chez l’enfant,
n’existent pas les actes des vertus parce qu’il n’exerce
pas le choix, comme il est dit dans Éthique, III, lequel est
nécessaire à l’acte de la vertu. [Il ne possède]
donc pas non plus les vertus. |
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[14070] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 4 Praeterea, virtutes,
cum sint habitus, habilitant ad actum. Sed pueri non sunt habiles ad agendum
quae secundum virtutem sunt. Ergo non recipiunt virtutes in Baptismo. |
4. Les vertus,
puisqu’elles sont des habitus, habilitent à l’acte. Or,
les enfants ne sont pas aptes à faire ce qui est conforme à la
vertu. Ils ne reçoivent donc pas les vertus par le baptême. |
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[14071] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra, Augustinus dicit, quod fides datur et nutritur in Baptismo: datur
quantum ad parvulos, nutritur quantum ad adultos. Sed fides est virtus. Ergo
virtutes dantur parvulis in Baptismo, et eadem ratione aliae virtutes. |
S.c. 1 – En sens
contraire, Augustin dit que la foi est donnée et nourrie par le
baptême : elle est donnée aux enfants, elle est nourrie
chez les adultes. Or, la foi est une vertu. Les vertus sont donc
données aux enfants par le baptême et, pour la même
raison, les autres vertus. |
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[14072] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 1 S.c. 2 Praeterea,
nullus admittitur ad gloriam nisi habeat vestem nuptialem, quae est caritas.
Sed pueri baptizati, si moriantur, statim evolant. Ergo habent caritatem,
quae est magistra virtutum, et per consequens alias virtutes. |
S.c. 2 –
Personne n’est admis à la gloire s’il n’a pas le
vêtement nuptial, qui est la charité. Or, les enfants
baptisés, s’ils meurent, s’envolent aussitôt. Ils
possèdent donc la charité, qui est la maîtresse des
vertus, et, par conséquent, les autres vertus. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les vertus sont-elles augmentées chez les adultes par le baptême ?] |
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[14073] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in adultis virtutes per
Baptismum non augeantur. Augmentum enim virtutum est per meritum: quia secundum
Augustinum, caritas meretur augeri, ut aucta mereatur et perfici. Sed in Baptismo non operatur
meritum baptizati quantum ad opus operatum. Ergo ex opere operato virtutes in
Baptismo non augentur. |
1. Il semble que, chez
les adultes, les vertus ne sont pas augmentées par le baptême.
En effet, l’augmentation des vertus se fait par le mérite, car,
selon Augustin, «la charité mérite d’être
augmentée afin que, augmentée, elle mérite aussi
d’être rendue parfaite». Or, par le baptême, le mérite
du baptisé n’agit pas pour ce qui est de l’opus
operatum. Les vertus ne sont donc pas augmentées dans le
baptême en vertu de l’opus operatum. |
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[14074]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, cibus
corporalis in eo qui jam pervenit ad quantitatem determinatam, non facit
augmentum. Sed potest esse quod aliquis ante Baptismum perveniat ad
quantitatem gratiae baptismalis quam puer recipit, in quo nullum est
impedimentum. Ergo Baptismus nihil supra
gratiam adjiciet. |
2. La nourriture
corporelle ne cause pas d’accroissement chez celui qui est parvenu
à une quantité déterminée. Or, il peut arriver
que, avant le baptême, quelqu’un parvienne à la
quantité de la grâce baptismale que l’enfant
reçoit, chez qui il n’existe aucun empêchement. Le
baptême n’ajoutera donc rien à la grâce. |
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[14075] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra, super illud Psal. 22: super aquam refectionis educavit me,
dicit Glossa: per augmentum virtutis et bonae operationis educavit in
Baptismo. Ergo Baptismus auget virtutes habentibus. |
S.c. 1 – En sens
contraire, à propos du Ps 22 : Il m’a conduit
à l’eau qui revigore, la Glose dit : «Par
l’augmentation de la vertu et de l’action bonne, il l’a
revigoré par le baptême.» Le baptême augmente donc
lez vertus chez ceux qui les possèdent. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Est-ce que l’illumination est l’effet du baptême ?] |
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[14076]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod Baptismi effectus non sit
illuminatio. Quia illuminatio ad doctrinam pertinet. Sed doctrina fidei est
per catechismum, qui praecedit Baptismum. Ergo non est actus Baptismi. |
1. Il semble que l’effet du baptême ne soit pas l’illumination, car l’illumination se rapporte à l’enseignement. Or, l’enseignement de la foi se réalise par le catéchisme, qui précède le baptême. [L’illumination] n’est donc pas un acte du baptême. |
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[14077] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
illuminatio contra ignorantiam ordinatur. Sed secundum quosdam Baptismus non
ordinatur contra ignorantiam, sed magis ordo. Ergo illuminatio non est
effectus Baptismi, sed magis ordinis. |
2. L’illumination s’oppose à
l’ignorance. Or, selon certains, le baptême ne s’oppose pas
à l’ignorance, mais plutôt l’ordre.
L’illumination n’est donc pas un effet du baptême, mais
plutôt de l’ordre. |
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[14078] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra est quod Damascenus, ponit inter effectus Baptismi illuminationem, ut
patet ex ejus definitione in praecedenti dist. inducta. |
S.c. 1 – [Jean] Damascène place
l’illumination parmi les effets du baptême, comme cela ressort de
sa définition invoquée dans la distinction
précédente. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Est-ce que la fécondation est un effet du baptême ?] |
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[14079]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod fecundatio non sit effectus Baptismi.
Non enim idem est quo aliquis active generat, et passive generatur. Sed Baptismus est
regeneratio passiva baptizati. Cum ergo fecunditas importet generationem
activam, videtur quod non pertineat ad Baptismum. |
1. Il semble que la fécondation ne soit pas un effet du baptême. En effet, ce par quoi quelqu’un engendre activement et ce par quoi il est engendré passivement n’est pas la même chose. Puisque la fécondité comporte une génération active, il semble donc qu’elle ne relève pas du baptême. |
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[14080] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
fecunditas est proprietas consequens aliquid quantum ad perfectum statum sui:
quia, ut dicitur in 4 Meteor., perfectum unumquodque est, quando potest
alterum generare. Sed Baptismus non ordinatur ad perficiendum, sicut
Eucharistia et confirmatio, secundum Dionysium, sed magis ad illuminandum et
purgandum. Ergo Baptismus non habet fecunditatem pro effectu. |
2. La fécondité est une
propriété qui découle de l’état parfait de
quelque chose, car, comme il est dit dans les Météores, IV,
toute chose est parfaite lorsqu’elle peut en engendrer une autre. Or,
le baptême n’est pas ordonné à perfectionner, comme
l’eucharistie et la confirmation, selon Denys, mais plutôt
à illuminer et à purifier. Le baptême n’a donc pas
comme effet la fécondité. |
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[14081] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 4 S.c. 1 Sed
contra est quod dicit Glossa super illud Psal. 22: super aquam
refectionis: anima peccatorum ariditate sterilis fecundatur per Baptismum. |
S.c. 1 – En sens contraire, la Glose dit, à
propos du Ps 22 : À l’eau qui revigore :
«L’âme stérile à cause de la
sécheresse des péchés est fécondée par le
baptême.» |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Est-ce que l’incorporation au Christ est un effet du baptême ?] |
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[14082]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod incorporari Christo non sit
effectus Baptismi. Aliquis enim incorporatur Christo et membris ejus per
fidem formatam, ut in 3 Lib., dist. 23, dixit Magister. Sed aliquis habet
fidem formatam etiam ante Baptismum. Ergo incorporatio non est effectus
Baptismi. |
1. Il semble qu’être incorporé au
Christ ne soit pas un effet du baptême. En effet, quelqu’un est
incorporé au Christ et à ses membres par la foi formée,
comme l’a dit le Maître dans le livre III, d. 23. Or,
quelqu’un peut avoir une foi formée même avant le
baptême. L’incorporation n’est donc pas un effet du
baptême. |
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[14083] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 5 arg. 2 Praeterea,
incorporatio est effectus Eucharistiae. Sed ad eumdem effectum non ordinantur
diversa sacramenta. Ergo non est effectus Baptismi. |
2. L’incorporation est un effet de
l’eucharistie. Or, les divers sacrements ne sont pas ordonnés au
même effet. [L’incorporation] n’est donc pas un effet du
baptême. |
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[14084] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 5 S.c. 1 Sed
contra est quod Augustinus dicit ad Bonifacium quod in Baptismo aliquis
membrum Christi efficitur. Sed hoc est Christo incorporari. Ergo incorporatio
est effectus Baptismi. |
S.c. 1 – En sens contraire, Augustin dit à Boniface
que, par le baptême, on devient membre du Christ. Or, c’est
là être incorporé au Christ. L’incorporation est
donc un effet du baptême. |
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[14085]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 6 arg. 1 Ulterius. Videtur quod apertio januae non sit effectus Baptismi.
Quidam enim ante passionem Christi baptizati sunt. Sed tunc eis janua non est
aperta: quia si aliquis eorum tunc decessit, regnum non introivit. Ergo
Baptismus non aperit januam regni caelestis. |
Sous-question 6 – [L’ouverture
de la porte du royaume céleste est-elle un effet du baptême ?]
1. Il semble que
l’ouverture de la porte [du royaume céleste] ne soit pas un
effet du baptême. En effet, certains ont été
baptisés avant la passion du Christ. Or, la porte ne leur était
pas alors ouverte, car, si quelqu’un parmi eux mourait, il
n’entrait pas dans le royaume. Le baptême n’ouvre donc pas
la porte du royaume céleste. |
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[14086] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2
qc. 6 arg. 2 Praeterea, Baptismus
repraesentat passionem Christi, non resurrectionem, ut videtur. Sed in
resurrectione est aperta janua, ut patet per collectam quae dicitur in die
resurrectionis: Deus qui in hodierna die per unigenitum tuum aeternitatis
nobis aditum devicta morte reserasti. Ergo non debet iste effectus
Baptismo attribui. |
2. Le baptême
représente la passion du Christ, et non la résurrection,
semble-t-il. Or, la porte a été ouverte par la
résurrection, comme cela ressort clairement de la collecte qui est
dite le jour de la résurrection : «Dieu, qui nous as ouvert
aujourd’hui par ton Fils unique l’accès à ton
éternité après la victoire sur la mort.» Cet effet
ne doit donc pas être attribué au baptême. |
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[14087] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 6 S.c. 1 Sed
contra est auctoritas Bedae supra inducta, dist. 1, quod in hoc differebat
circumcisio a Baptismo quod aditum regni caelestis non aperiebat. |
S.c. 1 – En sens
contraire, l’autorité de Bède, invoquée plus haut
à la distinction 1, dit que la circoncision différait du
baptême par le fait qu’elle n’ouvrait pas
l’accès au royaume céleste. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14088] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod circa
hoc est multiplex opinio. Quidam enim dixerunt, quod pueris in Baptismo nullo
modo virtutes dantur, sed solum a peccato originali mundantur; sed postea
quando decedunt, vel quando ad perfectam aetatem veniunt, eis virtutes
conferuntur, si innocentiam servent. Sed haec
opinio non potest stare: quia lignum cum praecisum fuerit, ubi ceciderit, ibi
stabit, Eccle. 11; et ideo si pueris ante mortem non fuissent collatae
virtutes, et gratia operans et cooperans, nec in morte eis conferrentur, et
sic non salvarentur; quod falsum est. Videtur autem haec opinio venisse ex
hoc quod virtutes actus tantum esse credebant; quod falsum est, ut in 2
libro, dist. 27, quaest. 1, art. 1, dictum est. Et ideo alii dicunt, quod
pueris in Baptismo dantur gratia et virtutes non in seipsis, sed in radice
sua, scilicet gratia quae est radix virtutum, sicut essentia animae potentiarum;
sed postea quando solvuntur potentiae, perfectis organis, effluunt virtutes
in ipsa ab ipsa essentia animae. Sed hoc pro tanto esse non potest, quia tunc
si puer in furiam verteretur antequam ad perfectam aetatem veniret, nunquam
in ipso potentiae solverentur, et ita nunquam virtutes explicite haberet: et
praeterea quod potentiae sint ligatae aliquo impedimento, non impedit
habitum, sed actum: quia dormientes et vinolenti habitus habent, sed ligatos.
Et ideo alii dicunt, et melius, quod pueris in Baptismo dantur gratia et
virtutes; sed habitus illi ligati sunt propter pueritiam, sicut in dormiente
propter somnum: sed pueritia discedente inclinant ad bene operandum, nisi
aliquis spiritui sancto resistat. |
À
propos de la première question, il y a diverses opinions. En effet,
certains ont dit que les vertus n’étaient aucunement
données aux enfants par le baptême, mais qu’ils
étaient seulement purifiés du péché
originel ; mais, par la suite, lorsqu’ils meurent ou
lorsqu’ils parviennent à l’âge adulte, les vertus
leur sont conférées, s’ils conservent l’innocence.
Mais cette opinion ne peut être soutenue, car l’arbre qui a
été coupé restera là où il est
tombé, Si 11. C’est pourquoi, si les vertus n’ont pas
été conférées aux enfants avant leur mort, ainsi
que la grâce opérante et coopérante, elles ne leur seront
pas non plus conférées à leur mort, et ainsi ils ne
seraient pas sauvés, ce qui est faux. Or, il semble que cette opinion
vienne de ce qu’on croyait que les vertus n’étaient que
des actes, ce qui est faux, comme on l’a dit dans le livre II, d. 27,
q. 1, a. 1. C’est pourquoi d’autres disent que, par le
baptême, la grâce et les vertus sont données aux enfants,
non pas en elles-mêms, mais dans leur racine, à savoir, la
grâce qui est la racine des vertus, comme l’essence de
l’âme l’est de ses puissances. Mais, par la suite, lorsque
les puissances sont dégagées après que les organes ont
atteint leur perfection, les vertus se déversent en elle à
partir de l’essence même de l’âme. Mais cela ne peut
pas être le cas, car, alors, si un enfant tombait dans la folie avant
d’atteindre l’âge adulte, jamais les puissances ne seraient
dégagées chez lui, et ainsi, il n’aurait jamais les
vertus de manière distincte ; au surplus, le fait que les puissances
soient liées par un empêchement, n’empêche pas
l’habitus, mais l’acte, car ceux qui dorment et ceux qui sont
ivres possèdent les habitus, mais liés. C'est pourquoi
d’autres disent, plus justement, que la grâce et les vertus sont
données aux enfants par la baptême, mais que ces habitus sont
liés en raison de l’enfance, comme chez celui dort en raison du
sommeil ; mais, après l’éloignement de
l’enfance, elles inclinent à bien agir, à moins
qu’on ne résiste au Saint-Esprit. |
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[14089] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Augustinus loquitur de fide et voluntate actuali, quae in pueris esse
non potest. |
1. Augustin parle de la foi et de la volonté
actuelles, qui ne peuvent exister chez les enfants. |
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[14090] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis agens principale sit immobile, tamen agens
instrumentale non eodem modo se habet nunc et prius ad puerum: quia nunc
adhibetur sibi Baptismus, non autem prius. Tamen etiam sine aliqua
mutabilitate sui Deus alicui puero posset gratiam conferre, etiam sine
adhibitione sacramenti, si ab aeterno disposuisset se ei daturum, sicut patet
de sanctificatis in utero. |
2. Bien que l’agent principal soit immuable,
l’agent instrumental n’est cependant pas dans la même
situation avant et après par rapport à l’enfant, car
maintenant le baptême lui est donné, mais non pas auparavant.
Toutefois, même sans aucun changement de sa part, Dieu pourrait
conférer la grâce à quelqu’un, même sans que
le sacrement soit donné, s’il avait disposé depuis
l’éternité qu’il la lui donnerait, comme cela
ressort clairement pour ceux qui sont sanctifiés dans le sein. |
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[14091]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod duplex
est actus virtutum. Unus primus, qui est
perficere animam et potentias ejus; et hunc actum etiam pueri habent. Alius
est secundus, qui est operari cum electione; et hunc actum non semper habent:
quia earum operationes sunt voluntariae, et voluntas non habet necesse semper
agere, etiam in adultis. |
3. L’acte des vertus est double. L’un, le
premier, consiste à perfectionner l’âme et ses
puissances : même les enfants possèdent cet acte.
L’autre, le second, consiste à agir par choix : les enfants
n’ont pas toujours cet acte, car leurs opérations sont
volontaires et la volonté n’est pas toujours en action,
même chez les adultes. |
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[14092] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod habitus facit habilem ad actum tollendo inhabilitatem
quae est ex imperfectione potentiae, non autem tollit inhabilitatem quae est
ex parte corporis, sicut patet in dormientibus. |
4. L’habitus rend apte à l’acte en
enlevant l’inaptitude qui vient de l’imperfection de la
puissance ; mais il n’enlève pas l’inaptitude qui
vient du corps, comme cela ressort clairement chez ceux qui dorment. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14093] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod per easdem
causas virtus generatur et augetur, ut dicit philosophus in 2 Ethic.; et
ideo, quia Baptismi est conferre virtutem et gratiam non habentibus, oportet
quod in habentibus augeat. |
La vertu est engendrée et augmentée par les mêmes causes, comme le dit le Philosophe dans Éthique, II. Ainsi, parce qu’il revient au baptême de conférer la vertu et la grâce à ceux qui ne les ont pas, il est nécessaire qu’il l’augmente chez ceux qui l’ont. |
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[14094] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod in Baptismo quamvis non operetur meritum baptizati, operatur
ibi tamen meritum Christi, quod est efficacius. |
1. Bien que le mérite du baptisé n’agisse pas dans le baptême, le mérite du Christ, qui est plus efficace, y agit cependant. |
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[14095] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod gratia non habet aliquem determinatum terminum ad
quem pertingat, vel ultra quem procedere non possit, sicut est de quantitate
animalis; et ideo non est simile. |
2. La grâce n’a pas de terme déterminé à atteindre ou au-delà duquel elle ne pourrait aller, comme c’est le cas de la quantité animale. Ainsi, ce n’est pas la même chose. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14096] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum quod lumen est quo
dirigimur in visionem alicujus rei. Baptismus autem dirigit in visionem
spiritualem exteriorem in interiorem. Quidem inquantum Baptismus dicitur
sacramentum fidei, quae oculum mentis idoneum facit ad visionem divinorum;
exteriorem vero, quia baptizatis conceditur inspicere sacram Eucharistiam, et
non aliis, ut Dionysius dicit; et ideo tam Damascenus quam Dionysius Baptismo
vim illuminativam attribuunt. |
La lumière est ce par quoi nous sommes dirigés pour voir quelque chose. Or, le baptême dirige vers la vision spirituelle, ainsi que la vision extérieure vers la vision intérieure. Ainsi donc, pour autant qu’il est appelé le sacrement de la foi, il rend l’œil de l’esprit apte à voir les réalités divines. Mais [il dirige] la vision extérieure parce qu’il est permis aux baptisés de regarder la sainte eucharisite, et non aux autres, comme le dit Denys. C’est pourquoi aussi bien [Jean] Damascène que Denys attribuent au baptême une puissance illuminatrice. |
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[14097] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2
qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod fides principaliter est ex infusione; et quantum ad hoc per Baptismum
datur; sed quantum ad determinationem suam est ex auditu; et sic homo ad
fidem per catechismum instruitur. |
1. La foi vient principalement d’une infusion : le baptême est donné pour cela. Mais pour ce qui est de sa détermination, elle vient de l’écoute : et ainsi l’homme est instruit du catéchisme en vue de la foi. |
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[14098] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod scientia plus dicit quam illuminatio. Importat enim
comprehensionem eorum ad quorum visionem illuminatio dirigebat; et ideo
scientia ad perfectionem pertinet; unde Dionysius doctos perfectos nominat,
et doctores perfectores: et sic contra ignorantiam ordo datur, ut scilicet
ordinati sint docti, et etiam doctores aliorum. |
2. La science dit plus que l’illumination. En effet, elle implique la compréhension de ce vers quoi l’illumination dirigeait la vision. C'est pourquoi la science relève de la perfection. Aussi Denys appelle-t-il parfaits ceux qui sont instruits, et docteurs ceux qui perfectionnent. Et ainsi, un ordre est donné contre l’ignorance, à savoir que ceux qui sont ordonnés soient instruits et deviennent aussi les docteurs des autres. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[14099] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod fecunditas
dicitur dupliciter. Uno modo respectu fructus producendi in ipso qui dicitur
fecundari, sicut operationes virtutum quidam fructus boni dicuntur; et hoc
modo fecundatur anima in Baptismo, cum in eo dentur virtutes non habentibus,
et augeantur habentibus. Alio modo respectu fructus producendi in altero,
sicut cum aliquis per doctrinam et solicitudinem pastoralem in plebe Dei
fructum facit; et hoc modo fecundatio non pertinet ad Baptismum, sed magis ad
sacramentum ordinis. |
On parle de fécondité de deux
manières. D’une manière, par rapport au fruit qui sera
produit par ce dont on dit qu’il est fécondé, comme on
dit que les actes des vertus sont de bons fruits. De cette manière,
l’âme est fécondée par le baptême, puisque
par lui sont données les vertus à ceux qui ne les ont pas et
elles sont augmentées chez ceux qui les ont. D’une autre
manière, par rapport au fruit qui sera produit chez un autre, comme
lorsque quelqu’un produit du fruit dans le peuple de Dieu par
l’enseignement et la sollicitude pastorale. De cette manière, la
fécondation ne relève pas du baptême, mais plutôt
du sacrement de l’ordre. |
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[14100] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod ex eodem ex quo aliquid habet generationem in natura aliqua,
habet quod faciat operationes illius naturae; et ideo cum per Baptismum homo
regeneretur in vitam spiritualem, per ipsum homo efficitur active fecundus,
et quasi genitor spiritualium operum. |
1. Quelque chose peut réaliser les
opérations d’une nature par cela même qui l’a
engendré dans cette nature. C’est pourquoi, comme l’homme
est régénéré par le baptême en vue de la vie
spirituelle, l’homme est par lui rendu activement fécond et
comme celui qui engendre des actions spirituelles. |
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[14101] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
ratio illa procedit de secunda fecundatione. |
2. Cet argument porte sur la seconde fécondation. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[14102] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 2 qc. 5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod incorporari
Christo contingit dupliciter, scilicet merito et numero. Merito quidem potest
aliquis de Ecclesia effici (quod est Christo incorporari) etiam ante
Baptismum actu susceptum, sed non ante Baptismi propositum vel ipsum
Baptismum post tempus gratiae revelatae; sed numero non potest aliquis effici
de Ecclesia nisi per Baptismum; unde aliquis ante Baptismum non admittitur ad
perceptionem Eucharistiae et aliorum sacramentorum Ecclesiae, ut prius dictum
est. |
L’incorporation au Christ se réalise de deux manières : par le mérite et selon le nombre. Par le mérite, quelqu’un peut devenir membre de l’Église (ce qu’est l’incorporation au Christ) même avant de recevoir en acte le baptême, mais non avant l’intention du baptême ou le baptême lui-même après le temps de la grâce révélée. Mais selon le nombre, quelqu’un ne peut devenir membre de l’Église que par le baptême. Ainsi, personne n’est admis à recevoir l’eucharistie et les autres sacrements de l’Église avant le baptême, comme on l’a dit plus haut. |
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[14103] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 5 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod objectio illa procedit de prima incorporatione. |
1. Cette objection vient de la première incorporation. |
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[14104] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 5 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod perceptio Eucharistiae praesupponit incorporationem
absolute: quia capitis virtus non communicatur membro nisi jam unito. Sed per
Eucharistiam est perfecta influentia a capite in membro; et quantum ad hanc
perfectionem incorporatio est effectus Eucharistiae. |
2. La réception de l’eucharistie
présuppose l’incorporation d’une manière absolue,
car la puissance de la tête n’est communiquée qu’au
membre déjà uni. Mais, par l’eucharistie, se
réalise une influence parfaite de la tête dans les membres. Pour
ce qui est de cette perfection, l’incorporation est l’effet de
l’eucharistie. |
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Quaestiuncula 6 |
Réponse à la sous-question 6 |
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[14105] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 2 qc.
6 co. Ad sextam quaestionem dicendum, quod aperiri januam regni caelestis
nihil aliud est quam amovere impedimentum quo aditus in regnum caeleste toti
naturae humanae prohibebatur. Hoc ergo impedimentum absolute quantum ad omnes
remotum fuit sufficienter per passionem Christi; sed illa remotio efficienter
fit quo ad istum, secundum quod particeps fit passionis Christi jam factae
per Baptismum; et sic Baptismus quasi causa instrumentalis aperit januam
regni caelestis quo ad istum, sed passio ut causa satisfactoria quo ad omnes. |
Le fait que la porte du royaume céleste soit
ouverte n’est rien d’autre que l’enlèvement de
l’obstacle par lequel l’accès au royaume céleste
était interdit à toute la nature humaine. Cet empêchement
fut donc enlevé pour tous d’une manière suffisante par la
passion du Christ; mais cet enlèvement est réalisé pour
quelqu’un selon qu’il participe par le baptême à la
passion du Christ déjà accomplie. Et ainsi, le baptême
ouvre pour celui-ci la porte du royaume céleste comme une cause instrumentale,
mais la passion, comme cause de la satisfaction pour tous. |
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[14106] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 6 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod haec ratio erat, quia passio Christi, in cujus
virtute Baptismus agit, nondum facta erat, nec per eum aditus regni caelestis
apertus; unde ratio probat quod Baptismus non habeat hanc virtutem quasi
causa principalis. |
1. La raison en était que la passion du Christ,
par la puissance de laquelle le baptême agit, n’avait pas encore
été accomplie et l’accès au royaume céleste
n’avait pas encore été ouvert par lui. L’argument
prouve donc que le baptême ne possède cette puissance à
titre de cause principale. |
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[14107] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 2 qc. 6 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod aditus regni caelestis aperitur tripliciter. Uno modo
quantum ad gloriam animae; et sic in passione apertus est; unde dictum est
latroni, Luc. 23, 43: hodie mecum eris in Paradiso. Alio modo quantum
ad gloriam corporis; et sic apertus est in resurrectione. Alio modo quantum
ad locum gloriae congruentem; et sic apertus est in ascensione. Et his tribus
modis Baptismus instrumentaliter aperit quo ad istum: agit enim virtute et
passionis et resurrectionis et ascensionis, inquantum homo configuratur
Christo passo per immersionem, qua quodammodo Christo consepelitur, et ei
resurgenti quantum ad nitorem qui resultat ex aqua, et ascendenti quantum ad
elevationem baptizati de sacro fonte. Unde Baptismus passioni appropriatur:
quia etiam gloria animae principalior est, et causa quodammodo aliorum; et in
hujus signum baptizato domino caeli aperti sunt super eum; Matth. 3. |
2. L’accès au royaume céleste est
ouvert de trois manières. D’une manière, pour ce qui est
de la gloire de l’âme: ainsi a-t-il été ouvert par
la passion. Aussi a-t-il été dit au larron, en
Lc 23, 43: Aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis. D’une
autre manière, pour ce qui est de la gloire du corps: ainsi a-t-il
été ouvert par la résurrection. D’une autre
manière, pour ce qui est du lieu qui convient à la gloire:
ainsi a-t-il été ouvert par l’ascension. Et le
baptême ouvre au [royaume céleste] de manière
instrumentale de ces trois manières. En effet, il agit par la puissance
de la passion, de la résurrection et l’ascension pour autant que
l’homme est rendu conforme au Christ qui a souffert par
l’immersion, par laquelle il est d’une certaine façon
enseveli avec le Christ; au Christ ressuscité, pour ce qui est de la
pureté qui vient de l’eau; au Christ montant [au ciel], pour ce
qui est de l’élévation du baptisé depuis la
fontaine sacrée. Ainsi le baptême est-il approprié
à la passion parce que la gloire de l’âme est la
principale et la cause des autres choses, et aussi parce que les cieux se
sont ouverts sur lui pour la signifier lorsque le Seigneur a
été baptisé, Mt 3. |
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Articulus 3 [14108] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 3 tit. Utrum Baptismus aequalem effectum habeat in omnes
quantum ad remotionem mali |
Article
3 – Est-ce que le baptême a un égal effet chez tous pour
ce qui est de l’enlèvement du mal ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le baptême enlève-t-il
également le mal chez tous ?]
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[14109] Super Sent.,
lib. 4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur
quod Baptismus non aequalem effectum habeat in omnes quantum ad remotionem
mali. In adultis enim removet peccatum actuale et originale; sed in pueris
originale tantum. Ergo plus efficit in adultis quam in pueris quantum ad mali
remotionem. |
1. Il semble que le baptême n’ait pas un égal effet chez tous pour ce qui est de l’enlèvement du mal. En effet, chez les adultes, il enlève le péché actuel et originel, mais, chez les enfants, seulement le péché originel. Il est donc plus efficace chez les adultes que chez les enfants pour ce qui est de l’enlèvement du mal. |
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[14110] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
mitigatio fomitis est effectus Baptismi. Sed post Baptismum in quibusdam
invenitur fomes magis mitigatus quam in aliis. Ergo in eis efficacius Baptismus se habuit
in remotione mali. |
2. Un affaiblissement du désir désordonné est l’effet du baptême. Or, après le baptême, on trouve chez certains une incitation plus affaiblie que chez d’autres. |
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[14111] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra, Baptismus habet efficaciam ad removendum malum, secundum quod habet
quamdam similitudinem mortis. Sed morientium unus non magis moritur quam
alius. Ergo et Baptismus aequaliter in omnibus mala aufert. |
S.c. 1 – En sens contraire, le baptême tire
son efficacité pour enlever le mal du fait qu’il a une certaine
ressemblance avec la mort. Or, l’un des morts ne meurt pas davantage
que l’autre. Le baptême enlève donc les maux
également chez tous. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Une grâce égale est-elle conférée à tous par le baptême ?] |
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[14112]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam aequalis gratia omnibus in
Baptismo conferatur, qui non ficte accedunt. In Baptismo enim operatur passio
Christi, quae habet quodammodo efficaciam infinitam. Sed finitum infinito
additum nihil majus efficit. Cum ergo devotio accedentis qua unus alium
excedit, sit quoddam bonum finitum, videtur quod devotio vel aliquid hujusmodi,
efficere non possit quin omnes in Baptismo aequalem gratiam consequantur. |
1. Il semble qu’une grâce égale est
conférée par le baptême à tous ceux qui y
accèdent sans feinte. En effet, la passion du Christ, qui
possède une efficacité pour ainsi dire infinie, agit dans le
baptême. Or, le fini ajouté à l’infini ne
réalise rien de plus grand. Puisque la dévotion de celui qui y
accède, par laquelle l’un dépasse l’autre, est
quelque chose de fini, il semble donc que la dévotion ou quelque chose
du genre ne puisse empêcher que tous reçoivent une grâce
égale par le baptême. |
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[14113] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, ad Baptismi
effectum capiendum non requiritur alia concausa, sed solum ut impedimentum
removeatur. Sed nullus recipit gratiam in Baptismo nisi ab eo sit
impedimentum remotum. Ergo omnes recipiunt
gratiam aequalem. |
2. Pour recevoir l’effet du baptême, une
cause associée n’est pas nécessaire, mais seulement pour
qu’un empêchement soit enlevé. Or, personne ne
reçoit la grâce par le baptême que si un empêchement
en est enlevé. Tous reçoivent dont une grâce
égale. |
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[14114] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra, Damascenus dicit, quod peccatorum remissio cunctis aequaliter in
Baptismo datur, gratia autem spiritus sancti secundum proportionem fidei, et
secundum purgationem. Sed non omnes cum aequali fide nec aequaliter praeparati ad Baptismum
accedunt. Ergo non omnes aequaliter gratiam
consequuntur. |
S.c. 1 – En sens contraire, [Jean] Damascène
dit que la rémission des péchés est donnée
à tous de manière égale par le baptême, mais la
grâce du Saint-Esprit, en proportion de la foi et selon la
purification. Or, tous n’accèdent pas au baptême avec une
foi égale et n’y sont pas également
préparés. Tous n’y reçoivent donc pas également la grâce. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Est-ce que même les enfants reçoivent une grâce égale par le baptême ?] |
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[14115]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nec etiam pueri in Baptismo
consequantur aequalem gratiam. Quia in Angelis secundum quantitatem
naturalium gratia infundebatur. Sed unus puerorum habet meliora naturalia quam
alius. Ergo et majorem gratiam in Baptismo recipit. |
1. Il semble que même les enfants n’obtiennent pas une grâce égale par le baptême. En effet, chez les anges, la grâce était répandue en fonction de l’ampleur de leurs dispositions naturelles. Or, un enfant possède de meilleures dispositions naturelles qu’un autre. Il reçoit donc une plus grande grâce par le baptême. |
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[14116]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, quidam in
Baptismo recipiunt gratiam finalem, qui innocentiam baptismalem usque ad
finem servant, quidam autem non. Ergo etiam de pueris aliqui aliis majorem gratiam
consequuntur. |
2. Certains, qui
conservent l’innocence baptismale jusqu’à la fin,
reçoivent par le baptême la grâce finale, mais
d’autres non. Même chez les enfants, certains obtiennent donc une
grâce plus grande que d’autres. |
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[14117] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra, gratia baptismalis in pueritia non opponitur nisi peccato originali.
Sed unus puer non habet plus de peccato originali quam alius. Ergo nec majorem
gratiam baptismalem recipit unus alio. |
S.c. 1 – En sens
contraire, la grâce baptismale chez les enfants ne s’oppose
qu’au péché originel. Or, un enfant n’a pas
davantage qu’un autre le péché originel. Il ne
reçoit donc pas davantage qu’un autre la grâce baptismale. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14118] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod
Baptismus universaliter aufert in eo qui non ficte accedit, culpam personam
inficientem, quam invenit, ut dictum est, et sic accedit ad terminum. Ea
autem quae in termino sunt, intensionem non recipiunt; et ideo quantum ad
remotionem culpae, aequalem effectum habet in omnibus Baptismus; et similiter
est de poena personali, quae respondet culpae originali prout est inficiens
personam, scilicet carentia divinae visionis. Sed contra aliam poenam ex
principiis naturae corruptae consequentem, sicut est concupiscentia vel
fomes, remedium adhibetur in Baptismo, ut non dominentur per gratiam in
Baptismo collatam; et ideo simile est de poena illa et de gratia. |
Le baptême enlève de manière
universelle, chez celui qui s’en approche sans feinte, la faute
qu’il rencontre chez la personne affectée, comme on l’a
dit, et ainsi il atteint son terme. Mais ce qui se trouve dans le terme ne
reçoit pas d’impulsion. C'est pourquoi, du point de vue de
l’enlèvement de la faute, le baptême a le même effet
chez tous. Il en va de même pour la peine personnelle, qui correspond
au péché originel pour autant qu’il affecte la personne,
à savoir, la carence de la vision divine. Mais contre une autre peine
qui découle des principes de la nature corrompue, comme le sont la
concupiscence ou le désir désordonné, un remède
est donné par le baptême en raison de la grâce
conférée par le baptême, de sorte qu’ils ne
dominent pas. Ainsi, il en va de même pour cette peine et pour la
grâce. |
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[14119] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 3
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod hoc non est de efficacia Baptismi quod non tot peccata destruit in uno
quot in alio: in quolibet enim destruit omnia quae invenit. |
1. Il ne relève pas de l’efficacité
du baptême qu’il ne détruise pas autant de
péchés chez l’un que chez l’autre : en effet,
il détruit chez tous tous les péchés qu’il
rencontre. |
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[14120] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
illa objectio procedit de secunda poena, quae habet reprimi per Baptismum ex
parte gratiae collatae. |
2. Cette objection est tirée de la seconde peine
qu’il revient au baptême de réprimer en raison de la
grâce conférée. |
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[14121] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod actus
activorum recipiuntur in passivis secundum suam dispositionem; et ideo
quamvis Baptismus (ut et passio Christi, quae in eo operatur) quantum est de
se, aequalem respectum ad omnes habeat; quia tamen quidam ad Baptismum cum
majori praeparatione fidei et devotionis accedunt quam alii, ideo quidam
aliis majorem gratiam consequuntur. Nullus enim gratiam in termino recipit,
ut intendi non possit per Baptismum. |
L’acte de ce qui est actif est reçu dans ce qui est passif selon la disposition de celui-ci. Ainsi, bien que le baptême (ainsi que la passion du Christ qui agit en lui), pour ce qui est de lui-même, ait un égal rapport avec tous, parce que certains s’approchent du baptême avec une plus grande préparation de la foi et de la dévotion que d’autres, certains reçoivent une plus grande grâce. En effet, personne ne reçoit au terme la grâce de telle sorte qu’il ne puisse y tendre par le baptême. |
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[14122] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod devotio baptizati non additur quasi concausa, ut
efficienter agat ad gratiae receptionem; sed additur quasi dispositio
materialis; et ideo secundum diversitatem ipsius participatur Baptismi effectus. |
1. La dévotion du baptisé n’est pas
ajoutée comme une cause associée pour qu’elle agisse
efficacement en vue de la réception de la grâce, mais elle est
ajoutée comme une disposition matérielle. C’est pourquoi
l’on participe à l’effet du baptême selon la
diversité de [sa dévotion]. |
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[14123] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quando adultus baptizatur, non solum requiritur ad
percipiendum Baptismi effectum removens prohibens, scilicet fictionem, sed
etiam requiritur dispositio quasi materialis, scilicet devotio et fides
recipientis Baptismum; et secundum quod magis vel minus invenitur dispositus,
effectum Baptismi diversimode consequitur. |
2. Lorsqu’un adulte est baptisé, n’est
pas nécessaire pour recevoir l’effet du baptême ce qui
enlève un obstacle, mais une dispisition pour ainsi dire
matérielle est aussi nécessaire, à savoir, la
dévotion et la foi de celui qui reçoit le baptême. Selon
qu’il se trouve plus ou moins disposé, il obtient donc
diversement l’effet du baptême. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14124] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 2 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod in pueris
baptizatis nihil ex parte eorum requiritur, sed habent quasi pro dispositione
ad salutem fidem Ecclesiae, et pro effectivo salutis virtutem passionis
Christi, quae operatur in Baptismo; et haec duo aequaliter ad pueros se
habent; et ideo non differunt quantum ad effectum Baptismi suscipiendum, sed
omnes aequalem gratiam suscipiunt. |
Chez les enfants baptisés, rien n’est exigé de leur part, mais ils ont pour ainsi dire comme disposition au salut la foi de l’Église, et comme [cause] efficiente la puissance de la passion du Christ, qui agit dans le baptême. Ces deux choses affectent également les enfants. C’est pourquoi ils ne diffèrent pas du point de vue de l’effet du baptême reçu, mais tous reçoivent une grâce égale. |
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[14125] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod non est simile de pueris et de Angelis: quia
Angeli differunt specie, secundum multorum opinionem, pueri autem non; unde
non est tanta differentia naturalium in pueris sicut in Angelis. Vel
dicendum, quod in Angelis secundum proportionem gradus naturalium erat etiam
proportio conatus qui ex parte eorum requirebatur, et ideo accipiebant
gratiam secundum proportionem naturalium; in pueris autem non requiritur
aliquis actus ex parte eorum; et ideo non est simile. |
1. Il n’en va pas de même des enfants et des anges, car les anges diffèrent par l’espèce, selon l’opinion d’un grand nombre, mais non les enfants. Il n’y a donc pas autant de différences entre les dispositions naturelles des enfants et celles des anges. Ou bien il faut dire que, chez les anges, la proportion de l’effort qui était nécessaire de leur part correspondait à la proportion des degrés des dispositions naturelles. Ainsi, ils recevaient la grâce selon la proportion de leurs dispositions naturelles ; mais, chez les enfants, aucun acte n’est requis de leur part. Ce n’est donc pas la même chose. |
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[14126] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod gratia accepta in pueris, non facit eis necessitatem
ad bonum, sed inclinationem tantum; et ideo postquam ad perfectam aetatem
pervenerint, possunt diversimode gratia recepta uti; et inde est quod quidam
proficiunt et perseverant, quidam vero deficiunt; non ex diversa quantitate
gratiae in Baptismo perceptae. |
2. La grâce reçue par les enfants ne les force pas au bien, mais les incline seulement. Aussi, après qu’ils sont parvenus à l’âge adulte, ils peuvent utiliser diversement la grâce reçue. De là vient que certains progressent et persévèrent, mais certains font défecton, mais non pas en raison d’une quantité de grâce différente reçue dans le baptême. |
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Quaestio 3 |
Question 3 – [Sur ceux qui reçoivent le baptême] |
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Prooemium |
Prologue
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[14127] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 pr. Deinde quaeritur
de recipientibus Baptismum; et circa hoc quaeruntur tria: 1 de pueris, et
aliis usu rationis carentibus, quos constat sacramentum et rem sacramenti
percipere; 2 de fictis qui recipiunt sacramentum, et non rem sacramenti; 3 de
baptizatis Baptismo flaminis et sanguinis, qui non recipiunt sacramentum, sed
rem sacramenti. |
On s’interroge ensuite sur ceux qui
reçoivent le baptême. À ce sujet, trois questions sont
posées : 1 – À propos des enfants et de ceux
à qui fait défaut l’usage de la raison, dont il est clair
qu’ils reçoivent le sacrement et la réalité du
sacrement ; 2 – À propos de ceux qui reçoivent le
sacrement avec feinte, mais non la réalité du sacrement ;
3 – À propos de ceux qui sont baptisés dans le feu et
dans le sang, qui ne reçoivent pas le sacrement, mais la
réalité du sacrement. |
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Articulus 1 [14128] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 tit. Utrum pueri
sacramentum suscipere possint |
Article
1 – Est-ce que les enfants peuvent recevoir le sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Les enfants peuvent-ils recevoir le
baptême comme sacrement ?]
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[14129] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod pueri
sacramentum suscipere non possint. Marc. ult., 16: qui crediderit et baptizatus
fuerit, salvus erit; ex quo patet quod credere praesupponitur ad
Baptismum. Sed pueri non possunt credere,
quia non possunt aliquid cum assertione cogitare. Ergo pueri non possunt
suscipere sacramentum Baptismi. |
1. Il semble que les enfants ne peuvent pas recevoir le sacrement. Mc 16, 16 : Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. Il ressort clairement de cela que la foi est présupposée au baptême. Or, les enfants ne peuvent croire, parce qu’ils ne peuvent penser quelque chose en l’affirmant. Les enfants ne peuvent donc pas recevoir le sacrement de baptême. |
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[14130] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea. In Baptismo
fit quaedam obligatio hominis ad ea quae sunt fidei Christianae servanda. Sed obligatio non potest fieri nisi ab eo qui est suae
voluntatis arbiter constitutus. Ergo pueri sacramentum Baptismi suscipere non
possunt. |
2. Par le baptême, est contractée une certaine
obligation de l’homme d’observer ce qui relève de la foi
chrétienne. Or, une obligation ne peut être contractée
que par celui est en état d’exercer son libre arbitre. Les enfants
ne peuvent donc pas recevoir le sacrement de baptême. |
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[14131] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
per Baptismum, ut dicit Dionysius, fit aliquis particeps communionis
divinorum. Sed pueris non competit sacra communicare. Ergo non competit eis
sacramentum Baptismi. |
3. Comme le dit Denys, par le baptême, on participe
à la communion aux réalités divines. Or, il ne convient
pas aux enfants de communier aux réalités sacrées. Le
sacrement du baptême ne leur convient donc pas. |
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[14132] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 1
qc. 1 S.c. 1 Sed contra est quod
Dionysius dicit, quod divini nostri duces, scilicet apostoli, probaverunt
infantes recipi ad Baptismum. Ergo pueri possunt sacramentum Baptismi
recipere. |
S.c. 1 – En sens contraire, Denys dit que
«nos divins dirigeants – à savoir, les apôtres
– ont montré que les enfants sont reçus pour le
baptême». Les enfants peuvent donc recevoir le sacrement de
baptême. |
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[14133] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 1 S.c. 2 Praeterea,
Baptismus circumcisioni successit. Sed circumcisio pueris conferebatur. Ergo
et Baptismus pueris debet dari. |
S.c. 2 – Le baptême succède à
la circoncision. Or, la circoncision était conférée aux
enfants. Le baptême aussi doit donc être donné aux
enfants. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Est-il préférable de reporter le baptême pour les enfants ?] |
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[14134] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod melius sit Baptismum differri quam statim in pueritia dare, nisi necessitas mortis emergat. Quia omnis Christi actio, nostra est instructio. Sed Christus Baptismum accipere voluit in tricesimo anno vitae suae, ut dicitur Luc. 3. Ergo et similiter apud nos debet usque ad tempus perfectae aetatis differri. |
1.
Il semble qu’il soit mieux de reporter le baptême que de le
donner immédiatement pendant l’enfance, à moins que
n’appariasse une nécessité liée à la mort,
car toute action du Christ est pour nous un enseignement. Or, le Christ a
voulu recevoir le baptême à l’âge de trente ans,
comme il est dit en Lc 3. De la même façon, [le
baptême] doit donc être reporté jusqu’à
l’âge adulte. |
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[14135] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, medicina
efficax debet sumi quando maxime potest juvare. Sed Baptismus maxime juvaret
in fine vitae, vel saltem in perfecta aetate; quia per ipsum omnia delicta
adolescentiae et juventutis solverentur. Ergo
usque tunc deberet differri. |
2. Un médicament doit être pris lorsqu’il peut le plus aider. Or, le baptême aiderait surtout à la fin de la vie ou, tout au moins, à l’âge adulte, car, par lui, toutes les fautes de l’adolescence et de la jeunesse seraient effacées. Il doit donc être reporté jusqu’à ce moment. |
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[14136] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
magis afficitur homo ad ea quae ex seipso acquirit quam ad ea quae ab alio
accipit; unde et illi qui ex propria acquisitione divitias habent, non sunt
ita liberales sicut qui ab aliis acceperunt, ut dicit philosophus in 4 Ethic.
Sed pueri qui baptizantur, quasi ab aliis Baptismum suscipiunt; adulti autem
ex seipsis ad Baptismum accedunt. Ergo magis afficerentur ad fidem
Christianam, quae in Baptismo suscipitur, si baptizarentur adulti, quam si baptizarentur
infantes. |
3. L’homme est davantage affecté par ce qu’il acquiert par lui-même que par ce qu’il reçoit d’un autre. Ainsi, ceux qui possèdent des richesses pour les avoir acquises eux-mêmes ne sont pas aussi libéraux que ceux qui les ont reçues d’autres, comme le dit le Philosophe dans Éthique, IV. Or, les enfants qui sont baptisés reçoivent pour ainsi dire des autres le baptême, mais les adultes s’en approchent par eux-mêmes. Ils seraient donc davantage affectés par la foi chrétienne, qui est reçue par le baptême, s’ils étaient baptisés à l’âge adulte, que s’ils étaient baptisés alors qu’ils sont enfants. |
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[14137]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 2 S.c. 1 Sed contra, medicina
debet quam citius morbo apponi. Sed Baptismus
est medicina contra originale peccatum, quod etiam in pueris est. Ergo debet
eis Baptismus dari statim. |
S.c. 1 – En sens contraire, un remède doit être donné aussi tôt que possible contre une maladie. Or, le baptême est un remède contre le péché originel, qui se trouve aussi chez les enfants. Le baptême doit donc leur être donné aussi tôt que possible. |
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[14138] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 2 S.c. 2 Praeterea,
melius est impedire malum ne fiat, quam jam factum destruere. Sed per
Baptismum debilitatur fomes, ne dominetur in nobis, et in peccatum actuale ne
nos praecipitet; et sic in pueritia susceptus futura peccata impedit. Ergo
melius est tunc dari Baptismum quam postea ad destruendum peccata praeterita. |
S.c 2 – Il est mieux d’empêcher qu’un mal n’arrive que de détruire un mal déjà fait. Or, par le baptême, le désir désordonné est affaibli pour qu’elle ne nous domine pas et ne nous précipite pas dans le péché actuel. Ainsi, [le baptême] reçu dans l’enfance empêche les péchés futurs. Il est donc mieux que le baptême soit donné alors que par la suite afin de détruire les péchés passés. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le baptême doit-il être donné aux adultes privés de raison ?] |
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[14139] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod adultis usu rationis carentibus Baptisma dari non debeat. In adultis enim non solum per Baptismum originale, sed etiam actualia peccata solvuntur. Sed contra actuale peccatum quod quis ex seipso commisit, requiritur proprius motus liberi arbitrii. Ergo his adultis qui usum liberi arbitrii non habent, Baptismus dari non debet. |
1.
Il semble que le baptême ne doive pas être donné aux
adultes à qui la raison fait défaut. En effet, chez les adultes,
non seulement le péché originel, mais aussi les
péchés actuels sont effacés. Or, contre le
péché actuel que quelqu’un a commis de lui-même, un
mouvement propre du libre arbitre est requis. Le baptême ne doit donc
pas être donné aux adultes à qui fait défaut
l’usage du libre arbitre. |
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[14140] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
nulli contradicenti sacramentum exhiberi oportet. Sed quandoque amentes et
furiosi contradicunt. Ergo eis Baptismus dari non debet. |
2. Il ne faut pas donner le sacrement à celui qui s’y oppose. Or, parfois, les fous et les forcenés s’y opposent. Le baptême ne doit donc pas leur être donné. |
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[14141] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
dormientes secundum philosophum, vivunt vita plantae. Sed Baptismus non datur
nisi viventi vita humana, quae est secundum animam rationalem. Ergo dormienti
Baptismus dari non oportet. |
3. Selon le Philosophe, ceux qui dorment vivent selon la vie des plantes. Or, le baptême n’est donné qu’à celui qui vit selon une vie humaine, laquelle est conforme à l’âme raisonnable. Il ne faut donc pas donner le baptême à celui qui dort. |
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[14142] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra est quod Augustinus dicit 4 Confess., de amico suo, qui cum desperaretur,
baptizatus est nesciens; et tamen in ipso Baptismus efficaciam habuit: quod
patet ex hoc quod postea perversae suasioni contradixit. Ergo etiam
carentibus usu rationis Baptismus dari potest. |
S.c. 1 – En sens contraire, Augustin parle dans les Confessions, de son ami, qui, alors qu’il se désespérait, a été baptisé sans le savoir ; cependant, le baptême était efficace chez lui, ce qui ressort du fait que, par la suite, il s’opposa à ses convictions perverses. Le baptême peut donc être donné même à ceux à qui fait défaut l’usage de la raison. |
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[14143] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 3 S.c. 2 Praeterea,
pueri, qui nunquam habuerunt usum rationis, baptizantur. Ergo multo amplius
illi qui aliquando habuerunt, quamvis nunc non habeant. |
S.c. 2 – Des enfants
qui n’ont jamais eu l’usage de la raison sont baptisés.
À plus forte raison, ceux qui l’ont déjà eue, bien
qu’ils ne l’aient plus maintenant. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14144] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod diversi status mundi
comparantur diversis aetatibus unius hominis, sicut Augustinus dicit in Lib.
83 quaestionum. Unde sicut nullus status
mundi fuit in quo esset humano generi praeclusa via salutis, ita nulla aetas
hominis unius est in qua sibi via salutis praecludatur. Unde cum in pueris sit
peccatum originale, per quod a consecutione aeternae salutis impediuntur,
oportet quod eis adhiberi possit aliquod remedium ad removendum praedictum
impedimentum. Hoc autem est Baptismus. Unde divinae misericordiae contradicit
qui negat Baptismum parvulis posse exhiberi; et propter hoc haereticum est
hoc dicere. |
Les
divers états du monde sont comparés aux divers âges
d’un seul homme, comme le dit Augustin dans le Livre des quatre-vingt-
trois questions. Ainsi, de même qu’il n’y eut aucun
état du monde où le chemin du salut ait été
fermé au genre humain, de même il n’y a aucun âge
d’un homme où le chemin du salut lui soit fermé. Puisque
le péché originel existe chez les enfants, par lequel ils sont
empêchés d’obtenir le salut éternel, il est donc
nécessaire que puisse leur être donné un remède
pour enlever cet empêchement. Or, tel est le baptême. Celui qui
refuse le baptême aux petits enfants s’oppose donc à la
miséricorde divine. Pour cette raison, il est hérétique
de dire cela. |
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[14145] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod pueri quamvis non habeant actum fidei, habent
tamen habitum, quem in Baptismo suscipiunt, sicut et habitus aliarum virtutum.
Sed si verbum domini intelligatur de actu fidei, tunc referendum est ad illos
tantum qui per doctrinam apostolorum imbuendi erant, de quibus praedixerat: praedicate
Evangelium omni creaturae; nulli enim eorum quibus Evangelium
praedicandum erat, Baptismus dari debebat, nisi crederet. |
1. Bien que les enfants n’aient pas l’acte de
la foi, ils en ont cependant l’habitus qu’ils reçoivent
par le baptême, de même que les habitus des autres vertus. Mais
si la parole du Seigneur est entendue de l’acte de foi, alors elle doit
se rapporter seulement à ceux qui devaient être formés
par l’enseignement des apôtres, dont il avait dit à
l’avance : Prêchez l’évangile à toute
créature. En effet, le baptême ne devait être
donné à aucun de ceux à qui l’évangile
devait être annoncé, à moins qu’il ne croie. |
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[14146] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod obligatio in Baptismo non fit ad aliquid ad quod non omnis homo
teneatur. |
2. L’obligation contractée par le
baptême ne porte pas sur une chose à laquelle tout homme
n’est pas tenu. |
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[14147] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod sicut ille qui ascribitur ad militiam non oportet quod
statim in pugnam vadat, sed quando opportunitas imminet; ita nec ille qui in
Baptismo ascribitur ad divinas actiones, oportet quod statim ad eas
admittatur, sed quando tempus opportunum fuerit. |
3. De même qu’il n’est pas
nécessaire que celui qui est assigné à
l’armée aille se battre immédiatement, mais lorsque
l’occasion s’en présentera, de même celui qui est
assigné aux actions divines par le baptême doit-il y être
admis immédiatement, mais [les exerce] en temps opportun. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14148] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod magis
laudabile est quod pueri quam citius poterint baptizentur commode, non
expectata perfecta aetate, propter tres rationes. Primo, quia propter imbecillitatem naturae de facili mori
possunt et damnari; unde ut damnationis periculum evitetur, debent Baptismo
praeveniri. Secundo propter infestationes Daemonum, qui non habent tantam
potestatem in pueris baptizatis ab originali mundatis, quantum in illis qui
adhuc originale habent, neque quantum ad nocumenta spiritualia, neque quantum
ad nocumenta corporalia. Tertio, quia in pueritia facilius homo ad aliqua
inducitur, et firmius inhaeret, secundum quod philosophus dicit in 2 Ethic.,
cap. 1: non parum differt ex juvene confestim assuefieri, sed multum;
magis autem omne; et hanc causam assignat Dionysius in fine Eccles.
Hierarc. dicens: tradit autem puerum sacris symbolis, idest
sacramentalibus signis, summus sacerdos, ut cum eis conversetur, et neque
formetur in vitam alteram, nisi divina contemplantem semper. |
Il est plus louable que les enfants soient
baptisés aussitôt qu’on le peut commodément, sans
attendre l’âge adulte, pour trois raisons. Premièrement,
parce qu’en raison de la faiblesse de la nature, ils peuvent facilement
mourir et être damnés. Pour que le danger de damnation soit
évité, il faut donc qu’on prenne les devants par le
baptême. Deuxièmement, en raison des attaques des démons,
qui n’ont pas autant de pouvoir contre les enfants baptisés
purifiés du péché originel, ni pour leur nuire
spirituellement, ni pour leur nuire corporellement. Troisièmement,
parce qu’un homme est plus facilement incité et adhère
plus fermement à certaines choses dans l’enfance, selon ce que
dit le Philosophe dans Éthique, II, ch. 1 : «Cela ne
fait pas une petite mais une grande différence qu’un jeune
prenne une habitude ; cela fait même toute la
différence.» Et Denys donne cette raison à la fin de la Hiérarchie
ecclésiastique, lorsqu’il dit : «Le souverain
pontife met l’enfant en contact avec les symboles sacrés –
c’est-à-dire, les signes sacramentels – afin qu’il y
devienne familier et ne soit pas formé à une autre vie que de
contempler toujours les réalités divines.» |
|
[14149] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 1
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Christus suscepit Baptismum quasi ipsum instituens vel consecrans. Hoc
autem ad doctoris vel sacerdotis officium pertinet, nuntiare viam salutis; et
ideo ante tempus perfectae aetatis, quod competit esse in doctore vel
sacerdote, baptizari non debuit. Nec est simile de aliis qui Baptismum
suscipiunt, ut ab eo juventur. |
1. Le Christ a reçu le baptême en
l’instituant ou en le consacrant. Mais il relève de la fonction
du docteur ou du prêtre d’annoncer le chemin du salut. Aussi ne
devait-il pas être baptisé avant l’âge adulte, qui
doit se trouver chez le docteur ou le prêtre. Il n’en va pas de
même chez ceux qui reçoivent le baptême afin
d’être aidés par lui. |
|
[14150] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in Baptismo confertur gratia ad bene vivendum, et peccata
tolluntur praeterita, et impediuntur futura; et ideo quamvis Baptismus in
fine vitae susceptus plura peccata praeterita tolleret, tamen pauciora
impediret, et ad pauciora bona promoveret; et ideo minus esset utilis.
Praeterea multis casibus subjacet humana vita, et posset contingere ut qui
Baptismum in fine accipere expectaret, morte subita praeventus expectatione
sua fraudaretur. |
2. Par le baptême, la grâce est
conférée pour bien vivre, les péchés
passés sont enlevés et il est fait obstacle aux
[péchés] futurs. Bien que le baptême reçu à
la fin de la vie enlève beaucoup de péchés
passés, il en empêcherait cependant un moins grand nombre et
pousserait à un moins grand nombre de biens. Il serait donc moins utile.
De plus, la vie humaine est soumise à beaucoup d’aléas et
il pourrait arriver que celui qui attendrait de recevoir le baptême
à la fin [de sa vie] soit trompé en étant devancé
dans son attente par une mort subite. |
|
[14151] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod gratia baptismalis non est per acquisitionem hominis,
sed dono Dei. Praeterea status paupertatis ante divitias acquisitas non
inclinat affectum ut homo paupertatem sequatur, sed magis ut paupertatem
fugiat; status autem peccati ante gratiam vel virtutem relinquit propter assuetudinem
inclinationem in anima ut facilius in peccatum labatur; et ideo non est
simile de acquisitione pecuniae, et gratiae vel virtutis. |
3. La grâce baptismale n’est pas acquise par
l’homme, mais vient d’un don de Dieu. De plus,
l’état de pauvreté avant l’acquisition de richesses
n’incline pas l’affectivité de l’homme à
suivre la pauvreté, mais plutôt à fuir la
pauvreté ; mais l’état de péché avant
la grâce ou la vertu laisse dans l’âme, en raison de
l’habitude, une inclination à tomber plus facilement dans le
péché. C’est pourquoi il n’en va pas de même
de l’acquisition de l’argent et de [celle] de la grâce et
de la vertu. |
|
Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14152] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem dicendum, quod de amentibus distinguendum est. Quidam enim sunt
qui ex nativitate amentes fuerunt, et nunquam habent aliqua lucida
intervalla; et de talibus videtur esse idem judicium quod de pueris. Quidam
autem amentiam incurrerunt ex infirmitate vel aliquo hujusmodi, et habent
aliqua lucida intervalla; et de istis dicendum est, quod si antequam amentiam
incurrerunt, vel dum habent lucida intervalla, fuerunt in proposito Baptismum
suscipiendi, si necessitas sit, possunt baptizari, et Baptismi sacramentum
suscipiunt, et rem sacramenti, etiam si tunc actu dissentiant quando
baptizantur in amentia existentes. Si autem ante amentiam contradixerint, non
recipiunt sacramentum neque rem sacramenti. |
Au sujet des déments, il faut faire une
distinction. En effet, certains sont déments depuis leur naissance et
n’ont jamais d’intervalles de lucidité ; le jugement
à porter sur ceux-ci semble être le même que sur les
enfants. Mais certains ont encouru la démence à la suite
d’une maladie ou de quelque chose du genre, et ils ont des intervalles
de lucidité. De ceux-là, il faut dire que s’ils ont eu le
désir de recevoir le baptême avant d’avoir encouru la
démence ou lorsqu’ils ont des intervales de lucidité, ils
peuvent être baptisés, si cela est nécessaire, et
qu’ils reçoivent le sacrement et la réalité du
sacrement, même s’ils s’opposent en acte à
être baptisés, alors qu’ils sont en état de
démence. Mais s’ils s’y sont opposés avant leur démence,
ils ne reçoivent ni le sacrement, ni la réalité du sacrement. |
|
[14153] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut in adulto qui habet usum rationis, disponit
ad gratiam baptismalem suscipiendam motus liberi arbitrii quem habet dum
baptizatur; ita in amente motus liberi arbitrii quem habebat dum sanae mentis
erat. |
1. De même que, chez l’adulte qui a
l’usage de la raison, le mouvement du libre arbitre dispose à
recevoir la grâce baptismale lorsqu’il est baptisé, de
même, chez le dément, le mouvement du libre arbitre qu’il
avait lorsqu’il était sain d’esprit. |
|
[14154] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod effectus Baptismi in mente suscipitur, nec impeditur
nisi ex contradictione mentis. Illi autem qui mentis usum non habent, non
contradicunt mente, sed magis phantasia ducti; et ideo talis contradictio
effectum Baptismi non impedit, quando mentis consensus praecessit. |
2. L’effet du baptême est reçu dans
l’esprit et n’est empêché que par une opposition de
l’esprit. Mais ceux qui n’ont pas l’usage de leur esprit ne
s’y opposent pas par l’esprit, mais ils sont plutôt
menés par l’imagination. C’est pourquoi une telle
opposition n’empêche pas l’effet du baptême,
lorsqu’un consentement de l’esprit a précédé. |
|
[14155] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod dormientes baptizandi non sunt, nisi periculum mortis
immineat; et tunc similiter distinguendum est de dormientibus sicut de illis
qui amentiam incurrunt post statum sanae mentis. |
3. Ceux qui dorment ne doivent pas être
baptisés, si ce n’est en raison d’un danger de mort
imminent. Il faut alors faire, à propos de ceux qui dorment, la
même distinction que pour ceux qui encourent la démence
après un état d’esprit sain. |
|
|
|
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Article 2 [14156] Super Sent.,
lib. 4 d. 4 q. 3 a.2 tit. Utrum aliqua indispositio
voluntatis humanae possit effectum Baptismi impedire. |
Article
2 – Est-ce qu’une indisposition de la volonté humaine peut
empêcher l’effet du baptême ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Est-ce qu’une indisposition de la
volonté humaine peut empêcher l’effet du baptême ?]
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[14157] Super Sent.,
lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur.
Videtur quod nulla indispositio voluntatis humanae possit effectum Baptismi
impedire. Ea enim quae sunt a natura, sunt magis permanentia quam ea quae
sunt a voluntate. Sed originale est peccatum naturae, quod Baptismi effectum
non impedit. Ergo nec aliqua indispositio voluntatis Baptismum in suo effectu
impedire potest. |
1. Il semble qu’aucune indisposition de la
volonté humaine ne peut empêcher l’effet du baptême.
En effet, ce qui vient de la nature est plus durable que ce qui vient de la
volonté. Or, le péché originel est un
péché de nature, qui ne peut empêcher l’effet du
baptême. Aucune indisposition de la volonté ne peut donc
empêcher l’effet du baptême. |
|
[14158] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in
naturalibus indispositio materiae non impedit effectum agentis totaliter,
nisi quando contraria dispositio quae est in materia, est fortior quam virtus
agentis, sicut patet de aquositate lignorum per comparationem ad calorem
ignis. Sed virtus divina, quae in sacramentis secretius operatur salutem, ut
Augustinus dicit, est potentior qualibet indispositione nostrae voluntatis.
Ergo non potest propter indispositionem voluntatis effectus Baptismi
totaliter tolli. |
2. Dans les choses naturelles, l’indisposition de
la matière n’empêche pas entièrement l’effet
de l’agent, si ce n’est lorsqu’une disposition contraire
qui se trouve dans la matière est plus forte que la puissance de
l’agent, comme cela ressort de l’humidité du bois par
rapport à la chaleur du feu. Or, la puissance divine, qui
réalise secrètement le salut dans les sacrements, comme le dit
Augustin, est plus puissante que n’importe quelle indisposition de
notre volonté. L’effet du baptême ne peut donc être
entièrement empêché par l’indisposition de la
volonté. |
|
[14159] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Baptismus,
sicut et alia sacramenta, instrumentum est divinae misericordiae operantis
salutem. Sed
divina misericordia operans salutem etiam voluntatem in bonum mutat per
gratiam praevenientem. Ergo et Baptismus
indispositionem voluntatis magis tollit quam ab ea impediatur. |
3. Le baptême, comme les autres sacrements, est un
instrument de la miséricorde divine qui réalise le salut. Or,
la miséricorde divine qui réalise le salut change même la
volonté en vue du bien par la grâce prévenante. Le
baptême aussi enlève donc l’indisposition de la volonté
plus qu’il n’est empêché par elle. |
|
[14160] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra, Rom. 2, super illud: sine poenitentia sunt dona Dei et vocatio,
dicit Ambrosius, quod gratia Dei in Baptismo non requirit nisi solam fidem et
contritionem. Sed per haec duo tollitur omnis contrarietas voluntatis ad gratiam.
Ergo requiritur ad Baptismum ut indispositio voluntatis tollatur. |
S.c. 1 – En sens contraire, à propos de Rm
2 : Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance, Ambroise
dit que la grâce de Dieu dans le baptême ne requiert que la foi
seule et la contrition. Or, par ces deux choses, toute opposition de la
volonté à la grâce est enlevée. Il est donc
nécessaire que l’indisposition de la volonté soit
enlevée par le baptême. |
|
[14161] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, secundum
Augustinum, qui creavit te sine te, non justificabit te sine te. Sed ille qui habet
indispositam voluntatem, non cooperatur Deo, immo magis in contrarium
operatur. Ergo in Baptismo non justificatur. |
S.c. 2 – Selon Augustin, «celui qui t’a
créé sans toi ne te justifiera pas sans toi». Or, celui
qui a une indisposition de la volonté ne coopère pas avec Dieu,
bien plus, il agit en sens contraire. Il n’est donc pas justifié
par le baptême. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La feinte est-elle un empêchement à recevoir la grâce baptismale ?] |
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[14162] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod hujusmodi voluntatis indispositio non debeat dici fictio. Secundum enim unumquodque genus peccati contingit voluntatem esse indispositam ad baptismalis gratiae susceptionem. Sed fictio est speciale peccatum, quia opponitur speciali virtuti, scilicet veritati, ut patet per philosophum in 4 Ethic. Ergo non debet dici universale impedimentum baptismalis gratiae. |
1. Il semble que ce genre d’indisposition de la volonté ne doive pas être appelé une feinte. En effet, la volonté est indisposée à recevoir la grâce baptismale par n’importe quel genre de péché. Or, la feinte est un péché particulier, car elle s’oppose à une vertu particulière, à savoir, la vérité, comme cela ressort de ce que dit le Philosophe, dans Éthique, IV. Elle ne doit donc pas être appelé un empêchement universel à la grâce baptismale. |
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[14163] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
Augustinus dicit, quod fictus est qui non credit. Sed sicut in Baptismo datur
fides, ita et aliae virtutes, et praecipue caritas, per quam aliquis fit
filius Dei. Ergo
fictio non magis debet poni impedimentum Baptismi, quam opposita aliarum
virtutum. |
2. Augustin dit que celui qui feint est celui qui ne
croit pas. Or, de même que la foi est donnée par le
baptême, de même aussi les autres vertus, et principalement la
charité, par laquelle l’on devint fils de Dieu La feinte ne doit
donc pas être présentée davantage comme un
empêchement au baptême que les contraires des autres vertus. |
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[14164] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
secundum Augustinum aliquo modo fictus est qui indevotus accedit. Sed
indevotio potest esse sine peccato mortali; talis autem non habet aliquod impedimentum
Baptismi. Ergo
impedimentum Baptismi non debet dici fictio. |
3. Selon Augustin, celui qui s’approche sans la
dévotion feint d’une certaine manière. Or, un manque de
dévotion peut exister sans péché mortel ; mais un
tel manque ne comporte pas un empêchement au baptême. La feinte
ne doit donc pas être appelé un empêchement au
baptême. |
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[14165] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 4 Praeterea, secundum
Augustinum, alio modo dicitur fictus qui aliter celebrat. Sed qui non servat formam Ecclesiae, non confert
sacramentum, neque suscipit. Ergo talis fictio non est sacramenti
impedimentum. |
4. Selon Augustin, on dit que quelqu’un feint
lorsqu’il célèbre d’une autre manière. Or,
celui qui n’observe pas la forme de l’Église ne
confère pas le sacrement ni ne le reçoit. Une telle feinte
n’est donc pas un empêchement du sacrement. |
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[14166] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 5 Praeterea,
fictus alio modo ab Augustino dicitur qui contemnit suscipere. Sed talis non
suscipit. Ergo talis fictio non impedit sacramenti effectum. |
5. Augustin parle de celui qui feint d’une autre
manière que de celui qui méprise de recevoir [le sacrement].
Or, celui-ci ne le reçoit pas. Une telle feinte n’empêche
donc l’effet du sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le sacrement obtient-il son effet lorsque la feinte disparaît ?] |
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[14167]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod recedente fictione Baptismus
effectum non consequatur. Opus enim mortuum nunquam vivificatur, ut infra, dist.
14, dicetur. Sed opus mortuum dicitur quod in peccato mortali factum est. Cum
ergo ficte accedens ad Baptismum, in peccato mortali sit, Baptismus ille
nunquam vivificari poterit, ut ei gratiam conferat. |
1. Il semble que, lorsque la feinte disparaît,
le baptême n’obtienne pas son effet. En effet, l’action de
ceux qui sont morts n’est jamais vivifiée, comme on le dira plus
loin, d. 14. Or, on appelle œuvre morte celle qui a été
commise en état de péché mortel. Puisque celui qui
s’approche du baptême avec feinte est en état de
péché mortel, ce baptême ne pourra jamais être
revivifié afin que la grâce lui soit conférée. |
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[14168] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2
qc. 3 arg. 2 Praeterea, effectus
Baptismi est ab omni culpa et poena absolvere. Sed hoc non accidit recedente
fictione: quia a poena peccatorum quae post Baptismum commisit, non
absolvitur alias esset majoris efficaciae in ficte accedentibus quam in
aliis, quibus ad deletionem sequentium peccatorum Baptismus non operatur.
Ergo recedente fictione Baptismus non habet suum effectum. |
2. L’effet du baptême est d’absoudre de
toute faute et de toute peine. Or, cela ne se produit pas lorsque la feinte
disparaît, car il n’y a pas absolution de la peine des
péchés qu’il a commis après le baptême,
autrement [le baptême] aurait une plus grande efficacité chez
ceux qui s’en approchent par feinte que chez les autres, chez qui le
baptême ne réalise pas la destruction des péchés
ultérieurs. Lorsque la feinte disparaît, le baptême
n’a donc pas son effet. |
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[14169] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, sicut
aliquis ficte accedit ad Baptismum, ita etiam ad Eucharistiam. Sed recedente fictione Eucharistiae effectum non percipit
qui prius fictus accesserat. Ergo nec etiam recedente fictione aliquis Baptismi
effectum percipit. |
3. De même que quelqu’un s’approche du
baptême par feinte, de même en est-il aussi pour
l’eucharisite. Or, lorsque la feinte disparaît, celui qui
s’était approché par feinte ne reçoit pas
l’effet de l’eucharistie. Lorsque la feinte disparaît, on
ne reçoit donc pas non plus l’effet du baptême. |
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[14170] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra, remota causa removetur effectus. Sed causa impediens effectum
Baptismi erat fictio. Ergo remota fictione Baptismus effectum suum habebit. |
S.c. 1 – En sens contraire, une fois la cause
enlevée, l’effet en est enlevé. Or, la cause qui
empêchait l’effet du baptême était la feinte.
Lorsque la feinte est enlevée, le baptême aura donc son effet. |
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[14171] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 3 S.c. 2 Praeterea,
cuilibet culpae in statu viae potest remedium adhiberi. Sed contra originalem
culpam non est aliud remedium quam Baptismus. Ergo cum ficte accedentibus
originale non remittatur, oporteret Baptismum iterari si recedente fictione
Baptismus effectum suum non haberet quod est inconveniens et haereticum. |
S.c. 2 – Un remède peut être obtenu
pour toute faute en cours de route [in statu viae]. Or, il n’y a
pas d’autre remède contre le péché originel que le
baptême. Puisque le [péché] originel n’est pas
remis à ceux qui s’approchent [du baptême] par feinte, il
faudrait donc renouveler le baptême, s’il n’obtenait pas
son effet, lorsque la feinte disparaît, ce qui ne convient pas et est hérétique. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14172] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod duplex est
effectus Baptismi. Primus est res et sacramentum, scilicet character. Et quia
character non imprimitur ad praeparandum hominis voluntatem, ut aliquid bene
fiat cum non sit habitus, sed potentia, ut dictum est, ideo hunc effectum
voluntatis indispositio non impedit, dummodo aliqualis sit voluntas
recipiendi sacramentum. Alius effectus est qui est res et non sacramentum,
scilicet gratia, et quae ad ipsam consequuntur, per quae hominis voluntas
praeparatur ut bene cooperetur; et ideo ad hunc effectum percipiendum non
sufficit quaelibet voluntas sacramentum recipiendi, sed requiritur voluntas
talis a qua removeatur omnis indispositio contraria gratiae baptismali quia
contraria non se compatiuntur; unde manente contraria dispositione, Baptismus
ultimum suum effectum habere non posset. |
Il existe un double effet du baptême. Le premier
est la réalité et le sacrement [res et sacramentum], à
savoir, le caractère. Et parce que le caractère n’est pas
imprimé pour préparer la volonté de l’homme afin
que quelque chose soit bien accompli, puisqu’il n’y a pas
d’habitus mais une puissance, comme on l’a dit,
l’indisposition de la volonté n’empêche pas cet
effet, pourvu qu’il y ait une certaine volonté de recevoir le
sacrement. L’autre effet est ce qui est la réalité, mais
non le sacrement [res, et non sacramentum], à savoir, la grâce
et ce qui en découle, par quoi la volonté de l’homme est
préparée à bien coopérer. Pour recevoir cet
effet, ne suffit pas n’importe volonté de recevoir le sacrement,
mais est nécessaire une volonté par laquelle est enlevée
toute indisposition contraire à la grâce baptismale, car les
contraires ne se supportent pas. Aussi, si demeure une indisposition
contraire, le baptême ne pourrait avoir son effet. |
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[14173]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod peccatum originale eo ipso
quod non est voluntarium voluntate hujus personae, habet quod in voluntate, in
qua ultimus effectus Baptismi effici debet, indispositionem aliquam non
causet; et ideo effectum Baptismi impedire non potest. |
1. Le péché originel, par le fait
même qu’il n’est pas volontaire de la part de la
volonté de telle personne, fait que, dans la volonté où
doit se réaliser l’effet ultime du baptême, il ne cause
pas d’indisposition. C’est pourquoi il ne peut empêcher
l’effet du baptême. |
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[14174] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod de ratione voluntatis est ut cogi non possit; et ideo
non est similis ratio de indispositione voluntatis et aliarum rerum
naturalium, quae per violentam actionem agentis dispositiones contrarias
admittunt. |
2. Il est de la nature de la volonté qu’elle
ne puisse être forcée. C’est pourquoi il n’en vas
pas de même de l’indisposition de la volonté et des autres
choses naturelles, qui reçoivent des dispositions contraires par une
action violente d’un agent. |
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[14175] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod sicut in his quae ad esse naturae spectant, quaedam
Deus operatur mediantibus rebus naturalibus, quaedam autem sibi reservavit,
ita etiam in aliis quae ad gratiam pertinent, quaedam operatur mediantibus
sacramentis, quaedam autem immediate operatur; et quandoque praeter legem
naturae, sicut et miracula facit praeter rationes seminales seu naturales; et
de hujusmodi est permutatio voluntatis eorum qui gratiae contrariam
voluntatem habent non solum habitu (quod quandoque contingit in his qui non
ficte accedunt, se ad gratiam disponentibus, quam in ipso momento Baptismi
consequuntur), sed etiam eorum qui contrariam actu voluntatem habent, sicut
de Paulo accidit; Act. 10. |
3. Comme pour ce qui concerne l’être naturel,
sur lequel Dieu agit par l’intermédiaire de choses naturelles,
mais s’en réserve certaines, de même aussi, pour les
choses qui concernent la grâce, réalise-t-il certaines choses
par l’intermédiaire des sacrements, mais en réalise-t-il
certaines de manière immédiate, et parfois, en dehors de la loi
de la nature, comme lorsqu’il accomplit des miracles qui
dépassent les raisons séminales ou naturelles. Est de ce genre
le changement de la volonté de ceux qui ont une volonté
contraire à la grâce non seulement en habitus (ce qui arrive
parfois chez ceux qui ne s’approchent pas par feinte, mais se disposent
à la grâce, qu’ils reçoivent au moment même
du baptême), mais aussi chez ceux qui ont une volonté contraire
en acte, comme cela est arrivé à Paul, Ac 10. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14176] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod ad hoc quod
aliquis alicujus agentis effectum percipere debeat, oportet quod se habeat in
debita dispositione ad causam agentem, et ad effectum percipiendum; et ideo
indispositio voluntatis, quae effectum ultimum Baptismi impedit est duplex:
una secundum ordinem ad ipsum sacramentum; alia secundum ordinem ad effectum
sacramenti. Ad ipsum autem sacramentum contingit voluntatem esse indispositam
dupliciter: uno modo per subtractionem necessarii; alio modo per positionem
contrarii. Quia autem omnis actio est per
contactum; ideo necessarium est quod recipiens sacramentum quodammodo
contingat ipsum et per intellectum quem quidem contactum facit fides et per
affectum quem contactum facit devotio; et ideo indispositus reputatur et qui
non credit, et qui indevotus accedit. Similiter autem duplex est contrarium,
quod subtrahi oportet. Unum est ex parte eorum quae exterius aguntur; et sic
indispositus est qui aliter celebrat. Aliud est ex parte virtutis
intrinsecae, quae secretius operatur salutem; et sic indispositus est qui
contemnit. Similiter autem per comparationem ad effectum Baptismi, oportet
quod disponatur aliquis adhibendo necessarium, scilicet fidem, quae cor
purificat, et quod removeat contrarium, scilicet peccatum, per contritionem;
et ideo Ambrosius dicit quod non sunt necessaria ex hac parte nisi fides et
contritio, tamen contritio etiam in devotione includitur. |
Pour que quelqu’un doive recevoir l’effet d’un agent, il est nécessaire qu’il se trouve dans une disposition appropriée vis-à-vis de la cause efficiente et de l’effet à recevoir. C’est pourquoi l’indisposition de la volonté qui empêche l’effet ultime du baptême est double : l’une, par rapport au sacrement lui-même ; l’autre, par rapport à l’effet du sacrement. Par rapport au sacrement lui-même, il arrive que la volonté soit indisposée de deux manières : d’une manière, par l’enlèvement de ce qui est nécessaire ; d’une autre manière, par la présence de quelque chose de contraire. Or, parce que toute action se réalise par un contact, il est nécessaire que celui qui reçoit le sacrement entre d’une certaine manière en contact avec lui, tant par l’intelligence – contact que réalise la foi – que par l’affectivité – contact que réalise la dévotion. Ainsi, on estime indisposé celui qui ne croit pas et qui s’en approche sans dévotion. De même, il existe un double contraire qu’il est nécessaire d’enlever. L’un du côté de ce qui est accompli extérieurement, et ainsi celui qui est indisposé est celui qui célèbre d’une autre manière. L’autre, du côté de la puissance intrinsèque qui réalise secrètement le salut. Et ainsi, est indisposé celui qui méprise [le sacrement]. De la même façon, si l’on compare à l’effet du baptême, il est nécessaire que l’on soit disposé en faisant preuve de ce qui est nécessaire, à savoir, la foi, qui purifie le cœur et enlève ce qui est contraire, à savoir, le péché, par la contrition. C’est pourquoi Ambroise dit que ne sont nécessaires de ce point de vue que la foi et la contrition, mais la contrition fait aussi partie de la dévotion. L’absence de cette dévotion ne peut exister
sans péché mortel, bien que le manque de dévotion, en
tant qu’elle comporte la ferveur de la charité pour
révérer Dieu et les réalités divines, puisse
exister sans péché mortel. |
|
[14177] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 2
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod fictio proprie est cum aliquis aliquid ostendit dicto vel facto, quod
non est in rei veritate. Hoc autem contingit dupliciter. Uno modo quando ex
hac intentione aliquid dicitur vel fit, ut aliud ostendatur quam rei veritas
habet; et tunc fictio est speciale peccatum, et sic non accipitur hic. Alio
modo quando aliquid ostenditur quod rei veritas non habet dicto vel facto,
etiam si non propter hoc dicatur vel fiat; et sic accipitur hic fictio.
Quicumque enim ad Baptismum accedit, ostendit se veteri vitae abrenuntiare,
et novam inchoare; unde si voluntas ejus adhuc in vetustate vitae remaneat,
aliud ostendit quam sit in rei veritate; et ideo est fictio. |
1. Il y a feinte à proprement parler lorsque
quelqu’un montre en paroles ou en actes ce qui n’existe pas dans
la vérité d’une chose. Or, cela arrive de deux
manières. D’une manière, lorsque lorsque quelque chose
est dit ou fait avec l’intention de montrer autre chose que ne comporte
la réalité d’une chose ; alors, la feinte est un
péché particulier, et ce n’est pas en ce sens
qu’elle est entendue ici. D’une autre manière, lorsque
quelqu’un montre en paroles ou en actes ce que ne comporte pas la
réalité d’une chose, même si cela n’est pas
dit ou fait dans ce but ; c’est ainsi qu’on entend ici la
feinte. En effet, tous ceux qui s’approchent du baptême montrent
qu’ils veulent renoncer à leur ancienne vie et en commencer une
nouvelle. |
|
[14178] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in sacramentis praecipue fides operatur, per quam
sacramenta quodammodo continuantur suae causae principaliter agenti, et etiam
ipsi recipienti; et ideo defectus fidei specialius pertinet ad fictionem quae
est in sacramentis, quam defectus aliarum virtutum. |
2. Dans les sacrements, c’est la foi qui agit
principalement, par laquelle les sacrements sont d’une certaine
manière mis en contact avec leur cause qui agit principalement et avec
celui-là même qui les reçoit. C'est pourquoi le manque de
foi se rapporte de manière plus particulière à la feinte
qui existe dans les sacrements, que le manque d’autres vertus. |
|
[14179] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod devotio hic accipitur voluntas consequendi Baptismum
totaliter, et quantum ad sacramentum et quantum ad rem sacramenti; et hujus
devotionis defectus non potest sine peccato mortali esse; quamvis defectus
devotionis prout importat fervorem caritatis in reverentia Dei et divinorum,
possit esse sine peccato mortali. |
3. La dévotion est entendue ici au sens de
volonté de recevoir complètement le baptême, tant pour ce
qui est du sacrement que pour ce qui est de la réalité du
sacrement. |
|
[14180] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod aliter celebrans quandoque non variat ea quae sunt de
essentia sacramenti, et tunc confertur sacramentum; sed non consequitur
aliquis rem sacramenti, nisi suscipiens sacramentum sit immunis a culpa
aliter celebrantis. |
4. Celui qui célèbre de manière
différente parfois ne change pas ce qui fait partie de l’essence
du sacrement ; alors, le sacrement est conféré. Mais
l’on ne reçoit pas la réalité du sacrement,
à moins que celui qui reçoit le sacrement ne soit exempt de la
faute de celui qui célèbre différemment. |
|
[14181] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod non loquimur hic de contemptu quo aliquis abjicit
sacramentum non recipiens ipsum, sed quo aliquis parvipendit non aestimans in
eo esse efficaciam ad salvandum. |
5. Nous ne parlons pas ici du mépris par lequel on
rejette le sacrement en ne le recevant pas, mais par lequel on le
dédaigne en estimant qu’il ne possède pas
d’efficacité pour le salut. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14182] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod in Baptismo
imprimitur character, qui est immediata causa disponens ad gratiam; et ideo,
cum fictio non auferat characterem, recedente fictione, quae effectum
characteris impediebat, character, qui est praesens in anima, incipit habere
effectum suum; et ita Baptismus recedente fictione, effectum suum
consequitur. |
Par le baptême, un caractère est imprimé, qui est la cause immédiate disposant à la grâce. C’est pourquoi, puisque la feinte n’enlève pas le caractère, une fois la feinte écartée, laquelle empêchait l’effet du caractère, le caractère, qui est présent dans l’âme, commence à avoir son effet. Et ainsi, le baptême, une fois la feinte écartée, obtient son effet. |
|
[14183] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod Baptismus non habet efficaciam solum ex opere operante
sed magis ex opere operato, quod est opus Dei et non hominis; et ideo non
potest esse mortuum. |
1. Le baptême ne tient pas son efficacité
seulement de l’action [de celui qui] le donne [ex opere operante],
mais davantage de l’action posée [ex opere operato], qui
est l’œuvre de Dieu, et non de l’homme. |
|
[14184] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod Baptismus recedente fictione habet illum effectum
quem prius habuisset, si fictio non fuisset; et ideo peccata praecedentia
Baptismum remittit et quo ad culpam et quo ad poenam; sed peccata sequentia
remittuntur virtute contritionis quae fictionem amovet, quantum ad culpam,
sed non quantum ad poenam totaliter. |
2. Une fois la feinte écartée, le
baptême obtient l’effet qu’il aurait eu d’abord,
s’il n’y avait pas eu de feinte. C'est pourquoi le baptême
remet les péchés qui précèdent tant pour la faute
que pour la peine. Mais les péchés subséquents sont
remis en vertu de la contrition qui enlève la feinte pour ce qui est
de la faute, mais non pas totalement pour ce qui est de la peine. |
|
[14185] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod in Eucharistia non imprimitur character cujus virtute
possit aliquis virtutem sacramenti percipere fictione recedente; et ideo non
est simile. |
3. Par l’eucharistie, un caractère
n’est pas imprimé, en vertu duquel quelqu’un peut recevoir
la puissance du sacrement, une fois la feinte écartée. Ce
n’est donc pas la même chose. |
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Articulus 3 [14186] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 tit. Utrum
praeter Baptismum fluminis debeant alia Baptismata esse |
Article
3 – Doit-il y avoir d’autres baptêmes en plus du
baptême d’eau ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Doit-il y avoir d’autres baptêmes ?]
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[14187] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod praeter Baptismum fluminis non debeant alia
Baptismata esse. In omnibus enim quae sunt unius speciei, est unus modus
generationis. Sed Baptismus est regeneratio in vitam spiritualem, quae est
unius rationis in omnibus generatis. Ergo non debet esse regeneratio nisi
unius modi, et ita tantum Baptismus fluminis. |
1. Il semble qu’il ne doive pas y avoir d’autres baptêmes en plus du baptême d’eau. En effet, dans tout ce qui fait partie d’une même espèce, il n’existe qu’un seul mode de génération. Or, le baptême est une régénération en vue de la vie spirituelle, qui a la même nature chez tous ceux qui sont engendrés. Il ne doit donc y avoir de régénération que sous un seul mode, et ainsi seulement le baptême d’eau. |
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[14188] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3
qc. 1 arg. 2 Praeterea, Baptismus condividitur
contra alia sacramenta novae legis. Sed alia sacramenta non multiplicantur:
non enim sunt plures confirmationes neque plura sacerdotia, et sic de aliis.
Ergo praeter Baptismum etiam fluminis non debet esse aliquod Baptisma. |
2. La baptême se distingue des autres sacrements de
la loi nouvelle. Or, les autres sacrements ne sont pas
multipliés : en effet, il n’existe pas plusieurs
confirmations ni plusieurs sacerdoces, et ainsi pour les autres. En plus du
baptême d’eau, il ne doit pas y avoir d’autre
baptême. |
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[14189] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
sacramentum est genus Baptismi. Sed alia quae dicuntur Baptismata non sunt
sacramenta, quia non servatur debita forma et debita materia. Ergo non sunt Baptismata. |
3. Le genre du baptême est d’être un
sacrement. Or, les autres actes qui sont appelés des baptêmes ne
sont pas des sacrements, car la forme et la matière appropriées
n’y sont pas observées. Ils ne sontdonc pas des baptêmes. |
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[14190] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra est quod Damascenus determinat plura genera Baptismatum. |
S.c. 1 – En sens contraire, [Jean] Damascène
distingue plusieurs genres de baptême. |
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[14191] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 1 S.c. 2 Praeterea,
Heb. 6, super: Baptismatum doctrinae, dicit Glossa: plura dicit
quia est Baptisma aquae, poenitentiae, et sanguinis. Ergo sunt plura
genera Baptismatum. |
S.c. 2 – À propos de He 6 : Les
enseignements sur les baptêmes, la Glose dit : «Il parle
au pluriel parce qu’il existe un baptême d’eau, de
pénitence et de sang.» Il existe donc plusieurs genres de
baptêmes. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le baptême de pénitence suffit-il au salut ?] |
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[14192] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod poenitentiae Baptismus non sufficiat ad salutem. Character enim baptismalis videtur esse de pertinentibus ad salutem, eo quod per ipsum distinguitur populus Dei a non populo Dei. Sed per Baptismum poenitentiae non imprimitur character. Ergo non sufficit ad salutem. |
1. Il semble que le baptême de pénitence ne suffise pas au salut. En effet, le caractère baptismal semble faire partie de ce qui appartient au baptême du fait que, par lui, une distinction est faite entre le peuple de Dieu et ce qui n’est pas le peuple de Dieu. Or, un caractère n’est pas imprimé par le baptême de pénitence. Il ne suffit donc pas au salut. |
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[14193] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
posita causa sufficiente superfluum videtur aliam causam addere. Si ergo
Baptismus poenitentiae ad salutem sufficeret necessitate imminente, tunc
aliquis necessitatis articulum evadens non deberet Baptismo aquae baptizari:
quod falsum est. |
2. Une fois établie une cause suffisante, il semble superflu d’ajouter une autre cause. Si donc le baptême de pénitence suffisait au salut en cas de nécessité urgente, alors celui qui échapperait à une telle urgence ne devrait pas être baptisé d’un baptême d’eau, ce qui est faux. |
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[14194] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
aetas puerilis magis est ad misericordiam inclinans quam aetas perfecta, ut
patet per Glossam Rom. 5 super illud: vix pro justo quis moritur et
cetera. Sed pueris non remittitur peccatum originale pro sola fide et
contritione aliorum, nisi Baptismus aquae eis adhibeatur. Ergo videtur quod
nec adultis remittatur originale et actuale simul sine Baptismo aquae. |
3. L’enfance incline davantage à la miséricorde que l’âge adulte, comme cela ressort de la Glose à propos de Rm 5 : À peine meurt-on pour un juste, etc. Or, le péché originel n’est pas remis aux enfants seulement par la foi et la contrition des autres, si le baptême d’eau ne leur est pas donné. Il semble donc que le [péché] originel et actuel n’est pas en même temps remis aux adultes sans le baptême d’eau. |
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[14195] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra, salus hominis cum sit de maximis bonis, non potest homini invito
auferri. Sed
in potestate hominis est impedire alium ne baptizetur Baptismo aquae. Ergo sine Baptismo aquae per solam fidem et contritionem
potest esse salus. |
S.c. 1 – Comme le salut de l’homme concerne
les biens les plus grands, il ne peut être enlevé à
l’homme malgré lui. Or, il relève du pouvoir de
l’homme d’en empêcher un autre d’être
baptisé du baptême d’eau. Sans le baptême
d’eau, le salut peut donc exister par la foi et la contrition seules. |
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[14196] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 2 S.c. 2 Praeterea,
Rom. 6, 23, dicitur: gratia Dei vita aeterna. Sed contritio non est
sine gratia. Ergo qui habet, fidem et contritionem, etiam sine Baptismo aquae
salvatur. |
S.c. 2 – En Rm 6, 23, il est dit : La
grâce de Dieu, c’est la vie éternelle. Or, il
n’y a pas de contrition sans la grâce. Celui qui possède
la foi et la contrition est donc aussi sauvé sans le baptême
d’eau. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le baptême de sang peut-il suppléer le baptême d’eau ?] |
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[14197] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod Baptismus sanguinis non suppleat vicem Baptismi aquae. Baptismus enim aquae habet efficaciam ex opere operato, Baptismus autem sanguinis solum ex opere operante; unde sine caritate non prodest, ut dicitur 1 Corinth. 13. Sed in pueris nihil habet efficaciam ex opere operante, quia usum liberi arbitrii non habent. Ergo in eis Baptismus sanguinis non supplet vicem Baptismi aquae. |
1. Il semble que le baptême de sang ne peut suppléer le baptême d’eau. En effet, le baptême reçoit son efficacité en vertu de l’opus operatum, mais le baptême de sang [ne la reçoit] que de l’opere operante. Il ne sert donc à rien sans la charité, comme il est dit dans 1 Co 13. Or, chez les enfants, rien ne reçoit son efficacité ex opere operante, parce qu’ils n’ont pas l’usage du libre arbitre. Chez eux, le baptême de sang ne supplée donc pas le baptême d’eau. |
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[14198] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
in Baptismo sanguinis non est nisi poena et causa. Sed poena quandoque non est
proportionata ad tollendam totam poenam debitam pro peccatis; nec etiam devotio
ad causam passionis, cum quis pro Deo patitur, ad hoc sufficeret. Ergo
Baptismus sanguinis non semper totam poenam debitam pro peccatis tollit, et
ita non supplet in omnibus vicem Baptismi aquae. |
2. Dans le baptême de sang, il n’y a que la
peine et la cause. Or, parfois, la peine n’est pas proportionnée
à l’enlèvement total de la peine due aux
péchés ; ni la dévotion [n’est-elle
proportionnée] aussi à la cause de la souffrance,
puisqu’il suffirait pour cela que quelqu’un souffre pour Dieu. Le
baptême de sang n’enlève donc pas toujours toute la peine
due aux péchés, et ainsi il ne supplée pas chez tous le
baptême d’eau. |
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[14199] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
alia multa sunt genera supererogationum, sicut virginitas, cui etiam debetur
aureola; et doctrina, et hujusmodi. Sed haec non supplent locum Baptismi.
Ergo nec martyrium, ut videtur. |
3. Il existe beaucoup de genres de choses qui existent de
surcroît, comme la virginité, à laquelle est aussi due
une auréole, et l’enseignement, et les choses de ce genre. Or,
ces choses ne remplacent pas le baptême. Ni donc le martyre,
semble-t-il. |
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[14200] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra est quod Augustinus dicit de Cypriano, quod si quid in eo purgandum
erat, passionis falce ablatum est. Ergo Baptismus sanguinis purgat
universaliter, et etiam supplet locum Baptismi aquae. |
S.c. 1 – En sens contraire, Augustin dit, à
propos de Cyprien, que si quelque chose devait être purifié en
lui, cela a été enlevé par le glaive de la passion. Le
baptême de sang purifie donc de manière universelle et remplace
même le baptême d’eau. |
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[14201] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 3 S.c. 2 Praeterea,
Baptismus aquae efficaciam habet ex passione Christi, cui nos conformat. Sed
similiter Baptismus sanguinis nos passioni Christi conformat. Ergo supplet
vicem Baptismi. |
S.c. 2 – Le baptême d’eau tient son
efficacité de la passion du Christ à laquelle il nous rend
conformes. Or, de la même façon, le baptême de sang nous
rend-il conformes à la passion du Christ. Il supplée donc le
baptême. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Le baptême d’eau est-il plus puissant que le baptême de sang ?] |
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[14202] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod Baptismus aquae sit potior quam Baptismus sanguinis. Baptismus enim sanguinis efficaciam habet ex opere operante illius qui patitur, Baptismus autem aquae ex passione Christi. Cum ergo passio Christi sit efficacior quam opus operans alicujus puri hominis, Baptismus aquae nobilior erit quam Baptismus sanguinis. |
1. Il semble que le baptême d’eau soit plus puissant que le baptême de sang. En effet, le baptême de sang tire son efficacité de l’œuvre accomplie par celui qui souffre, mais le baptême d’eau, de la passion du Christ. Puisque la passion du Christ est plus puissante que l’action accomplie par un simple homme, le baptême d’eau sera donc plus noble que le baptême de sang. |
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[14203] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 4 arg. 2 Praeterea, per
Baptismum aquae datur homini gratia per quam debetur ei aurea, sed per
Baptismum sanguinis debetur homini aureola. Ergo
cum aurea sit nobilior quam aureola, et Baptismus aquae erit nobilior quam
Baptismus sanguinis. |
2. Par le baptême d’eau, est donnée à l’homme la grâce par laquelle lui est due une couronne d’or [aurea], mais, par le baptême de sang, est due à l’homme une auréole [aureola] : sur cette distinction, voir Sent., IV, d. 49, q. 5, a. 1; Suppl., q. 96, a. 1]. Puisque la couronne d’or est plus noble que l’auréole, le baptême d’eau aussi sera donc plus noble que le baptême de sang. |
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[14204] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3
qc. 4 S.c. 1 Sed contra est quod
dicitur in Glossa, Judic. 6: Baptismus in sanguine puriores reddit quam
Baptismus aquae. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit dans la Glose, à propos de Jg 6 : «Le baptême de sang [les] rend plus purs que le baptême d’eau.» |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14205] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 3 qc. 1 co. Respondeo
dicendum ad primam quaestionem, quod proprie loquendo, unum est tantum
Baptisma, quod in aqua celebratur sub determinata forma verborum, de qua
dominus dicit Matth. ult., 19: docete omnes gentes, baptizantes eos in
nomine patris et filii et spiritus sancti. Alia autem dicuntur Baptismata per
ordinem ad illud Baptisma; et hoc tripliciter. Primo dicitur aliquid Baptisma
quasi signum hujus Baptismi; et sic diluvium dicitur Baptismus, inquantum
significat nostrum Baptismum quantum ad salvationem spiritualis vitae ex
salvatione humani generis tunc facta in arca, ut patet 1 Petr. 3, et transitus
maris rubri, qui significat Baptismum nostrum quantum ad liberationem a
servitute Daemonum, ut dicitur 1 Corinth. 10 et ablutiones quae fiebant in
lege, quae significant nostrum Baptisma quantum ad purgationem peccatorum
quae in ipso fit. Alio modo dicitur Baptisma quasi causa aliqua nostri Baptismi;
et sic Baptismus Joannis dicitur Baptisma ut disponens ad nostrum Baptisma;
et Baptisma quo Christus baptizatus est, ut dans efficaciam nostro Baptismo.
Alio modo dicitur aliquid Baptismus secundum proportionem ad eumdem effectum;
et sic dicitur Baptismus poenitentiae et Baptismus sanguinis de quibus Magister
hic loquitur: vel quantum ad effectum secundarium, qui est consummatio in
bono; et sic dicitur Baptismus spiritus, de quo dicitur Act. 1. Et haec novem
genera Baptismatum ponit Damascenus; sed Magister hic tangit illa tantum quae
habent convenientiam cum sacramento Baptismi in principali effectu. |
À parler proprement, il n’existe qu’un seul baptême, qui est célébré sous une forme déterminée de paroles, à propos de laquelle le Seigneur dit en Mt 28, 19 : Enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Mais les autres sont appelés des baptêmes en rapport avec ce baptême, et cela, de trois manières. Premièrement, quelque chose est appelé un baptême en tant que signe de ce baptême : et ainsi, le déluge est appelé un baptême, en tant qu’il signifie notre baptême pour ce qui est de sauver la vie spirituelle par le salut du genre humain réalisé alors dans l’arche, comme cela ressort de 1 P 3. Aussi, le passage de la Mer morte, qui signifie notre baptême pour ce qui est de la libération de la servitude des démons, comme il est dit dans 1 Co 10, ainsi que les ablutions qui étaient faites sous la loi, qui signifient notre baptême pour ce qui est la purification des péchés qui s’y réalise. D’une autre manière, est appelé baptême ce qui est comme une cause de notre baptême. Et ainsi, le baptême de Jean est-il un baptême, en tant qu’il dispose à notre baptême ; et le baptême par lequel le Christ a été baptisé, en tant qu’il donne son efficacité à notre baptême. On parle encore de baptême en raison d’une proportion par rapport au même effet ; ainsi parle-t-on de baptême de pénitence et de baptême de sang, dont le Maître parle ici. Ou par rapport à un effet secondaire, qui est l’établissement définitif dans le bien : ainsi parle-t-on du baptême de l’Esprit, dont il est question dans Ac 1. Et [Jean] Damascène précise ces neuf genres de baptêmes. Mais, ici, le Maître aborde seulement ceux qui ont quelque chose en commun avec le sacrement de baptême quant à son effet principal. |
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[14206] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Baptismus sanguinis et Baptismus poenitentiae habent vim eamdem
regenerandi cum Baptismo aquae; quia Baptismus sanguinis et poenitentiae non
valent ad regenerationem nisi ei qui habet Baptismum aquae in proposito,
scilicet quando articulus necessitatis non contemptus religionis sacramentum
excludit, ut in littera dicitur, et sic quodammodo agunt in vi Baptismi
aquae. |
1. Le baptême de sang et le baptême de
pénitence ont la même puissance de
régénération que le baptême d’eau, car le
baptême de sang et [le baptême] de pénitence n’ont
de valeur pour la régénération que pour celui qui a
l’intention de recevoir le baptême d’eau, à savoir,
lorsqu’une nécessité urgente, et non le mépris de
la religion, exclut le sacrement, comme il est dit dans le texte. Et ainsi,
ils agissent d’une certaine manière en vertu du baptême
d’eau. |
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[14207] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum quod alia sacramenta non sunt tantae necessitatis sicut
Baptismus; et ideo non oportuit quod haberent aliqua supplentia cum articulus
necessitatis sacramentum excludit. |
2. Les autres sacrements ne sont pas aussi
nécessaires que le baptême. Il n’était donc pas
requis que quelque chose les supplée lorsqu’une
nécessité urgente exclut le sacrement. |
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[14208] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod duo Baptismata de quibus Magister facit mentionem in
littera, non conveniunt cum Baptismi sacramento in significando, sed solum in
causando; et ideo non proprie possunt dici sacramenta: propter quod in
littera dicitur quod tales suscipiunt rem sacramenti sine sacramento. |
3. Les deux baptêmes que le Maître mentionne
dans le texte n’ont pas en commun avec le sacrement de baptême la
signification, mais ce qu’ils causent. À proprement parler, ils
ne peuvent donc pas être appelés des sacrements. C’est la
raison pour laquelle il est dit dans le texte que [de tels baptisés]
reçoivent la réalité du sacrement sans le sacrement. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14209] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod aliquid
dicitur ad salutem dupliciter. Uno modo simpliciter
et absolute; et sic Baptismus poenitentiae sine Baptismo aquae non sufficit
ad salutem. Alio modo secundum quid et in casu; et sic sufficit, quando
articulus necessitatis sacramentum excludit ne actu percipi possit. Tunc enim
quamvis sit poenitentia sine Baptismo in actu est tamen cum desiderio et
proposito Baptismi; et voluntas pro facto reputatur ei qui non habet tempus
operandi. |
On dit que quelque chose [suffit] au salut de deux manières. D’une manière, de façon simple et absolue : et ainsi, le baptême de pénitence sans le baptême d’eau ne suffit pas au salut. D’une autre manière, de façon relative et dans un cas particulier : et ainsi, il suffit lorsqu’une nécessité urgente exclut le sacrement, de sorte qu’il ne puisse être reçu en acte. En effet, bien qu’alors il y ait pénitence sans baptême en acte, celui-ci existe cependant avec le désir et le propos du baptême. Et la volonté est comptée comme réalité à celui qui n’a pas le temps de réaliser l’action. |
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[14210] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod eadem ratio est de charactere baptismali, et de ablutione aquae
exteriori: quia utrumque simpliciter est necessarium ad salutem, sed in casu
sufficit propositum, quando articulus necessitatis sacramentum excludit. |
1. On raisonne de la même façon pour le
caractère baptismal et pour l’ablution extérieure par
l’eau, car les deux sont tout simplement nécessaires au salut,
mais, dans un cas particulier, le propos suffit, lorsqu’une
nécessité urgente exclut le sacrement. |
|
[14211] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod ratio illa procederet bene, si Baptismus poenitentiae
esset simpliciter et absolute ad salutem sufficiens. |
2. Cet argument serait valable si le baptême de
pénitence suffisait tout simplement et absolument au salut. |
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[14212] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis puerorum aetas sit magis miserabilis, tamen
oportet si salvari debeant, quod in eis aliqua causa salutis sit. Et quia per
proprium motum liberi arbitrii salvari non possunt, oportet quod per
sacramentum Baptismi salventur. Plus enim valet adulto fides propria, quam
parvulo fides aliena. Quod enim aliquando fides aliena puero ad salutem
sufficiebat cum aliqua protestatione hoc erat inquantum illa protestatio
habebat vim sacramenti quam nunc habet Baptismus aquae. |
3. Bien que l’âge des enfants soit le plus
digne de compassion, il est cependant nécessaire, pour qu’ils
soient sauvés, qu’une cause de salut existe pour eux. Et parce
qu’ils ne peuvent être sauvés par le mouvement propre de
leur libre arbitre, il est nécessaire qu’ils soient
sauvés par le baptême. En effet, la foi propre a plus de valeur
chez l’adulte que la foi d’un autre pour un enfant. Que la foi
d’un autre, accompagnée d’une promesse, ait parfois suffi
au salut, cela avait cours pour autant que cette promesse avait la puissance
du sacrement que possède maintenant le baptême d’eau. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14213] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod Baptismus
aquae efficaciam habet a passione Christi, inquantum eam sacramentaliter
repraesentat; Baptismus autem sanguinis passioni Christi conformat realiter,
non sacramentali repraesentatione; et ideo in his quae sacramentalia sunt
Baptismus sanguinis non supplet vicem Baptismi aquae, sicut est impressio
characteris et hujusmodi, sed in eo quod est res tantum, supplet totaliter
vicem Baptismi aquae quando articulus necessitatis sacramentum excludit. Sicut enim in Baptismo aquae
liberatur homo ab omni culpa praecedente et poena, ita in Baptismo sanguinis. |
Le baptême d’eau tire sa puissance de la
passion du Christ, pour autant qu’il la représente
sacramentellement. Or, le baptême de sang rend conforme à la passion
du Christ réellement, et non par une représentation
sacramentelle. C’est pourquoi, pour ce qui est sacramentel, comme le
sont la marque du caractère et les choses de ce genre, le
baptême de sang ne remplace pas le baptême d’eau, mais,
pour ce qui est la réalité seulement, il supplée
entièrement le baptême d’eau, lorsqu’une
nécessité urgente exclut le sacrement. En effet, de même
que, par le baptême d’eau, l’homme est libéré
de toute faute précédente et de toute peine, de même en
est-il par le baptême de sang. |
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[14214] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod Baptismus sanguinis non habet hoc tantum ex opere
operante, neque quantum ad poenam qua aliquis martyrium excipit: quam
contingit non esse sufficientem ad satisfaciendum pro peccato; neque quantum
ad devotionem justae voluntatis: quia contingit quod voluntate majori
caritate informata aliquis sine martyrio non potest ab omni poena liberari,
sed hoc habet ex imitatione passionis Christi; unde de martyribus dicitur Apocal.
7, 14: laverunt stolas suas in sanguine agni; et ideo pueri quamvis
liberum arbitrium non habeant, si occidantur pro Christo, in suo sanguine
baptizati salvantur. |
1. Le baptême de sang ne tient pas cela seulement
de l’action de celui agit, ni de la peine par laquelle quelqu’un
reçoit le martyre, qui peut ne pas suffire à la satisfaction
pour le péché, ni quant à la dévotion d’une
volonté juste, car il arrive que quelqu’un ne puisse être
libéré de tout péché par une volonté
possédant la forme d’une plus grande charité. Mais [le
baptême de sang] tient cela de l’imitation de la passion du
Christ. Aussi est-il dit des martyrs dans Ap 7, 14 : Ils
ont lavé leurs tuniques dans le sang de l’Agneau. C’est
pourquoi les enfants, bien qu’ils n’aient pas le libre arbitre,
s’ils sont tués pour le Christ, sont sauvés en
étant baptisés dans leur sang. |
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[14215] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis illa poena in se considerata, non esset
sufficiens ad liberandum ab omni poena peccati, tamen relata ad causam
passionis, accipit efficaciam a passione Christi, cui aliquis per talem
poenam conformatur, et ex hoc ab omni poena absolvere potest. |
2. Bien que cette peine, considérée en
elle-même, n’ait pas été suffisante pour
libérer de toute peine du péché, cependant, mise en
rapport avec la cause de la passion, elle reçoit une efficacité
de la passion du Christ à qui, par une telle peine, quelqu’un
est rendu conforme. Elle peut ainsi absoudre de toute peine. |
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[14216] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod in aliis supererogationis vel perfectionis operibus
vel statibus, non est ita expressa conformitas ad passionem Christi sicut in
Baptismo sanguinis, neque etiam in Baptismo poenitentiae; et ideo non oportet
quod in eis omnis poena dimittatur. Tamen in vitis patrum dicitur, quod
quidam patrum vidit eamdem gratiam descendentem super eum qui habitum
religionis assumit, et super eum qui baptizatur. Sed hoc non est, quia talis
a satisfactione absolvatur, sed quia eo ipso quod suam voluntatem etiam in
servitutem redigit propter Deum, plenarie jam pro omni peccato satisfecit,
quia eum cariorem habet omnibus rebus mundi, de quibus tantum posset dare
quod eleemosynis omnia peccata redimeret, etiam quantum ad poenam. |
3. Dans tous les autres actions ou états de
surérogatoires ou de perfection, la conformité à la
passion du Christ n’est pas aussi expresse que dans le baptême de
sang, pas plus que dans le baptême de pénitence. C’est
pourquoi il n’est pas nécessaire que toute peine soit remise par
eux. Toutefois, il est dit dans les Vies des pères qu’un
des pères a vu la même grâce qui descendait sur celui qui
prend l’habit religieux que sur celui qui est baptisé. Mais cela
n’est pas dû au fait que ce dernier est libéré de
la satisfaction, mais que, par le fait même qu’il ramène
sa volonté en servitude pour Dieu, il a satisfait pleinement pour tous
ses péchés, puisque Dieu lui est plus cher que toutes les
réalités du monde avec lesquelles il pourrait faire
l’aumône au point de racheter sous ses péchés,
même pour ce qui est de la peine. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[14217] Super Sent., lib. 4 d. 4
q. 3 a. 3 qc. 4 co. Ad quartam
quaestionem dicendum, quod uterque Baptismus habet efficaciam a passione
Christi, secundum quod ei conformat. Et quia Baptismus aquae conformat ei
sacramentali significatione, Baptismus autem sanguinis realiter; ideo quantum
ad sacramentalia excedit Baptismus aquae, sicut est impressio characteris, et
hujusmodi; sed quantum ad ea quae sunt res sacramenti, excedit Baptismus
sanguinis, quia et gratia in Baptismo sanguinis magis augetur habenti, et
amplior datur non habenti, si impedimentum non adsit; et remissio peccatorum
quamvis non sit plenior, quia uterque omnem poenam et culpam tollit, tamen
est in Baptismo sanguinis efficacior et fructuosior, quia secundis maculis
non inquinatur, ut Damascenus dicit. Quod enim quidam dicunt, quod in
Baptismo sanguinis gratia non confertur, apparet falsum esse in pueris qui
pro Christo occiduntur, et etiam in adultis, quibus potest in ipso actu
passionis gratia dari, sicut et in Baptismo aquae, si se ad eam disposuerint,
et obicem aliquem non ponant spiritui sancto. Et hoc patet per Augustinum,
qui loquens de comparatione horum Baptismatum, ait: baptizatus confitetur
fidem suam coram sacerdote, martyr coram persecutore; ille post professionem
aspergitur aqua, hic sanguine; ille per impositionem manus pontificis recipit
spiritum sanctum, hic templum efficitur spiritus sancti. Nullus autem efficitur
templum spiritus sancti nisi gratiam accipiendo. |
Les deux baptêmes tiennent leur efficacité
de la passion du Christ en y rendant conforme. Et parce que le baptême
d’eau y rend conforme par la signification sacramentelle, alors que le
baptême de sang le fait réellement, le baptême d’eau
l’emporte pour ce qui est sacramentel, comme l’impression du
caractère et les choses de ce genre ; mais, pour ce qui est de la
réalité du sacrement, le baptême de sang l’emporte,
car, par le baptême de sang, la grâce est davantage
augmentée chez celui qui la possède et une plus grande est
donnée à celui qui ne la possède pas, s’il
n’y a pas d’empêchement. Et la rémission des
péchés, bien qu’elle ne soit pas pluscomplète,
puisque les deux enlèvent toute peine et toute faute, est cependant
plus efficace et porte plus de fruit dans le baptême de sang, parce
qu’elle n’est pas entachée par de nouvelles fautes, comme
le dit [Jean] Damascène. En effet, certains disent que, dans le
baptême de sang, la grâce n'est pas conférée ;
cela paraît faux pour les enfants qui sont tués pour le Christ
et même pour les adultes, à qui la grâce peut être
donnée sans l’acte même de la passion, s’ils
s’y sont disposés et ne mettent pas d’obstacle à
l’Esprit Saint. Cela ressort clairement chez Augustin qui, en parlant
de la comparaison entre ces baptêmes, dit : «Le
baptisé confesse sa foi devant le prêtre, le martyr devant le
persécuteur. Celui-là est aspergé d’eau
après sa profession, celui-ci de sang. Celui-là reçoit
l’Esprit Saint par l’imposition de la main du pontife, celui-ci
devient le temple du Saint-Esprit.» Or, personne ne devient le temple
de l’Esprit Saint qu’en recevant la grâce. |
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[14218] Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3
qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod etiam Baptismus sanguinis efficaciam habet a passione Christi, cui
expressius conformat quam Baptismus aquae. |
1. Même le baptême de sang tient son
efficacité de la passion du Christ, à laquelle il rend plus
expressément conforme que le baptême d’eau. |
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[14219] Super Sent., lib.
4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in Baptismo sanguinis aliquis non solum aureolam
meretur, sed etiam auream per gratiam tunc collatam, vel augmentatam. |
2. Par le baptême de sang, on ne mérite pas
seulement une auréole, mais aussi une couronne d’or par la
grâce alors donnée ou augmentée. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 4 |
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[14220]
Super Sent., lib. 4 d. 4 q. 3 a. 3 qc. 4 expos. Omnes parvuli qui in Baptismo ab originali mundantur,
sacramentum et rem suscipiunt. Non tamen
soli parvuli, sed etiam adulti quandoque. Tamen de parvulis non est dubium
quin recipiant; de adultis autem est, quia per fictionem impediri possent; et
ideo parvulis potius exemplificat. Nisi poeniteat, eum veteris vitae.
Contra. Ergo Baptismus non est primum sacramentum, sed poenitentia. Et
dicendum, quod loquitur de poenitentia prout est virtus, non prout est
sacramentum. Non redire dimissa etc., hoc qualiter verum sit, infra,
dist. 22, quaest. 1, art. 1, in corp., dicetur. Induunt homines Christum
aliquando et cetera. Induere Christum nihil aliud est quam Christi
similitudinem assumere; quod contingit exterius per sacramentalem
repraesentationem, et interius per realem imitationem. Nec tantum passio
vicem Baptismi implet, sed etiam fides et contritio, ubi necessitas excludit
sacramentum. Contritio non totaliter supplet: quia non semper a tota
poena absolvit, quamvis absolvat ab omni culpa. Neque enim ille latro pro
nomine Christi crucifixus est. Contra est quod Hieronymus dicit, quod
Christus homicidii poenam in illo latrone fecit esse martyrium. Et dicendum
quod habuit aliquid de martyrio, scilicet poenam, et justam voluntatem; et
aliquid defecit ad martyrium, scilicet causa; sicut in innocentibus defuit
justa voluntas; sed fuit poena et causa. Quem regeneraturus eram, amisi.
Amisisse se eum dicit, quia gaudium et meritum quod de baptizatione ejus
habiturus erat, amisit differens Baptismum ejus usque ad solemne tempus
secundum morem Ecclesiae qui tunc erat, vel usque ad perfectam instructionem.
Iste autem gratiam Baptismi non amisit, quia cum desiderio ejus decessit; et
hoc est verum quantum ad remissionem culpae, sed non quantum ad remissionem
omnis poenae. Ubi tota sacramenta Baptismi complentur. Verum est
quantum ad id quod est tantum res in sacramento. Aeterno supplicio
puniendos, supplicium improprie nominat poenam damni, quam solam pueri
sustinebunt, ut in 2 Lib., dist. 33, quaest. 2, art. 2, dictum est. Quia
fidelium consortio non separantur. Orationes tamen illae non sunt pro eis
suffragia, sed gratiarum actiones. |
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Distinctio 5 |
Distinction 5 – [Les ministres du baptême]
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Quaestio 1 |
Question 1 – [Les ministres du baptême] |
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Prooemium |
Prologue
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[14221]
Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 pr. Postquam
determinavit Magister de Baptismo per comparationem ad recipientes, hic
determinat de ipso per comparationem ad dantes; et dividitur in duas partes:
in prima ostendit a quibus dari possit Baptismus; in secunda a quibus et
qualiter dari debeat, 6 dist.: nunc quibus liceat baptizare, addamus.
Prima in tres: in prima ostendit a quibus dari possit Baptismus, quia a bonis
et a malis; in secunda assignat hujus rationem, ibi: quia ministerium
tantum habent, non potestatem Baptismi; in tertia removet quamdam
dubitationem, ibi: hic quaeritur quae sit potestas Baptismi quam Christus
sibi retinuit. Hic est duplex quaestio. Prima de potestate baptizandi. Secunda de ipsis
baptizantibus. Circa primum quaeruntur tria: 1 quam potestatem Christus,
secundum quod homo, in baptizando habuit; 2 quam ministris contulerit; 3 quam
conferre potuerit, sed non contulit. |
Après avoir déterminé du
baptême par rapport à ceux qui le reçoivent, le
Maître en détermine ici par rapport à ceux qui le
donnent. Il y a deux parties: dans la première, il montre par qui le
baptême peut être donné; dans la seconde, par qui et
comment il peut être donné, à la d. 6: «Maintenant,
ajoutons à qui il est permis de baptiser.» La première
partie [se divise] en trois: dans la première, il montre par qui le
baptême peut être donné, car [il peut l’être]
par des bons et des méchants; dans la deuxième, il en donne la
raison, en cet endroit: «Car ils n’exercent qu’un
ministère, et non le pouvoir du baptême»; dans la
troisième, il écarte un doute, à cet endroit:
«Ici, on s’interroge sur le pouvoir du baptême que le Christ
a gardé pour lui.» Il y a ici une double question: la
première, sur le pouvoir de baptiser; la seconde, sur ceux qui
baptisent. Sur le premier point, trois questions sont posées: 1
– quel pouvoir le Christ, en tant qu’homme, possédait-il
dans le baptême ? 2 – Quel pouvoir a-t-il communiqué aux
ministres ? 3 – Quel pouvoir aurait-il pu conférer, mais
n’a pas conféré ? |
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Articulus 1 [14222] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 1 tit. Utrum
Christus, secundum quod homo, habuit potestatem dimittendi peccata |
Article
1 – Est-ce que le Christ, en tant qu’homme, avait le pouvoir de
remettre les péchés ?
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Ad
primum sic proceditur. Videtur quod Christus, secundum quod homo, habuit potestatem
dimittendi peccata. Matth. 9, 6, dicitur: ut
autem sciatis quia filius hominis habet potestatem in terra dimittendi
peccata, dixit paralytico: surge, et ambula. Sed non oportebat signum
ostendere ad probandum quod Deus haberet potestatem dimittendi peccatum: quia
hoc Judaei confitebantur. Ergo etiam secundum quod homo habuit hanc potestatem. |
1. Il semble que le Christ, en tant qu’homme, avait
le pouvoir de remettre les péchés. Il est dit en
Mt 9, 6: Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le
pouvoir de remettre les péchés sur terre, il dit au
paralytique: «Lève-toi et marche!» Or, il
n’était pas nécessaire de montrer un signe pour prouver
que Dieu avait le pouvoir de remettre le péché, car les Juifs
le confessaient. Même comme homme, il avait donc ce pouvoir. |
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[14224] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 1 arg. 2 Praeterea, Christus,
secundum quod homo, est redemptor, ut in 3, dist. 19, qu. 1, art. 4, quaestiunc. 1, dictum est. Sed non
potest aliquis liberari a servitute peccati nisi sibi peccatum dimissum sit.
Ergo Christus, secundum quod homo, habuit potestatem dimittendi peccata. |
2. Le Christ, en tant qu’homme, est le
rédempteur, comme on l’a dit dans le livre III, d. 19, q. 1, a.
4, qa 1. Or, quelqu’un ne peut être libéré de la
servitude du péché à moins que le péché
lui ait été remis. Le Christ, en tant qu’homme avait donc
le pouvoir de remettre les péchés. |
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[14225] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 1 arg. 3 Praeterea,
super illud Joan. 5: sicut pater suscitat mortuos etc., dicit
Augustinus: judicat, et suscitat corpora, non pater, sed filius, secundum
humanitatis dispensationem, qua minor est patre. Sed suscitatio corporum
attestatur suscitationi animarum, quae fit per dimissionem peccati. Ergo
Christus, secundum quod homo, potuit peccatum dimittere. |
3. À propos de Jn 5: De même que le
Père ressuscite les morts, etc., Augustin dit: «Il juge et
il ressuscite les corps, non pas le Père, mais le Fils, selon une
disposition de son humanité par laquelle il est inférieur au
Père.» Or, la résurrection des corps témoigne de
la résurrection des âmes, qui est réalisée par la
remise du péché. Le Christ, en tant qu’homme, pouvait
donc remettre le péché. |
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[14226] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 1 arg. 4 Praeterea, majus est
imperium ejus quam invocatio nominis ejus. Sed ad invocationem nominis
Christi dabatur Baptismus et remissio peccatorum in primitiva Ecclesia. Ergo et ipse Christus suo imperio poterat peccata
dimittere. |
4. Son pouvoir est plus grand que l’invocation de
son nom. Or, dans l’Église primitive, à
l’invocation du nom du Christ, le baptême et la rémission
des péchés étaient donnés. Le Christ
lui-même pouvait donc remettre les péchés par son
pouvoir. |
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[14227] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 1 arg. 5 Praeterea,
Christus amplioris gloriae prae Moyse habitus est, quia non sicut servus vel
minister, sicut Moyses, est in domo Dei, sed sicut dominus et heres, ut
dicitur Hebr. 3. Sed si non haberet potestatem dimittendi peccatum, secundum
quod homo, non esset sicut dominus, sed solum sicut minister, sicut et alii.
Ergo habet potestatem dimittendi peccata. |
5. Le Christ a été revêtu d’une
plus grande gloire que Moïse, car il ne se trouve pas dans la maison de
Dieu comme un serviteur ou un ministre, mais comme le maître et
l’héritier, comme il est dit dans He 3. Or, s’il
n’avait pas le pouvoir de remettre le péché en tant
qu’homme, il ne serait pas le maître, mais seulement un ministre,
comme les autres. Il possède donc le pouvoir de remettre les péchés. |
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[14228]
Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 1 S.c. 1 Sed contra, illud quod est solius Dei, non convenit
Christo inquantum est homo. Sed dimittere peccatum est hujusmodi; ut patet
Isai. 43: ego sum qui deleo iniquitates tuas propter me. Ergo non
convenit Christo. |
S.c. 1 – En sens contraire, ce qui
n’appartient qu’à Dieu seul ne convient pas au Christ en
tant qu’il est homme. Or, remettre le péché est de cet
ordre, comme cela ressort de Is 43: C’est moi qui
détruis tes iniquitiés à cause de moi. Cela ne
convient donc pas au Christ. |
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[14229] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 1 S.c. 2 Praeterea,
nulli dimittitur peccatum, nisi per spiritum sanctum. Sed Christus, secundum
quod homo, non poterat dare spiritum sanctum, ut dist. 15, 1 Lib., quaest. 5,
art. 1, quaestiunc. 4, dictum est. Ergo non potest remittere peccata secundum
quod homo. |
S.c. 2 – Le péché n’est remis
à personne que par l’Esprit Saint. Or, le Christ, en tant
qu’homme, ne pouvait donner l’Esprit Saint, comme on l’a
dit au livre I, d. 15, q. 5, a. 1, q. 4. Il ne peut donc remettre les
péchés en tant qu’homme. |
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[14230] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 1 S.c. 3 Praeterea,
Augustinus dicit, quod Christus secundum quod est filius Dei, est vita quae
vivificat animas. Sed quod convenit sibi inquantum est filius Dei, non
competit ei secundum quod est homo. Ergo vivificare animas remittendo peccata, non competit
ei secundum quod homo. |
S.c. 3 – Augustin dit que le Christ, en tant que
Fils de Dieu, est la vie qui vivifie les âmes. Or, ce qui lui
appartient en tant que Fils de Dieu, ne lui appartient pas en tant
qu’homme. Vivifier les âmes en remettant les péchés
ne lui appartient donc pas en tant qu’il est homme. |
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[14231] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 1 co. Respondeo dicendum, quod
triplex est potestas absolvendi a peccato in Baptismo. Una potestas
auctoritatis; et haec solius Dei est, quia propria virtute peccata dimittit,
quasi principalis causa remissionis peccati; unde tali potestate Christus,
secundum quod homo, peccata remittere non poterat. Alia potestas est
ministerii, quae eis competit qui sacramenta dispensant, in quibus divina
virtus secretius operatur salutem. Tertia est media inter has duas, quae
dicitur potestas excellentiae; et hanc Christus prae aliis habuit. Attenditur
autem haec excellentia quantum ad tria. Primo quantum ad hoc quod ex merito
passionis ejus Baptismus efficaciam habet, non autem ex merito alicujus
alterius baptizantis; unde non est melior Baptismus a meliore baptizante
datus. Secundo quantum ad hoc quod Christus sine sacramento sacramentorum effectum
conferre poterat quasi dominus et institutor sacramentorum; quod de aliis non
est verum. Tertio
quantum ad hoc quod ad invocationem nominis ejus dabatur remissio peccatorum
in Baptismo in primitiva Ecclesia. Sed quia
secundae rationes videntur procedere de prima potestate, ideo concedendae
sunt illae, et respondendum est ad primas. |
Il y a un triple pouvoir d’absoudre le
péché dans le baptême. L’un est le pouvoir
d’autorité. Celui-ci appartient à Dieu seul, car il remet
les péchés par sa propre puissance en tant que cause principale
de la rémission du péché. Aussi le Christ, en tant
qu’homme, ne pouvait-il pas remettre les péchés par un
tel pouvoir. Un autre pouvoir est celui qui revient au ministère: il
appartient à ceux qui dispensent les sacrements, dans lesquels la
puissance divine réalise secrètement le salut. Le
troisième est intermédiaire entre les deux: on l’appelle
le pouvoir d’excellence. Et le Christ l’a possédé
plus que les autres. Or, cette excellence se prend de trois choses.
Premièrement, du fait que le baptême tire son efficacité
de sa passion, et non du mérite d’un autre qui baptise; aussi le
baptême n’est-il pas meilleur s’il est donné par
quelqu’un de meilleur qui baptise. Deuxièmement, du fait que le
Christ pouvait conférer l’effet des sacrements sans le sacrement
en tant que maître et instaurateur des sacrements, ce qui n’est
pas vrai des autres. Troisièmement, du fait que, dans
l’Église primitive, la rémission des péchés
était donnée par le baptême. Mais parce que les arguments
donnés en second lieu semblent découler du premier pouvoir, il
faut donc les concéder et répondre aux premiers. |
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[14232]
Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod filius hominis habebat
potestatem auctoritatis dimittendi peccata, non secundum quod homo, sed
secundum quod Deus; et ideo per miraculum ostensum hic probatur quod ille
homo esset Deus, cui natura obediebat quasi proprio creatori. |
1. Le Fils de
l’homme avait le pouvoir d’autorité de remettre les
péchés, non pas en tant qu’homme, mais en tant que Dieu.
C’est pourquoi il est prouvé par le miracle ici manifesté
que cet homme était Dieu, à qui la nature obéissait
comme à son propre créateur. |
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[14233] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod redemptor dicitur dupliciter. Uno modo propter usum potestatis auctoritativae in
absolvendo a peccato, et sic Christus secundum quod Deus, redemptor est. Alio
modo propter effectum humilitatis; et sic competit ei secundum quod homo,
inquantum per humilitatem passionis nobis remissionem meruit peccatorum; et
hoc pertinet ad potestatem excellentiae, ut dictum est. |
2. On parle de
rédempteur de deux manières. D’une manière, en
raison de l’usage du pouvoir d’autorité pour absoudre le
péché; ainsi le Christ, en tant que Dieu, était
rédempteur. D’une autre manière, en raison de
l’effet de l’humilité; ainsi, cela lui appartient en tant
qu’homme, pour autant que, par l’humilité de la passion,
il nous a mérité la rémission des péchés.
Et cela se rapporte au pouvoir d’excellence, comme on l’a dit. |
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[14234] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 1 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod potestas quam Christus secundum quod homo habuit suscitandi
corpora, non est potestas tantum ministerii, sicut et Petrus mortuos
suscitavit; neque est iterum potestas auctoritatis, quia hoc solius Dei est:
sed est potestas cujusdam excellentiae, quae ei competit ex unione ad Deum,
ut scilicet imperio, non prece, mortuos suscitaret: et similiter habuit
potestatem excellentiae in remittendo peccata. |
3. Le pouvoir que le
Christ avait, en tant qu’homme, de ressusciter les corps n’est
pas seulement un pouvoir ministériel, comme celui de Pierre qui a ressuscité
des morts. Il n’est pas non plus un pouvoir d’autorité,
car cela n’appartient qu’à Dieu. Il est plutôt un
pouvoir d’excellence qui lui appartient en vertu de son union à
Dieu, à savoir que sur son ordre, et non à sa prière, il
ressusciterait les morts. De même avait-il un pouvoir
d’excellence pour remettre les péchés. |
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[14235] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod hoc quod ad invocationem nominis ejus conferebatur remissio peccatorum
in Baptismo, pertinet ad potestatem excellentiae. |
4. Le fait que, par
l’invocation de son nom, la rémission des péchés
était donnée par le baptême se rapporte au pouvoir
d’excellence. |
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[14236] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 1 ad 5 Ad quintum
dicendum, quod non habuit tantum ministerii potestatem, sed altiorem, ut
dictum est. |
5. Il n’avait
pas seulement un pouvoir ministériel, mais [un pouvoir] plus
élevé, comme on l’a dit. |
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Articulus 2 [14237] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 2 tit. Utrum Christus
ministris contulerit potestatem cooperandi ad interiorem emundationem |
Article
2 – Est-ce que le Christ a donné à des ministres le
pouvoir de coopérer à la purification intérieure ?
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[14238] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 1 a. 2 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod ministris
contulerit potestatem cooperandi ad interiorem emundationem. Ministris enim
data est aliqua spiritualis potestas. Sed ad emundationem corporalem non
requiritur aliqua spiritualis potestas, sed sufficit corporalis. Ergo
ministri cooperantur ad emundationem interiorem. |
1. Il semble
qu’il ait donné à des ministres le pouvoir de
coopérer à la purification intérieure. En effet, un
pouvoir spirituel a été donné aux ministres. Or, pour la
purification corporelle, un pouvoir spirituel n’est pas
nécessaire, mais [un pouvoir] corporel suffit. Les ministres
coopèrent donc à la purification intérieure. |
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[14239] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 2 arg. 2 Praeterea, sicut
sanctificatio quaedam adhibetur rebus sacramentalibus, ita etiam ministris
sacramentorum. Sed res sacramentales ex
sanctificatione invisibilem gratiam continent et conferunt, secundum Hugonem
de sancto Victore. Ergo ministri sanctificati, in sua sanctificatione ad interiorem
emundationem, quae est per gratiam, operantur. |
2. Comme une certaine
sanctification est donnée aux choses sacramentelles, de même
aussi [l’est-elle] aux ministres des sacrements. Or, les choses
sacramentelles contiennent et confèrent la grâce invisible en
vertu de leur sanctification, selon Hugues de Saint-Victor. Les ministres
sanctifiés, en vertu de leur sanctification, agissent donc en vue de
la purification intérieure qui est réalisée par la
grâce. |
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[14240] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 2 arg. 3 Praeterea, inter
creaturas dignior est creatura rationalis quam aliqua forma accidentalis. Sed
gratia operatur interius ad peccati remissionem. Ergo et homo multo fortius habet
potestatem interius cooperandi. |
3. Parmi les
créatures, la créature raisonnable est plus digne qu’une
forme accidentelle. Or, la grâce agit de l’intérieur en
vue de la rémission des péchés. À bien plus forte
raison, l’homme a-t-il aussi un pouvoir de coopérer de
l’intérieur. |
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[14241] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 2 arg. 4 Praeterea,
omnis actio alicujus formae attribuitur habenti formam illam, quia calor agit
secundum calidum. Sed remissio culpae est actio gratiae. Ergo habenti gratiam competit
cooperari ad remissionem culpae. |
4. Toute action
d’une forme est attribuée à celui qui possède
cette forme, car la chaleur agit selon ce qui est chaud. Or, la
rémission de la faute est une action de la grâce. Il appartient
donc à celui qui possède la grâce de coopérer
à la rémission de la faute. |
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[14242] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 2 arg. 5 Praeterea, secundum
Dionysium, ad ministros Ecclesiae pertinet purgare, illuminare, perficere. Sed purgatio in
Ecclesia fit a sordibus mentis. Ergo ministri Ecclesiae cooperantur ad
interiorem emundationem. |
5. Selon Denys, il
appartient aux ministres de l’Église de purifier,
d’illuminer et de perfectionner. Or, la purification dans
l’Église est réalisée par [la purification] des
souillures de l’esprit. Les ministres de l’Église
coopèrent donc à la purification intérieure. |
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[14243] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 1 a. 2 S.c. 1 Sed contra, emundatio interior a peccatis fit per
spiritum sanctum. Sed ministri Ecclesiae non dant spiritum sanctum. Ergo nec
cooperantur ad interiorem emundationem. |
S.c. 1 – En sens
contraire, la purification intérieure des péchés est
réalisée par l’Esprit Saint. Or, les ministres de
l’Église ne donnent pas l’Esprit Saint. Ils ne
coopèrent donc pas non plus à la purification
intérieure. |
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[14244] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 2 S.c. 2 Praeterea, majus est
justificare impium quam creare caelum et terram. Sed in creatione caeli et
terrae nihil Deo cooperatur. Ergo nec in justificatione impii. |
S.c. 2 – Il est
plus grand de justifier un impie que de créer le ciel et la terre. Or,
rien ne coopère avec Dieu pour la création du ciel et de la
terre. Ce n’est donc non plus le cas pour la justification de
l’impie. |
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[14245] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 2 S.c. 3 Praeterea, hominis
operatio etiam in actibus hierarchicis est sub operatione Angeli, ut dicit
Dionysius. Sed Angeli non possunt imprimere in affectum, ut in 2 Lib., dist.
8, qu. 1, art. 5, dictum est. Ergo cum affectum oporteat a peccatis mundari,
videtur quod nec cooperentur ad emundationem interiorem. |
S.c. 3 –
L’action de l’homme, même pour les actes
hiérarchiques, est soumise à l’action de l’ange,
comme le dit Denys. Or, les anges ne peuvent agir sur
l’affectivité, comme on l’a dit dans le livre II, d. 8, q.
1, a. 5. Puisqu’il faut que l’affectivité soit
purifiée des péchés, il semble donc qu’ils ne
coopèrent pas non plus à la purification intérieure. |
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[14246] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 2 co. Respondeo dicendum,
quod cooperari alicui agenti dicitur quatuor modis. Uno modo sicut adjuvans
ei cui auxilium praebet, cooperatur. Alio modo sicut consilium praebens.
Tertio modo sicut quo mediante agens primum suum effectum inducit, sicut
cooperantur instrumenta principali agenti. Quarto
modo sicut disponens materiam ad effectum agentis principalis suscipiendum.
Primis ergo duobus modis in nulla actione aliquid Deo cooperatur propter
perfectam ejus potentiam, quae auxilio non indiget, et propter perfectam
sapientiam, quae non indiget consilio, Isai. 40, 13: quis adjuvit spiritum
domini, aut quis consiliarius ejus fuit ? Sed tertio modo cooperatur aliqua
creatura Deo in aliqua actione, non tamen in omnibus. Cum enim Deus sit primum agens omnium naturalium actionum,
quidquid natura agit, hoc efficit quasi instrumentale agens cooperans primo
agenti, quod est Deus. Sed quaedam sunt quae sibi Deus retinuit, immediate ea operans; et in
his creatura Deo non cooperatur hoc tertio modo, sed quarto modo potest ei
cooperari; sicut patet in creatione animae rationalis, quam immediate Deus producit,
sed tamen natura disponit materiam ad animae rationalis receptionem. Et quia
recreatio animae rationalis creationi ipsius respondet, ideo in emundatione
ipsius immediate operatur; nec aliquis ei quantum ad hoc cooperatur tertio
modo, sed quarto; et hoc dupliciter: vel ex opere operante, sive docendo,
sive merendo; et sic homines ei cooperantur in peccatorum remissione, de
quibus dicitur 1 Corinth. 3, 9: Dei adjutores sumus, vel ex opere
operato, sicut qui conferunt sacramenta, quae ad gratiam disponunt, per quam
fit remissio peccatorum; et haec est cooperatio ministerii, quae ministris
Ecclesiae competit, de quibus dicitur 1 Corinth. 4, 1: sic nos existimet homo ut ministros Christi. |
On parle de
coopérer avec un agent de quatre manières. Premièrement,
comme coopère celui qui aide celui à qui il prête son
concours. D’une autre manière, comme celui qui conseille.
Troisièmement, comme celui par l’intermédiaire de qui le
premier agent réalise son effet, comme des instruments
coopèrent avec l’agent principal. Quatrièmement, comme
celui qui dispose la matière en vue qu’elle reçoive
l’effet de l’agent principal. Selon les deux premières
manières, rien ne coopère avec Dieu dans aucune action en
raison de sa puissance parfaite, qui n’a pas besoin d’aide, et de
sa sagesse parfaite, qui n’a pas besoin de conseil,
Is 40, 13 : Qui a aidé l’Esprit du Seigneur,
qui a été son conseiller ? Mais, selon la troisième
manière, une créature coopère avec Dieu pour une action,
mais non pour toutes. En effet, puisque Dieu est le premier agent de toutes
les actions naturelles, tout ce que la nature fait, elle le fait comme un
agent instrumental qui coopère avec le premier agent qui est Dieu.
Mais il y a certaines choses que Dieu s’est réservées
pour les faire par lui-même. Pour ces choses, la créature ne
coopère pas avec Dieu selon cette troisième manière,
mais elle peut coopérer avec lui selon la quatrième
manière, comme cela se voit pour la création de
l’âme raisonnable, que Dieu produit de manière
immédiate, alors que la nature dispose la matière pour
qu’elle reçoive l’âme raisonnable. Et parce que la
recréation de l’âme raisonnable répond à sa
création, [Dieu] agit donc de manière immédiate en vue
de la purifier, et personne ne coopère avec lui sur ce point selon la
troisième manière, mais selon la quatrième. Et cela, de
deux façons. En vertu de l’action de celui qui agit, soit en
enseignent, soit en méritant : ainsi les hommes coopèrent-ils
à la rémission des pchés; c’est d’eux que parle
1 Co 3, 9 : Nous sommes les collaborateurs de Dieu. Ou
bien, en vertu de l’opus operatum, comme ceux qui donnent les
sacrements, qui disposent à la grâce par laquelle se
réalise la rémission des péchés. Il s’agit
alors d’une coopération ministérielle, qui revient aux
ministres de l’Église, dont il est dit en
1 Co 4, 1 : Ainsi, qu’on nous considère
comme les ministres du Christ. |
|
[14247] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 1 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod potestas spiritualis
quae ministris Ecclesiae conceditur, ad aliquid interius se extendit, sicut
virtus sacramentalis sed non ad collationem gratiae, per quam est remissio
peccatorum, nisi dispensando, sicut et de sacramentis dictum est. |
1. Le pouvoir
spirituel qui est donné aux ministres de l’Église s’étend
jusqu’à quelque chose d’intérieur, comme
c’est le cas de la puissance sacramentelle; mais [il ne
s’étend] au don de la grâce, par laquelle se
réalise la rémission des péchés, que par le fait
de dispenser, comme on l’a dit des sacrements. |
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[14248] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 2 ad 2 Unde patet solutio ad
secundum. |
2. La solution du
deuxième argument est ainsi claire. |
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[14249] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 2 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod gratia non remittit culpam effective, sed formaliter, sicut
albedo aufert nigredinem; et ideo non sequitur quod creaturae rationali
competat, quae non est forma. |
3. La grâce ne
remet pas la faute par mode d’efficience, mais par mode de forme, comme
la blancheur enlève la couleur noire. Ainsi, il n’en
découle pas qu’elle relève de la créature
raisonnable, qui n’est pas une forme. |
|
[14250] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 2 ad 4 Ad quartum
dicendum, quod est duplex operatio formae alicujus: scilicet prima, quae
pertinet ad informationem subjecti sicut scientia et secunda, quae dicitur
usus vel actio, sicut considerare. Primam ergo operationem non participat habens
formam, sed solum secundam. Remittere autem culpam competit gratiae quantum
ad operationem primam; sicut albedo eadem ratione qua facit album, aufert et
nigredinem a subjecto in quo est; et ideo non oportet quod habens gratiam,
hoc per gratiam participet. |
4. Une forme
possède une double action : la première, qui se rapporte
à l’acquisition de la forme par un sujet, comme c’est le
cas pour la science; la seconde, qu’on appelle la mise en œuvre ou
l’action, comme le fait d’examiner. Ce qui possède la
forme ne participe pas à la première opération, mais
seulement à la seconde. Or, remettre la faute relève de la
grâce selon la première action, comme la blancheur, par le fait
même qu’elle rend blanc, enlève aussi la couleur noire du
sujet où elle se trouve. C’est pourquoi il n’est pas
nécessaire que celui qui possède la grâce participe
à cela par la grâce. |
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[14251] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 2 ad 5 Ad quintum
dicendum, quod purgatio, de qua Dionysius loquitur, est a tenebris
ignorantiae, sicut ipsemet dicit; unde magis pertinet ad intellectum quam ad
affectum. |
5. La purification,
dont parle Denys, porte sur les ténèbres de l’ignorance,
comme il le dit lui-même. Elle se rapporte donc davantage à
l’intellect qu’à l’affectivité. |
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Articulus 3 [14252] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 tit. Utrum
ministris conferri potuerit a Deo potestas cooperationis |
Article
3 – Est-ce qu’un pouvoir de coopération pouvait être
conféré par Dieu aux ministres ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Un pouvoir de coopération pouvait-il
être conféré par Dieu aux ministres ?]
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[14253] Super Sent.,
lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur
quod ministris conferri potuit a Deo potestas cooperationis. Nam super illud Joan. 1: hic
est qui baptizat, dicit Augustinus, quod Joannes dicit, quod potestatem
mundandi a peccatis Christus dare potuit, sed non dedit: dedit autem potestatem
ministerii. Ergo videtur quod potuerit dare, potestatem cooperationis. |
1. Il semble qu’un pouvoir de coopération
pouvait être conféré par Dieu aux ministres. En effet,
à propos de Jn 1 : C’est lui qui baptise, Augustin
dit que Jean dit que le Christ pouvait donner le pouvoir de purifier des
péchés, mais qu’il ne l’a pas donné ;
il a cependant donné le pouvoir ministériel. Il semble donc
qu’il pouvait donner le pouvoir de coopération. |
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[14254] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, major est
potestas auctoritatis quam cooperationis. Sed super illud 1 Corinth. 1: divisus
est Christus ? Dicit Glossa, quod potuit eis dare potestatem baptizandi quibus
contulit ministerium. Ergo multo fortius potuit dare cooperationem interius
emundandi. |
2. Le pouvoir d’autorité est plus grand que
[le pouvoir] de coopération. Or, à propos de 1 Co 1 :
Le Christ est-il divisé ? la Glose dit qu’il pouvait
donner le pouvoir de baptiser à ceux à qui il a confié
le ministère. À bien bien plus forte raison, pouvait-il donc
donner [le pouvoir] de coopérer de l’intérieur à
la purification. |
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[14255] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
plus est expellere Daemonem quam seminatum per ipsum, scilicet peccatum. Sed
Deus dedit hominibus potestatem Daemones expellendi, ut patet Luc. 10. Ergo multo fortius
potuit dare potestatem expellendi peccatum. |
3. C’est plus de chasser le démon que ce qui
a été semé par lui, à savoir, le
péché. Or, Dieu a donné aux hommes le pouvoir de chasser
les démons, comme cela ressort de Lc 10. À bien plus forte
raison, il pouvait donc donner le pouvoir de chasser le péché. |
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[14256] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra, omne agens oportet quod sit simul cum patiente, ut probatur in 7
Phys. Sed
non potest conferri alicui creaturae quod illabatur in animam rationalem.
Ergo non potest conferri quod cooperetur ad interiorem emundationem. |
S.c. 1 – Il faut que tout ce qui agit soit avec ce
qui subit, comme cela est prouvé dans Physique, 7. Or, il ne
peut être donné à aucune créature de
s’introduire dans l’âme raisonnable. Il ne peut donc pas
lui être donné de coopérer à la purification
intérieure. |
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[14257] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 1 S.c. 2 Praeterea,
gratia est quaedam inchoatio gloriae. Sed non potest alicui creaturae
communicari quod ab ipsa sit gloria, sicut neque quod sit summum bonum. Ergo potestas
cooperationis ad gratiam habendam, per quam fit peccatorum remissio, homini
conferri non potuit. |
S.c. 2 – La grâce est une amorce de la
gloire. Or, il ne peut être donné à aucune créature
que la gloire vienne d’elle, pas davantage que ce qui est le bien
suprême. Le pouvoir de coopération en vue d’avoir la
grâce, par laquelle se réalise la rémission des
péchés, ne pouvait donc pas être conféré
à l’homme. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le pouvoir d’excellence pouvait-il être conféré aux ministres ?] |
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[14258] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nec potestas excellentiae.
Quia Matth. 25, dicitur, quod dedit unicuique secundum propriam virtutem. Sed
non dedit potestatem excellentiae nisi soli Christo. Ergo non potuit aliis
conferri. |
1. Il semble que le
pouvoir d’excellence [ne pouvait pas non plus être donné
aux ministres]. En effet, en Mt 25, il est dit que [Dieu] a donné
à chacun selon sa propre capacité. Or, il n’a
donné qu’au seul Christ le pouvoir d’excellence. Il ne
pouvait donc pas être donné à d’autres. |
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[14259] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, potestas
excellentiae competit Christo, secundum quod meritum ejus operatur ad
remissionem omnium peccatorum, ut dictum est. Sed hoc non competit Christo
nisi secundum quod ejus meritum habet quamdam infinitatem, ut in 3 Lib.
dictum est, dist. 18, quaest. 2, art. 6, quaestiunc. 1, et dist. 19, quaest.
1, art. 1, quaestiunc. 1. Cum ergo habere efficaciam infinitam in merendo non
possit alicui creaturae purae conferri, videtur quod nec potestas
excellentiae. |
2. Le pouvoir
d’excellence appartient au Christ pour autant que son mérite
agit en vue de la rémission des péchés, comme on
l’a dit. Or, cela n’appartient au Christ que dans la mesure
où son mérite possède un caractère infini, comme
on l’a dit dans le livre III, d. 18, q. 2, a. 6, qa 1, et d. 19,
q. 1, a. 1, qa 1. Puisque posséder une efficacité infinie de
mériter ne peut être donné à une pure
créature, il semble donc que le pouvoir d’excellence ne pouvait
pas non [lui être donné]. |
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[14260] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, potestas
excellentiae competit Christo secundum quod est caput Ecclesiae de cujus plenitudine
omnes accipimus. Sed hoc competit ei quia est
unigenitus a patre, ut dicitur Joan. 1. Ergo nulli purae creaturae
communicari potuit. |
3. Le pouvoir
d’excellence appartient au Christ selon qu’il est la tête
de l’Église, de la plénitude de laquelle nous recevons
tous. Or, cela lui appartient parce qu’il le Fils unique du
Père, comme il est dit en Jn 1. Il ne pouvait donc être
communiqué à aucune simple créature. |
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[14261] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra, quidquid competit Christo secundum quod homo, potest et alii homini
communicari. Sed potestas excellentiae, ut dictum est, competit Christo
secundum quod homo est. Ergo potest aliis hominibus communicari. |
S.c. 1 – En sens
contraire, tout ce qui appartient au Christ en tant qu’homme peut aussi
être communiqué à un autre homme. Or, le pouvoir
d’excellence, comme on l’a dit, appartient au Christ selon
qu’il est homme. Il peut donc être communiqué aux autres
hommes. |
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[14262] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 2 S.c. 2 Praeterea, ad
potestatem excellentiae pertinet quod ad invocationem nominis Christi
remissio peccatorum in ipso detur. Sed potuit etiam hoc Deus conferre Petro
vel Paulo, ut ad invocationem nominis ejus Baptisma conferretur, ut dicit
Glossa 1 Corinth., 1. Ergo potestas
excellentiae potuit aliis conferri. |
S.c. 2 – Il
relève du pouvoir d’excellence qu’à
l’invocation du nom du Christ, la rémission des
péchés soit donnée [au pécheur]. Or, Dieu pouvait
aussi conférer à Pierre et à Paul que son baptême
soit conféré à l’invocation de son nom, comme le
dit la Glose sur 1 Co 1. Le pouvoir d’excellence pouvait donc
être conféré à d’autres. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le pouvoir de créer pouvait-il être communiqué à une créature ?] |
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[14263] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod potentia creandi potuerit
creaturae communicari. Plus enim Deus potest
facere quam homo possit intelligere; quia non est impossibile apud Deum
omne verbum, ut dicitur Luc. 1, 37. Sed quidam philosophi posuerunt in aliquibus
creaturis potentiam creandi, sicut Avicenna, qui dicit, quod intelligentia
prima producit secundam, et sic deinceps. Ergo Deus posset hoc creaturae
communicare. |
1. Il semble que le pouvoir de créer pouvait
être communiqué à une créature. En effet, Dieu
peut faire plus que ce que l’homme peut comprendre, car aucune
parole n’est impossible à Dieu, comme il est dit en
Lc 1, 37. Or, certains philosophes ont attribué à
certaines créatures le pouvoir de créer, tel Avicenne qui dit
que l’intelligence première produit l’intelligence
seconde, et ainsi de suite. Dieu pourrait donc communiquer cela à une
créature. |
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[14264] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
nihil potentiae divinae absolute acceptae subtrahendum est quod in se
contradictionem non implicat vel defectum. Sed quod aliqua creatura habeat
potentiam creandi hoc nullam contradictionem implicat, ut videtur; neque in
aliquem defectum sonat, immo magis in perfectionem divinam: quia perfectum
est quod potest alterum facere quale ipsum est, ut dicitur in 4 Meteor.; et
sic non ponit imperfectionem in Deo, quod ipse creator alios creatores
constituat. Ergo hoc potentiae ejus subtrahendum non est. |
2. Rien de la puissance divine considérée
de manière absolue ne doit être soustrait, qui ne comporte pas
en soi une contradiction ou une carence. Or, le fait qu’une
créature ait le pouvoir de créer ne comporte aucune
contradiction, semble-t-il ; il n’implique non plus aucune
carence, bien plus, [cela montre] la puissance divine, car est parfait ce qui
peut en rendre un autre semblable à soi, comme il est dit dans les Météores,
IV. Ainsi, cela n’indique pas une imperfection en Dieu que le
créateur lui-même établisse d’autres
créateurs. Cela ne doit donc pas être soustrait à sa
puissance. |
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[14265] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
forma est nobilior quam materia. Sed aliquibus creaturis collatum est ut
possint producere formas. Ergo et potuit creaturae conferri ut possit
producere materiam; et hoc est creare: ergo potentia creandi creaturae communicari
potuit. |
3. La forme est plus noble que la matière. Or, il
a été donné à certaines créatures de
pouvoir produire des formes. Il pouvait donc être conféré
à une créature de pouvoir créer la matière. Et
c’est cela créer. Le pouvoir de créer pouvait donc
être communiqué à une créature. |
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[14266] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 4 Praeterea, quanto est
major resistentia tanto est major difficultas in actione. Sed contrarium magis resistit actioni quam non ens, quod
non potest agere. Si ergo creaturae collatum est ut possit aliquid ex
contrario facere, multo fortius potuit ei conferri ut possit aliquid ex non
ente facere, quod est creare. |
4. Plus la résistance est grande, plus grande est
la difficulté dans l’action. Or, un contraire résiste
davantage à l’action que le non-être, qui ne peut agir. Si
donc il a été conféré à une
crétaure de pouvoir quelque chose à partir d’un
contraire, à bien plus forte raison pouvait-il lui être
conféré de pouvoir faire quelque chose à partir du
non-être, ce qui est créer. |
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[14267] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 5 Sed
contra, creaturae non potest conferri quod habeat potentiam infinitam, cum
sit essentiae finitae. Sed creatio est opus potentiae infinitae, quod patet
per distantiam infinitam quae est inter ens et non ens. Ergo potentia creandi
creaturae communicari non potuit. |
5. Il ne peut être conféré à
une créature d’avoir un pouvoir infini, puisqu’elle a une
essence finie. Or, la création est l’œuvre d’une
puissance infinie, ce qui ressort de la distance infinie entre
l’être et le non-être. Le pouvoir de créer ne
pouvait donc pas être communiqué à une créature. |
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[14268] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 6 Praeterea,
creatori debetur latria. Sed hoc non potest creaturae communicari ut ei
latria debeatur, sicut nec quod sit Deus. Ergo creaturae non potest
communicari potentia creandi. |
6. La latrie est due au Créateur. Or, la latrie ne
peut être attribuée à une créature, pas plus que
d’être Dieu. Le pouvoir de créer ne peut donc être
communiqué à une créature. |
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[14269] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 7 Praeterea,
nihil agit nisi secundum quod est actu. Sed creaturae non potest communicari
quod sit actus purus. Ergo non potest sibi communicari quod agat se tota;
ergo neque quod agat totum quod est in re, quod est creare. |
7. Rien n’agit que selon qu’il existe en
acte. Or, il ne peut être communiqué à une
créature qu’elle soit un acte pur. Il ne peut donc lui
être communiqué qu’elle agisse par tout ce qu’elle
est. [Il ne peut donc lui être communiqué] de faire tout ce qui
existe dans une chose, ce qui est créer. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14270] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo
dicendum ad primam quaestionem, quod dupliciter dicitur aliquid non posse
communicari alicui creaturae: aut quia nulli creaturae communicari potest aut
quia alicui potest communicari sed non isti. Quidquid enim communicatum
alicui traheret ipsum extra terminos suae speciei, non potest sibi communicari
sicut equo non potest communicari quod habeat rationem, quamvis hoc
communicatum sit homini. Quod autem communicatum alicui trahit ipsum extra
terminos creaturae non potest alicui creaturae communicari. Potestas ergo
auctoritatis communicata alicui traheret ipsum extra terminos creaturae: quia
non potest esse quod creatura sit agens principale respectu nobilissimi
effectus, quo ultimo fini conjungimur, cujusmodi est gratia per quam fit
remissio peccatorum. Et ideo omnes dicunt, quod potestas auctoritatis nulli
creaturae communicari potuit. Sed de potentia cooperationis est duplex
opinio. Magister enim in littera videtur dicere, quod potentia cooperationis
ad emundationem interiorem possit alicui creaturae conferri, quamvis non sit
collata: quod non potest intelligi de cooperatione quae fit per modum
dispositionis quia haec collata est ministris Ecclesiae, ut dictum est. Alii
autem dicunt contrarium, quod conferri non potuit. Utraque autem opinio
aliquo modo sustineri potest. Cooperatur enim aliquid Deo instrumentaliter duobus
modis. Uno modo ita quod per virtutem aliquam habentem esse absolutum et
completum in natura operetur ad effectum aliquem producendum non solum secundarium,
sed principalem, sicut ignis cooperatur Deo in generatione ignis alterius; et
hoc modo accipiendo cooperationem, non poterat conferri homini ut Deo
cooperetur in interiori mundatione quae fit per gratiam: quia gratia elevat
hominem ad vitam quandam quae est supra conditionem omnis naturae creatae;
est enim esse gratiae supra esse naturale et hominis et Angeli, quae sunt
supremae creaturae; et ideo agens quod propria virtute sibi animam assimilat
per gratiam, oportet quod sit supra omnem virtutem creatam, et sic talis
cooperatio excedet terminos creaturae. Alio modo aliquid cooperatur Deo non
per virtutem quae habeat esse perfectum in natura, neque ad ultimum
principalem effectum directe pertingendo, sicut de sacramentis in 1 dist.,
qu. 1, art. 4, dictum est, et hoc modo cooperari Deo in interiori
emundatione, ut quidam dicunt, disponendo, potuit homini conferri sine
sacramentis, sicut sacramenta praebendo facit; et hoc modo cooperari pertinet
ad potestatem excellentiae in Christo, ut dictum est. |
Quelque chose ne peut être communiqué à une créature de deux manières : soit que cela ne puisse être communiqué à aucune créature, soit que cela puisse être communiqué à une créature, mais non à celle-ci. En effet, tout ce qui, en étant communiqué, ferait sortir quelque chose des limites de son espèce ne peut lui être communiqué ; ainsi, il ne saurait être communiqué à un cheval d’avoir la raison, bien que cela ait été communiqué à l’homme. Or, ce qui, en étant communiqué à quelque chose, le fait sortir des limites de la créature ne peut être communiqué à aucune créature. Le pouvoir d’autorité communiqué à quelque chose le tirerait donc hors des limites de la créature, car il ne se peut pas qu’une créature soit l’agent principal par rapport à l’effet le plus noble par lequel il est uni à la fin ultime, la grâce par laquelle est réalisée la rémission des péchés étant de cet ordre. C’est pourquoi tous disent que le pouvoir d’autorité ne pouvait être communiqué à aucune créature. Mais, à propos du pouvoir de coopération, il y a une double opinion. En effet, le Maître semble dire dans le texte que le pouvoir de coopération en vue de la purification intérieure peut être donné à une créature, bien qu’il n’ait pas été donné. Cela ne peut s’entendre de la coopération qui est réalisée par mode de disposition, car celle-ci a été conférée aux ministres de l’Église, comme on l’a dit. Mais d’autres disent le contraire : qu’il ne pouvait être communiqué. Or, les deux opinions peuvent être soutenues d’une certaine manière. En effet, quelque chose coopère avec Dieu de manière instrumentale de deux manières. D’une manière, de telle sorte que, par une puissance possédant un être naturel absolu et complet, il agisse en vue de produire un effet non seulement secondaire, mais principal, comme le feu coopère avec Dieu dans la génération d’un autre feu. En entendant la coopération de cette manière, il ne pouvait être donné à l’homme de coopérer avec Dieu dans la purification intérieure qui est réalisée par la grâce, car la grâce élève l’homme à une vie qui est au-dessus de la condition de toute nature créée : en effet, l’être de la grâce est au-dessus de l’être naturel de l’homme et de l’ange, qui sont les créatures suprêmes. C’est pourquoi l’agent qui, par sa propre puissance, assimile à lui-même l’âme par la grâce doit être être au-dessus de toute puissance créée. Ainsi, une telle coopération dépasserait les limites d’une créature. D’une autre manière, quelque chose coopère avec Dieu, non par la puissance que possède un être parfait par nature, ni en atteignant l’ultime effet principal, comme on l’a dit à propos des sacrements dans le livre I, d. 1, q. 1, a. 4. De cette manière, il pouvait être donné à l’homme de coopérer avec Dieu pour la purification intérieure en disposant, comme le disent certains, sans les sacrements, comme il le fait par les sacrements. Coopérer de cette manière relève du pouvoir d’excellence dans le Christ, comme on l’a dit. |
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[14271] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod hoc intelligitur de potestate excellentiae quam Christus habuit etiam
secundum quod homo; quae includit potestatem cooperationis secundo modo
dictae; non autem de potestate cooperationis primo modo dictae. |
1. Cela s’entend du pouvoir d’excellence
qu’avait le Christ même comme homme : il inclut le pouvoir
de coopération selon la seconde manière, mais non le pouvoir de
coopération selon la première manière. |
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[14272] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod auctoritas ibi accipitur non respectu emundationis,
sed respectu institutionis sacramentorum eis efficaciam praebendo per meritum
baptizantis, quod ad potestatem excellentiae pertinet; et hoc potuit eis
conferri. Vel dicendum, quod non loquitur de auctoritate prima sed de
subauctoritate: quod patet ex eo quod sequitur in Glossa: ita scilicet
quod ipse principalis auctor existeret. |
2. L’autorité s’entend là, non
pas par rapport à la purification, mais par rapport à
l’institution des sacrements qui leur donne leur efficacité par
le mérite de celui qui baptise, ce qui relève du pouvoir
d’excellence ; cela pouvait leur être donné. Ou bien
il faut dire qu’il ne parle pas de l’autorité
première, mais d’une autorité subordonnée, ce qui
ressort de ce qui suit dans la Glose : «De telle sorte qu’il
soit l’auteur principal.» |
|
[14273] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1
a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod hominibus datur potestas expellendi Daemones quantum ad
effectum nocumenti corporalis, quem in vexatis faciunt, non autem quantum ad
effectum spiritualis nocumenti, quod est peccatum expellere, et a servitute
Daemonis liberare. Joan. 8, 36: si filius vos liberaverit, vere liberi
eritis. |
3. Le pouvoir d’expulser les démons est
donné aux hommes pour ce qui est de l’effet de nuisance
corporelle qu’ils produisent chez ceux qui en sont affligés,
mais non pour ce qui est de l’effet de nuisance spirituelle, qui
consiste à chasser le péché et à libérer
de la servitude du démon. Jn 8, 36 : Si le Fils vous
a libérés, vous être vraiment libres. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14274] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod potestatem
excellentiae Deus homini puro conferre potuit, sed tamen non fuit decens, ne
spes in homine poneretur, et ut Ecclesiae unum caput esse ostenderet, a quo
omnia membra spiritualem sensum et motum reciperent. |
Dieu pouvait donner à un simple homme le pouvoir
d’excellence, mais cela ne convenait pas, afin d’éviter
que l’espérance soit mise dans l’homme et de montrer
qu’il n’existe qu’une seule tête de
l’Église, de laquelle tous les membres recevraient le sens et le
mouvement spirituels. |
|
[14275] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod hoc intelligitur de illis quae sunt necessaria ad
perfectionem hominis vel quantum ad esse naturae vel quantum ad esse gratiae.
Non enim oportet quod Deus homini dederit omnem gratiam gratis datam quam
dare potest: quia divisiones gratiarum sunt, et dat unicuique sicut vult; 1
Corinth., 12. |
1. Cela s’entend de ce qui est nécessaire
à la perfection de l’homme, soit pour son être naturel,
soit pour l’être de la grâce. En effet, il n’est pas
nécessaire que Dieu donne à l’homme tous les charismes
qu’il peut donner, car il existe une répartition des
grâces, et il donne à chacun comme il le veut, 1 Co 12. |
|
[14276] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod ad hoc quod homo purus cooperaretur Deo in interiori emundatione modo
praedicto non oportet quod haberet efficaciam infinitam in merendo, quamvis
Christus quodammodo habuerit infinitatem in merendo: quia non cooperaretur respectu
omnium, nec ita plene sicut Christus. |
2. Pour qu’un simple homme coopère avec Dieu
à la purification intérieure de la manière
indiquée plus haut, il n’est pas nécessaire qu’il
possède une puissance infinie en mérite, bien que le Christ ait
eu d’une certaine manière un mérite infini. En effet, il
ne coopérerait pas en toutes choses, ni aussi pleinement que le
Christ. |
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[14277] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod gratia capitis in Christo distinguitur a gratia unionis:
quamvis ex ipsa unione per quamdam condecentiam plenitudo omnis gratiae, et
capitis et singularis personae in illa anima fuerit. Nec tamen sequitur, si alicui
quantum ad aliquid potestas excellentiae conferretur, puta quod in nomine
ejus Baptismus daretur vel quod meritum ejus aliquo modo operaretur ad
effectum Baptismi in illo baptizato, quod esset simpliciter caput. |
3. La grâce capitale dans le Christ se distingue de
la grâce d’union, bien qu’ait existé dans cette
âme, en vertu de l’union même selon une convenance
d’accompagnement, la plénitude de toute grâce, tant celle
de la tête que celle de cette personne particulière. Cependant,
il n’en découle pas que si un pouvoir d’excellence
était donné à quelqu’un pour quelque chose, par
exemple, que le baptême soit donné en son nom ou que son
mérite agisse d’une certaine manière en vue de
l’effet du baptême chez tel baptisé, qu’il serait
tout simplement la tête. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14278] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem dicendum, quod communis opinio habet, quod creatio non potest
alicui creaturae communicari: quia est opus infinitae potentiae, propter
distantiam infinitam quae est inter simpliciter ens et simpliciter non ens,
inter quae est mutatio creationis; potentia autem infinita non potest esse in
essentia finita. Unde ex hoc ipso quod ponitur potentia infinita alicui
communicari, ponitur consequenter quod illud habeat essentiam infinitam, et
per hoc habeat esse non receptum, sed purum et simplex; et sic ponitur extra
terminos creaturae; et ideo nulli creaturae secundum communem opinionem
communicari potest talis potentia. |
L’opinion commune est que l’acte de
créer ne pouvait être communiquée à une
créature, car elle est l’œuvre d’une puissance infinie,
en raison de la distance infinie qui existe entre être et ne pas
être tout simplement, entre lesquels existe la mutation de la
création. Or, une puissance infinie ne peut exister dans une essence
finie. Ainsi, par le fait fait qu’on affirme qu’une puissance
infinie est communiquée à quelque chose, on affirme en
conséquence qu’il possède une essence infinie, et ainsi
qu’il possède un être non reçu, mais pur et simple.
On le place alors hors des limites de la créature. C’est
pourquoi, selon l’opinion commune, une telle puissance ne peut
être communiquée à aucune créature. |
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[14279] Super
Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod illi philosophi qui hoc posuerunt, non
intellexerunt plene rationem creationis, et quomodo requirit potentiam
infinitam agentem; et ideo non intellexerunt incompossibilitatem suae
positionis. |
1. Les philosophes qui ont affirmé cela
n’ont pas pleinement compris la notion de création et comment
elle exige une puissance agissante infinie. C’est pourquoi ils
n’ont pas compris que leur position était en elle-même
impossible. |
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[14280]
Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod hoc etiam implicat
contradictionem, inquantum ponitur creaturam habere essentiam infinitam; et
per consequens non esse creaturam; et sonat in defectum divinae majestatis,
cui ponitur aliquid in essentiae infinitate posse aequari. Non enim oportet
ut quod est perfectionis apud nos, scilicet posse aliquid facere aequale sibi
sit perfectionis apud Deum ut scilicet possit facere aliquid aequale sibi. |
2. Cela aussi comporte une contradiction, pour autant
qu’on affirme qu’une créature possède une essence
infinie et que, par conséquent, elle n’est pas une
créature. Et cela va à l’encontre de la majesté
divine, dont on affirme que quelque chose peut être l’égal
par l’infinité d’essence. En effet, il n’est pas
nécessaire que ce qui relève d’une perfection chez nous,
à savoir, pouvoir faire quelque chose d’égal à
soi, relève de la perfection chez Dieu, à savoir, qu’il puisse
faire quelque chose d’égal à lui-même. |
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[14281] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod nullum agens creatum facit formam, quia formae non fiunt ut probatur in
7 Metaph., sed educuntur de potentia materiae. Sed materia non potest educi de potentia alterius; et ideo non est
simile de forma et materia. |
3. Aucun agent créé ne fait une forme, car
les formes ne sont pas faites, comme on le démontre dans Métaphysique,
VII, mais sont tirées de la puissance de la matière. Or, la
matière ne peut être tirée de la puissance de quelque
chose d’autre. C’est pourquoi il n’en va pas de même
de la forme et de la matière. |
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[14282]
Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod contrarium ex quo fit generatio,
non impedit actionem agentis nisi dupliciter. Uno modo, debilitando virtutem
agentis, quod etiam non est universaliter verum, sed in his tantum in quibus
est mutua actio et passio, unde hoc accidit. Alio modo, per se loquendo,
elongando potentiam passivam patientis per indispositionem a receptione
effectus agentis; et hoc est in omnibus. Constat autem quod nulla
indispositio potest potentiam passivam tantum elongare ab effectu agentis
percipiendo, quantum subtractio ipsius potentiae totaliter; et ideo multo majoris
virtutis est facere aliquid ex nihilo quam ex contrario, simpliciter
loquendo; quamvis secundum quid hoc habeat aliquam difficultatem quae non est
in illo. Quia tamen Magister in littera dicit, quod potest creaturae
communicari ministerium creationis et non auctoritatis: si quis vellet eum in
hoc sustinere, posset dicere, quod tunc proprie aliquid creatur quando fit ex
nullo praeexistente. Unde patet quod creatio de sui ratione excludit
praesuppositionem alicujus praeexistentis. Hoc autem contingit dupliciter.
Uno modo ita quod excludat omne praeexistens et ex parte agentis et ex parte
facti, ut scilicet creatio dicatur quando nec agit virtute alicujus prioris
agentis nec factum sit ex aliqua praeexistente materia: et haec est potentia
auctoritatis in creando, et est infinita; et ideo nulli creaturae communicari
potest. Alio modo ita quod excludat praeexistens ex parte facti, sed non ex
parte agentis, ut scilicet dicatur creatio, sed minus proprie, quando aliquid
agens virtute alicujus prioris agentis ex non praesupposita materia aliquem
effectum producit, et sic erit creationis ministerium; et ita aliqui
philosophi posuerunt aliquas creaturas creare; et sic Magister dicit quod
potuit communicari potentia creandi, non est autem alicui communicata. |
4. Le contraire à partir duquel est
réalisée la génération n’empêche
l’action de l’agent que de deux manières. D’une
manière, en affaiblissant la puissance de l’agent, ce qui
n’est même pas universellement vrai, mais seulement là
où il y a action et passion mutuelles par lesquelles cela se produit.
D’une autre manière, à proprement parler, en
éloignant la puissance passive du sujet par une indisposition envers
la réception de l’effet de l’agent : et cela se
trouve en toutes choses. Or, il est clair qu’aucune indisposition ne
peut à ce point éloigner la puissance passive de la
réception de l’effet de l’agent que l’annulation
totale de la puissance elle-même. Ainsi, à proprement parler, il
faut une puissance beaucoup plus grande pour faire quelque chose à
partir de rien qu’à partir d’un contraire, bien que,
relativement parlant, il y ait en ceci une difficulté qui
n’existe pas en cela. Toutefois, parce que le Maître dit dans le
texte que le ministère de la création, mais non celui de
l’autorité, peut être communiqué à une
créature, si quelqu’un veut le soutenir sur ce point, il
pourrait dire que quelque chose est créé à proprement
parler lorsqu’il est fait à partir de rien. Ainsi ressort-il que
la création, par sa notion même, exclut de supposer quelque
chose qui préexiste. Or, cela se produit de deux manières.
D’une manière, selon qu’elle exclut tout ce qui
préexiste, tant du point de vue de l’agent que du point de vue
de ce qui est fait, de sorte qu’on parle de création
lorsqu’on n’agit pas en vertu d’un agent antérieur
et qu’on ne fait pas quelque chose à partir d’une
matière préexistante : telle est la puissance
d’autorité dans la création, et elle est infinie. Aussi
ne peut-elle être communiquée à aucune créature.
D’une autre manière, selon qu’elle exclut quelque chose de
préexistant du point de vue de ce qui est fait, mais non du point de
vue de l’agent, de sorte qu’on parle de création, mais
moins proprement, lorsqu’un agent, par la puissance d’un agent
antérieur, produit un effet sans qu’il y ait une matière présupposée :
il sera alors ministère de la création. Et ainsi, certains
philosophes ont affirmé que certaines créatures créent.
Ainsi le Maître dit-il que le pouvoir de créer pouvait être
communiqué, mais qu’il n’a été
communiqué à personne. |
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[14283] Super
Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 5 Secundum hoc ergo ad quintum dicendum esset secundum Magistrum, quod
distantia inter ens et non ens requirit absolute infinitatem potentiae in eo
qui facit aliquid ex simpliciter non ente. Quod enim in motibus virtus
moventis proportionetur distantiae quae est inter terminos, ideo contingit,
quia ab illa distantia motus accipit quantitatem. Quanta enim est via, tantus
est motus, ut dicitur in 4 Physic. Motus autem est proprius effectus virtutis
moventis, inquantum hujusmodi, ei proportionatus. Sed in creatione non sic
est: quia non ens purum non est per se terminus creationis, sed per accidens
se habet ad ipsam: dicitur enim aliquid fieri ex non ente, idest post non
ens. Unde creatio non habet quantitatem ex distantia non entis ad ens, sed ab
ente quod creatur; et ideo non oportet quod potentia creantis proportionetur
distantiae quae est inter ens et non ens, sed solum ei quod creatur, quod non
est infinitum; et ideo non requiritur potentia infinita simpliciter, sed infinita
secundum quid, scilicet non commensurata alicui materiae determinatae, sicut
sunt omnia agentia naturalia et materialia: ignis enim non habet effectum
nisi in aliqua materia determinata, quia virtus ejus materialis est. Et ideo
etiam philosophi non posuerunt creationem secundo modo, nisi in substantiis
incorporeis et immaterialibus. Vel dicendum, quod non est distantia infinita
inter ens et non ens ex parte ipsius entis, nisi ens sit infinitum: quia
tantum distat aliquid ab uno oppositorum, quantum participat de altero; unde
non distat in infinitum a non esse nisi quod esse infinitum habet, scilicet
Deus, cui quanto reliqua entia sunt proximiora, tanto magis a non esse
distant, sicut Augustinus dicit in Lib. 12 Confession., quod Angelus factus
est prope Deum, materia prope nihil. Sed verum est quod dicta distantia est
quodammodo infinita ex parte non entis simpliciter, eo quod neque
determinatam distantiam ab aliquo ente signato transcendit, quia nihil potest
magis distare ab ente quam non ens. Contingit enim aliquam distantiam esse
infinitam ex una parte et finitam ex altera, sicut quandocumque fit
comparatio finiti ad infinitum. Nisi enim esset aliquo modo talis distantia
finita, non distaret minus una creatura a Deo quam altera; et nisi esset aliquo
modo infinita, posset intelligi aliquid magis distans a creatura quacumque
quam Deus. Creatio autem non respicit hanc distantiam ex parte non entis, sed
magis ex parte entis, quod est creationis terminus. |
5. Conformément à cela, il faudrait dire,
selon le Maître, que la distance entre l’être et le
non-être exige absolument une puissance infinie chez celui qui fait
quelque chose à partir de ce qui n’existe tout simplement pas.
En effet, que, dans les mouvements, la puissance de ce qui meut soit
proportionnée à la distance qui existe entre les termes, cela
se produit parce que le mouvement reçoit sa quantité de cette
distance. En effet, la longueur du chemin correspond à l’ampleur
du mouvement, comme il est dit dans Physique, IV. Or, le mouvement est
l’effet propre d’une puissance qui meut en tant que telle et il
lui est proportionné. Mais il n’en va pas de même dans la
création, car le non-être pur n’est pas en lui-même
un terme de la création, mais il a un rapport accidentel avec
elle : en effet, on dit que quelque chose est fait à partir du
non-être, c’est-à-dire après le non-être.
Aussi la création ne comporte-t-elle pas une quantité selon la
distance entre le non-être et l’être, mais à partir
de l’être qui est créé. C’est pourquoi il
n’est pas nécessaire que la puissance de ce qui
créé soit proportionné à la distance qui existe
entre l’être et le non-être, mais seulement à ce qui
est créé, qui n’est pas infini. Aussi une puissance infinie
n’est-elle pas nécessaire de manière absolue, mais une
puissance infinie de manière relative, à savoir, qui
n’est pas proportionnée à une matière
déterminée, comme le sont tous les agents naturels et
matériels. En effet, le feu n’a d’effet que sur une
matière déterminée parce que sa puissance est
matérielle. C’est pourquoi même les philosophes
n’ont pas affirmé la création selon le second mode, si ce
n’est pour les substances incorporelles et immatérielles. Ou
bien il faut dire qu’il n’existe pas de distance infinie entre
l’être et le non-être du point de vue de l’être
même, à moins que l’être soit infini, car quelque
chose se situe à une distance de l’un des opposés selon
qu’il participe à l’autre. Il n’est donc pas distant
du non-être d’une manière infinie, à moins
qu’il ait un être infini ; c’est le cas de Dieu, dont
plus les autres êtres se rapprochent, plus ils s’éloignent
du non-être, comme Augustin dit, dans le livre des Confessions, XII,
que l’ange a été créé proche de Dieu, et la
matière proche du néant. Mais il est vrai que la distance
mentionnée est d’une certaine manière infinie du point de
vue du non-être absolu du fait qu’elle ne dépasse pas une
distance déterminée à partir d’un être
déterminé, car rien ne peut être aussi éloigné
de l’être que le non-être. En effet, il arrive qu’une
distance soit infinie sous un aspect et finie sous un autre, comme lorsque
l’on compare le fini à l’infini. Car, à moins
qu’une telle distance soit infinie, une créature ne serait pas
plus éloignée de Dieu qu’une autre ; et si elle
n’était pas d’une certaine manière infinie, on
pourrait comprendre que quelque chose est plus éloigné
d’une quelconque créature que Dieu. Or, la création ne se
rapporte pas à cette distance du point de vue du non-être, mais
plutôt du point de vue de l’être, qui est le terme de la
création. |
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[14284] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 1 a. 3
qc. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod
latria debetur creatori inquantum ipse est primum agens, cujus virtute omnia
alia agunt, et ipse non agit virtute alterius; et hoc non potest alicui
creaturae communicari. |
6. La latrie est due au Créateur en tant
qu’il est le premier agent, dont la puissance agit dans toutes les
autres choses, alors que lui-même n’agit pas par la puissance
d’un autre. Et cela ne peut être communiqué à une
créature. |
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[14285] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 7 Ad
septimum dicendum, quod quamvis nulla creatura sit in qua non sit aliquid de
potentia, ad minus secundum quod ejus natura se habet ad esse quod recipit a
Deo sicut potentia ad actum; tamen aliqua creatura est in qua nihil de
potentia remanet quae non sit completa per actum, sicut est Angelus; et ideo
talis creatura se tota potest agere, quamvis primum principium suae actionis
sit aliquid aliud ab ipsa, scilicet Deus, qui est primum agens. |
7. Bien qu’il n’existe aucune créature
dans laquelle il n’y ait quelque chose en puissance, au moins selon que
sa nature a avec l’être qu’elle reçoit de Dieu un
rapport de puissance à l’acte, cependant, il existe une
créature dans laquelle il ne reste rien de la puissance qui ne soit
complété par l’acte, comme l’est l’ange.
C’est pourquoi une telle créature peut se mouvoir totalement
elle-même, bien que le principe de son action soit quelque chose
d’autre qu’elle-même, à savoir, Dieu, qui est le
premier agent. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [Quels sont les
ministres du baptême ?]
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Prooemium |
Prologue
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[14286] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 pr. Deinde quaeritur, qui possint baptizare; et circa hoc quaeruntur tria:
1 utrum possint baptizare tam ordinati quam non ordinati; 2 utrum possint
baptizare tam boni, quam mali; 3 utrum possint baptizare tam homines quam
Angeli. |
On s’interroge
ensuite sur ceux qui peuvent baptiser. À ce propos, trois questions
sont posées : 1 – Est-ce que ceux qui sont ordonnés
comme ceux qui ne sont pas ordonnés peuvent baptiser ? 1 –Est-ce
que les bons comme les méchants peuvent baptiser ? 3 – Est-ce
que les hommes comme les anges peuvent baptiser ? |
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Articulus 1 [14287] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 tit. Utrum nullus
possit baptizare nisi habeat ordinem |
Article
1 – Est-ce que personne ne peut baptiser à moins
d’être ordonné ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [ Quelqu’un peut-il baptiser sans avoir
été ordonné ?]
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[14288] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod nullus possit baptizare nisi habeat ordinem.
Actum enim hierarchicum nullus potest exercere nisi sit hierarchiae
particeps. Sed illi qui non habent ordinem, non sunt participes hierarchiae,
quia non habent aliquem sacrum principatum. Ergo cum baptizare sit actus
hierarchicus, quia Baptismus est purgatio et illuminatio, ut dicit Dionysius
in Eccl. Hierarc., videtur quod nullus possit baptizare nisi habeat ordinem. |
1. Il semble que personne ne puisse baptiser sans avoir l’ordre. En effet, personne ne peut exercer un acte hiérarchique à moins de participer à la hiérarchie. Or, ceux qui n’ont pas l’ordre ne participent pas à la hiérarchie, parce qu’ils n’ont pas de pouvoir sacré. Puisque baptiser est un acte hiérarchique, car le baptême est une purification et une illumination, comme le dit Denys dans la Hiérarchie ecclésiastique, il semble que personne ne puisse baptiser sans avoir l’ordre. |
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[14289] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
sicut Baptismus est sacramentum necessitatis, ita et poenitentia. Sed nullus
potest absolvere sacramentaliter in poenitentia nisi habeat ordinem. Ergo et
similiter nullus non ordinatus potest baptizare. |
2. De même que le baptême est un sacrement nécessaire, de même en est-il de la pénitence. Or, personne ne peut absoudre sacramentellement sans avoir l’ordre. De la même façon, personne qui n’est pas ordonné ne peut donc baptiser. |
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[14290] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra est quod Isidorus dicit, quod cum ultima necessitas cogit, etiam
laicis fidelibus permittitur baptizare. Sed laici non habent ordinem. Ergo et
cetera. |
S.c. 1 – En sens contraire, Isidore dit que
lorsqu’une nécessité ultime s’impose, il est permis
même aux laïcs de baptiser. Or, les laïcs n’ont pas
l’ordre. Donc, etc. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Est-il propre au diacre de pouvoir baptiser ?] |
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[14291] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod baptizare sit proprium
ordinis diaconi. Quia, secundum Dionysium, diaconi habent vim purgativam. Sed
Baptismus principaliter ad purgandum est institutus. Ergo diaconis competit
baptizare ex proprio officio. |
1. Il semble que baptiser soit propre à l’ordre du diacre, car, selon Denys, les diacres ont une puissance purificatrice. Or, le baptême a été principalement institué afin de purifier. Il appartient donc aux diacres de baptiser en vertu de leur fonction propre. |
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[14292] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, Marc. ult.,
simul injungitur officium baptizandi cum praedicatione Evangelii. Sed praedicatio Evangelii
pertinet ad diaconos ex proprio officio. Ergo et baptizare. |
2. En Mc 16, la fonction de baptiser est ordonnée en même temps que la prédication de l’évangile. Or, la prédication de l’évangile appartient aux diacres en vertu de leur fonction propre. Il en est donc de même de baptiser. |
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[14293] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra, est quod Isidorus dicit, quod Baptismi ministerium nec ipsis
diaconibus implere est licitum. |
S.c. 1 – En sens contraire, Isidore dit que
l’accomplissement du ministère du baptême n’est pas
permis aux diacres eux-mêmes. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les non-baptisés peuvent-ils baptiser ?] |
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[14294]
Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non baptizati baptizare non possint.
Minus enim est sacramentum recipere quam sacramentum conferre. Sed non
baptizati non possunt sacramentum aliquod recipere: quia, secundum Dionysium,
non sunt ad spirituales et hierarchicas actiones idonei. Ergo nec sacramentum
Baptismi conferre possunt. |
1. Il semble que les non-baptisés ne peuvent pas baptiser. En effet, recevoir un sacrement est une chose moindre que de conférer un sacrement. Or, les non-baptisés ne peuvent recevoir aucun sacrement, car, selon Denys, ils ne sont pas aptes aux actions spirituelles et hiérarchiques. Ils ne peuvent donc pas conférer non plus le sacrement de baptême. |
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[14295] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
si non baptizatus posset baptizare, et ipse Baptismo indigeret, posset
seipsum baptizare. Sed hoc est impossibile: tum quia nulla res, secundum
Augustinum, seipsam gignit ut sit; Baptismus autem regeneratio quaedam est:
tum quia non posset servari forma Ecclesiae. Ergo non baptizatus baptizare
non potest. |
2. Si un non-baptisé pouvait baptiser et si lui-même avait besoin du baptême, il pourrait se baptiser lui-même. Or, cela est impossible, tant parce qu’aucune chose ne s’engendre à l’être, selon Augustin, alors que le baptême est une certaine régénération, que parce qu’il ne pourrait respecter la forme de l’Église. Un baptisé ne peut donc pas baptiser. |
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[14296] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra est quod in littera dicitur, quod Romanus pontifex non hominem judicat
qui baptizat, sed spiritum Dei, quamvis Paganus sit qui baptizat. Sed Paganus
non est baptizatus. Ergo non baptizatus potest baptizare. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit dans le texte que le Pontife romain ne juge pas l’homme qui baptise, mais l’Esprit de Dieu, bien que ce que soit un païen qui baptise. Or, le païen n’est pas baptisé. Un non-baptisé peut donc baptiser. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14297] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo
dicendum ad primam quaestionem, quod Baptisma inter alia sacramenta est
maximae necessitatis: tum quia pueris non potest aliter subveniri; tum quia
etiam nec adultis quantum ad remissionem totius poenae; et ideo ea quae ad
necessitatem sacramenti requiruntur, debuerunt esse communissima et ex parte
materiae, scilicet aquae, quae ubique haberi potest, et ex parte ministri, ut
quilibet homo baptizare possit; et sic sanctificatio materiae et benedictio
praecedens Baptismum non est de necessitate sacramenti, sed de solemnitate,
quam non licet praetermittere propter Ecclesiae institutionem. Ita etiam
ordinatio ministri non est de necessitate sacramenti, sed de solemnitate; et
peccat si aliquis non ordinatus baptizet, nisi necessitate imminente, tamen
sacramentum confert. |
Parmi tous les sacrements, le baptême est le plus nécessaire, tant parce qu’on ne peut autrement venir au secours des enfants, que parce qu’on ne le peut pas plus pour les adultes pour ce qui est de la rémission de toute la peine. C’est pourquoi ce qui est requis comme nécessaire au sacrement devait être ce qu’il y a de plus commun tant du côté de la matière, à savoir, l’eau, qu’on peut trouver partout, que du côté du ministre, de sorte que tout homme puisse baptiser. Et ainsi, la sanctification et la bénédiction de la matière qui précèdent le sacrement ne sont pas nécessaires au sacrement, mais font partie de sa solennité, qu’il n’est pas permis d’omettre en raison de l’institution par l’Église. De même, aussi, l’ordination du ministre n’est pas nécessaire au sacrement, mais fait partie de sa solennité. Si quelqu’un qui n’est pas ordonné baptise, il pèche, sauf en cas de nécessité urgente ; cependant, le sacrement est conféré. |
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[14298] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 1
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod homini non competit actus hierarchicus ex natura sua, sed ex divina
institutione et sanctificatione; et quamvis simpliciter gradum hierarchicum
non contulit omni homini, tamen actum istum hierarchicum omnibus hominibus
contulit propter necessitatem, sicut omnibus aquis vim regenerativam dedit. |
1. Un acte hiérarchique ne relève pas de
l’homme de par sa nature, mais en vertu de l’institution divine
et de la sanctification. Bien qu’elles ne confèrent pas à
tout homme un degré hiérarchique, elle confère cependant
à tout homme un acte hiérarchique en raison de la
nécessité, comme elles ont donné à toute eau une
puissance régénératrice. |
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[14299] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod non est simile de poenitentiae sacramento, et
Baptismo: quia aliquis sine absolutione sacramenti poenitentiae potest salvari
in necessitate nec iterum absolutio sacerdotalis a tota poena absolvit; sed
in pueris non est aliquid aliud per quod possint salvari, nec quo adulti
possint a tota poena liberari; et ideo est majoris necessitatis quam
poenitentia. |
2. Il n’en va pas de même du sacrement de la
pénitence et du baptême, car, en cas de nécessité,
on peut être sauvé sans l’absolution du sacrement de
pénitence ; de plus, l’absolution sacerdotale n’absout
pas de toute la peine. Mais, chez les enfants, il n’y a rien
d’autre qui puisse les sauver, ni qui puisse libérer les adultes
de toute la peine. C’est pourquoi [le baptême] est plus
nécessaire que la pénitence. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14300] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod in potentiis
ordinatis ita est quod quidquid potest potentia inferior, potest superior;
sed non convertitur. Unde cum potestas sacerdotalis ordinis sit supra
potestatem diaconi, sacerdos habet vim purgativam cum illuminativa; sed diaconus
habet purgativam tantum sine illuminativa. Et
quia in omnibus sacramentis novae legis est illuminatio gratiae cum
purgatione, ideo non est diaconus proprius minister Baptismi nec alicujus
sacramenti sed aliquorum sacramentalium, sicut exorcismi, et expulsionis
immundorum a divinis, ut cum dicit: si quis Judaeus est, abscedat; et
eruditionis eorum qui ignorant qualiter se habere debeant ad divina, ut cum
dicit: flectamus genua, et humiliate vos, ad benedictionem, vel aliud
hujusmodi. |
Chez les puissances ordonnées, tout ce que peut une puissance inférieure, une [puissance] supérieure le peut ; mais l’inverse n’est pas vrai. Comme le pouvoir de l’ordre sacerdotal est supérieur au pouvoir du diacre, le prêtre a une puissance purificatrice en même temps qu’illuminatrice, mais le diacre a [une puissance] purificatrice seulement, sans [puissance] illuminatrice. Et parce que, dans tous les sacrement de la loi nouvelle, se produit l’illumination de la grâce en même temps que la purification, le diacre n’est pas le ministre propre du baptême ni d’un autre sacrement, mais de certains sacramentaux, comme l’exorcisme, l’expulsion des êtres impurs des réalités divines, comme lorsqu’il dit : «Si quelqu’un est juif, qu’il s’éloigne !», et l’enseignement de ceux qui ignorent comment ils doivent se comporter par rapport aux réalités divines, comme lorsqu’il dit : «Fléchissons les genoux et humiliez-vous !», lors de la bénédiction, ou quelque chose de ce genre. |
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[14301] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 1
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Baptismus non habet tantum purgare, sed illuminare, ut dicit Dionysius;
et ideo non competit diacono, sed sacerdoti. |
1. Il ne revient pas seulement au baptême de
purifier, mais d’illuminer, comme le dit Denysé. C’est
pourquoi [le baptême] ne revient pas au diacre, mais au prêtre. |
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[14302] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod ad diaconum pertinet praedicare Evangelium, et in
Ecclesia recitare, quod est quasi loqui linguis; sed ad presbyterum pertinet interpretari
et exhortari, quod est quasi prophetare. |
2. Il appartient au diacre d’annoncer
l’évangile et de le réciter dans l’église,
ce qui est comme parler en langues ; mais il appartient au prêtre
de l’interpréter et d’exhorter, ce qui est est comme prophétiser. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14303] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod sicut aqua
absque omni sanctificatione est materia Baptismi, ita etiam homo absque omni
sacramentali sanctificatione est Baptismi minister quantum ad necessitatem sacramenti;
unde non baptizatus potest baptizare, dummodo servet formam Ecclesiae, et
habeat intentionem baptizandi. |
De même que l’eau, sans aucune sanctification, est la matière du baptême, de même l’homme, sans aucune sanctification sacramentelle, est-il le ministre du baptême, pour ce qui est nécessaire au sacrement. Ainsi, un non-baptisé peut baptiser, pourvu qu’il obseve la forme de l’Église et qu’il ait l’intention de la baptiser. |
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[14304] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod receptio aliorum sacramentorum non est tantae
necessitatis quantae collatio istius; et ideo potest aliquis conferre hoc
sacramentum qui alia non posset percipere. |
1. La réception des autres sacrements n’est pas aussi nécessaire que de donner celui-ci. C’est pourquoi on peut conférer ce sacrement, alors qu’on ne pourrait recevoir les autres. |
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[14305] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis posset aliquis non baptizatus baptizare
alium, non tamen potest seipsum baptizare rationibus praedictis in
objectione. Sed quod Innocentius tertius in decretali quadam dicit: Judaeus
qui se ipsum in aquam immersit, dicens: ego baptizo me in nomine patris
etc. si decessisset, ad patriam evolasset, intelligendum est propter
vim contritionis et devotionis, ex cujus magnitudine hoc procedere videbatur,
ut inter Judaeos existens, quasi periculo mortis se offerret. |
2. Bien qu’un non-baptisé pourrait baptiser quelqu’un d’autre, il ne pourrait cependant se baptiser pour les raisons indiquées dans l’objection. Mais ce que dit Innocent III dans une décrétale : «Le Juif qui s’est immergé dans l’eau en disant : “Je me baptise au nom du Père, etc”, s’il mourait, s’envolerait vers la patrie», doit être interprété dans le sens que c’est en vertu de sa contrition et de sa dévotion, de la grandeur desquelles semblait provenir le fait que, alors qu’il vivait parmi les Juifs, il s’exposait au danger de mort. |
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Articulus 2 [14306] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 tit. Utrum mali
sacramentum Baptismi conferre possint |
Article
2 – Est-ce que les méchants peuvent conférer le sacrement
du baptême ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Les méchants peuvent-ils conférer
le baptême ?]
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[14307] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod mali
sacramentum Baptismi conferre non possint. Sicut enim ad Baptismum requiritur
forma et materia, ita et minister. Sed si sit materia indebita vel forma, non erit
Baptismus. Ergo et similiter si sit minister
indebitus. Sed mali non sunt debiti ministri: quia, sicut dicit Augustinus,
justos oportet esse per quos baptizatur. Ergo mali sacramentum conferre non
possunt. |
1. Il semble que les méchants ne puissent conférer le sacrement du baptême. En effet, de même que, pour le baptême, sont requises une matière et une forme, de même aussi un ministre. Or, si la matière ou la forme est inappropriée, il n’y aura pas baptême. De même, donc, si le ministre est inapproprié. Or, les méchants ne sont pas les ministres approptiés, car, comme le dit Augustin, il faut que soient justes ceux par lesquels on est baptisé. Les méchants ne peuvent donc pas conférer le baptême. |
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[14308] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 2
qc. 1 arg. 2 Praeterea, membrum aridum
non participat aliquam actionem corporis. Sed baptizare est aliqua actio
corporis mystici. Cum ergo mali sint quasi membrum aridum, carentes
pinguedine caritatis et gratiae, videtur quod Baptismum conferre non possint. |
2. Un membre desséché ne participe à aucune action du corps. Or, baptiser est une action du corps mystique. Puisque les méchants sont comme un membre desséché, dépourvu de l’abondance de la charité et de la grâce, il semble donc que [les méchants] ne puissent conférer le baptême. |
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[14309] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra sunt plures rationes in littera. |
S.c. 1 – En sens inverse, plusieurs arguments sont
apportés dans le texte. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les méchants confèrent-ils la réalité du sacrement ?] |
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[14310] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod per eos non conferatur res sacramenti. Eccli. 34, 4: ab immundo quis mundabitur ? Sed peccator omnis est immundus. Ergo ab eo nullus potest mundari. Cum ergo mundatio sit res sacramenti Baptismi, videtur quod per malos res sacramenti non conferatur. |
1. Il semble que la réalité du sacrement ne soit pas conférée par [les méchants]. Si 34, 4 : Qui sera purifié par l’impur ? Or, tout pécheur est impur. Personne ne peut donc être purifié par lui. Puisque la purification est la réalité du sacrement de baptême, il semble donc que la réalité du sacrement ne puisse être conférée par les méchants. |
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[14311] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
sacerdotes sunt medii inter Deum et plebem, divina in sacris praebentes
populo per doctrinam, et ea quae sunt populi repraesentantes Deo per
orationem. Sed
orationes malorum sacerdotum non prosunt plebi: quia, secundum Gregorium in
pastorali, cum is qui displicet, ad intercedendum mittitur, irati animus
ad deteriora provocatur. Ergo nec sacramenta per malos ministros data
prosunt ad effectum salutis. |
2. Les prêtres sont des intermédiaires entre Dieu et le peuple, en donnant les réalités divines au peuple par l’enseignement et en présentant à Dieu par la prière ce qui appartient au peuple. Or, les prières des prêtres mauvais ne sont pas utiles au peuple, car, selon Grégoire, dans le Pastoral, «lorsque celui qui déplaît est envoyé intercéder, l’esprit de celui qui est colère est provoqué à faire encore pire». Les sacrements donnés par des ministres mauvais ne sont donc pas non plus utiles pour réaliser le salut. |
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[14312] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra est quod in littera dicitur: cum baptizat malus, illud quod datum
est, unum est, nec impar propter impares ministros. Sed boni baptizando
conferunt sacramentum et rem sacramenti. Ergo et mali. |
S.c. 1 – En sens
inverse, il est dit dans le texte : «Lorsqu’un
méchant baptise, ce qui est donné est unique et n’est pas
inégal en raison de ministres inégaux.» Or, en baptisant,
les bons confèrent le sacrement et la réalité du
sacrement. Il en va donc de même des méchants. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le baptême conféré par un ministre meilleur a-t-il un plus grand effet ?] |
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[14313] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod per meliorem ministrum Baptismus datus majorem effectum habeat. Multiplicata enim
causa multiplicatur effectus. Sed Baptismus ex opere operato gratiam confert:
similiter etiam patet quod sancti homines ex opere operante gratiam alicui merentur.
Ergo si opus
operans baptizantis adjungatur cum efficacia Baptismi, major gratia dabitur. |
1. Il semble que le baptême donné par un ministre meilleur ait un plus grand effet. En effet, plus la cause est accrue, plus s’accroît l’effet. Or, le baptême confère la grâce en vertu de l’opus operatum ; il est clair aussi que les saints méritent pour quelqu’un la grâce en vertu de l’acte qu’ils posent. Si donc l’acte de celui qui baptise est ajouté à l’efficacité du baptême, une plus grande grâce sera donnée. |
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[14314] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Baptismus
magis est ordinatus ad spiritualem salutem quam ad corporalem. Sed aliquis
baptizatus a sancto homine, meritis et intercessione baptizantis quandoque
salutem corporalem consequitur; quod non est ex opere operato; quia Baptismus
ad hoc efficaciam non habet; sicut patet de Constantino, quem Silvester
baptizavit. Ergo etiam quantum ad spiritualem salutem Baptismus a bono
ministratus potest ampliorem effectum spiritualis salutis habere. |
2. Le baptême est davantage ordonné au salut
spirituel qu’à la santé corporelle. Or, celui qui est
baptisé par un homme saint obtient parfois la santé corporelle
par les mérites et l’intercession de celui qui baptise, ce qui
n’est pas le fait de l’opus operatum, car le baptême
n’a pas d’efficacité pour cela. Cela ressort clairement du
cas de Constantin que Sylvestre a baptisé. Pour ce qui est du salut
spirituel, le baptême administré par quelqu’un de bon peut
donc avoir un effet plus étendu pour le salut spirituel. |
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[14315] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra est quod in littera dicitur: non est melior Baptismus qui per
meliorem ministrum datur; sed per ministros dispares Dei munus est aequale. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit dans le
texte : «Le baptême administré par un meilleur
ministre n’est pas meilleur, mais le don de Dieu est égal,
même lorsqu’il est fait par des ministres inégaux.» |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Le ministre mauvais pèche-t-il en baptisant ?] |
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[14316]
Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod malus minister peccet baptizans.
Quia, sicut Augustinus in littera dicit, justos oportet esse per quos
baptizatur. Si ergo non sint justi cum baptizent, faciunt quod non oportet.
Ergo peccant. |
1. Il semble que le ministre mauvais pèche en baptisant, car, ainsi que le dit Augustin dans le texte, «il faut que ceux par qui on est baptisé soient justes». S’ils ne sont pas justes lorsqu’ils baptisent, ils font donc ce qu’ils ne doivent pas faire. Ils pèchent donc. |
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[14317] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
Eucharistiae sacramentum non est majoris efficaciae quam Baptismi. Sed peccat sacerdos
indigne accedens ad illud sacramentum, ut patet 1 Corinth., 11. Ergo et peccat,
si sit malus, baptizando. |
2. Le sacrement de l’eucharistie n’a pas plus d’efficacité que le baptême. Or, le prêtre qui s’approche indignement de ce sacrement pèche, comme cela ressort de 1 Co 11. Il pèche donc aussi en baptisant, s’il est mauvais. |
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[14318] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 4 arg. 3 Sed
contra, ex officio habet quod baptizet. Ergo exequendo suum ministerium non
peccat. |
3. En sens inverse, il relève de la fonction du [prêtre] de baptiser. En accomplissant son ministère, il ne pèche donc pas. |
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[14319] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 4 arg. 4 Praeterea, ipse tenetur
baptizare. Ergo si baptizando peccat, esset
perplexus; quod non potest esse. |
4. [Le prêtre] est tenu de baptiser. Si donc il
pèche en baptisant, il sera perplexe, ce qui ne saurait être. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Celui qui reçoit un sacrement de la part d’un prêtre mauvais pèche-t-il ?] |
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[14320] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod recipiens in se vel in alio sacramentum a malo sacerdote, peccat. Quia consentiens peccanti ipse peccat. Sed sacerdos in aliquo casu peccat indigne baptizans. Ergo et ab eo Baptismum accipiens vel exigens. |
1. Il semble que celui qui reçoit pour lui-même ou pour un autre un sacrement de la part d’un prêtre mauvais pèche, car celui qui consent à celui qui pèche pèche lui-même. Or, un prêtre pèche en baptisant de manière indigne dans certains cas. Il en va donc de même de celui qui reçoit ou exige de lui le baptême. |
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[14321] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 5 arg. 2 Praeterea,
esto quod sacerdos non velit baptizare sine pretio, constat quod si datur ei
pretium, simonia committitur; quod sine peccato fieri non potest. Ergo in alio casu peccat
accipiens sacramentum Baptismi a malo ministro. |
2. En supposant qu’un prêtre ne veuille pas baptiser sans recevoir d’argent, il est clair que, si on lui donne de l’argent, la simonie est commise, ce qui ne saurait être fait sans péché. Dans un autre cas, celui qui reçoit le sacrement de baptême d’un ministre mauvais pèche donc. |
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[14322] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 5 S.c. 1 Sed
contra est quod Augustinus in littera dicit: nec timeo adulterum nec
homicidam. Esset autem timendus, si ab eo accipiens sacramentum peccaret.
Ergo nec peccat ab eo accipiens sacramentum. |
S.c. 1 – En sens contraire, Augustin dit dans le texte: «Je ne crains ni l’adultère ni l’homicide.» Or, il faudrait les craindre si l’on péchait en recevant d’eux le sacrement. Celui qui reçoit d’eux le sacrement ne pèche donc pas. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question
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[14323] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 2 qc. 1 co. Respondeo
dicendum, ad primam quaestionem quod in sacramentis est aliquid quod est de
substantia sacramenti, et aliquid quod est de convenientia sacramenti et
solemnitate. Si ergo subtraheretur aliquid quod est de substantia sacramenti,
non erit verum sacramentum; si autem subtraheretur aliquid eorum quae
requiruntur ad solemnitatem vel convenientiam sacramenti, propter hoc non
desinit esse sacramentum. Unde cum bonitas ministri non sit de substantia
sacramenti, quia non omnino certa est, sed quandoque ignorata, ea autem quae
sunt de substantia sacramenti oportet esse certa; patet quod subtracta
bonitate ministri adhuc est sacramentum, dummodo alia quae sunt de sacramenti
substantia, observentur. |
Dans les sacrements, il y a quelque chose qui fait partie de la substance du sacrement, et quelque chose qui convient au sacrement et à sa solennité. Si donc on en enlevait quelque chose qui fait partie de la substance du sacrement, ce ne sera pas un vrai sacrement ; mais si on enlevait quelque chose de ce qui est requis pour la solennité ou de ce qui convient au sacrement, cela ne cesse pas pour autant d’être un sacrement. Ainsi, puisque la bonté du ministre ne fait pas partie de la substance du sacrement, parce qu’elle n’est pas tout à fait certaine, mais parfois ignorée, alors que ce qui fait partie du sacrement doit être certain, il est clair que, même si la bonté du ministre était enlevée, il y aura encore sacrement, pourvu que les autres choses qui font partie de la substance du sacrement soient observées. |
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[14324] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 2
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod debitum dicitur dupliciter. Uno modo, debito necessitatis; et sic est
debitus minister Baptismi quilibet homo. Alio modo, debito convenientiae et
congruitatis; et sic oportet ministrum esse bonum, sicut oportet aquam in qua
fit Baptismus, esse mundam ob reverentiam sacramenti; tamen si sit immunda,
nihilominus fit in ea Baptismus; et similiter si sit minister malus,
nihilominus confertur Baptismus. |
1. «Approprié» s’entend de deux manières. D’une manière, [ce qui est approprié] en cas de nécessité ; et ainsi, le ministre approprié du baptême est n’importe quel homme. D’une autre manière, [ce qui est approprié] selon la convenance et la décence ; et ainsi, il faut que le ministre soit bon, comme il faut que l’eau dans laquelle le baptême est accompli soit pure par révérence pour le sacrement. Cependant, si elle est impure, il y a néanmoins baptême par elle. De même, si le ministre est mauvais, le baptême est néanmoins conféré. |
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[14325] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 2
qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
duplex est actio corporis. Una est intranea, sicut sentire, vivere, et
hujusmodi; et talem actionem non participat membrum aridum; et similiter nec
homo malus actionem virtutum, quae huic proportionatur. Alia est actio ad
extra; et talis actio bene potest fieri per membrum aridum, sicut percutere,
quod etiam omnino re inanimata fit, ut baculo; et huic proportionaliter
respondet ministratio sacramentorum. |
2. Il y a une double action du corps. L’une est
interne, comme sentir, vivre et les choses de ce genre. Un membre
desséché ne participe pas à une telle action et, de la
même façon, un homme mauvais ne participe pas à
l’action des vertus, qui lui est proportionnée. Une autre action
est extérieure. Une telle action peut être accomplie par un
membre desséché, comme frapper, qui est même accomplie
par une chose inanimée, comme un bâton. Et
l’administration des sacrements lui correspond de manière
proportionnelle. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14326] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod duplex est agens; unum principale, et aliud
instrumentale. Agens autem principale, cum agat sibi simile, oportet quod
habeat formam, quam inducit per suam actionem in agentibus univocis, vel
aliquam nobiliorem in agentibus non univocis. Sed agens instrumentale non
oportet quod habeat formam quam inducit ut disponentem ipsum, sed solum per
modum intentionis, sicut de forma scamni in serra patet, ut in 1 dist.,
quaest. 1, art. 4, quaestiunc. 1 et 2, dictum est. Agens autem principale in
baptizando est ipse Deus per auctoritatem, et ipse Christus secundum quod
homo, cujus meritum operatur in Baptismo; et ex plenitudine divinae bonitatis
et gratiae Christi pervenit gratia ad baptizatum. Sed baptizans est tantum
agens instrumentale; unde non refert ad rem sacramenti percipiendam, utrum
ipse gratiam habeat, vel non. |
Il existe un double agent : l’un principal, l’autre instrumental. L’agent principal, puisqu’il fait quelque chose de semblable à lui-même, doit posséder la forme qu’il produit par son action, dans le cas des agents univoques, ou [une forme] plus noble, dans le cas des agents non univoques. Mais il n’est pas nécessaire que l’agent instrumental possède la forme qu’il produit en disposant, mais [qu’il la possède] par mode d’intention, comme c’est le cas de la scie pour la forme de l’escabeau, comme on l’a dit dans le livre I, q. 1, a. 4, qa 1 et 2. Or, dans le baptême, l’agent principal est Dieu lui-même en vertu de son autorité, et le Christ en tant qu’homme, dont le mérite agit dans le baptême ; et la grâce parvient au baptisé à partir de la plénitude de la bonté divine et de la grâce du Christ. Mais celui qui baptise n’est que l’agent instrumental ; aussi cela n’a-t-il pas d’importance pour la réception de la réalité du sacrement qu’il ait la grâce ou non. |
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[14327] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 2
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod actio non attribuitur instrumento secundum philosophum, proprie, sed
principali agenti. Unde proprie et per se loquendo iste malus minister non
est qui mundat, sed Christus, de quo dictum est, Joan. 1, 33: hic est qui
baptizat. |
1. À proprement parler, l’action n’est
pas attribuée à l’instrument, selon le Philosophe, mais
à l’agent principal. Aussi, à parler proprement et en
soi, ce n’est pas ce mauvais ministre qui purifie, mais le Christ, dont
il a été dit en Jn 1, 33 : C’est lui
qui baptise. |
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[14328] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in oratione orans est sicut principale agens, non
solum sicut instrumentale; et ideo requiritur ad efficaciam orationis quod ex
opere operante effectum sortiatur, non solum ex opere operato, sicut est in
sacramentis; et ideo malorum orationes infructuosae sunt, quantum ex eis est;
sed possunt esse fructuosae aliis pro quibus oratur, propter eorum
devotionem, vel inquantum orant in persona Ecclesiae. |
2. Dans la prière, celui qui prie est comme un
agent principal, et non pas seulement comme un agent instrumental.
C’est pourquoi, pour que la prière soit efficace, il est nécessaire
que l’effet vienne de l’action de celui qui agit, et non
seulement de l’opus operatum, comme c’est le cas dans les
sacrements. Ainsi, les prières des méchants sont infructueuses
en elles-mêmes ; mais elles peuvent être fructueuses pour
d’autres pour qui l’on prie en raison de leur dévotion ou
pour autant qu’ils prient au nom de l’Église. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14329] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod aliquid
dicitur effectus alicujus per se et per accidens. Per se quidem effectus
alicujus est quod per ipsum ad hoc ordinatum producitur, sicut domus
aedificatoris. Per accidens quod conjungitur
ei quod est effectus per se, sicut si habitatio domus dicatur effectus
aedificatoris. Sic ergo dico, quod effectus per se Baptismi aequalis est a
quocumque detur, vel a malo vel a bono, ceteris paribus ex parte baptizati;
sed cum effectu Baptismi potest aliquid aliud baptizato conferri, sive
pertineat ad salutem corporis, sive animae, ex merito Baptismi; et hoc non
est proprie effectus Baptismi: quia Baptismus non est causa nisi
instrumentalis, et non est instrumentum agens in virtute ministri, qui et
ipse instrumentum est, agens in virtute Christi et Dei. [14330] Super Sent., lib. 4 d. 5 q.
2 a. 2 qc. 3 ad arg. Et per hoc patet solutio ad objecta. |
On dit qu’une chose est l’effet d’une [autre] chose par soi et par accident. Par soi, est l’effet d’une chose ce qui est produit par elle-même en tant qu’elle y est ordonnée, comme la maison [est l’effet] du constructeur. Par accident, ce qui est associé à ce qui est l’effet par soi, comme si l’on dit que l’habitation de la maison est l’effet du constructeur. Ainsi donc, je dis que l’effet par soi du baptême est égal, quel que soit celui qui le donne, par un méchant ou par un bon, toutes choses étant égales du point de vue du baptisé ; mais, avec l’effet du baptême, quelque chose d’autre peut être conféré au baptisé, que cela se rapporte à la santé du corps ou de l’âme, par le mérite du baptême. Et cela n’est pas à proprement parler l’effet du baptême, car le baptême n’est qu’une cause instrumentale et n’est pas un instrument qui agit par la puissance du ministre, qui est lui-même un instrument qui agit par la puissance du Christ et de Dieu. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[14331] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod quicumque in
peccato mortali existens, exhibet se ministrum Ecclesiae in quocumque
spirituali, peccat, secundum quorumdam opinionem satis probabilem, et quae
per auctoritatem Dionysii, confirmatur, ut infra dist. 24, quaest. 1, art. 3,
quaestiunc. 1, melius ostendetur; et ideo sacerdos baptizans cum solemnitate,
ministrum Ecclesiae se exhibens, peccat mortaliter; si autem simpliciter baptizet
in articulo necessitatis, non quasi minister Ecclesiae, sed sicut vetula
baptizare posset, non peccat. |
Tous ceux qui, se trouvant dans le péché
mortel, se présentent comme ministres de l’Église pour
tout ce qui est spirituel, pèchent, selon l’opinion assez
probable de certains, qui est confirmée par l’autorité de
Denys, comme on le montrera mieux plus loin, d. 24, q. 1, a. 3, qa 1.
C’est pourquoi un prêtre baptisant solennellement, en se
présentant comme ministre de l’Église, pèche
mortellement. Mais s’il baptise simplement en cas de
nécessité, et non comme ministre de l’Église, mais
comme une petite vieille pourrait baptiser, il ne pèche pas. |
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[14332] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod auctoritas Augustini non multum cogit, quia
loquitur de opportunitate congruentiae; et praeterea loquitur de illis qui
baptizant ut ministri Ecclesiae; unde subdit: justos oportet esse tanti
judicis ministros. |
1. L’autorité d’Augustin n’est
pas très contraignante, car il parle de l’opportunité de
convenance. De plus, il parle de ceux qui baptisent en tant que ministres de
l’Église. Ainsi ajoute-t-il : «Il est
nécessaire que les ministres d’un si grand juge soient justes.» |
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[14333] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod secus est de Eucharistia: quia illud sacramentum
nunquam nisi a ministris Ecclesiae perfici potest; et ideo semper aliquis
celebrans illud sacramentum, ministrum Ecclesiae se exhibet. |
2. Il en va autrement de l’eucharistie, car ce
sacrement ne peut être accompli que par des ministres de
l’Église. C’est pourquoi celui qui célèbre
ce sacrement se présente toujours comme ministre de
l’Église. |
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[14334] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis ex officio competat sibi quod baptizet, tamen
officium suum debet juste exercere, sicut dicitur Deut. 16, 20: juste quod
justum est exequeris. |
3. Bien qu’il relève de lui de baptiser en
vertu de sa fonction, il doit cependant exercer sa fonction de manière
juste, comme il est dit dans Dt 16, 20 : Tu accompliras
avec justice ce qui est juste. |
|
[14335] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 4 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod ipse non est perplexus: quia potest conteri de
peccato, et tunc baptizare et conficere. |
4. Il n’est pas perplexe, car il peut se repentir
de son péché, et alors baptiser et accomplir
[l’eucharistie]. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[14336] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 2 qc. 5 co. Ad quintam
quaestionem dicendum, quod malus minister aut est praecisus ab Ecclesia aut
non. Si sit praecisus ab Ecclesia, tunc peccat ab eo recipiens sacramentum,
nisi in necessitate in qua posset etiam a Pagano vel a Judaeo suscipere. Si
autem non sit praecisus ab Ecclesia, non peccat ab eo accipiens sacramentum,
nisi per accidens scilicet si ejus peccato communicet. |
Le mauvais ministre est écarté par l’Église ou il ne l’est pas. S’il est écarté par l’Église, alors celui qui reçoit de lui le sacrement pèche, à moins d’un cas de nécessaité où il pourrait le recevoir d’un païen ou d’un Juif. S’il n’est pas écarté de l’Église, il ne pèche pas en recevant de lui le sacrement, si ce n’est pas accident, à savoir, en participant à son péché. |
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[14337] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 5 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod dato quod malus sacerdos peccet baptizando, non
tamen oportet quod ille qui ab eo Baptismum recipit vel exigit, etiam excepto
casu necessitatis, peccet propter duas rationes. Primo quia isti non potest
esse certum quod ille sit in peccato mortali, cum in uno instanti spiritus
operetur justificationem impii. Secundo, quia iste petit quod justum est quia
a suo sacerdote debet sacramenta percipere. Nec propter hoc cogit vel inducit
eum ad peccandum: quia ille potest reddere quod debet non peccando. |
1. À supposer que le mauvais prêtre pèche en baptisant, il n’est cependant pas nécessaire que celui qui reçoit ou exige de lui le sacrement pèche, et cela pour deux raisons. Premièrement, parce qu’il ne peut pas être certain que [le prêtre] soit en état de péché mortel, puisque l’Esprit réalise en un seul instant la justification de l’impie. Deuxièmement, parce qu’il demande ce qui est juste, car il doit recevoir de son prêtre les sacrements. Et il ne le force pas ni ne l’induit à pécher pour autant, car il peut rendre ce qu’il doit sans pécher. |
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[14338] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 2 qc. 5 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod aut ille qui est baptizandus, est adultus, aut non.
Si est adultus, sufficit ei petere Baptismum ad salutem, quia baptizatur
Baptismo flaminis; nec debet propter hoc simoniam committere. Si autem sit
puer qui est baptizandus, tunc potius debet ipsemet puerum baptizare, quam
pretium sacerdoti pro Baptismo simoniace dare. Et tamen licitum est ei aquam
emere, si alias habere non posset, quia aqua non est sacrum quid: et si sit
sanctificata non operatur ad Baptismum de necessitate ejus existens quasi
sanctificata, sed quasi aqua; et ideo non emit aquam sanctificatam, sed
aquam. Quidam vero dicunt, quod potest pretium dare: quia hoc non est
simoniam committere, sed redimere vexationem suam. Sed primum melius videtur. |
2. Celui qui doit être baptisé est adulte ou
il ne l’est pas. S’il est adulte, il lui suffit pour son salut de
demander le baptême, parce qu’il est baptisé d’un
baptême d’eau, et il ne commet pas nécessairement la
simonie à cause de cela. Mais si c’est un enfant qui doit
être baptisé, alors il doit lui-même baptiser
l’enfant, plutôt que de donner de l’argent au prêtre
par simonie pour le baptême. Toutefois, il lui est permis
d’acheter de l’eau, s’il ne peut en avoir autrement, car
l’eau n’est pas quelque chose de sacré. Et si elle est
sanctifiée, elle n’agit pas en vue du baptême par une
nécessité qui lui viendrait du fait qu’elle est
sanctifiée, mais en tant qu’eau. C’est pourquoi il
n’achète pas de l’eau sanctifiée, mais de
l’eau. Mais certains disent qu’il peut donner de l’argent
[pour être baptisé], car cela n’est pas commettre la
simonie, mais racheter son outrage. Mais la première opinion est
meilleure. |
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Articulus 3 [14339] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 3 tit. Utrum Daemon
in figura hominis apparens possit baptizare |
Article
3 – Est-ce que le démon peut baptiser sous l’apparence
d’un homme ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le démon peut-il baptiser sous une apparence
humaine ?]
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[14340] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod Daemon in
figura hominis apparens possit baptizare. Dicit enim Augustinus super Joan.,
quod talis est Baptismus, qualis ille in cujus potestate datur. Si ergo
Diabolus baptizet invocando potestatem Trinitatis, bonus est Baptismus. |
1. Il semble que le démon, se présentant sous une apparence humaine, puisse baptiser. En effet, Augustin dit, en commentant Jean, que le baptême est tel que celui en vertu duquel il est donné. Si donc le Diable baptise en invoquant le pouvoir de la Trinité, le baptême est bon. |
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[14341]
Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in
baptizante non requiritur assimilatio ad Deum per gratiam, quia etiam mali
possunt baptizare; nec etiam assimilatio per characterem, quia etiam Pagani
baptizare possunt. Ergo sufficit assimilatio per naturam. Sed hoc est in Daemonibus. Ergo
possunt baptizare. |
2. L’assimilation à Dieu par la grâce
n’est pas requise de la part de celui qui baptise, car même les
méchants peuvent baptiser. Ni non plus l’assimilation par le
caractère, car même les païens peuvent baptiser.
L’assimilation par la nature suffit donc. Or, cela se trouve chez les
démons. Ils peuvent donc baptiser. |
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[14342] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 3 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra, ministri Baptismi ad Christum est aliqua conventio. Sed nulla est
conventio Christi ad Diabolum, ut patet 2 Corinth., 6. Ergo Diabolus non
potest conferre sacramentum Baptismi. |
S.c. 1 – En sens inverse, il existe un pacte avec
le Christ de la part du ministre du baptême. Or, il n’existe
aucun pacte entre le Christ et le Diable, comme cela ressort de
2 Co 6. Le Diable ne peut donc pas conférer le sacrement du
baptême. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Un ange bon peut-il baptiser sous une apparence humaine ?] |
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[14343] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod bonus Angelus in figura hominis apparens, baptizare possit. Baptismus enim est actio hierarchica: quia est illuminatio et purgatio, secundum Dionysium. Sed Angeli exercent in nos hierarchicas actiones: quia purgant nos perficiunt, et illuminant. Ergo possunt baptizare. |
1. Il semble qu’un ange bon, se présentant
sous l’apparence d’un homme, puisse baptiser. En effet, le
baptême est une action hiérarchique, car il est une illumination
et une purification, selon Denys. Or, les anges exercent sur nous des actions
hiérarchiques, puisqu’ils nous purifient, nous perfectionnent et
nous illuminent. Ils peuvent donc baptiser. |
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[14344] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
in actionibus hierarchicis ita est quod quamcumque actionem potest facere
inferior, potest facere superior: sicut quidquid potest diaconus, potest
sacerdos. Sed, secundum Dionysium, quilibet Angelus est major summo sacerdote
apud nos, qui ex eorum potestatis participatione Angelus dicitur, Malach. 2.
Si ergo sacerdos homo potest baptizare multo fortius Angelus. |
2. Dans les actions hiérarchiques, toute action qu’un inférieur peut accomplir peut l’être par un supérieur, de même que tout ce que peut un diacre, le prêtre le peut. Or, selon Denys, tous les anges sont plus grands que le plus grand prêtre parmi nous, qui est appelé un ange en raison de sa participation à leur pouvoir, Ml 2. Si donc un prêtre humain peut baptiser, à bien plus forte raison un ange le peut-il. |
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[14345] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra, Baptismus est actio militantis Ecclesiae. Sed Angeli non sunt neque
actu neque potentia de Ecclesia militante. Ergo baptizare non possunt. |
S.c. 1 – En sens
inverse, le baptême est une action de l’Église militante.
Or, les anges ne font partie de l’Église militante ni en
puissance ni en acte. Ils ne peuvent donc pas baptiser. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14346] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
Diabolus in figura sacerdotis apparens potest immergere, sed non sacramentum
conferre, propter duas rationes. Primo, quia
dispensatio sacramentorum non est concessa nisi hominibus, qui conveniunt cum
verbo incarnato, a quo sacramenta fluxerunt in natura assumpta; et etiam cum
sacramentis, in quibus est spiritualis virtus in corporeis elementis, sicut
et homines ex natura spirituali et corporali compositi sunt. Secundo si
baptizare se fingeret, semper esset timendum quod non faceret intentione
baptizandi, quae ad sacramentum exigitur, sed intentione decipiendi: quia non
esset probabile quod tantum bonum homini procuraret, sicut est spiritualis regeneratio. |
Le Diable sous l’apparence d’un prêtre peut immerger, mais non conférer le sacrement, pour deux raisons. Premièrement, parce que la dispensation des sacrements n’a été confiée qu’aux hommes, qui ont quelque chose en commun avec le Verbe incarné, de qui les sacrements se sont écoulés dans la nature qu’il a assumée. Ils ont aussi quelque chose en commun avec les sacrements, dans lesquels existe une puissance spirituelle à l’intérieur d’éléments corporels, comme les hommes sont composés d’une nature spirituelle et corporelle. Deuxièmement, si le Diable feignait de baptiser, il faudrait toujours craindre qu’il ne le ferait pas avec l’intention de baptiser, mais avec l’intention de tromper, car il ne serait pas probable qu’il procurerait à l’homme le bien si grand qu’est la régénération spirituelle. |
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[14347] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod ubi datur Baptismus, talis est qualis ille in
cujus potestate datur. Sed Diabolus nullo modo dare potest. |
1. Là où le baptême est donné,
il ressemble à celui en vertu de qui il est donné. Mais le
Diable ne peut d’aucune manière le donner. |
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[14348] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod homo peccator habet similitudinem cum Deo non solum quantum ad naturam
divinam per imaginem, sed etiam quantum ad naturam assumptam; et iterum in
malis hominibus possibile est esse similitudinem per gratiam, non autem in
Daemonibus. Et praeterea quod omnibus
hominibus concessa est baptizandi potestas, hoc est propter necessitatem
sacramenti, ut omnibus possit de facili adesse baptizans. Sed Diaboli
conversatio non est cum hominibus; unde non juvaret ad necessitatem
sacramenti, si sibi potestas illa concederetur. |
2. L’homme pécheur a une ressemblance avec
Dieu, non seulement pour ce qui est de la nature divine en vertu de
l’image, mais aussi pour ce qui est de la nature assumée. De
plus, chez les hommes mauvais, il est possible qu’il y ait une
ressemblance par la grâce, mais non chez les démons. Au surplus,
que le pouvoir de baptiser ait été confié aux hommes,
cela relève du fait que le baptême est nécessaire, afin
que celui qui baptise puisse être facilement présent pour tous.
Mais le Diable ne vit pas parmi les hommes. Aussi n’apporterait-il rien
au fait que le baptême est nécessaire, si ce pouvoir lui avait
été confié. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14349] Super Sent., lib. 4 d. 5
q. 2 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum quod Angelis bonis non est collata potestas baptizandi,
propter duas rationes. Primo, quia non habent praedictam convenientiam cum
sacramento, et cum Christo, qui est auctor sacramenti. Secundo, quia ad
necessitatem Baptismi non valeret potestas eis concessa, cum non sint in
promptu hominibus, ut per eos baptizentur. Sed sicut Deus potentiam suam
sacramentis non alligavit, ita nec potestatem consecrandi sacramenta
alligavit aliquibus ministris; unde qui dedit hanc potestatem hominibus,
posset dare et Angelis. Nec Angelus bonus baptizaret nisi divinitus potestate
sibi concessa; unde si baptizaret, non esset rebaptizandus, dummodo constaret
quod bonus Angelus esset; sicut et judicatum est, templum quod per Angelos
consecratum est, non oportere per hominem consecrari, ut legitur in historia
dedicationis sancti Michaelis. |
Le pouvoir de baptiser n’a pas été donné aux anges bons pour deux raisons. Premièrement, parce qu’ils n’ont pas de similitude avec les sacrements et le Christ, qui est l’auteur du sacrement. Deuxièmement, parce que le pouvoir qui leur aurait été confié n’apporterait rien puisqu’ils ne sont pas facilement accessibles aux hommes pour que ceux-ci soient baptisés par eux. Mais, de même que Dieu n’a pas lié sa puissance aux sacrements, de même n’a-t-il pas lié le pouvoir de consacrer les sacrements à certains ministres. Celui qui a donné ce pouvoir aux hommes pourrait donc le donner aussi aux anges. Et l’ange bon ne baptiserait qu’en vertu du pouvoir qui lui aurait été confié. S’il baptisait, il ne serait donc pas nécessaire de rebaptiser, pourvu qu’il soit clair qu’il s’agissait d’un ange bon, comme on a jugé qu’un temple consacré par les anges ne devait pas être consacré par l’homme, ainsi qu’on le lit dans l’histoire de la dédicace de Saint-Michel. |
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[14350] Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 3
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Angeli actiones hierarchicas eis proportionaliter exequuntur, scilicet
invisibiliter: non autem eis est proportionale ut per corporalia hierarchicas
actiones perficiant. |
1. Les anges exécutent les actions
hiérarchiques qui leur sont proportionnées, à savoir, de
manière invisible. Mais il ne leur est pas proportionné
d’accomplir des actions hiérarchiques par
l’intermédiaire de choses corporelles. |
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[14351] Super Sent., lib.
4 d. 5 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod non oportet quod superior potestas eodem modo
operetur quo inferior, sed modo altiori; et ideo non oportet si homines
sacerdotes per sacramentalia symbola actiones hierarchicas exequuntur, quod
hoc Angeli possint facere, sed moto altiori. |
2. Il n’est pas nécessaire qu’un
pouvoir supérieur agisse de la même manière qu’un
pouvoir inférieur, mais [il peut agir] d’une manière plus
élevée. C’est pourquoi il n’est pas
nécessaire, si les prêtres humains accomplissent des actions
hiérarchiques par l’intermédiaire de symboles sacramentels,
que les anges puissent le faire, mais qu’ils [puissent le faire]
d’une manière plus élevée. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 5 |
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[14352]
Super Sent., lib. 4 d. 5 q. 2 a. 3 qc. 2 expos. Quid noverat Joannes Baptista ? Dominum. Sciendum est, quod Joannes antequam intraret eremum,
Christum cognovit personaliter ex conversatione, cum fuerit ejus cognatus per
carnem et scivit etiam dignitatem ejus ex prophetica revelatione sed propter
longam moram amiserat vultus ejus imaginationem; unde personaliter eum non
cognoscebat. Et ideo Christo veniente ad Baptismum, tria didicit, secundum
diversos sanctos: quia, secundum Chrysostomum, didicit quod iste in persona
erat ille quem praedicaverat venturum: secundum Augustinum, didicit quod haberet
potestatem excellentiae quam sibi retineret, tamen posset eam servis largiri
quod tamen in generali prius sciverat, sed tunc in speciali de hac persona
cognovit; sed secundum Hieronymum didicit, quod per Baptismum Christi non
solum gratia conferretur mundans a culpa, sed etiam ab omni poena absolvens,
quod habet ab ejus passione. Tot essent Baptismi quot servi. Hoc non
videtur esse inconveniens; quia per hoc non differrent Baptismi secundum
speciem, cum haberent unam formam et unum effectum, sed differrent tantum
secundum materiam, sicut et nunc differunt. Et dicendum, quod differrent
secundum virtutem, et secundum invocationem; et sic esset occasio schismatis
in Ecclesia, ut unus diceret: ego sum Pauli, alius, ego sum Petri. |
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Distinctio VI |
Distinction 6 – [Ce qui convient au baptême]
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Quaestio 1 |
Question 1 – [Ce qui convient au baptême du point de vue de celui qui baptise] |
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Prooemium |
Prologue
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[14353]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 pr. Superius
determinavit Magister, qui possunt baptizare; hic intendit, determinare qui
et qualiter congrue baptizent; et dividitur in partes tres: in prima ostendit
qualiter congrue fiat Baptismus ex parte baptizantis; in secunda qualiter
congrue fiat ex parte baptizandi; utrum scilicet aliquis sit rebaptizandus, vel
non, ibi: de illis vero qui ab haereticis baptizantur, utrum rebaptizandi
sint quaeri solet; in tertia qualiter congrue fiat quantum ad ritum
Baptismi, ibi: cognoscendum est etiam, in baptizandis electis duo tempora
esse servanda; secunda pars dividitur in tres: in prima ostendit utrum
aliquis sit rebaptizandus propter defectum baptizantis; in secunda, utrum sit
rebaptizandus propter defectum baptizati, ibi: illud etiam ignorandum non
est, quod in materno utero nullus baptizari potest; in tertia, utrum sit
rebaptizandus propter defectum eorum quae pertinent ab Baptismum, ibi: quaeri
autem solet, si corrupte proferantur verba illa, an Baptismus sit. Prima
dividitur in tres: in prima ostendit quod baptizati ab haereticis non sunt
rebaptizandi; in secunda excludit opinionem contrariam, ibi: sunt tamen
nonnulli doctorum (...) qui dicere videntur, ab haereticis non posse tradi
Baptismum; in tertia removet quamdam objectionem, quae rebaptizantibus
patrocinari videtur, ibi: hoc etiam sciendum est et cetera. Illud
autem ignorandum non est et cetera. Hic inquirit, utrum sit aliquis
rebaptizandus propter defectum nativitatis ex utero; et circa hoc duo facit:
primo ostendit quod illi qui nondum nati sunt, in maternis uteris existentes,
non susceperunt Baptismum baptizatis matribus; unde baptizandi sunt; secundo
objicit in contrarium, et solvit, ibi: si vero opponitur de Hieremia, et
Joanne (...) dicimus et cetera. Quaeri autem solet, si corrupte
proferantur verba illa, an Baptismus sit. Hic inquirit, utrum sint aliqui
rebaptizandi propter defectum eorum quae ad Baptismum requiruntur: et primo
utrum propter corruptionem formae; secundo utrum propter incertitudinem
baptismalis ablutionis, ibi: praeterea sciendum est, quod illi de quibus
nulla extant indicia inter propinquos vel domesticos vel vicinos, a quibus
baptizati fuisse doceantur, agendum est ut renascantur, ne pereant;
tertio utrum propter defectum intentionis, ibi: solet etiam quaeri de illo
qui jocans, sicut mimus, commemoratione tamen Trinitatis immergitur. Cognoscendum
est etiam, in baptizandis electis duo tempora esse servanda. Hic ostendit
qualiter Baptismus congrue fiat ex parte ritus, et circa hoc tria facit:
primo ostendit quod tempus sit deputatum ad solemnem Baptismi celebrationem;
secundo determinat de professione quae praecedit Baptismum, ibi: porro
cuncti ad Baptismum venientes fidem suam profiteri debent; tertio
determinat de catechismo et exorcismo, in quibus hujusmodi professio fit,
ibi: illa autem interrogatio et responsio fidei fit in catechismo. Circa
secundum duo facit: primo ostendit propositum; secundo movet duas
quaestiones; primam ibi: si vero quaeritur ex quo sensu pro parvulo
dicatur, credo, vel fidem peto; dicimus de sacramento fidei id esse
intelligendum; secundum ibi: sed adhuc quaeritur, ex quo sensu pro
parvulo respondeatur, credo in Deum patrem et cetera. Hic est duplex
quaestio. Prima de his quae requiruntur ad Baptismum ex parte baptizantis et
baptizati. Secunda
de ritu Baptismi. Circa primum quaeruntur tria: 1 utrum requiratur in baptizando
nativitas ex utero; 2 utrum requiratur in utroque intentio et voluntas; 3
utrum requiratur fides. |
Plus haut, le Maître a déterminé
à propos de ceux qui peuvent baptiser. Ici, il entend
déterminer à propos de ceux qui peuvent baptiser et de leurs qualités.
Il y a trois parties. Dans la première, il montre comment le
baptême est donné de manière convenable de la part de
celui qui baptise. Dans la deuxième, comment il peut être
accompli de manière convenable de la part de celui qui doit être
baptisé, à savoir, quelqu’un doit-il être
rebaptisé ou non, à cet endroit : «À propos
de ceux qui sont baptisés par des hérétiques, on a
coutume de se demaner s’ils doivent être rebaptisés.»
Dans la troisième, comment le baptême est-il accompli pour ce
qui est du rite du baptême, en cet endroit : «Il faut aussi
savoir que, pour ceux qu’on a choisi de baptiser, deux moments doivent
être observés.» La deuxième partie se divise en
trois. Dans la première, il se demande si quelqu’un doit
être rebaptisé en raison d’une carence de celui qui
baptise. Dans la deuxième, s’il doit être rebaptisé
en raison d’une carence de celui qui est baptisé, en cet
endroit : «Il ne faut pas non plus ignorer que personne ne doit
pas être baptisé dans le sein de sa mère.» Dans la
troisième, s’il doit être rebaptisé en raison
d’une carence de ce qui se rapporte au baptême, en cet
endroit : «On a coutume de se demander s’il y a
baptême lorsque ces paroles sont prononcées de manière
déficiente.» La première partie est divisée en
trois. Dans la première partie, il montre que ceux qui ont
été baptisés par des hérétiques ne doivent
pas être rebaptisés. Dans la deuxième, il écarte
l’opinion contraire, à cet endroit : «Il y a certains
docteurs… qui semblent dire que le baptême ne peut pas être
donné par des hérétiques.» Dans la
troisième, il écarte une objection qui semble être en
faveur de ceux qui rebaptisent, à cet endroit : «Il faut
aussi savoir, etc. Il ne faut pas ignorer, etc.» Ici, il se demande si
quelqu’un doit être rebaptisé en raison d’une carence
de sa sortie du sein. À ce propos, il fait deux choses.
Premièrement, il montre que ceux qui ne sont encore nés et se
trouvent dans le sein maternel n’ont pas reçu le baptême
alors que leur mère était baptisée ; il faut donc
les baptiser. Deuxièmement, il soulève une objection en sens
contraire et la résout, à cet endroit : «Mais si
l’on fait objection en rappelant Jérémie et Jean…,
nous disons, etc.» «On a coutume de se demander s’il y a
baptême lorsque ces paroles sont prononcées de manière
déficiente.» Ici, il se demande s’il faut en rebaptiser
certains en raison d’une carence de ce qui est nécessaire au
baptême. Premièrement, en raison d’une carence de la
forme. Deuxièmement, en raison de l’incertitude de
l’ablution baptismale, à cet endroit : «De plus, il
faut savoir que dans le cas de ceux pour lesquels il n’existe aucune
indication de la part des proches, des domestiques ou des voisins, montrant
par qui ils ont été baptisés, il faut faire en sorte
qu’ils renaissent pour ne pas périr.» Troisièmement,
en raison d’une carence de l’intention, en cet endroit :
«On a aussi coutume de se poser des questions à propos de celui
qui, en jouant, comme un mime, est cependant immergé pour
commémorer la Trinité.» «Il faut aussi savoir que,
pour ceux qu’on a choisi de baptiser, deux moments doivent être
observés.» Ici, il montre comment le baptême est
convenablement donné pour ce qui est du rite, et, à ce sujet,
il fait trois choses. Premièrement, il montre qu’un moment a
été établi pour la célébration solennelle
du baptême, à cet endroit : Deuxièmement, il
détermine à propos de la profession qui précède
le baptême, à cet endroit : «Ensuite, tous ceux qui
s’approchent du baptême doivent confesser leur foi.»
Troisièmement, il détermine à propos du
catéchisme et de l’exorcisme, où cette profession est
faite, en cet endroit : «Ces interrogations et ces réponses
sont faites pendant le catéchisme.» À propos du
deuxième point, il fait deux choses. Premièrement, il montre
son intention ; deuxièmement, il soulève deux questions.
La première, à cet endroit : «Si l’on se
demande en quel sens “Je crois” ou “Je demande la
foi” est dit pour un enfant, nous disons que cela doit s’entendre
du sacrement de la foi.» La seconde, à cet endroit :
«Mais on se demande aussi en quel sens on répond pour un
enfant : “Je crois en Dieu le Père”, etc.» Ici,
il y a une double question. La première porte sur ce qui est requis
pour le baptême de la part de celui qui baptise et de celui qui est baptisé.
La seconde, à propos du rite du baptême. À propos de la
première, trois questions sont posées : 1 – Est-ce
qu’il est requis pour baptiser que [l’enfant] soit sorti du sein
? 2 – Est-ce que sont requises l’intention et la volonté ?
3 – Est-ce que la foi est requise ? |
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Articulus 1 [14354] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 tit. Utrum nativitas ex utero in baptizando sit expectanda |
Article
1 – Est-ce qu’il faut attendre la sortie du sein pour baptiser ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Faut-il attendre la sortie du sein pour baptiser
?]
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[14355] Super Sent.,
lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod nativitas ex utero non sit expectanda. Nulli
enim statui hominis praecluditur via salutis ab eo qui vult omnes homines
salvos fieri. Sed existentes in maternis uteris homines sunt, cum sint
jam animam rationalem sortiti, et sunt in periculo damnationis propter
peccatum originale contractum, et facilitatem corruptionis. Ergo cum eis non possit
remedium adhiberi perveniendi ad vitam nisi per Baptismum, videtur quod
debeant baptizari. |
1. Il semble qu’il ne faille pas attendre la sortie du sein. En effet, le chemin du salut n’est fermé à aucun état humain par celui qui veut que tous les hommes soient sauvés. Or, ceux qui se trouvent dans le sein maternel sont des hommes, puisqu’ils ont déjà une âme raisonnable, qu’ils sont en danger de damnation à cause du péché originel contracté et par la facilité avec laquelle ils peuvent être détruits. Puisqu’on ne peut leur donner un autre remède que le baptême pour parvenir à la vie, il semble donc qu’ils doivent être baptisés. |
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[14356] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
puer in materno utero existens est quasi quaedam pars matris, sicut fructus
pendens in arbore, pars arboris. Ergo baptizata matre, baptizatur puer in
ventre ejus existens. |
2. L’enfant qui se trouve dans le sein maternel est
comme une partie de sa mère, comme le fruit qui pend de l’arbre
est une partie de l’arbre. Lorsque la mère est baptisée,
l’enfant qui se trouve dans son ventre est donc baptisé. |
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[14357] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
contingit quandoque quod aliqua pars prius egreditur, sicut legitur, Gen. 25,
de Esau, quod exivit primo manus; et tamen timetur de periculo mortis. Ergo
videtur quod saltem in tali casu non sit expectanda nativitas ex utero sed
pars egressa aspergenda baptismali aqua. |
3. Il arrive parfois qu’un membre sorte en premier,
comme on lit dans Gn 25, à propos d’Ésaü,
qu’il sortit d’abord une main ; cependant, on peut craindre
un danger de mort. Il semble donc qu’au moins dans ce cas il ne faille
pas attendre la sortie du sein, mais que le membre qui est sorti doive
être aspergé d’eau baptismale. |
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[14358] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 4 Praeterea,
mors aeterna pejor est quam mors corporalis in infinitum. Sed de duobus malis
eligendum est minus malum. Ergo debet mater scindi, et extrahi puer, ut
baptizatus a morte aeterna liberetur et non expectari nativitas ex utero. |
4. La mort éternelle est infiniment pire que la
mort corporelle. Or, entre deux maux, il faut choisir le moindre. La
mère doit donc être incisée et l’enfant sorti, afin
que, baptisé, il soit libéré de la mort
éternelle, sans attendre la sortie du sein. |
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[14359] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, 1 Corinth. 15, 46: non prius quod spirituale est, sed quod
animale, deinde quod spirituale. Sed Baptismus est quaedam regeneratio
spiritualis. Ergo prius homo animali, et carnali nativitate nasci debet quam
baptizetur. |
S.c. 1 – En sens contraire, on lit en 1 Co 15, 46 :
Non pas d’abord ce qui est spirituel, mais ce qui est animal, et
ensuite, ce qui est spirituel. Or, le baptême est une
régénération spirituelle. L’homme doit donc
d’abord naître d’une naissance animale et charnelle avant
d’être baptisé. |
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[14360] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 1 S.c. 2 Praeterea,
sacramentum est actio militantis Ecclesiae. Sed quamdiu puer est in ventre
matris, nondum connumeratur aliis membris Ecclesiae. Ergo non potest sibi
Baptismus exhiberi. |
S.c. 2 – Le sacrement est une action de
l’Église militante. Or, aussi longtemps qu’un enfant est
dans le ventre de sa mère, il n’est pas compté parmi les
autres membres de l’Église. On ne peut donc pas lui donner le
baptême. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Quelqu’un peut-il être sanctifié dans le sein maternel par le don de la grâce ?] |
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[14361]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nullus etiam in materno utero
possit sanctificari per gratiae gratum facientis donum. Quia, ut Isidorus
dicit, regeneratio in eo dici non potest in quem generatio non praecessit.
Sed per gratiam gratum facientem fit homo filius Dei, et ita regeneratur. Ergo non potest homo sanctificari antequam nascatur ex
utero. |
1.
Il semble que personne ne puisse être sanctifié dans le sein
maternel par le don de la grâce sanctifiante [per gratiae gratum
facientis donum ; comp. qa 3, arg. 3 : gratia sanctificationis]. En
effet, comme le dit Isidore, on ne peut parler de
régénération pour celui dont la génération
n’a pas précédé. Or, par la grâce
sanctifiante, l’homme devient fils de Dieu et est ainsi
régénéré. L’homme ne peut donc être
sanctifié avant d’être sorti du sein. |
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[14362] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1
qc. 2 arg. 2 Praeterea, sicut peccatum
actuale contrahitur ex actu, ita originale contrahitur ex origine. Sed
peccatum actuale non potest remitti quamdiu homo est in actu peccandi. Ergo
nec peccatum originale potest remitti puero in materno utero existenti, qui
adhuc est actualiter in origine existens. |
2. De même que le péché actuel est contracté par un acte, de même le péché originel est-il contracté par l’origine. Or, le péché actuel ne peut être remis aussi longtemps que l’homme est en acte de pécher. Le péché originel ne peut donc non plus être remis à l’enfant qui se trouve dans le sein de sa mère, alors qu’il se trouve actuellement dans l’état originel. |
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[14363] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
ubi est majus periculum, ibi magis divina misericordia subvenit. Sed illi qui
morituri sunt antequam ex utero nascantur, sunt in majori periculo quam
Joannes Baptista et Hieremias, qui ex utero postmodum nati sunt. Si ergo non
dicimus pueros dictos sanctificari in utero, ne praeveniantur morte, videtur
quod multo fortius nec Joannes nec Hieremias sanctificati fuerunt. |
3. Là où où le danger est plus
grand, la miséricorde divine vient davantage au secours. Or, ceux qui
doivent mourir avant d’être sortis du sein sont dans un plus
grand danger que Jean-Baptiste et Jérémie, qui sont sortis du
sein par la suite. Si donc nous ne disons pas que les enfants en question
sont sanctifiés dans le sein, de crainte qu’ils ne soient
devancés par la mort, il semble à bien plus forte raison que ni
Jean ni Jérémie n’ont été
sanctifiés. |
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[14364] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra est quod dicitur Hierem. 1, 5: antequam exires de vulva
sanctificavi te; et Luc. 1, 16, dicitur de Joanne: et spiritu sancto
replebitur adhuc ex utero matris suae. Ergo aliqui in utero sanctificantur. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit dans
Jr 1, 5 : Avant que tu ne sortes du sein, je t’ai
sanctifié, etc. Lc 1, 16 : Et il sera rempli de
l’Esprit Saint dans le sein de sa mère. Certains sont donc
sanctifiés dans le sein. |
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[14365] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 2 S.c. 2 Praeterea, de nullo celebrat
Ecclesia festum, nisi de sancto aliquo. Sed celebrat nativitatem Joannis.
Ergo tunc nascens sanctus erat; ergo in utero sanctificatus fuit. |
S.c. 2 – L’Église ne
célèbre de fête que pour un saint. Or, elle
célèbre la naissance de Jean. Il était donc saint
dès sa naissance. Il a donc été sanctifié dans le
sein. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Ceux qui sont sanctifiés dans le sein doivent-ils être baptisés ?] |
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[14366] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in utero sanctificati non sunt baptizandi. In sanctificatione enim in utero datur major gratia quam in Baptismo: quia sanctificationis gratia dicitur esse confirmans saltem contra mortale peccatum. Sed injuriam faceret Baptismo qui baptizatum iterum baptizaret. Ergo injuriam facit sanctificationi in utero qui sanctificatum iterum baptizando sanctificaret. |
1.
Il semble que ceux qui sont sanctifiés dans le sein ne doivent pas
être baptisés. En effet, par la sanctification dans le sein, une
plus grande gloire est donnée que par le baptême, car on dit que
la grâce de la sanctification affermit au moins contre le
péché mortel. Or, on ferait injure au baptême en
baptisant celui qui a déjà été baptisé. Il
fait donc injure à la sanctification dans le sein celui qui
sanctifierait de nouveau celui qui a été sanctifié en
[le] baptisant. |
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[14367] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, natura non
facit per plura quod per unum potest facere. Sed operatio gratiae est
ordinatior quam natura. Cum ergo ad salutem sufficiat gratia
sanctificationis, videtur quod frustra Baptismus addatur. |
2. La nature ne
réalise pas par plusieurs ce qu’elle peut réaliser par un
seul. Or, l’action de la grâce est plus ordonnée que la
nature. Puisque la grâce de la sanctification suffit au salut, il
semble donc le baptême est ajouté pour rien. |
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[14368] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, divina
operatio non est minus efficax in sanatione spirituali quam corporali. Sed in
illis quos curavit corporaliter, non oportebat aliquem medicum ab homine
superaddi. Ergo et in illis quos curat per gratiam sanctificationis interius
non sunt adhibenda sacramentorum medicamenta. |
3. L’action
divine n’est pas moins efficace pour la guérison spirituelle que
pour la guérison corporelle. Or, chez ceux qu’elle a
guéris corporellement, il n’est pas nécessaire
qu’un médecin soit ajouté par l’homme. Les
remèdes des sacrements ne doivent donc pas être donnés
à ceux que [l’action divine] guérit intérieurement
par la grâce de la sanctification. |
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[14369] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 3 S.c. 1 Sed contra, Baptismus
circumcisioni successit. Sed Joannes sanctificatus in utero, octavo die
legitur circumcisus, Luc. 1. Ergo et
sanctificatus in utero esset baptizandus. |
S.c. 1 – En sens
contraire, le baptême a succédé à la circoncision.
Or, on lit de Jean, qui a été sanctifié dans le sein,
qu’il a été circoncis le huitième jour, Lc 1.
Celui qui a été sanctifié dans le sein devrait donc
être baptisé. |
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[14370] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 3 S.c. 2 Praeterea,
sanctificatio in utero est Baptismus flaminis. Sed adulti baptizati per
contritionem Baptismo flaminis, sunt baptizandi Baptismo fluminis. Ergo et
similiter sanctificati in utero. |
S.c. 2 – La
sanctification dans le sein est le baptême de feu. Or, les adultes
baptisés du baptême de feu par la contrition doivent être
baptisés du baptême d’eau. Il en va donc de même
pour ceux qui sont sanctifiés dans le sein. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14371] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
Baptismus est actio hierarchica secundum Dionysium; unde per ministros
Ecclesiae conferendus est, vel per eos qui in necessitate vicem ministrorum
obtinent. Puer autem quamdiu est in utero
matris existens, non potest subjici operationi ministrorum Ecclesiae nec est
hominibus notus; et ideo tunc baptizari non potest. Quidam autem assignant
alias causas, quae non sunt magni ponderis: quarum una est quod divina
justitia exigit quod peccatum quodlibet non dimittatur sine poena aliqua,
quam puer in Baptismo sentit, quod esse non posset, dum adhuc est in utero
matris. Sed hoc nihil est quia Baptismus, secundum Ambrosium, non requirit
poenam exteriorem. Et praeterea peccato originali non debetur poena
sensibilis inflicta. Alia est quod gratia dat esse ordinatum; et ideo
regeneratio gratiae praesupponit generationem naturae. Alia est quod puer
quamdiu est in materno utero, adhuc conjungitur causae originalis peccati; et
ideo non potest ab eo mundari. Sed hae duae causae repugnant sanctificationi
in utero, sicut et Baptismo. Alia est quod in Baptismo debet esse aqua et
spiritus contra infectionem carnis, et animae per originale; et ideo oportet
praeexistere ad Baptismum nativitatem in utero, qua infunditur anima, et
nativitatem ex utero, qua nascitur corpus. Sed hoc nihil est: quia nativitas
neque est animae neque corporis, sed conjuncti; unde in nativitate in utero
nascitur et corpus et anima. Unde primae rationi standum est. |
Le
baptême est une action hiérarchique selon Denys. Aussi doit-il
être conféré par les ministres de l’Église
ou par ceux qui, en cas de nécessité, jouent le rôle de
ministres. Or, l’enfant, aussi longtemps qu’il se trouve dans le
sein de sa mère, ne peut être soumis à l’action des
ministres de l’Église et il n’est pas non plus connu des
hommes. C’est pourquoi il ne peut être alors baptisé. Mais
certains font valoir d’autres arguments, qui n’ont pas un grand
poids. L’un est que la justice divine exige qu’aucun
péché ne soit remis sans une peine, que l’enfant ressent
dans le baptême, et qui ne pourrait avoir lieu alors qu’il est
dans le sein de sa mère. Mais cela est futile, car le baptême,
selon Ambroise, n’exige pas une peine extérieure. De plus, une
peine sensible n’est pas due pour le péché originel. Un
autre [argument] est que la grâce donne un être
ordonné ; c’est pourquoi la
régénération de la grâce présuppose la
génération de la nature. Un autre, que l’enfant, aussi
longtemps qu’il est dans le sein maternel, est encore lié
à la cause du péché originel. C’est pourquoi il ne
peut en être purifié. Or, ces deux causes s’opposent
à la sanctification dans le sein comme au baptême. Un autre
argument dit que, dans le baptême, il doit y avoir de l’eau et
l’Esprit contre l’infection de la chair et de l’âme
par le péché originel. C’est pourquoi il faut que
préexiste au baptême une naissance dans le sein et une sortie du
sein, par laquelle naît le corps. Mais cela est futile, car la
naissance n’est le fait ni du corps ni de l’âme, mais du
composé. Ainsi, dans la naissance à l’intérieur du
sein, naissent le corps et l’âme. Aussi faut-il s’en tenir
au premier argument. |
|
[14372] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod non est ex defectu divinae misericordiae quod in maternis uteris
existentibus remedium non exhibetur, sed quia non sunt capaces illius
remedii, per quod secundum legem communem participes passionis Christi
efficiantur, a qua est remissio peccatorum: quia non possunt subjici operationi
ministrorum Ecclesiae, per quos talia remedia ministrantur. |
1. Ce n’est pas par manque de miséricorde
divine qu’un remède n’est pas donné à ceux
qui se trouvent dans le sein maternel, mais parce qu’ils ne sont pas
capables de [recevoir] ce remède, par lequel, selon la loi commune,
ils deviennent participants de la passion du Christ par laquelle se
réalise la rémission des péchés. La raison en est
qu’ils ne peuvent être soumis à l’action des ministres
de l’Église, par lesquels de tels remèdes sont administrés. |
|
[14373] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1
qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
puer in materno utero existens, quamvis sit conjunctus matri secundum corpus,
quod ab ipsa traxit tamen est omnino distinctus secundum animam rationalem
quam ab extrinseco habet; et ideo secundum immutationem corporalem matris,
immutatur corporaliter, sed non oportet quod sanctificata matre per
Baptismum, spiritualiter sanctificetur. |
2. L’enfant dans le sein maternel, bien qu’il
soit uni à sa mère par le corps qu’il a reçu
d’elle, en est cependant entièrement distinct selon
l’âme raisonnable qu’il reçoit de
l’extérieur. Aussi, selon le changement corporel de la
mère est-il changé corporellement, mais il n’est pas
nécessairement sanctifié spirituellement parce que sa
mère a été sanctifiée par le baptême. |
|
[14374] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod expectanda est totalis egressio ex utero, nisi
periculum mortis timeatur; tunc autem egressa parte principali scilicet
capite, in quo operationes animae magis manifestantur, ut quidam dicunt,
baptizari debet: secus autem est de aliis partibus, ut de manu et pede,
quamvis non noceat etiam si tunc asperguntur illae partes baptismali aqua,
quia divina misericordia non est arctanda. Si tamen postea plenarie nascatur
non est rebaptizandus, secundum quosdam. Sed nihil periculi accidit, si ad
majorem cautelam baptizetur sub hac forma: si non es baptizatus, ego te
baptizo et cetera. |
3. Il faut attendre une sortie totale du sein, à
moins qu’on ne craigne un danger de mort. Mais, dans ce cas, une fois
sortie le membre principal, à savoir, la tête, dans laquelle se
manifestent surtout les actions de l’âme, elle doit être
baptisée, comme certains le disent. Mais il en va autrement des autres
membres, comme la main et le pied, bien que cela ne nuise pas si ces membres
sont alors aspergés d’eau baptismale, car la miséricorde
divine ne doit pas être limitée. Toutefois, s’il
naît complètement par la suite, [l’enfant] ne doit pas
être rebaptisé selon certains. Mais il n’y a pas de danger
si, par une plus grande précaution, il est baptisé sous cette
forme : «Si tu n’as pas été baptisé, je
te baptise, etc.» |
|
[14375] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod non sunt facienda mala, ut veniant bona, sicut dicitur
Rom. 3; et ideo homo potius debet dimittere perire infantem quam ipse pereat,
homicidii crimen in matre committens. |
4. Il ne faut pas faire le mal pour qu’en sorte le
bien, comme il est dit en Rm 3. Aussi doit-on laisser l’enfant mourir
plutôt que de périr soi-même en commettant le crime
d’homicide sur la mère. |
|
Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14376] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod sicut Deus
non alligavit virtutem suam rebus naturalibus, ut non possit praeter eas
operari cum voluerit quod in miraculosis actibus facit, ita non alligavit
virtutem suam sacramentis, ut non possit sine sacramentorum ministris aliquem
sanctificare; et ideo aliquos praeter legem communem quasi miraculose in maternis
uteris sanctificasse legitur, illos praecipue qui immediatius ordinabantur ad
ejus sanctissimam conceptionem; et ideo mater sanctificata creditur, et
Joannes Baptista, qui ei in utero existenti testimonium perhibuit, et Hieremias,
qui ipsius conceptionem vaticinio expresso praedixit: novum, inquit, faciet
dominus super terram. Mulier circumdabit virum: Hierem. 31, 22; et ideo
etiam in beata virgine fuit amplior sanctificatio, in qua fomes adeo
debilitatus est vel extinctus, ut ad peccatum actuale nunquam inclinaretur;
in aliis autem inclinavit ad veniale, non autem ad mortale; et in Joanne
Baptista etiam fuit expressior quam in Hieremia cujus interior sanctificatio
exultatione quadam in notitiam hominum prodiit, quia dictum est: exultavit
infans in utero ejus, Luc. 1, 41, ut secundum gradum propinquitatis ad
Christum sit gradus sanctificationis. |
De même que Dieu n’a pas lié sa puissance aux choses naturelles, de sorte qu’il ne puisse pas agir au-delà d’elles lorsqu’il le veut, ce qu’il fait dans les actes miraculeux, de même n’a-t-il pas lié sa puissance aux sacrements, de sorte qu’il ne puisse sanctififer quelqu’un sans les ministres des sacrements. C’est pourquoi on lit qu’il en a sanctifié certains dans le sein maternel en dehors de la loi commune et comme par miracle, principalement ceux qui étaient plus immédiatement en rapport avec sa propre conception très sainte. Ainsi croit-on que sa mère a été sanctifiée, Jean le Baptiste, qui lui a rendu témoignage alors qu’il se trouvait dans le sein, et Jérémie, qui a prédit sa conception par une prophétie explicite : Le Seigneur fera du nouveau sur la terre : la femme entourera l’homme, Jr 31, 22. C’est pourquoi une plus grande sanctification a été réalisée chez la bienheureuse Vierge, chez laquelle le désir désordonné a été à ce point affaibli ou éteint qu’elle n’allait jamais être encline au péché actuel. Mais, chez les autres, il inclinait au [péché] véniel, mais non au [péché] mortel. Et chez Jean le Baptiste, elle fut encore plus explicite que chez Jérémie, car sa sanctification intérieure est venue à la connaissance des hommes par une exultation, car il est dit : L’enfant a bondi dans mon sein, Lc 1, 41, de sorte que le degré de la sanctification se conforme au degré de proximité par rapport au Christ. |
|
[14377] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod generatio spiritualis praesupponit naturalem sibi correspondentem; et
ideo generatio spiritualis quae fit per ministerium hominum in Baptismo
praesupponit nativitatem ex utero, qua homo in notitiam et societatem hominum
prodit. Sed regeneratio quae fit divinitus, non praesupponit de necessitate
nisi nativitatem in utero, qua homo a Deo creatus, formatus est. |
1.
La génération spirituelle présuppose la [génération]
naturelle qui lui correspond. C’est pourquoi la
génération spirituelle qui se réalise par le
ministère des hommes dans le baptême présuppose la sortie
du sein, par laquelle un homme parvient à la connaissance et à
la société des hommes. Mais la régénération
qui est réalisée divinement ne présuppose
nécessairement que la naissance dans le sein, par laquelle
l’homme créé par Dieu a pris forme. |
|
[14378] Super
Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod jam formato
puerperio anima rationali infusa, puer non accipit a matre nisi nutrimentum.
Peccatum autem originale non contrahitur per actum nutritivae, sed
generativae; et ideo non est actu in contrahendo originale, nisi in ipsa
infusione animae; et propter hoc nihil prohibet puerum in statu illo post
infusionem a peccato originali mundari. |
2. Une fois réalisé l’enfantement par
l’âme raisonnable infuse, l’enfant ne reçoit de sa
mère que la nourriture. Or, le péché originel
n’est pas contracté par l’acte de la [partie] nutritive, mais
de la [partie] générative. C’est pourquoi le
péché originel n’est contracté en acte que lors de
l’infusion même de l’âme. Pour cette raison, rien
n’empêche qu’un enfant dans cet état soit
purifié du péché originel après l’infusion
[de l’âme]. |
|
[14379] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ea quae fiunt praeter legem communem, non fiunt
principaliter ad subveniendum uni personae, sed ad insinuationem et
commendationem gratiae; et ideo quamvis non fuerit tantum periculum in
sanctificatis in utero, qui prodituri erant, tamen quia eligebantur divinitus
ut gratiae speciales praecones et ministri, ideo tali privilegiata
sanctificatione dotati sunt. |
3. Ce qui est fait hors de la loi commune n’est pas
fait pour aider une seule personne, mais pour suggérer et recommander
la grâce. Bien que n’ait pas existé un si grand danger
pour ceux qui ont été sanctifiés dans le sein et qui
devaient en sortir, cependant, parce qu’ils étaient divinement
choisis pour être les hérauts et les ministres particuliers de
la grâce, ils ont reçu une telle sanctification
privilégiée. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14380] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod sanctificatus
in utero debet baptizari, propter tres rationes. Primo propter acquirendum
characterem, quo annumeretur ad populum Dei, et quasi deputetur ad
percipienda divina sacramenta. Secundo, ut
per Baptismi perceptionem passioni Christi etiam corporaliter conformetur.
Tertio propter bonum obedientiae: quia praeceptum de Baptismo omnibus datum
est, et ab omnibus impleri debet, nisi articulus necessitatis sacramentum
excludat. |
Celui qui a été sanctifié dans le sein doit être baptisé pour trois raisons. Premièrement, pour recevoir le caractère par lequel il est compté comme membre du peuple de Dieu et destiné à recevoir les sacrements divins. Deuxièmement, pour que, par la réception du baptême, il soit rendu conforme à la passion du Christ, même corporellement. Troisièmement, pour le bien de l’obéissance, car le commandement du baptême a été donné pour tous et doit être accompli par tous, à moins qu’un cas de nécessité n’exclue le sacrement. |
|
[14381] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1
qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Baptismus quantum ad aliquid extensive excedit sanctificationem: quia in
Baptismo imprimitur character, et corporaliter homo morti Christi
configuratur: quamvis intensive in sanctificatione amplior gratia fortassis
praebeatur; et ideo non fit injuria sanctificationi, si sanctificatis
Baptismus conferatur. |
1. Le baptême dépasse d’une certaine manière la sanctification en étendue, car le baptême imprime un caractère et l’homme est rendu corporellement conforme à la mort du Christ. En intensité, toutefois, il donne peut-être une plus grande grâce. C’est pourquoi il n’est pas fait de tort à la santification si le baptême est conféré à des personnes sanctifiées. |
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[14382] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod non totum quod facit Baptismus, factum est per
sanctificationem, quia non imprimit characterem; et ideo non frustra
Baptismus additur, in quo etiam sanctificatis gratia augetur. |
2. Tout ce que fait le baptême n’est pas
réalisé par la sanctification, car celle-ci n’imprime pas
de caractère. C’est pourquoi le baptême n’est pas
ajouté pour rien : par lui, la grâce est augmentée
pour ceux qui sont sanctifiés. |
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[14383] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod per medicinam corporalem nihil addi posset ad salutem eorum quos
Christus curaverat; et ideo non est similis ratio. |
3. Rien ne pourrait être ajouté par un
remède corporel à la santé de ceux que le Christ avait
guéris. Le raisonnement n’est donc pas le même. |
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Articulus 2 [14384] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2 tit. Utrum intentio
baptizantis ad Baptismum requiratur |
Article
2 – Est-ce que l’intention de celui qui baptise est requise pour
le baptême ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [L’intention de celui qui baptise est-elle
requise pour le baptêm ?]
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[14385] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod intentio
baptizantis non requiritur ad Baptismum. Intentio enim non requiritur ad opus
nisi in principali agente, qui praestituit finem, et per imperium suum alios
movet ad finem intentum a se. Sed sacerdos
baptizans non est principale agens, sed instrumentale, ut dictum est supra.
Ergo non requiritur ejus intentio ad Baptismum. |
1. Il semble que l’intention de celui qui baptise ne soit pas requise pour le baptême. En effet, l’intention n’est requise pour l’action que chez l’agent principal, qui a établi la fin et, par son commandement, en meut d’autres à la fin qu’il vise. Or, le prêtre qui baptise n’est pas un agent principal mais instrumental, comme on l’a dit plus haut. Son intention n’est donc pas requise pour le baptême. |
|
[14386] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
intentio hominis non est alicui certa nisi sibi. Si ergo requiratur intentio
ad Baptismum, non erit certum de aliquo quod sit baptizatus, nisi apud eum
qui baptizavit; et hoc est inconveniens quod homo sit in tanto dubio salutis. |
2. L’intention d’un homme n’est certaine que pour lui-même. Si donc l’intention est requise pour le baptême, il ne sera certain que quelqu’un est baptisé que pour celui qui l’a baptisé. Or, cela ne convient pas qu’un homme soit dans un grand doute à propos du salut. |
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[14387] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
sicut Augustinus dicit, ebriosus et furiosus baptizare possunt. Sed isti, ut videtur,
non possunt habere intentionem, quia privantur usu rationis. Ergo intentio
non requiritur ad Baptismum. |
3. Comme le dit Augustin, l’homme enivré et
le forcené peuvent baptiser. Or, il semble que ceux-ci ne peuvent en
avoir l’intention, car ils sont privés de l’usage de la
raison. L’intention n’est donc pas requise pour le baptême.
|
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[14388] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 4 Praeterea, intentio
cognitionem requirit. Sed frequenter et de
facili cogitatio ad alia rapitur. Ergo frequenter Baptismus impediretur. |
4. L’intention
exige la connaissance. Or, la pensée est souvent et facilement
détournée. Le baptême serait donc empêché
fréquemment. |
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[14389] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 1 S.c. 1 Sed contra, ea quae
fiunt praeter intentionem, sunt casualia. Sed
hoc sacramentis non competit, cum habeant determinatos effectus, et
determinatas causas. Ergo requiritur intentio in Baptismo, et in aliis
sacramentis. |
S.c. 1 – En sens
contraire, ce qui est accompli sans intention est fortuit. Or, cela ne
convient pas aux sacrements, puisqu’ils ont des effets
déterminés et des causes déterminées.
L’intention est donc nécessaire pour le baptême et pour
les autres sacrements. |
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[14390] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, opera quae
fiunt a voluntate, determinantur et specificantur intentione. Unde Ambrosius
dicit quod affectus tuus operi tuo imponit nomen; et in Glossa, Matth.
12, dicitur: quantum intendis, tantum facis. Sed baptizare est actus
voluntarius. Ergo
requiritur in ipso intentio ex parte baptizantis. |
S.c. 2 – De
plus, les actes qui sont accomplis par la volonté sont
déterminés et spécifiés par l’intention.
Aussi Ambroise dit-il que «ton intention donne son nom à ton
acte». Et, dans la Glose sur Mt 12, il est dit : «Telle
est ton intention, tel est ce que tu fais.» Or, baptiser est un acte
volontaire. L’intention y est donc nécessaire de la part de
celui qui baptise. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Une intention droite est-elle nécessaire au baptême chez celui qui baptise ?] |
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[14391] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod requiratur intentio recta.
Requiritur enim intentio faciendi quod facit Ecclesia. Sed hoc intendere est
rectae intentionis. Ergo ad Baptismum requiritur recta intentio. |
1.
Il semble qu’une intention droite soit nécessaire. En effet,
l’intention de faire de que fait l’Église est
nécessaire. Or, avoir cette intention relève d’une
intention droite. Une intention droite est donc nécessaire au
baptême. |
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[14392]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, in omnibus
ad quae requiritur intentio, ita est quod per pravam intentionem vitiantur.
Sed Baptismus, dummodo detur, non potest esse pravus, ut in praecedenti
distinctione dictum est. Ergo videtur quod prava intentio non possit conferre
Baptismum. |
S.c. 1 – En sens contraire, le baptême n’est pas empêché par la malice de celui qui baptise. Or, une intention perverse se rapporte à la malice de celui qui baptise. Une intention perverse chez d’autres n’empêche donc pas l’effet du baptême. |
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[14393] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra, Baptismus non impeditur ex malitia baptizantis. Sed perversa intentio
pertinet ad malitiam baptizantis. Ergo perversa intentio in aliis non impedit Baptismi
effectum. |
2. Tout ce qui requiert une intention est vicié par une mauvaise intention. Or, le baptême, pourvu qu’il soit donné, ne peut être mauvais, comme on l’a dit dans la distinction précédente. Il semble donc qu’une mauvaise intention ne puisse conférer le baptême. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [L’intention de recevoir le baptême est-elle nécessaire chez le baptisé ?] |
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[14394] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod intentio vel voluntas non
requiratur in baptizato. Baptismus enim contra peccatum originale datur. Sed
peccatum originale praeter voluntatem et intentionem contrahitur. Ergo
intentio et voluntas non requiruntur ad Baptismum in baptizando. |
1. Il semble que l’intention ou la volonté ne soient pas nécessaires chez le baptisé. En effet, le baptême est donné contre le péché originel. Or, le péché originel est contracté sans volonté et sans intention. L’intention et la volonté ne sont donc pas requises pour le baptême chez celui qui doit être baptisé. |
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[14395] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
pueri, dormientes et amentes possunt baptizari, ut supra, dist. 4, quaest. 3,
art. 1, quaestiunc. 2 et 3, dictum est. Sed illi carent intentione Baptismi.
Ergo ad Baptismum non requiritur intentio ex parte baptizandi. |
2. Les enfants, ceux qui dorment et les fous peuvent
être baptisés, comme on l’a dit plus haut, d. 4, q. 3, a.
1, qa 2 et 3. Or, à ceux-ci manque l’intention [de recevoir] le
baptême. L’intention n’est donc pas nécessaire pour
le baptême de la part de celui qui doit être baptisé. |
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[14396] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
unaquaeque res per eadem corrumpitur et fit, contrarie tamen facta, ut
dicitur in 2 Ethic. Si ergo intentione baptizandi fieret Baptismus, tunc
intentione ipsius character baptismalis deleri posset; quod falsum est. |
3. Toute chose est corrompue et est
réalisée par les mêmes choses, mais en sens contraire,
comme il est dit dans Éthique, II. Si donc le baptême
était fait en vertu de l’intention de celui qui doit être
baptisé, alors le caractère baptismal pourrait être
détruit par son intention, ce qui est faux. |
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[14397] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 3 S.c. 1 Sed contra, in Baptismo
fit quoddam spirituale connubium animae ad Deum. Sed in conjugio requiritur
consensus. Ergo et in Baptismo. |
S.c. 1 – Par le baptême, un mariage spirituel
entre l’âme et Dieu est réalisé. Or, pour un
mariage, le consentement est nécessaire. Donc aussi, pour le
baptême. |
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[14398] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 3 S.c. 2 Praeterea,
Baptismi effectus magis impeditur ex parte baptizati quam baptizantis: quia
malitia baptizantis non impedit receptionem gratiae in Baptismo, quae
impediri potest per malitiam recipientis sacramentum. Sed defectus intentionis ex parte
baptizantis impedit sacramentum. Ergo multo fortius defectus intentionis ex
parte baptizati. |
S.c. 2 – L’effet du baptême est
empêché plutôt de la part du baptisé que de la part
de celui qui baptise, car la malice de celui qui baptise
n’empêche pas la réception de la grâce par le
baptême, alors qu’elle peut être empêchée par
la malice de celui qui reçoit le sacrement. Or, le manque
d’intention de la part de celui qui baptise empêche le sacrement.
À bien plus forte raison, donc, le manque d’intention de la part
du baptisé. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14399] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod cum
unius
effectus una sit causa, si ex aliquibus pluribus causis unus effectus
procedat, oportet quod illae causae sint aliquo modo factae unum ad invicem.
Ad effectum autem sacramenti videmus multa concurrere; scilicet ministrum,
formam verborum, et materiam. Haec autem non possent colligari ad invicem ut
sint una causa, nisi per intentionem baptizantis, qui scilicet formam ad
materiam applicat, suum vero ministerium ad utrumque, et totum hoc ad
sacramenti collationem; et ideo requiritur intentio baptizantis. Et similiter
etiam in omnibus aliis sacramentis requiritur intentio ministri cum debita
materia et forma, non solum ad effectum sacramenti consequendum, sed ad
sacramenti perceptionem. |
Comme il n’y a qu’une seule cause d’un seul effet, si un seul effet procède de causes multiples, il faut que ces causes soient d’une certaine manière unifiées les unes par rapport aux autres. Or, nous voyons que plusieurs choses concourent à l’effet d’un sacrement : le ministre, la forme des paroles et la matière. Or, ces choses ne peuvent être reliées entre elles pour être une seule cause que par l’intention de celui qui baptise, qui applique la forme à la matière, son ministère aux deux, et tout cet ensemble à la collation du sacrement. C’est pourquoi l’intention de celui qui baptise est nécessaire. De la même manière, pour tous les sacrements, est nécessaire l’intention du ministre ainsi que la matière et la forme appropriées, non seulement pour l’obtention de l’effet du sacrement, mais pour la réception du sacrement. |
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[14400] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod duplex est instrumentum, scilicet animatum, ut servus, et inanimatum ut
securis, ut dicitur in 8 Ethic. In instrumento igitur inanimato non
requiritur intentio propria, quia ipsa inclinatio instrumenti ad effectum per
motum principalis agentis, locum intentionis supplet; sed in instrumento
animato, quod non tantum agitur, sed aliquo modo agit, utpote per imperium
agens, et non per impulsum motus, requiritur intentio exequendi ministerium
ad quod applicatum est. |
1. Il existe un double intrument : animé,
comme un serviteur, et inaniné, comme une scie, comme il est dit dans
Éthique, VIII. L’intention n’est pas nécessaire
chez l’instrument inanimé, car l’inclination même de
l’instrument à l’effet par le mouvement de l’agent
principal tient lieu d’intention. Mais, chez l’instrument
animé, qui ne reçoit pas seulement l’action, mais agit
d’une certaine manière, en agissant selon le commandement, et
non par l’impulsion d’un mouvement, l’intention
d’accomplir un ministère pour ce à quoi il a
été appliqué est nécessaire. |
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[14401]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ad hoc
dupliciter secundum diversas opiniones respondetur. Quidam enim dicunt, quod si desit
mentalis intentio in baptizante, non confert sacramentum Baptismi; tamen in
adulto supplet fides et devotio effectum Baptismi, ut periculum ex hoc
baptizato, qui ignorat intentionem baptizantis, nullum proveniat. Si autem sit puer, creditur pie, quod summus sacerdos,
scilicet Deus, defectum suppleat, et salutem ei conferat. Si tamen non facit,
non injuste facit, sicut nec in illo qui sacramento non subjicitur. Alii
dicunt, quod in Baptismo et in aliis sacramentis quae habent in forma actum
exercitum, non requiritur mentalis intentio, sed sufficit expressio
intentionis per verba ab Ecclesia instituta; et ideo si forma servatur, nec
aliquid exterius dicitur quod intentionem contrariam exprimat, baptizatus
est. Non enim sine causa in sacramentis necessitatis, scilicet Baptismo, et
quibusdam aliis, actus baptizantis tam solicite expressus est ad intentionis
expressionem. |
2. On répond à cela de deux
manières, selon les diverses opinions. En effet, certains disent que
si l’intention mentale fait défaut chez celui qui baptise, il ne
confère pas le sacrement de baptême ; toutefois, chez
l’adulte, la foi et la dévotion assurent l’effet du
baptême, de sorte qu’aucun danger ne provient à cause de
cela pour le baptisé, qui ignore l’intention de celui qui
baptise. Mais s’il s’agit d’un enfant, on croit pieusement
que le souverain prêtre, Dieu, supplée à la carence et lui
confère le salut. Cependant, s’il ne le fait pas, il
n’agit pas injustement, pas plus que chez celui qui n’est pas
soumis au sacrement. D’autres disent que, dans le baptême et dans
les autres sacrements qui ont un acte mis en œuvre par leur forme,
l’intention mentale n’est pas nécessaire, mais que
l’expression de l’intention par les paroles établies par
l’Église suffit. Ainsi, si la forme est observée et que
rien d’autre n’est extérieurement exprimé qui
exprime une intention contraire, il est baptisé. En effet, ce
n’est pas sans raison que, dans les sacrements nécessaires,
comme l’est le baptême, et dans certains autres, l’acte de
celui qui baptise est exprimé avec tant d’attention afin
exprimer l’intention. |
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[14402] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2
qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod
quamvis actu ebrius intentionem habere non possit, tamen ebriosus potest esse
non actu ebrius, et intentionem baptizandi habens, baptizare. |
3. Bien que celui qui est ivre ne puisse avoir
d’intention en acte, cependant l’ivrogne peut ne pas être
ivre en acte et, en ayant l’intention de baptiser, baptiser. |
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[14403] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quamvis minister sacramenti debeat niti ad
custodiendum cor suum quantum potest, ut maxime in verbis sacramentalis
formae intentionem habeat actualem; quia tamen cogitatio est valde labilis,
etiam si tunc non adsit actualis intentio quando verba profert, dummodo prius
intenderit, et contraria intentio non intervenerit, sacramentum non impeditur:
quia operatur tunc in vi principalis intentionis. Non enim oportet quod in
opere semper intentio conjungatur in actu, sed sufficit quod opus ab
intentione procedat. |
4. Bien que le ministre du sacrement doive
s’efforcer de garder son cœur autant qu’il le peut, afin
que, dans les paroles de la forme sacramentelle, il ait une intention
actuelle, toutefois, parce que la pensée est très mobile,
même s’il n’a pas l’intention actuelle au moment
où il profère les paroles, pourvu qu’il en ait eu au
préalable l’intention et qu’une intention contraire ne
soit pas survenue, le sacrement n’est pas empêché, car il
agit alors en vertu de l’intention principale. En effet, il n’est
pas nécessaire pour l’action que l’intention soit toujours
associée, mais il suffit que l’action procède de
l’intention. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14404] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod rectum est
cujus medium non exit ab extremis. Sacramentum autem Baptismi est quo mediante
acquiritur effectus Baptismi in anima baptizati; unde tunc est recta intentio
quando baptizans seu baptizatus sacramentum ordinat ad effectum sacramenti,
qui est salus. Si ergo intentio adsit in baptizante, quia intendit
sacramentum conferre; sed desit rectitudo, quia ordinat sacramentum ad finem
indebitum; non propter hoc in recipiente impeditur perceptio sacramenti, quia
ad hoc fertur intentio baptizantis; neque effectus sacramenti, quia mundatio
interior a ministro non est, unde ejus intentio ad hoc nihil facit. Si autem
in baptizato sit intentio percipiendi sacramentum, sed desit rectitudo
intentionis, recipit quidem quod intendit sacramentum, sed non rem
sacramenti: quia obicem per pravam intentionem spiritui sancto ponit. |
Est droit ce dont le milieu ne s’écarte pas des extrêmes. Or, par l’intermédiaire du sacrement de baptême, est acquis l’effet du baptême dans l’âme du baptisé. L’intention est donc droite lorsque celui qui baptise ou le baptisé ordonnent le sacrement à l’effet du sacrement, qui est le salut. Si donc existe l’intention chez celui qui baptise parce qu’il a l’intention de conférer le sacrement, mais que fait défaut la rectitude, parce qu’il ordonne le sacrement à une fin inappropriée, la réception du sacrement n’est pas pour autant empêchée chez celui qui le reçoit, car l’intention de celui qui baptise porte sur cela. L’effet du sacrement n’est pas non plus empêché, car la purification intérieure ne vient pas du ministre ; aussi son intention n’y est-elle pour rien. Mais si existe chez le baptisé l’intention de recevoir le sacrement, mais fait défaut la rectitude de l’intention, il reçoit ce que vise le sacrement, mais non la réalité du sacrement, car, par son intention mauvaise, il fait obstacle à l’Esprit Saint. |
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[14405] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod quamvis ad sacramentum requiratur intentio faciendi quod facit Ecclesia,
non tamen requiritur quasi de necessitate sacramenti existens, facere quod
facit Ecclesia propter hoc quod Ecclesia facit: et in hoc consistit rectitudo
intentionis. |
1. Bien que l’intention de faire ce que fait
l’Église soit nécessaire au sacrement, il n’est
cependant pas requis, comme si cela était nécessaire au
sacrement, de faire ce que fait l’Église pour la raison pour laquelle
l’Église le fait. Et c’est en cela que consiste la
rectitude d’intention. |
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[14406] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod Baptismus non habet bonitatem ex ministro, sicut alia
operatio voluntaria habet bonitatem ex operante; et ideo non est simile. |
2. Le baptême ne reçoit pas sa bonté
du ministre, comme une autre opération volontaire reçoit sa
bonté de celui qui l’accomplit. Ce n’est donc pas la
même chose. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14407] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod in Baptismo
baptizatus duo recipit, scilicet sacramentum, et rem sacramenti; sed ad haec
duo recipienda non requiritur aliquid causans ex parte recipientis, sed solum
impedimentum removens: quod quidem impedimentum nihil aliud est quam voluntas
contraria alteri praedictorum; et ideo in adultis et in habentibus usum
rationis, in quibus potest esse contraria voluntas actu vel habitu,
requiritur et contritio; sive devotio, ad percipiendam rem sacramenti, et
intentio, vel voluntas ad recipiendum sacramentum; in pueris autem absque
utroque percipitur et sacramentum et res sacramenti; et similiter est in
carentibus usu rationis, nisi contraria voluntas habitu insit, etsi non actu.
Tamen sciendum, quod non requiritur in adulto voluntas absoluta suscipiendi
quod Ecclesia confert, sed sufficit voluntas conditionata, sicut est in
voluntariis mixtis, ut dicitur in 3 Ethic.; et ideo si sit coactio
sufficiens, ita quod principium sit ex toto extra, nil conferente vim passo,
ut cum aliquis reclamans immergitur violenter, tunc talis nec sacramentum
suscipit, nec rem sacramenti. Si autem sit coactio inducens, sicut minis vel
flagellis, ita quod baptizatus potius eligat Baptismum suscipere quam talia
pati; tunc suscipit sacramentum, sed non rem sacramenti. |
Par
le baptême, le baptisé reçoit deux choses : le
sacrement et la réalité du sacrement. Or, pour recevoir ces
deux choses, n’est pas nécessaire quelque chose qui agisse comme
une cause de la part de celui qui reçoit, mais qui enlève
seulement un empêchement, empêchement qui n’est rien
d’autre qu’une volonté contraire à une autre parmi
les choses mentionnées. C’est pourquoi, chez les adultes et chez
ceux qui ont l’usage de la raison, chez qui peut exister une
volonté contraire en acte ou en habitus, la contrition est aussi
requise ou la dévotion pour recevoir la réalité du
sacrement, et l’intention ou la volonté de recevoir le
sacrement. Mais, chez les enfants, le sacremnet et la réalité
du sacrement sont reçus sans ces deux choses. De même en est-il
chez ceux à qui la raison fait défaut, à moins
qu’ils aient une volonté contraire en habitus, même
s’ils ne l’ont pas en acte. Toutefois, il faut savoir que
n’est pas nécessaire chez l’adulte la volonté absolue
de recevoir ce que confère l’Église, mais que suffit la
volonté conditionnée, comme cela existe dans les
réalités volontaires mixtes, comme il est dit dans
Éthique, III. C’est pourquoi, s’il existe une coercition
suffisante, telle que le principe vienne entièrement de
l’extérieur sans que celui qui subit y contribue, comme lorsque
quelqu’un crie alors qu’il est submergé, celui-là
ne reçoit ni le sacrement ni la réalité du sacrement.
Mais si la coercition est incitative, comme par des menaces ou des coups,
telle que le baptisé choississe plutôt le baptême que de
supporter de telles choses, alors il reçoit le sacrement, mais non la
réalité du sacrement. |
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[14408] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2
qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod intentio vel voluntas in baptizato, ut dictum est, non requiritur quasi
causans deletionem culpae originalis, sed solum quasi removens prohibens,
scilicet contrariam voluntatem. |
1. Comme on l’a dit, l’intention ou la
volonté chez le baptisé n’est pas nécessaire en
tant qu’elle cause la destruction de la faute originelle, mais
seulement en tant qu’elle enlève ce qui l’empêche,
telle une volonté contraire. |
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[14409] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in pueris non potest esse contraria voluntas neque
actu neque habitu; et ideo non requiritur voluntas vel intentio in eis, qua
prohibens removeatur. In amentibus autem et dormientibus potest esse voluntas
contraria habitualis, quamvis non sit actualis; et ideo si ante somnum vel
furiam fuerunt contrariae voluntatis, non recipiunt sacramentum, quia adhuc
illa voluntas habitualiter manet. Si autem habuerunt propositum recipiendi
Baptismum, et hoc per aliqua signa innotuit, tunc in articulo necessitatis
debet eis conferri Baptismus; et suscipiunt sacramentum et rem sacramenti,
etiam si furiosus tunc contradicat: quia illa contradictio non procedit a
voluntate rationis, secundum quam est capax baptismalis gratiae. Si autem
necessitas non sit, debet in furiosis expectari lucidum intervallum, vel in dormientibus
vigilia. Si tamen baptizetur in statu illo, sacramentum suscipit, quamvis
peccet baptizans. |
2. Chez les enfants, il ne peut y avoir de volonté
contraire ni en acte, ni en habitus. C’est pourquoi la volonté
ou l’intention n’est pas nécessaire chez eux, par laquelle
serait enlevé un obstacle. Chez les fous et chez ceux qui dorment, il
peut exister une volonté habituelle contraire, bien qu’elle ne
soit pas actuelle. C’est pourquoi, si avant le sommeil ou la folie ils
avaient une volonté contraire, ils ne reçoivent pas le
sacrement, car cette volonté habituelle demeure. Mais s’ils
avaient le propos de recevoir le baptême et que cela a
été exprimé par certains signes, alors, en cas de
nécessité, le baptême doit leur être
conféré. Ils reçoivent alors le sacrement et la
réalité du sacrement, même si le forcené s’y
oppose alors, car cette opposition ne procède pas de la volonté
selon la raison, selon laquelle il est capable de la grâce baptismale.
Mais s’il n’y a pas urgence, il faut attendre pour les fous une
période de lucidité ou, pour ceux qui dorment, qu’ils
soient à l’état de veille. Toutefois, s’il est
baptisé dans cet état, il reçoit le sacrement, bien que
celui qui baptise pèche. |
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[14410] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 2
qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod
voluntas vel intentio Baptismum suscipiendi non requiritur ad Baptismum quasi
causa vel dispositio characteris, sed solum sicut removens prohibens: ideo
ratio non valet. |
3. La volonté ou l’intention de recevoir le
baptême n’est pas nécessaire pour le baptême en tant
que cause ou disposition au caractère, mais seulement en tant
qu’elle enlève un obstacle. L’argument ne vaut donc pas. |
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Articulus 3 [14411] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 tit. Utrum in baptizato fides requiratur |
Article
3 – Est-ce que la foi est nécessaire chez le baptisé ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [La foi est-elle nécessaire chez le
baptisé pour qu’il reçoive le sacrement ?]
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[14412] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod in baptizato
fides requiratur ad hoc quod sacramentum suscipiat. Baptismus enim sacramentum
fidei dicitur. Sed nonnisi propter fidem recipientis ipsum. Ergo requiritur
fides baptizandi. |
1. Il semble que, chez le baptisé, la foi soit
nécessaire pour qu’il reçoive le sacrement. En effet, le
baptême est appelé sacrement de la foi. Or, ce n’est
qu’en raison de la foi de celui qui le reçoit. La foi chez celui
qui doit être baptisé est donc nécessaire. |
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[14413] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Marc. ult.
16, dicitur: qui crediderit et baptizatus fuerit. Ergo videtur quod
requiritur in adulto quod credat ad hoc quod baptizetur. |
2. Il est dit en Mc 16, 16 : Celui qui
croira et sera baptisé sera sauvé. Il semble donc qu’il
soit nécessaire pour l’adulte de croire afin d’être
baptisé. |
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[14414] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
fides essentialior est sacramento quam voluntas. Sed voluntas requiritur, ut
dictum est. Ergo multo amplius fides. |
3. La foi est plus essentielle au sacrement que la
volonté. Or, la volonté est nécessaire, comme on
l’a dit. Donc, encore bien davantage la foi. |
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[14415] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 4 Sed
contra, adulti non sunt pejoris conditionis quam pueri. Sed in pueris sufficit
fides Ecclesiae ad Baptismum, et non requiritur fides personae illius. Ergo
nec in adultis. |
4. La condition de l’adulte n’est pas pire
que celle de l’enfant. Or, pour les enfants, la foi de
l’Église suffit pour le baptême, et la foi de cette
personne n’est pas nécessaire. Donc, chez les adultes non plus. |
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[14416] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 5 Praeterea,
caritas propinquior est ad gratiam quam fides: quia caritas non potest esse
sine gratia sicut fides. Sed non requiritur caritas in recipiente Baptismum,
quia sic nullus adultus de novo acciperet ibi gratiam. Ergo non requiritur
fides. |
5. La charité est plus proche de la grâce
que la foi, car la charité ne peut exister sans la grâce comme
la foi. Or, la charité n’est pas requise pour le baptême,
car ainsi aucun adulte n’y recevrait à nouveau la grâce.
La foi n’est donc pas nécessaire. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La foi est-elle requise chez celui qui baptise ?] |
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[14417]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod requiratur fides in baptizante.
Requiritur enim in baptizante intentio conferendi sacramentum. Sed infidelis quantum
ad articulum Baptismi non credit sacramentum Baptismi. Ergo non potest intendere conferre illud, et ita non
potest baptizare. |
1. Il semble que la foi soit requise chez celui qui baptise. En effet, chez celui qui baptise, l’intention de conférer le baptême est nécessaire. Or, l’infidèle, en cas de nécessité du baptême, ne croit pas au sacrement du baptême. Il ne peut donc pas avoir l’intention de le conférer, et ainsi il ne peut baptiser. |
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[14418] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
Baptismus est sacramentum Ecclesiae. Sed fides est per quam membra Ecclesiae
primo ad invicem uniuntur. Ergo qui non habet fidem, nec potest baptizare,
cum non sit de Ecclesia. |
2. Le baptême est un sacrement de l’Église. Or, c’est par la foi que les membres de l’Église sont d’abord unis. Celui qui n’a pas la foi ne peut donc pas baptiser, puisqu’il ne fait pas partie de l’Église. |
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[14419] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, propinquius
se habet ad Baptismum baptizans quam offerens puerum ad baptizandum. Sed in
offerente requiritur fides, quia respondet, credo. Ergo multo fortius
requiritur in baptizante. |
3. Celui qui baptise est plus proche du baptême que celui qui présente l’enfant pour qu’il soit baptisé. Or, la foi est nécessaire chez celui qui présente [l’enfant], car il répond : «Je crois.» [La foi] est donc bien davantage requise chez celui qui baptise. |
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[14420] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed
contra est quod in littera determinatur, quod haeretici verum Baptismum
conferunt. Haeretici autem infideles sunt. Ergo et cetera. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est
précisé dans le texte que les hérétiques
confèrent un vrai baptême. Or, les hérétiques sont
des infidèles. Donc, etc. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Ceux qui reçoivent le baptême de la part d’hérétiques obtiennent-ils la réalité du sacrement ?] |
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[14421]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod recipientes Baptismum ab haereticis
non consequantur rem sacramenti. Quia Augustinus dicit, quod qui foris
Ecclesiam baptizantur, non sumunt Baptismum ad salutem, sed ad perniciem. Sed baptizati ab
haereticis sumunt Baptismum extra Ecclesiam. Ergo non sumunt ad salutem; et
ita rem sacramenti non consequuntur. |
1. Il semble que ceux qui reçoivent le
baptême de la part d’hérétiques n’obtiennent
pas la réalité du sacrement, car Augustin dit que ceux qui sont
baptisés en dehors de l’Église ne reçoivent pas le
baptême pour leur salut, mais pour leur perte. Or, ceux qui sont
baptisés par des hérétiques reçoivent le
baptême hors de l’Église. Ils ne le reçoivent donc
pas pour leur salut. Et ainsi, ils n’obtiennent pas la réalité
du sacrement. |
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[14422] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, quicumque accipit aliquid ab aliquo qui non habet jus dandi illud, injuste accipit. Sed haereticus non habet jus dandi Baptismum, ut dicit Augustinus: si, inquit, haereticus jus baptizandi non habuit, tamen Christi est quod dedit. Ergo accipiens ab haeretico, injuste accipit, et ita peccat. |
2. Quiconque reçoit de quelqu’un quelque chose qu’il n’a pas le droit de donner le reçoit injustement. Or, l’hérétique n’a pas le droit de donner le baptême, comme le dit Augustin : «Si l’hérétique n’a pas le droit de baptiser, c’est cependant le Christ qui l’a fait.» Celui qui reçoit [le baptême] de la part d’hérétiques le reçoit donc injustement, et ainsi il pèche. |
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[14423] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra, peccatum baptizantis non polluit Baptismum, ut dictum est supra. Sed infidelitas est
quoddam peccatum. Ergo non impedit effectum Baptismi in baptizato. |
S.c. 1 – En sens contraire, le péché de celui qui baptise ne souille pas le baptême, comme on l’a dit plus haut. Or, l’infidélité est un péché. Elle n’empêche donc pas l’effet du baptême chez celui qui est baptisé. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14424] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod cum
quaeritur utrum fides requiratur, velut necessaria ad Baptismum, non intelligitur
quaestio de necessitate absoluta, sed de necessitate quae est ex conditione
finis. Est autem duplex finis in baptizatis. Primus
est perceptio sacramenti; secundus est perceptio rei sacramenti. Dico ergo,
quod in adultis requiritur fides etiam personalis necessitate quae est ex
suppositione finis secundi: quia nisi credat, reputatur fictus, ut supra,
dist. 4, quaest. 3, art. 2, quaestiunc. 1, 2, et 3, dictum est, et ita non
consequitur rem sacramenti. Non autem requiritur ad primum finem
consequendum: quia sacramentum percipit aliquis etiam si non credat. Unde
Augustinus dicit quod prorsus fieri potest ut aliqui verum Baptisma habeant,
et non habeant veram fidem. In parvulis autem sufficit fides Ecclesiae ad
utrumque. |
Lorsque
qu’on demande si la foi est requise en tant que nécessaire au
baptême, la question ne s’entend pas d’une
nécessaité absolue, mais selon une nécessité conditionnelle
en regard de la fin. Or, il y a une double fin chez les baptisés. La
première est la réception du sacrement ; la seconde est la
réception de la réalité du sacrement. Je dis donc que,
chez les adultes, la foi, même personnelle, est requise selon une
nécessité qui vient de la seconde fin, car, à moins
qu’il ne croie, il est considéré agir par feinte, comme
on l’a dit d. 4, q. 3, a. 2, qa 1, 2 et 3. Et ainsi, il ne
reçoit pas la réalité du sacrement. Mais elle
n’est pas requise pour atteindre la première fin, car on
reçoit le sacrement même si l’on ne croit pas. Aussi
Augustin dit-il qu’il ne peut pas du tout arriver que certains
reçoivent un vrai baptême sans avoir la vraie foi. Mais, chez
les enfants, la foi de l’Église suffit pour les deux [fins]. |
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[14425] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Baptismus dicitur fidei sacramentum, quia per eum homo coetibus fidelium
aggregatur; et ideo qui accipit Baptismum, ostendit se fidem habere; et si
non habet, reputatur fictus, et rem sacramenti cum sacramento percepto non
percipit. |
1. Le baptême est appelé le sacrement de la
foi parce que, par lui, un homme est intégré aux
communautés de fidèles. C’est pourquoi celui qui
reçoit le baptême montre qu’il a la foi. Et s’il ne
l’a pas, on condière qu’il feint et qu’il ne
reçoit pas la réalité du sacrement en recevant le
sacrement. |
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[14426] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod dominus in verbis illis ostendit quid requiritur in
baptizando ad salutem consequendam, quae est res sacramenti; unde subdit: qui
crediderit et baptizatus fuerit, salvus erit. |
2. Par ces paroles, le Seigneur montre ce qui est requis chez celui qui doit être baptisé afin qu’il reçoive le salut, qui est la réalité du sacrement : Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé. |
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[14427] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod sacramentum Baptismi in anima recipitur quantum ad characterem. Anima autem non potest alicui
subjici invita; et ideo voluntas seu intentio facit ad hoc quod homo se
sacramento subjiciat; sed fides facit ad hoc quod debito modo se subjiciat.
Unde fides requiritur tantum ad perceptionem rei sacramenti, sed intentio ad
perceptionem rei simpliciter. |
3. Le sacrement du baptême est reçu dans l’âme pour ce qui est du caractère. Or, l’âme ne peut être soumise à quelqu’un malgré elle. C’est pourquoi la volonté ou l’intention fait en sorte que l’homme se soumette au sacrement ; mais la foi [fait en sorte] qu’il le fasse de la manière appropriée. Aussi la foi est-elle requise seulement pour recevoir la réalité du sacrement, mais l’intention, pour recevoir la réalité tout simplement. |
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[14428] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 4 Et
quia aliae rationes probant, quod nec quantum ad ultimum effectum fides
requiratur, ideo ad quartum dicendum, quod in pueris non potest esse
contrarium gratiae baptismalis ex personali voluntate; et ideo non requiritur
personalis fides, sicut requiritur in adultis ad consequendam rem sacramenti,
in quibus potest esse personalis infidelitas. |
4. Les autres arguments montrent que la foi est requise par rapport à l’effet ultime. C’est pourquoi il faut dire, à propos du quatrième, que, chez les enfants, il ne peut y avoir rien de contraire à la grâce baptismale par volonté personnelle. Aussi la foi personnelle n’est-elle pas requise [d’eux], comme elle est requise chez les adultes, pour obtenir la réalité du sacrement, chez qui peut exister une infidélité personnelle. |
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[14429] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 5 Ad quintum dicendum,
quod recta intentio requiritur ad consequendam rem sacramenti. Fides autem
intentionem dirigit, et sine ea non potest esse, praecipue in talibus, intentio
recta; sed caritas ulterius facit intentionem meritoriam; et ideo ad hoc quod
homo praeparet se ad gratiam in Baptismo percipiendam, praeexigitur fides,
sed non caritas: quia sufficit attritio praecedens, etsi non sit contritio. |
5. L’intention droite est requise pour obtenir la réalité du sacrement. Or, la foi dirige l’intention et, sans elle, il ne peut exister d’intention droite, surtout en de telles matières. Mais la charité rend en plus l’intention méritoire. C’est pourquoi, pour que l’homme se prépare à recevoir la grâce par le baptême, la foi est prérequise, mais non la charité, car l’attrition qui précède suffit, même s’il n’y a pas contrition. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14430] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod dum
haereticus vel quicumque infidelis debitam formam servet, et intentionem baptizandi
habeat, verum sacramentum confert: quia Baptismus non habet efficaciam ex
merito baptizantis, sed ex merito Christi, quod operatur in baptizato per
fidem propriam in adultis, vel per fidem Ecclesiae in pueris. |
Pourvu
qu’un hérétique ou n’importe quel infidèle
observe la forme appropriée et ait l’intention de baptiser, il
confère un vrai sacrement, car le baptême ne reçoit pas
son efficacité du mérite de celui qui baptise, mais du
mérite du Christ, qui agit chez le baptisé par la foi
personnelle, chez les adultes, ou par la foi de l’Église chez
les enfants. |
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[14431] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis ille qui non credit Baptismum esse
sacramentum, aut habere aliquam spiritualem virtutem, non intendat dum
baptizat conferre sacramentum; tamen intendit facere quandoque quod facit
Ecclesia, etsi illud reputet nihil esse; et quia Ecclesia, aliquid facit,
ideo ex consequenti et implicite intendit aliquid facere, quamvis non
explicite. |
1. Bien que celui qui ne croit pas que le baptême soit un sacrement ou qu’il possède une puissance spirituelle n’ait pas l’intention de conférer le sacrement lorsqu’il baptise, toutefois il arrive qu’il ait l’intention de faire ce que fait l’Église, même s’il estime que cela n’est rien. Et parce que l’Église fait quelque chose, il a donc par conséquent et implicitement l’intention de faire quelque chose, bien que ce ne soit pas de manière explicite. |
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[14432] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis haereticus per fidem rectam non sit membrum
Ecclesiae, tamen inquantum servat morem Ecclesiae in baptizando, Baptismum
Ecclesiae tradit; unde regenerat filios Christo et Ecclesiae, non sibi vel
haeresi suae. Sicut enim Jacob genuit filios per liberas et ancillas, ita
Christus per Catholicos et haereticos, bonos et malos, ut Augustinus dicit
contra donatum ubi supra. |
2. Bien que l’hérétique ne soit pas membre de l’Église par une foi droite, toutefois, pour autant qu’il observe néanmoins la coutume de l’Église en baptisant, il donne le baptême de l’Église. Il régénère donc des fils pour le Christ et pour l’Église, et non pour lui-même ou pour son hérésie. En effet, de même que Jacob engendra des fils de femmes libres et de servantes, de même le Christ [en engendre-t-il] de catholiques et d’hérétiques, de bons et de mauvais, comme le dit Augustin contre Donat, à l’endroit indiqué plus haut. |
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[14433] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod non requiritur fides personalis offerentium puerum ad Baptismum, nec
alicujus personae determinatae, sed solum fides Ecclesiae militantis; quam
non est possibile deficere totaliter, Deo sic ordinante, qui dixit, Matth.
ult., 20: ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem saeculi. Si
tamen deficeret, illud suppleret quod de fide remansit in Ecclesia triumphante,
scilicet visio: nec offerens puerum ad Baptismum in persona sua dicit, credo,
sed in persona pueri, ut sit sensus: credo, idest, sacramentum fidei praesto
sum recipere. |
3. La foi personnelle ni celle d’aucune personne en particulier ne sont requises de la part de ceux qui présentent des enfants au baptême, mais seulement la foi de l’Église militante, qui ne peut faire totalement défaut, comme Dieu l’a établi, en disant, en Mt 28, 20 : Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin du temps. Toutefois, si elle faisait défaut, ce qui est resté de foi dans l’Église triomphante suppléerait, à savoir, la vision. Et celui qui présente un enfant au baptême ne dit pas : «Je crois», en son nom propre, mais au nom de l’enfant, de sorte que le sens est : «Je crois, c'est-à-dire, je suis disposé à recevoir le sacrement de la foi.» |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14434] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod ille qui ab
haeretico baptizatur, propter peccatum haeretici non privatur gratia
Baptismatis, sed quandoque propter peccatum proprium. Unde si sit puer, in quem culpa actualis non cadit, si
baptizatur in forma Ecclesiae, recipit sacramentum et rem sacramenti:
similiter si sit adultus, et baptizans non sit haereticus manifestus et ab
Ecclesia praecisus, vel si baptizatus sit in articulo necessitatis. Si autem
sciat ipsum esse haereticum, et Baptismum ab ipso suscipiat, hoc contingit
vel quia favet haeresi suae, vel in contemptum Ecclesiae, vel propter aliquod
temporale commodum; et sic ipsemet peccat; unde proprio peccato obicem ponit
spiritui sancto, ne consequatur rem sacramenti. |
Celui qui est baptisé par un hérétique n’est pas privé de la grâce du baptême à cause du péché de l’hérétique, mais parfois à cause de son propre péché. Aussi, s’il est un enfant, qui n’est pas affecté par la faute actuelle, s’il est baptisé selon la forme de l’Église, il reçoit le sacrement et la réalité du sacrement. De même, s’il est adulte et que celui qui baptise n’est pas un hérétique manifeste et retranché de l’Église, ou si le baptisé est dans une situation d’urgence. Mais si [celui qui est baptisé] sait qu’il est hérétique et s’il reçoit de lui le baptême, cela arrive soit parce qu’il est favorable à son hérésie, soit par mépris de l’Église, soit pour un avantage temporel. Et ainsi lui-même pèche. Il fait donc obstacle à l’Esprit Saint par son propre péché, de sorte qu’il ne reçoit pas la réalité du sacrement. |
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[14435]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Augustinus
loquitur in casu illo quando aliquis in favorem haeresis vel aliquo alio malo
fine ab haeretico Baptismum suscipit. |
1. Augustin parle du cas de celui qui est favorable à l’hérésie ou qui reçoit le baptême d’un hérétique pour une autre fin mauvaise. |
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[14436] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod jus dandi Baptisma est ex duobus; scilicet ex ordine sacerdotali, et ex jurisdictione. In haeretico ergo ab Ecclesia praeciso manet jus dandi Baptisma quantum ad ordinem sacerdotalem, si primo in Ecclesia sacerdos fuerit; non tamen manet quantum ad jurisdictionem, quam amittit. Nec tamen sequitur quod Baptismum ab haeretico suscipiens, semper injuste accipiat, cum credit eum habere jus dandi, et non esse haereticum, vel in casu necessitatis, in quo quilibet habet potestatem baptizandi. |
2. Le droit de donner le baptême vient de deux choses : de l’ordre sacerdotal et de la juridiction. Chez l’hérétique retranché de l’Église, le droit de donner le baptême demeure pour ce qui est de l’ordre sacerdotal, s’il avait d’abord été prêtre dans l’Église ; toutefois, il ne demeure pas pour ce qui est de la juridiction, qu’il a perdue. Toutefois, il n’en découle pas que celui qui reçoit le baptême d’un hérétique le reçoive toujours injustement, lorsqu’il croit que celui-là a le droit de le donner et qu’il n’est pas hérétique, ou dans un cas de nécessité, où tout le monde a le pouvoir de baptiser. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [À propos du rite du baptême] |
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Prooemium |
Prologue
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[14437]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 pr. Deinde
quaeritur de ritu Baptismi; et circa hoc quaeruntur tria: 1 de ritu ipsius
Baptismi; 2 de ritu catechismi; 3 de ritu exorcismi. |
Ensuite, on s’interroge sur le rite du
baptême. À ce sujet, trois questions sont posées : 1
– à propos du rite du baptême lui-même ; 2
– à propos du rite du catéchisme ; 3 –
à propos du rite de l’exorcisme. |
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Articulus 1 [14438] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 1 tit. Utrum
Baptismus iterari possit |
Article
1 – Est-ce que le baptême peut être
répété ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le baptême peut-il être
répété ?]
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[14439] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod Baptismus iterari possit. Quia Eucharistia
est sacramentum excellentius quam Baptismus: quia est perfectio, secundum
Dionysium. Sed
Eucharistia iteratur. Ergo et Baptismus iterari potest. |
1. Il semble que le baptême puisse être répété, car l’eucharistie est un sacrement plus élevé que le baptême, puisqu’elle est une perfection, selon Denys. Or, l’eucharistie est répétée. Le baptême aussi peut donc être répété. |
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[14440] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, gratia est principalior effectus Baptismi quam character. Sed gratia amittitur, quamvis character non deleatur. Ergo videtur quod ratione gratiae recuperandae Baptismus iterari debeat. |
2. La grâce est un effet du baptême plus important que le caractère. Or, la grâce est perdue, alors que le caractère n’est pas détruit. Il semble donc que, pour récupérer la grâce, le baptême doive être répété. |
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[14441] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sicut ad unitatem actionis requiritur unitas temporis, ita et unitas agentis. Sed plures possunt aliquem simul baptizare, quia unus alium non impedit; et praecipue hoc necessarium est, si unus sit mutus, qui verba proferre non possit, et alius mancus, qui non possit immergere. Ergo et similiter potest aliquis pluries diversis temporibus baptizari. |
3. De même que, pour l’unité d’action, l’unité de temps est nécessaire, de même l’unité d’agent. Or, plusieurs peuvent baptiser quelqu’un en même temps, car l’un n’empêche pas l’autre ; et cela est particulièrement nécessaire si l’un est muet et ne peut proférer de paroles, alors que l’autre est manchot et ne peut immerger. De la même manière, quelqu’un peut être baptisé plusieurs fois à divers moments. |
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[14442] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 1 S.c. 1 Sed contra est quod dicitur Ephes. 4, 5: una fides, unum Baptisma. Ergo iterari non debet. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit dans Ep 4, 5 : Une seule foi, un seul baptême. Il ne doit donc pas être répété. |
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[14443] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, Baptismus contra originale datur. Sed originale peccatum non iteratur. Ergo nec Baptismus iterari debet. |
S.c. 2 – Le baptême est donné contre le péché [originel]. Or, le péché originel n’est pas répété. Le baptême ne doit donc pas être répété. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Doit-il exister deux moments déterminés pour le baptême ?] |
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[14444]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debeant esse illa duo tempora
determinata ad Baptismum, scilicet sabbatum Paschae, et Pentecostes. Quia periculo quam
citius succurrendum est. Sed homo propter fragilitatem naturae semper est in
periculo vitae suae. Ergo non debet expectari tempus aliquod determinatum ad
Baptismum, sed statim baptizari. |
1.
Il semble qu’il ne doive pas y avoir deux moments
déterminés pour le baptême : le Samedi saint et la
Pentecôte, car il faut venir aussitôt au secours de celui qui est
en danger. Or, en raison de la fragilité de sa nature, la vie de
l’homme est toujours exposée au danger. Il ne faut donc pas
attendre un moment déterminé pour le baptême, mais
être baptisé immédiatement. |
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[14445] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, per Baptismum homo regeneratur in filium Dei ad imaginem Christi. Ergo praecipue in festo nativitatis Baptismus celebrari deberet. |
2. Par le baptême, l’homme est régénéré pour devenir fils de Dieu à l’image du Christ. Le baptême devrait donc surtout être célébré lors de la fête de la Nativité. |
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[14446] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, Baptismus
Christi contulit aquis vim regenerativam. Sed Christus in die Epiphaniae
baptizatus fuit. Ergo tunc praecipue homo deberet baptizari. |
3. Le baptême du Christ a donné aux eaux une puissance régénératrice. Or, le Christ a été baptisé le jour de l’Épiphanie. L’homme doit donc être baptisé principalement à ce moment. |
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[14447] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 4 Praeterea, Baptismus
habet efficaciam a passione Christi. Ergo in die passionis dominicae magis
deberet celebrari Baptismus, quam in sabbato Paschae. |
4. Le baptême tire son efficacité de la passion du Christ. Le baptême devrait donc être célébré le jour de la passion du Seigneur plutôt que le Samedi saint. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les sacramentaux du baptême sont-ils correctement présentés par Denys ?] |
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[14448]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sacramentalia Baptismi male
ponantur a Dionysio. Ponit enim primo receptionem baptizandi ab episcopo quem
summum sacerdotem dicit praesente omni Ecclesiae plenitudine. Debet enim
baptizandus recipi ab eo qui est proprius Baptismi minister. Talis autem est
sacerdos, et non episcopus. Ergo non oportet ponere receptionem ab episcopo. |
1. Les sacramentaux du baptême sont mal présentés par Denys. En effet, il présente en premier lieu l’accueil par l’évêque, qu’il appelle suprême, de celui qui doit être baptisé, en présence de toute l’église. En effet, celui qui doit être baptisé doit être accueilli par celui qui est le ministre propre du baptême. Or, celui-ci est le prêtre, et non l’évêque. Il n’est donc pas nécessaire de présenter l’accueil par l’évêque. |
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[14449] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, per manus
impositionem datur spiritus sanctus ad robur; quod ad confirmationem
pertinet, quae Baptismum sequitur. Ergo inconvenienter ponit quod episcopus baptizando
recepto manus ei ante Baptismum imponit. |
2. L’Esprit Saint est donné par l’imposition de la main comme une force, ce qui relève de la confirmation, qui suit le baptême. Il présente donc de manière inappropriée le fait que l’évêque, en accueillant celui qui doit être baptisé, lui impose la main avant le baptême. |
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[14450] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, baptizandis sal in os mittitur, et aures et nares sputo liniuntur. Cum ergo de his Dionysius mentionem non faciat, videtur quod sacramentalia Baptismi ponat insufficienter. |
3. On met du sel dans la bouche de ceux qui doivent être baptisés, et de la salive est appliquée sur leurs oreilles et leurs narines. Comme Denys ne mentionne pas ces choses, il semble qu’il présente de manière insuffisante les sacramentaux du baptême. |
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[14451] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 4 Praeterea,
ipse ponit olei inunctionem ante Baptismum, quo inungitur Christianus quasi
ad pugnam, ut ipse dicit. Sed ad pugnam spiritualem praecipue ordinatur sacramentum
confirmationis. Ergo videtur quod talis inunctio non debet fieri in Baptismo. |
4. [Denys] présente l’onction d’huile avant le baptême, par laquelle le chrétien est oint en vue du combat, comme il le dit lui-même. Or, c’est le sacrement de confirmation qui est principalement ordonné au combat spirituel. Il semble donc qu’une telle onction ne doive pas être faite lors du baptême. |
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[14452] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 5 Praeterea, sacramenta sunt distincta. Ergo videtur quod non debeat simul cum Baptismo connumerare Eucharistiae perceptionem, et sacri chrismatis linitionem. |
5. Les sacrements sont distincts. Il semble donc qu’il ne faille pas mentionner avec le baptême la réception de l’eucharistie et l’onction du saint chrême. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14453] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod
Baptismus nullo modo iterari debet propter quatuor rationes. Prima sumitur ex
morbo contra quem datur, scilicet originale peccatum, quod non iteratur; unde
nec medicina iterari debet. Secunda sumitur ex re sacramenti: quia in Baptismo
deletur culpa et poena totaliter. Unde si frequenter liceret homini Baptismum
suscipere, esset quaedam provocatio ad peccandum: quia facilitas veniae incentivum
praebet delinquendi, ut dicit Gregorius. Tertia
sumitur ex sua significatione: quia configurat morti Christi, qui semel
tantum mortuus est. Quarta sumitur ex ipso sacramento, scilicet charactere,
qui indelebiliter manet; unde fieret injuria sacramento si Baptismus
iteraretur, quasi prima sanctificatio non suffecisset; et iterum, quia ipsum
sacramentum regeneratio quaedam est: cujuslibet autem generatio est tantum
semel. Quod autem nescitur esse factum, non iteratur. Unde si inveniatur pro
certo aliquis defectus fuisse in Baptismo eorum quae sunt de essentia
sacramenti, debet absolute iterum baptizari sub hac forma: baptizo te, si non
es baptizatus, in nomine patris et cetera. |
Le
baptême ne doit d’aucune manière être
répété pour quatre raisons. La première vient de
la maladie contre laquelle il est donné, à savoir, le
péché originel, qui n’est pas répté. Le
remède ne doit donc pas non plus être
répété. La deuxième vient de la
réalité du sacrement, car la faute et la peine sont
entièrement effacées par le baptême. Ainsi, s’il
était permis à l’homme de recevoir souvent le
baptême, ce serait une incitation à pécher, car «la
facilité du pardon incite à pécher», comme le dit
Grégoire. La troisième vient de sa signification, car il rend
conforme à la mort du Christ, qui est mort une seule fois. La
quatrième vient du sacrement lui-même, à savoir, du
caractère, qui demeure de manière indélébile. Il
serait donc fait tort au sacrement si le baptême était
répété, comme si la première sanctification
n’avait pas suffi. De plus, le sacrement lui-même est une certaine
régénération. Or, la génération de tous
n’a lieu qu’une fois. Mais ce dont on ne sait pas si cela a eu
lieu n’est pas répété. De sorte que si l’on
constate avec certitude une certaine carence dans le baptême, affectant
ce qui fait partie de l’essence du sacrement, le baptême doit
être absolument répété sous cette forme : «Je
te baptise, si tu n’es pas baptisé, au nom du Père,
etc.» |
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[14454] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 1 ad
1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut in Eucharistiae sacramento sanctificatur materia,
ita in Baptismo sanctificatur recipiens characteris impressionem. Unde sicut
fieret injuria Eucharistiae, si hostia consecrata consecraretur iterum; ita
fit injuria Baptismo, si aliquis semel baptizatus iterum baptizaretur: quia
sicut ibi sanctificatio refertur ad materiam, ita hic ad suscipientem
sacramentum. |
1. De même que, dans le sacrement de
l’eucharistie, la matière est sanctifiée, de même,
dans le baptême, celui qui reçoit l’impression du
caractère est-il sanctifié. De même qu’on ferait
injure à l’eucharistie, si l’hostie consacrée
était à nouveau consacrée, de même serait-il fait
injure au baptême, si quelqu’un qui est déjà
baptisé était baptisé de nouveau. Car, de même que
là la sanctification se rapporte à la matière, de
même ici [se rapporte-t-elle] à celui qui reçoit le
sacrement. |
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[14455] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quamvis gratia sit dignior effectus Baptismi quam character, et sit quodammodo principalior; non tamen est ita proprius effectus ejus, et in hoc non ita principalis: quia gratia amissa, per alia sacramenta recuperari potest; et ideo non oportet quod ad ipsam recuperandam iteretur Baptismus. |
2. Bien que la grâce soit un effet du baptême plus digne que le caractère et soit, d’une certaine manière, plus importante, toutefois elle n’en est pas un effet aussi propre et ainsi, elle n’est pas aussi importante, car la grâce perdue peut être récupérée par d’autres sacrements. C’est pourquoi il n'est pas nécessaire que le baptême soit répété pour la récupérer. |
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[14456] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod si plures simul immergerent, ita quod uterque diceret, ego te baptizo etc., baptizatum esset; quamvis peccarent non servantes ritum Ecclesiae: nec tamen essent puniendi tamquam iterantes Baptisma, nisi hoc intenderent: quia contingit eamdem actionem et ab uno et a pluribus exerceri; non autem contingit eamdem actionem esse quae in diversis temporibus fit. Si autem dicant: nos baptizamus te, non erit Baptismus: quia non servatur debita forma, ut supra, dist. 3, qu. 1, art. 2, quaestiunc. 2, dictum est. Similiter non erit Baptismus, si unus sit mancus et alius mutus, uno proferente verba, et alio immergente: quia ipsa verba formae ostendunt quod ab eodem debet fieri immersio et verborum pronuntiatio. |
3. Si les deux immergeaient ensemble, de sorte que les deux diraient: «Je te baptise, etc.», il aurait été baptisé, bien qu’ils auraient péché en n’observant pas le rite de l’Église. Toutefois, ils ne devraient pas être punis comme s’ils avaient répété le baptême, à moins qu’ils en aient eu l’intention, car il arrive que la même action soit exercée par un seul et par plusieurs, mais il n’arrive pas que ce soit la même action qui soit posée à divers moments. Mais s’ils disent : «Nous te baptisons», il n’y aura pas de baptême, car la forme appropriée n’est pas observée, comme on l’a dit plus haut, d. 3, q. 1, a. 2, qa 2. De même, il n’y aura pas baptême si l’un est manchot et l’autre muet, alors qu’un seul prononce les paroles et l’autre fait l’immersion, car les paroles mêmes de la forme montrent que l’immersion et la prononciation des paroles doivent être faites par le même. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14457] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod in Baptismo duo considerantur; scilicet substantia sacramenti, et
solemnitas; et quantum ad substantiam sacramenti non est aliquod tempus
determinatum ad Baptismum; immo quolibet die et qualibet hora Baptismus
celebrari potest. Sed solemnis celebratio Baptismi in Ecclesia habet tempus
deputatum, scilicet duplex sabbatum, de quo in littera dicitur; cujus ratio
est, quia Baptismus habet efficaciam ex duobus; scilicet ex virtute spiritus
sancti; et ideo in vigilia Pentecostes celebratur solemniter Baptismus: item
ex passione Christi, cujus morti aliquis configuratur per Baptismum quasi
consepultus Christo in mortem, ut dicitur, Rom. 6; et ideo celebratur solemniter
in die sepulturae Christi, idest in vigilia Paschae. |
Dans le baptême, deux choses sont considérées : la substance du sacrement et sa solennité. Pour ce qui est de la substance du sacrement, aucun moment n’est déterminé pour le baptême ; bien plus, le baptême peut être célébré n’importe quel jour et à n’importe quelle heure. Mais la célébration solennelle du baptême dans l’Église a un moment assigné, à savoir, les deux samedis dont on parle dans le texte. La raison en est que le baptême tire son efficacité de deux choses : la puissance du Saint-Esprit, et c’est la raison pour laquelle le baptême est célébré solennellement lors de la vigile de la Pentecôté ; et aussi la passion du Christ, à la mort duquel l’on est rendu conforme par le baptême, comme si l’on était enseveli avec lui dans la mort, comme il est dit dans Rm 6. Et c’est la raison pour laquelle il est célébré solennellement le jour de la sépulture du Christ, c’est-à-dire durant la vigile pascale. |
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[14458] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in necessitate non oportet expectare ista duo tempora. Unde dicitur, de Consecr., dist. 3: de catechumenis baptizandis in decretum est ut in paschali festivitate vel Pentecostes veniant ad Baptismum; in ceteris autem solemnitatibus infirmi tantum debent baptizari. Et quia pueri infirmi computantur propter naturae imbecillitatem, et propter periculum damnationis, a qua non possunt aliter liberari; ideo nunc ipsi pueri baptizantur ut in pluribus, et non expectantur haec duo tempora, sicut in adultis expectari solebant. |
1. En cas de nécessité, il ne faut pas attendre ces deux moments. Ainsi est-il dit [dans le Décret], «Sur la consécration», d. 3 : «À propos des catéchumènes qui doivent être baptisés, il a été décrété qu’il s’approchent du baptême lors de la fête de Pâques ou de la Pentecôte. Lors des autres solennités, les malades seulement doivent être baptisés.» Et parce que les enfants sont comptés au nombre des malades en raison de la faiblesse de la nature et du danger de damnation, dont ils ne peuvent être autrement libérés, c’est la raison pour laquelle maintenant les enfants eux-mêmes sont immédiatement baptisés dans la plupart des cas, et pour laquelle on n’attend pas ces deux moments, comme on avait coutume de les attendre pour les adultes. |
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[14459] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in festo nativitatis recolitur nativitas domini secundum carnem. Nos autem non efficimur fratres ejus nativitate carnis, sed spiritus; et ideo non oportet quod tunc Baptismus celebretur. |
2. Lors de la
fête de la Nativité, on rappelle la naissance du Seigneur selon
la chair. Mais nous, nous ne devenons pas ses frères par la naissance
charnelle, mais [par la naissance] selon l’Esprit. Il n’est donc
pas nécessaire que le baptême soit célébré
à ce moment-là. |
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[14460] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod per Baptismum Christi est tantum materia praeparata ad actum Baptismi;
sed virtus agens in Baptismo est meritum passionis Christi, et virtus spiritus
sancti. Et quia agens in omnibus est principalius quam materia, ideo potius
in duobus determinatis temporibus Baptismus celebrari debet quam in Epiphania.
Tamen ideo non est specialiter institutum Baptismum celebrari in die illa, ut
excluderetur error quorumdam, qui dicebant, nunquam Baptismum, posse conferri
nisi in die illa qua dominus baptizatus est. |
3. Par le baptême du Christ, seule la matière a été préparée en vue de l’acte du baptême. Mais la puissance agissante dans le baptême est le mérite de la passion du Christ et la puissance du Saint-Esprit. Et parce que l’agent est en toutes choses plus important que la matière, le baptême doit être plutôt célébré aux deux moments déterminés que lors de l’Épiphanie. Toutefois, il n’a pas été établi que le baptême devait être célébré ce jour-là au point d’écarter l’erreur de certains qui disaient que le baptême ne pouvait jamais être conféré que le jour où le Seigneur a été baptisé. |
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[14461] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod homo in Baptismo configuratur passioni Christi per modum cujusdam consepelitionis, ut apostolus, Rom. 6, dicit; et ideo in die sepulturae congruentius fit quam in die passionis. |
4. Par le baptême, l’homme est rendu conforme à la passion du Christ comme étant enseveli avec lui, comme le dit l’Apôtre en Rm 6. C’est pourquoi [le baptême] est donné le jour de sa sépulture avec plus de convenance que le jour de sa passion. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14462] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod
Dionysius prosequitur ritum Baptismi qui in primitiva Ecclesia servabatur in
solemni celebratione Baptismi, quando adulti ad Baptismum veniebant; et ideo
quatuor per ordinem ponit; quorum primum pertinet ad catechismum, secundum ad
exorcismum, tertium ad Baptismum, quartum ad Baptismi complementum. Quantum
ad catechismum pertinent haec quae hic per ordinem tanguntur. Primo instructio de fide per
praedicationem episcopi. Secundo conversio infidelis ad fidem, et accessus ad
episcopum mediante patrino, quem anadochum dicit. Tertio gratiarum actio et
oratio ab episcopo et clericis facta. Quarto petitio Baptismi et professio
observantiae Christianae religionis. Quinto manus impositio, et signatio ejus
signo crucis. Sexto conscriptio baptizandi et anadochi. Sed quantum ad
exorcismum ponuntur quatuor. Primo exsufflatio versus Occidentalem partem, et
abrenuntiatio. Secundo manuum ad caelum erectio cum sacra confessione fidei,
et professione Christianae religionis. Tertio oratio, benedictio, et manus
impositio. Quarto denudatio, et unctio oleo sancto, quod dicitur ad
catechumenos. Sed quantum ad Baptismum ponit trinam immersionem cum aliis
quae requiruntur ad Baptismum; quantum vero ad perfectionem Baptismi, quae
consequitur, ponit tria scilicet vestis traditionem, linitionem chrismatis in
vertice, et Eucharistiae perceptionem. |
Denys suit le rite du baptême qui était
observé dans l’Église primitive lors de la
célébration solennelle du baptême, alors que des adultes
s’approchaient du baptême. C’est pourquoi il
présente quatre choses successivement : la première se
rapporte au catéchisme ; la deuxième, à
l’exorcisme ; la troisième, au baptême ; la
quatrième, à un complément du baptême. Ce qui se
rapporte au catéchisme est abordé successivement.
Premièrement, l’instruction par la prédication de
l’évêque à propos de la foi. Deuxièmement,
la conversion de l’infidèle à la foi et sa venue
auprès de l’évêque, accompagné de son
parrain, qu’il appelle anadochos. Troisièmement, l’action
de grâce et la prière faites par l’évêque et
les clercs. Quatrièmement, la demande du baptême et la
profession de l’observance de la religion chrétienne.
Cinquièmement, l’imposition de la main et la marque faite sur
lui du signe de la croix. Sixièmement, l’inscription de celui
qui doit être baptisé et du parrain. Mais, en ce qui concerne
l’exorcisme, quatre choses sont présentées.
Premièrement, le souffle vers l’occident et la
rénonciation. Deuxièmement, l’élévation des
mains vers le ciel, accompagnée d’une sainte profession de foi
et de la profession de la religion chrétienne. Troisièmement, la
prière, la bénédiction et l’imposition des mains.
Quatrièmement, la mise à nu et l’onction d’huile
sainte, ce qui est dit pour les catéchumènes. En ce qui
concerne le baptême, [Denys] présente la triple immersion avec
les autres choses qui sont requises pour le baptême ; mais, en ce
qui concerne la perfection du baptême qui suit, il présente
trois choses : la passation du vêtement, l’onction avec le
chrême sur le front et la réception de l’eucharistie. |
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[14463] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod Dionysius tradit ritum Baptismi quantum ad maximam sui
solemnitatem; et ideo non ponit solum ministrum sufficientem, sed excellentem. |
1. Denys transmet le rite du baptême selon sa plus grande solennité. C’est pourquoi il ne présente pas seulement le ministre qui suffit, mais [le ministre] le plus élevé. |
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[14464] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod circa Baptismum ut ex praedictis patet, triplex manus
impositio datur. Una in catechismo, ut homo in fide roboretur in seipso; alia in exorcismo,
ut roboretur in pugna adversus Diabolum; tertia in confirmatione, ut
roboretur in confessione fidei contra pressuras mundi. |
2. Comme cela ressort de ce qui a été dit, il existe une triple imposition de la main lors du baptême. L’une, lors du catéchisme, afin que l’homme soit renforcé en lui-même dans la foi. Une autre, lors de l’exorcisme, afin qu’il soit renforcé dans le combat contre le Diable. La troisième, lors de la confirmation, afin qu’il soit renforcé dans la confession de la foi contre les afflictions du monde. |
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[14465] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod de illis sacramentalibus quae pertinent ad
solemnitatem Baptismi, quaedam fuerunt in primitiva Ecclesia quae nunc non
sunt; et quaedam postea superaddita sunt. Unde exorcismo aliquid subtractum
est, ut patet per ritum quem docet Rabanus, scilicet conversio ad
Occidentalem partem et Orientalem; et aliquid additum, scilicet salis
cibatio, et aurium et naris sputo linitio, ad designandum remotionem illorum
quae praecipue possunt impedire fidei doctrinam, cujus sacramentum
percipiendum est. Potest enim impediri ne recipiatur, et contra hoc
adaperiuntur aures sputo ad recipiendum fidem ex auditu per verbum Dei, et nares
ad quaerendum doctrinam fidei per odorem bonum notitiae suae sparsum in
conversatione et doctrina sanctorum; ad similitudinem ejus quod dominus luto
ex sputo facto linivit oculos caeci nati. Ideo autem oculi non liniuntur,
quia visus inventioni servit, fides autem non est per inventionem humanam.
Potest etiam impediri divulgatio fidei in confitentibus et docentibus ipsam;
et ideo apponitur in ore sal discretionis, ut omnis sermo fidelium sit sale
conditus. |
3. Parmi ces sacramentaux qui se rapportent à la solennité du baptême, certains existaient dans l’Église primitive pour la solennité du baptême, qui n’existent plus maintenant, et certains ont été ajoutés par la suite. Ainsi, quelque chose a été enlevé à l’exorcisme, comme cela ressort du rite qu’enseigne Raban, à savoir, le fait de se tourner vers l’occident et l’orient, et quelque chose a été ajouté, à savoir, le fait de donner du sel à manger et de frotter les oreilles et les narines avec de la salive, pour indiquer l’enlèvement de qui peut le plus empêcher l’enseignement de la foi, dont le sacrement doit être reçu. En effet, il peut être empêché d’être reçu : contre cela, les oreilles sont ouvertes avec de la salive afin de recevoir la foi qui vient de l’écoute de la parole de Dieu, et les narines [le sont] afin de chercher l’enseignement de la foi par la bonne odeur de sa connaissance diffusée dans le comportement et l’enseignement des saints, comme le Seigneur a oint avec de la salive les yeux de l’aveugle né. C’est pourquoi les yeux ne sont pas oints, car la vue sert à la découverte, mais la foi ne relève pas de la recherche humaine. La diffusion de la foi peut être aussi empêchée chez ceux qui la confessent et l’enseignent. C’est pourquoi on dépose le sel de la discrétion dans la bouche, afin que toute parole des fidèles soit assaisonnée de sel. |
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[14466] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1
qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod
circa Baptismum est triplex inunctio. Una ante Baptismum, quae fit oleo
sancto, quod dicitur ad catechumenos et hoc secundum Dionysium et Ambrosium,
fit in signum pugnae contra inimicum, sicut athletae inunguntur; vel secundum
Rabanum, ut nullae reliquiae latentis inimici resideant: quia quod emollitum
est, facilius ablui ab intrinsecis sordibus potest. Secunda fit post Baptismum chrismate
in vertice, ut sicut per ablutionem aquae significatur emundatio a peccatis.
Ita per chrismatis linitionem in vertice significetur gratia collata in mente
ad bene operandum, ut odor boni exempli ad alios diffundatur. Tertia fit in
confirmatione, de qua post dicetur. |
4. Lors du baptême, il y a une triple onction. L’une, avant le baptême, qui est faite avec de l’huile sainte : elle est destinée aux catéchumènes. Selon Denys et Ambroise, elle est donnée en signe de combat contre l’ennemi, à la manière dont les athlètes sont oints ; ou, selon Raban, afin qu’aucun vestige de l’ennemi caché ne demeure, car ce qui a été ramolli peut être plus facilement lavé de ses souillures internes. La deuxième est donnée avec le chrême sur le front après le baptême, afin de signifier la purification des péchés, comme l’ablution avec l’eau, de sorte que, par l’onction de chrême sur le front, soit signifiée la grâce donnée à l’intérieur de l’esprit afin de bien agir ; ainsi, l’odeur du bon exemple se diffuse pour les autres. La troisième est donnée lors de la confirmation, dont on parlera plus loin. |
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[14467] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 1
qc. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod
illa linitio chrismatis non est sacramentum confirmationis, sed datur tantum
in signum, sicut et vestis candida, et candela accensa; ut per vestem
candidam significetur novitas vitae et puritas, per chrisma odor bonae famae,
per candelam accensam veritas doctrinae. Eucharistiae autem perceptio non
ponitur a Dionysio quasi sacramentale Baptismi, sed quia jam baptizatus est
configuratus admittitur ad sacramentalem mensam; et iterum quia omne
sacramentum per Eucharistiam consummatur, ut Dionysius dicit. |
5. Cette onction avec le chrême n’est pas le sacrement de la confirmation, mais elle est donnée seulement comme un signe, comme le vêtement blanc et le cierge allumé. Par le vêtement blanc sont signifiées la vie nouvelle et la pureté ; par le chrême, l’odeur de la bonne réputation ; par le cierge allumé, la vérité de la doctrine. Mais la réception de l’eucharistie n’est pas présentée par Denys comme un sacramental du baptême, mais parce que celui qui a déjà été baptisé et qui est déjà rendu conforme est admis à la table sacramentelle, et aussi, parce que tout sacrement est consommé dans l’eucharistie, comme le dit Denys. |
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Articulus 2 [14468] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 2 tit. Utrum catechismus Baptismum praecedere debeat |
Article
2 – Est-ce que le catéchisme doit précéder le
baptême ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le catéchisme doit-il
précéder le baptême ?]
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[14469] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod catechismum
Baptismum praecedere non debeat. Quia, sicut dicit Augustinus in Lib. de
catechizandis rudibus: narratio plena est cum quisque primo catechizatur,
ab eo quod scriptum est, in principio creavit Deus caelum et terram, usque ad
praesentia tempora Ecclesiae. Sed hoc non potest fieri nisi longissimo
tempore. Cum ergo periculosum sit tantum differri Baptismum, videtur quod non
debeat Baptismum catechismus praecedere. |
1. Il semble que le catéchisme ne doive pas précéder le baptême, car, comme le dit Augustin dans le livre La catéchèse des gens simples : «Le récit est complet lorsque chacun est d’abord catéchisé à propos de ce qui est écrit : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, jusqu’à l’époque présente de l’Église.» Or, cela ne peut se faire que sur une très longue période. Puisqu’il est dangereux de tellement reporter le baptême, il semble que le catéchisme ne doive pas précéder le baptême. |
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[14470] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Matth. 7, 6, dicitur: nolite sanctum dare canibus. Sed sanctum ibi dicitur doctrina sacra, quae non est committenda immundis, ut Dionysius dicit. Cum ergo non baptizati sint immundi, videtur quod non debeant catechizari non baptizati. |
2. Il est dit en Mt 7, 6 : Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré. Or, on appelle ici «sacré» l’enseignement sacré, qui ne doit pas être confié aux impurs, comme le dit Denys. Puisque les non-baptisés sont impurs, il semble que les non-baptisés ne doivent pas être catéchisés. |
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[14471] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Baptismus est spiritualis regeneratio, per quam datur esse spirituale, ut Dionysius dicit. Sed prius est accipere esse quam doctrinam. Ergo Baptismus debet praecedere catechismum. |
3. Le baptême est une régénération spirituelle, par laquelle il est donné d’exister spirituellement, comme le dit Denys. Or, il faut d’abord recevoir l’existence avant l’enseignement. Le baptême doit donc précéder le catéchisme. |
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[14472] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 1 S.c. 1 Sed
contra est quod dicitur Matth. ult., 19: docete omnes gentes, baptizantes
eos et cetera. Ergo doctrina fidei quae ad catechismum pertinet, debet praecedere Baptismum. |
S.c. 1 – En sens contraire, il est dit en Mt 28, 19 : Enseignez toutes les nations, les baptisant, etc. L’enseignement de la foi, qui relève du catéchisme, doit donc précéder le baptême. |
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[14473] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 1 S.c. 2 Praeterea, nullus digne accedit ad Baptismum qui fictus accedit. Sed non credens reputatur fictus secundum Augustinum. Cum ergo fides sit ex auditu, auditus autem per verbum Christi, ut dicitur Rom. 10, videtur quod oporteat prius instrui aliquem per verbum Christi quam ad Baptismum accedat. |
S.c. 2 – Personne ne s’approche du baptême par feinte. Or, le non-croyant est considéré comme quelqu’un qui feint, selon Augustin. Puisque la foi vient de l’écoute, et l’écoute, de la parole du Christ, comme il est dit en Rm 10, il semble qu’il faille d’abord être instruit par la parole du Christ avant de s’approcher du baptême. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Est-ce que catéchiser est une fonction du prêtre ?] |
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[14474]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod catechizare non sit officium
sacerdotis. Quia, secundum Dionysium in Ecclesiast. Hierarch., diaconi habent officium
super omnes immundos, quia ipsi habent purgativam virtutem. Sed primus gradus
immundorum sunt cathecumeni, ut ipse dicit. Ergo ad diaconos pertinet eorum
instructio. |
1. Il semble que catéchiser ne soit pas une fonction du prêtre, car, selon Denys, dans la Hiérarchie ecclésiastique, les diacres exercent leur fonction sur tous les impurs parce qu’ils ont une puissance purificatrice. Or, le premier degré des impurs, ce sont les catéchumènes, comme il le dit. Leur instruction relève donc des diacres. |
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[14475] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, illius videtur esse instruere baptizandum cujus est ad Baptismum eum adducere. Hoc autem est anadochi, idest patrini, secundum Dionysium, et non sacerdotis. Ergo et catechizare non erit sacerdotis officium. |
2. Il semble qu’il revient à celui qui doit le conduire au baptême d’instruire celui qui doit être baptisé. Or, cela relève de l’anadochos, c’est-à-dire du parrain, selon Denys, et non du prêtre. Catéchiser ne relèvera donc pas de la fonction du prêtre. |
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[14476] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 3 Sed contra est quod dicit Nicolaus Papa: catechismi baptizandorum a sacerdotibus uniuscujusque Ecclesiae fieri possunt. Ergo videtur esse officium sacerdotum. |
3. En sens contraire, le pape Nicolas dit : «Le catéchisme pour ceux qui doivent être baptisés peut être fait par les prêtres de chaque église.» Il semble donc que cela relève de la fonction des prêtres. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les enfants doivent-ils être catéchisés ?] |
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[14477]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod pueri non debeant catechizari. Frustra
enim adhibetur instructio ei qui non est perceptibilis disciplinae. Sed puer
non est perceptibilis disciplinae, quia non habet usum liberi arbitrii. Ergo
non debet ei instructio adhiberi. |
1. Il semble que les enfants ne doivent pas être catéchisés. En effet, c’est en vain que l’instruction est donnée à celui qui ne peut recevoir l’enseignement. Or, l’enfant ne peut recevoir l’enseignement, car il n’a pas l’usage du libre arbitre. On ne doit donc pas lui donner une instruction. |
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[14478] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, in
catechismo requiritur confessio fidei, et professio Christianae religionis,
ut per Dionysium patet. Sed hoc per se puer
facere non potest, nec aliquis pro puero: quia nullus potest ex voto alterius
obligari. Ergo videtur quod non debeant pueri catechizari. |
2. Pour le catéchisme, il faut une confession de la foi et une profession de la religion chrétienne, comme cela ressort de Denys. Or, l’enfant ne peut faire cela par lui-même, et personne ne le peut pour l’enfant, car personne ne peut être obligé par le vœu d’un autre. Il semble donc que les enfants ne doivent pas être catéchisés. |
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[14479] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
si ipse pro puero confitetur ergo videtur quod ipse patrinus obligetur ad
instruendum puerum de his quae pertinent ad fidem Christianam; et ita videtur
quod sit valde periculosum puerum de sacro fonte levare, cum raro aliquis de
pueri instructione curam gerat. |
3. Si le parrain confesse pour l’enfant, il semble que le parrain lui-même soit obligé d’instruire l’enfant de ce qui se rapporte à la foi chrétienne. Et ainsi, il semble qu’il soit très dangereux de relever un enfant des fonts baptismaux, puisqu’il est rare que quelqu’un s’occupe de l’instruction de l’enfant. |
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[14480] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 3 S.c. 1 Sed
contra est quod ritus Baptismi debet in omnibus similiter observari, ut
ostendatur unitas Baptismi. Si ergo adulti catechizantur, et similiter pueri
catechizari debent. |
S.c. 1 – En sens contraire, le rite du baptême doit être observé de la même façon par tous, afin que soit montrée l’unité du baptême. Si donc les adultes sont catéchisés, de la même façon les enfants doivent-ils l’être. |
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[14481] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 3 S.c. 2 Praeterea, ad hoc est
generalis Ecclesiae consuetudo. |
S.c 2 – Une coutume générale de l’Église va dans ce sens. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14482] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 2 a. 2 qc. 1 co. Respondeo
dicendum ad primam quaestionem, quod sicut in aliis scientiis et doctrinis
quaedam sunt communia, quibus ignoratis necesse est artem ignorare; quaedam
autem propria, quae sine ignorantia illius doctrinae ignorari possunt; ita
etiam in doctrina fidei quaedam dicuntur quae sunt fidei communia rudimenta,
ad quae credenda explicite omnes tenentur, sicut est fides Trinitatis, et
incarnationis, et passionis, et divini judicii, et providentiae Dei de factis
hominum; et talis instructio catechismus dicitur: de aliis autem debet
instrui post Baptismum temporis processu. |
De même que, dans les autres sciences et enseignements, certaines choses sont communes, dont l’ignorance entraîne nécessairement l’ignorance de l’art, alors que d’autres sont propres, qui peuvent être ignorées sans qu’on ignore cet enseignement, de même aussi, dans l’enseignement de la foi, on parle de certaines choses qui sont les rudiments communs de la foi, que tous sont tenus de croire explicitement, comme la foi en la Trinité, en l’incarnation, en la passion, au jugement divin et à la providence de Dieu sur les actes des hommes. C’est une telle instruction qu’on appelle catéchisme. Mais on doit être instruit des autres choses après le baptême, au fil du temps. |
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[14483] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod non est necessarium quod omnia in particulari addiscat quae in tota Biblia continentur sed in quadam summa, ut scilicet videat quomodo in quolibet statu mundi Deo fuit cura de omnibus. |
1. Il n’est pas nécessaire qu’il apprenne d’une manière particulière ce qui est contenu dans l’ensemble de la Bible, mais en résumé, afin qu’il voie comment, dans tous les états du monde, Dieu s’est occupé de tous. |
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[14484] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod dominus loquitur de illis immundis qui fidei
contrariantur non de illis qui ad fidem accedere volunt; unde sequitur: ne
ipsi conversi dirumpant vos. |
2. Le Seigneur parle des impurs qui s’opposent à la foi, et non de ceux qui veulent accéder à la foi. Aussi continue-t-il : De crainte qu’ils ne se retournent contre vous pour vous déchirer. |
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[14485] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod generatio naturalis non praesupponit aliquam
cognitionem; et ideo non potest praeexistere aliqua instructio; sed spiritualis
regeneratio praesupponit vitam naturalem; et ideo potest praeexistere aliqua
instructio. |
3. La génération naturelle ne présuppose pas une certaine connaissance; aussi n’est-il pas nécessaire qu’elle soit précédée d’une certaine instruction. Mais la régénération spirituelle présuppose la vie naturelle; c’est pourquoi une certaine instruction peut la précéder. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14486] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 2 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod triplex est instructio fidei. Una admonitoria, qua
quis ad fidem convertitur, et haec proprie est sacerdotum, quorum est
praedicare et docere; unde et Dionysius, hanc instructionem episcopo
attribuit. Alia est instructio disciplinalis, qua quis instruitur qualiter ad
Baptismum accedere debet, et quid credere debeat; et haec pertinet ad
officium diaconi, et per consequens sacerdotis: quia quidquid est diaconi,
est etiam sacerdotis. Tertia, quae sequitur Baptismum, et haec pertinet ad anadochum, et ad
praelatos Ecclesiae. Praelati enim Ecclesiae habent quasi doctrinam
generalem, quae per officium anadochi specialiter ad hunc vel illum adaptatur
secundum quod ei competit. |
Il existe une triple instruction de la foi. L’une a
le caractère d’avertissement : par elle, on est converti
à la foi. Cette [instruction] relève en propre des
prêtres, à qui il appartient de prêcher et
d’enseigner. Aussi Denys attribue-t-il cette instruction à
l’évêque. Une autre instruction a le caractère
d’enseignement : par elle, on est instruit de la manière
dont on doit accéder au baptême et dont on doit croire. Celle-ci
relève de la fonction du diacre et, par conséquent, du
prêtre, car tout ce qui relève du diacre relève aussi du
prêtre. La troisième, qui suit le baptême : celle-ci
relève de l’anadochos et des prélats de
l’Église. En effet, les prélats de l’Église
exercent un enseignement pour ainsi dire général, qui est
adapté par l’anadochos à tel ou tel, selon
qu’il lui convient. |
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[14487] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod in primitiva Ecclesia, quando adulti ad Baptismum
veniebant, qui magna instructione indigebant, hoc per diaconos exercebatur,
sacerdotibus circa majora occupatis; et ideo Dionysius diaconibus attribuit. |
1. Dans l’Église primitive, alors que des adultes venaient au baptême, qui avaient besoin de beaucoup d’instruction, celle-ci était exercée par les diacres, pendant que les prêtres s’occupaient de choses plus importantes. C’est pourquoi Denys l’attribuait aux diacres. |
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[14488] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod anadochus non instruit ante Baptismum de fide, sed
conversum jam recipit, ad instructionem praesentans. |
2. L’anadochos ne donne pas d’instruction sur la foi avant le baptême, mais il accueille celui qui est déjà converti pour le présenter à l’instruction. |
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[14489] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quidquid est diaconi, licet etiam sacerdotibus facere;
unde per hoc non removetur quin catechizare sit officium diaconi. |
3. Tout ce qui relève du diacre, il est aussi permis au prêtre de le faire. Aussi n’est-il pas écarté par cela que catéchiser soit une fonction du diacre. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14490] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 2 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod catechismus
est quasi quaedam dispositio ad Baptismum. Dispositiones autem debent proportionari
illis ad quae disponunt; unde in adultis, in quibus in Baptismo requiritur propria
fides et propria voluntas, requiritur etiam quod ipse per se catechizetur, et
per se confiteatur, et Christianam religionem profiteatur. In puero autem
cujus Baptismus operatur tantum ex fide Ecclesiae et merito Christi, fit
instructio mediante alio; unde eadem quibus instruendus est, proponuntur
praesente anadocho, cui committitur in his instruendus; et ipse loco ejus
confessionem et professionem facit. |
Le catéchisme est comme une disposition au
baptême. Or, les dispositions doivent être proportionnées
à ce à quoi elles disposent. Aussi, chez les adultes, de la
part de qui sont requises une foi et une volonté propres pour le
baptême, est-il exigé aussi qu’ils soient eux-mêmes
catéchisés, qu’ils confesse [la foi] par eux-mêmes
et qu’ils professent la religion chrétienne. Mais chez
l’enfant, dont le baptême est réalisé seulement en
vertu de la foi de l’Église et du mérite du Christ,
l’instruction est réalisée par
l’intermédiaire d’un autre. Aussi les choses dont il doit
être instruit sont-elles proposées en présence de
l’anadochos, à qui il est confié de l’instruire de
ces choses. Et lui-même confesse et fait la profession à sa
place. |
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[14491] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis non sit tunc actu perceptibilis disciplinae, tamen habet hujusmodi perceptibilitatem in radice quantum ad potentiam rationis quam habet ex natura, et quantum ad habitum fidei, quem recipit in Baptismo. |
1. Bien qu’il ne soit pas alors capable de recevoir un enseignement en acte, toutefois il a à la source la capacité de le recevoir pour ce qui est de la puissance de la raison, qu’il possède naturellement, et pour ce qui de l’habitus de foi, qu’il reçoit par le baptême. |
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[14492] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quamvis puer confiteri non possit per se, vel profiteri, tamen alius vicem ejus supplet, non quidem suam propriam fidem confitens sed fidem pueri, et quantum ad id quod nunc est, ut sit sensus: credo, idest, sacramentum fidei praesto sum accipere, in persona pueri loquens, ut Augustinus exponit, et quantum ad id quod futurum est, ut fit sensus, credo, idest, quando ad perfectam aetatem veniam, fidei consentiam, ut Dionysius exponit; et hoc quidem confiteri potest ex proposito solicitudinis circa ipsum adhibendae, ut alio modo possit esse sensus, credo, idest, operam dabo ad hoc quod credat; et in hoc ipse puer obligatur, et anadochus: quia de illis ad quae omnes tenentur, non est inconveniens si unus alium obliget; secus autem est de consiliis, ad quae non omnes tenentur. |
2. Bien que l’enfant ne puisse pas confesser ou professer par lui-même, un autre tient cependant sa place, en ne confessant pas sa propre foi, mais la foi de l’enfant, selon ce qu’il est alors, de sorte que le sens est : «Je crois», c’est-à-dire : «Je suis prêt à recevoir le sacrement de la foi», en parlant en la personne de l’enfant, comme l’explique Augustin. Et selon ce que [l’enfant] deviendra, de sorte que le sens est : «Je crois», c’est-à-dire : «Je consentirai à la foi lorsque je serai devenu adulte», comme l’explique Denys. Et [le parrain] peut confesser cela parce qu’il a l’intention de s’en occuper, de sorte qu’il puisse y avoir un autre sens : «Je crois», c’est-à-dire : «Je prendrai soin qu’il croie.» Et par cela, l’enfant lui-même et l’anadochos sont obligés, car, pour ce à quoi tous sont obligés, il n’y a pas d’inconvénient à ce que l’un oblige l’autre. Mais il en va autrement des conseils, auxquels tous ne sont pas tenus. |
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[14493] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod non est ibi magnum periculum quantum ad modernum tempus: quia parentes pueri sunt Christiani, et satis probabiliter potest aestimari quod eum in fide nutrient, et etiam ex aliis quibus convivet, fidem addiscet. Secus autem erat in primitiva Ecclesia, ubi pueri cum infidelibus conversabantur; et ideo diligentior cura adhibenda erat ab anadocho vel patrino. Et similiter etiam nunc, si pueri parentes de infidelitate suspecti essent, vel si inter infideles conversaturus forte puer esset. |
3. Il n’y a pas là un grand danger pour l’époque récente, car les parents de l’enfant sont chrétiens, et l’on peut estimer avec une probabilité suffisante qu’ils l’élèveront dans la foi et qu’il apprendra la foi des autres avec qui il vivra. Mais il en allait autrement dans l’Église primitive, où les enfants vivaient avec les infidèles ; c’est pourquoi un soin plus attentif devait être donné par l’anadochos ou le parrain. Et il en ira de même maintenant, si les parents de l’enfant étaient soupçonnés d’infidélité ou si l’enfant devait peut-être vivre au milieu d’infidèles. |
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Articulus 3 [14494] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 3 tit. Utrum exorcismus Baptismum praecedere debeat |
Article
3 – Est-ce que l’exorcisme doit précéder le
baptême ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [L’exorcisme doit-il précéder
le baptême ?]
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[14495] Super Sent.,
lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur
quod exorcismus in eodem non debeat praecedere Baptismum. Exorcismi enim
contra energumenos instituti sunt. Sed non omnes qui accedunt ad Baptismum,
sunt energumeni. Ergo non omnes sunt exorcizandi. |
1. Il semble que l’exorcisme ne doive pas
précéder le baptême chez la même personne. En
effet, l’exorcisme a été établi contre les
énergumènes. Or, tous ceux qui accèdent au baptême
ne sont pas des énergumènes. Tous ne doivent donc pas
être exorcisés. |
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[14496] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, prius debet curari causa quam curetur effectus. Sed peccatum est causa quare in quibusdam Diabolus potestatem habeat. Si ergo exorcismi sunt ad potestatem Diaboli pellendam, videtur quod prius deberet aliquis per Baptismum a peccato mundari quam per exorcismum a potestate Diaboli. |
2. La cause doit d’abord être guérie avant de guérir l’effet. Or, le péché est la cause par laquelle le démon possède un pouvoir. Si donc les exorcismes visent à écarter le pouvoir du Diable, il semble que l’on doive être purifié du péché par le baptême avant d’être soustrait au pouvoir du Diable par l’exorcisme. |
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[14497] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, ad idem superfluum est diversa remedia ordinari. Sed ad potestates Daemonis arcendas sufficit aqua benedicta. Ergo non oportet ad hoc alios exorcismos esse. |
3. Il est superflu d’ordonner divers remèdes pour la même chose. Or, l’eau bénite suffit pour contenir les pouvoirs du démon. Il n’est donc pas nécessaire qu’il existe d’autres exorcismes. |
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[14498] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 1 S.c. 1 Sed contra est quod Caelestinus Papa dicit: sive parvuli sive juvenes ad regenerationis veniant sacramentum, non fontem vitae prius adeant quam exorcismis et exsufflationibus clericorum immundus spiritus ab eis abjiciatur. |
S.c. 1 – En sens contraire, le pape Célestin dit : «Que ce soient des enfants ou des jeunes qui viennent au sacrement de la régénération, qu’ils ne s’approchent pas de la fontaine de vie avant que l’esprit impur ait été rejeté d’eux par les exorcismes et les insufflations des clercs.» |
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[14499] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 1 S.c. 2 Praeterea,
alia quae sanctificantur, prius exorcizantur, sicut patet in aqua benedicta,
et in sale quod apponitur. Cum ergo in Baptismo homo consecretur, videtur quod prius debeat
exorcizari. |
S.c. 2 – Les autres choses qui sont sanctifiées sont d’abord exorcisées, comme cela est clair pour l’eau bénite et pour le sel qu’on donne. Puisque, par le baptême, l’homme est consacré, il semble donc qu’il doive d’abord être exorcisé. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [L’exorcisme a-t-il valeur de signe seulement ?] |
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[14500]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod exorcismus non habeat aliquem
effectum, sed sit ad significandum tantum. Nihil enim plus exigitur ad
sacramentum novae legis nisi quod significet, et efficiat quod significat. Si
ergo ea quae sunt in exorcismo, non solum significant, sed etiam efficiunt,
tunc per se sacramenta sunt, et non sacramentalia. |
1. Il semble que l’exorcisme n’ait aucun effet, mais qu’il n’ait que valeur de signe. En effet, rien n’est exigé de plus d’un sacrement de la loi nouvelle que de signifier et d’accomplir de qu’il signifie. Si donc ce qui se trouve dans l’exorcisme ne signifie pas seulement, mais réalise, alors cela est en soi un sacrement, et non un sacramental. |
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[14501] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sicut exorcismus praecedit Baptismum, ita et quaedam alia sacramentalia consequuntur ipsum, sicut prius dictum est. Sed illa consequentia sunt tantum ad significandum. Ergo et exorcismus. |
2. De même que l’exorcisme précède le baptême, de même certains autres sacramentaux le suivent-ils, comme on l’a dit plus haut. Or, ceux qui suivent n’ont que valeur de signes. Il en est donc de même de l’exorcisme. |
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[14502] Super Sent., lib.
4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
si aliquis exorcizatus puer ante Baptismum moriatur, constat quod hoc eum a
Daemone non liberet. Ergo ad minus in anima ejus exorcismus nullum effectum habuit. |
3. Si un enfant exorcisé meurt avant le baptême, il est reconnu que cela ne le libère pas du démon. Au moins dans son âme, l’exorcisme n’a donc aucun effet. |
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[14503] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 4 Praeterea, sicut dicit Cyprianus: scias nequitiam Diaboli permanere usque ad aquam salutarem posse; in Baptismo autem nequitiam amittere. Sed aliquando etiam post Baptismum exorcismus fit in illis quibus in articulo necessitatis exorcismus omissus fuerit, si periculum evadant. Ergo non liberat a potestate Daemonis, et nullum effectum habere videtur. |
4. Comme le dit Cyprien : «Sache que la malice du Diable demeure jusqu’à ce que tu puisses accéder à l’eau salutaire et rejeter la malice par le baptême.» Or, parfois, l’exorcisme est accompli après le baptême chez ceux pour qui, en raison d’une urgence, l’exorcisme a été omis, s’ils échappent au danger. L’exorcisme ne libère donc pas du pouvoir du démon et ne semble avoir aucun effet. |
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[14504] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 S.c. 1 Sed contra, Gregorius super Ezech.: sacerdos dum per exorcismi gratiam manus imponit credentibus, et habitare malignos spiritus in eorum mente contradicit, quid aliud facit, nisi quia Daemones ejicit ? Ergo habet aliquem effectum. |
S.c. 1 – En sens contraire, Grégoire dit en commentant Ézéchiel : «Le prêtre, lorsqu’il impose les mains aux croyants grâce à l’exorcisme et s’oppose à ce que les esprits malins habitent leur esprit, que fait-il d’autre que de chasser les démons ?» [L’exorcisme] a donc un effet. |
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[14505] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 S.c. 2 Sed contra, exorcismi Salomonis habebant aliquem effectum ad pellendos Daemones. Ergo multo fortius exorcismi Ecclesiae. |
S.c. 2 – Les exorcismes de Salomon avaient un effet pour chasser les démons. À bien plus forte raison, les exorcismes de l’Église en ont-ils donc. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Exorciser relève-t-il seulement de ceux qui ont reçu les ordres sacrés ?] |
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[14506]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod exorcizare sit officium eorum qui
in sacris ordinibus constituuntur. Quia operari in immundis, secundum Dionysium, ad
diaconos pertinet. Sed inter immundos, secundum Dionysium, locum tenent
energumeni. Cum ergo exorcizatio sit ad eos sicut catechizatio ad catechumenos,
videtur quod sit eorum qui sunt in sacris ordinibus. |
1. Il semble qu’exorciser soit une fonction de ceux qui sont établis dans les ordres sacrés, car agir sur les impurs, selon Denys, relève des diacres. Or, parmi les impurs, selon Denys, se trouvent les énergumènes. Puisque l’exorcisme est pour eux ce que le catéchisme pour les catéchumènes, ils semble qu’il relève de ceux qui sont dans les ordres sacrés. |
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[14507] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, catechismus praecedit exorcismum. Sed in artibus operativis ita est, quod operatio principalioris artis semper sequitur, sicut patet de arte quae secat ligna, et quae compaginat navem. Cum ergo catechismus per diaconos vel sacerdotes fiat, videtur quod exorcismus non possit fieri per illos qui sunt in minoribus ordinibus. |
2. Le catéchisme précède l’exorcisme. Or, dans les arts opératoires, l’opération de l’art principal suit toujours, comme il est clair pour l’art qui coupe le bois et qui assemble le navire. Puisque le catéchisme est fait par les diacres ou les prêtres, il semble donc que l’exorcisme ne puisse être fait par ceux qui sont dans les ordres mineurs. |
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[14508] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, ad hoc est consuetudo Ecclesiae: quia exorcizatio solum per sacerdotes fit; quod etiam ex auctoritate Gregorii inducta patet. |
3. La coutume de l’Église va dans ce sens, car l’exorcisme est accompli seulement par des prêtres. Cela ressort aussi clairement de l’autorité de Grégoire invoquée. |
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[14509] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 3 S.c. 1 Sed contra est quod infra, dist. 24, dicit Magister quod ad exorcistas pertinet exorcismos memoriter tenere, manus super energumenos imponere. Ergo cum exorcista non sit sacer ordo, videtur quod ille qui est in minoribus ordinibus constitutus possit exorcizare ex officio. |
S.c. 1 – En sens contraire, il y a ce que dit le Maître plus loin, d. 24, qu’il relève des exorcistes d’accomplir de mémoire les exorcismes et d’imposer les mains aux énergumènes. Puisque l’exorciste n’est pas un ordre sacré, il semble donc que celui qui se trouve dans les ordres mineurs puisse exorciser en vertu de sa fonction. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la sous-question 1
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[14510] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 2 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
propter peccatum hominis Diabolus potestatem accipit in hominem, et in omnia
quae in usum hominis veniunt, in ipsius nocumentum. Et quia nulla conventio
est Christi ad Belial, ideo quandocumque aliquid sanctificandum est ad cultum
divinum, prius exorcizatur, ut liberatum a potestate Diaboli, qua illud in
nocumentum hominis assumere poterat, Deo consecretur; et hoc patet in
benedictione aquae, in consecratione templi, et in omnibus hujusmodi. Unde
cum propria sanctificatio qua homo Deo consecratur, sit in Baptismo, oportet
quod etiam homo prius exorcizetur quam baptizetur, multo fortiori ratione
quam alia res: quia in ipso homine est causa quare Diabolus potestatem
accepit in hominem, et in alia quae sunt propter hominem, scilicet peccatum
originale vel actuale; et haec significant ea quae in exorcismo dicuntur, ut
cum dicitur: recede ab eo Satana, et hujusmodi; et similiter ea quae ibi
fiunt: quia ipsa exsufflatio significat Daemonis expulsionem; benedictio
autem cum manus impositione praecludit expulso viam, ne redire possit; sal
autem in os missum, et narium et aurium sputo linitio significat remotionem
impedimenti ipsius Daemonis respectu fidei docendae vel addiscendae, ut
dictum est; sed olei inunctio significat expeditionem hominis in pugna quam
adversus Diabolum suscipit, a cujus potestate exemptus est. |
À cause du péché de l’homme, le Diable reçoit pouvoir sur l’homme et sur tout ce qui vient à l’usage de l’homme pour lui nuire. Et parce qu’il n’y a rien de commun entre le Christ et Bélial, parfois une chose qui doit être sanctifiée pour le culte divin est d’abord exorcisée afin que, libérée du pouvoir du Diable, par lequel celui-ci pouvait l’utiliser pour nuire à l’homme, elle soit consacrée à Dieu. Cela ressort clairement dans la bénédiction de l’eau, dans la consécration d’une église et dans toutes les choses de ce genre. Ainsi, parce que la sanctification propre par laquelle l’homme est consacré se réalise par le baptême, il est nécessaire que l’homme soit aussi d’abord exorcisé avant d’être baptisé, à bien plus forte raison qu’une autre chose, car la cause pour laquelle le Diable a reçu pouvoir sur l’homme et sur les autres choses qui existent pour l’homme, à savoir le péché originel et actuel, se trouve dans l’homme même. C’est ce que signifie ce qui est dit dans l’exorcisme, comme lorsqu’on dit : «Éloigne-toi de lui, Satan !», et les choses de ce genre ; de même pour les choses qui y sont accomplies, car l’insufflation signifie l’expulsion du démon. La bénédiction accompagnée de l’imposition de la main barre la route à celui qui a été expulsé ; le sel qui est mis dans la bouche et l’onction des narines et des oreilles avec de la salive signifient l’enlèvement de l’obstacle que représente le démon pour l’enseignement ou l’éducation de la foi, comme on l’a dit. Quant à l’onction d’huile, elle signifie l’envoi de l’homme au combat qu’il soutient contre le Diable, au pouvoir duquel il a été soustrait. |
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[14511] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3
qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod energumeni dicuntur interius laborantes, ab en, quod est in, et ergon,
quod est labor. Et quamvis non omnes baptizandi sint energumeni, nec interius
laborantes a Diabolo vexati corporaliter, tamen interius laborant vel
infirmantur propter infectionem fomitis Diabolo in eis potestatem habente. |
1. On appelle énergumènes ceux qui souffrent intérieurement – de en, qui veut dire «dans», et ergon, qui veut dire «souffrance». Et bien que tous ceux qui doivent être baptisés ne soient pas des énergumènes et ne souffrent pas intérieurement en étant corporellement tourmentés, cependant ils souffrent intérieurement ou ils sont affaiblis en raison de l’infection du désir désordonné, du fait que le Diable a pouvoir sur eux. |
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[14512] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quando effectus confirmat causam, tunc prius laborandum est ad curandum effectum, ut sic expeditius procedatur ad curationem causae. Potestas autem Daemonis, quae ex peccato consequitur, et tenet et servat hominem in malitia et in peccato; et ideo prius evacuanda est potestas Daemonis, vel debilitanda, quod in exorcismo fit, ne curationem causae, idest peccati, in Baptismo factam impedire possit. |
2. Lorsque l’effet renforce la cause, alors il faut travailler à guérir l’effet, afin de s’appliquer plus rapidement à guérir la cause. Or, le pouvoir du démon, qui découle du péché, garde et asservit l’homme à la malice et au péché. C’est pourquoi il faut d’abord supprimer ou affaiblir le pouvoir du démon, ce qui est réalisé par l’exorcisme, de sorte qu’il ne puisse empêcher la guérison de la cause, à savoir, le péché, réalisée par le baptême. |
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[14513] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod Diabolus impugnat nos et ab exteriori et ab interiori. Aqua ergo benedicta ordinatur contra impugnationem Diaboli quae est ab exteriori, sed exorcismus contra impugnationem quae est ab interiori. Unde et illi contra quos datur, dicuntur energumeni, idest interius laborantes. |
3. Le Diable nous combat de l’extérieur et de l’intérieur. L’eau bénite est ordonnée à combattre le Diable de l’extérieur, mais l’exorcisme [est ordonné] à [le] combattre de l’intérieur. Aussi ceux pour qui il est donné sont-ils appelés énergumènes, c’est-à-dire, qui souffrent de l’intérieur. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14514] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod circa hoc est duplex opinio. Quidam enim dicunt quod ea quae
in exorcismo aguntur, sunt tantum signa eorum quae postea in Baptismo
complentur, in quo potestas Daemonis totaliter evacuatur, ut Cyprianus dicit
in auctoritate inducta. Sed hoc est contra auctoritatem Gregorii inductam, et
contra ea quae in exorcizando dicuntur, quae frustra dicerentur, nisi aliquem
effectum haberent, praecipue cum per modum imperii, et non solum per modum orationis
dicantur in hoc quod dicitur: ergo, maledicte Diabole, exi ab eo et
cetera. Et ideo dicendum secundum alios, quod non tantum significant, sed
etiam efficiunt aliquid, non tantum in corpore, sed etiam in anima, quia in
utroque est infectio fomitis. Effectus autem
iste est debilitatio potestatis Daemonis, ne tantum possit in homine sicut
ante, ne Baptismum et alia bona in ipso impediat; sed potestas praedicta
totaliter in Baptismo aufertur: sicut etiam Pharao prius flagellatus est
populo nondum de Aegypto egresso, et postea totaliter in mari rubro, quod est
figura Baptismi, submersus. |
À ce sujet, il existe une double opinion. En effet, certains disent que ce qui est accompli dans l’exorcisme n’est qu’un signe de ce qui accompli ensuite par le baptême, par lequel le pouvoir du démon est entièrement supprimé, comme le dit Cyprien dans l’autorité invoquée. Mais cela est contraire à l’autorité de Grégoire invoquée et à ce qui est dit dans l’exorcisme, qui serait dit en vain si cela n’avait aucun effet, surtout que cela est dit sous forme de commandement, et non pas seulement sous forme de demande, lorsqu’on dit : «Aussi, Diable maudit, sors de lui, etc. !». C’est pourquoi il faut dire, selon d’autres, que cela n’est pas seulement un signe, mais que cela réalise quelque chose, non seulement dans le corps, mais aussi dans l’âme, car l’infection du désir désordonné existe dans les deux. Or, cet effet est l’affaiblissement du pouvoir du démon afin qu’il ne puisse avoir autant de pouvoir sur l’homme qu’auparavant, de sorte qu’il n’empêche pas en lui le baptême et les autres biens qui s’y trouvent. Mais le pouvoir évoqué est entièrement enlevé par le baptême. Ainsi Pharaon a-t-il été frappé, alors que le peuple n’était pas encore sorti d’Égypte, et, par la suite, il a été totalement englouti dans la Mer rouge, qui est une figure du baptême. |
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[14515]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sacramenta novae legis
habent effectum in conferendo gratiam qua perfecte morbo subvenitur, contra
quem sacramentum ordinatur; sed sacramentalia habent effectum in removendo
contrarias dispositiones, vel impedimenta gratiae; et ideo secundum diversa
impedimenta multiplicantur, nec in eis gratia confertur. |
1. Les sacrements de la loi nouvelle ont comme effet de
conférer la grâce par laquelle la maladie est parfaitement
traitée, contre laquelle le sacrement est prescrit. Mais les
sacramentaux ont comme effet d’enlever les dispositions contraires ou
les empêchements à la grâce. C’est pourquoi ils sont
multipliés selon les divers obstacles et la grâce n’est
pas conférée par eux. |
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[14516] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non est simile de sacramentalibus quae sequuntur et quae praecedunt: quia ex quo Baptismus plene effectum suum habet, non oportet quod impedientia Baptismum tollantur, quia jam impediri non potest; tamen non est remotum quin unctio chrismatis post Baptismum in vertice facta aliquem effectum ad gratiam conferendam vel conservandam habeat. |
2. Il n’en va pas de même pour les sacramentaux qui suivent et pour ceux qui précèdent, car, du fait que le baptême obtient son plein effet, il n’est pas nécessaire que les empêchements au baptême soient enlevés parce que déjà il ne peut pas être empêché. Toutefois, l’onction avec le chrême faite sur le front n’est pas loin d’avoir comme effet de donner la grâce ou de la conserver. |
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[14517] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod Praepositinus dixit, quod exorcizatus ante Baptismum decedens, minores tenebras patietur. Sed hoc nihil est: quia tenebrae illae in sola carentia divinae visionis consistunt, cum non habeant aliam poenam sensibilem; et hoc in omnibus aequaliter erit. Et ideo dicendum aliter, quod non habet effectum in collatione gratiae, sed solum in debilitatione potestatis Daemonis; et ideo hoc valet ei tantum in vita. |
3. Prévostin a dit que celui qui meurt après avoir été exorcisé avant le baptême endurera des ténèbres moins profondes. Mais cela ne tient pas, car ces ténèbres consistent dans le seul manque de la vision divine, alors qu’ils n’ont pas d’autre peine sensible. Et cela se trouvera chez tous. Il faut donc dire autre chose – [l’exorcisme] n’a pas d’effet pour la collation de la grâce, mais seulement pour l’affaiblissement du pouvoir du démon. C’est pourquoi cela ne lui apporte pas autant pour la vie. |
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[14518] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ad hoc quod uniformitas Baptismi observetur, oportet quod exorcismus si praetermissus fuit, post Baptismum suppleatur; et tunc tantum significat; vel forte additur etiam aliqua cohibitio ab impugnatione Diaboli. Nec hoc est inconveniens, cum etiam per aquam benedictam, qua post Baptismum aspergimur, aliqua potestas Daemonis reprimatur. |
4. Pour que l’uniformité du baptême soit observée, il faut que l’exorcisme, s’il a été omis avant le baptême, soit remplacé après le baptême. Il n’est alors qu’un signe ou peut-être s’y ajoute-t-il une répression des attaques du Diable. Et cela convient, puisque même par l’eau bénite, qui est aspergée après le baptême, un certain pouvoir du démon est réprimé. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14519] Super Sent., lib. 4 d. 6
q. 2 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod exorcizare ad
exorcistas pertinet ex proprio officio ordinis; nihilominus tamen est et superiorum
ordinum. Tamen propter ostendendam unitatem Baptismi, consuetum est in
Ecclesia ut totum quod ad Baptismum pertinet, expleatur ab uno, scilicet a
sacerdote; et praecipue nunc, quando non venit magna multitudo simul ad
Baptismum, et sunt multi sacerdotes. In primitiva autem Ecclesia quandoque
magna turba simul ad Baptismum accedebat, et erant pauci sacerdotes; unde
hujusmodi sacramentalia relinquebantur in minoribus ordinibus constitutis. |
Exorciser relève des exorcistes en vertu de la fonction propre de leur ordre ; toutefois, il relève néanmoins aussi des ordres supérieurs. Cependant, afin de montrer l’unité du baptême, c’est la coutume dans l’Église que tout ce qui se rapporte au baptême soit accompli par un seul, à savoir, le prêtre. Et surtout maintenant, alors qu’une foule nombreuse ne s’approche pas en même temps du baptême et qu’il y a beaucoup de prêtres. Mais, dans l’Église primitive, une grande foule s’approchait parfois du baptême et il y avait peu de prêtres. Aussi ces sacramentaux étaient-ils laissés à ceux qui étaient établis dans des ordres inférieurs. |
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[14520] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Dionysius sub ministris comprehendit omnes ordines inferiores; et ideo ministris qui diaconi dicuntur, attribuit omnia quae sunt inferiorum ordinum: quia forte in primitiva Ecclesia nondum erant illi ordines ita distincti propter paucitatem ministrorum. |
1. Denys inclut parmi les ministres tous les ordres inférieurs. C’est pourquoi il attribue aux ministres appelés diacres tout ce qui relève des ordres inférieurs, peut-être parce que, dans l’Église primitive, ces ordres n’étaient pas aussi distincts en raison du petit nombre des ministres. |
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[14521] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sicut exorcismus primo pertinet ad exorcistam, ita etiam primus ordo, qui habet actum in catechizando, est ordo lectorum, quamvis hoc postea per superiores ordines compleatur; et ideo sicut catechismus praecedit exorcismum, ita ordo lectoris praecedit ordinem exorcistae. |
2. De même que l’exorcisme relève en premier lieu de l’exorciste, de même le premier ordre qui exerce l’acte de catéchiser est-il l’ordre des lecteurs, bien que, par la suite, celui-ci ait été accompli par des ordres supérieurs. C’est pourquoi, de même que le catéchisme précède l’exorcisme, de même l’ordre de lecteur précède-t-il l’ordre d’exorciste. |
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[14522] Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod completa potestas in exorcizando competit sacerdoti; et ideo quando non est magna necessitas, ipse secundum consuetudinem Ecclesiae exorcismi actum exequitur; et secundum hanc consuetudinem loquitur auctoritas Gregorii. |
3. Le pouvoir complet d’exorciser appartient au prêtre. C’est pourquoi, lorsqu’il n’y a pas de grande urgence, il accomplit l’acte de l’exorcisme selon la coutume de l’Église. L’autorité de Grégoire s’exprime conformément à cette coutume. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 6 |
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[14523]
Super Sent., lib. 4 d. 6 q. 2 a. 3 qc. 3 expos. Hic etiam sciendum est, quod licet ter immergatur propter
mysterium Trinitatis, tamen unum Baptisma reputatur. De trina immersione
supra, dist. 3, dictum est. Acceleratus est usus rationis. Quia Augustinus
super hoc ambigue loquitur, ideo diversimode quidam de hoc senserunt.
Dixerunt enim quidam, quod Joannis exultatio non fuit aliquis motus
corporalis, sed miraculosus quasi gaudentis, ut matri innotesceret matris
salvatoris adventus. Alii autem dicunt aliter et melius, quod ad illud
momentum datus est ei usus rationis; et non est inconveniens si postea sit
subtractus, sicut et gratia raptus ad momentum datur: secus autem est de
gratia gratum faciente, quae non subtrahitur sine culpa. Non errorem inducens
et cetera. Quia si errorem vellet inducere, intendens mutare formam
Ecclesiae, hoc ipso non intenderet facere quod Ecclesia facit; et ideo non
baptizaret. De corruptione autem formae supra, dist. 2, dictum est. Divinum
judicium per alicujus revelationis miraculum oratione implorandum esse
censerem. Videtur quod male dicat: quia divinum judicium non est hoc modo
requirendum nisi in dubiis. Certum autem videtur, quod si ludo fecit,
intentio defuit, et verus Baptismus non fuit. Et dicendum, quod ludus
aliquando excludit intentionem, et aliquando non. Cum enim ludo fieri
dicantur quae praeter intentionem alicujus utilitatis fiunt ad solam
delectationem, ludus baptizantium potest excludere intentionem respectu
utriusque effectus ablutionis, scilicet sacramenti collationis, et rei sacramenti;
et tunc non intendit facere quod facit Ecclesia in collatione sacramenti; et
ita talis ludus evacuat intentionem quae requiritur in sacramento: vel potest
excludere tantum secundam utilitatem, ut scilicet velit de hoc ludum suum
facere ex eo quod Baptismi sacramentum conferat, non propter sanctificationem
baptizandi hoc faciens; et tunc manet intentio quae sufficit ad Baptismum. Et
propter hoc dubium dixit Aug. implorandum est divinum judicium; et ideo
dicitur quod puer Athanasius ludendo simulans se episcopum baptizavit
quosdam, et judicatum est ab Alexandro episcopo ut non rebaptizarentur: quia
inventum est quod ipse intentionem baptizandi habuit; quod etiam patet ex hoc
quod non baptizabat nisi catechumenos. Cui additur exorcismus et cetera.
Videtur quod exorcismus debeat praecedere catechismum: quia prius removendum
est malum quam perficiatur aliquis in bono. Et dicendum, quod verum est, si
utrumque in eodem genere accipiatur. Sed catechismus ordinat ad bonum
non efficiendo aliquid, sed solum instruendo; exorcismus autem removet malum
in operando; et instructio in talibus debet operationem praecedere, ut sciat
homo quid in eo fieri debeat. |
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CONFIRMATION |
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Distinctio 7 |
Distinction 7 – [Le sacrement de la confirmation]
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Quaestio 1 |
Question 1 – [La confirmation est-elle un sacrement ?] |
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Prooemium |
Prologue
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[14524] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 pr. Postquam Magister
determinavit de sacramento intrantium, scilicet de Baptismo, hic intendit
determinare de sacramentis quae pertinent ad progredientes in via Dei; et
dividitur in partes duas: in prima determinat de sacramentis quibus
progredientes in bono perficiuntur; in secunda de sacramento quo a malo
sublevantur quos cadere accidit, scilicet de poenitentia, dist. 14, ibi: post
hoc de poenitentia agendum est. Prima in duas: in prima determinat de
sacramento confirmationis qua aliquis in seipso perficitur ad modum quo forma
perficit; in secunda de Eucharistia, qua aliquis perficitur per conjunctionem
ad finem, 8 dist., ibi: post sacramentum Baptismi et confirmationis
sequitur Eucharistiae sacramentum. Prima in duas: in prima tangit ea quae
sunt intra essentiam sacramenti, scilicet materiam et formam; in secunda ea
quae sunt extra essentiam ipsius, ibi: hoc sacramentum ab aliis perfici
non potest, nisi a summis pontificibus. Et circa hoc tria facit: primo
determinat ministrum hujus sacramenti; secundo effectum, ibi: virtus autem
hujus sacramenti est donatio spiritus sancti; tertio ritum, ibi: hoc
sacramentum tantum a jejunis accipi, et jejunis tradi debet. Circa primum
duo facit: primo determinat veritatem; secundo removet quamdam objectionem,
ibi: Melchiades et cetera. Hic est triplex quaestio. Prima de ipso sacramento
confirmationis. Secunda de effectu ejus. Tertia de celebratione ejus. Circa
primum quaeruntur tria: 1 utrum confirmatio sit sacramentum per se; 2 de materia
ejus; 3 de forma. |
Après avoir déterminé à
propos du sacrement de ceux qui entrent [dans la vie spirituelle], à
savoir, le baptême, [le Maître] entend ici déterminer
à propos des sacrements qui concernent ceux qui progressent sur le
chemin de Dieu. Il y a deux parties : dans la première, il
détermine à propos des sacrements par lesquels ceux qui
progressent dans le bien sont perfectionnés ; dans la seconde,
à propos du sacrement par lequel ceux à qui il arrive d’y
tomber sont relevés du mal, à savoir, la pénitence,
d. 14, à cet endroit : «Après cela, il faut
traiter de la pénitence.» La première partie se divise en
deux parties. Dans la première, il détermine à propos du
sacrement de confirmation par lequel on est perfectionné en
soi-même à la manière dont une forme perfectionne. Dans
la seconde, à propos de l’eucharistie, par laquelle on est
perfectionné par l’union à la fin, d. 8, à cet
endroit : «Après les sacrements de baptême et de confirmation,
vient le sacrement de l’eucharistie.» La première partie
se divise en deux parties. Dans la première, il aborde ce qui fait
partie de l’essence du sacrement [de confirmation], à savoir, sa
matière et sa forme. Dans la seconde, ce qui est en dehors de son
essence, à cet endroit : «Ce sacrement ne peut être
accompli par d’autres que les souverains prêtres.» À
ce sujet, il fait trois choses : premièrement, il précise
le ministre de ce sacrement ; deuxièmement, son effet, à
cet endroit : «L’effet de ce sacrement est le don de
l’Esprit Saint» ; troisièmement, son rite, à
cet endroit : «Ce sacrement ne doit être donné et
reçu que par des personnes à jeûn.» À propos
du premier point, il fait deux choses : premièrement, il
détermine à propos de la vérité ;
deuxièmement, il écarte une objection, à cet
endroit : «Melchiade, etc.» Il y a ici trois
questions : la première, sur le sacrement de confirmation ;
la deuxième, sur son effet ; la troisième, sur sa
célébration. À propos du premier point, trois questions
sont posées : 1 – Est-ce que la confirmation est un
sacrement par elle-même ? 2. Sa matière. 3. Sa forme. |
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Articulus 1 [14525] Super
Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 tit. Utrum confirmatio sit
sacramentum |
Article
1 – La confirmation est-elle un sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[La confirmation est-elle un sacrement ?]
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[14526] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic
proceditur. Videtur quod confirmatio non sit sacramentum. Omne enim
sacramentum efficaciam habet ab institutione divina. Sed confirmatio non
legitur a domino instituta. Ergo non est
sacramentum. |
1. Il semble que la confirmation ne soit pas un
sacrement. En effet, tout sacrement tient son efficacité d’une
institution divine. Or, on ne lit pas que la confirmation ait
été instituée par le Seigneur. Elle n’est donc pas
un sacrement. |
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[14527] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1
qc. 1 arg. 2 Praeterea, illud cujus
est usus in omnibus vel pluribus sacramentis, non videtur esse sacramentum
per se. Sed, sicut dicit Dionysius, usus sacri unguenti, scilicet chrismatis,
est in aliis sacramentis pluribus, sicut patet in Baptismo, in quo infunditur
chrisma in aqua Baptismi, et baptizatus in vertice chrismate inungitur, et
similiter pontifices chrismatis inunctione consecrantur, et altare etiam in
quo Eucharistia consecranda est, chrismate linitur, et calix similiter. Ergo
confirmatio, quae dicitur chrismatio, non est aliquod sacramentale. |
2. Ce qu’on utilise dans tous ou dans plusieurs
sacrements ne semble pas être en soi un sacrement. Or, comme le dit
Denys, l’utilisation d’une huile sacrée, à savoir,
le chrême, se retrouve dans plusieurs sacrements, comme cela ressort
clairement pour le baptême, pour lequel le chrême est versé
dans l’eau du baptême, le baptisé est oint sur le front
avec le chrême ; les pontifes sont de même consacrés
par une onction avec le chrême et l’autel sur lequel
l’euchariste doit être consacrée est aussi oint avec le
chrême, de même que le calice. La confirmation, qui est
appelée chrismation, n’est donc pas quelque chose de
sacramentel. |
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[14528] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sacramenta
novae legis in veteri praefigurata fuerunt. Sed
nulla figura confirmationis in lege veteri legitur praecessisse. Ergo
confirmatio non est sacramentum. |
3. Les sacrements de la loi nouvelle étaient
préfigurés sous la loi ancienne. Or, on ne lit pas qu’une
figure de la confirmation ait précédé sous la loi
ancienne. La confirmation n’est donc pas un sacrement. |
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[14529] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1
qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod
Melchiades in littera dicit: scitote utrumque magnum esse sacramentum,
scilicet confirmationem et Baptismum. |
Cependant, [1]
Melchiade dit dans le texte : «Sachez que les deux sont de grands
sacrements», à savoir, la confirmation et le baptême. |
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[14530] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
hoc patet per definitionem sacramenti, quae competit confirmationi, quae
habet significationem gratiae in linitione olei, et habet efficaciam, ut in
littera dicitur, in collatione gratiae ad plenitudinem sanctitatis. Ergo est
sacramentum. |
[2] Cela resort de la définition du sacrement, qui
convient à la confirmation : elle signifie la grâce par
l’onction d’huile, et elle possède une efficacité
du fait qu’elle confère la grâce en vue de la
plénitude de la sainteté, comme il est dit dans le texte. Elle
est donc un sacrement. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La confirmation est-elle un sacrement nécessaire ?] |
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[14531]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sit sacramentum necessitatis. Quia,
ut Rabanus in littera dicit, omnes fideles debent post Baptismum per
episcopos accipere spiritum sanctum, ut pleni Christiani inveniantur. Sed hoc
est de necessitate salutis, ut aliquis sit plenus Christianus. Ergo
sacramentum confirmationis est sacramentum necessitatis. |
1. Il semble qu’elle soit un sacrement
nécessaire, car, comme le dit Raban dans le texte, «tous les
fidèles doivent recevoir le Saint-Esprit après le baptême
par l’entremise des évêques, afin d’être des
chrétiens au sens complet.» Or, il est nécessaire au
salut que l’on soit un chrétien au sens complet. Le sacrement de
confirmation est donc un sacrement nécessaire. |
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[14532] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sacramentum confirmationis contra morbum peccati ordinatur. Sed hoc est de necessitate salutis, ut quis a morbo peccati liberetur. Ergo confirmatio est sacramentum necessitatis. |
2. Le sacrement de confirmation existe contre la maladie du péché. Or, il est nécessaire au salut que l’on soit libéré de la maladie du péché. La confirmation est donc un sacrement nécessaire. |
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[14533] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, sicut ad justitiam exigitur recessus a malo, ita et accessus ad bonum. Sed Baptismus operatur ad recessum a malo, quod ipsum ablutionis nomen ostendit; confirmatio autem ad accessum ad bonum, quod etiam ex nomine patet. Ergo sicut Baptismus est de necessitate sanctificationis, ita et confirmatio. |
3. De même que s’éloigner du mal est requis pour la justice, de même se rapprocher du bien. Or, le baptême agit en vue de l’éloignement du mal, ce que montre le mot même d’ablution ; mais la confirmation [agit en vue] de l’approche du bien, ce qui ressort aussi du mot même. De même que le baptême est nécessaire à la sanctification, de même donc la confirmation [l’est-elle] aussi. |
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[14534] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, sine eo quod est de necessitate salutis, non est salus. Sed pueri baptizati salvantur si ante confirmationem moriantur. Ergo non est sacramentum necessitatis. |
Cependant, [1] sans ce qui est nécessaire au salut, il n’y a pas de salut. Or, les enfants baptisés sont sauvés s’ils meurent avant la confirmation. Celle-ci n’est donc pas nécessaire au salut. |
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[14535] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea gratia et virtus sufficiunt ad salutem. Sed in Baptismo confertur gratia et plenitudo virtutum. Ergo Baptismus sufficit ad salutem; et ita confirmatio non est sacramentum necessitatis. |
[2] La grâce et les vertus suffisent au salut. Or, par le baptême, la grâce et la plénitude des vertus sont conférées. Le baptême suffit donc au salut. Et ainsi, la confirmation n’est pas un sacrement nécessaire. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le baptême est-il plus noble que la confirmation ?] |
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[14536]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod Baptismus sit nobilius sacramentum
quam confirmatio: quia essentialia rei accidentalibus digniora sunt, sicut
substantia accidente. Sed Baptismus essentialiter se habet ad salutem, cum
sit sacramentum necessitatis; confirmatio autem accidentaliter, cum non sit
necessitatis sacramentum. Ergo Baptismus est nobilius sacramentum
confirmatione. |
1. Il semble que le baptême soit un sacrement plus
noble que la confirmation, car ce qui est essentiel à une chose est
plus digne que ce qui est accidentel, comme la substance est plus noble que
l’accident. Or, le baptême a un rapport essentiel au salut,
puisqu’il est un sacrement nécessaire ; mais la
confirmation [a un rapport] accidentel, puisqu’elle n’est pas un
sacrement néccessaire. Le baptême est donc un sacrement plus
noble que la confirmation. |
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[14537] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
effectus proportionatur suae causae. Sed Baptismus habet majorem efficaciam
in efficiendo: quia delet omnem culpam et poenam, quod non facit confirmatio.
Ergo est
nobilius sacramentum. |
2. L’effet est proportionné à sa cause. Or, le baptême a une plus grande efficacité par son action, car il détruit toute faute et toute peine, ce que ne fait pas la confirmation. Il est donc un sacrement plus noble. |
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[14538] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, ad
nobiliorem actionem ordinatur nobilius ministerium. Sed confirmatio datur a nobiliori
ministro quam Baptismus. Ergo confirmatio est nobilius sacramentum Baptismo. |
Cependant, [1] En sens contraire, un ministère plus noble est ordonné à une action plus noble. Or, la confirmation est donnée par un ministre plus noble que le baptême. La confirmation est donc un sacrement plus noble que le baptême. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14539] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc.
1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod actiones quae sunt
ordinatae ad aliquos effectus proprios et determinatos, recipiunt
distinctionem secundum proportionem ad suos effectus; unde si ad duos effectus
distinctos ordinentur, erunt duae diversae actiones. Si autem ordinentur ad
unum effectum, ita quod una disponat vel impedimentum removeat, et alia
perficiat, et alia ornet perfectum; totum computatur pro una integra actione,
sicut patet in operibus artificum. Unde cum sacramenta sint quaedam actiones
hierarchicae secundum Dionysium, ordinatae ad aliquos effectus salutis, quando
plures actiones sacramentales ordinantur ad unum effectum, una ut perficiens,
alia ut disponens, vel impedimentum removens, vel aliquo modo ornans, tunc in
illa quae efficit effectum principalem consistit essentialiter ratio
sacramenti. Aliae autem non dicuntur per se
sacramenta, sed sacramentalia quaedam, quasi sacramentis adjuncta, sicut
patet ex his quae dicta sunt circa Baptismum in exorcismo et catechismo et
aliis hujusmodi concurrere. Quando autem sunt plures actiones ordinatae ad
effectus omnino distinctos, tunc sunt diversa sacramenta. Et ideo cum
confirmatio habeat per se effectum distinctum ab effectu Baptismi, ut
patebit, non est sacramentale Baptismi, sed potius per se est principale
sacramentum. |
Les actions qui sont ordonnées à des effets
propres et déterminés reçoivent leur distinction selon
la proportion par rapport à leurs effets. Ainsi, si elles sont
ordonnées à deux effets distincts, il y aura deux actions
différentes. Mais si elles sont ordonnées à un seul
effet, de sorte que l’une dispose ou écarte un
empêchement, une autre perfectionne et une autre embellit ce qui est
perfectionné, l’ensemble est considéré comme une
seule action intégrale, comme cela ressort clairement dans les œuvres
des artisans. Ainsi, puisque, selon Denys, les sacrements sont des actions
hiérarchiques ordonnées à certains effets par rapport au
salut, lorsque plusieurs actions sacramentelles sont ordonnées
à un seul effet, l’une en perfectionnant, une autre en disposant
ou en écartant un empêchement, une autre en embellisant
d’une certaine manière, alors la raison de sacrement se trouve
essentiellement dans celle qui réalise l’effet principal. Les
autres [actions] ne sont pas appelées des sacrements par
elles-mêmes, mais des sacramentaux, pour ainsi dire associés aux
sacrements, comme cela est clair pour l’exorcisme, le catéchisme
et les autres choses de ce genre, à partir de ce qui a
été dit du baptême. Mais lorsqu’il s’agit de
plusieurs actions ordonnées à des effets complètement
distincts, alors ce sont des sacrements différents. Aussi, puisque la
confirmation a par elle-même un effet distinct de celui du
baptême, comme cela ressortira clairement, elle n’est pas un
sacramental du baptême, mais elle est plutôt un sacrement principal
par elle-même. |
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[14540] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum
ergo dicendum, quod circa institutionem hujus sacramenti est triplex opinio.
Una enim dicit, quod hoc sacramentum non fuit institutum nec a Christo nec ab
apostolis, sed postea processu temporis in quodam Concilio; et dicunt quod
dominus rem sacramenti hujus sine sacramento conferebat manus imponendo,
similiter et apostoli, eo quod ipsi confirmati fuerunt immediate a spiritu
sancto. Et hoc videtur valde absurdum: quia secundum hoc Ecclesia tota die
posset nova sacramenta instituere, quod falsum est, cum ipsi non sint latores
legis, sed ministri, et fundamentum cujuslibet legis in sacramentis
consistit; et praeterea in littera dicitur de tempore apostolorum: non ab
aliis quam ab apostolis fuit peractum. Ideo alii
dicunt, quod non fuit a Christo sed ab apostolis institutum hoc sacramentum.
Sed hoc etiam non competit: quia ipsi apostoli quamvis erant bases Ecclesiae,
tamen non fuerunt legislatores; unde ad eos non pertinebat sacramenta
instituere. Et ideo probabilior videtur aliorum opinio, qui dicunt, hoc
sacramentum, sicut et omnia alia, a Christo fuisse institutum: quod patet ex
hoc quod ipse etiam dominus manus pueris imponebat, ut patet Matth. 19. Nec obstat
quod in Evangelio vel in actibus apostolorum non fit mentio de materia vel
forma hujus sacramenti: quia formae sacramentales et alia quae in sacramentis
exiguntur occultanda erant in primitiva Ecclesia propter irrisiones gentilium,
ut Dionysius dicit; unde etiam in fine Eccl. Hier. excusat se a determinatione
formarum sacramentalium. Secus autem de Baptismo quod erat sacramentum
necessitatis, et statim cuilibet offerebatur in principio. |
1. À propos de l’institution de ce sacrement, il existe une triple opinion. En effet, l’une dit que ce sacrement n’a été institué ni par le Christ ni par les apôtres, mais plus tard, par un concile, selon le déroulement du temps : ils disent que le Seigneur conférait la réalité de ce sacrement sans le sacrement en imposant les mains ; de même en était-il des apôtres, du fait qu’eux-mêmes avaient été confirmés immédiatement par le Saint-Esprit. Cela semble tout à fait absurde, car, d’après cela, l’Église pourrait instituer de nouveaux sacrements à longueur de journée, ce qui est faux, puisque [les dirigeants de l’Église] ne font pas la loi, mais en sont les ministres, et que le fondement de toutes les lois se trouve dans les sacrements. Au surplus, il est dit dans le texte, à propos de l’époque des apôtres : «Il n’a pas été accompli par d’autres que les apôtres.» C’est pourquoi d’autres disent que ce sacrement n’a pas été institué par le Christ, mais par les apôtres. Mais cela non plus ne convient pas, car les apôtres eux-mêmes, bien qu’ils aient été les fondements de l’Église, n’en ont pas été les législateurs. Il ne relevait donc pas d’eux d’instituer les sacrements. C’est pourquoi l’opinion d’autres est plus probable : ils disent que ce sacrement, comme tous les autres, a été institué par le Christ, ce qui ressort clairement de ce que le Seigneur lui-même imposait les mains aux enfants, comme cela est signalé dans Mt 19. Et cela ne fait rien qu’il ne soit pas fait mention de la matière et de la forme de ce sacrement dans l’évangile ou dans les Actes des apôtres, car les formes sacramentelles et les autres choses qui sont exigées pour les sacrements devaient être cachées dans l’Église primitive en raison de la dérision des infidèles, comme le dit Denys. Aussi, à la fin de la Hiérarchie ecclésiastique, s’excuse-t-il de ne pas préciser les formes sacramentelles. Mais il en allait autrement du baptême, qui était un sacrement nécessaire et était offert à tous dès le début. |
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[14541] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quamvis materia confirmationis, scilicet chrismate, utantur Ecclesiae ministri in diversis sacramentis; tamen hoc sacramentum non consistit tantum in materia, sed in forma verborum, et actu, sicut et sacramentum Baptismi; et hoc non utuntur in aliis sacramentis; et ideo est per se sacramentum. |
2. Bien que les ministres de l’Église utilisent la matière de la confirmation, à savoir, le chrême, dans divers sacrements, ce sacrement ne consiste cependant pas seulement dans la matière, mais dans la forme des paroles et dans l’acte, comme le sacrement de baptême, et ils ne font pas usage de cela dans d’autres sacrements. C’est pourquoi [la confirmation] est en elle-même un sacrement. |
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[14542]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod hoc sacramentum
est ad perfectionem gratiae. Et quia status legis erat status imperfectionis,
eo quod nihil ad perfectum adduxit lex, Hebr. 7, 19, ideo hoc
sacramentum non habuit aliquid sibi respondens in veteri lege: quamvis aliquo
modo sit figuratum in unctione pontificum, qua significabatur unctio Christi,
a quo haec unctio derivatur. |
3. Ce sacrement existe en vue de la perfection de la grâce. Et parce que l’état de la loi était un état d’imperfection, du fait que la loi ne conduit à rien de parfait, He 7, 19, ce sacrement n’avait rien qui lui correspondît dans la loi ancienne, bien qu’il ait été figuré d’une certaine manière par l’onction des pontifes, par laquelle l’onction du Christ était signifiée, de qui cette onction est dérivée. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14543] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod est triplex
necessitas. Una est necessitas absoluta, sicut necessarium est Deum esse, vel
triangulum habere tres angulos. Alia est
necessitas ex causa efficiente, quae dicitur necessitas coactionis. Tertia
est necessitas ex suppositione finis; et est duplex. Quia uno modo dicitur
necessarium sine quo aliquis non potest conservari in esse, sicut nutrimentum
animali. Alio
modo sine quo non potest haberi quod pertinet ad bene esse, sicut equus
dicitur necessarius ambulare volenti, et medicina ad hoc quod homo sane
vivat. Primis autem duobus modis non dicitur
aliquod sacramentum esse necessitatis, sed tertia necessitate; quaedam quidem
quantum ad primum modum, illa scilicet sine quibus non potest homo in
spirituali vita vivere, sicut est Baptismus et poenitentia; quaedam autem
sine quibus non potest consequi aliquem effectum qui est ad bene esse
spiritualis vitae; et hoc modo confirmatio et omnia alia sunt necessaria.
Verumtamen contemptus cujuslibet sacramenti est periculosus. Objectiones
autem procedunt de primo modo tertiae necessitatis. |
Il existe une triple nécessité. L’une
est la nécessaité absolue, comme il est nécessaire que
Dieu existe ou que le triangle ait trois angles. Une autre est la
nécessité qui vient de la cause efficiente, qui est
appelée nécessité coercitive. La troisième est la
nécessité qui suppose une fin. Et celle-ci est double.
D’une manière, on appelle nécessaire ce sans quoi quelque
chose ne peut continuer d’exister, comme la nourriture pour
l’animal. D’une autre manière, ce sans quoi ne peut
être obtenu ce qui permet de bien exister, comme on dit que le cheval
est nécessaire à celui qui veut marcher et le médicament
pour que l’homme vive en santé. Aucun sacrement n’est
appelé nécessaire selon les deux premiers modes, mais selon la
troisième nécessité : certains le sont selon le
premier mode [de cette troisième nécessité], à
savoir, ceux sans lesquels l’homme ne peut vivre selon la vie spirituelle,
comme le baptême et la pénitence ; mais d’autres sans
lesquels on ne peut obtenir un effet qui permet de bien exister selon la vie
spirituelle. De cette [dernière] manière, tous les sacrements
sont nécessaires. À la vérité, le mépris
de n’importe quel sacrement est dangereux. Mais les objections se
rapportent au premier mode de la troisième nécessité. |
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[14544] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Et ideo dicendum ad primum, quod est plenitudo Christianae gratiae sufficiens ad salutem, et haec datur in Baptismo; et est plenitudo copiae gratiae ad fortiter resistendum contra pressuras mundi, et haec datur in confirmatione, et sine hac potest esse salus. |
1. La plénitude de la grâce chrétienne est suffisante pour le salut : celle-ci est donnée par le baptême. Il existe aussi une plénitude par abondance de la grâce en vue de résister aux pressions du monde : celle-ci est donnée par la confirmation, et le salut peut exister sans celle-ci. |
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[14545] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod morbus peccati dupliciter expellitur. Uno modo quo ad culpam originalem
in Baptismo, et actualem in poenitentia; et haec expulsio sufficit ad
salutem. Alio modo quo ad poenam inclinantem ad culpam; et sic expellitur in
confirmatione, et in aliis sacramentis; et haec non est de necessitate
salutis. |
2. La maladie du péché est écartée de deux façons. D’une façon, par le baptême, pour le péché originel, et par la pénitence, pour le péché actuel : cette expulsion [du péché] suffit pour le salut. D’une autre façon, pour ce qui est de la peine inclinant à la faute : celle-ci est ainsi expulsée par la confirmation et par les autres sacrements. Celle-ci n’est pas nécessaire au salut. |
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[14546] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod in Baptismo datur gratia quae a peccato mundat, et ad bene operandum perficit quantum ad sufficientiam salutis; sed in confirmatione additur amplius munus gratiae, quod non est de necessitate salutis. |
3. Par le baptême, la grâce qui purifie du péché est donnée, et il donne une perfection en vue de bien agir suffisante pour le salut. Mais, par la confirmation, est ajouté un plus grand don de la grâce, qui n’est pas nécessaire au salut. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14547] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem dicendum, quod quinque modis unum sacramentum dicitur esse
dignius alio. Uno modo quo ad rem sacramenti, sive effectum ejus; et sic
Baptismus, qui delet omnem culpam et aufert omnem poenam, est maximum
sacramentorum. Alio modo quantum ad id quod continetur in sacramento; et sic
Eucharistia est nobilissimum, in qua continetur ipse Christus. Tertio quantum
ad gradum dignitatis in quo constituit; et sic ordo est dignissimum
sacramentum. Quarto quantum ad ministrum; et sic confirmatio, et etiam ordo,
sunt dignissima, quia non nisi per episcopum ministrantur. Quinto quantum ad
signatum et non contentum; et sic matrimonium est dignissimum, quia signat
conjunctionem duarum naturarum in persona Christi. Si tamen has dignitates ad
invicem comparemus, invenitur illa dignitas potissima quam sacramentum habet
ex contento, quia est essentialior; et ideo sacramentum Eucharistiae est
simpliciter dignissimum, et ad ipsum quodammodo alia sacramenta ordinantur.
Dignitas autem quae est in efficiendo, praevalet ei quae est in significando;
et illa quae est in efficiendo respectu boni, simpliciter loquendo, praevalet
ei quae est in amotione mali; et ideo, simpliciter loquendo, post
Eucharistiam nobilius sacramentum est ordo, per quod homo et in gratia et in
gradu dignitatis ponitur; et post hoc confirmatio, per quam perfectio gratiae
confertur; et post Baptismus, per quem fit plena remissio culpae et poenae;
et post matrimonium, quod habet maximam significationem. Poenitentia autem et
extrema unctio ponuntur inter Baptismum et matrimonium: quia ordinantur
directe ad remotionem mali: quamvis in hoc poenitentia habeat minorem
efficaciam quam Baptismus; quia ordinatur contra culpam actualem tantum, et
non delet totaliter poenam; et adhuc minorem extrema unctio, quae contra
reliquias peccati ordinatur. |
On dit qu’un sacrement est plus digne qu’un
autre de cinq manières. D’une manière, en fonction de la
réalité du sacrement ou de son effet. Ainsi, le baptême,
qui détruit toute faute et enlève toute peine, est le plus
grand des sacrements. D’une autre manière, en fonction de ce qui
est contenu dans le sacrement. Ainsi, l’eucharistie est le plus noble,
dans laquelle est contenu le Christ lui-même. Troisièmement, en
fonction du degré de dignité où il établit.
Ainsi, l’ordre est le plus digne des sacrements. Quatrièmement,
en fonction du ministre. Ainsi, la confirmation et aussi l’ordre sont
les plus dignes, car ils ne sont administrés que par un
évêque. Cinquièmement, en fonction de ce qui est signifié
sans être contenu. Ainsi, le mariage est le plus digne, parce
qu’il signifie l’union des deux natures dans la personne du
Christ. Toutefois, si nous comparons entre elles ces dignitiés, la
dignité la plus grande vient de ce qui est contenu dans un sacrement
parce qu’elle est plus essentielle. C’est pourquoi
l’eucharistie est, à parler simplement, le [sacrement] le plus
digne et les autres sacrements lui sont d’une certaine manière
ordonnés. Mais la dignité qui consiste à réaliser
l’emporte sur celle qui consiste à signifier, et celle qui consiste
à réaliser en regard du bien l’emporte, à
proprement parler, sur celle qui consiste à enlever le mal.
C’est pourquoi, à parler simplement, l’ordre est le
sacrement le plus noble après l’eucharistie, et après
lui, la confirmation, par laquelle la perfection de la grâce est
conférée, et ensuite, le baptême, par lequel est
réalisée la rémission de la faute et de la peine ;
ensuite, le mariage, qui possède la signification la plus grande. Mais
la pénitence et l’extrême-onction se situent entre le
baptême et le mariage parce qu’elles sont directement
ordonnées à enlever le mal, bien que, sur ce point, la
pénitence soit moins efficace que le baptême, car elle est
ordonnée seulement contre la faute actuelle et ne détruit pas
totalement la peine. Et l’extrême-onction [a une
efficacité] encore moindre, ordonnée qu’elle est contre
ce qui reste du péché. |
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[14548] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1
qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod quamvis confirmatio se habeat quasi accidentaliter ad vitam spiritualem
simpliciter acceptam, tamen ad vitam spiritualem secundum sui perfectam
differentiam non habet se accidentaliter, sed essentialiter; et ideo non
oportet quod sit minoris dignitatis quam Baptismus. Sicut etiam rationale est
differentia nobilior quam sensibile: quamvis animali inquantum animal accidat
esse rationale, cui inquantum hujusmodi per se convenit esse sensibile. Vel
dicendum, ut quidam dicunt, quod confirmatio praesupponit Baptismum; unde
dupliciter possunt comparari. Uno modo ut accipiatur confirmatio cum
praesuppositione Baptismi; et sic confirmatio simpliciter est nobilior: sicut
etiam esse substantiale perfectum per accidentalia simpliciter, nobilius est
quam esse substantiale simpliciter. Alio modo cum praecisione Baptismi; et sic
quodammodo Baptismus est nobilior quantum ad majorem efficaciam in removendo
malum. |
1. Bien que la confirmation ait un rapport pour ainsi dire accidentel à la vie spirituelle considérée simplement, elle n’a cependant pas un rapport accidentel mais essentiel à la vie spirituelle selon sa différence parfaite. Il n’est donc pas nécessaire qu’elle ait une dignité moindre que le baptême. De même que ce qui est raisonnable est une différence plus noble que ce qui est sensible, bien que l’animal en tant qu’animal ne soit raisonnable que par accident, alors qu’il lui convient d’être sensible par lui-même. Ou bien il faut dire, comme le font certains, que la confirmation présuppose le baptême. Il faut donc les comparer de deux manières. D’une manière, en considérant la confirmation qui présuppose le baptême : ainsi, la confirmation est, à parler simplement, plus noble, de même que l’être substantiel, perfectionné par ce qui est accidentel, est plus noble que le simple être substantiel. D’une autre manière, en excluant le baptême ; ainsi, d’une certaine manière, le baptême est plus noble en raison de sa plus grande efficacité pour enlever le mal. |
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[14549] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Baptismus non habet majorem efficaciam simpliciter, sed solum in remotione mali, ut dictum est. |
2. Le baptême n’a pas une plus grande efficacité à parler simplement, mais seulement pour l’enlèvement du mal, comme on l’a dit. |
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Articulus 2 [14550] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 2 tit. Utrum sacramentum confirmationis habeat materiam |
Article
2 – Le sacrement de confirmation a-t-il une matière ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Ce sacrement a-t-il une matière ?]
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[14551] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod sacramentum
istud materiam non habeat. Sacramenta enim habent efficaciam ex divina
institutione. Sed materia hujus sacramenti non legitur a domino instituta.
Ergo non habet determinatam materiam. |
1. Il semble que ce sacrement n’ait pas de
matière. En effet, les sacrements possèdent une
efficacité en vertu d’une institution divine. Or, on ne lit pas
que la matière de ce sacrement ait été instituée
par le Seigneur. Il n’a donc pas de matière déterminée. |
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[14552] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, confirmatio datur ad plenitudinem sancti spiritus percipiendam. Sed super apostolos in die Pentecostes descendit spiritus sancti plenitudo absque omni materia. Ergo hoc sacramentum materia non indiget. |
2. La confirmation est donnée en vue de recevoir la plénitude de l’Esprit Saint. Or, la plénitude l’Esprit Saint est descendue sur les apôtres, le jour de la Pentecôte, sans aucune matière. Ce sacrement n’a donc pas besoin de matière. |
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[14553] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, apostoli formam nobis ecclesiastici ritus tradiderunt. Sed ipsi confirmabant manus imponendo sine aliqua materia, ut legitur in Act. apostolorum. Ergo hoc sacramentum materiam non habet. |
3. Les apôtres nous ont transmis la forme du rite de l’Église. Or, eux-mêmes confirmaient en imposant la main, sans aucune matière, comme on le lit dans les Actes des apôtres. Ce sacrement n’a donc pas de matière. |
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[14554] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est, quia, secundum Hugonem de s. Victore, sacramentum est materiale elementum. Ergo debet omne sacramentum habere materiam. |
Cependant, [1] selon Hugues de Saint-Victor, le sacrement est un élément matériel. Tout sacrement doit donc avoir une matière. |
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[14555] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, si omittatur aliquid quod non sit de substantia sacramenti, non impeditur perceptio sacramenti. Sed si omitteret episcopus chrismatis linitionem, non conferret sacramentum. Ergo materia est de essentia hujus sacramenti. |
[2] Si on omet quelque chose qui ne fait pas partie de la substance d’un sacrement, la réception du sacrement n’est pas empêchée. Or, si l’évêque omettait d’oindre avec le chrême, il ne conférerait pas le sacrement. Une matière fait donc partie de l’essence de ce sacrement. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le chrême est-il une matière appropriée ?] |
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[14556] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod chrisma non sit materia
competens. In sacramentis enim uniformitas observari debet. Sed in Baptismo est materia
simplex elementum, scilicet aqua. Ergo etiam in confirmatione aliquod elementum
debet esse materia. |
1. Il semble que le chrême ne soit pas une
matière appropriée. En effet, l’uniformité doit
être observée dans les sacrements. Or, dans le baptême, la
matière est un élément simple, l’eau. Dans la
confirmation aussi, un élément doit donc être la
matière. |
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[14557] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, virtus agentis proportionatur agenti. Sed virtus agens in sacramentis est simplex. Ergo et materia debet esse simplex; et ita materia confirmationis non debet esse commixta ex duobus liquoribus, scilicet oleo et balsamo. |
2. La puissance de l’agent est proportionnée à l’agent. Or, la puissance qui agit dans les sacrements est simple. La matière aussi doit donc être simple. Et ainsi, la matière de la confirmation ne doit pas être un mélange de deux liquides, à savoir, l’huile et le baume. |
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[14558] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, materia sacramenti debet esse omnibus communis: quia omnibus sacramenta proponuntur in salutem. Sed oleum olivae et balsamum non est apud omnes. Ergo non sunt conveniens materia alicujus sacramenti. |
3. La matière d’un sacrement doit être commune pour tous, car les sacrements sont proposés à tous en vue du salut. Or, l’huile d’olive et le baume n’existent pas chez tous. Ils ne sont donc pas la matière appropriée d’un sacrement. |
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[14559] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 4 Praeterea, ex aliis etiam rebus fit oleum quam ex oliva, sicut ex nucibus et papavere. Ergo videtur quod etiam ex tali oleo posset fieri chrisma. |
4. L’huile est aussi réalisée à partir d’autre chose que l’olive, comme les noix et le pavot. Il semble donc que le chrême pourrait être aussi réalisé avec une telle huile. |
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[14560] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 5 Praeterea, sacramentum confirmationis est ad corroborandum hominem in pugna spirituali. Sed vinum facit homines bonae spei, secundum philosophum, quod ad fortitudinem pugnae exigitur; et similiter panis cor hominis confirmat, ut dicitur in Psal. 103. Ergo panis et vinum esset hujus sacramenti convenientior materia quam oleum et balsamum. |
5. Le sacrement de la confirmation a comme fin de renforcer l’homme en vue du combat spirituel. Or, le vin donne aux hommes de grands espoirs, selon le Philosophe, ce qui est nécessaire pour la force dans le combat ; de même, le pain renforce le cœur de l’homme, comme on le dit dans Ps 103. Le pain et le vin seraient donc une matière plus appropriée que l’huile et le baume. |
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[14561] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 6 Praeterea,
materia sacramenti debet habere significationem et respectu effectus, et
respectu alicujus quod in Christo praecessit, a quo sacramenta profluxerunt. Sed per hujusmodi
liquores nihil significatur in Christo praecedens. Ergo hujusmodi liquores
non sunt conveniens materia hujus sacramenti. |
6. La matière du sacrement doit avoir une signification en regard de son effet et en regard de quelque chose qui a précédé chez le Christ, de qui les sacrements se sont écoulés. Or, par ces liquides, rien d’antérieur n’est signifié chez le Christ. Ces liquides ne sont donc pas la matière appropriée pour ce sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Une matière sanctifiée à l’avance est-elle nécessaire ?] |
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[14562]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non exigatur materia prius
sanctificata. Confirmatio enim, ut in littera dicitur, non est majoris
virtutis quam Baptismus. Sed in Baptismo non requiritur materia prius
sanctificata. Ergo nec in confirmatione. |
1. Il semble qu’une matière
sanctifiée à l’avance ne soit pas nécessaire. En
effet, la confirmation, comme il est dit dans le texte, n’a pas une
plus grande puissance que le baptême. Or, pour le baptême, une
matière sanctifiée à l’avance n’est pas
nécessaire. Donc, non plus pour la confirmation. |
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[14563] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
secundum Augustinum, accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum. Si ergo
oporteret quod materia aliquibus verbis prius sanctificaretur, tunc etiam
ipsum chrisma per se est quoddam sacramentum, et non sacramenti materia. |
2. Selon Augustin, «la parole est jointe à un élément, et le sacrement est réalisé». Si donc il fallait que la matière soit d’abord sanctifiée par certaines paroles, le chrême lui-même serait aussi par lui-même un sacrement, et non la matière du sacrement. |
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[14564] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
sanctificatio non est iteranda circa idem. Sed per formam sacramenti
sanctificatur materia, ut patet in Baptismo, cujus materia est aqua verbo
vitae sanctificata; quod verbum supra, dist. 3, dixit Magister esse formam
Baptismi. Ergo non debet ante prolationem formae sacramentalis aliqua
sanctificatio circa materiam confirmationis adhiberi. |
3. Une sanctification ne doit pas être répétée pour la même chose. Or, par la forme du sacrement, la matière est sanctifiée, comme cela ressort clairement dans le baptême, dont la matière est de l’eau sanctifiée par une parole de vie, parole que, plus haut, d. 3, le Maître affirme être la forme du baptême. Une sanctification relative à la matière de la confirmation n’est donc pas nécessaire avant que la forme sacramentelle ne soit exprimée. |
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[14565] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra est communis usus Ecclesiae, et etiam determinatio Dionysii, qui ponit
ritum consecrationis chrismatis. |
Cependant, il y a l’usage commun de l’Église et même la position de Denys, qui présente le rite de la consécration du chrême. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14566] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
materia sacramenti dicitur illa res visibilis sub cujus tegumento divina
virtus secretius operatur salutem; et ideo ad hoc necessaria est materia
sacramentis, ut ad effectum, ad quem virtus humana nullatenus attingit neque
operando neque cooperando, divina virtus in re visibili operans perducat. Et
ideo in poenitentia et in matrimonio cujus effectus aliquo modo dependet ex
operatione humana, scilicet dolore de peccatis, et consensu etiam in copulam
conjugalem, non requiritur talis materia. In Baptismo autem, cujus effectus
totaliter est ab extrinseco, nil cooperante interius baptizante neque eo qui
baptizatur, nisi ad removendum impedimentum, requiritur materia sensibilis.
Cum ergo effectus confirmationis, qui est plenitudo spiritus sancti, sit
omnino ab extrinseco, non per aliquam operationem humanam, non est dubium
quod in sacramento confirmationis materia exigatur. |
Est appelée matière du sacrement la chose
visible sous le voile de laquelle la puissance divine réalise
secrètement le salut. Aussi, une matière est-elle
nécessaire aux sacrements afin que la puissance divine, agissant dans
une chose visible, conduise à l’effet que la puissance humaine
ne peut d’aucune manière atteindre ni en agissant ni en
coopérant. C’est pourquoi, dans la pénitence et dans le
mariage, dont l’effet dépend d’une certaine manière
de l’action humaine, à savoir, la douleur pour les
péchés et aussi le consentement à l’union
conjugale, une telle matière n’est pas nécessaire. Mais,
dans le baptême, dont l’effet vient entièrement de
l’extérieur, sans que celui qui baptise ni celui qui est
baptisé ne coopèrent de l’intérieur, si ce
n’est pour enlever un empêchement, une matière sensible
est requise. Puisque l’effet de la confirmation, qui est la
plénitude de l’Esprit Saint, vient entièrement de
l’extérieur, et non d’une action humaine, il n’est
donc pas douteux qu’une matière soit nécessaire dans le
sacrement de confirmation. |
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[14567] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod plenitudo spiritus sancti non erat danda ante Christi resurrectionem et ascensionem, sicut dicitur Joan. 7, 39: nondum erat spiritus datus, quia nondum erat Jesus glorificatus; et ideo secundum unam opinionem, ea quae ad hoc sacramentum pertinent non fuerunt ante Christi ascensionem instituenda. Sed aliquo modo praefiguratum fuit hoc sacramentum in manus impositione Christi super pueros; quamvis etiam illa manus impositio possit referri magis ad manus impositionem quae fit super catechumenos, ut dictum est. Nec hoc differt, sive dominus ipsemet instituit, sive apostoli ejus speciali praecepto. Secundum vero aliam opinionem dicendum, quod dominus materiam hujus sacramenti per seipsum instituit, sicut et adventum spiritus sancti promisit; sed denuntiandam apostolis dereliquit, quando usus sacramenti competebat, scilicet post plenam spiritus sancti missionem. |
1. La plénitude de l’Esprit Saint ne devait pas être donnée avant la résurrection et l’ascension du Christ, comme il est dit en Jn 7, 39 : L’Esprit n’avait pas encore été donné parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. C’est pourquoi, selon une opinion, ce qui se rapporte à ce sacrement ne devait pas être institué avant l’ascension du Christ. Mais il a été préfiguré d’une certaine manière par l’imposition de la main aux enfants par le Christ, bien que cette imposition de la main puisse être mise en rapport plutôt avec l’imposition de la main faite aux catéchumènes, comme on l’a dit. Et cela ne fait pas de différence que le Seigneur lui-même ou que ses apôtres l’aient institué par un commandement spécial de sa part. Mais, selon une autre opinion, il faut dire que le Seigneur a institué par lui-même la matière de ce sacrement, comme il a promis la venue de l’Esprit Saint, mais il a laissé aux apôtres d’annoncer le moment où l’usage du sacrement serait approprié, à savoir, après le plein envoi de l’Esprit Saint. |
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[14568] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sicut sacramentum Baptismi incepit in Baptismo Christi; ita sacramentum confirmationis incepit in adventu spiritus sancti in apostolos. Et quia principia rerum debent esse notissima, ideo utrobique spiritus sanctus apparuit visibiliter; in Baptismo quidem in columbae specie, et in confirmatione apostolorum in linguis igneis; et propter hoc non oportuit esse materiam, in qua spiritus sanctus secretius operaretur salutem, ut Augustinus dicit. |
2. De même que le sacrement de baptême a commencé avec le baptême du Christ, de même le sacrement de confirmation a-t-il commencé avec la venue de l’Esprit Saint sur les apôtres. Et parce que le commencement des choses doit être le plus connu, c’est pourquoi l’Esprit Saint est apparu aux deux endroits : dans le baptême [du Christ], sous la forme d’une colombe, et dans la confirmation des apôtres, sous la forme de langues de feu. Pour cette raison, il n’était pas nécessaire qu’il y eût une matière par laquelle l’Esprit Saint réaliserait secrètement le salut, comme le dit Augustin. |
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[14569] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2
qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod
apostoli non confirmabant sine materia, nisi forte quando praeter legem
communem visibilibus signis spiritus sanctus in eos descendebat quibus per
apostolos manus impositio facta fuerat: tunc enim illa visibilis apparitio
supplebat locum elementi visibilis. Quod autem aliquando materia uterentur, patet
per Dionysium in 4 cap. Eccl. Hier. in principio, ubi dicitur, quod est
quaedam perfectiva operatio quam duces nostri, quos apostolos nominat, chrismatis
hostiam nominant, hostiam dicens communiter omnem ritum sacramenti. |
3. Les apôtres ne confirmaient pas sans matière, si ce n’est peut-être lorsque, hors de la loi commune, l’Esprit Saint descendait par des signes visibles sur ceux à qui les apôtres avaient imposé la main. Alors, en effet, cette apparition visible remplaçait l’élément visible. Qu’ils aient parfois utilisé une matière, cela ressort clairement de Denys, dans la Hiérarchie ecclésiastique, IV, au début, où il dit qu’il y a une action qui perfectionne que nos chefs, comme il appelle les apôtres, appellent «l’offrande du chrême», en appelant «offrande» d’une manière générale tout rite sacramentel. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14570] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod, sicut dictum
est, hoc sacramentum initium sumpsit ab adventu spiritus sancti in
discipulos, qui quamvis prius spiritum sanctum habuissent in munere gratiae,
quo perficiebantur ad ea quae ad singulares personas eorum pertinebant, tamen
in die etiam Pentecostes susceperunt spiritum sanctum, sed in munere gratiae
quo perficiebantur ad promulgationem fidei in salutem aliorum; et ideo facta
est apparitio spiritus sancti linguis igneis, ut verbis essent proflui
ad divulgandam fidem Christi; et caritate fervidi, aliorum salutem
quaerentes; et propter hoc dicitur Act. 2, 4: repleti sunt spiritu sancto,
et coeperunt loqui. Igni autem nihil convenientius accipi potuit loco
ejus in materia confirmationis quam oleum, tum quia lucet, tum quia maxime
est nutritivum ignis. Figurae autem linguae nihil convenientius esse potuit
quam balsamum propter odorem, quia propter confessionem linguae odor bonae
notitiae Dei diffunditur in omni loco. Et ideo sicut visibilis apparitio
spiritus sancti fuit in igne figurato figura linguae, ita materia confirmationis
est oleum balsamatum, ut oleum pertineat ad conscientiam quam oportet nitidam
habere eos qui confessores divinae fidei constituuntur; et balsamum ad famam,
quam oportet effundere et verbis et factis fidei confessores. |
Comme on l’a dit, ce sacrement a pris origine dans
la venue de l’Esprit Saint sur les disciples, qui, bien qu’ils
aient eu auparavant l’Esprit Saint par le don de la grâce, par
lequel ils étaient perfectionnés en vue de ce qui relevait de
chaque personne en particulier, ont cependant reçu l’Esprit
Saint, le jour de la Pentecôte, mais par un don de la grâce qui
les perfectionnaient en vue de la diffusion de la foi pour le salut des
autres. C’est pourquoi il y eut apparition de l’Esprit Saint sous
la forme de langues de feu, afin qu’ils débordent de paroles
pour diffuser la foi au Christ, et aient une charité fervente
pour chercher le salut des autres. Pour cette raison, il est dit en
Ac 2, 4 : Ils furent remplis de l’Esprit Saint et se
mirent à parler. Or, rien de plus approprié que
l’huile ne put être trouvé pour remplacer le feu comme
matière de la confirmation : en effet, [l’huile] brille et
elle est ce qui entretient le plus le feu. Mais il ne pouvait y avoir rien de
plus approprié à la langue que le baume en raison de son odeur,
car, par la confession de la langue, l’odeur d’une bonne
connaissance de Dieu se diffuse en tout lieu. Ainsi, de même que
l’apparition visible de l’Esprit Saint se réalisa dans la
figure du feu sous forme de langue, de même la matière de la
confirmation est-elle l’huile embaumée, de sorte que l’huile
soit en rapport avec la conscience pure que doivent avoir ceux qui sont
établis comme confesseurs de la foi, et le baume avec la bonne
renommée que les confesseurs de la foi doivent répandre par
leurs paroles et par leurs actes. |
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[14571] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod non debet in omnibus sacramentis observari uniformitas identitatis, sed proportionalitatis; ut sicut materia unius sacramenti competit illi sacramento, ita materia alterius sacramenti etiam competat alii. Et quia Baptismus est janua sacramentorum, quasi principium et elementum omnium aliorum, ideo sibi competit materia quae sit simplex elementum, non autem ita aliis sacramentis, in quibus additur aliquid speciale; sicut corpora mixta habent aliquas virtutes superadditas speciem consequentes. |
1. Il n’est pas nécessaire que soit respectée dans tous les sacrements une uniformité selon l’identité, mais [une uniformité] selon la proportionnalité, de sorte que, de même que la matière d’un sacrement est appropriée à ce sacrement, de même la matière d’un autre sacrement est aussi appropriée à un autre. Et parce que le baptême est la porte des sacrements, comme uun principe et un élément de tous les autres, lui est appropriée une matière qui est un élément simple. Mais il n’en est pas de même pour les autres sacrements par lesquels quelque chose de spécial est ajouté, de même que les corps mixtes ont des puissances ajoutées qui découlent de leur espèce. |
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[14572] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod virtus hujus sacramenti quamvis sit simplex in essentia, tamen est multiplex in effectu: quia et hominem facit ferventem in conscientia, et famosum per confessionem; et ideo materia hujus sacramenti est et una et multiplex: una in actu, sed multiplex in virtute, sicut et alia mixta. |
2. La puissance de ce sacrement, bien qu’elle soit simple par essence, est cependant multiple par son effet, car elle rend l’homme fervent dans sa conscience et renommé par sa confession. Ainsi, la matière de ce sacrement est-elle à la fois une et multiple : une en acte, mais multiple par sa puissance, comme les autres réalités mixtes. |
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[14573] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod illa ratio procedit in sacramentis necessitatis, cujusmodi non est hoc sacramentum. Tamen oleum et balsamum quamvis non ubique terrarum crescant, tamen ubique de facili transportari possunt. |
3. Ce raisonnement vaut pour les sacrements nécessaires, ce que n’est pas ce sacrement. Cependant, l’huile et le baume, bien qu’ils ne croissent pas partout sur la terre, peuvent cependant être facilement transportés partout. |
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[14574] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod proprietates olei perfectius in oleo olivae inveniuntur, unde antonomastice oleum dicitur; et praeterea ipsa oliva propter virorem perpetuum quem conservat, adjuvat ad significationem mysterii. |
4. Les propriétés de l’huile se trouvent plus parfaitement dans l’huile d’olive. Aussi est-elle appelée «huile» par antonomase. Au surplus, l’olivier lui-même contribue à la signification du mystère par la vigueur perpétuelle qu’il conserve. |
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[14575] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod vinum et panis roborant hominem per modum nutrimenti confortando hominem in seipso; ideo magis competunt Eucharistiae; sed oleum facit expeditum et ferventem ad ea quae exterius sunt; et ideo etiam pugiles oleo unguntur; et ideo competit magis oleum huic sacramento. |
5. Le vin et le pain renforcent l’homme par mode de nourriture, en le fortifiant en lui-même. Aussi sont-ils plutôt appropriés à l’eucharistie. Mais l’huile le rend empressé et fervent pour ce qui est à l’extérieur [de lui-même]. C’est pourquoi les lutteurs sont aussi oints d’huile. Ainsi, l’huile est-elle plus appropriée pour ce sacrement. |
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[14576] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 6 Ad sextum dicendum, quod hac unctione, ut dicit Hugo de sancto Victore, significatur illa unctio qua Christus unctus est ut rex et sacerdos oleo laetitiae prae consortibus suis. Unde etiam a chrismate Christus dicitur, et a Christo Christianus; et propter hoc etiam Dionysius per chrisma Christum significari dicit. |
6. Comme le dit Hugues de Saint-Victor, par cette onction, est signifiée l’onction qu’a reçue le Christ comme roi et prêtre avec l’huile de la joie, plus que tous ceux qui partagent son sort. Aussi le nom de Christ vient-il de chrême et celui de chrétien de Christ. Pour cette raison aussi, Denys dit que le Christ est signifié par le chrême. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14577] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem dicendum, quod materia sacramenti est quasi instrumentum
sanctificationis; est autem instrumentum et principalis agentis et ministri
qui materia sacramenti utitur ad significandum. Quodlibet autem sacramentum
determinat sibi principale agens quantum ad necessitatem sacramenti, quia non
habet efficaciam aliquam nisi ex auctoritate domini et merito Christi; sed
non quodlibet sacramentum determinat sibi ministrum quantum ad necessitatem
sacramenti, sed quandoque solum quantum ad solemnitatem, sicut patet in
Baptismo. Et ideo ut materia sacramenti etiam principali agenti respondeat
proportionaliter et ministro, illa sacramenta quae ministrum sibi
determinant, materiam sanctificatam exigunt, ut dispositio sacramenti a
ministris Ecclesiae descendere ostendatur. Sacramentum autem quod non
determinat sibi ministrum nisi quantum ad solemnitatem, non habet materiam
sanctificatam quantum ad necessitatem sacramenti, sed solum quantum ad
solemnitatem, in cujus materia etiam chrisma in modum crucis effunditur. Et
quia sacramentum confirmationis determinat sibi ministrum, ut dicetur, ideo
materiam sanctificatam requirit ab eo qui est minister sacramenti, scilicet
ab episcopo. |
La matière d’un sacrement est comme un
instrument de sanctification, mais elle est un instrument pour l’agent
principal et pour le ministre, qui utilise la matière du sacrement
pour signifier. Or, tous les sacrements déterminent pour
eux-mêmes un agent principal pour ce qui est nécessaire au
sacrement, car celui-ci n’a de puissance qu’en vertu de
l’autorité du Seigneur et du mérite du Christ. Mais tous
les sacrements ne déterminent pas pour eux-mêmes un ministre
pour ce qui est nécessaire au sacrement, mais parfois seulement pour
[ce qui est nécessaire] pour leur solennité, comme cela ressort
clairement pour le baptême. C’est pourquoi, afin que la
matière du sacrement corresponde proportionnellement à
l’agent principal et au ministre, les sacrements qui déterminent
pour eux-mêmes un ministre requièrent une matière
sanctifiée, comme le montre le fait que l’aménagement du
sacrement vient des ministres de l’Église. Mais le sacrement qui
ne détermine pour lui-même un ministre que pour sa
solennité n’a pas de matière sanctifiée pour ce
qui est nécessaire au sacrement, mais seulement pour sa
solennité, matière dans laquelle le chrême est aussi
versé en forme de croix. Et parce que le sacrement de confirmation
détermine pour lui-même un ministre, comme on le dira, il exige
une matière sanctifiée par celui qui est ministre du sacrement,
l’évêque. |
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[14578] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ad hoc nihil facit virtus sacramenti, sed determinatio ministri, ut dictum est. Vel dicendum, quod Baptismus est sacramentum necessitatis; et ideo materiam communissimam habet; et propter hoc sanctificatione non indiget. |
1. La puissance du sacrement ne contribue ici en rien, mais la détermination du ministre, comme on l’a dit. Ou bien il faut dire que le baptême est un sacrement nécessaire. C’est pourquoi il a la matière la plus commune et, pour cette raison, n’a pas besoin de sanctification. |
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[14579] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quidam dicunt ipsum chrisma esse sacramentum. Sed hoc falsum apparet in hoc quod usus chrismatis in pluribus est quam sacramentum confirmationis; sicut patet in baptizato, qui chrismate in fronte linitur, et de pontifice, cujus caput chrismate tangitur. Et ideo dicendum, quod sacramentum confirmationis non est ipsum chrisma, sed linitio chrismatis sub forma praescripta verborum. Illa autem benedictio vocalis chrismatis non est forma sacramenti, sed magis est quaedam benedictio sacramentalis, sicut benedictio aquae vel altaris. |
2. Certains disent que le chrême lui-même est le sacrement. Mais cela apparaît faux du fait que l’usage du chrême sert à plus de choses qu’au sacrement de confirmation, comme cela est clair pour le baptisé, qui est oint de chrême sur le front, et pour le pontife, dont le chrême touche la tête. C’est pourquoi il faut dire que le sacrement de confirmation n’est pas le chrême, mais l’onction de chrême faite selon la forme prescrite pour les paroles. Mais cette bénédiction verbale du chrême n’est pas la forme du sacrement : elle est plutôt une bénédiction sacramentelle, comme la bénédiction de l’eau ou de l’autel. |
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[14580] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut instrumentum virtutem instrumentalem acquirit dupliciter, scilicet quando accipit formam instrumenti, et quando movetur a principali agente ad effectum; ita etiam materia sacramenti duplici sanctificatione indiget: una qua instituitur materia propria sacramenti, et ad hoc est sanctificatio materiae; alia est quando applicatur ad effectum, quae fit per formam sacramenti. Et ideo non fit injuria sanctificationi, si duplex sanctificatio in talibus adhibeatur. |
3. De même que l’instrument reçoit une puissance instrumentale de deux manières, à savoir, lorsqu’il reçoit la forme d’instrument et lorsqu’il est mû par l’agent principal en vue d’un effet, de même aussi la matière d’un sacrement requiert-elle une double sanctification : l’une par laquelle est instituée la matière propre du sacrement, et c’est le but de la sanctification de la matière ; l’autre, lorsqu’elle est appliquée en vue d’un effet et qui se réalise par la forme du sacrement. C’est pourquoi aucun tort n’est causé à la sanctification si une double sanctification est faite dans de tels cas. |
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Articulus
3 [14581] Super
Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 tit. Utrum sacramentum confirmationis
habeat formam |
Article
3 – Le sacrement de confirmation a-t-il une forme ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Le sacrement de confirmation a-t-il une forme ?]
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[14582] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod sacramentum
confirmationis non habeat formam. Sacramenta enim a Christo descenderunt. Sed
Christus non legitur aliqua forma usus, manus imponens. Ergo cum illa manus
impositio confirmationem designet, videtur quod confirmationis sacramentum
non habeat aliquam formam. |
1. Il semble que le sacrement de confirmation n’ait
pas de forme. En effet, les sacrements viennent du Christ. Or, on ne lit pas
que le Christ ait utilisé une forme en imposant les mains. Puisque
cette imposition de la main désigne la confirmation, il semble donc
que le sacrement de confirmation n’ait pas de forme. |
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[14583] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, apostoli
etiam leguntur per manus impositionem spiritum sanctum dedisse. Sed illa
manus impositio, ut sancti dicunt, fuit confirmatio illorum quibus manus imponebant.
Ergo cum non legatur eos sub aliqua forma verborum manus imposuisse, sicut
leguntur in nomine Christi baptizasse, videtur quod hoc sacramentum non
habeat formam. |
2. On lit aussi que les apôtres ont donné l’Esprit Saint par l’imposition de la main. Or, cette imposition de la main, comme le disent les saints, était la confirmation pour ceux à qui ils imposaient les mains. Puisqu’on ne lit pas qu’ils aient imposé les mains sous une forme déterminée de paroles, comme on lit qu’ils ont baptisé au nom du Christ, il semble donc que ce sacrement n’ait pas de forme. |
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[14584] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sacramenta quae habent formam, sub eisdem verbis apud omnes perficiuntur. Sed sacramentum confirmationis non perficitur eisdem verbis apud omnes. Dicunt enim quidam: consigno te signo crucis, et confirmo te chrismate salutis in nomine patris et filii et spiritus sancti. Quidam autem dicunt: chrismate sanctificationis. Ergo hoc sacramentum non habet aliquam formam. |
3. Les sacrements qui ont une forme sont accomplis pour tous selon les mêmes paroles. Mais le sacrement de confirmation n’est pas accompli selon les mêmes paroles pour tous. En effet, certains disent : «Je te marque du signe de la croix et je te confirme par le chrême du salut au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.» Mais certains disent : «… du chrême de la sanctification». Ce sacrement n’a donc pas de forme. |
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[14585] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod Magister dixit in 1 dist., quod duo sunt in quibus sacramenta consistunt, verbum, et res. Verba autem ad formam pertinent. |
Cependant, [1] le Maître a dit, dans la d. 1, que les sacrements consistent en deux choses : une parole et une chose. Or, les paroles se rapportent à la forme. |
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[14586] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, Augustinus dicit: accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum. |
[2] Augustin dit : «La parole est jointe
à un élément, et cela devient un sacrement.» |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La forme des paroles est-elle appropriée ?] |
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[14587]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod illa forma verborum non sit
competens. In
quolibet enim sacramento exigitur intentio. Sed ad designandum intentionem in
forma Baptismi exprimitur persona baptizans hoc pronomine ego. Ergo et in forma confirmationis hoc pronomen ego apponi
debet. |
1. Il semble que cette forme des paroles ne soit pas
appropriée. En effet, pour tout sacrement, l’intention est
exigée. Or, pour indiquer l’intention dans la forme du
baptême, la personne qui baptise est exprimée par le pronom
«je». Dans la forme de la confirmation, ce pronom doit donc
être présent. |
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[14588] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, consignatio
videtur ad characteris impressionem pertinere. Sed characterem non imprimit
minister magis hic quam in Baptismo. Cum ergo in Baptismo nulla fiat mentio de consignatione
in forma, nec hic fieri deberet de ipsa mentio. |
2. La marque semble se rapporter à l’impression du caractère. Or, le ministre n’imprime pas davantage ici un caractère que dans le baptême. Puisque aucune mention de marque n’est faite dans la forme lors du baptême, une telle mention ne devrait pas en être ici faite. |
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[14589] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
per Baptismum homo maxime configuratur passioni Christi. Sed in forma
Baptismi non fit mentio aliqua de Christi passione. Ergo nec in forma ista deberet fieri
mentio de cruce. |
3. Par le baptême, l’homme est surtout
configuré à la passion du Christ. Or, dans la forme du
baptême, il n’est pas fait mention de la passion du Christ. On ne
devrait donc pas non plus mentionner la croix dans la forme [de la confirmation]. |
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[14590] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 4 Praeterea,
sicut confirmatio habet formam determinatam, ita et Baptismus. Sed in
Baptismi forma non fit mentio de materia ipsius: non enim dicitur: baptizo te
aqua. Ergo nec
hic deberet fieri mentio de chrismate. |
4. De même que la confirmation a une forme
déterminée, de même aussi le baptême. Or, dans la
forme du baptême, il n’est pas fait mention de sa matière.
En effet, on ne dit pas : «Je te baptise par l’eau.»
On ne devrait donc pas ici non plus mentionner le chrême. |
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[14591] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 5 Praeterea,
forma est de essentia sacramenti: quia multi accipiunt sacramentum qui non
accipiunt rem sacramenti. Ergo non debet res sacramenti poni in forma, sicut
hic ponitur, chrismate salutis. |
5. La forme fait partie de l’essence du sacrement,
car beaucoup reçoivent le sacrement sans recevoir la
réalité du sacrement. La réalité du sacrement ne
devrait donc pas être indiquée dans la forme, comme elle
l’est ici : «… par le chrême du salut». |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La forme de ce sacrement a-t-elle une efficacité ?] |
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[14592]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod forma ista non habeat in hoc
sacramento aliquam efficaciam. Quia, secundum Hugonem de sancto Victore,
sacramentum ex sanctificatione invisibilem gratiam continet. Sed materia
hujus sacramenti est sanctificata etiam ante formae prolationem. Ergo formae
prolatio nullam efficaciam praebet sacramento. |
1. Il semble que cette forme n’a pas
d’efficacité dans ce sacrement. En effet, selon Hugues de
Saint-Victor, le sacrement contient une grâce invisible en vertu de sa
sanctification. Or, la matière de ce sacrement est même
sanctifiée avant l’expression de la forme. L’expression de
la forme ne confère donc aucune efficacité au sacrement. |
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[14593] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
sicut in Eucharistia est sanctificatio hostiae et usus ipsius, ita et hic.
Sed ibi tota virtus sacramenti est in hostia sanctificata, ut patet in forma
verborum quae proferuntur, cum quis hostiam sumit, cum dicitur: corpus
domini nostri et cetera. Ergo et similiter hic virtus sacramenti non
consistit in verbis praemissis, quae in usu materiae hujus sacramenti
dicuntur. |
2. De même que, dans l’eucharistie, il y a
sanctification et usage de l’hostie, de même ici. Or, [dans
l’eucharistie], toute la puissance du sacrement se trouve dans
l’hostie sanctifiée, comme cela ressort clairement de la forme des
paroles dites lorsqu’on prend l’hostie : «Le corps de
notre Seigneur, etc…» De la même manière ici, la
puissance du sacrement ne consiste pas dans les paroles mentionnées,
qui sont dites lors de l’usage de la matière de ce sacrement. |
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[14594] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3
qc. 3 s. c. 1 Sed contra est, quod
forma est principalior in re quam in materia. Si ergo materia aliquid
efficit, multo fortius forma. |
Cependant, [1] la
forme est plus importante pour la réalité que pour la
matière. Si donc la matière réalise quelque chose,
à bien plus forte raison la forme. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14595] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
ministri sacramentorum operantur in sacramentis benedicendo et sanctificando;
et ideo secundum quod ad aliquod sacramentum requiritur minister, ita
requiritur forma qua minister sacramentum dispensat. |
Les ministres des sacrements agissent dans les sacrements
en bénissant et en sanctifiant. Aussi, selon qu’un ministre est
requis pour un sacrement, la forme par laquelle le ministre dispense le
sacrement l’est-elle aussi. |
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[14596]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod, sicut dictum est, illa manus impositio
quam dominus pueris exhibebat, non erat proprie sacramentum confirmationis,
quod non conveniebat exhiberi ante ipsius glorificationem; sed vel erat
signum quoddam futurae confirmationis, vel erat talis manus impositio, qualis
fit in catechismo et exorcismo. Si tamen
dominus confirmasset sine forma vel materia, non esset inconveniens; quia
ipse habebat excellentiae potestatem in sacramentis, qui poterat effectum
sacramenti sine sacramentalibus praebere; quod non est de aliis. |
1. Comme on l’a dit, cette imposition de la main
que le Seigneur fait aux enfants n’était pas à proprement
parler le sacrement de confirmation, qu’il n’était pas
approprié de donner avant sa glorification. Elle était soit un
signe d’une confirmation à venir, soit une imposition de la main
comme celle qui est faite lors du catéchisme et de l’exorcisme.
Toutefois, si le Seigneur avait confirmé sans forme ou matière,
cela ne serait pas inapproprié, car il avait un pouvoir
d’excellence sur les sacrements, qui pouvait conférer
l’effet du sacrement sans les sacrements [corr.], ce qui
n’est pas le cas pour les autres. |
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[14597] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quidam dicunt quod apostoli propter dignitatem et
auctoritatem ipsorum confirmabant sine materia et forma per solam manus
impositionem. Sed hoc non videtur bene dictum: quia quantumcumque ipsi essent
magnae auctoritatis, tamen potestatem excellentiae in sacramentis
dispensandis non habebant. Et ideo dicendum, quod apostoli aliqua forma
utebantur, quamvis non sit scripta. Multa enim apostoli servabant in
sacramentorum dispensatione quae nolebant divulgari propter irrisionem
gentilium evitandam, sicut patet per apostolum, qui dicit 1 Corinth. 11, 34: cetera,
cum venero, disponam; et loquitur de celebratione sacramenti
Eucharistiae; et hoc est etiam quod Dionysius dicit in fine Eccl. Hier.: consummativas
autem invocationes, idest verba quibus perficiuntur sacramenta, non
est justum Scripturas interpretantibus, neque mysticum earum, aut in ipsis
operatas ex Deo virtutes, ex occulto ad commune adducere; sed, ut nostra
sacra traditio habet, sine pompa, idest occulte, eas edocere et
cetera. Ex quibus verbis tria possumus accipere. Primo, quia apostoli in
sacramentis utebantur forma verborum certa, quia ipse alibi in eodem Lib.
dicit, quod tradit ritum sacramentorum sicut apostoli docebant. Secundo, quod in occulto
tradebantur hujusmodi sacramentalia in primitiva Ecclesia. Tertio, quod in ipsis verbis est aliqua virtus, quod
quidam negant. |
2. Certains disent que
les apôtres, en raison de leur dignité et de leur autorité,
confirmaient sans matière ni forme, par la seule imposition de la
main. Mais cela ne semble pas être exact, car, aussi grande
qu’ait été leur autorité, ils n’avaient
cependant pas le pouvoir d’excellence dans la dispensation des
sacrements. C’est pourquoi il faut dire que les apôtres
utilisaient une forme, bien qu’elle ne soit pas écrite. En
effet, les apôtres observaient bien des choses dans la dispensation des
sacrements, qu’ils ne voulaient pas divulguer afin d’éviter
la dérision des païens, comme cela ressort clairement chez
l’Apôtre qui dit, en 1 Co 11, 34 : Pour le
reste, j’en disposerai lorsque je viendrai, alors qu’il parle
de la célébration de l’eucharistie. C’est aussi ce
que dit Denys, à la fin de la Hiérarchie
ecclésiastique : «Il n’est pas juste que ceux qui
interprètent les Écritures révèlent à tous
les paroles qui accomplissent – c’est-à-dire les paroles
par lesquelles sont réalisés les sacrements –, ni leur sens
mystique, ni les puissances issues de Dieu qui agissent en eux; mais, comme
notre tradition le comporte, qu’ils les enseignent sans pompe,
etc.» – c’est-à-dire, de manière
cachée. Nous pouvons tirer trois conclusions de ces paroles.
Premièrement, les apôtres utilisaient une forme
déterminée de paroles pour les sacrements, car il dit
lui-même ailleurs dans le même livre qu’il communique le
rite des sacrements tel que les apôtres l’ont enseigné.
Deuxièmement, ils transmettaient de manière occulte ce qui
concernait les sacrements dans l’Église primitive.
Troisièmement, il y a une certaine puissance dans ces mêmes
paroles, ce que nient certains. |
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[14598] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3
qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod
variatio formae in his quae non sunt de essentia formae, potest tolerari
secundum diversas Ecclesiarum consuetudines, dummodo substantia formae apud
omnes servetur. Hoc autem quod a quibusdam dicitur, chrismate salutis,
vel sanctificationis, quasi in unum redit; et ideo per hoc non
removetur quin hoc sacramentum habeat determinatam formam. |
3. La variation de la
forme pour ce qui ne fait pas partie de l’essence de la forme peut
être tolérée selon les diverses coutumes des
églises, pourvu que la substance de la forme soit respectée par
toutes. Or, ce qui est dit par certains : «… par la
chrême du salut» ou «… par le chrême de la
sanctification» revient à la même chose. C’est
pourquoi n’est pas enlevé par cela le fait que ce sacrement ait
une forme déterminée. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14599] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod sicut definitio debet indicare
totum esse rei, si sit perfecta; ita per formam sacramenti debet innotescere
totum quod ad sacramentum pertinet. Sacramentum
autem et est ad aliquem finem ordinatum, et ab aliqua causa principali
efficaciam habet. Et ideo tria ponuntur in forma hujus sacramenti; quorum
primum pertinet ad finem ad quem institutum est hoc sacramentum, qui est
confessio fidei Christianae, cujus tota summa consistit in passione Christi;
unde apostolus 1 Corinth. 2, 2: non enim judicavi me aliquid scire inter
vos, nisi Jesum crucifixum; et ita hujus articuli confessio majorem habet
difficultatem: quia, sicut dicitur in eadem epistola, 1 Corinth. 1, 23, nos
autem praedicamus Christum crucifixum, Judaeis quidem scandalum, gentibus
autem stultitiam; et ad hoc pertinet cum dicitur: consigno te signo
sanctae crucis, ut crucis verbum non erubescat, sed publice confiteatur.
Secundo ponitur ipse sacramentalis actus cum sua materia et effectu, ut sic
tangatur et id quod est sacramentum tantum, in hoc quod dicitur, chrismate;
et id quod est res et sacramentum, in hoc quod dicit, confirmo, idest
sacramentum confirmationis praebeo; et id quod est res et non sacramentum, in
hoc quod dicit, salutis. Sed causa agens principalis, unde sacramentum
effectum habet, tangitur in hoc quod dicit: in nomine patris et filii et
spiritus sancti. |
De même que la définition doit indiquer tout
ce qu’est une chose, si elle est parfaite, de même, par la forme
du sacrement, doit être manifesté tout ce qui se rapporte au
sacrement. Or, le sacrement est ordonné à une certaine fin et
il tient aussi son efficacité d’une cause principale.
C’est pourquoi trois choses sont indiquées dans la forme de ce
sacrement. La première se rapporte à la fin pour laquelle ce sacrement
a été institué, qui est la confession de la foi
chrétienne, dont toute la somme se trouve dans la passion du Christ.
Aussi l’Apôtre dit-il en 1 Co 2, 2 : En
effet, je n’ai jugé bon de connaître rien d’autre
parmi vous que Jésus crucifié. Or, la confession de cet
article comporte une plus grande difficulté, car, comme il est dit
dans la même épître, 1 Co 1, 23 : Nous,
nous prêchons le Christ crucifié, scandale pour les Juifs et
folie pour les païens. C’est à cela que se rapporte ce
qui est dit : «Je te marque du signe de la sainte croix»,
afin qu’on ne rougisse pas de la parole de la croix, mais qu’on
la confesse publiquement. Deuxièmement, l’acte sacramentel
lui-même est indiqué, avec sa matière et son effet, de
sorte qu’est ainsi abordé ce qui est le sacrement seulement, en
disant : «par le chrême» ; ce qui est la
réalité et le sacrement, en disant : «Je te
confirme», c’est-à-dire : «Je te donne le
sacrement de la confirmation» ; et ce qui est la
réalité sans être le sacrement, en disant :
«… du salut». Mais la cause agissante principale, dont le
sacrement tient son effet, est abordée lorsqu’on dit :
«Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.» |
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[14600] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod Baptismus est sacramentum necessitatis; et ideo intentio baptizantis
magis est arctanda ad actum sacramenti. Vel dicendum quod baptizare potest
quilibet, confirmare autem solus ille qui est in summo gradu Ecclesiae, de
quo praesumitur quod minus possit in dispensatione sacramenti deficere; et
ideo non requiritur tanta arctatio intentionis per verba in forma apposita. |
1. Le baptême est un sacrement nécessaire.
C’est pourquoi l’intention de celui qui baptise doit se
restreindre davantage à l’acte du sacrement. Ou bien il faut dire
que tous peuvent baptiser, mais que seul celui qui a le rang le plus
élevé dans l’Église peut confirmer, dont on
présume qu’il peut moins errer dans la dispensation du
sacrement. C’est pourquoi n’est pas requise une telle restriction
d’intention dans les paroles de la forme utilisée. |
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[14601] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod consignatio quae ponitur in forma, non pertinet ad
consignationem characteris, sed ad consignationem crucis, quae fit in fronte
linitione chrismatis propter confessionem fidei crucis; et talis signatio non
fit in Baptismo, quia baptizatus non consecratur ad aliquid speciale, sed
universaliter ad spiritualem vitam; consignatio autem importat quamdam
ascriptionem, vel aliquid speciale, quod est in sacramento confirmationis. |
2. Le fait de marquer qui est mentionné dans la
forme ne se rapporte pas à la marque du caractère, mais
à la marque de la croix, qui est faite sur le front par une onction de
chrême en vue de la confession de la foi en la croix. Une telle marque
n’est pas faite dans le baptême parce que le baptisé
n’est pas consacré à quelque chose de spécial,
mais d’une manière universelle à la vie spirituelle. Mais
la marque comporte une certaine affectation ou quelque chose de
spécial, qui se trouve dans le sacrement de confirmation. |
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[14602] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ille qui baptizatur, configuratur passioni Christi per
fidem ejus, quam habere in corde debet; et ideo non exigitur aliqua
consignatio exterior, sed sufficit consignatio interior quae est per
characterem, et consignatio ad passionem Christi in consepelitione aquae. Sed
confirmatio est sacramentum confessionis passionis Christi, sicut Baptismus
sacramentum fidei; et ideo exterius in manifesto imprimitur crucis
signaculum, et in forma exprimitur. |
3. Celui qui est baptisé est configuré
à la passion du Christ par la foi en lui, qu’il doit avoir dans
son cœur. C’est pourquoi n’est pas exigée une marque
extérieure, mais suffit la marque intérieure qui est
réalisée par le caractère et l’assimilation
à la passion du Christ par l’ensevelissement dans l’eau.
Mais la confirmation est le sacrement de la confession de la passion du
Christ, comme le baptême est le sacrement de la foi. C’est
pourquoi le signe de la croix est imprimé ouvertement de
manière extérieure et est exprimé dans la forme. |
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[14603] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod in ipso actu baptizationis intelligitur determinata
materia Baptismi: non autem materia confirmationis intelligitur in ipso actu
confirmandi; et ideo oportet quod materia addatur. |
4. La matière déterminée du
baptême est comprise dans l’acte même du baptême,
mais non pas la matière de la confirmation dans l’acte
même de la confirmation. C’est pourquoi il faut que la
matière soit ajoutée. |
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[14604] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod in actu ablutionis magis expresse significatur res
sacramenti in Baptismo quam in linitione chrismatis; et ideo non oportet quod
addatur effectus salutis ad majorem expressionem. |
5. Par l’acte de laver, la réalité du sacrement est davantage exprimée dans le baptême que par l’onction avec le chrême. C’est pourquoi il n’est pas nécessaire que soit ajouté l’effet du salut pour l’expliciter davantage. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14605] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod formae
sacramentorum sunt ad perficiendum sacramenta; unde Dionysius vocat eas consummativas
invocationes, ut dictum est; et ideo in illo sacramento quod totum consistit
in illa re sensibili sanctificata, et non in usu illius rei, forma sacramenti
dicitur illud quo materia sanctificatur, non autem illa verba quae in materiae
usu proferuntur, sicut patet in Eucharistia. In illis autem sacramentis quae
perficiuntur in usu materiae, sicut Baptismus in ipsa tinctione vel
ablutione, forma sacramenti est quae dicitur in usu materiae, non quae
dicitur in sanctificatione materiae, quia illa sacramentale quoddam est. Et
ideo cum sacramentum confirmationis, ut dictum est, perficiatur in usu
materiae, constat quod illa verba quae dicit episcopus confirmans, sunt forma
sacramenti, et habent efficaciam sicut et aliae formae sacramentorum. |
Le but des formes des sacrements est
l’accomplissement des sacrements. C’est pourquoi Denys les
appelle «des paroles qui accomplissent», comme on l’a dit.
Ainsi, dans le sacrement qui consiste entièrement dans une chose
sensible sanctifiée, et non dans l’usage de cette chose, on
appelle forme du sacrement ce par quoi la matière est
sanctifiée, et non les paroles qui sont exprimées lors de
l’usage de la matière, comme cela est clair pour
l’eucharistie. Mais, dans les sacrements qui se réalisent par
l’usage de la matière, comme le baptême par
l’aspersion ou l’ablution, la forme du sacrement est celle qui
est dite lors de l’usage de la matière, et non celle qui est
dite lors de la sanctification de la matière, car celle-là est
un sacramental. C’est pourquoi lorsque le sacrement de confirmation,
ainsi qu’on l’a dit, s’accomplit par l’usage de la
matière, il est clair que les paroles que l’évêque
dit en confirmant sont la forme du sacrement et qu’elles ont une
efficacité comme les autres formes des sacrements. |
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[14606] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod duplex est sanctificatio sacramenti, ut dictum est. Ex prima ergo sanctificatione quae fit in benedictione materiae, non habet ut actu conferat gratiam, sed ex secunda. |
1. La sanctification d’un sacrement est double,
comme on l’a dit. Il ne peut donc conférer la grâce en
acte en vertu de la première sanctification qui est faite par la
bénédiction de la matière, mais en vertu de la seconde. |
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[14607] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod aliter est in sacramento Eucharistiae quam in aliis sacramentis: quia ibi totum sacramentum consistit in ipsa hostia consecrata, eo quod ibi Christus realiter continetur, et non virtute tantum, sicut in aliis sacramentis; et ideo forma sacramenti illius sunt verba prolata in sanctificatione hostiae. |
2. Il en va autrement du sacrement de l’eucharistie et des autres sacrements. Là, le sacrement consiste entièrement dans l’hostie consacrée du fait que le Christ y est réellement contenu, et non par sa puissance seulement, comme dans les autres sacrements. C’est pourquoi la forme de ce sacrement consiste dans les paroles exprimées lors de la sanctification de l’hostie. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [L’effet de la confirmation] |
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Prooemium |
Prologue
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[14608]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 pr. Deinde
quaeritur de effectu confirmationis; et circa hoc quaeruntur duo: 1 de
effectu qui est res et sacramentum, scilicet character; 2 de effectu qui est
res tantum, scilicet gratia. |
Ensuite, on s’interroge sur l’effet de la
confirmation. À ce sujet, on pose deux questions : 1 –
à propos de l’effet qui est réalité et sacrement,
à savoir, le caractère ; 2 – à propos de l’effet
qui est réalité seulement, à savoir, la
grâce. |
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Articulus 1 [14609] Super
Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 tit. Utrum in sacramento confirmationis
character imprimatur |
Article
1 – Un caractère est-il imprimé par la confirmation ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Un caractère est-il imprimé par la confirmation ?]
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[14610] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod in
confirmatione character non imprimatur. Character enim, ut supra, dist. 4,
quaest. 1 art. 1 in corp., dictum est, est signum distinctivum. Sed pugna
spiritualis omnibus indicitur. Cum ergo confirmationis sacramentum detur ad
roborandum in pugna spirituali, videtur quod in ipsa non fiat aliqua distinctio
alicujus ab altero per impressionem characteris. |
1. Il semble qu’un caractère ne soit pas
imprimé par la confirmation. En effet, comme on l’a dit plus
haut, d. 4, q. 1, a. 1, c., le caractère est un signe distinctif.
Or, le combat spirituel s’impose à tous. Puisque la confirmation
est donnée en vue de renforcer en vue du combat spirituel, il semble
donc que l’un ne soit pas distingué de l’autre par
l’impression d’un caractère. |
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[14611] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in veteri
lege erat necessaria pugna spiritualis, sicut et in nova. Sed in lege veteri
non erat aliquod sacramentum characterem imprimens, ut supra dictum est. Ergo
nec confirmatio characterem imprimit. |
2. Sous la loi ancienne, le combat spirituel était
nécessaire, comme sous la nouvelle. Or, sous la loi ancienne, il
n’existait pas de sacrement imprimant un caractère, comme on
l’a dit. La confirmation n’imprime donc pas de caractère. |
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[14612] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
supra dictum est, quod character est spiritualis potestas. Sed spiritualis
potestas, scilicet percipiendi sacramenta alia, sufficienter traditur in
Baptismo; potestas autem activa, scilicet dispensandi sacramenta, ad ordinem
pertinet. Cum ergo confirmatus non constituatur in gradu alicujus ordinis vel
dignitatis, videtur quod in confirmatione character non imprimatur. |
3. Le caractère est un pouvoir spirituel. Or, le
pouvoir spirituel de recevoir les autres sacrements est suffisamment
communiqué par le baptême ; quant au pouvoir actif de
dispenser les sacrements, il relève de l’ordre. Puisque le
confirmé n’est pas établi dans un degré
d’ordre ou de dignité, il semble donc qu’un
caractère ne soit pas imprimé par la confirmation. |
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[14613] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra, character est signum conformans nos Trinitati. Sed sicut oportet nos
conformari in sapientia et potentia, ita et in bonitate. Cum ergo in Baptismo
imprimatur character fidei, conformans nos divinae sapientiae, et in ordine
character potestatis, conformans nos divinae potentiae; videtur quod in
confirmatione imprimatur character plenitudinis spiritus sancti, conformans
nos divinae bonitati. |
Cependant, [1] le
caractère est un signe qui nous rend conformes à la
Trinité. Or, de même qu’il est nécessaire que nous
soyons rendus conformes à sa sagesse et à sa puissance, de
même est-il nécessaire que nous le soyons aussi à sa
bonté. Puisque, par le baptême, le caractère de la foi
est imprimé, qui nous rend conformes à la sagesse divine, et
que, par l’ordre, est imprimé un caractère [qui nous rend
conformes] à sa puissance, il semble donc que, par la confirmation, le
caractère de la plénitude de l’Esprit Saint soit
imprimé, qui nous rend conformes à la bonté divine. |
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[14614]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, per
characterem quasi ascribimur ad familiam Jesu Christi. Sed Christus sicut est pater noster et sacerdos, ita est
et rex noster. Cum ergo per characterem baptismalem ascribamur ei quasi patri
filii regenerati per Baptismum, et per characterem ordinis quasi ministri
sacerdoti summo, videtur quod simili ratione in confirmatione debeat imprimi
character, quo conformemur ei quasi minister regi. |
[2] Par le caractère, nous nous joignons pour ainsi dire à la famille de Jésus, le Christ. Or, de même qu’il est notre père et notre prêtre, de même le Christ est-il notre roi. Puisque, par le caractère baptismal, nous nous joignons au père comme des fils régénérés par le baptême, et par le caractère de l’ordre, comme des ministres au grand prêtre, il semble que, pour une raison semblable, un caractère doive être imprimé par la confirmation, par lequel nous lui soyons rendus conformes comme un ministre l’est au roi. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le caractère de la confirmation est-il essentiellement le même que celui du baptême ?] |
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[14615] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod idem sit character confirmationis per essentiam, et Baptismi. Quia ad eamdem
formam seu speciem non potest esse nisi una assimilatio. Sed in Trinitate, ut
Hilarius dicit, est species indifferens. Ergo cum character sit signum
assimilans Trinitati, videtur quod character confirmationis non possit esse
alius a charactere Baptismi. |
1. Il semble que le caractère de la confirmation
soit essentiellement le même que celui du baptême, car il ne peut
y avoir qu’une seule assimilation à la même forme ou
espèce. Or, dans la Trinité, comme le dit Hilaire,
l’espèce ne fait pas de différence. Puisque le
caractère est un signe qui assimile à la Trinité, il
semble donc que le caractère de la confirmation ne puisse être
différent du caractère du baptême. |
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[14616] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, in corporibus ita est quod duo characteres non possunt esse in eadem parte. Sed characteris subjectum est una pars animae, ut supra dictum est. Ergo post primum characterem non potest alius character superaddi. |
2. Dans les corps, il se fait que deux caractères ne peuvent se trouver sur la même partie. Or, le sujet du caractère est une seule partie de l’âme, comme on l’a dit plus haut. Après le premier caractère, un autre caractère ne peut donc pas être ajouté. |
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[14617] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, ad ea quae se necessario consequuntur, aliquis eodem charactere ascribitur; sicut idem character est in sacerdote ad confitendum et ad absolvendum. Sed confessio fidei, cujus sacramentum est confirmatio, consequitur de necessitate ad fidem, cujus sacramentum est Baptismus; quia corde creditur ad justitiam, ore confessio fit ad salutem; Rom. 10, 10. Ergo idem character est in Baptismo et in confirmatione. |
3. Pour les choses qui découlent [l’une de l’autre] nécessairement, on est marqué d’un même caractère, comme le même caractère se trouve chez le prêtre pour confesser et pour absoudre. Or, la confession de la foi, dont le sacrement est la confirmation, découle nécessairement de la foi, dont le sacrement est le baptême, car on croit par le cœur en vue de la justice, et l’on confesse de bouche en vue du salut, Rm 10, 10. Le caractère est donc le même dans le baptême et dans la confirmation. |
|
[14618]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, character est proprius effectus sacramenti et
immediatus. Sed diversarum causarum proprii effectus sunt diversi. Cum ergo
Baptismus et confirmatio sint diversa sacramenta, et characteres impressi
erunt diversi. |
Cependant, [1] le
caractère est l’effet propre et immédiat du sacrement.
Or, les effets propres de causes différentes sont différents.
Puisque le baptême et la confirmation sont des sacremenmts
différents, les caractères imprimés [par eux] seront
donc différents. |
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[14619] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea,
ideo Baptismus iterari non potest, quia character est indelebilis. Si ergo
idem esset character Baptismi et confirmationis, post Baptismum confirmatio
non adderetur. |
[2] Le baptême ne peut pas être répété,
car [son] caractère est indélébile. Si donc le
caractère du baptême et celui de la confirmation étaient
le même, la confirmation ne serait pas ajoutée au baptême. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le caractère de la confirmation suppose-t-il le caractère baptismal ?] |
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[14620]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod character confirmationis non
praesupponat characterem baptismalem. Character enim confirmationis ad hoc
datur quod homo fortiter Christum confiteatur. Sed aliqui ante Baptismum
fortiter Christum confessi sunt, ad martyrii palmam pervenientes. Ergo ante
Baptismum potest aliquis accipere characterem confirmationis. |
1. Il semble que le
caractère de la confirmation ne présuppose pas le
caractère baptismal. En effet, le caractère de la confirmation
est donné pour que l’homme confesse le Christ avec force. Or,
certains ont confessé le Christ avec force, en parvenant à la
palme du martyre, avant le baptême. On peut donc recevoir le
caractère de la confirmation avant le baptême. |
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[14621] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
character confirmationis est sacramentum et res. Sed homo etiam non
baptizatus potest percipere id quod est sacramentum et res in Eucharistia,
scilicet corpus domini verum; quamvis rem sacramenti non consequatur,
inordinate accipiens; nisi forte credat se baptizatum. Ergo et similiter
characterem confirmationis consequi potest non baptizatus. |
2. Le caractère
de la confirmation est sacrement et réalité. Or, un homme,
même s’il n’est pas baptisé, peut recevoir ce qui
est sacrement et réalité dans l’eucharistie, à
savoir, le corps véritable du Christ – bien qu’il ne
reçoive pas la réalité du sacrement, s’il le
reçoit de manière inappropriée –, sauf
peut-être s’il se croit baptisé. De la même
manière, un non-baptisé peut donc recevoir le caractère
de la confirmation. |
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[14622] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
sicut Baptismus naturaliter praecedit confirmationem, ita unus ordo
naturaliter praecedit alium. Si autem aliquis accipit ordinis consequentis
characterem qui non accepit characterem praecedentis, tamen non reordinatur,
sed quod defuerat suppletur. Ergo et characterem confirmationis potest homo
accipere sine charactere baptismali. |
3. De même que le baptême précède naturellement la confirmation, de même un ordre en précède-t-il naturellement un autre. Or, si quelqu’un reçoit le caractère de l’ordre qui suit, sans avoir reçu le caractère de l’ordre précédent, il n’est cependant pas ordonné de nouveau, mais ce qui manquait est suppléé. Un homme peut donc recevoir le caractère de la confirmation sans le caractère baptismal. |
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[14623] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra est quod Dionysius dicit, quod nihil divinitus traditorum operari
potest qui non est regeneratus per Baptismum. Sed character confirmationis
est hujusmodi; ergo non potest aliquis characterem confirmationis percipere
qui non est baptizatus. |
Cependant, [1] Denys dit que celui qui n’est pas régénéré par le baptême ne peut rien faire de ce qui est divinement communiqué. Or, le caractère de la confirmation est de cette sorte. On ne peut donc recevoir le caractère de la confirmation sans être baptisé. |
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[14624] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
Baptismus dicitur esse principium spiritualis vitae, secundum Dionysium, et
Damascenum. Sed remoto principio aufertur quod est post principium. Ergo qui
non est baptizatus, non potest characterem confirmationis accipere. |
[2] Le baptême est appelé le principe de la vie spirituelle, selon Denys et [Jean] Damascène. Or, si on enlève le principe, ce qui vient après le principe est enlevé. Celui qui n’est pas baptisé ne peut donc recevoir le caractère de la confirmation. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14625] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod character
est distinctivum signum, quo quis ab aliis distinguitur ad aliquid spirituale
deputatus. Sed ad spirituale potest aliquis tripliciter deputari. Uno modo ut aliquis in se spiritualia participet; et ad
hoc quis deputatur in Baptismo, quia jam baptizatus potest esse particeps
omnis spiritualis receptionis; unde character baptismalis, ut supra dictum
est, est quasi quaedam spiritualis potentia passiva. Alio modo ut spiritualia
quis in notitiam ducat per eorum fortem confessionem; et ad hoc quis
deputatur in confirmatione; unde etiam tempore persecutionis eligebantur
aliqui qui deberent in loco persecutionis remanere ad publice nomen Christi
confitendum, aliis occulte credentibus, sicut patet in legenda beati
Sebastiani. Tertio modo ut etiam spiritualia credentibus tradat; et ad hoc
deputatur aliquis per sacramentum ordinis. Et ideo sicut in Baptismo
confertur character et in ordine, ita et in confirmatione. |
Le caractère est un signe distinctif, par lequel
quelqu’un est distingué des autres pour être
affecté à quelque chose de spirituel. Or, on peut être
affecté à quelque chose de spirituel de trois manières.
D’une manière, en participant en soi-même à des
réalités spirituelles. On est affecté à cela par
le baptême, car celui qui est déjà baptisé peut
participer à tout ce qui est reçu spirituellement. Aussi le
caractère baptismal, comme on l’a dit plus haut, est-il comme
une puissance spirituelle passive. D’une autre manière, lorsque
quelqu’un fait connaître les réalités spirituelles
en les confessant avec force. On est affecté à cela par la
confirmation. Ainsi, en temps de persécution, certains étaient-ils
choisis pour demeurer là où avait lieu la persécution
afin de confesser publiquement le nom du Christ, alors que les autres
croyaient de manière occulte, comme cela ressort clairement de la
légende du bienheureux Sébastien. Troisièmement, afin de
communiquer les réalités spirituelles aux croyants. On est
affecté à cela par le sacrement de l’ordre. C’est
pourquoi, de même qu’est conféré un
caractère dans le baptême et l’ordre, de même en
est-il dans la confirmation. |
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[14626] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod pugna spiritualis qua quis pugnat contra impedientes salutem sui ipsius, omnibus indicitur; sed ad hoc non datur sacramentum confirmationis, sed ad persistendum fortiter in pugna qua quis nomen Christi impugnat, et ut invictus confessor Christi permaneat; et huic pugnae non omnes exponuntur, sed solum confirmati. |
1. Le combat spirituel par lequel on combat contre ceux qui empêchent son salut est imposé à tous ; mais le sacrement de confirmation n’est pas donné pour cela, mais pour que l’on persiste avec force dans le combat où le nom du Christ est attaqué et pour que le confesseur du Christ demeure invaincu. À ce combat, tous ne sont pas exposés, mais seulement ceux qui ont été confirmés. |
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[14627] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in veteri lege non erat tempus per stultitiam praedicationis propagandi cultum Dei, sed magis per generationem carnalem; et ideo tunc talis pugna de confessione fidei non multum erat necessaria. Nihilominus tamen erat distinctio hujus characteris in veteri lege figurata, sicuti et aliorum. In distinctione enim filiorum Israel ab Aegyptiis, significabatur character baptismalis; in distinctione timidorum a fortibus in bellis, character confirmationis; in distinctione Levitarum a fratribus suis, character ordinis. |
2. Sous la loi ancienne, ce n’était pas le temps de propager le culte de Dieu par la folie des prédicateurs, mais plutôt par la génération charnelle. C’est pourquoi un tel combat pour la confession de la foi n’était pas tellement nécessaire. Toutefois, le fait que ce caractère est distinct était figuré sous l’ancienne loi, de même que celui des autres. En effet, par la distinction entre les fils d’Israël et les Égyptiens, le caractère baptismal était signifié ; par la distinction entre les timides et les forts dans les batailles, le caractère de la confirmation ; par la distinction entre les lévites et leurs frères, le caractère de l’ordre. |
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[14628] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod potestas characteris hujus est potestas activa, non ad conferendum spiritualia, quod est ordinis, sed magis ad confitendum publice; et ideo confirmatus non constituitur in gradu alicujus ordinis, quia nullus ei subjicitur in receptione divinorum ab ipso. |
3. Le pouvoir de ce caractère est un pouvoir actif, non pas pour conférer les réalités spirituelles, ce qui relève [du caractère] de l’ordre, mais plutôt pour confesser publiquement. C’est pourquoi celui qui est confirmé n’est pas établi dans un degré de l’ordre, car personne ne lui est soumis pour recevoir de lui des réalités divines. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14629] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod quaelibet
potentia de sui ratione importat ordinem ad aliquid; et ideo oportet potentiam
proportionatam esse actui ad quem est: quia proprius actus non fit nisi in
propria materia, secundum philosophum in 2 de anima; et ideo oportet quod
potentiae distinguantur per distinctionem actuum ad quos ordinantur, sive
sint potentiae activae, sive passivae; et quia character, ut supra dictum
est, dist. 4, quaest. 1, art. 1, in corp., est potentia spiritualis, ideo cum
character baptismalis non ad idem ordinetur cum charactere confirmationis, ut
ex dictis patet, planum est quod non est idem uterque character. |
Toute puissance comporte par sa raison même un
ordre à quelque chose. C’est pourquoi il est nécessaire
qu’une puissance soit proportionnée à l’être
en acte auquel elle se rapporte, car l’acte propre n’est
réalisé que dans la matière propre, selon le Philosophe,
dans Sur l’âme, II. Aussi est-il nécessaire que les
puissances se distinguent selon la distinction des actes auxquels elles sont
ordonnées, qu’il s’agisse de puissances actives ou [de
puissances] passives. Et parce que le caractère, comme on l’a
dit, d. 4, q. 1, a. 1, c., est une puissance spirituelle, puisque le
caractère baptismal n’est pas ordonné à la
même chose que le caractère de la confirmation, comme cela
ressort clairement de ce qui a été dit, il est clair que les
deux caractères ne sont pas la même chose. |
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[14630] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1
qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod ad unam speciem seu formam, quam aliquid perfecte repraesentat, non
potest esse nisi una assimilatio; et ideo patris non est nisi una perfecta
imago, scilicet filius. Sed si non sit perfecta repraesentatio, tunc possunt
esse diversae assimilationes ad unum simplex; et ideo diversae creaturae
diversimode secundum suum modum divinam similitudinem habent; et propter hoc
non est inconveniens, si sint diversi characteres in anima, Trinitati
secundum diversa conformantes. |
1. Il ne peut y avoir qu’une seule assimilation à une seule espèce ou forme que quelque chose représente de manière parfaite. Aussi n’existe-t-il qu’une seule image parfaite du Père, à savoir, le Fils. Mais si la représentation n’est pas parfaite, alors il peut y avoir des assimilations différentes à une seule chose simple. C’est pourquoi des créatures différentes sont semblables à Dieu d’une manière différente selon leur mode. Pour cette raison, il n’est pas inapproprié qu’il y ait des caractères différents dans l’âme, qui rendent conformes à la Trinité de diverses manières. |
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[14631] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod character corporalis attenditur secundum figuram, quae consistit in
terminatione figurati. Et quia impossibile
est esse diversas terminationes unius rei, ideo impossibile est ut idem
corpus secundum eamdem partem diversimode figuretur aut characterizetur. Sed
character spiritualis attenditur secundum aliquam spiritualem proprietatem.
Non est autem inconveniens diversas proprietates non oppositas eisdem inesse
secundum eamdem partem; et ideo in eadem parte animae plures characteres esse
possunt. |
2. Le caractère corporel se prend de la figure, qui consiste dans la délimitation de ce qui est figuré. Et parce qu’il est impossible qu’il y ait des limites différentes d’une seule chose, il est donc impossible que le même corps soit figuré ou caractérisé de diverses manières selon la même partie. Mais le caractère spirituel se prend selon une propriété spirituelle. Or, il n’est pas inapproprié que des propriétés différentes non opposées se trouvent dans les mêmes choses selon la même partie. C’est pourquoi plusieurs caractères peuvent se trouver dans la même partie de l’âme. |
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[14632] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis cujuslibet baptizati et credentis sit
confiteri, quando confessio ab eo expectatur; non tamen est cujuslibet se
libere exponere, sed tantum confirmati. Et hoc etiam patet in apostolis, in
quibus hoc sacramentum initium sumpsit: quia ante adventum spiritus sancti
confirmantis eos erant clausae fores coenaculi propter metum Judaeorum;
postea repleti spiritu sancto coeperunt loqui cum fiducia et publice verbum
Dei, ut patet in actibus. |
3. Bien qu’il relève de tout baptisé et de tout croyant de confesser, lorsqu’une confession est attendue de lui, toutefois il ne relève pas de tous de s’exposer librement, mais seulement de celui qui est confirmé. Cela ressort aussi clairement chez les apôtres, dont ce sacrement tire son origine, car, avant la venue de l’Esprit Saint les confirmant, les accès au cénacle étaient fermés par crainte des Juifs ; après qu’ils furent remplis de l’Esprit Saint, ils se mirent à annoncer avec confiance et publiquement la parole de Dieu, comme cela ressort clairement dans les Actes. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14633] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod nihil potest
participare actionem vel proprietatem alicujus naturae nisi prius habeat
subsistentiam in natura illa; unde cum per Baptismum, qui est spiritualis
regeneratio, homo acquirat subsistentiam in vita spirituali Christianae
religionis, non potest non baptizatus aliquid eorum quae ad hanc spiritualem
vitam pertinent, participare; et ideo non potest percipere confirmationis
characterem; et hanc rationem Dionysius assignat in 2 cap. Eccl. Hier. |
Rien ne peut participer à l’action ou
à une propriété d’une nature à moins de
subsister au préalable dans cette nature. Ainsi, puisque, par le
baptême, qui est une régénération spirituelle,
l’homme acquiert une subsistance dans la vie spirituelle de la religion
chrétienne, un non-baptisé ne peut-il participer à rien
de ce qui relève de cette vie spirituelle. C’est pourquoi il ne
peut recevoir le caractère de la confirmation. Denys donne aussi cette
raison dans le deuxième chapitre de la Hiérarchie
ecclésiastique. |
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[14634] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ad ea quae sunt necessitatis, homo admittitur, etiam si hoc non competat ei ex officio; sicut patet quod etiam non habens ordinem in casu necessitatis baptizare potest licite, quamvis hoc non competat sibi ex officio. Similiter etiam quia confiteri nomen Christi, ubi confessio exquiritur, est necessitatis, ideo etiam non baptizatis hoc competit, quamvis hoc non habeant ex officio characteris in sacramento confirmationis suscepti. |
1. L’homme est admis à ce qui est nécessaire, même si cela ne relève pas de lui en raison de sa fonction. Il est ainsi clair que même celui qui n’a pas l’ordre peut baptiser licitement en cas de nécessité, bien que cela ne relève pas de lui en raison de sa fonction. De la même manière, parce qu’il est nécessaire de confesser le nom du Christ, là où la confession est requise, cela relève même des non-baptisés, bien qu’ils n’aient pas à faire cela en fonction du caractère reçu dans le sacrement de confirmation. |
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[14635] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in sacramento Eucharistiae illud quod est res et sacramentum, est extra suscipientem; et ideo indispositio illius non impedit quin sit illud quod est res et sacramentum, scilicet corpus Christi verum. Sed hoc quod est res et sacramentum in confirmatione est aliqua forma in suscipiente recepta; et ideo indispositio recipientis impedit impressionem characteris. |
2. Dans le sacrement de l’eucharistie, ce qui est réalité et sacrement est extérieur à celui qui la reçoit. Aussi une indisposition de sa part n’empêche-t-elle pas l’existence de la réalité et du sacrement, à savoir, le corps véritable du Christ. Mais ce qui est réalité et sacrement dans la confirmation est une forme reçue par celui qui la reçoit. C’est pourquoi une indisposition de celui qui la reçoit empêche l’impression du caractère. |
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[14636] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod ordo potentiae passivae ad activam est ordo necessitatis: quia qui non habet potentiam passivam ad aliquid recipiendum, nihil recipit nisi miraculose: sed ordo potentiae inferioris activae ad superiorem est tantum ordo congruitatis; et ideo carens baptismali charactere, qui est potentia passiva recipiendi spiritualia, nihil potest recipere de aliis spiritualibus; carens autem charactere inferioris ordinis, qui est potentia activa, potest recipere characterem superioris ordinis. |
3. L’ordre d’une puissance passive à [une puissance] active est un ordre nécessaire, car celui qui n’a pas de puissance passive pour recevoir quelque chose ne reçoit rien, si ce n’est par miracle. Mais l’ordre de la puissance active inférieure à [une puissance active] supérieure est seulement un ordre de convenance. C’est pourquoi celui qui n’a pas le caractère baptismal, qui est une puissance passive en vue de recevoir les réalités spirituelles, ne peut rien recevoir des autres réalités spirituelles ; mais celui qui n’a pas le caractère d’un ordre inférieur, qui est une puissance passive, peut recevoir le caractère d’un ordre supérieur. |
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Articulus
2 [14637] Super
Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 tit. Utrum
in confirmatione conferatur gratia gratum faciens |
Article
2 – La grâce sanctifiante est-elle conférée par la
confirmation ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [La
grâce sanctifiante est-elle conférée par la confirmation
?]
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[14638] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod gratia gratum faciens, in confirmatione non
conferatur. Gratia enim gratum faciens ordinatur contra culpam, et non contra
poenam. Sed confirmatio ordinatur contra poenam, et non contra culpam; quia
ille qui confirmatur jam non est impius, per Baptismum justificatus. Ergo non
recipit gratiam gratum facientem. |
1. Il semble que la grâce sanctifiante ne soit pas
conférée par la confirmation. En effet, la grâce
sanctifiante est ordonnée contre la faute, et non contre la peine. Or,
la confirmation est ordonnée contre la peine, et non contre la faute,
car celui qui est confirmé n’est déjà plus impie,
justifié qu’il est par le baptême. Il ne reçoit
donc pas la grâce sanctifiante. |
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[14639] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Baptismus non habet minus ordinem ad gratiam gratum facientem quam confirmatio. Sed ille qui prius habuit gratiam, per Baptismum non accipit gratiam gratum facientem. Ergo cum confirmatus jam habeat gratiam quam in Baptismo suscepit, sicut patet in pueris, videtur quod in confirmatione gratia gratum faciens non conferatur. |
2. Le baptême n’est pas moins ordonné à la grâce sanctifiante que la confirmation. Or, celui avait antérieurement la grâce ne reçoit pas la grâce sanctifiante par le baptême. Puisque le confirmé à déjà la grâce qu’il a reçue au baptême, comme cela est clair pour les enfants, il semble que la grâce sanctifiante n’est pas conférée par la confirmation. |
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[14640] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, ad id quod
potest fieri in mortali peccato non requiritur gratia gratum faciens. Sed
aliqui in peccato mortali existentes possunt fortiter nomen Christi confiteri.
Ergo cum confirmatio sit sacramentum confessionis Christi, videtur quod non
detur ibi gratia gratum faciens. |
3. La grâce sanctifiante n’est pas nécessaire pour ce qui est accompli en état de péché mortel. Or, certains qui sont état de péché mortel peuvent confesser avec force le nom du Christ. Puisque la confirmation est le sacrement de la confession du Christ, il semble donc que la grâce sanctifiante n’y soit pas conférée. |
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[14641] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, sacramentum novae legis efficit quod figurat. Sed per unctionem chrismatis significatur unctio gratiae. Ergo in confirmatione gratia gratum faciens confertur. |
Cependant, [1] le sacrement de la loi nouvelle réalise ce dont il est la figure. Or, par l’onction du chrême, est signifiée l’onction de la grâce. La grâce sanctifiante est donc conférée par la confirmation. |
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[14642] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, in littera dicitur, quod ibi datur spiritus sanctus. Sed in primo libro, dist. 16, qu. 1, art. 2, dictum est, quod missio spiritus sancti non est sine gratia gratum faciente. Ergo in confirmatione datur gratia gratum faciens. |
[2] Il est dit dans le texte que l’Esprit Saint est donné [par la confirmation]. Or, dans le premier livre, d. 16, q. 1, a. 2, on disait que la mission de l’Esprit Saint ne se réalise pas sans la grâce sanctifiante. La grâce sanctifiante est donc donnée par la confirmation. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La grâce de la confirmation est-elle la même que la grâce baptismale ?] |
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[14643] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur, quod sit eadem cum gratia
baptismali. Duo enim accidentia ejusdem speciei non possunt esse in eodem
simplici et indivisibili. Sed subjectum
gratiae gratum facientis est essentia animae, quae est una et simplex. Ergo
in ea non possunt esse diversae gratiae; et ideo cum gratia baptismalis sit
ibi, gratia in confirmatione data erit penitus idem. |
1. Il semble que [la grâce de la confirmation] soit
la même que la grâce baptismale. En effet, deux accidents de la
même espèce ne peuvent pas exister dans une même chose
simple et indivisible. Or, le sujet de la grâce sanctifiante est
l’essence de l’âme, qui est une et simple. Il ne peut donc
y exister diverses grâces. Et ainsi, puisque la grâce baptismale
s’y trouve, la grâce donnée par la confirmation sera
exactement la même chose. |
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[14644] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
eadem est gratia quae est in virtutibus et donis. Sed per Baptismum confertur
gratia cum omnibus virtutibus, ut supra dictum est, dist. 1, qu. 1, art. 4,
quaestiunc. 5; in confirmatione autem datur gratia cum septiformi plenitudine
spiritus sancti, ut in littera dicitur, quod ad septem dona pertinet. Ergo
eadem est gratia quae datur in confirmatione et in Baptismo. |
2. C’est la même grâce qui existe dans les vertus et dans les dons. Or, par le baptême, la grâce est conférée avec toutes les vertus, comme on l’a dit plus haut, d. 1, q. 1, a. 4, qa 5. Or, par la confirmation, la grâce est donnée avec la plénitude septiforme de l’Esprit Saint, comme il est dit dans le texte, ce qui se rapporte aux sept dons. C’est donc la même grâce qui est donnée par la confirmation et par le baptême. |
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[14645] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, major est
distinctio virtutum quam gratiae. Sed ad eamdem virtutem pertinet credere et
confiteri, scilicet ad fidem. Ergo multo fortius pertinet ad eamdem gratiam;
ergo gratia baptismalis quae perficit ad credendum et gratia confirmationis
quae perficit ad confitendum, est eadem gratia. |
3. Il existe une plus grande distinction entre les vertus que pour la grâce. Or, croire et confesser relèvent de la même vertu, à savoir, la foi. À bien plus forte raison, ils relèvent donc de la même grâce. La grâce baptismale, qui perfectionne en vue de croire, et la grâce de la confirmation, qui perfectionne en vue de confesser, sont donc la même grâce. |
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[14646] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, causae diversae inducunt diversos effectus. Sed aliud est sacramentum exterius in Baptismo quam in confirmatione, et alius character interior, ut dictum est, quae sunt causa gratiae. Ergo et alia est gratia utrobique. |
Cependant, [1] des causes différentes entraînent des effets différents. Or, autre est le sacrement extérieur dans le baptême que dans la confirmation, et autre est le caractère intérieur, comme on l’a dit, qui sont la cause de la grâce. Il existe donc une grâce différente chez les deux. |
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[14647] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, contra diversos
morbos datur diversa medicina. Sed contra
alium morbum ordinatur confirmatio et Baptismus, ut supra, dist. 2, qu. 1, art. 1 in
corp., dictum est. Ergo alia est gratia quae in medicinam morbi in sacramento
utroque datur. |
[2] Un médicament différent est donné contre des maladies différentes. Or, la confirmation et le baptême sont ordonnés contre des maladies différentes, comme on l’a dit plus haut, d. 2, q. 1, a. 1, c. La grâce qui est donnée comme médicament contre la maladie est donc différente dans les deux. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La grâce de la confirmation perfectionne-t-elle la grâce baptismale ?] |
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[14648]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod gratia confirmationis non perficiat
gratiam baptismalem. Omnis enim perfectio quae confirmationi ascribitur, ad
dona vel virtutes pertinet; sicut fortiter confiteri, et persistere, quod est
fortitudinis virtutis vel doni. Sed in Baptismo, ubi confertur gratia,
conferuntur et virtutes et dona, quae in gratia connexionem habent, ut dictum
est supra, dist. 1, quaest. 1, art. 4, quaestiunc. 5. Ergo gratia
confirmationis non perficit gratiam baptismalem. |
1. Il semble que la grâce de la confirmation ne
perfectionne pas la grâce baptismale. En effet, toute perfection qui
est attribuée à la confirmation relève des dons ou des
vertus, comme confesser avec force et y persister, ce qui est le propre de la
vertu ou du don de force. Or, dans le baptême, là où la
grâce est conférée, sont conférés les
vertus et les dons, qui sont connexes dans la grâce, comme on l’a
dit plus haut, d. 1, q. 1, a. 4, qa 5. La grâce de la confirmation ne
perfectionne donc pas la grâce baptismale. |
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[14649] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2
qc. 3 arg. 2 Praeterea, ex eodem
habitus operatur et perficitur, ut dicitur in 2 Ethic. Sed gratia baptismalis
per Baptismum acquiritur. Ergo non perficitur per confirmationem. |
2. L’habitus agit et est perfectionné par la même chose, comme il est dit dans Éthique, II. Or, la grâce baptismale est acquise par le baptême. Elle n’est donc pas perfectionnée par la confirmation. |
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[14650] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, in augmento fit idem ex eo quod auget et quod augetur. Sed gratia baptismalis differt a gratia confirmationis. Ergo gratia confirmationis non perficit gratiam baptismalem. |
3. Dans ce qui est
augmenté, la même chose est produite par ce qui augmente et ce
qui est augmenté. Or, la grâce baptismale diffère de la
grâce de la confirmation. La grâce de la confirmation ne
perfectionne donc pas la grâce baptismale. |
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[14651] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, secundum Dionysium, Baptismus est illuminatio, chrisma autem perfectio. Sed perfectio consummat illuminationem sicut illuminatio purgationem. Ergo confirmatio chrismatis consummat gratiam baptismalem. |
Cependant, [1] selon Denys, le baptême est une illumination, mais le chrême, une perfection. Or, la perfection complète l’illumination comme l’illumination, la purification. La confirmation par le chrême complète donc la grâce baptismale. |
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[14652] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
in omnibus perfectionibus ordinatis ad invicem ita est quod secunda perficit
primam. Sed
confirmationis gratia superadditur ad gratiam baptismalem. Ergo gratia
confirmationis perficit gratiam baptismalem. |
[2] Dans toutes les perfections ordonnées entre elles, la seconde perfectionne la première. Or, la grâce de la confirmation s’ajoute à la grâce baptismale. La grâce de la confirmation perfectionne donc la grâce baptismale. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14653] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod in
quolibet sacramento
est aliqua sanctificatio. Sed quaedam est sanctificatio in sacramento quae
est communis omnibus sacramentis, scilicet emundatio a peccato vel a
reliquiis peccati; et quaedam sanctificatio quae est specialis quibusdam
sacramentis imprimentibus characterem, scilicet deputatio ad aliquid sacrum.
Utraque autem sanctificatio gratiam gratum facientem requirit: quia illud
quod directe contrariatur peccato, est gratia; contraria autem contrariis
curantur. Unde idem remedium adhiberi non potest contra peccatum et sequelas
ejus, nisi per gratiam gratum facientem. Et ideo in omni sacramento novae
legis gratia gratum faciens confertur, ut dictum est supra, dist. 2, qu. 1,
art. 1, quaestiunc. 1 et 2. Similiter autem accessus ad sacra non est licitus
immundis, nec aliquis ab immunditia liberari potest nisi per gratiam, nec
effici idoneus ad sacra ministranda vel percipienda; et ideo oportet quod in
sacramentis quae characterem imprimunt, gratia gratum faciens imprimatur. Cum
ergo confirmatio sit sacramentum novae legis characterem imprimens, ex
duplici parte necessarium est quod gratiam gratum facientem conferat. |
Dans tout sacrement, il y a une sanctification. Or, il
existe dans le sacrement une sanctification qui est commune à tous les
sacrements, à savoir, la purification du péché ou des
suites du péché, et une sanctification qui est
particulière aux sacrements qui impriment un caractère,
à savoir, l’affectation à quelque chose de sacré.
Or, les deux sanctifications exigent la grâce sanctifiante, car le contraire
du péché est la grâce, et les contraires sont
guéris par les contraires. Aussi le même remède ne
peut-il être donné contre le péché et ses suites
que par la grâce sanctifiante. C’est pourquoi, dans tous les
sacrements de la loi nouvelle, la grâce sanctifiante est
conférée, comme on l’a dit plus haut, d. 2, q. 1, a. 1,
qa 1 et 2. De même, l’accès aux choses sacrées
n’est pas permis à ceux qui sont impurs et l’on ne peut
être libéré de l’impureté ni rendu apte
à administrer ou à recevoir les choses sacrées que par
la grâce. Aussi est-il nécessaire que, par les sacrements qui
impriment un caractère, soit imprimée la grâce
sanctifiante. Puisque la confirmation est un sacrement de la loi nouvelle
imprimant un caractère, il est donc nécessaire pour les deux
raisons qu’elle confère la grâce sanctifiante. |
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[14654] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod confirmatio ordinatur contra poenam quae est ex culpa causata, et ad culpam inclinans; et ideo ex consequenti habet repugnantiam ad gratiam; et propter hoc contra ipsam oportet quod gratia gratum faciens detur; et ideo si invenit aliquam culpam quae fictum non faciat, delet illam, sicut patet de culpa veniali; quamvis non principaliter contra culpam ordinetur. |
1. La confirmation est ordonnée contre la peine qui est causée par la faute et qui incline à la faute ; c’est pourquoi [cette peine] a, par mode de conséquence, une répugnance à la grâce. Pour cette raison, il est nécessaire que la grâce soit donnée pour s’y opposer. Ainsi, si elle rencontre une faute qui ne provoque pas la feinte, elle la détruit, comme cela est clair pour le péché véniel, bien qu’elle ne soit pas ordonnée principalement contre la faute. |
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[14655] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Baptismus est sacramentum necessitatis; et ideo gratia quae confertur in Baptismo, ordinatur in communem statum salutis, et non in aliquem specialem effectum; et propter hoc per Baptismum ei qui habuit gratiam gratum facientem, non additur alia gratia nova, sed illa quae prius inerat, augetur. Secus autem est de confirmatione, quae non est sacramentum necessitatis; unde ejus gratia ad aliquem specialem effectum ordinatur; et propter hoc gratia confirmationis potest addi ad gratiam quae perficit in communi statu vitae. |
2. Le baptême est un sacrement nécessaire. C’est pourquoi la grâce qui est conférée par le baptême est ordonnée à l’état commun du salut, et non pas à un effet spécial. Pour cette raison, une autre grâce nouvelle n’est pas ajoutée par le baptême à celui qui avait la grâce sanctifiante, mais celle qui se trouvait d’abord chez lui est augmentée. Mais il en va autrement de la confirmation, qui n’est pas un sacrement nécessaire. Aussi sa grâce est-elle ordonnée à un effet spécial. Pour cette raison, la grâce de la confirmation peut être ajoutée à la grâce qui perfectionne dans l’état de vie commun. |
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[14656] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis aliquis possit constanter, etiam si sit in
mortali peccato, fidem Christi confiteri, non tamen est idonea illa
confessio, quia non est speciosa laus in ore peccatoris, Eccli. 15, 9, nec iterum est
meritoria ad salutem. Sacramentum autem ordinatur non solum ad hoc quod
aliquid fiat qualitercumque, sed ad hoc quod aliquid idonee fiat, nisi sit
defectus ex parte recipientis sacramentum. |
3. Bien que l’on puisse confesser le Christ avec constance, même si l’on est en état de péché mortel, cette confession n’est cependant pas adéquate, car la louange n’est pas agréable dans la bouche du pécheur, Si 15, 9, et elle n’est pas méritoire pour le salut. Or, le sacrement n’est pas ordonné seulement à ce que quelque chose soit accompli de n’importe quelle manière, mais à ce que quelque chose soit accompli adéquatement, à moins qu’il n’y ait une carence de la part de celui qui reçoit le sacrement. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14657] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod, sicut supra
dictum est, sacramentales gratiae ad invicem distinctae sunt secundum distinctionem
eorum ad quae ordinantur, sicut et virtutes; quamvis earum distinctio non ita
appareat sicut distinctio virtutum, quia earum effectus non sunt ita manifesti
sicut effectus virtutum. Ita etiam videmus in virtutibus moralibus; quia ubi
est specialis difficultas, requiritur specialis virtus; unde alia est virtus
quae dirigit in magnis sumptibus secundum magnificentiam, ab ea quae in
communibus donis et sumptibus perficit, scilicet liberalitate. Et quia gratia
baptismalis datur ad perficiendum in his quae pertinent ad communem statum
vitae Christianae, gratia autem confirmationis ad perficiendum in his quae
sunt difficillima in isto statu, scilicet confiteri nomen Christi contra
persecutores; ideo speciali gratia ad hoc indigetur; et propter hoc alia est
gratia confirmationis a gratia Baptismi, et contra alium defectum datur.
Gratia enim Baptismi datur contra defectum qui impedit omnem statum justitiae
in vita Christiana, scilicet contra peccatum originale et actuale; gratia
autem confirmationis contra defectum oppositum robori quod exigitur in
confessoribus nominis Christi, scilicet contra infirmitatem. |
Comme on l’a dit plus haut, les grâces
sacramentelles se distinguent l’une de l’autre selon la
distinction de ce à quoi elles sont ordonnées, comme c’est
aussi le cas pour les vertus, bien que leur distinction ne soit pas aussi
claire que la distinction entre les vertus, parce que leurs effets ne sont
pas aussi manifestes que les effets des vertus. Nous voyons aussi la
même chose dans les vertus morales, car partout où il y a une
difficulté particulière, une vertu spéciale est
nécessaire. Ainsi, autre est la vertu qui dirige pour les grandes
dépenses conformément à la magnificence, de celle qui
perfectionne pour les dépenses et les dons communs, à savoir,
la libéralité. Et parce que la grâce baptismale est
donnée en vue de perfectionner pour ce qui relève de
l’état commun de la vie chrétienne, alors que la
grâce de la confirmation [l’est] en vue de perfectionner pour ce
qui est le plus difficile dans cet état, à savoir, confesser le
nom du Christ contre les persécuteurs, une grâce spéciale
est nécessaire pour cela. Pour cette raison, la grâce de la
confirmation est différente de la grâce du baptême et elle
est donnée contre une autre carence. En effet, la grâce du
baptême est donnée contre la carence qui empêche tout
état de justice dans la vie chrétienne, à savoir, contre
le péché originel et actuel, mais la grâce de la
confirmation [l’est] contre la carence opposée à la force
qui est requise chez ceux qui confessent le nom du Christ, à savoir,
contre la faiblesse. |
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[14658] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod gratia confirmationis et Baptismi non sunt ejusdem speciei, ut dictum est, et ideo nihil prohibet quod in eodem indivisibili sint. Vel dicendum, quod gratia baptismalis ex essentia animae derivatur in intellectum, quod est ad recte et perfecte credendum; sed gratia confirmationis respicit magis irascibilem, ad quam pertinet fortitudo et robur. |
1. La grâce de la confirmation et celle du baptême ne sont pas de la même espèce, comme on l’a dit. C’est pourquoi rien n’empêche qu’elles existent dans le même sujet indivisible. Ou bien il faut dire que la grâce baptismale est orientée par essence vers l’intelligence, c’est-à-dire à croire de manière droite et parfaite ; mais la grâce de la confirmation concerne plutôt l’irascible, duquel relèvent la force et la solidité. |
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[14659] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod gratia sacramentalis, quae est principalis effectus sacramenti, quamvis habeat connexionem cum gratia quae est in virtutibus et donis, tamen est alia ab ea: quia gratia sacramentalis perficit removendo primo et principaliter defectum ex peccato consequentem; sed gratia virtutum et donorum perficit inclinando ad bonum virtutis et doni; sicut gratia confirmationis removendo infirmitatis morbum; fortitudinis autem donum vel virtus inclinando ad bonum quod est proprium virtuti vel dono. Et ideo quamvis in Baptismo dentur virtutes et dona, et similiter in confirmatione, non oportet quod sit eadem gratia sacramentalis utrobique. |
2. La grâce sacramentelle, qui est l’effet principal du sacrement, bien qu’elle ait une connexion avec la grâce qui se trouve dans les vertus et les dons, en est cependant différente, car la grâce sacramentelle perfectionne en enlevant d’abord et principalement une carence qui découle du péché, mais la grâce des vertus et des dons perfectionne en inclinant au bien de la vertu et du don. Ainsi, la grâce de la confirmation [perfectionne] en enlevant la maladie de la faiblesse, mais le don ou la vertu de force, en inclinant au bien qui est propre à la vertu et au don. Aussi, bien que les vertus et les dons soient donnés par le baptême, de même que par la confirmation, il n’est pas nécessaire que ce soit la même grâce sacramentelle dans les deux cas. |
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[14660] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod confiteri ubi ex confessione imminet mortis periculum, non est tantum fidei, sed indiget auxilio alterius virtutis, scilicet fortitudinis; et similiter etiam indiget alia gratia sacramentali, quae removeat effectum oppositum fortitudini. |
3. Confesser là où, en raison de la confession, un danger de mort est imminent, ne relève pas seulement de la foi, mais nécessite l’aide d’une autre vertu, la force. De même aussi, cela nécessite une autre grâce sacramentelle, qui écarte l’effet opposé à la force. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14661] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 2 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem dicendum, quod, ut supra dictum est, dist. 1, quaest. 5, art. 4,
quaestiunc. 5, sicut gratia gratum faciens, quae essentiam animae perficit,
differt a virtutibus et donis quae ab ipsa fluunt, ita etiam differt a gratia
quae est proprius effectus sacramentorum; tamen est ei connexa, sicut et
connexionem habet ad virtutes et dona; unde in sacramentis principaliter
datur gratia sacramentalis, quae differt in diversis sacramentis; et per
consequens gratia virtutum et donorum, quae est communis in omnibus
sacramentis. Secundum hoc ergo gratia baptismalis potest dici dupliciter. Uno
modo illa quae est principalis et proprius effectus Baptismi, operans contra
morbum: alio modo gratia quae est effectus Baptismi ex consequenti, et per
quamdam connexionem: et similiter distinguendum est de gratia confirmationis.
Accipiendo ergo gratiam baptismalem et confirmationis primo modo, sic sunt
diversae gratiae; et ideo non perficit eam directe, quasi cedens in eamdem
essentiam cum ipsa, sed directe perficit ipsum baptizatum ad aliquid altius;
et per consequens etiam ipsa baptismalis gratia perfectius et nobilius esse
habet, sicut et anima sensibilis est perfectior adjuncta rationali, et virtus
adjuncta dono, et liberalitas adjuncta magnificentiae. Accipiendo autem
gratiam baptismalem et confirmationis secundo modo, sic directe auget eam,
cedens in eamdem essentiam cum ipsa, sicut Baptismus directe auget gratiam
quam prius invenit. |
Comme on l’a dit plus haut, d. 1, q. 5, a. 4,
qa 5, de même que la grâce sanctifiante, qui perfectionne
l’essence de l’âme, diffère des vertus et des dons
qui en découlent, de même aussi elle diffère de la
grâce qui est l’effet propre des sacrements. Toutefois, elle lui
est connexe, de même qu’elle est connexe avec les vertus et les
dons. Ainsi, par les sacrements, la grâce sacramentelle est
principalement donnée, qui est différente selon les
différents sacrements, et, par voie de conséquence, la
grâce des vertus et des dons, qui est commune à tous les
sacrements. Conformément à cela, on peut parler de la
grâce baptismale de deux manières. D’une manière,
de celle qui est l’effet principal et propre du baptême, qui agit
contre la maladie ; d’une autre manière, de la grâce
qui est l’effet du baptême par mode de conséquence et en
raison d’une certaine connexion. De même faut-il faire une
distinction pour la grâce de la confirmation. En considérant la
grâce baptismale et de la confirmation de la première
manière, elles sont alors des grâces différentes. Ainsi,
[la grâce de la confirmation] ne perfectionne pas [la grâce du
baptême] directement, comme si elle était de la même
essence qu’elle, mais elle perfectionne directement le baptisé
lui-même en vue de quelque chose de plus élevé. Par mode
de conséquence, la grâce baptismale possède aussi un
être plus parfait et plus noble, comme l’âme sensible est
plus parfaite si l’on y ajoute la raison, la vertu si l’on y
ajoute le don et la libéralité si l’on y ajoute la
magnificence. Mais en prenant la grâce baptismale et celle de la
confirmation de la seconde manière, alors celle-ci l’augmente
directement, étant de la même essence qu’elle, comme le
baptême augmente directement la grâce qu’il rencontre
antérieurement. |
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[14662] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 2 a. 2 qc. 3 ad arg. Et per hoc patet responsio ad utramque partem. |
Ainsi les autres solutions sont données. |
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Quaestio 3 |
Question 3 – [La célébration du sacrement de confirmation] |
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Prooemium |
Prologue
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[14663]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 pr. Deinde
quaeritur de celebratione hujus sacramenti; et circa hoc quaeruntur tria: 1
quis possit conferre hoc sacramentum; 2 quis debeat recipere; 3 de ritu et
modo recipiendi. |
Ensuite, on s’interroge sur la
célébration de ce sacrement. À ce sujet, quatre
questions sons posées : 1 – qui peut conférer le
sacrement ? 2 – qui doit le recevoir ? 3 – Le rite et la
manière de le recevoir. |
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Articulus 1 [14664] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 1 tit. Utrum quilibet non ordinatus possit alium confirmare |
Article
1 – Celui qui n’est pas ordonné peut-il confirmer un autre
?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Celui qui n’est pas ordonné peut-il confirmer un autre ?]
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[14665] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod quilibet non ordinatus possit alium
confirmare. Efficacia enim sacramentorum est a virtute verborum. Sed
quilibet, etiam non ordinatus, potest verba proferre quae sunt forma hujus
sacramenti. Ergo non ordinatus potest confirmare. |
1. Il semble que quiconque n’est pas ordonné
peut confirmer un autre. En effet, l’efficacité des sacrements
vient de la puissance des paroles. Or, quiconque, même non
ordonné, peut proférer les paroles qui sont la forme de ce
sacrement. Celui qui n’est pas ordonné peut donc confirmer. |
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[14666] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, unumquodque potest agere secundum formam quam habet: quia unumquodque agit secundum quod est actu. Sed aliquis non ordinatus habet characterem confirmationis. Ergo potest confirmare. |
2. Toute chose agit selon la forme qu’elle possède, car toute chose agit selon qu’elle est en acte. Or, celui qui n’est pas ordonné possède le caractère de la confirmation. Il peut donc confirmer. |
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[14667] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, quanto aliquod sacramentum est majoris necessitatis, tanto indiget majori discretione et attentione in ministrando. Sed Baptismus est sacramentum necessitatis. Ergo cum illud quod requirit majorem discretionem debeat majoribus committi, videtur quod ex quo non ordinatus potest baptizare, etiam possit confirmare. |
3. Plus un sacrement est nécessaire, plus il faut avoir de discrétion et d’attention en l’administrant. Or, le baptême est un sacrement nécessaire. Puisque ce qui requiert une plus grande discrétion doit être confié aux plus grands, il semble donc que du fait qu’un non ordonné peut baptiser, il peut aussi confirmer. |
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[14668] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod Hugo de s. Victore dicit, quod administratio Ecclesiae consistit in ordinibus ministrorum, et sacramentis. Ergo sicut sine sacramento non potest quis confirmari, ita nec sine ordine confirmantis. |
Cependant, [1] Hugues de Saint-Victor dit que le ministère de l’Église consiste dans les ordres des ministres et les sacrements. De même que, sans le sacrement, quelqu’un ne peut pas être confirmé, de même ne le peut-il pas sans l’ordre de celui qui confirme. |
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[14669] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, unctio confirmationis est dignior quam extremae unctionis. Sed illa non potest fieri nisi ab ordinatis, ut patet Jacob. ult. Ergo nec ista. |
[2] L’onction de la confirmation est plus digne que celle de l’extrême-onction. Or, celle-ci ne peut être faite que par ceux qui sont ordonnés, comme cela ressort clairement de Jc 5. Donc, celle-là non plus. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Un simple prêtre peut-il confirmer ?] |
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[14670]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sacerdos simplex, etiam si non sit
episcopus, possit confirmare. Baptismus enim quantum ad aliquid est majoris
efficaciae quam confirmatio. Sed sacerdos ex suo officio potest baptizare. Ergo et
confirmare. |
1. Il semble qu’un simple prêtre, même
s’il n’est pas évêque, puisse confirmer. En effet,
sous un aspect, le baptême a une plus grande efficacité que la confirmation.
Or, le prêtre, en vertu de sa fonction, peut baptiser. Il peut donc
aussi confirmer. |
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[14671]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sicut confirmationis sacramentum ad
perfectionem pertinet, ita et Eucharistiae, secundum Dionysium. Sed sacerdos est proprius
minister sacramenti Eucharistiae. Ergo ipse potest confirmare. |
2. De même que le sacrement de confirmation
relève de la perfection, de même en est-il de
l’eucharistie, selon Denys. Or, le prêtre est le ministre propre du
sacrement de l’eucharistie. Il peut donc confirmer. |
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[14672] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3
a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, in
sacramentis ex parte conferentis requiritur ordo et intentio. Sed episcopus
non habet aliquem ordinem vel characterem quem non habeat simplex sacerdos. Ergo sicut episcopus, ita et
sacerdos potest confirmare, si intentionem confirmandi habeat. |
3. Pour les sacrements, l’ordre et
l’intention sont requis de la part de celui [les] confère. Or,
l’évêque n’a pas un ordre ou un caractère que
le simple prêtre n’a pas. Comme l’évêque, le
prêtre peut donc confirmer, s’il a l’intention de
confirmer. |
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[14673] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, soli
episcopi in loco apostolorum succedunt. Sed soli apostoli in primitiva
Ecclesia manus imponebant, quod erat confirmare. Ergo soli episcopi nunc
possunt confirmare. |
Cependant, [1] seuls les évêques succèdent aux apôtres. Or, seuls les apôtres imposaient les mains dans l’Église primitive, ce qui est confirmer. Seuls les évêques peuvent donc maintenant confirmer. |
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[14674] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, in ordine
ecclesiasticae hierarchiae, secundum Dionysium, soli episcopi sunt
perfectores. Sed, secundum eumdem, sicut aliquis per exorcismum purgatur, et
per Baptismum illuminatur, ita per confirmationem chrismatis perficitur. Ergo
soli episcopi possunt confirmare. |
[2] Dans l’ordre de la hiérarchie ecclésiastique, selon Denys, seuls les évêques sont ceux qui perfectionnent. Or, selon lui, de même que quelqu’un est purifié par l’exorcisme et est illuminé par le baptême, de même est-il perfectionné par la confirmation avec le chrême. Seuls les évêques peuvent donc confirmer. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Un simple prêtre peut-il confirmer avec l’autorisation du pape ?] |
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[14675]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sacerdos simplex ex commissione
Papae non possit confirmare. Sicut enim se habet hoc quod est sacerdotis ad
sacerdotem, ita quod est episcopi ad episcopum. Sed nullus non sacerdos
potest propter Papae commissionem Eucharistiam conficere, quod est
sacerdotum. Ergo similiter ex commissione Papae nullus potest non episcopus
confirmare, quod est episcopi. |
1. Il semble qu’un simple prêtre ne puisse
pas confirmer par concession du pape. En effet, de même que ce qui
relève du prêtre se rapporte au prêtre, de même ce
qui relève de l’évêque se rapporte à
l’évêque. Or, personne qui n’est pas prêtre ne
peut, par concession du pape, accomplir l’eucharistie, qui
relève des prêtres. De la même manière, personne
qui n’est pas évêque ne peut, par concession du pape,
confirmer, ce qui relève de l’évêque. |
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[14676] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, sicut conferre sacerdotalem ordinem est episcopi, ita et confirmare. Sed nullus non episcopus ex mandato Papae posset aliquem in sacerdotem promovere. Ergo nullus ex Papae mandato, qui non sit episcopus, potest praebere confirmationis sacramentum. |
2. De même qu’il relève de l’évêque de conférer l’ordre sacerdotal, de même en est-il pour la confirmation. Or, personne qui n’est pas évêque ne pourrait promouvoir quelqu’un comme prêtre sur ordre du pape. Personne qui n’est pas évêque ne peut donc, sur ordre du pape, conférer le sacrement de confirmation. |
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[14678] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est quod in littera dicitur, quod Gregorius in casu permisit quod simplices sacerdotes possent confirmare. |
Cependant, [1] le texte dit que Grégoire a permis dans un cas que de simples prêtres puissent confirmer. |
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[14679] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
majus est ordinem conferre quam confirmare. Sed ex mandato Papae aliqui non
episcopi conferunt quosdam ordines; sicut sunt presbyteri cardinales, qui
conferunt minores ordines. Ergo multo fortius ex mandato Papae potest aliquis simplex sacerdos confirmare. |
[2] Il est plus grand de conférer
un ordre que de confirmer. Or, sur ordre du pape, certains, qui ne sont pas
évêques confèrent certains ordres, tels les prêtres
cardinaux, qui confèrent les ordres mineurs. À bien plus forte
raison, sur ordre du pape, un simple prêtre peut-il confirmer. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14680] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc.
1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod proprii dispensatores sacramentorum
sunt ministri Ecclesiae per sacramentum ordinis consecrati, ut sint medii
inter Deum et plebem, divina populo tradentes; et ideo solis eis competit ex
officio sacramenta ministrare, nec per alium conferri possunt, excepto Baptismo
propter necessitatem. Unde cum confirmatio
non sit sacramentum necessitatis, non poterit nisi ab ordinatis conferri. |
Les
dispensateurs propres des sacrements sont les ministres de
l’Église consacrés par le sacrement de l’ordre pour
être les médiateurs entre Dieu et le peuple et communiquer les
réalités divines au peuple. C’est pourquoi il
relève d’eux seuls d’administrer les sacrements en vertu
de leur fonction et ceux-ci ne peuvent pas être conférés
par d’autres, à l’exception du baptême en raison
d’une nécessité. Puisque la confirmation n’est pas
un sacrement nécessaire, elle ne pourra donc être
conférée que par des gens ordonnés. |
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[14681] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod efficacia sacramenti non tantum est ex verbis prolatis, sed etiam ex materia debita, et persona conveniente; et ideo, si sit defectus in persona ministri, verba prolata ab alio non possunt efficaciam sacramento praebere. |
1. L’efficacité du sacrement ne vient pas seulement des paroles prononcées, mais aussi de la matière appropriée et de la personne qui convient. C’est pourquoi, s’il y a carence du côté de la personne du ministre, les paroles prononcées ne peuvent donner efficacité au sacrement. |
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[14682] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod perfectio personalis hujus vel illius nihil facit ad collationem sacramentorum: quod patet ex hoc quod sacramenta conferuntur a bonis ministris et malis; sed exigitur perfectio hujus inquantum est minister Ecclesiae, sicut in naturalibus ad hoc quod forma se in alteram materiam transfundat per sui similitudinem, requiritur qualitas activa. Et quia per confirmationis sacramentum non efficitur aliquis minister Ecclesiae, quamvis quamdam naturalem perfectionem consequatur, ideo non oportet quod quilibet confirmatus confirmare possit. |
2. La perfection personnelle de tel ou tel ne contribue en rien au fait que les sacrements soient conférés. Cela ressort clairement du fait que les sacrements sont conférés par des bons et des mauvais ministres. Mais la perfection est exigée de lui en tant qu’il est ministre de l’Église, de même que, dans les choses naturelles, pour que la forme soit versée selon sa similitude dans une autre matière, une qualité active est requise. Et parce que, par le sacrement de confirmation, on ne devient pas ministre de l’Église, bien qu’on reçoive une certaine perfection naturelle, tout prêtre reçoit de conférer ces sacrements, mais non pas ceux par lesquels on est promu à un état de perfection. |
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[14683] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod omnia sacramenta indigent aequaliter intentione; sed illa quae omnibus sunt conferenda, non indigent discretione, qua unus repellatur, et alius admittatur: quia a sacramentis necessitatis nullus debet excludi; et ideo cuilibet etiam sacerdoti committitur illa sacramenta conferre, non autem illa quibus aliquis ad statum perfectionis promovetur. |
3. Tous les sacrements requièrent également une intention ; mais ceux qui doivent être conférés à tous ne requièrent pas un jugement selon lequel l’un est écarté alors qu’un autre est admis, car personne ne doit être écarté des sacrements nécessaires. C’est pourquoi il est confié à tout prêtre de conférer ces sacrements, mais non pas ceux par lesquels on est promu à un état de perfection. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14684] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod in omnibus
artibus et potentiis ordinatis, vel habitibus, ita est quod ultima perfectio
reservatur inducenda per supremam artem in genere illo; sicut artes quae
operantur circa materiam navis, reservant inductionem formae arti superiori,
quae navim compaginat; et illa reservat ulterius finem, scilicet usum navis,
arti superiori, scilicet gubernatoriae. Unde cum episcopi in ecclesiastica
hierarchia teneant supremum locum, illud quod est ultimum in actionibus
hierarchicis, eis reservandum fuit. Et quia perficere aliquem hoc modo quod
sit supra communem statum aliorum, est supremum in actionibus hierarchicis,
ideo sacramentum confirmationis et ordinis, quibus hoc efficitur, solis
episcopis dispensanda reservantur. |
Dans tous les arts, les puissances ou les habitus qui sont ordonnés, le fait est qu’il est réservé à l’art suprême dans ce genre de produire la perfection ultime : ainsi, les arts qui sont mis en œuvre à propos de la matière du navire réservent la production de la forme à l’art supérieur qui assemble le navire, et [cet art] réserve la fin, à savoir, l’usage du navire, à un art supérieur, l’art de gouverner. Puisque les évêques occupent la position suprême dans la hiérarchie ecclésiastique, ce qui constitue le point ultime dans les actions hiérarchiques devait donc leur être reservé. Et parce qu’accomplir d’une façon qui est supérieure à l’état commun des autres est pour quelqu’un ce qu’il y a de plus élevé dans les actions hiérarchiques, la dispensation du sacrement de confirmation et de l’ordre, par lesquels cela est réalisé, est donc réservée aux seuls évêques. |
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[14685] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Baptismus, cum sit sacramentum necessitatis, communiter omnibus competit; et ideo per ipsum non ponitur aliquis supra communem statum, sicut fit per confirmationem, ut prius etiam dictum est. |
1. Le baptême, puisqu’il est un sacrement nécessaire, convient à tous d’une manière générale. C’est pourquoi on est n’est pas placé par lui au-dessus de l’état commun, comme c’est le cas pour la confirmation, ainsi qu’on l’a dit plus haut. |
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[14686]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Eucharistia, sicut confirmatio
et ordo, est sacramentum perficiens; sed in hoc differt ab aliis, quia in
ordine et confirmatione illud quod est ibi res et sacramentum, est aliquid in
suscipiente acquisitum; et ideo suscipientem haec sacramenta promovent ad
perfectionem quamdam ultra communem statum fidelium; sed Eucharistia habet
illud quod est res et sacramentum, in se, non in suscipiente; et ideo per
sumptionem Eucharistiae non acquirit aliquis perfectionem ultra communem
statum, cum non imprimatur character; sed perficit unumquemque in suo statu;
et ideo etiam secundum Dionysium cuilibet sacramento Eucharistiae perceptio
adjungitur; et ideo non est simile de Eucharistia et de aliis |
2. L’eucharistie, comme la confirmation et l’ordre, est un sacrement qui perfectionne. Mais elle diffère des autres parce que, dans l’ordre et la confirmation, ce qui s’y trouve comme réalité et sacrement est quelque chose d’acquis par celui qui les reçoit. C’est pourquoi ces sacrements amènent celui qui les reçoit à une perfection qui dépasse l’état commun des fidèles ; mais l’eucharistie possède en elle-même ce qui est réalité et sacrement, et non dans celui la reçoit. C’est pourquoi, en recevant l’eucharistie, on n’acquiert pas une perfection qui dépasse l’état commun, puisqu’un caractère n’est pas imprimé, mais elle perfectionne chacun dans son propre état. Ainsi, selon Denys, la réception de l’eucharistie est associée à tous les sacremements. Il n’en va donc pas de même de l’eucharistie et des autres [sacrements]. |
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[14687] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis episcopus non habeat aliquem ordinem supra sacerdotem, secundum quod ordines distinguuntur per actus relatos ad corpus domini, verumtamen habet aliquem ordinem supra sacerdotem, secundum quod ordines distinguuntur per actus supra corpus mysticum. Unde Dionysius in Eccles. Hierarch., ponit episcopatum ordinem; unde et cum quadam consecratione dignitas episcopalis confertur; et ideo in promotione membrorum corporis mystici aliquid potest competere episcopo quod non competit simplici sacerdoti. |
3. Bien que l’évêque ne possède pas un ordre plus élevé que le prêtre, selon que les ordres se distinguent par les actes qui se rapportent au corps du Seigneur, il possède néanmoins un ordre supérieur au prêtre selon que les actes se distinguent par leurs rapports au corps mystique. Aussi Denys, dans la Hiérarchie ecclésiastique, fait-il de l’épiscopat un ordre. Aussi la dignité épiscopale est-elle conférée par une certaine consécration. C’est pourquoi, pour ce qui est de l’avancement des membres du corps mystique, quelque chose peut relever de l’évêque, sans relever du simple prêtre. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14688] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod circa hoc est multiplex
opinio. Quidam enim dicunt, quod presbyter simplex non possit ex mandato
Papae confirmare; et quod dicitur de Gregorio ad Januarium scribente,
exponunt quod illi presbyteri ex mandato Papae non conferebant sacramentum
confirmationis, sed aliquod sacramentale simile illi sacramento, sicut alicui
porrigitur panis benedictus loco Eucharistiae. Sed non videtur conveniens, ut
talem simulationem in dispensatione sacramentorum induxisset Gregorius, vel
sustinuisset: quia dispensatio sacramentorum pertinet ad veritatem doctrinae,
quae non est propter scandalum dimittenda. Et
ideo alii dicunt, quod auctoritas Papae tanta est quod ejus mandato quilibet
potest conferre quod habet, ut confirmatus confirmare, sacerdos sacerdotium
conferre, diaconus diaconatum; non autem mandato ipsius potest aliquis
conferre quod non habet, ut diaconus ordinem sacerdotalem. Sed haec opinio videtur nimis
ampla; et ideo media via secundum alios tenenda est. Et ideo sciendum est,
quod cum episcopatus non addat aliquid supra sacerdotium per relationem ad
corpus domini verum, sed solum per relationem ad corpus mysticum, Papa per
hoc quod est episcoporum summus, non dicitur habere plenitudinem potestatis
per relationem ad corpus domini verum, sed per relationem ad corpus mysticum.
Et quia gratia sacramentalis descendit in corpus mysticum a capite, ideo
omnis operatio in corpus mysticum sacramentalis, per quam gratia datur,
dependet ab operatione sacramentali super corpus domini verum; et ideo solus
sacerdos potest absolvere in foro poenitentiali, et baptizare ex officio. Et
ideo dicendum, quod promovere ad illas perfectiones quae non respiciunt
corpus domini verum, sed solum corpus mysticum, potest a Papa, qui habet
plenitudinem pontificalis potestatis, committi sacerdoti, qui habet actum
summum super corpus domini verum; non autem diacono, vel alicui inferiori,
qui non habet perficere corpus domini verum, sicut nec absolvere in foro
poenitentiali. Non autem potest simplici sacerdoti committere promovere ad
perfectionem quae respicit aliquo modo corpus domini verum; et ideo simplex
sacerdos ex mandato Papae non potest conferre ordinem sacerdotii: quia
ordines sacri habent actum supra corpus domini verum, vel supra materiam
ejus. Potest autem concedere simplici sacerdoti quod conferat minores
ordines, quia isti nullum actum habent supra corpus domini verum, vel materiam
ejus, nec etiam supra corpus mysticum habent actum per quem gratia
conferatur; sed habent ex officio quosdam actus secundarios et
praeparatorios; et similiter potest concedere alicui sacerdoti quod
confirmet: quia confirmatio perficit eum in actu corporis mystici, non autem
habet aliquam relationem ad corpus domini verum. |
À ce sujet, il existe de multiples opinions. En effet, certains disent que le simple prêtre ne peut confirmer sur ordre du pape. Ce qui est dit de Grégoire qui écrivait à Janvier, ils l’expliquent par le fait que ces prêtres ne conféraient pas le sacrement de confirmation sur ordre du pape, mais un sacramental semblable â ce sacrement, comme lorsqu’un pain bénit est offert à la place de l’eucharistie. Mais cela ne semble pas convenir que Grégoire ait fait preuve d’un faux-semblant ou en ait supporté un dans la dispensation des sacrements, car la dispensation des sacrements se rapporte à la vérité de la doctrine, qui ne doit pas être écartée en raison du scandale. C’est pourquoi d’autres disent que l’autorité du pape est telle que n’importe qui peut, sur son ordre, conférer ce qu’il possède : le confirmé, conférer la confirmation ; le prêtre, conférer le sacerdoce ; le diacre, conférer le diaconat ; mais qu’il ne peut, sur son ordre, conférer ce qu’il n’a pas, comme le diacre, l’ordre sacerdotal. Mais cette opinion semble être trop générale. C’est pourquoi, selon d’autres, une voie moyenne doit être tenue. Il faut donc savoir que puisque l’épiscopat n’ajoute rien au sacerdoce par rapport au corps véritable du Seigneur, mais seulement par rapport au corps mystique, on ne dit pas du pape, du fait qu’il est le plus élevé des évêques, qu’il possède la plénitude du pouvoir par rapport au corps véritable du Seigneur, mais par rapport au corps mystique. Et parce que la grâce sacramentelle descend dans le corps mystique depuis la tête, toute opération sacramentelle par laquelle la grâce est donnée et qui vise le corps mystique dépend de l’opération sacramentelle sur le corps véritable du Seigneur. C’est pourquoi seul le prêtre peut absoudre au for pénitentiel et baptiser en vertu de sa fonction. Il faut donc dire que le pape, qui possède la plénitude du pouvoir pontifical, peut confier à un prêtre, dont l’acte propre porte sur le corps véritable du Seigneur, d’amener aux perfections qui ne concernent pas le corps véritable du Seigneur, mais seulement le corps mystique. Mais il ne peut [le confier] à un diacre ou à quelqu’un d’inférieur, qui n’a pas le pouvoir de réaliser le corps véritable du Seigneur, ni d’absoudre au for pénitentiel. Et il ne peut conférer à un simple prêtre d’amener à une perfection qui concerne d’une certaine façon le corps véritable du Seigneur ; aussi un simple prêtre ne peut-il conférer l’ordre du sacerdoce sur ordre du pape, car l’acte propre des ordres sacrés porte sur le corps véritable du Seigneur ou sur sa matière. Mais il peut concéder à un simple prêtre de conférer les ordres mineurs, car ceux-ci n’exercent aucun acte sur le corps véritable du Seigneur ou sur sa matière ; ils n’exercent pas non plus sur le corps mystique d’acte par lequel la grâce est conférée, mais ils exercent, en vertu de leur fonction, certains actes secondaires et préparatoires. De même peut-il concéder à un prêtre de confirmer, car la confirmation le perfectionne pour un acte du corps mystique, mais elle n’a pas de rapport avec le corps véritable du Seigneur. |
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[14689] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 1 qc. 3 ad arg. Et per hoc de facili patet solutio ad objecta. |
La solution des objections ressort ainsi clairement. |
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Articulus 2 [14690] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 3 a. 2 tit. Utrum
Christus debuerit sacramentum confirmationis accipere |
Article
2 – Le Christ aurait-il dû recevoir le sacrement de confirmation
?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le
Christ aurait-il dû recevoir le sacrement de confirmation ?]
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[14691] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod Christus
debuerit sacramentum confirmationis accipere. Sacramentum enim confirmationis
confert majorem plenitudinem gratiae quam Baptismus. Sed Christus baptizari
voluit, ut tactu mundissimae suae carnis efficaciam Baptismo praeberet. Ergo
similiter debuit confirmationem accipere. |
1. Il semble que le Christ aurait
dî recevoir le sacrament de confirmation. En effet, le sacrement de
confirmation confère une plus grande plénitude de grâce
que le baptême. Or, le Christ a voulu être baptisé afin de
donner efficacité au baptême par le contact de sa chair
très pure. Il aurait donc dû recevoir la confirmation de la
même manière. |
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[14692] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, confirmatio
ad hoc datur ut homo in confessione veritatis usque ad mortem firmiter stet. Sed
Christus dedit omnibus exemplum pro veritate moriendi. Ergo hoc sacramentum
maxime debuit accipere. |
2. La confirmation est
donnée pour que l’homme demeure ferme jusqu’à la
mort dans la confession de la vérité. Or, le Christ a
donné à tous l’exemple de la mort pour la
vérité. Il aurait donc dû recevoir ce sacrement par-dessus
tout. |
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[14693] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, confirmatur quod infirmum est. Sed infirmitas spiritualis in Christo non fuit. Ergo nec confirmari debuit. |
Cependant, [1] est confirmé ce qui est faible. Or, il n’y avait pas de faiblesse spirituelle dans le Christ. Il ne devait donc pas non plus être confirmé. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Ce sacrement doit-il être conféré aux enfants ?] |
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[14694]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod hoc sacramentum pueris non sit
conferendum. Quia hoc sacramentum supra communem statum promovet, sicut et
sacramentum ordinis. Sed illud sacramentum non confertur pueris. Ergo nec
istud. |
1.
Il semble que ce sacrament ne doive pas être conféré aux
enfants, car ce sacrement amène à un état
supérieur à l’état commun, de même que le
sacrement de l’ordre. Or, ce dernier sacrement n’est pas
conféré aux enfants. Il en va donc de même de
l’autre.
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[14695] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, hoc sacramentum datur ad confitendum fidem, et ad pugnandum pro ipsa. Sed hoc non competit pueris. Ergo non debent hoc sacramentum suscipere. |
2. Ce sacrement est donné en vue de confesser la foi et de combattre pour elle. Or, cela ne revient pas aux enfants. Ils ne doivent donc pas recevoir ce sacrement. |
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[14696] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, gratia baptismalis est immediata dispositio ad gratiam confirmationis. Sed Baptismus confertur pueris. Ergo confirmatio debet pueris dari. |
Cependant, [1] la grâce baptismale est une disposition immédiate à la grâce de la confirmation. Or, le baptême est conféré aux enfants. La confirmation doit donc elle aussi être donnée aux enfants. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Ce sacrement doit-il être donné à tous les adultes ?] |
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[14697]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debeat dari omnibus adultis.
Illud enim quod omnibus datur, non excedit communem statum, ut dictum est.
Sed confirmatio ponit supra communem statum, ut supra dictum est. Ergo non
debet omnibus dari. |
1. Il semble qu’il ne doive
pas être donné à tous les adultes. En effet, ce qui
n’est pas donné à tous ne dépasse pas
l’état commun, comme on l’a dit. Or, la confirmation place
au-dessus de l’état commun, comme on l’a dit plus haut. Elle ne doit donc
pas être donnée à tous. |
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[14698] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, hoc
sacramentum est ad robur in pugna spirituali. Sed pugnare non est mulierum
propter imbecillitatem sexus. Ergo nec hoc sacramentum eis competit. |
2. Ce sacrement donne la force pour
le combat spiritual. Or, combattre ne revient pas aux femmes en raison de la faiblesse de
leur sexe. Ce sacrement ne leur convient donc pas non plus. |
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[14699] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, confirmatio
est sacramentum confessionis. Sed muti non possunt confiteri. Ergo non debet
eis dari hoc sacramentum. |
3. La confirmation est le
sacrement de la confession. Or, les muets ne peuvent confesser. Ce sacrement
ne doit donc pas leur être conféré. |
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[14700] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 4 Praeterea, morientes a pugna hujus vitae subtrahuntur. Sed ad robur in pugna hujus vitae datur confirmatio. Ergo non debet morientibus dari. |
4. Les mourants sont soustraits au combat de cette vie. Or, la confirmation est donnée en vue de la force pour le combat de cette vie. Elle ne doit donc pas être donnée aux mourants. |
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[14701] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est quod dicit Hugo de s. Victore, quod omnino periculosum esset, si ab hac vita sine confirmatione migrare contingeret. Ergo omnibus dandum est hoc sacramentum. |
Cependant, [1] Hugues de Saint-Victor dit
qu’il serait très dangereux s’il arrivait qu’on
quitte cette vie sans la confirmation. Ce sacrement doit donc être
donné à tous. |
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[14702] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, ad robur in hoc sacramento datur septiformis gratia spiritus sancti. Sed haec omnibus est necessaria. Ergo et sacramentum confirmationis omnibus dari competit. |
[2] La grâce septiforme de l’Esprit Saint est donnée dans ce sacrement en vue de renforcer. Or, celle-ci est nécessaire à tous. Il convient donc que le sacrement de confirmation soit donné à tous. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14703] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod suscipere Baptismum est in
praecepto, cum sit sacramentum necessitatis; et ideo dominus voluit
baptizari, quamvis in Baptismo nihil susciperet, sed magis contulerit ut
forma obediendi mandatis omnibus praeberetur per ipsum; et propter hoc dixit
ad Baptismum veniens: sic decet nos implere omnem justitiam; Matth. 3,
15. Justitia enim consistit in obedientia legis, ut philosophus dicit in 5
Ethic. Sed sacramentum confirmationis non est necessitatis, sed utilitatis
alicujus consequendae causa accipitur; et ideo cum dominus non acceperit
aliquid a sacramentis, non debuit sacramentum confirmationis accipere, sicut
nec sacramentum ordinis: quia potestas excellentiae in sacramentis, et plenitudo
spiritus sancti in ipso a sui conceptione fuit, et sic non oportebat nisi
quod in ipso erat innotescere; quod factum est per adventum columbae super
ipsum. |
Recevoir
le baptême relève d’un précepte, puisqu’il
s’agit d’un sacrement nécessaire. C’est pourquoi le
Seigneur a voulu être baptisé, bien qu’il n’ait rien
reçu par le baptême, mais qu’il ait ainsi plutôt
donné à tous un modèle d’obéissance aux
commandements. Aussi a-t-il dit en s’approchant du baptême :
Ainsi convient-il que nous
accomplissions toute justice, Mt 3, 15. En effet, la justice
consiste dans l’obéissance à la loi, comme le dit le
Philosophe, dans Éthique, V. Or, le sacrement de la confirmation
n’est pas nécessaire, mais il est reçu en raison
d’un certain avantage qu’on peut en tirer. C’est pourquoi,
puisque le Seigneur n’a rien reçu des sacrements, il ne devait
pas recevoir le sacrement de confirmation, pas davantage que le sacrement de
l’ordre, car il possédait le pouvoir d’excellence sur les
sacrements et la plénitude de l’Esprit Saint fut en lui
dès sa conception. Aussi était-il seulement nécessaire
que [ce sacrement] se fasse connaître en lui, ce qui se produisit par
la venue de la colombe sur lui. |
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[14704] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 1 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
La solution des objections est
ainsi claire. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14705] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod perfectio
quae confertur in ordine et confirmatione, in hoc differunt, quod perfectio
ordinis est ad aliquid dispensandum, perfectio autem confirmationis est ad
standum fortiter in seipso. Ad hoc autem quod dispensatio alicujus rei detur
alicui, requiritur idoneitas aliqua praeexistens in eo qui dispensationem
recipit propter periculum quod potest imminere ex prava dispensatione; et
ideo perfectio ordinis non confertur pueris. Sed perfectio qua quis in seipso
perficitur, non praeexigit aliam perfectionem, sed ipsa perfectione quis
idoneus redditur; nec ex hoc aliquod periculum imminere potest; et ideo confirmatio
potest puero tradi, et convenienter traditur: quia infantilis aetas non
patitur fictionem, qua effectus sacramenti in traditione impediatur; et ideo
quamvis tunc non competat ei confiteri vel pugnare, certum tamen est quod
effectum sacramenti plene recipit, per quem erit idoneus ad pugnam et confessionem
ad perfectam aetatem veniens, nisi gratiam acceptam per peccatum amittat. |
La perfection qui est conférée dans l’ordre et la confirmation diffèrent en ce que la perfection de l’ordre existe en vue de dispenser quelque chose, mais la perfection de la confirmation, pour résister avec force en soi-même. Or, pour que la dispensation de quelque chose soit donnée à quelqu’un, est nécessaire une certaine aptitude préexistant en celui qui reçoit la dispensation en raison d’un danger qui peut menacer à cause d’une mauvaise dispensation. Aussi la perfection de l’ordre n’est-elle pas conférée aux enfants. Mais la perfection par laquelle quelqu’un est perfectionné en lui-même n’exige pas au préalable une autre perfection, mais on est rendu apte par la perfection elle-même, et un danger ne peut menacer en raison d’elle. C’est pourquoi la confirmation peut être donnée à un enfant et il convient qu’elle [lui] soit donnée, car l’enfant ne souffre pas de la feinte par laquelle l’effet du sacrement serait empêché lorsqu’il est donné. Ainsi, bien qu’il ne lui convienne pas alors de confesser ou de combattre, il est cependant certain qu’il reçoit pleinement l’effet du sacrement, par lequelle il sera capable de combattre et de confesser lorsqu’il sera parvenu à l’âge adulte, à moins qu’il ne perde par le péché la grâce reçue. |
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[14706] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 2 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
La solution des objections est
ainsi claire. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14707] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod sicut dictum
est, perfectio in confirmatione collata non praeexigit aliam perfectionem,
sed per eam quis in seipso perficitur, ut sit idoneus ad pugnam spiritualem. Et quia cuilibet est conveniens et bonum, ut in pugna
spirituali fortitudinem habeat; ideo ab hoc sacramento nullus excludi debet
qui sit baptizatus. |
Comme
on l’a dit, la perfection donnée par la confirmation
n’exige pas au préalable une autre perfection, mais on est
perfectionné par elle en soi-même afin d’être
préparé au combat spirituel. Et parce qu’il convient et
qu’il est bon pour tous d’être forts dans le combat
spirituel, personne ne doit être écarté de ce sacrement,
pourvu qu’il soit baptisé. |
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[14708] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod non ponit supra communem statum quantum ad dispensationem alicujus sacramenti, sed quantum ad confessionem sacramentorum; et haec perfectio vel excellentia omnibus membris Ecclesiae competit per hoc sacramentum confirmationis collata. |
1. [La confirmation] ne place pas au-dessus de l’état commun pour ce qui est de la dispensation d’un autre sacrement, mais pour ce qui est de la confession des sacrements. Et cette perfection ou excellence, conférée par ce sacrement de la confirmation, appartient à tous les membres de l’Église. |
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[14709] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod etiam quaedam mulieres in pugna spirituali gloriosum reportaverunt ab hoste triumphum, sicut patet de beata Agnete, et beata Caecilia et aliis; unde ab hoc sacramento mulieres non sunt excludendae. |
2. Même certaines femmes ont remporté un triomphe glorieux sur l’ennemi dans le combat spirituel, comme cela ressort clairement chez Agnès, la bienheureuse Cécile et d’autres. Les femmes ne doivent donc pas être écartées de ce sacrement. |
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[14710] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis muti non possint confiteri ore, possunt confiteri nutibus, et possunt habere voluntatem et propositum confitendi; et ideo eis non debet denegari hoc sacramentum. |
3. Bien qu’ils ne puissent pas confesser de bouche, ils peuvent confesser par des gestes, et ils peuvent avoir la volonté et l’intention de confesser. C’est pourquoi ce sacrement ne doit pas leur être refusé. |
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[14711] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quamvis morientes abstrahantur a pugna, tamen vadunt ad locum praemii, in quo secundum mensuram gratiae datur mensura gloriae; et ideo indigent plenitudine gratiae, quae in pugna perficit, propter finem pugnae consequendum. |
4. Bien que les mourants se retirent du combat, ils vont cependant vers le lieu de la récompense, où la mesure de la gloire est donnée selon la mesure de la grâce. C’est pourquoi ils ont besoin de la plénitude de la grâce, qui perfectionne dans le combat en vue d’obtenir la fin qui est celle du combat. |
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Articulus 3 [14712] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 tit. Utrum
exigatur quod aliquis teneat aliquem ad confirmationem |
Article
3 – Est-il nécessaire que quelqu’un en présente un
autre à la confirmation ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Est-il nécessaire que quelqu’un en présente un autre
à la confirmation ?]
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[14713] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod non exigatur
quod aliquis teneat aliquem ad confirmationem. Ille enim qui habet immediatam
relationem ad principem, sicut liberi, non oportet quod mediantibus aliquibus
coram principe compareat, sicut servi comparent mediantibus dominis et
filiifamilias mediantibus patribus. Sed confirmandus jam habet immediatam
relationem ad principem Ecclesiae, cum sit membrum Ecclesiae per Baptismum.
Ergo quamvis baptizatus per alium debeat praesentari, tamen confirmandus
nullo modo debet per alium ad confirmationem teneri, praecipue si sit
adultus. |
1. Il semble que quelqu’un ne soit pas tenu d’en présenter un autre à la confirmation. En effet, celui qui a un rapport immédiat avec le dirigeant, comme les hommes libres, n’est pas obligé de se présenter devant le dirigeant par l’intermédiaire de quelqu’un d’autre, comme les serfs se présentent par l’intermédiaire des seigneurs et les fils par l’intermédiaire de leur père. Or, celui qui doit être confirmé possède déjà une relation immédiate au chef de l’Église, puisqu’il est membre de l’Église par le baptême. Bien que le baptisé doive être présenté par quelqu’un d’autre, celui qui doit être confirmé ne doit d’aucune façon être présenté par un autre à la confirmation, surtout s’il est adulte. |
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[14714] Super Sent., lib.
4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
fortitudo minus competit mulieribus quam viris. Prov. ultim. 10: mulierem fortem
quis inveniet ? Sed confirmatio est sacramentum fortitudinis, quia in eo
datur spiritus sanctus ad robur. Ergo ad minus mulier non debet tenere virum
ad confirmationem. |
2. La force est moins le fait des
femmes que des hommes. Pr 31, 10 : Une femme forte, qui la
trouvera ? Or, la confirmation est le sacrement de la force, car
l’Esprit Saint est donné par lui en vue de la force. Encore
moins une femme doit-elle donc présenter un homme à la
confirmation. |
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[14715] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, videtur
etiam quod non confirmatus possit tenere ad confirmationem. Quia majus est
sacramentum conferre quam ad sacramentum suscipiendum aliquem tenere. Sed non
confirmatus potest sacramentum Baptismi conferre. Ergo multo fortius potest
ad confirmationem tenere. |
Cependant, [1] il semble que même un
non-confirmé puisse présenter [quelqu’un] à la
confirmation. En effet, il est plus grand de conférer un sacrement que
de présenter quelqu’un pour qu’il le reçoive. Or,
un non-confirmé peut conférer le sacrement de baptême.
À bien plus forte raison peut-il donc présenter à la
confirmation. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Doit-on faire une onction de chrême sur le front seulement ?] |
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[14716]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debeat fieri linitio chrismatis
tantum in fronte. Quia vertex est nobilior pars corporis quam frons, quia ibi
est organum cogitativae, hic autem organum phantasiae. Sed sacerdos, qui est
inferior quam episcopus, ungit baptizatos chrismate in vertice. Ergo
episcopus non debet ungere chrismate confirmandos in fronte. |
1. Il semble qu’il ne faille pas faire une onction de chrême sur le front seulement. En effet, le sommet de la tête est une partie plus noble que le front, car là se trouve l’organe de la cogitative, mais ici, l’organe de l’imagination. Or, le prêtre, qui est inférieur à l’évêque, oint les baptisés avec le chrême sur le sommet de la tête. L’évêque ne doit donc pas oindre avec le chrême sur le front ceux qui doivent être confirmés. |
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[14717] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, confirmatio est sacramentum confessionis. Sed confessio fit ore. Ergo unctio confirmationis magis deberet in ore fieri. |
2. La confirmation est le sacrement de la confession. Or, la confession se fait par la bouche. L’onction de la confirmation devrait donc être plutôt faite sur la bouche. |
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[14718] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, frons est locus nudus et patens. Sed hic de facili sordes contrahit. Cum ergo chrisma sit servandum ab omni inquinamento, videtur quod non congrue fiat unctio in fronte. |
3. Le front est un endroit nu et découvert. Or, celui-ci est facilement souillé. Puisque le chrême doit être préservé de toute saleté, il semble donc que l’onction n’est pas convenablement faite sur le front. |
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[14719] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, in confirmatione datur spiritus sanctus ad robur. Sed robur in fronte significatur, ut patet Ezech. 3, 8: ecce dedi (...) frontem tuam duriorem frontibus eorum. Ergo in fronte debet fieri unctio confirmationis. |
Cependant, [1] l’Esprit Saint est donné dans la confirmation en vue de la force. Or, la force est signifiée par le front, comme cela est clair dans Ez 3, 8 : Voici que je t’ai donné… un front plus dur que leurs fronts. L’onction de la confirmation doit donc être faite sur le front. |
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[14720] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, Apocal. 7, 3, Angelus dicit: quoadusque signemus servos Dei vivi in frontibus eorum. Sed episcopi dicuntur Angeli, ut patet Apoc. 3. Ergo eorum est in fronte signare. |
[2] Dans Ap 7, 3, l’ange dit : Jusqu’à ce que nous ayons marqué au front les serviteurs du Dieu vivant. Or, les évêques sont appelés des anges, comme cela ressort clairement d’Ap 3. Il leur revient donc de marquer au front. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La confirmation peut-elle être répétée ?] |
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[14721]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod confirmatio possit iterari. Sicut
enim confirmatio datur ad robur fidei, ita Eucharistia ad robur caritatis.
Sed Eucharistia iteratur. Ergo et confirmatio. |
1. Il semble que la confirmation puisse être
répétée. En effet, de même que la confirmation est
donnée pour la force de la foi, de même l’eucharistie
l’est-elle pour la force de la charité. Or, l’eucharistie
est répétée. La confirmation [doit] donc
l’être aussi. |
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[14722] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, si morbus iteratur, et medicina iterari debet. Sed morbus contra quem datur hoc sacramentum, potest iterari, scilicet spiritualis infirmitas. Ergo et sacramentum debet iterari. |
2. Si une maladie est répétée, le remède aussi doit être répété. Or, la maladie contre laquelle ce sacrement est donné peut être répétée, à savoir, la maladie spirituelle. Le sacrement doit donc être répété. |
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[14723] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, sicut in Baptismo imprimitur character, ita et in confirmatione. Sed Baptismus non iteratur. Ergo nec confirmatio. |
Cependant, [1] de même qu’un
caractère est imprimé par le baptême, de même aussi
l’est-il par la confirmation. Or, le baptême n’est pas
répété. Donc, la confirmation non plus. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14724] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod in sacramento
confirmationis datur spiritus sanctus ad robur. Unde propter hoc aliquis ad
confirmationem accedit, quia se habere robur standi non praesumit; et ideo
institutum fuit ut ab altero teneatur, ad significandum quod per se stare non
posset. |
Par
le sacrement de la confirmation, l’Esprit Saint est donné en vue
de la force. Aussi s’approche-t-on de la confirmation parce qu’on
ne présume pas posséder la force de résister.
C’est pourquoi il a été établi qu’il doit
être présenté par un autre pour signifier qu’il ne
peut pas tenir debout par lui-même. |
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[14725] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ille qui est mediator in hoc sacramento, non habet officium repraesentandi quasi extraneum, sicut est in Baptismo, neque suscipiendi quasi instruendum: sed solum tenendi quasi infirmum. |
1. Celui qui est médiateur dans ce sacrement n’a pas la fonction de représenter pour ainsi dire un étranger, comme dans le baptême, ni de [l’]accueillir en vue de l’instruire, mais seulement en vue de le soutenir, comme quelqu’un de faible. |
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[14726] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod fortitudo spiritualis est per Christum, in quo non est masculus et femina, ut dicitur ad Galat. 3; et ita non differt utrum vir mulierem, vel mulier virum teneat; quamvis quidam contrarium dicant, scilicet quod mulier virum tenere non potest. |
2. La force spirituelle vient du Christ, en qui il n’y a ni homme ni femme, comme il est dit dans Ga 3. Aussi cela ne fait-il pas de différence qu’un homme soutienne une femme ou une femme, un homme, bien que certains disent le contraire, à savoir qu’une femme ne peut soutenir un homme. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14727] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod homo potest
impediri a libera et aperta confessione nominis Christi propter duo; scilicet
propter timorem mortis, et propter confusionem, quae est timor ignominiae.
Utriusque autem signum praecipue in facie manifestatur: quia pallescunt
timentes, et rubent verecundati, ut dicitur in 4 Ethic., et praecipue in
fronte quae est pars magis aperta, et imaginationi, ex qua procedunt
passiones praedictae, vicina; et ideo cum confirmatio detur ad liberam
confessionem nominis Christi, convenienter unguntur confirmati in fronte. |
Un homme peut être empêché de la
confession libre et ouverte du nom du Christ pour deux raisons : en
raison de la crainte de la mort et en raison de la honte, qui est la crainte
de l’ignominie. Or, le signe des deux se manifeste surtout sur le
visage, car ceux qui craignent pâlissent et ceux qui ont honte
rougissent, comme il est dit dans Éthique, IV, surtout sur le
front, qui est la partie la plus ouverte et la plus proche de
l’imagination, dont viennent les passions mentionnées. Puisque
la confirmation est donnée en vue de la libre confession du nom du
Christ, c’est pourquoi les confirmés sont convenablement oints
sur le front. |
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[14728] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod unctio quae datur in vertice a sacerdote, significat dignitatem regalem et sacerdotalem in baptizato, quia incipit esse de numero illorum quibus dicitur: vos estis gens sancta, regale sacerdotium, 1 Petr. 2, 9; et ideo in vertice fit ad signandum eminentiam dignitatis collatae. Sed unctio confirmationis datur ad fortiter defendendam dignitatem acceptam, quod amplius est; et ideo in loco publico dari debet. |
1. L’onction qui est
donnée sur le sommet de la tête par le prêtre signifie la
dignité royale et sacerdotale chez le baptisé, car il commence
à être compté parmi ceux à qui il est dit : Vous
êtes une race sainte, un sacerdoce royal, 1 P 2, 9.
C’est pourquoi elle est faite sur le sommet de la tête pour
signifier l’éminence de la dignité
conférée. Mais l’onction de la confirmation est
donnée en vue de défendre la dignité reçue, ce
qui est encore davantage. C’est pourquoi elle doit être
donnée dans un endroit public. |
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[14729] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod non datur hoc sacramentum ad confessionem simpliciter, sed ad libertatem
confessionis; et ideo debet dari ubi apparent illae passiones quae liberam
confessionem impedire possunt. |
2. Ce sacrement n’est pas donné en vue de confesser seulement, mais en vue de la liberté de la confession. C’est pourquoi il doit être donné là où se manifestent les passions qui peuvent empêcher la libre confession. |
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[14730] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod ex hoc non est periculum: quia ligatur frons confirmati quousque desiccetur locus; et postmodum etiam secundum Hugonem, debet esse sub quadam disciplina custodiendi chrisma, ne scilicet caput lavet usque ad septem dies propter septem dona spiritus sancti, sicut etiam Ecclesia septem diebus adventum spiritus sancti in discipulos celebrat. |
3. Il n’y pas là de danger, car le front de celui qui a été confirmé est bandé jusqu’à ce que l’endroit soit asséché. Et par la suite, selon Hugues, il faut prendre garde de préserver le chrême en ne se lavant pas la tête pendant sept jours, en raison des sept dons de l’Esprit Saint, de même que l’Église célèbre pendant sept jours la venue de l’Esprit Saint sur les disciples. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14731] Super Sent., lib. 4 d. 7
q. 3 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem dicendum, quod sacramentum quod habet effectum semper
permanentem, non potest iterari sine injuria sacramenti: et quia in
confirmatione imprimitur character, qui est indelebilis, ideo non debet
iterari. |
Un sacrement qui possède un effet qui dure toujours ne peut être répété sans préjudice pour le sacrement. Et parce qu’un caractère indélébile est imprimé par la confirmation, celle-ci ne doit pas être répétée. |
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[14732] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Eucharistia non imprimit characterem; nec illud quod est res et sacramentum, est aliqua forma recepta in recipiente sacramentum, sicut est in confirmatione; et ideo non est similis ratio. |
1. L’eucharistie n’imprime pas de caractère. Ce qui est réalité et sacrement n’est pas non plus quelque forme reçue par celui qui reçoit le sacrement, comme c’est le cas pour la confirmation. Aussi le raisonnement n’est-il pas le même. |
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[14733] Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod confirmatio datur contra infirmitatem, prout est contracta per originale peccatum; et sic non redit, quamvis infirmitas actualis peccati redeat. |
2. La confirmation est donnée contre la maladie contractée par le péché originel. Aussi ne revient-elle pas, bien que la maladie actuelle du péché revienne. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 7 |
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[14734]
Super Sent., lib. 4 d. 7 q. 3 a. 3 qc. 3 expos. Donatio spiritus sancti
ad robur.
Contra. Panis cor hominis confirmat; Psalm. 103. Ergo magis pertinet ad
Eucharistiam quam ad confirmationem. Et dicendum, quod per Eucharistiam
roboratur caritas, per hoc autem sacramentum fides: in his enim duabus virtutibus
tota virtus spiritualis aedificii consistit. Vel dicendum quod caritas
perficit et roborat ad standum in seipso per modum cibi, sed confirmatio ad
pugnam quam quis ab aliis patitur in confessione nominis Christi contra
adversarios audaciam praebens. Hoc sacramentum tantum a jejunis accipi et
jejunis tradi debet. Propter eminentiam spiritus sancti, qui cum sua
plenitudine in hoc sacramento dat robur. |
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EUCHARISTIE |
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Distinctio
8 |
Distinction 8 – [Le sacrement de l’eucharistie]
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Quaestio
1 |
Question 1 – [L’eucharistie est-elle un sacrement ?] |
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Prooemium |
Prologue
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[14735]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 pr. Postquam
Magister determinavit de Baptismo et confirmatione, hic tertio determinat de
Eucharistiae sacramento; et dividitur in partes duas: in prima determinat ea
quae pertinent ad ipsum sacramentum; in secunda determinat de dispensantibus
sacramentum, 13 dist., ibi: solet etiam quaeri, utrum pravi sacerdotes hoc
sacramentum conficere queant. Prima in duas: in prima determinat ea quae
requiruntur ad hoc sacramentum in generali; in secunda prosequitur de eis in
speciali, dist. 10, ibi: sunt item alii praecedentium insaniam
transcendentes. Prima iterum in duas: in prima determinat ea quae requiruntur
ad hoc sacramentum; in secunda determinat usum sacramenti, 9 dist., ibi: et
sicut duae sunt res illius sacramenti, ita et duo modi manducandi. Prima
autem in tres: in prima determinat praecedentia Eucharistiam quibus hoc
sacramentum figuratur; in secunda determinat concomitantia, quibus hoc sacramentum
integratur, scilicet formam et institutionem, ibi: hic etiam ante alia
consideranda occurrunt quatuor; in tertia determinat consequentia, quae
in hoc sacramento efficiuntur vel significantur, ibi: nunc quid ibi
sacramentum sit et quid res, videamus. Secunda pars dividitur in tres: in
prima determinat institutionem; in secunda formam, ibi: forma vero est
quam ipse ibidem edidit; in tertia movet quamdam quaestionem, et solvit,
ibi: ubi consideratione dignum est quare illud sacramentum post coenam
dedit discipulis. Nunc quid ibi sit sacramentum et quid res, videamus.
Hic determinat de sacramento Eucharistiae per comparationem ad significatum
vel causatum ejus: et circa hoc duo facit. Primo
ostendit quid sit ibi res, et quid sacramentum. Secundo concludit eorum
numerum et ordinem, ibi: sunt igitur, hic tria distinguenda et cetera.
Hic est duplex
quaestio. Prima de ipso Eucharistiae sacramento. Secunda de forma ipsius.
Circa primum quaeruntur quatuor: 1 utrum Eucharistia sit sacramentum; 2 de
significatione ejus; 3 de institutione; 4 de ordine sumendi hunc cibum respectu
aliorum ciborum. |
Après avoir déterminé à propos du baptême et de la confirmation, le Maître détermine ici en troisième lieu du sacrement de l’eucharistie. Il y a deux parties : dans la première, il précise ce qui appartient à ce sacrement ; dans la seconde, il précise ceux qui peuvent dispenser le sacrement, d. 13, à cet endroit : «On a l’habitude de demander si les mauvais prêtres peuvent accomplir ce sacrement.» La première partie se divise en deux : dans la première, il précise ce qui est nécessaire pour ce sacrement d’une manière générale ; dans la seconde, il poursuit sur le même sujet d’une manière particulière, d. 10, à cet endroit : «Il y en a d’autres qui dépassent la folie de ceux qui précèdent.» La première partie se divise de nouveau en deux : dans la première, il précise ce qui est nécessaire pour ce sacrement ; dans la seconde, il précise l’usage du sacrement, d. 9, à cet endroit : «Et comme il y a deux réalités dans ce sacrement, de même y a-t-il deux manières de le manger.» La première partie se divise en trois : dans la première, il précise ce qui précède l’eucharistie, par quoi le sacrement est figuré ; dans la deuxième, il précise ce qui l’accompagne, par quoi ce sacrement est accompli, à savoir, la forme et l’institution, à cet endroit : «Ici aussi, quatre choses doivent être considérées avant les autres» ; dans la troisième, il précise ce qui suit, qui est réalisé ou signifié par se sacrement, à cet endroit : «Maintenant, voyons ce qu’est le sacrement et ce qu’est la réalité.» La deuxième partie est divisée en trois : dans la première, il précise l’institution ; dans la deuxième, la forme, à cet endroit : «Mais la forme est ce que lui-même a formulé en cet endroit» ; dans la troisième, [le Maître] soulève une question et la résout, à cet endroit : «Il est ici convenable de se demander pourquoi il a donné ce sacrement aux disciples après la cène.» «Maintenant, voyons ce qu’est le sacrement et ce qu’est la réalité.» Ici, il détermine à propos du sacrement de l’eucharistie en rapport à ce qu’il signifie et à ce qu’il cause. À ce sujet, il fait deux choses. Premièrement, il montre ce qu’est ici la réalité et ce qu’est le sacrement. Deuxièmement, il conclut sur leur nombre et leur ordre, à cet endroit : «Il faut donc distinguer trois choses, etc.» Il y a ici une double question : la première, au sujet du sacrement de l’eucharistie ; la seconde, au sujet de sa forme. À propos du premier point, quatre questions sont posées : 1 – est-ce que l’eucharistie est un sacrement ? 2 – sa signification ; 3 – son institution ; 4 – la manière de prendre cette nourriture en regard des autres nourritures. |
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Articulus 1 [14736] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 1 a. 1 tit. Utrum
Eucharistia sit sacramentum |
Article
1 – Est-ce que l’eucharistie est un sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[L’eucharistie est-elle un sacrement ?]
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[14737] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod Eucharistia
non sit sacramentum. Ad idem enim non debent diversa ordinari. Sed confirmatio
est ad perficiendum, secundum Dionysium. Cum ergo secundum ipsum Eucharistia
etiam sit perfectio, videtur quod superfluat hoc sacramentum. |
1. Il semble que
l’eucharistie ne soit pas un sacrement. En effet, des choses diverses
ne doivent pas être ordonnées à une même chose. Or,
la confirmation est donnée en vue de perfectionner, selon Denys.
Puisque l’eucharistie est aussi selon lui une perfection, il semble
donc que ce sacrement soit superflu. |
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[14738] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in omni sacramento novae legis idem quod figuratur, efficitur per signum figurans. Sed species panis et vini, quae figurant corpus Christi verum et mysticum, non efficiunt illud. Ergo Eucharistia non est sacramentum novae legis. |
2. Dans tous les sacrements de la loi nouvelle, ce qui est représenté est la même chose que ce qui est réalisé par le signe qui représente. Or, les espèces du pain et du vin, qui représentent le corps véritable et mystique du Christ, ne le réalisent pas. L’eucharistie n’est donc pas un sacrement de la loi nouvelle. |
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[14739] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sacramentum est elementum materiale, secundum Hugonem exterius oculis suppositum. Sed corpus Christi verum quod dicitur hic sacramentum et res similiter, non est oculis videntium suppositum. Ergo non est sacramentum. |
3. Le sacrement est un élément matériel, placé extérieurement sous les yeux, selon Hugues. Or, le corps véritable du Christ, qui est ici appelé aussi bien le sacrement et la réalité, n’est pas placé sous les yeux de ceux qui voient. Ce n’est donc pas un sacrement. |
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[14740] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 4 Praeterea, omne sacramentum in ipsa sui susceptione consecratur et perficitur, sicut patet de Baptismo, quod perficitur in ipsa ablutione. Sed Eucharistia consecratur ante sumptionem. Ergo non est sacramentum. |
4. Tout sacrement est consacré et réalisé lorsqu’on le reçoit, comme cela ressort clairement pour le baptême, qui est réalisé par l’ablution elle-même. Or, l’eucharistie est consacrée avant d’être consommée. Ce n’est donc pas un sacrement. |
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[14741] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 5 Praeterea, in omni alio sacramento illud quod est res et sacramentum, est aliquid effectum in suscipiente, sicut character in Baptismo. Sed corpus Christi verum, quod ponitur hic res et sacramentum, non est aliquid in recipiente effectum. Ergo non est sacramentum ejusdem rationis cum aliis. |
5. Dans tous les autres sacrements, ce qui est réalité et sacrement est quelque chose qui est réalisé dans celui qui le reçoit, comme le caractère dans le baptême. Or, le corps véritable du Christ, qui est présenté ici comme réalité et sacrement, n’est pas quelque chose qui est réalisé dans celui qui [le] reçoit. Ce n’est donc pas un sacrement au même sens que les autres. |
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[14742] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod in
collecta dicitur: praesta ut hoc tuum sacramentum non sit nobis
reatus ad poenam. |
Cependant, [1] il est dit dans la
collecte : «Fais que nous ne méritions pas une peine pour
ton sacrement.» |
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[14743] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, omnis actio per ministros Ecclesiae dispensata, in qua ex ipso opere operato gratia confertur, est sacramentum. Sed Eucharistia est hujusmodi. Ergo est sacramentum. |
[2] Toute action dispensée par les ministres de l’Église, dans laquelle la grâce est conférée en vertu de l’acte posé lui-même, est un sacrement. Or, l’eucharisite est de cette sorte. Elle est donc un sacrement. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [L’eucharistie est-elle un seul sacrement ou plusieurs ?] |
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[14744]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non sit unum sacramentum, sed
multa. Primo per hoc quod in collecta dicitur: purificent nos, domine,
haec sacramenta quae sumpsimus. |
1. Il semble que ce ne soit pas un seul sacrement, mais
plusieurs. En premier lieu, en raison de ce qui est dit dans la
collecte : «Seigneur, que ces sacrements que nous avons pris nous
purifient.» |
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[14745] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sacramentum est in genere signi. Sed ea
quae sunt in genere signi, sicut nomina, plurificantur ad pluralitatem signantium, quamvis
sit idem signatum; sicut Marcus et Tullius sunt duo nomina, quamvis sit eadem
res significata. Ergo cum in Eucharistia sint
plura signantia, sicut species panis et vini, videtur quod sint plura
sacramenta. |
2. Le sacrement fait partie du genre du signe. Or, ce qui fait partie du genre du signe, tels les noms, est mis au pluriel selon la pluralité de ce qui signifie, bien qu’il s’agisse d’un même signifié : ainsi, Marcus et Tullius sont deux noms, bien que la même chose soit signifiée. Puisque, dans l’eucharistie, plusieurs choses signifient, comme l’espèce du pain et du vin, il semble qu’il y ait plusieurs sacrements. |
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[14746] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1
a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
unitas rei est ex forma sua. Sed in Eucharistia sunt duae formae, una ad
consecrationem panis, alia ad consecrationem sanguinis. Ergo sunt duo
sacramenta. [14747] Super Sent., lib. 4 d. 8 q.
1 a. 1 qc. 2 arg. 4 Praeterea, ea quae nec in genere nec in specie
conveniunt, sunt plura simpliciter. Sed corpus Christi verum cum speciebus
panis et vini sunt differentia et specie et genere. Ergo sunt plura
simpliciter. Cum ergo utrumque dicatur sacramentum in Eucharistia, videtur
quod non sit unum sacramentum. |
3. L’unité d’une chose vient de sa forme. Or, dans l’eucharistie, il y a deux formes : l’une pour la consécration du pain, l’autre pour la consécration du sang. Il y a donc deux sacrements. 4. Ce qui n’a rien de commun ni par le genre ni par l’espèce est une pluralité de choses tout simplement. Or, le corps véritable du Christ est différent des espèces du pain et du vin par l’espèce et par le genre. Ils sont donc des choses différentes tout simplement. Puisque les deux sont appelés sacrement dans l’eucharistie, il semble donc qu’il n’y ait pas un seul sacrement. |
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[14748] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 5 Praeterea, ex duobus perfectis non fit aliquid unum. Sed Christus perfecte est sub utraque specie, scilicet panis et vini. Ergo ex his duobus non fit unum sacramentum. |
5. Une seule chose n’est pas réalisée à partir de deux choses parfaites. Or, le Christ existe parfaitement sous les deux espèces, à savoir, le pain et le vin. Un seul sacrement n’est donc pas réalisé à partir de ces deux choses. |
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[14749] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est, quia si essent duo, tunc sacramenta novae legis non essent tantum septem. |
Cependant, [1] s’il y avait deux sacrements, il n’y aurait pas seulement sept sacrements de la loi nouvelle. |
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[14750] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, quaecumque ordinantur ad idem efficiendum et significandum, pertinent ad unum sacramentum. Sed omnia quae in Eucharistia sunt, pertinent ad idem repraesentandum, scilicet mortem domini, et idem efficiendum, scilicet gratiam, per quam homo incorporatur corpori mystico. Ergo est unum tantum sacramentum. |
[2] Tout ce qui est ordonné à réaliser et à signifier la même chose se rapporte à un seul sacrement. Or, tout ce qui se trouve dans l’eucharistie se rapporte à la représentation de la même chose, à savoir, la mort du Seigneur, et à réaliser la même chose, à savoir, la grâce, par laquelle l’homme est incorporé au corps mystique. Il n’y a donc qu’un seul sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [L’eucharistie porte-t-elle des noms appropriés ?] |
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[14751]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non convenientibus nominibus
nominetur. Nomen enim proprium alicui debet imponi ex eo quod sit sibi
proprium. Sed bonitas gratiae est communis omnibus sacramentis. Ergo ex hoc
non debet imponi nomen proprium uni sacramento, ut dicatur Eucharistia. |
1. Il semble
qu’elle ne porte pas des noms appropriés. En effet, un nom propre
doit être donné à une chose pour ce qui lui est propre.
Or, la bonté de la grâce est commune à tous les
sacrements. Un nom propre propre, l’eucharistie, ne doit donc pas
être donné à un seul sacrement. |
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[14752] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, sicut in littera dicitur, hoc sacramentum ideo viaticum appellatur, quia in via nos reficiens, usque ad patriam deducit. Sed hoc est commune omnibus sacramentis, quae non nisi viatoribus dantur ad perveniendum ad gloriam patriae, quae est res non contenta, et significata in omnibus sacramentis. Ergo non convenienter viaticum appellatur. |
2. Comme il est dit dans le texte,
ce sacrement est aussi appelé «viatique», parce
qu’en nous restaurant en cours de route, il nous conduit
jusqu’à la patrie. Or, cela est commun à tous les
sacrements, qui ne sont donnés qu’à ceux qui sont en
route afin de parvenir à la gloire de la patrie, qui est la
réalité non contenue et signifiée par tous les sacrements.
Il n’est donc pas appelé «viatique» de
manière appropriée. |
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[14753] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, causae per effectus denominari solent. Sed adducere ad communionem fidelium est effectus Baptismi, secundum Dionysium, ut ex praedictis patet. Ergo Baptismus magis debet dici communio vel synaxis, quam hoc sacramentum. |
3. Les causes ont coutume d’être nommées à partir de leurs effets. Or, amener à la communion des fidèles est l’effet du baptême, selon Denys, tel que cela ressort clairement de ce qui a été dit. Le baptême doit donc être appelé «communion» ou «synaxe», plutôt que ce sacrement. |
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[14754] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 4 Praeterea, in quolibet sacramento fit aliquid sacrum. Sed hoc importat sacrificii nomen. Ergo sacrificium etiam non est nomen proprium hujus sacramenti. |
4. Dans tout sacrement, est
réalisé quelque chose de sacré. Or, le nom de
«sacrifice» comporte cela. «Sacrifice» n’est
donc pas le nom propre de ce sacrement. |
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[14755] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 5 Praeterea, hostia videtur idem quod
sacrificium. Sed Dionysius confirmationem nominat chrismatis hostiam. Ergo
neque hostia neque sacrificium est nomen proprium huic sacramento. |
5. L’hostie semble
être la même chose que le sacrifice. Or, Denys appelle la
confirmation «l’hostie du chrême». Ni
«hostie» ni «sacrifice» ne sont donc des noms propres
pour ce sacrement. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14756] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
Eucharistia sacramentum quoddam est, alio tamen modo ab omnibus aliis
sacramentis. Sacramentum enim secundum sui nominis proprietatem sanctitatem
active importat; unde secundum hoc aliquid habet sacramenti rationem secundum
quod habet rationem sanctificationis, qua sanctum aliquid fit. Dicitur autem aliquid sanctum dupliciter. Uno modo
simpliciter et per se, sicut quod est subjectum sanctitatis, sicut dicitur
homo sanctus. Alio modo secundario et secundum quid, ex eo quod habet ordinem
ad hanc sanctitatem, vel sicut habens virtutem sanctificandi, sicut chrisma
dicitur sanctum; vel quocumque alio modo ad aliquid sanctum deputetur, sicut
altare sanctum. Et ideo ea quibus aliquid fit sanctum primo modo, dicuntur
sacramenta simpliciter; illa autem quibus fit aliquid sanctum secundo modo,
non dicuntur sacramenta, sed sacramentalia magis. In aliis ergo sacramentis
fit aliquid sanctum primo modo, sicut homo suscipiens sacramentum; non autem
elementum corporale sanctificans hominem, quia hoc est sacrum secundo modo;
et ideo hoc quod pertinet ad sanctificationem materiae in omnibus sacramentis
non est sacramentum, sed sacramentale; sed hoc quod pertinet ad usum materiae
qua homo sanctificatur, est sacramentum. In hoc autem sacramento illud quod
est sanctificans hominem, est sanctum primo modo, quasi subjectum
sanctitatis, quia est ipse Christus; et ideo ista sanctificatio materiae est
hoc sacramentum; sed sanctificatio hominis est effectus sacramenti. Et ideo
hoc sacramentum in se consideratum, est dignius omnibus sacramentis, quia
habet absolutam sanctitatem etiam praeter suscipientem; alia autem non habent
nisi in ordine ad aliud; et ideo hoc sacramentum est perfectio aliorum
sacramentorum; quia omne quod est per aliud, reducitur ad id quod est per se,
sicut patet de accidente et substantia. |
L’eucharistie
est un sacrement, mais d’une autre manière que tous les autres
sacrements. En effet, le sacrement, au sens propre du mot, comporte une
sainteté d’une manière active ; aussi une chose
a-t-elle raison de sacrement selon qu’elle possède la raison de
sainteté par laquelle quelque chose est rendu saint. Or, on dit que
quelque chose est saint de deux manières. D’une manière,
simplement et par soi, comme quelque chose qui est le sujet de la
sainteté : ainsi, un homme est-il appelé saint.
D’une autre manière, de façon secondaire et relative,
pour autant que cela est ordonné à cette sainteté ou que
cela a la capacité de sanctifier – ainsi, le chrême
est-il appelé saint –, ou selon que cela est assigné
à quelque chose de saint, quelle qu’en soit la manière,
comme un autel saint. C’est pourquoi les choses qui sont
sanctifiées de la première manière sont appelées
simplement des sacrements ; mais on n’appelle pas sacrements
les choses par lesquelles quelque chose est rendu saint de la seconde
manière, mais plutôt des sacramentaux. Dans les autres
sacrements, quelque chose est donc rendu saint de la première
manière, comme l’homme qui reçoit le sacrement, mais non
l’élément corporel sanctifiant l’homme, car cela
est saint de la seconde manière. C’est pourquoi ce qui se
rapporte à la sanctification de la matière dans tous les
sacrements n’est pas un sacrement, mais un sacramental ; mais ce
qui se rapporte à l’usage de la matière par laquelle
l’homme est sanctifié est un sacrement. Mais, dans le sacrement
[de l’eucharistie], ce qui sanctifie l’homme est saint de la
première manière, en tant que sujet de la sainteté, car
c’est le Christ lui-même. Aussi la sanctification
matérielle est-elle ce sacrement, mais la sanctification de
l’homme est-elle l’effet du sacrement. Ainsi,
considéré en lui-même, ce sacrement est plus digne que
tous les autres sacrements, parce qu’il possède une
sainteté absolue même en dehors de celui qui le reçoit,
mais les autres [sacrements] ne la possèdent que par rapport à
autre chose. Aussi ce sacrement est-il la perfection des autres sacrements,
car tout ce qui existe par autre chose se ramène à ce qui
existe par soi, comme cela ressort clairement pour l’accident et la
substance. |
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[14757] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod perfectum unumquodque est, cum attingit propriam virtutem, ut dicitur in 7 Phys. Virtus autem est ultimum in re, ut dicitur in 1 Cael. et Mund.; et ideo perfectio rei consistit in hoc quod res ad sui ultimum perducatur. Est autem dupliciter ultimum rei; unum quod est in re, et aliud quod est extra rem; sicut in corporibus ultimum in corpore est superficies corporis contenti; ultimum extra est locus, qui est superficies corporis continentis. Ultimum autem cujuslibet rei in seipsa est ipsa rei operatio, propter quam res est: forma enim est finis generationis, non ipsius generati, ut dicit Commentator in 2 Phys. Unde res quae habet formam substantialem per quam est, esse non dicitur perfecta simpliciter, sed perfecta in esse, vel perfecta perfectione prima; et talem perfectionem quantum ad esse spirituale acquirit homo in Baptismo, in quo est regeneratio spiritualis; et ideo Dionysius non ponit Baptismum habentem vim perfectivam simpliciter, sed magis purgativam et illuminativam. Sed simpliciter perfectum dicitur quod habet operationem convenientem suae formae. In hoc enim consistit virtus rei, secundum philosophum in 2 Ethic., per cujus consecutionem aliquid dicitur perfectum, ut dictum est. Hominis autem operatio spiritualis est duplex. Una ipsius inquantum est persona privata; et quantum ad hoc perficit confirmatio, quae facit hominem non impeditum aliquo mundano timore in confessione fidei, et aliis quae ad Christianam religionem spectant. Alia, inquantum est persona publica, quasi membrum principale, et influens aliis membris; et quantum ad hoc perficit sacramentum ordinis. Ultimum autem cujuslibet rei extra seipsam, est principium a quo res habet esse: quia per conjunctionem ad ipsum res complentur et firmantur, et propter distantiam ab ipso deficiunt, sicut corruptibilia propter longe distare a primo, ut dicitur in 2 de Generat.; et ideo primum agens habet etiam rationem ultimi finis perficientis. Fons autem Christianae vitae est Christus; et ideo hoc modo Eucharistia perficit, Christo conjungens; et ideo hoc sacramentum est perfectio omnium perfectionum, ut Dionysius dicit; unde et omnes qui sacramenta alia accipiunt, hoc sacramento in fine confirmantur, ut ipse dicit. |
1. Est parfait tout ce qui parvient à sa propre puissance, comme il est dit dans Physique, VII. Or, la puissance est ce qui vient en dernier lieu dans une chose, comme il est dit dans Sur le ciel et sur le monde, I. Ainsi, la perfection d’une chose consiste en ce qu’elle soit amenée à ce qui est ultime en elle. Or, deux réalités sont ultimes dans une chose : l’une qui existe dans la chose et une autre qui est extérieure à la chose. Ainsi, dans les corps, ce qu’il y a d’ultime dans un corps est la surface du corps qui y est contenu ; ce qu’il y a d’ultime à l’extérieur [du corps] est le lieu, qui est la surface du corps qui contient. Or, ce qu’il y a d’ultime dans une chose en elle-même est l’opération de la chose elle-même, en fonction de laquelle la chose existe : en effet, la forme est la fin de la génération, et non de ce qui est engendré, comme le dit le Commentateur à propos de Physique, II. Ainsi, on ne dit pas d’une chose qui possède une forme substantielle par laquelle elle existe qu’elle est parfaite simplement, mais qu’elle est parfaite pour ce qui est de son être ou qu’elle est parfaite selon la première perfection. Or, pour ce qui est de l’être spirituel, l’homme acquiert une telle perfection par le baptême, par lequel se réalise une régénération spirituelle. C’est pourquoi Denys n’affirme pas que celui qui a été baptisé possède une puissance perfective tout simplement, mais plutôt [une puissance] purificatrice et illuminatrice. Or, on appelle parfait tout simplement ce qui possède une opération qui convient à sa forme. En effet, selon le Philosophe dans Éthique, II, la puissance d’une chose consiste en ce par l’acquisition de quoi on dit que quelque chose est parfait, comme on l’a dit. Or, l’opération de l’homme est double. L’une, en tant qu’il est une personne privée : la confirmation perfectionne pour cela, faisant que l’homme ne soit pas empêché de confesser la foi et les autres choses qui concernent la religion chrétienne en raison d’une crainte mondaine. L’autre, en tant qu’il est une personne publique, comme un membre principal exerçant une influence sur les autres membres : le sacrement de l’ordre perfectionne pour cela. Mais la réalité ultime extérieure à une chose est le principe dont la chose reçoit l’être, car, par son union à cette réalité, les choses sont achevées et affermies et, en raison de la distance par rapport à celle-ci, elles défaillent, comme c’est le cas des choses corruptibles qui sont éloignées de ce qui est premier, ainsi qu’il est dit dans Sur la génération, II. C’est la raison pour laquelle le premier agent a aussi raison de fin ultime qui perfectionne. Or, la source de la vie chrétienne est le Christ ; ainsi, c’est de cette manière que l’eucharistie perfectionne, en unissant au Christ. Ce sacrement est la perfection de toutes les perfections, comme le dit Denys. C’est pourquoi tous ceux qui reçoivent les autres sacrements sont affermis à la fin par ce sacrement, comme il le dit. |
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[14758] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sicut ad species sensibiles aliorum sacramentorum se habet virtus quae interius inest, quae sanctificationem acquirit, ex qua sacramentum efficit, secundum Hugonem, ita in hoc sacramento se habet ipsum corpus Christi, quod per consecrationem sub speciebus illis fit. Unde sicut in aliis sacramentis materiale elementum non est causa virtutis quae in ipso est, neque alicujus spiritualis effectus in homine, nisi mediante virtute, secundum quod ex elemento et virtute quasi unum efficitur; ita in hoc sacramento species non sunt causa corporis Christi, neque alicujus effectus in anima spiritualis, nisi mediante corpore Christi vero, secundum quod ex speciebus et corpore Christi fit unum sacramentum. Utrum autem species illae secundum se habeant aliquem effectum corporalem, sicut aqua corporaliter abluit in Baptismo, etiam non mediante spirituali virtute, infra dicetur. |
2. Tel est le rapport avec les espèces sensibles des autres sacrements et la puissance qui agit intérieurement pour donner la sanctification, par laquelle le sacrement est réalisé, selon Hugues, tel est dans [l’eucharistie] le rapport avec le corps même du Christ, qui est réalisé par la consécration sous ces espèces. Ainsi, de même que dans les autres sacrements l’élément matériel n’est pas la cause de la puissance qui se trouve en lui, pas davantage que de l’effet spirituel qui existe dans l’homme, si ce n’est par l’intermédiaire de cette puissance, selon qu’une seule chose est réalisée par l’élément et la puissance, de même, dans le sacrement [de l’eucharistie], les espèces ne sont-elles pas la cause du corps du Christ, pas davantage que d’un effet spirituel dans l’âme, si ce n’est par l’intermédiaire du corps véritable du Christ, selon qu’un seul sacrement est réalisé par les espèces et le corps du Christ. Que ces espèces aient par elles-mêmes un effet corporel, comme l’eau lave corporellement dans le baptême, même sans l’intermédiaire de la puissance spirituelle, il en sera question plus loin. |
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[14759] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod omne sacramentum est visibile; non tamen oportet quod quidquid est in sacramento, sit visibile. Videtur enim species visibilis aquae in Baptismo, sed non videtur virtus spiritualis, quae secretius operatur salutem; et similiter hic videntur species, sed non videtur verum corpus Christi. Vel dicendum, quod est visibile non in se, sed in speciebus quae ipsum tegunt; sicut et substantia aliorum corporum videtur mediante colore. |
3. Tout sacrement est visible. Toutefois, il n’est pas nécessaire que tout ce qui se trouve dans le sacrement soit visible. En effet, l’espèce visible de l’eau est vue dans le baptême, mais la puissance spirituelle, qui réalise secrètement le salut, n’est pas vue. De même ici, les espèces sont vues, mais le corps véritable du Christ n’est pas vu. Ou bien il faut dire qu’il est visible, non pas en lui-même, mais sous les espèces qui le recouvrent, comme la substance des autres corps est vue par l’intermédiaire de la couleur. |
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[14760] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sanctitas quae est in materiis aliorum sacramentorum, non est forma sanctitatis absolute, sed secundum ordinem ad aliud, ut in 1 dist. dictum est; et ideo non est simile de aliis sacramentis et de hoc, ut ex dictis patet. |
4. La sainteté qui se trouve dans les matières des autres sacrements n’est pas la forme de la sainteté prise absolument, mais selon son rapport à autre chose, comme on l’a dit dans la d. 1. C’est pourquoi il n’en va pas de même des autres sacrements et de celui-ci, comme cela ressort clairement de ce qui a été dit. |
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[14761] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod ex hoc ipso quod alia sacramenta perficiuntur in acceptione vel collatione, contingit quod illud quod est in eis sacramentum et res, est aliquid acquisitum in suscipiente; in hoc autem sacramento aliter est, ut ex dictis patet. |
5. Du fait même que les autres sacrements sont accomplis par le fait de les recevoir ou de les donner, il se fait que ce qui est sacrement et réalité [dans ces sacrements] est quelque chose qui se réalise dans celui qui [les] reçoit. Mais dans le sacrement [de l’eucharistie], il en va autrement, comme cela ressort clairement de ce qui a été dit. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14762] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod per se unum simpliciter, et quod est numero unum,
tribus modis dicitur. Uno modo sicut indivisibile est unum, ut punctum et
unitas, quod neque est multa actu neque potentia. Alio modo quod est unum ex
continuitate, quod tamen est multa potentia, sicut linea. Tertio modo quod
est unum perfectione, sicut dicitur calceamentum unum, quia habet omnes
partes quae requiruntur ad calceamentum; et haec unitas dicitur in omnibus
illis ad quorum integritatem aliqua exiguntur, sicut unus homo, una domus. Et
quia ad esse sacramenti multa concurrunt, sicut forma et materia, et
hujusmodi; ideo ab hac unitate perfectionis dicitur sacramentum unum esse. Illa enim sunt de
integritate alicujus instrumenti quae requiruntur ad operationem illam ad
quam instrumentum deputatum est. Hoc autem sacramentum deputatum est ex
divina institutione ad cibationem spiritualem, quae per cibationem corporalem
significatur. Et quia cibatio corporalis duo requirit, scilicet aliquid per
modum cibi, et aliquid per modum potus; ideo ad integritatem hujus sacramenti
ex divina institutione est aliquid per modum cibi, scilicet corpus Christi;
et aliquid per modum potus, scilicet sanguis. |
Être un simplement et un selon le nombre se dit de
trois manières. D’une manière, comme ce qui est indivisible
est un, comme le point et l’unité, qui n’est multiple ni
en acte ni en puissance. D’une autre manière, comme ce qui est
un par la continuité, mais qui est cependant multiple en puissance,
comme la ligne. D’une troisième manière, comme ce qui est
un par sa perfection, comme on dit qu’un soulier est un parce
qu’il possède toutes les parties nécessaires à un
soulier. On parle de cette [dernière] unité pour tout ce dont
l’intégrité exige certaines choses, comme pour un homme
et une maison. Et parce que plusieurs choses concourent à
l’existence d’un sacrement, comme la forme et la matière
et les choses de ce genre, un sacrement est dit un en raison d’une
unité de perfection. En effet, fait partie de l’intégrité
d’un instrument ce qui est requis pour l’action à laquelle
l’instrument est destiné. Or, le sacrement [de
l’eucharistie] est destiné par institution divine à
l’alimentation spirituelle, qui est signifiée par
l’alimentation corporelle. Et parce que l’alimentation corporelle
exige deux choses, à savoir, quelque chose sous forme de nourriture et
quelque chose sous forme de boisson, fait partie de ce sacrement par
institution divine quelque chose sous forme de nourriture, à savoir,
le corps du Christ, et quelque chose sous forme de boisson, à savoir,
le sang. |
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[14763] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod dicitur pluraliter sacramenta propter materialem diversitatem signorum. |
1. On parle des sacrements au pluriel en raison de la diversité matérielle des signes. |
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[14764] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ratio illa procedit quando utrumque signum habet integram significationem; sic autem non est hic: quia cibatio spiritualis non significatur perfecte neque per panis tantum neque per vini tantum sumptionem, sed per utrumque simul, sicut est in significatione nominum compositorum. |
2. Cet argument vaut lorsque les deux signes ont une signification complète. Mais il n’en est pas de même ici, car l’alimentation spirituelle n’est parfaitement signifiée ni par le fait de prendre le pain seulement, ni par le fait de prendre le vin seulement, mais par le fait de prendre les deux en même temps, comme c’est le cas pour la signification des noms composés. |
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[14765] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod ratio illa procederet, si utraque forma responderet toti sacramento; sed hoc falsum est: quia una forma respondet uni, et alia alii eorum quae ad sacramentum exiguntur. |
3. Cet argument vaudrait si les deux formes correspondaient à tout le sacrement. Mais cela est faux, car une forme correspond à une chose et l’autre forme correspond à une autre des choses qui sont requises pour le sacrement. |
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[14766] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quamvis non sint unum in genere vel specie naturae, possunt tamen esse unum per relationem ad unam operationem, ex qua unitate sumitur unitas sacramenti. |
4. Bien qu’ils ne soient pas une seule chose par le genre et par l’espèce naturelle, ils peuvent cependant être une seule chose par rapport à une seule opération, unité dont le sacrement tire son unité. |
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[14767] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod quamvis Christus perfectus sit sub utraque specie, non tamen quantum ad integrum usum sacramenti est sub utroque, sed quantum ad diversos usus. |
5. Bien que le Christ soit parfait sous les deux espèces, il ne l’est cependant pas pour ce qui est de l’usage complet du sacrement sous les deux espèces, mais selon divers usages. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14768] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem
dicendum, quod in quolibet sacramento est tria considerare; scilicet
originem, perfectionem, et finem ad quem est. Origo autem omnium sacramentorum
est passio Christi, de cujus latere in cruce pendentis sacramenta
profluxerunt, ut sancti dicunt; perfectio autem sacramenti est in hoc quod
continet gratiam; finis autem sacramenti est duplex; proximus, scilicet
sanctificatio recipientis, et ultimus, scilicet vita aeterna. Haec autem per
quamdam excellentiam in Eucharistia inveniuntur. Quia hoc sacramentum est specialiter
in memoriam dominicae passionis; unde Matthaei 26: quotiescumque
feceritis, in mei memoriam facietis; et ideo quantum ad originem vocatur
sacrificium vel hostia. Similiter etiam gratiam non per modum intentionis
continet sicut alia sacramenta, sed plenitudinem gratiae in suo fonte; et
ideo antonomastice Eucharistia dicitur. Similiter etiam quia ipsa est
consummatio omnium sanctificationum, ut Dionysius dicit, id quod est omnium,
scilicet congregari ad unum, huic sacramento attribuitur; et dicitur communio
vel synaxis, quod idem est, inquantum scilicet homo congregatur ad unum et ad
seipsum et ad alios, ei quod est maxime unum conjunctus. Similiter etiam
quantum ad ultimum finem consequendum maximam efficaciam habet, inquantum realiter
continet hoc quo janua caeli nobis aperta est, scilicet sanguinem Christi; et
ideo specialiter viaticum appellatur. |
Dans tous les sacrements, il faut considérer trois
choses : l’origine, la perfection et la fin pour laquelle il
existe. Or, l’origine de tous les sacrements est la passion du Christ,
du côté de qui les sacrements se sont écoulés
alors qu’il était suspendu à la croix, comme le disent
les saints. La perfection du sacrement consiste en ce qu’il contient la
grâce. Mais la fin du sacrement est double : prochaine, à
savoir, la sanctification de celui qui le reçoit ; ultime,
à savoir, la vie éternelle. Or, ces choses se trouvent dans
l’eucharistie selon une certaine excellence, car ce sacrement existe
d’une manière spéciale en mémoire de la passion du
Seigneur. Aussi est-il dit en Mt 26 : Chaque fois que vous ferez
cela, vous le ferez en mémoire de moi. Aussi, pour ce qui est de
son origine, est-il appelé «sacrifice» ou
«hostie». De même encore, il ne contient pas la grâce
par mode d’intention, comme les autres sacrements, mais la
plénitude de la grâce en sa source. C’est pourquoi il est
appelé par antonomase «eucharistie». De même aussi,
parce qu’elle est la consommation de toutes les sanctifications, comme
le dit Denys, ce qui appartient à tous, à savoir
d’être rassemblés en un, est attribué à ce
sacrement : il est alors appelé «communion» ou
«synaxe», ce qui est la même chose, pour autant que
l’homme est rassemblé en un, tant par rapport à
lui-même que par rapport aux autres, en étant uni à ce
qui est un au plus haut point. De même encore, [ce sacrement] a-t-il la
plus grande efficacité pour obtenir la fin ultime pour autant
qu’il contient réellement ce par quoi la porte du ciel nous a
été ouverte, à savoir, le sang du Christ :
c’est pourquoi il est appelé «viatique» d’une
manière particulière. |
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[14769] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 1 qc. 3 ad arg. Et per haec patet solutio ad objecta: quia ab eo quod est commune, aliquid antonomastice denominari potest. |
La solution des objections est ainsi claire, car quelque chose peut être nommé par antonomase à partir de ce qui est commun. |
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Articulus 2 [14770] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 1 a. 2 tit. Utrum huic
sacramento figurae assignari debeant |
Article
2 – Des figures doivent-elles être mises en rapport avec ce
sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Des
figures doivent-elles être mises en rapport avec ce sacrement ?]
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[14771] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic
proceditur. Videtur
quod huic sacramento figurae assignari non
debeant. Nihil enim disponitur per aliquid sui generis; albedinis enim non
est albedo, nec motus est motus. Sed sacramentum est signum. Ergo sacramento non
debet aptari aliqua figura, quia in infinitum iretur. |
1. Il semble qu’il ne faille pas mettre des figures
en rapport avec ce sacrement. En effet, rien n’est disposé par
quelque chose de son propre genre : il n’y a pas de blancheur de
la blancheur, ni de mouvement du mouvement. Or, le sacrement est un signe. Il
ne faut donc pas adapter une figure au sacrement, car on remonterait à
l’infini. |
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[14772] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, sacramenta veteris legis dicuntur sacramentis novae legis respondere, in quantum signant ipsa. Sacramentis autem novae legis quae sunt maximae perfectionis non respondebant aliqua sacramenta in veteri lege, ut quidam dicunt. Cum ergo hoc sacramentum sit maximae perfectionis, videtur quod non debeant ei aliquae figurae assignari. |
2. On dit que les sacrements de la loi ancienne correspondent aux sacrements de la loi nouvelle pour autant qu’ils les font connaître. Or, des sacrements de la loi ancienne ne correspondaient pas aux sacrements de la loi nouvelle qui ont la plus grande perfection, comme le disent certains. Puisque ce sacrement a la plus grande perfection, il semble donc que des figures ne doivent pas être mises en rapport avec eux. |
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[14773] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sicut praefigurata Eucharistia est in agno paschali, ita et Baptismus in transitu maris rubri, ut dicitur 1 Corinth., 10. Cum ergo Magister non assignaverit aliquas figuras Baptismi, videtur quod nec Eucharistiae figuras assignare debeat. |
3. De même que l’eucharistie est préfigurée par l’agneau pascal, de même l’est le baptême par le passage de la mer Rouge, comme il est dit dans 1 Co 10. Puisque le Maître n’a pas assigné de figures au baptême, il semble donc qu’il ne doive pas non plus assigner de figures à l’eucharistie. |
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[14774] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, hoc sacramentum memoriale passionis Christi est specialiter. Sed passionem Christi praecipue oportebat praefigurari, per quam nos redemit, ut fides antiquorum ad redemptorem ferretur. Ergo praecipue oportebat hoc sacramentum figurari. |
Cependant, [1] ce sacrement est d’une manière particulière le mémorial de la passion du Christ. Or, il fallait surtout que la passion du Christ, par laquelle il nous a rachetés, soit préfigurée, afin que la foi des anciens soit portée vers le Rédempteur. Il fallait donc surtout que ce sacrement soit figuré. |
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[14775] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, hoc sacramentum est dignissimum, et difficillimum ad credendum. Sed talia maxime consueverunt praefigurari. Ergo et cetera. |
[2] Ce sacrement est le plus digne et le plus difficile à croire. Or, ce sont surtout ces choses qui ont coutume d’être préfigurées. Donc, etc. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le Maître assigne-t-il de manière appropriée les figures de ce sacrement ?] |
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[14776]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod Magister inconvenienter assignet
figuras hujus sacramenti. Hoc enim sacramentum post Baptismum datur. Sed agnus
paschalis praecessit transitum maris rubri, in quo Baptismus est
praefiguratus. Ergo non est congrua figura hujus sacramenti. |
1. Il semble que le Maître assigne de
manière inappropriée les figures de ce sacrement. En effet, ce
sacrement est donné après le baptême. Or, l’agneau
pascal a précédé le passage de la mer Rouge, par lequel
le baptême est préfiguré. La figure de ce sacrement
n’est donc pas appropriée. |
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[14777] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, in hoc sacramento aliquid offertur Deo. Sed Melchisedech non legitur Deo obtulisse, sed homini, scilicet Abrahae, cui obtulit panem et vinum, ut dicitur Gen. 14. Ergo illa oblatio non est conveniens figura hujus sacramenti. |
2. Quelque chose est offert à Dieu par ce sacrement. Or, on ne lit pas que Melchisédech ait offert quelque chose à Dieu, mais à un homme, à savoir, Abraham, à qui il offrit du vin et du vin, comme il est dit dans Gn 14. Cette offrande n’est donc pas une figure appropriée de ce sacrement. |
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[14778] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, idem non est signum sui ipsius. Sed sanguis qui consecratur in altari, est illemet quem Christus in cruce fudit pro nobis. Ergo ille non est signum vel figura istius. |
3. Une chose n’est pas le signe d’elle-même. Or, le sang qui est consacré sur l’autel est celui-là même que le Christ a versé pour nous sur la croix. Il n’est donc pas le signe ou la figure de celui-ci. |
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[14779] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 4 Praeterea, manna habebat in se omnem saporis suavitatem, ut dicitur Sap. 16. Sed hoc sacramentum non habet in se omnem saporem spiritualem: quia sic haberet effectus omnium sacramentorum, et alia sacramenta superfluerent. Ergo manna non est figura hujus sacramenti. |
4. La manne avait en elle-même une saveur très douce, comme il est dit dans Sg 16. Or, ce sacrement n’a pas en lui-même toute la saveur spirituelle, car il posséderait alors les effets de tous les sacrements et les autres sacrements seraient superflus. La manne n’est donc pas la figure de ce sacrement. |
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[14780] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 5 Praeterea,
nobilioris rei nobilior debet esse figura. Sed Eucharistia est nobilius
sacramentum quam Baptismus. Cum ergo Baptismus habuerit figuram quae praebebat
remedium ex ipso opere operato contra originale, scilicet circumcisionem;
supradictae autem figurae non fuerunt tales; videtur quod fuerunt
incompetentes. |
5. La figure d’une chose plus noble doit être plus noble. Or, l’eucharistie est un sacrement plus noble que le baptême. Puisque le baptême possédait une figure qui portait remède en vertu de l’acte posé [ex opere operato] contre [le péché] originel, à savoir, la circoncision, et que les figures mentionnées plus haut n’étaient pas telles, il semble donc qu’elles étaient inappropriées. |
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[14781] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 6 Praeterea, in canone Missae fit mentio de sacrificio Abrahae et Abel; et similiter omnia sacrificia legalia hujus veri sacrificii figura fuerunt. Ergo insufficienter posuit Magister figuras hujus sacramenti. |
6. Dans le canon de la messe, il est fait mention du sacrifice d’Abraham et d’Abel ; de même, tous les sacrifices de la loi étaient une figure du sacrifice véritable. Le Maître a donc indiqué de manière insuffisante les figures de ce sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Ce sacrifice a-t-il été figuré plus explicitement dans la loi de Moïse que sous la loi naturelle ?] |
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[14782] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod
in lege Moysi expressius fuit figuratum hoc sacrificium quam in lege naturae.
Quia, secundum
Hugonem, quanto magis appropinquavit passio salvatoris, tanto signa fuerunt
evidentiora. Sed ea quae fuerunt in lege Moysis, fuerunt propinquiora. Ergo
expressiora. |
1.
Il semble que ce sacrifice n’ait pas été figuré de
manière plus explicite dans la loi de Moïse que sous la loi
naturelle. Selon Hugues, en effet, plus la passion du Sauveur approchait,
plus les signes en étaient manifestes. Or, ceux qui existaient sous la
loi de Moïse étaient plus rapprochés. Ils étaient
donc plus explicites. |
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[14783] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, in sacrificiis legis Moysi fiebat sanguinis effusio. Sed oblatio Melchisedech fuit sanguinis sine effusione. Ergo legalia sacrificia expressius figurabant sacramentum passionis Christi quam oblatio Melchisedech. |
2. Dans les sacrifices de la loi de Moïse se produisait une effusion de sang. Or, l’offrande de Melchisédech s’est réalisée sans effusion de sang. Les sacrifices de la loi figuraient donc de manière plus explicite le sacrement de la passion du Christ que l’offrande de Melchisédech. |
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[14784] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, Christus dicitur sacerdos secundum ordinem Melchisedech, non autem
secundum sacerdotium legis Moysi, quod est sacerdotium leviticum, ut patet
Hebr. 7. Ergo
oblatio Melchisedech magis convenit cum sacrificio Christi quam sacrificium
legis Moysi. |
Cependant, [1] on dit que le Christ est
prêtre selon l’ordre de Melchisédech, et non selon le
sacerdoce de la loi de Moïse, qui est le sacerdoce lévitique,
comme cela ressort clairement de He 7. L’offrande de
Melchisédech a donc plus en commun avec le sacrifice du Christ que le
sacrifice sous la loi de Moïse. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14785] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
sacramenta novae legis tripliciter se habent ad veterem legem. Quaedam enim
essentialiter fuerunt in veteri lege, quamvis non ut sunt sacramenta novae
legis, sed magis secundum quod sunt in officium vel actum virtutis; sicut
poenitentia, ordo, et matrimonium. Quaedam
fuerunt secundum aliquid eis respondens non essentialiter, sicut Baptismus et
Eucharistia. Quaedam autem nihil respondens habuerunt in veteri lege, sicut
confirmatio et extrema unctio. Cujus ratio est, quia prima tria sacramenta
non solum sunt sacramenta; sed poenitentia est actus virtutis; ordo autem
pertinet ad officium dispensationis sacramentorum; matrimonium autem ad
officium naturae; et ideo in qualibet lege requiruntur. Baptismus autem et
Eucharistia sunt sacramenta tantum gratiam continentia; et ideo ante tempus
gratiae esse non debuerunt. Sed quia sunt sacramenta necessitatis, Baptismus
quidem quantum ad effectum, Eucharistia autem quantum ad fidem ejus quod
repraesentatur per ipsam; ideo oportuit quod in lege Moysi haberent aliquid
respondens: sed confirmatio et extrema unctio sunt sacramenta gratiam
conferentia; et ideo in veteri lege esse non debuerunt. Et quia non sunt
sacramenta necessitatis, sed cujusdam superabundantis perfectionis; ideo non
oportebat quod haberent aliquid respondens, cum non esset tempus plenitudinis
gratiae; et ideo haec duo non fuerunt praefiguranda aliquibus expressis
figuris, similiter neque prima tria, sed tantum duo media, scilicet
Eucharistia et Baptismus. |
Les sacrements de la loi nouvelle
ont un triple rapport avec la loi ancienne. En effet, certains existaient
essentiellement sous la loi ancienne, non pas comme les sacrements de la loi
nouvelle, mais plutôt selon qu’ils existent en vue d’une
fonction ou d’un acte de vertu. C’est le cas de la
pénitence, de l’ordre et du mariage. Certains existaient selon
quelque chose qui leur correspondait de manière non essentielle, comme
le baptême et l’eucharistie. Mais certains n’avaient rien
qui leur correspondît dans la loi ancienne, comme la confirmation et
l’extrême-onction. La raison en est que les trois premiers
sacrements ne sont pas seulement des sacrements, mais que la pénitence
est un acte de vertu, l’ordre se rapporte à la fonction de
dispensation des sacrements et le mariage à une fonction naturelle.
Aussi sont-ils exigés sous toute loi. Mais le baptême et
l’eucharistie sont les seuls sacrements qui contiennent la grâce :
c’est pourquoi ils ne devaient pas exister avant le temps de la
grâce. Mais parce qu’ils sont des sacrements nécessaires
– le baptême, pour ce qui est de son effet, l’eucharistie,
pour ce qui est de la foi en ce qui est représenté par elle –,
il était nécessaire qu’ils aient quelque chose qui leur
correspondît dans la loi de Moïse. Mais la confirmation et
l’extrême-onction sont des sacrements qui confèrent la
grâce : c’est pourquoi ils ne devaient pas se trouver sous
la loi ancienne. Et parce qu’ils ne sont pas des sacrements
nécessaires, mais qui possèdent une perfection surabondante, il
n’était pas nécessaire que quelque leur
correspondît, puisque ce n’était pas le temps de la
plénitude de la grâce. Aussi ces deux [sacrements] ne devaient-ils
pas être préfigurés par des figures explicites, pas davantage
que les trois premiers, mais seulement les deux [sacrements]
intermédiaires, à savoir, l’eucharistie et le
baptême. |
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[14786] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod oppositae relationes possunt inesse eisdem respectu diversorum, eo quod esse relativi est ad aliquid se habere, non autem proprietates absolutae; et ideo in relativis contingit aliquid disponi per aliquid sui generis per accidens, et non per se; sicut filii est filius, non inquantum filius, sed inquantum pater; et similiter signi potest esse signatum. In absolutis autem non contingit hoc; unde qualitatis non est qualitas nec per se nec per accidens. |
1. Des relations opposées peuvent exister dans les mêmes choses par rapport à des choses diverses, du fait que l’être de ce qui est relatif consiste dans le rapport à quelque chose d’autre, mais non les propriétés absolues. C’est pourquoi, dans les choses relatives, il arrive que quelque chose soit disposé par une chose de son genre par accident, et non par soi, comme on est le fils du fils, non pas en tant qu’il est fils, mais en tant qu’il est père. De même en est-il de ce qui est signifié par rapport au signe. Dans les choses absolues, cela ne se produit pas. Aussi n’y a-t-il pas de qualité de la qualité ni par soi, ni par accident. |
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[14787] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod una perfectio dicitur alia minor dupliciter: aut simpliciter, aut secundum statum; sicut praemium essentiale quod aurea dicitur, est simpliciter majus quam praemium accidentale, quod dicitur aureola; sed aureola est major quantum ad statum habentis, quia non cuilibet datur, sed tantummodo illis qui sunt in statu perfectionis. Et similiter dico, quod perfectio Eucharistiae est simpliciter major quam perfectio confirmationis et extremae unctionis, sed illae sunt majores secundum statum: quia perfectio Eucharistiae, quae est per conjunctionem ad principium sanctitatis est omnibus de necessitate salutis; sed perfectio spiritus sancti ad robur quae est in confirmatione, vel perfectio purgationis a reliquiis peccati, quae est in extrema unctione, non sunt omnibus necessaria; et ideo perfectioni Eucharistiae debet aliquid respondere in qualibet lege, non autem perfectioni confirmationis et extremae unctionis nisi in lege in qua est status perfectionis, quae est lex gratiae. |
2. On dit qu’une perfection
est inférieure de deux manières : soit simplement, soit
selon son état. Ainsi, la récompense essentielle, qu’on
appelle la couronne d’or, est-elle plus grande que la récompense
accidentelle, qu’on appelle l’auréole. Mais
l’auréole est plus grande du point de vue de l’état
de celui qui la possède, car elle n’est pas donnée
à tous, mais seulement à ceux qui sont dans un état de
perfection. De la même manière, je dis que la perfection de
l’eucharistie est simplement plus grande que la perfection de la
confirmation et de l’extrême-onction, mais que celles-ci sont
plus grandes par l’état, car la perfection de
l’eucharistie, qui vient de l’union au principe de la sainteté,
est pour tous nécessaire au salut, mais la perfection de
l’Esprit Saint en vue de renforcer, qui se trouve dans la confirmation,
ou la perfection de la purification des restes du péché, qui se
trouve dans l’extrême-onction, ne sont pas nécessaires
à tous. C’est pourquoi quelque chose doit correspondre à
la perfection de l’eucharistie sous toute loi, mais non à la
perfection de la confirmation et de l’extrême-onction, sauf dans
la loi sous laquelle existe l’état de perfection, qui est la loi
de la grâce. |
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[14788] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod praefiguratio Eucharistiae erat magis necessaria quam Baptismi, tum ratione dignitatis, tum ratione difficultatis, tum propter necessitatem fidei ejus quod figuratur in Eucharistia. Tamen Magister supra aliquas figuras Baptismi posuit, scilicet circumcisionem et Baptismum Joannis. |
3. La préfiguration de l’eucharistie était plus nécessaire que celle du baptême, tant en raison de sa dignité, qu’en raison de sa difficulté et de la nécessité de la foi en ce qui est figuré par l’eucharistie. Toutefois, le Maître a indiqué plus haut certaines figures du baptême, à savoir, la circoncision et le baptême de Jean. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14789] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod aliquid potest figurari dupliciter. Uno modo per
id quod est signum et causa: et hoc modo effusio sanguinis et aquae ex latere
Christi fuit figura hujus sacramenti. Alio modo per id quod est signum
tantum; et sic quantum ad id quod est sacramentum tantum in Eucharistia, fuit
figura ejus oblatio Melchisedech; quantum autem ad id quod est res et
sacramentum, scilicet ipsum Christum passum, fuit figura agnus paschalis;
quantum autem ad id quod est res tantum, scilicet gratiam, fuit signum manna,
quod reficiebat, omnem saporem suavitatis habens. |
Quelque
chose peut être figuré de deux manières. D’une
manière, par ce qui est signe et cause : de cette manière,
l’écoulement de sang et d’eau du côté du
Christ était la figure de ce sacrement. D’une autre
manière, par ce qui est signe seulement : ainsi, pour ce qui est
sacrement seulement dans l’eucharistie, l’offrande de
Melchisédech en était-elle la figure. Mais pour ce qui est
réalité et sacrement, à savoir, le Christ lui-même
qui a souffert, l’agneau pascal en était-il la figure. Mais pour
ce qui est réalité seulement, à savoir, la
grâce, la manne en était-elle le signe, elle qui rassasiait et
possédait un goût plein de douceur. |
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[14790] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ratio illa valeret, si Baptismi et Eucharistiae tantum esset una figura: sunt autem plures; et ideo non est inconveniens quod aliquam figuram Baptismi praecedat aliqua figura Eucharistiae, et ab aliqua praecedatur; sicut praecedit agnus paschalis transitum maris rubri, et sequitur circumcisionem. |
1. Cet argument vaudrait s’il n’y avait qu’une seule figure du baptême et de l’eucharistie. Mais il en existe plusieurs. C’est pourquoi il n’est pas inapproprié qu’une figure de l’eucharistie précède un figure du baptême et soit précédée par une autre, comme l’agneau pascal précède le passage de la mer Rouge et suit la circoncision. |
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[14791] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Eucharistia offertur Deo in sanctificatione hostiae, et offertur populo in ipsius sumptione; et hoc significatum fuit in oblatione Melchisedech, qui obtulit Abrahae panem et vinum, et benedixit Deo excelso. |
2. L’eucharistie est offerte à Dieu par la sanctification de l’hostie et elle est offerte au peuple lorsqu’il la reçoit. Et cela fut signifié par l’offrande de Melchisédech, qui offrit à Abraham du pain et du vain et bénit le Dieu très-haut. |
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[14792] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod nihil sub eadem specie manens est signum sui ipsius; sed aliquid secundum quod est in una specie, potest esse signum sui secundum quod est sub alia specie; et similiter est in proposito dicendum, quod aqua fluens de latere Christi figurabat populum, qui ejus sanguine redimendus et reficiendus erat; et ideo significabat aqua sanguini admixta hujus sacramenti usum. |
3. Rien qui demeure sous la même espèce n’est le signe de soi-même ; mais une chose, selon qu’elle existe dans une seule espèce, peut être le signe d’elle-mêmes selon qu’elle existe sous une autre espèce. De même faut-il dire dans le cas en question que l’eau coulant du côté du Christ figurait le peuple, qui devait être racheté et rassasié par son sang. C’est ainsi que l’eau mêlée au sang signifiait l’usage de ce sacrement. |
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[14793] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod sacramentum habet omnem suavitatem, inquantum continet fontem omnis gratiae, quamvis non ordinetur ejus usus ad omnes effectus sacramentalis gratiae. Vel dicendum, quod etiam quantum ad effectum habet omnem suavitatis effectum in reficiendo, quia hoc solum sacramentum per modum refectionis operatur. Vel dicendum, secundum Dionysium, quod omnium sacramentorum effectus huic sacramento possunt ascribi, inquantum perfectio est omnis sacramenti, habens quasi in capitulo et summa omnia quae alia sacramenta continent singillatim. |
4. Le sacrement est rempli de douceur pour autant qu’il contient la source de toute grâce, bien que son usage ne soit pas ordonné à tous les effets de la grâce sacramentelle. Ou bien il faut dire que, par son effet aussi, il possède tout l’effet de douceur en rassasiant, parce que ce sacrement seul agit par mode de rassasiement. Ou bien il faut dire, selon Denys, que les effets de tous les sacrements peuvent être attribués à ce sacrement pour autant qu’il est la perfection de tout sacrement, possédant comme les chapitres dans une somme tout ce que les autres sacrements contiennent séparément. |
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[14794] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod Baptismus est sacramentum necessitatis quantum ad effectum, quia delet peccatum originale, quo manente non est salus; et ideo oportebat quod in veteri lege responderet sibi aliqua figura, quae contra originale remedium praeberet, scilicet circumcisio. Sed Eucharistia est sacramentum necessitatis quantum ad fidem ejus quod repraesentat, scilicet opus nostrae redemptionis; et ideo non oportuit quod haberet figuras remedium praebentes, sed signantes tantum. |
5. Le baptême est un sacrement nécessaire quant à son effet, parce qu’il détruit le péché originel, alors qu’il n’y a pas de salut si celui-ci demeure. Il fallait donc que lui correspondît dans la loi ancienne une figure qui apporterait un remède contre le [péché] originel, à savoir, la circoncision. Mais l’eucharistie est un sacrement nécessaire pour ce qui est de la foi en qu’il représente, à savoir, l’œuvre de notre rédemption. C’est pourquoi il n’était pas nécessaire qu’elle ait des figures apportant un remède, mais la représentant seulement. |
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[14795] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 6 Ad sextum dicendum, quod quamvis in veteri lege fuerint figurae plures materialiter, tamen omnes ad has reducuntur: quia in omnibus sacrificiis et oblationibus antiquorum significabatur illud quod est res et sacramentum in Eucharistia, quod etiam significatur per agnum paschalem, scilicet ipse Christus qui obtulit se Deo patri pro nobis oblationem et hostiam. Vel dicendum, quod istae figurae repraesentant corpus Christi secundum quod est in usu fidelium per esum, quod patet de oblatione Melchisedech, qui panem et vinum edendum obtulit Abrahae; et similiter agnus paschalis edendus a populo occidebatur; et etiam manna ad esum populi a Deo providebatur: aqua etiam sanguini admixta in passione Christi populum significat Christi sanguine communicantem. Non autem ita est in aliis sacrificiis; et ideo quamvis sint figurae Christi passi, non tamen sunt propriae figurae hujus sacramenti. Fit autem in canone Missae mentio de oblatione Abrahae et Abel magis propter devotionem offerentium quam propter figuram rei oblatae. |
6. Bien qu’aient existé sous la loi ancienne plusieurs figures matériellement considérées, elle se ramènent cependant toutes à celles-ci, car, par tous les sacrifices et les offrandes des anciens, était signifié ce qui est réalité et sacrement dans l’eucharistie, ce qui est aussi signifié par l’agneau pascal, à savoir, le Christ lui-même qui s’est offert pour nous à Dieu, le Père, comme offrande et comme hostie. Ou bien il faut dire que ces figures représentent le corps du Christ selon qu’il est utilisé par les fidèles comme nourriture, ce qui ressort clairement de l’offrande de Melchisédech, qui offrit à Abraham du pain et vin à consommer. De même, l’agneau pascal était tué pour être mangé par le peuple, et aussi la manne était-elle donnée par Dieu pour que le peuple la mange. De même, l’eau mêlée au sang dans la passion du Christ signifie-t-elle le peuple qui communie au sang du Christ. Mais il n’en est pas de même pour les autres sacrifices, Aussi, bien qu’ils soient des figures du Christ souffrant, ils ne sont cependant pas des figures propres de ce sacrement. Mais il est fait mention de l’offrande d’Abraham et d’Abel dans le canon de la messe plutôt en raison de la dévotion de ceux qui offraient qu’en raison d’une figure propre de la chose offerte. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14796] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem
dicendum, quod quantum ad id quod est signum tantum in hoc sacramento,
expressior figura hujus sacramenti fuit oblatio Melchisedech quam figurae
legis Moysi; sed quantum ad id quod est res et sacramentum; expressior fuit
figura legis Mosaicae, qua expressius Christus passus significabatur. Et quia
ritus sacramenti consistit in signis exterioribus; ideo sacerdotium Christi
quantum ad ritum magis convenit cum sacerdotio Melchisedech quam cum sacerdotio
levitico; et etiam quantum ad alias conditiones Melchisedech, quas apostolus
plenius prosequitur. |
Pour ce qui est signe seulement
dans ce sacrement, la figure plus explicite de ce sacrement fut
l’offrande de Melchisédech plutôt que les figures de la
loi de Moïse. Mais pour ce qui est réalité et sacrement,
la figure de la loi de Moïse était plus explicite, par laquelle
le Christ souffrant était signifié. Et parce que le rite du
sacrement consiste dans des signes extérieurs, le sacerdoce du Christ,
pour ce qui est du rite, a plus en commun avec le sacerdoce de Melchisédech
qu’avec le sacerdoce lévitique ; et aussi pour ce qui est
des autres conditions affectant Melchisédech, que l’Apôtre
développe davantage. |
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[14797] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 2 qc. 3 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
La solution aux objections est
ainsi claire. |
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Articulus 3 [14798] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 1 a. 3 tit. Utrum aliqua
fuerit necessitas instituendi hoc sacramentum |
Article
3 – Était-il nécessaire d’instituer ce sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Était-il nécessaire d’instituer ce sacrement ?]
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[14799] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod nulla fuit
necessitas
instituendi hoc sacramentum. Veniente enim veritate debet cessare figura. Sed
hoc sacramentum agitur in figuram dominicae passionis, quae jam realiter
venit. Ergo non debuit hoc sacramentum institui. |
1. Il semble qu’il
n’y avait aucune nécessité d’instituer ce sacrement.
En effet, une fois venue la vérité, la figure doit cesser. Or,
ce sacrement est réalisé comme figure de la passion du
Seigneur, qui est déjà venue. Ce sacrement ne devait donc pas
être institué. |
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[14800] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, eadem in actione
aliquid instituitur et a contraria dispositione removetur. Sed ad eamdem
actionem non debet institui nisi unum sacramentum, sicut unum instrumentum
est unius actionis. Cum ergo per Baptismum mundemur a malo, videtur quod non
oportuit institui aliquod sacramentum per quod in bono confirmemur, scilicet
Eucharistiam, ut in littera dicitur. |
2. Quelque chose est institué par
la même action qui l’éloigne d’une disposition contraire.
Or, pour la même action, un seul sacrement doit être
institué, de même qu’il n’y a qu’un seul
instrument pour une seule action. Puisque nous sommes purifiés du mal
par le baptême, il semble donc qu’il n’était pas
nécessaire qu’un sacrement soit institué par lequel nous
soyons affermis dans le bien, à savoir, l’eucharistie, comme le
dit le texte. |
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[14801] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, ex eisdem ex quibus sumus, et nutrimur, ut in 2 de Generat. dicitur. Sed per Baptismum, qui est spiritualis regeneratio, acquirimus esse spirituale, ut Dionysius dicit. Ergo per gratiam reficimur baptismalem; et ita non oportet hoc sacramentum institui ad spiritualiter reficiendum, ut in littera dicitur. |
3. Nous sommes alimentés
par les mêmes choses qui nous font exister, comme le dit Sur la
génération, II. Or, par le baptême, qui est une
régénération spirituelle, nous acquérons
l’existence spirituelle, comme le dit Denys. Nous sommes donc
alimentés par la grâce baptismale. Et ainsi, il n’est pas
nécessaire que ce sacrement soit institué pour alimenter
spirituellement, comme le texte le dit. |
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[14802] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, ad perfectionem corporis exigitur quod membra capiti conjungantur. Sed per hoc sacramentum membra Ecclesiae suo capiti conjunguntur; unde Joan. 6, 57, dicitur: qui manducat carnem meam, et bibit sanguinem meum, in me manet, et ego in eo. Ergo necessaria fuit hujus sacramenti institutio. |
Cependant, [1] il est nécessaire à la perfection du corps que les membres soient unis à la tête. Or, par ce sacrement, les membres de l’Église sont unis à leur tête. Ainsi est-il dit en Jn 6, 57 : Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. L’institution de ce sacrement était donc nécessaire. |
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[14803] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, caritas non est minus necessaria quam fides. Sed habemus unum sacramentum fidei, scilicet Baptismum. Cum ergo caritatis sacramentum sit Eucharistia, unde et communio dicitur; videtur quod ejus institutio fuerit necessaria. |
[2] La charité n’est pas moins nécessaire que la foi. Or, nous avons un sacrement de la foi, à savoir, le baptême. Puisque l’eucharistie est le sacrement de la charité, ce pour quoi elle est appelée «communion», il semble donc que son institution était nécessaire. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [L’eucharistie devait-elle être instituée avant la venue du Christ ?] |
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[14804]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod ante adventum Christi debuerit
institui. Christus enim est caput hominum justorum qui fuerunt a principio
mundi, ut in 3 Lib., dist. 13, qu. 2, art. 2, quaest. 2 ad 4, dictum est. Si ergo per hoc
sacramentum membra capitis mystico suo capiti conjungantur, videtur quod debuerit
a principio mundi institui. |
1. Il semble que
[l’eucharistie] devait être instituée avant la venue du
Christ. En effet, le Christ est la tête des hommes justes qui ont
existé depuis le commencement du monde, comme on l’a dit dans le
livre III, d. 13, q. 2, a. 2, qa 2, ad 4. Si donc, par ce sacrement, les
membres sont unis à leur tête mystique, il semble qu’il
devait être institué dès le commencement du monde. |
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[14805] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, populus Israel
fuit populus Deo dilectissimus; unde dicitur Exod. 4, 22: filius meus
primogenitus Israel. Sed hoc sacramentum est sacramentum caritatis, ut dictum
est. Ergo debuit institui adhuc priore populo habente statum. |
2. Le peuple d’Israël a
été le peuple le plus aimé de Dieu. Aussi est-il dit,
dans Ex 4, 22: Mon fils premier-né, Israël. Or,
ce sacrement est le sacrement de la charité, comme on l’a dit.
Il devait donc être institué même avant que le peuple
préféré ait un état. |
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[14806] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, hoc sacramentum dicitur viaticum, quia tendentes ad patriam in via confortat, et quotidianos etiam lapsus reparat. Sed patres qui erant ante adventum Christi, ad patriam tendebant, hospites et peregrinos se vocantes super terram, ut dicitur Hebr. 11, et etiam quotidianis peccatis impediebantur. Ergo ante adventum Christi debuit hoc sacramentum institui. |
3. On appelle ce sacrement un «viatique», parce qu’il réconforte en cours de route ceux qui tendent vers la patrie et répare aussi les manquements quotidiens. Or, les pères qui existaient avant la venue du Christ, tendaient vers la patrie, s’appelant eux-même des hôtes et des pèlerins, comme il est dit en He 11, et ils étaient aussi empêchés par des péchés quotidiens. Ce sacrement devait donc être institué avant la venue du Christ. |
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[14807] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, hoc sacramentum continet verbum incarnatum realiter. Ergo institui non potuit ante incarnationem verbi. |
Cependant, [1] ce sacrement contient réellement le Verbe incarné. Il ne pouvait donc pas être institué avant l’incarnation du Verbe. |
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[14808] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, hoc sacramentum continet gratiae plenitudinem; unde et Eucharistia dicitur. Sed tempus plenitudinis incepit ab incarnatione Christi. Ergo ante incarnationem hoc sacramentum institui non potuit. |
[2] Ce sacrement contient la plénitude de la grâce ; aussi est-il appelé «eucharistie». Or, le temps de la plénitude a commencé avec l’incarnation du Christ. Ce sacrement ne pouvait donc pas être institué avant l’incarnation. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Ce sacrement devait-il être institué après la passion ?] |
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[14809]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod post passionem institui debuit.
Quia hoc sacramentum est in memoriam dominicae passionis, ut patet 1
Corinth., 11. Sed memoria praeteritorum est. Ergo et praeterita passione Christi
institui debuit. |
1. Il semble qu’il devait être institué après la passion, car ce sacrement existe en mémoire de la passion du Seigneur, comme cela ressort clairement de 1 Co 11. Or, la mémoire porte sur les choses passées. Il devait donc être institué une fois passée la passion du Christ. |
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[14810] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Eucharistia non nisi baptizatis debet dari. Sed Baptismus fuit institutus post Christi passionem, quando dominus discipulis formam baptizandi dedit, Matth. ult. Ergo et post passionem institui debuit Eucharistia. |
2. L’eucharistie ne doit être donnée qu’à ceux qui ont été baptisés. Or, le baptême a été institué après la passion du Christ, lorsque le Seigneur a donné aux disciples la forme pour baptiser, Mt 28. L’eucharistie devait donc être instituée après la passion. |
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[14811] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, in his quae
sibi invicem continue succedunt, ultimum primi debet conjungi primo secundi. Sed dominus
voluit in coena ostendere terminationem veteris legis, et continuationem
novae legis ad ipsam, ut ex littera habetur. Ergo debuit post coenam paschalem
statim instituere primum sacramentum novae legis, et alia per ordinem; et sic
post passionem Eucharistiam, quae est ultimum. |
3. Dans les choses qui
succèdent l’une à l’autre de manière
continue, le point ultime de celle qui vient en premier doit être uni
à ce qui vient en premier chez la seconde. Or, le Seigneur a voulu
montrer dans la cène la fin de l’ancienne loi et comment la
nouvelle loi la continuait, comme on le lit dans le texte. Après la
cène pascale, il devait donc instituer le premier sacrement de la loi
nouvelle, et les autres selon leur ordre. Et ainsi, [devait-il instituer]
après la passion l’eucharistie, qui est le point ultime. |
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[14812] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 4 Sed contra, videtur quod debuerit institui a principio praedicationis Christi. Quia quae primo capiuntur, arctius memoriae imprimuntur, ut patet de his quae homo a pueritia capit. Sed dominus voluit ut hoc sacramentum arctissime memoriae commendaretur. Ergo debuit a principio hoc instituere. |
Cependant, il semble que
[l’eucharistie] devait être instituée dès le
début de la prédication du Christ, car ce qui est saisi en
premier est plus fortement imprimé dans la mémoire, comme cela
ressort clairement de ce que l’homme saisit dès l’enfance.
Or, le Seigneur a voulu que ce sacrement soit confié à la
mémoire de la manière la plus forte. Il devait donc
l’instituter dès le départ. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14813] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod in quolibet genere
actionum in quo inveniuntur plures actiones ordinatae diversis agentibus
ordinatis distributae, oportet quod principalis illarum actionum attribuatur
principali agenti, cujus virtute secundarii agentes operantur secundarias actiones;
sicut patet in artibus quae sub invicem continentur, ut militaris, equestris,
et frenorum factrix. Et quia invenimus diversas
actiones sacramentales diversis sacramentis distributas, quae in virtute
verbi incarnati agunt, oportet ad perfectam actionem hujus generis esse
aliquam sacramentalem actionem quae ipsimet principali agenti attribuatur,
quod est verbum incarnatum; et ideo oportuit esse sacramentum Eucharistiae,
quod ipsum verbum incarnatum contineret, ceteris sacramentis tamen in virtute
ipsius agentibus; et ideo convenienter in figura cibi hoc sacramentum
institutum est: quia inter alios sensus solus tactus est cui suum sensibile
realiter conjungitur, similitudinibus tantum sensibilium ad alios sensus per
medium pervenientibus: gustus autem tactus quidam est: et inter alia quae ad
tactum pertinent, solus cibus est qui agit per conjunctionem sui ad cibatum,
quia nutriens et nutritum fit unum; alia vero tangibilia agunt efficiendo
aliquas impressiones in eo quod tangitur, sicut patet de calido et frigido,
et hujusmodi. Et ideo cum omne sacramentum in figura alicujus rei sensibilis
proponi debeat, convenienter sacramentum in quo ipsum verbum incarnatum nobis
conjungendum continetur, proponitur nobis in figura cibi, non quidem
convertendi in nos per suam conjunctionem ad nos, sed potius sua conjunctione
nos in ipsum convertens, secundum quod Augustinus ex persona verbi incarnati
dicit: non tu me mutabis in te, sicut cibum carnis tuae; sed tu mutaberis
in me. |
Dans tous les genres d’actions où l’on
trouve plusieurs actions ordonnées réparties entre divers
agents ordonnés, il est nécessaire que la principale de ces
actions soit attribuée à l’agent principal, par la
puissance duquel les agents secondaires posent les actions secondaires, comme
cela ressort clairement dans les arts qui sont imbriqués les uns dans
les autres, tels l’art militaire, l’art de
l’équitation et l’art de fabriquer des mors. Et parce que
nous trouvons diverses actions sacrementelles réparties entre divers
sacrements, qui agisent par la puissance du Verbe incarné, il est
nécessaire, pour une action parfaite de ce genre, qu’existe une
action sacramentelle qui soit attribuée à l’agent
principal lui-même, qui est le Verbe incarné. C’est
pourquoi il était nécessaire qu’existe le sacrement de
l’eucharistie, qui contiendrait le Verbe incarné lui-même,
alors que les autres sacrements agiraient par sa puissance. C’est ainsi
que ce sacrement a été institué sous la figure de la
nourriture, car, parmi les autres sens, seul le toucher est celui auquel son
objet sensible est réellement uni, alors que seulement des similitudes
des choses sensibles parviennent aux autres sens par un intermédiaire.
Or, le goût est une forme de toucher et, parmi les choses qui se
rapportent au toucher, seule la nourriture agit par son union avec ce qui est
nourri, car ce qui nourrit et ce qui est nourri deviennent une seule chose.
Les autres réalités tangibles agissent en produisant des
impressions chez celui qui est touché, comme cela ressort clairement
de ce qui est chaud et froid, et des choses de ce genre. Puisque tout
sacrement doit être proposé sous la figure d’une
réalité sensible, le sacrement dans lequel le Verbe
incarné lui-même est contenu en vue de nous être uni nous
est donc proposé sous la figure de la nourriture, non pas pour
qu’elle soit convertie en nous par son union à nous, mais
plutôt en nous convertissant en elle par l’union à elle,
selon ce que dit Augustin de la personne du Verbe incarné :
«Tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair, mais
tu seras changé en moi.» |
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[14814] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod secundum Dionysium nostra hierarchia est media inter caelestem
et eam quae in veteri lege erat. Tempore enim legis erat veritas promissa
tantum; sed in statu novae legis est veritas inchoata per Jesum Christum; in
patria autem erit veritas consummata. Et ideo in veteri lege figurae sine
rebus proponebantur; in nova autem proponuntur figurae cum rebus; in patria
autem res sine figuris. Et ideo orat Ecclesia ut quod nunc spe gerimus in via, rerum veritate
capiamus in patria. |
1. Selon Denys, notre
hiérarchie occupe le milieu entre la hiérarchie céleste
et celle qui existait sous la loi ancienne. En effet, au temps de la loi, la
vérité n’était que promise; mais dans
l’état de la loi nouvelle, la vérité a débuté
dans le Christ Jésus, et la vérité sera consommée
dans la patrie. C’est pourquoi, sous la loi ancienne, des figures
étaient proposées sans les réalités; mais, sous
la loi nouvelle, des figures sont proposées avec les
réalités, alors que, dans la patrie, les réalités
[le seront] sans les figures. C’est ainsi l’Église prie
pour ce que nous accomplissons en espérance, alors que nous sommes en
chemin, nous l’obtenions dans la patrie selon la vérité
des choses. |
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[14815] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod objectio illa procedit de perfectione illa qua aliquid ad formam
receptam perficitur, qualis perfectio fit per Baptismum; non autem de illa
quae est per conjunctionem ad principium perfectionis, quae fit per
Eucharistiam, ut supra dictum est. |
2. Cette objection porte sur la
perfection par laquelle quelque chose est perfectionné selon la forme
reçue : cette perfection se réalise par le baptême.
Mais [cette objection] ne porte pas sur ce qui existe par l’union au
principe de la perfection, qui se réalise par l’eucharistie,
comme on l’a dit plus haut. |
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[14816] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod de nutrimento corporali verum est nos eisdem nutriri ex quibus sumus, quia oportet cibum carnis nostrae in nos transmutari, et ideo oportet quod nobiscum in materia conveniat; secus autem de cibo spirituali, qui nos in seipsum transmutat. |
3. Il est vrai que, par la
nourriture corporelle, nous sommes nourris de cela même que nous
sommes, car il est nécessaire que la nourriture de notre chair soit
transformée en nous. C’est pourquoi il est nécessaire
qu’elle nous soit commune par la matière. Mais il en va
autrement de la nourriture spirituelle, qui nous transforme en
elle-même. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14817] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod sicut dictum
est, in hoc sacramento ipse Christus, qui est sanctificationis principale
agens, realiter nobis proponitur. In veteri autem lege non exhibebatur, sed
promittebatur, incarnatione nondum facta; et ideo in veteri lege hujus
sacramenti institutio esse non potuit. Unde sacramenta veteris legis
habebant se ad modum sensibilium quae per medium cognoscuntur, quae quidem
realiter sentienti non conjunguntur, sed suas similitudines ad sensus a
longinquo transmittunt. Sacramenta vero alia novae legis, in quibus virtus
Christi operatur, cum ipsum realiter non contineant, assimilantur
sensibilibus jam dictis, quae quidem non incorporantur sentienti, sed secundum
aliquam qualitatem immutant. Hoc autem sacramentum, ut dictum est, quasi majoris
perfectionis, similatur illi sensibili quod incorporatur sentienti, scilicet
cibo; unde magis distat a modo sacramentorum veteris legis quam sacramenta
novae legis. |
Comme on l’a dit, dans ce
sacrement, le Christ lui-même, qui est l’agent principal de la
sanctification, nous est réellement proposé. Sous la loi
ancienne, il n’était pas montré, mais promis, alors que
l’incarnation n’avait pas encore eu lieu. C’est pourquoi,
sous la loi ancienne, il ne pouvait y avoir d’institution de
l’eucharistie. Aussi les sacrements de la loi ancienne
ressemblaient-ils aux réalités sensibles qui sont connues par
un intermédiaire, qui ne sont pas réellement unies à
celui qui éprouve une sensation, mais transmettent à distance
leurs similitudes aux sens. Mais les sacrements de la loi nouvelle, dans
lesquels la puissance du Christ agit, alors qu’ils ne le contiennent
pas réellement, ressemblent aux réalités sensibles
déjà mentionnées, qui ne sont pas incorporées
à celui qui éprouve une sensation, mais qui le changent par une
certaine qualité. Cependant, le sacrement [de l’eucharistie],
parce qu’il possède une plus grande perfection, comme on
l’a dit, ressemble à la réalité sensible qui est
incorporée à celui qui éprouve une sensation, à
savoir, la nourriture. Aussi est-il plus éloigné des sacrements
de la loi ancienne que les [autres] sacrements de la loi nouvelle. |
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[14818] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod Christus ab initio mundi erat caput sanctorum, non quasi habens actu conformitatem in natura cum membris Ecclesiae, incarnatione nondum facta, sed solum secundum fidem incarnationem expectantium; et ideo conjunctio corporis mystici ad suum caput pro tempore illo non poterat fieri per aliquod sacramentum realiter continens ipsum caput membris conforme, sed poterat per aliqua sacramenta figurari. |
1. Le Christ était la tête des saints depuis le commencement du monde, non parce qu’il possédait la même nature que les membres de l’Église, puisque l’incarnation n’avait pas encore eu lieu, mais seulement par la foi de ceux qui attendaient l’incarnation. C’est pourquoi l’union du corps mystique à sa tête à cette époque ne pouvait être réalisée par un sacrement qui contenait réellement la tête elle-même semblable au corps, mais elle pouvait être figurée par certains sacrements. |
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[14819] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod populus Israel erat dilectissimus pro tempore illo comparatione aliorum populorum, qui idolis serviebant, non autem comparatione populi novi testamenti, de quo dicitur 1 Petr. 2, 9: vos estis gens sancta, populus acquisitionis. Vel dicendum, secundum apostolum Rom. 9: non qui sunt secundum carnem, sed qui ex promissione, hi computantur in semine. Unde populus novi testamenti non excluditur ab illo privilegio amoris ratione cujus Israel primogenitus Dei dicebatur. |
2. Le peuple d’Israël était le plus aimé à cette époque par comparaison avec les autres peuples, qui servaient les idoles, mais non par comparaison avec le peuple de la Nouvelle Alliance, dont il est dit en 1 P 2, 9 : Vous êtes une race sainte, un peuple choisi. Ou bien il faut dire, selon l’Apôtre, en Rm 9, que sont comptés comme descendance, non pas ceux qui se comportent selon la chair, mais selon la promesse. Aussi le peuple de la Nouvelle Alliance n’est-il pas exclu de cet amour privilégié en raison duquel Israël était appelé le premier-né de Dieu. |
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[14820] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis antiqui patres in via essent, tendentes ad patriam, non tamen erant in statu perveniendi ante Christi incarnationem; et ideo non competebat pro tempore illo viaticum esse, quo statim ad patriam perducimur. |
3. Bien que les pères anciens étaient en chemin et tendaient vers la patrie, ils n’étaient cependant pas en état d’y parvenir avant l’incarnation du Christ. C’est pourquoi il ne convenait pas qu’il y eût un viatique à cette époque, par lequel nous sommes aussitôt conduits à la patrie. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14821] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod propter quatuor rationes
hoc sacramentum in coena institui debuit, et non ante. Prima apparet ex ipsa
necessitate sacramenti assignata: quia ad perfectionem nostram exigebatur ut
caput nostrum etiam nobis realiter conjungeretur; et ideo quamdiu sub propria
specie cum hominibus conversatus est, non oportebat hoc sacramentum institui,
sed quando ejus corporali praesentia destituenda erat Ecclesia; et haec ratio
tangitur in littera ab Eusebio: quia, inquit, corpus assumptum
ablaturus erat et cetera. Secunda sumitur ex ejus figura. Christus enim
quamdiu in mundo conversatus est, figuras legis observare voluit, factus sub
lege, ut eos qui sub lege erant redimeret. Et quia veniente veritate cessat
figura, ideo non debuit hoc sacramentum institui nisi Christo ascendente per
mortem, quando figurae veteris legis terminandae erant. Tertia ratio sumitur ab ipsa repraesentatione hujus
sacramenti. Est enim repraesentativum dominicae passionis; et ideo congrue
jam passione imminente instituitur. Quarta ratio sumitur ex ritu quo
frequentandum est hoc sacramentum, ut ultimo traditum magis memoriae
teneretur. |
Ce sacrement devait être
institué lors de la cène, et non avant, pour quatre raisons. La
première ressort de la nécessité même
attribuée au sacrement, car il était nécessaire pour
notre perfection que notre tête nous soit aussi unie réellement.
C’est pourquoi, aussi longtemps que [le Seigneur] vivait au milieu des
hommes sous sa première espèce, il n’était pas
nécessaire que ce sacrement soit institué, mais lorsque
l’Église devait être privée de sa présence
corporelle. Cette raison est abordée dans une lettre à
Eusèbe : «Parce que le corps qu’il avait
assumé devait être enlevé, etc.» La deuxième
raison se prend de sa figure. En effet, le Christ, aussi longtemps
qu’il a vécu dans le monde, né sous la loi, a voulu
observer les figures de la loi afin de racheter ceux qui étaient sous
la loi. Et parce que, à la venue de la vérité, la figure
cesse, ce sacrement ne devait être institué que lorsque le
Christ monta vers la mort, alors que les figures de la loi ancienne devaient
se terminer. La troisième raison est prise de la représentation
même de ce sacrement. En effet, il représente la passion du
Seigneur. Aussi est-il institué de manière appropriée
alors que la passion est imminente. La quatrième raison est prise du
rite selon lequel ce sacrement doit être reproduit, afin que ce qui a
été transmis à la fin soit davantage gardé en
mémoire. |
|
[14822] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod imminente passione corda discipulorum magis erant
affecta ad passionem, quam passione jam peracta, quando jam erant immemores
pressurae passionis propter gaudium resurrectionis; et ideo memoriale
passionis magis erat eis proponendum ante quam post. Nec tunc erat memoriale, sed instituebatur
ut in memoriam in posterum celebrandum. |
1. À l’approche de la
passion, les cœurs des disciples avaient été plus
touchés par la passion que lorsque la passion avait déjà
eu lieu, alors qu’ils ne se rappelaient pas les afflictions de la
passion en raison de la joie de la résurrection. C’est pourquoi
le mémorial de la passion devait leur être proposé avant
plutôt qu’après. Et il n’était pas alors un
mémorial, mais il fut institué pour qu’il soit
célébré en mémoire par la suite. |
|
[14823] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Baptismus etiam ante passionem institutus est quantum ad aliquid, ut supra dictum est; et praeterea non oportet quod sit idem ordo institutionis sacramentorum et perceptionis: quia ad finem qui nobis praestituitur, ultimo pervenimus. Sed Eucharistia est quodammodo finis Baptismi: quia per Baptismum aliquis consecratur ad Eucharistiae perceptionem, sicut per ordinem ad ejus consecrationem. Et ideo ratio non procedit. |
2. Le baptême a
été institué même avant la passion sous un aspect,
comme on l’a dit. Au surplus, il n’est pas nécessaire que
l’ordre de l’institution des sacrements soit le même que
l’ordre de leur réception, car nous parvenons en dernier
à la fin qui nous est fixée. Mais l’eucharistie est
d’une certaine manière la fin du baptême, car, par le
baptême, on est consacré en vue de la réception de
l’eucharistie, comme on l’est par l’ordre en vue de la
consécration de celle-ci. C’est pourquoi le raisonnement ne
tient pas. |
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[14824] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis hoc sacramentum sit quasi ultimum in perceptione, est tamen primum in intentione. Institutio autem ordini intentionis respondet; et ideo terminatis sacramentis legalibus hoc primo instituendum fuit. |
3. Bien que ce sacrement soit pour ainsi dire le dernier par sa réception, il est cependant le premier en intention. Or, l’institution correspond à l’ordre de l’intention. C’est pourquoi, une fois terminés les sacrements de la loi, c’est le premier qui devait être institué. |
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[14825] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ratio illa procedit de illis quae a principio quis capere potest. Apostoli autem a principio non tanti capaces erant mysterii; et ideo in fine hoc eis proponendum fuit. Et praeterea ratio illa procedit de illis quae memoriae imprimuntur propter seipsa; in illis autem quae memoriae imprimit affectio ad dicentem, secus est: quia tunc firmius imprimuntur quando affectionis motus ad dicentem major sentitur. Quanto autem aliquis ad amicum diutius conversatur, fit major dilectio; et quando ab amicis separatur, sentitur motus dilectionis ferventior propter dolorem separationis; et ideo verba amicorum a nobis recedentium finaliter dicta magis memoriae imprimuntur. |
4. Cet argument vient de ce que l’on peut saisir au départ. Or, au départ, les apôtres n’étaient pas aussi aptes à un si grand mystère ; c’est pourquoi cela leur a été proposé à la fin. Au surplus, cet argument vient des choses qui sont imprimées dans la mémoire pour elles-mêmes ; mais, pour les choses que l’affection envers celui qui parle imprime dans la mémoire, il en va autrement, car elles sont alors plus fermement imprimées lorsqu’un plus grand mouvement d’affection envers celui qui parle est ressenti. Or, lorsque quelqu’un échange plus longtemps avec un ami, l’amour augmente, et lorsqu’il est séparé de ses amis, un mouvement plus ardent d’amour est ressenti en raison de la douleur de la séparation. C’est pourquoi les paroles qui sont prononcées en dernier par des amis qui s’éloignent de nous sont davantage imprimées dans notre mémoire. |
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Articulus 4 [14826] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 1 a. 4 tit. Utrum hoc
sacramentum a non jejunis licite sumi possit |
Article
4 – Ce sacrement peut-il être reçu par ceux qui ne sont
pas à jeun ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Ce
sacrement peut-il être reçu par ceux qui ne sont pas à
jeun ?]
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[14827] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod hoc
sacramentum a non jejunis licite sumi possit. Hoc enim sacramentum a domino
in coena institutum est. Sed Ecclesia observat ea quae dominus servavit in
sacramentorum traditione, sicut formam et materiam. Ergo et ritum deberet servare, ut jam pransis hoc
sacramentum traderetur. |
1. Il semble qu’il est
permis à ceux qui ne sont pas à jeun de recevoir ce sacrement.
En effet, ce sacrement a été institué par le Seigneur
lors de la cène. Or, l’Église observe ce que le Seigneur
a observé lorsque les sacrements ont été transmis, comme
la forme et la matière. Elle doit donc aussi observer le rite, selon
lequel ce sacrement devrait être donné à ceux qui ont
déjà mangé. |
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[14828] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, 1 Corinth. 11, 33, dicitur: dum convenitis ad manducandum, invicem expectate. Si quis autem esurit, domi manducet. Loquitur autem de manducatione corporis Christi. Ergo postquam aliquis domi manducaverit, potest in Ecclesia corpus Christi manducare licite. |
2. Il est dit en 1 Co 11, 33 : Lorsque vous vous réunissez pour manger, attendez-vous les uns les autres. Si quelqu’un a faim, qu’il mange à la maison. Or, il parle de la manducation du corps du Christ. Après que quelqu’un a mangé à la maison, il peut donc licitement manger le corps du Christ à l’église. |
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[14829] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, de consecratione, dist. 1 dicitur: sacramenta altaris non nisi a jejunis hominibus celebrantur, excepto uno die anniversario, quo coena domini celebratur. Ergo ad minus illo die potest aliquis post alios cibos corpus Christi sumere. |
3. Dans «Sur la consécration», d. 1, il est dit : «Les sacrements de l’autel ne sont célébrés que par des hommes à jeun, sauf le jour de l’anniversaire où la cène du Seigneur est célébrée.» Au moins ce jour-là, on peut donc recevoir le corps du Christ après d’autres nourritures. |
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[14830] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur de Consecr., dist. 2: placuit spiritui sancto in honorem tanti sacramenti prius in os Christiani dominicum corpus intrare. |
Cependant, [1] on dit, dans «Sur la consécration», d. 2 : «Il a plu à l’Esprit Saint qu’en honneur d’un si grand sacrement, le corps du Seigneur entre le premier dans la bouche du chrétien.» |
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[14831] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, hoc sacramentum cum magna reverentia sumendum est. Sed post cibum non est aliquis ita sobrius et modestus sicut ante. Ergo non debet post cibum sumi. |
[2] Ce sacrement doit être reçu avec une grande révérence. Or, on n’est pas aussi sobre et modeste après avoir mangé qu’avant. [Ce sacrement] ne doit donc pas être reçu après qu’on a mangé. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Toute prise de nourriture empêche-t-elle de recevoir ce sacrement ?] |
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[14832]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non quaelibet cibi sumptio
perceptionem hujus sacramenti impediat. Quia sumptio cibi et potus in parva
quantitate in nullo sobrietatem diminuit, immo magis auget naturam
confortando. Sed ideo oportet a jejunis sumi, ut cum reverentia sumatur et
sobrietate. Ergo non quaelibet sumptio cibi
impedit perceptionem hujus sacramenti. |
1. Il semble que ce ne soit pas toute prise de nourriture
qui empêche de recevoir ce sacrement, car la prise de nourriture et de
boisson en petite quantité ne diminue en rien la
sobriété, bien plutôt, elle l’augmente en
renforçant la nature. Or, il est nécessaire que [ce sacrement]
soit reçu par ceux qui sont à jeun afin qu’il soit
reçu avec révérence et sobriété. Ce n’est donc pas toute prise de nourriture qui
empêche de recevoir ce sacrement. |
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[14833] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
ad perceptionem hujus sacramenti exigitur quod homo sit jejunus. Sed quaedam
sunt quae non frangunt jejunium, sicut aqua, et medicinae quaedam. Ergo videtur quod post
earum sumptionem homo possit hoc sacramentum percipere. |
2. Pour recevoir ce sacrement, il
est nécessaire qu’on soit à jeun. Mais il existe des
choses qui ne rompent pas le jeûne, comme l’eau et certains
remèdes. Il semble donc qu’après les avoir pris, on
puisse recevoir ce sacrement. |
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[14834] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, corpus Christi sicut in os intrat, ita in ventrem trajicitur. Sed si aliquae cibi reliquiae in ore remaneant, et postmodum de mane in ventrem trajiciantur, non impeditur quis a sumptione corporis Christi: quia hoc posset sacerdoti accidere etiam dum est in ipsa celebratione sacramenti, quando non deberet a sumptione corporis Christi desistere. Ergo nec cibus in os missus debet perceptionem hujus sacramenti impedire, in parva quantitate sumptus. |
3. De même que le corps du Christ entre par la bouche, de même passe-t-il par le ventre. Or, si des restes de nourriture demeurent dans la bouche et, par la suite, traversent le ventre au matin, on n’est pas empêché de recevoir le corps du Christ, car cela pourrait arriver à un prêtre pendant qu’il célèbre le sacrement, alors qu’il ne devrait pas s’abstenir de recevoir le corps du Christ. La nourriture qui est introduite dans la bouche ne doit donc pas empêcher ce sacrement, lorsqu’elle est prise en petite quantité. |
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[14835] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod ex hoc ipso sacramento reverentia exhibetur quod prius in os corpus domini sumitur a Christianis. Sed quicumque cibus praeponeretur, et in quacumque quantitate, non esset corpus domini prius acceptum. Ergo quaelibet sumptio cibi impedit a perceptione hujus sacramenti. |
Cependant, [1] la révérence envers ce sacrement est manifestée par le fait que le corps du Seigneur est reçu en premier par la bouche par les chrétiens. Or, quelle que soit la nourriture prise d’abord et quelle qu’en soit la quantité, le corps du Seigneur ne serait pas reçu en premier. Toute prise de nourriture empêche donc de recevoir ce sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Peut-on manger aussitôt après avoir reçu le corps du Christ ?] |
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[14836]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod homo non statim debet comedere post
corporis Christi sumptionem, per hoc quod dicitur de Consecr., dist. 2: si
mane dominica portio editur, usque ad sextam ministri jejunent qui eum
consumpserunt, et si in tertia vel quarta hora acceperint, jejunent usque ad
vesperam. |
1. Il semble qu’on ne doive pas manger aussitôt après avoir reçu le corps du Christ, selon ce qui est dit dans «Sur la consécration», d. 2 : «Si le repas du Seigneur est pris le matin, les ministres qui l’auront pris jeûneront jusqu’à la sixième heure, et s’ils l’ont reçu à la troisième ou à la quatrième heure, ils jeûneront jusqu’au soir.» |
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[14837] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, non minor reverentia exhibenda est sacramento jam sumpto quam sumendo. Sed ante perceptionem non est aliquis cibus sumendus. Ergo nec post, quousque in ventre remaneat. |
2. Il ne faut pas manifester moins de révérence au sacrement qui a été reçu qu’à celui qu’on doit recevoir. Or, avant de le recevoir, aucune nourriture ne doit être prise. Ni donc après, aussi longtemps qu’elle demeure dans le ventre. |
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[14838] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est contraria
consuetudo totius Ecclesiae. |
Cependant, la coutume de toute l’Église va en
sens contraire. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14839] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod hoc
sacramentum a jejunis tantum percipi debet, nisi propter necessitatem
imminentis mortis, ne contingat sine viatico ex hac vita transire: quod
oportet in reverentiam tanti sacramenti, praecipue propter tria institutum
esse. Primo propter ipsam sanctitatem sacramenti; ut os Christiani, quo
sumendum est, non sit alio cibo prius imbutum, sed quasi novum et purum ad
perceptionem ejus reservetur. Secundo propter devotionem quae exigitur ex
parte recipientis, et attentionem quae ex cibis acceptis impediri posset,
fumis a stomacho ad caput ascendentibus. Tertio
propter periculum vomitus, vel alicujus hujusmodi. |
Ce sacrement doit être
reçu seulement par ceux qui sont à jeun, sauf par
nécessité, lorsque la mort est imminente, afin qu’il
n’arrive pas qu’on quitte cette vie sans viatique. Il
était nécessaire que cela soit institué par
révérence pour un si grand sacrement pour trois raisons.
Premièrement, en raison de la sainteté même du sacrement,
afin que la bouche du chrétien, par laquelle il doit être
reçu, ne soit pas remplie de nourriture auparavant, mais que, pour
ainsi dire neuve et pure, elle soit réservée pour le recevoir.
Deuxièmement, en raison de la dévotion qui est exigée de
celui qui le reçoit et de l’attention qui pourrait être
empêchée par la nourriture prise, alors que les vapeurs montent
depuis l’estomac vers la tête. Troisièmement, en raison du
danger de vomir ou de quelque chose de ce genre. |
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[14840] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod forma et materia sunt servata a domino instituente hoc sacramentum quasi essentialia sacramento; et ideo oportuit quod Ecclesia haec retineret. Sed ordinem sumendi servavit dominus quasi convenientem institutioni sacramenti; unde non oportet quod Ecclesia servet: quia non oportet quod illud quod convenit principio vel generationi alicujus rei competat ei quando jam est in esse perfecto; et similiter quod competit sacramento quantum ad sui institutionem, non oportet quod competat ei quantum ad suum usum. |
1. La forme et la matière ont été respectées par le Seigneur, alors qu’il instituait ce sacrement, comme des choses essentielles au sacrement ; aussi était-il nécessaire que l’Église les retienne. Mais le Seigneur a respecté un ordre pour le recevoir parce qu’il convenait à l’institution du sacrement. Aussi n’est-il pas nécessaire que l’Église le respecte, car il n’est pas nécessaire que ce qui convient au début ou lors la génération d’une chose lui convienne lorsqu’elle a déjà atteint un être parfait. Ainsi, ce qui convient au sacrement quant à son institution ne lui convient pas nécessairement pour ce qui est de son usage. |
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[14841] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod apostolus non intendit quod fideles post cibos sumptos domi in Ecclesia corpus Christi sumant; sed illos redarguit quia hunc cibum volebant aliis cibis commiscere, quos in Ecclesia sumebant. |
2. L’intention de l’Apôtre n’est pas qu’après avoir pris de la nourriture dans leur maison, les fidèles reçoivent le corps du Christ à l’église, mais il leur reproche de vouloir mêler cette nourriture à d’autres nourritures qu’ils prenaient dans l’église. |
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[14842] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod forte Ecclesia aliquo tempore sustinuit in die coenae sumi corpus Christi post alios cibos in repraesentationem dominicae coenae; sed nunc abrogatum est decretum illud per communem consuetudinem: vel loquitur quantum ad astantes qui non sumunt. |
3. Peut-être l’Église a-t-elle enduré à un certain moment que le corps du Christ soit reçu après d’autres nourritures le jour de la cène, afin de représenter la cène du Seigneur. Mais maintenant, ce décret a été abrogé par une coutume commune. Ou bien l’on parle de ceux qui étaient présents sans recevoir [le corps du Christ]. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14843] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod, sicut dictum
est, in reverentiam sanctitatis hujus sacramenti institutum est quod os
Christiani suscipientis corpus Christi quasi novum ad ipsum sumendum accedat.
Quantalibet autem cibi assumptio hanc auferret novitatem; et ideo quaelibet
cibi sumptio impedimentum praebet Eucharistiae sumptioni. |
Comme
on l’a dit, il a été établi que la bouche du
chrétien qui reçoit le corps du Christ s’approche pour le
recevoir en étant pour ainsi neuve. Or, n’importe quelle prise
de nourriture enlèverait cette nouveauté. C’est pourquoi
toute prise de nourriture présente un empêchement à la
réception de l’eucharistie. |
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[14844] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod legis praecepta se habent ad ea quae agenda sunt sicut
universalia ad singularia, ut dicitur in 5 Ethic. Quia enim legislator non
potest ad omnes eventus attendere, oportet quod ad ea quae in pluribus
accidunt attendens, universalem legem constituat, ut lex universalis sit. Et quia
ut frequenter per cibum turbatur hominis discretio et sobrietas, quae
praecipue in hoc sacramento exigitur, ideo universaliter prohibitum est post
cibum corpus Christi sumi, quamvis aliqua cibi sumptio non impediat rationem;
praecipue cum nihil periculi accidat, si post cibum sumptum abstineatur a perceptione
hujus sacramenti, quia in articulo necessitatis licet sumere post alios
cibos. |
1. Les préceptes de la loi
ont, avec les actions à poser, le rapport de l’universel au
singulier, comme il est dit dans Éthique, V. En effet, comme le
législateur ne peut porter attention à tout ce qui peut
arriver, il est nécessaire qu’il établisse une loi
universelle pour ce qui arrive le plus souvent, de sorte que la loi soit
universelle. Et parce que le jugement et la sobriété de
l’homme, qui sont surtout exigés dans ce sacrement, sont
fréquemment troublés par la nourriture, il a été
universellement interdit de prendre de la nourriture après [avoir reçu]
le corps du Christ, bien qu’une certaine prise de nourriture n’empêche
par la raison, surtout lorsqu’aucun danger ne survient si l’on
s’abstient de recevoir ce sacrement après la prise de
nourriture, car, en cas de nécessité, il est permis de le
recevoir après d’autres nourritures. |
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[14845] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod duplex est jejunium; scilicet naturae et Ecclesiae. Jejunium naturae est quo quis jejunus dicitur ante cibum sumptum illa die, etiam si pluries postea comesturus sit: et quia hoc jejunium dicitur ex privatione cibi praeassumpti, ideo quaelibet cibi sumptio hoc jejunium tollit. Jejunium autem Ecclesiae est quo dicitur jejunans secundum modum ab Ecclesia institutum ad carnis afflictionem; et hoc jejunium manet etiam post unicam comestionem, nec solvitur nisi per secundam sumptionem illorum quae in cibum et refectionem de se consueverunt assumi; et ideo ea quae propter alios cibos accipi consueverunt, vel digerendos, sicut electuaria, vel deducendos per membra, sicut potus vini aut aquae, hujusmodi jejunium non solvunt quamvis etiam aliquo modo nutriant. Ad debitam ergo sumptionem dominici corporis non exigitur jejunium Ecclesiae, quia etiam praeter dies jejunii hoc sacramentum celebratur; sed requiritur jejunium naturae propter reverentiam sacramenti; et ideo secundum communem sententiam electuaria et vinum praeassumpta impediunt a perceptione Eucharistiae. Sed de aqua, diversa est opinio. Quidam enim dicunt, quod quia nullo modo nutrit, non solvit neque jejunium naturae neque jejunium Ecclesiae. Sed quamvis aqua in se non nutriat, tamen commixta nutrit. In stomacho autem oportet quod aliis humoribus admisceatur; et ideo in nutrimentum cedere potest; et propter hoc alii probabilius et securius dicunt quod etiam post aquae potum corpus Christi non sumendum est. |
2. Le jeûne est double : le jeûne naturel et celui de l’Église. Le jeûne naturel est celui par lequel on dit que quelqu’un est à jeûn avant d’avoir pris de la nourriture ce jour-là, même s’il doit manger plusieurs fois par la suite. Et parce qu’on parle de ce jeûne en raison de la privation de nourriture prise antérieurement, toute prise de nourriture enlève donc ce jeûne. Mais le jeûne de l’Église est celui par lequel on dit que quelqu’un jeûne selon le mode établi par l’Église pour affliger la chair. Et ce jeûne demeure même après une seule prise de nourriture, et il n’est rompu que lorsqu’on prend pour la seconde fois comme nourriture et comme sustentation ce qu’on a l’habitude de prendre. C’est pourquoi les autres nourritures qu’on a coutume de prendre soit pour les digérer, comme les électuaires, soit pour les acheminer à travers les membres, comme un breuvage de vin ou d’eau, ne rompent pas ce genre de jeûne, bien qu’ils nourrissent d’une certaine manière. Pour recevoir de manière appropriée le corps du Seigneur, le jeûne de l’Église n’est donc pas requis, car ce sacrement est célébré même en dehors des jours de jeûne ; mais le jeûne naturel est requis par révérence pour le sacrement. C’est pourquoi, selon l’opinion commune, les électuaries et le vin pris antérieurement empêchent de recevoir l’eucharistie. Mais, à propos de l’eau, les opinions divergent. En effet, certains disent que parce qu’elle ne nourrit pas du tout, elle ne rompt pas le jeûne naturel ni le jeûne de l’Église. Mais bien que l’eau ne nourrisse pas par elle-même, elle nourrit cependant lorsqu’elle est mêlée [à autre chose]. Or, dans l’estomac, il faut qu’elle soit mêlée à d’autres liquides. C’est pourquoi elle peut devenir une nourriture. Pour cette raison, d’autres disent, avec plus de probabilité et plus sûrement, que le corps du Christ ne doit pas être reçu même après qu’on a pris de l’eau. |
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[14846] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod jejunium naturae dicitur per privationem actus comestionis, secundum quod comestio
etiam potionem includit. Comestio autem principalis dicitur a sumptione
exterioris cibi, quamvis terminetur ad trajectionem cibi in ventrem, et
ulterius ad nutritionem; et ideo quae interius geruntur sine exterioris cibi
sumptione, non videntur solvere jejunium naturae, nec impedire Eucharistiae
perceptionem, sicut deglutitio salivae; et similiter videtur de his quae
intra dentes remanent, et etiam de eructationibus: tamen propter reverentiam,
nisi necessitas incumbat, potest sine periculo abstineri. |
3. On parle de jeûne naturel
pour la privation de l’acte de manger selon que l’acte de manger
inclut aussi l’acte de boire. Or, le principal acte de manger se dit de
la prise de nourriture extérieure, bien qu’elle se termine par
le passage de la nourriture dans le ventre et, plus loin, à la
nutrition. C’est pourquoi ce qui est absorbé
intérieurement sans prise de nourriture extérieure ne semble
pas rompre le jeûne naturel, ni empêcher la réception de l’eucharistie,
comme la déglutition de la salive. Il semble en aller de même de
ce qui reste entre les dents et des éructations. Toutefois, par
révérence, sauf si la nécessité s’impose,
on peut s’en abstenir sans danger. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14847] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 1 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod secundum consuetudinem
Ecclesiae propter reverentiam tanti sacramenti, post ejus sumptionem homo
debet in gratiarum actione persistere; unde etiam in Missa oratio gratiarum
actionis post communionem dicitur, et sacerdotes post celebrationem suas
speciales orationes habent ad gratiarum actionem; et ideo oportet esse
aliquod intervallum inter sumptionem Eucharistiae et aliorum ciborum. Sed
quia non requiritur magnum intervallum, et quod parum deest, nihil deesse
videtur, ut dicitur in 2 Phys., ideo possemus sub hoc sensu concedere quod
statim potest aliquis cibos alios sumere post Eucharistiae sumptionem. |
Selon la coutume de l’Église, par révérence pour un si grand sacrement, l’on doit s’adonner à une action de grâce après avoir l’avoir reçu. Aussi, même dans la messe, une prière d’action de grâce est-elle dite après la communion et, après la célébration, les prêtres font leurs prières particulières en action de grâce. C’est pourquoi il est nécessaire qu’il y ait un certain intervalle entre la réception de l’eucharistie et la prise d’autres nourritures. Mais parce qu’un grand intervalle n’est pas nécessaire, si un court intervalle fait défaut, il ne semble pas qu’il y ait là un manquement, comme il est dit dans Physique, II. Aussi pourrions-nous concéder en ce sens que quelqu’un puisse prendre quelque nourriture immédiatement après avoir reçu l’eucharistie. |
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[14848] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod illud decretum loquitur secundum consuetudinem primitivae
Ecclesiae, quando propter paucitatem ministrorum rarius Missarum solemnia
celebrabantur, et cum majori praeparatione. Unde Dionysius narrat de Carpo in
suis epistolis quod nunquam Missam celebrabat nisi aliqua divina revelatione
prius percepta; et ideo nunc per contrariam consuetudinem abrogatum est. |
1. Ce décret
s’exprime selon la coutume de l’Église primitive, alors
qu’en raison du petit nombre des ministres, les messes étaient
plus rarement célébrées et avec une plus grande
préparation. Ainsi Denys raconte-t-il dans ses lettres, à
propos de Carpo, qu’il ne célébrait jamais la messe avant
d’avoir d’abord reçu une révélation divine.
C’est pourquoi cela a été abrogé maintenant par
une coutume contraire. |
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[14849] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod sacramentum post sui sumptionem, effectum proprium causat; et ideo
oportet actualiter in ipsa sumptione cor hominis in devotione persistere: sed
post perceptionem sufficit quod habitu devotio teneatur, quia non potest
semper in actu esse; et ideo ea quae possunt actum impedire, prohibentur
magis ante sumptionem sacramenti quam post. |
2. Après avoir
été reçu, le sacrement produit son propre effet.
C’est pourquoi il est nécessaire que le cœur de l’homme
persiste dans la dévotion lors de sa réception. Mais,
après la réception, il suffit que la dévotion soit
maintenue sous forme d’habitus, car elle ne peut pas être
toujours en acte. Aussi, ce qui peut empêcher l’acte est-il
interdit plutôt avant la réception du sacrement
qu’après. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [La forme du sacrement] |
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Prooemium |
Prologue
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[14850] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 pr. Deinde quaeritur
de forma hujus sacramenti; et circa hoc quaeruntur quatuor: 1 de forma qua
corpus Christi consecratur; 2 de forma qua consecratur ipsius sanguis; 3 de
virtute utriusque; 4 de comparatione unius ad aliam. |
Ensuite, on s’interroge sur
la forme du sacrement. À ce sujet, quatre questions sont
posées : 1 – la forme selon laquelle le corps du Christ est
consacré ; 2 – la forme selon laquelle son sang est
consacré ; 3 – la puissance de chacun des deux ; 4
– la comparaison entre les deux. |
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Articulus 1 [14851] Super
Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 tit. Utrum haec sit forma sacramenti,
scilicet hoc est corpus meum |
Article
1 – Est-ce que «Ceci est mon corps» est la forme du
sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Est-ce que «Ceci est mon corps» est la forme de la
consécration du pain ?]
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[14852] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod haec non sit forma consecrationis panis: hoc
est corpus meum. Sacramenta enim habent efficaciam ex institutione
divina. Sed dominus instituens hoc sacramentum non consecravit his verbis,
sed post consecrationem et fractionem haec verba protulit; unde dicitur
Matth. 26, 26: coenantibus illis accepit Jesus panem, et benedixit, et
fregit, deditque discipulis suis, et ait: accipite et comedite; hoc est
corpus meum. Ergo in praedictis verbis non consistit forma consecrationis
panis. |
1.
Il semble que «ceci est mon corps» ne soit pas la forme de la
consécration du pain. En effet, les sacrements tiennent leur
efficacité d’une institution divine. Or, le Seigneur, en
instituant ce sacrement, n’a pas consacré par ces paroles, mais
a prononcé ces paroles après la consécration et la
fraction [du pain]. Aussi est-il dit en Mt 26, 26 : Alors qu’ils prenaient le repas du
soir, Jésus prit du pain, il bénit, le rompit et le donna
à ses disciples en disant : «Prenez et mangez : ceci
est mon corps.» |
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[14853] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, forma Baptismi consistit in verbis quae dicuntur in ipso usu Baptismi. Sed haec verba non dicuntur in usu Eucharistiae, sed magis in sanctificatione materiae. Ergo in his verbis non consistit forma hujus sacramenti. |
2. La forme du baptême consiste dans les paroles qui sont prononcées lors de l’usage même du baptême. Or, ces paroles ne sont pas prononcées lors de l’usage de l’eucharistie, mais plutôt lors de la sanctification de la matière. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La forme consiste-t-elle dans ces seules paroles ?] |
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[14854]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non tantum in his verbis consistat
forma: hoc est corpus meum. Sicut enim dicit Eusebius Emissenus, invisibilis
sacerdos visibiles creaturas in suum corpus convertit dicens: accipite et
comedite et cetera. Ergo haec etiam est forma: accipite et comedite. |
1.
Il semble que la forme ne consiste pas seulement dans ces paroles :
«Ceci est mon corps.» En effet, comme le dit Eusèbe
Émissène, «le prêtre invisible a converti des
créatures en son corps en disant : «Prenez et mangez,
etc.» Ces paroles : «Prenez et mangez» sont donc aussi
la forme. |
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[14855] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, illud quod non est de substantia formae, non debet interponi inter substantialia formae, in hoc sacramento, sicut nec in aliis. Sed inter haec verba, in libris Romanis interposita invenitur haec conjunctio enim. Ergo hoc etiam est de forma, et non tantum verba praedicta. |
2. Ce qui ne fait pas partie de la substance de la forme ne doit pas être introduit dans les éléments substantiels de la forme dans ce sacrement, pas plus que dans les autres. Or, dans les livres romains, la conjonction «en effet» se trouve parmi ces paroles. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Cette forme est-elle appropriée ?] |
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[14856]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod forma haec non sit conveniens. In
forma enim sacramenti debet exprimi hoc quod in sacramento geritur per actum
convenientem materiae, sicut in forma Baptismi dicitur: ego te baptizo;
et in forma confirmationis: confirmo te chrismate salutis. Sed non ponitur in
verbis praemissis aliquid pertinens ad transubstantiationem, quae fit in hoc
sacramento, panis scilicet in corpus Christi. Ergo non est conveniens forma. |
1. Il semble que cette forme ne soit pas appropriée. En effet, dans la forme d’un sacrement, on doit exprimer ce qui est accompli dans le sacrement par un acte qui convient à la matière, comme on dit dans la forme du baptême : «Je te baptise», et dans la confirmation : «Je te confirme par le chrême du salut.» Or, dans les paroles mentionnées, ne se trouve rien qui se rapporte à la transsubstantiation qui est réalisée par ce sacrement. Ce n’est donc pas une forme appropriée. |
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[14857] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, dispensatur hoc sacramentum per ministros Ecclesiae, sicut et alia sacramenta. Sed in formis aliorum sacramentorum ponitur aliquid pertinens ad ministrum. Ergo cum in hac forma non ponatur actus ministri, videtur quod sit incompetens. |
2. Ce sacrement est dispensé par les ministres de l’Église, comme les autres sacrements. Or, dans les formes des autres sacrements, est exprimé quelque chose qui se rapporte au ministre. Comme l’acte du ministre n’est pas exprimé dans cette forme, il semble qu’elle ne convienne pas. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Les parties de cette forme, prises une à une, sont-elles appropriées ?] |
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[14858]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod singulae partes inconvenienter
ponantur. Hoc enim pronomen hoc demonstrativum est. Aut ergo importat
demonstrationem ut conceptam, aut ut exercitam. Si ut conceptam, sic sumitur
ut res quaedam, et non ut habens ordinem ad rem aliam, ut si diceretur: hoc
pronomen hoc. Sed sanctificatio sacramenti non fit nisi per hoc quod verba
formae ordinantur ad materiam ex intentione proferentis. Ergo secundum hoc
non posset verbis praedictis fieri consecratio aliqua corporis Christi. Si
autem importat demonstrationem ut exercitam; aut facit demonstrationem ad
intellectum, aut ad sensum. Si ad intellectum, ut sit sensus: hoc,
idest significatum per hoc, est corpus meum, tunc iterum significatio
verborum non refertur ad hanc materiam panis. Sed sacramenta significando
efficiunt; et de formis sacramentorum Augustinus dicit: accedit verbum ad
elementum, et fit sacramentum. Ergo adhuc per verba praedicta non fit
transubstantiatio. Si autem facit demonstrationem ad sensum, ergo
demonstrabit substantiam contentam sub illis speciebus sensibilibus. Sed illa
substantia est panis, de quo non potest dici quod sit corpus Christi. Ergo
non erit vera haec locutio: hoc est corpus meum. |
1.
Il semble que chacune des parties [de la forme] soit inappropriée. En
effet, le pronom «Ceci» est un démonstratif. Il comporte
donc la démonstration telle qu’elle est conçue, ou telle
qu’elle est réalisée. S’il la comporte telle
qu’elle est conçue, il est alors pris pour une chose, et non
comme ayant un ordre à autre chose, comme si on disait :
«Ce pronom “ceci”.» Or, la sanctification du
sacrement ne se réalise que par le fait que les paroles de la forme
sont ordonnées à la matière par l’intention de
celui qui les prononce. De cette manière, la consécration du
corps du Christ ne pourrait être réalisée par les paroles
mentionnées. Mais si elle comporte la démonstration telle
qu’elle est réalisée, ou bien elle réalise la démonstration
pour l’intelligence, ou bien [elle la réalise] pour le sens. Si [elle
la réalise] pour l’intelligence, le sens étant :
«Ceci – ce qui est signifié par “ceci” –
est mon corps», alors la signification des paroles ne se rapporte pas
à la matière du pain. Or, les sacrements réalisent en
significant, et Augustin dit à propos des formes des sacrements :
«La parole est jointe à l’élément, et le
sacrement est réalisé.» Une fois de plus, la
transsubstantiation n’est donc pas réalisée par les
paroles mentionnées. Mais si elle réalise la
démonstration pour le sens, elle démontrera la substance
contenue sous ces espèces sensibles. Or, cette substance est du pain,
dont on ne peut dire qu’il est le corps du Christ. Cette formule :
«Ceci est mon corps» ne sera donc pas vraie. |
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[14859] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 2 Praeterea, quod transit in aliquid, non est illud: quia omnis motus et factio est ex incontingenti, ut dicit philosophus in 1 Phys. Sed verum est dicere quod haec substantia demonstrata fit corpus Christi vel transit in corpus Christi. Ergo non vere dicitur: hoc est corpus meum. |
2. Ce qui est changé en autre chose n’est pas cette chose, car tout mouvement et changement se fait à partir de ce qui ne change pas, comme le dit le Philosophe dans Physique, I. Or, il est vrai de dire que la substance qui est démontrée devient le corps du Christ ou est changée en corps du Christ. Il n’est donc pas vrai de dire : «Ceci est mon corps.» |
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[14860] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 3 Praeterea, signatum debet respondere signo. Sed panis est corpus homogeneum. Ergo significatio ejus est respectu alicujus partis homogeneae corporis Christi. Non nisi carnis: quia de ipsa dicit dominus, Joan. 6, 55: caro mea vere est cibus. Ergo potius dici debuit: haec est caro mea, quam hoc est corpus meum. |
3. Ce qui est signifié doit correspondre au signe. Or, le pain est un corps homogène. Sa signification porte donc sur une partie homogène du corps du Christ, et ce ne peut être que sa chair, car le Seigneur dit à son sujet, en Jn 6, 55 : Ma chair est vraiment une nourriture. Il devait donc dire : «Ceci est ma chair», plutôt que : «Ceci est mon corps.» |
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[14861] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 4 Praeterea, sicut dictum est, oportet quod hoc pronomen hoc faciat demonstrationem exercitam, ad hoc quod fiat consecratio corporis Christi ex hac materia. Sed non potest hoc esse, nisi quando demonstratio profertur ex persona loquentis: quia si proferretur a recitante verba alterius, non faceret demonstrationem ad istam materiam, sed quasi materialiter sumerentur. Ergo oportet quod verba praedicta proferantur quasi ex persona sacerdotis ea enuntiantis. Sed panis non convertitur in corpus Christi. Ergo deberet dicere: hoc est corpus Christi; et non: hoc est corpus meum: quia hoc posset esse erroris materia. |
4. Comme on l’a dit, il est nécessaire que ce pronom montre quelque chose qui se réalise, pour que se réalise la consécration du corps du Christ à partir de cette matière. Or, cela ne peut être le cas que lorsque la démonstration est prononcée par la personne de celui qui parle, car, si elle était prononcée par quelqu’un qui rapporte les paroles d’un autre, elle n’indiquerait pas cette matière, mais on l’entendrait en quelque sorte matériellement. Il est donc nécessaire que les paroles rapportées soient prononcées comme venant de la personne du prêtre qui les énonce. Or, le pain n’est pas converti au corps du Christ. Il devrait donc dire : «Ceci est le corps du Christ», et non : «Ceci est mon corps», car cela pourrait être matière à erreur. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Les paroles qui accompagnent la forme sont-elles convenablement présentées ?] |
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[14862]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod verba quae circa formam dicuntur,
non convenienter ponantur. Sicut enim Dionysius dicit in principio de Divin.
Nom., non est audendum dicere aliquid de divinis praeter ea quae nobis ex
sacris eloquiis sunt expressa. Sed in Evangeliis non legitur quod dominus
instituens hoc sacramentum in coena, oculos ad caelum levaverit. Ergo inconvenienter praemittitur: sublevatis oculis in
caelum. |
1. Il semble que les paroles qui
accompagnent la forme ne sont pas présentées convenablement. En
effet, comme le dit Denys au début des Noms divins, «on ne doit
pas avoir l’audace de dire quelque chose à propos des
réalités divines en dehors de ce qui est exprimé par les
paroles divines». Or, on ne lit pas dans l’évangile que le
Seigneur, en instituant ce sacrement lors de la cène, a levé
les yeux au ciel. C’est donc de manière inappropriée
qu’on fait précéder [la forme] par : «levant
les yeux au ciel». |
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[14863] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 5 arg. 2 Praeterea,
in Baptismo non licet fieri mutationem verborum etiam per verba ejusdem
significationis, ut si loco patris, genitoris poneretur. Sed in nullo Evangelio sunt
haec verba: accipite et manducate; sed accipite et comedite.
Ergo inconvenienter dicitur: manducate. |
2. Dans le baptême, il n’est
pas permis de changer des paroles, même pour des paroles ayant la
même signification, comme si, à la la place du Père, on
parlait du Géniteur. Or, ces paroles ne sont dites dans aucun
évangile: «Prenez et mangez [manducate]», mais
«Prenez et restaurez-vous [comedite]».
«Mangez» est donc dit de manière inappropriée. |
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[14864] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 5 arg. 3 Praeterea, in nullo Evangelio
ponitur omnes. Ergo videtur quod praesumptuosum fuit addere. |
3. Dans aucun évangile ne se
trouve «tous». Il semble donc qu’il était
présomptueux de l’ajouter. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14865] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod per formam
cujuslibet sacramenti oportet quod exprimatur hoc in quo substantia
sacramenti consistit; sicut in forma Baptismi ablutio exprimitur, qua
Baptismi perficitur sacramentum. Tota autem perfectio hujus sacramenti in
ipsa materiae consecratione consistit, quae est per transubstantiationem
panis in corpus Christi: et hanc transubstantiationem exprimunt verba haec: hoc
est corpus meum; et ideo haec verba sunt forma hujus sacramenti. |
Il est nécessaire que, par la forme de tout
sacrement, soit exprimé ce en quoi consiste la substance du sacrement,
comme, par la forme du baptême, est exprimée l’ablution,
par laquelle le sacrement du baptême se réalise. Or, toute la
perfection du sacrement [de l’eucharistie] consiste dans la
consécration de la matière, qui se réalise par la
transsubstantiation du pain en corps du Christ. Et ces paroles expriment
cette transsubstantiation : «Ceci est mon corps.» C’est
pourquoi ces paroles sont la forme de ce sacrement. |
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[14866] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod circa hoc est quadruplex opinio. Quidam enim dixerunt, quod Christus, qui habebat potestatem excellentiae in sacramentis, absque omni forma virtute divina confecit, et postea verba protulit, sub quibus alii deinceps consecrarent; et hanc opinionem tangit Innocentius, dicens: sane dici potest, quod Christus virtute divina confecit, et postea formam expressit sub qua posteri benedicerent. Sed hoc non videtur conveniens: quia in textu Evangelii dicitur: benedixit, quod aliquibus verbis factum est. Innocentius autem loquitur opinionem narrando, vel tangendo ordinem quo virtus consecrationis a Christo, in quo primo erat, ad verba derivata est. Et ideo alii dicunt, quod confecit quidem sub aliqua forma verborum, non autem sub his, sed sub aliis verbis ignotis. Sed hoc etiam videtur inconveniens: quia sacerdos his verbis conficiens ea profert ut tunc a Christo prolata; unde si tunc eis non fiebat confectio, nec modo fieret. Et ideo alii dicunt, quod confecit sub eisdem verbis, sed ea bis protulit: primo tacite, cum benedixit; secundo aperte, cum distribuit, ut formam consecrandi aliis traderet. Sed hoc etiam videtur inconveniens: quia non proferuntur a sacerdote consecrante in persona Christi, ut in occulto prolata: non enim benedixit dicens: hoc est corpus meum, sed dedit dicens: accipite et cetera. Et ideo alii dicunt, et melius, quod Christus ea semel tantum protulit, et eis semel prolatis consecravit, et formam consecrandi dedit. Hoc enim participium dicens non importat concomitantiam solum ad hoc verbum dedit, sed ad hoc cum aliis praedictis, ut sit sensus: dum benedixit et fregit, et dedit discipulis, haec verba protulit: accipite et cetera. Vel, secundum quosdam, Evangelista non observat ordinem verborum quo a domino fuerunt prolata; ordo enim fuit talis: accepit panem, et benedixit, dicens: accipite et cetera. Sed primum melius est. |
1. À ce sujet, il existe
quatre opinions. En effet, certains ont dit que le Christ, qui
possédait un pouvoir d’excellence sur les sacrements, a
réalisé [ce sacrement] par sa puissance divine, sans aucune
forme, puis qu’il a ensuite prononcé les paroles par lesquelles
d’autres consacreraient par la suite. Innocent aborde cette opiniion
lorsqu’il dit : «On peut assurément dire que le
Christ l’a réalisé par sa puissance divine et a
exprimé ensuite la forme sous laquelle ceux qui allaient suivre
béniraient.» Mais cela ne paraît pas approprié,
car, dans le texte de l’évangile, il est dit : «Il
bénit», ce qui a été réalisé par des
paroles. Mais Innocent parle en rapportant une opinion ou en abordant
l’ordre selon lequel la puissance de consacrer est parvenue aux paroles
depuis le Christ, chez qui elle existait d’abord. C’est pourquoi
d’autres ont dit qu’il a réalisé [le sacrement]
sous forme de paroles, non selon ces paroles, mais selon d’autres
paroles inconnues. Mais cela aussi semble inapproprié, car le
prêtre qui réalise [le sacrement] par ces paroles les prononce
comme elles ont été alors prononcées par le Christ. Si
donc [le sacrement] ne se réalisait pas alors par ces paroles, il ne
le ferait pas non plus maintenant. C’est pourquoi d’autres ont
dit que [le Christ] l’a réalisé par ces mêmes paroles,
mais qu’il les a prononcées deux fois : premièrement,
de manière tacite, lorsqu’il a béni; deuxièmement,
ouvertement, lorsqu’il distribua [le pain consacré], afin de
transmettre à d’autres la forme de la consécration. Mais
cela aussi semble inapproprié, car elles ne sont pas prononcées
par le prêtre qui consacre au nom du Christ, en étant
prononcées secrètement : en effet, il n’a pas
béni en disant : «Ceci est mon corps, etc.», mais il
a distribué en disant : «Recevez, etc.» C’est
pourquoi d’autres disent, et de meilleure façon, que le Christ
les a prononcées seulement une fois, et qu’en les
prononçant une seule fois, il a consacré et a donné la
forme de la consécration. En effet, ce participe : «en
disant», n’implique pas seulement une concomitance avec le
mot : «il donna», mais avec ce qui a été dit auparavant.
Le sens est donc : en bénissant, en rompant et en donnant
à ses disciples, il prononça ces paroles : «Recevez,
etc.» Ou bien, selon certains, l’évangéliste ne
respecte pas l’ordre des paroles selon lequel elles furent
prononcées par le Seigneur. En effet, cet ordre était
celui-ci : il prit du pain et il bénit, en disant :
«Prenez, etc.» Mais l’opinion précédente est
meilleure. |
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[14867] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod perfectio aliorum sacramentorum consistit in usu materiae, istius autem in
materiae consecratione; et ideo forma etiam in aliis sacramentis est in
verbis quae dicuntur in usu sacramenti; in hoc autem forma sacramenti est in
verbis quae dicuntur in consecratione materiae consecratae. |
2. La perfection des autres sacrements consiste dans l’usage de la matière, mais celle de celui-ci dans la consécration de la matière. C’est pourquoi, dans les autres sacrements, la forme consiste dans les paroles qui sont dites lors de l’usage du sacrement ; mais, dans celui-ci, la forme du sacrement consiste dans les paroles qui sont dites lors de la consécration de la matière consacrée. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14868] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod in hoc
sacramento, sicut in aliis, duo sunt; scilicet consecratio materiae, et usus
materiae consecratae; et haec duo per verba domini exprimuntur. In hoc enim
quod dicitur. Accipite et manducate ex hoc omnes, praecipitur usus
sacramenti; in hoc autem quod dicitur, hoc est corpus meum, traditur
materiae consecratio. Et quia consecratio materiae est ad usum fidelium, ideo
usus praemittitur in institutione sacramenti, quamvis sequatur in executione:
quia finis est prior in intentione et cognitione, et ultimus in operatione.
Sed quia, ut dictum est, usus materiae in hoc sacramento non est de essentia
sacramenti, sicut in aliis; ideo illa verba quae ad usum pertinent, non sunt
de forma, sed tantum illa quae ad consecrationem materiae pertinent, scilicet,
hoc est corpus meum. |
Dans ce sacrement, comme dans les autres, il y a deux choses : la consécration de la matière et l’usage de la matière consacrée. Et ces deux choses sont exprimées par les paroles du Seigneur. En effet, par ce qui est dit : «Prenez et mangez-en tous», l’usage du sacrement est prescrit ; mais par ce qui est dit : «Ceci est mon corps», la consécration de la matière est communiquée. Et parce que la consécration de la matière existe en vue de l’usage par les fidèles, c’est la raison pour laquelle l’usage est mis avant dans l’institution du sacrement, bien qu’elle suive lors de l’exécution, car la fin précède dans l’intention et la connaissance, mais elle est dernière dans la mise en œuvre. Mais parce que, comme on l’a dit, l’usage de la matière ne fait pas partie de l’essence du sacrement, comme dans les autres, les paroles qui se rapportent à l’usage ne font donc pas partie de la forme, mais seulement celles qui se rapportent à la consécration de la matière, à savoir : «Ceci est mon corps.» |
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[14869] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis sacramenti usus non sit de essentia sacramenti, est tamen ad completum esse ipsius, inquantum pertingit ad hoc quod institutum est; et ideo quandoque dicuntur esse de forma non solum illa quae pertinent ad consecrationem, sed etiam illa quae pertinent ad usum; et sic loquitur Ambrosius et Eusebius et Magister in littera. |
1. Bien que l’usage du sacrement ne fasse pas partie de l’essence du sacrement, il existe cependant pour qu’elle soit complète, pour autant qu’il se rapporte à ce qui a été institué. C’est pourquoi on dit parfois que fait partie de la forme, non seulement ce qui se rapporte à la consécration, mais aussi ce qui se rapporte à l’usage. C’est ainsi que s’expriment Ambroise, Eusèbe et le Maître dans le texte. |
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[14870] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod haec conjunctio enim importat ordinem consecrationis ad usum materiae consecratae; et ideo sicut verba quae pertinent ad usum, non sunt de forma, ita nec praedicta conjunctio. Apponi autem debet secundum usum Romanae Ecclesiae, quae a beato Petro initium sumpsit. Nec est simile de hoc sacramento et de aliis. Verba enim formae hujus sacramenti proferuntur a ministro in persona Christi quasi recitative; et ideo oportet apponere continuationem ad recitationem praemissam, quam facit conjunctio enim. Aliorum autem sacramentorum formae ex persona ministri proferuntur; et ideo non oportet interponere aliquid quod non sit de forma ratione continuationis, cum absolute proferantur. |
2. Cette conjonction «car» comporte un ordre de la consécration en vue de l’usage de la matière consacrée ; ainsi, de même que les paroles qui se rapportent à l’usage ne font pas partie de la forme, de même la conjonction mentionnée. Toutefois, elle doit être maintenue selon l’usage de l’Église romaine, qui est issue du bienheureux Pierre. Et il n’en va pas de même de ce sacrement et des autres. En effet, les paroles de la forme de ce sacrement sont prononcées par le ministre au nom du Christ sous forme de récit ; c’est pourquoi il faut maintenir la continuité par rapport au récit mentionné, ce que fait la conjonction «car». Mais les formes des autres sacrements sont prononcées au nom du ministre ; c’est pourquoi il n’est pas nécessaire d’introduire pour assurer la continuité quelque chose qui ne fait pas partie de la forme, puisqu’elles sont prononcées de manière absolue. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14871] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod minister in
sacramentis dupliciter operatur. Uno modo ut verba pronuntians; alio modo
actum aliquem exteriorem exercens, ut in Baptismo patet; et utrumque istorum
est sacramentalis causa ejus quod divina virtute, quae in sacramentis latet,
perficitur. Causa autem sacramentalis significando efficit; unde in illis
sacramentis in quibus utroque modo minister operatur, oportet quod verba
prolata significent actum exercitum, et actus exterior significet interiorem
effectum, ut in Baptismo patet: quia ablutio exterior, quam verba formae
exprimunt, significat interiorem ablutionem, quam divina virtus perficit in
sacramento latens. Ubi ergo minister non operatur nisi verba pronuntians,
oportet quod verborum significatio immediate ad hoc quod efficitur,
referatur; in hoc autem sacramento, cujus perfectio in ipsa materiae
consecratione consistit, non habet minister actum nisi pronuntiatione
verborum, sicut nec in aliqua alia materiae sanctificatione. Unde oportet quod
verba formae significent hoc quod virtus divina in secreto facit; hoc autem
est esse corpus Christi sub speciebus illis; et ideo haec est conveniens
forma in sacramento: hoc est corpus meum, quae hoc quod dictum est, significat. |
Dans les sacrements, le ministre agit de deux
manières : d’une manière, en prononçant les
paroles ; d’une autre manière, en posant un acte
extérieur, comme cela est clair dans le baptême. Ces deux choses
sont la cause sacramentelle de ce qui est réalisé par la
puissance divine, qui est cachée dans les sacrements. Or, la cause
sacramentelle réalise en signifiant. Aussi, dans les sacrements
où le ministre agit des deux manières, il est nécessaire
que les paroles prononcées signifient l’acte accompli et que
l’acte extérieur signifie l’effet intérieur, comme
cela est clair dans le baptême, car l’ablution extérieure
que les paroles de la forme expriment signifie l’ablution
intérieure, que la puissance divine réalise en étant
cachée dans le sacrement. Là donc où le ministre
n’agit qu’en prononçant les paroles, il est
nécessaire que la signification des paroles se rapporte de
manière immédiate à ce qui est réalisé.
Or, dans ce sacrement, dont la perfection consiste dans la consécration
même de la matière, le ministre n’agit qu’en
prononçant les paroles, sans autre sanctification de la
matière. Il est donc nécessaire que les paroles de la forme
signifient ce que la puissance divine réalise secrètement. Or,
cela est que le Christ existe sous ces espèces. C’est pourquoi
cette forme est appropriée pour le sacrement : «Ceci est
mon corps», qui signifie ce qui a été dit. |
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[14872] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in hoc sacramento non geritur aliquid a ministro quod sit de essentia sacramenti, sicut erat in Baptismo; unde oportet quod verba significent illud tantum quod divina virtute geritur. Omne autem faciens causat ipsam factionem in hoc quod factum est; nec oportet esse assimilationem factionis ad facientem, sed facti ad facientem, quia ad hoc est intentio facientis. Sicut autem in operibus artis et naturae requiritur inter faciens et factum similitudo secundum formam naturalem et artificialem; ita in causis sacramentalibus requiritur assimilatio vel repraesentatio per modum significationis; unde verba prolata in hoc sacramento non deberent signare ipsam factionem vel transubstantiationem ut in fieri, sed ut in factum esse; unde haec non esset conveniens forma hujus sacramenti: hoc fit corpus meum: quia per hoc non significatur aliquid esse vel non esse; et similiter nec haec: hoc mutetur, vel transubstantietur in corpus meum: quia non significatur esse vel non esse hoc, quod est principaliter intentum in hoc sacramento. Vel dicendum, quod alia verba signant agere et pati, et ita motum aliquem, et quia in transubstantiatione non est motus aliquis, cum non sit subjectum commune, nec mutatio, quia terminus transubstantiationis est praeexistens actu; ideo per nullum verbum congrue potuit tradi forma sacramenti hujus, nisi per verbum substantivum. |
1. Dans ce sacrement, rien n’est accompli par le ministre qui fasse partie de l’essence du sacrement, comme c’était le cas pour le baptême. Aussi faut-il que les paroles signifient cela seul qui est accompli par la puissance divine. Or, tout agent réalise son action dans ce qui a été accompli, et il n’est pas nécessaire qu’il y ait assimilation entre l’action et l’agent, mais entre ce qui a été accompli et l’agent, car c’est cela que vise l’intention de l’agent. Or, de même que dans les œuvres de l’art et de la nature une similitude entre l’agent et ce qui est accompli est exigée selon la forme naturelle et artificielle, de même, dans les causes sacramentelles, est exigée une assimilation ou représentation par mode de signification. Aussi les paroles prononcées dans ce sacrement ne devraient-elles pas signifier l’action elle-même ou la transsubstantiation en devenir, mais alors qu’elle est accomplie. Ainsi, cette forme du sacrement ne serait pas appropriée : «Ceci devient mon corps», car il n’est pas ainsi signifié que quelque chose existe ou n’existe pas. De même, cette [forme] ne conviendrait pas : «Ceci sera changé ou transsubstantié en mon corps», car elle ne signifie pas que ceci existe ou n’existe pas, ce qui principalement visé dans ce sacrement. Ou bien il faut dire que les autres paroles signifient une action ou une passion, et ainsi un mouvement, et parce qu’il n’y a pas de mouvement dans la transsubstantiation, puisqu’il n’y a pas de sujet commun, ni de changement, parce que le terme de la transsubstantiation existe avant l’acte, la forme de ce sacrement ne pouvait être transmise de manière convenable que par un substantif. |
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[14873] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod minister non habet actum exteriorem in consecratione, in qua consistit essentia hujus sacramenti; quamvis habeat actum exteriorem in dispensatione, quae consequitur ad sacramentum; et ideo actus ministri in forma quae est de essentia sacramenti, poni non debuit. |
2. Le ministre ne pose pas d’acte extérieur dans la consécration, en laquelle consiste l’essence de ce sacrement, bien qu’il pose un acte extérieur dans la dispensation, qui suit le sacrement. C’est pourquoi l’acte du ministre dans la forme qui fait partie de l’essence du sacrement ne devait pas être indiqué. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[14874] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 1 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod, sicut dictum
est, verba formae transubstantiationem in suo termino signare debent, non
secundum quod consideratur ut in fieri. Esse autem est terminus
transubstantiationis, cujus extrema vel termini sunt duae substantiae; et
ideo in verbis formae signantur duo termini transubstantiationis, et ipsa
transubstantiatio prout est in suo termino per verbum essendi. In termino
autem transubstantiationis substantia quae erat terminus a quo, non manet
quantum ad naturam speciei, sed solum quantum ad accidentia, quibus ejus
individuatio cognoscebatur; sed substantia quae est terminus ad quem, in
termino transubstantiationis continetur in sacramento integre, et quo ad
naturam speciei, et quo ad accidentia propria; et ideo ex parte termini a
quo, non ponitur illud quod significaret naturam speciei, sed pronomen
demonstrativum, quod signat individuationem per accidentia, prout cadunt sub
sensu: ex parte autem termini ad quem, ponitur nomen designans naturam
speciei, et pronomen non demonstrativum hujus substantiae prout est sub sacramento,
sed prout est Christi in propria specie visibilis, quia sic verba formae
pronuntiavit. Unde patet quod congrue in his verbis quatuor forma consistit: hoc
est corpus meum. |
Comme
on l’a dit, les paroles de la forme doivent signifier la
transsubstantiation dans son terme, et non selon qu’elle est
considérée en devenir. Or, le fait d’exister est le terme
de la transsubstantiation, dont les extrêmes ou les termes sont deux
substances. C’est pourquoi, dans les paroles de la forme, sont
signifiés par le verbe «être» les deux termes de la
transsubstantiation et la transsubstantiation elle-même en son terme.
Or, dans le terme de la transsubstantiation, la substance qui était le
terme a quo ne demeure pas quant à la nature de l’espèce,
mais seulement quant aux accidents, par lesquels son individuation
était connue ; mais la substance qui est le terme ad quem est
intégralement contenue dans le sacrement dans le terme de la
transsubstantiation, tant pour ce qui est de la nature de
l’espèce que pour ce qui est de ses accidents propres.
C’est pourquoi, du côté du terme a quo, n’est pas indiqué ce qui signifierait la
nature de l’espèce, mais un pronom démonstratif, qui
signifie l’individuation par les accidents, pour autant qu’ils
tombent sous le sens. Mais du côté du terme ad quem, est indiqué un nom désignant la nature de
l’espèce et un pronom non pas démonstratif de cette
substance pour autant qu’elle existe sous ce sacrement, mais
[démonstratif de cette substance] pour autant qu’elle est celle
du Christ sous sa propre espèce visible, parce qu’il a ainsi
prononcé les paroles de la forme. Il est donc clair que la forme
consiste dans ces quatre paroles : «Ceci est mon corps.» |
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[14875] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod circa hoc est multiplex opinio. Quidam enim dicunt, quod hoc
pronomen hoc nullam demonstrationem facit, quia sumitur materialiter, cum
verba illa recitative a sacerdote proferantur. Sed hoc non potest stare: quia
secundum hoc verba illa nullum ordinem haberent ad materiam praesentem, et
sic non fieret sacramentum. Augustinus enim
dicit: accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum. Et praeterea
eadem difficultas remanet de verbis istis secundum quod fuerunt ab ipso
Christo prolata. Et ideo alii dicunt, quod facit demonstrationem ad
intellectum, et est sensus: hoc est corpus meum; idest, per hunc panem
vel per has species significatur corpus meum: vel, significatum per hoc, est
corpus meum. Sed illud iterum stare non potest: quia cum in sacramentis non
efficiatur nisi quod significatur virtute dictorum verborum, non fieret
corpus Christi in altari secundum veritatem, sed secundum significationem
tantum, quod est haereticum; vel verba praemissa non essent forma hujus
sacramenti. Nec potest dici quod intentio proferentis verba facit ut his
verbis consecretur virtute divinitus collata: quia virtus data sacramentis consequitur
significationem; et intentio ministri non potest ad alium effectum sacramenta
perducere, nisi qui eis significatur. Et ideo alii dicunt, quod ly hoc
facit demonstrationem ad sensum, et demonstrat panem non simpliciter, sed
secundum quod est transubstantiatus in corpus Christi. Sed contra hoc est,
quia panis transubstantiatus jam non est panis. Sed dum profertur hoc
pronomen hoc, nondum facta est transubstantiatio, quia jam alia verba
non essent de essentia formae. Cum igitur non possit ad sensum demonstrari
quod actu non subest sensui, non poterit praedicto modo demonstratio sumi;
nisi dicatur, sicut alii dicunt, quia totus sensus locutionis et omnium
partium ejus referendus est ad ultimum instans pronuntiationis verborum, quia
pro illo instanti pro quo res est, habet locutio veritatem; et est simile cum
dicitur, nunc taceo, nunc bibo, si statim tacere vel bibere incipiat. Sed hoc
iterum non potest stare: quia secundum hoc significatio horum verborum
praesupponeret transubstantiationem jam factam: ergo virtute verborum non
fieret. Et praeterea secundum hoc sensus hujus locutionis erit: corpus meum
est corpus meum: quod quidem virtute horum verborum non fit. Et ideo aliter
dicendum, quod ea quae sunt in voce, proportionantur his quae sunt in anima. Conceptio
autem animae duobus modis se habet. Uno modo ut repraesentatio rei tantum,
sicut est in omnibus cognitionibus acceptis a rebus; et tunc veritas
conceptionis praesupponit entitatem rei sicut propriam mensuram, ut dicitur
in 10 Metaph.; et per modum hujusmodi conceptionum se habent locutiones, quae
causa significationis tantum proferuntur. Alio
modo conceptio animae non est repraesentativa rei, sed magis praesignativa,
sicut exemplar factivum, sicut patet in scientia practica, quae est causa
rei; et veritas hujus conceptionis non praesupponit entitatem rei, sed
praecedit ipsam naturaliter quasi causa, etsi simul sint tempore: et ad hunc
modum se habent verba praemissa, quia sunt significantia et factiva ejus quod
significatur. Unde veritas et significatio hujus locutionis praecedit
naturaliter entitatem rei quam signat, et non praesupponit ipsam, quamvis sit
simul cum ipsa tempore, sicut causa propria cum proprio effectu. Sed quia
significatio et veritas locutionis, quae est simul tempore cum transubstantiatione,
consurgit ex consignificationibus partium successive prolatarum; ideo oportet
quod dictio ultimo prolata compleat significationem locutionis, sicut
differentia specifica; et simul cum significatione fiat entitas rei; et per
consequens significationes primarum partium praecedant transubstantiationem,
quae quidem non successive fit, sed in instanti ultimo per significationem
locutionis jam perfectam. Sic ergo hoc pronomen hoc neque demonstrat
terminum ad quem transubstantiationis determinate, quia jam significatio
locutionis praesupponeret entitatem rei significatae, et non esset causa
ejus; neque iterum demonstrat terminum a quo determinate, quia ejus
significatio impediret veritatem significationis totius locutionis, cum
terminus a quo non remaneat in ultimo instanti locutionis. Relinquitur ergo
quod demonstret hoc quod est commune utrique termino indeterminate. Sicut
autem in formalibus mutationibus commune utrique termino est subjectum vel
materia; distinguuntur autem termini per formas accidentales vel
substantiales; ita in transubstantiatione communia sunt accidentia
sensibilia, quae remanent; diversitas autem est subjecti. Unde sensus est:
hoc contentum sub his speciebus est corpus meum. Et haec est causa quare cum
pronomine non ponitur aliquod nomen, ne demonstratio ad aliquam speciem
substantiae determinetur. Sicut enim in locutione quae significat tantum
alterationem, per se subjectum est subjectum commune alterationis, ut cum
dicitur, hoc fit album; ita oportet quod in locutione quae facit
transubstantiationem, subjectum sit hoc quod est commune in
transubstantiatione. |
1. À ce sujet, les opinions sont nombreuses. En effet, certains disent que ce pronom ne démontre d’aucune manière parce qu’il est utilisé matériellement, lorsque ces paroles sont prononcées par le prêtre sous forme de récit. Mais ceci ne peut être le cas, car, ainsi, ces paroles n’auraient aucun ordre à la matière présente, et ainsi le sacrement ne serait pas réalisé. En effet, Augustin dit : «Une parole est jointe à un élément, et le sacrement est réalisé.» De plus, la même difficulté demeure pour ces paroles telles qu’elles furent prononcées par le Christ lui-même. C’est pourquoi d’autres disent que [ce pronom] réalise une démonstration pour l’intelligence ; le sens est alors : «Ceci est mon corps», c’est-à-dire que, par ce pain ou par ces espèces, le corps du Christ est signifié, ou bien mon corps est signifié par cela. Mais, à nouveau, cela ne peut être le cas : puisque, dans les sacrements, n’est accompli que ce qui est signifié en vertu des paroles prononcées, le corps du Christ n’existerait pas véritablement sur l’autel, mais en tant que signifié seulement, ce qui est hérétique ; ou bien les paroles mentionnées ne seraient pas la forme de ce sacrement. On ne peut pas dire non plus que l’intention de celui qui prononce les paroles fait en sorte que, par ces paroles, il y a consécration par la puissance divine qui accompagne, car la puissance donnée aux sacrements découle de la signification, et l’intention du ministre ne peut conduire les sacrements à un autre effet qu’à celui qui est signifié par eux. C’est pourquoi d’autres disent que le mot «ceci» démontre pour le sens : il démontre le pain non pas simplement, mais selon qu’il est transsubstantié en corps du Christ. Mais s’oppose à cela que le pain transsubstantié n’est plus du pain, mais lorsque ce pronom «ceci» est prononcé, la transsubstantiation n’a pas encore été accomplie, car alors les autres paroles ne feraient pas partie de l’essence de la forme. Puisque ne peut pas être démontré au sens ce qui ne tombe pas sous le sens, la démonstraition ne pourra donc pas être entendue de la manière dite, à moins qu’on dise, comme d’autres le font, que tout le sens de la formule et de toutes ses parties doit être mis en rapport avec l’instant ultime où ces paroles sont prononcées, car la formule est vraie pour cet instant où la chose existe. Il en va de même lorsqu’on dit : «Maintenant je me tais», «Maintenant je bois», si l’on commence immédiatement à se taire ou à boire, car, en ce sens, la signification de ces paroles présupposerait que la transsubstantiation a déjà eu lieu ; elle ne serait donc pas réalisée par la puissance des paroles. De plus, le sens de cette formule serait donc : «Mon corps est mon corps», ce qui n’est pas accompli par la puissance de ces paroles. Il faut donc parler autrement. Ce qui est exprimé par la voix est proportionné à ce qui existe dans l’âme. Or, une conception de l’âme s’entend de deux manières. D’une première manière, comme la représentation d’une chose seulement, comme c’est le cas pour toutes les connaissances reçues des choses ; alors, la vérité de la conception présuppose l’entité de la chose comme sa propre mesure, comme il est dit dans Métaphysique, X, et les formulations verbales, qui sont exprimées en vue de signifier seulement, se rapportent aux conceptions de ce genre. D’une autre manière, la conception de l’âme ne représente pas une chose, mais est plutôt antérieure à sa signification, comme le modèle à réaliser, ainsi que cela ressort clairement dans la science pratique, qui est cause d’une chose. Et la vérité de cette conception ne présuppose par l’entité de la chose, mais la précède naturellement comme sa cause, même si elles existent simultanément dans le temps. Les paroles en question relèvent de cette manière, car elles signifient et réalisent ce qui est signifié. La vérité et la signification de cette formule précèdent donc naturellement l’entité de la chose qu’elle signifie et ne la présuppose pas, bien qu’elle existe en même temps qu’elle dans le temps, comme la cause propre avec son effet propre. Mais parce que la signification et la vérité de la formule, qui existe en même temps que la transsubstantiation dans le temps, ressort des significations des parties prononcées successivement, il est donc nécessaire que la parole prononcée en dernier lieu complète la signification de la formule comme une différence spécifique, que l’entité de la chose soit réalisée en même temps que la signification et, par conséquent, que les significations des premières parties précèdent la transsubstantiation, qui ne se réalise pas successivement, mais dans l’ultime instant par la signification achevée de la formule. Ainsi donc, ce pronom «ceci» ne démontre pas le terme ad quem de la transsubstantition d’une manière déterminée, car la signification de la formule présupposerait déjà l’entité de la chose signifiée et n’en serait pas la cause ; il ne démontre pas non plus le terme a quo d’une manière déterminée, car sa signification empêcherait la vérité de toute la formule, puisque le terme a quo ne subsiste pas dans l’instant ultime de la formule. Il reste donc qu’il démontre ce qui est commun aux deux termes de manière indéterminée. Or, de même que dans les permutations formelles, ce qui est commun aux deux termes est le sujet ou la matière et que les termes se distinguent par les formes accidentelles ou substantielles, de même, dans la transsubstantiation, les accidents sensibles qui demeurent sont communs, mais il y a diversité des sujets. Le sens est donc : «Ce qui est contenu sous ces espèces est mon corps.» Telle est la raison pour laquelle un nom n’est pas indiqué avec le pronom, afin que la démonstration de soit pas déterminée à une espèce de substance. En effet, de même que, dans une formule qui ne signifie que l’altération, le sujet par soi est le sujet commun de l’altération, comme lorsqu’on dit : «Ceci devient blanc», de même il est nécessaire que, dans la formule qui réalise la transsubstantiation, le sujet soit ce qui est commun dans la transsubstantiation. |
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[14876] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ratio illa procederet, si demonstratio pronominis ferretur ad contentum sub speciebus, secundum quod est determinatum ad speciem panis: quia corpus Christi non potest praedicari de pane, nisi cum verbo importante transitum. Sed sic non intelligitur demonstratio pronominis, sed sicut dictum est. |
2. Cet argument vaudrait si le caractère démonstratif du pronom portait sur ce qui est contenu sous les espèces selon qu’il est déterminé à l’espèce du pain, car le corps du Christ ne peut être attribué au pain que par une parole comportant un passage. Mais le caractère démonstratif du pronom ne s’entend pas ainsi, mais comme on l’a dit. |
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[14877] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod dominus, Joan. 6, loquebatur de hoc sacramento tantum secundum quod est ad actum refectionis; et quia refectioni magis convenit caro quam corpus secundum similitudinem ad refectionem corporalem; ideo ibi potius dixit carnem quam corpus. Sed in forma sacramenti debet exprimi et essentia sacramenti et significatio ipsius; et ideo potius debet dici corpus quam caro: tum quia essentialiter in hoc sacramento continetur ex vi sacramenti non solum caro, sed totum corpus Christi: tum quia hoc sacramentum significat repraesentando Christi passionem, quae erat per totum corpus. Significat etiam, quasi rem ultimam, corpus mysticum, scilicet Ecclesiam, quae propter distinctionem officiorum habet similitudinem cum toto corpore ratione distinctionis membrorum. Panis autem non est figura rei contentae in sacramento secundum quod est corpus homogeneum, sed secundum quod ex diversis conficitur granis; unde sua significatio magis aptatur ad totum corpus quam ad carnem. |
3. Le Seigneur, en Jn 6, parlait de ce sacrement selon qu’il est un acte de réfection seulement. Et parce que la chair convient mieux que le corps à la réfection par comparaison avec la réfection corporelle, il a parlé là plutôt de chair que de corps. Mais, dans la forme du sacrement, doivent être exprimées et l’essence du sacrement et sa signification. C’est pourquoi il faut plutôt dire «corps» que «chair», tant parce qu’est contenue selon l’essence dans ce sacrement, en vertu du sacrement, non seulement la chair, mais tout le corps du Christ, que parce que ce sacrement signifie en représentant la passion du Christ, qui s’étendait à tout son corps. Il signifie aussi, comme réalité ultime, le corps mystique, à savoir, l’Église, qui, en raison de la distinction des fonctions, possède une ressemblance avec tout le corps en raison de la distinction entre les membres. Or, le pain n’est pas la figure de la réalité contenue dans le sacrement selon qu’elle est un corps homogène, mais selon qu’elle est réalisée avec des grains différents. Sa signification s’applique donc mieux à tout le corps qu’à la chair. |
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[14878] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod hoc sacramentum directe repraesentativum est dominicae passionis, qua Christus ut sacerdos et hostia Deo se obtulit in ara crucis. Hostia autem quam sacerdos offert, est una cum illa quam Christus obtulit secundum rem, quia Christum realiter continet; minister autem offerens non est idem realiter; unde oportet quod sit idem repraesentatione; et ideo sacerdos consecrans prout gerit personam Christi, profert verba consecrationis recitative ex persona Christi, ne hostia alia videatur. Et quia per ea quae gerit respectu exterioris materiae, Christi personam repraesentat; ideo verba illa simul et recitatione et significatione tenentur respectu praesentis materiae, quae est figura illius quam Christus praesentem habuit; et propter hoc dicitur convenientius: hoc est corpus meum, quam: hoc est corpus Christi. Vel etiam propter hoc quod sacerdos non habet actum exteriorem, qui sit sacramentaliter causa consecrationis; sed in solis verbis prolatis consistit virtus consecrationis; et ideo ex persona illius proferuntur cujus virtute fit transubstantiatio. |
4. Ce sacrement représente directement la passion du Seigneur, par laquelle le Christ, comme prêtre et hostie, s’est offert à Dieu sur l’autel de la croix. Or, l’hostie que le prêtre offre est une avec celle que le Christ a offerte en réalité, car elle contient réellement le Christ. Mais le ministre qui offre n’est pas le même en réalité ; aussi faut-il qu’il soit le même par mode de représentation. C’est pourquoi le prêtre qui consacre en tant qu’il tient la place du Christ prononce les paroles de la consécration sous forme de récit en la personne du Christ, afin que l’hostie ne paraisse pas différente. Et parce que, par ce qu’il accomplit par rapport à la matière extérieure, il représente la personne du Christ, ces paroles s’adressent, tant par le récit que par leur signification, à la matière présente, qui est la figure de celle qui était présente dans le Christ. Pour cette raison, il est dit de manière appropriée : «Ceci est mon corps», plutôt que : «Ceci est le corps du Christ.» Ou bien, parce que le prêtre ne pose pas d’acte extérieur qui serait cause de la consécration, mais que la puissance de consacrer consiste seulement dans les paroles prononcées, celles-ci sont prononcées au nom de la personne par la puissance de laquelle la transsubstantiation est réalisée. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[14879] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 5 co.
Ad quintam quaestionem dicendum, quod multa sunt a domino facta vel
dicta quae Evangelistae non scripserunt, ut patet Joan. 21, quae tamen
Ecclesia postea ab apostolis accepta fideliter observavit. |
Le Seigneur a fait ou dit beaucoup de
choses que les évangélistes n’ont pas écrites, comme
cela ressort clairement de Jn 21. Cependant, par la suite,
l’Église a fidèlement observé ce qui a
été reçu des apôtres. |
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[14880] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 5 ad 1 Et secundum hoc dicendum ad primum, sicut Innocentius dicit, quod quamvis nusquam in sacra Scriptura legatur quod dominus ad caelum oculos sublevaverit in coena; tamen hoc Ecclesia ex traditione apostolorum recitat, et satis rationabiliter potest ex aliis locis Scripturae colligi. Legitur enim Joan. 11, quod in suscitatione Lazari oculos ad patrem elevaverit; et similiter Joan. 17, orationem ad patrem fundens. Hoc autem in arduis faciebat, gratias agens, et exemplum nobis ad Deum recurrendi praebens, secundum illud Psal. 122, 1: at te levavi oculos meos qui habitas in caelis. Et quia hoc sacramentum arduissimum est, ideo instituens hoc sacramentum probabiliter colligitur quod oculos ad patrem levaverit, gratias agens patri de reparatione humani generis, quae hoc sacramento figuratur, et nobis ostendens virtute divina hoc confici sacramentum. |
1. Comme le dit Innocent, bien
qu’on ne lise jamais dans l’Écriture que le Seigneur a
levé les yeux au ciel lors de la cène, l’Église le
récite selon la tradition des apôtres, et cela peut être
raisonnablement tiré d’autres lieux de l’Écriture.
En effet, on lit, en Jn 11, lors de la résurrection de Lazare,
qu’il leva les yeux vers le Père. De même, en Jn 17,
alors qu’il priait le Père. Or, il faisait cela pour les choses
difficiles, en rendant grâce et en nous donnant l’exemple
d’avoir recours à Dieu, selon ce que dit le
Ps 122, 1 : J’ai levé les yeux vers toi qui
habites les cieux. Et parce que ce sacrement est très difficile,
on conclut avec probabilité qu’en instituant ce sacrement, il a
levé les yeux vers le Père, en rendant grâce au
Père pour la réparation du genre humain, qui est figurée
par ce sacrement, et en nous montrant que ce sacrement est
réalisé par la puissance divine. |
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[14881] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod, sicut dictum est, haec verba: accipite et manducate ex hoc omnes, non sunt de substantia formae; et ideo non est tanta vis facienda, ut penitus eadem observentur. Et praeterea comedere et manducare, in nullo differentem habent significationem; et quamvis circa ista verba non ponatur in Evangeliis verbum manducandi, ponitur tamen parum ante, Luc. 22, 15: desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum antequam patiar. |
2. Comme on l’a dit, ces
paroles: «Prenez et mangez-en tous», ne font pas partie de la
substance de la forme. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas
autant insister pour qu’elles soient exactement observées. De
plus, «se restaurer» [comedere] et «manger» [manducare]
n’ont pas une signification différente. Et bien qu’en ce
qui concerne ces mots, le verbe «manger» ne soit pas
indiqué dans les évangiles, il est cependant indiqué peu
auparavant, en Lc 22, 15 : J’ai beaucoup
désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. |
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[14882] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 1 qc. 5 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis non exprimatur in Evangelio haec determinatio omnes, tamen intelligitur: quia sacramentalis manducatio est omnium, quamvis non spiritualis; ideo etiam exprimitur circa sumptionem sanguinis in Evangeliis praedicta dictio, quia sanguis in redemptionem effusus est; redemptio autem omnium est quantum ad sufficientiam, quamvis non quantum ad efficaciam. Vel quia ultimo traditur sumptio sanguinis, quod circa eam dicitur, circa sumptionem corporis similiter intelligendum est. |
3. Bien que cette précision «tous» ne soit pas donnée dans l’évangile, elle est toutefois comprise, car la manducation sacramentelle est le fait de tous, bien qu’elle ne soit pas spirituelle [pour tous]. Le mot en question est aussi exprimé dans les évangiles à propos de la consommation du sang, car le sang a été répandu pour la rédemption. Or, la rédemption concerne tous pour ce qui de sa suffisance, sinon pour ce qui est de sa réalisation. Ou bien, parce que la consommation du sang est exprimée en dernier lieu, ce qui est dit d’elle doit s’entendre de la même façon pour la consommation du corps. |
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Articulus
2 [14883] Super
Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 tit. Utrum
forma consecrationis sanguinis consistat in his tantum verbis, hic est calix
sanguinis mei |
Article
2 – La forme de la consécration du sang consiste-t-elle dans ces
seules paroles : «Ceci est le calice de mon sang» ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [La
forme de la consécration du sang consiste-t-elle dans ces seules
paroles : «Ceci est le calice de mon sang» ?]
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[14884] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod forma
consecrationis
sanguinis consistat in his tantum verbis: hic est calix sanguinis mei;
et hoc quod additur: novi et aeterni testamenti, mysterium fidei, qui pro
vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum non sit de
forma. Evangelistae enim convenire debent in his quae sunt de substantia
formae hujus sacramenti: quia verba formae hujus sacramenti recitative
dicuntur ex persona Christi. Sed non conveniunt in verbis illis appositis,
quia in nullo Evangelistarum leguntur, nec ab apostolo, 1 Corinth. 11, haberi
possunt. Ergo non sunt de forma hujus sacramenti. |
1. Il semble que la forme de la consécration du
sang consiste dans ces seules paroles : «Ceci est le calice de mon
sang», et que ce qui est ajouté : «De
l’alliance nouvelle et éternelle, mystère de la foi, qui
sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des
péchés», ne fasse pas partie de la forme. En effet, les
évangélistes doivent être d’accord sur ce qui fait
partie de la substance de la forme de ce sacrement, car les paroles de la
forme de ce sacrement sont prononcées sous forme de récit en la
personne du Christ. Or, ils ne sont pas d’accord à propos des
paroles évoquées, car on ne les lit chez aucun des
évangélistes, et on ne peut les tirer de l’Apôtre,
1 Co 11. Elles ne font donc pas partie de la forme de ce sacrement. |
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[14885] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, sicut panis transubstantiatur in corpus Christi per consecrationem, ita vinum in Christi sanguinem. Sed consecratio quae fit his verbis, hoc est corpus meum, sufficit ad transubstantiationem panis in corpus Christi. Ergo et haec verba: hic est calix sanguinis mei, sufficiunt ad transubstantiationem vini in sanguinem Christi; ergo verba quae sequuntur non sunt de forma. |
2. De même que le pain est
transsubstantié en corps du Christ par la consécration, de
même le vin l’est-il en sang du Christ. Or, la
consécration qui est réalisée par ces paroles :
«Ceci est mon corps», suffit pour la transsubstantiation du pain
en corps du Christ. Ces paroles aussi : «Ceci est le calice de mon
sang», suffisent pour la transsubstantiation du vin en sang du Christ.
Les paroles qui suivent ne font donc pas partie de la forme [de ce
sacrement]. |
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[14886] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, proprietates naturaliter consequuntur substantiam rei. Sed illud quod sequitur substantiam, non potest esse factivum transubstantiationis. Ergo cum illa verba quae sequuntur designent aliquas proprietates sanguinis in quem fit transubstantiatio, videtur quod non sint de forma. |
3. Les propriétés découlent naturellement de la substance d’une chose. Or, ce qui découle de la substance ne peut réaliser la transsubstantiation. Puisque les paroles qui suivent désignent des propriétés du sang dans lequel la transubstantiation est réalisée, il semble qu’elles ne fassent pas partie de la forme. |
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[14887] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quia Luc. 22, 20, interponuntur praedicta verba verbis formae; ita enim dicitur: hic est calix novi testamenti in meo sanguine. |
Cependant, [1], en Lc 22, 20, les mots mentionnés sont intercalés dans les paroles de la forme. En effet, on dit : Ceci est le calice de la nouvelle alliance en mon sang. |
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[14888] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea hoc videtur ex ritu consecrationis: quia sacerdos non deponit calicem usque ad verba illa: haec quotiescumque feceritis, quae non sunt de forma, quamvis sint domini verba. |
[2] De plus, cela semble faire partie du rite de la consécration, car le prêtre ne dépose pas le calice avant ces paroles : «Vous ferez cela chaque fois», qui ne pas font partie de la forme, bien qu’elles soient des paroles du Seigneur. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Ces paroles sont-elles convenablement exprimées ?] |
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[14889]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haec verba inconvenienter ponuntur:
hic est calix sanguinis mei. Unius enim modi est transubstantiatio
panis in corpus Christi, et vini in sanguinem. Sed in transubstantiatione panis
in corpus Christi ponitur corpus Christi in recto. Ergo in consecratione vini
poni debet sanguis Christi in recto, ut dicatur, sicut Magister dicit in
littera: hic est sanguis meus; sicut etiam habetur Matth. 26. |
1. Il semble que ces paroles ne
sont pas exprimées de manière convenable : «Ceci est
le calice de mon sang.». En effet, la transsubstantiation du pain en corps
du Christ et celle du vin en sang [du Christ] relèvent du même
mode. Or, pour la transsubstantiation du pain en corps du Christ, le corps du
Christ est indiqué directement. Pour la consécration du vin, on
doit donc indiquer le sang du Christ directement, de sorte qu’on dise,
comme le Maître le dit dans le texte : «Ceci est mon
sang», comme on le lit aussi en Mt 26. |
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[14890] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, in forma transubstantiante ex parte praedicati poni debet terminus in quem fit transubstantiatio, ut ex dictis patet. Sed transubstantiatio non fit in calicem alicujus. Ergo non debet praedicari in forma transubstantiante. |
2. Dans la forme de la transsubstantiation, le terme dans lequel se réalise la transsubstantiation doit être donné comme ce qui est attribut. Or, la transsubstantiation ne se réalise pas dans le calice de quelqu’un. Celui-ci ne doit donc pas être l’attribut dans la forme qui réalise la transsubstantiation. |
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[14891] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, in forma sacramenti non debet poni aliquid quod non sit de substantia sacramenti. Sed calix non est de substantia sacramenti cum sit vas quoddam. Ergo non debet poni in forma sacramenti. |
3. Dans la forme d’un sacrement, on ne doit pas indiquer quelque chose qui ne fait pas partie de la substance du sacrement. Or, le calice ne fait pas partie de la substance du sacrement, puisqu’il est un vase. Il ne doit pas être indiqué dans la forme du sacrement. |
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[14892] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur Luc. 22, 20: hic calix novi testamenti in meo sanguine. Ad idem est etiam usus Ecclesiae. |
Cependant, [1] il est dit en Lc 22, 20 : Ce calice de la nouvelle alliance en mon sang. L’usage de l’Église va aussi dans ce sens. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les paroles qui suivent sont-elles indiquées de manière appropriée ?] |
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[14893]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam verba quae sequuntur,
inconvenienter ponantur. Testamentum enim videtur pertinere ad traditionem
mandatorum; unde et tabulae continentes decem praecepta, dicuntur tabulae
testamenti. Sed traditio sacramentorum est alia a traditione mandatorum. Ergo in sacramentis non debet
fieri mentio de testamento. |
1. Il semble que même les paroles qui suivent sont
indiquées de manière inappropriée. En effet,
l’alliance semble se rapporter à la communication des
commandements ; ainsi les tables qui contiennent les dix commandements
sont-elles appelées les tables de l’alliance. Or, la
communication des sacrements est différente de la communication des
commandements. On ne doit donc pas mentionner l’alliance dans les
sacrements. |
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[14894] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Ambrosius dicit,
nostra sacramenta antiquiora esse sacramentis Judaeorum. Sed sacramenta
Judaeorum non pertinent ad novum testamentum, sed ad vetus. Ergo nec in sacramento isto,
de quo Ambrosius loquitur, debet apponi: novi testamenti. |
2. Ambroise dit que nos sacrements sont
plus anciens que les sacrements des Juifs. Or, les sacrements des Juifs ne se
rapportent pas à la nouvelle alliance, mais à l’ancienne.
La nouvelle alliance ne doit donc pas non plus être indiquée
dans ce sacrement, dont parle Ambroise. |
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[14895] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, novum et aeternum
videntur ad invicem contrarietatem habere: quia aeternum est quod caret
principio, novum autem est quod quantum ad sui principium est propinquum. Ergo est oppositio in adjecto. |
3. «Nouveau» et
«éternel» semblent être le contraire l’un de
l’autre, car est éternel ce qui n’a pas de commencement,
mais est nouveau ce qui est proche de son commencement. Il y a donc opposition
dans ce qui est ajouté. |
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[14896] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 4 Praeterea, illud quod potest esse juvamentum erroris, non debet apponi in forma sacramenti. Sed, sicut dicit Innocentius III, quod dicitur: hoc mysterium, quibusdam est adjuvamentum erroris, qui dicunt corpus Christi verum in altari non contineri, sed per significationem tantum. Ergo inconvenienter ponitur in forma. |
4. Ce qui peut aider l’erreur ne doit pas être mis dans la forme d’un sacrement. Or, comme le dit Innocent III, ce qui est dit : «ce mystère», est une aide pour l’erreur de certains qui disent que le corps véritable du Christ n’est pas contenu sur l’autel, mais par mode de signification seulement. [Ce mot] est donc mis dans la forme de manière inappropriée. |
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[14897] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 5 Praeterea, hoc sacramentum, ut prius dictum est, praecipue videtur esse sacramentum caritatis, sicut et Baptismus sacramentum fidei. Ergo inconvenienter dicitur: mysterium fidei; sed magis dicendum esset: mysterium caritatis. |
5. Ce sacrement, comme on l’a dit plus haut, semble être principalement le sacrement de la charité, comme le baptême est le sacrement de la foi. C’est donc de manière inappropriée qu’on dit : «mystère de la foi» ; on doit plutôt dire : «mystère de la charité». |
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[14898] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 6 Praeterea, sicut sanguis Christi pro nobis est effusus, ita corpus Christi pro nobis est traditum, ut ex verbis etiam domini habetur, Luc. 22, 19: hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur. Cum ergo hoc non apponatur in forma corporis consecrandi, nec in consecratione sanguinis de effusione fieri mentio deberet. |
6. De même que le sang du Christ a été versé pour nous, de même le corps du Christ a été livré pour nous, comme on le tient des paroles mêmes du Seigneur en Lc 22, 19 : Ceci est mon corps, qui sera livré pour vous. Puisque cela n’est pas mis dans la forme de la consécration du corps, on ne devrait pas non plus mentionner l’effusion [du sang] dans la consécration du sang. |
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[14899] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 7 Praeterea, quod dicitur: pro vobis et pro multis effundetur, aut accipitur de effusione quantum ad sufficientiam, aut quantum ad efficaciam. Si quantum ad sufficientiam, sic pro omnibus effusus est, non solum pro multis; si autem quantum ad efficaciam, quam habet solum in electis, non videtur distinguendum fuisse inter apostolos et alios. |
7. Ce qui est dit : «qui sera répandu pour vous et pour la multitude», s’entend de l’effusion quant à sa suffisance ou quant à son efficacité. Si c’est en raison de sa suffisance, [le sang] a alors été répandu pour tous, et non pour la multitude ; mais si c’est de son efficacité, qu’il n’a que chez les élus, il ne semble pas qu’il faille faire une distinction entre les apôtres et les autres. |
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[14900] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 8 Praeterea, Baptismus magis ordinatur contra amotionem mali quam Eucharistia, quae maxime ordinatur ad perfectionem in bono. Sed in forma Baptismi non fit mentio de remissione peccatorum. Ergo nec hic deberet dici: in remissionem peccatorum. |
8.
Le baptême est davantage ordonné à
l’enlèvement du mal que l’eucharistie, qui est surtout
ordonnée à la perfection dans le bien. Or, dans la forme du
baptême, il n’est pas fait mention de la rémission des
péchés. On ne devrait donc pas non plus dire ici :
«pour la rémission des péchés». |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14901] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum
ad primam quaestionem, quod circa hoc aliqui diversimode dixerunt. Quidam
enim dicunt, quod hoc est tantum de forma: hic est calix sanguinis mei,
ut forma utriusque consecrationis sit consimilis. Sed quia conditiones
appositae ad subjectum vel praedicatum sunt de integritate locutionis
alicujus; ideo alii probabilius dicunt, quod totum quod sequitur, est de
forma, cum totum hoc quod additur non sit locutio per se, sed sit
determinatio praedicati. |
À ce propos, certains se
sont exprimés de diverses façons. En effet, certains disent que
cela seulement fait partie de la forme : «Ceci est le calice de
mon sang», de sorte que la forme des deux consécrations est
semblable. Mais parce que les conditions jointes au sujet ou au
prédicat font partie intégrante d’une formulation,
d’autres disent donc, d’une manière plus probable, que tout
ce qui suit fait partie de la forme, alors que tout ce qui est ajouté
ne fait pas de soi de la formulation, mais est une détermination du
prédicat. |
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[14902] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod verba supradicta ex magna parte possunt ex diversis locis sacrae Scripturae colligi, quamvis non inveniantur alicubi simul scripta. Quod enim dicitur: hic est calix, habetur Luc. 22, et 1 Corinth. 2. Quod autem dicitur: novi testamenti, ex tribus habetur, Matth. 26, et Marc. 14, et Luc. 22. Quod autem dicitur, aeterni, et iterum, mysterium fidei, ex traditione domini habetur, quae per apostolos ad Ecclesiam pervenit, secundum illud 1 Corinth. 11, 23: ego enim accepi a domino quod et tradidi vobis. Evangelistae enim non intendebant formas et ritus sacramentorum tradere, sed dicta et facta domini enarrare. |
1. Les paroles en question peuvent être tirées pour une grande part de divers endroits de la Sainte Écriture, bien qu’elles ne soient pas écrites ensemble en un endroit. En effet, ce qui est dit : «ceci est le calice», se trouve en Lc 22 et 1 Co 2. Mais ce qui est dit : «de la nouvelle alliance», vient de trois endroits : Mt 26, Mc 14 et Lc 22. Ce qui est dit : «[de l’alliance] éternelle», et aussi : «mystère de la foi», vient de la tradition du Seigneur, qui est parvenue à l’Église à travers les apôtres, selon ce qui est dit en 1 Co 11, 23 : En effet, j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis. En effet, les évangélistes n’entendaient pas transmettre les formes et les rites des sacrements, mais raconter ce que le Seigneur a dit et a fait. |
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[14903] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod cum Eucharistiae sacramentum sit memoriale dominicae passionis, in consecratione corporis Christi non repraesentatur nisi passionis substantia; sed in consecratione sanguinis repraesentatur passionis mysterium: non enim a corpore Christi sanguis ejus seorsum fuit nisi per passionem; et ideo conditiones dominicae passionis exprimuntur per verba sequentia magis in consecratione sanguinis quam in consecratione corporis. |
2. Puisque le sacrement de l’eucharistie est le mémorial de la passion du Seigneur, seule la substance de la passion est représentée dans la consécration du corps du Christ. Mais, dans la consécration du vin, le mystère de la passion est représenté : en effet, son sang n’a été séparé du corps du Christ que par la passion. Aussi, les conditions de la passion du Seigneur sont-elles exprimées par les paroles qui suivent, dans la consécration du sang plutôt que dans la consécration du corps. |
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[14904] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis illa quae sequuntur sint ut proprietates consequentes Christi sanguinem inquantum hujusmodi, sunt tamen essentiales sanguini Christi inquantum est per passionem effusus. Non autem seorsum a corpore consecraretur sanguis Christi, sicut nec aliae partes ejus, nisi pro eo quod est in passione effusus; et ideo illa quae sequuntur, sunt essentialia sanguini, prout in hoc sacramento consecratur; et ideo oportet quod sint de substantia formae. |
3. Bien que ce qui suit découle comme des propriétés découlant du sang du Christ en tant que tel, elles-ci sont cependant essentielles au sang du Christ en tant qu’il a été répandu par la passion. Le sang du Christ ne serait pas consacré à part de son corps, comme aucune autre de ses parties, s’il n’avait été versé dans la passion. Ainsi, ce qui suit est essentiel au sang en tant qu’il est consacré dans ce sacrement. Il faut donc que cela fasse partie de la substance de la forme. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14905] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod haec locutio: hic est calix sanguinis mei,
figurativa est, et potest intelligi dupliciter. Uno modo ut sit metonymica
locutio, ut ponatur continens pro contento, secundum quod dicere consuevimus,
bibe calicem vini, idest vinum contentum in calice. Ideo autem talis modus locutionis congruus est formae
huic, quia sanguis de sui ratione non dicit aliquid potabile, immo magis
aliquid quod natura abhorret in potum. Et quia in hoc sacramento sanguis
Christi consecratur ut potus, ideo oportuit aliquid addi quod ad potum
pertineret, scilicet calicem. Alio modo potest intelligi, ut sit metaphorica
locutio, ut per calicem passio Christi designetur. Sicut enim calix vini inebriat, ita et passio sui
amaritudine quasi hominem extra se ponit: Thren. 3, 15: replevit me
amaritudinibus, inebriavit me absynthio; et hoc modo loquendi usus est
dominus de sua passione loquens, ut patet Matth. 26, 39: transeat a me
calix iste; et hic modus loquendi etiam est conveniens in hac forma:
quia, ut dictum est, in consecratione sanguinis exprimitur directe mysterium
passionis. Nec obstat quod solet objici, quod locutiones figurativae faciunt
distrahere intellectum, et ita sunt causa evagationis: quia mens sacerdotis
debet esse adeo fixa ad ea quae dicit, quod non qualibet levi occasione
evagetur. |
Cette
formule : «Ceci est le calice de mon sang», est une figure
et peut être comprise de deux manières. D’une
manière, comme étant une formule métonymique, de sorte
que le contenant est indiqué pour le contenu, comme nous avons coutume
de dire : «Bois ce calice de vin», c’est-à-dire
le vin contenu dans le calice. Une telle manière de parler est
appropriée pour cette forme parce que le sang, considéré
en lui-même, n’indique pas quelque chose qui peut être bu,
mais bien plutôt quelque chose que la nature a horreur de boire. Et
parce que, dans ce sacrement, le sang du Christ est consacré en tant
que breuvage, il fallait donc que quelque chose soit ajouté qui se
rapporterait au breuvage, à savoir, le calice. D’une autre
manière, [cette formule] peut être comprise comme une formule
métaphorique, de sorte que, par le calice, la passion du Christ soit
désignée. En effet, de même qu’un calice de vin
enivre, de même aussi la passion met un homme hors de lui-même
par son amertume. Lm 3, 15 : Il m’a rempli
d’amertume, il m’a enivré d’absinthe. Et le
Seigneur a fait usage de cette manière de parler en parlant de sa
passion, comme cela ressort clairement de Mt 26, 39 : Que
ce calice s’éloigne de moi ! Et cette manière de
parler est aussi appropriée pour cette forme, car, ainsi qu’on
l’a dit, dans la consécration du sang, le mystère de la
passion est directement exprimé. Et cela ne fait rien qu’on ait
coutume d’objecter que les manières de parler en figures
distraient l’intelligence et sont ainsi des causes d’errance ici
et là, car l’esprit du prêtre doit être à ce
point concentré sur ce qu’il dit qu’il ne puisse
vagabonder pour une légère occasion. |
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[14906] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod corpus de sui ratione non dicit aliquid repugnans
cibo ex ipsa sui nominatione, sicut sanguis repugnat potui; et ideo non est
similis ratio. Magister autem non posuit formam quantum ad verba, sed quantum
ad sensum. |
1. Le corps n’exprime par en soi quelque chose de
répugnant comme nourriture par son nom même, comme le sang
répugne à être bu. Le raisonnement n’est donc pas
le même. Mais le Maître n’a pas présenté la
forme quant aux paroles, mais quant au sens. |
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[14907]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod transubstantiatio vini in ipsum
calicem non fit, sed in contentum, scilicet sanguinem Christi, prout potus
est, et prout est per passionem fusus; et ideo objectio cessat. |
2. La transsubstantiation du vin n’est pas
réalisée pour le calice lui-même, mais pour son contenu,
à savoir le sang du Christ, en tant qu’il est un breuvage et en
tant qu’il a été répandu par la passion.
L’objection tombe donc. |
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[14908] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis vas illud non sit de substantia sacramenti, tamen contentum et significatum est de substantia sacramenti; et secundum hoc intelligitur locutio. |
3. Bien que ce vase ne fasse pas partie de la substance du sacrement, ce qui est contenu et signifié fait partie de la substance du sacrement. L’expression est comprise en ce sens. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14909] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod, sicut dictum est, verba
illa quae adduntur in consecratione sanguinis, exprimunt conditiones
passionis, et praecipue secundum quod operatur in sacramentis. Sunt autem
tria in passione consideranda, secundum quod in sacramentis operatur. Primo effectus
quem inducit, qui est remissio peccatorum; et hoc tangitur in hoc quod dicit:
qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum.
Secundo medium quo iste effectus in alios traducitur, quod est fides, qua
mediante habet effectum et in his qui praecesserunt et in his qui sequuntur;
et quantum ad hoc dicit, mysterium fidei; quod quidem potest referri
ad ipsam passionem, quae est mysterium fidei, ut occultum quoddam latens in
fide omnium Christi fidelium, et praecipue antiquorum, apud quos erat in mysterio
abscondite diversimode figurata; et ad ipsum sanguinem, prout in sacramento
continetur, quod quidem latet sub speciebus, et maximam habet difficultatem
ad credendum; unde antonomastice dicitur, mysterium fidei. Tertio
finis ad quem perducit, qui est aeternorum perceptio, ad quem introducit
Christus per sanguinem propriae passionis: in quo novum testamentum
confirmatur, non quidem promittens temporalia, ut prius, sed aeterna; et
quantum ad hoc dicit: novi et aeterni testamenti. Et quia finis prius
est in intentione, ideo, fine praemisso, per medium ad effectum passionis
ostendendum verba formae perducunt. |
Les paroles qui sont ajoutées lors de la
consécration du sang expriment les conditions de la passion,
principalement selon qu’elle agit dans les sacrements. Or, trois choses
doivent être considérées dans la passion, pour autant
qu’elle agit dans les sacrements. Premièrement, l’effet
qu’elle entraîne, qui est la rémission des
péchés. Ceci est abordé lorsqu’il dit :
«qui sera répandu pour vous et pour la multitude en
rémission des péchés». Deuxièmement, le
moyen par lequel cet effet est transmis à d’autres, à
savoir, la foi, par l’intermédiaire de laquelle elle a un effet
chez ceux qui ont précédé et chez ceux qui suivent. Sur
ce point, il dit : «mystère de la foi», qui peut
être mis en rapport avec la passion elle-même, qui est un
mystère de la foi, comme quelque chose de caché dans la foi de
tous les fidèles du Christ, et surtout des anciens, pour lesquels elle
était figurée de diverses façons de manière
cachée dans un mystère ; cela peut aussi être mis en
rapport avec le sang, en tant qu’il est contenu dans la sacrement, qui
est caché sous les espèces et présente la plus grande
difficulté pour la foi. Aussi dit-on «mystère de la
foi» par antonomase. Troisièmement, la fin à laquelle
elle conduit, qui est la perception des réalités
éternelles, à laquelle le Christ mène par le sang de sa
propre passion. Par cela, une nouvelle alliance est confirmée, qui ne
promet pas des réalités temporelles, comme la première,
mais des réalités éternelles. À ce sujet, il
dit : «de l’alliance nouvelle et éternelle». Et
parce que la fin est première en intention, après avoir
indiqué la fin, les paroles de la forme conduisent à montrer
l’effet de la passion en passant par ce qui en est le moyen. |
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[14910] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod testamentum proprie est hereditatis percipiendae institutio
filiis a patre; et ideo testamentum proprie pertinet ad promissionem bonorum,
quae nobis a patre caelesti disponuntur; ad quod quidem testamentum praecepta
se habent sicut via ad consequendum hereditatem promissam; et ita per
posterius testamentum ad mandata pertinet. |
1. Un testament est la disposition prise par un père pour que ses fils reçoivent leur héritage. À proprement parler, le testament se rapporte donc à la promesse des biens qui nous sont octroyés par notre Père céleste. Or, les commandements sont par rapport à ce testament comme le chemin pour obtenir l’héritage promis. Et ainsi, cela se rapporte au testament comme une conséquence. |
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[14911] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod antiquitas illa intelligitur quantum ad similitudinem ritus. Dicitur autem hoc testamentum novum et ratione hujus sacramenti, quod in renovatione mundi institutum est tempore gratiae, et iterum ratione promissionis per sanguinem Christi confirmatae, quae vetus impedimentum consequendae hereditatis amovit; et sic quasi quaedam innovatio promissionis per mortem Christi facta est. |
2. Cette ancienneté se comprend par rapport à la ressemblance du rite. Or, cette alliance est appelée nouvelle en raison de ce sacrement, qui a été institué pour la rénovation du monde au temps de la grâce, et en raison de la promesse confirmée par le sang du Christ, qui a enlevé l’empêchement à recevoir l’héritage. Et ainsi, c’est comme un renouvellement de la promesse qui a été fait par la mort du Christ. |
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[14912] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod dicitur novum et aeternum diversis rationibus: novum
quidem ratione jam dicta; aeternum, vel ratione bonorum aeternorum, de quibus
est testamentum; vel ratione hujus sacramenti continentis Christum, qui est
persona aeterna; vel ratione praedestinationis aeternae hanc gratiam
praeparantis. |
3. [L’alliance] est appelée nouvelle et éternelle pour diverses raisons. Nouvelle, pour la raison déjà dite ; éternelle, soit en raison des biens éternels, sur lesquels porte l’alliance, soit en raison de ce sacrement qui contient le Christ, qui est une personne éternelle, soit en raison de la prédestination éternelle qui prépare à cette grâce. |
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[14913]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod nihil prohibet id quod est in
aliquo occultatum et figuratum, secundum veritatem ibidem esse; et ideo
frivolum juvamentum sui erroris accipiunt qui negant Christi sanguinem
secundum veritatem in altari esse, propter hoc quod est ibi etiam secundum
mysterium. |
4. Rien n’empêche que ce qui est caché
et figuré par quelque chose s’y trouve en réalité.
C’est pourquoi ceux qui nient que le sang existe véritablement
sur l’autel reçoivent une aide futile à leur erreur, du
fait qu’il y existe aussi selon le mystère. |
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[14914] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod Eucharistia dicitur sacramentum caritatis Christi expressivum, et nostrae factivum; sed fides supponitur ad effectum hujusmodi sacramenti, qua mediante aliquis effectum participet; et ideo potius ponit ut medium perducens ad effectum fidem quam caritatem. |
5. On dit que l’eucharistie est le sacrement qui exprime la charité du Christ et qui réalise la nôtre. Mais la foi est supposée pour l’effet de ce sacrement, par l’intermédiaire de laquelle on participe à son effet. C’est pourquoi [la formule] indique plutôt le moyen conduisant à l’effet, la foi, que la charité. |
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[14915] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod hujus solutio ex dictis patet: quia hoc accidit propter hoc quod in consecratione corporis non signatur passio, sicut in consecratione sanguinis. |
6. La solution ressort de ce qui a été dit, car cela se produit du fait que, dans la consécration du corps, la passion n’est pas autant signifiée que dans la consécration du sang. |
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[14916] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod sanguis Christi effusus est pro omnibus quo ad sufficientiam, sed pro electis tantum quo ad efficaciam; et ne putaretur effusus pro Judaeis tantum electis, quibus promissio facta fuerat, ideo dicit, vobis, qui ex Judaeis, et multis, scilicet multitudine gentium. Vel per apostolos sacerdotes designat, quibus mediantibus ad alios effectus passionis per dispensationem sacramentorum pervenit, qui etiam pro seipsis et pro aliis orant. |
7. Le sang du Christ a été répandu pour tous du point de vue de ce qui suffit, mais pour les seuls élus du point de vue de l’effet. Et afin qu’on ne croie pas qu’il a été répandu pour les seuls Juifs élus, à qui la promesse avait été faite, il dit donc : «pour vous», qui êtes issus des Juifs, «et pour la multitude», c’est-à-dire pour la multitude des nations. Ou bien il désigne par les apôtres les prêtres, par l’intermédiaire desquels on atteint d’autres effets de la passion par la dispensation des sacrements, [prêtres] qui prient pour eux-mêmes et pour les autres. |
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[14917] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 8 Ad
octavum dicendum, quod remissio peccatorum non ponitur hic ut proprius
effectus hujus sacramenti, sed ut effectus passionis, quae per consecrationem
sanguinis exprimitur. De mutatione autem, additione et subtractione, idem
dicendum hic quod supra positum est de forma Baptismi, distinct. 3, quaest.
1, art. 2, quaestiunc. 2, 3 et 4. |
8. La rémission des péchés n’est pas mise là comme l’effet propre de ce sacrement, mais comme l’effet de la passion, qui est exprimée par la consécration du sang. À propos du changement, de l’ajout ou de la soustraction [de paroles], il faut dire ici la même chose qui a été dit à propos de la forme du baptême, d. 3, q. 1, a. 2, qa 2, 3 et 4. |
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Articulus
3 [14918] Super
Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 tit. Utrum
verbis praedictis insit aliqua vis creata ad transubstantiationem faciendam |
Article
3 – Existe dans les paroles en question une puissance créée
en vue de réaliser la transsubstantiation ?
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[14919] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 3 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod verbis
praedictis non insit aliqua vis creata ad transubstantiationem faciendam.
Damascenus enim dicit, quod sola virtute spiritus sancti fit conversio panis
in corpus Christi. Sed virtus spiritus sancti non est virtus creata. Ergo
nulla virtus creata inest his verbis, per quam fiat transubstantiatio. |
Objections
1. Il semble qu’il n’y ait pas dans les
paroles mentionnées une puissance créée en vue de
réaliser la transsubstantiation. En effet, [Jean] Damascène dit
que la conversion du pain en corps du Christ est réalisée par
la seule puissance de l’Esprit Saint. Or, la puissance de
l’Esprit Saint n’est pas une puissance créée.
Aucune puissance créée ne se trouve donc dans ces paroles, par
laquelle est réalisée la transsubstantiation. |
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[14920]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 arg. 2 Praeterea, opus transubstantiationis videtur esse
difficilius quam opus creationis; quia citius ratio consentit creationi quam
huic conversioni; cum quidam etiam philosophi ratione naturali ducti
creationem posuerint. Sed nulla virtus creata, secundum communem opinionem, potest Deo
cooperari in opere creationis. Ergo multo
minus in opere hujus conversionis. |
2. L’acte de transsubstantiation semble être
plus difficile que l’acte de création, car la raison consent
plus rapidement à la création qu’à une telle
conversion, puisque certains philosophes, conduits par la raison naturelle,
ont affirmé la création. Or, aucune puissance
créée, selon l’opinion commune, ne peut coopérer
avec Dieu à l’acte de création. Encore bien moins, donc,
à l’acte d’une telle conversion. |
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[14921] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 arg. 3 Praeterea, difficilius est convertere panem in substantiam corporis Christi, quam purissimos sanguines virginis: quia corpus Christi et sanguines virginis habent materiam communem, quae est subjectum conversionis; quod non potest esse in conversione panis in corpus Christi. Sed in formatione corporis Christi ex virgine non fuit aliqua virtus creata active operans transformationem, ut in 3 Lib., distinct. 3, quaest. 2, art. 2, dictum est. Ergo nec verbis praedictis inest aliqua virtus creata ad transubstantiandum. |
3. Il est plus difficile de
convertir le pain en substance du corps du Christ que le sang très pur
de la Vierge, car le corps du Christ et le sang de la Vierge ont une
matière commune, qui est le sujet de la conversion, ce qui ne peut pas
être le cas dans la conversion du pain en corps du Christ. Or, pour la
formation du corps du Christ à partir de la Vierge, il n’y a pas
eu de puissance créée réalisant de manière active
la transformation, comme on l’a dit dans le livre III, d. 3, q. 2, art.
2. Il n’y a donc pas de puissance créée dans les paroles
mentionnées pour réaliser la transsubstantiation. |
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[14922] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 arg. 4 Praeterea, nulla virtus creata potest operari aliquid supra naturam. Sed conversio panis in corpus Christi est maxime supra naturam, cum non servetur modus mutationis naturalis: quia neque est subjectum commune, et terminus ad quem est praeexistens actu. Ergo non potest per virtutem creatam verbis formae collatam hujusmodi conversio fieri. |
4. Aucune puissance créée ne peut réaliser quelque chose qui dépasse la nature. Or, la conversion du pain en corps du Christ dépasse la nature au plus haut point, puisque le mode naturel du changement n’est pas respecté, car il n’y a pas de sujet commun et le terme ad quem préexiste en acte. Cette conversion ne peut donc être réalisée par une puissance créée donnée à ces paroles. |
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[14923] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 arg. 5 Praeterea, virtus activa directe proportionatur ei ad quod actio terminatur: quia hoc est intentum ab agente, et ex eo denominatur actio. Sed corpus Christi ad quod terminatur conversio, est multo dignius qualibet pura creatura. Ergo cum agens debeat esse nobilius facto, non potest aliqua virtute creata aliquid in corpus Christi converti. |
5. La puissance active est directement proportionnée à ce qui est le terme de l’action, car c’est ce dont l’agent a l’intention et ce à partir de quoi l’action est nommée. Or, le corps du Christ, qui est le terme de la conversion, est beaucoup plus digne que n’importe quelle simple créature. Puisque l’agent doit être plus noble que ce qu’il réalise, quelque chose ne peut pas être converti en corps du Christ par une puissance créée. |
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[14924] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 a. 3 arg. 6 Praeterea,
faciens et factum, causa et causatum, debent esse simul: quia quod non est,
non potest aliquid facere, vel alicujus causa existere. Sed cum conversio
praedicta fiat in instanti, et verba formae successive proferantur; quando
fit conversio, verba illa non possunt simul esse, nisi secundum aliquid
minimum sui. Ergo virtute aliqua quae insit verbis, non potest fieri
hujusmodi conversio. |
6. L’agent et ce qu’il réalise, la cause et ce qui est causé, doivent exister simultanément, car ce qui n’existe pas ne peut faire quelque chose ou être la cause de l’existence de quelque chose. Or, puisque la conversion en question se réalise dans l’instant et que les paroles de la forme sont prononcées successivement, lorsque la conversion se réalise, ces paroles ne peuvent exister simultanément, si ce n’est selon leur plus petite partie. Cette conversion ne peut donc être réalisée par une puissance qui existe dans les paroles. |
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[14925]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 arg. 7 Praeterea, verba ista non habent virtutem ex seipsis: hoc
planum est. Si ergo habent aliquam hujusmodi virtutem, oportet quod eis sit
divinitus data. Oportet autem hanc virtutem esse simplicem, cum ejus effectus
sit in instanti. Simplex autem virtus non potest successive dari, et ejus
subjectum oportet esse simplex. Cum ergo verba praedicta compositionem habeant
et successionem, non potest ipsis talis virtus esse collata. |
7. Ces paroles n’ont pas de puissance par
elles-mêmes : cela est clair. Si donc elles possèdent une
puissance, il faut qu’elle leur soit donnée par Dieu. Or, il
faut que cette puissance soit simple, puisque son effet se réalise
dans l’instant. Or, une puissance simple ne peut être
donnée de manière successive et il faut que son sujet soit
simple. Puisque les paroles mentionnées sont composées et successives,
une telle puissance ne peut donc leur être donnée. |
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[14926]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 arg. 8 Praeterea, inconveniens videtur facere aliquid
nobilissimum, quod statim desinat esse. Sed virtus transubstantians est
nobilissima, quod patet ex nobilitate effectus. Ergo cum verba formae statim
esse desinant, inconveniens videtur, si ei virtus transubstantiandi data est
a Deo. |
8. Il semble inapproprié de faire quelque chose de
très noble, qui cesse aussitôt d’exister. Or, la puissance
qui réalise la transsubstantiation est très noble, ce qui ressort
clairement de la noblesse de son effet. Puisque les paroles de la forme
cessent aussitôt d’exister, il semble donc inapproprié que
la puissance de réaliser la transsubstantiation leur soit
donnée par Dieu. |
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[14927]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 arg. 9 Praeterea, verba ista non faciunt conversionem praedictam,
nisi a sacerdote dicta. Sed anima sacerdotis magis est capax virtutis
alicujus divinae quam verba prolata ab ipso. Ergo magis dicendum est quod
haec virtus in sacerdote sit quam in verbis; si tamen aliqua virtus creata ad
transubstantiationem operetur. |
9. Ces paroles ne réalisent pas la conversion
indiquée, à moins qu’elles ne soient dites par un
prêtre. Or, l’âme du prêtre est davantage capable
d’une certaine puissance divine que les paroles qu’il prononce.
Il faut donc dire que cette puissance réside dans le prêtre
plutôt que dans les paroles, à condition toutefois qu’une
puissance créée agisse en vue de la transsubstantiation. |
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[14928]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 s. c. 1 Sed contra est quod Dionysius dicit in fine Eccl. Hier., in
ipsis, scilicet consummativis invocationibus, idest formis
sacramentorum, esse virtutes operativas ex Deo. Sed verba praedicta
sunt forma dignissimi sacramenti. Ergo est in ipsis aliqua virtus ad
transubstantiandum. |
Cependant,
[1] Denys dit, à la fin de la Hiérarchie
ecclésiastique : «Il existe dans les invocations qui
réalisent – c’est-à-dire dans les formes des
sacrements – des puissances agissantes données par Dieu.»
Or, les paroles mentionnées sont la forme du sacrement le plus digne.
Il existe donc en elles une puissance en vue de réaliser la
transsubstantiation. |
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[14929] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 s. c. 2 Praeterea, Ambrosius dicit, quod sermo Christi creaturas mutat, et sic ex pane fit corpus Christi consecratione caelestis verbi. Verbum autem Christi est forma praedicta a Christo instituta, et ex ejus persona recitata. Ergo virtute horum verborum fit transubstantiatio. |
[2] Ambroise dit que la parole du Christ change les créatures, et qu’ainsi le corps du Christ est réalisé à partir du pain par la consécration de la parole céleste. Or, la parole du Christ est la forme instituée par le Christ et elle est récitée en son nom. La transsubstantiation est donc réalisée par la puissance de ces paroles. |
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[14930] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 s. c. 3 Praeterea, sacerdos non operatur ad transubstantiationem nisi proferendo verba. Si ergo verbis non inesset virtus ad transubstantiandum, tunc sacerdos non haberet aliquam potestatem spiritualem conficiendi; et sic non haberet ordinem, qui est quaedam potestas ad hoc principaliter. |
[3] Le prêtre n’agit en vue de la transsubstantiation qu’en prononçant les paroles. Si donc une puissance existe dans les paroles en vue de réaliser la transsubstantiation, le prêtre n’aurait pas alors une puissance spirituelle pour la réaliser, et ainsi, il n’aurait pas l’ordre, qui est une puissance principalement destinée à cela. |
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[14931] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 3 co. Respondeo dicendum,
quod circa hoc est duplex opinio. Quidam enim dicunt, quod nulla virtus
creata inest his verbis, qua fiat transubstantiatio; sed quod dicitur
aliquando virtute horum verborum transubstantiationem fieri, intelligendum
est, quod divina institutione firmatum est ut ad prolationem horum verborum
conversio praedicta fiat virtute divina tantum; et sic etiam dicunt in
omnibus aliis sacramentis, ut supra, distinct. 1, quaest. 1, art. 2,
quaestiunc. 2, dictum est. Sed haec opinio dignitati sacramentorum novae
legis derogat, et dictis sanctorum obviare videtur. Et ideo dicendum est,
quod in verbis praedictis, sicut et in aliis formis sacramentorum, est aliqua
virtus ex Deo; sed haec virtus non est qualitas habens esse completum in
natura, qualiter est virtus alicujus principalis agentis secundum formam
suam, sed habet esse incompletum, sicut virtus quae est in instrumento ex
intentione principalis agentis, et sicut similitudines colorum in aere, ut
supra, dist. 1 dictum est. |
Réponse
À ce propos, il
existe deux opinions. En effet, certains disent qu’aucune puissance
créée n’existe dans les paroles, par laquelle la
transsubstantiation est réalisée. Qu’on dise parfois que
la transsubstantiation est réalisée par ces paroles, cela doit être
entendu au sens où, en vertu de l’institution divine, il a
été établi que la conversion en cause est
réalisée par la seule puissance divine, lorsque ces paroles
sont prononcées. Et ils disent la même chose pour tous les
sacrements, comme on l’a dit plus haut, d. 1, q. 1, a. 2, qa 2.
Mais cette opinion diminue la dignité des sacrements de la loi
nouvelle et semble s’opposer à ce que disent les saints.
C’est pourquoi il faut dire que, dans les paroles en question, comme
dans les autres formes des sacrements, il existe une puissance qui vient de
Dieu; mais cette puissance n’est pas une qualité
possédant une être complet par nature, comme c’est le cas
de la puissance d’un agent principal agissant selon sa forme, mais elle
possède un être incomplet, comme la puissance qui existe dans
l’instrument selon l’intention de l’agent principal et
comme les similitudes des couleurs dans l’air, comme on l’a dit
plus haut, d. 1. |
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[14932] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod dictio exclusiva
adjuncta principali agenti non excludit agens instrumentale: non enim
sequitur: solus hic faber facit cultellum; ergo martellus nihil ad hoc
operatus est. Virtus enim instrumenti non est
nisi quaedam redundantia virtutis agentis principalis; unde in toto actio non
attribuitur instrumento, sed principali agenti, secundum philosophum; et
propter hoc ex hoc quod dicitur, quod sola virtute spiritus sancti fit
hujusmodi conversio, non excluditur virtus instrumentalis, quae est in verbis
praemissis. |
1. Une formulation
inclusive ajoutée à l’agent principal n’exclut pas
l’agent instrumental. En effet, on ne conclut pas de la
proposition : «Seul cet artisan fait un couteau», que le
marteau n’y a rien fait, car la puissance de l’instrument
n’est qu’une retombée de la puissance de l’agent
principal. Aussi l’action n’est-elle pas attribuée en
totalité à l’instrument, mais à l’agent
principal, selon le Philosophe. Pour cette raison, du fait qu’on dit
que cette conversion est réalisée par la seule puissance de
l’Esprit Saint, la puissance d’un agent instrumental n’est
pas exclue dans les paroles en question. |
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[14933] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 a. 3 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod virtus creata praesupponit materiam in qua operetur; quod
quidem contingit esse dupliciter. Uno modo ita quod sit mutationis subjectum, sicut
accidit in conversionibus naturalibus. Alio modo ita quod subsit termino a
quo, non autem mutationi, sicut accidit in dicta conversione. Sed creatio
neutro modo materiam praesupponit; et ideo magis potest aliquid Deo
instrumentaliter cooperari in hac conversione quam in opere creationis. Utrum autem majoris virtutis sit ista conversio, vel
creatio, dicetur infra, distinct. 11, quaest. 1, art. 3, quaestiunc. 4. |
2. La puissance
créée présuppose une matière sur laquelle elle
agit, ce qui se produit de deux manières. D’une manière,
de sorte qu’elle soit le sujet du changement, comme cela se produit
dans les conversions naturelles. D’une autre manière, de sorte
qu’elle soit sous-jacente au terme a quo, mais non à la
mutation, comme cela se produit dans la conversion mentionnée. Mais la
création ne présuppe de matière d’aucune des deux
manières. C’est pourquoi quelque chose peut plutôt
coopérer de manière instrumentale avec Dieu à cette
conversion qu’à l’acte de création. Cette
conversion relève-t-elle d’une puissance plus grande que la
création, on le dira plus loin, d. 11, q. 1, a. 3, qa 4. |
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[14934] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod si in conceptione unio includatur, quae simul cum ipsa facta est, major
difficultas fuit in conceptione quam in transubstantiatione: quia illa unio
est terminata ad esse divinae personae: haec autem transubstantiatio ad
corpus Christi, quia panis non convertitur nisi in corpus Christi. Si autem
conceptionis opus includat tantum conversionem sanguinum purissimorum virginis
in corpus Christi, sic major difficultas est in hac conversione quam in illa
conceptione; unde potuit etiam alicui creaturae conferre quod in illa
conceptione sibi cooperaretur; quamvis non fuisset conveniens propter
dignitatem Christi servandam, quod tunc fiebat simpliciter, prius non
existens: quod hic non accidit; et ideo nihil deperit dignitati corporis
Christi, si aliqua creatura accipiat instrumentalem virtutem operandi in id
quod in corpus Christi transubstantiatur. |
3. Si l’on inclut
l’union dans la conception, laquelle a été
réalisée en même temps que celle-ci, la difficulté
était plus grande pour la conception que pour la transsubstantiation,
car cette union a comme terme l’existence d’une personne divine,
alors que cette transsubstantiation a comme terme le corps du Christ, puisque
le pain n’est converti qu’au corps du Christ. Mais si
l’acte de la conception n’inclut que la conversion du sang
très pur de la Vierge en corps du Christ, alors la difficulté
est plus grande dans cette conversion que dans cette conception. [Dieu]
pouvait donc donner à une créature de coopérer avec lui
pour cette conception, bien que cela aurait été
inapproprié pour sauvegarder la dignité du Christ – [la
créature] était alors réalisée simplement, sans
que rien n’existe antérieurement, ce qui n’est pas le cas
ici. Qu’une créature reçoive la puissance instrumentale
d’agir en vue de réaliser la transsubstantiation au corps du
Christ ne déroge donc en rien à la dignité du corps du
Christ. |
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[14935] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod nulla creatura potest
agere ea quae sunt supra naturam quasi principale agens; potest tamen agere
quasi agens instrumentale a virtute increata motum: quia sicut creaturae
inest obedientiae potentia, ut in ea fiat quidquid creator disposuerit, ita
etiam ut ea mediante fiat, quod est ratio instrumenti. |
4. Aucune
créature ne peut réaliser ce qui dépasse la nature comme
agent principal. Elle peut cependant agir comme agent instrumental mû
par la puissance incréée, car, de même qu’il existe
dans la créature une puissance obédientelle pour que le
Créateur réalise en elle ce qu’il aura
décidé, de même aussi pour que cela soit
réalisé par son intermédiaire, ce qui est la raison de
l’instrument. |
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[14936] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod virtus agentis principalis
respicit principaliter terminum ad quem; sed virtus causae instrumentalis non
attingit ad terminum ad quem, sed habet operationem suam in his quae sunt
circa terminum; sicut qualitates activae elementares non attingunt ad animae
rationalis introductionem. Et similiter hic contingit: quia virtus illa instrumentalis
quae inest verbis, habet operationem supra substantiam panis, quia verbum ad
elementum accedit, secundum Augustinum, non est autem aliquo modo causa eorum
quae in termino ad quem sunt, sicut quod sint accidentia sine subjecto, vel
alicujus hujusmodi; et ideo objectio cessat. |
5. La puissance de
l’agent principal concerne principalement le terme ad quem; mais la
puissance de la cause instrumentale ne va pas jusqu’au terme ad quem,
mais elle possède une opération portant sur ce qui concerne le
terme; ainsi, les qualités actives élémentaires ne
vont-elles pas jusqu’à introduire l’âme rationnelle.
Il en va de même ici, car cette puissance instrumentale qui existe dans
les paroles possède une opération portant sur la substance du
pain, puisque la parole est jointe à l’élément,
selon Augustin; mais elle n’est d’aucune façon cause de ce
qui existe dans le terme ad quem, comme le fait que des accidents existent
sans sujet ou des choses de ce genre. Ainsi tombe l’objection. |
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[14937] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod virtus haec conversiva quae
est in his verbis, cum sit sacramentalis, sequitur significationem, ut dictum
est; significatio autem existentis conversionis, cum importet ordinem unius
ad alterum, non potest fieri per dictionem, sed oportet quod per orationem
fiat; cujus partes quamvis successive proferantur, tamen significatio est
tota simul, quod tunc complet ultima orationis particula ad modum
differentiae ultimae in definitionibus; et hac significatione existente, in
ultimo prolationis instanti fit transubstantiatio. |
6. Cette puissance de
conversion qui existe dans ces paroles, puisqu’elle est sacramentelle,
découle de la signification, comme on l’a dit. Or, la
signification de cette conversion, puisqu’elle comporte l’ordre
d’une chose à une autre, ne peut être
réalisée par une parole, mais il faut qu’elle soit
réalisée par un discours, dont les parties sont
prononcées de manière successive, mais dont la signification
existe simultanément dans sa totalité, ce
qu’achève de réaliser le dernier élément du
discours à la manière de la différence ultime dans les
définitions. Lorsque cette signification existe, la
transsubstantiation est réalisée dans le dernier instant de la
prononciation. |
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[14938] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 ad 7 Ad septimum dicendum,
quod significatio orationis, quamvis relata ad partes quibus fit
significatio, videatur composita, tamen relata ad rem significatam simplex
est, inquantum significat unum, scilicet compositionem hujus cum hoc; sicut
etiam philosophus dicit in 5 Metaph., quod substantia senaria non est bis
tria, sed semel sex quam ibi qualitatem nominat. Unde sicut ad hanc qualitatem
senarii se habent partes ejus ut dispositiones materiales, non ut qualitates
partium, sicut partes unius qualitatis totius; ita significationes partium
sunt dispositiones ad significationem totius orationis, quae consurgit ex
significatione ultimae partis in ordine ad omnes praecedentes: quia virtus
conversiva sequitur significationem, ut dictum est; et ideo in ipso
complemento significationis datur illa virtus orationi toti, ita quod partes
singulae se habent materialiter tantum ad illam virtutem. |
7. La signification d’un
discours, qui semble composée en regard des parties par lesquelles la
signification est réalisée, est simple en regard de la chose
signifiée, pour autant qu’il signifie une seule chose, à
savoir, la composition entre telle et telle chose. Ainsi parle le Philosophe
dans Métaphysique, V : la substance sextuple ne consiste
pas en deux fois trois, mais en une fois six, ce qui désigne là
une qualité. Ainsi, de même qu’il y a un rapport entre le
nombre six et ses parties, en tant que dispositions matérielles, et
non en tant que qualités des parties, comme les parties d’une
qualité considérée dans sa totalité, de
même les significations des parties sont-elles des dispositions en vue de
signifier l’ensemble du discours, qui ressort de la signification de la
dernière partie en regard de toutes les précédentes. En
effet, la puissance de conversion découle de la signification, comme
on l’a dit. C’est pourquoi, dans l’achèvement
même de la signification, cette puissance est donnée au
discours, de sorte que chacune des parties ne joue que le rôle de
matière par rapport à cette puissance. |
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[14939] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 ad 8 Ad octavum dicendum, quod valde conveniens est quod omne quod est propter aliquid, esse desinat perfecto hoc propter quod erat; et quia virtus illa non erat ad perfectionem ejus cui dabatur, sed magis ad faciendum conversionem de qua loquimur, cum sit tantum instrumentalis virtus, ut dictum est; ideo non est inconveniens, si statim conversione facta, et verba et virtus verborum esse desinant. |
8. Il est tout à fait
approprié que tout ce qui existe en rapport avec autre chose cesse
d’exister lorsqu’est complété ce pour quoi cela
existait. Et parce que cette puissance n’existait pas pour la perfection
de celui à qui elle était donnée, mais plutôt pour
réaliser la conversion dont nous parlons, puisqu’elle
n’est qu’une puissance instrumentale, comme on l’a dit, il
n’est pas inapproprié que, dès l’achèvement
de la conversion, les paroles et la puissance cessent d’exister. |
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[14940] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 3 ad 9 Ad nonum dicendum, quod quando aliquod opus perficitur pluribus instrumentis, virtus instrumentalis non est complete in uno, sed incomplete in utroque, sicut manu et penna scribitur; et similiter contingit in proposito: quia virtus instrumentalis ad faciendam praedictam conversionem non tantum est in verbo vel in sacerdote, sed in utroque incomplete: quia nec sacerdos sine verbo, nec verbum sine sacerdote conficere potest. Et quia sacerdos est similior principali agenti quam verbum, quia gerit ejus figuram; ideo, simpliciter loquendo, sua virtus instrumentalis est major et dignior (unde etiam permanet, et ad multos hujusmodi effectus se habet): virtus autem verbi transit, et ad semel tantum est: sed secundum quid est potentior virtus verbi, inquantum effectui propinquior, quasi signum ipsius; sicut etiam penna est Scripturae propinquior, sed manus scribenti. |
9. Lorsqu’une œuvre est
réalisée par plusieurs instruments, la puissance instrumentale
n’existe pas en totalité dans un seul, mais de manière
incomplète dans les deux, comme on écrit avec la main et la
plume. De même en est-il dans la question en cause, car la puissance
instrumentale pour réaliser la conversion mentionnée
n’existe pas seulement dans la parole ou chez le prêtre, mais
dans les deux de manière incomplète, car ni le prêtre
sans la parole, ni la parole sans le prêtre ne peuvent réaliser
[cette conversion]. Et parce que le prêtre ressemble davantage que la
parole à l’agent principal, puisqu’il en est la figure,
à parler simplement, sa puissance instrumentale est plus grande et
plus digne (aussi dure-t-elle et s’applique-t-elle à plusieurs
effets de ce genre). Mais la puissance de la parole est passagère et
n’est utilisée qu’une seule fois. Mais, de manière
relative, la puissance de la parole est plus grande pour autant qu’elle
se rapproche davantage de l’effet en en étant le signe, comme la
plume est plus rapprochée de l’écriture, mais la main
[est plus rapprochée] de celui qui écrit. |
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Articulus 4 [14941] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 tit. Utrum formae expectent
se in operando |
Article
4 – Les formes [de l’eucharistie] s’attendent-elles pour
agir ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Les
formes s’attendent-elles pour agir ?]
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[14942] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod formae
expectent
se in operando. Sicut enim se habet res ad rem, ita se habet forma ad formam.
Sed res corporis non est sine re sanguinis:
quia non consecratur corpus Christi sine sanguine. Ergo nec forma corporis
operatur sine forma sanguinis. |
1. Il semble que les
formes s’attendent pour agir. En effet, tel est le rapport d’une
chose à une autre, tel est le rapport d’une forme à
l’autre. Or, la réalité du corps n’existe pas sans
le sang, car le corps n’est pas consacré sans le sang. La forme
du corps n’agit donc pas sans la forme du sang. |
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[14943] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, hoc
sacramentum est unum. Sed propter unitatem sacramenti species duae, scilicet
panis et vini, se habent in ratione unius signi, ut dictum est. Ergo
similiter duae formae se habent in ratione unius formae. Sed in una forma
partes se expectant invicem ad agendum, ut dictum est. Ergo et forma corporis expectat formam sanguinis. |
2. Ce sacrement est
unique. Or, en raison de l’unité du sacrement, deux
espèces, à savoir, celles du pain et du vin, se rejoignent dans
un seul signe, comme on l’a dit. De la même façon, les
deux formes se rejoignent donc en une seule forme. Or, dans une forme unique,
les parties s’attendent pour agir, comme on l’a dit. La forme du
corps attend donc la forme du sang. |
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[14944] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, in Baptismo tres immersiones se expectant
in agendo. Ergo
et similiter hae duae prolationes verborum. |
3. Dans le
baptême, les trois immersions s’attendent pour agir. De la
même façon, les deux prononciations de paroles
[s’attendent-elles] donc. |
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[14945] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra, si statim verbis prolatis, quando est orationis significatio, non
esset ibi verum corpus Christi, haec esset falsa: hoc est corpus meum.
Sed in
sacramento veritatis non contingit aliquod esse falsum. Ergo forma prima non
expectat secundam in operando. |
Cependant, [1] si le corps véritable
du Christ ne se trouvait pas là dès que les paroles sont
prononcées, alors qu’existe la signification du discours, cette
[proposition] : «Ceci est mon corps», serait
fausse. Or, dans le sacrement de la vérité, il
n’arrive pas que quelque chose soit faux. La première forme
n’attend donc pas la seconde pour agir. |
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[14946] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, hostia non
est adoranda ante consecrationem. Sed secundum communem modum Ecclesiae,
statim dictis primis verbis formae super panem, ante formam sanguinis
elevatur hostia a populo adoranda. Ergo ante
formam sanguinis hostia est consecrata. |
[2] L’hostie ne doit pas
être adorée avant la consécration. Or, selon
l’usage commun de l’Église, dès que les
premières paroles de la forme ont été dites sur le pain,
avant la forme du sang, l’hostie est élevée pour
être adorée par le peuple. L’hostie est donc
consacrée avant la forme du sang. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 –
[S’il y a défaillance du prêtre après la
consécration du corps du Christ, un autre doit-il procéder
à la consécration du sang ?] |
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[14947] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod deficiente sacerdote post
corporis Christi consecrationem non debet alius procedere ad consecrationem
sanguinis. Quia unius sacramenti unus debet esset minister. Sed consecratio
utraque ad unum sacerdotem pertinet. Ergo ab uno ministro fieri debet. |
1. Il semble que, s’il y a défaillance du prêtre après la consécration du corps du Christ, un autre ne doive pas procéder à la consécration du sang, car il ne doit y avoir qu’un seul ministre pour un seul sacrement. Or, les deux consécrations relèvent d’un seul prêtre. Elles doivent donc être accomplies par un seul ministre. |
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[14948]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sacerdos consecrans gerit figuram Christi, ex
cujus persona verba proferuntur. Sed Christus non est divisus, ut dicitur 1
Corinth. 1. Ergo nec verba dividi debent ut a diversis proferantur. |
2. Le prêtre qui
consacre est la figure du Christ, au nom de qui les paroles sont
prononcées. Or, le Christ n’est pas divisé, comme il est
dit en 1 Co 1. Les paroles non plus ne doivent donc pas être
divisées en étant prononcées par plusieurs. |
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[14949] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, ad
perfectionem hujus sacramenti utraque consecratio requiritur. Si ergo consecrato corpore non consecratur sanguis,
sacramentum remanet imperfectum, quod est inconveniens. |
Cependant, [1] les deux
consécrations sont nécessaires pour la perfection de ce
sacrement. Si donc, une fois que le corps est consacré, le sang
n’est pas consacré, le sacrement demeure imparfait, ce qui est
inapproprié. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Sans les autres paroles qui sont dites dans le canon de la messe, ces paroles ont-elles la puissance de réaliser la conversion ?] |
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[14950] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haec verba sine aliis quae in
canone Missae dicuntur, non habeant vim conficiendi. Quia in hoc sacramento requiritur
intentio faciendi quod facit Ecclesia; et sic intentio debet esse secundum
statuta Ecclesiae regulata. Sed proferens haec verba tantum, non servat
Ecclesiae statuta. Ergo non conficit. |
1. Il semble que, sans les autres paroles qui dont dites
dans le canon de la messe, ces paroles n’ont pas la puissance de
réaliser [la conversion]. En effet, dans ce sacrement,
l’intention de faire ce que fait l’Église est
nécessaire, et ainsi l’intention doit être
réglée par les décisions de l’Église. Or,
celui qui ne prononce que ces paroles ne respecte pas les décisions de
l’Église. Il ne réalise donc pas [la conversion]. |
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[14951]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, verba quibus fit consecratio, per se prolata,
ad personam dicentis referuntur. Sed conversio panis et vini non fit in
corpus et sanguinem dicentis, sed in corpus et sanguinem Christi. Ergo sine
verbis praemissis, quibus verba formae determinantur ad personam Christi,
scilicet: qui pridie quam pateretur etc., non potest fieri conversio. |
2. Les paroles par lesquelles la consécration est
réalisée, prononcées par elle, se rapportent à la
personne de celui qui les dit. Or, la conversion du pain et du vin ne devient
pas le corps et le sang de celui qui parle, mais le corps et le sang du Christ.
Sans les paroles mentionnées, par lesquelles les paroles de la forme
sont déterminées à la personne du Christ, à
savoir : «avant qu’il ne souffre, etc.», la conversion
ne peut donc être réalisée. |
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[14952] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
si verbis praedictis tantum posset fieri consecratio, tunc aliquis in
periculo mortis existens, posset licite sine verbis praecedentibus conficere,
sicut aliquis in necessitate potest baptizare omissis illis quae sunt ad
decorem sacramenti. Sed hoc nunquam licet. Ergo sine verbis aliis ista non habent vim convertendi. |
3. Si la consécration ne
pouvait être réalisée que par les paroles
mentionnées, alors quelqu’un qui est en danger de mort pourrait
la réaliser licitement sans les paroles qui précèdent,
comme quelqu’un peut baptiser en cas de nécessité en
omettant ce qui contribue à rehausser le sacrement. Or, cela
n’est jamais permis. Ces paroles n’ont donc pas la puissance de
convertir sans les autres. |
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[14953] Super Sent., lib.
4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra est quod Ambrosius dicit: sacramentum istud quod accipis, sermone
domini conficitur; et loquitur de verbis praedictis. Ergo sine aliis ista
prolata habent vim conficiendi. |
Cependant, [1] Ambroise dit: «Ce
sacrement que tu reçois est réalisé par la parole du
Seigneur», et il parle des paroles mentionnées. Ces paroles
prononcées ont donc la puissance de convertir sans les autres. |
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[14954] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 4 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, virtus conversiva sequitur significationem
verborum, ut dictum est. Sed verba formae absque praecedentibus sufficienter
significant hoc quod in sacramento hoc faciendum est. Ergo sine aliis habent vim conversivam. |
[2] La puissance de
convertir découle de la signification des paroles, comme on l’a
dit. Or, les paroles de la forme signifient suffisamment ce qui doit
être fait dans ce sacrement, sans les paroles qui
précèdent. Elles possèdent donc la puissance de
convertir, sans les autres. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14955] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod quidam dixerunt, quod prima
forma non habet effectum suum nisi prolata forma secunda; nec secunda haberet
effectum, nisi prima prius prolata: nec tamen periculose adoratur hostia ante
consecrationem sanguinis, quia non adoratur quod est, sed quod erit. Sed
illud non potest stare: quia forma materiae proportionari debet; unde sicut
materiae distinctae sunt nec ad invicem commixtae, ita formae divisim
operantur; quod patet ex hoc quod utraque per se completam significationem
habet. Et ideo dicendum cum aliis, quod
formae praedictae non expectant se mutuo in operando. |
Certains ont dit que
la première forme n’obtient son effet que lorsque la seconde
forme est prononcée, et que la seconde n’aurait pas
d’effet, à moins que la première n’ait
d’abord été prononcée. Cependant, il n’y
aurait pas de risque à adorer l’hostie avant la consécration
du vin parce qu’on n’adore pas ce qui est, mais ce qui sera. Mais
cela ne se peut pas, car la forme doit être proportionnée
à la matière. Aussi, de même que les matières sont
distinctes et qu’elles ne sont pas mêlées l’une
à l’autre, de même les formes agissent-elles
séparément, ce qui ressort du fait que les deux ont une
signification complète en elles-mêmes. Ainsi, il faut dire avec
d’autres que les formes mentionnées ne s’attedent pas
l’une l’autre pour agir. |
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[14956]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in hoc sacramento dupliciter
aliquid continetur; scilicet ex vi sacramenti, et ex naturali concomitantia;
et quia sacramentum est institutum in usum fidelium, ideo ex vi sacramenti
continetur in hoc sacramento quod in usum fidelium venit. Et quia in pane
consecrato non continetur sanguis Christi secundum quod est in usum potus
fidelium, ideo non continetur ibi ex vi sacramenti, sed ex naturali
concomitantia, qua convenit ut corpus Christi non sit sine sanguine; et e
contrario est de vino consecrato. Unde panis non convertitur per vim primorum
verborum in corpus et sanguinem, sed in corpus sine sanguine veniente in usum
potus fidelium. Causa autem quare divisim sanguis a corpore consecratur, cum
nunc non sit divisus, potest sumi ex usu ad quem est sacramentum, quia
manducatio in cibo et potu consistit; et ex eo quod per sacramentum
repraesentatur, quia in passione sanguis Christi a corpore divisus fuit. |
1. Dans ce sacrement,
quelque chose est contenu de deux manières : en vertu du
sacrement et en vertu d’une concomitance naturelle. Et parce que le sacrement
a été institué pour l’usage des fidèles,
est contenu dans ce sacrement ce qui est destiné à
l’usage des fidèles. Et parce que, dans le pain consacré,
le sang du Christ n’est pas contenu selon qu’il destiné
à l’usage des fidèles, il n’y est donc pas contenu
en vertu du sacrement, mais en vertu d’une concomitance naturelle, par
laquelle il convient que le corps du Christ n’existe pas sans le sang.
Et c’est le contraire pour le vin consacré. Aussi le pain
n’est-il pas converti en corps et en sang par la puissance des
premières paroles, mais en corps sans le sang, destiné à
être bu par les fidèles. La raison pour laquelle le sang est
consacré séparément du sang, alors qu’il
n’est pas maintenant divisé, peut être saisie à
partir de l’usage auquel le sacrement est destiné, car la
manducation consiste en nourriture et en breuvage, et aussi à partir
de ce qui est représenté par le sacrement, car le sang du
Christ a été divisé de son corps lors de la passion. |
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[14957]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod duae formae in hoc sacramento
non pertinent ad unum sacramentum quasi unam formam constituant, sicut ex
diversis dictionibus constituitur una forma; sed pertinent ad unum
sacramentum mediantibus diversis partibus hujus sacramenti; et ideo utraque
habet seorsum effectum suum supra partem ad quam ordinatur. |
2. Dans ce sacrement, les deux formes ne se rapportent
pas à un seul sacrement comme si elles n’étaient
qu’une seule forme, comme une seule forme est constituée de
plusieurs paroles. Mais elles se rapportent à un seul sacrement par
l’intermédiaire des diverses parties de ce sacrement.
C’est pourquoi les deux agissent séparément sur la
matière à laquelle elles sont ordonnées. |
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[14958] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod tres immersiones referuntur ad unum characterem, qui est res et sacramentum in Baptismo; sed diversae formae referuntur ad diversa, quae sunt res et sacramentum hic; et ideo non est simile. |
3. Les trois immersions se rapportent au caractère unique, qui est réalité et sacrement dans le baptême. Mais les diverses formes [dans l’eucharistie] se rapportent à des réalités diverses, qui sont ici réalité et sacrement. Ce n’est donc pas la même chose. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14959] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod secundum statutum Concilii Toletani, si sacerdos impeditur ut
coeptum Missarum officium explere non possit, alius sacerdos debet explere
quod ille inchoavit, ita quod incipiat sequens sacerdos ubi primus dimisit,
si sciatur: si autem nesciatur, debet a capite incipere: non enim dicitur
iteratum quod nescitur esse factum. Nec aliquid per hoc derogatur unitati
sacramenti: quia omnes unum sumus in Christo propter fidei unitatem. Secundum
tamen Innocentium tertium consultius est ut illa hostia jam consecrata
seorsum posita, super aliam deinceps totum officium iteretur. |
Selon
la décision du concile de Tolède, si un prêtre est
empêché de pouvoir terminer l’office de la messe
qu’il a commencé, un autre prêtre doit terminer ce que
celui-là a commencé, de sorte que le prêtre suivant
commence là où le premier a abandonné, s’il le
sait. Mais s’il ne le sait pas, il doit recommencer au
début : en effet, on ne dit pas qu’est
répété ce qu’on ne sait pas avoir
été fait. Et l’on ne déroge pas ainsi à
l’unité du sacrement, car nous sommes tous un dans le Christ en
raison de l’unité de la foi. Toutefois, selon Innocent III, il
est plus judicieux de mettre de côté l’hostie déjà
consacrée, puis de recommencer ensuite tout l’office sur une
autre. |
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[14960] Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 2 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
La solution des objections ressort
ainsi clairement. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14961] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod quidam
dixerunt quod verba ista, in quibus forma consistit, ut dictum est, si per se
dicantur sine aliis, non faciunt conversionem, ad minus sine illis quae sunt
in canone Missae. Sed hoc non videtur probabile: quia secundum Augustinum, accedit
verbum ad elementum, et fit sacramentum. Verbum autem quo accedente ad
elementum fit sacramentum, a sanctis dicitur esse verbum salvatoris; unde
alia sunt de solemnitate sacramenti, non de necessitate. Et ideo cum aliis dicendum est quod in his verbis sine
aliis potest confici corpus Christi, quamvis graviter peccaret qui hoc
faceret. Et quod haec opinio sit verior, patet ex hoc quod non sit idem canon
Missae apud omnes, et secundum diversa tempora, diversa sunt in canone Missae
superaddita. |
Certains ont dit que
les paroles dans lesquelles consiste la forme, comme on l’a dit, si
elles sont elles-mêmes dites sans les autres, ne réalisent pas
la conversion, tout au moins sans celles qui se trouvent dans le canon de la
messe. Mais cela ne semble pas probable, car, selon Augustin, «la
parole est jointe à un élément, et le sacrement est
réalisé». Or, les saints disent que la parole qui, jointe
à un élément, réalise le sacrement est la parole
du Sauveur. Les autres [paroles] font donc partie de la solennité du
sacrement, et non de ce qui lui est nécessaire. Il faut donc dire avec
d’autres que, par ces paroles et sans les autres, peut être
réalisé le corps du Christ, bien que celui qui ferait cela
pécherait gravement. Que cette opinion soit plus vraie, cela ressort
de ce que le canon de la messe n’est pas le même pour tous et
que, à divers moments, diverses choses ont été
ajoutées au canon de la messe. |
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[14962] Super Sent., lib. 4 d. 8
q. 2 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ad sacramentum
requiritur intentio faciendi quod facit Ecclesia in essentialibus sacramento,
non autem in his quae pertinent ad decorem vel solemnitatem sacramenti, sicut
in Baptismo patet. |
1. L’intention de faire ce que fait
l’Église est nécessaire pour ce qui est essentiel au
sacrement, mais non pour ce qui se rapporte au rehaussement ou à la
solennité du sacrement, comme cela est clair pour le baptême. |
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[14963]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ex ipsa intentione proferentis
possunt verba formae ad personam Christi referri, etiam verbis aliis non
praemissis, si sacerdos verba praedicta in persona Christi dicere intenderet. |
2. Les paroles de la forme peuvent être mises en
rapport avec la personne du Christ par l’intention même de celui
qui les prononcent, même sans qu’il les fasse
précéder des autres paroles, si le prêtre a eu
l’intention de dire au nom du Christ les paroles mentionnées. |
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[14964]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod Baptismus est sacramentum
necessitatis; et ideo concessum est ut imminente necessitatis articulo possit
aliquis baptizare sine solemnitate ab Ecclesia instituta. Secus autem est de
hoc sacramento: quia alicui in necessitate constituto sufficeret
spiritualiter manducare, si sacramentaliter manducare non posset; et ideo in
nullo casu a peccato excusaretur. |
3. Le baptême est un sacrement nécessaire.
On a donc permis qu’en cas de nécessité urgente, quelqu’un
puisse baptiser sans la solennité instituée par
l’Église. Mais il en va autrement de ce sacrement, car il
suffirait à quelqu’un qui se trouve dans un cas de
nécessité de [le] manger spirituellement, s’il ne pouvait
[le] manger sacramentellement. Ainsi, il ne serait excusé de
péché dans aucun cas. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 8 |
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[14965]
Super Sent., lib. 4 d. 8 q. 2 a. 4 qc. 3 expos. Post sacramentum Baptismi et confirmationis sequitur
Eucharistiae sacramentum. Videtur quod male
ordinet. Quia quod est per essentiam, prius est quam id quod est per
participationem. In hoc autem sacramento continetur Christus per essentiam, in aliis
vero per participationem suae virtutis. Ergo hoc sacramentum ante omnia alia
determinare debuit. Praeterea, Dionysius aliter ordinat. Prius enim de
Baptismo, et postea de Eucharistia, et postea de chrismate determinat. Ergo
videtur quod Magister hic ordinem pervertat. Et dicendum ad primum, quod sacramenta
sunt ordinata ad usum fidelium; unde ordo sacramentorum non attenditur secundum
contentorum ordinem sed secundum quod veniunt in usum fidelium; et ideo Baptismus
ante Eucharistiam ab omnibus ponitur. Ad secundum dicendum, quod Dionysius
determinat de sacramentis secundum quod sunt actiones hierarchicae, ut supra,
dist. 2, qu. 1, art. 2 in corp., dictum est; et ideo ordinem sacramentorum
attendit, secundum quod per ea distinguuntur personae, ut in hierarchia et
ordine. Et quia Eucharistia non importat aliquam distinctionem supra
Baptismum, cum ex hoc ipso quod baptizatur aliquis, ad Eucharistiae
perceptionem deputetur; confirmatio autem addit; ideo praemittit Eucharistiam
confirmationi, sicut commune ad proprium. Magister autem determinat de
sacramentis secundum quod sacramenta sunt medicinae quaedam sanctificantes;
et ideo secundum ordinem sanctificationum ordinat sacramenta; et quia
amplioris sanctificationis est Eucharistia quam confirmatio; ideo postremo de
ea determinat. Intelligi datur antiquiora esse sacramenta Christianorum
quam Judaeorum. Videtur hoc esse falsum: quia hoc sacramentum quo ad rem
non fuit ante adventum Christi; quo ad speciem autem et ritum fuerunt
sacrificia, quae erant sacramenta Judaeorum, etiam ante Melchisedech. Et dicendum,
quod loquitur quantum ad figuram hujus sacramenti per similitudinem speciei
et ritus. Sacramenta autem quae in lege naturae fiebant, non erant figurae
sacramentorum veteris legis, sed magis passionis Christi. Consecratio quibus fit verbis ? et cetera. Videtur falsum esse quod dicit: quia non
dicitur: accipite et edite, sed manducate; et praeterea hoc non est de
forma, ut dictum est supra, qu. 2, art. 2. Item non dicitur: hic est sanguis
meus, sed: hic est calix sanguinis mei. Et dicendum, quod Magister non
intendit hic definite ponere verba quibus fit consecratio, sed explanare quod
verbis domini fit; non tamen in omnibus verbis quae ipse ponit, nec eisdem
numero, sed eisdem quo ad sensum. Per reliqua autem omnia quae dicuntur,
laus Deo defertur. Sciendum, quod eorum quae in officio Missae dicuntur,
quaedam dicuntur per sacerdotem, quaedam per ministros, quaedam a toto choro.
Ea quidem quibus populus immediate ordinatur ad Deum, per sacerdotes tantum
dicuntur, qui sunt mediatores inter populum et Deum; quorum quaedam dicuntur
publice, spectantia ad totum populum, in cujus persona ipse solus ea Deo
proponit, sicut orationes et gratiarum actiones; quaedam privatim, quae ad
officium ipsius tantum spectant, ut consecrationes, et hujusmodi orationes
quas ipse pro populo facit; tamen in persona populi orans etiam in omnibus
praemittit: dominus vobiscum, ut mens populi Deo conjungatur ad ipsum
per intentionem erecti. Et quia populus in his quae ad Deum sunt, sacerdotem
ducem habet, ideo in fine cujuslibet orationis populus consentit respondens: amen;
unde et omnis sacerdotis oratio alte terminatur, etiam si privatim fiat. Ad ea vero quae per
ministerium aliorum divinitus sunt tradita, per ministros altaris populus ordinatur.
Ea vero quae ad dispositionem populi pertinent, chorus prosequitur: quorum
quaedam a sacerdote inchoantur, quae ad ea pertinent quae rationem humanam
excedunt, quasi divinitus accepta: quaedam chorus per seipsum, quibus illa
declarantur quae rationi sunt consona. Item quaedam pertinent ad populum ut
praeparatoria ad divina percipienda; et haec a choro praemittuntur his quae a
ministris et sacerdote dicuntur; quaedam vero ex perceptione divinorum in
populo causata; et haec sequuntur. His ergo visis, sciendum est, quod quia
omnis nostra operatio a Deo inchoata, circulariter in ipsum terminari debet;
ideo Missae officium incipit ab oratione, et terminatur in gratiarum actione.
Unde tres habet partes principales; scilicet principium orationis quod durat
usque ad epistolam; medium celebrationem ipsam quae durat usque ad
postcommunionem; et finem gratiarum actionis exinde usque in finem. Prima
pars duo continet; scilicet populi praeparationem ad orationem, et ipsam
orationem. Praeparatur autem populus ad orationem tripliciter. Primo per
devotionem, quae excitatur in introitu; unde et sumitur ex aliquo pertinente
ad solemnitatem, in cujus devotionem populus congregatur, et etiam adjungitur
Psalmus. Secundo humilitatem, quae fit per kyrie eleison, quia
misericordiam petens miseriam profitetur; et dicitur novies propter novem
choros Angelorum, vel propter fidem Trinitatis, secundum quod quaelibet
persona in se consideratur et in ordine ad alias. Tertio per rectam
intentionem, quae ad caelestem patriam et gloriam dirigenda est, quae omnem
rationem humanam excedit; et hoc fit per gloria in excelsis, quod
chorus prosequitur sacerdote inchoante; et ideo non dicitur nisi in
solemnitatibus quae nobis caelestem solemnitatem repraesentant; in officiis
vero luctus omnino intermittitur. Deinde sequitur oratio ad Deum pro populo
fusa, quam sacerdos publice proponit praemisso dominus vobiscum, quod
sumitur de Ruth 2. Pontifex autem dicit: pax vobis, gerens typum
Christi qui his verbis discipulos post resurrectionem allocutus est, Joan.
20. Secunda autem pars principalis tres partes continet. Prima est populi
instructio usque ad offertorium; secunda, materiae oblatio usque ad
praefationem; tertia, sacramenti consummatio usque ad post communionem.
Instructio autem populi fit per verbum Dei, quod quidem a Deo per ministros
suos ad populum pervenit; et ideo ea quae ad instructionem plebis pertinent,
non dicuntur a sacerdote, sed a ministris. Ministerium
autem verbi Dei est triplex. Primum auctoritatis, quod competit Christo qui
dicitur minister, Rom. 15, de quo dicitur Matth. 7, 29: erat autem in
potestate docens. Secundum manifestae veritatis quae competit
praedicatoribus novi testamenti, de quo dicitur 2 Corinth. 3, 6: qui et
idoneos nos fecit ministros et cetera. Tertium figurationis, quod
competit praedicatoribus veteris testamenti; et ideo doctrinam Christi
proponit diaconus. Et quia Christus non solum est homo, sed Deus; ideo
diaconus praemittit: dominus vobiscum, ut ad Christum quasi ad Deum
homines attentos faciat. Doctrina vero praedicatorum novi testamenti
proponitur per subdiaconos. Nec obstat quod aliquando ab eis legitur loco
epistolae aliquid de veteri testamento, quia praedicatores novi testamenti
etiam vetus praedicant. Doctrina vero praedicatorum veteris testamenti per
inferiores ministros legitur non semper, sed illis diebus quibus praecipue
configuratio novi et veteris testamenti designatur, ut in jejuniis quatuor
temporum, et quando aliqua celebrantur quae in veteri lege figurata sunt,
sicut passio, nativitas, Baptismus, et aliquod hujusmodi. Et quia utraque
doctrina ordinat ad Christum, et eorum qui praeibant, et eorum qui
sequebantur; ideo doctrina Christi postponitur quasi finis. Ex doctrina autem
ordinante ad Christum duplex effectus populo provenit, quibus etiam homo
praeparatur ad doctrinam Christi: scilicet profectus virtutum, qui per
graduale insinuatur: dicitur enim a gradu quo ascenditur de virtute in
virtutem, vel a gradibus altaris ante quos dicitur; et exultatio habita de
aeternorum spe, quod insinuat alleluja; unde et replicatur propter
stolam animae et corporis. In diebus vero et officiis luctus intermittitur,
et loco ejus, tractus ponitur, qui asperitate vocum et prolixitate verborum
praesentis miseriae incolatum insinuat. Tempore autem resurrectionis duplex alleluja
dicitur propter gaudium resurrectionis capitis, et membrorum. Effectus autem
evangelicae doctrinae est fidei confessio; quae quia supra rationem est, a
sacerdote inchoatur symbolum fidei et chorus prosequitur, nec dicitur nisi in
illis solemnitatibus de quibus fit mentio in symbolo, sicut de nativitate,
resurrectione, de apostolis, qui fidei fundatores extiterunt, ut 1 Corinth.
3, 10: ut sapiens architectus fundamentum posui. Deinde sequitur
secunda pars partis secundae principalis quae pertinet ad materiae
consecrandae oblationem; et haec tria continet. Praemittitur enim offerentium
exultatio, quasi praeparatoria, in offertorio, quia hilarem datorem
diligit Deus, 2 Corinth. 9, 7: exprimitur ipsa oblatio dum dicitur: suscipe
sancta Trinitas: petitur oblationis acceptatio per orationes secreto
dictas, quia hoc sacerdotis tantum est Deum oblationibus placare: ad quam
orationem sacerdos per humilitatem se praeparat dicens: in spiritu humilitatis
et in animo contrito suscipiamur a te domine. Et quia haec tria praedicta exigunt mentis erectionem ad
Deum, ideo omnibus tribus praemittitur: dominus vobiscum, loco cujus
quando oratio secreta facienda est, dicitur: orate fratres. Tertia
pars secundae principalis partis, quae ad sacramenti perceptionem pertinet,
tria continet. Primo praeparationem; secundo sacramenti perfectionem, ibi: te
igitur etc., tertio sacramenti susceptionem, ibi: oremus. Praeceptis
salutaribus moniti, et divina institutione formati audemus dicere.
Praeparatio autem populi et ministrorum et sacerdotis ad tantum sacramentum
fit per devotam Dei laudem; unde in praefatione, in qua fit dicta
praeparatio, tria continentur. Primo populi excitatio ad laudem, ubi sacerdos
praemisso dominus vobiscum, quod ad totam hanc tertiam partem
referendum est, inducit ad mentis erectionem, dicens: sursum corda, et
ad gratiarum actionem, dicens: gratias agamus domino Deo nostro.
Secundo Deum implorat ad laudem suscipiendum, ostendens laudis debitum,
dicens: vere dignum, ratione dominii (unde subdit: domine sancte);
justum ratione paternitatis (unde subdit: pater omnipotens); aequum,
ratione deitatis (unde subdit: aeterne Deus); salutare, ratione
redemptionis (unde subdit: per Christum dominum nostrum). Quandoque
vero adjungitur aliqua alia laudis materia secundum congruentiam
solemnitatis, sicut: et te in assumptione beatae Mariae semper virginis
collaudare; etiam proponens laudis exemplum: per quem majestatem tuam
laudant Angeli. Tertio populus laudes exsolvit divinitatis, assumens
Angelorum verba: sanctus, sanctus, sanctus dominus Deus exercituum,
Isa. 6, 3, et humanitatis Christi, assumens verba puerorum, Matth. 21, 10: benedictus
qui venit in nomine domini. Illa autem pars quae perfectionem sacramenti
continet, in tres dividitur, secundum tria quae sunt de integritate hujus
sacramenti: scilicet aliquid quod est sacramentum tantum; aliquid quod est
res et sacramentum; aliquid quod est res tantum. In prima igitur parte
continetur benedictio oblatae materiae, quae est tantum sacramentum; in
secunda corporis et sanguinis Christi consecratio, quod est res et
sacramentum, ibi: quam oblationem; in tertia, effectus sacramenti
postulatio quod est res tantum, ibi: supra quae propitio ac sereno vultu
respicere digneris. Circa primum duo facit sacerdos: primo petit
oblationis benedictionem, quae dicitur donum a Deo nobis datum, munus Deo a
nobis oblatum, sacrificium ad nostram salutem a Deo sanctificatum; secundo
petit offerentibus, sive pro quibus offertur, salutem, ibi: in primis quae
tibi offerimus et cetera. Ubi tria facit: primo commemorat eos pro quorum
utilitate offertur hostia tam quantum ad generalem statum Ecclesiae, quam
quantum ad personas speciales, ibi: memento; secundo commemorat eos in
quorum offertur reverentia, ibi: communicantes; et ponitur virgo quae
Christum in templo obtulit, apostoli qui ritum offerendi nobis tradiderunt,
et martyres qui seipsos Deo obtulerunt, non autem confessores, quia de iis
antiquitus non solemnizabat Ecclesia, vel quia non sunt passi sicut Christus,
cujus passionis memoriale est hoc sacramentum: tertio concluditur expresse
quid per oblationem hostiae impetrandum petatur, ibi: hanc igitur
oblationem et cetera. Quam oblationem et cetera. Haec pars ad
consecrationem pertinet, quae tria continet: primo imploratur consecrantis
virtus; secundo perficitur consecratio, ibi: qui pridie quam pateretur,
accepit panem; tertio exponitur rei consecratae commemoratio, ibi: unde
et memores et cetera. Verba autem illa quae ibi dicuntur: benedictam,
adscriptam, ratam, rationabilem, acceptabilemque, possunt referri uno
modo ad hoc quod est res contenta in hoc sacramento, scilicet Christum, qui
est hostia benedicta ab omni macula peccati immunis; adscripta, idest
praefigurata figuris veteris testamenti, et praedestinatione divina
praeordinata; rata, quia non transitoria; rationabilis, propter congruitatem
ad placandum; acceptabilis, propter efficaciam. Alio modo possunt referri ad
ipsam hostiam, quae est sacramentum tantum; quam petit fieri benedictam, ut
Deus eam consecret, et ut confirmet quantum ad memoriam; adscriptam, quantum
ad propositum immobile; ratam, ut ante acceptet; rationabilem, quantum ad
judicium rationis; acceptabilem, quantum ad beneplacitum voluntatis. Tertio modo possunt
referri ad effectum; unde dicit, benedictam, per quam benedicimur;
adscriptam, per quam in caelis ascribamur; ratam, per quam in membris Christi
censeamur; rationabilem, per quam a bestiali sensu eruamur; acceptabilem, per
quam Deo accepti simus. Supra quae
propitio ac sereno vultu respicere digneris. Hic petit sacerdos sacramenti effectum; et primo effectum gratiae;
secundo effectum gloriae, ibi: memento etiam domine famulorum famularumque
tuarum. Circa primum duo facit: primo petit acceptari sacramentum, quod
est gratiae causa; secundo petit dari gratiae donum, ibi: supplices te
rogamus; cujus expositio infra, dist. 33, ponetur. Effectum autem gloriae
primo petit jam mortuis, ibi, memento, secundo adhuc vivis, ibi: nobis
quoque peccatoribus. Completur autem canon Missae more aliarum orationum
in Christo, ibi: per Christum dominum nostrum, per quem hoc
sacramentum originem habet et quantum ad substantiam; unde dicit, creas
propter esse naturae; sanctificas, propter esse sacramenti: et quantum ad
virtutem; unde dicit, vivificas, propter effectum gratiae, quae est vita
animae; benedicis, propter gratiae augmentum; et quantum ad
operationem, sive usum; unde dicit: et praestas nobis. Oremus. Praeceptis
salutaribus moniti, et divina institutione formati audemus dicere. Hic
ponitur sacramenti perceptio, ad quam praemittitur praeparatio communis et
specialis. Communis triplex: primo enim ponitur sacramenti petitio in
oratione dominica, in qua dicitur: panem nostrum quotidianum da nobis
hodie; secundo percipientium expiatio per orationem sacerdotis: libera
nos; tertio pacis adimpletio, ibi: pax domini. Hoc enim
sacramentum est sanctitatis et pacis; et quia pax Christi exsuperat omnem
sensum, ideo pacis petitio a sacerdote inchoatur, cum dicit pax domini,
et a choro completur, cum dicitur, agnus Dei; et sic tria a sacerdote
incepta prosequitur, scilicet, gloria in excelsis, quod pertinet ad
spem; credo in unum Deum, quod pertinet ad fidem; pax domini,
quod pertinet ad caritatem. Petit autem populus misericordiam quantum ad
amotionem mali contra miseriam culpae et poenae, et pacem quantum ad
consecutionem omnis boni; unde ter agnus Dei, dicitur. Praeparatio
autem specialis sacerdotis sumentis fit per orationes quas privatim dicit, domine
Jesu Christe, et si quae aliae sunt. Tertia pars principalis est
gratiarum actionis; et continet duo: rememorationem accepti beneficii in
cantu antiphonae post communionem, et gratiarum actionem in oratione, quam
sacerdos prosequitur, ut conformiter finis Missae principio respondeat.
Sciendum autem, quod in officio Missae, ubi passio repraesentatur, quaedam
continentur verba Graeca, sicut, kyrie eleison, idest domine miserere:
quaedam Hebraica, sicut alleluja, idest laudate Deum; Sabaoth,
idest exercituum; hosanna, salva obsecro; amen, idest vere, vel
fiat: quaedam Latina, quae patent: quia his tribus linguis scriptus est
titulus crucis Christi, Joan. 19 |
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Distinctio 9 |
Distinction 9 – [L’usage de l’eucharistie]
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Quaestio 1 |
Question unique – [L’usage de l’eucharistie] |
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Prooemium |
Prologue
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[14966] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 pr. Postquam determinavit
Magister de sacramento Eucharistiae secundum se, hic determinat de usu
ipsius; et dividitur in partes tres: in prima distinguit duos modos
manducandi corpus Christi; in secunda excludit ex determinatis quemdam
errorem, ibi: haec verba et alia hujusmodi (...) quidam obtuso corde
legentes, erroris caligine involuti sunt; in tertia manifestat quaedam
dubia ex praedeterminatis, ibi: secundum hos duos modos sumendi intelligentia
quorumdam verborum ambigue dictorum distinguenda est. Secunda dividitur
in duas: in prima ponit errorem; in secunda excludit ipsum, ibi: sed
indubitanter tenendum est, a bonis sumi non modo sacramentaliter, sed et spiritualiter.
Hic quaeruntur quinque: 1 de manducatione corporis Christi; 2 qui possint manducare;
3 utrum peccatoribus liceat corpus Christi manducare; 4 utrum corporaliter
pollutis; 5 utrum cuilibet sit dandum ad manducandum. |
Après avoir
déterminé à propos du sacrement de l’eucharistie
en lui-même, le Maître détermine ici à propos de
son usage. Il y a trois parties. Dans la première, il distingue deux
manières de manger le corps du Christ; dans la deuxième, il
écarte une erreur à partir de ce qui a été
déterminé, à cet endroit: «En lisant ces paroles
et d’autres semblables... avec un cœur obtus, ils ont
été enveloppés par les ténèbres»;
dans la troisième, il clarifie certains doutes issus de ce qui a
été déterminé, à cet endroit: «Selon
eux, il faut distinguer deux façons de comprendre certaines
expressions ambiguës dans ce qui a été dit.» La
deuxième partie est divisée en deux: dans la première,
il présente l’erreur; dans la seconde, il l’écarte,
à cet endroit: «Mais il faut indubitablement tenir que
[l’eucharistie] est reçue par les bons, non seulement
sacramentellement, mais aussi spirituellement.» Ici, cinq questions
sont posées: 1 – À propos de la manducation du corps
du Christ. 2 – Ceux qui peuvent le manger. 3 – Est-il permis aux
pécheurs de manger le corps du Christ ? 4 – Est-ce que cela est
permis à ceux qui ont éprouvé une pollution [nocturne] ?
5 – Faut-il le donner à manger à n’importe qui ? |
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Articulus 1 [14967] Super
Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 tit. Utrum corpus Christi debeat sumi
per modum manducationis |
Article
1 – Le corps du Christ doit-il être pris sous forme de
manducation ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le
corps du Christ doit-il être pris sous forme de manducation ?]
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[14968] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod corpus Christi non debeat sumi per modum manducationis. Quia quod manducatur, per os intrat. Omne autem quod per os intrat, in ventrem vadit, et per secessum emittitur, ut dicitur Matth. 15; quod dignitati corporis Christi non competit. Ergo non debet per modum manducationis sumi. |
1. Il semble que le
corps du Christ ne doive pas être pris sous forme de manducation, car
ce qui est mangé entre par la bouche. Or, tout ce qui entre par la bouche
va dans le ventre et en est rejeté, comme il est dit en Mt 15, ce
qui ne convient pas au corps du Christ. Il ne doit donc pas être pris
sous forme de maducation. |
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[14969] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, quod
manducatur, ad manducantem trahitur. Sed, sicut dicit Dionysius, nos non
trahimus Deum ad nos, sed magis nos in Deum. Ergo non debemus nos Deo conjungi
per modum manducationis. |
2. Ce qui est mangé est
transformé en celui qui mange. Or, comme le dit Denys, nous ne
transformons pas Dieu en nous, mais nous en Dieu. Nous ne devons donc pas
être unis à Dieu par mode de manducation. |
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[14970] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, hoc sacramentum ordinatur
ad refectionem mentis. Sed refectio mentis, quae erit in patria, erit per
visionem. Ergo corpus Christi deberet dari
videndum, non manducandum. |
3. Ce sacrement est ordonné
à la réfection de l’esprit. Or, la réfection de
l’esprit, qui se réalisera dans la patrie, se fera par la
vision. Le corps du Christ devrait donc être donné à
voir, et non à manger. |
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[14971]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, est quod dicitur Joan. 6, 56: caro mea vere
est cibus. Sed usus cibi non est ut videatur, sed ut manducetur. Ergo non
debet videri tantum corpus Christi, sed manducari. |
Cependant, [1] il est dit en
Jn 6, 56 : Ma chair est vraiment une nourriture. Or,
l’usage de la nourriture ne consiste pas en ce qu’elle soit
regardée, mais en ce qu’elle soit mangée. Le corps du
Christ ne doit pas seulement être vu, mais mangé. |
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[14972] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, oportet membra capiti realiter conjungi, ad hoc quod
vivificentur. Sed per visum non conjungitur nobis aliquid realiter, sed
secundum similitudinem tantum. Ergo non per visum, sed per manducationem
corpus Christi sumi debet. |
[2] Il est
nécessaire que les membres soient réellement unis à la
tête pour qu’ils soient vivifiés. Or, quelque chose ne
nous est pas réellement uni par la vue, mais seulement selon une
similitude. Le corps du Christ doit donc être pris, non pas par la
vision, mais par la manducation. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La manducation du corps du Christ est-elle nécessaire au salut ?] |
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[14973]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod manducatio corporis Christi sit de
necessitate salutis. Sicut enim dicitur de Baptismo, Joan. 3, 5: nisi quis
renatus fuerit ex aqua et spiritu sancto, non potest intrare in regnum
caelorum; ita dictum est Joan. 6, 54: nisi manducaveritis carnem filii
hominis, et biberitis ejus sanguinem, non habebitis vitam in vobis. Sed
propter verba praedicta dicitur Baptismus sacramentum necessitatis. Ergo
eadem ratione manducatio corporis Christi est de necessitate salutis. |
1. Il semble que la
manducation du corps du Christ soit nécessaire au salut. En effet, de
même qu’il est dit en Jn 3, 5, à propos du
baptême : Si quelqu’un
ne renaît pas de l’eau et de l’Esprit Saint, il ne peut
entrer dans le royaume des cieux, de même est-il en
Jn 6, 54 : Si vous ne
mangez pas la chair du Fils de l’homme et ne buvez pas son sang, vous
n’aurez pas la vie en vous. Or, le baptême est appelé
un sacrement nécessaire en raison de paroles memntionnées plus
haut. Pour la même raison, la manducation du corps du Christ est-elle
donc nécessaire au salut. |
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[14974]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, Innocentius III dicit, quod manducandus est
agnus, ut a vastante Angelo protegamur. Sed protegi a vastante Angelo est de
necessitate salutis. Ergo et praedicta manducatio. |
2. Innocent III dit
que l’Agneau doit être mangé pour que nous soyons
protégés de l’ange exterminateur. Or, il est
nécessaire au salut d’être protégé de
l’ange exterminateur. Il en va donc de même pour la manducation
évoquée. |
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[14975] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, per istam manducationem Christo incorporamur. Sed hoc est de necessitate salutis, sicut et a peccato mundari. Ergo praedicta manducatio est de necessitate salutis, sicut et poenitentia et Baptismus, quibus a peccatis mundamur. |
3. Nous sommes incorporés au Christ par cette manducation. Or, cela est nécessaire au salut, comme d’être purifié du péché. La manducation évoquée est donc nécessaire au salut, comme le sont la pénitence et le baptême, par lesquels nous sommes purifiés des péchés. |
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[14976] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, pueri baptizati salutem consequuntur, cum gratia in Baptismo detur. Sed eis non datur corpus Christi manducandum. Ergo manducatio praedicta non est de necessitate salutis. |
Cependant, [1] les enfants baptisés obtiennent le salut, puisque la grâce est donnée par le baptême. Or, on ne leur donne pas le corps du Christ à manger. La manducation évoquée n’est donc pas nécessaire au salut. |
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[14977]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea Baptismi ministerium propter hoc quod est de
necessitate salutis, omnibus est concessum in casu necessitatis. Sed hoc
sacramentum per solos sacerdotes perfici potest. Ergo non est sacramentum
necessitatis. |
[2] Le ministère
du baptême a été concédé à tous en
cas de nécessité parce que celui-ci est nécessaire au
salut. Or, ce sacrement ne peut être réalisé que par les
prêtres. Il n’est donc pas nécessaire au salut. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le texte distingue-t-il correctement deux manières de le manger ?] |
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[14978] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod male distinguantur duo modi
manducationis in littera. Corpus enim Christi est cibus spiritualis. Sed cibi corporalis manducatio semper est corporalis. Ergo
et hujus cibi manducatio semper est spiritualis; et ita non sunt duo modi
manducationis. |
1.
Il semble que, dans le texte, on fasse une mauvaise distinction entre deux
manières de manger [le corps du Christ]. En effet, le corps du Christ
est une nourriture spirituelle. Or, la manducation du corps du Christ est
toujours corporelle. La manducation de celui-ci est donc toujours
spirituelle, et ainsi il n’y a pas deux manières de [le] manger.
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[14979]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, in aliis sacramentis non attenditur aliqua
distinctio nisi ex parte recipientis tantum, sicut quod quidam accedunt
ficti, quidam non. Sed haec distinctio videtur esse ex parte ipsius
sacramenti. Ergo inconvenienter ponitur. |
2. Dans les autres sacrements, on ne fait une distinction que du point de vue de celui qui reçoit; ainsi, certains s’en approchent par feinte, d’autres non. Or, la distinction présente semble être faite du point de vue du sacrement lui-même. [Une telle distinction] est donc présentée de manière inappropriée. |
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[14980] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, ubi unum propter alterum, ibi unum
tantum. Sed manducatio sacramentalis est propter spiritualem. Ergo una non debet contra aliam distingui. |
3. Là où
une chose existe pour une autre, il n’y a qu’une seule chose. Or,
la manducation sacramentelle existe en vue de la manducation spirituelle.
L’une ne doit donc pas être distinguée de l’autre. |
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[14981] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 4 Sed
contra, videtur quod sint plures modi. Quia usus hujus sacramenti dicitur
manducatio. Sed in hoc sacramento sunt tria; scilicet id quod est sacramentum
tantum, id quod est res et sacramentum, et id quod est res tantum. Ergo
debent esse tres modi manducationis. |
Cependant, [1] il semble y avoir plusieurs
manières [de le manger], car l’usage de ce sacrement porte le
nom de manducation. Or, dans ce sacrement, il y a trois choses : ce qui
est sacrement seulement, ce qui est réalité et sacrement et ce
qui est réalité seulement. Il doit donc y avoir trois
manières de le manger. |
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[14982] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 5 Praeterea, in Baptismo
etiam fit trimembris divisio suscipientium:
quidam enim suscipiunt rem et sacramentum; quidam sacramentum et non rem;
quidam rem, et non sacramentum. Sed susceptio hujus sacramenti dicitur manducatio.
Ergo hic etiam debet distingui triplex modus manducandi. |
[2] De plus, dans le
baptême, on répartit ceux qui le reçoivent en
trois : certains reçoivent la réalité et le
sacrement; certains [reçoivent] le sacrement, mais non la
réalité; certains [reçoivent] la réalité,
mais non le sacrement. Or, la réception de ce sacrement
s’appelle une manducation. Il faut donc distinguer aussi ici un triple
mode de manducation. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[14983] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod, sicut
dictum est, ad perfectionem sacramentorum novae legis exigitur quod sit
sacramentum aliquod in quo Christus nobis realiter conjungatur et uniatur,
non solum per participationem virtutis ejus, sicut est in aliis sacramentis;
et quia sacramentum est sensibile signum, ideo oportet quod alicui sensui
usus sacramenti approprietur. In sensibilibus autem est triplex differentia.
Quaedam enim sentientibus neque conjunguntur neque uniuntur, sicut ea quae
sentiuntur per medium extrinsecum, ut in visu praecipue accidit et auditu et
olfactu, sed solum similitudines sensibilium ad sensum referuntur. Quaedam autem
sensibilia conjunguntur quidem, sed non uniuntur realiter, sed secundum
assimilationem qualitatis tantum, sicut accidit in tactu: quia qualitates
tangibilium immutant tactum; nec tamen ex tangente et tacto fit unum nisi
secundum quid. Quaedam autem et conjunguntur
et uniuntur, sicut accidit in cibis et potibus. Et ideo sumptio hujus sacramenti
congrue per modum manducationis fit. Alia vero sacramenta novae legis, quibus
per virtutem eis inditam Christo assimilamur, fiunt in tangendo tantum, ut
Baptismus. Figurae autem veteris testamenti quae solam similitudinem Christi
venturi habebant, significabant per modum visionis. Competit etiam manducatio
passioni Christi in hoc sacramento repraesentatae, per quam corpus Christi
vulneratum fuit; convenit etiam effectui, qui est robur animae. |
Comme on l’a
dit, il est nécessaire à la perfection des sacrements de la loi
nouvelle qu’il y ait un sacrement par lequel le Christ nous est
réellement lié et uni, et non seulement par la participation
à sa puissance, comme dans les autres sacrements. Et parce que le
sacrement est un signe sensible, il faut donc que l’usage du sacrement
soit approprié à un sens. Or, parmi les choses sensibles, il y
a une triple différence. En effet, certaines ne sont ni liées
ni unies à ceux qui sentent, comme ce qui est senti par un
intermédiaire extérieur, ainsi que cela se produit
principalement dans la vision, l’audition et l’odorat, mais
seules des similitudes des choses sensibles sont mises en rapport avec le
sens. Mais certaines choses sensibles sont liées, mais ne sont pas
unies réellement : elles le sont seulement par
l’assimilation d’une qualité, comme cela se produit dans
le toucher, car les qualités des réalités tangibles
modifient le sens ; cependant, celui qui touche et la chose tangible ne
deviennent un que de manière relative. Mais certaines choses
[sensibles] sont liées et unies, comme cela se produit pour la
nourriture et le breuvage. C’est pourquoi la réception de ce
sacrement se réalise de manière appropriée par la
manducation. Mais les autres sacrements de la loi nouvelle, auxquels nous
sommes assimilés par la puissance du Christ qui existe en eux,
s’accomplissent seulement par le toucher, comme c’est le cas pour
le baptême. Or, les figures de l’Ancien Testament, qui
n’avaient qu’une ressemblance avec le Christ qui devait venir,
signifiaient par mode de vision. La manducation convient aussi à la
passion du Christ représentée dans ce sacrement, par laquelle
le corps du Christ a été blessé. Elle convient aussi
à son effet, qui est la force de l’âme. |
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[14984] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ratio illa procedit de cibo qui ordinatur ad refectionem corporis quem oportet digeri, et sic impuro separato in membra converti; sed cibus iste ordinatur ad refectionem mentis: et propter hoc ratio non sequitur. |
1. Cet argument provient de la nourriture qui est ordonnée à la réfection du corps qui doit être digérée, et doit ainsi être convertie dans les membres, une fois séparé ce qui est impur. Mais la nourriture [qu’est l’eucharistie] est ordonnée à la réfection de l’esprit. Pour cette raison, le raisonnement ne tient pas. |
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[14985] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod de ratione manducationis est quod aliquid per os
introrsum sumatur; sed esse in aliter in spiritualibus, et aliter in
corporalibus sumitur: quia in corporalibus quod est in, continetur sicut
locatum in loco; in spiritualibus autem quod est in continet sicut anima
corpus. Et ideo convenienter cibus corporis trahitur ad corpus, ut contentum
ad continens: cibus autem mentis trahit ad se mentem, ut continens contentum:
propter quod Augustinus dicit sibi dictum: non tu me mutabis in te, sicut
cibum carnis tuae; sed tu mutaberis in me. |
2. Il est de la nature de la manducation que quelque chose soit introduit à l’intérieur par la bouche. Mais on entend l’être d’une autre manière pour les réalités spirituelles et pour les réalités corporelles, car, pour les réalités corporelles, ce qui est à l’intérieur est contenu dans un lieu comme ce qui est localisé ; mais, pour les réalités spirituelles, ce qui est à l’intérieur contient, comme c’est le cas de l’âme pour le corps. C’est pourquoi la nourriture corporelle est attirée vers le corps, comme le contenu par le contenant ; mais la nourriture de l’esprit attire à soi l’esprit, en tant qu’elle contient ce qui est contenu. C’est pourquoi Augustin rappelle ce qui lui a été dit : «Tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair, mais tu seras changé en moi.» |
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[14986]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod res visa beatificans per
essentiam suam videnti conjungetur in patria; quod quidem non accidit in
visione corporali. Et quia oportebat hanc conjunctionem significari per
aliquod sensibile signum, oportuit illud sensibile ad hoc assumi quod
realiter conjungatur et uniatur. In patria autem signis sacramentalibus opus
non erit; nihilominus propter similitudinem ad ea quae nunc geruntur,
frequenter illa beata visio nobis per figuram manducationis in Scriptura
exprimitur. |
3. La réalité vue qui donnera la
béatitude par son essence à celui qui voit sera unie dans la
patrie, ce qui ne se produit pas dans la vision corporelle. Et parce
qu’il était nécessaire que cette union soit
signifiée par un signe sensible, il fallait que cette
réalité sensible soit tirée ce qui est réellement
lié et uni. Or, dans la patrie, on n’aura pas besoin de signes
sacramentels. Néanmoins, en raison d’une ressemblance avec ce
qui se réalise maintenant, cette vision bienheureuse est souvent
exprimée pour nous dans l’Écriture par la figure de la
manducation. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[14987] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod gratia est sufficiens causa gloriae; unde omne
illud sine quo potest haberi gratia, non est de necessitate salutis. Hoc
autem sacramentum gratiam praesupponit, quia praesupponit Baptismum, in quo
gratia datur: nec debet peccato praeveniri, quod gratiam privet; et ideo
quantum est de se, non est de necessitate salutis. Sed de ordinatione
Ecclesiae homines obligantur secundum Ecclesiae statutum corpus Christi semel
in anno sumere. |
La
grâce est une cause suffisante de la gloire. Aussi tout ce sans quoi la
grâce peut être obtenue n’est pas nécessaire au
salut. Or, ce sacrement présuppose la grâce, car il
présuppose le baptême, par lequel la grâce est
donnée, et il ne doit pas être précédé par
le péché qui prive de la grâce. C’est pourquoi il
n’est pas de soi nécessaire au salut. Mais, par une disposition
de l’Église, les hommes sont obligés de recevoir le corps
du Christ une fois l’an, conformément à une
décision de l’Église. |
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[14988] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod dominus loquitur de manducatione spirituali sine
qua non potest esse salus. |
1. Le Seigneur parle de la manducation spirituelle, sans
laquelle il ne peut y avoir de salut. |
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[14989] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Innocentius loquitur
quantum ad instructionem Ecclesiae, vel etiam quantum ad manducationem
spiritualem. |
2. Innocent parle selon l’enseignement de
l’Église ou encore, selon la manducation spirituelle. |
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[14990]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod incorporatio spiritualis ad
Christum potest esse sine manducatione sacramentali; et ideo non oportet quod
sit sacramenti susceptio de necessitate salutis. |
3. L’incorporation spirituelle au Christ peut
exister sans la manducation sacramentelle. C’est pourquoi il n’est
pas nécessaire que la réception du sacrement soit
nécessaire au salut. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[14991] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod divisio
formalis alicujus sumitur penes id quod competit ei per se, et non per
accidens. Usus autem alicujus rei per se et
non per accidens, est quando utitur quis re aliqua ad hoc ad quod instituta
est. Unde cum manducatio dicat usum hujus sacramenti, quod quidem ad hoc
institutum est ut quis re sacramenti potiatur; distinguetur manducatio
secundum duas res hujus sacramenti: ut manducatio sacramentalis respondeat ei
quod est res et sacramentum; manducatio vero spiritualis ei quod est res
tantum. |
La division formelle
d’une chose se fait selon ce qui lui convient par soi, et non par
accident. Or, l’usage d’une chose par soi, et non par accident,
survient lorsque quelqu’un utilise une chose selon la raison pour
laquelle elle a été instituée. Ainsi, puisque la manducation
exprime l’usage de ce sacrement, qui a été
institué pour que l’on jouisse de la réalité du
sacrement, la manducation sera distinguée selon les deux
réalités de ce sacrement : selon que la manducation
sacramentelle correspond à ce qui est réalité et
sacrement, et selon que la manducation spirituelle correspond à ce qui
est réalité seulement. |
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[14992] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod manducatio cibi corporalis non praesupponit aliam manducationem quae sit ejus causa sicut manducatio spiritualis praesupponit sacramentalem quasi causam. Unde in his qui sacramentaliter manducant, potest ex defectu manducantium impediri effectus sacramenti, qui est spiritualis manducatio; et ideo possunt haec manducationes ab invicem separari, et propter hoc oportet eas distinguere. |
1. La manducation d’une nourriture corporelle ne présuppose pas une autre manducation qui serait sa cause, comme la manducation spirituelle présuppose la [manducation] spirituelle comme cause. Aussi chez ceux qui mangent sacramentellement, l’effet du sacrement, qui est la manducation spirituelle, peut-il être empêché par une carence de ceux qui mangent. C’est pourquoi ces manducations peuvent être séparées l’une de l’autre et il faut, pour cette raison, les distinguer. |
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[14993] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod perfectio aliorum sacramentorum in ipso usu consistit; et ideo eorum distinctio non potest nisi ex parte recipientium sumi: sed perfectio hujus sacramenti in ipsa materiae consecratione consistit; et ideo potest esse hic distinctio ex parte ipsius sacramenti. |
2. La perfection des autres sacrements consiste dans leur usage. C’est pourquoi leur distinction ne peut être prise que du point de vue de ceux qui les reçoivent. Mais la perfection du sacrement [de l’eucharistie] consiste dans la consécration même de la matière. C’est pourquoi il peut exister ici une distinction du point de vue du sacrement lui-même. |
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[14994] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod verbum illud intelligitur in his quae hoc modo ad se invicem ordinantur quod ab invicem separari non possunt; sicut quando talis effectus nunquam potest esse sine tali causa, nec e converso; et tunc etiam non excluditur diversitas rerum inter causam et causatum, sed ponitur necessitas ordinis. |
3. Cette parole s’entend des choses qui sont ordonnées les unes aux autres de telle manière qu’elles ne peuvent être séparées, comme lorsque tel effet ne peut jamais exister sans telle cause, ni inversement. Et alors, la diversité entre des choses selon la cause et ce qui est causé n’est pas exclue, mais la nécessité d’un ordre est affirmée. |
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[14995] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod id quod est hic res et sacramentum, nunquam separatur
ab eo quod est sacramentum tantum; et si separaretur usus ejus quod est
sacramentum tantum, esset accidentalis usus; et ideo penes hoc non debet sumi
aliquis modus manducationis specialis. |
4. Ce qui est ici la réalité et le sacrement n’est jamais séparé de ce qui est le sacrement seulement. Et si son usage, qui est le sacrement seulement, était séparé, ce serait un usage accidentel. C’est pourquoi il ne faut pas considérer un mode spécial de manducation d’après cela. |
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[14996]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod hic etiam posset fieri talis
distinctio. In quibusdam enim conjunguntur duae manducationes, et hi
suscipiunt rem et sacramentum; et in quibusdam separantur, et hi suscipiunt
vel rem tantum, vel sacramentum tantum. Sed quia haec divisio magis se tenet
ex parte suscipientium quam ex parte sacramenti; ideo non est propria huic
sacramento sicut Baptismo. |
5. Ici aussi, on peut faire une telle distinction. En
effet, chez certains, les deux manducations sont liées, et ceux-ci reçoivent
la réalité et le sacrement. Chez certains, elles sont
séparées, et ceux-ci reçoivent soit la
réalité seulement, soit le sacrement sulement. Mais parce que
cette division est prise plutôt du point de vue de ceux qui
reçoivent [le sacrement] que du point de vue du sacrement, elle
n’est donc pas propre à ce sacrement, comme elle l’est
pour le baptême. |
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Articulus 2 [14997] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 2 tit. Utrum
peccator manducet corpus Christi sacramentaliter |
Article
2 – Est-ce qu’un pécheur mange le corps du Christ
sacramentellement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Un
pécheur mange-t-il le corps du Christ sacramentellement ?]
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[14998] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod peccator
non manducet
corpus Christi sacramentaliter. Quia, ut dicitur Sap. 1, 4, in malevolam
animam non introibit sapientia, nec habitabit in corpore subdito peccatis.
Sed Christus, qui est res contenta in hoc sacramento, est Dei sapientia, ut
habetur 1 Corinth. 1. Ergo a peccatore sumi non potest. |
1. Il semble qu’un pécheur ne mange pas le corps du Christ sacramentellement, car, comme le dit Sg 1, 4 : La sagesse n’entrera pas dans une âme mal disposée, et elle n’habitera pas dans un corps soumis aux péchés. Or, le Christ, qui est la réalité contenue dans ce sacrement, est la Sagesse de Dieu, comme on le lit dans 1 Co 1. Il ne peut donc être pris par un pécheur. |
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[14999] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, cibus iste
non vadit in ventrem, sed in mentem. Non
autem vadit in mentem peccatoris. Ergo nullo modo corpus Christi sumit. |
2. Cette nourriture ne
va pas dans le ventre, mais dans l’esprit. Or, elle ne va pas dans
l’esprit du pécheur. Celui-ci ne prend donc d’aucune
manière le corps du Christ. |
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[15000] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, nihil indecens debet fieri a sapiente.
Sed hoc est valde indecens quod corpus tam pretiosum in immundo corpore ponatur.
Ergo cum corpus peccatoris sit immundum, non recipiet verum corpus Christi. |
3. Rien
d’inapproprié ne doit être fait par le sage. Or, il est
très inconvenant qu’un corps si précieux soit
placé dans un corps impur. Puisque le corps du pécheur est
impur, il ne recevra donc pas le corps véritable du Christ. |
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[15001] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, majus videtur consecrare corpus Christi quam sumere. Sed
peccator potest consecrare. Ergo et sumere. |
Cependant, [1] il semble plus
grand de consacrer le corps du Christ que de le recevoir. Or, un
pécheur peut consacrer [le corps du Christ]. Il peut donc le recevoir. |
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[15002] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, Christi corpus non est magis nobile sub sacramento quam in specie propria. Sed in specie propria permisit se a peccatoribus tractari. Ergo et sub specie sacramenti a peccatoribus manducari potest. |
[2] Le corps du Christ n’est
pas plus noble dans le sacrement que sous sa propre espèce. Or, sous
sa propre espèce, il a permis que des pécheurs le touchent. Il
peut donc être mangé par des pécheurs sous
l’espèce du sacrement. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Est-ce que les infidèles mangent sacramentellement ?] |
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[15003] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod infideles sacramentaliter comedant. Quia, sicut dicit Hugo de s. Victore, quamdiu
sensus corporalis afficitur, praesentia carnis non tollitur. Sed sensus
corporalis infidelis afficitur. Ergo praesentiam corporalem carnis Christi
non amittit. |
1. Il semble que les
infidèles mangent sacramentellement, car, comme le dit Hugues de
Saint-Victor, aussi longtemps que le sens corporel est affecté, la
présence de la chair n’est pas enlevée. Or, le sens
corporel de l’infidèle est affecté. Il ne perd donc pas
la présence corporelle de la chair du Christ. |
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[15004] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, infidelis potest
recipere characterem, qui est res et sacramentum, in Baptismo. Sed fides
operatur in Baptismo sicut in Eucharistia. Ergo et corpus Christi sacramentaliter
potest manducare. |
2. L’infidèle peut
recevoir le caractère, qui est réalité et sacrement dans
le baptême. Or, la foi agit dans le baptême comme dans
l’eucharistie. [L’infidèle] peut donc manger
sacramentellement le corps du Christ. |
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[15005] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, plus est
conficere corpus Christi quam sumere. Sed haereticus habens ordinem potest
conficere, ut infra dicetur. Ergo et potest
sacramentaliter manducare. |
3. Réaliser le corps du
Christ est plus que de le recevoir. Or, un hérétique ordonné
peut le réaliser, comme on le dira plus loin. Il peut donc le manger
sacramentellement. |
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[15006] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, in forma hujus
sacramenti ponitur mysterium fidei. Ergo hi qui fide carent,
sacramentaliter manducare non possunt. |
Cependant,
[1] on parle de «mystère de la foi» dans la forme de ce
sacrement. Ceux qui n’ont pas la foi ne peuvent donc pas manger [le
corps du Christ] sacramentellement. |
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[15007]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, de ratione sacramenti est quod significet et
efficiat. Sed in eo qui non habet fidem non efficit aliquid, nec aliquid, ei
signat. Ergo sacramentaliter non manducat. |
[2] Il est de la
raison du sacrement qu’il signifie et réalise. Or, chez celui
qui n’a pas la foi, il ne réalise rien ni ne signifie rien pour
lui. Il ne le mange donc pas sacramentellement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Est-ce que la créature sans raison reçoit de quelque manière le corps du Christ ?] |
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[15008]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod creatura irrationalis non sumat
aliqualiter corpus Christi. Primo per hoc quod Magister infra dicit, quod hoc
quod a brutis sumitur, non est corpus Christi. |
1. Il semble que la créature sans raison ne
reçoive d’aucune manière le corps du Christ,
premièrement en raison de ce que le Maître dit plus loin, que ce
qui est reçu par les animaux sans raison n’est
pas le corps du Christ. |
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[15009] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
hoc sacramentum est majoris perfectionis quam Baptismus. Sed quantumcumque
animal brutum aqua abluatur, non dicitur Baptismi sacramentum percipere
aliquo modo. Ergo neque sacramentum corporis Christi poterit aliquo modo
percipere. |
2. Ce sacrement est
plus parfait que le baptême. Or, autant qu’un animal sans raison
soit lavé, on ne dit pas qu’il reçoit de quelque
manière le baptême. Il ne pourra donc recevoir d’aucune
manière le sacrement du corps du Christ. |
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[15010] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
constat quod non percipit spiritualiter, quia non credit; neque
sacramentaliter, quia sacramenta creaturae rationali sunt tradita. Si ergo aliquo modo sumat,
erit tertius modus manducandi praeter duos in littera assignatos. |
3. Il est clair que [l’animal sans
raison] ne le reçoit pas spirituellement parce qu’il n’a
pas la foi; ni sacramentellement, parce que les sacrements ne sont pas
donnés à une créature sans raison. S’il le
reçoit de quelque manière, il s’agira d’une
troisième manière de le manger en dehors des deux
indiquées dans le texte. |
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[15011] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, Deus magis
abominatur peccatorem quam creaturam irrationalem, in qua non est nisi quod
Deus in ea fecit, qui solum culpam non fecit. Sed, sicut in littera
determinatur, corpus Christi verum a peccatoribus sumitur. Ergo et a brutis. |
Cependant, [1] Dieu a davantage en
abomination le pécheur que la créature sans raison, chez
laquelle il n’y a que ce que Dieu réalise en elle, qui seul
n’a pas commis de faute. Or, comme on le précise dans le texte,
le corps véritable du Christ est reçu par les pécheurs.
Il l’est donc aussi par les animaux sans raison. |
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[15012] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, si corpus
Christi per negligentiam vel quocumque modo in
aliquem locum immundum projiciatur, non dicitur quod desinat esse sub
speciebus corpus Christi. Ergo non oportet dici, quod sub speciebus a brutis
comestis desinat esse corpus Christi. Sed species possunt a brutis manducari.
Ergo et corpus Christi. |
[2] Si le corps du Christ est jeté par négligence ou d’une quelconque manière dans un lieu impur, on ne dit pas que le corps du Christ cesse d’exister sous les espèces. Il n’est donc pas nécessaire de dire que le corps du Christ mangé par les animaux sans raison cesse d’exister sous les espèces. Or, les espèces peuvent être mangées par les animaux sans raison. Il en va donc de même du corps du Christ. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Celui qui ne mange pas le corps du Christ sacramentellement ne le mangera-t-il pas spirituellement ?] |
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[15013]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod qui non manducat sacramentaliter,
non manducet spiritualiter. Sacramentalis enim manducatio est propter
spiritualem. Si ergo spiritualis sine corporali haberi possit, frustra
aliquis sacramentali uteretur. |
1. Il semble que celui qui ne le mange pas sacramentellement ne le mangera pas spirituellement. En effet, la manducation sacramentelle existe en vue de la [manducation] spirituelle. Si donc la [manducation] spirituelle peut s’obtenir sans la corporelle, c’est en vain que quelqu’un utiliserait la [manducation] sacramentelle. |
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[15014]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea, spiritualis manducatio est per fidem et
caritatem, per quae aliquis Christo incorporatur. Sed antiqui patres fidem et
caritatem habuerunt. Ergo si spiritualis manducatio esse posset sine
sacramentali, ipsi spiritualiter manducassent; quod non potest esse, quia
usus sacramenti non potest esse ante ejus institutionem. |
2. La manducation spirituelle se réalise par la
foi et la charité, par lesquelles on est incorporé au Christ.
Or, les pères anciens ont eu la foi et la charité. Si la
manducation spirituelle pouvait exister sans la [manducation] sacramentelle,
ils auraient donc mangé spirituellement, ce qui ne peut être le
cas, car l’usage du sacrement ne peut exister avant son institution. |
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[15015] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 4 s. c. 1 Sed
contra, aliquis potest percipere rem Baptismi sine sacramento, ut supra,
dist. 4, dictum est. Sed Baptismi sacramentum est majoris necessitatis quam
hoc. Ergo potest etiam spiritualiter manducare quis sine sacramenti
manducatione. |
Cependant, [1] on peut recevoir
la réalité du baptême sans le sacrement, comme on
l’a dit plus haut, d. 4. Or, le sacrement de baptême est plus
nécessaire que [le sacrement de l’eucharistie]. On peut donc le
manger aussi spirituellement sans manducation du sacrement. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Un ange peut-il manger spirituellement le corps du Christ ?] |
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[15016] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam Angelus corpus Christi
possit manducare spiritualiter: quia super illud, Psalm. 72, panem Angelorum manducavit homo, dicit Glossa: idest
corpus Christi, qui est vere cibus Angelorum. |
1. Il semble que même un ange puisse manger le corps du Christ spirituellement, car, à propos de ce que dit le Ps 72 : L’homme a mangé le pain des anges, la Glose dit : «À savoir, le corps du Christ, qui est vraiment la nourriture des anges.» |
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[15017] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 2 Praeterea,
quicumque potest manducare sacramentaliter, potest etiam manducare
spiritualiter. Sed Angelus in carne assumpta potest manducare
sacramentaliter. Ergo etiam sine corpore assumpto potest manducare
spiritualiter. |
2. Quiconque peut [le] manger
sacramentellement peut aussi le manger spirituellement. Or, l’ange qui
a assumé la chair peut [le] manger sacramentellement. Il peut donc
aussi le manger spirituellement sans avoir assumé la chair. |
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[15018] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 5 s. c. 1 Sed contra, manducare
est usus sacramenti. Sed sacramenta non sunt data Angelis ad usum, sed
hominibus. Ergo Angeli non possunt
spiritualiter manducare. |
Cependant, [1] manger, c’est faire
usage du sacrement. Or, les sacrements n’ont pas été
donnés aux anges pour qu’ils en fassent usage, mais aux hommes.
Les anges ne peuvent donc pas [le] manger spirituellement. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15019] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod quidam dixerunt
corpus Christi secundum rei veritatem a peccatoribus non sumi: quia quam cito
labiis peccatoris tangebatur, desinebat sub speciebus esse corpus Christi:
intantum dignitati sacramenti deferentes quod derogabant veritati. Si enim
vere corpus Christi sub speciebus erat per conversionem panis et vini in
substantiam corporis Christi, speciebus remanentibus, non poterit esse quod
desinat ibi esse corpus Christi, nisi per aliquam contrariam mutationem ejus
quod prius convertebatur in corpus Christi. Et quia de illo non remanent nisi
species solae, quae ad utramque substantiam communiter se habent, sicut
subjectum in naturalibus mutationibus duabus formis; ideo quamdiu species non
mutantur, nullo modo desinit ibi esse corpus Christi; sicut nec in
mutationibus formalibus forma introducta desinit esse in subjecto, donec
subjectum ad formam aliam transmutetur. Speciebus autem in aliquid
transmutari non competit nisi secundum quod habent aliquam proprietatem
substantiae in hoc quod sunt sine subjecto; unde nihil potest eas transmutare
ad aliam substantiam, nisi quod transmutaret substantiam panis et vini, si
ibi esset; quod solus tactus labiorum, vel divisio quae est per dentes, vel
trajectio in ventrem non faceret, sed sola digestio, quae est a calore
naturali convertente cibum. Unde patet quod
veritati sacramenti derogat qui dicit, quod ad solum tactum labiorum desinit
esse corpus Christi a peccatore sumptum. Et ideo hac opinione tamquam
haeretica de medio sublata, ejus contrarium ab omnibus tenetur. |
Certains ont dit que
le corps du Christ n’est pas reçu par les pécheurs en sa
vraie réalité, car aussitôt qu’il touche les
lèvres des pécheurs, le corps du Christ cesse d’exister
sous les espèces. Mais, en s’éloignant tellement de la
dignité du sacrement, ils s’écartaient de la
vérité. En effet, si le corps du Christ existait
réellement par la conversion du pain et du vin en la substance du
corps du Christ, alors que les espèces demeureraient, il ne pourrait
pas arriver que le corps du Christ cesse d’y exister, sauf par une
mutation contraire de ce qui aurait été converti
antérieurement au corps du Christ. Et parce qu’il n’en demeure
que les seules espèces, qui ont un égal rapport aux deux
substances, comme le sujet aux deux formes dans les mutations naturelles,
aussi longtemps que les espèces ne sont pas changées, le corps
du Christ ne cesse d’aucune manière d’y exister, de
même que, dans les mutations de forme, la forme introduite ne cesse pas
d’exister dans le sujet, jusqu’à ce que le sujet ne passe
à une autre forme. Or, il ne convient pas que les espèces
soient changées dans quelque chose du fait qu’elles existent
sans sujet, sinon du fait qu’elles ont une propriété de
la substance. Aussi rien ne peut les changer en une autre substance, à
moins de changer la substance du pain et du vin si elle s’y trouvait,
ce que le seul contact des lèvres, la division réalisée
par les dents ou le passage par le ventre ne feraient pas, mais seulement la
digestion, qui se réalise par la chaleur naturelle qui convertit la
nourriture. Il est donc clair qu’il s’écarte de la
vérité celui qui dit qu’au seul contact des
lèvres, le corps du Christ reçu par le pécheur cesse
d’exister. C’est pourquoi cette opinion étant
écartée comme hérétique, son contraire est tenu
par tous. |
|
[15020] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod auctoritas illa loquitur de spirituali
inhabitatione, et non de sacramentali vel corporali: quia Christus etiam
peccatoribus corpus suum tractandum exhibuit. |
1. Cette autorité parle de l’habitation
spirituelle, et non de [l’habitation] sacramentelle ou corporelle, car
le Christ a laissé les pécheurs manipuler son corps. |
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[15021]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod cum dicitur, cibus iste non
transit in ventrem, sed in mentem, haec praepositio in non denotat terminum
motus localis, sed finem sumptionis: vadit enim quasi localiter quocumque
species vadunt; sed non sumitur propter ventris repletionem, sicut corporales
cibi, sed propter mentis refectionem, in qua ejus effectus recipitur, non in
ipsa materia corporis, quia mentem inhabitare per essentiam sola divinitas
potest. |
2. Lorsqu’on dit : «Cette nourriture ne
passe pas par le ventre mais par l’esprit», la préposition
«par» n’indique pas le terme d’un mouvement local,
mais la fin de la réception. En effet, il se déplace localement
partout où vont les espèces ; mais il n’est pas
reçu en vue de remplir le ventre, comme les nourritures corporelles,
mais en vue de la réfection de l’esprit, dans lequel son effet
est reçu, et non dans la matière même du corps, car seule
la divinité peut habiter de l’intérieur par son essence. |
|
[15022] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ex hoc quod corpus Christi sumitur a peccatoribus,
nullo modo corpus Christi aliquam immunditiam contrahit: quia labia
peccatoris non tangunt nisi species, sub quibus secundum veritatem est corpus
Christi; et praeterea in hoc dat exemplum mansuetudinis et humilitatis. |
3. Du fait que le corps du Christ est reçu par des
pécheurs, le corps du Christ ne contracte d’aucune
manière une impureté, car les lèvres du pécheur
n’atteignent que les espèces, sous lesquelles le corps du Christ
existe véritablement. De plus, [le Christ] donne en cela un exemple de
douceur et d’humilité. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15023] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod manducatio est
actus transiens a manducante in manducatum. Unde sacramentaliter manducare
potest intelligi dupliciter. Uno modo ut adverbium determinet manducationem
ex parte manducati; et sic quicumque sumit species, sacramentaliter manducat;
idest, sumit hoc quod est sacramentum in Eucharistia, idest verum corpus
Christi. Alio modo ut determinet
manducationem ex parte manducantis; et sic solus ille sacramentaliter
manducat qui utitur illo cibo visibili ut sacramento. Infidelis autem circa
id quod est significatum in hoc sacramento, errans, non utitur speciebus
illis ut sacramento, sive non credit in Christum secundum quod sub hoc
sacramento continetur; unde talis non sacramentaliter manducat. Et quia actio
est magis propinqua agenti quam patienti, ideo sensus secundus est magis
proprius; et ideo secundum hunc sensum dicendum, quod infidelis non credens
rem hujus sacramenti, non manducat sacramentaliter. |
La manducation est un acte qui passe de celui qui mange à ce qui est mangé. Manger sacramentellement peut donc s’entendre de deux manières. D’une manière, de sorte que l’adverbe détermine la manducation du point de vue de ce qui est mangé ; ainsi, quiconque reçoit les espèces mange sacramentellement, c’est-à-dire qu’il reçoit ce qui est le sacrement dans l’eucharistie, à savoir, le corps véritable du Christ. D’une autre manière, [de sorte que l’adverbe] détermine la manducation du point de vue de celui qui mange ; ainsi, seul mange sacramentellement celui qui utilise cette nourriture comme un sacrement. Or, l’infidèle, qui erre sur ce qui est signifié par ce sacrement, n’utilise pas les espèces comme un sacrement ou ne croit pas au Christ contenu dans ce sacrement. Aussi ne mange-t-il pas sacramentellement. Et parce que l’action est plus rapprochée de l’agent que de ce qui la reçoit, le second sens est plus propre. En ce sens, il faut donc dire que l’infidèle qui ne croit pas à la réalité de ce sacrement ne [le] mange pas sacramentellement. |
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[15024] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod illa objectio procedit secundum primum sensum. |
1. Cette objection vient du
premier sens. |
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[15025] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod percipiens Baptismum se habet tantum ut patiens. Unde ad hoc quod
aliquis recipiat sacramentaliter Baptismum, non exigitur nisi quod subjiciat
se actioni Ecclesiae, ut scilicet intendat recipere quidquid illa facit,
quamvis quandoque credat illa nihil facere; sed percipiens Eucharistiam non
solum se habet ut recipiens, seu patiens, sed etiam ut agens, inquantum
manducat; ideo ad hoc ut sacramentaliter manducet, oportet quod ipsemet
utatur sacramento ut sacramento. |
2. Celui qui reçoit le
baptême est purement passif. Aussi, pour que quelqu’un
reçoive le baptême sacramentellement, n’est-il pas requis
qu’il se soumette à l’action de l’Église,
c’est-à-dire qu’il ait l’intention de recevoir tout
ce que fait celle-ci, bien qu’il croie parfois que celle-ci ne fait
rien. Mais celui qui reçoit l’eucharistie ne fait pas que
recevoir ou être passif, mais il est aussi actif pour autant
qu’il mange. C’est pourquoi, pour qu’il mange
sacramentellement, il est nécessaire qu’il utilise
lui-même le sacrement comme sacrement. |
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[15026] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod consecrare Eucharistiam non est uti sacramento, sed quodammodo efficere
ipsum; sed manducare est uti sacramento; actio autem utentis recipit modum ab
eo quo quis utitur, sed actio efficientis non recipit modum ab eo quo quis
efficit, sed a virtute activa: unde aliquis dicitur conficere sacramentum, et
non conficere sacramentaliter; dicitur autem manducare et sacramentum, et
sacramentaliter. Et ideo non est mirum, si
aliquid requiritur ad hoc quod aliquis manducet sacramentaliter quod non
requiritur ad hoc quod efficiat sacramentum. |
3. Consacrer l’eucharistie
n’est pas utiliser ce sacrement, mais le réaliser d’une
certaine manière. Mais [le] manger, c’est utiliser le sacrement.
Or, l’action de celui qui utilise reçoit son mode de ce
qu’il utilise, mais l’action de celui qui réalise ne
reçoit pas son mode de ce par quoi quelqu’un réalise,
mais de la puissance active. Aussi dit-on que quelqu’un accomplit le
sacrement, mais ne l’accomplit pas sacramentellement ; mais on dit
qu’il mange le sacrement et le mange sacramentellement. C’est
pourquoi il n’est pas étonnant que quelque chose soit requis
pour que quelqu’un mange sacramentellement, qui n’est pas requis
pour qu’il accomplisse le sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15027] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod circa hoc est
duplex opinio. Quidam enim dicunt, quod
corpus Christi non manducatur a brutis ita quod in ventrem trajiciatur, eo
quod corpus Christi non est sub speciebus illis nisi prout est ordinabile ad
usum humanum. Ex quo autem in ventrem muris descendunt species, non possunt
ordinari ad usum humanum; et ideo desinit esse corpus Christi. Sed haec ratio
non valet propter duo. Primo, quia supponit falsum. Cum enim non statim
species in ventrem trajectae esse desinant, vel in aliud convertantur,
possunt adhuc de ventre animalis extrahi, et in usum venire. Secundo, quia
quamvis aliquid ordinetur ad usum aliquem, non tamen oportet quod esse
desinat, quando quis eo uti non potest. Et ideo secundum alios dicendum, quod
verum corpus Christi manet adhuc sub speciebus a brutis ore acceptis, et in
ventrem trajectis. |
À ce sujet, il y a deux
opinions. En effet, certains disent que le corps du Christ n’est pas
mangé par les animaux sans raison en passant par le ventre, du fait
que le corps du Christ n’existe sous ces espèces qu’en
tant qu’il a un rapport avec l’utilisation par les hommes. Or, du
fait que les espèces descendent dans le ventre d’une souris,
elles ne peuvent être ordonnées à un usage humain.
C’est pourquoi le corps du Christ cesse d’exister. Mais ce
raisonnement n’est pas valable pour deux raisons. Premièrement,
parce qu’il suppose quelque chose de faux. En effet, puisque les
espèces passées dans le ventre ne cessent pas d’exister
ou ne sont pas converties en autre chose, elles peuvent encore être
tirées du ventre de l’animal et être utilisées.
Deuxièmement, parce que, bien que quelque chose soit ordonné
à un usage, il n’est cependant pas nécessaire que cela
cesse d’exister lorsque quelqu’un ne peut l’utiliser.
C’est pourquoi il faut dire, selon d’autres, que le corps
véritable du Christ continue de demeurer sous les espèces
reçues par la bouche d’animaux sans raison et passées
dans leur ventre. |
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[15028] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod nulla ordinatio bruti est ad corpus Christi, secundum quam possit Christo incorporari; et ideo non sumunt corpus Christi nisi per accidens, inquantum sumunt illud sub quo est corpus Christi; et sic Magister intellexit quod non sumitur corpus Christi a brutis; vel loquitur secundum aliam opinionem. |
1. Il n’existe aucun rapport de l’animal sans raison au corps du Christ, selon lequel il pourrait être incorporé au Christ. C’est pourquoi ils ne reçoivent le corps du Christ que par accident, pour autant qu’ils reçoivent ce sous quoi existe le corps du Christ. Ainsi le Maître a-t-il compris que le corps du Christ n’est pas reçu par les animaux sans raison ; ou bien il parle selon l’autre opinion. |
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[15029] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod illud quod est sacramentum in Baptismo, est aliquis effectus inductus in recipiente, cujus creatura irrationalis capax esse non potest; et ideo sacramentum Baptismi creatura irrationalis neque per se neque per accidens recipit: sed sacramentum Eucharistiae consistit in ipsa materiae consecratione; et ideo potest creatura irrationalis ipsum accipere non per se, sed per accidens. |
2. Ce qui est sacrement dans le baptême est un effet réalisé dans celui qui le reçoit, dont la créature non raisonnable ne peut être capable. C’est pourquoi la créature sans raison ne reçoit le sacrement de baptême ni en soi ni par accident. Mais le sacrement de l’eucharistie consiste dans la consécration de la matière elle-même. C’est pourquoi la créature sans raison peut le recevoir non en soi, mais par accident. |
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[15030] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod creatura irrationalis nullo modo spiritualiter
manducat, neque sacramentaliter: quia neque utitur manducato ut sacramento,
neque manducat sacramentum secundum rationem sacramenti, sicut dicitur
sacramentaliter manducare infidelis qui intendit recipere hoc quod recipit
Ecclesia, quamvis hoc credat nihil esse. Et similiter etiam ille qui manducaret
hostiam consecratam, nesciens eam consecratam esse, non manducaret
sacramentaliter aliquo modo, quia non manducaret sacramentum nisi per
accidens: nisi quod plus accederet ad sacramentalem manducationem, inquantum
est aptus natus sacramentum ut sacramentum manducare, quod bruto non
competit. Nec tamen oportet quod sit alius modus manducationis tertius a
duobus praedictis; quia hoc quod est per accidens, in divisionem non cadit. |
3. La créature sans raison ne mange spirituellement ni sacramentellement d’aucune manière parce qu’elle ne fait pas usage de ce qui est mangé en tant sacrement, ni ne mange le sacrement selon la raison de sacrement, comme on dit que l’infidèle qui a l’intention de recevoir ce que l’Église a reçu mange sacramentellement, bien qu’il croie que cela n’est rien. De même, celui qui mangerait l’hostie consacrée, en ne sachant pas que celle-ci a été consacrée, ne la mangerait sacramentellement d’aucune façon, parce qu’il ne mangerait le sacrement que par accident, sauf qu’il s’approcherait de la manducation sacramentelle pour autant qu’il est apte à manger le sacrement en tant que sacrement, ce qui ne convient pas à l’animal sans raison. Toutefois, il n’est pas nécessaire qu’il existe un mode de manducation différent des deux modes évoqués, car ce qui existe par accident n’intervient pas dans la division. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15031] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod Christus est
spiritualis electorum cibus, non quidem in alios conversus, sed ad se convertens
eos quos reficit; unde spiritualiter Christum manducare est Christo
incorporari, quod per fidem et caritatem contingit. Et quia Christus in seipso est spiritualis cibus, ideo in
sacramentali cibo significatur et continetur. Prius ergo naturaliter est
Christum esse cibum spiritualem quam esse cibum spiritualem sub sacramento
contentum: quia prius est aliquid naturaliter proprietatem aliquam habens,
quam similitudinem proprietatis illius ei significatio aliqua adhibeat. Unde
non quicumque manducat Christum spiritualiter, manducat hoc sacramentum
spiritualiter; utroque tamen modo convenit spiritualiter manducare non
manducantem sacramentaliter. Manducat enim spiritualiter Christum qui fidem
et caritatem ad ipsum habet sine ordine ad hoc sacramentum; non tamen
manducat talis spiritualiter hoc sacramentum, sed solum ille qui habet fidem
et caritatem ad Christum cum devotione et proposito sumendi hoc sacramentum,
etiam si sacramentaliter non manducet. |
Le Christ est la nourriture
spirituelle des élus, non pas en étant converti en
d’autres, mais en convertissant en lui-même ceux qu’il
nourrit. Aussi manger le Christ spirituellement est-ce être
incorporé au Christ, ce qui se produit par la foi et la
charité. Et parce que le Christ est par lui-même une nourriture
spirituelle, il est donc signifié et contenu dans une nourriture
sacramentelle. Le Christ est donc d’abord naturellement une nourriture
spirituelle avant d’être une nourriture spirituelle contenue dans
le sacrement, car une chose possède naturellement une
propriété naturelle avant qu’une signification lui
apporte la similitude de cette propriété. Aussi tous ceux qui
mangent le Christ spirituellement ne mangent-ils pas ce sacrement spirituellement ;
cependant, il convient que celui qui mange sacramentellement mange
spirituellement des deux manières. En effet, celui qui a la foi et la
charité en lui mange le Christ spirituellement, sans rapport avec ce
sacrement ; cependant, il ne mange pas spirituellement ce sacrement,
mais seulement celui qui a la foi et la charité au Christ, avec la
dévotion et l’intention de recevoir ce sacrement, même
s’il ne le mange pas sacramentellement. |
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[15032]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sicut baptizatus Baptismo
flaminis emundationem consecutus est propter propositum Baptismi
sacramentalis, et accipiens sacramentum ampliorem gratiam consequitur, ita
etiam qui spiritualiter manducavit, in proposito et devotione habuit
manducationem sacramentalem, ad quam accedens ex ipsa vi sacramenti majorem
gratiam consequitur; unde non sequitur quod sacramentalis manducatio
superfluat. |
1. De même que celui qui a été
baptisé par le feu a été purifié en raison de
l’intention de recevoir le baptême sacramentel, et que celui qui
reçoit le sacrement reçoit une grâce plus grande, de
même aussi celui qui a mangé spirituellement a eu
l’intention et la dévotion de la manducation
sacramentelle ; lorsqu’il s’en approche, il reçoit en
vertu du sacrement une grâce plus grande. Il n’en découle
donc pas que la manducation sacramentelle est superflue. |
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[15033] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod antiqui patres non manducaverunt spiritualiter hoc
sacramentum quia nondum erat institutum, nec consecratio praecesserat;
manducaverunt tamen spiritualiter Christum; et secundum hoc dicitur 1
Corinth. 10,
quod omnes eamdem escam manducaverunt spiritualem. |
2. Les pères
anciens n’ont pas mangé spirituellement ce sacrement parce
qu’il n’avait pas encore été institué et que
la consécration n’avait pas précédé.
Cependant, ils ont mangé spirituellement le Christ; il est ainsi dit
en 1 Co 10, que tous ont mangé la même nourriture
spirituelle. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[15034] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 5 co. Ad quintam quaestionem
dicendum, quod manducare hoc sacramentum spiritualiter non competit Angelis: quia eis
Christus sub sacramento non proponitur, sed in nuda veritate. Christum tamen
quodammodo spiritualiter manducant, et quodammodo non. Cum enim spiritualiter
manducare sit Christo incorporari, secundum hoc aliquis Christum manducare
potest secundum quod ejus membrum effici potest et Christus esse caput ejus.
Est autem Christus caput Angelorum quodammodo, quia secundum rationem influentiae,
et secundum conformitatem naturae in genere; et quodammodo non, quia non
secundum conformitatem in specie, ut in 3 Lib., dist. 13, qu. 1, art. 2,
quaestiunc. 1, in corp., dictum est; et ideo uno modo spiritualiter manducant
Christum, et alio modo non. |
Manger spirituellement ce
sacrement ne convient pas anges, car le Christ ne leur est pas proposé
sous ce sacrement, mais comme la vérité sans voile. Cependant,
ils mangent spirituellement le Christ d’une certaine manière, et
d’une autre manière, non. En effet, puisque manger le Christ,
c’est lui être incorporé, quelqu’un peut manger le
Christ selon qu’il peut en être fait membre et que le Christ peut
être sa tête. Or, le Christ est d’une certaine façon
la tête des anges en raison de l’influence qu’il exerce sur
eux et par une ressemblance naturelle générale ; mais il
ne l’est pas d’une certaine manière parce qu’il
n’a pas la même espèce, comme on l’a dit au livre
III, d. 13, q. 1, a. 2, qa 1, c. Ainsi, ils mangent le Christ d’une
certaine manière, et d’une autre manière, non. |
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[15035] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod Christus dicitur esca Angelorum secundum divinitatem,
inquantum Angelos reficit; et secundum humanitatem, secundum quod in ipsum
desiderant Angeli prospicere, 1 Petr. 1; non tamen secundum conformitatem naturae
in specie. |
1. Le Christ est appelé nourriture des anges selon sa divinité, en tant qu’il donne force aux anges, et selon son humanité, selon que les anges désirent le regarder, 1 P 1 ; mais il ne l’est pas par une ressemblance de nature spécifique. |
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[15036] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod si Angelus assumpto corpore species masticaret, non tamen manducaret sacramentaliter: quia non manducaret sacramentum secundum rationem sacramenti, cum non habeat fidem, sed manifestam visionem; neque habet conformitatem naturae; et ideo non manducaret sacramentum nisi per accidens. |
2. Si un ange, après avoir pris un corps, mastiquait, il ne mangerait cependant pas sacramentellement, car il ne mangerait pas le sacrement selon la raison de sacrement, puisqu’il n’a pas la foi, mais la vision directe. Il n’a pas non plus la même nature. C’est pourquoi il ne mangerait le sacrement que par accident. |
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Articulus 3 [15037] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 tit. Utrum peccet
quis cum conscientia peccati mortalis corpus Christi manducans |
Article
3 – Est-ce qu’on pèche en mangeant le corps du Christ avec
la conscience d’un péché mortel ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Est-ce qu’on pèche en mangeant le corps du Christ avec la
conscience d’un péché mortel ?]
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[15038] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod non peccet quis cum conscientia peccati mortalis corpus Christi manducans. Quia secundum Augustinum, maximis bonis nullus male utitur. Sed corpus Christi de maximis bonis est. Ergo nullus potest ipso utendo peccare. |
1. Il semble qu’on ne
pèche pas en mangeant le corps du Christ avec la conscience d’un
péché mortel, car, selon Augustin, personne ne fait un mauvais
usage des biens les plus grands. Or, le corps du Christ compte parmi les
biens les plus grands. Personne ne peut donc pécher en en faisant
usage. |
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[15039] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, infirmi non
minus egent medicina quam medico. Sed Christus in propria specie veniens ut
medicus, non refugit peccatorum consortium: quia, sicut ipse dicit, Luc. 5,
31, non egent qui sani sunt medico, sed qui male habent. Ergo cum Christus sub sacramento proponatur ut medicina,
non debet peccatoribus subtrahi. |
2. Les malades n’ont pas
moins besoin de remède que d’un médecin. Or, le Christ,
en venant comme médecin sous sa propre apparence, n’a pas fui la
compagnie des pécheurs, car, comme il le dit lui-même,
Lc 5, 31 : Ceux qui sont
en santé n’ont pas besoin de médecin, mais ceux qui se
portent mal. Puisque le Christ est proposé comme remède
dans le sacrement, il ne doit donc pas être enlevé aux
pécheurs. |
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[15040] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, nullus peccat faciendo id quod tenetur.
Sed iste peccator
tenetur ex praecepto Ecclesiae semel in anno corpus Christi sumere. Ergo
quamvis sit in proposito peccandi, non peccat corpus Christi sumendo. |
3. Personne ne
pèche en faisant ce à quoi il est tenu. Or, ce pécheur
est tenu selon un précepte de l’Église de recevoir le
corps du Christ une fois par année. Bien qu’il ait
l’intention de pécher, il ne pèche donc pas en recevant le
corps du Christ. |
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[15041] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, 1 Corinth. 11, 29: qui manducat indigne, judicium sibi manducat.
Sed qui cum conscientia peccati mortalis manducat, indigne manducat. Ergo et
cetera. |
Cependant, [1]
1 Co 11, 29 dit : Celui qui mange indignement mange
son propre jugement. Or, celui qui mange avec la conscience d’un
péché mortel mange indignement. Donc, etc. |
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[15042] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, Deus magis horret sordes spirituales,
quae sunt peccata, quam sordes corporales. Sed peccaret qui corpus
Christi in lutum projiceret. Ergo peccat qui Christum in corpus suum peccato
infectum intromittit. |
[2] Dieu a davantage
en horreur les souillures spirituelles, que sont les péchés,
que les souillures corporelles. Or, celui qui jetterait le corps du Christ
dans la boue pécherait. Celui qui introduit le Christ dans son corps
infecté par le péché pèche donc. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Celui qui n’a pas conscience d’un péché mortel, mais se trouve en état de péché mortel, pèche-t-il en recevant le corps du Christ ?] |
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[15043]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam ille qui non habet
conscientiam peccati mortalis, in peccato mortali existens peccet corpus
Christi sumendo. Peccatum enim facit hominem indigne accedere ad corpus
Christi. Sed ignorantia peccati cui homo subjacet, non tollit peccatum, immo
gravissime peccat qui ignorat, secundum Ambrosium. Ergo cum indigne accedens
peccet mortaliter, videtur quod habens peccatum cujus non est conscius, accedens
peccet. |
1. Il semble que celui qui n’a pas conscience
d’un péché mortel, mais se trouve en état de
péché mortel, pèche en recevant le corps du Christ. En
effet, le péché rend un homme indigne d’approcher le
corps du Christ. Or, l’ignorance du péché à laquelle
un homme est soumis n’enlève pas le péché ;
bien plutôt, celui qui l’ignore pèche gravement, selon
Ambroise. Puisque celui qui s’approche indignement [du corps du Christ]
pèche mortellement, il semble que celui qui est en état de
péché dont il n’est pas conscient pèche en
s’en approchant. |
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[15044] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, in meliori statu est justus habens conscientiam peccati mortalis, cui non subjacet, quam peccator subjacens peccato cujus non est conscius: quia hoc videtur esse praesumptionis, primum autem humilitatis: quia secundum Gregorium, bonarum mentium est ibi culpam agnoscere ubi culpa non est. Sed justus carens peccato peccat, si cum conscientia peccati mortalis accedat. Ergo multo fortius peccator, qui peccati sui sibi non est conscius. |
2. Le juste qui a conscience d’un péché mortel est dans un meilleur état que le pécheur soumis à un péché dont il n’a pas conscience, car ceci semble relever de la présomption, mais le premier cas, de l’humilité. En effet, selon Grégoire, il relève d’esprits bons de reconnaître une faute là où il n’y a pas de faute. Or, le juste qui n’a pas péché pèche s’il s’approche [du corps du Christ] avec la conscience d’un péché mortel. À bien plus forte raison donc le pécheur, qui n’est pas conscient de son péché. |
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[15045] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
ubicumque requiritur examinatio, ibi est necessaria rei veritas, et non
opinio tantum. Sed ad hoc quod aliquis digne accedat ad corpus Christi,
requiritur diligens examinatio sui ipsius, ut patet 1 Corinth. 11, 28: probet
seipsum homo, et sic de pane illo edat. Ergo necessarium est quod sit
puritas a peccato secundum veritatem, et non solum secundum aestimationem. |
3. Partout où est requis un
examen, la vérité d’une chose est nécessaire, et
non pas seulement une opinion. Or, pour que quelqu’un s’approche
dignement du corps du Christ, un examen attentif est nécessaire, comme
cela ressort clairement de 1 Co 11, 28 : Que
l’homme s’examine, et qu’il mange ce pain. Il est donc
nécessaire d’être vraiment pur de péché, et
non seulement de le croire. |
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[15046] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, Eccl. 9, 1,
dicitur: nemo scit utrum odio vel amore dignus sit. Si ergo habens peccatum cujus non est conscius, peccaret
corpus Christi sumendo; quicumque sumit, exponeret se periculo peccati
mortalis; et ita nullus sumere deberet. |
Cependant,
[1] il est dit dans Qo 9, 1: Personne ne sait s’il est digne
de haine ou d’amour. Si donc celui qui est en état de péché
sans en être conscient péchait en recevant le corps du Christ,
tous ceux qui le reçoivent s’exposeraient au danger du
péché mortel, et ainsi personne ne devrait le recevoir. |
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[15047] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, ignorantia facti excusat. Sed ignorantia
peccati est hujusmodi. Ergo excusat. |
[2] L’ignorance d’un fait
excuse. Or, l’ignorance du péché est de cette sorte. Elle
excuse donc. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Celui qui mange indignement le corps du Christ pèche-t-il davantage que celui qui commet n’importe quel autre péché ?] |
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[15048] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod manducans indigne corpus
Christi, magis peccet quam quodcumque aliud peccatum committens. Super illud Marc. 14: vae homini illi etc., dicit
Glossa: vae homini illi qui ad mensam domini accedit indigne: iste enim in
exemplum Judae filium hominis tradit; et in 1 Corinth. 11 dicitur, quod
est reus sanguinis domini. Sed Judas et illi qui sanguinem domini fuderunt,
gravissime peccaverunt. Ergo et hoc peccatum est ceteris gravius. |
1.
Il semble que celui qui mange indignement le corps du Christ pèche
davantage que celui qui commet n’importe quel autre
péché. À propos de Mc 14 : Malheur à
l’homme, etc., la Glose dit : «Malheur à
l’homme qui s’approche indignement de la table du Seigneur :
en effet, à
l’exemple de Judas, il trahit le Fils de l’homme.» Et il
est dit, en 1 Co 11, qu’il est coupable du sang du Seigneur. Or,
Judas et ceux qui ont versé le sang du Seigneur ont péché
gravement. Ce péché est donc plus grave que les autres. |
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[15049] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
plus peccaret qui corpus Christi in lutum projiceret quam qui aliquod aliud
peccatum committeret, puta fornicationem, vel aliud hujusmodi. Sed Deus plus
horret sordes peccati quam sordes luti. Ergo peccator sumens corpus Christi
gravius peccat quam quodlibet aliud peccatum committens. |
2. Celui qui jetterait dans la boue le corps du Christ
pécherait davantage que celui qui commettrait un autre
péché, par exemple, la fornication ou un autre
péché de ce genre. Or, Dieu a davantage en horreur la souillure
du péché que la souillure de la boue. Le pécheur qui
reçoit le corps du Christ pèche donc plus gravement que celui
qui commet un autre péché. |
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[15050] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Sed
contra, quod est per se malum, est majus malum quam quod est per accidens
malum. Sed alia peccata sunt per se mala, ut fornicatio; sed manducare corpus
Christi est per se bonum, et per accidens malum. Ergo est minus malum. |
Cependant, ce qui est mauvais de soi est plus
mauvais que ce qui est mauvais par accident. Or, les autres
péchés sont mauvais de soi, comme la fornication; mais manger
le corps du Christ est en soi bon, mais mauvais par accident. C’est
donc un mal moindre. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [L’hérétique qui mange le corps du Christ pèche-t-il moins que le fidèle pécheur ?] |
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[15051] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod minus peccat haereticus
manducans corpus Christi quam fidelis peccator. Quia pejus est contemnere
Christum quam contemnere sacramentum Christi. Sed fidelis peccator manducans
contemnit Christum, quem sub sacramento vere esse credit; infidelis autem
contemnit sacramentum in hoc quod sub eo Christum esse non credit. Ergo infidelis minus peccat. |
1. Il semble que l’hérétique qui
mange le corps du Christ pèche moins que le pécheur
fidèle, car il est pire de mépriser le Christ que de
mépriser le sacrement du Christ. Or, le pécheur fidèle
méprise le Christ, qu’il croit exister véritablement dans
le sacrement ; mais l’infidèle méprise le sacrement
en ne croyant pas que le Christ existe en lui. L’infidèle
pèche donc moins. |
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[15052] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
quanto aliquod peccatum est magis dissonum a ratione, tanto est gravius. Sed
peccatum fidelis indigne sumentis est contra rationem naturalem manifeste:
non autem illius qui non credit sub hoc sacramento Christum secundum
veritatem esse: quia hoc supra rationem est, et supra sensum. Ergo infidelis
minus peccat. |
2. Plus un péché est
discordant par rapport à la raison, plus il est grave. Or, le
péché du fidèle qui reçoit indignement [le corps
du Christ] est manifestement contraire à la raison naturelle, mais [le
péché] de celui qui ne croit pas que le Christ existe
véritablement dans ce sacrement ne l’est pas, car cela
dépasse la raison et le sens. L’infidèle pèche
donc moins. |
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[15053] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 3 Sed contra, quanto aliquis
magis elongatur a Christo realiter, tanto magis debet elongari
sacramentaliter. Sed infidelis magis elongatur realiter: quia prima unio ad Christum
est per fidem, qua ille caret. Ergo magis peccat accedendo ad Christum
sacramentaliter. |
Cependant,
plus l’on s’éloigne réellement du Christ, plus
l’on doit s’en éloigner sacramentellement. Or,
l’infidèle s’éloigne davantage du Christ
réellement, car la première union au Christ se réalise
par la foi qui lui fait défaut. Il pèche donc davantage en
s’approchant du Christ sacramentellement. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Celui qui est soumis à un péché de la chair pèche-t-il davantage en s’approchant de ce sacrement qu’en étant soumis à un péché spirituel ?] |
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[15054] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod subjacens peccato carnis,
magis peccat accedens ad hoc sacramentum quam subjacens peccato spirituali.
Quia peccatum manducantium corpus Christi in peccato carnis existentium
comparatur peccato Judae; unde Hieronymus: quid tibi cum feminis qui ad
altare cum Deo fabularis ? (...) Dic sacerdos, dic clerice, qualiter eisdem
labiis filium Dei oscularis, quibus osculatus es filiam meretricis ? O Juda,
osculo filium hominis tradis. Sed
peccatum Judae fuit gravissimum. Ergo talis gravius peccat. |
1. Il semble que celui qui est soumis à un
péché de la chair pèche davantage en s’approchant
de ce sacrement qu’en étant soumis à un
péché spirituel, car le péché de ceux qui mangent
le Christ alors qu’ils se trouvent dans le péché de la
chair se compare au péché de Judas. Aussi
Jérôme [écrit-il] : «Qu’as-tu à
faire avec les femmes, toi qui prétends t’approcher de
l’autel avec Dieu ?... Prêtre, clerc, dis-moi comment tu
embrasses le Fils de Dieu avec les mêmes lèvres qui
t’ont servi à embrasser la fille d’une
dévoyée ? Ô Judas, tu trahis le Fils de l’homme par
un baiser !» Celui-là pèche donc plus gravement. |
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[15055]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 5 arg. 2 Praeterea, in peccato carnis est immunditia mentis et
corporis. Ergo magis facit contumeliam sacramento qui cum peccato carnis
corpus Christi manducat, quam qui manducat cum peccato spirituali, ubi est
immunditia mentis tantum. |
2. Dans le péché de la chair, il y a
impureté de l’esprit et du corps. Celui qui mange le corps du
Christ avec un péché de la chair offense donc davantage le
sacrement, que celui qui [le] mange avec un péché spirituel,
dans lequel il n’y a qu’une impureté de l’esprit. |
|
[15056] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 5 s. c. 1 Sed
contra, Gregorius dicit, quod peccata spiritualia sunt majoris culpae; cujus
ratio est quia peccata carnis magis ex infirmitate accidunt. Sed ex hoc est
aliquis indignus corporis et sanguinis domini quod culpae subjacet. Ergo minus peccat
accedens cum peccato carnis quam cum peccato spirituali. |
Cependant, [1] Grégoire
dit que les péchés spirituels sont plus coupables. La raison en
est que les péchés de la chair viennent de la faiblesse. Or,
c'est parce que quelqu’un est coupable qu’il est indigne du corps
et du sang du Seigneur. Celui qui s’en approche avec un
péché de la chair pèche donc moins que [celui qui
s’en approche] avec un péché spirituel. |
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Quaestiuncula 6 |
Sous-question 6 – [Est-ce qu’un pécheur pèche en regardant le corps du Christ ?] |
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[15057] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 6 arg. 1 Ulterius. Videtur quod peccator peccat videndo
corpus Christi. Quia corpus Christi est dignius quam arca testamenti. Sed
Bethsamitae videntes arcam domini, quia peccatores erant, percussi sunt, ut
dicitur 1 Reg. 6. Ergo multo fortius peccator videns corpus Christi peccat. |
1. Il semble qu’un pécheur pèche en
regardant le corps du Christ, car le corps du Christ est plus digne que
l’arche de l’alliance. Or, les Bethsamites ont été
frappés en regardant l’arche du Seigneur parce qu’ils
étaient des pécheurs, comme il est dit en 1 R 6.
À bien plus forte raison, le pécheur qui regarde le corps du
Christ pèche-t-il. |
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[15058] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 6 arg. 2 Praeterea,
publicanus laudatur, Luc. 18, de hoc quod oculos non levabat ad caelum. Sed
corpus Christi est dignius caelo. Ergo debent peccatores ab aspectu corporis
Christi abstinere. |
2. Le publicain est loué,
en Lc 18, parce qu’il ne levait pas les yeux au ciel. Or, le corps
du Christ est plus digne que le ciel. Les pécheurs doivent donc
s’abstenir de regarder le corps du Seigneur. |
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[15059] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 6 s. c. 1 Sed contra est
consuetudo Ecclesiae, secundum quam elevatur corpus Christi ab omnibus
aspiciendum sine aliqua discretione videntium. Ergo non peccat peccator videns. |
Cependant, [1] la coutume de
l’Église, selon laquelle le corps du Christ est
élevé pour que tous le regardent sans distinction de ceux qui
le voient, va en sens contraire. Celui qui voit [le corps du Christ] ne
pèche donc pas. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15060] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod quilibet
cum conscientia peccati mortalis manducans corpus Christi, peccat mortaliter,
quia abutitur sacramento: et quanto sacramentum est dignius, tanto abusus est
periculosior. Ratio autem hujus ex tribus
potest sumi. Primo ex eo quod est sacramentum tantum, ex quo apparet, quod
hoc sacramentum in modum cibi proponitur; cibus autem non competit nisi
viventi: unde si carens vita spirituali per peccatum mortale accipiat hoc
sacramentum, abutitur ipso. Secundo ex eo quod est ibi res et sacramentum,
quod est ipse Christus, qui est sanctus sanctorum; unde receptaculum ejus
debet esse sanctum; et ideo si aliquis cum contrario sanctitatis corpus
Christi sumat, sacramento abutitur. Tertio ex eo quod est res tantum, quod
est corpus Christi mysticum; quia ex hoc ipso quod aliquis ad hoc sacramentum
accedit, significat se ad unitatem corporis mystici tendere; unde si peccatum
in conscientia teneat, per quod a corpore mystico separatur, fictionis culpam
incurrit, et ita abutitur sacramento. |
Quiconque ayant conscience
d’un péché mortel mange le corps du Christ pèche
mortellement, parce qu’il abuse du sacrement. Et plus un sacrement est
digne, plus l’abus est dangereux. Il peut y avoir à cela trois
raisons. Premièrement, du fait qu’il s’agit du sacrement
seulement, par quoi il est clair que ce sacrement est proposé sous
forme de nourriture. Or, la nourriture ne convient qu’à celui
qui est vivant. Si donc celui à qui fait défaut la vie
spirituelle à cause du péché mortel reçoit ce
sacrement, il en abuse. Deuxièmement, du fait que s’y trouvent
la réalité et le sacrement, qui est le Christ lui-même,
qui est le saint des saints. Celui qui le reçoit doit donc être
saint. C’est pourquoi celui qui reçoit le corps du Christ dans
ce qui est contraire à la sainteté abuse du sacrement.
Troisièmement, du fait que s’y trouve la réalité
seulement, qui est le corps mystique du Christ, car par le fait que
quelqu’un s’approche de ce sacrement, il signifie qu’il
tend à l’unité du corps mystique. S’il a un
péché sur la conscience, par lequel il est séparé
du corps mystique, il est coupable d’une feinte, et ainsi il abuse du
sacrement. |
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[15061] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod verbum Augustini intelligendum est de eo quo
utitur quis sicut eliciente actum usus: sic enim virtutibus, quas maxima bona
dicit, nullus male utitur. Sed non est intelligendum de eo quo quis utitur
quasi objecto usus: sic enim etiam virtutibus aliquis male utitur, qui de
virtutibus gloriatur et superbit; et ita etiam aliquis potest corpore Christi
male uti sicut objecto. |
1. La parole d’Augustin doit s’entendre de
celui qui en fait usage en choisissant l’acte qu’est
l’usage. En effet, personne ne fait ainsi un mauvais usage des vertus,
qu’il appelle les plus grands biens. Mais il ne faut pas
l’entendre au sens où quelqu’un en fait usage comme de
l’objet de l’usage. En effet, quelqu’un peut même
faire un mauvais usage des vertus, en se glorifiant et en
s’enorgueillissant des vertus. Ainsi, quelqu’un peut même
faire un mauvais usage du corps du Christ comme objet. |
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[15062] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod duplex est medicina. Una est removens morbum; et talis infirmis debetur; et
huic comparatur Baptismus et poenitentia. Alia est promovens in perfectam
sanitatem; et talis non debetur infirmis, sed jam sanis; et huic comparatur
haec medicina. Utraque autem medicina per medicum datur. Unde non sequitur,
si medicus non fugit infirmi consortium, quod quaelibet ejus medicina
infirmis dari debeat. |
2. Il existe un double remède. L’un
enlève la maladie : un tel remède est destiné aux
malades, et le baptême et la pénitence s’y comparent.
L’autre conduit à une santé parfaite : un tel
remède n’est pas destiné aux malades, mais à ceux
qui sont déjà en santé. Le remède [de
l’eucharistie] se compare à celui-ci. Or, les deux
remèdes sont donnés par le médecin. Il n’en
découle donc pas que, si le médecin ne fuit pas la compagnie
d’un malade, tous ses remèdes doivent être donnés
aux malades. |
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[15063] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod habens conscientiam mortalis quod dimittere non
proponit, peccat accedens ad sumendum corpus Christi, quia indigne accedit. Peccat etiam non accedendo
tempore ab Ecclesia constituto, quia inobediens est. Non tamen est perplexus, quia potest se ab hoc dubio
eripere, peccati propositum dimittendo. Nihilominus tamen manente tali proposito
minus peccat non sumendo quam sumendo; quia illud quod est malum secundum se,
est majus malum quam illud quod est malum quia prohibitum; unde potius se
debet dimittere excommunicari, quam cum proposito peccati corpus Christi
sumat. |
3. Celui qui a conscience d’un
[péché] mortel qu’il n’a pas l’intention
d’écarter pèche en s’approchant pour recevoir le
corps du Christ, parce qu’il s’en approche indignement. Il
pèche aussi en ne s’en approchant pas au moment
déterminé par l’Église, parce qu’il est
désobéissant. Il n’est cependant pas perplexe, car il
peut s’arracher à ce doute en écartant l’intention
de pécher. Néanmoins, si une telle intention persiste, il
pèche moins en ne le recevant pas qu’en le recevant, car ce qui
est mal en soi est un plus grand mal que ce qui est mal parce que cela est
défendu. Aussi doit-il plutôt préferer être
excommunié que recevoir le corps du Christ avec l’intention de
pécher. |
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Quaestiuncula [15la 2064] Super Sent.,
lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum,
quod ignorantia circumstantiae a peccato
excusat, adhibita diligentia, praecipue quando est talis circumstantia, cujus
certitudo plene haberi non potest. Quod autem homo sit omnino a peccato immunis, per
certitudinem sciri non potest; 1 Corinth., 4, 4: nihil mihi conscius sum,
sed non in hoc justificatus sum. Potest
tamen de hoc haberi aliqua conjectura, praecipue per quatuor signa, sicut
Bernardus dicit. Primo, cum quis devote verba Dei audit: quia qui est ex
Deo, verba Dei audit; Joan. 8, 47. Secundo, cum quis se promptum ad bene operandum
invenit: quia probatio dilectionis exhibitio est operis, ut dicit Gregorius.
Tertio, cum quis a peccatis abstinendi in futurum propositum habet. Quarto,
cum de praeteritis dolet: quia in his vera poenitentia, secundum Gregorium,
consistit. Unde si aliquis per hujusmodi signa facta diligenti discussione
suae conscientiae, quamvis forte non sufficienti, ad corpus Christi devote
accedat, aliquo peccato mortali in ipso manente, quod ejus cognitionem
praeterfugiat, non peccat, immo magis ex vi sacramenti peccati remissionem
consequitur. Unde Augustinus dicit in quodam sermone, quod quando corpus
Christi manducatur, vivificat mortuos. |
L’ignorance
d’une circonstance excuse d’un péché, si l’on
prend garde, surtout lorsque la circonstance est telle qu’on ne peut
avoir une certitude totale. Mais qu’un homme soit totalement exempt de
péché, on ne peut le savoir avec certitude.
1 Co 4, 4 : Ma conscience ne me reproche rien, mais je
n’en suis pas justifié pour autant. On peut cependant le
conjecturer d’une certaine manière, surtout à partir de
quatre signes, comme le dit Bernard. Premièrement, lorsqu’on
écoute dévotement les paroles de Dieu, car celui qui est de
Dieu, écoute les paroles de Dieu, Jn 8, 47.
Deuxièmement, lorsqu’on se trouve empressé de bien agir,
car la preuve de l’amour se trouve dans l’action, comme le dit
Grégoire. Troisièmement, lorsque l’on a l’intention
de s’abstenir de pécher à l’avenir. Quatrièmement,
lorsqu’on déplore le passé, car la véritable
pénitence consiste en cela, selon Grégoire. Si l’on
s’approche dévotement du corps du Christ en se fiant à
ces signes, après un examen attentif, bien que peut-être
insuffisant, de sa conscience, alors que demeure un péché
mortel qui échapperait à sa connaissance, on ne pèche
pas ; bien plutôt, on obtient la rémission du
péché par la puissance du sacrement. Aussi Augustin dit-il dans
un sermon que lorsque le corps du Christ est mangé, il donne vie aux
morts. |
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[15065] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod duplex est ignorantia peccati. Una qua ignoratur
an aliquid peccatum sit; et haec quidem ignorantia si sit in sola cognitione
consistens, quandoque excusat peccatum, sicut cum ignoratur circumstantia
quae peccatum facit, sicut cum quis commiscetur alienae quam credit suam; et
hic non habet locum auctoritas Ambrosii. Quandoque autem non excusat, sicut
cum est ignorantia universalis juris; immo ipsa ignorantia grave peccatum
est; et videtur in his quae per se mala sunt, ad infidelitatem pertinere; in
his autem quae sunt mala quia prohibita, ad negligentiam; et hic habet aliquo
modo locum verbum Ambrosii propter ignorantiae periculum; quia medicina non
quaeritur cum morbus ignoratur; et etiam propter infidelitatem, quae est
gravissimum peccatum. Si autem sit talis ignorantia in cognitione simul et
affectione consistens, sicut ignorantia electionis, quando quis in illicitum
improhibite fertur ac si esset licitum, sicut dicit philosophus de his qui ex
habitu alicujus vitii operantur, ut intemperati, tunc gravissime peccat qui
ignorat, quia haec ignorantia provenit ex contemptu. Alia ignorantia peccati
est, qua id quod scitur esse peccatum, jam non creditur esse, sed sibi
dimissum esse; et talis ignorantia non excusat nec aggravat illud peccatum,
cujus ignorantia dicitur; sed potest excusare respectu sequentis peccati,
respectu cujus peccatum praecedens, quod ignoratum est, se habet ut
circumstantia, quae peccatum in actu sequenti induceret, si sciretur; et ita
est in proposito. Unde quamvis sit indignus ratione praecedentis peccati, non
tamen indigne accedit, quia ignorantia excusat a peccato illum accessum, ut
dictum est. |
1. Il y a une double ignorance du péché.
L’une, par laquelle on ignore s’il existe un péché.
Cette ignorance, si elle consiste dans la seule connaissance, excuse parfois
le péché, comme lorsqu’on ignore une circonstance qui
cause le péché, par exemple, si l’on a des rapports
sexuels avec une autre femme que la sienne. L’autorité
d’Ambroise ne s’applique pas à cela. Mais parfois,
[l’ignorance] n’excuse pas, comme lorsqu’il s’agit de
l’ignorance d’un droit universel ; bien plutôt, cette
ignorance même est un péché grave, et elle semble
être en rapport avec l’infidélité pour les choses
qui sont mauvaises en soi. Mais pour les choses qui sont mauvaises parce que
défendues, [elle semble être en rapport] avec la
négligence. Ici s’applique d’une certaine manière
la parole d’Ambroise en raison du danger de l’ignorance, car le
remède n’est pas recherché lorsque la maladie est
ignorée ; et cela, même en raison de
l’infidélité, qui est le plus grave des
péchés. Mais si une telle ignorance se trouve à la fois
dans la connaissance et dans l’affectivité, comme
l’ignorance du choix, lorsque quelqu’un est porté vers
quelque chose de défendu sans que cela soit interdit, comme le
Philosophe le dit à propos de ceux qui agissent par habitus d’un
vice, tels ceux à qui fait défaut la tempérance, alors
celui qui ignore pèche gravement, car cette ignorance provient du
mépris. Il existe une autre ignorance du péché, par
laquelle on ne croit pas qu’est un péché ce que
l’on sait être péché, alors qu’on croit que
cela a été pardonné. Une telle ignorance n’excuse
pas mais aggrave ce péché, à propos duquel on parle
d’ignorance. Mais elle peut excuser d’un péché subséquent,
par rapport auquel le péché précédent, qui a
été ignoré, se trouve être une circonstance, qui
entraînerait un péché dans l’acte suivant, si on le
savait. Et c’est ce dont il est ici question. Bien qu’on soit
indigne en raison d’un péché précédent, on
ne s’approche cependant pas indignement [du corps du Seigneur], car
cette ignorance excuse de péché celui qui s’est
approché, comme on l’a dit. |
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[15066] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sicut ignorantia circumstantiae quae excusat peccatum, excusat a peccato, ita error circumstantiae talis causat peccatum, ut patet in eo qui accedit ad suam, quam credit non esse suam. Et similiter est in proposito: quia justus credens se peccatorem, errat in hac circumstantia. Unde si tali opinione manente corpus Christi manducaret; constat quod eligeret se peccatorem corpus Christi manducare; et ita electio esset prava, et peccaret. Sed electio non est prava in eo qui peccatum habet quod nescit; et ideo quamvis justus sit simpliciter melius dispositus, tamen est pejus dispositus quantum ad hoc. |
2. De même que l’ignorance d’une circonstance qui excuse le péché excuse du péché, de même l’erreur à propos d’une telle circonstance cause le péché, comme cela ressort clairement du cas de celui qui s’approche d’une autre femme, qu’il croit être la sienne. De même en est-il dans le cas présent, car le juste qui croit être pécheur se trompe à propos de cette circonstance. S’il mangeait le corps du Christ alors que demeurait une telle opinion, il est clair qu’il choisirait d’être pécheur en mangeant le corps du Christ. Ainsi, ce choix serait mauvais et il pécherait. Mais le choix n’est pas mauvais chez celui qui a un péché sans le savoir. C’est pourquoi sa disposition est pire sur ce point, bien que celui qui est simplement mieux disposé soit juste. |
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[15067] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod examinatio requiritur, ne ignorantia ex negligentia procedat; quia talis ignorantia non excusaret. |
3. Un examen est nécessaire pour que l’ignorance ne vienne pas de la négligence, car une telle ignorance n’excuserait pas. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15068] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod sicut meritum
praecipue consistit penes caritatem, item demeritum praecipue consistit penes
contemptum Dei; unde secundum quod aliquis Deum per actum peccati magis contemnit,
secundum hoc majorem reatum incurrit; et ideo illa peccata quae in actuali contemptu
consistunt, sunt graviora illis in quibus non est contemptus nisi ex consequenti,
et quasi interpretatus; sicut accidit in fruitione creaturae, per quam
aliquis delectationi intendit, ex cujus intentione a praeceptis Dei discedit,
et sic per consequens percipientem contemnit. Peccatum autem blasphemiae in
contemptu principaliter consistit; et similiter peccatum accedentis indigne
ad corpus Christi, irreverentia quaedam et contemptus essentialiter est.
Sciendum autem, quod contemptus ex duplici parte mensurari potest. Uno modo
ex parte contemnentis; et sic non potest fieri comparatio unius generis
peccati ad aliud genus, sed unius particularis peccati ad aliud: quia
contingit in uno veniali peccato ex genere esse majorem contemptum actualem
quam in uno gravissimo peccato mortali ex genere. Alio modo ex parte ejus
quod contemnitur; et sic est talis ordo peccatorum, quod illud in quo ipse
Deus in seipso etiam contemnitur, est peccatum gravissimum, sicut peccatum
infidelitatis et blasphemiae; et post hoc illud peccatum in quo contemnitur
Deus in sacramento, et inter alia praecipue in isto, in quo essentialiter
Christus Deus et homo continetur (non tamen contemptus iste est circa
Christum, ut est Deus et homo, sed prout est in sacramento); et post,
peccatum illud in quo contemnitur Deus in membris suis; et post, peccatum in
quo contemnitur Deus in praeceptis suis, quod commune est omni peccato mortali;
et secundum hoc patet quod peccatum de quo nunc agitur, neque est omnium
gravissimum, neque est omnium minimum; sed est medium inter peccata quae
committuntur in Deum, et alia peccata quae committuntur in proximum, vel in
seipsum; unde ad utraque argumenta oportet respondere. |
De même que le mérite
vient principalement de la charité, de même le
démérite vient-il principalement du mépris de Dieu.
Aussi, selon que quelqu’un méprise davantage Dieu par
l’acte de pécher, encourt-il une plus grande culpabilité.
C’est pourquoi les péchés qui consistent dans un acte de
mépris sont plus graves que ceux où ne se trouve le
mépris que comme une conséquence et comme une
interprétation, comme il arrive dans la jouissance d’une
créature, par laquelle quelqu’un recherche un plaisir et, en
raison de cette recherche, il s’écarte des commandements de
Dieu ; ainsi, par mode de conséquence, celui qui [le]
reçoit le méprise [corr.]. Or, le péché de
blasphème consiste principalement dans un mépris. De
même, le péché de celui qui s’approche indignement
du corps du Christ est-il essentiellement un certain manque de
révérence et un mépris. Or, il faut savoir que le
mépris peut se mesurer de deux points de vue. D’une
manière, du point de vue de celui qui méprise. Ainsi, on ne
peut comparer un genre de péché à un autre, mais un
péché particulier à un autre, car il arrive que, dans un
seul péché véniel, il y ait un acte de mépris
plus grand que dans un péché mortel très grave par son
genre. D’une autre manière, du point de vue de celui qui est
méprisé. Ainsi, l’ordre entre les péchés est
tel que ce par quoi Dieu même est méprisé en
lui-même est le péché le plus grave, tels le
péché d’infidélité et le blasphème.
Suit le péché par lequel Dieu est méprisé dans un
sacrement, et principalement dans celui-ci parmi les autres, dans lequel le
Christ, Dieu et homme, est contenu par essence (toutefois, ce mépris
ne porte pas sur le Christ en tant que Dieu et homme, mais en tant
qu’il est dans le sacrement). Vient ensuite le péché par
lequel Dieu est méprisé dans ses membres. Ensuite, le
péché par lequel Dieu est méprisé dans ses
commandements, ce qui est commun à tout péché mortel. Il
ressort ainsi clairement que le péché dont il est maintenant
question n’est ni le plus grave, ni le moindre de tous les
péchés, mais qu’il occupe le milieu entre les
péchés qui sont commis contre Dieu et les autres
péchés qui sont commis contre le prochain ou contre
soi-même. Aussi faut-il répondre aux deux arguments. |
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[15069] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod peccatum indigne corpus Christi manducantium comparatur
peccato Christum occidentium, inquantum utrumque peccatum in ipsum Christum
committitur; sed tamen peccatum Christum occidentium majus est: quia illud
peccatum commissum est in ipsam Christi personam; hoc autem peccatum
committitur in ipsum, secundum quod est sub sacramento. |
1. Le péché de ceux qui mangent indignement
le corps du Christ se compare au péché de ceux qui ont
tué le Christ dans la mesure où les deux péchés
sont commis contre le Christ lui-même. Cependant, le
péché de ceux qui ont tué le Christ est plus grand, car
ce péché a été commis contre la personne
même du Christ ; mais ce péché est commis contre lui
pour autant qu’il est dans le sacrement. |
|
[15070]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ille qui corpus Christi in
lutum projiceret, magis peccaret quam manducans peccator: quia magis abutitur
sacramento, secundum quod longius a debito usu sacramenti recedit, quod ab
homine justo sumendum est. |
2. Celui qui jetterait le corps du Christ dans la boue
pècherait davantage que celui qui le mangerait en état de
péché, car il abuse davantage du sacrement dans la mesure
où il s’éloigne davantage de l’usage
approprié du sacrement qui doit être reçu par un homme
juste. |
|
[15071] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis corpus Christi manducare non sit malum nisi
per accidens, tamen manducare corpus Christi indigne est malum per se. Nullum
enim peccatum dicitur malum per se nisi propter corruptionem alicujus
circumstantiae. |
3. Bien que manger le
corps du Christ ne soit mal que par accident, cependant manger indignement le
corps du Christ est mal en soi. En effet, aucun péché
n’est appelé un mal en soi qu’en raison de la corruption
d’une circonstance. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15072] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod in indigne manducante est
duo peccata considerare; scilicet peccatum quo indignus redditur ad
manducandum, et peccatum quo indigne manducat. Quia ergo peccatum infidelitatis
est gravius ceteris aliis peccatis, ideo infidelis manducans indignior est ad
manducandum. Sed quia non credit illud quod sumitur esse tantae dignitatis
quantae est, ideo non tantum peccat in abusu: quia ignorantia infidelitatis
quamvis non excuset sequens peccatum a toto, excusat tamen a tanto, ut patet
de peccato occidentium Christum: quia, si cognovissent, nunquam dominum
gloriae crucifixissent, 1 Corinth. 2, 8;
et per hanc ignorantiam eorum peccatum alleviatum est, ut dicit Anselmus; et
similiter Paulus de seipso dicit, 1 Timoth. 1, 14: misericordiam consecutus
sum, quia ignorans feci in incredulitate mea. Et ideo infidelis indignior
manducat, sed peccator fidelis magis indigne. |
Deux péchés doivent
être pris en compte chez celui qui mange indignement [le corps du
Christ] : le péché par lequel il est rendu indigne de le
manger, et le péché par lequel il le mange indignement. Parce
que le péché d’infidélité est plus grave
que les autres péchés, celui qui [le] mange en état
d’infidélité est donc plus indigne de le manger. Mais
parce qu’il ne croit pas que ce qui est reçu a une aussi grande
dignité que cela possède, il ne pèche donc pas autant
par abus, car l’ignorance de l’infidélité, bien
qu’elle n’excuse pas entièrement un péché
qui en découle, excuse cependant d’un si grand
[péché], comme cela ressort clairement du péché
de ceux qui ont tué le Christ, car
s’ils l’avaient connu, ils n’auraient jamais
crucifié le Seigneur de la gloire, 1 Co 2, 8. Et en
raison de cette ignorance, leur péché a été
allégé, comme le dit Anselme. De même, Paul dit de
lui-même, 1 Tm 1, 14 : J’ai obtenu miséricorde, car j’ai agi par
ignorance alors que j’étais incroyant. C’est pourquoi
l’infidèle est plus indigne de manger [le corps du Christ], mais
le pécheur croyant est plus indigne. |
|
[15073] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod infidelis quantum ad peccatum infidelitatis
contemnit Christum in sua persona, quia ejus doctrinae repugnat; quantum
autem ad manducationem contemnit quidem non expresse sed interpretative,
inquantum illa ignorantia qua Christum sub sacramento esse non credit, non
est invincibilis; unde quia potest facere ut credat, perinde reputatur ac si
credat, in genere peccati; quamvis actualis et expressus contemptus aggravet
quantitatem istius peccati; et sic quantum ad ipsam manducationem magis
fidelis peccator peccat. |
1. L’infidèle, pour ce qui est du
péché d’infidélité, méprise le
Christ dans sa propre personne parce qu’il s’oppose à son
enseignement. Pour ce qui est de la manducation, il le méprise non pas
de manière explicite, mais selon une interprétation, pour
autant que l’ignorance en vertu de laquelle il ne croit pas que le
Christ est dans le sacrement n’est pas invincible. Aussi, parce
qu’il peut faire en sorte de croire, il est considéré comme
s’il croyait, pour ce qui est du genre du péché, bien que
l’acte de mépris et le mépris explicite aggravent la
quantité de ce péché. Et ainsi, pour ce qui est de la
manducation, le pécheur croyant pèche davantage. |
|
[15074]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quamvis ea quae sunt fidei, et
praecipue circa hoc sacramentum, non sint ita rationi humanae consona
secundum se considerata, tamen ut dicta a Deo, et prodigiis approbata, sunt
maxime rationi consona. Nihil enim est adeo rationi consonum, sicut quod Deo
sit credendum in omnibus quae dicit et contestatur. Doctrina autem fidei cum
accepisset principium enarrandi a domino, contestante Deo signis et
prodigiis, et variis spiritus sancti distributionibus, per eos qui audierunt,
in nos confirmata est, Hebr. 2, 3; et ideo peccatum infidelitatis est gravius
quam peccatum indigne manducantis. |
2. Bien que ce qui relève de la foi,
principalement au sujet de ce sacrement, ne s’accorde pas autant avec
la raison humaine considérée en elle-même, cependant,
cela s’accorde au plus haut point avec la raison en tant que cela a
été dit par Dieu et été démontré
par des prodiges. En effet, rien ne s’accorde autant avec la raison que
de devoir croire Dieu en tout ce qu’il dit et dont il rend
témoignage. Or, l’enseignement de la foi, après avoir
été énoncé d’abord par le Seigneur, alors
que Dieu en rendait témoignage par des signes, des prodiges et par
divers dons de l’Esprit Saint, a été affermi en nous par
ceux qui l’ont entendu, He 2, 3. C’est pourquoi le
péché d’infidélité est plus grave que le
péché de celui qui mange indignement [le corps du Christ]. |
|
[15075] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 3 Tertium autem
argumentum concludit, quod infidelis indignior sit; et hoc concedendum est. |
3. Le troisième
argument conclut que l’infidèle est plus indigne. Cela doit
être concédé. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[15076] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod ad hoc quod
aliquis digne corpus Christi manducet, duo requiruntur: scilicet ut sit in
statu gratiae, per quam capiti Christo unitur; et quod in actu mens ejus
feratur ad divina; unde et sacerdos monet populum sursum corda ad Deum
habere. Peccatum autem quanto est gravius, tanto magis a gratia elongat; unde
cum peccata spiritualia secundum genus sint graviora carnalibus, ut per
Gregorium patet, quamvis aliquod carnale aliquo spirituali sit gravius
loquendo in genere; per peccatum spirituale aliquis efficitur magis indignus
manducationis corporis Christi quam per peccatum carnale quantum ad primum
quod requirebatur ad digne manducandum. Sed quia per peccatum carnale, per
luxuriam praecipue, mens humana deprimitur ut ad superna ferri non possit,
quia etiam in actu matrimoniali spiritus sanctus corda prophetarum non
tangit, ut Hieronymus dicit, et secundum philosophum in 7 Eth., impossibile
est hominem aliquid intelligere in ipsa delectatione venereorum; per peccatum
carnale homo magis indignus redditur quantum ad secundum quod exigebatur ad
digne manducandum. Sed quia multo gravius est habitum gratiae tollere quam
actum virtutis impedire, cum illud pertineat ad peccatum mortale semper, hoc
autem interdum ad veniale; major indignitas relinquitur, ex defectu primi
quam ex defectu secundi; et ideo, simpliciter loquendo, plus peccat qui
peccato majori irretitus accedit, nisi per ignorantiam excusetur. Certius autem cognosci potest peccatum mortale in peccatis
carnis, praecipue luxuria, quam in peccatis spiritualibus; et ideo quantum ad
hoc per accidens peccat plus accedens cum carnali peccato; quamvis
simpliciter et per se loquendo peccet plus accedens cum spirituali, si
spirituale carnali sit gravius. |
Pour que
quelqu’un mange dignement le corps du Christ, deux choses sont
nécessaires : qu’il soit en état de grâce, par
laquelle il est uni au Christ tête ; et que son esprit soit
porté en acte vers les réalités divines. Aussi le
prêtre avertit-il le peuple d’élever leurs cœurs vers
Dieu. Or, un péché est d’autant plus grave qu’il
éloigne davantage de la grâce. Aussi, puisque les
péchés spirituels sont plus graves que les péchés
charnels par leur genre, comme cela ressort clairement chez Grégoire,
bien qu’un péché charnel soit plus grave qu’un
péché spirituel à parler de manière
générale, on est rendu plus indigne de manger le corps du
Christ par un péché spirituel que par un péché
charnel, pour ce qui est exigé en premier pour [le] manger dignement.
Mais parce que, par le péché charnel, surtout par la luxure,
l’esprit humain est ravalé, de sorte qu’il ne puisse pas
se porter vers les réalités supérieures (car dans
l’acte conjugal même, l’Esprit Saint ne touche pas les
cœurs des prophètes, comme le dit Jérôme, et, selon
le Philosophe, Éthique, VII, il est impossible à l’homme
d’user de son intelligence au cœur du plaisir sexuel), par le
péché charnel, l’homme est rendu plus indigne [de manger
le corps du Christ] pour la seconde raison qui était
nécessaire. Mais parce qu’il est beaucoup plus grave d’enlever
l’habitus de la grâce que d’empêcher l’acte de
la vertu, puisque cela relève toujours du péché mortel,
alors que ceci relève parfois du péché véniel, la
première carence laisse toujours une plus grande indignité que
la seconde. C’est pourquoi, à parler simplement, celui-là
pèche davantage qui est pris au piège par un
péché plus grand, à moins qu’il ne soit
excusé par l’ignorance. Mais le péché mortel peut
être connu de manière plus certaine dans les péchés
de la chair, principalement dans la luxure, que dans les péchés
spirituels. Aussi, de ce point de vue, celui qui s’approche [du corps
du Christ] avec un péché charnel pèche davantage par
accident, bien qu’à parler simplement et en soi, celui qui
s’en approche avec un péché spirituel pèche
davantage, si le péché spirituel est plus grave que le
péché charnel. |
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[15077] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 5 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod hoc idem quod de peccato luxuriae dicit
Hieronymus, de quolibet peccato mortali dici potest: quia qui manducat
indigne, reus est corporis et sanguinis domini aliquo modo, ut dictum est. |
1. Ce que dit
Jérôme du péché de luxure peut être dit de
tout péché mortel, car celui qui mange indignement [le corps du
Christ], est d’une certaine manière coupable du corps et du sang
du Seigneur, comme on l’a dit. |
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[15078]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod illa immunditia corporis
procedit ex immunditia mentis: quia non inquinatur corpus nisi de consensu
mentis: ut dicit Lucia. Unde magis pensatur indignitas ex mente quam ex carne. |
2. Cette
impureté du corps provient de l’impureté du cœur,
car le corps n’est souillé que par le consentement de
l’esprit, comme il est dit à propos de Lucie. Aussi
l’indignité se mesure-t-elle davantage selon l’esprit que
selon la chair. |
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Quaestiuncula 6 |
Réponse à la sous-question 6 |
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[15079] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 3 qc. 6 co. Ad sextam quaestionem dicendum, quod ea quae in sacramentis
geruntur exterius, debent respondere his quae interius geruntur; unde
secundum quod homo ad Christum accedit interius mente, ita ad ejus
sacramentum debet accedere corpore. Quidam
autem non accedunt neque fide neque caritate; unde tales arcendi sunt ab
inspectione sacramenti et assumptione. Quidam autem accedunt fide sine
caritate; et tales possunt videre, sed non sumere: quia per caritatem aliquis
Christo incorporatur; sed per fidem accedens, adhuc longius stat. |
Ce qui est accompli
extérieurement dans les sacrements doit correspondre à ce qui
est accompli intérieurement. Aussi l’homme doit-il
s’approcher corporellement du sacrement comme il s’approche du
Christ par l’esprit. Or, certains ne s’en approchent ni par la
foi ni par la charité ; il est interdit à ceux-là
de regarder et de recevoir le sacrement. Mais certains s’en approchent
avec la foi mais sans la charité. Ceux-là peuvent le regarder,
mais non le recevoir, car on est incorporé au Christ par la
charité ; mais celui qui s’en approche avec la foi en est
encore éloigné. |
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[15080] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 6 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod hoc non erat propter dignitatem arcae, quod prohibita erat
videri, sed propter figuram: omnia enim in figura contingebant illis,
1 Corinth. 10, 11: quia non licet nisi
majoribus et perfectis secreta fidei, quae per arcam significantur, curiose
scrutari: quia qui perscrutator est majestatis, opprimetur a gloria;
Prov. 25, 27. |
1. Ce n’est pas à cause de la dignité
de l’arche qu’on était empêché de la voir,
mais en raison de la figure : en effet, tout leur arrivait en figure,
1 Co 10, 11. Car les secrets de la foi, qui sont
signifiés par l’arche, ne peuvent être scrutés avec
curiosité que par les grands et les parfaits. En effet, celui qui
scrute la majesté sera écrasé par sa gloire,
Pr 25, 27. |
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[15081] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 3 qc. 6 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod humilitas alicujus commendatur in hoc etiam quod a
licitis abstinet; et ideo non sequitur, si aliquis peccator abstinens ab hoc
ad tempus laudatur, quod propter hoc non abstinens peccet. |
2. L’humilité de quelqu’un est
louée aussi parce qu’il s’abstient de choses permises.
Aussi n’en découle-t-il pas que si un pécheur est
loué parce qu’il s’en abstient pour un temps, celui qui ne
s’en abstient pas pèche pour autant. |
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Articulus
4 [15082] Super
Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 tit. Utrum
nocturna pollutio quae in somnis accidit sit peccatum |
Article
4 – La pollution nocturne qui survient pendant le sommeil est-elle un
péché ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [La
pollution nocturne qui survient pendant le sommeil est-elle un
péché ?]
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[15083] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod nocturna pollutio quae in somnis accidit, sit
peccatum. Meritum enim et demeritum, cum sint contraria, nata sunt fieri
circa idem. Sed homo in somnis mereri potest, sicut patet de Salomone, qui
dormiens a domino sapientiae donum impetravit: 2 Paralip. 1. Ergo et potest
aliquis demereri: ergo si in somnis in aliquod peccatum consentiat, peccatum
est, quod in nocturna pollutione frequenter accidit. |
1. Il semble que la pollution nocturne qui survient
pendant le sommeil soit un péché. En effet, le mérite et
le démérite, puisqu’ils sont des contraires, doivent
porter sur la même chose. Or, l’homme peut mériter pendant
le sommeil, comme cela ressort clairement pour Salomon, qui a demandé le
don de sagesse au Seigneur pendant qu’il dormait, 2 Ch 1.
[Pour la même raison], quelqu’un peut donc
démériter. Par conséquent, s’il consent à
un péché pendant qu’il dort, cela est un
péché, ce qui arrive fréquemment pour la pollution
nocturne. |
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[15084]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, quicumque non habet mentem ligatam, non
excusatur a peccato, si aliquod turpe committere consentiat. Sed mens
dormientis non videtur esse ligata, cum non sit actus corporis ex cujus
passione somnus accidit; immo videtur quod debeat esse magis libera, quia
immobilitatis exterioribus sensibus, interiores, a quibus immediate mens
accipit, confortantur; et quaedam quandoque de futuris mente dormiens
percipit quae vigilans percipere non potest. Ergo non excusatur a peccato, si
in aliquod turpe consentiat; et sic idem quod prius. |
2. Quiconque n’a pas l’esprit lié
n’est pas excusé de péché s’il consent
à commettre quelque chose de honteux. Or, l’esprit de celui qui
dort ne semble pas lié, puisqu’il n’y a pas d’acte
du corps par la passion duquel le sommeil survient ; bien plutôt,
il semble qu’il doive être plus libre, car, alors que les sens
extérieurs sont immobilisés, les [sens intérieurs], dont
l’esprit reçoit de manière immédiate, sont
renforcés, et parfois celui qui dort perçoit par l’esprit
à propos du futur ce qu’il ne peut pas percevoir alors
qu’il est en état de veille. Il n’est donc pas
excusé de péché s’il consent à quelque
chose de honteux. La conclusion est donc la même que
précédemment. |
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[15085]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, quicumque potest deliberare et ratiocinari,
videtur usum liberi arbitrii habere, quod inquirendo eligit. Sed dormiens, ut
experimento scitur, interdum argumentatur, et argumenta solvit. Ergo habet
usum liberi arbitrii et sic idem quod prius. |
3. Quiconque peut délibérer et raisonner
semble avoir l’usage du libre arbitre, qui choisit en examinant. Or,
celui qui dort, comme on le sait d’expérience, parfois raisonne
et résout des raisonnements. Il a donc l’usage du libre arbitre,
et ainsi c’est la même conclusion que précédemment.
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[15086] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 4 Praeterea,
quicumque potest consentire et dissentire alicui turpi, reus esse videtur, si
consentiat: quia talis videtur esse dominus sui actus. Sed dormiens aliquando
dissentit turpitudini praesentatae, aliquando autem consentit. Ergo quando
consentit, videtur esse reus peccati. |
4. Quiconque peut consentir ou s’opposer à
quelque chose de honteux semble être coupable, s’il consent, car
celui-là semble être maître de son acte. Or, celui qui
dort s’oppose parfois à l’acte honteux
présenté, mais parfois y consent. Quand il y consent, il semble
donc être coupable de péché. |
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[15087] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 5 Praeterea,
actiones et motus ex terminis judicantur. Sed nocturna pollutio frequenter
vigilia finitur quamvis in somno inchoetur. Ergo est judicanda ac si in
vigilia fieret; et ita est peccatum. |
5. Les actions et les mouvements sont jugés
à partir de leurs termes. Or, la pollution nocturne
s’achève souvent en état de veille, bien qu’elle
ait commencé pendant le sommeil. Elle doit donc être
jugée comme si elle survenait pendant l’état de veille.
Elle est ainsi un péché. |
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[15088]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, est quod Augustinus dicit, 12 super Genes. ad
litteram: ipsa phantasia quae fit in cogitatione sermocinantis, cum
expressa fuerit in visione somniantis, ut inter illam et veram conjunctionem
corporum non discernatur, continue movetur caro, et sequitur quod eum motum
sequi solet; cum hoc tam sine peccato fiat, quam sine peccato a vigilantibus
dicitur, quod ut diceretur sine dubio cogitatum est. |
Cependant, [1]
Augustin dit, dans son Commentaire littéral de la Genèse,
XII : «L’imagination qui est à l’œuvre
dans la pensée de celui qui parle, lorsqu’elle s’exprime
dans une vision de celui qui dort, au point qu’on ne puisse distinguer
entre elle et l’union véritable des corps, la chair est
aussitôt mue ; il en découle ce qui suit d’habitude
ce mouvement. De sorte que ce qui n’est pas appelé un
péché par ceux qui sont en état de veille se
réalise sans péché, lorsqu’on l’a
pensé pour ainsi dire sans aucun doute.» |
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[15089] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
philosophus dicit in 1 Ethic., quod secundum dimidium vitae, scilicet somnum,
non differt felix a misero neque vitiosus a studioso. Sed secundum peccatum
differunt. Ergo peccatum non potest in somnis accidere. |
[2] Le Philosophe dit,
dans Éthique, I, que, vers le milieu de la vie, à
savoir, dans le sommeil, l’homme bienheureux n’est pas
différent du misérable, ni celui qui est vicieux de
l’homme appliqué. Or, ils diffèrent par le
péché. Le péché ne peut donc pas survenir durant
le sommeil. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La pollution nocturne empêche-t-elle de recevoir le corps du Christ ?] |
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[15090] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non impediat a sumptione corporis Christi. Veniale enim peccatum magis displicet Deo quam quaelibet immunditia corporalis quae fit sine peccato. Sed nocturna pollutio non est peccatum, ut ex auctoritate Augustini inducta patet. Ergo cum veniale peccatum non impediret a sumptione corporis Christi, multo minus nocturna pollutio impedit. |
1. Il semble que [la pollution nocturne]
n’empêche pas de recevoir le corps du hrist. En effet, le
péché véniel déplaît à Dieu
davantage que n’importe quelle impureté corporelle, qui survient
sans péché. Or, la pollution nocturne n’est pas un
péché, comme cela ressort clairement de l’autorité
d’Augustin invoquée. Puisque le péché
véniel n’empêche pas de recevoir le corps du Christ,
encore bien moins la pollution nocturne n’empêche-t-elle pas de
recevoir le corps du Christ. |
|
[15091] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
non est dubium quin peccatum mortale plus impedit quam nocturna pollutio. Sed
aliquis post peccatum mortale confessum, potest corpus Christi manducare.
Ergo multo fortius qui pollutionem nocturnam confessus est, potest eadem die
manducare corpus Christi. |
2. Il ne fait pas de doute que le péché
mortel empêche davantage [de recevoir le corps du Christ] que la
pollution nocturne. Or, après avoir confessé un
péché mortel, on peut manger le corps du Christ. À bien
plus forte raison celui qui a confessé une pollution nocturne peut-il
donc manger le même jour le corps du Christ. |
|
[15092]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, homo debet impedire peccatum alterius mortale,
quantumcumque potest. Sed si aliquis in peccato mortali existens celebret
Missam, constat quod peccat mortaliter. Ergo si aliquis non habens
conscientiam peccati mortalis possit hoc impedire celebrando loco ejus,
videtur quod debeat celebrare, etiam si sit nocturna pollutione pollutus. |
3. L’homme doit empêcher le
péché mortel chez un autre, de toutes les manières dont
il le peut. Or, si quelqu’un qui se trouve en état de
péché mortel célèbre la messe, il est clair
qu’il pèche mortellement. Si quelqu’un qui n’a pas
conscience d’un péché mortel peut empêcher celui-ci
en célébrant à sa place, il semble dont qu’il
doive célébrer, même s’il a été
souillé par une pollution nocturne. |
|
[15093] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 4 Praeterea,
turpis cogitatio aliquando sine peccato accidit, ut ex verbis Augustini
inductis patet: crapulatio autem sine peccato accidere non potest. Sed
secundum Gregorium, pollutio quae ex crapula accidit, a communione non
impedit, si necessitas incumbat. Ergo nec illa quae ex turpi cogitatione
praecedente in vigilia procedit, nec illa quae ex infirmitate naturae, ut
Gregorius dicit. Ergo nulla pollutio impedit. |
4. Une mauvaise
pensée survient parfois sans péché, comme cela ressort
des paroles d’Augustin invoquées; mais l’ivresse ne peut
pas se produire sans péché. Or, selon Grégoire, la
pollution qui provient de l’ivresse n’empêche pas de
communier, s’il y a nécessité. Celle qui provient
d’une mauvaise pensée qui a précédé alors
qu’on était en état de veille [ne l’empêche
pas non plus], ni celle qui vient de la faiblesse de la nature, comme le dit
Grégoire. Aucune pollution ne l’empêche donc. |
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[15094] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra est quod dicitur Levit. 15, 16: vir a quo egreditur semen coitus (...) immundus
erit usque ad vesperam. Sed immundis non
licet sancta tangere. Ergo multo minus corpus Christi manducare. |
Cependant, [1] il est dit, dans
Lv 15, 16 : L’homme
dont s’est épanchée la semence du coït…
sera impur jusqu’au soir. Or, il n’est pas permis aux impurs de
toucher les choses saintes. Il [leur] est donc encore bien moins [permis] de
manger le corps du Christ. |
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[15095] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 4 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, Isidorus dicit, et habetur in Decr. dist.
6: qui nocturna pollutione polluitur, quamvis extra memoriam turpium cogitationum
se sentiat inquinatum, tamen hic ut tentaretur suae culpae tribuat, et suam immunditiam
statim fletibus tergat. Sed ille qui
purgatione indiget, debet a perceptione hujus sacramenti abstinere. Ergo
pollutus nocturna pollutione impeditur a perceptione corporis Christi. |
[2] Isidore dit, dans
le Décret, d. 6 : «Celui qui est souillé par
une pollution nocturne, bien qu’il se sente sali sans garder
mémoire de mauvaises pensées, qu’il reconnaisse
qu’il est coupable d’avoir été tenté et
qu’il essuie aussitôt par ses pleurs son impureté.»
Or, celui qui a besoin d’une purification doit s’abstenir de
recevoir ce sacrement. Celui qui a éprouvé une pollution
nocturne est donc empêché de recevoir le corps du Christ. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Est-on empêché de recevoir ce sacrement par une impureté purement corporelle ?] |
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[15096] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod propter immunditiam pure
corporalem aliquis a perceptione hujus sacramenti impediatur. Deut. 23, 12: habebis
locum extra castra, dicit Glossa: corporalem munditiam diligit Deus.
Ergo corporalem immunditiam odit; et ita propter corporalem immunditiam debet
homo ab hoc sacramento abstinere. |
1. Il semble
qu’on soit empêché de recevoir ce sacrement par une impureté
purement corporelle. À propos de Dt 23, 12 : Tu
resteras hors du camp, la Glose dit : «Dieu aime la pureté
corporelle.» Il déteste donc l’impureté corporelle.
Et ainsi, en raison de l’impureté corporelle, on doit
s’abstenir de ce sacrement. |
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[15097] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, major est
dignitas hujus sacramenti quam omnium sacramentorum veteris testamenti. Sed in veteri lege et mulieres post
partum, et patientes fluxum menstrui, et seminiflui immundi reputabantur
respectu sacramentorum veteris testamenti. Ergo multo fortius debent
abstinere a perceptione hujus sacramenti. |
2. La dignité
de ce sacrement est plus grande que celle de tous les sacrements de la loi
ancienne. Or, sous la loi ancienne, les femmes après l’accouchement,
celles qui étaient menstruées et ceux qui avaient eu un
épanchement séminal étaient tenus pour impurs en regard
des sacrements de la loi ancienne. À bien plus forte raison,
doivent-ils donc s’abstenir de recevoir ce sacrement. |
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[15098] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 3 Praeterea, sacerdoti leproso
interdicitur facultas celebrandi, ut patet Extra. de clerico aegro vel
debili: tua nos. Ergo eadem ratione propter lepram debet laicus a
perceptione hujus sacramenti abstinere. |
3. La permission de
célébrer est refusée à un prêtre
lépreux, comme cela ressort clairement de Extra, «À
propos du prêtre malade ou invalide» : Tua nos. Pour la
même raison, un laïc doit-il donc, en raison de la lèpre,
s’abstenir de recevoir ce sacrement. |
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[15099] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, poena non debetur poenae, sed culpae:
alioquin consurgeret duplex tribulatio, quod est contra id quod dicitur Nahum
1. Sed omnes praedictae immunditiae corporales poenae quaedam sunt. Ergo
propter eas non debet aliquis a sacramento altaris impediri, quod est maxima
poena. |
Cependant, [1] une peine
n’est pas due pour une peine, mais pour une faute, autrement une double
tribulation apparaîtrait, ce qui va à l’encontre de ce qui
est dit en dans Na 1. Or, toutes les impuretés corporelles
mentionnées sont des peines. On ne doit donc pas, à cause
d’elles, être écarté du sacrement de l’autel,
ce qui est la plus grande peine. |
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[15100] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
naturalibus non meremur neque demeremur. Sed omnes praedictae immunditiae
ex causis naturalibus accidunt. Ergo propter eas non meretur aliquis a participatione
hujus sacramenti impediri. |
[2] Nous ne
méritons pas ni ne déméritons en raison de
réalités naturelles. Or, toutes les impuretés
mentionnées surviennent par des causes naturelles. On ne mérite
donc pas d’être empêché de participer à ce
sacrement à cause d’elles. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15101] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod omne
peccatum, secundum Augustinum, est in voluntate: motus autem voluntatis
praesupponit judicium rationis, eo quod est apparentis boni vel vere vel
false; unde ubi non potest esse judicium rationis, non potest esse voluntatis
motus. In somnis autem judicium rationis impeditur. Judicium enim perfectum
haberi non potest de aliqua cognitione, nisi per resolutionem ad principium
unde cognitio ortum habet; sicut patet quod cognitio conclusionum ortum habet
a principiis; unde judicium rectum de conclusione haberi non potest nisi
resolvendo ad principia indemonstrabilia. Cum ergo omnis cognitio intellectus
nostri a sensu oriatur, non potest esse judicium rectum nisi reducatur ad
sensum. Et ideo philosophus dicit in 6 Ethic., quod sicut principia
indemonstrabilia, quorum est intellectus, sunt extrema, scilicet
resolutionis, ita et singularia, quorum est sensus. In somno autem sensus
ligati sunt; et ideo nullum judicium animae est liberum, neque rationis neque
sensus communis; et ideo neque motus appetitivae partis est liber; et propter
hoc non potest aliquis peccare in somno, neque mereri. Sed tamen potest in
somno accidere signum peccati vel meriti, inquantum somnia habent causas
imaginationis vigilantium; unde dicit philosophus in 1 Ethic., quod inquantum
paulatim pertranseunt quidam motus, scilicet a vigilantibus ad dormientes,
meliora sunt phantasmata studiosorum quam quorumlibet; et Augustinus, 12
super Genes., quod propter affectionem animae bonam etiam in somnis quaedam ejus
merita clarent. |
Selon Augustin, tout péché se situe dans la
volonté. Or, le mouvement de la volonté présuppose le
jugement de la raison, vu qu’il porte avec vérité ou
fausseté sur ce qui paraît bien. Aussi, là où il
ne peut y avoir de jugement de la raison, ne peut-il y avoir de mouvement de
la volonté. Or, durant le sommeil, le jugement de la raison est
empêché. En effet, il ne peut exister de jugement parfait
à propos d’une connaissance qu’en remontant au principe
dont la connaissance tire son origine, comme il est clair que la connaissance
des conclusions tire son origine des principes. Aussi ne peut-on avoir un
jugement droit sur une conclusion qu’en remontant à des
principes indémontrables. Puisque toute connaissance de notre intellect
provient du sens, il ne peut donc y avoir de jugement droit à moins
qu’il ne soit ramené au sens. C’est pourquoi, dans Éthique,
VI, le Philosophe dit que, de même que les principes
indémontrables, sur lesquels porte l’intellect, sont les points
ultimes d’une la solution, de même les réalités
singulières sur lesquelles porte le sens. Or, durant le sommeil, les
sens sont liés. C’est pourquoi, [durant le sommeil], aucun
jugement de l’âme, de la raison ou du sens commun n’est
libre. Pour cette raison, on ne peut ni pécher ni mériter
durant le sommeil. Toutefois, un signe de péché ou de
mérite peut survenir durant le sommeil, dans la mesure où les
rêves ont leurs causes dans l’imagination lorsqu’on est en
état de veille. Aussi le Philosophe dit-il, dans Éthique,
I, que dans la mesure où passent peu à pau certains mouvements
de ceux qui sont en état de veille à ceux qui dorment, les
représentations imaginaires de ceux qui sont appliqués sont
meilleures que celles de tous les autres. Et Augustin [dit], dans le
commentaire de la Genèse, XII, que même durant le
sommeil, certains mérites de l’âme brillent en raison de
la disposition d’une âme bonne. |
|
[15102] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod secundum quod Augustinus ibidem dicit, Salomonis
petitio in somnis facta placuisse Deo et remunerationem invenisse dicitur pro
bono desiderio prius habito, quod in somnis per signum sanctae petitionis
claruit; non quod tunc in somno meruerit. |
1. Selon ce que dit Augustin au même endroit, on
dit que la demande de Salomon faite en songe a plu à Dieu et a
été récompensée en raison du bon désir
qu’il avait eu auparavant, qui a brillé durant le sommeil par un
signe de sa demande sainte, et non parce qu’il aurait alors
mérité durant son sommeil. |
|
[15103] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod mens humana habet duos respectus: unum ad superiora,
quibus illustratur: alium ad corpus a quo recipit, et quod regit. Ex parte
illa qua anima a supernis accipit, per somnum non ligatur, immo magis libera
redditur quanto fit a corporalibus curis magis absoluta; et ideo etiam ex
influentia superni luminis aliqua de futuris percipere potest dormiens quae
vigilans scire non posset. Ex parte autem illa qua a corpore recipit, oportet
quod ligetur quantum ad ultimum judicium et completum, ligatis sensibus a
quibus ejus cognitio initium sumit; quamvis etiam imaginatio ejus non
ligetur, quae immediate ei species rerum subministrat. |
2. L’esprit humain est tourné vers deux
choses : vers les réalités d’en haut, par lesquelles
il est éclairé ; vers le corps, dont il reçoit et
qu’il dirige. Par là où l’âme reçoit
des réalités d’en haut, il n’est pas lié par
le sommeil ; bien plutôt, il est rendu plus libre dans la mesure
où il est rendu plus détaché des préoccupations
corporelles. C’est pourquoi celui qui dort peut percevoir quelque chose
du futur sous l’influence de la lumière d’en haut, que
celui qui est en état de veille ne pourrait pas [percevoir]. Mais, par
là où [l’âme] reçoit du corps, il est
nécessaire qu’elle soit liée pour un jugement ultime et
complet, étant donné que les sens par où commence sa
connaissance sont liés, bien que son imagination ne soit pas
liée, qui lui présente les images des choses de manière
immédiate. |
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[15104]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod liberi arbitrii est eligere,
secundum quod patet ex Augustini definitione in 2 Lib., dist. 24, quaest. 1,
art. 1, posita: electio autem est quasi conclusio consilii, ut dicitur in 3
Ethic.; unde ad judicium pertinet, vel judicium praesupponit; et ideo quamvis
aliquem usum alicujus rationis homo dormiens habere possit, secundum quod
sensus minus ligantur, tamen usum liberi arbitrii in eligendo habere non
potest. |
3. Il relève du libre arbitre de choisir, comme
cela ressort clairement de la définition donnée par Augustin
dans le livre II, d. 24, q. 1, a. 1. Or, le choix est comme la
conclusion du conseil, comme il est dit dans Éthique, III. Il
relève donc du jugement ou présuppose le jugement. C’est
pourquoi, bien qu’on puisse avoir en dormant un certain usage de
quelque chose de la raison, selon que les sens sont moins liés, on ne
peut cependant avoir l’usage du libre arbitre pour choisir. |
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[15105] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod secundum quod sensus magis vel minus ligatur a
passione somni, hoc etiam judicium rationis magis vel minus impeditur. Unde
quandoque homo dormiens considerat, haec quae apparent somnia esse. Sed quia
in dormiendo nunquam sunt sensus soluti ex toto, ideo etiam rationis judicium
non est ex toto liberum; unde semper cum aliqua falsitate judicium rationis
est, etiam si quantum ad aliquid sit verum; et inde contingit quod aliquis in
somno aliquando consentit turpitudini, aliquando non. Quia tamen judicium
rationis non est omnino liberum, et per consequens nec liberi arbitrii usus;
ideo nec talis consensus vel dissensus potest esse meritorius vel
demeritorius in se. |
4. Selon que le sens est plus ou moins lié par le
sommeil qui l’affecte, ce jugement de la raison est plus ou moins
empêché. Aussi examine-t-on parfois en dormant ce qui se
présente en rêve. Mais parce que, dans le sommeil, les sens ne
sont jamais entièrement déliés, c’est la raison
pour laquelle le jugement de la raison n’est pas lui non plus
entièrement libre. Aussi le jugement de la raison présente-t-il
quelque fausseté, même s’il est vrai sur quelque point. De
là vient que l’on consent parfois à une chose honteuse
durant le sommeil, et parfois non. Cependant, parce que le jugement de la raison
n’est pas entièrement libre et, par conséquent, ni
l’usage du libre arbitre, un tel consentement ou rejet ne peut
être en soi objet de mérite ou de démérite. |
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[15106] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod corporales motus non pertinent ad meritum vel
demeritum, nisi secundum quod a voluntate quasi a principio causantur; et
ideo nocturna pollutio magis judicatur quantum ad rationem meriti vel
demeriti, secundum principium quod est in dormiendo, quam secundum terminum qui
est in vigilando: quia ex quo in dormiendo excitatus est motus carnis, non
subjacet voluntati vigilantis ulterius motus ille, nec reputatur evigilasse,
quousque perfectum usum liberi arbitrii recuperavit. Potest tamen contingere
quod in ipsa evigilatione peccatum oriatur, si quidem pollutio propter
delectationem placeat: quod quidem erit veniale peccatum, si sit ex
surreptione talis placentia; mortale autem, si sit cum deliberante consensu,
et praecipue cum appetitu futuri. Ista autem placentia non facit praeteritam
pollutionem peccatum, quia ipsius causa non est, sed ipsa in se peccatum est.
Si autem placeat ut naturae exoneratio, vel alleviatio, peccatum non
creditur. |
5. Les mouvements
corporels n’ont de rapport au mérite ou au
démérite que s’ils sont causés par la
volonté comme par leur principe. C’est pourquoi on juge de la
pollution nocturne du point de vue du mérite ou du
démérite selon le principe qui agit lorsqu’on dort
plutôt que selon le terme qui existe à l’état de
veille. En effet, du fait qu’un mouvement de la chair
éveillé durant le sommeil n’est pas soumis à la
volonté de celui qui n’est plus en état de veille, ce
mouvement n’est pas non plus estimé avoir eu lieu à
l’état de veille jusqu’à ce que [celui qui dort]
ait retrouvé l’usage parfait du libre arbitre. Il peut cependant
arriver qu’un péché ait pris naissance durant
l’état de veille même, si la pollution plaît en
raison du plaisir. Mais il s’agira d’un péché
véniel, si un tel plaisir survient de manière subreptice, mais
d’un [péché] mortel, s’il survient par consentement
délibéré, et surtout si on le désire dans
l’avenir. Mais ce plaisir ne fait pas de la pollution passée un
péché, car il n’en est pas la cause; il est toutefois en
lui-même un péché. Mais s’il y a plaisir en tant
que [la pollution] est une décharge ou un allégement de la
nature, on ne croit pas qu’il s’agisse d’un
péché. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15107] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod ad hoc quod homo
digne ad sacramentum Eucharistiae accedat, tria requiruntur. Primo munditia
conscientiae; quae non nisi per peccatum tollitur. Secundo erectio mentis ad
Deum per actualem devotionem; et haec per mentis hebetudinem vel occupationem
aut evagationem interdum sine peccato amittitur. Tertio munditia corporalis;
unde et celebrantes, vel tractaturi aliquod sacramentum, propter reverentiam
manus lavant. Unde primo et principaliter peccatum impedit; secundo indevotio
sive hebetudo mentis; tertio corporalis immunditia; et haec tria quandoque
concurrunt in aliqua pollutione nocturna, quandoque duo ex his, quandoque
unum tantum; et secundum hoc homo magis vel minus impeditur; et ideo
distinguendae sunt pollutionum differentiae. Distinguitur autem dupliciter
pollutio nocturna. Primo quantum ad causam. Eorum enim quae in somnis
apparent, triplex est causa. Una extrinseca spiritualis, sicut in his quae
per spirituales substantias nobis revelantur. Alia intrinseca spiritualis,
quando phantasmata quae apparent dormientibus, sunt reliquiae praecedentium
cogitationum. Tertia est corporalis intrinseca, sicut quando phlegma dulce ad
linguam decurrit, somniat homo comedere dulcia; unde medici ex somnis,
corporis dispositionem conjiciunt. Pollutio
ergo quandoque ex illusione accidit, quando phantasmata per causam
extrinsecam spiritualem, scilicet Daemones, commoventur; quandoque ex
reliquiis praeteritarum cogitationum, quod est causa spiritualis intrinseca;
quandoque ex causa intrinseca naturali: quae quidem causa vel fuit voluntati subjecta,
et est quando ex superfluitate cibi aut potus praecedente pollutio accidit;
vel non fuit voluntati subjecta, sicut sive accidat ex debilitate naturae
impotentis retinere semen, sive ex ejus virtute superflua expellentis, sive
quocumque alio modo, quod in idem redit. Secundo distinguitur pollutio
quantum ad modum: quia quandoque accidit sine imaginatione, quandoque cum
imaginatione; et hoc dupliciter: quia quandoque in ipsa somni imaginatione
homo turpitudini consentit, quandoque dissentit, et tamen pollutio accidit.
Quando ergo sine imaginatione pollutio accidit, signum est quod pollutio ex
causa sit corporali intrinseca. Sed quando cum imagine, potest sic vel sic
esse. In omnibus igitur praedictis pollutionibus corporalis immunditia est
communis; sed quaedam mentis hebetatio non est nisi in illis pollutionibus
quae cum imaginatione accidunt: quia in illis quae sine imaginatione
accidunt, anima nihil participare videtur. Nulla autem dictarum est peccatum,
ut ex dictis patet, sed potest esse effectus peccati significans praecedens
peccatum veniale vel mortale. Peccatum autem mortale ex necessitate praecepti
a perceptione Eucharistiae impedit, quia mortaliter peccat qui cum
conscientia peccati mortalis accedit. Hebetudo autem mentis et immunditia corporalis
est quaedam indecentia honestatis: quia indevotio quaedam videtur sic
accedere, nisi necessitas urgeat. Et ideo considerandum est, utrum in causa
pollutionis possit inveniri peccatum praecedens: quia cogitatio turpium
quandoque est sine peccato, sicut cum in cogitatione tantum manet, ut cum
quis disputans de talibus, oportet quod loquens cogitet; aliquando etiam cum
peccato veniali, quando ad affectionem cogitatio pertingens in sola
delectatione finitur; quandoque etiam cum mortali, quando consensus adjungitur.
Et quia cogitationi tali de propinquo est delectatio, et delectationi
consensus, inde etiam in dubium potest verti, utrum sequens pollutio ex
peccato acciderit, vel non, et aut veniali, aut mortali; satis tamen
probabiliter potest conjici non praecessisse consensum, quando in ipsa somni
imaginatione anima dissentit; non tamen oportet quod, si consentiat,
consensus in vigilando praecesserit: quia hoc potest accidere propter ligamen
judicii rationis, quod quandoque magis quandoque minus est liberum in somno.
Unde in tali pollutione si ad causam recurrens dubitet de consensu, omnino
abstinere debet. Si autem expresse inveniat consensum non praecessisse, et
necessitas urgeat, aut aliqua causa potior reformet actum, potest accedere,
aut etiam celebrare non obstante corporis immunditia, aut hebetatione mentis:
alias si necessitas non incumbat, videtur non exhibere debitam reverentiam
sacramento. Non tamen si celebrat, mortaliter peccat, sed venialiter, sicut
cum quis quandoque mentis evagationem patitur. Quando autem ex illusione
accidit, si illusionis causa in nobis praecessit, puta cum quis indevotus ad
dormiendum accesserit; idem est judicium ac de pollutione quae ex cogitatione
praecedenti causatur. Si autem in nobis causa non praecesserit, immo magis
causa contraria, et hoc frequenter accidat, et praecipue in diebus quibus
quis communicare debet; signum est quod Diabolus homini fructum Eucharistiae
percipiendae auferre conatur. Unde in tali casu consultum fuit cuidam
monacho, ut in collationibus patrum legitur, quod, communicaret; et sic
Diabolus videns se non posse consequi intentum, ab illusione cessavit. Si
autem ex cibo praecedenti aut potu acciderit, idem est judicium ac de
pollutione quae ex turpi cogitatione processit; nisi intantum quod non ita de
facili accidit peccare mortaliter in sumptione cibi sicut in cogitatione
turpi. Et quia aliquando haec pollutio sine imaginatione accidit, illa vero
nunquam; illa autem quae ex naturae dispositione accidit, non est signum
alicujus peccati, sed potest hebetationem mentis inducere, si cum
imaginatione contingat, immunditiam autem corporalem habet; ideo si
necessitas immineat, vel devotio exposcat, talis non impeditur, et praecipue
quando non cum imaginatione accidit. Tamen si propter reverentiam abstineat,
laudandus est, quando infirmitas non est perpetua. Et quia non ita de facili
potest percipi ex qua causa contingat, ideo tutius est abstinere, nisi
necessitas incumbat. Debet autem abstinere, ut dicunt, usque ad
vigintiquatuor horas: quia in tali spatio natura deordinata per corporalem
immunditiam et mentis hebetationem, reordinatur. |
Pour qu’un homme
s’approche dignement de l’eucharistie, trois choses sont
nécessaires. Premièrement, la pureté de la conscience,
qui n’est enlevée que par le péché.
Deuxièmement, l’élévation de l’esprit vers
Dieu par une dévotion en acte : celle-ci est parfois
enlevée sans péché par l’engourdissemeent de
l’esprit, l’occupation ou la distraction. Troisièmement,
la pureté corporelle : ainsi, les célébrants ou
ceux qui qui doivent manipuler un sacrement se lavent-ils les mains par
révérence. Le péché empêche donc
[d’approcher du sacrement] premièrement et principalement ;
deuxièmement, l’absence de dévotion ou
l’engourdissement de l’esprit ; troisièmement,
l’impureté corporelle. Et les trois choses concourent parfois
à une pollution nocturne, parfois deux d’entre elles, parfois
une seule. En conséquence, un homme est plus ou moins
empêché ; aussi faut-il faire une distinction entre les
pollutions. Or, il y a une double distinction pour la pollution nocturne.
Premièrement, quant à sa cause. En effet, il existe une triple
cause de ce qui apparaît durant le sommeil. L’une est spirituelle
et extérieure, comme lorsque certaines choses nous sont révélées
par des substances spirituelles. Une autre est spirituelle et
intérieure, comme lorsque les représentations imaginaires qui
apparaissent à ceux qui dorment sont les restes de pensées
antérieures. Une troisième est corporelle et intérieure,
comme lorsqu’un liquide doux parcourt la langue, on rêve
qu’on mange des choses douces. Aussi les médecins
conjecturent-ils la disposition du corps à partir des rêves. La
pollution survient donc parfois en raison d’une illusion, lorsque les
représentations imaginaires sont agitées par une cause
spirituelle extérieure, à savoir, les démons ;
parfois, en raison des restes de pensées passées, ce qui est
une cause spirituelle intérieure ; parfois, en raison d’une
cause qui a été soumise à la volonté –
c’est le cas lorsqu’une pollution survient en raison d’un surplus
de nourriture et de boisson qui a précédé –, ou
qui n’a pas été soumise à la volonté, soit
qu’elle se produise à cause de la faiblesse de la nature
impuissante à retenir la semence, soit qu’elle provienne de la
puissance superflue de celui qui l’émet, soit de n’importe
quelle autre manière, ce qui revient au même.
Deuxièmement, la pollution se distingue par le mode, car elle survient
parfois sans représentation imaginaire, et parfois avec
représentation imaginaire. Et cela, de deux manières. Parfois,
l’homme consent à ce qui est honteux dans la
représentation imaginaire même du sommeil, parfois il s’y
oppose, mais la pollution survient quand même. Lorsque la pollution
survient sans représentation imaginaire, c’est le signe que la
pollution vient d’une cause corporelle intrinsèque. Mais quand
elle se produit avec représentation imaginaire, ce peut être un
cas ou l’autre. Dans toutes les pollutions mentionnées,
l’impureté corporelle est donc un trait commun ; mais un
certain affaiblissement de l’esprit n’est présent que dans
les pollutions qui surviennent avec représentation imaginaire, car,
dans celles qui surviennent sans représentation imaginaire, il semble
que l’âme ne participe d’aucune manière. Or, aucune
des [pollutions] mentionnées n’est un péché, comme
on l’a dit, mais elle peut être l’effet d’un
péché véniel ou mortel. Or, le péché
mortel empêche de recevoir l’eucharistie selon l’obligation
d’un commandement, car celui qui s’approche [de
l’eucharistie] avec la conscience d’un péché mortel
pèche mortellement. Or, l’engourdissement de l’esprit et
l’impureté corporelle sont incompatibles avec
l’honnêteté, car une certaine absence de dévotion
semble ainsi se produire, à moins qu’il y ait
nécessité urgente. Il faut donc examiner si un
péché précédent peut avoir été la
cause de la pollution, car la pensée de choses honteuses se produit
parfois sans péché, comme lorsqu’elle demeure seulement
dans la pensée – ainsi, lorsqu’on dispute de ces choses,
il faut que celui qui parle [y] pense ; mais parfois, avec un
péché véniel, lorsque la pensée qui atteint
l’affectivité se termine dans l’affectivité ;
mais parfois aussi, avec un péché mortel, lorsqu’un
consentement s’y ajoute. Et parce que la délectation est proche
de la pensée et le consentement proche de la délectation, on
peut aussi douter que la pollution qui en découle vienne d’un
péché ou non, et d’un péché véniel
ou mortel. Cependant, on peut conjecturer avec probabilité qu’un
consentement n’a pas précédé lorsque
l’âme s’oppose à la représentation imaginaire
du sommeil, car cela peut survenir parce que le jugement de la raison est
immobilisé : il est alors plus ou moins libre pendant le sommeil.
Si, lors d’une telle pollution, celui qui en cherche la cause a un
doute sur son consentement, il doit s’abstenir complètement [de
manger le corps du Christ]. Mais s’il trouve expressément que le
consentement n’a pas précédé et qu’il y a
nécessité urgente ou qu’une cause plus importante redonne
sa forme à l’acte, il peut s’en approcher ou même
célébrer, nonobstant l’impureté du corps ou
l’engourdissement de l’esprit ; autrement, s’il
n’y a pas nécessité, il semble ne pas manifester au
sacrement la révérence appropriée. Toutefois, il ne pèche
pas mortellement s’il célèbre, mais véniellement,
comme lorsqu’on subit parfois un vagabondage de l’esprit. Mais
parfois, [la pollution] provient d’une illusion, si la cause de
l’illusion a précédé en nous, par exemple,
lorsqu’on ira dormir alors la dévotion est absente ; le
jugement est le même que pour la pollution qui est causée par
une pensée antérieure. Mais si la cause n’a pas
précédé en nous, mais bien plutôt une cause
contraire, et que cela arrive fréquemment et surtout les jours
où quelqu’un doit communier, c’est le signe que le Diable
s’efforce d’enlever à l’homme le fruit de la
réception de l’eucharistie. Dans un tel cas, il a
été conseillé à un moine de communier, comme on
le lit dans les Conférences des pères ; et si le Diable
voit qu’il ne peut poursuivre son but, il cessera de provoquer
l’illusion. Mais si cela survient en raison de la nourriture ou de la
boisson qui auront précédé, le jugement est le
même que pour la pollution qui est venue d’une pensée
honteuse, sauf qu’il n’arrive pas aussi souvent que l’on
pèche mortellement en prenant de la nourriture qu’en ayant une
pensée obscène. Et parce qu’une telle pollution survient
parfois sans représentation imaginaire, alors que ce n’est
jamais le cas de celle-là, celle qui se produit en raison d’une
disposition de la nature n’est pas le signe d’un
péché, mais peut provoquer l’engourdissement de
l’esprit, si une représentation imaginaire
l’accompagne ; mais elle provoque une impureté corporelle.
C’est pourquoi, s’il y a nécessité urgente ou si la
dévotion le demande, celui-ci n’est pas empêché [de
manger le corps du Christ ou de célébrer], surtout
lorsqu’elle survient sans représentation imaginaire. Toutefois,
s’il s’abstient par révérence, il doit être
loué, lorsque la faiblesse n’est pas perpétuelle. Et
parce qu’on ne peut pas facilement percevoir la raison pour laquelle [la
pollution] survient, il est donc plus sûr de s’abstenir, à
moins qu’une nécessité s’impose. Il doit
s’abstenir, dit-on, pendant vingt-quatre heures, car, pendant cette
période, la nature qui a été désordonnée
par l’impureté corporelle et l’engourdissement de
l’esprit se replace. |
|
[15108] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis peccatum quodlibet veniale magis ad
impuritatem pertineat mentis secundum se quam pollutio nocturna, et secundum
hoc magis Deo displiceat; tamen peccatum veniale non ita hebetat animam et
corpus inquinat, nec ita de facili est signum peccati mortalis, sicut
pollutio; et ideo ratio non sequitur. |
1. Bien que
n’importe quel péché véniel provoque par
lui-même davantage l’impureté de l’esprit que la
pollution nocturne et, sous cet aspect, deplaise davantage à Dieu, le
péché véniel n’engourdit cependant pas autant
l’esprit et ne souille pas le corps, et il n’est pas aussi
facilement le signe d’un péché mortel que la pollution.
Aussi le raisonnement n’est-il pas juste. |
|
[15109]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non esset consulendum alicui
quod statim post peccatum mortale etiam contritus et confessus, ad
Eucharistiam accederet; sed deberet, nisi magna necessitas urgeret, per
aliquod tempus propter reverentiam abstinere; et praeterea confessio purgat
maculam mentis, non autem immunditiam corporalem et hebetudinem, quae
contingit in mente ex depressione ipsius ad carnem. |
2. Il ne faudrait pas conseiller à quelqu’un
qui, aussitôt après un péché mortel, s’est
repenti et confessé, de s’approcher de
l’eucharistie ; mais, à moins d’une
nécessité urgente, il devrait s’en abstenir par
révérence. Au surplus, la confession purifie la souillure de
l’esprit, mais non l’impureté corporelle et
l’engourdissement qui survient dans l’esprit en raison de son
abaissement vers la chair. |
|
[15110] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod quidam dicunt quod homo debet peccare venialiter, ut alium a peccato
mortali impediat. Sed hoc dictum contradictionem implicat: quia ex hoc ipso
quod dicitur peccatum, ponitur indebitum fieri. Unde si aliquid fit quod nullo
modo possit non esse peccatum, non debet fieri, nec etiam bonum est fieri,
nec licitum, ut alius a peccato mortali liberetur; quamvis ad hoc ex quadam
pietate animi etiam multi boni inclinentur. Sed potest hoc contingere ut
aliquid quod alias est peccatum veniale, ex tali causa factum desineret esse
peccatum; sicut dicere aliquod verbum jocosum quod non esset otiosum si diceretur
causa piae utilitatis; unde si talis pollutio sit, quae in casu necessitatis
non impediat, deberet pollutus in casu proposito celebrare; alias non. |
3. Certains disent qu’un homme doit pécher
véniellement afin d’empêcher un péché mortel
chez un autre. Mais cela comporte une contradiction, car, par le fait
même qu’on parle de péché, on affirme que quelque
chose de défendu a été commis. Si quelque chose est fait
qui d’aucune manière ne peut pas ne pas être un
péché, cela ne doit pas être fait, et il n’est pas
non plus bon ni permis de le faire pour qu’un autre soit
libéré d’un péché mortel, bien que beaucoup
d’hommes bons soient inclinés à cela par une certaine
compassion. Mais il peut arriver que quelque chose qui, autrement, serait un
péché véniel, cesserait d’être un
péché pour une telle cause, comme le fait de dire quelque chose
de drôle ne serait pas oiseux si on le disait par affection dans le but
d’aider. S’il y a donc une pollution qui n’empêche
pas [de célébrer] en cas de nécessité, celui qui
a subi la pollution devrait célébrer dans le cas en
cause ; autrement, non. |
|
[15111] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod turpis cogitatio dicitur non solum quae de turpibus
est (quia de eis non potest esse honesta cogitatio); sed quae turpitudinem
habet propter delectationem vel consensum adjunctum; et haec quidem turpitudo
magis horrenda est quam illa quae in cibo accidit: tum quia magis vitari
potest, cum difficillimum sit in cibo modum tenere: tum quia est magis
propinqua ad mortale peccatum. |
4. On appelle pensée honteuse, non pas seulement
celle qui porte sur des réalités honteuses (car il ne peut pas
y avoir de pensée honnête sur ces réalités), mais
celle qui est honteuse en raison du plaisir ou du consentement qui y sont
joints. Et une telle obscénité doit être davantage prise
en horreur que celle qui survient en raison de la nourriture, aussi bien
parce qu’elle peut davantage être évitée, alors qu’il
est très difficile de garder la mesure pour la nourriture, et parce
qu’elle se rapproche davantage du péché mortel. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15112] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem dicendum, quod cum iste cibus non sit corporis sed mentis cibus,
magis in ejus sumptione consideranda est dispositio mentis quam corporis; et
ideo distinguendum est in immunditia corporali tantum: quia aut est perpetua,
sicut lepra, aut diuturna; vel est temporalis et cito purgabilis. Si quidem
sit perpetua vel diuturna, tunc nullo modo propter hoc quis abstinere debet,
ne propter immunditiam corporis perdatur fructus mentis, sicut accidit in
leprosis patientibus fluxum sanguinis vel seminis. Si autem sit temporalis et
facile expurgabilis, tunc si aliquis in mente sit bene dispositus, sumere non
prohibetur; quamvis etiam possit ad tempus laudabiliter abstinere propter
reverentiam tanti sacramenti. |
Puisque cette
nourriture relève davantage de l’esprit que du corps, il faut
donc plutôt considérer la disposition de l’esprit que
celle du corps lorsqu’on la reçoit. C’est pourquoi il faut
faire une distinction à propos de l’impureté corporelle
seulement, car soit elle est perpétuelle, comme la lèpre, ou
dure longtemps ; soit elle est temporaire et rapidement purifiable. Si
elle est perpétuelle ou dure longtemps, alors on ne doit
d’aucune manière s’abstenir [de s’approcher du corps
du Christ] à cause de cela, de crainte que le fruit de l’esprit
ne soit perdu à cause de l’impureté du corps, comme cela
arrive chez les lépreux qui souffrent d’un écoulement de
sang ou de semence. Mais si elle est temporaire et facilement purifiable, si
quelqu’un a alors l’esprit bien disposé, il n’est
pas interdit de recevoir [le corps du Christ], bien qu’il puisse
louablement s’en abstenir pour un temps par révérence
pour un si grand sacrement. |
|
[15113] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod Deus diligit corporalem munditiam, et immunditiam
odit, secundum quod pertinet ad reverentiam vel irreverentiam sacramenti; et
ideo si ex devotione mentis, non propter irreverentiam, aliquis cum
immunditia corporali accedat, Deus acceptat. |
1. Dieu aime la
pureté corporelle et déteste l’impureté, pour
autant qu’elle relève de la révérence ou de
l’irrévérence envers le sacrement. C’est pourquoi
Dieu accepte que quelqu’un s’approche [du corps du Christ] avec
une impureté corporelle s’il le fait avec
révérence spirituelle, et non par irrévérence. |
|
[15114]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod prohibitio immundorum in lege a
sanctis magis erat propter significationem quam propter ipsas res; et ideo
non oportet quod similiter fiat in novo testamento, ubi veniente veritate
figurae cessaverunt. |
2. L’interdiction des choses saintes
adressée aux impurs sous la loi venait davantage de leur signification
que des choses elles-mêmes. C’est pourquoi il n’est pas
nécessaire d’agir de même sous la Nouvelle Alliance,
où les figures ont cessé lorsque la vérité est
apparue. |
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[15115] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod interdicitur sacerdoti leproso ne celebret publice coram populo propter
horrorem; tamen secrete bene potest ex devotione celebrare, nisi sit adeo corruptus
quod ministerium sine periculo explere non possit. Leprosus tamen ad sacerdotium promoveri non debet. |
3. Il est interdit à un prêtre
lépreux de célébrer publiquement devant le peuple en
raison de l’horreur. Toutefois, il peut bien célébrer
secrètement avec dévotion, à moins qu’il ne soit
à ce point dégradé qu’il ne puisse accomplir son
ministère sans danger. Cependant, un lépreux ne doit pas
être promu au sacerdoce. |
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Articulus 5 [15116] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 tit. Utrum
sacerdos debeat dare corpus Christi petenti si sciat ipsum esse peccatorem |
Article
5 – Un prêtre doit-il donner le corps du Christ à celui
qui le demande, s’il sait qu’il est un pécheur ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Un
prêtre doit-il donner le corps à celui qui le demande,
s’il sait qu’il est un pécheur ?]
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[15117] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 1 Ad quintum sic proceditur. Videtur quod sacerdos dare non debeat corpus Christi
petenti, si sciat ipsum esse peccatorem. Medicus enim non debet dare infirmo
medicinam quam scit ei esse mortiferam. Sed sacerdos scit peccatori corpus
Christi esse mortiferam causam. Ergo non debet ei dare. |
1. Il semble qu’un prêtre ne doive pas donner
le corps du Christ à celui qui le demande, s’il sait qu’il
est un pécheur. En effet, un médecin ne doit pas donner
à un malade un remède qu’il sait être mortel. Or,
le prêtre sait que le corps du Christ est cause de mort pour le
pécheur. Il ne doit donc pas [le] lui donner. |
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[15118] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
contra veritatem vitae non est faciendum aliquid propter vitandum scandalum.
Sed dare corpus Christi peccatori est contra veritatem vitae, cum sit contra
praeceptum domini, Matth. 7, 6: nolite sanctum dare canibus. Ergo
quantumcumque possit sequi scandalum, nullo modo est ei dandum: sicut nec pro
aliquo scandalo vitando deberet dari cani, aut in lutum projici. |
2. Pour éviter un scandale, il ne faut pas faire
quelque chose qui aille contre la vérité de la vie. Or, donner
le corps du Christ à un pécheur va contre la
vérité de la vie, puisque cela va à l’encontre
d’un commandement du Seigneur, Mt 7, 6 : Ne donnez pas aux chiens une chose
sainte ! Quel que soit le scandale qui en découle, il ne faut
donc pas lui donner [le corps du Christ], comme il ne faudrait pas le donner
à un chien pour éviter un scandale, ou le jeter dans la boue. |
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[15119]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 3 Praeterea, de duobus malis minus malum eligendum est. Sed
peccatori minus est malum si infametur, quam si corpus Christi manducet
indigne. Ergo magis sacerdos debet ei negare in publico, etiamsi crimen
ipsius in notitiam venire debeat, quam ei dare. |
3. Il faut choisir le moindre de deux maux. Or,
c’est un moindre mal pour le pécheur de subir l’infamie
que de manger indignement le corps du Christ. Le prêtre doit donc
plutôt le lui refuser en public, même si son crime devait
être révélé, que le lui donner. |
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[15120] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 4 Praeterea,
si dat ei hostiam non consecratam, nullum scandalum erit. Ergo videtur quod
hoc debet magis facere. |
4. S’il lui donne une hostie non consacrée,
il n’y aura pas de scandale. Il semble donc qu’il doive
plutôt faire cela. |
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[15121] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra, omnis Christi actio nostra est instructio. Sed Christus dedit corpus
suum in coena Judae, ut habetur Joan. 13, et Dionysius dicit, quamvis sciret
eum peccatorem. Ergo et sacerdos peccatori petenti denegare non debet. |
Cependant, [1] toute
action du Christ est pour nous un enseignement. Or, le Christ a donné
son corps à Judas lors de la cène, comme on le trouve en
Jn 13. Et Denys dit [qu’il a fait cela], même s’il
savait qu’il était un pécheur. Le prêtre ne doit
donc pas le refuser à celui qui demande. |
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[15122] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
Augustinus dicit: non prohibeat dispensator pingues terrae, idest
peccatores, mensam domini manducare. |
[2] Augustin dit : «Que le dispensateur
n’interdise pas aux nantis de la terre –
c’est-à-dire aux pécheurs – de manger à la
table du Seigneur.» |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le prêtre doit-il donner le corps du Christ à ceux qui sont soupçonnés d’un crime ?] |
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[15123]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod suspectis de crimine etiam dari
debeat. Suspicio
enim dubitationem importat. Sed dubia in meliorem partem interpretanda sunt. Ergo videtur quod debeat ei dari ac si esset justus. |
1. Il semble que le prêtre doive donner [le corps
du Christ] à ceux qui sont soupçonnés d’un crime.
En effet, le soupçon comporte un doute. Or, les choses douteuses
doivent être interprétées en meilleure part. Il semble
donc que [le prêtre] doive lui donner [le corps du Christ] comme
s’il était un juste. |
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[15124]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 2 Praeterea, experimentum non sumitur de aliquo crimine,
nisi de quo suspicio praecessit. Sed corpus Christi dandum est aliquando
alicui ad experimentum de peccato sumendum sub his verbis: corpus domini
sit tibi ad probationem hodie; ut dicitur in Decret. Caus. 2, qu. 4, cap.
saepe contingit. Ergo dari debet suspectis. |
2. La mise à l’épreuve d’un
crime n’a pas lieu, à moins qu’on l’ait
soupçonné auparavant. Or, le corps du Christ doit parfois
être donné à quelqu’un pour mettre son
péché à l’épreuve, en l’accompagnant
de ces paroles : «Que le corps du Christ soit aujourd’hui
pour toi une mise à l’épreuve !», comme on le
dit dans le Décret, C. 2, q. 4, c. «Saepe
contingit». [Le corps du Christ] doit donc être donné aux
suspects. |
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[15125] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, si suspectis de crimine daretur corpus Christi, esset scandalum
populo videnti et scienti. Sed scandalum vitandum est. Ergo non oportet eis
dari corpus Christi. |
Cependant, [1] si le
corps du Christ était donné à ceux qui sont
soupçonnés de crime, ce serait un scandale pour le peuple qui
le voit et le sait. Or, il faut éviter le scandale. Il ne faut donc
pas leur donner le corps du Christ. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Il semble que le corps du Christ ne doive pas être donné aux fous] |
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[15126]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod amentibus corpus Christi dari non
debeat. Quia ad hoc quod aliquis corpus Christi sumat, requiritur diligens
examinatio, ut patet 1 Corinth. 11, 28: probet autem seipsum homo, et sic
de pane illo edat et de calice bibat. Sed hoc non potest in amente
procedere. Ergo non potest ei dari Eucharistia. |
1. Il semble que le
corps du Christ ne doive pas être donné aux fous, car, pour que
quelqu’un reçoive le corps du Christ, un examen attentif est
nécessaire, comme cela ressort clairement de 1
Co 11, 28 : Que chacun
s’éprouve lui-même, et qu’ainsi il mange de ce pain
et boive de cette coupe. Or, cela ne peut se réaliser chez le fou.
On ne peut donc pas lui donner l’eucharistie. |
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[15127] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 2 Praeterea, inter
amentes etiam energumeni computantur, secundum Dionysium in Eccl. Hierarch.:
energumeni etiam ab inspectione divinorum arcentur; unde statim post
Evangelium in primitiva Ecclesia per vocem diaconi cum catechumenis excludebantur.
Ergo non debet eis dari Eucharistia. |
2. Les
énergumènes sont comptés parmi les fous ; selon
Denys, dans la Hiérarchie
ecclésiastique, les énergumènes aussi sont
empêchés de regarder les choses divines. Aussi, dans
l’Église primitive, aussitôt après
l’évangile, étaient-ils exclus par la voix du diacre, en
même temps que les catéchumènes. Il ne faut donc pas leur
donner l’eucharistie. |
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[15128]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 3 s. c. 1 Sed contra Cassianus dicit: eis qui ab incommodis
vexantur spiritibus, communionem sacrosanctam a senioribus nostris nunquam
meminimus interdictum. Ergo cum tales sint amentes, amentibus debet dari. |
Cependant, [1] en
sens contraire, Cassien dit : «Nous n’avons pas souvenir que
la très sainte communion ait été interdite par nos
anciens à ceux qui sont agités par des esprits
importuns.» Puisque ceux-ci sont fous, [le corps du Christ] doit donc
être donné aux fous. |
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[15129] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, in Decret. Caus. 26, qu. 1, cap.: qui recedunt, dicitur: amentibus
etiam quaecumque pietatis sunt, conferenda sunt; et loquitur de
reconciliatione et sacra communione. |
[2] Dans le Décret, C. 26, q. 1, c.
«Qui recedunt», il est dit : «Il faut les donner aussi
aux fous, quelle que soit leur piété.» Et il parle de la
réconciliation et de la sainte communion. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Le corps du Christ doit-il être donné aux enfants ?] |
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[15130]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam pueris dandum sit corpus
Christi. Quia
per Baptismum aliquis ascribitur ad corporis Christi sumptionem; unde et
baptizato conferendum est, ut Dionysius dicit. Sed pueri baptizati sunt. Ergo
et eis corpus Christi debet dari. |
1. Il semble que le corps du Christ doive être
donné aux enfants, car, par le baptême, on est inscrit en vue de
recevoir le corps du Christ. Aussi doit-il être donné au
baptisé, comme le dit Denys. Or, les enfants sont baptisés. Le
corps du Christ doit donc leur être donné. |
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[15131] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
vita spiritualis sicut est per Baptismum, ita est per Eucharistiam: quia
dicitur Joan. 6, 58: qui manducat me, vivit propter me. Sed pueris
datur Baptismus ut habeant spiritualem vitam. Ergo et similiter debet dari
eis Eucharistia. |
2. De même que la vie spirituelle vient du
baptême, de même vient-elle de l’eucharistie, car il est
dit en Jn 6, 58 : Celui qui me mange, vit à cause de
moi. Or, le baptême est donné aux enfants pour qu’ils
aient la vie éternelle. De la même manière,
l’eucharistie doit donc leur être donnée. |
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[15132] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 4 s. c. 1 Sed
contra est quod iste cibus est grandium, ut patet per Augustinum. Sed pueri
nondum sunt grandes in fide. Ergo non debet eis dari. |
3. Cependant, cette nourriture est
destinée à ceux qui ont grandi, comme cela ressort clairement
d’Augustin. Or, les enfants n’ont pas encore grandi dans la foi.
[Cette nourriture] ne doit donc pas leur être donnée. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15133] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 5 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod si sacerdos sciat peccatum alicujus qui Eucharistiam petit,
per confessionem vel alio quolibet modo, distinguendum est: quia aut peccatum
est occultum, aut manifestum. Si est occultum, aut exigit in occulto, aut in
manifesto. Si in occulto, debet ei denegare, et monere ne in publico petat.
Si autem in manifesto petit, debet ei dare. Primo, quia pro peccato occulto
poenam inferens publicam, revelator est confessionis, aut proditor criminis.
Secundo, quia quilibet Christianus habet jus in perceptione Eucharistiae,
nisi illud per peccatum mortale amittat. Unde cum in facie Ecclesiae non
constet istum amisisse jus suum, non oportet ei in facie Ecclesiae denegari:
alias daretur facultas malis sacerdotibus pro suo libito punire maxima poena
quos vellent. Tertio propter incertitudinem status sumentis: quia spiritus
ubi vult, spirat, Joan. 3, 8, unde subito potuit esse compunctus, et
divinitus a peccato purgatus, et divina inspiratione ad sacramentum accedere.
Quarto, quia esset scandalum, si denegaretur.
Si vero peccatum est manifestum, debet ei denegari sive in occulto sive in
manifesto petat. |
Si le prêtre
connaît le péché de quelqu’un qui demande
l’eucharistie par la confession ou de n’importe quelle autre
manière, il faut faire une distinction : soit le
péché est occulte, soit il est manifeste. S’il est
occulte, soit que [le pécheur] demande [l’eucharistie] de manière
occulte, soit de manière manifeste. S’il [la demande] de
manière occulte, il doit la lui refuser et l’avertir de ne pas
la demander en public. Mais s’il la demande en public, il doit la lui
donner. Premièrement, parce que, en imposant une peine publique pour
un péché occulte, il révélerait la confession ou
trahirait une faute grave. Deuxièmement, parce que tout
chrétien a le droit de recevoir l’eucharistie, à moins
qu’il ne le perde par un péché mortel. Puisqu’il
n’est pas évident à la face de l’Église
qu’il a perdu son droit, il ne faut donc pas le lui refuser à la
face de l’Église, autrement les mauvais prêtres
recevraient le pouvoir de punir ceux qu’ils voudraient comme ils le
voudraient par la plus grande peine. Troisièmement, en raison de
l’incertitude de l’état de celui qui reçoit, car l’Esprit souffle où il
veut, Jn 3, 8. [Le pécheur] a donc pu se repentir
soudainement et, purifié par Dieu du péché,
s’approcher du sacrement sous l’inspiration divine.
Quatrièmement, parce qu’il y aurait scandale à le lui
refuser. Mais si le péché est manifeste, [le prêtre] doit
le lui refuser, qu’il le demande de manière occulte ou de
manière manifeste. |
|
[15134] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 5 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod potius deberet eligere
medicus medicinam esse mortiferam infirmo quam sibi, si alterutrum oporteret.
Et similiter sacerdos potius deberet eligere quod peccator assumat ad perditionem
suam, quam ipse deneget in perditionem propriam, scandalizando et peccatum
occultum revelando. Et praeterea non est
certum utrum sit ei mortifera, quia subito homo spiritu Dei mutatur. Et
iterum in ipsa petitione peccavit mortaliter in mortale peccatum consentiens. |
1. Le médecin devrait choisir qu’un
remède apporte la mort à un malade plutôt
qu’à lui-même, s’il lui fallait [choisir] entre les
deux. De même, le prêtre devrait plutôt choisir qu’un
pécheur reçoive [l’eucharistie] pour sa perte, que de la
refuser lui-même pour sa propre perte, en scandalisant et en
révélant un péché occulte. De plus, il
n’est pas certain que cela cause la mort [du pécheur], car l’homme
est mû soudainement par l’Esprit de Dieu. En plus, par la demande
même, il a péché mortellement en consentant à un
péché mortel. |
|
[15135] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod non dimittitur tantum propter scandalum, sed propter
alias causas quae faciunt ne esset contra veritatem vitae, si negaret.
Dominus ergo non prohibuit simpliciter dare, sed voluntatem dandi, dicens: nolite
sanctum dare canibus. Sacerdos autem in casu proposito non dat propria
sponte, sed magis coactus. Nec est similis ratio de animalibus brutis, et de
projectione in lutum: quia causae praedictae non sunt ibi. |
2. Il n’est pas écarté en raison du
scandale seulement, mais pour d’autres raisons qui font en sorte
qu’il n’agisse pas contre la vérité de la vie,
s’il refusait. Le Seigneur n’a pas pas tout simplement interdit
de [la] donner, mais la volonté de [la] donner en disant : Ne
donnez pas aux chiens une chose sainte ! Or, le prêtre, dans
le cas en question, ne [la] donne pas de sa propre initiative, mais
plutôt parce qu’il est forcé. Et il n’en va pas de
même pour les animaux sans raison et pour le fait de jeter dans la
boue, car les causes évoquées ne sont pas ici présentes. |
|
[15136] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod secundum Innocentium tertium, cum nemo debeat unum
mortale committere ut proximus aliud non committat, eligendum est potius
sacerdoti non prodere peccatorem, quam ut ille non peccet; sed peccator debet
potius eligere ut abstinendo reddatur suspectus quam communicando manducet
indignus. |
3. Selon Innocent III, puisque personne ne doit commettre
un seul péché mortel pour que le prochain n’en commette
pas un autre, il faut plutôt que le prêtre choisisse de ne pas
trahir un pécheur que faire en sorte que celui-ci ne pèche
pas ; mais le pécheur doit plutôt choisir de devenir
suspect en s’abstenant que de manger indignement [le corps du Christ]
en communiant. |
|
[15137]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod nullo modo debet dari hostia non
consecrata pro consecrata: tum quia in sacramento veritatis non debet esse
aliqua fictio: tum quia cum manducans adoret quod manducat, ut dicit
Augustinus, daret sacerdos ei occasionem idolatrandi. Unde decretalis dicit
in casu consimili, quod falsa sunt abjicienda remedia quae sunt veris
periculis graviora. |
4. Une hostie non
consacrée ne doit d’aucune manière être
donnée à la place d’une hostie consacrée, tant
parce qu’il ne doit pas y avoir de feinte dans le sacrement de la
vérité, que parce que, lorsque celui qui mange adore ce
qu’il mange, comme le dit Augustin, le prêtre lui fournirait une
occasion d’idolâtrie. Aussi la lettre décrétale
dit-elle que, dans un cas semblable, les faux remèdes doivent
être écartés parce qu’ils sont plus graves que les
vrais dangers. |
|
[15138] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 1 ad s. c. Rationes quae sunt ad
oppositum, procedunt solum quando peccator occultus publice petit. |
Les arguments présentés en sens contraire
n’ont cours que lorsque le pécheur occulte demande publiquement
[l’eucharistie]. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15139] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 5 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod triplex est
suspicio. Quaedam violenta, ad cujus contrarium non admittitur probatio;
sicut si inveniatur solus cum sola nudus in lecto, loco secreto, et tempore
apto ad commixtionem. Alia est probabilis,
sicut si inveniatur solus cum sola colloquens in locis suspectis, et
frequenter. Tertia est praesumptuosa, quae ex levi conjectura ortum habet.
Haec autem ultima deponenda est; in secunda non debet denegari, quia poena
non infligitur ubi culpa ignoratur; sed de prima est idem judicium quod de
peccato. Unde si sit suspicio procedens ex fama publica, non debet ei dari
neque in occulto neque in manifesto; si autem sit singularis ipsius
sacerdotis, sic debet dari in publico, sed non in occulto. |
Il existe un triple soupçon. L’un est
forcé, contre lequel on ne peut admettre de preuve, comme
lorsqu’un homme seul se trouve nu avec une femme seule dans un lit,
dans un endroit secret, et à un moment propice à un rapport
sexuel. L’autre est probable, comme si l’on trouve un homme seul
en train de parler avec une femme seule dans un endroit suspect, et cela fréquemment.
Un troisième est présomptueux, qui est issu d’une
conjecture légère. Ce dernier doit être
écarté. Dans le second cas, [l’eucharistie] ne doit pas
être refusée, car la peine n’est pas infligée
lorsqu’on ignore la faute. Mais il faut porter sur le premier cas le
même jugement que sur le péché. Si le soupçon est
de notoriété publique, [l’eucharistie] ne doit donc pas
lui être donnée ni de manière occulte ni de
manière manifeste ; mais s’il n’est le fait que du
seul prêtre, [l’eucharistie] doit alors [lui] être
donnée en public, mais non de manière occulte. |
|
[15140] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis non habeatur in prima suspicione certitudo
sensibilis, vel per demonstrationem, tamen habetur talis certitudo quae
sufficit ad probationem juris. Non enim in omnibus est similiter certitudo
requirenda, ut dicitur 1 Ethic. |
1. Bien qu’il n’y ait pas, dans le cas du
premier soupçon, une certitude sensible ou par voie de
démonstration, il existe cependant une certitude qui suffit à
la preuve selon le droit. En effet, il ne faut chercher en tout la même
certitude, comme il est dit dans Éthique, I. |
|
[15141] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod decretum illud abrogatum est: quia facere tales
probationes est tentare Deum. Vel dicendum, quod intentio illius decreti non
est ut talis purgatio fiat, sed ut propter timorem talis purgationis a
futuris abstineat. |
2. Ce décret a été abrogé,
car établir de telles preuves, c’est tenter Dieu. Ou bien, il
faut dire que l’intention de ce décret n’est pas
qu’une telle purification soit réalisée, mais qu’on
s’abstienne à l’avenir par crainte d’une telle
purification. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15142] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 5 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod de amentibus distinguendum est. Quidam enim dicuntur large
amentes, quia debilem mentem habent, sicut dicitur invisibile quod male
videtur; et tamen sunt aliquo modo docibiles eorum quae ad fidem et
devotionem sacramenti pertinent: et talibus non oportet corpus Christi
denegari. Quidam vero sunt omnino carentes judicio rationis; et isti vel
fuerunt tales a nativitate, et tunc eis non debet dari, quia non possunt ad
devotionem induci quae requiritur ad hoc sacramentum (quamvis quidam contrarium
dicant): vel inciderunt in amentiam post fidem et devotionem sacramenti, et
tunc debet eis dari, nisi timeatur periculum vel de vomitu vel de
exspuitione, aut aliquo hujusmodi. Et hoc patet per hoc quod habetur in
decretis, 26, qu. 6: si is qui infirmitate poenitentiam petit et dum
sacerdos invitatus ad eum venit, vertatur in phrenesim, accepto testimonio ab
astantibus qui petitionem audierunt, et reconcilietur, et Eucharistia ejus
ori infundatur. |
À propos des
fous, il faut faire une distinction. En effet, certains sont appelés
fous au sens large, parce qu’ils ont un esprit faible, comme on dit
qu’on voit mal ce qui est invisible. Toutefois, on peut les enseigner
d’une certaine manière sur ce qui se rapporte à la foi et
à la dévotion envers le sacrement. Il ne faut pas refuser
à ceux-là le corps du Christ. Mais à certains, le
jugement de la raison fait totalement défaut. Ceux-ci sont dans cet
état depuis leur naissance : alors, [le corps du Christ] ne doit
pas leur être donné, car ils ne peuvent être amenés
à la dévotion qui est nécessaire pour ce sacrement (bien
que certains disent le contraire). Ou bien ils sont tombés dans la
folie après avoir eu la foi et la dévotion envers le
sacrement : celui-ci doit leur être alors donné, à
moins qu’on ne craigne un risque qu’ils le vomissent ou le
crachent, ou quelque chose du genre. Et cela ressort clairement de ce qui est
dit dans le Décret, d. 26, q. 6 : «Si un malade demande la
pénitence et que, lorsque le prêtre invité
s’approche de lui, il devient frénétique, après
avoir reçu le témoignage de ceux qui sont présents et
qui ont entendu la demande, qu’il soit réconcilié et que
l’eucharistie soit introduite dans sa bouche.» |
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[15143] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 5 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in isto casu praecedens
devotio computatur ei ad dignam manducationem. |
1. Dans ce cas, la
dévotion qui précède est valable pour une manducation
digne. |
|
[15144] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod daemoniacis non est deneganda communio, nisi forte
certum sit quod pro aliquo crimine a Diabolo torqueantur; et de talibus
loquitur Dionysius. Vel dicendum, et melius, quod ipse vocat energumenos
illos in quibus adhuc viget virtus Daemonis propter peccatum originale nondum
extirpatum, eo quod nondum Baptismi gratiam consecuti sunt, quibus adhibetur
exorcismus post catechismum ante Baptismum; unde ipse ponit eos secundo loco
post catechumenos. |
2. La communion ne
doit pas être refusée aux démoniaques, à moins
qu’il ne soit certain qu’ils sont torturés par le Diable
pour une faute grave. C’est d’eux que parle Denys. Ou bien il
faut dire, et en mieux, qu’il appelle énergumènes ceux
chez qui la puissance du démon est encore en vigueur en raison du
péché originel qui n’a pas encore été extirpé
parce qu’ils n’ont pas encore reçu la grâce du
baptême, et auxquels est donné l’exorcisme après le
catéchisme et avant le baptême. Aussi les place-t-il en second
après les catéchumènes. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15145] Super Sent., lib. 4 d. 9
q. 1 a. 5 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod pueris
carentibus usu rationis, qui non possunt distinguere inter cibum spiritualem
et corporalem, non debet Eucharistia dari; quamvis quidam Graeci contrarium
teneant, irrationabiliter autem: quia ad Eucharistiae sumptionem exigitur
actualis devotio, quam tales pueri habere non possunt. Pueris autem jam
incipientibus habere discretionem, etiam ante perfectam aetatem, puta cum
sint decem vel undecim annorum, aut circa hoc, potest dari, si in eis signa
discretionis appareant et devotionis. |
L’echaristie ne
doit pas être donnée aux enfants à qui fait défaut
l’usage de la raison, qui ne peuvent distinguer la nourriture
spirituelle de la nourriture corporelle, bien que certains Grecs pensent le
contraire, mais de manière déraisonnable. En effet, une
dévotion en acte est nécessaire à la réception de
l’eucharistie, [dévotion] que de tels enfants ne peuvent avoir.
Mais [l’eucharistie] peut être donnée aux enfants qui
commencent à avoir du jugement, par exemple, lorsqu’ils ont dix
ou onze ans environ, si des signes du jugement et de dévotion se
manifestent chez eux. |
|
[15146] Super Sent., lib.
4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod pueri baptizati acquirunt jus percipiendi corpus
Christi, non tamen statim, sed tempore competenti; sicut et jus percipiendae
hereditatis habent, quamvis eam statim non possideant. Dionysius autem
assignat ritum Baptismi quoad adultos, ut patet inspicienti verba ejus. |
1. Les enfants baptisés acquièrent un droit
de recevoir le corps du Christ, non pas immédiatement, mais au moment
approprié, de même qu’ils ont un droit de recevoir
l’héritage, bien qu’ils ne le possèdent pas
immédiatement. Mais Denys présente le rite du baptême
pour les adultes, comme cela est clair à qui examine ses paroles. |
|
[15147]
Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1 a. 5 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod per Baptismum datur primus
actus vitae spiritualis, unde est de necessitate salutis; et ideo pueris
Baptismus dandus est: sed per Eucharistiam datur complementum spiritualis
vitae; et ideo illis qui perfectionis secundae, quae est per actualem
devotionem, possunt esse capaces, debet dari, prout habetur de Consecr.,
distinct. 4, cap. in Ecclesia, ubi dicitur: non cogitetis vitam habere posse
qui sunt expertes corporis et sanguinis domini; et loquitur de pueris.
Intelligendum est autem quantum ad rem sacramenti, quae est unitas Ecclesiae,
extra quam non est salus nec vita, et non quantum ad sacramentalem
manducationem. |
2. Par le baptême, le premier acte de la vie
spirituelle est donné ; aussi est-il nécessaire au salut.
C’est pourquoi il faut donner le baptême aux enfants. Mais, par
l’eucharistie, un complément de la vie spirituelle est donné.
C’est pourquoi il doit être donné à ceux qui peuvent
être capables de cette perfection, qui se réalise par la
dévotion en acte, comme on le lit dans «Sur la
consécration», d. 4, c. «In Ecclesia», où il
est dit : «Ne pensez pas qu’ils peuvent avoir la vie, ceux
qui n’ont pas part au corps et au sang du Seigneur.» Et il parle
des enfants. Mais il faut l’entendre de la réalité du
sacrement, qui est l’unité de l’Église, en dehors
de laquelle il n’y a pas de salut ni de vie, et non de la manducation
sacramentelle. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 9 |
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[15148] Super Sent., lib. 4 d. 9 q. 1
a. 5 qc. 4 expos. Crede, et
manducasti. Intelligendum est de
manducatione spirituali, et fide formata. Ideo autem potius fidem commemorat,
quia ipsa est quae maxime in sacramentis operatur. Nos corpus Christi
sumus. Ergo spiritualiter manducamus nosipsos. Et dicendum, quod nos non
sumus corpus ipsius nisi ratione unionis, quam manducando spiritualiter
acquirimus. Ecce factum est malum. Contrarium dicit supra eodem
capite: indigne quis sumens corpus Christi, non efficit ut malum sit quod
accipit. Et dicendum, quod non sit malum in se, sed sit malum, idest
nocivum, ei. Ita spiritualiter sumamus. Contra: quia in patria nullus
usus sacramenti erit; ergo nec spiritualis sumptio. Et dicendum, quod dicitur
sumptio consecutio rei sacramenti, quam sacramentum statim non efficit, sed
tantum significat, scilicet fruitio divinitatis, quam etiam significat
sacramentalis manducatio. |
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Distinctio
10 |
Distinction 10 – [Le corps véritable du Christ contenu
dans le sacrement]
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Prooemium |
Prologue
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[15149]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 pr. Postquam
Magister determinavit quod in hoc sacramento tria inveniuntur, aliquid quod
est sacramentum tantum, et aliquid quod est res et sacramentum, et aliquid
quod est res tantum; et secundum hoc diversimode diversi manducant: in parte
ista incipit prosequi de singulis dictorum trium in speciali; unde dividitur
in partes tres: in prima determinat de ipso vero corpore Christi, quod est
sacramentum, et res contenta in sacramento; in secunda de speciebus panis et
vini, quae sunt in sacramentum tantum; 12 dist., ibi: si autem quaeritur
de accidentibus quae remanent (...) in quo subjecto fundentur, potius mihi
videtur fatendum existere sine subjecto quam esse in subjecto; in tertia
determinat de effectu sacramenti, qui est res tantum, in fine dist., ibi:
institutum est hoc sacramentum duabus de causis. Prima in duas: in
prima ostendit verum corpus Christi in altari contineri sub sacramento; in
secunda determinat de transubstantiatione, per quam fit ut ibi sit verum
corpus Christi, dist. 11: si autem quaeritur, qualis sit illa conversio
(...) definire non sufficit. Prima in tres: in prima ponit errorem quorumdam
negantium veritatem quam asserere intendit, et probationes eorum; in secunda
solvit probationes ipsorum, ibi: quae ex eadem ratione omnia accipienda
sunt; in tertia inducit auctoritates ad veritatem probandam, ibi: haec
et his similia objiciunt et cetera. Secunda pars dividitur in partes
tres: in prima exponit auctoritates quas illi errantes pro se inducunt, et
expositionem sanctorum praedictam confirmat; in secunda ostendit dubitationem
esse de quadam auctoritate Augustini inducta pro se, ibi: deinde addit
quod magis movet; in tertia exponit eam, ibi: attende his diligenter.
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Après que le Maître a déterminé qu’il y a trois choses dans le sacrement : quelque chose qui est le sacrement seulement, quelque chose qui la réalité et le sacrement, et quelque chose qui est la réalité seulement, et que, conformément à cela, diverses personnes le mangent différemment, dans cette partie, il commence à traiter en particulier de chacun de trois aspects évoqués. Aussi y a-t-il une triple division. Dans la première, il détermine à propos du corps véritable du Christ lui-même, qui est le sacrement et la réalité contenue dans le sacrement. Dans la deuxième, [il détermine à propos] des espèces du pain et du vin, qui sont le sacrement seulement, à cet endroit, d. 12 : «Mais si on s’interroge sur les accidents qui demeurent…, sur quel sujet s’appuient-ils, il me semble qu’il faut dire qu’ils existent sans sujet plutôt que dans un sujet.» Dans la troisième partie, il détermine à propos de l’effet du sacrement, qui est la réalité seulement, à la fin de la distinction, à cet endroit : «Ce sacrement a été institué pour deux raisons.» La première partie est divisée en deux. Dans la première, il montre que le corps véritable du Christ est contenu sur l’autel dans ce sacrement ; dans la seconde, il détermine à propos de la transsubstantiation, par laquelle se réalise que le corps véritable du Christ est là, d. 11 : «Mais si on se demande quelle est cette conversion…, il ne suffit pas de la définir.» La première partie se divise en trois. Dans la première, il présente l’erreur de certains qui nient la vérité qu’il entend affirmer, ainsi que leurs arguments ; dans la deuxième, il résout leurs arguments, à cet endroit : «Tout cela doit être entendu selon le même raisonnement.» Dans la troisième, il invoque des autoités pour prouver la vérité, à cet endroit : «Ils objectent cela et d’autres choses semblables, etc.» La seconde partie se divise en trois parties. Dans la première, il explique les autorités invoquées par ceux qui sont ainsi dans l’erreur et il confirme l’explication des saints mentionnés ; dans la deuxième, il montre qu’il existe un doute à propos d’une autorité d’Augustin invoquée en sa faveur, à cet endroit : «Ensuite, il ajoute que cela va plutôt dans le sens…» ; dans la troisième, il l’explique, à cet endroit : «Examine cela avec soin.» |
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Quaestio 1 |
Question unique – [Le corps véritable du Christ contenu dans l’eucharistie] |
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Hic
quatuor quaeruntur: 1 utrum verum corpus Christi contineatur in hoc
sacramento; 2 utrum totus Christus contineatur in sacramento sub speciebus
quae manent; 3 qualiter sit ibi; 4 quomodo possit agnosci corpus Christi secundum
quod est sub sacramento. |
Ici, il pose quatre questions : 1 – Le corps véritable du Christ est-il contenu dans le sacrement sous les espèces qui demeurent ? 2 – Le Christ est-il contenu en totalité sous les espèces qui demeurent ? 3 – Comment s’y trouve-t-il ? 4 – Comment peut-on reconnaître le corps du Christ selon qu’il existe dans le sacrement ? |
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Articulus 1 [15150] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 tit. Utrum in sacramento altaris contineatur verum corpus
Christi |
Article
1 – Le corps véritable du Christ est-il contenu dans le
sacrement de l’autel ?
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[15151] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod in sacramento
altaris non contineatur verum corpus Christi. In his enim quae ad pietatem et
reverentiam pertinent divinam, nihil debet esse quod in crudelitatem vel
irreverentiam sonet. Sed manducare carnes hominis sonat in quamdam bestialem
crudelitatem manducantis, et irreverentiam manducati. Ergo et in sacramento
pietatis, quod ad manducationis usum ordinatur, non debet esse verum corpus
Christi quod manducatur. [15152] Super Sent.,
lib. 4 d. 10 q. 1 a. 1 arg. 2 Praeterea, sacramenta ordinantur ad
utilitatem nostram. Sed Joan. 6, 64, dicitur: caro non prodest quidquam.
Ergo corpus Christi, sive ejus caro, non debet esse in hoc sacramento, sed
solum ejus spiritualis virtus. |
Objections
1. Il semble que le
corps véritable du Christ n’est pas contenu dans le sacrement de
l’autel. En effet, dans ce qui se rapporte à la
piété et à la révérence envers Dieu, rien
ne doit exister qui évoque la cruauté ou à
l’irrévérence. Or, manger la chair d’un homme
évoque la cruauté bestiale de celui qui mange et le manque de
respect envers celui qui est mangé. Dans le sacrement de la
piété, qui est ordonné à être
utilisé sous forme de manducation, ce ne doit pas être le corps
véritable du Christ qui est mangé. 2. Les sacrements sont
ordonnés à notre bien. Or, il est dit en Jn 6, 64 :
La chair ne sert à rien. Le corps du Christ ou sa chair ne doit
donc pas se trouver dans ce sacrement, mais seulement sa puissance
spirituelle. |
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[15153] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 1 arg. 3 Praeterea, Gregorius
dicit in Homil. de regulo: corporalem praesentiam domini quaerebat, qui
per spiritum nusquam deerat. Minus itaque in
illum credidit, quem non putabat posse salutem dare, nisi praesens esset in
corpore. Sed non ponimus quod corpus
Christi sit in altari, nisi ut nobis sit causa salutis. Ergo videtur quod ex
infirmitate fidei procedat. |
3. Grégoire dit, dans son homélie sur le
fils du roi : «Il cherchait la présence corporelle du
Seigneur, qui ne faisait jamais défaut par l’Esprit. Il a donc
eu moins de foi en celui qu’il ne croyait pas pouvoir donner le salut, à
moins qu’il ne soit corporellement présent.» Or, nous
n’affirmons pas que le corps du Christ est sur l’autel, à
moins qu’il n’y soit comme cause de notre salut. Il semble donc
que cela vient de la faiblesse de [notre] foi. |
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[15154] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 arg. 4 Praeterea,
nihil potest esse nunc ubi prius non fuit, loco praeexistente, nisi ipsum
mutetur. Sed corpus Christi ante consecrationem non erat in altari. Si ergo
post consecrationem sit ibi secundum veritatem, oportet quod aliquo modo sit
mutatum; quod non potest dici. Ergo non est verum ibi corpus Christi. |
4. Rien ne peut être maintenant là où
cela n’était pas d’abord, alors que le lieu
préexistait, à moins que cela ne soit changé. Or, le
corps du Christ n’était pas sur l’autel avant la
consécration. S’il est véritablement là
après la consécration, il faut qu’il ait
été changé d’une certaine façon, ce
qu’on ne peut affirmer. Le corps véritable du Christ n’est
donc pas là. |
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[15155]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 1 arg. 5 Praeterea, nullum corpus potest esse simul in diversis
locis. Sed corpus Christi est in caelo vere, quo ascendit. Ergo impossibile
est quod sit in altari. Probatio primae. Nihil continetur extra suos
terminos, si termini cujuslibet corporis locati sunt simul cum termino
corporis locantis. Ergo nullum corpus locatum in uno loco, potest esse extra
terminos illius loci; et ita non potest esse in duobus locis simul. |
5. Aucun corps ne peut exister en même temps en
divers lieux. Or, le corps du Christ est véritablement au ciel
où il est monté. Il est donc impossible qu’il soit sur
l’autel. Démonstration de la majeure : rien n’est
contenu en dehors de ses limites, si les limites d’un corps
localisé existent en même temps que la limite du corps de ce qui
localise. Aucun corps localisé dans un seul lieu ne peut donc se
trouver en dehors des limites de ce lieu. Ainsi, il ne peut se trouver dans
deux lieux en même temps. |
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[15156] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 arg. 6 Praeterea,
eadem ratione potest poni corpus Christi esse in diversis locis et esse
ubique, sicut ponentes Angelum esse in diversis locis, dicunt quod est
ubicumque velit. Sed ponere quod corpus Christi ubique possit esse, est
haereticum: quia hoc solius divinitatis est. Ergo non potest esse in diversis
locis simul. |
6. C’est pour la même raison qu’on peut
affirmer que le corps du Christ se trouve en divers lieux et qu’il est
partout, comme ceux qui affirment que l’ange se trouve en divers lieux
disent qu’il se trouve partout où il le veut. Or, affirmer que
le corps du Christ peut se trouver partout est hérétique, car cela
n’est propre qu’à la divinité. Il ne peut donc pas
se trouver en divers lieux en même temps. |
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[15157] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 arg. 7 Praeterea,
Angelus est simplicior quam corpus Christi. Sed Angelus non potest esse simul
in pluribus locis. Ergo neque corpus Christi: et sic idem quod prius. |
7. L’ange est plus simple que le corps du Christ.
Or, l’ange ne peut se trouver en même temps en plusieurs lieux.
Donc, pas davantage le corps du Christ. C’est donc la même
conclusion que précédemment. |
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[15158] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 arg. 8 Praeterea,
corpus Christi, inquantum corpus, non habet quod sit in pluribus locis, quia
sic cuilibet corpori conveniret; neque inquantum gloriosum, quia multo
fortius spiritui glorificato conveniret; neque inquantum divinitati unitum,
quia unio non ponit ipsum extra limites corporis. Ergo nullo modo sibi
competit. |
8. Le corps du Christ, en tant que corps, ne peut pas se
trouver dans plusieurs lieux, car alors cela conviendrait à
n’importe quel corps. Il ne le peut pas non plus en tant que glorieux,
car cela conviendrait à bien plus forte raison à l’esprit
glorifié. Il ne le peut pas non plus [en tant que corps] uni à
la divinité, car l’union ne le place pas hors des limites du
corps. Cela ne lui convient donc d’aucune manière. |
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[15159] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 1 s. c. 1 Sed contra, 1 Corinth. 11, 19: qui manducat et bibit indigne, judicium sibi
manducat et bibit, non dijudicans corpus domini. Sed si esset corpus
Christi ibi secundum solam significationem, non oporteret dijudicare hunc
cibum ab aliis: quia quilibet panis eadem ratione significat corpus Christi. Ergo oportet ponere
quod sit ibi verum corpus Christi. |
Cependant, 1 Co 11, 19 : Celui qui mange et boit indignement, mange
et boit son jugement, en ne discernant pas le corps du Seigneur. Or, si
le corps du Christ ne se trouvait là que selon la signification, il ne
serait pas nécessaire de discerner cette nourriture des autres, car
n’importe quel pain signifie le corps du Christ pour la même raison.
Il faut donc affirmer que le corps véritable du Christ est là. |
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[15160] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 1 s. c. 2 Praeterea, veritas in
novo testamento debet respondere figuris veteris testamenti. Sed in veteri
testamento ipse agnus, qui figurabat Christum, sumebatur in cibum, ut patet
Exod. 12: ergo in nova lege ipsum verum corpus Christi quod per agnum
significatur, debet manducari. |
2. La vérité de la Nouvelle Alliance doit
correspondre aux figures de l’Ancienne Alliance. Or, sous
l’Ancienne Alliance, l’agneau lui-même, qui était la
figure du Christ, est pris comme nourriture, comme cela ressort clairement de
Ex 12. Sous la Nouvelle Alliance, le corps véritable du Christ,
qui est signifié par l’agneau, doit donc être
mangé. |
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[15161] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 s. c. 3 Praeterea,
Deuter. 32, 4 dicitur: Dei perfecta sunt opera. Sed non perfecte
conjungeremur Deo per sacramenta quae nobis tradit, nisi sub aliquo eorum
ipse vere contineretur. Ergo in hoc sacramento verum corpus Christi
continetur: quia non est aliud assignare sacramentum in quo Christus realiter
contineatur. |
3. En Dt 32, 4, il est dit : Les œuvres de Dieu sont parfaites.
Or, nous ne serions pas parfaitement unis à Dieu par les sacrements
qu’Il nous donne, s’il n’était pas contenu véritablement
sous l’un d’eux. Dans ce sacrement, le corps véritable du
Christ est donc contenu, car on ne peut indiquer aucun autre sacrement dans
lequel le Christ est contenu réellement. |
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[15162] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 1 s. c. 4 Ad hoc etiam sunt multae auctoritates in littera
positae. |
4. Plusieurs
autorités allant dans ce sens sont aussi données dans le texte. |
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[15163] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 1 co. Respondeo dicendum, quod sub sacramento altaris
continetur verum corpus Christi, quod de virgine traxit: et contrarium dicere
est haeresis, quia derogatur veritati Scripturae, qua dominus dicit: hoc
est corpus meum. Ratio autem quare oportet quod in hoc sacramento ipse Christus
contineatur, in principio hujus tractatus, dist. 8, dicta est: quia scilicet
non ita perfecte nobis Christus conjungeretur, si sola sacramenta illa
haberemus in quibus conjungitur nobis Christus per virtutem suam in
sacramentis illis participatam; et ideo oportet esse aliquod sacramentum in
quo Christus non participative, sed per suam essentiam contineatur, ut sit
perfecta conjunctio capitis ad membra. Consequenter autem et aliae
utilitates, sicut ostensio maximae caritatis in hoc quod seipsum dat nobis in
cibum, sublevatio spei ex tam familiari conjunctione ad ipsum, et maximum
meritum fidei in hoc quod creduntur multa in hoc sacramento quae non solum
praeter rationem sunt, sed etiam contra sensum, ut videtur; et multae aliae
utilitates, quae explicari sufficienter non possunt. |
Réponse
Dans le sacrement, est
contenu le corps véritable du Christ, qu’il a reçu de la
Vierge ; dire le contraire est une hérésie, car cela
s’écarte de la vérité de l’Écriture
par laquelle le Seigneur dit : Ceci est mon corps. Or, la raison pour
laquelle il faut que le Christ lui-même soit contenu a
été donnée au début de ce traité, d. 8,
à savoir que le Christ ne nous serait pas parfaitement uni si nous ne
possédions que les sacrements par lesquels le Christ nous est uni par
sa puissance présente dans ces sacrements sous forme de participation.
Il faut donc qu’il y ait un sacrement dans lequel le Christ est
contenu, non par mode de participation, mais par son essence, afin que soit
réalisée l’union parfaite de la tête aux membres.
Mais, par mode de conséquence, [il comporte] d’autres avantages,
comme la manifestation de la plus grande charité, par le fait
qu’il se donne à nous en nourriture ; le réconfort
de l’espérance, par le fait d’une union à lui si
intime ; et le plus grand mérite de la foi, par le fait
qu’on croit à beaucoup de choses dans ce sacrement, qui non
seulement dépassent la raison, mais vont contre le sens, semble-t-il.
Et beaucoup d’autres avantages, qui ne peuvent être suffisamment
explicitées. |
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[15164] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in crudelitatem
saperet, et maximam irreverentiam, si corpus Christi ad modum cibi corporalis
manducaretur, ut scilicet ipsum verum corpus Christi dilaniaretur et dentibus
attereretur. Hoc autem non contingit in sacramentali manducatione: quia ipsum
per manducationem non laceratur, sed manducantes integros facit, speciebus,
sub quibus latet, divisis, ut infra dicetur, dist. 12. [15165] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod nihil prodesset caro Christi corporaliter manducata,
ut dictum est; multum autem prodest sacramentaliter manducata. Unde
Augustinus dicit: caro non prodest quidquam; sed quomodo illi intellexerunt:
sic enim intellexerunt carnem quomodo in cadaver vertitur, aut in macello
dilaniatur. |
Solutions
1. Cela aurait un
relent de cruauté et du plus grand irrespect, si le corps du Christ
était mangé comme une nourriture corporelle, à savoir,
si le corps véritable du Christ était déchiré et
broyé par les dents. Mais cela ne se produit pas dans la manducation
sacramentelle, car il n’est pas mis en pièces par la
manducation, mais il rend parfaits ceux qui le mangent sous les
espèces divisées, sous lesquelles il est caché, comme on
le dira plus loin, d. 12. 2. La chair du Christ
mangée corporellement ne servirait à rien, comme on l’a
dit ; mais, mangée sacramentellement, elle est d’une grande
utilité. Aussi Augustin dit-il : «La chair ne sert à
rien. Mais comment ceux-ci l’ont-ils compris ? En effet, ils ont
compris la chair telle qu’elle tourne en cadavre ou est
découpée au marché.» |
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[15166] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod non dicimus verum corpus Christi esse in altari, eo quod
aliter non posset salutem conferre, sicut regulus credebat; sed quia iste est
convenientissimus modus salvandi, sicut et convenientissimus modus
reparationis humanae fuit per hoc quod verbum caro factum est, et habitavit
in nobis: quamvis etiam alius modus reparationis fuit possibilis. |
3. Nous ne disons pas que le corps véritable du
Christ se trouve sur l’autel de telle sorte qu’il ne pourrait
donner le salut autrement, comme le croyait le fils du roi, mais parce que
c’est là la manière la plus convenable de sauver, comme
la manière la plus convenable de rétablir l’homme était
que le Verbe devînt chair et habitât parmi nous, bien
qu’une autre manière de rétablir était possible. |
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[15167] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 ad 4 Ad quartum
dicendum, quod non oportet semper illud quod est nunc ubi prius non fuit
localiter, mutatum esse: quia potest aliquid esse conversum in ipsum, sicut
cum aer in ignem convertitur. Sed tamen ignis mutatur mutatione generationis;
et hoc accidit, quia ignis in illa conversione non est terminus generationis,
sed compositum ex subjecto generationis, scilicet materia, et termino,
scilicet forma; unde forma ipsa quae est terminus, per se non generatur, ut
in 7 Metaph. probatur: generatur autem per accidens, quia non est per se
subsistens, sed in alio, quo mutato mutari dicitur. Corpus autem Christi est
in altari cum prius non fuerit, quia panis conversus est in ipsum, ita quod
ipsum totum corpus est terminus per se conversionis, sicut ibi erat forma:
non tamen est ens in alio sicut forma, sed per se subsistens; et ita non
oportet quod sit localiter motum, neque generatum per se, neque per accidens. |
4. Il n’est pas nécessaire que ce qui se
trouve maintenant là où cela n’était pas
localement ait été changé, car quelque chose peut
être converti en cela, comme lorsque l’air est converti en feu.
Toutefois, le feu est changé par un changement selon la
génération, et cela se produit parce que le feu, dans cette
génération, n’est pas le terme de la
génération, mais le composé du sujet de la
génération, à savoir, la matière, et du terme, à
savoir, la forme. Aussi la forme elle-même qui est le terme
n’est-elle pas engendrée, comme cela est démontré
dans Métaphysique, VII, mais elle est engendrée par
accident parce qu’elle ne subsiste pas par elle-même, mais dans
un autre ; lorsque celui-ci est changé, on dit qu’elle est
changée. Or, le corps du Christ se trouve sur l’autel, alors
qu’il n’y était pas auparavant, parce que le pain a
été converti en lui, de telle sorte que le corps entier
lui-même est le terme par soi de la conversion, comme
l’était là la forme. Cependant, il n’est pas un
être existant dans un autre, mais un être subsistant par
lui-même. Et ainsi, il n’est pas nécessaire qu’il
ait été localement mû, ni qu’il ait
été engendré par soi ni par accident. |
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[15168] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 ad 5 Ad quintum
dicendum, quod nullum corpus comparatur ad locum nisi mediantibus
dimensionibus quantitatis; et ideo ibi corpus est aliquod ut in loco, ubi
commensurantur dimensiones ejus dimensionibus loci; et secundum hoc corpus
Christi non est nisi in uno loco tantum, scilicet in caelo. Sed quia conversa
est in corpus Christi substantia panis, qui prius erat in hoc loco
determinate mediantibus dimensionibus suis, quae manent transubstantiatione
facta; ideo manet locus, non quidem immediate habens ordinem ad corpus
Christi secundum proprias dimensiones, sed secundum dimensiones panis
remanentes, sub quibus succedit corpus Christi substantiae panis; et ideo non
est hic ut in loco, per se loquendo, sed ut in sacramento, non solum
significante, sed continente ipsum ex vi conversionis factae. Et sic patet
quod corpus Christi non est extra terminos loci sui secundum quod ei competit
esse alicubi intus vel extra ex dimensionibus propriis, quod est per se
alicubi esse intus vel extra; sed est extra terminos loci quasi per accidens,
secundum quod competit ei esse alicubi ratione illarum dimensionum quae
remanent ex illo corpore quod conversum est in corpus Christi. |
5. Aucun corps n’est comparé au lieu que par
l’intermédiaire des dimensions de la quantité.
C’est pourquoi il y a un corps dans un lieu là où ses
dimensions sont mesurées par les dimensions du lieu. Ainsi, le corps
du Christ ne se trouve que dans un seul lieu, à savoir, le ciel. Mais
parce que la substance du pain a été convertie en la substance
du corps du Christ, [substance du pain] qui se trouvait d’abord
précisément dans ce lieu par l’intermédiaire de
ses dimensions, lesquelles demeurent une fois réalisée la
transsubstantiation, le lieu demeure, non pas comme ayant un ordre
immédiat au corps du Christ selon ses propres dimensions, mais selon
les dimentions du pain qui demeurent, sous lesquelles le corps du Christ a
succédé à la substance du pain. C’est pourquoi,
à parler en soi, [le corps du Christ] ne se trouve pas là comme
dans un lieu, mais comme dans le sacrement, non seulement en le signifiant,
mais en le contenant en vertu de la conversion réalisée. Il est
ainsi clair que le corps du Christ ne se trouve pas en dehors des limites de
son lieu selon qu’il lui revient d’être quelque part
à l’intérieur ou à l’extérieur de ses
propres dimensions, mais en dehors des limites du lieu pour ainsi dire par
accident, selon qu’il lui revient d’être quelque part en
raison des dimensions qui demeurent du corps qui a été converti
en corps du Christ. |
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[15169] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 ad 6 Ad sextum
dicendum, quod sicut ex dictis patet, corpus Christi non dicitur esse alicubi
nisi ratione dimensionum propriarum, et illius corporis quod in ipsum
conversum est. Non est autem possibile quod dimensiones ejus propriae sint
ubique, neque quod corpus in ipsum convertendum ubique sit; et ideo quamvis
corpus Christi sit in pluribus locis aliquo modo, non tamen potest esse
ubique. |
6. Comme cela ressort clairement de ce qui a
été dit, on ne dit que le corps du Christ est quelque part
qu’en raison de ses dimensions propres et de celles de ce corps qui a
été converti en lui. Mais il n’est pas possible que ses
dimensions propres soient partout, ni que le corps qui doit être
converti en lui soit partout. C’est pourquoi, bien que le corps du
Christ se trouve d’une certaine manière en plusieurs lieux, il
ne peut cependant se trouver partout. |
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[15170] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 1 ad 7 Ad septimum
dicendum, quod ratio illa bene sequeretur, si ratione propriorum terminorum
esset in pluribus locis, quod multo fortius Angelo conveniret; sed convenit
ei inquantum aliquod corpus convertitur in corpus Christi, non autem in
Angelum. |
7. Cet argument serait concluant s’il était
en plusieurs lieux en raison de ses limites propres, ce qui conviendrait
encore bien davantage à l’ange. Mais cela lui convient en tant
qu’un corps est converti en corps du Christ, et non en ange. |
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[15171]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 1 ad 8 Ad octavum dicendum, quod hoc non competit corpori Christi
neque inquantum est corpus, neque inquantum est glorificatum, neque inquantum
divinitati unitum, sed inquantum est terminus conversionis; unde similiter
accideret de corpore lapidis, si Deus simili modo panis substantiam in
lapidem converteret, quod non est dubium eum posse. |
8. Cela ne convient pas au corps du Christ, ni en tant
qu’il est corps, ni en tant qu’il est glorifié, ni en tant
qu’il est uni à la divinité, mais en tant qu’il est
le terme d’une conversion. Il en irait donc de même du corps
d’une pierre, si Dieu convertissait de la même manière la
substance du pain en pierre, ce qu’il n’est pas douteux
qu’il puisse faire. |
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Articulus
2 [15172] Super
Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 tit. Utrum Christus contineatur sub sacramento
quantum ad animam |
Article
2 – Le Christ est-il contenu dans le sacrement selon son âme ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le
Christ est-il contenu dans le sacrement selon son âme ?]
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[15173] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod Christus
non contineatur sub sacramento quantum ad animam. Quia Christo non competit
esse in altari, ut dictum est, nisi secundum quod panis in ipsum convertitur.
Sed constat quod panis non convertitur in
animam Christi. Ergo anima Christi non est ibi. |
1. Il semble que le
Christ ne soit pas contenu dans le sacrement selon son âme, car il ne
revient au Christ de se trouver sur l’autel, comme on l’a dit,
que pour autant que le pain est converti en lui. Or, il est clair que le pain
n’est pas converti en l’âme du Christ. L’âme du
Christ ne s’y trouve donc pas. |
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[15174] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Christus est
in sacramento altaris, ut cibus fidelium. Sed
non est cibus secundum animam, sed secundum corpus: quia dicit Joan. 6, 56: caro
mea vere est cibus. Ergo non est ibi secundum animam. |
2. Le Christ se trouve
dans le sacrement de l’autel comme nourriture des fidèles. Or,
il n’est pas nourriture par son âme, mais par son corps, car
Jn 6, 56 dit : Ma chair est vraiment une nourriture. Il
ne s’y trouve donc pas selon son âme. |
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[15175] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, forma
sacramenti debet respondere sacramento. Sed in forma non fit mentio de anima,
sed solum de corpore: quia dicitur: hoc est corpus meum. Ergo non est ibi secundum animam. |
3. La forme du sacrement doit correspondre au sacrement.
Or, dans la forme, il n’est pas fait mention de l’âme, mais
seulement du corps, car il est dit : Ceci est mon corps. Il ne
s’y trouve donc pas selon son âme. |
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[15176] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra, quaecumque non separantur secundum esse, ubicumque est unum, et
aliud. Sed unum est esse animae Christi et corporis, sicut materiae et
formae. Ergo
cum corpus Christi sit in altari, erit ibi anima. |
Cependant, [1] pour tout ce qui n’est pas séparé
selon l’être, là où l’un se trouve,
l’autre aussi [s’y trouve]. Or, il y a un seul être de
l’âme et du corps du Christ, comme de la matière et de la
forme. Puisque le corps du Christ se trouve sur l’autel, son âme
y sera donc aussi. |
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[15177]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, corpus Christi non est in sacramento
inanimatum. Sed corpus sine anima est inanimatum. Ergo Christus non est ibi
secundum corpus tantum, sed etiam secundum animam. |
[2] Le corps du Christ ne se trouve pas dans le sacrement en tant qu’inanimé. Or, le corps sans l’âme est inanimé. Le Christ ne s’y trouve donc pas selon son corps seulement, mais aussi selon son âme. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le Christ est-il contenu sous l’espèce du pain en tant que chair animée ?] |
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[15178]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sub specie panis Christus non
contineatur inquantum ad carnem animatam. Quia, ut dictum est, corpus Christi
est ibi secundum quod cibus. Sed esse cibum non convenit nisi carni; unde
Joan. 6, 56: caro mea vere est cibus. Ergo non est ibi aliqua pars
corporis, nisi caro. |
1.
Il semble que le Christ n’est pas contenu sous l’espèce du
pain en tant que chair animée, car, comme on l’a dit, le corps
du Christ s’y trouve en tant que nourriture. Or, être nourriture
ne convient qu’à la chair ; ainsi [est-il dit] en Jn
6, 56 : Ma chair est vraiment une nourriture. Il ne
s’y trouve donc qu’une partie du corps, la chair. |
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[15179] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
quod jam est, non oportet fieri. Si ergo in pane consecrato sunt omnes partes
corporis Christi, erit ibi sanguis; ergo non oporteret quod per
consecrationem vini iterum ibi fieret. |
2. Ce qui existe déjà n’a pas besoin
de devenir. Si donc, dans le pain consacré, se trouvent toutes les
parties du corps du Christ, le sang s’y trouvera. Il ne serait donc pas
nécessaire qu’il le devienne de nouveau par la
consécration du vin. |
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[15180] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
Deus in revelationibus veritatem ostendit: alias revelatio esset causa
erroris, quod est inconveniens. Sed species panis ostensa est aliquando ut
caro tantum, sicut legitur in vita beati Gregorii. Ergo non est sub specie
panis aliquid de corpore Christi nisi caro, et non sanguis vel os, vel aliud
hujusmodi. |
3. Dieu montre la vérité par ses
révélations, autrement, la révélation serait
cause d’erreur, ce qui est inacceptable. Or, l’espèce du
pain a été montrée parfois seulement comme chair, comme
on le lit dans la vie du bienheureux Grégoire. Il n’y a donc
sous l’espèce du pain que la chair qui soit quelque chose du
corps du Christ, et non son sang ou sa bouche ou quelque chose d’autre
de ce genre. |
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[15181] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, sicut corpus Christi significatur in sacramento, ita continetur ibi.
Sed significatur secundum quod est; alias significatio esset falsa. Ergo est
ibi secundum quod est. Sed caro non est sine sanguine et aliis partibus
corporis. Ergo est ibi non solum caro, sed etiam aliae partes corporis. |
Cependant, [1] de même que le corps du Christ est
signifié dans le sacrement, de même y est-il contenu. Or, il est
signifié selon qu’il existe, autrement, la signification serait
fausse. Il s’y trouve donc de la manière dont il existe. Or, la
chair n’existe pas sans le sang et les autres parties du corps. Donc,
non seulement la chair s’y trouve, mais aussi les autres parties du
corps. |
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[15182]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, in specie panis significatur totum id quod est
res tantum sine sacramento, scilicet unitas corporis mystici, et similiter in
vino, ut ex dictis, 8 dist., patet. Sed sicut significatur id quod est res
tantum, ita significatur et continetur id quod est res et sacramentum. Ergo
et totus Christus, qui est res et sacramentum, continetur sub utraque specie. |
[2] Sous
l’espèce du pain, est signifié tout ce qui est la
réalité seulement sans le sacrement, à savoir,
l’unité du corps mystique. De même en est-il pour le vin,
comme cela ressort de ce qui a été dit à la d. 8. Or, de
même qu’est signifié ce qui est la réalité
seulement, de même est signifié et contenu ce que sont la
réalité et le sacrement. Le Christ, qui est la
réalité et le sacrement, est donc contenu en entier sous les
deux espèces. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le corps du Christ se trouve-t-il là selon sa quantité propre ?] |
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[15183]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non sit ibi corpus Christi secundum
propriam qualitatem. Nihil enim quod manet convertitur in alterum. Sed
quantitas panis manet. Ergo non convertitur in quantitatem corporis Christi.
Sed corpus Christi non est in altari, ut dictum est, nisi ut est terminus
conversionis. Ergo non est ibi secundum propriam quantitatem. |
1. Il semble que le
corps du Christ ne se trouve pas là selon sa quantité [corr.]
propre. En effet, rien qui demeure n’est converti en quelque chose
d’autre. Or, la quantité du pain demeure ; elle n’est
donc pas convertie dans la quantité du corps du Christ. Or, le corps
du Christ ne se trouve sur l’autel, comme on l’a dit, que pour
autant qu’il est le terme de la conversion. Il ne s’y trouve donc
pas selon sa quantité propre. |
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[15184] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
secundum philosophum in 3 Phys., corpus naturale non potest esse simul cum
dimensionibus separatis: quia tunc duae dimensiones essent simul. Sed
dimensiones panis manent. Ergo sub eisdem dimensionibus non potest esse
corpus Christi cum dimensionibus propriae quantitatis. |
2. Selon le Philosophe, dans Physique, III, un
corps naturel ne peut exister avec des dimensions séparées, car
alors, deux dimensions existeraient en même temps. Or, les dimensions
du pain demeurent. Le corps du Christ ne peut donc exister sous les
mêmes dimensions, avec les dimensions de sa quantité propre. |
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[15185] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
accidens plus dependet a substantia quam substantia ab accidente. Sed ex
parte ejus quod est sacramentum tantum, invenitur accidens sine substantia.
Ergo multo magis potest poni ex parte ejus quod est res et sacramentum, quod
sit substantia sine accidente; et ita corpus Christi sine quantitate. |
3. L’accident dépend davantage de la
substance que la substance de l’accident. Or, du côté de
ce qui est sacrement seulement, on trouve l’accident sans substance.
À bien plus forte raison, donc, peut-on affirmer, du côté
de ce qui est la réalité et le sacrement, que la substance
existe sans accident. Et ainsi, le corps du Christ existe-t-il sans
quantité. |
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[15186] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 4 Praeterea,
sicut dictum est supra, ubicumque est corpus aliquod secundum proprias
dimensiones, est ibi ut in loco. Sed corpus Christi non est sub sacramento ut
in loco, quia jam esset extra terminos loci proprii. Ergo impossibile est
quod sit ibi secundum dimensiones proprias. |
4. Comme on l’a dit plus haut, partout où se
trouve un corps selon ses propres dimensions, il s’y trouve comme dans
un lieu. Or, le corps du Christ ne se trouve pas dans le sacrement comme dans
un lieu, car il se trouverait alors en dehors des limites de son lieu propre.
Il est donc impossible qu’il s’y trouve selon ses dimensions
propres. |
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[15187]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, subjectum nunquam separatur a propria
passione. Sed substantiae corporalis propria passio est quantitas dimensiva.
Ergo cum substantia corporis Christi sit sub sacramento, etiam quantitas ejus
dimensiva erit. |
Cependant, [1] un sujet n’est jamais séparé de
ce qu’il supporte. Or, la substance corporelle supporte en propre la
quantité dimensionnelle. Puisque la substance du corps du Christ se
trouve dans le sacrement, sa quantité dimensionnelle [s’y
trouve] donc aussi. |
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[15188] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
de ratione corporis vivi est organizatio, ut patet in 2 de anima. Sed organizatio
requirit diversum situm partium; situs autem praesupponit quantitatem. Ergo oportet, cum corpus Christi sit vivum sub sacramento,
quod sit ibi sub propria quantitate. |
2. L’organisation fait partie du corps vivant,
comme cela ressort de Sur l’âme, II. Or,
l’organisation exige que les parties aient une position
différente, et la position présuppose la quantité.
Puisque le corps du Christ est vivant dans le sacrement, il faut donc
qu’il s’y trouve sous sa quantité propre. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Le corps du Christ se trouve-t-il dans le sacrement selon toute sa quantité ?] |
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[15189]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non sit ibi secundum totam
quantitatem suam. Constat enim quod quantitas corporis Christi non invenitur
extra corpus Christi, ut corpus Christi sit sine propria quantitate. Sed
constat quod corpus Christi non est ultra dimensiones panis, neque aliqua
pars dimensionis est in qua non sit corpus Christi. Ergo si est ibi quantitas
tota corporis Christi, neque excedit dimensiones panis, neque exceditur. Sed
communis animi conceptio est quod duae quantitates, quarum una alteri
superposita neque excedit neque exceditur, sunt aequales, ut patet in
principio Euclidis. Ergo quantitas corporis Christi tota aequatur quantitati
panis: quod est falsum; quia contingit esse majorem et minorem. |
1. Il semble que [le corps du Christ] ne se trouve pas
[dans le sacrement] selon toute sa quantité. En effet, il est clair
que la quantité du corps du Christ ne se trouve pas en dehors du corps
du Christ, de sorte que le corps du Christ existe sans sa quantité
propre. Or, il est certain que le corps du Christ ne dépasse pas les
dimensions du pain, et qu’il n’existe pas de partie de la
dimension dans laquelle le corps du Christ n’existe pas. Si donc la
quantité totale du corps du Christ s’y trouve, elle ne
dépasse donc pas les dimensions du pain et elle n’est pas
dépassée [par elles]. Or, la conception commune de
l’esprit veut que soient égales deux quantités, dont
l’une, superposée sur l’autre, ne dépasse pas ni
n’est dépassée, comme cela ressort clairement du principe
d’Euclide. La quantité totale du corps du Christ est donc
égale à la quantité du pain, ce qui est faux, car il se
fait qu’elle est plus grande et plus petite. |
|
[15190] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
nullum corpus secundum totam suam quantitatem potest contineri indifferenter
magna et parva quantitate extrinseca. Sed corpus Christi continetur
indifferenter sub parva parte vel magna panis consecrati. Ergo non est ibi
secundum totam suam quantitatem. |
2. Aucun corps, selon sa quantité totale, ne peut
être contenu indifféremment d’une quantité
extérieure, petite ou grande. Or, le corps du Christ est contenu
indifféremment sous une quantité petite ou grande du pain
consacré. [Le corps du Christ] ne s’y trouve donc pas selon sa
quantité totale. |
|
[15191] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 3 Praeterea,
quandocumque sub aliqua quantitate extrinseca continetur corpus aliquod
habens partes distinctas secundum suam intrinsecam quantitatem totam;
contingit assignare sub qua parte illius quantitatis singulae partes
contineantur. Sed corpus Christi, cum sit organicum, habet partes distinctas.
Si ergo secundum totam suam quantitatem continetur sub dimensionibus, erit
assignare ubi sit caput ejus et manus et pes; quod est impossibile: quia
parvitas quantitatis non sufficit ad talem distantiam; et praecipue cum
partes habeant distantias determinatas. |
3. Parfois, un corps, comportant des parties distinctes
selon une certaine quantité totale extrinsèque, est contenu
sous une certaine quantité totale extrinsèque ; il faut
déterminer sous quelle partie de cette quantité chacune des
parties est contenue. Or, le corps du Christ, puisqu’il est organique,
comporte des parties distinctes. Si donc, selon sa quantité totale, il
est contenu sous des dimensions, il faudra déterminer où se
trouvent sa tête, ses mains et ses pieds, ce qui est impossible, car
une petite quantité ne suffit pas pour une telle distance, surtout
lorsque les parties ont des distances déterminées. |
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[15192]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 4 s. c. 1 Sed contra, formalitas corporis attenditur secundum
totalitatem quantitatis ejus; quia secundum quantitatem dividitur et partes
habet. Sed
secundum Augustinum, Christus totus manducatur in sacramento. Ergo est ibi
secundum totam suam quantitatem. |
Cependant, [1] la disposition formelle du corps est considérée
selon la totalité de sa quantité, car il se divise et
possède des parties selon la quantité. Or, selon Augustin, le
Christ entier est mangé dans le sacrement. Il s’y trouve donc
selon toute sa quantité. |
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[15193] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 4 s. c. 2 Praeterea,
impossibile est aliquid esse alicubi secundum partem quantitatis et non
secundum totam, nisi divisa quantitate ipsius. Sed quantitas corporis Christi
non dividitur actu, quia corpus illud dividi est impossibile. Ergo cum in
sacramento contineatur aliquid quantitatis corporis ejus, impossibile est
dicere quod non contineatur in toto. |
2. Il est impossible que quelque chose soit quelque part
selon une partie de sa quantité et non selon [sa quantité]
totale, à moins que sa quantité ne soit divise. Or, la
quantité du corps du Christ n’est pas divisée en acte,
car il est impossible que ce corps soit divisé. Puisque quelque chose
de la quantité de son corps est contenu dans le sacrement, il est donc
impossible de dire qu’il n’est pas contenu tout entier. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15194] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod in
sacramento altaris continetur aliquid dupliciter: uno modo ex vi sacramenti,
alio modo ex naturali concomitantia. Ex vi quidem sacramenti continetur ibi
illud ad quod conversio terminatur. Ad quid autem terminatur conversio, sciri
potest ex tribus. Primo ex eo quod convertebatur: non enim convertitur
materia sacramenti nisi in id ad quod habet similitudinem secundum proprietatem
naturae suae, sicut vinum in sanguinem. Secundo ex significatione formae,
cujus virtute fit conversio; unde in illud conversio terminatur quod est
significatum per formam. Tertio ex usu sacramenti: quia quod pertinet ad
cibum, continetur sub specie panis ex vi sacramenti; quod pertinet ad potum,
sub specie vini. Ex naturali autem
concomitantia, et quasi per accidens, continetur sub sacramento illud quod
per se non est terminus conversionis, sed sine quo terminus conversionis esse
non potest. Secundum hoc ergo patet quod cum anima Christi non habeat
similitudinem cum substantia panis, nec in forma sacramenti de anima fiat
mentio, nec anima conveniat ad usum sacramenti, qui est manducare et bibere;
ad animam non terminatur conversio panis nec vini, sed ad corpus et sanguinem
Christi, quae ab anima separata non sunt; et ideo anima non continetur ibi ex
vi sacramenti, sed tamen continetur ibi ex naturali concomitantia ad corpus
quod vivificat. Unde si fuisset facta conversio panis in corpus Christi
quando erat mortuum, anima non fuisset sub sacramento. Et quod dictum est de
anima, debet intelligi de divinitate; nisi quod divinitas ejus, etiam praeter
sacramentum, est ubique. |
Dans le sacrement de
l’autel, quelque chose est contenu de deux manières :
d’une manière, en vertu du sacrement ; d’une autre
manière, en vertu d’une concomitance naturelle. En vertu du
sacrement, y est contenu ce à quoi se termine la conversion. À
quoi se termine la conversion, on peut le savoir à partir de trois
choses. Premièrement, à partir de ce qui était
converti : en effet, la matière du sacrement n’est
convertie qu’en ce avec quoi elle a une ressemblance selon sa nature
propre, comme le vin en sang. Deuxièmement, à partir de la
signification de la forme, en vertu de laquelle la conversion est
réalisée. Aussi la conversion a-t-elle comme terme ce qui est
signifié par la forme. Troisièmement, à partir de
l’usage du sacrement, car ce qui se rapporte à la nourriture est
contenu sous l’espèce du pain en vertu du sacrement, et ce qui
se rapporte à la boisson, sous l’espèce du vin. Mais est
contenu dans le sacrement en vertu d’une concomitance naturelle et pour
ainsi dire par accident ce qui n’est pas par soi le terme de la convnersion,
mais sans quoi le terme de la conversion ne peut exister. Conformément
à cela, il est clair que, puisque l’âme du Christ
n’a pas de ressemblance avec la substance du pain, qu’il
n’est pas fait mention de l’âme dans la forme du sacrement
et que l’âme n’a rien en commun avec l’usage du
sacrement, qui consiste à manger et à boire, la conversion du
pain et du vin n’a pas comme terme l’âme, mais le corps et
le sang du Christ, qui ne sont pas séparés de
l’âme. C’est pourquoi l’âme n’y est pas
contenue en vertu du sacrement ; elle y est cependant contenue en vertu
de la concomitance naturelle avec le corps qu’elle vivifie. De sorte
que si la conversion du pain au corps du Christ avait été
réalisée alors qu’il était mort, l’âme
n’aurait pas été contenue dans le sacrement. Et ce qui a
été dit de l’âme doit s’entendre de la
divinité, sauf que sa divinité, même en dehors du
sacrement, se trouve partout. |
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[15195] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 1 ad arg. Et per hoc patet
responsio ad objecta. |
La réponse aux
objections est ainsi claire. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15196] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod duplex est usus sacramenti; scilicet manducare et
bibere. Manducare autem est usus cibi sicci; sed bibere est usus cibi humidi,
qui potus dicitur; et ideo sub specie panis, qui ad usum manducationis
ordinatur, continetur ex vi sacramenti non solum caro Christi, sed os, et
omnes hujusmodi partes; non autem sanguis, quia continetur ex vi sacramenti
sub specie vini, qui ad usum potus ordinatur; quamvis ex naturali
concomitantia et sanguis sit sub specie panis, et caro sub specie vini. |
Il
y a un double usage du sacrement : manger et boire. Manger est
l’usage d’une nourriture sèche, mais boire est
l’usage d’une nourriture humide, qu’on appelle boisson.
Ainsi, sous l’espèce du pain, qui est ordonné à
l’usage de la manducation, sont contenus en vertu du sacrement, non
seulement la chair du Christ, mais sa bouche et toutes les parties de ce
genre, mais non son sang, parce que, en vertu du sacrement, il est contenu
sous l’espèce du vin, qui est ordonné à
l’usage d’une boisson, bien qu’en vertu d’une
concomitance naturelle, le sang se trouve aussi sous l’espèce du
pain, et la chair, sous l’espèce du vin. |
|
[15197] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod ponitur ibi pars pro toto, scilicet caro pro toto
corpore: et hanc partem specialiter posuit, ut per similitudinem
manducationis corporalis, cui praecipue caro apta est, manuduceret ad
sacramentalem, quamvis etiam ossa et aliae hujusmodi partes manducationi
aliquo modo competant, cum secundum Avicennam quaedam animalia ipsis
nutriantur. |
1. La partie est mise là pour le tout, à
savoir, la chair pour tout le corps. Et [le Seigneur] a mis là cette partie
d’une manière particulière afin que, par la ressemblance
avec la manducation corporelle de laquelle se rapproche surtout la chair, il
conduise à la [manducation] sacramentelle, bien que les os et les
autres parties de ce genre se rapportent aussi d’une certaine
manière à la manducation, puisque, selon Avicenne, certains
animaux s’en nourrissent. |
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[15198]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod illud quod jam est, non fit eo
modo quo est, sed alio modo potest fieri; quia quod est potentia, fit actu;
et ideo sanguis Christi, qui est sub sacramento hostia consecrata non ex vi
sacramenti, fit ibi per consecrationem vini ex vi sacramenti existens; sicut
etiam quod est in uno loco per accidens, fit ibi per se quandoque. |
2. Ce qui existe
déjà ne devient pas de la manière dont cela existe, mais
cela peut devenir d’une autre manière, car ce qui est en
puissance devient en acte. Ainsi, le sang du Christ, qui se trouve dans le
sacrement l’hostie consacrée, mais non en vertu du sacrement, y
apparaît par la consécration du vin, en tant qu’elle
existe en vertu du sacrement. Comme aussi ce qui est dans un lieu par
accident y apparaît parfois par soi. |
|
[15199] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod visus corporalis, ut dicetur, non potest videre corpus
Christi secundum quod est sub sacramento. Quid autem illud sit quod quandoque
in hoc sacramento in specie carnis aut sanguinis apparet, infra dicetur, art.
4, quaestiunc. 2. |
3. La vision
corporelle, comme on le dira, ne peut voir le corps du Christ selon
qu’il se trouve dans le sacrement. Mais ce qui apparaît parfois
dans ce sacrement sous l’espèce de la chair et du sang, on le
dira plus loin, a. 4, qa 2. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15200] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod substantia
panis, quae convertitur in corpus Christi, non habet aliquam proportionem
similitudinis ad quantitatem vel alia accidentia Christi, sed tantummodo ad
substantiam ejus corporis: et ideo, cum nihil convertatur in corpus Christi
de pane nisi substantia panis, quia accidentia manent, constat quod conversio
illa terminatur directe ad substantiam, non autem ad accidentia, quia
accidentia panis remanent; et ideo quantitas et alia accidentia propria corporis
non sunt ibi ex vi sacramenti; sunt tamen ibi secundum rei veritatem ex
naturali concomitantia accidentis ad subjectum, ut de anima dictum est. |
La substance du pain,
qui est convertie en corps du Christ, n’est pas proportionnellement
semblable à la quantité ou aux autres accidents du Christ, mais
seulement à la substance de son corps. C’est pourquoi, comme
rien du pain n’est converti au corps du Christ que la substance du
pain, puisque les accidents demeurent, il est clair que cette conversion a
comme terme direct la substance, et non les accidents, puisque les accidents
du pain demeurent. Ainsi, la quantité et les autres accidents propres
du corps ne s’y trouvent pas en vertu du sacrement ; ils s’y
trouvent cependant en réalité en vertu de la concomitance
naturelle de l’accident avec le sujet, comme on l’a dit à
propos de l’âme. |
|
[15201] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod ratio illa probat quod non sit ibi ex vi
sacramenti; et hoc concedo. |
1. Cet argument prouve qu’il ne s’y trouve
pas en vertu du sacrement, et je concède cela. |
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[15202] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quia dimensiones corporis Christi non sunt ibi ex vi
sacramenti, sed solum ex eo quod concomitantur inseparabiliter substantiam,
constat quod contrario ordine sunt ibi dimensiones propriae corporis Christi,
et dimensiones locati corporis in loco. Corporis enim locati substantia non
habet ordinem ad locum nisi mediantibus dimensionibus; et ideo, quia
dimensiones corporis locati non possunt esse simul cum aliis dimensionibus,
sequitur ex consequenti quod substantia corporis locati non possit esse simul
cum aliis dimensionibus, neque separatis, neque in alio corpore existentibus.
Sed hic e contrario substantia corporis Christi per se immediate ordinatur ad
hoc quod sit sub sacramento; et dimensiones ejus propriae ex consequenti et
per accidens. Substantia autem ex hoc quod est substantia non prohibetur esse
simul cum dimensionibus quibuscumque, sive conjunctis sibi, sive separatis,
aut existentibus in alio subjecto; sicut substantia Angeli potest esse simul
ubi est aliud corpus; et ideo etiam corpus Christi sub propria quantitate
potest esse sub dimensionibus panis. |
2. Parce que les dimensions du corps du Christ ne
s’y trouvent pas en vertu du sacrement, mais seulement du fait
qu’ils sont inséparablement concomitants à la substance,
il est clair que, selon un ordre contraire, s’y trouvent les dimensions
propres du corps du Christ et les dimensions du corps situé dans un
lieu. En effet, la substance du corps localisé n’a de rapport au
lieu que par l’intermédiaire des dimensions. C’est
pourquoi, puisque les dimensions d’un corps localisé ne peuvent
exister simultanément avec d’autres dimensions, il en
découle comme conséquence que la substance du corps
localisé ne peut exister en même temps que d’autres
dimensions, ni séparées, ni se trouvant dans un autre corps.
Mais ici, en sens contraire, la substance du corps du Christ est ordonnée
par soi immédiatement à ce qu’il existe dans le
sacrement, et ses dimensions propres, par mode de conséquence et par
accident. Or, la substance, du fait qu’elle est substance, n’est
pas empêchée d’exister simultanément sous
n’importe quelles dimensions, qu’elles lui sont unies ou en
soient séparées, ou qu’elles existent dans un autre
sujet. Ainsi, la substance d’un ange peut exister en même temps
que là où se trouve un autre corps. C’est pourquoi le
corps du Christ peut exister aussi sous sa propre quantité sous les
dimensions du pain. |
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[15203] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod non potest fieri sine mutatione panis, quod ejus
accidentia sine substantia remaneant: et similiter non posset fieri quod
substantia corporis Christi esset sine accidentibus sine sua mutatione.
Posset autem Deus hoc facere ut sine accidentibus propriis esset, ad minus
aliquibus, absque transubstantiatione intrinseca; et quia non est
inconveniens panem mutari, esset autem inconveniens Christum mutari; ideo non
est simile quod inducit ratio. |
3. Il ne peut se produire que, sans changement du pain,
ses accidents demeurent sans la substance ; de même, il ne peut se
produire que la substance du corps du Christ existe sans [ses] accidents sans
qu’elle soit changée. Mais Dieu pourrait faire qu’il
existe sans ses accidents propres, du moins, sans certains, sans
transsubstantiation intrinsèque. Et parce qu’il n’est pas
inconvenant que le pain soit changé, mais qu’il serait
inconvenant que le Christ soit changé, ce que l’argument conclut
n’est pas la même chose. |
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[15204] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quamvis corpus Christi cum quantitate propria sit sub
sacramento, non est tamen ibi mediante sua quantitate; et ideo non est ibi ut
in loco. |
4. Bien que le corps du Christ existe avec sa
quantité propre dans le sacrement, il n’y est cependant pas par
l’intermédiaire de sa quantité. Il n’y est donc pas
comme dans un lieu. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15205] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam
quaestionem dicendum, quod qua ratione ponitur ibi pars quantitatis, eadem
ratione ibi poni debet etiam tota quantitas: quia sicut corpus Christi non
separatur a propria quantitate, ita una pars quantitatis non separatur ab
alia: utrumque enim sine mutatione intrinseca corporis Christi non posset
evenire. |
La raison pour
laquelle est mise là une partie de la quantité est la
même pour laquelle on doit y mettre toute la quantité, car, de
même que le corps du Christ n’est pas séparé de sa
propre quantité, de même une partie de la quantité
n’est-elle pas séparée d’une autre. En effet, les
deux choses ne pourraient survenir sans une mutation intrinsèque du
corps du Christ. |
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[15206]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in superpositione directe
quantitas applicatur quantitati. Et quia quantitas Christi non directe
applicatur quantitati panis, quia non mediante ipsa corpus Christi sub
dimensione panis est; ideo non est ibi aliqua superpositio quantitatis ad
quantitatem, nec aliqua commensuratio quantitatum; et ideo non sequitur quod
sint aequales. |
1. Dans une superposition, la quantité est
appliquée directement sur une quantité. Et parce que la
quantité du Christ n’est pas appliquée directement
à la quantité du pain, puisque ce n’est pas par son
intermédiaire que le corps du Christ existe sous la dimension du pain,
il n’y a pas là superposition d’une quantité
à une quantité, ni ajustement des quantités. C’est
pourquoi il n’en découle pas qu’elles sont égales. |
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[15207] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut illa quae non habent quantitatem, possunt esse
indifferenter sub parva et magna quantitate, sicut patet de anima, quae est indifferenter
in magno et parvo corpore; ita illud quod non ratione suae quantitatis
continetur sub aliqua quantitate, potest esse indifferenter in magna et parva
quantitate: et sic est in proposito. |
2. De même que ce qui n’a pas de
quantité peut exister indifféremment sous une petite ou une
grande quantité, comme cela ressort clairement pour l’âme,
qui se trouve indifféremment dans un corps grand ou petit, de
même ce qui est contenu sous une quantité, mais non en raison de
sa quantité, peut exister indifféremment dans une grande ou une
petite quantité. Il en est ainsi dans le cas présent. |
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[15208] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod situs, sicut objectio tangit, quantitatem
praesupponit; et quia quantitas Christi nullam similitudinem habet ad
dimensiones panis, ideo etiam nec situs partium corporis Christi; et ideo
quamvis corpus Christi, prout est sub sacramento, habeat partes distinctas,
et situatas situ naturali, non est tamen assignare in partibus dimensionum
panis, ubi singulae partes corporis Christi jaceant. Nec tamen sequitur quod
dicamus corpus Christi confusum, quia ordinem habent partes in se; sed
secundum ordinem illum non comparantur ad dimensiones exteriores. |
3. Le site, comme l’objection l’aborde,
présuppose la quantité. Et parce que la quantité du
Christ n’a aucune ressemblance avec les dimensions du pain, il
n’y a donc pas de site pour les parties du corps du Christ. C’est
pourquoi, bien que le corps du Christ, en tant qu’il existe dans le
sacrement, ait des parties distinctes et situées dans leur site
naturel, on ne peut cependant indiquer dans les parties des dimensions du
pain où chaque partie du corps du Christ se trouve. Il n’en
découle cependant pas que nous disions que le corps du Christ est
mélangé, car les parties ont en soi un ordre ; mais, elles
ne se comparent pas aux dimensions extérieures selon cet ordre. |
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Articulus
3 [15209] Super
Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 tit. Utrum
corpus Christi contineatur sub sacramento circumscriptive |
Article
3 – Le corps du Christ est –il contenu de manière
circonscrite dans le sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le
corps du Christ est-il contenu de manière circonscrite dans le
sacrement ?]
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[15210] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod corpus
Christi contineatur sub sacramento circumscriptive. Omne enim corpus quod est
in loco, circumscribitur. Sed corpus Christi est sub sacramento sicut in
loco: quod patet, quia non est alium modum assignare de modis essendi in quos
assignat philosophus in 4 Phys. Ergo corpus Christi est in loco circumscriptive. |
1. Il semble que le
corps du Christ soit contenu de manière circonscrite dans le
sacrement. En effet, tout corps qui est dans un lieu est circonscrit. Or, le
corps du Christ existe dans le sacrement comme dans un lieu, ce qui ressort
clairement du fait qu’on ne peut lui assigner aucun autre des modes
d’être qu’indique le Philosophe, dans Physique, IV. Le
corps du Christ se trouve donc dans un lieu de manière circonscrite.
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[15211] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in sex
principiis dicitur, quod proprium est positionis primo loco substantiae
inhaerere. Sed corporis Christi substantia
non denudatur aliis proprietatibus, prout est sub sacramento. Ergo neque positione: ergo
secundum quod est sub sacramento, est in loco: quia positio ordinem partium
in loco dicit. |
2. Dans Les six principes,
il est dit que c’est le propre de la position d’adhérer en
premier lieu à la substance. Or, la substance du corps du Christ
n’est pas dépourvue des autres propriétés du fait
qu’elle existe dans le sacrement. Elle ne l’est donc pas non plus
de la position. Selon qu’elle existe dans le sacrement, elle est donc
dans un lieu, car la position exprime l’ordre des parties dans un lieu. |
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[15212] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, omne corpus quod
continetur superficie alterius corporis, ita quod non excedit neque
exceditur, circumscribitur illa superficie sicut loco. Sed corpus Christi totum, ut dictum est, continetur sub
ultima superficie dimensionum panis quae manent, et nec excedit nec
exceditur. Ergo est sicut in loco circumscriptive. |
3. Tout corps qui est entouré par la surface
d’un autre corps, de telle sorte qu’il n’en dépasse
pas et n’est pas dépassé [par lui], est circonscrit par
cette surface comme par un lieu. Or, le corps entier du Christ, comme on
l’a dit, est contenu dans l’ultime surface des dimensions du pain
qui demeurent, et il n’en dépasse pas et n’est pas
dépassé [par elle]. Il se trouve donc dans un lieu de
manière circonscrite. |
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[15213] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 4 Praeterea,
omne quod replet locum, circumscribitur loco. Sed corpus Christi replet locum
dimensivum, alias esset vacuum. Ergo corpus Christi circumscribitur speciebus
illis. |
4. Tout ce qui remplit un lieu est circonscrit par ce
lieu. Or, le corps du Christ remplit un lieu dimensionnel, autrement ce
serait le vide. Le corps du Christ est donc circonscrit par ces
espèces. |
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[15214]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, omne corpus quod circumscribitur loco,
commensuratur loco circumscribenti: quia locus et locatum sunt aequalia, ut
dicitur in 4 Phys. Sed corpus Christi non commensuratur quantitati
dimensionum, ut dictum est, art. praec. Ergo non est ibi sicut in loco
circumscriptive. |
Cependant, [1] tout corps qui est
circonscrit par un lieu a la même mesure que le lieu qui le
circonscrit, car le lieu et ce qui est localisé sont égaux,
comme il est dit dans Physique, IV. Or, le corps du Christ n’a pas la
même mesure par la quantité des dimensions, comme on l’a
dit à l’article précédent. Il ne se trouve donc
pas dans un lieu de manière circonscrite. |
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[15215]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, omne corpus quod circumscribitur loco aliquo,
partes ejus habent situm determinatum in loco illo. Sed hoc, ut dictum est,
non convenit corpori Christi ratione dimensionum illarum. Ergo non continetur
eis circumscriptive. |
[2] Les parties de tout corps qui est circonscrit par un lieu ont un site déterminé par ce lieu. Or, comme on l’a dit, cela ne convient pas au corps du Christ en raison de ces dimensions. Il n’est donc pas contenu par elles de manière circonscrite. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Est-il contenu en elles au moins de manière définie ?] |
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[15216]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod contineatur sub eis saltem
definitive. Quia plus distat a natura loci Angelus quam corpus Christi. Sed
Angelus non potest esse in loco quin loco definiatur, ut communiter dicitur.
Ergo multo fortius corpus Christi est definitive sub speciebus illis. |
1.
Il semble qu’il est contenu en elles au moins de manière
définie, car l’ange est plus éloigné de la nature
du lieu que le corps du Christ. Or, l’ange ne peut se trouver dans un
lieu sans que le lieu soit défini, comme on dit communément.
À bien plus forte raison, le corps du Christ est-il donc dans ces
espèces de manière définie. |
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[15217] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, omne
corporale individuum est determinatum ad hic et nunc. Sed corpus Christi est
hujusmodi. Ergo
determinatur ad hic et nunc. Ergo est definitive sub speciebus. |
2. Tout individu corporel est déterminé
à un lieu et à moment donnés. Or, le corps du Christ est
de ce genre. Il est donc déterminé à un lieu et à
un moment donnés. Il existe donc de manière définie sous
les espèces. |
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[15218] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
omne finitum existens alicubi, definitive est ibi. Sed corpus Christi est
hujusmodi. Ergo et cetera. |
3. Tout être fini qui existe en un endroit
s’y trouve de manière définie. Or, le corps du Christ est
de ce genre. Donc, etc. |
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[15219] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, omne quod est definitive alicubi, ita est ibi quod non alibi. Sed
corpus Christi non ita est sub speciebus quod non alibi. Ergo non est
definitive sub eis. |
Cependant, [1] tout
ce qui se trouve en un endroit de manière définie s’y
trouve de telle sorte qu’il ne soit pas ailleurs. Or, le corps du
Christ n’existe pas sous les espèces de telle sorte qu’il
ne soit pas ailleurs. Il n’existe pas sous elles de manière
définie. |
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[15220] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea,
omne quod potest sine sui mutatione alibi esse quam hic, non est hic
definitive: propter hoc enim ponimus Angelos moveri, quia loco definiuntur.
Sed corpus Christi potest alibi esse quam sub speciebus illis sine omni
mutatione vel sua vel specierum; puta, si alibi corpus Christi consecratur.
Ergo non erat hic definitive. |
[2] Tout ce qui peut être ailleurs qu’ici
sans changer ne se trouve pas ici de manière définie : en
effet, nous affirmons que les anges se meuvent parce qu’ils sont
définis par un lieu. Or, le corps du Christ peut être ailleurs
que sous ces espèces sans aucun changement de lui-même ou des
espèces, par exemple, si le corps du Christ est consacré
ailleurs. Il ne s’y trouvait donc pas de manière définie. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le corps du Christ peut-il se trouver en entier dans n’importe partie des espèces ?] |
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[15221]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod corpus Christi non possit esse
totum sub qualibet parte specierum. Dimensiones enim panis remanentes possunt
in infinitum dividi. Si ergo in qualibet parte dimensionum illarum esset
corpus Christi totum, esset infinities sub eisdem dimensionibus; quod est
impossibile. |
1.
Il semble que le corps du Christ ne puisse se trouver en entier dans
n’importe quelle partie des espèces. En effet, les dimensions du
pain qui demeurent peuvent être divisées à
l’infini. Si donc le corps du Christ se trouvait dans n’importe
quelle partie de ces dimensions, il se trouverait à l’infini
sous ces mêmes dimensions, ce qui est impossible. |
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[15222] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
quaecumque uni et eidem sunt simul, sibi invicem sunt simul. Sed si in
qualibet parte dimensionum est totum corpus Christi, ubicumque est pars
corporis Christi, esset totum corpus Christi. Ergo ubi esset una pars, esset
alia. Sed hoc repugnat distinctioni partium, quae requiritur in corpore
organico. Ergo non est possibile quod totum corpus Christi sub qualibet parte
specierum sit. |
2. Toutes les choses qui existent simultanément
par rapport à une seule et même chose existent
simultanément les unes par rapport aux autres. Or, si le corps entier
du Christ se trouve dans n’importe quelle partie des dimensions,
partout où se trouve une partie du corps du Christ, le corps entier du
Christ se trouverait. Or, cela s’oppose à la distinction entre
les parties, qui est nécessaire à un corps organique. Il
n’est donc pas possible que le corps entier du Christ se trouve dans
n’importe quelle partie des espèces. |
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[15223]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, Augustinus dicit, quod proprium est spiritus
quod possit simul in diversis partibus totus esse. Sed corpus Christi non
ponitur neque per unionem neque per gloriam extra limites corporis, ut possit
percipere proprietatem spiritus. Ergo corpus Christi non est totum in
qualibet parte specierum. |
3. Augustin dit que c’est le propre de
l’esprit de pouvoir se trouver en même temps en entier dans
diverses parties. Or, le corps du Christ n’est placé ni par
l’union ni par la gloire hors des limites du corps, de sorte
qu’il puisse recevoir ce qui est propre à l’esprit. Le
corps du Christ ne se trouve donc pas en entier dans n’importe quelle
partie des espèces. |
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[15224] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra est quod Hilarius dicit de Cons., dist. 2, cap. ubi: ubi pars est
corporis, et totum; et loquitur de corpore domini in sacramento. Sed in
qualibet parte dimensionum est aliqua pars corporis domini. Ergo in qualibet
parte dimensionum est totum. |
Cependant, [1]
Hilaire dit, dans Sur la
conécration, d. 2, chap. «Ubi» : «Là
où se trouve une partie du corps, là il se trouve en
totalité», en parlant du corps du Seigneur dans le sacrement.
Or, il y a une partie du corps du Seigneur dans n’importe quelle partie
des dimensions. Il se trouve donc en entier dans n’importe quelle
partie des dimensions. |
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[15225] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
panis consecratus est quoddam totum homogeneum, idest unius rationis in toto
et in partibus. Sed sub toto est totum corpus. Ergo sub qualibet parte
corporis est totum. |
[2] Le pain consacré est un tout homogène,
à savoir qu’il a une seule raison dans son tout et dans ses
parties. Or, tout le corps du Christ se trouve dans le tout. Il se trouve
donc en entier dans n’importe quelle partie du corps. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Le corps du Christ est-il mû lorsque l’hostie est mue ?] |
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[15226] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod corpus Christi movetur ad
motum hostiae. Omne enim quod desinit esse
ubi prius erat, et incipit esse ubi prius non erat, movetur vel per se vel
per accidens. Sed corpus Christi translata hostia desinit esse ubi prius
erat, scilicet in altari; et incipit esse ubi prius non erat, scilicet in
pixide, vel in ore. Ergo corpus Christi movetur ad motum hostiae, vel per se vel per
accidens. |
1. Il semble que le
corps du Christ est mû lorsque l’hostie est mue. En effet, tout
ce qui cesse d’être où il était d’abord et
commence à être là où il n’était pas
est mû par soi ou par accident. Or, le corps du Christ, lorsque
l’hostie est déplacée, cesse d’être où
il était, à savoir, sur l’autel, et il commence à
être où il n’était pas auparavant, à savoir,
dans la custode ou dans la bouche. Le corps du Christ est donc mû selon
le mouvement de l’hostie, par lui-même ou par accident. |
|
[15227] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 2 Praeterea, secundum
philosophum in 2 Topicor., moventibus nobis, moventur ea quae in nobis sunt. Sed
corpus Christi vere continetur sub speciebus illis. Ergo speciebus translatis,
et ipsum transfertur. |
2. Selon le Philosophe, dans les Topiques, II,
lorsque nous nous mouvons, ce qui est en nous est mû. Or, le corps du
Christ est véritablement contenu sous ces espèces. Si les
espèces sont déplacées, il est donc lui-même
déplacé. |
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[15228] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 3 Praeterea,
anima vel Angelus magis recedit a natura loci quam corpus Christi. Sed anima vel Angelus
movetur per accidens, moto corpore unito vel assumpto. Ergo multo fortius corpus Christi. |
3. L’âme
ou l’ange sont plus éloignés de la nature du lieu que le
corps du Christ. Or, l’âme ou l’ange sont mus par accident,
lorsque le corps uni ou assumé est mû. À bien plus forte
raison donc, le corps du Christ. |
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[15229] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 4 s. c. 1 Sed contra, nullum
quietum manens in eodem loco movetur per se vel per accidens. Sed corpus Christi est hujusmodi. Ergo et cetera. |
Cependant, [1] rien
de ce qui demeure tranquille dans le même lieu n’est mû par
soi ou par accident. Or, le corps du Christ est de ce genre. Donc, etc. |
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[15230] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 3 qc. 4 s. c. 2 Praeterea, quod movetur per accidens ad motum alterius,
definitive est in illo; unde Deus non movetur ad motum alicujus, nec anima ad
motum manus. Sed corpus Christi non est
definitive sub speciebus illis. Ergo non movetur ad motum illarum. |
[2] Ce qui est
mû par accident selon le mouvement de quelque chose d’autre se
trouve en lui de manière définie ; aussi Dieu
n’est-il pas mû par le mouvement de quelqu’un
d’autre, ni l’âme par le mouvement de la main. Or, le corps
du Christ ne se trouve pas de manière définie sous ces
espèces. Il n’est donc pas mû selon leur mouvement. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15231] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod locus
dicitur circumscribere locatum ex eo quod in circuitu describit figuram
locati: quia loci proprii et locati oportet esse unam figuram; figura autem
est qualitas circa quantitatem. Et quia corpus Christi non habet ordinem ad
species sub quibus continetur mediante quantitate, sed e converso, ut dictum
est; ideo neque figura corporis Christi respondet figurae specierum, sicut
patet ad sensum. Et ideo patet quod non est sub speciebus circumscriptive, et
per consequens nec est in eis sicut in loco: quia nihil per se, proprie
loquendo, est in loco ut in loco, nisi quod loco circumscribitur. |
On dit que le lieu
circonscrit ce qui est localisé du fait qu’il décrit par
son parcours la figure de ce qui est localisé, car il est
nécessaire qu’il n’y ait qu’une seule figure du lieu
propre et de ce qui est localisé. Or, la figure est une qualité
qui tient à la quantité. Et parce que le corps du Christ
n’a pas de rapport aux espèces sous lesquelles il est contenu
par l’intermédiaire de la quantité, mais que c’est
le contraire, comme on l’a dit, la figure du corps du Christ ne
correspond pas non plus à la figure des espèces, comme cela
tombe sous le sens. Il est donc clair qu’il ne se trouve pas sous les
espèces de manière circonscrite et, par conséquent, il
ne s’y trouve pas comme dans un lieu, car, par soi et à
proprement parler, rien n’est dans un lieu en tant que tel que ce qui
est circonscrit par le lieu. |
|
[15232] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod comparatio corporis Christi ad species sub quibus
est, non est similis alicui comparationi naturali; et ideo non potest reduci,
proprie loquendo, ad aliquem modorum a philosopho assignatorum; tamen habet
aliquam similitudinem cum illo modo quo aliquid dicitur esse in loco secundum
quod esse in loco est esse in aliquo separato extra substantiam suam, quod
non est ejus causa: et secundum hoc etiam Innocentius dicit corpus Christi
esse in pluribus locis, quod continetur sub pluribus speciebus. |
1. La comparaison entre le corps du Christ et les
espèces sous lesquelles il existe ne ressemble pas à une
comparaison naturelle. Aussi, à proprement parler, ne peut-elle
être ramenée à l’un des modes indiqués par
le Philosophe. Cependant, elle a une certaine ressemblance au mode selon
lequel on dit que quelque chose se trouve dans un lieu selon
qu’être dans un lieu consiste à se trouver dans quelque
chose de séparé hors de sa substance, sans que cela en soit la
cause. De cette manière, même Innocent dit que le corps du
Christ se trouve dans plusieurs lieux, lorsqu’il est contenu sous
plusieurs espèces. |
|
[15233] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis corpus Christi non denudetur positione, neque
aliqua suarum proprietatum, ex hoc quod est sub sacramento, non tamen
sequitur quod secundum quod habet figuram et quantitatem et positionem,
comparetur ad species sacramenti; sicut homo non comparatur ad locum ex hoc
quod habet animam, vel mediante anima; quamvis hoc quod in loco est, anima
non privetur. |
2. Bien que le corps du Christ ne soit pas
dépourvu de position ni d’aucune de ses propriétés
par le fait d’être dans le sacrement, il n’en
découle cependant pas qu’il se compare aux espèces du
sacrement selon qu’il a figure, quantité et position. De
même, un homme ne se compare pas à un lieu du fait qu’il a
une âme ou par l’intermédiaire de l’âme, bien
que, du fait qu’il se trouve dans un lieu, il ne soit pas
dépourvu d’âme. |
|
[15234] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ad circumscriptionem plus exigitur, scilicet quod
locatum configuretur loco, aut e converso: et hoc non est in proposito,
ratione jam dicta. |
3. Le fait d’être circonscrit exige
davantage, à savoir que ce qui est localisé soit
configuré selon le lieu ou l’inverse. Et cela n’est pas en
cause pour la raison déjà dite. |
|
[15235] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod corpus naturale non habet quod repleat locum ex parte
materiae, neque ex parte dimensionum; unde secundum philosophum in 4 Phys.,
et in 3 Metaph., dimensiones separatae si ponantur esse (vel corpus
mathematicum, quod idem est), replent locum, et non possunt esse simul cum
alio corpore. Nec obstat quod ipse in 4 Phys., cap. 6, de vacuo videtur uti
dimensionibus separatis quasi vacuo: quia procedit ex suppositione illorum
qui ponebant dimensiones separatas existentes inter terminos corporis
continentis, esse locum. Unde sequitur quod quando illae dimensiones fuerunt
sine corpore sensibili, dicatur vacuum; sic enim vacuum ponebant. Et ideo
dicendum est in proposito, quod cum corpus Christi non comparetur ad locum
istum in quo est sub sacramento, mediantibus propriis dimensionibus, non
replet locum; neque tamen locus ille est vacuus, quia repletur dimensionibus
separatis sacramenti corporis Christi. |
4. Le corps naturel ne tient pas de sa matière ni
de ses dimensions le fait de remplir un lieu. Aussi, selon le Philosophe,
dans Physique, IV, et dans Métaphysique, III, les
dimensions séparées, si on en affirme l’existence (ou un
corps mathématique, ce qui est la même chose), remplissent-elles
le lieu et ne peuvent-elles pas exister en même temps qu’un autre
corps. À cela ne s’oppose pas que, dans Physique, VI,
à propos du vice, il semble utiliser les dimensions
séparées comme un vide, car il part de la supposition de ceux
qui affirmaient que les dimensions séparées existant à
l’intérieur des limites du corps qui contient sont le lieu. Il
en découle donc que lorsque ces dimensions existaient sans un corps
sensible, on l’appelle vide : en effet, c’est ainsi
qu’ils parlaient du vide. C’est pourquoi il faut dire ici que,
puisque le corps du Christ ne se compare pas au lieu où il existe dans
le sacrement par l’intermédiaire de ses dimensions propres, il
ne remplit pas le lieu ; cependant, ce lieu n’est pas vide, car il
est rempli par les dimensions séparées du sacrement du corps du
Christ. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15236] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod ad hoc quod
aliquid sit in loco definitive, duo requiruntur. Primum est ut competat ibi esse ei, quia quod non est in
aliquo loco, non potest loco illo definiri. Secundum est quod sit ibi sicut
in loco commensurato aliquo modo suae quantitati vel virtuti. Corpus enim
bicubitale non definitur loco unius cubiti, quamvis aliquo modo sit ibi;
neque anima est definitive in manu, quia est in aliis partibus, eo quod non
est in manu secundum totam virtutem suam. Et ideo omne quod habet quantitatem
finitam, vel virtutem, oportet quod sit definitive in loco in quo est; et
ideo Angeli definitive sunt in loco, non tamen Deus. Corpus autem Christi
quamvis secundum veritatem sit sub speciebus, non tamen competit ei ratione
sui: quia neque ratione suae quantitatis, ut dictum est, neque ratione suae
virtutis, sed ratione illius quod in ipsum conversum est ibi praeexistens,
cujus dimensiones adhuc manent, quibus ad locum illum determinabatur; et ideo
non definitur loco illo, sed simili modo potest esse alibi, ubicumque fuerint
panis dimensiones conversi in ipsum. |
Pour que quelque chose
soit dans un lieu de manière définie, deux choses sont
nécessaires. La première est qu’il lui convienne
d’y être, car ce qui ne se trouve pas dans un lieu ne peut
être défini par ce lieu. La seconde est qu’il y soit comme
dans un lieu ayant d’une certaine manière la même mesure
que sa quantié ou sa puissance. En effet, un corps de deux coudées
n’est pas défini par un lieu d’une coudée, bien
qu’il s’y trouve d’une certaine manière.
L’âme non plus n’existe pas de manière
définie dans la main, car elle se trouve dans les autres parties, car
elle ne se trouve pas dans la main selon toute sa puissance. C’est
pourquoi tout ce qui a une quantité ou une puissance finie doit
nécessairement se trouver de manière définie dans le
lieu où il se trouve. Ainsi, les anges se trouvent de manière
définie dans un lieu, mais non pas Dieu. Or, bien que le corps du
Christ existe véritablement sous les espèces, cela ne lui
convient pas par sa propre raison, car ce n’est ni en raison de sa
quantité ni en raison de sa puissance, comme on l’a dit, mais en
raison de ce qui préexistait dans cela même qui a
été converti, dont les dimensions demeurent, par lesquelles il
était déterminé par rapport à ce lieu. Ainsi, il
n’est pas défini par ce lieu, mais il peut s’y trouver de
la même manière que s’y trouvaient les dimensions du pain
converti en lui. |
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[15237] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod Angelus est in loco quo definitur, non quia
aliquid convertatur in ipsum, sed ratione suae operationis, virtutis, et
essentiae; et ideo non potest esse nisi in uno loco, quia substantia rei non
est nisi semel. |
1. L’ange se trouve dans le lieu par lequel il est
défini, non pas parce que quelque chose est converti en lui, mais en
raison de son opération, de sa puissance et de son essence.
C’est pourquoi il ne peut se trouver que dans un seul lieu parce que la
substance d’une chose n’existe qu’une seule fois. |
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[15238] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod corpus Christi, sicut et alia corpora, determinatur
ad unum locum qui competit ei ratione suae quantitatis, quia ibi est ut in
loco; sed non hoc modo sub speciebus est; et ideo ratio non sequitur. |
2. Le corps du Christ, comme les autres corps, est
déterminé à un seul lieu qui lui convient en raison de
sa quantité, car il s’y trouve comme dans un lieu. Mais il ne se
trouve pas sous les espèces de cette manière. C’est
pourquoi l’argument n’est pas valable. |
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[15239]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod finitum et infinitum sunt
passiones quantitatis, secundum philosophum in 1 Phys.; unde cum corpus
Christi non habeat ex ratione suae quantitatis quod sit ubi consecratur, sed
magis ex conversione alterius in ipsum corpus Christi; sic esse in pluribus,
et non definitive in uno, non pertinet ad ejus finitatem vel infinitatem, sed
magis ad numerum eorum quae convertuntur in ipsum. |
3. Le fini et l’infini sont des passions de la
quantité, selon le Philosophe, dans Physique, I. Aussi, puisque le corps du Christ ne tient pas de la
raison de sa quantité d’exister là où il est
consacré, mais plutôt de la conversion d’autre chose au
corps même du Christ, exister en plusieurs [lieux], et non pas dans un
seul de manière définie, ne relève pas de sa finitude ou
de son infinitude, mais plutôt du nombre de choses qui sont converties
en lui. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15240] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod circa hoc est
duplex opinio: quidam enim dicunt, quod hostia remanente integra, Christus
totus est sub tota hostia, non tamen sub qualibet hostiae parte; sed hostia
divisa, Christus totus remanet sub qualibet parte. Et ponunt exemplum de speculo; quia Augustinus dicit, quod
sicut fracto speculo multiplicantur species vel imagines; sic post fractionem
quot sunt partes, toties est ibi Christus: constat autem quod ante fractionem
speculi non erat ibi nisi una imago. Istud autem non potest stare; quia
hostia integra manente, aliquo modo est corpus Christi sub partibus hostiae.
Si ergo non sit ibi secundum totum, erit secundum partem: sed omne quod est
totum in toto, et pars ejus in parte, est ibi situaliter; et ita corpus
Christi esset situaliter sub sacramento, et circumscriptive; quod est
impossibile. Exemplum autem non est conveniens: quia imago speculi non est
ibi ut forma absolute quiescens in subjecto, sed aggeneratur ex reverberatione;
et ideo quamdiu est una superficies speculi, fit una reverberatio, et per
consequens una imago resultat; fracto autem speculo sunt multae superficies,
et per consequens multae reflexiones, et imagines multae resultantes. Si
autem esset forma absolute quiescens in subjecto; aut esset consequens
quantitatem, sicut albedo quae fundatur in superficie; aut praecedens
quantitatem, sicut forma substantialis. Si primo modo, de necessitate esset
tota in toto et pars in parte ante fractionem speculi et post; si autem esset
praecedens quantitatem, esset ante et post, et tota in toto, et tota in
partibus, sicut tota forma substantialis ligni est in qualibet parte ejus,
quia totalitas formae substantialis non recipit quantitatis totalitatem,
sicut est de totalitate formarum accidentalium, quae fundantur in quantitate,
et praesupponunt ipsam. Corpus autem Christi continetur absolute sub
speciebus; et hoc non convenit sibi mediante quantitate, ut dictum est, sed
ratione substantiae, inquantum substantia panis est conversa; et ideo etiam
ante fractionem est totum in toto, et totum in partibus: quia ubicumque erat
tota natura panis, est tota natura corporis Christi, et per consequens etiam
totum corpus, et tota quantitas ejus. Et haec est alia opinio quae magis vera
videtur. |
À ce sujet, il
existe deux opinions. En effet, certains disent que, alors que l’hostie
demeure entière, le Christ entier existe dans toute l’hostie,
mais non dans chaque partie de l’hostie ; mais que lorsque
l’hostie est divisée, le Christ entier demeure dans
n’importe quelle partie. Et ils donnent l’exemple du miroir, car
Augustin dit que, de même que lorsque le miroir est brisé, les
espèces ou les images sont multipliées, de même,
après la fraction [du pain], le Christ se trouve en autant de parties
qu’il y en a. Or, il est clair qu’avant que le miroir soit
brisé, il n’y a là qu’une seule image. Mais cela ne
peut être le cas, car, alors que l’hostie demeure entière,
le corps du Christ est présent d’une certaine manière
dans les parties de l’hostie. Si donc il ne s’y trouve pas en
entier, il y trouvera en partie. Or, tout ce qui existe en entier dans un
tout, alors qu’une de ses parties existe dans une partie, s’y
trouve comme dans un site. Et ainsi, le corps du Christ se trouverait dans le
sacrement comme dans un site et de manière circonscrite, ce qui est
impossible. Mais l’exemple n’est pas approprié, car
l’image du miroir ne s’y trouve pas comme une forme qui repose
dans un sujet de manière absolue, mais elle est engendrée par
un reflet. Aussi longtemps qu’il existe une seule superficie du miroir,
il ne se produit donc qu’un seul reflet et, par conséquent, il
n’en résulte qu’une seule image. Mais si le miroir est
brisé, il existe plusieurs surfaces et, par conséquent,
plusieurs réflexions et plusieurs images qui en résultent. Mais
si la forme reposait de manière absolue dans le sujet, ou bien elle
suivrait la quantité, comme la blancheur qui repose sur une surface,
ou bien elle précéderait la quantité, comme la forme
substantielle. Si c’était le premier cas, elle se trouverait
nécessairement tout entière dans le tout et dans une de ses
parties avant que le miroir ne soit brisé et après. Mais si
elle précédait la quantité, elle y serait avant et après,
car la totalité de la forme substantielle ne reçoit pas la
totalité de la quantité, comme c’est le cas pour les
formes accidentelles, qui s’appuient sur la quantité et la
présupposent. Or, le corps du Christ est contenu de manière
absolue sous les espèces ; et cela ne lui convient pas par
l’intermédiaire de la quantité, comme on l’a dit,
mais en raison de la substance, pour autant que la substance du pain est
convertie. C’est pourquoi même avant la fraction [du pain], il se
trouve tout entier dans le tout et tout entier dans les parties, car partout
où se trouvait la nature du pain, la nature entière du corps du
Christ se trouve et, par conséquent, tout son corps aussi et toute sa
quantité. Telle est l’autre opinion qui semble plus vraie.
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[15241] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod unitas rei consequitur esse ipsius: partes autem
alicujus homogenei continui ante divisionem non habent esse actu, sed
potentia tantum; et ideo nulla illarum habet unitatem propriam in actu; unde
actu non est accipere ipsarum numerum, sed potentia tantum. Et propter hoc
forma quae est tota in toto tali, et tota in partibus ejus, non dicitur ante
divisionem continui esse ibi pluries actu, sed solum potentia: sed post
divisionem multiplicatur secundum actum, sicut patet de anima in animalibus anulosis.
Et similiter corpus Christi ante divisionem hostiae, quamvis sit totum sub
qualibet parte hostiae, non est tamen pluries actu sub partibus illis, sed
tantum potentia. Nec est inconveniens quod sit ibi infinities in potentia. |
1. L’unité d’une chose est la
conséquence de son être ; mais les parties d’une
réalité homogène continue n’ont pas
d’être en acte avant la division, mais en puissance seulement.
C’est pourquoi aucune d’entre elles n’a
d’unité propre en acte ; aussi ne peut-on en
déterminer le nombre en acte, mais en puissance seulement. Pour cette
raison, on ne dit pas que la forme qui se trouve tout entière dans un
tel tout et tout entière dans ses parties s’y trouve plusieurs
fois en acte avant la division, mais seulement en puissance. Mais, après
la division, elle se multiplie en acte, comme cela est clair pour
l’âme chez les animaux annelés. De même, le corps du
Christ, avant la division de l’hostie, bien qu’il se trouve tout
entier dans n’importe quelle partie de l’hostie, ne se trouve pas
plusieurs fois en acte dans ces parties, mais seulement en puissance. Et il
n’est pas inconvenant qu’il s’y trouve un nombre infini de
fois en puissance. |
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[15242] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod confusio opponitur ordini partium qui pertinet ad
rationem situs: et quia corpus Christi non est situaliter sub sacramento,
ideo non sequitur ibi aliqua confusio partium ex hoc quod in quolibet signato
hostiae est totum corpus Christi, et quaelibet pars ejus. Quamvis enim non
sit accipere ordinem partium corporis Christi secundum comparationem ad
partes hostiae, tamen est accipere ordinem ipsarum partium ad invicem in
corpore Christi secundum propriam quantitatem. |
2. La confusion s’oppose à l’ordre des
parties qui est en rapport avec la notion de site. Et parce que le corps du
Christ n’existe pas dans le sacrement comme dans un site, il n’en
découle pas qu’il y ait là une confusion des parties
parce que, dans n’importe quel élément de l’hostie,
se trouvent le corps entier du Christ et chacune de ses parties. En effet,
bien qu’on ne puisse déterminer l’ordre des parties du
corps du Christ par comparaison aux parties de l’hostie, on peut
cependant déterminer l’ordre des parties entre elles dans le
corps du Christ selon sa propre quantité. |
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[15243] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod spiritui competit esse totum in toto, et in qualibet
parte: quia non habet quantitatem, nec a quantitate substantia ejus dependet.
Corpus autem Christi quamvis in se consideratum non absolvatur a propria
quantitate, tamen non comparatur ad hostiam sub qua est, secundum propriam
quantitatem; et ideo non est spiritus, sed participat quantum ad aliquid
proprietatem spiritus secundum comparationem ad species sub quibus continetur. |
3. Il revient à l’esprit de se trouver tout
entier dans un tout et dans chacune de ses parties parce qu’il
n’a pas de quantité et que sa substance ne dépend pas de
la quantité. Or, bien que le corps du Christ, considéré
en lui-même, ne soit pas dépourvu de sa propre quantité,
il ne se compare cependant pas selon sa propre quantité à
l’hostie dans laquelle il existe. Aussi n’est-il pas un esprit,
mais il participe pour une part à ce qui est propre à
l’esprit par comparaison avec les espèces sous lesquelles il est
contenu. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15244] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 3 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem
dicendum, quod moveri in loco includit esse in loco; unde ad hoc quod aliquid
per se moveatur in loco, oportet quod per se sit in loco, et quod per se
moveatur, non ad motum alterius. Sed per accidens aliquid movetur in loco
dupliciter: uno modo quia per accidens est in loco, sicut formae moventur per
accidens; alio modo quia per se est in loco, sed per accidens movetur in
loco, sicut patet in his quae vehuntur; quia locus quem mutant, est per se
eorum proprius locus, vel communis. Corpus autem Christi in loco quem species
transmutant, non est per se neque sicut in loco proprio, neque sicut in loco
communi, sicut ex dictis patere potest; et ideo per se in illo moveri non
potest, neque per accidens, sicut corpora per accidens moventur; sed hoc modo
quo aliquid et per accidens est in loco, et per accidens movetur. Nec
differt, ut quidam dicunt differre, utrum species moveantur in eodem loco,
aut transferantur de loco ad locum: quia quod in eodem loco secundum
substantiam manens movetur, mutat locum non solum secundum partes, sed
secundum totum, ut in 6 Physic. probatur. |
Se mouvoir dans un
lieu comporte d’être dans un lieu. Pour que quelque chose se
meuve par soi dans un lieu, il est donc nécessaire qu’il soit
par soi dans un lieu et qu’il se meuve par soi, et non selon le
mouvement d’un autre. Mais, par accident, quelque chose est mû dans
un lieu de deux manières. D’une manière, parce
qu’il se trouve par accident dans un lieu, comme les formes sont mues
par accident. D’une autre manière, parce qu’il se trouve
par soi dans un lieu, mais qu’il est mû par accident dans le lieu,
comme cela est clair pour les choses qui sont transportées, car le
lieu dont elles changent est par soi leur lieu propre ou commun. Or, le corps
du Christ dans le lieu que les espèces changent ne se trouve par soi
ni comme dans son lieu propre, ni comme dans un lieu commun, comme on peut le
voir clairement à partir de ce qui a été dit.
C’est pourquoi il ne peut être mû par soi ni par accident
dans ce [lieu], comme les corps sont mus par accident, mais de la
manière dont quelque chose se trouve dans un lieu par accident et est
mû par accident. Et cela ne fait pas de différence que certains
disent qu’il y a une différence entre le fait que les
espèces sont mues dans un lieu ou sont transférées
d’un lieu à un autre, car ce qui est mû dans un même
lieu en gardant sa substance change de lieu, non seulement selon ses parties,
mais dans sa totalité, comme cela est démontré dans
Physique, VI. |
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[15245] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 4 ad arg. Et secundum hoc patet solutio ad utramque partem, praeter
ultimum. |
La solution des [arguments des] deux parties ressort
ainsi clairement, sauf pour le dernier argument. |
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[15246] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 3 qc. 4 ad s. c. 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis non definiatur hoc loco, tamen perfecte est
ibi et quantum ad substantiam et quantum ad virtutem, tamen per accidens: non
autem in manu perfecte est anima; unde non est simile. |
[2] Bien qu’il ne soit pas défini par ce
lieu, il s’y trouve cependant de manière parfaite tant pour ce
qui est de sa substance que pour ce qui est de sa puissance, mais toutefois
par accident. Mais l’âme ne se trouve pas dans la main
d’une manière parfaite. Ce n’est donc pas la même
chose. |
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Articulus 4 [15247] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 tit. Utrum
oculus glorificatus possit videre ipsum verum corpus Christi sub speciebus
existens |
Article
4 – L’œil glorieux peut-il voir le corps véritable du
Christ qui se trouve dans les espèces ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [L’œil
glorieux peut-il voir le corps véritable du Christ qui se trouve dans
les espèces ?]
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[15248] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod oculus
glorificatus
possit videre ipsum verum corpus Christi sub speciebus existens. Ipse enim
Christus sub speciebus existens, videt seipsum ibi corporali oculo. Sed corpora
glorificata conformantur corpori ejus, ut dicitur Philipp. 3. Ergo et alius
oculus glorificatus, puta virginis, potest hoc idem. |
1. Il semble que l’œil glorieux puisse voir le
corps véritable du Christ qui se trouve sous les espèces. En
effet, le Christ lui-même, qui existe sous les espèces,
s’y voit par son œil corporel. Or, les corps glorifiés sont
rendus conformes à son corps, comme il est dit en Ph 3. Un autre
œil glorieux, par exemple, celui de la Vierge, peut donc faire la
même chose. |
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[15249] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, ideo, ut
infra dicetur, corpus Christi sub alia specie proponitur, ut fides habeat
meritum. Sed illi qui sunt in gloria, non habent fidem. Ergo ipsi ad ipsam
substantiam corporis ejus videndam pertingunt corporali oculo, etiam secundum
quod est sub sacramento. |
2. Comme on le dira
plus loin, le corps du Christ est proposé sous une autre espèce
afin que la foi soit méritoire. Or, ceux qui sont dans la gloire
n’ont pas la foi. Ils parviennent donc à voir par leur œil
corporel la substance même de son corps, même sous la forme
où il existe dans le sacrement. |
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[15250] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, propter velamen specierum quibus verum
corpus Christi velatur, decipitur sensus viatoris. Sed status gloriae non patitur
deceptionem neque velamen. Ergo ipsam substantiam corporis Christi sub
sacramento vident. |
3. En raison du voile
des espèces sous lesquelles le corps véritable du Christ est
voilé, le sens de celui qui est en chemin est trompé. Or,
l’état de la gloire ne comporte pas de tromperie ni de voile.
Ils voient donc la substance même du corps du Christ dans le sacrement. |
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[15251] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, major
magnitudo in aequali distantia visa, sub majori angulo videtur, ut perspectivi probant. Sed major est
quantitas corporis Christi quam hostiae hujus, et distantia ad oculum est
eadem. Ergo oculus videns corpus Christi et hostiam, videt corpus Christi sub
majori angulo. Sed corpus Christi videtur sub specie hostiae. Ergo minor
angulus continet majorem, quod est impossibile. |
Cependant, [1] une
grandeur plus importante, vue d’une distance égale, est vue
selon un angle plus grand, comme le démontrent ceux qui
étudient la perspective. Or, la quantité du corps du Christ est
plus grande que l’hostie [qui le contient], et la distance par rapport
à l’œil est la même. L’œil qui voit le
corps du Christ et l’hostie voit donc le corps du Christ sous un angle
plus grand. Or, le corps du Christ est vu sous l’espèce de
l’hostie. Un angle plus petit contient donc [une quantité] plus
grande, ce qui est impossible. |
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[15252] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
corpus non est natum movere visum nisi moto medio. Sed medium non movetur a
colore corporis Christi, quia nos etiam videremus. Ergo impossibile est quod
ab aliquo oculo videatur; nullus enim oculus videt, nisi motus a colore. |
[2] Un corps ne peut mouvoir ce qui est vu que par le
mouveu milieu. Or, le milieu n’est pas mû par la couleur du corps
du Christ, car alors nous aussi, nous le verrions. Il est donc impossible
qu’il soit vu par un œil. En effet, aucun œil ne voit que
s’il est mû par la couleur. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le corps du Christ est-il vu sous sa propre espèce lorsqu’il apparaît sous l’espèce de la chair ou d’un enfant sur l’autel ?] |
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[15253]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod quando apparet in specie carnis vel
pueri in altari, videatur in specie propria. Corpus enim Christi non est nisi
sub specie propria, vel sub specie panis. Sed tunc desinunt ibi esse species
panis. Ergo si non est species propria illa in qua videtur, nullo modo erit
ibi. |
1. Il semble que le
corps du Christ soit vu sous sa propre espèce lorsqu’il apparaît
sous l’espèce de la chair ou d’un enfant sur
l’autel. En effet, le corps du Christ n’existe que sous sa propre
espèce ou sous l’espèce du pain. Or, les espèces
du pain cessent alors d’y exister. S’il n’est pas vu sous
sa propre espèce, il ne s’y trouvera donc d’aucune
manière. |
|
[15254] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, illa
ostensio est ad aedificationem fidei. Sed non confirmaretur fides, si
Christus in specie alterius carnis appareret. Ergo
in specie propria ibi apparet. |
2. Cette manifestation est faite pour
l’édification de la foi. Or, la foi ne serait pas affermie si le
Christ apparaissait sous l’espèce d’une autre chair. Il y
apparaît donc sous sa propre espèce. |
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[15255] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
nihil potest apparere in aliquo quod non est in eo. Sed in sacramento altaris
non est nisi species panis quae est tantum sacramentum; et corpus Christi,
quod est res contenta; illud autem quod ibi apparet, non est species panis.
Ergo est species corporis Christi. |
3. Rien ne peut apparaître de quelqu’un qui
ne fait pas partie de lui. Or, dans le sacrement de l’autel, il
n’y a que l’espèce du pain qui est le sacrement seulement,
et le corps du Christ, qui est la réalité contenue. Or, ce qui
apparaît là n’est pas l’espèce du pain.
C’est donc l’espèce du corps du Christ. |
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[15256]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, cum in hoc sacramento non sit aliqua deceptio,
ergo debet secundum veritatem ibi esse illud quod sensus percipit. Sed sensus
percipit ibi quasdam parvas dimensiones quarum judicium ad ipsum pertinet.
Ergo sunt ibi illae dimensiones. Sed illae non sunt dimensiones corporis
Christi, cum sint multo minores. Ergo sunt ibi aliae dimensiones quam
dimensiones corporis Christi, et super illas fundantur species quae ibi
apparent. Cum ergo species corporis Christi non fundentur nisi super
dimensiones proprias, non videtur ibi corpus Christi in propria specie.[ |
Cependant, [1] comme il n’y a pas de tromperie dans ce
sacrement, il faut donc que s’y trouve ce que le sens y perçoit.
Or, le sens y perçoit certaines petites dimensions dont le jugement
relève de lui. Ces dimensions s’y trouvent donc. Or, ce ne sont
pas les dimensions du corps du Christ, puisqu’elles sont beaucoup plus
petites. Il y a donc là d’autres dimensions que les dimensions
du corps du Christ, et les espèces qui y apparaissent s’appuient
sur celles-ci. Puisque les espèces du corps du Christ n’ont leur
fondement que dans ses propres dimensions, il ne semble donc pas que le corps
du Christ se trouve là sous son espèce propre. |
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15257] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4
qc. 2 s. c. 2 Praeterea, superficies
illius speciei quae ibi apparet, tangit aerem circumstantem. Ergo illud cujus
est illa superficies, est ibi sicut in loco. Sed corpus Christi non est ibi
sicut in loco, ut dictum est. Ergo illa species quae ibi apparet, non est
species corporis Christi. |
[2] La surface de l’espèce qui
apparaît là touche l’air ambiant. Or, ce dont c’est
la surface s’y trouve comme dans un lieu. Or, le corps du Christ ne
s’y trouve pas comme dans un lieu, comme on l’a dit.
L’espèce qui apparaît là n’est donc pas
l’espèce du corps du Christ. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Dans ce cas, doit-il être pris ?] |
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[15258] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in hoc casu debeat sumi. Quia in sumente
exigitur devotio. Sed talis ostensio fit ad augmentandam devotionem. Ergo
tunc magis debet sumi. |
1. Il semble que, dans
ce cas, il doive être pris, car la dévotion est requise chez
celui qui [le] prend. Or, une telle présentation est faite en vue
d’accroître la dévotion. Il doit donc être pris
davantage. |
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[15259] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
ille qui consecrat, secundum canones debet sumere: quod non posset nisi illud
quod sub specie carnis apparet, sumeret. Ergo debet sumere. |
2. Celui qui consacre doit le prendre, selon les canons,
ce qu’il ne pourrait faire qu’en prenant ce qui apparaît
sous l’espèce de la chair. Il doit donc [le] prendre. |
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[15260] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, nihil horrendum est committendum in hoc sacramento. Sed horrendum est
comedere carnem crudam. Ergo illud quod in substantia carnis crudae apparet,
non est sumendum. |
Cependant, [1] rien
d’horrible ne doit être commis dans ce sacrement, Or, il serait
horrible de manger de la chair sanglante. Ce qui apparaît sous la forme
de la substance de la chair crue ne doit donc pas être pris. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [L’ange peut-il voir le corps du Christ dans le sacrement ?] |
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[15261]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nec Angelus possit videre corpus
Christi sub sacramento. Quia quidam sancti sunt majores quibusdam Angelis, ut
habetur per Glossam 1 Corinth., 6, super illud: Angelos judicabimus.
Sed oculus glorificatus hominis sancti non potest ipsum videre. Ergo nec
Angelus. |
1. Il semble que
l’ange ne puisse pas voir le corps du Christ dans le sacrement, car
certains saints sont plus grands que certains anges, comme le dit la Glose
sur 1 Co 6 : Nous jugerons les anges. Or, l’œil
glorifié de l’homme saint ne peut le voir. L’ange ne le
peut donc pas non plus. |
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[15262] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
quod est visibile, si ab aliquo non videatur, hoc est propter defectum
videntis. Sed oculus glorificatus, qui non videt corpus Christi sub
sacramento, ab omni defectu est immunis. Ergo corpus Christi non est de se
visibile sub sacramento existens. Sed quod de se non est visibile, a nullo
potest videri. Ergo nec Angelus corpus Christi videre potest sub sacramento. |
2. C’est en raison d’une carence de celui qui
voit que ce qui est visible n’est pas vu par lui. Or, l’œil
glorifié, qui ne voit pas le corps du Christ dans le sacrement, est
exempt de toute carence. Le corps du Christ n’est donc pas de soi
visible alors qu’il se trouve dans le sacrement. Or, ce qui n’est
pas de soi visible ne peut être vu par personne. L’ange non plus
ne peut donc pas voir le corps du Christ dans le sacrement. |
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[15263]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 4 s. c. 1 Sed contra, Gregorius: quia est quod non videant qui
videntem omnia vident ? Sed Angeli vident Deum videntem omnia, ut patet Matth.
18, 10: Angeli eorum semper vident faciem patris. Ergo vident corpus Christi sub sacramento. |
Cependant, [1] Grégoire dit :
«Pourquoi ne voient-ils pas, ceux qui voient celui qui voit tout ?»
Or, les anges voient Dieu qui voit tout, comme cela ressort clairement de
Mt 18, 10 : Leurs anges
voient toujours la face du Père. Ils voient donc le corps du
Christ dans le sacrement. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Peut-il être compris par l’intellect de celui qui est en chemin ?] |
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[15264]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod comprehendi possit intellectu
viatoris. Quod enim est supra intellectum, est supra sermonem, ut patet in
Lib. de causis. Sed nos loquimur de corpore Christi sub sacramento contento. Ergo non est
omnino supra intellectum nostrum. |
1. Il semble
qu’il puisse être compris par l’intellect de celui qui est
en chemin [viator]. En effet, ce qui dépasse l’intellect
dépasse le discours, comme cela ressort clairement du Livre sur les
causes. Or, nous parlons du corps du Christ contenu dans le sacrement. Il ne
dépasse donc pas complètement notre intellect. |
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[15265] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 5 arg. 2 Praeterea, nullus
tenetur ad impossibile. Sed quilibet tenetur concedere, et mente tenere, corpus Christi verum esse sub
sacramento. Ergo mente capi potest. |
2. Personne n’est tenu à l’impossible.
Or, tous doivent concéder et accepter en esprit que le corps
véritable du Christ se trouve dans le sacrement. Il peut donc
être saisi par l’esprit. |
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[15266] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 5 s. c. 1 Sed
contra, intellectus noster ortum habet a sensu. Sed corpus Christi sub
sacramento non cadit in sensum, ut probatum est. Ergo non cadit in
intellectum nostrum. |
Cependant, notre
intellect prend naissance dans le sens. Or, le corps du Christ dans le
sacrement ne tombe pas sous le sens, comme on l’a
démontré. Il ne tombe donc pas sous notre intellect. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15267] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum, ad primam quaestionem, quod nihil
videtur corporali visu, nisi per hoc quod oculus movetur ab objecto secundum
similitudinem coloris in ipso existentis: quae quidem similitudo primo fit in
medio, et deinde in sensu. Corpus autem Christi non habet ordinem ad species,
sub quibus est, ratione quantitatis suae; et ideo non potest aggenerari
similitudo coloris ejus in aere contingente species, duplici ratione. Primo,
quia omnis actio corporalis requirit contactum; tactus autem corporalium consequitur
quantitatem, quia nihil aliud est quam conjunctio terminorum duarum quantitatum;
et ideo corpus Christi non tangit aerem circumstantem; et propter hoc non
potest in ipso aggenerare similitudinem coloris sui. Secundo, quia color
consequitur quantitatem, cum immediatum subjectum ejus sit superficies: et
quia corpus Christi non habet ordinem ad hunc locum ratione suae quantitatis,
ideo nec ratione sui coloris; et ideo sicut non conjungitur aeri circumstanti
secundum quantitatem, ita non assimilat sibi ipsum, aggenerando similitudinem
coloris sui in eo. |
Rien n’est vu par la vision corporelle que ce par
quoi l’œil est mû par l’objet selon la similitude de
la couleur qui existe en lui ; cette similitude se réalise
d’abord dans le milieu et ensuite dans le sens. Or, le corps du Christ
n’a pas de rapport par sa quantité aux espèces sous
lesquelles il se trouve ; aussi une similitude de sa couleur ne
peut-elle être engendrée dans l’air qui touche les
espèces, et cela pour deux raisons. Premièrement, parce que
toute action corporelle exige un contact. Or, le contact avec les choses corporelles
découle de la quantité, car il n’est rien d’autre
que la conjonction des termes de deux quantités. C’est pourquoi
le corps du Christ ne touche pas l’air qui l’entoure. Pour cette
raison, il ne peut engendrer en lui une similitude de sa couleur. Deuxièmement,
parce que la couleur découle de la quantité, puisque son sujet
immédiat est la surface. Et parce que le corps du Christ n’a pas
de rapport à ce lieu en raison de sa quantité, [il n’en a
pas] non plus en raison de sa couleur. C’est pourquoi, de même
qu’il n’est pas en contact avec l’air ambiant selon la
quantité, de même ne l’assimile-t-il pas à
lui-même en engendrant une similitude de sa couleur en lui. |
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[15268] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod si oculus Christi esset extra species sacramenti,
non videret substantiam suam intra species contentam ex natura gloriae nisi
miraculose; et ideo non oportet quod oculus glorificatus videat, nisi forte
per miraculum. |
1. Si l’œil du Christ se trouvait en dehors des
espèces du sacrement, il ne verrait que miraculeusement, à
l’intérieur des espèces, sa substance contenue selon la
nature de la gloire. C’est pourquoi il n’est pas
nécessaire que l’œil glorifié [la] voie, sauf
peut-être en vertu d’un miracle. |
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[15269] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod comprehensores, quamvis non videant forte corporali
visione corpus Christi sub sacramento, vident tamen visione intellectuali
plena; et ideo non oportet quod habeant de eo fidem, sed perfectam
cognitionem. |
2. Les bienheureux [comprehensores], bien
qu’ils ne voient peut-être pas par la vision corporelle le corps
du Christ dans le sacrement, le voient cependant par une pleine vision
intellectuelle. C’est pourquoi il n’est pas nécessaire qu’ils
aient la foi à son sujet, mais une connaissance parfaite. |
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[15270]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sensus in hoc sacramento non
decipitur: quia sensus non habet judicare de substantia, sed de formis
sensibilibus; et ideo cum formae sensibiles sint ibi vere, in judicio sensus
non est deceptio. Sed potest esse deceptio in judicio intellectus, nisi adsit
fides, vel plena cognitio: et quamvis lateat visum corporalem beatorum, non
tamen latet ipsos, quia intellectu conspiciunt; sicut etiam essentiam Dei non
videt oculus corporis, sed oculus mentis ipsorum, ut Augustinus dicit in Lib.
de videndo Deum. |
3. Le sens n’eerre pas dans ce sacrement, car le sens n’a pas à juger de la substance, mais des formes sensibles. C’est pourquoi, puisque les formes sensibles s’y trouvent vraiment, il n’y a pas d’erreur dans le jugement du sens. Mais il peut y avoir erreur dans le jugement de l’intellect, à moins que la foi ne soit présente ou la pleine connaissance. Et bien qu’il soit caché à la vision corporelle des bienheureux, il ne leur est cependant pas caché puisqu’ils le voient par l’intellect, de la même manière que leur œil corporel ne voit pas l’essence de Dieu, mais que l’œil de leur esprit [le voit], comme le dit Augustin dans le livre sur La vision de Dieu. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15271] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod absque omni dubio dicendum est, illud quod ibi
apparet, esse verum corpus Christi (alias non adoraretur), sicut et prius
erat quando in specie panis videbatur. Sed utrum species illa quae ibi
apparet, sit species corporis Christi, difficile est determinare. Quidam enim
dicunt, quod species illa carnis vel pueri est tantum in oculo videntis: et
hoc forte aliquando verum est, cum ab uno videatur in specie panis, et ab
alio in specie carnis vel pueri; ab eodem etiam quandoque post modicum iterum
sub specie panis videtur, quod prius sub specie carnis videbatur: et secundum
hoc potest fieri divino miraculo ut similitudo corporis Christi fiat in
oculo, sicut naturaliter fieret, si corpus Christi praesens esset. Nec est
deceptio; quia non fit nisi ad instructionem fidei, et devotionem excitandam.
Sed quia aliquando ab omnibus ita videtur, et quandoque ita diu servatur in
tali specie; ideo alii dicunt, quod vera species corporis Christi extra visum
immutat. Nec obstat quod videtur in minori quantitate, et non in specie
gloriosa: quia in potestate corporis gloriosi est, ut se ostendat in toto vel
in parte, et in specie gloriosa vel non gloriosa. Sed quia mutatio visus ab
aliquo corpore per medium, fit per contactum ejus quod sentitur, ad medium
quo sentitur, oportebit secundum hoc dicere quod corpus Christi secundum hoc
tangit medium visionis, et per consequens quod sit ibi sicut in loco; et ita
quod vel sit simul in pluribus locis, vel quia localiter motum sit de caelo
descendens; quod tamen ei non est impossibile. Sed huic obviat quod
Guitmundus dicit, quod de multorum episcoporum consilio sigillatum fuit hoc
quod apparebat in specie corporis Christi, et positum in altari: corpus autem
Christi, si ibi esset localiter, dispareret postquam apparuisset, sicut
accidit discipulis euntibus in Emaus; nullo autem modo reservaretur inclusum.
Et ideo securius videtur dicere, quod sicut quando videbatur corpus Christi
in specie panis, erant quaedam dimensiones subsistentes, et in illis alia
accidentia sensibilia fundabantur; ita illae eaedem dimensiones manent, et
eis alia accidentia superducuntur divina virtute, quae speciem carnis
praetendunt, sicut et accidentia quae prius erant, praetendebant speciem
panis: et potest esse quod eadem virtute, illis accidentibus recedentibus,
iterum accidentia panis reducantur, cum etiam naturali actione aliquod
illorum accidentium quandoque immutari posset, dimensionibus manentibus,
sicut odor vini vel sapor, si diu conservaretur. |
Il
faut sans aucun doute dire que ce qui apparaît là est le corps
véritable du Christ (autrement il ne serait pas adoré), comme
il s’y trouvait aussi antérieurement lorsqu’il
était vu sous l’espèce du pain. Mais il est difficile de
déterminer si l’espèce qui apparaît là est
l’espèce du corps du Christ. En effet, certains disent que cette
espèce de la chair ou d’un enfant ne se trouve que dans
l’œil de celui qui voit. Cela est peut-être parfois vrai,
puisqu’il est vu par l’un sous l’espèce du pain et
par un autre sous l’espèce de la chair ou d’un enfant, et
[qu’il est vu] aussi peu après par le même sous
l’espèce du pain, alors qu’il était vu sous
l’espèce de la chair. Et ainsi, il peut arriver par un miracle
divin que la similitude du corps du Christ apparaisse dans l’œil,
comme cela arriverait naturellement si le corps du Christ était
présent. Et ce n’est pas une tromperie, car cela ne se produit
qu’en vue d’instruire la foi et d’exciter la
dévotion. Mais parce que parfois il est ainsi vu par tous, et que
parfois il demeure longtemps sous cette espèce, d’autres disent
que l’espèce véritable du corps du Christ change de
l’extérieur la vision. Et il n’y a pas d’objection
à ce qu’il soit vu sous une plus petite quantité, et non
selon son espèce glorieuse, car il est au pouvoir du corps glorieux de
se montrer en totalité ou en partie, et sous son espèce glorieuse
ou non glorieuse. Mais parce que le changement de la vision par un corps par
l’intermédiaire du milieu se réalise par le contact de ce
qui est senti, selon le milieu par lequel il est senti, il sera alors
nécessaire de dire que le corps du Christ est ainsi en contact avec le
milieu de la vision et, par conséquent, qu’il est là
comme dans un lieu. De la sorte, il serait en même temps dans plusieurs
lieux, ou il a été mû localement en descendant du ciel,
ce qui ne lui est toutefois pas impossible. Mais s’oppose à cela
ce que Guimond dit, que, de l’avis d’un grand nombre
d’évêques, ce qui apparaissait sous l’espèce
du corps du Christ a été marqué et placé sur
l’autel. Si le corps du Christ s’y trouvait localement, il
disparaîtrait après être apparu, comme cela est
arrivé pour les disciples qui se rendaient à Emmaüs ;
il n’y demeurerait aucunement enfermé. C’est pourquoi il
semble plus sûr de dire que, de la même manière que,
lorsque le corps du Christ était vu sous l’espèce du pain,
certaines dimensions subsistaient et que les autres accidents sensibles s’y
appuyaient, de la même manière ces mêmes dimensions
demeurent et d’autres accidents leur sont ajoutés par la
puissance divine, [accidents] qui présentent l’espèce de
la chair, comme les accidents antérieurs présentaient
l’espèce du pain. Et il peut se faire que, par la même
puissance, alors que ces accidents disparaissent, les accidents du pain
reviennent de nouveau, puisque, même par l’action naturelle,
l’un de ces accidents pourrait être parfois changé, alors que
les dimensions demeurent, comme l’odeur du vin ou son goût,
s’il était conservé longtemps. |
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[15272]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod adhuc species panis manent
quantum ad dimensiones quae prius subsistebant, et principales erant in
sacramento, quamvis color et alia hujusmodi non maneant, divina virtute hoc
faciente; et ideo sub illis dimensionibus adhuc manet corpus Christi. |
1. Les espèces du pain continuent de demeurer quant aux dimensions qui subsistaient antérieurement et étaient les principales dans le sacrement, bien que la couleur et les autres ne demeurent pas, par l’intervention de la puissance divine. C’est pourquoi le corps du Christ continue demeurer sous ces dimensions. |
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[15273] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod aedificatur fides, et excitatur devotio: quia illa
accidentia sunt similia omnino accidentibus carnis Christi verae, quod non
erat de accidentibus panis; quamvis non sint ipsamet accidentia corporis
Christi. |
2. La foi est éclairée et la dévotion
est strimulée parce que ces accidents sont en tout semblables aux
accidents de la chair véritable du Christ, ce qui n’était
pas le cas des accidents du pain. [Ces accidents] ne sont cependant pas ceux
du corps du Christ. |
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[15274] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod quamvis illa accidentia carnis ibi prius non essent, tamen sunt
superinducta ad fidei instructionem divina virtute. |
3. Bien que ces
accidents de la chair ne se trouvaient pas là antérieurement,
ils y ont cependant été ajoutés par la puissance divine
en vue d’éclairer la foi. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15275] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod usus
sacramenti debet materiae sacramenti competere, sicut ablutio aquae in Baptismo.
Et quia corpus Christi in hoc sacramento sub specie panis nobis proponitur,
ideo usus sacramenti est per manducationem, ut supra dictum est. Cum ergo in
specie propria, vel in specie carnis cruentatae apparens, vel in simili
specie, non habeat rationem cibi, non debet assumi ab eo cui sic apparet, sed
ab alio cui sub specie panis apparet. Si
autem omnibus sub specie carnis appareret, tunc deberet cum reliquiis poni. |
L’usage
du sacrement doit convenir à la matière du sacrement, comme
l’ablution par l’eau dans le baptême. Et parce que le corps
du Christ nous est proposé dans ce sacrement sous
l’espèce du pain, l’usage du sacrement se réalise
donc par la manducation, comme on l’a dit plus haut. Puisque sous son
espèce propre, ou en apparaissant sous l’espèce de la
chair crue ou sous une espèce semblable, il n’a pas raison de
nourriture, il ne doit pas être pris par celui à qui il
apparaît ainsi, mais par un autre à qui il apparaît sous
l’espèce du pain. Mais s’il apparaissait à tous
sous l’espèce de la chair, il devrait alors être
placé avec les restes. |
|
[15276] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod devotio non excitatur hic ad manducandum, quia non in specie
cibi proponitur, sed ad venerandum. |
1. La dévotion
n’est pas ici stimulée à [le] manger parce qu’il
n’est pas proposé sous l’espèce de la nourriture,
mais à le vénérer. |
|
[15277] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod in tali casu sacerdos debet iterum celebrare, ut quidam dicunt, et
corpus Christi sumere; et si secundo hoc accideret, iterum tertio. Quidam
autem dicunt, quod in tali casu sufficit spiritualis manducatio, nec propter
hoc efficitur transgressor constitutionis Ecclesiae: quia ad ea quae
frequentius accidunt, leges aptantur. |
2. Dans un tel cas, le
prêtre doit célébrer de nouveau, comme certains le
disent, et prendre le corps du Christ; et si cela arrivait une
deuxième fois et, de nouveau, une troisième fois. Mais certains
disent que, dans un tel cas, la manducation spirituelle suffit et
qu’à cause de cela, il ne transgresse pas une constitution de
l’Église, car les lois sont adaptées à ce qui se
produit le plus souvent. |
|
Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15278] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 4 qc. 4 co. Ad quartam
quaestionem dicendum, quod Angelus nihil videt corporali visione; quia etsi
corpus assumat, non tamen conceditur quod videat per corpus assumptum; unde
relinquitur quod in ipso non est nisi intellectualis visus, qui quidem non
est recipiendo a sensibilibus, ut in 2 Lib. dictum est, dist. 3, qu. 2, art. 1 ad 2,
sed vel per species innatas, quantum ad ea quae naturali cognitione intelligunt,
vel per verbum quod vident, quantum ad ea quae supra naturalem cognitionem ipsorum
sunt. Et quia Angeli sunt beati, oportet quod habeant plenam visionem eorum
omnium de quibus est fides quantum ad visionem gloriosam, quae fidei
succedit; et ideo sicut fides credit corpus Christi esse sub sacramento, ita
in visione beata Angeli vident. Credo autem quod omnia quae sunt fidei, sunt
supra naturalem cognitionem Angelorum, sicut supra rationem naturalem
hominum; et ideo mysteria fidei dicuntur esse abscondita a saeculis in Deo,
ut dicitur Eph. 3; unde naturali cognitione non vident Angeli corpus Christi
sub sacramento, sed solum beata. Daemones vero nullo modo vident plenarie, sed credunt,
et contremiscunt. |
L’ange ne voit rien par une vision corporelle, car,
même s’il assume un corps, il ne lui est cependant pas permis de
voir par le corps assumé. Ainsi reste-t-il qu’il n’existe
en lui que la vision intellectuelle, qui ne se produit pas en recevant des
sens, comme on l’a dit dans le livre II, d. 3, q. 2, aa. 1 et
2 ; [elle se produit] soit par des espèces innées, pour ce
qu’ils comprennent par une connaissance naturelle, soit par le Verbe
qu’ils voient, pour ce qui dépasse leur connaissance naturelle.
Et parce que les anges sont bienheureux, il est nécessaire
qu’ils aient par la vision glorieuse qui succède à la foi
la pleine vision de tout ce sur quoi porte la foi. Puisque la foi croit que
le corps du Christ se trouve dans le sacrement, de même les anges le
voient-ils par la vision bienheureuse. Mais je crois que tout ce qui
relève de la foi dépasse la connaissance naturelle des anges,
comme cela dépasse la raison naturelle des hommes. Aussi Ep 3
dit-il que les mystères de la foi sont cachés en Dieu depuis
les siècles. Les anges ne voient donc pas par connaissance naturelle
le corps du Christ dans le sacrement, mais seulement par [la connaissance]
bienheureuse. Mais les démons ne le voient pleinement d’aucune
manière ; ils croient et ils tremblent. |
|
[15279]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod beati visione intellectuali
gloriae vident corpus Christi sub sacramento, quamvis non corporali, in qua
cum Angelis non communicant. |
1. Les bienheureux voient le corps du Christ dans le
sacrement par la vision intellectuelle de la gloire, mais non par [la vision]
corporelle. Ils ont cela en commun avec les anges. |
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[15280] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod de se secundum quod est sub sacramento, non est
visibile corpus Christi visu corporali; est tamen visibile visu
intellectuali. |
2. De soi, selon qu’il se trouve dans le sacrement,
le corps du Christ n’est pas visible par la vision corporelle. Il est
cependant visible par la vision intellectuelle. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[15281] Super Sent., lib. 4 d. 10
q. 1 a. 4 qc. 5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod sicut in 3
Lib. dictum est, dist. 34, qu. 1, art. 2, quaestiunc. 1, illa tantum
intellectus noster videre dicitur, proprie loquendo, quorum essentiae ei
repraesentantur sive lumine naturali, sive lumine gratiae aut gloriae; et
ideo per consequens videre dicitur illa a principio quae statim cognitis
terminis, quasi visis essentiis terminorum, cognoscuntur, et per consequens
tantum illa quae reducuntur in illa principia, sicut conclusiones
scientiarum; quae vero nullo modo ordinem habent ad principia naturaliter
cognita, nec ad sensus perceptionem, non potest in statu viae videre. Et quia
corpus Christi esse sub sacramento nullum ordinem habet ad principia
naturaliter cognita, quae sunt principia scientiarum, nec etiam sensu a nobis
apprehendi potest; ideo intellectus viatoris nullo modo hoc videre potest, et
multo minus comprehendere: quia aliquid videtur quod non comprehenditur,
sicut essentia divina in patria: nisi videre largo modo dicto, secundum quod
dicimur ea quae sunt fidei, videre in speculo et aenigmate, 1 Corinth. 13. |
Comme on l’a dit dans le livre III, d. 34, q. 1, a.
2, qa 1, on dit que notre intellect ne voit, à proprement parler, que
ce dont les essences lui sont représentées soit par la
lumière naturelle, soit par la lumière de la grâce ou de
la gloire. Par conséquent, on dit qu’il voit ce qui, au
départ, est connu dès que les termes sont connus, comme si les
essences des termes étaient vues ; et, par voie de
conséquence, seulement ce qui se ramène à ces principes,
comme les conclusions des sciences. Mais [notre intellect] ne peut voir,
alors que nous sommes en chemin, ce qui n’a aucun rapport avec les
principes naturellement connus ni avec la perception du sens. Et parce que le
fait pour le Christ de se trouver dans le sacrement n’a aucun rapport
avec les principes naturellement connus, qui sont les principes des sciences,
et qu’il ne peut pas non plus être appréhendé par
nous par les sens, c’est pourquoi l’intellect de celui qui est en
chemin ne peut le voir d’aucune manière, ni encore moins le
comprendre, car quelque chose est vu qui n’est pas compris, comme
l’essence divine dans la patrie, à moins qu’on parle de
voir au sens large, comme lorsque nous disons que nous voyons ce qui
relève de la foi dans un miroir, en énigme,
1 Co 13, 12. |
|
[15282] Super Sent., lib.
4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 5 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut imperfecte videmus, ita etiam et deficienter
loquimur. |
1. De même que nous voyons imparfaitement, de
même aussi parlons-nous de manière énigmatique. |
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[15283] Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 5 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod nullus tenetur videre in praesenti, sed tenetur credere. Fides autem de non visis est, credere autem est possibile. |
2. Personne n’est tenu de voir présentement,
mais il est tenu de croire. Or, la foi porte sur des réalités
non vues, mais il est possible de croire. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 10 |
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[15284]
Super Sent., lib. 4 d. 10 q. 1 a. 4 qc. 5 expos. Non hoc corpus quod videtis, manducaturi estis. Intelligendum est per se, idest secundum quod videtur in
forma sua. Ipsum quidem et non ipsum corpus. Videtur esse
contradictio. Et dicendum, quod non est: quia ipsum corpus Christi in propria
specie non manducatur; et hoc dicit visibiliter Augustinus, quia in
propria specie corpus Christi videri potest; sed sub specie panis manducatur;
et hoc dicit invisibiliter, quia in propria specie videri non potest. Sacrificium
Ecclesiae duobus confici. Non quod ex eis fiat unum in essentia, sed quia
ex eis fit unum sacramentum. Qualiter autem persona Christi dicatur composita
ex duabus naturis, dictum est, in 3 Lib., dist. 6. Caro carnis, et sanguis
sacramentum est sanguinis. Videtur hoc esse falsum: quia nihil est signum
sui ipsius. Et dicendum, quod carnem quae significat, nominat ipsas species,
quae sunt signum carnis; et hoc tropice, ut Magister dicit: et ipsae species
cum carne contenta dicuntur caro invisibilis, quia sub specie illa caro
Christi non videtur. Carnem autem significatam nominat ipsam carnem Christi,
secundum quod sub propria forma videtur; unde et visibiliter dicitur. Quis audeat manducare
dominum suum ? Ad primam harum rationum responsum est in primo articulo hujus
distinctionis. Ad secundam patebit solutio ex his quae dicentur in 2 art.
dist. sequentis. Si tantum valuit sermo
Eliae ut ignem de caelo deponeret, non valebit tantum sermo Christi ut
substantias mutet ? Locus est a minori;
unde intelligendum est quod plus valeat sermo Christi, et in persona Christi
prolatus: quia sermo Eliae in seipso non habebat virtutem aliquam, sed
operabatur per modum intercessionis; sermo autem Christi sub forma hujus
sacramenti habet virtutem intraneam, de qua supra, dist. 8, dictum est. Quid
ergo hic quaeris naturae ordinem ? Ergo videtur quod non licet disputare
per rationes de hoc sacramento. Et dicendum, quod loquitur contra illos qui
nihil in hoc sacramento, et in aliis quae sunt fidei, volunt credere, nisi
hoc quod per naturalem rationem probari potest; non autem contra illos qui ex
principiis fidei disputant, et qui ex principiis naturalibus non volunt
probare quae sunt fidei, sed sustinere: quia quae sunt fidei, quamvis sint
supra rationem, non tamen sunt contra rationem: alias Deus esset sibi
contrarius, si alia posuisset in ratione quam rei veritas habet. Si tanta
vis est in sermone domini ut incipiant esse quae non erant, quanto magis
operatorius est, ut sint quae erant, et in aliud commutentur ? Videtur
quod haec probatio non valeat: quia sermo quo omnia facta sunt ex nihilo, est
verbum increatum; nunc autem loqui debuit de verbo creato, scilicet forma
sacramenti. Et dicendum, quod auctoritas hujus virtutis residet in verbo
increato, sed in verbo creato est instrumentaliter, ut dictum est. Sicut
per spiritum sanctum vera Christi caro sine coitu creatur, ita per eumdem ex
substantia panis et vini idem corpus Christi et sanguis consecratur.
Videtur quod ista transubstantiatio non debeatur spiritui sancto, sed magis
filio. Et dicendum est, quod appropriatur filio sicut operanti, quia ipse est
sacerdos et hostia; spiritui autem sancto sicut quo operatur: quia ipse est
virtus de illo exiens ad sanandum, Luc. 6. |
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Distinctio 11 |
Distinction 11 :[La conversion du pain au corps du Christ]
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Prooemium |
Prologue
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[15285]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 pr. Postquam
determinavit Magister de re contenta in hoc sacramento, ostendens quod verum
corpus ibi continetur, hic intendit determinare de conversione panis in
corpus Christi, ex qua contingit ut sub sacramento corpus Christi
contineatur; et dividitur in partes duas: in prima determinat de praedicta
conversione panis in corpus Christi; in secunda ostendit qualiter species
remaneant substantiali conversione facta, ibi: sub alia autem specie
tribus de causis carnem et sanguinem tradidit Christus. Circa primum tria
facit: primo inquirit qualis sit praedicta conversio; secundo determinat hanc
quaestionem quantum ad id in quo omnes conveniunt, ibi: formalem tamen non
esse cognosco; tertio determinat eam quantum ad id in quo diversi diversa
opinantur, ibi: quibusdam videtur esse substantialis. Et haec
dividitur in partes tres secundum tres opiniones quas ponit; secunda pars
incipit ibi: quidam vero sic dicunt etc.; tertia ibi: alii vero
putaverunt et cetera. Circa primum tria facit: primo ponit opinionem;
secundo objicit in contrarium, et solvit, ibi: sed huic sententiae sic
opponitur ab aliis; tertio ostendit quae locutiones sint concedendae vel
negandae secundum hanc opinionem, ibi: nec tamen concedunt quidam quod
substantia panis aliquando sit caro Christi. Sub alia autem specie tribus de
causis carnem et sanguinem tradidit Christus. Hic ostendit qualiter
species remaneant substantiali conversione facta; et dividitur in partes
duas: in prima ostendit quare sub alia specie corpus Christi verum in
sacramento exhibeatur; in secunda determinat de usu sive distributione
dictarum specierum, ibi: colligitur etiam ex praedictis, quod Christus
vinum aqua mixtum dedit discipulis, corpus vero tale dedit quale tunc habuit.
Circa primum tria facit: primo ostendit quare sub alia specie corpus Christi
proponatur in sacramento; secundo quare sub duplici, ibi: sed quare sub
duplici specie sumitur ? Tertio de admixtione tertii elementi, scilicet
aquae, ibi: aqua vero admiscenda est vino. Colligitur etiam ex praedictis,
quod Christus vinum aqua mixtum dedit discipulis et cetera. Hic
determinat de distributione specierum; et primo quomodo Christus
distribuerit; secundo quomodo nunc distribuendum sit, ibi: Eucharistia
quoque intincta non debet dari populo pro supplemento communionis. Hic
est triplex quaestio. Prima de conversione panis in corpus Christi, et vini
in sanguinem. Secunda de materia hujus sacramenti, cujus species post
conversionem remanent. Tertia de usu sacramenti istius in prima sui
institutione, qua Christus ipsum discipulis dedit. |
Après que le Maître a
déterminé de la réalité contenue dans ce
sacrement, en montrant que le corps véritable [du Christ] y est
contenu, il entend ici déterminer de la conversion du pain au corps du
Christ, par laquelle il arrive que le corps du Christ soit contenu dans le
sacrement. Il y a deux parties : dans la première, il
détermine de la conversion du pain au corps du Christ ; dans la
seconde, il montre comment les espèces demeurent après la
conversion substantielle, à cet endroit : «Le Christ a
livré sa chair et son sang sous une autre espèce pour trois
raisons.» À propos de la première [partie], il fait trois
choses. Premièrement, il recherche quelle est la conversion
mentionnée. Deuxièmement, il détermine de cette question
pour ce sur quoi tous sont d’accord, à cet endroit :
«Toutefois, je ne reconnais pas qu’elle n’est pas
formelle.» Troisièmement, il en détermine pour ce sur
quoi les opinions divergent, à cet endroit : « À
certains, il semble qu’elle soit substantielle.» Et celle-ci se
divise en trois selon les trois opinions qu’il présente. La
deuxième partie commence à cet endroit : «Mais
certains disent, etc.» La troisième [commence] à cet
endroit : «Mais d’autres ont pensé, etc.»
À propos de la première, il fait trois choses.
Premièrement, il présente l’opinion. Deuxièmement,
il soulève une objection en sens contraire et la résout,
à cet endroit : «Mais d’autres s’opposent ainsi
à cette opinion.» Troisièmement, il montre quelles
expressions doivent être acceptées ou rejetées selon
cette opinion, à cet endroit : «Cependant, certains ne
concèdent pas que la substance du pain soit la chair du Christ
à un certain moment.» «Le Christ a livré sa chair
et son sang sous une autre espèce pour trois raisons.» Il montre
ici comment les espèces demeurent après la conversion substantielle.
Cela se divise en deux parties : dans la première, il montre
pourquoi le corps véritable du Christ est donné dans le
sacrement ; dans la seconde, il détermine de l’usage ou de
la distribution des dites espèces, à cet endroit :
«On conclut de ce qui précède que le Christ a
donné aux disciples du vin mêlé d’eau, mais
qu’il a donné son corps tel qu’il le
possédait.» À propos du premier point, il fait trois
choses. Premièrement, il montre pourquoi le corps du Christ est
proposé sous une autre espèce dans le sacrement.
Deuxièmement, pourquoi [il est proposé] sous deux
espèces, à cet endroit : «Mais pourquoi est-il pris
sous deux espèces ?» Troisièment, [il traite] du
mélange d’un troisième élément, à
savoir, l’eau, à cet endroit : «Mais de l’eau
doit être mêlée au vin. On conclut aussi de ce qui
précède que le Christ donna à ses disciples du vin
mêlé d’eau, etc.» Ici, il détermine de la
distribution des espèces : premièrement, comment le Christ
[les] a distribuées ; deuxièmement, comment il faut maintenant
les distribuer, à cet endroit : «L’eucharistie
trempée ne doit pas être donnée au peuple en plus de la
communion.» Ici sont posées trois questions. La première,
à propos de la conversion du pain au corps du Christ et du vin au
sang. La deuxième, à propos de la matière de ce
sacrement, dont les espèces demeurent après la conversion. La
troisième, à propos de l’usage de ce sacrement lors de sa
première institution, par laquelle le Christ le donna à ses
disciples. |
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Quaestio 1 |
Question 1 – [La conversion du
pain au corps du Christ]
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Circa primum quaeruntur quatuor: 1 utrum post
consecrationem remaneat ibi panis; 2 utrum annihiletur; 3 utrum convertatur
in corpus Christi; 4 de locutionibus quae in hac materia concedendae sunt. |
À propos du premier point, quatre questions sont
posées : 1 – Est-ce que le pain demeure après la
conversion ? 2 – Est-ce qu’il est anéanti ? 3 –
Est-il converti au corps du Christ ? 4 – À propos des
expressions qui doivent être acceptées en cette matière. |
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Articulus 1 [15286] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 tit. Utrum
substantia panis remaneat post consecrationem |
Article
1 – La substance du pain demeure-t-elle après la
consécration ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [La
substance du pain demeure-t-elle après la consécration, comme
le dit la troisième opinion ?]
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[15287] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod substantia
panis remaneat post consecrationem, ut dicit tertia opinio. Damascenus enim
dicit: quia consuetudo est hominibus comedere panem et vinum, conjugavit
eis divinitatem, et fecit ea corpus et sanguinem suum. Sed conjunctio
requirit utrumque conjunctorum existere actu. Ergo panis remanet cum corpore
Christi. |
1.
Il semble que la substance du pain demeure après la consécration,
comme le dit la troisième opinion. En effet, [Jean] Damascène
dit : «Parce que c’est la coutume pour les hommes de manger
du pain et du vin, il leur a uni la divinité et en a fait son corps et
son sang.» Or, l’union exige que les deux choses unies existent
en acte. Le pain demeure donc en même temps que le corps du Christ. |
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[15288] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, illud quod de pane
remanet in hoc sacramento post consecrationem, cum sit sacramentum tantum,
debet verum corpus Christi, et etiam mysticum, significare. Sed significatio talis non competit pani nisi ratione
substantiae suae secundum quam ex diversis granis conficitur, secundum quam
etiam reficere et nutrire habet. Ergo oportet quod remaneat in substantia
panis. |
2. Ce qui demeure du pain dans ce sacrement après
la consécration doit être le corps véritable du Christ et
aussi signifier le [corps] mystique, puisqu’il s’agit du
sacrement seulement. Or, une telle signification ne convient au pain
qu’en raison de sa substance, selon laquelle il est fait de divers
grains et selon laquelle il lui revient de restaurer et de nourrir. Il est
donc nécessaire qu’il demeure dans la substance du pain. |
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[15289]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, illud ad quod pauciora difficilia sequuntur,
est magis eligendum. Sed ad hanc positionem sequuntur pauciora difficilia,
cum nihil aliud sequatur, nisi quod duo corpora sint in eodem loco; quod non
est inconveniens de corpore glorioso ratione suae subtilitatis. Ergo haec
opinio est alii praeeligenda. |
3. Il faut plutôt choisir ce dont découlent
moins de choses difficiles. Or, moins de choses difficiles découlent
de cette position, puisque rien d’autre n’en découle que
le fait que deux corps soient dans le même lieu, ce qui n’est pas
incongru pour un corps glorieux en raison de sa subtilité. Il faut
donc donner la préférence à cette opinion. |
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[15290] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, hoc pronomen hoc, cum sit
demonstrativum ad sensum, demonstrat substantiam sub speciebus immediate latentem.
Sed si substantia panis ibi remaneret, ipsa sola immediate accidentibus
subesset, quia eis afficeretur. Ergo ad ipsam ferretur demonstratio hujus
pronominis hoc, cum dicitur: hoc est corpus meum; et sic locutio esset
falsa; quod est inconveniens et haereticum, quia est in doctrina religionis
proposita. Ergo et praedicta positio est
haeretica. |
Cependant, [1] le
pronom «ceci», puisqu’il a un sens démonstratif,
démontre la substance qui est cachée de manière
immédiate sous les espèces. Or, si la substance du pain y
demeurait, elle seule s’y trouverait de manière immédiate
selon les accidents, car elle en serait affectée. La
démonstration faite par ce pronom «ceci» porterait donc
sur elle, lorsqu’on dit : «Ceci est mon corps.» Et
ainsi, la proposition serait fausse, ce qui est incongru et
hérétique, car elle est proposée dans
l’enseignement de la religion. La position qui précède
est donc hérétique. |
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[15291] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
si substantia panis ibi remaneret, tunc sumens hoc sacramentum non solum
sumeret spiritualem cibum, sed corporalem. Sed corporalis cibi sumptio impedit a
sacramento ulterius eadem die percipiendo, ut supra, dist. 8, dictum est. Ergo qui semel sumpsisset corpus Christi,
non posset iterato sumere; quod est contra ritum hujus sacramenti. |
[2] Si la substance du pain y demeurait, celui qui
reçoit ce sacrement ne recevrait pas seulement une nourriture
spirituelle, mais aussi corporelle. Or, la prise de nourriture corporelle
empêche de recevoir le même jour le sacrement, comme on l’a
dit plus haut, d. 8. Celui qui aurait reçu le corps du Christ ne
pourrait donc pas le recevoir à nouveau, ce qui va à
l’encontre du rite de ce sacrement. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les espèces du pain doivent-elles demeurer ?] |
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[15292]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debeant species panis remanere.
Quia in sacramento veritatis non debet esse aliqua deceptio. Sed cum
accidentia ducant in cognitionem ejus quod quid est, secundum philosophum in
1 de anima, deceptio videtur, ostendere illius accidentia cujus substantia
non manet. Ergo ex quo substantia panis non manet, non deberent accidentia
ejus manere. |
1.
Il semble que les espèces du pain doivent demeurer, car, dans le
sacrement de la vérité, il ne doit y avoir aucune tromperie.
Or, puisque les accidents conduisent à la connaissance de
l’essence, selon le Philosophe, dans Sur l’âme, I, il
semble que ce soit une tromperie de montrer les accidents de ce dont la
substance ne demeure pas. Du fait que la substance du pain ne demeure pas,
ses accidents ne devraient donc pas demeurer.
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[15293] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
causae in littera assignatae non videntur convenientes. Fides enim quamvis
experimentum rationis effugiat, tamen rationis contradictionem non requirit:
quia ea quae sunt fidei non sunt contra rationem, sed supra. Sed quod sub alia
specie videatur, hoc non solum contra rationem, sed etiam contra sensum
apparet. Ergo non deberet sub alia specie
apparere propter meritum fidei. |
2. Les raisons données dans le texte ne semblent
pas convenir. En effet, la foi, bien qu’elle s’éloigne de
la vérification de la raison, n’exige cependant pas la contradiction
de la raison, car ce qui relève de la foi n’est pas contraire
à la raison, mais au-dessus. Or, ce qui est vu sous une autre
espèce n’est pas seulement contraire à la raison, mais
aussi manifestement contraire au sens. Il ne devrait donc pas se montrer sous
une autre espèce pour le mérite de la foi. |
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[15294] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
supposita fide hujus sacramenti, per quam corpus Christi sine sui detrimento
manducari creditur, non esset horridum istud sumere in quacumque specie
appareret. Sed fides necessaria est ad sumendum. Ergo secunda causa quam
assignat, nulla est. |
3. Si l’on suppose la foi à ce sacrement,
selon laquelle on croit que le corps du Christ est mangé sans
préjudice pour lui-même, il ne serait pas repoussant de le
recevoir sous n’importe quelle espèce où il se
montrerait. Or, la foi est nécessaire pour le recevoir. La
deuxième raison que le [Maître] donne est donc nulle. |
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[15295]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 4 Praeterea, illud quod aliquando fit ad confirmationem
fidei, si semper fieret, non esset irrisio, sed major confirmatio. Sed
aliquando ad confirmationem fidei alicujus dubitantis de hoc sacramento,
ostenditur corpus Christi sub specie carnis, sicut legitur in vita beati
Gregorii et in vitis patrum. Ergo non esset ad irrisionem, si semper in
specie propria ostenderetur. |
4. Ce qui se produit parfois pour raffermir la foi ne
tournerait pas à sa dérision mais à un plus grand
raffermissement, si cela se produisait toujours. Or, parfois, pour raffermir
la foi de quelqu’un qui doute de ce sacrement, le corps du Christ est
montré sous l’espèce de la chair, comme on le lit dans la
Vie du bienheureux Grégoire et dans les Vies des pères. Cela ne
tournerait donc pas à la dérision, s’il était toujours
montré sous sa propre espèce. |
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[15296] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, sacramentum est sensibile signum, ut 1 distinct. dictum est. Sed
panis est corporis Christi veri sacramentum. Ergo debet remanere quantum ad
sensibilia accidentia. |
Cependant, [1] le
sacrement est un signe sensible, comme on l’a dit à la d. 1. Or,
le pain est le sacrement du corps véritable du Christ. Ses
espèces sensibles doivent donc demeurer. |
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[15297] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea,
usus sacramenti est manducatio, ut supra, dist. 9, dictum est. Sed manducatio
requirit divisionem cibi, quae fit per masticationem. Ergo cum divisio non
possit fieri in vero corpore Christi, quod est gloriosum, oportuit quod
essent ibi species saltem aliae, quarum fractio esset. |
[2] L’usage du sacrement est la manducation, comme
on l’a dit plus haut, d. 9. Or, la manducation exige la division de la
nourriture, qui se réalise par la mastication. Puisqu’une
division ne peut pas se produire dans le corps véritable du Christ,
qui est glorieux, il fallait donc que s’y trouvent à tout le
moins des espèces différentes dont il y aurait fraction. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La forme substantielle du pain doit-elle demeurer ?] |
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[15298]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam forma substantialis panis
debeat remanere. Operatio enim substantialis non potest fieri sine forma
substantiali. Sed nutrire est operatio formae substantialis: quia nutrit
inquantum quid cibus, ut dicitur in 2 de anima. Ergo cum species quae in
sacramento remanent, etiam corporaliter nutriant, ut a quibusdam dicitur,
videtur quod forma substantialis panis remaneat. |
1.
Il semble que la forme substantielle du pain doive aussi demeurer. En effet,
une action substantielle ne peut être réalisée sans la
forme substantielle. Or, nourrir est une opération de la forme
substantielle, car la nourriture nourrit en tant que telle, comme il est dit
dans Sur l’âme, II. Puisque les espèces qui
demeurent dans le sacrement nourrissent même corporellement, comme
certains le disent, il semble donc que la forme substantielle du pain
demeure. |
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[15299] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, illud quod non
mutatur in aliquid corporis Christi, oportet quod post consecrationem maneat.
Sed forma substantialis panis non convertitur in aliquid corporis Christi:
quia si converteretur, oporteret quod converteretur in animam, quae est forma
substantialis corporis Christi, in quam non convertitur aliquid, ut ex
praecedenti dist. patet. Ergo forma
substantialis panis manet sicut accidentia. |
2. Ce qui n’est pas changé en quelque chose
du corps du Christ doit nécessairement demeurer après la
consécration. Or, la forme substantielle du pain n’est pas
convertie en quelque chose du corps du Christ, car, si elle était
convertie, il faudrait qu’elle soit convertie en l’âme [du
Christ], qui est la forme substantielle du corps du Christ, en laquelle rien
n’est converti, comme cela ressort clairement de la distinction
précédente. La forme substantielle du pain demeure donc, tout
comme les accidents. |
|
[15300] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, panis est
quoddam artificiale. Sed formae artificialium sunt accidentia, ut patet in 2
Physic. Cum ergo accidentia maneant, videtur
quod forma panis secundum quam est panis, maneat. |
3. Le pain est quelque chose qui résulte
d’un art. Or, les formes des choses artificielles sont des accidents,
comme cela ressort de Physique, II. Puisque les accidents demeurent,
il semble donc que la forme du pain, selon laquelle il est pain, demeure. |
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[15301] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 4 Praeterea,
secundum Averroem in Lib. de substantia orbis, et in 1 Physic., oportet in
materia praeintelligere dimensiones ante formas substantiales aliquo modo in
generabilibus et corruptibilibus, alias non possunt esse diversae formae in
diversis partibus materiae, cum divisio non fiat nisi secundum quantitatem.
Sed dimensiones manent. Ergo et forma substantialis manet. |
4. Selon Averroès, dans le Livre sur la
substance du monde et dans Physique, I, il faut d’une
certaine manière comprendre dans la matière les dimensions
avant les formes substantielles pour ce qui est sujet à la
génération et corruptible, autrement il ne peut y avoir
diverses formes dans les diverses parties de la matière, puisque la
division ne se réalise que selon la quantité. Or, les
dimensions demeurent. La forme substantielle aussi demeure donc. |
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[15302] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, remotis accidentibus et forma substantiali, nihil manet nisi
subjectum commune. Sed illud quod est commune, non potest converti in
aliquid. Ergo non posset intelligi aliqua conversio fieri si forma
substantialis remaneret. |
Cependant, [1] si on
enlève les accidents et la forme substantielle, rien ne demeure
qu’un sujet commun. Or, ce qui est commun ne peut être converti
en quelque chose. On ne pourrait donc pas comprendre qu’une conversion
est réalisée, si la forme substantielle demeure. |
|
[15303] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
species panis et vini sensibiles sunt sacramentum tantum in Eucharistia. Ergo debent ducere in
illud cujus sunt sacramentum, scilicet in corpus Christi. Sed si remaneret
ibi forma substantialis panis, ducerent in ipsam magis quam in corpus
Christi, quia sunt ei propinquiores secundum naturam. Ergo videtur quod non remaneat forma substantialis panis. |
[2] Les espèces sensibles du pain et du vin sont
le sacrement seulement dans l’eucharistie. Ils doivent donc conduire
à ce dont elles sont le sacrement, à savoir, le corps du
Christ. Mais si la forme substantielle du pain y demeurait, [les
espèces sensibles] conduiraient à elle plutôt qu’au
corps du Christ, parce qu’elles lui sont plus proches selon la nature.
Il semble donc que la forme substantielle du pain ne demeure pas. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15304] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod haec positio, quae
ponit substantiam panis ibi remanere post consecrationem simul cum vero
corpore, incompetens est huic sacramento, et impossibilis, et haeretica.
Incompetens quidem, quia impediret venerationem debitam huic sacramento:
esset enim idolatriae occasio, si hostiae veneratio latriae exhiberetur,
substantia panis ibi remanente. Esset etiam contra significationem
sacramenti: quia species non ducerent in verum corpus Christi per modum
signi, sed magis in substantiam panis. Esset
etiam contra usum sacramenti: quia jam cibus iste non esset pure spiritualis
sed etiam corporalis. Sed quod sit impossibilis, patet ex hoc quod
impossibile est aliquid esse nunc cum prius non fuerit, nihil ipso mutato vel
aliquo in ipsum: nec posset etiam per miraculum fieri, sicut quod esset
animal rationale mortale, et non esset homo: aliter enim se habere nunc et
prius est idem quod moveri vel transmutari. Si ergo corpus Christi verum
esset sub sacramento nunc et non prius, oporteret aliquem motum vel
mutationem intervenisse. Sed nulla mutatio est ex parte panis facta secundum
hanc positionem. Ergo oportet quod corpus Christi sit mutatum saltem
localiter, ut dicatur quod corpus Christi est hic, quia per motum localiter
huc venit; quod omnino esse non potest: quia cum simul et semel in diversis
locis corpus Christi consecretur, oporteret quod simul et semel ad diversa
loca unum numero moveretur corpus, quod est impossibile: quia contingeret
simul contrarios motus inesse eidem, vel saltem diversos ejusdem speciei.
Quod autem sit haeretica, patet ex hoc quod contradicit veritati Scripturae;
non enim esset verum dicere: hoc est corpus meum, sed: hic est corpus. |
Cette position, qui affirme que la substance du pain
demeure là après la consécration en même temps que
le corps véritable [du Christ] est déplacée pour ce
sacrement, en plus d’être impossible et hérétique.
Déplacée, parce qu’elle empêcherait la
vénération due à ce sacrement. En effet, ce serait une
occasion d’idolatrie, si une vénération de latrie
était manifestée à l’hostie, alors que la
substance du pain y demeure. Elle irait aussi à l’encontre de la
signification du sacrement, car les espèces ne conduiraient pas au
corps véritable du Christ par mode de signe, mais plutôt
à la substance du pain. Elle irait aussi à l’encontre de
l’usage du sacrement, car cette nourriture ne serait plus purement
spirituelle, mais aussi corporelle. Mais qu’elle soit impossible, cela
ressort clairement du fait qu’il est impossible que quelque existe
maintenant, alors que cela n’existait pas auparavant, sans que cela
même soit changé ou que quelque chose y [soit changé].
Cela ne pourrait pas non plus être réalisé par un
miracle, comme le fait que ce soit un animal raisonnable mortel, et que ce ne
soit pas un homme. En effet, être différent maintenant et
auparavant est la même chose qu’être mû ou
changé. Si donc le corps véritable du Christ se trouvait dans
le sacrement maintenant et non antérieurement, il faudrait qu’un
mouvement ou un changement soit survenu. Or, aucun changement n’a eu
lieu du côté du pain selon cette position. Il faut donc que le
corps du Christ ait été changé au moins localement, de
sorte qu’on dise que le corps du Christ est ici parce qu’il y est
venu par un mouvement local, ce qui ne peut pas du tout être le cas, car,
lorsque le corps du Christ est consacré en même temps et une
seule fois en divers lieux, il faudrait qu’un seul corps en nombre soit
mû en même temps et une seule fois en divers lieux, ce qui est
impossible. En effet, il se produirait en même temps des mouvements
contraires dans la même chose ou, tout au moins, des mouvements divers
de la même espèce. Que cette [position] soit
hérétique, cela ressort clairement du fait qu’elle est en
contradiction avec la vérité de l’Écriture :
en effet, il ne serait pas vrai de dire : «Ceci est mon
corps», mais «Ici est le corps.» |
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[15305]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod verbum Damasceni
intelligendum est quantum ad species quibus corpus Christi divinitati unitum
modo ineffabili conjungitur. |
1. La parole de [Jean] Damascène doit
s’entendre des espèces par lesquelles le corps du Christ est uni
à la divinité d’une manière ineffable. |
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[15306] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod species sic remanentes repraesentant aliquo modo substantiam
quam prius afficiebant, et per consequens proprietates ejus; et ita habent
rationem significandi per quamdam similitudinem corpus Christi verum et
mysticum. |
2. Les espèces qui demeurent ainsi
représentent d’une certaine manière la substance
qu’elles affectaient antérieurement et, par conséquent,
ses propriétés. Elles ont ainsi la capacité de signifier
le corps du Christ véritable et mystique en vertu d’une certaine
similitude. |
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[15307] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod hanc positionem sequitur gravius inconveniens quam
quod contradictoria sint simul vera: quia ponit definitionem (scilicet aliter
nunc quam prius), et non potest ponere definitum (scilicet motum), neque in
corpore domini, neque in substantia panis. |
3. Un
inconvénient plus grave découle de cette position que le fait
que des contradictoires soient vraies en même temps, car elle
présente une définition (à savoir, être autrement
maintenant qu’antérieurement) et ne peut présenter ce qui
est défini (à savoir, ce qui est mû), ni dans le corps du
Seigneur, ni dans la substance du pain. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15308] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod accidentia
panis eadem numero remanent ibi. Quomodo autem ibi sint, utrum sine subjecto
vel alio modo, in sequenti distinct., qu. 1, art. 1, dicetur. Sed ratio quare
remaneant, assignatur in littera ex parte usus sacramenti, et quantum ad
manducationem spiritualem, quae est per fidem, ut scilicet fides esset
majoris meriti quantum ad manducationem sacramentalem, ne scilicet esset
nobis horrori, si in propria specie sumeretur, et infidelibus irrisioni. Potest assignari et alia causa ex parte ipsius sacramenti:
quia spiritualia in sacramentis per signa corporalia consueverunt ostendi: et
quia corpus Christi verum non est cibus corporalis, sed spiritualis; ideo
oportuit quod per similitudines sensibiles cibus corporalis significaretur,
et eis contineretur. |
Les
accidents du pain demeurent là identiques en nombre. Comment y
sont-ils : est-ce sans sujet ou d’une autre manière ? On le
dira à la distinction suivante, q. 1, a. 1. Mais la raison pour
laquelle ils demeurent est donnée dans le texte du point de vue de
l’usage du sacrement et pour ce qui est de la manducation spirituelle,
qui se réalise par la foi, afin que la foi ait un plus grand
mérite dans la manducation sacramentelle, à savoir, que [cette
manducation] ne soit pas repoussante pour nous, si elle était prise
sous l’espèce propre, et ne soit pas sujet de dérision
pour les infidèles. On peut donner aussi une autre raison du point de
vue du sacrement lui-même, car les réalités spirituelles
ont coutume d’être montrées dans les sacrements par des
signes corporels. Et parce que le corps véritable du Christ
n’est pas une nourriture corporelle mais spirituelle, il fallait que la
nourriture corporelle soit signifiée par des similitudes sensibles et
soit contenue en elles. |
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[15309] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in hoc sacramento non
est aliqua deceptio neque fictio. Non enim sensus
decipitur, quia non habet judicare nisi de sensibilibus speciebus, quae
quidem vere ibi sunt sicut et sensui ostenduntur; neque etiam intellectus,
qui habet judicium de substantiis rerum per fidem juvatus. |
1. Dans ce sacrement,
il n’y a ni tromperie ni fiction. En effet, le sens n’est pas
trompé, car il ne peut juger que des espèces sensibles, qui se
trouvent vraiment là comme elles sont montrées au sens.
L’intellect non plus n’est pas trompé, à qui il
revient de juger des substances des choses avec l’aide de la foi. |
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[15310] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod jam patet ex dictis quod non est contra sensum, sed supra; quia sensus
non potest pertingere ad illius substantiae cognitionem. |
2. Il est
déjà clair par ce qui a été dit que cela
n’est pas contraire au sens mais lui est supérieur, car le sens
ne peut atteindre à la connaissance de cette substance. |
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[15311] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod supposita fide, in sumptione corporis Christi in specie propria
apparentis non esset horror ex abominatione proveniens, esset tamen horror ex
devotione procedens; quia homo non solum refugit immunda tangere ex abominatione,
sed etiam sancta ex devotione. |
3. En supposant la
foi, on ne serait pas rebuté par la répulsion en recevant le
Christ sous son espèce propre; il y aurait cependant une
répulsion issue de la dévotion, car l’homme ne fuit pas
seulement le contact des choses impures par répulsion, mais aussi
celui des choses saintes par dévotion. |
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[15312] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 1 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quantum ad ostensionem
talis speciei fides potest aedificari; sed si in hac specie sumeretur, magis
esset in fidei destructionem: quia corpus Christi quod est gloriosum,
passibile ostenderetur, si masticationi subesset. |
4. Par la manifestion
d’une telle espèce, la foi peut être
édifiée. Mais s’il était reçu sous une
telle espèce, cela contribuerait plutôt à la destruction
de la foi, car, s’il était soumis à la mastication, on
montrerait que le corps du Christ, qui est glorieux, est passible. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15313] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod forma panis
substantialis non remanet post consecrationem; et hoc propter tres rationes.
Primo, quia in qualibet transmutatione vel conversione terminus a quo est
ejusdem generis cum termino ad quem. Illud autem ad quod terminatur
conversio, non est forma tantum neque materia tantum, sed substantia existens
in actu; et hoc declarant verba substantiva, quae hoc faciunt quod
significant. Unde cum in eis exprimatur per hoc pronomen hoc substantia in
actu composita, oportet quod illud quod convertitur in corpus Christi, sit
etiam substantia composita, non materia panis tantum; et ita forma panis non
manet. Secundo, quia frustra remaneret. Accidentia enim manent ut sint signa,
quia ad hoc sunt ut per ea de substantia subjacente cognitionem accipiamus,
cum sint sensibilia, et ita ad cognitionem intelligibilium via. Sed forma substantialis non est quid sensibile, sed est
ordinata ad esse substantiale. Unde cum substantia panis non remaneat,
frustra forma substantialis ibi esset. Tertio, quia accidentia non immediate
ducerent in corpus Christi, sed in formam substantialem panis remanentem; et
ideo deperiret aliquid significationi sacramenti. |
La
forme substantielle du pain ne demeure pas après la
consécration, et cela, pour trois raisons. Premièrement, parce
qu’en toute transmutation ou conversion, le terme a quo est du
même genre que le terme ad quem. Or, ce à quoi se termine la
conversion n’est ni seulement la forme ni seulement la matière,
mais la substance existant en acte. C’est ce que déclarent les
substantifs, qui réalisent ce qu’ils signifient.
Puisqu’est exprimée par eux dans ce pronom «ceci»
une substance en acte composée, il faut donc que ce qui est converti
au corps du Christ soit aussi une substance composée, et non pas seulement
la matière du pain. Et ainsi, la forme du pain ne demeure pas.
Deuxièmement, parce que [la substance du pain] demeurerait pour rien.
En effet, les accidents demeurent afin d’être des signes, car ils
existent pour que par eux nous recevions la connaissance de la substance
sous-jacente, puisqu’ils sont sensibles, et pour être un chemin
vers la connaissance des réalités intelligibles. Or, la forme
substantielle n’est pas quelque chose de sensible, mais elle est ordonnée
à l’être substantiel. Puisque la substance du pain ne
demeure pas, sa forme substantielle y serait donc pour rien.
Troisièmement, parce que les accidents ne conduiraient pas
immédiatement au corps du Christ, mais à la forme substantielle
du pain qui demeurerait. Quelque chose serait donc perdu de la signification
du sacrement. |
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[15314] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod haec ratio movit quosdam ad ponendum formam substantialem
remanere; sed patet quod ratione illa magis ponendum esset quod materia panis
remaneat quam quod forma. Panis enim non nutrit, nec aliquis cibus, nisi
secundum quod convertitur in illud quod nutritur: quod autem naturali
conversione convertitur in alterum, non manet quantum ad formam, sed quantum
ad materiam, unde forma substantialis panis, si remaneret, nutrire non posset
magis quam accidentia. Utrum autem species
illae possint nutrire, in sequenti dist. dicetur. |
1. Cet argument en a conduit certains à affirmer
que la forme substantielle demeure ; mais il est clair que, selon ce
raisonnement, il faudrait plutôt affirmer que la matière du pain
demeure plutôt que la forme. En effet, le pain ni une autre nourriture
ne nourrit que selon qu’il est converti en ce qui est nourri. Or, ce
qui est converti en autre chose par une conversion naturelle ne demeure pas
quant à sa forme, mais quant à sa matière. Si la forme
substantielle du pain demeurait, elle ne pourrait donc pas nourrir davantage
que les accidents. Mais ces espèces peuvent-elles nourrir ? On le dira
dans la distinction suivante. |
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[15315] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod anima non est forma quae perficiat uniformiter suum
perfectibile in toto et in omnibus partibus; unde singulae partes ex anima
consequuntur perfectionem eis proportionalem; unde quamvis in animam Christi
secundum quod est perfectio totius, non convertatur aliquid, tamen
transubstantiatur substantia panis tota, et quantum ad formam et quantum ad
materiam in ipsum corpus Christi totum, secundum quod intelligitur accepisse
congruentes perfectiones in singulis partibus, quia sic est organicum, et
propria animae materia. |
2. L’âme n’est pas une forme qui
perfectionne de manière uniforme ce qu’elle perfectionne en
totalité et dans toutes ses parties. Ainsi, chaque partie reçoit-elle
de l’âme la perfection qui lui est proportionnée. Bien que
rien ne soit converti en l’âme du Christ, en tant qu’elle
est perfection du tout, la substance entière du pain est cependant
transsubstantiée, pour la forme comme pour la matière, en corps
entier du Christ, tel qu’il est compris avoir reçu les
perfections appropriées pour chacune de ses parties, car il est ainsi
organique et matière propre de l’âme. |
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[15316] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis ars non possit
introducere formam substantialem per seipsam, potest tamen introducere
virtute naturae qua utitur in sua operatione sicut instrumento; sicut patet
in hoc quod aquam in vaporem convertit, et aerem in ignem igne mediante. Et
similiter cum occiditur animal, recedente anima, alia forma substantialis
succedit, sicut generatio unius est corruptio alterius. Ita etiam per
commixtionem farinae et aquae et ustionem ignis potest consequi forma aliqua
substantialis quae sit forma substantialis per quam panis est panis. Si autem non esset forma substantialis quae est per artem
inducta per quam panis est panis, substernitur forma substantialis
accidentali, scilicet forma farinae; triticum enim jam a sua specie est
corruptum; quia non manet ejus operatio ut possit sibi simile generare. |
3. Bien que l’art ne puisse par lui-même
introduire une forme substantielle, il peut cependant l’introduire
à titre d’instrument en vertu de la nature qu’il utilise
dans son opération, comme cela ressort clairement dans le fait
qu’il convertit l’eau en vapeur et l’air en feu par le
moyen du feu. De même, lorsqu’un animal est tué et que
l’âme se retire, une autre forme substantielle lui
succède, puisque la génération d’une chose est la
corruption d’une autre. Et encore, une forme substantielle – qui
est la forme substantielle par laquelle le pain est pain – peut venir
du mélange de farine et d’eau, et la combustion, du feu.
S’il n’y avait pas de forme substantielle qui soit induite par
l’art et en vertu de laquelle le pain est pain, la forme substantielle
serait soumise à [la forme] accidentelle, à savoir, à la
forme de la farine. En effet, le froment a déjà perdu son
espèce par corruption, car il ne conserve pas l’opération
par laquelle il peut engendrer quelque chose de semblable à lui-même. |
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[15317] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod dimensio quae praeintelligitur ante formam
substantialem in materia, non habet esse completum, quia non est dimensio
terminata; terminatio enim dimensionis est per formam. Sed dimensiones quae
manent post consecrationem, sunt dimensiones terminatae quae habent certam
mensuram et figuram. |
4. La dimension qui est présupposée
à la forme substantielle dans la matière n’a pas un
être complet, car elle n’est pas une dimension
délimitée : en effet, la délimitation de la
dimension se réalise par la forme. Or, les dimensions qui demeurent
après la consécration sont des dimensions
délimitées qui ont une mesure et une figure
déterminées. |
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Articulus 2 [15318] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 2 tit. Utrum panis
facta conversione annihiletur |
Article
2 – Le pain est-il anéanti, une fois réalisée la
conversion ?
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[15319] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 2 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod panis facta
conversione annihiletur. In qualibet enim
mutatione quae est secundum aliquid intraneum rei, terminus a quo non manet
nisi in potentia praejacenti; sicut quando nigrum fit album, nigredo non
remanet nisi in potentia subjecti; et quando ex aere fit ignis, forma aeris,
quae est terminus a quo, non manet nisi in potentia materiae communis, quae
subjicitur mutationi. Sed in conversione de qua loquimur, est terminus a quo,
tota substantia panis. Ergo cum non sit accipere aliquid praejacens ad totam
substantiam panis, quia non est in subjecto sicut accidens, neque in materia
sicut forma, videtur quod omnino annihiletur. |
1. Il semble que le pain soit anéanti, une fois réalisée la conversion. En effet, dans tout changement qui se produit de l’intérieur d’une chose, le terme a quo ne demeure que dans la puissance qui était sous-jacente, comme lorsque quelque chose de noir devient blanc, le noir ne demeure que dans la puissance du sujet ; et lorsque le feu est produit à partir de l’air, la forme de l’air, qui est le terme a quo, ne demeure que dans la puissance de la matière commune, qui est soumise au changement. Mais, dans la conversion dont nous parlons, le terme a quo est toute la substance du pain. Puisqu’il n’y a rien qui précède toute la substance du pain, parce qu’elle ne se trouve pas dans un sujet comme un accident ni dans la matière comme une forme, il semble donc qu’elle soit complètement anéantie. |
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[15320] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 2 arg. 2 Praeterea,
respectu ejusdem est aliquid natum esse terminus a quo et terminus ad quem;
sicut ex albo fit nigrum, et ex nigro album. Sed mutationis, cujus terminus a
quo est tota substantia rei, terminus ad quem est simpliciter nihil, sicut
patet in creatione. Ergo similiter cum in conversione de qua loquimur,
terminus a quo sit tota substantia panis, terminus ad quem erit simpliciter
nihil. Ergo substantia panis annihilatur. |
2. Le terme a quo et le terme ad quem concerne
la même chose ; elle devient ainsi noire après avoir
été blanche et blanche après avoir été
noire. Or, le terme ad quem de la mutation, dont le terme a quo
est toute la substance d’une chose, est simplement le néant,
comme cela ressort clairement dans la création. De la même
manière puisque, dans la conversion dont nous parlons, le terme a
quo est toute la substance du pain, le terme ad quem sera donc
simplement le néant. La substance du pain est dont anéantie. |
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[15321]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 2 arg. 3 Praeterea, si unum contradictorium est falsum, reliquum de
necessitate erit verum. Sed facta conversione, haec est falsa: panis est
aliquid, vel: de pane est aliquid. Ergo haec est vera: nihil de pane est.
Ergo panis est annihilatus. |
3. Si l’une des contradictoires est fausse,
l’autre sera nécessairement vraie. Or, une fois la conversion
réalisée, cette [proposition] est fausse : «Le pain
est quelque chose» ou «Quelque chose vient du pain.» Cette
[proposition] est donc vraie : «Rien n’existe du
pain.» Le pain est donc anéanti. |
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[15322] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 2 arg. 4 Praeterea,
illud annihilari dicitur quod neque in se neque in alio manet. Sed panis
substantia non manet in se, facta conversione, ut dictum est, neque manet in
corpore Christi, quia sic corpus Christi augeretur. Ergo penitus annihilatur. |
4. On dit qu’une
chose est anéantie lorsqu’elle ne demeure ni en elle-même
ni dans une autre. Or, une fois la conversion réalisée, la
substance du pain ne demeure pas en elle-même, comme on l’a dit,
et elle ne demeure pas non plus dans le corps du Christ, car le corps du
Christ serait ainsi augmenté. Elle est donc totalement
anéantie. |
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[15323] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 2 arg. 5 Praeterea, sicut se
habet conversio formalis ad formam, ita substantialis ad substantiam. Sed in
conversione formali annihilatur forma, sicut patet cum ex aere fit ignis.
Ergo in conversione substantiali, qualis haec esse dicitur, annihilatur
substantia panis. |
5. Telle est la
conversion formelle par rapport à la forme, telle est la [conversion]
substantielle par rapport à la substance. Or, dans la conversion
formelle, la forme est anéantie, comme cela est clair lorsque le feu
vient de l’air. Dans la conversion substantielle, dont il est question
ici, la substance du pain est donc anéantie. |
|
[15324]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 2 s. c. 1 Sed contra, Augustinus dicit in Lib. 83 qq., quaest. 21: ille
ad quem non esse non pertinet, non est causa tendendi ad non esse. Sed Deus est hujusmodi.
Ergo ipse nihil in nihilum reducit. Sed conversio praedicta fit divina
virtute. Ergo non reducitur substantia panis
in nihil. |
Cependant, [1] Augustin dit, dans le Livre sur les quatre-vingt-trois questions : «Celui de qui ne relève pas le fait de ne pas être n’est pas la cause par laquelle on tend au non-être.» Or, Dieu est ainsi. Il ne ramène donc rien au néant. Or, la conversion en question est réalisée par la puissance divine. La substance du pain n’est donc pas ramenée au néant. |
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[15325]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 2 s. c. 2 Praeterea, illud quod in aliquid convertitur, non
annihilatur. Sed panis in corpus Christi convertitur, ut per auctoritates in
littera positas ostendi potest. Ergo non annihilatur. |
[2] Ce qui est converti en quelque chose d’autre
n’est pas anéanti. Or, le pain est converti au corps du Christ,
comme on peut le montrer par les autorités citées dans le
texte. Il n’est donc pas anéanti. |
|
[15326] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 2 s. c. 3 Praeterea, defectus
perfectioni repugnat. Sed hoc sacramentum est maximae perfectionis, ut supra
dictum est, dist. 8, qu. 1, art. 3, quaestiunc. 1. Ergo cum annihilatio sit
via ad defectum, non competit huic sacramento. |
[3] La carence s’oppose à la perfection. Or,
ce sacrement est parfait au plus haut point, comme on l’a dit plus
haut, d. 8, q. 1, a. 3, qa 1. Puisque l’anéantissement est
le chemin vers la carence, il n’a donc pas de rapport avec ce
sacrement. |
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[15327] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 2 co. Respondeo dicendum, quod haec opinio duo ponit sub
disjunctione;
scilicet quod substantia panis resolvitur in praejacentem materiam, vel quod
annihilatur; et quantum ad utrumque est falsa. Si enim in praejacentem
materiam resolveretur, hoc non potest intelligi nisi dupliciter. Uno modo
quod esset in materia sine forma omni, quod quidem nec per miraculum esse
potest, quia haec positio implicat in se contradictionem. Materia enim per essentiam suam est ens in potentia, et
forma est actus ejus. Si ergo ponatur materia sine forma esse actu, ponetur
actu materia esse et non esse. Alio modo potest intelligi ita quod resolvatur
in materialia elementa; et hoc iterum non potest esse; quia illa materialia
elementa aut remanerent in eodem loco, et oporteret quod sub illis speciebus
esset aliud corpus quam corpus Christi, et quod illud materiale corpus esset
simul cum dimensionibus panis, et multa hujusmodi inconvenientia sequerentur:
vel non essent in eodem loco, et sic esset motus localis illius elementi
materialis; quod non potest esse, quia sentiretur talis mutatio, si esset. Praeterea cum motus
localis necessario sit successivus, oportet quod illud materiale elementum
prius relinqueret unam partem hostiae quam aliam. Transubstantiatio autem fit
in instanti, ut dicetur art. seq., quaestiunc. 2. Unde sequeretur alterum duorum: vel quod aliquando sub aliqua parte
specierum non esset neque corpus Christi, neque substantia panis, neque
materiale elementum, quod jam abscessit ab illa parte; vel quod aliquando sub
eadem parte hostiae esset corpus Christi et materiale elementum, quod est
impossibile; et ideo non potest dici quod resolvatur in praejacentem
materiam. Similiter non potest dici quod annihiletur, eo quod omnis motus
denominatur a termino ad quem, sicut motus qui est ad albedinem, dicitur
dealbatio; unde illa transmutatio tantum posset dici annihilatio, cujus
terminus ad quem esset nihil. Hoc autem non potest esse in illa conversione, quia
oportet hanc conversionem terminari ad corpus Christi: quia nihil potest
incipere hic esse cum prius non fuerit, nisi per motum aut mutationem
propriam vel alterius terminatam aliquo modo ad ipsum. Unde si conversio
praedicta ad corpus Christi non terminaretur, oporteret quod corpus Christi
esset hic in altari facta consecratione, ubi prius non erat, per motum
proprium; quod supra est improbatum. Unde patet quod opinio illa falsa est,
quae ponebat substantiam panis annihilari. |
Réponse
Cette opinion affirme deux choses en les séparant,
à savoir que la substance du pain est ramenée à la
matière sous-jacente ou qu’elle est anéantie. Elle est
fausse sur les deux points. En effet, si elle était ramenée
à la matière préexistante, cela ne peut se comprendre
que de deux manières. D’une manière, elle existerait dans
la matière sans aucune forme, ce qui ne peut se produire même
par miracle, car cette position comporte une contradiction en
elle-même. En effet, la matière est par son essence un
être en puissance, et la forme est son acte. Si donc on affirme que la
matière existe en acte sans forme, on affirmerait que la
matière existe et n’existe pas en acte. D’une autre
manière, on peut comprendre qu’elle est ramenée aux
éléments matériels. Cela aussi ne peut être le
cas, car ces éléments matériels demeureraient dans le
même lieu, et il faudrait que, sous ces espèces, existe un autre
corps que le corps du Christ et que ce corps matériel possède
en même temps les dimensions du pain. Beaucoup
d’incongruités de ce genre en découleraient. Ou bien [ces
éléments matériels] ne seraient pas dans le même
lieu, et ainsi il y aurait un mouvement local de cet élément
matériel, ce qui ne peut pas être le cas, car on sentirait un
tel mouvement s’il existait. De plus, comme le mouvement local est
successif, il faudrait que cet élément matériel quitte
une partie de l’hostie plutôt qu’une autre. Or, la
transsubstantiation se réalise dans l’instant, comme on le dira
à l’article suivant, qa 2. Une de deux choses en
découlerait donc : ou bien, sous une partie des espèces,
n’existerait à un certain moment ni le corps du Christ, ni la
substance du pain ni l’élément matériel, qui a
déjà quitté cette partie ; ou bien, à un
certain moment, le corps du Christ et l’élément
matériel [existeraient] dans la même partie de l’hostie,
ce qui est impossible. On ne peut donc pas dire que [la substance du pain]
est ramenée à la matière sous-jacente. De même, on
ne peut pas dire qu’elle est anéantie du fait que tout mouvement
tire son nom du terme ad quem, comme le mouvement qui tend vers la
blancheur est appelé blanchiment. Aussi ne pourrait-on appeler
anéantissement que la transformation dont le terme ad quem est
le néant. Mais cela ne peut être le cas dans cette conversion,
car cette conversion doit avoir comme terme le corps du Christ : en
effet, rien ne peut commencer à exister ici, alors qu’il
n’existait pas antérieurement, que par un mouvement ou un
changement propre ou de quelque chose d’autre, qui ait d’une
certaine manière comme terme [le corps] même [du Christ]. Si la
conversion en question n’avait pas comme terme le corps du Christ, il
faudrait donc qu’après la consécration, le corps du
Christ se trouve ici sur l’autel où il n’était pas
antérieurement par un mouvement propre, ce qui a été
réfuté plus haut. Il est donc clair que cette opinion qui
affirmait que la substance du pain est anéantie est fausse. |
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[15328]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in mutationibus naturalibus
terminus a quo est forma aliqua, quae quidem non convertitur in terminum ad
quem; et ideo non annihilatur, nisi quatenus manet in potentia in suo
subjecto: sed illud quod convertitur ad terminum ad quem, est subjectum
mutationis, non quidem ut sit illud, sed ut sit sub illo; unde subjectum annihilari
non dicitur inquantum in aliud convertitur. Unde cum in hac conversione id
quod est terminus a quo, scilicet substantia panis, convertatur secundum se
totum in terminum ad quem, scilicet corpus Christi, non quidem ut sit sub
ipso, sed ut sit ipsummet, patet quod non est annihilatio substantiae panis. |
Solutions
1. Dans les changement naturels, le terme a quo est une
certaine forme, mais elle n’est pas convertie au terme ad quem.
C’est pourquoi elle n’est anéantie que pour autant
qu’elle demeure en puissance dans son sujet. Mais ce qui est converti
au terme ad quem est le sujet du changement, non pas qu’il le soit,
mais qu’il y soit sous-jacent. Aussi ne dit-on pas que le sujet est
anéanti pour autant qu’il est changé en autre chose.
Puisque que, dans cette conversion, ce qui est le terme a quo, à
savoir, la substance du pain, est converti en totalité au terme ad
quem, à savoir, le corps du Christ, non pas qu’il lui soit
sous-jacent, mais qu’il le soit lui-même, il est clair
qu’il n’y a pas anéantissement du pain. |
|
[15329] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod ratio illa procedit in mutationibus oppositis, quia illud quod est
terminus a quo in una, est terminus ad quem in alia; non autem in
mutationibus quarum una ordinatur ad aliam sicut perfectum ad imperfectum,
sicut mutatio qua acquiritur perfectio secunda. Conversio autem panis in
corpus Christi non est mutatio opposita creationi, sed quodam modo perficiens
ipsam, inquantum panis nobilius esse per hanc conversionem consequitur; et
ideo non oportet quod sit in hac conversione terminus ad quem, quod in creatione
erat terminus a quo. |
2. Cet argument vaut pour les changements opposés,
car ce qui est le terme a quo dans l’un est le terme ad quem
dans l’autre. Mais cela ne vaut pas pour les changements dont
l’un est ordonné à un autre comme le parfait à
l’imparfait, comme le changement par lequel est acquise une perfection
seconde. Or, la conversion du pain au corps du Christ n’est pas un
changement opposé à la création, mais elle la
perfectionne d’une certaine manière, pour autant qu’un
pain plus noble découle de cette conversion. C’est pourquoi il
n’est pas nécessaire que, dans cette conversion, le terme ad
quem soit ce qui était dans la création le terme a quo.
|
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[15330]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis panis non sit aliquid,
tamen illud in quod conversus est panis, est aliquid, conversione facta; et
ideo non sequitur quod panis sit annihilatus. |
3. Bien que le pain ne soit pas quelque chose, cependant
ce en quoi le pain a été converti est quelque chose
après la conversion. Il n’en découle donc pas que le pain
soit anéanti. |
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[15331] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 2 ad 4 Ad quartum
dicendum, quod quamvis non maneat panis neque in se neque in alio; manet
tamen corpus Christi, in quod conversus est panis; et ideo non sequitur quod
sit annihilatus. |
4. Bien que le pain ne demeure ni en lui-même ni
dans autre chose, cependant le corps du Christ demeure, auquel le pain a
été converti. C’est pourquoi il n’en découle
pas qu’il ait été anéanti. |
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[15332] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum
sicut ad primum. |
5. La réponse
est la même que pour la première objection. |
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Articulus 3 [15333] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 tit. Utrum panis
possit converti in corpus Christi |
Article
3 – Le pain peut-il être converti au corps du Christ ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le
pain peut-il être converti au corps du Christ ?]
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[15334] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod panis non possit converti in corpus Christi.
Conversio enim mutatio quaedam est. Sed nulla specie transmutationis in
corpus Christi panis convertitur; non enim est ibi generatio et corruptio,
quia materia panis non manet; nec est alteratio, quia non manet aliqua
substantia ejus actu; nec est augmentum, quia non additur aliquid ad corpus
Christi, neque motus localis, non enim ipsum corpus Christi de coelo
descendit, ut Damascenus dicit. Ergo videtur quod nullo modo panis in corpus Christi
convertatur. |
1. Il semble que le pain ne puisse être converti au
corps du Christ. En effet, la conversion est un certain changement. Or, le
pain n’est converti au corps du Christ selon aucune espèce de
transformation. En effet, il n’y a pas là
génération et corruption, car la matière du pain ne
demeure pas ; il n’y a pas non plus altération, car une
partie de sa substance ne demeure pas en acte ; il n’y a pas
augmentation, car rien n’est pas ajouté au corps du
Christ ; ni mouvement local, car le corps même du Christ ne
descend pas du ciel, comme le dit [Jean] Damascène. Il semble donc que
le pain ne soit d’aucune manière converti au corps du Christ. |
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[15335]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in omni conversione oportet esse aliquid quod
mutetur. Mutatur autem quod dissimiliter se habet nunc et prius. Si ergo
panis in corpus Christi convertatur, oportet aliquid esse idem numero quod
prius fuerit de substantia corporis Christi; quod non ponitur. Ergo panis in
corpus Christi non convertitur. |
2. En toute
conversion, il faut que quelque chose soit changé. Or, est
changé ce qui est différent avant et après. Si donc le
pain est converti au corps du Christ, il faut donc qu’il y ait
d’abord quelque chose d’identique en nombre, qui faisait
d’abord partie de la substance du corps du Christ, ce qu’on
n’affirme pas. Le pain n’est donc pas converti au corps du
Christ. |
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[15336] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
conversio accidens quodammodo est; omne autem accidens est in subjecto. Non
autem potest dici quod subjectum ejus sit panis neque corpus Christi; quia
non est idem subjectum mutationis et terminus a quo vel ad quem. Ergo panis
nullo modo convertitur in corpus Christi. |
3. La conversion est
d’une certaine manière un accident. Or, tout accident se trouve
dans un sujet. Or, on ne peut dire que son sujet soit le pain ou le corps du
Christ, car le sujet du changement n’est pas le même que le terme
a quo ou le terme ad quem. Le pain n’est donc d’aucune
manière converti au corps du Christ. |
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[15337] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 4 Praeterea, omne quod
fit aliquid, acquirit hoc quod fieri dicitur. Sed omne singulare est
incommunicabile. Ergo impossibile est quod
aliquod singulare fiat aliud singulare, quamvis possit ei adjungi, et sic
esse ejus percipere sicut pars. Sed corpus Christi est quoddam singulare
demonstratum. Ergo non potest esse quod aliquid convertatur in ipsum, ita
quod fiat ipsummet; sed solum quod adjungatur ei. |
4. Tout ce qui devient quelque chose acquiert ce
qu’on dit qu’il devient. Or, toute réalité
singulière est incommunicable. Il est donc impossible que quelque
chose de singulier devienne une autre chose singulière, bien qu’il
puisse lui être uni et ainsi recevoir son être comme une partie.
Or, le corps du Christ est une réalité singulière
connue. Il ne peut donc se faire que quelque chose soit converti en lui de
telle sorte que cela devienne lui-même, mais seulement que cela lui soit
ajouté. |
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[15338]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod Damascenus dicit, ubi supra: fecit
Christus panem et vinum corpus et sanguinem suum, non quoniam ipsum corpus
Christi de caelo descendit, sed quoniam panis et vinum transit in corpus et
sanguinem Christi. |
Cependant, [1]
[Jean] Damascène dit, à l’endroit indiqué plus
haut : «Le Christ a fait du pain et du vin son corps et son sang,
non pas parce que le corps même du Christ est descendu du ciel, mais
parce que le pain et le pain devient le corps et le sang du Christ.» |
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[15339] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
illud quod nec in se manet nec annihilatur, oportet quod in aliud
convertatur. Sed panis non manet in se, sicut in primo articulo dictum est,
nec etiam annihilatur, ut ex secundo articulo patuit. Ergo oportet quod in
aliud convertatur. |
[2] Il faut que ce qui
ne demeure pas en soi et n’est pas anéanti soit converti en
autre chose. Or, le pain ne demeure pas en soi, comme on l’a dit dans
le premier article, et il n’est pas anéanti, comme cela est
clairement ressorti du deuxième article. Il est donc nécessaire
qu’il soit changé en autre chose. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Cette conversion se réalise-t-il de manière successive ?] |
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[15340]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod ista conversio fiat successive. Fit
enim haec conversio virtute verborum. Sed verba non possunt aliquid facere
nisi dum sunt. Ergo cum habeant esse in successione, videtur quod successive
conversio praedicta fiat. |
1.
Il semble que cette conversion se réalise de manière
successive. En effet, cette conversion se réalise par la puissance des
paroles. Or, les paroles ne peuvent faire quelque chose que
lorsqu’elles existent. Puisqu’elles existent par mode de
succession, il semble donc que la conversion en cause se réalise de
manière successive. |
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[15341] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
impossibile est in eodem instanti esse aliquid corpus Christi et panem. Ergo
non est idem instans in quo est primo corpus Christi, et in quo ultimo est
panis. Sed inter quaelibet duo instantia est tempus medium, ut probatur in 6
Phys. Ergo conversio panis in corpus Christi est successiva. |
2. Il est impossible que quelque chose soit dans le
même instant le corps du Christ et le pain. Ce n’est donc pas le
même instant où le corps du Christ commence à exister et
où le pain cesse d’être. Or, entre deux instants, il y a
un temps intermédiaire, comme cela est démontré dans Physique,
VI. La conversion du pain au corps du Christ est donc successive. |
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[15342]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, in omni conversione requiritur ut sit aliquid
aliter nunc et prius, cum conversio mutatio quaedam sit. Sed ubicumque est
nunc et prius, successio est. Ergo in omni conversione et mutatione oportet
esse successionem; et sic idem quod prius. |
3. Dans toute conversion, il est nécessaire que
quelque chose soit différent maintenant et auparavant, puisque la
conversion est un certain changement. Or, partout où il y a maintenant
et auparavant, il y a succession. Dans toute conversion et mutation, il faut
donc qu’il y ait succession. La conclusion est donc la même
qu’antérieurement. |
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[15343] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 4 Praeterea,
in omni factione est fieri et factum esse. Sed fieri et factum esse non sunt
simul: quia quod fit, non est; quod autem factum est, jam est. Ergo est ibi
prius et posterius; et sic idem quod prius. |
4. Dans toute action de faire, il y a devenir et
être fait. Or, devenir et être fait n’existent pas en
même temps, car ce qui devient n’est pas, et ce qui est fait
existe déjà. Il s’y trouve donc de l’avant et de
l’après. La conclusion est ainsi la même
qu’auparavant. |
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[15344] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra est, quia virtus infinita operatur subito. Sed haec conversio fit
virtute divina, quae est infinita. Ergo fit subito. |
Cependant, [1] une puissance
infinie agit d’un coup. Or, cette conversion est réalisée
par la puissance divine, qui est infinie. Elle se réalise donc
d’un coup. |
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[15345] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, in omni successiva mutatione prius
aliquid est in medio quam in termino. Sed in hac
conversione non est invenire aliquid medium inter substantiam panis et corpus
Christi. Ergo non est ibi successiva conversio. |
[2] Dans tout changement successif, quelque chose se
trouve d’abord au milieu avant d’être au terme. Or, dans
cette conversion, on ne trouve pas de milieu entre la substance du pain et le
corps du Christ. Il n’y a donc pas conversion successive. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Cette conversion est-elle plus miraculeuse que tout autre changement ?] |
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[15346]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haec conversio sit miraculosior omni
alia mutatione. Quia quanto alicui magis de facili consentit ratio nostra,
minus habet de miraculo. Sed non est aliqua miraculosa conversio cui ratio
magis non consentiat quam huic; quia creationem etiam quidam philosophi
posuerunt ratione naturali ducti, et etiam quod materia obedit substantiis
separatis, et maxime Deo, ad omnem formationem. Ergo ista conversio est
miraculosior omnibus mutationibus. |
1. Il semble que cette conversion soit plus miraculeuse
que tout autre changement. En effet, plus notre raison consent facilement
à quelque chose, moins cela a un caractère miraculeux. Or, il
n’y a pas de conversion miraculeuse à laquelle la raison ne
consente pas davantage qu’à celle-ci, car certains philosophes,
conduits par la raison, ont même affirmé la création, et
aussi que la matière obéit aux substances
séparées, et surtout à Dieu, en toute formation. Cette
conversion est donc plus miraculeuse que tous les changements. |
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[15347] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
ubi est plus de resistentia, ibi est major difficultas in convertendo, et per
consequens majus miraculum. Sed in hac conversione est maxima resistentia, cum
oporteat totum converti in totum. Ergo ista
conversio est maximae difficultatis; ergo est maxime miraculosa. |
2. Là où la résistance est plus
grande, là est la plus grande difficulté dans une conversion
et, par conséquent, un plus grand miracle. Or, la plus grande
résistance se trouve dans cette conversion puisqu’il faut
qu’un tout soit converti en un tout. Cette conversion comporte donc la
plus grande difficulté. Elle est donc la plus miraculeuse. |
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[15348]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, quanto minus est de potentia ex parte creaturae
in qua fit miraculum, tanto est majus miraculum quod fit per potentiam
divinam. Sed in hac conversione minimum est de potentia in creatura: quia in
quibusdam conversionibus miraculosis est potentia naturalis, sicut quod aqua
conversa fuit in vinum, in quibusdam autem potentia obedientiae tantum: sicut
quando costa formata est in mulierem; in creatione autem etsi non praecedat
aliqua potentia, tamen non est aliqua repugnantia. Ergo cum in hac
conversione sit repugnantia, et nulla potentia ex parte creaturae, quia non
potest esse aliquid in potentia respectu totius compositi; videtur quod haec
conversio sit miraculosior omni alia mutatione. |
3. Moins est grande la puissance de la créature
dans laquelle se réalise un miracle, plus est grand le miracle qui est
réalisé par la puissance divine. Or, c’est dans cette conversion
qu’il y a le moins de puissance dans la créature, car, dans
certaines conversions miraculeuses, existe la puissance naturelle, comme
lorsque l’eau a été convertie en vin, mais dans
d’autres, il n’existe que le pouvoir d’obéir, comme
lorsque la côté prit la forme d’une femme ; dans la
création, même si aucune puissance ne précède, il
n’y a cependant pas d’incompatibilité. Puisqu’il y a
une incompatibilité dans cette conversion et qu’il n’y a
aucune puissance de la créature – car quelque chose ne peut pas
être en acte par rapport à un tout composé –, il
semble donc que cette conversion soit plus miraculeuse que tout autre
changement. |
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[15349] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, quanto aliqua sunt magis distantia, tanto difficilius in invicem
mutantur. Sed magis distat non ens simpliciter ab ente, quam hoc ens ab hoc
ente. Ergo difficilius est ex non ente simpliciter facere ens aliquod, quam
ex ente hoc facere illud; et ideo creatio est majoris virtutis indicativa
quam transubstantiatio. |
Cependant, [1] plus
il y a de distance entre certaines choses, plus il est difficile
qu’elle soient changées l’une dans l’autre. Or, le
non-être est simplement plus éloigné de
l’être que tel être par rapport à tel être. Il
est donc plus difficile de réaliser un être à partir de
ce qui n’est pas que de faire quelque chose d’autre à
partir d’un être. La création signale donc une plus grande
puissance que la transsubstantiation. |
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[15350] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
quanto terminus mutationis est altior, tanto mutatio est majoris virtutis;
sicut majoris virtutis est facere hominem quam animal. Sed assumptio humanae
naturae, quae est mutatio quaedam, terminatur ad personam filii Dei, quae est
dignius quid quam corpus Christi, ad quod terminatur transubstantiatio. Ergo
magis est miraculosa illa mutatio quam ista conversio. |
[2] Plus le terme
d’un changement est élevé, plus grande est la puissance
dont relève le changement, comme il faut plus de puissance pour faire
un homme qu’un animal. Or, le fait d’assumer la nature humaine,
qui est un certain changement, a comme terme la personne du Fils de Dieu, ce
qui est un terme plus digne que le corps du Christ qui est le terme de la
transsubstantiation. Ce changement est donc plus miraculeux que cette
conversion. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15351] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod in mutationibus
naturalibus invenitur mutatio secundum quam nihil variatur de eo quod est
intraneum rei, sed solum hoc quod est extra, sicut patet in motu locali;
aliqua vero mutatio in qua variatur illud quod inest rei accidentaliter,
scilicet quantitas vel qualitas, ut patet in motu augmenti et alterationis;
aliqua vero mutatio est quae pertingit usque ad formam substantialem, sicut
generatio et corruptio. Sed naturalis mutatio non potest pertingere usque ad
variationem materiae: quia operatur ex supposita materia, sicut quodlibet
secundum agens operatur suppositis his quae data sunt sibi a primo agente; et
haec principia oportet manere in operatione naturae, ut 1 Phys. dicitur.
Sicut autem esse compositi, quod ex suppositione materiae natura producit,
operationi naturae subjicitur; ita ipsa materia quam praesupponit natura, subjicitur
actioni primi agentis, scilicet Dei, a quo hoc ipsum imperfectum esse
(scilicet in potentia), quod habet, accepit; unde divina operatio pertingere
potest ad variationem materiae, ut scilicet sicut natura facit hoc totum esse
hoc totum, ut ex toto aere totam aquam; ita Deus faciat ex hac materia
signata illam. Et quia materia signata est individuationis principium, ideo
solius Dei operatione hoc fieri potest, ut hoc individuum demonstratum fiat
illud individuum demonstratum; et talis modus conversionis est in hoc
sacramento, quia ex hoc pane fit hoc corpus Christi. Ex quo patet quod ista conversio differt ab omnibus
naturalibus conversionibus in quatuor. Primo in hoc quod usque ad materiam
pertingit, quod in illis non invenitur. Et quia materia est primum subjectum,
et ipsum non est aliud subjectum; ideo secundo differt in hoc quod haec
conversio non habet subjectum sicut illae habent. Tertio, quod in naturalibus
conversionibus convertitur totum in totum, non autem partes essentiales in
partes; totus enim aer convertitur in aquam; sed materia aeris non convertitur
in aliquid, quia est eadem: forma etiam non convertitur, quia abscedit illa,
et alia introducitur. Sed hic et totum
convertitur in totum, quia panis fit corpus Christi; et partes etiam convertuntur;
quia materia panis fit materia corporis Christi, et forma substantialis
similiter fit illa forma quae est corpus Christi. Quarto, quia in naturalibus
conversionibus transmutatur et id quod convertitur, et id in quod
convertitur. Illud quidem quod in alterum convertitur, semper transmutatur
corruptione; sed illud in quod aliquid naturaliter convertitur (si quidem sit
simplex conversio) transmutatur per generationem, sicut cum aqua generatur ex
aere; si autem sit conversio cum additione ad alterum praeexistens, illud cui
additur transmutatur secundum augmentum, vel saltem per restaurationem
deperditi, sicut accidit in nutrimento. Sed hic, illud in quod fit conversio
erat praeexistens, et non ei additur, quia, ut dictum est, illud quod
convertitur, convertitur in ipsum, et secundum totum et secundum omnes partes
ejus; unde hoc in quod terminatur conversio, nullo modo transmutatur,
scilicet corpus Christi, sed solum panis qui convertitur. |
Dans les changements naturels, on trouve un changement
selon lequel rien n’est modifié à
l’intérieur de la chose, mais seulement à
l’extérieur, comme cela ressort clairement dans le mouvement
local. Mais il y a un autre changement dans lequel est modifié ce qui est
intérieur à une chose de manière accidentelle, à
savoir, la quantité ou la qualité, comme cela est clair dans le
mouvement d’accroissement et d’altération. Il y a par
contre un autre changement qui atteint même la forme substantielle,
comme la génération et la corruption. Mais le changement
naturel ne peut aller jusqu’à modifier la matière, car il
se réalise en supposant la matière, comme tout agent second
agit en supposant ce qui est donné par le premier agent. Et ces
principes doivent demeurer dans l’opération de la nature, comme
il est dit dans Physique, I. Mais de même que l’être du
composé, produit par la nature en supposant la matière, est
soumis à l’opération de la nature, de même la
matière elle-même que la nature suppose est-elle soumise
à l’action du premier agent, à savoir, de Dieu, de qui
elle a reçu cet être imparfait lui-même (à savoir,
d’être en puissance). L’action divine peut donc aller
jusqu’à modifier la matière, de sorte que de même
que la nature fait que ce tout devient ce tout (comme l’air devient en
entier de l’eau), de même Dieu transforme cette matière
déterminée en une autre. Et parce que la matière
déterminée est le principe d’individuation, c’est
donc seulement par l’action de Dieu que peut être
réalisé que cet individu soit changé en cet individu.
Tel est le mode de conversion dans ce sacrement, car le corps du Christ est
réalisé à partir de ce pain. Il ressort clairement de
cela que cette conversion diffère de toutes les conversions naturelles
sur quatre points. Premièrement, par le fait qu’elle atteint la
matière elle-même, ce qu’on ne trouve dans
celles-là. Et parce que la matière est le sujet premier et que
celui-ci n’est pas un autre sujet, elle [en] diffère donc en
deuxième lieu par le fait que cette conversion n’a pas de sujet,
comme les autres en ont. Troisièmement, par le fait que, dans les
conversions naturelles, un tout est converti en un tout, mais non les parties
essentielles en parties. En effet, l’air est en entier converti en eau,
mais la matière de l’air n’est pas convertie en quelque
chose parce qu’elle est la même ; la forme non plus
n’est pas convertie, car l’une disparaît et une autre est
introduite. Mais ici, un tout est converti en un tout, car le pain devient le
corps du Christ, et les parties aussi sont converties, car la matière
du pain devient la matière du corps du Christ ; de même, la
forme substantielle devient cette forme qu’est le corps du Christ.
Quatrièmement, parce que, dans les conversions naturelles, sont
transformés ce qui est converti et ce en quoi cela est converti. Or, ce
qui est converti en autre chose est toujours transformé par une
corruption ; mais ce qui ce en quoi quelque chose est converti
(s’il s’agit d’une conversion simple) est transformé
par une génération, comme lorsque l’eau est engendrée
à partir de l’air. Mais s’il s’agit d’une
conversion par ajout à quelque chose d’autre qui
préexiste, ce à quoi quelque chose est ajouté est
transformé par accroissement ou au moins par rétablissement de
ce qui a été perdu, comme cela se produit pour la nourriture.
Mais ici, ce vers quoi se réalise la conversion préexistait et
n’y est pas ajouté, car, ainsi qu’on l’a dit, ce qui
est converti est converti en lui en entier et selon toutes ses parties. Aussi
ce en quoi la conversion trouve son terme n’est-il aucunement transformé,
à savoir, le corps du Christ, mais seulement le pain qui est converti.
|
|
[15352]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod haec conversio sub nulla
naturalium mutationum continetur, sed ab omnibus differt, ut ex dictis patet:
habet tamen aliquam convenientiam cum transmutatione nutrimenti, inquantum
utraque conversio fit in aliquid praeexistens; differt tamen ab ea, inquantum
hic non fit aliqua additio sicut ibi. |
1. Cette conversion ne fait partie d’aucun des
changements naturels, mais diffère de tous, comme cela ressort
clairement de ce qui a été dit. Cependant, elle a cependant
quelque chose en commun avec la transformation de la nourriture, pour autant
que les deux conversions aboutissent à quelque qui
préexiste ; elle en diffère cependant pour autant
qu’ici ne se réalise pas d’ajout comme dans l’autre
cas. |
|
[15353] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in hac transmutatione, seu conversione, est aliquid
quod transmutatur, scilicet panis, non quidem ad modum aliarum mutationum
naturalium, ut aliquid ipsius maneat, sed secundum totum et omnes partes
ejus, ut dictum est. |
2. Dans cette transformation ou conversion, il y a
quelque chose qui est transformé, à savoir, le pain, mais non
à la manière des autres changements naturels, où quelque
chose en demeure, mais selon sa totalité et toutes ses parties, comme
on l’a dit. |
|
[15354]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod transmutatio naturalis panis
ponit actum imperfectum, ut patet in 5 Phys.; et quia idem est subjectum
actus perfecti, et imperfecti; ideo oportet quod subjectum transmutationis
naturalis sit id quod est subjectum postmodum actus perfecti, scilicet
formae, ad quem tendit motus, et non ipsum jam perfectum. Sed transmutatio hujus conversionis
non ponit aliquem actum imperfectum, sed solum successionem quamdam perfectorum
non solum actuum, sed rerum subsistentium. Successio autem est in succedentibus
sibi, sicut et ordo in ordinatis. Sed secundum regulam in 1 Lib., dist. 26,
qu. 2, art. 3, ad 1 et 2, de relativis datam, erit ista relatio ordinis hujus
successionis secundum rem quidem in ipso pane qui mutatur, non autem in
corpore Christi vero, nisi secundum rationem, quia ipsum immutatum manet. |
3. La transformation naturelle du pain implique un acte
imparfait, comme cela ressort clairement de Physique, V. Et parce que
le sujet d’un acte parfait et d’un acte imparfait est le
même, il faut donc que le sujet de la transformation naturelle soit ce
qui est par la suite le sujet de l’acte parfait, à savoir, de la
forme, à laquelle tend le mouvement, et non pas [le sujet] parfait
lui-même. Mais la transformation de cette conversion n’implique
pas un acte imparfait, mais seulement une succession de choses parfaites, et
non seulement d’actes, mais de choses subsistantes. Or, la succession
se trouve dans les choses qui succèdent, comme l’ordre dans les
choses ordonnées. Mais, selon la règle donnée à
propos des réalités relatives dans le livre I, d. 26, q. 2, a.
3, ad 1 et 2, cette relation d’ordre dans la succession se trouvera en
réalité dans le pain lui-même qui est changé, mais
non dans le corps véritable du Christ, si ce n’est selon la
raison, car celui-ci demeure inchangé. |
|
[15355] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod communicatio importat quamdam collationem; et ideo
exigit aliquid recipiens id quod confertur seu datur; unde non habet locum
nisi in formalibus conversionibus in quibus mutatio non attingit nisi usque
ad formam; et ideo cum in hac conversione nihil maneat cui possit aliquid
conferri, non habet locum communicatio. |
4. La communication suppose une certaine transmission.
Elle exige donc qu’il y ait quelque chose qui reçoit ce qui est
transmis ou donné. Elle n’a donc lieu que dans les conversions
formelles, dans lesquelles le changement ne va pas au-delà de la
forme. Comme il ne reste rien dans cette conversion à quoi quelque
chose pourrait être transmis, il n’y a donc pas de communication. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15356] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod causa quare
aliqua mutatio non est in instanti, est distantia ejus quod movetur a termino
motus. Distantiam autem dico non solum
secundum dimensionem loci aut quantitatis, sed secundum repugnantiam formae
vel naturae; et ideo ubi nihil est repugnans formae introducendae, forma ibi
recipitur in instanti, praesente agente; sicut patet de illuminatione
diaphani, cum in eo non sit aliquid contrarium vel repugnans luci; et similiter
in forma subito introducenda quando materia est necessitans, contrariis
dispositionibus ab ea exclusis. Sicut autem aer subjacet soli ad recipiendum
ab eo formam luminis non existente aliquo interposito; ita tota natura creata
subditur divino nutui, ut statim fiat omne quod Deus vult; quia quidquid est
in natura, est materiale, et non contrarium dispositioni divinae; et ideo ea
quae per seipsum facit, potest, cum voluerit, facere in instanti. Quandoque autem
successive facit, ut in nobis secundum modum nostrum operetur. Hoc tamen
contingit quando hoc quod transmutatur, potest magis vel minus distare a termino
transmutationis, quia secundum hoc fit successio in motu. Cum autem conversio
de qua loquimur, ad ipsam materiae essentiam pertingat, ut dictum est, secundum
quam separatis per intellectum formis et dispositionibus, una res non magis
convenit cum una quam cum alia, non potest accipi major et minor distantia a
termino: quia hoc singulare demonstratum, quantum ad hoc quod convertitur in
corpus Christi, tantum distat ab alio singulari suae speciei quantum a
singulari alterius speciei; et ideo conversio praedicta fit in instanti. |
La cause pour laquelle un changement ne se réalise
pas dans l’instant est la distance de ce qui est mû par rapport
au terme du mouvement. Or, je parle de distance, non seulement selon la
dimension du lieu ou de la quantité, mais selon
l’incompatibilité de la forme ou de la nature. Là
où il n’y a rien d’incompatible à l’introduction
de la forme, la forme est donc reçue dans l’instant lorsque
l’agent est présent, comme cela ressort clairement de
l’illumination du [milieu] diaphane, puisqu’il n’y a en lui
rien de contraire ou d’incompatible par rapport à la
lumière ; et de même, pour l’introduction
immédiate de la forme lorsque la matière en a besoin,
après que les dispositions contraires en ont été
écartées. Or, de même que l’air est soumis au
soleil pour en recevoir la forme de la lumière sans que rien ne
s’interpose, de même toute la nature créée est-elle
soumise au bon vouloir de Dieu, de sorte que se réalise tout ce que
Dieu veut, car tout ce qui existe dans la nature est matériel et non
contraire à la disposition divine. Ainsi, ce qu’il
réalise par lui-même, il peut le réaliser dans l’instant,
lorsqu’il le veut. Mais parfois, il le réalise de manière
successive afin d’agir en nous selon notre mouvement. Toutefois, cela
arrive lorsque ce qui est transformé peut être plus ou moins
distant de la transformation, car alors se réalise une succession dans
le mouvement. Mais puisque la conversion dont nous parlons atteint
jusqu’à l’essence de la matière, comme on l’a
dit, selon laquelle, après que les formes et les dispositions ont
été séparées par l’intellect, une chose
n’a pas davantage en commun avec celle-ci qu’avec une autre, il
ne peut y avoir de plus ou moins grande distance par rapport au terme. En
effet, cet être singulier, pour ce qui est converti au corps du Christ,
est aussi éloigné d’un autre être singulier de son
espèce que d’un être singulier d’une autre
espèce. La conversion en cause se réalise donc dans
l’instant. |
|
[15357] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod verba formae habent sacramentalem virtutem; unde
non efficiunt nisi quod significant; et ideo, cum significatio illius formae
non sit perfecta nisi in ultimo instanti, tunc habet efficaciam suam. |
1. Les paroles de la forme ont une puissance
sacramentelle. Elles ne réalisent donc que ce qu’elles
signifient. C’est pourquoi, puisque la signification de cette forme
n’est parfaite qu’au dernier instant, c’est alors
qu’elle obtient son efficacité. |
|
[15358] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod ad hoc argumentum
multipliciter respondetur a diversis. Quidam concedunt quod est signare
ultimum instans in quo est panis sicut et primum in quo est corpus Christi,
propter hoc quod in toto quodam tempore fuit panis, et ita in quolibet
instanti illius temporis. Unde quidam istorum
dicunt quod unum est instans secundum rem in quo est panis et corpus Christi,
sed differt secundum rationem: quia inquantum illud instans est finis
praeteriti temporis, est in eo panis; inquantum autem est principium futuri,
est in eo corpus Christi. Sed hoc non potest stare: quia contradictoria simul
esse secundum rem est impossibile; simul autem secundum rem maxime sunt quae
sunt in eodem instanti secundum rem. Unde impossibile est duo contradictoria
esse in instanti quod est unum secundum rem, quantumcumque sit differens
ratione: quia ex illa ratione non habet ordinem ad mensuratum et ad tempus,
cujus est terminus; sed ad animam. Et quia si ponamus simul esse corpus
Christi et panem, sequuntur duo contradictoria simul esse; quia dum est panis
non est corpus Christi; ideo impossibile est quod sit unum instans secundum
rem in quo nunc ultimo est panis, et nunc primo corpus Christi. Ideo alii
dicunt, quod istud nunc est quodammodo unum realiter, et quodammodo diversum;
et ponunt exemplum de duabus lineis se tangentibus, de quibus constat quod
habent duo puncta, et tamen illa puncta conjunguntur in uno puncto lineae
continentis; contigua enim sunt quorum termini sunt simul. Et similiter
dicunt quod esse panem et esse corpus Christi in altari, contiguantur; unde
est unum instans extra mensurans, in quo primo est corpus Christi et ultimo
panis; sed tamen sunt duo instantia si accipiamus ut duorum temporum quibus
mensuratur esse panis in altari et esse corporis Christi: et sic inter duo
instantia quasi contiguata non est necesse esse tempus medium, sicut nec
inter duo puncta contiguata lineam. Sed illud non potest stare: quia cum
punctum sit terminus lineae, quae potest esse mensura et intranea et
extranea, possibile est puncta assignare et intrinseca et extrinseca; sed
instans est terminus temporis quod nunquam est nisi mensura extrinseca; unde
non est accipere instans nisi quod se habet per modum extra jacentis puncti.
Et ideo haec positio redit in idem impossibile cum prima. Et ideo alii
dicunt, quod sicut probatur 4 Phys., in toto tempore non est accipere nisi
unum nunc secundum substantiam; et quod numerantur duo instantia, hoc est
secundum ordinem temporis ad motum, et actionem quam mensurant; prout
scilicet tempus excedens mensurat aliquam actionem; et ita principium et
finis illius actionis est in tempore; et secundum hoc in tempore numerantur duo
instantia; et ideo ordo et habitudo duorum instantium ad invicem est
consideranda secundum actiones et motus qui mensurantur. Unde si accipiantur
duo instantia respectu ejusdem motus, prout tempus mensurat principium et
finem illius motus, sic oportet quod inter duo instantia sit tempus medium,
sicut inter principium motus et finem est motus medius. Si autem accipiantur
duo instantia per comparationem ad diversos motus secundum quod mensurant
principium unius et finem alterius, sic inter duo instantia non est tempus
medium, sicut nec motus est medius inter principium unius motus et finem
alterius; et ideo cum quies mensuretur tempore, sicut et motus, duo instantia
sunt se invicem consequentia, quorum unum mensurat finem quietis in quo erat
panis, et alterum principium quietis in quo est corpus Christi. Sed hoc
iterum non potest stare; quia instantia temporis distinguuntur per
comparationem ad illum motum a quo tempus potest habere unitatem vel
multitudinem, ad quam comparatur non solum sicut mensura ad mensuratum, sed
sicut accidens ad subjectum; scilicet motum caeli, quia est continuus, et
interruptionem non patitur secundum naturam; unde qualitercumque signes duo
instantia in tempore, semper est accipere tempus medium, quia est accipere
inter quaelibet momenta motus caeli motum medium; et ideo in aliis motibus
non differret, sive comparentur diversa instantia ad eumdem motum, sive ad
diversos. Patet etiam quod haec positio contradicit dicto philosophi in 8
Phys., ubi probat quod inter quoslibet motus contrarios est quies media; quod
non oporteret, si duo instantia modo praedicto possent se invicem consequi.
Et ideo alii dicunt, quod ista conversio, cum sit supra naturam, non habet
ordinem ad motum caeli; unde non mensuratur tempore, sed instanti, quod est mensura
motus caeli; et propter hoc non est inconveniens, si duo instantia succedunt
sibi sine tempore medio, sicut in 1 Lib., dist. 37, qu. 4, art. 3, dictum est
de motu Angeli. Sed hoc iterum stare non potest; quia ista conversio sequitur
motum prolationis verborum, qui habet reduci ad mensuram motus caeli, sicut
illuminatio sequitur ad motum localem, quo defertur illuminans; et ideo
oportet quod instantia accipiantur in hac conversione secundum mensuram motus
caeli. Et propter hoc alii dicunt, quod non est simul signare duo instantia
in quorum uno primo sit corpus Christi, et in alio ultimo sit panis, quia sic
de necessitate esset inter ea tempus medium; sed tamen utrumlibet eorum
potest per se signari. Sed hoc iterum nihil est; quia designatio nostra nihil
facit ad hoc quod tempus intersit vel non intersit; unde si sint duo
instantia secundum rem, in quorum uno est panis ultimo, et in alio corpus
Christi primo, sive signentur a nobis sive non, oportet esse tempus medium.
Praeterea, ex quo instans illud est signabile, non videtur quod possit
designatio ejus impediri per designationem alterius instantis, cum istae duae
designationes non sint contrariae. Et ideo aliter dicendum, quod non est
designare ultimum instans, sed ultimum tempus in quo est panis. Inter tempus
autem et instans non cadit necessario tempus medium, sicut cadit medium inter
duo instantia. Et veritas hujus quaestionis apparet ex hoc quod philosophus
dicit in 8 Phys., quod quando ex albo fit nigrum, in toto tempore mensurante
motum alterationis erat album, sed in ultimo instanti illius temporis est
nigrum; unde, secundum ipsum, non est dandum quod in toto illo tempore sit
album, sed in toto praeter ultimum nunc. Et quia ante ultimum nunc alicujus
temporis non est accipere penultimum, sicut nec ante ultimum punctum lineae
penultimum, ideo non est accipere ultimum instans in quo erat album, sed
ultimum tempus; et similiter est de illis mutationibus quae sunt termini
motus, sicut generatio est terminus alterationis; quia cum ex aere fit ignis,
in toto tempore alterationis praecedentis erat aer, praeter ultimum instans,
in quo est ignis; et similiter est in illuminatione respectu motus localis.
Et ideo cum conversio sit terminus cujusdam motus, scilicet prolationis
verborum, in toto tempore praecedenti erat panis, praeter ultimum instans, in
quo est corpus Christi. |
2. La réponse varie selon les différents
[auteurs]. Certains concèdent qu’il faut retenir l’instant
ultime où existe le pain et le premier où existe le corps du
Christ parce que le pain a existé en totalité en un certain
temps, et ainsi à tout instant de ce temps. Aussi certains
d’entre eux disent-ils qu’il n’y a en réalité
qu’un seul instant où le pain et le corps du Christ existent,
mais qu’il diffère selon la raison, car, pour autant que cet
instant est la fin du temps passé, le pain s’y trouve, mais,
pour autant qu’il est le commencement du temps à venir, le corps
du Christ s’y trouve. Mais cela n’est pas possible, car il est
impossible que les contradictoires existent en même temps dans la
réalité. Or, ce sont surtout les choses qui existent dans le
même instant dans la réalité qui existent en même
temps dans la réalité. Il est donc impossible que deux
contradictoires existent dans l’instant qui est un selon la
réalité, quelle qu’en soit la différence selon la
raison, car il ne tire pas de cette raison son rapport à la mesure et
au temps, dont il est le terme, mais [son rapport] à
l’âme. Et parce que si nous affirmons qu’existent en
même temps le corps du Christ et le pain, il en découle que deux
contradictoires existent en même temps (en effet, alors que le pain
existe, le corps du Christ n’existe pas), il est donc impossible que,
selon la réalité, il y ait un instant où le pain existe
maintenant en dernier lieu et où le corps du Christ existe en premier
lieu. C’est pourquoi d’autres disent que cet instant est
d’une certaine manière unique en réalité et
d’une certaine manière différent. Et ils donnent
l’exemple de deux lignes qui se croisent : il est clair
qu’elles ont deux points, mais ces deux points sont cependant joints
dans un seul point d’une ligne continue. En effet, les choses dont les
termes existent en même temps sont contiguës. De la même
manière, ils disent que le fait d’être le pain et le fait
d’être le corps du Christ se touchent. Il n’y a donc
qu’un seul instant qui mesure de l’extérieur, où le
corps du Christ commence à exister et le pain cesse [d’exister].
Toutefois, il y a deux instants si nous les entendons comme ceux des deux temps
par lesquels sont mesurés l’être du pain sur l’autel
et l’être du corps du Christ. Et ainsi, entre deux instants pour
ainsi dire contigus, un temps intermédiaire n’est pas
nécessaire, pas davantage qu’une ligne entre les deux points.
Mais cela n’est pas possible, car, le point étant le terme de la
ligne, il est possible d’indiquer des points intrinsèques et
extrinsèques. Mais l’instant est le terme du temps qui
n’est jamais qu’une mesure extrinsèque. On ne peut donc
concevoir l’instant que sous le mode d’un point
extrinsèque. C’est pourquoi cette position revient à la
même impossibilité que la première. C’est la raison
pour laquelle d’autres disent qu’ainsi que le démontre Physique,
IV, pour l’ensemble du temps, on ne peut concevoir qu’un seul
instant selon la substance. Le fait qu’on compte deux instants vient du
rapport du temps au mouvement et à l’action qu’ils
mesurent, pour autant que le temps excédentaire mesure une certaine
action. Ainsi, le commencement et la fin de cette action se trouvent dans le
temps : c’est pour cela que deux instants sont comptés dans
le temps. Aussi l’ordre et la relation des deux instants l’un par
rapport à l’autre doivent-ils être
considérés selon les actions et les mouvements qui sont
mesurés. Si l’on conçoit deux instants par rapport au
même mouvement, pour autant que le temps mesure le commencement et la
fin de ce mouvement, il faut alors qu’entre les deux instants existe un
temps intermédiaire, comme il existe un mouvement intermédiaire
entre le commencement du mouvement et sa fin. Mais si l’on
conçoit deux instants par rapport à divers mouvements selon
qu’ils mesurent le commencement de l’un et la fin d’un
autre, alors il n’existe pas de temps intermédiaire entre les
deux instants, comme il n’y a pas de mouvement intermédiaire
entre le commencement d’un mouvement et la fin d’un autre. Ainsi,
comme la pause est mesurée par le temps, de la même
manière que le mouvement, deux instants se suivent l’un
l’autre, dont l’un mesure la fin de la pause où se
trouvait le pain, et l’autre, le commencement de la pause où se
trouve le corps du Christ. Mais cela non plus n’est pas possible, car
les instants du temps se distinguent par comparaison au mouvement dont le
temps peut tirer unité ou multitude, auxquelles il est comparé
non seulement comme la mesure à ce qui est mesuré, mais comme
un accident par rapport à son sujet, à savoir, le mouvement du
ciel, car celui-ci est continu et ne supporte pas d’interruption par sa
nature. Aussi, quelle que soit la manière dont tu indiques deux
instants dans le temps, il faut toujours concevoir un temps
intermédiaire, car il faut concevoir entre tous les moments du
mouvement du ciel un mouvement intermédiaire. C’est pourquoi,
dans les autres mouvements, cela ne ferait pas de différence de
comparer divers instants au même mouvement ou à des mouvements
différents. Il est aussi clair que cette position contredit
l’affirmation du Philosophe, dans Physique, VIII, où il
démontre qu’entre tous les mouvements contraires, il y a une
pause intermédiaire, ce qui ne serait pas nécessaire si deux
instants pouvaient se suivre l’un l’autre de la manière
dite. Aussi d’autres disent-ils que cette conversion, parce
qu’elle dépasse la nature, n’a pas de rapport au mouvement
du ciel. Elle n’est donc pas mesurée par le temps, mais par
l’instant, qui est la mesure du mouvement du ciel. Pour cette raison,
il n’est pas incompatible que deux instants se succèdent sans
temps intermédiaire, comme on l’a dit à propos du
mouvement de l’ange, dans le livre I, d. 37, q. 4, a. 3. Mais cela non
plus n’est pas possible, car cette conversion suit le mouvement de
l’énonciation des paroles, qui doit être ramené
à la mesure du mouvement du ciel, comme l’illumination suit le
mouvement local, par lequel ce qui illumine est porté. Il faut donc
que, dans cette conversion, les instants soient conçus selon la mesure
du mouvement du ciel. Pour cette raison, d’autres disent qu’il ne
faut pas indiquer en même temps deux instants où, dans le
premier, existe le corps du Christ et, dans le dernier, existe le pain, car
il y aurait ainsi nécessairement entre eux un temps
intermédiaire. Cependant, chacun des deux peut êre
indiqué par lui-même. Mais cela non plus n’est rien, car
le fait que nous l’indiquions ne contribue en rien au fait qu’il
y ait ou non un temps intermédiaire. S’il y a deux instants selon
la réalité, dans l’un desquels existe le pain en dernier
lieu, et dans l’autre, le corps du Christ en premier lieu, que [ces
instants] soient indiqués par nous ou non, il faut qu’il y ait
un temps intermédiaire. De plus, du fait que cet instant peut être
indiqué, il ne semble pas que sa désignation puisse être
empêchée par la désignation d’un autre instant,
puisque ces deux désignations ne sont pas contraires. Il faut donc
dire autre chose : il ne faut pas désigner un instant ultime,
mais un temps ultime dans lequel existe le pain. Or, entre le temps et
l’instant, n’intervient pas nécessairement un temps
intermédiaire, comme [intervient] un temps intermédiaire entre
deux instants. La vérité sur cette question est montrée
par ce que dit le Philosophe, dans Physique, VIII : lorsque
quelque chose devient noir après avoir été blanc, cela
était blanc pendant tout le temps qui mesure le mouvement
d’altération, mais, au dernier instant de ce temps, cela est
noir. Selon lui, il ne faut pas reconnaître que, pendant tout ce temps,
cela était blanc, mais pendant tout ce temps à
l’exception du dernier instant. Et parce qu’on ne doit pas
concevoir un avant-dernier [instant] avant le dernier instant d’un
temps, pas davantage qu’un avant-dernier [point] avant le dernier point
de la ligne, il ne faut donc pas concevoir un ultime instant où cela
était blanc, mais un temps ultime. Et il en va de même des
autres changements qui sont les termes d’un mouvement, comme la
génération est le terme d’une altération. Car
lorsque le feu est produit à partir de l’air,
c’était de l’air pendant tout le temps de
l’altération précédente, sauf au dernier instant,
où cela est du feu. Et il en va de même pour l’illumination
par rapport au mouvement local. Puisque la conversion [de l’eucharistie]
est le terme d’un certain mouvement, à savoir, [celui] de
l’énonciation des paroles, le pain existait donc pendant tout le
temps précédent, sauf au dernier instant, où existe le
corps du Christ. |
|
[15359] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod in qualibet mutatione oportet designari nunc et prius
secundum duos terminos mutationis, qui sunt incontingentes, ut dicitur in 1
Phys.; idest, qui non possunt simul esse. Unde secundum diversitatem
terminorum in diversis mutationibus, secundum hoc diversimode signatur ibi
nunc et prius. Aliqua enim mutatio est inter cujus terminos potest accipi
medium quod minus distat ab uno extremorum quam aliud; unde antequam
perveniatur ad ultimum mutationis terminum, fit recessus ab uno termino et
accessus ad alterum, in quo consistit mutationis ratio; et ideo utrumque ad
illam mutationem pertinet; et nunc scilicet in quo terminatur accessus et
recessus, et prius illud in quo incepit: et ideo talis mutatio non est in
instanti, sed in tempore. Aliqua vero mutatio est, inter cujus terminos non
potest accipi medium in eodem subjecto, nisi forte per accidens, sicut inter
affirmationem et negationem: quia contradictio est oppositio, cujus non est
medium secundum se, ut dicitur in 1 Poster. Per accidens autem potest accipi
ibi medium ex parte negationis cui aliquid adjungatur, quod magis vel minus
distat ab affirmatione, sive illud sit contrarium in eodem genere directe,
sive dispositio contraria; sicut inter non album et album accipitur per
accidens medium ex parte coloris cui conjungitur negatio albedinis, secundum
quod magis vel minus distat ab albedine; et inter non ignem et ignem
accipitur medium, secundum quod aliquid est magis vel minus frigidum aut
humidum. Unde in omnibus mutationibus, in quibus sunt affirmatio et negatio
tantum, seu privatio et forma tantum, per se loquendo, non potest esse
recessus a termino vel accessus ad terminum ante perventionem ad ultimum
terminum: et ideo illud principium non pertinet, per se loquendo, ad hanc
mutationem, sed solum per accidens ratione illius adjuncti ad negationem,
secundum quod per accidens negatio recipiebat magis et minus, et per
consequens medium; unde, per se loquendo, pertinet ad motum praecedentem,
sicut ad alterationem quae praecedit generationem, et ad motum localem qui
praecedit illuminationem; et propter hoc istae mutationes dicuntur esse in
instanti. Et quia, ut dictum est, inter substantiam panis et substantiam
corporis Christi non est accipere medium quod magis sit propinquum corpori
Christi quam substantia panis quantum ad hoc quod convertatur in ipsum divina
virtute; ideo simile est judicium de ista conversione et de praedictis
mutationibus; unde ad hanc conversionem non pertinet nisi illud nunc in quo
desinit esse panis, et incipit esse corpus Christi; sed illud prius pertinet
ad totum tempus praecedens quod mensurabat prolationem verborum, quae
quodammodo efficit conversionem. |
3. Dans tout changement, il faut parler de
«maintenant» et d’«avant» selon les deux termes
du changement, qui ne se touchent pas, comme il est dit dans Physique,
I, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent exister en même
temps. Selon la diversité des termes dans les divers changements, on
parle donc diversement de «maintenant» et
d’«avant». En effet, il existe un changement entre les
termes duquel on peut concevoir un intermédiaire qui est moins
éloigné d’un des extrêmes que de l’autre.
Avant de parvenir au terme ultime du changement, il faut donc
s’éloigner d’un terme et s’approcher de
l’autre, ce en quoi consiste la raison de changement. C’est
pourquoi les deux se rapportent a ce changement :
«maintenant», dans lequel se terminent le rapprochement et
l’éloignement, et «avant», où il a
commencé. Aussi un tel changement ne se réalise-t-il pas dans
l’instant, mais dans le temps. Mais il existe un changement entre les
termes duquel on ne peut concevoir d’intermédiaire dans le
même sujet, sauf par accident, comme entre l’affirmation et la
négation, car la contradiction est une opposition dont il n’existe
pas d’intermédiaire en soi, comme il est dit dans les Analytiques
postérieurs, I. Mais, par accident, on peut y concevoir un
intermédiaire du côté de la négation à
laquelle quelque chose est ajouté qui est plus ou moins
éloigné de l’affirmation, que cela soit directement
contraire à l’intérieur du même genre ou que ce
soit une disposition contraire. Ainsi, entre le blanc et le blanc, on
conçoit par accident un intermédiaire du côté de
la couleur à laquelle est ajoutée la négation de la
blancheur, selon lequel il s’éloigne plus ou moins de la
blancheur. Entre l’absence de feu et le feu, on conçoit aussi un
intermédiaire selon que quelque chose est plus ou moins froid ou
humide. Dans tous les changements où il n’y a
qu’affirmation et négation, ou privation [d’une forme] et
la forme, il ne peut donc par soi y avoir d’éloignement par
rapport à un terme et de rapprochement par rapport à un [autre]
terme, avant qu’on soit parvenu au terme ultime. C’est pourquoi,
à proprement parler, ce commencement ne se rapporte par à ce
changement, mais seulement par accident, en raison de ce qui a
été ajouté à la négation, et selon que la
négation recevait par accident plus ou moins, et par
conséquent, quelque chose d’intermédiaire. À parler
proprement, [ce commencement] se rapporte donc à un mouvement précédent,
telle l’altération qui précède la
génération, et au mouvement local qui précède
l’illumination. Pour cette raison, on dit que ces changements se
réalisent dans l’instant. Et parce que, ainsi qu’on
l’a dit, entre la substance du pain et la substance du corps du Christ,
il ne faut pas concevoir d’intermédiaire qui serait plus proche
du corps du Christ que la substance du pain, pour autant qu’elle est
convertie en lui par la puissance divine, il faut donc porter le même
jugement sur cette conversion que sur les changements dont on a parlé.
Ne se rapporte donc à cette conversion que l’instant où
l’être du pain cesse et où commence l’être du
corps du Christ. Mais ce qui était antérieur se rapporte
à l’ensemble du temps qui précède, qui mesurait
l’énonciation des paroles et qui, d’une certaine
manière, réalise la conversion. |
|
[15360]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod mutatio, ut dictum est, in
instanti est; sed motus praecedens est in tempore. Si ergo includitur in factione
tam motus praecedens quam mutatio quae est terminus ejus, sicut generatio
alterationis; tunc fieri pertinebit ad motum praecedentem, et factum esse ad
terminum motus qui est ipsa generatio: et sic non simul fit et factum est. Si
autem factio non extendit se ad mutationem illam, tunc utrumque est simul, et
fieri et factum esse; et sic quod fit est (si dicatur fieri ratione ipsius
mutationis quae tunc est); sed factum est ratione termini mutationis; sicut
dicimus quod simul terminatur motus et terminatus est, simul illuminatur aer
et illuminatus est: et similiter etiam est in conversione de qua loquimur. |
4. Le changement, comme on l’a dit, se
réalise dans l’instant, mais le mouvement qui
précède se réalise dans le temps. Si donc on inclut dans
la réalisation autant le mouvement précédent que le
changement qui en est le terme, comme la génération l’est
pour l’altération, alors le fait de devenir se rapportera au
mouvement précédent et le fait d’être devenu, au
terme du mouvement, qui est la génération elle-même. Et
ainsi, le devenir et l’être devenu ne se réalisent pas en
même temps. Mais si la réalisation ne s’étend pas
à ce changement, alors les deux sont simultanés, le devenir et
l’être devenu. Et ainsi, ce qui devient est (si l’on entend
le devenir du changement qui se produit alors) ; mais ce qui a
été fait vient du terme du changement, comme lorsque nous
disons que le mouvement se termine et est terminé, que l’air est
illuminé et a été illuminé. Et il en va de
même pour la conversion dont nous parlons. |
|
Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15361] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam
quaestionem dicendum, quod quanto aliquid est permanentius, tanto difficilius
transmutatur. Et quia subjectum in qualibet mutatione manet, ideo in omnibus
mutationibus materia est maxime manens, cum sit subjectum omnium mutationum;
unde illa mutatio quae ad ipsam materiam attingit, est difficilior et majoris
virtutis ostensiva quam quaecumque alia transmutatio ex parte ejus quod
transmutatur. Et quia creatio et haec conversio pertingunt usque ad essentiam
materiae, ut ex praedictis patet, constat has mutationes esse majoris
virtutis ostensivas quibuscumque aliis, in quibus mutatur vel forma
substantialis vel accidentalis, vel locus exterior. Sed inter has duas videtur
creatio, simpliciter loquendo, praecellere, quia per ipsam materiae essentia
producitur; ex quo consequitur ut a producente per hanc conversionem possit
in alterum transmutari. Sed ex parte ejus ad quod est mutatio, mutatio quae
est in unione humanae naturae ad divinam personam, praecellit has et omnes
alias mutationes in difficultate; unde ipsa est miraculum miraculorum omnium. |
Plus quelque chose est permanent, plus il est
difficilement changé. Et parce que le sujet demeure en tout
changement, la matière est ce qui est le plus stable dans tous les
changements, puisqu’elle est le sujet de tous les changements. Aussi le
changement qui atteint la matière elle-même est-il plus
difficile et démontre-t-il une plus grande puissance que n’importe
quel autre changement du côté de ce qui est transformé.
Et parce que la création et cette conversion atteignent
l’essence même de la matière, comme cela ressort de ce qui
a été dit, il est clair que ces changements démontrent
une plus grande puissance que n’importe quel autre, où sont
changés la forme substantielle ou accidentelle ou le lieu
extérieur. Mais, entre ces deux [changements], la création
semble l’emporter à proprement parler, car l’essence de la
matière est produite par elle, d’où il découle
que, par cette conversion, elle peut être changée en autre chose
par celui qui la produit. Mais, du point de vue de son terme ad quem, le
changement qui consiste dans l’union de la nature humaine à une
personne divine l’emporte par la difficulté sur ces
[changements] et sur tous les autres changements. Aussi est-elle le miracle
de tous les miracles. |
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[15362] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod mutatio ista fit ex existente in existens praeter
modum aliarum mutationum, quae fiunt etiam ex existentibus in existentia, ex
quarum inspectione intellectus noster sibi suas conceptiones formavit: et
ideo haec conversio videtur esse contra conceptiones intellectus; et propter
hoc difficilius ei assentitur quam creationi, quae est ex omnino non
existenti, cujusmodi mutationem non vidit. |
1. Ce changement se réalise à partir de ce
qui existe en quelque chose qui existe d’une manière qui
dépasse les autres changements, qui se réalisent aussi à
partir de choses qui existent en choses qui existent, à partir de
l’examen desquels notre intellect a formé ses conceptions.
C’est pourquoi cette conversion semble aller contre les conceptions de
l’intellect. Pour cette raison, il lui donne plus difficilement son
assentiment qu’à la création, qui est
réalisée à partir de ce qui n’existe pas du tout,
changement qu’il ne voit pas. |
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[15363] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in
aliqua actione potest esse resistentia dupliciter. Uno modo ex parte agentis,
quando scilicet ex contrario agente virtus ipsius debilitatur; alio modo ex
parte ipsius effectus, quando ex contraria dispositione impeditur effectus.
In omni actione ubi agens non patitur, prima resistentia non habet locum, sed
secunda solum; unde in operationibus divinis non attenditur difficultas
secundum resistentiam ad agentem, sed secundum impedimentum effectus. Magis
autem impeditur effectus per subtractionem potentiae recipientis quam per
rationem contrariae dispositionis: quia contraria dispositio non impedit
effectum nisi inquantum facit potentiam indispositam. Et ideo major
difficultas est in creatione, ubi omnino materia non praeexistit, quam ubi in
praeexistenti materia est aliquid quod effectui, contrariando, repugnat. |
2. Il peut y avoir de la
résistance dans une action de deux manières: d’une
manière, du point de vue de l’agent, lorsque sa puissance est
affaiblie par un agent contraire; d’une autre manière, du point
de vue de l’effet, lorsque l’effet est empêché par
une disposition contraire. Dans toute action où l’agent
n’est pas passif, la première résistance n’a pas
lieu, mais seulement le seconde. Aussi, dans les opérations divines,
on n’envisage pas de difficulté selon la résistance
à l’agent, mais selon l’empêchement de
l’effet. Or, l’effet est davantage empêché par la
soustraction de la puissance qui reçoit qu’en raison d’une
disposition contraire, car la disposition contraire n’empêche
l’effet que pour autant qu’elle rend la puissance
indisposée. C’est pourquoi la difficulté est plus grande
dans la création, où n’existe pas du tout de
matière, que là où, dans la matière préexistante,
il y a quelque chose qui s’oppose à l’effet en le
contrariant. |
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[15364] Super Sent., lib. 4 d. 11 q.
1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut se habet potentia
naturalis ad mutationes naturales, ita se habet potentia obedientiae ad conversiones
miraculosas; unde secundum modum miraculosae conversionis modus obedientialis
potentiae in creatura in aliud convertenda. Sicut ergo in conversionibus formalibus
inest potentia obedientiae ad recipiendum talem formam, ita in hac
substantiali conversione inest potentia obedientiae ut haec substantia
convertatur in illam; unde majoris virtutis ostensiva est creatio, in qua
nulla potentia obedientiae praeexistit, quam haec conversio. |
3. Le rapport entre la
puissance naturelle et les changements naturels est le même
qu’entre la puissance obédientielle et les conversions miraculeuses.
Le mode de la puissance obédientielle dans la créature doit
donc être converti en quelque chose d’autre selon le mode de la
conversion miraculeuse. De même que, dans les conversions formelles,
existe une puissance obédientielle à recevoir telle forme, de
même existe-t-il donc dans cette conversion substantielle une puissance
obédientielle en vertu de laquelle cette substance est changée
en une autre. Aussi la création, où ne préexiste aucune
puissance obédientielle, a-t-elle un plus grand pouvoir de
manifestation que cette conversion. |
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Articulus 4 [15365] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 tit. Utrum
praedicta conversio possit exprimi per verbum substantivum alterius temporis
quam praesentis |
Article
4 – Est-ce que la conversion mentionnée peut être
exprimée par un autre temps de verbe que le présent ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [La
conversion en question peut-elle être exprimée par un autre
temps de verbe que le présent ?]
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[15366] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod praedicta conversio possit exprimi per verbum
substantivum alterius temporis quam praesentis, ut dicatur: quod est panis,
erit corpus Christi, vel: quod est corpus Christi, fuit panis. Ambrosius enim
dicit in Lib. de sacramentis, quod erat panis ante consecrationem. |
1.
Il semble que la conversion en question puisse être exprimée par
un autre temps de verbe que le présent, de sorte qu’on puisse
dire : «Ce qui est du pain sera le corps du Christ»,
ou : «Ce qui est le corps du Christ était du pain.» En
effet, Ambroise dit, dans le Livre sur les sacrements, qu’il y
avait du pain avant la consécration. |
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[15367] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
major est convenientia, quanto perfectior est conversio. Sed haec conversio
est perfectior omnibus aliis: quia in hac convertitur totum in totum et partes
in partes, sicut ex praedictis patet. Cum ergo in aliis conversionibus utamur
tali modo loquendi, scilicet, quod erat aqua est vinum: vel, quod erat aer
est ignis: videtur multo fortius hic quod possit dici: quod est corpus
Christi, erat panis. |
2. Plus la conversion est parfaite, plus grande est la
convenance. Or, cette conversion est plus parfaite que toutes les autres,
car, en elle, un tout est converti en un tout et les parties en parties,
comme cela ressort de ce qui a été dit. Puisque, pour les autres
conversions, nous utilisons une telle manière de parler, à
savoir que ce qui était de l’eau est du vin, ou que ce qui
était de l’air est du feu, il semble qu’on puisse
dire à bien plus forte raison : «Ce qui est le corps
du Christ était du pain.» |
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[15368]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, quod est relativum suppositi ejusdem. Sed non
est accipere aliquod suppositum quod sit quandoque panis, quandoque corpus
Christi, ut ex praedictis patet. Ergo non est dicendum: quod est corpus
Christi, fuit panis. |
Cependant, [1] le
relatif se rapporte au même sujet. Or, on ne conçoit aucun sujet
qui, à un certain moment, est du pain et, à un autre moment, le
corps du Christ, comme cela ressort de ce qui a été dit. Il ne
faut donc pas dire : «Ce qui est le corps du Christ était
du pain.» |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Cette proposition est-elle vraie : «Le pain devient le corps du Christ ?»] |
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[15369]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haec sit vera: panis fit corpus
Christi. Ad omne enim facere sequitur fieri. Sed Christus fecit ea, scilicet
panem et vinum, corpus et sanguinem suum, ut Damascenus dicit. Ergo panis fit
corpus Christi. |
1. Il semble que cette proposition soit vraie :
«Le pain devient le corps du Christ.» En effet, de toute action
découle un devenir. Or, le Christ a fait de ces choses, à
savoir, le pain et le vin, son corps et son sang, comme le dit [Jean]
Damascène. Le pain devient donc le corps du Christ. |
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[15370] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
omne quod convertitur in alterum, fit illud. Sed panis convertitur in corpus
Christi. Ergo fit corpus Christi. |
2. Tout ce qui est converti en quelque chose
d’autre le devient. Or, le pain est converti au corps du Christ. Il
devient donc le corps du Christ. |
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[15371]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, omne fieri terminatur ad factum esse. Sed haec
nunquam erit vera: panis est factus corpus Christi: quia quod factum est,
est; panis autem nunquam est corpus Christi. Ergo et haec est falsa: panis
fit corpus Christi. |
Cependant, tout
devenir a comme terme ce qui a été fait. Or, cette proposition
ne sera jamais vraie : «Le pain est devenu le corps du
Christ», car ce qui a été fait est. Or, le pain
n’est jamais le corps du Christ. Cette proposition aussi est donc
fausse : «Le pain devient le corps du Christ.» |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Cette proposition est-elle fausse : «Le corps du Christ est réalisé à partir du pain» ?] |
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[15372]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haec sit falsa: de pane fit corpus
Christi. Ex eodem enim fit aliquid et factum est. Sed haec est falsa: corpus
Christi factum est de pane, vel ex pane. Ergo et haec, corpus Christi fit de
pane. |
1. Il semble que cette proposition soit fausse :
«Le corps du Christ est réalisé à partir du
pain.» En effet, quelque chose est réalisé et a
été fait à partir de la même chose. Or, cette
proposition est fausse : «Le corps du Christ est fait de pain ou
à partir du pain.» Celle-ci aussi est donc fausse :
«Le corps du Christ est réalisé à partir du
pain.» |
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[15373] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
de notat consubstantialitatem, ut Magister dicit in 1, dist. 36. Sed nulla
consubstantialitas est panis ad corpus Christi. Ergo non potest dici quod
corpus Christi fit de pane vel ex pane. |
2. Le mot «de» indique la
consubstantialité, comme le dit le Maître dans le livre I, d.
36. Or, il n’existe aucune consubstantialité entre le pain et le
corps du Christ. On ne peut donc pas dire que le corps du Christ est fait de
pain ou à partir du pain. |
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[15374] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, Ambrosius dicit: ubi accessit consecratio, de pane fit corpus
Christi. |
Cependant, Ambroise
dit : «Là où advient la consécration, le
corps du Christ est réalisé à partir du pain.» |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Cette proposition est-elle vraie : «Le pain peut être le corps du Christ» ?] |
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[15375]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haec sit vera: panis potest esse
corpus Christi. Motus enim est actus existentis in potentia. Sed panis
mutatur in corpus Christi. Ergo panis est potentia corpus Christi: ergo
potest esse corpus Christi. |
1. Il semble que cette proposition soit vraie :
«Le pain peut être le corps du Christ.» En effet, le
mouvement est l’acte de ce qui existe en puissance. Or, le pain est
changé en corps du Christ. Le pain est donc en puissance le corps du
Christ. Il peut donc être le corps du Christ. |
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[15376]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 4 arg. 2 Praeterea, Ambrosius dicit, quod panis potest esse
corpus Christi consecratione, quae fit Christi sermone. |
2. Ambroise dit que «le pain peut être le
corps du Christ par la consécration qui est réalisée par
la parole du Christ». |
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[15377] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 4 s. c. 1 Sed
contra, quod potest esse aliquid nihil prohibet si ponatur illud: quia
possibili posito, secundum philosophum, non sequitur inconveniens. Sed
inconveniens sequitur, si dicatur: panis est corpus Christi. Ergo haec est
falsa: panis potest esse corpus Christi. |
Cependant, ce qui
peut être quelque chose, rien n’empêche qu’on
l’affirme, car, une fois affirmé ce qui est possible, selon le
Philosophe, il n’en découle pas d’incompatibilité.
Or, une incompatibilité survient si l’on dit : «Le
pain est le corps du Christ.» Cette proposition est donc fausse :
«Le pain peut être le corps du Christ.» |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15378] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod haec
conversio in hoc differt ab omnibus aliis mutationibus, quod in omnibus aliis
mutationibus est aliquod subjectum commune: in hac autem non, sed solum est
accipere duos terminos conversionis; et ideo omnes locutiones exprimentes
mutationem per quam importatur ordo termini ad terminum, sunt concedendae in
hac materia, sicut haec: panis convertitur in corpus Christi; locutiones vero
quae exprimunt identitatem subjecti, non sunt concedendae, proprie loquendo.
Sed quia in hac conversione est aliquid simile identitati subjecti, scilicet
communitas specierum, quae manent hinc inde, quamvis illae species non sint
mutationis subjectum; ideo etiam tales locutiones aliquando a sanctis positae
inveniuntur, ut identitas importata non referatur ad subjectum sed ad species
easdem. Unde
tales locutiones non sunt extendendae, quia sunt impropriae; et haec locutio
quae est: hoc fuit illud, vel: quod est hoc erit illud, expresse important
identitatem subjecti mutationis propter naturam relationis; ideo non est
simpliciter concedenda. |
Cette conversion diffère de tous les autres
changements par le fait que, dans tous les autres changements, il existe un
sujet commun. Mais, dans celle-ci, il n’en existe pas : on
conçoit seulement les deux termes de la conversion. C’est
pourquoi toutes les formules exprimant un changement qui implique un ordre
d’un terme à un autre doivent être admises en cette
matière, comme celle-ci :«Le pain est converti au corps du
Christ.» Mais les formules qui expriment une identité de sujet
ne doivent pas être acceptées à proprement parler. Mais
parce que, dans cette conversion, il y a quelque chose de semblable à
l’identité du sujet, à savoir, le caractère commun
des espèces, qui demeurent avant et après, bien que ces
espèces ne soient pas le sujet du changement, on trouve parfois que de
telles formules ont été exprimées par les saints, de
telle manière cependant que l’identité impliquée
ne se rapporte pas au sujet mais aux espèces elles-mêmes. Aussi
de telles formules ne doivent-elles pas être élargies parce
qu’elles sont impropres. Cette formule : «Cette chose
était telle autre chose» ou cette autre : «Ce
qui est cela sera autre chose» comportent expressément
l’identité du sujet du changement en raison de la nature de la
relation. Elle ne doit donc pas être simplement acceptée. |
|
[15379]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod verbum Ambrosii est
exponendum: quod erat panis est corpus Christi; idest, quod est sub
speciebus panis, primo fuit panis, et postea corpus Christi. |
1. L’expression d’Ambroise doit être
interprétée : «Ce qui était du pain est le
corps du Christ», c’est-à-dire que ce qui existe sous les
espèces du pain a d’abord été du pain et, par la
suite, le corps du Christ. |
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[15380] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod secundum philosophum in 2 de anima, passum in principio est dissimile,
sed in fine est simile; unde perfecta conversio requirit perfectam distantiam
in principio, et perfectam unitatem in fine. Sed hoc nomen panis importat
quod erat in principio, quia importat terminum a quo; ideo quanto perfectior
est conversio, tanto minus potest corpus Christi de pane praedicari. |
2. Selon le Philosope, dans Sur l’âme,
II, ce qui subit est au départ dissemblable, mais, au terme, est
semblable. Aussi une conversion parfaite exige-t-elle une distance parfaite
au point de départ et une parfaite unité au terme. Or, ce mot
«pain» indique ce qui existait au départ, car il indique
le terme a quo. C’est pourquoi plus la conversion est parfaite,
moins le corps du Christ peut être le prédicat du pain. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15381] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod cum dicitur:
hoc fit illud, ex vi locutionis in ly hoc importatur subjectum factionis;
unde haec est per se: homo fit albus; sed haec est per accidens: nigrum fit
album. Subjectum autem factionis commune est
utrique termino; unde patet quod praedicta locutio importat communitatem
subjecti, et proprie non est concedenda. |
Lorsqu’on dit : «Ceci devient
cela», en vertu même de l’expression, «ceci»
indique le sujet de l’action. Aussi cette proposition porte-t-elle sur
ce qui existe par soi : «L’homme devient blanc», mais
celle-ci porte-t-elle sur ce qui existe par accident : «Le noir
devient blanc.» Or, le sujet de l’action est commun aux deux
termes. Il est donc clair que la formule mentionnée comporte un sujet
commun et que, à parler proprement, elle ne doit pas être
acceptée. |
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[15382]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod exponendum est verbum
Damasceni sicut expositum est verbum Ambrosii, ut relatio importata in ly ea
designet unitatem specierum, et non subjecti unitatem. |
1. La parole de [Jean] Damascène doit être
interprétée comme a été expliquée la
parole d’Ambroise, de sorte que le rapport indiqué par
«ces» désigne l’unité des espèces, et
non l’unité du sujet. |
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[15383] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in hac locutione: panis convertitur in corpus
Christi, importatur tantum ordo unius termini ad alterum; in hac autem: panis
fit corpus Christi, importatur unitas subjecti; et ideo non est similis ratio
de utraque. |
2. Dans cette formule : «Le pain est converti
au corps du Christ», seul l’ordre d’un terme à
l’autre est indiqué. Mais, dans celle-ci : «Le pain
devient le corps du Christ», l’unité de sujet est
indiquée. Ce n’est donc pas le même raisonnement dans les
deux cas. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15384] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod, sicut patet
in 1 Physic., hoc fit hoc, dicimus in permanentibus per se, sed in non
permanentibus per accidens; sed ex hoc fit hoc dicitur proprie in non
permanentibus. Dicimus enim: ex non albo fit
album. Et si aliquando dicatur aliquid fieri ex permanente, hoc est inquantum
intelligitur cum permanente aliquid non permanens; sicut cum dicitur: ex aere
fit statua, intelligitur ex aere infigurato. Et sic patet quod haec locutio:
hoc fit hoc, exprimit identitatem subjecti; haec autem locutio: ex hoc fit
hoc, principaliter exprimit ordinem terminorum ad invicem, et per consequens
quandoque unitatem subjecti; unde quandoque importat tantum ordinem sine hoc
quod importet subjectum, ut cum dicitur: ex mane fit meridies, idest post, ut
dicitur in 2 Metaphys.; et secundum hoc erit incongrua: panis fit corpus
Christi; sed haec erit concedenda: ex pane fit corpus Christi, si ly ex non
denotet subjectum, et quasi causam materialem, sed tantum ordinem terminorum
conversionis ad invicem. Sed haec: de pane fit corpus Christi, est minus
propria: quia haec propositio de notat consubstantialitatem, ut Ambrosius
tangit; tamen quandoque de ponitur pro ex, et sic potest concedi quod de pane
fit corpus Christi sicut ex pane. |
Comme cela ressort clairement de Physique, I, nous
disons : «Ceci devient cela» pour les choses permanentes par
elles-mêmes, mais par accident pour les choses qui ne sont pas
permanentes. Mais : «Ceci est fait de cela» se dit à
proprement parler des choses non permanentes. En effet, nous disons :
«À partir de ce qui n’est pas blanc quelque chose devient
blanc». Et si on dit parfois que quelque chose est fait à partir
d’une chose permanente, c’est dans la mesure où l’on
inclut avec ce qui est permanent quelque chose qui n’est pas permanent,
comme lorsqu’on dit : «La statue est faite
d’airain», on comprend qu’il s’agit d’airain
qui n’a pas de figure. Il est ainsi clair que cette formulation :
«Ceci devient cela» exprime l’identité de
sujet ; mais cette formulation : «Ceci est fait à
partir de cela» exprime principalement l’ordre entre les deux
termes et parfois, par conséquent, l’unité de sujet.
Aussi indique-t-elle parfois seulement l’ordre sans indiquer de sujet,
comme lorsqu’on dit : «Le midi vient du matin»,
c’est-à-dire après [le matin], comme il est dit dans
Métaphysique, II ; conformément à cela, [la
formulation] : «Le pain devient le corps du Christ» sera
inacceptable. Mais on devra accepter celle-ci : «Le corps du
Christ est réalisé à partir du pain» si
«à partir de» n’indique pas le sujet et, pour ainsi
dire, la cause matérielle, mais seulement l’ordre entre les
termes de la conversion. Mais cette formulation : «Le corps du
Christ est fait de pain» est moins propre, car cette proposition
indique la consubstantialité, comme le dit Ambroise. Cependant,
«de» est parfois utilisé pour «à partir
de», et ainsi on peut concéder que le corps du Christ est fait
«de pain» comme «à partir du pain». |
|
[15385] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod cum dicitur: de pane factum est corpus Christi, ly
de potest importare ordinem in essendo: quia quod significatur in factum
esse, significatur jam esse; et sic non conceditur quod de pane sit factum
corpus Christi: quia significaretur quod panis haberet ordinem ad corpus
Christi in essendo, quod falsum est, quia non est materia ejus. Potest etiam
importare ordinem in fieri, quod praecessit factum esse; et sic sicut
conceditur haec: de pane fit corpus Christi; ita potest concedi ista: ex pane
factum est corpus Christi. |
1. Lorsqu’on dit : «Le corps du Christ a
été fait de pain», le «de» peut comporter un
ordre dans l’être, car ce qu’on signifie par «a
été fait» est signifié comme existant
déjà. Et ainsi, on ne concède pas que le corps du Christ
est fait de pain, car on signifierait que le pain a un rapport au corps du
Christ selon l’être, ce qui est faux, car [le pain] n’est
pas sa matière. Cela peut aussi indiquer un ordre dans le devenir, qui
a précédé le fait d’avoir été fait.
Et ainsi, de même qu’est concédée cette
[proposition] : «Le corps du Christ est fait de pain», de
même on peut concéder celle-ci : «Le corps du Christ
a été fait à partir du pain.» |
|
[15386]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum patet solutio ex dictis. |
2. La solution ressort clairement de ce qui a
été dit. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15387] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 1 a. 4 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod cum potentia
pertineat ad subjectum, non est dubium quod cum dicitur: panis potest esse
corpus Christi, importatur unitas subjecti; et ideo non est concedenda, quia
nihil panis unquam erit aliquid corporis Christi: sed sicut conceditur ista:
panis convertitur in corpus Christi, ita potest concedi ista: panis potest
converti: quia cujus est potentia, ejus est actus, ut dicitur in Lib. de
somno et vigilia. |
Puisque la puissance se rapporte au sujet, il n’est
pas douteux que lorsqu’on dit : «Le pain peut être le
corps du Christ», on implique l’unité de sujet.
C’est pourquoi [cette proposition] ne doit pas être
acceptée, car rien du pain ne sera jamais quelque chose du corps du
Christ. Mais, de même qu’on accepte celle-ci :«Le pain
est converti au corps du Christ», de même peut-on concéder
celle-ci : «Le pain peut être converti», car
l’acte se rapporte à ce qui est en puissance, comme il est dit
dans le livre Sur le sommeil et l’état de veille. |
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[15388] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod ista definitio non habet locum in ista
conversione, ut ex praedictis patet. |
1. Cette définition n’a pas sa place dans
cette conversion, comme cela ressort de ce qui a été dit. |
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[15389] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 1 a. 4 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod illud verbum Ambrosii exponendum est, sicut prius
dictum est. |
2. Cette parole d’Ambroise doit être
interprétée, comme on l’a dit plus haut. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [La
matière du sacrement de l’eucharistie]
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Prooemium |
Prologue
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[15390]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 pr. Deinde
quaeritur de materia hujus sacramenti; et circa hoc quaeruntur quatuor: 1
utrum panis et vinum sint materia hujus sacramenti; 2 qualis panis; 3 quale
vinum hujus sacramenti materia esse possit; 4 de aquae admixtione. |
Ensuite, on s’interroge sur la matière de ce
sacrement. À ce propos, quatre questions sont posées : 1
– Est-ce que le pain et le vin sont la matière de ce sacrement ?
2 – Quel pain ? 3 – Quel vin peut être la matière de
ce sacrement ? 4 – À propos du mélange avec de
l’eau. |
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Articulus 1 [15391] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 tit. Utrum sit duplex materia hujus sacramenti |
Article
1 – Y a-t-il une double matière de ce sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Doit-il y avoir une double matière de ce sacrement ?]
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[15392] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod non debeat esse
duplex materia hujus sacramenti. Quanto enim aliquid est simplicius, tanto
nobilius; unde et simplicissima sunt nobilissima. Sed hoc sacramentum est nobilius aliis. Ergo debet esse
simplicius. Cum ergo alia sacramenta unam tantum materiam habeant, sicut
Baptismus aquam, confirmatio chrisma; videtur quod non debeat esse duplex
materia hujus sacramenti. |
1. Il semble qu’il ne doive pas y avoir une double
matière de ce sacrement. En effet, plus quelque chose est simple, plus
cela est noble ; aussi les réalités les plus simples
sont-elles les plus nobles. Or, ce sacrement est plus noble que les autres.
Il doit donc être plus simple. Puisque les autres sacrements
n’ont qu’une seule matière, comme l’eau pour le
baptême et le chrême pour la confirmation, il semble donc
qu’il ne doive pas y avoir une double matière de ce sacrement.
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[15393] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
materia sacramenti debet respondere ei quod est sacramentum et res in
sacramento, quia est signum ejus. Sed totum illud quod est res et
sacramentum, continetur sub specie panis, scilicet totus Christus. Ergo panis
est tota materia hujus sacramenti; et sic idem quod prius. |
2. La matière du sacrement doit correspondre
à ce qui est sacrement et réalité dans le sacrement,
parce qu’elle en est le signe. Or, la totalité de ce qui est
réalité et sacrement est contenue sous l’espèce du
pain, à savoir, le Christ entier. Le pain est donc toute la
matière de ce sacrement. La conclusion est ainsi la même que
précédemment. |
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[15394] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, hoc
sacramentum ordinatur ad usum fidelium. Sed tantum sub una specie populo hoc
sacramentum ministratur, scilicet sub specie panis. Ergo tantum una ejusdem
debet esse materia. |
3. Ce sacrement est
destiné à l’usage des fidèles. Or, ce sacrement
n’est administré au peuple que sous une seule espèce,
à savoir, sous l’espèce du pain. Il ne doit donc avoir
qu’une seule matière. |
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[15395] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 4 Praeterea,
posset contingere quod in aliqua terra triticum haberetur et non vinum, vel e
converso. Ergo
in tali casu liceret et in una specie tantum conficere. |
4. Il peut arriver
que, dans un pays, il y ait du blé mais pas de vin, ou
l’inverse. Dans un tel cas, il serait donc permis aussi de le
réaliser sous une seule espèce. |
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[15396] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, sacramentum
Eucharistiae a Christo initium sumpsit. Sed
Christus discipulis duo in coena dedit, scilicet panem et vinum. Ergo debent
esse materia hujus sacramenti. |
Cependant, [1] le
sacrement de l’eucharistie tire son origine du Christ. Or, le Christ a
donné à ses disciples deux choses au cours de la cène,
à savoir, le pain et le vin. Ils doivent être la matière
de ce sacrement. |
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[15397] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
materia sacramenti debet respondere usui sacramenti. Sed manducatio, quae est
usus hujus sacramenti, ut supra, dist. 9, qu. 1, art. 1, dictum est, requirit
cibum et potum. Ergo hujus sacramenti materia debet esse duplex, una quae
competat in cibum, et alia quae competat in potum. |
[2] La matière du sacrement doit correspondre
à l’usage du sacrement. Or, la manducation, qui est
l’usage du sacrement, comme on l’a dit plus haut, d. 9,
q. 1, a. 1, exige nourriture et boisson. La matière de ce
sacrement doit donc être double : l’une qui se rapporte
à la nourriture, et l’autre qui se rapporte à la boisson. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le pain et le vin doivent-ils être la matière de ce sacrement ?] |
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[15398]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debeat esse materia hujus
sacramenti panis et vinum. Sacramenta enim legis Mosaicae propinquiora fuerunt sacramentis legis
novae quam sacramenta legis naturae. Sed in lege Mosaica secundum modum
sacramenti manducabantur carnes animalium. Ergo hoc magis debet esse materia
hujus sacramenti quam panis et vinum, quae sumebantur in lege naturae per
modum sacramenti. |
1. Il semble que le pain et le vin ne doivent être
la matière de ce sacrement. En effet, les sacrements de la loi
mosaïque étaient plus proches des sacrements de la loi nouvelle
que les sacrements de la loi naturelle. Or, dans la loi mosaïque, la
chair d’animaux était mangée sous forme de sacrement.
Cela doit donc être plutôt la matière de ce sacrement que
le pain et le vin, qui étaient pris par mode de sacrement sous la loi
naturelle. |
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[15399] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
materia sacramenti debet competere usui sacramenti et significationi. Sed
expressius significaret caro animalis alicujus carnem Christi quam panis:
quia majorem habet convenientiam ad ipsam, et iterum magis reficit. Ergo magis debet caro esse
materia hujus sacramenti quam panis. |
2. La matière du sacrement doit convenir à
l’usage et à la signification du sacrement. Or, la chair
d’un animal signifierait plus explicitement la chair du Christ que le
pain, car elle a davantage en commun avec celle-ci et aussi, elle restaure
davantage. La chair doit donc être la matière de ce sacrement
plutôt que le pain. |
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[15400] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, sacramenta
infirmis ministrari debent, quia medicinae sunt. Sed vinum non datur infirmis. Ergo non debet esse materia
hujus sacramenti. |
3. Les sacrements doivent être administrés
aux malades parce qu’ils sont des remèdes. Or, on ne donne pas
de vin aux malades. [Le vin] ne doit donc pas être la matière de
ce sacrement. |
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[15401] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 4 Praeterea,
illud sacramentum non solum praefiguratum fuit in oblatione Melchisedech, qui
obtulit panem et vinum, ut dicitur Genes. 14, sed etiam in favo mellis, quem
sumpsit Jonathas, ut dicitur 1 Reg. 14. Ergo
etiam mel deberet esse materia hujus sacramenti, et praecipue propter
suavitatem. |
4. Ce sacrement n’a pas été seulement
préfiguré par l’offrande de Melchisédech, qui a
offert du pain et du vin, comme on le dit dans Gn 14, mais aussi par le
rayon de miel qu’a pris Joanathas, comme on le dit dans
1 Sm 14. Le miel devrait donc aussi être la matière de
ce sacrement, surtout en raison de sa douceur. |
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[15402] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 5 Praeterea, in hoc sacramento continetur
Christus ut cibus parvulorum. Sed parvulis datur in cibum lac. Ergo lac deberet esse materia hujus sacramenti. |
5. Le Christ est contenu dans ce sacrement comme
nourriture pour les enfants. Or, c’est du lait qu’on donne aux
enfants en nourriture. Le lait devrait donc être la matière de
ce sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le pain et le vin peuvent-ils être la matière de ce sacrement selon une quantié déterminée ?] |
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[15403]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod panis et vinum non possint esse
materia hujus sacramenti nisi sub determinata quantitate. In sacramentis enim
intentio requiritur conformis intentioni Ecclesiae. Sed si aliquis vellet
consecrare totum panem qui est in foro, et totum vinum quod est in cellario,
intentio ejus non esset concors intentioni Ecclesiae, quae intendit
consecrare ad usum fidelium: quod etiam verba instituentis ostendunt: accipite,
inquit, et manducate. Ergo requiritur determinata quantitas panis. |
1. Il semble que le pain et le vin ne puissent être
la matière de ce sacrement que selon une quantité
déterminée. En effet, pour le sacrement, une intention conforme
à l’intention de l’Église est requise. Or, si
quelqu’un voulait consacrer tout le pain qui est sur la place du
marché et tout le vin qui se trouve dans le cellier, son intention ne
serait pas conforme à l’intention de l’Église, qui
veut consacrer pour l’usage des fidèles. D’ailleurs, les
mots mêmes de celui qui l’a institué le montrent : Prenez,
dit-il, et mangez. Une quantité déterminée de
pain est donc requise. |
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[15404] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, virtus data
verbis et ministro, datur ad venerationem sacramenti, non ad irrisionem. Sed si immoderata quantitas panis et vini consecraretur,
verteretur in irrisionem. Ergo non potest consecrari nisi sub determinata
quantitate. |
2. La puissance donnée aux paroles et au ministre
est donnée en vue de la révérence à
l’endroit du sacrement, et non en vue de la dérision. Or, si une
quantité démesurée de pain et de vin était
consacrée, cela tournerait à la dérision. Ils ne peuvent
donc être consacrés que selon une quantié
déterminée. |
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[15405] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
si aliquis in mari hominem baptizet, illa tantum aqua verbo vitae
sanctificatur quae ad usum ablutionis cedit, et non totum mare. Ergo a simili
et hic, tantum de pane et vino consecrari potest, quantum potest venire in
usum fidelium. |
3. Si quelqu’un baptise un homme dans la mer, seule
serait sanctifiée par la parole de vie l’eau qui sert à
l’ablution, et non pas toute la mer. Selon un raisonnement semblable,
seule la quantité de pain et de vin qui est destinée à
l’usage des fidèles peut donc être consacrée. |
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[15406] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, secundum philosophum, omne determinatum est medium duorum extremorum
determinatorum. Sed quantitas panis qui consecrari potest, non est medium
duorum extremorum determinatorum: quia nunquam est ita parva quantitas quin
possit consecrari. Ergo non est determinata quantitas etiam secundum
magnitudinem. |
Cependant, [1] selon
le Philosophe, tout ce qui est déterminé se situe entre deux
extrêmes déterminés. Or, la quantité de pain qui
peut être consacrée ne se situe pas entre deux extrêmes
déterminés, car il n’y a jamais une si petite
quantité qu’elle ne puisse être consacrée. La
quantité n’est donc pas déterminée même
selon la grandeur. |
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[15407] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
constat quod sacerdos habens paucos parochianos potest tantum de pane
consecrare, quantum habens multos, quamvis non debeat. Sed non potest accipi
tanta quantitas panis quae non possit venire in usum multorum parochianorum,
et praecipue cum unus homo possit et multum et parum in quantitate sumere.
Ergo non potest esse tanta materia panis quin possit consecrari etiam a
quocumque sacerdote. |
[2] Il est clair que le prêtre qui a un petit
nombre de paroissiens peut consacrer autant de pain que celui qui en a
beaucoup, bien qu’il n’y soit pas obligé. Or, on ne peut
concevoir une quantité de pain qui ne pourrait être
destiné à l’usage d’un grand nombre de paroissiens,
surtout qu’un seul homme peut en prendre une quantité grande ou
petite. Il ne peut donc y avoir une si grande quantité de pain
qu’elle ne puisse être consacrée par n’importe quel
prêtre. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15408] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
materia sacramenti debet competere et significationi sacramenti et usui; et
utroque modo exigitur duplex materia in hoc sacramento. Usus enim hujus
sacramenti est manducatio, quae ad sui integritatem et cibum et potum exigit;
et ideo hujus sacramenti debet esse duplex materia; una quae in cibum
sumitur, et alia quae in potum. Significatio autem sacramenti est duplex. Una
secundum quod repraesentat praeteritum; et sic in hoc sacramento significatur
passio Christi, in qua separatus fuit ejus sanguis a corpore; et ideo separatim
in hoc sacramento offerri debet signum corporis et signum sanguinis, duplici
materia existente. Alia significatio sacramenti est de effectu per sacramentum
inducendo, quia sacramenta efficiunt quod figurant; et sic, cum hoc
sacramentum ad salutem corporis et animae sumatur, oportet quod sub specie
panis ad significandam salutem corporis, et sub specie vini ad significandam
salutem animae hoc sacramentum perficiatur, ut in littera Magister dicit. |
La matière du sacrement doit convenir à la
signification et à l’usage du sacrement, et une double
matière est requise pour ce sacrement sous les deux aspects. En effet,
l’usage de ce sacrement est la manducation, qui exige nourriture et
boisson pour son intégrité. C’est pourquoi une double
matière est requise pour ce sacrement : l’une qui est prise
comme nourriture, et l’autre qui [est prise] comme boisson. Mais la
signification du sacrement est double. L’une selon qu’il
représente le passé : de cette manière, la passion
du Christ est signifiée par ce sacrement, alors que son sang a
été séparé de son corps. Aussi faut-il que soient
offerts séparément dans ce sacrement un signe du corps et un
signe du sang par la présence d’une double matière.
L’autre signification du sacrement porte sur l’effet qui doit
être produit par le sacrement, car les sacrements réalisent ce
qu’ils représentent. Et ainsi, puisque ce sacrement est pris
pour le salut du corps et de l’âme, il est nécessaire qu’il
soit accompli sous l’espèce du pain pour signifier le salut du
corps et sous l’espèce du vin pour signifier le salut de
l’âme, comme le dit le Maître dans le texte. |
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[15409] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod simplicitas per se non est causa nobilitatis; sed
perfectio; unde ubi perfecta bonitas in uno simplici invenitur, simplex est
nobilius quam compositum; quando autem e contrario simplex est imperfectum,
compositum vero perfectum, tunc compositum est nobilius quam simplex, sicut
homo est nobilior terra; et ideo hoc sacramentum quamvis sit magis compositum
ratione materiae, est tamen nobilius, quia est magis perfectum. Quod autem ad
perfectionem ejus haec compositio exigatur, patet ex dictis. |
1. La simplicité n’est pas par
elle-même cause de noblesse, mais la perfection. Là où
l’on trouve une bonté parfaite dans une seule chose simple, ce
qui est simple est plus noble qu’un composé. Mais lorsque, au
contraire, ce qui est simple est imparfait, mais que le composé est
parfait, le composé est alors plus noble que ce qui est simple, comme
l’homme est plus noble que la terre. C’est pourquoi ce sacrement,
bien qu’il soit davantage composé en raison de sa
matière, est cependant plus noble parce qu’il est plus parfait.
Que cette composition soit requise pour sa perfection, cela ressort de ce qui
a été dit. |
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[15410] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis totus Christus sit sub specie panis secundum
rei veritatem, non tamen est ibi ex vi sacramenti nisi corpus ejus, ut ex
dictis patet, et secundum quod venit in usum fidelium. |
2. Bien que tout le Christ se trouve véritablement
sous l’espèce du pain, seul son corps s’y trouve en vertu
du sacrement, comme cela ressort de ce qui a été dit, et selon
qu’il est destiné à l’usage des fidèles. |
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[15411] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod populo non datur sanguis propter periculum: quia una
gutta sanguinis citius laberetur quam aliqua particula corporis; unde
ministris altaris secundum consuetudinem aliquorum datur participatio
sanguinis, de quibus praesumitur quod in talibus magis sint cauti. In lege
autem veteri de libaminibus nihil habebant offerentes, sed soli sacerdotes;
per quae significabatur potus hujus sacramenti: de sacrificiis autem
habebant, quibus significabatur cibus hujus sacramenti. |
3. Le sang n’est pas donné au peuple en
raison d’un danger, car une seule goutte du sang tomberait plus
rapidement qu’une parcelle du corps. Aussi, selon la coutume de
certains, la participation au sang est donnée aux ministres de
l’autel, dont on présume qu’ils sont plus circonspects en
la matière. Mais, sous la loi ancienne, ceux qui offraient ne
recevaient rien des libations – qui signifiaient la boisson de ce
sacrement –, mais seulement les prêtres. Ils avaient cependant
part aux sacrifices, qui signifiaient la nourriture de ce sacrement. |
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[15412] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quamvis consecratio panis non dependeat a
consecratione vini, quod quidam posuerunt, ut supra, dist. 8, qu. 2, art. 4,
quaestiunc. 1, dictum est, tamen potius deberet desistere qui non haberet
utrumque quam conficere praeter morem Ecclesiae in una tantum specie; quamvis
etiam si in una tantum specie consecraret, consecratum esset. Peccaret autem
graviter: nisi post consecrationem corporis ante consecrationem sanguinis
occideretur, vel alias praeter culpam suam impediretur. |
4. Bien que la
consécration du pain ne dépende pas de la consécration
du vin, ce que certains ont affirmé, comme on l’a dit plus haut,
d. 8, q. 2, a. 4, qa 1, celui qui n’aurait pas les deux devrait
cependant plutôt cesser qu’accomplir [le sacrement] sous une
seule espèce, contrairement à l’usage de
l’Église, bien que s’il consacrait sous une seule
espèce, il y aurait consécration. Mais il pécherait
gravement, à moins qu’il ne soit tué après la
consécration du corps et avant la consécration du sang ou
qu’il n’en soit autrement empêché sans qu’il
soit de sa faute. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15413] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod causa quare panis et vinum sunt
materia hujus sacramenti inter alios cibos et potus, est institutio divina.
Causa autem institutionis multipliciter potest assignari. Prima ex parte usus
sacramenti: quia haec duo communius in cibum et potum veniunt; unde
convenientius per haec in cibum et potum spiritualem manuducimur. Secunda ex effectu
sacramenti: quia, ut dicitur in Glossa 1 Corinth. 11, panis prae ceteris
cibis sustentat corpus, et vinum laetificat cor: et similiter hoc sacramentum
sustentat magis et laetificat caritate inebriatos quam alia sacramenta.
Tertia ex ritu celebrationis: quia mundius tractantur quam alia quae in cibum
et potum veniunt. Quarta ex significatione duplicis rei hujus sacramenti:
quia panis ex multis granis conficitur, et vinum ex multis acinis confluit;
quod competit ad significandum corpus Christi verum et mysticum, ut supra,
dist. 8, dictum est. Quinta ex repraesentatione ejus quod praecessit: nam
grana in area conculcantur, et panis in fornace decoquitur, et vinum in
torculari exprimitur; quae omnia competunt ad repraesentandum passionem
Christi. |
La
cause en raison de laquelle le pain et le vin sont la matière de ce
sacrement parmi les autres nourritures et boissons est l’institution
divine. Or, la cause de l’institution peut être donnée de
plusieurs manières. Premièrement, du point de vue du sacrement,
car ces deux [choses] se présentent plus généralement
comme nourriture et comme boisson. Aussi sommes-nous conduits par elles
d’une manière plus convenable vers la nourriture et la boisson
spirituelles. Deuxièmement, du point de vue de l’effet du
sacrement, car, comme le dit la Glose sur 1 Co 11, le pain nourrit
davantage le corps que les autres nourritures et le vin réjouit le
cœur. De la même manière, ce sacrement, plus que les autres
sacrements, nourrit et réjouit ceux qui sont enivrés par la
charité. Troisièmement, du point de vue du rite de la
célébration, car [ces choses] sont traitées avec plus de
propreté que les autres qui se présentent comme nourriture et
comme boisson. Quatrièmement, du point de vue de la signification de
la double réalité de ce sacrement, car le pain est fait de
nombreux grains et le vin s’écoule de nombreux raisins, ce qui
convient pour signifier le corps véritable et [le corps] mystique du
Christ, comme on l’a dit plus haut, d. 8. Cinquièmement, du
point de vue de la représentation de ce qui a
précédé, car les grains sont foulés aux pieds sur
l’aire, le pain est cuit au four et le vin est extrait par le
pressoir ; tout cela convient pour représenter la passion du
Christ. |
|
[15414] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod hoc sacramentum non debuit in specie alicujus sacramenti legis
Mosaicae institui, ut ostenderetur cessatio legalium, quorum sacerdotium est
imperfectius sacerdotio Christi; et ideo convenienter ad illas species in
novo testamento reducitur, quibus ostenditur sacerdotium novi testamenti sic
praeeminere sacerdotio levitico scilicet ad oblationem Melchisedech, ut apostolus
probat Hebr. 7. |
1. Ce sacrement ne devait pas être institué
sous la forme d’un sacrement de la loi mosaïque afin de montrer la
cessation des [dispositions] de la loi, où le sacerdoce est plus
imparfait que le sacerdoce du Christ. C’est pourquoi il est
ramené à ces espèces sous la Nouvelle Alliance, par
lesquelles il est montré que le sacerdoce de la Nouvelle Alliance
l’emporte que le sacerdoce lévitique, c’est-à-dire
sur l’offrande de Melchisédech, comme le démontre
l’Apôtre dans He 7. |
|
[15415] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod caro de ratione sui non dicit aliquid ordinatum in
cibum, sed quamdam rem naturae; et ideo non ita competenter significaret caro
animalis carnem Christi, ut est cibus fidelium, secundum quod in hoc
sacramento continetur sicut panis; quia ad hoc confectus est ut cibus sit. |
2. De soi, la chair n’indique pas quelque chose qui
est ordonné à la nourriture, mais une réalité de
la nature. C’est pourquoi la chair d’un animal ne signifierait
pas aussi convenablement la chair du Christ en tant qu’elle est
nourriture des fidèles, selon qu’il est contenu dans ce
sacrement sous forme de pain, car celui-ci a été
réalisé pour être une nourriture. |
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[15416] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod vinum quamvis non detur infirmis qui morbo febrili
subjacent, datur tamen debilibus ut confortentur; et similiter hoc
sacramentum non est dandum his qui sunt in febre peccati, sed ad
confortationem debilium qui a peccato liberati sunt. |
3. Bien que le vin ne soit pas donné aux malades
qui souffrent d’une maladie comportant de la fièvre, il est
cependant donné à ceux qui sont faibles pour les renforcer. De
la même manière, ce sacrement ne doit pas être
donné à ceux qui sont atteints de la fièvre du
péché, mais pour renforcer les faibles qui ont
été libérés du péché. |
|
[15417]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod mel quamvis habeat suavitatem,
est tamen inflativum; et ideo magis congrue significat suavitatem temporalem
quae inflat, quam caritatem quae aedificat; unde et in sacrificiis veteris
legis apponi prohibebatur; et ideo etiam non competit huic sacramento. |
4. Bien que le miel ait une douceur, il fait cependant
enfler. C’est pourquoi il signifie plus convenablement la douceur
temporelle qui fait enfler, que la charité qui édifie. Aussi
était-il interdit dans les sacrifices de la loi ancienne. C’est
encore pour cette raison qu’il ne convient pas à ce sacrement. |
|
[15418] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod quamvis cibus iste sit parvulorum per humilitatem, est
tamen grandium in fide. Unde Augustinus: cibus sum grandium; et ideo
non convenit ut sub specie lactis sumatur. |
5. Bien que cette nourriture soit celle des enfants par
humilité, elle est cependant celle de ceux qui sont adultes par la
foi. Aussi Augustin dit-il : «Je suis la nourriture des
adultes.» C’est pourquoi il ne convient pas qu’elle soit
prise sous l’espèce du lait. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15419] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod quidam dicunt,
quod virtus non est data ministro et verbis ad consecrandum panem et vinum
sub quacumque quantitate, sed sub tanta quantitate, quanta potest competere
ad usum fidelium; sic enim conformabitur intentio consecrantis intentioni
Ecclesiae. Sed hoc non videtur verum. Non
enim potest dici, quod quantitas materiae sit determinata secundum usum qui
in praesenti occurrit; quia sic sacerdos in deserto non posset conficere tot
hostias, quot sacerdos alicujus civitatis habentis multos parochianos, quod
falsum est; sed secundum usum qui nunquam occurrere potest. Tantum ergo de
vino et pane consecrare potest, quantum est sumibile ab omnibus. Ad hoc autem
non est quantitas determinata, praecipue cum unus homo possit sumere in magna
quantitate et parva quantitate; unde quantitas parva vel magna ad hoc nihil
facit. |
Certains disent que la puissance n’a pas
été donnée au ministre et aux paroles pour consacrer le
pain et le vin en n’importe quelle quantité, mais en
quantité aussi grande qu’elle peut convenir à
l’usage des fidèles ; ainsi l’intention de celui qui
consacre se conformera-t-elle à l’intention de
l’Église. Mais cela ne semble pas vrai. En effet, on ne peut pas
dire que la quantité de la matière est déterminée
selon l’usage qui en est fait présentement, car ainsi le
prêtre qui serait dans un désert ne pourrait réaliser autant
d’hosties que le prêtre d’une ville qui comporte un grand
nombre de paroissiens, ce qui est faux, mais selon un usage qui ne peut
jamais se produire. Il peut donc consacrer autant de vin et de pain que tous
peuvent en prendre. Or, une quantité n’est pas
déterminée à cet effet, surtout qu’un homme peut
en prendre en grande quantité et en petite quantité. Aussi la
quantité petite ou grande n’a-t-elle pas d’importance.
|
|
[15420] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sacramenta ad aliquid
ordinantur; unde in sacramentis est duplex intentio. Una quae ordinatur ad perfectionem sacramenti; et haec est
essentialis sacramento; unde ea praetermissa non est sacramentum. Alia quae
ordinatur ad finem sacramenti; et haec consequitur sacramentum, ut ea posita
vel remota, nihilominus perficiatur sacramentum; sicut si aliquis intendat
baptizare aliquem ut lucrum temporale consequatur, sacramentum Baptismi verum
est, quia secundum primam intentionem conformatur intentioni Ecclesiae,
quamvis non quantum ad secundam. Et similiter in hoc sacramento si aliquis
sacerdos intenderet consecrare non ad sumendum, sed ut in veneficiis
uteretur, verum corpus Christi esset. Unde etsi aliquis sacerdos intenderet
consecrare magnam quantitatem panis et vini non ad usum fidelium, sed in
irrisionem, esset consecratum. Non tamen dico quod posset consecrare totum
panem qui est in civitate simul, vel qui est in foro; quia ipsa forma
pronomine demonstrativo utens, ostendit quod materia consecranda debet esse
coram sacerdote. Unde sacerdos existens in domo sua non posset consecrare
panem qui est in altari: quod etiam non potest de toto pane qui est in foro,
neque de toto vino quod est in cellario. Sed quantacumque sit quantitas panis
et vini quae coram sacerdote proponitur, credo quod possit consecrari ab
ipso. |
1. Les sacrements sont ordonnés à quelque
chose. Aussi y a-t-il dans les sacrements une double intention. L’une
qui est ordonnée à l’accomplissement du sacrement :
celle-ci est essentielle au sacrement ; si l’on omet celle-ci, il
n’y a donc pas sacrement. L’autre qui est ordonnée
à la fin du sacrement : celle-ci découle du sacrement, de
sorte que le sacrement est néanmoins réalisé, que
celle-ci soit présente ou omise. Par exemple, si on a
l’intention de baptiser quelqu’un afin d’obtenir un profit
temporel, le sacrement de baptême est vrai, car il est conforme
à l’intention de l’Église selon la première
intention, bien qu’il ne le soit pas selon la seconde. De même,
dans ce sacrement, si un prêtre avait l’intention de [le]
consacrer, non pas pour le prendre, mais pour l’utiliser comme un
poison, ce serait le corps véritable du Christ. Même si un
prêtre avait l’intention de consacrer une grande quantité
de pain et de vin non pas pour l’usage des fidèles, mais par dérision,
ils seraient consacrés. Je ne dis cependant pas qu’il pourrait
consacrer en une seule fois tout le pain qui se trouve dans une ville ou sur
la place du marché, car la forme même qui utilise un pronom
démonstratif montre que la matière à consacrer doit se
trouver devant le prêtre. Le prêtre qui se trouve dans sa maison
ne pourrait donc pas consacrer le pain qui est dans le cellier. Mais quelle
que soit la quantité de pain et de vin qui est placée devant le
prêtre, je crois qu’elle peut être consacrée par
lui. |
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[15421] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod potestas omnis a Deo est, ut dicitur Rom. 13, et
quantum est de intentione dantis potestatem, ad bonum est ordinata; nihil
tamen prohibet quin potestate accepta abutatur. Unde sicut praelati Ecclesiae
habent potestatem in aedificationem, et non in destructionem, tamen multa
possunt facere quae sunt in destructionem; ita virtus consecrandi data est
verbo et ministris ad Dei honorem; tamen potest aliquis abuti, ut ad
irrisionem, vel ad lucrum, vel ad aliquid hujusmodi faciat. |
2. Toute puissance vient de Dieu, comme il est dit
dans Rm 13. Aussi grande soit-elle selon l’intention de celui qui
donne la puissance, elle est ordonnée au bien ; cependant, rien
n’empêche d’abuser de la puissance reçue. De
même que les prélats de l’Église ont une puissance
en vue d’édifier, et non de détruire, mais peuvent
cependant faire beaucoup de choses qui mènent à la destruction,
de même la puissance de consacrer a-t-elle été
donnée à la parole et aux ministres pour l’honneur de
Dieu ; toutefois, quelqu’un peut en abuser par dérision,
pour un profit ou pour quelque chose de ce genre. |
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[15422] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod perfectio sacramenti in
Baptismo consistit in ipso usu materiae; et ideo illud tantum aquae consecratur
verbo vitae quod in usum venit. Sed perfectio hujus sacramenti consistit in
ipsa materiae consecratione, et usus est consequens ad hoc sacramentum; unde
perfectio hujus sacramenti non dependet ab usu, sicut est in Baptismo. |
3. L’accomplissement
du sacrement dans le baptême consiste dans l’usage même de
la matière. C’est pourquoi seule la quantité d’eau
nécessaire à l’usage est consacrée par la parole
de vie. Mais l’accomplissement du sacrement [de l’eucharistie]
consiste dans la consécration même de la matière et
l’usage suit ce sacrement. Aussi l’accomplissement de ce
sacrement ne dépend-il pas de son usage, comme pour le baptême. |
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Articulus 2 [15423] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 2 tit. Utrum oporteat quod sit panis triticeus |
Article
2 – Faut que ce soit du pain de froment ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Faut-il que ce soit du pain de froment ?]
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[15424] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod non oportet quod sit panis triticeus. Hoc
enim sacramentum est memoriale dominicae passionis. Sed magis competeret ad
significandum passionem, panis hordei, quod est durum et hispidum, quam
granum tritici, quod est delicatum. Ergo ex alio frumento panis confectus potest esse
materia hujus sacramenti. |
1.
Il semble qu’il ne soit pas nécessaire que ce soit du pain de
froment. En effet, ce sacrement est le mémorial de la passion du
Seigneur. Or, pous signifier la passion, conviendrait plutôt le pain
d’orge, qui est dur et grossier, que le grain de froment, qui est
délicat. Le pain fait à partir d’une autre
céréale peut donc être la matière de ce sacrement.
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[15425]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in omni aqua potest perfici sacramentum
Baptismi, ut nullus propter defectum materiae a sacramenti perceptione
fraudetur. Ergo et similiter omnis panis debet esse materia hujus sacramenti,
ut nullum inopia excuset. |
2. Le sacrement de baptême peut être accompli
avec n’importe quelle eau, de sorte que personne ne soit privé
de recevoir le sacrement en raison d’un manque de matière. Pour
la même raison, tout pain doit être la matière de ce
sacrement, de sorte que le manque n’excuse personne. |
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[15426] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
figura in naturalibus est signum speciei. Sed quaedam frumenta sunt quae
habent similem figuram grano tritici, sicut de farre et spelta. Ergo sunt
ejusdem speciei cum grano tritici; et ita panis ex illis frumentis poterit
esse materia hujus sacramenti. |
3. Dans les choses naturelles, la figure est le signe de
l’espèce. Or, il existe des céréales qui ont la
même figure que le grain de froment, comme le blé et
l’épeautre. Ils sont donc de la même espèce que le
grain de froment, et ainsi le pain fait à partir de ces
céréales pourrait être la matière de ce sacrement. |
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[15427] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 4 Praeterea,
panis, materia hujus sacramenti est, quia ex multis granis confectus unitatem
corporis mystici designat, ut supra, dist. 8, dictum est. Sed hoc etiam
invenitur in pane de aliis frumentis confecto. Ergo ille panis potest esse
materia hujus sacramenti. |
4. Le pain est la matière de ce sacrement parce
que, fait de nombreux grains, il désigne l’unité du corps
mystique, comme on l’a dit plus haut, d. 8. Mais cela se trouve aussi
dans le pain qui est fait à partir d’autres
céréales. Ce pain peut donc être la matière de ce
sacrement. |
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[15428]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est usus Ecclesiae, et hoc quod dominus se
grano frumenti comparavit Joan. 12, et non aliis leguminibus. |
Cependant, il y a
l’usage de l’Église et le fait que le Seigneur s’est
comparé à un grain de froment, Jn 12, et non à
d’autres plantes. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Si une autre céréale est mélangée au grain de froment, le pain ainsi réalisé peut-il être la matière du sacrement ?] |
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[15429]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod, si grano tritici admisceatur aliud
frumentum, possit panis exinde confectus esse materia hujus sacramenti. Quia
in siccis commixtio non tollit speciem. Sed granum tritici et alia hujusmodi
sunt sicca. Ergo si commisceantur, adhuc manet species tritici, et ita potest
inde confici corpus Christi. |
1. Il semble que, si une autre céréale est
mélangée au grain de froment, le pain ainsi
réalisé peut être la matière du sacrement, car,
pour les choses sèches, le mélange n’enlève pas
l’espèce. Or, le grain de froment et les autres [céréales]
de ce genre sont secs. S’ils sont mélangés,
l’espèce du froment demeure donc, et ainsi on peut en faire le
corps du Christ. |
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[15430]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, vix invenitur farina ex solis granis tritici,
nisi studiose fiat. Si ergo ex farina commixta ex diversis granis non posset
confici panis qui sit materia hujus sacramenti, rarissime hoc sacramentum
perficeretur; quod est absurdum. |
2. On trouve difficilement la farine provenant des seuls
grains de froment, à moins qu’elle ne soit faite avec
application. Si donc on ne peut faire du pain, qui pourrait être la
matière de ce sacrement, avec la farine mélangée de
divers grains, c’est donc très rarememnt que ce sacrement serait
accompli, ce qui est absurde. |
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[15431] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, per
corruptionem magis receditur a specie quam per mixtionem. Sed de pane corrupto
potest fieri hoc sacramentum, cum videamus hostias diutissime a quibusdam
conservari. Ergo multo magis de pane ex granis commixtis confecto potest
perfici hoc sacramentum. |
3. On
s’éloigne davantage de l’espèce par la corruption
que par le mélange. Or, ce sacrement peut être accompli avec du
pain corrompu, puisque nous voyons que des hosties sont conservées par
certains très longtemps. À bien plus forte raison donc ce
sacrement peut-il être accompli à partir de grains
mélangés. |
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[15432] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, medium,
neutrum extremorum est. Sed panis commixtus
ex diversis granis, est medius inter panem tritici et aliorum granorum. Ergo
non est panis triticeus; ergo de eo non potest perfici hoc sacramentum. |
Cependant, [1] ce
qui est intermédiaire n’est aucun des deux extrêmes. Or,
le pain mélangé de divers grains est intermédiaire entre
le pain de froment et celui d’autres grains. Il n’est donc pas du
pain de froment. Ce sacrement ne donc être accompli avec lui. |
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[15433]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, de amido, ut quidam dicunt, non potest perfici
hoc sacramentum. Sed amidum est farina triticea pura. Ergo multo minus potest perfici hoc
sacramentum de pane alterius farinae. |
[2] Certains disent que ce
sacrement ne peut être accompli avec de l’amidon. Or,
l’amidon est de la pure farine de froment. Encore bien moins ce
sacrement ne peut-il donc être accompli avec du pain venant d’une
autre farine. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Devons-nous l’accomplir avec du pain fermenté, et non avec du pain azyme ?] |
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[15434] Super Sent., lib. 4 d. 11 q.
2 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debeamus conficere in azymo,
sed in fermentato. Nos enim debemus conficere secundum quod Christus confecit. Sed
Christus confecit in fermentato, non in azymo. Ergo nec nos debemus in azymo
conficere. Probatio mediae. Ante Pascha Judaei azymis non utebantur. Sed
coena domini, in qua hoc sacramentum inchoavit, fuit ante Pascha celebratum,
ut patet Joan. 13, 1: ante diem festum Paschae et cetera. Ergo ipse in
fermentato, non in azymis confecit. |
1. Il semble que nous ne devions pas l’accomplir
avec du pain azyme, mais avec du pain fermenté. En effet, nous devons
l’accomplir comme le Christ l’a accompli. Or, le Christ l’a
accompli avec du pain fermenté, et non avec du pain azyme. Nous ne
devons donc pas l’accomplir avec du pain azyme. Démonstration de
la mineure. Avant la Pâque, les Juifs n’utilisaient pas le pain
azyme. Or, la cène du Seigneur, où il a amorcé se
sacrement, a été célébrée avant la
Pâque, comme cela ressort de Jn 13, 1 : Avant la
fête de la Pâque, etc. Il l’a donc accompli avec du pain
fermenté, et non avec du pain azyme. |
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[15435] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, veritas debet respondere figurae. Sed
agnus typicus immolabatur luna decimaquarta, ut habetur Exod. 12. Ergo
Christus immolatus fuit luna decimaquarta. Sed in die praecedenti corpus suum
dedit discipulis manducandum. Ergo hoc fuit luna decimatertia. Sed Pascha incipiebat
luna decimaquarta. Ergo ante Pascha fuit coena domini, et sic idem quod
prius. |
2. La vérité
doit correspondre à la figure. Or, l’agneau de la figure
était immolé à la quatorzième lune, comme on le
trouve dans Ex 12. Le Christ fut donc immolé à la quatorzième
lune. Mais, le jour précédent, il a donné son corps
à manger aux disciples : c’était donc la treizième
lune. Or, la Pâque commençait à la quatorzième
lune. La cène du Seigneur eut donc lieu avant la Pâque, et
ainsi, c’est la même conclusion que précédemment. |
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[15436] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, Joan. 18, dicitur,
quod in die passionis domini Judaei non intraverunt praetorium Pilati, ut non
contaminarentur, sed ut manducarent Pascha. Ergo
illa die a Judaeis manducabatur Pascha, et sic coena domini fuit ante Pascha;
et sic idem quod prius. |
3. Il est dit dans Jn 18 que, le jour de la passion
du Seigneur, les Juifs n’entrèrent pas dans le prétoire
de Pilate pour de ne pas être contaminés, afin de manger la
Pâque. La Pâque était donc mangée par le Juifs ce
jour-là, et ainsi la cène du Seigneur eut lieu avant la
Pâque. La conclusion est ainsi la même que
précédemment. |
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[15437] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 4 Praeterea,
Luc. 24, dicitur, quod mulieres viso monumento iverunt, et paraverunt
aromata. Sed hoc non licuisset prima die de septem quibus azyma comedebant,
quia dies illa erat eis celeberrima, quae quidem dies erat luna decimaquinta.
Ergo Christus passus est luna decimaquarta; et sic idem quod prius. |
4. Il est dit en Lc 24 que les femmes, après
avoir vu le monument, s’en allèrent préparer les
aromates. Or, cela n’aurait pas été permis le premier des
sept jours où on mangeait du pain zayme, car ce jour-là
était pour eux une très grande fête, puisque
c’était la quatorzième lune. Le Christ a donc souffert
lors de la quatorzième lune. La conclusion est ainsi la même que
précédemment. |
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[15438]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 5 Praeterea, Joan. 20, dicitur, quod dies sepulturae
dominicae erat magnus dies sabbati. Sed in solemnitate azymorum sola prima
dies erat celeberrima, et vocabatur magna. Ergo dies sabbati fuit prima dies
solemnitatis, quod est luna decimaquinta; et sic dies Veneris fuit luna
decimaquarta; et sic idem quod prius. |
5. Il est dit en Jn 20 que le jour de la
sépulture du Seigneur était le grand jour du sabbat. Or, lors
de la solennité des azymes, seul le premier jour était une
très grande fête et était appelé grand. Le jour du
sabbat était donc le premier jour de la solennité, qui est la
quatorzième lune. Et ainsi, la quatorzième lune tombait le
vendredi. La conclusion est ainsi la même que
précédemment. |
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[15439] Super Sent., lib. 4 d. 11 q.
2 a. 2 qc. 3 arg. 6 Praeterea, artos secundum Graecos significat panem
fermentatum. Sed hoc nomen invenitur apud Graecos, ubi nos habemus, accepit
Jesus panem. Ergo de fermentato confecit; et sic idem quod prius. |
6. Arthos,
selon les Grecs, signifie le pain fermenté. Or, on trouve ce mot chez
les Grecs, là où nous lisons : Jésus prit du
pain. Il a donc accompli [le sacrement] avec du pain fermenté. La
conclusion est ainsi la même que précédemment. |
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[15440] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 7 Praeterea, sacramenta
veteris legis
tempore revelatae gratiae observata ad litteram, sunt mortifera: quia littera
occidit, 2 Cor. 3, 6. Sed hoc erat unum de legalibus, comedere in azymis.
Ergo videtur esse mortiferum in azymis conficere. |
7. Observés à la lettre au temps de la
grâce révélée, les sacrements de la loi ancienne
donnent la mort, car la lettre tue, 2 Co 3, 6. Or,
manger avec du pain azyme était une des [dispositions] légales.
Il semble donc qu’accomplir [le sacrement] avec du pain azyme apporte
la mort. |
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[15441] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 8 Praeterea,
hoc sacramentum est specialiter sacramentum caritatis. Sed fermentum
caritatem significat, ut patet in Glossa Matth. 13, super illud: simile
est regnum caelorum fermento et cetera. Ergo maxime debet confici de fermentato.
[15442] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc.
3 arg. 9 Praeterea, sicut album et rubeum sunt accidentia vini;
ita azymum et fermentatum sunt accidentia panis. Sed indifferenter conficitur
de vino albo et rubeo. Ergo non magis debet attendi de pane an sit azymus vel
fermentatus, quam de vino an sit album vel rubeum. |
8. Ce sacrement est le sacrement de la charité
d’une manière particulière. Or, le pain fermenté
signifie la charité, comme cela ressort de la Glose sur
Mt 13 : Le royaume des cieux est semblable à du ferment,
etc. Il est donc de la plus haute importance que [le sacrement] soit
accompli avec du pain fermenté. 9. Comme le blanc et le rouge sont des
accidents du vin, être azyme et être fermenté sont des
accidents du pain. Or, [ce sacrement] est accompli indifféremment avec
du vin blanc et rouge. Il ne faut donc pas porter davantage attention au fait
que le pain soit azyme ou fermenté, qu’au fait que le vin soit
blanc ou rouge. |
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[15443]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, prima die azymorum nihil fermentatum esse
debebat in domibus Judaeorum, ut patet Exod. 12. Sed dominus confecit prima
die azymorum, ut patet Matth. 26, Marc. 14, Luc. 22. Ergo ipse confecit de
azymo; ergo et nos debemus de azymo conficere. |
Cependant, [1] le
premier jour des azymes, rien ne devait être fermenté dans les
maisons des Juifs, comme cela ressort de Ex 12. Or, le Seigneur a
accompli [ce sacrement] le premier jour des azymes, comme cela ressort de
Mt 26, Mc 14 et Lc 22. Il l’a donc accompli avec du pain
azyme. Nous devons donc l’accomplir avec du pain azyme. |
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[15444] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, Christus non venit legem solvere, sed
implere, ut dicitur Matth. 5. Sed secundum legem agnus paschalis comedebatur
cum azymis, ut patet Exod. 17. Ergo Christus agnum paschalem cum azymis comedit.
Ergo de azymo confecit. |
[2] Le Christ n’est pas venu détruire la
loi, mais l’accomplir, comme il est dit en Mt 5. Or, selon la loi,
l’agneau pascal était mangé avec du pain azyme, comme
cela ressort de Ex 17. Le Christ a donc mangé l’agneau
pascal avec du pain azyme. Il a donc accompli [ce sacrement] avec du pain
azyme. |
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[15445] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 s. c. 3 Praeterea,
materia debet convenire sacramento. Sed panis azymus magis competit huic
sacramento quam fermentatus propter puritatem. 1 Cor. 5, 8: epulemur non
in fermento veteri, neque in fermento malitiae et nequitiae, sed in azymis
sinceritatis et veritatis. Ergo debet de pane azymo fieri sacramentum. |
[3] La matière doit convenir au sacrement. Or, le
pain azyme a plus de rapport avec ce sacrement que le pain fermenté en
raison de sa pureté. 1 Co 5, 8 : Nourrissons-nous
non pas avec du vieux pain fermenté, ni avec le ferment de la malice
et de la méchanceté, mais avec le pain azyme de la
sincérité et de la vérité. Ce sacrement doit
donc être accompli avec du pain azyme. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15446] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod non
potest confici nisi de pane triticeo; cujus causa est divina institutio, quia
ipse hoc pane confecit. Ratio autem institutionis potest triplex assignari.
Prima ex effectu; quia talis panis melius nutrimentum praestat; unde competit
ad significandum excellentiam gratiae quae in hoc sacramento confertur. Secunda ex usu
sacramenti: quia panis triticeus est qui communius in usum cibi venit, alii
autem panes non fiunt nisi propter defectum tritici; unde et panis
simpliciter intelligitur de tritico, sicut et oleum de olivis; unde competit
huic sacramento, cujus usus est in manducando, ut supra, dist. 9, dictum est. Tertia ex re contenta, quae est Christus,
qui se grano frumenti comparavit dicens, Joan. 12, 24: nisi granum
frumenti cadens in terram mortuum fuerit, ipsum solum manet. |
[Ce sacrement] ne peut être accompli qu’avec
du pain de froment. La raison en est l’institution divine, car [le
Seigneur] lui-même l’a accompli avec ce pain. Or, on peut
indiquer une triple raison pour l’institution. La première, en
raison de son effet, car un tel pain donne une meilleure nourriture. Il
convient donc pour signifier l’excellence de la grâce qui est
donnée par ce sacrement. La deuxième, en raison de
l’usage de ce sacrement, car c’est le pain de froment qui est plus
généralement utilisé comme nourriture, et on ne fait
d’autres pains qu’en raison de la pénurie de froment. On
parle donc de pain simplement pour le [pain de] froment, comme d’huile
pour [l’huile] d’olive. Il convient donc à ce sacrement
dont l’usage consiste dans la manducation, comme on l’a dit plus
haut, d. 9. La troisième, en raison de la réalité qui y
est contenue, le Christ, qui s’est comparé à un grain de
froment en disant, Jn 12, 24 : À moins que le grain de
froment tombé à terre ne meure, il reste seul. |
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[15447] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod in passione Christi non fuit aliqua duritia ex
parte Christi qui patiebatur, sed summa benignitas; et quia hostia panis
significat et continet ipsum Christum, ideo non ita competit huic sacramento
panis hordeaceus, vel alterius modi, sicut panis triticeus, qui est
delicatior et suavior. |
1. Dans la passion du Christ, il n’y a pas eu de
dureté de la part du Christ qui souffrait, mais une suprême
douceur. Et parce que l’hostie de pain signifie et contient le Christ
lui-même, le pain d’orge ou d’une autre sorte ne convient
donc pas autant à ce sacrement que le pain de froment, qui est plus
délicat et plus doux. |
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[15448] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod omnis aqua omni aquae est eadem
specie, secundum philosophum; et ideo non differt in quacumque aqua Baptismus
fiat. Sed non omnia grana ex quibus panis consuevit confici, sunt ejusdem
speciei; et ideo non est similis ratio utrobique. Et praeterea sacramentum
istud non est tantae necessitatis sicut sacramentum Baptismi, ut prius dictum
est, dist. 9, qu. 1, art. 1, quaestiunc. 2. |
2. Toute eau est de la même espèce que
n’importe quelle eau, selon le Philosophe. Aussi n’y a-t-il pas de
différence, quelle que soit l’eau dans laquelle le baptême
est accompli. Mais tous les grains avec lesquels on a coutume de faire le
pain ne sont pas de la même espèce. Aussi le raisonnement
n’est-il pas le même. De plus, ce sacrement n’est pas aussi
nécessaire que le sacrement de baptême, comme on l’a dit
plus haut, d. 9, q.1, a. 1, qa 2. |
|
[15449]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quidam dicunt, quod de spelta
potest confici corpus Christi propter similitudinem quam habet ad triticum.
Sed, sicut patet intuenti, quantum ad figuram plus appropinquat hordeum ad
similitudinem tritici quam spelta, remoto cortice ab utroque, quamvis in
colore plus spelta conveniat; sed inter alia omnia hujusmodi plus convenit,
maxime in figura, far cum tritico, et similiter in colore. Unde ex identitate
figurae non potest haberi quod aliquod istorum sit ejusdem speciei cum grano
tritici; sed identitatis speciei potest ex alio experimentum accipi. Generans
enim et genitum conveniunt de necessitate in specie, sed non de necessitate
in accidentibus, quinimmo accidentia variantur ex causis extrinsecis; unde
cum ex grano tritici, ubicumque seminetur, nunquam nascatur spelta vel far
aut hordeum, vel aliquid hujusmodi, constat quod omnino ista differunt specie
a tritico. |
3. Certains disent que le corps du Christ peut être
réalisé avec de l’épeautre en raison de la
ressemblance que celui-ci a avec le froment. Mais, comme cela est
évident pour celui qui regarde, l’orge se rapproche davantage du
froment que l’epeautre, pour ce qui est de la figure, une fois
l’enveloppe des deux enlevée, bien qu’il ait plus en
commun avec l’épeautre pour la couleur. Mais, parmi tous les
autres [grains] de ce genre, surtout pour ce qui est de la figure, mais aussi
pour la couleur, le blé a plus en commun avec le froment. À
partir de l’identité de la figure, on ne peut donc conclure que
l’un d’eux est de la même espèce que le grain de
froment ; mais on peut constater l’identité
d’espèce à partir d’autre chose. En effet, celui
qui engendre et celui qui est engendré ont la même espèce
en commun, mais non pas nécessairement les accidents ; bien plus,
les accidents varient selon des causes extrinsèques. Puisque, à
partir d’un grain de froment, partout où il est semé, ne
naît jamais de l’épeautre, du blé, de l’orge
ou quelque chose de ce genre, il ressort donc clairement qu’ils sont
d’une espèce différente que le froment. |
|
[15450] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod illud quod objectio tangit, est causa quare ex pane
fit hoc sacramentum, non autem quare ex tali pane; sed hanc oportet
superaddere sicut proprium ad commune. |
4. Ce que l’objection aborde est la raison pour
laquelle ce sacrement est fait avec du pain, mais non pour laquelle [il est fait]
avec tel pain. Mais il faut ajouter celle-ci comme ce qui est propre à
ce qui est commun. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15451] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod admixtio
extranei duplex potest esse: uno modo ita quod extraneum adjunctum solvat
speciem ejus cui adjungitur, vel trahendo ad speciem suam, sicut si amphorae
aquae adderetur phiala vini; vel faciendo mediam speciem, sicut quando
utraque aequaliter ponitur, ut aequalitas non accipiatur secundum quantitatem,
sed secundum proportionem virtutis. Alio modo ita quod additum non solvat
speciem, sed ipsum assumatur ad speciem ejus cui additur; sicut si gutta
aquae amphorae vini apponatur. Si ergo fiat tanta admixtio extranei quod solvatur
species panis triticei, non poterit confici ex pane illo; si autem adeo sit
parva admixtio quod species panis triticei maneat, et illud quod additur, ad
naturam tritici convertatur, potest exinde confici sacramentum. Hujusmodi autem signum potest accipi ex accidentibus,
scilicet colore, sapore, et hujusmodi; quia accidentia maximam partem
conferunt ad cognoscendum quod quid est, secundum philosophum in 1 de anima. |
Le
mélange avec quelque chose d’étranger peut être
double. Dans un cas, ce qui est ajouté d’étranger fait
disparaître l’espèce de ce à quoi il est
ajouté, soit en l’attirant à son espèce, comme si
l’on ajoutait une coupe de vin à une mesure d’eau, soit en
réalisant une espèce intermédiaire, comme lorsque les
deux sont à égalité, l’égalité
étant entendue non pas selon la quantité, mais selon la
proportion de la puissance. Dans l’autre cas, ce qui est ajouté
ne fait pas disparaître l’espèce, mais est lui-même
inclus dans l’espèce de ce à quoi il ajouté, comme
lorsqu’une goutte d’eau est ajoutée à une mesure de
vin. Si donc un tel mélange avec quelque chose d’étranger
est fait, que l’espèce du pain de froment est abolie, on ne
pourra accomplir [le sacrement] avec ce pain. Mais si le mélange est
si faible que l’espèce du pain de froment demeure et que ce qui
est ajouté est converti à la nature du froment, on pourra
accomplir le sacrement avec cela. Le signe que tel est le cas peut être
saisi dans les accidents, à savoir, la couleur, le goût et les
choses de ce genre, car les accidents contribuent au plus haut point à
la connaissance de ce qu’est une chose, selon le Philosophe, Sur
l’âme, I. |
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[15452] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis sicca, cum integra manent, non amittant
speciem ex permixtione, tamen quando dividuntur et conficiuntur, sicut in
pane accidit, possunt speciem amittere. |
1. Bien que les choses sèches, lorsqu’elles
demeurent entières, ne perdent pas leur espèce par le
mélange, cependant, lorsqu’elles sont divisées et
élaborées, comme cela se produit pour le pain, elles peuvent
perdre leur espèce. |
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[15453] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum patet solutio ex distinctione praedicta. |
2. La solution ressort
clairement de la distinction qui a été faite. |
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[15454] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod si sit tanta corruptio
quod species panis non maneat, tunc non potest ex eo confici; si autem specie
manente sit aliqua dispositio ad corruptionem, potest exinde confici; quamvis
graviter peccet conficiens ex tali scienter propter irreverentiam sacramenti.
Et quod species maneat, potest ex hoc cognosci, quod continuitas non est
soluta, nec alia accidentia omnino ablata. Et quia amidum fit de farina
triticea, quae quidem per attritionem et excolationem et vaporis admixtionem
videtur speciem farinae amisisse, vel ad corruptionem omnino esse disposita;
ideo ex ea non debet confici, nec potest, secundum quosdam. Quidam autem dicunt, quod amidum cum sit crudum, non
potest esse materia hujus sacramenti, sicut nec pasta. Sed si coquatur,
poterit exinde confici, quia amidum fit ex farina maxime depurata. |
3. Si la corruption est telle que l’espèce
du pain ne demeure pas, on ne peut alors accomplir [le sacrement] avec lui.
Mais si, alors que l’espèce demeure, il existe une certaine
disposition à la corruption, on peut accomplir [le sacrement] avec [ce
pain], bien que celui qui l’accomplit pèche gravement [en
l’accomplisant] sciemment avec un tel [pain], en raison du manque de révérence
envers le sacrement. Que l’espèce demeure, on peut le
connaître par le fait que la continuité [du pain] n’est
pas rompue et que les autres accidents ne sont pas complètement
enlevés. Et parce que l’amidon est fait de farine de froment,
qui semble avoir perdu l’espèce de la farine en étant
frottée, travaillée et mélangée à la
vapeur, ou être entièrement disposée à la
corruption, on ne doit pas pour cette raison accomplir [le sacrement] avec
celle-ci et, selon certains, on ne le peut pas. Mais certains disent que
l’amidon, lorsqu’il n’est pas cuit, ne peut être la
matière de ce sacrement, pas davantage que la pâte. Mais,
s’il est cuit, on pourra accomplir [le sacrement] avec lui, parce que
l’amidon est fait d’une farine très purifiée. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15455] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod in hoc videtur
esse diversitas inter Graecos et Latinos: Graeci enim de fermentato, Latini
de azymo conficiunt. Causa autem hujusmodi diversitatis est, quia dominus in
azymo confecit, ut ex tribus Evangelistis habetur manifeste, et ita in
primitiva Ecclesia apostoli celebrabant; quem morem Romana Ecclesia ab
apostolis, qui ipsam fundaverunt, accepit, ut Innocentius 3 dicit. Sed
postea, ut dicit Leo Papa imminente haeresi Ebionitarum, qui dicebant simul
cum Evangelio legalia observanda, sancti patres ne eis consentire viderentur,
voluerunt ad tempus instinctu spiritus sancti ex fermentato confici
sacramentum: postea cessante illa haeresi, Ecclesia Romana ad pristinum morem
rediit; Graeci autem servare voluerunt morem ad tempus a patribus
introductum, ulterius addentes non posse confici nisi de fermentato: et ad
hoc probandum asserere voluerunt dominum in fermentato confecisse. Et quia
tres Evangelistae concorditer dicunt, prima die azymorum dominum instituisse
hoc sacramentum, in tantam infamiam quidam ex eis proruperunt, ut dicerent,
Evangelistas illos falsum scripsisse, et a Joanne fuisse correctos qui ante
diem Paschae dicit dominum coenasse cum discipulis. Sed quod hoc non
contradicat, ostendetur. Supposito autem quod dominus decimatertia luna, ut
dicunt, coenam celebrasset, adhuc evidenter ostenditur quod de azymo
confecit; quia, sicut dicit Chrysostomus super Matth., apertissime dominus
demonstravit, quia a principio circumcisionis suae usque ad diem Paschae
extremum, non erat contrarius divinarum legum, in quibus praecipiebatur ut
cum azymis paschalis agnus comederetur. Et ideo dicendum est, quod
dominus in azymo confecit, et in azymo conficiendum est, quamvis etiam in
fermentato confici possit; quamvis peccaret conficiens, Ecclesiae morem non
servans. |
Il semble y avoir sur
ce point une différence entre les Grecs et les Latins. En effet, les
Grecs accomplissent [le sacrement] avec du pain fermenté, les Latins,
avec du pain azyme. La raison de cette différence est que le Seigneur
l’a accompli avec du pain azyme, comme on l’apprend clairement
par les évangiles, et qu’ainsi célébraient les
apôtres dans l’Église primitive. L’Église
romaine a reçu cet usage des apôtres, qui l’ont
fondée, comme le dit Innocent III. Mais, par la suite, comme le dit le
pape Léon, alors que menaçait l’hérésie des
Ébionites, qui disaient que les prescriptions légales devaient être
observées en même temps que l’évangile, les saints
pères, pour ne pas sembler être de leur avis, voulurent, pour un
temps et sous l’inspiration de l’Esprit Saint, accomplir le
sacrement avec du pain fermenté. Par la suite, lorsque
l’hérésie cessa, l’Église romaine revint
à l’usage primitif, mais les Grecs voulurent conserver
l’usage établi pour un temps par les pères, en ajoutant
que [le sacrement] ne pouvait être accompli qu’avec du pain
fermenté. Pour prouver cela, ils ont voulu affirmer que le Seigneur
l’a accompli avec du pain fermenté. Et parce que trois
évangélistes sont d’accord pour dire que le Seigneur a
institué ce sacrement le premier jour des azymes, certains
d’entre eux sont tombés dans une telle honte qu’ils ont
affirmé que ces évangélistes ont écrit faussement
et qu’ils ont été corrigés par Jean, qui dit que
le Seigneur a célébré la cène avec ses disciples
avant le jour de la Pâque. Qu’il n’y ait pas là
contradiction, on le montrera. Mais, à supposer que le Seigneur ait
célébré la cène à la quatorzième
lune, comme ils le disent, il demeure clairement démontré
qu’il l’a accomplie avec du pain azyme, comme le dit [Jean]
Chrysostome en commentant Matthieu : «Le Seigneur a très
clairement montré que, du début de sa circoncision
jusqu’au dernier jour de la Pâque, il ne s’opposait pas aux
lois divines, où il était ordonné de manger
l’agneau pascal avec des azymes.» Il faut donc dire que le
Seigneur a acompli [ce sacrement] avec du pain azyme et qu’il doit
être accompli avec du pain azyme, bien qu’il puisse aussi
être accompli avec du pain fermenté. Mais celui qui le ferait en
ne respectant pas l’usage de l’Église pécherait
gravement. |
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[15456] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod verbum
illud Joannis, Graeci hoc modo intelligunt, sicut in objecto procedit. Sed hic intellectus stare non potest, quia est contrarius
aliis Evangelistis, quod non est fas in sacra Scriptura dicere. Praeterea non invenitur
in lege quod aliquo casu liceret anticipare lunam decimam quartam, sicut
dicunt dominum fecisse praevidens passionem. Unde
quidam dixerunt, quod coena qua dominus lavit discipulorum pedes, et qua
corpus suum consecravit, non fuit eadem, sed una aliam praecessit; et de
prima loquitur Joannes, de secunda alii Evangelistae. Sed hoc est contra usum
Ecclesiae, quae die Jovis ablutionem pedum celebrat, et etiam contra textum
Evangelii: quia sicut ex serie Evangelii Joannis apparet, eodem sero quo
pedes lavit, a Juda post bucellam recedente traditus est. Et ideo dicendum
est, quod dies festus Paschae vocabatur prima dies de septem quae erat
celeberrima, et haec erat decimaquinta luna, et in vespere praecedenti
immolabatur et comedebatur agnus, luna decimaquarta, cum azymis; et tunc
dominus coenam fecit cum discipulis suis; et hanc diem dicunt alii
Evangelistae primam diem azymorum, et Joannes ante diem festum Paschae. |
1. Les Grecs entendent
cette parole de Jean de la manière dite dans l’objection. Mais
cette interprétation ne peut pas être maintenue parce
qu’elle est contraire aux autres évangélistes, ce
qu’il ne convient pas de dire à propos de la Sainte
Écriture. De plus, on ne trouve pas dans la loi qu’il serait
possible d’anticiper la quatorzième lune dans un cas
particulier, comme ils disent que le Seigneur l’a fait en
prévoyant sa passion. Certains ont donc dit que la cène lors de
laquelle le Seigneur a lavé les pieds de ses disciples et lors de
laquelle il a consacré son corps n’était pas la
même, mais que l’une a précédé
l’autre : Jean parle de la première, et les autres
évangélistes, de la seconde. Mais cela est contraire à
l’usage de l’Église qui célèbre le lavement
des pieds le jeudi, et aussi contraire au texte de l’évangile,
car, ainsi qu’il ressort du récit de l’évangile de
Jean, le Seigneur a été trahi par Judas, qui se retira
après avoir pris la bouchée, le même soir où [le
Seigneur] lava les pieds. Il faut donc dire qu’on appelait fête
de la Pâque le premier des sept jours où elle était
célébrée; ce jour était la quinzième lune.
Le soir précédent, l’agneau était immolé et
mangé, la quatorzième lune, avec les azymes. Et alors, le Seigneur
fit la cène avec ses disciples. C’est ce jour que les autres
évangélistes appellent le premier jour des azymes, et Jean,
avant le jour de la fête de Pâque. |
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[15457] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod non oportet quod veritas responderet figurae quantum ad omnia; alioquin
oportebit nos dicere, quod dominus ad vesperam passus sit, quia tunc
immolabatur agnus, quod est contra omnes Evangelistas; sed quantum ad aliquid
veritas figurae respondet; quia quamvis ante Christi resurrectionem dies a
mane in mane computaretur, sicut in 2 Lib., dist. 13, dictum est, tamen hoc erat
speciale in solemnitatibus legis quod computabatur dies a vespera in vesperam.
Unde vespera quartaedecimae diei computabatur quantum ad solemnitatem in
numero dierum cum quintadecima, in qua dominus passus est; et etiam immolatio
ejus vespere quartaedecimae diei quodammodo inchoavit; quia tunc traditus
fuit, et tunc factus est sudor ejus sanguineus, ut dicitur Luc. 22. |
2. Il n’est pas
nécessaire que la vérité corresponde en tout à la
figure, autrement, nous devrions dire que la passion du Seigneur a eu lieu le
soir, parce qu’alors était immolé l’agneau, ce qui
va à l’encontre des évangiles. Mais la
vérité correspond en partie à la figure. En effet, bien
que le jour ait été calculé du matin au matin avant la
résurrection, comme on l’a dit dans le livre II, d. 13, il
était cependant particulier aux solennités légales que
le jour soit calculé du soir au soir. Aussi le soir du
quatorzième jour était-il compté à
l’intérieur du nombre de jours, pour ce qui est de la
solennité, avec le quinzième où eut lieu la passion du
Seigneur. Et même son immolation a-t-elle débuté
d’une certaine manière le soir du quatorzième jour, car
il fut alors livré, et sa sueur se changea alors en sang, comme il est
dit dans Lc 22. |
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[15458] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod Pascha accipitur ibi pro
cibis paschalibus, scilicet azymis, qui per omnes septem dies comedebantur.
Chrysostomus tamen dicit super Joan., quod intelligitur de agno paschali,
quem in alia die ab ea quam lex instituit, comederunt, et legem solverunt, ut
animi sui adimplerent desiderium in morte Christi. Christus autem non praeteriit tempus
Paschae, diem scilicet Jovis, sed in ipso Pascha comedit. |
3. La Pâque
s’entend ici des aliments pascaux, à savoir, les azymes, qui
étaient mangés durant tous les sept jours. Cependant, [Jean]
Chrysostome dit, en commentant Jean, qu’elle s’entend de
l’agneau pascal, qu’ils ont mangé un autre jour que celui
établi par la loi; ils ont donc accompli la loi afin que leurs esprits
soient remplis de désir lors de la mort du Christ. Mais le Christ
n’est pas passé outre au temps de la Pâque, à
savoir, le jeudi, mais a mangé lors de la Pâque elle-même. |
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[15459] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod
nulla dies erat adeo celebris quantum ad vacationem ab operibus, sicut dies
sabbati; unde in prima die solemnitatis licebat coquere cibos et alia
hujusmodi facere quod non licebat facere sabbatis; et ideo mulieres feria
sexta paraverunt aromata, videntes quod non sufficerent quae per Nicodemum
parata erant; et sabbato secundum legem quieverunt; et transeunte sabbato
emerunt aromata, idest empta paraverunt, vel etiam alia superemerunt,
videntes non sufficere quae prius feria sexta paraverant, et venerunt ad
monumentum. Vel secundum quosdam, opera misericordiae non reputantur inter
opera servilia; unde in die solemni licebat aromata ad sepulturam praeparare,
quia hoc erat opus misericordiae. |
4. Aucun jour
n’était célébré autant, pour ce qui
était de cesser le travail, que le jour du sabbat. Aussi
était-il permis de cuire des aliments et de faire d’autres
choses du genre le premier jour de la solennité, ce qu’il
n’était pas permis de faire les jours de sabbat. C’est
pourquoi les femmes ont préparé les aromates le vendredi, en
voyant que ceux qui avaient été préparés par
Nicodème ne suffiraient pas. Le jour du sabbat, conformément
à la loi, elles se reposèrent ou encore elles en achetèrent
d’autres, en voyant que ceux qu’elles avaient
préparés le vendredi ne suffiraient pas, puis elles se
rendirent au monument. Ou bien, selon certains, les œuvres de
miséricorde ne sont pas comptées parmi les œuvres
serviles. Aussi était-il permis, un jour de fête, de
préparer des aromates pour la sépulture, car
c’était une œuvre de miséricorde. |
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[15460] Super Sent., lib. 4 d. 11 q.
2 a. 2 qc. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod quocumque die de septem
diebus azymorum sabbatum veniret, dicebatur magnus dies sabbati propter
geminatam solemnitatem, scilicet sabbati et Paschae. |
5. Lorsque le sabbat tombait
n’importe quel des sept jours des azymes, on l’appelait le grand
jour du sabbat en raison de la double solennité, à savoir,
celle du sabbat et celle de la Pâque. |
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[15461] Super Sent., lib. 4 d. 11 q.
2 a. 2 qc. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod artos apud Graecos quandoque
etiam pro azymo pane ponitur; et ideo Exod. 12, dicitur in Graecos artos ubi
nos habemus panes azymos. |
6. Arthos est parfois
utilisé aussi chez les Grecs. C’est pourquoi, en Ex 12,
là où nous avons «pains azymes», le grec dit: arthos. |
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[15462] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 7 Ad septimum dicendum, quod
facere aliquid quod in lege fiebat, ut dicit Anselmus, non est judaizare; alioquin
judaizant conficientes ex fermentato, quia in lege praeceptum erat ut panes
primitiarum fermentatos offerent. Sed facere aliquid hac intentione ut
legalia observentur, est judaizare. Nos autem non ob hoc ex azymo conficimus
ut legem servemus, sed ut Christo conformemur, servantes hoc quod huic
competit sacramento ab eo instituto. Significatur enim in azymo puritas
vitae, quae semper servanda est, sicut et in thurificatione devotio
orationis; unde utrumque in lege nova retinetur. |
7. Accomplir quelque chose
qui était accompli sous la loi n’est pas judaïser, comme le
dit Anselme; autrement, ceux qui accomplissent [le sacrement] avec du pain
fermenté judaïsent, car il était prescrit dans la loi
qu’on devait offrir les premiers pains fermentés. Mais accomplir
quelque chose avec l’intention d’observer les prescriptions
légales, c’est judaïser. Mais nous, nous
n’accomplissons pas [le sacrement] afin d’observer la loi, mais
afin d’être conformes au Christ, en observant ce qui convient
à ce sacrement institué par lui. En effet, la pureté de
la vie est signifiée par le pain azyme, laquelle doit toujours
être observée, comme c’est le cas aussi de la dévotion
dans la prière par l’encensement. Aussi les deux choses
sont-elles retenues sous la loi nouvelle. |
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[15463] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 8 Ad octavum dicendum, quod in
hoc sacramento continetur Christus ut hostia: et quia puritas praecipue in
hostia, etiam secundum legem, exigebatur; ideo magis competit huic sacramento
ut significetur Christi puritas per panem azymum, quam quod significetur fervor
caritatis per fermentum. |
8. Dans ce sacrement, le
Christ est contenu en tant qu’hostie. Et parce que la pureté
était exigée de l’hostie, même selon la loi, il convient
donc à ce sacrement que la pureté du Christ soit plutôt
signifiée par le pain azyme, plutôt que la ferveur de la
charité soit signifiée par le ferment. |
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[15464] Super Sent., lib. 4 d. 11 q.
2 a. 2 qc. 3 ad 9 Ad nonum dicendum, quod album et rubeum non ita faciunt
differentiam in significatione sacramenti circa vinum, sicut azymum et
fermentatum circa panem; et ideo non est similis ratio de utroque. |
9. Le blanc et le rouge ne
font pas autant de différence pour la signification du sacrement, en
ce qui concerne le vin, que le pain azyme et le pain fermenté.
C’est pourquoi le raisonnement n’est pas le même dans les
deux cas. |
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Articulus 3 [15465] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 3 tit. Utrum solum
de vino vitis debeat sanguis Christi consecrari |
Article
3 – Le sang du Christ doit-il être consacré seulement avec
du vin de la vigne ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question
1 – [Le sang du Christ doit-il être consacré seulement
avec du vin de la vigne ?]
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[15466] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod non solum de vino vitis debeat sanguis
Christi consecrari. Baptismus enim in qualibet aqua fieri potest. Sed vinum
est materia hujus sacramenti, sicut aqua Baptismi. Ergo et de quolibet vino
potest hoc sacramentum fieri, sicut de vino malorum granatorum vel mororum
vel hujusmodi. |
1. Il semble que le
sang du Christ ne doive pas être consacré seulement avec du vin
de la vigne. En effet, le baptême peut être accompli avec
n’importe quelle eau. Or, le vin est la matière de ce sacrement,
comme l’eau pour le baptême. Ce sacrement peut donc être
accompli avec n’importe quel vin, par exemple, avec du vin de grenade,
de mûre et d’autres choses de ce genre. |
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[15467] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in aliquibus
terris non sunt vites, nec ad eas de facili vinum portari potest. Ergo debuit a divina
sapientia provideri ut alius aliquis liquor loco vini de vite possit in sacramento
assumi. |
2. Dans certains pays, il
n’y a pas de vignes et l’on ne peut pas y transporter facilement
du vin. La divine sagesse devait donc voir à ce qu’un autre
liquide puisse être pris à la place du vin. |
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[15468] Super Sent., lib. 4 d. 11 q.
2 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, sicut dominus se comparavit grano frumenti,
Joan. 12, ita comparavit se viti, Joan. 15. Ergo sicut non debet in hoc
sacramento assumi nisi panis de tritico, ita nec vinum nisi de vite. |
Cependant, de même que le
Seigneur s’est comparé à un grain de froment, Jn 12,
de même s’est-il comparé à une vigne, Jn 15.
On ne doit donc pas prendre d’autre pain que le pain de froment dans ce
sacrement, ni d’autre vin que [le vin] de la vigne. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Peut-on accomplir ce sacrement avec du vinaigre ?] |
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[15469]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod possit etiam confici de aceto.
Quia, secundum Isidorum, acetum est species vini. Sed cum vino vitis potest
confici hoc sacramentum. Ergo et de aceto. |
1. Il semble
qu’on puisse accomplir [ce sacrement] avec du vinaigre, car, selon
Isidore, le vinaigre est une espèce de vin. Or, ce sacrement peut
être accompli avec le vin de la vigne. Il peut donc l’être
avec du vinaigre. |
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[15470]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, si vinum consecratum in acetum converteretur,
non desineret ibi esse Christi sanguis. Ergo eadem ratione si ante
consecrationem sit acetum, potest exinde sanguis Christi consecrari. |
2. Si le vin consacré
tournait au vinaigre, le sang du Christ ne cesserait pas d’y exister.
Pour la même raison, s’il y a du vinaigre avant la
consécration, le sang du Christ peut-il être être
consacré à partir [du vinaigre]. |
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[15471] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, Innocentius dicit, quod vinum huic sacramento competit: quia cor
bibentis et dilatat et exhilarat. Sed hoc non facit acetum. Ergo ex aceto
non potest consecrari sanguis Christi. |
Cependant, Innocent
dit que «le vin convient à ce sacrement, car il dilate et
réjouit le cœur de celui qui le boit». Or, le vinaigre
n’a pas cet effet. Le corps du Christ ne peut donc être consacré
à partir du vinaigre. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le sang du Christ peut-il être consacré à partir du verjus ?] |
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[15472]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod de agresta possit sanguis Christi
consecrari. Sicut
enim agresta non habet speciem perfectam vini, ita nec mustum. Sed de musto
dulci potest confici sanguis Christi; dicitur enim de Consecr., dist. 2: si
necesse fuerit, botrus in calice prematur. Ergo et eadem ratione de
agresta. |
1. Il semble que le sang du Christ puisse être
consacré à partir du verjus. En effet, de même que le
verjus n’a pas l’espèce parfaite du vin, de même en
est-il pour le moût. Or, le sang du Christ peut être réalisé
à partir d’un moût doux. En effet, il est dit dans Sur
la consécration, d. 2 : «Si cela est nécessaire,
qu’on écrase dans le calice une grappe de raisin.» Il en
va donc de même pour le verjus. |
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[15473] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
agresta non differt a vino nisi quia immatura est. Sed maturitas et
immaturitas sunt accidentia. Ergo non differunt secundum speciem; et ita
videtur quod ex agresta sicut ex vino indifferenter sanguis Christi
consecrari possit. |
2. Le verjus ne diffère du vin que parce
qu’il n’est pas mûr. Or, la maturité et
l’immaturité sont des accidents. [Le vin et le verjus] ne sont
donc pas d’une espèce différente, et ainsi il semble que
le sang du Christ puisse être indifféremment consacré
à partir du verjus ou du vin. |
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[15474]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, quod fit, non est, secundum philosophum. Sed
agresta est in via generationis respectu vini. Ergo nondum est vinum; ergo ex
ea non potest sanguis Christi consecrari. |
Cependant, ce qui
devient n’existe pas. Or, le verjus est en voie de
génération par rapport au vin. Il n’est donc pas encore
du vin. Le sang du Christ ne peut donc pas être consacré
à partir de lui. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
|
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[15475] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 3 qc. 1 co. Respondeo
dicendum ad primam quaestionem, quod non potest confici sanguis Christi nisi
de vino vitis, quia hoc proprie vinum est. Alia vero dicuntur vina per
similitudinem hujus vini. Hoc etiam vinum communius sumitur in potum, sicut
et panis tritici in cibum; et habet proprietates magis convenientes ad
effectum sacramenti, inquantum calefacit et laetificat; et ideo dominus de
vino vitis confecit, ut patet per hoc quod dicitur Matth. 26, 29: amodo
non bibam de hoc genimine vitis. |
Le sang du Christ ne
peut être consacré qu’avec du vin de la vigne, car
celui-ci est du vin à proprement parler. Mais les autres sont
appelés vins par ressemblance à ce vin. Ce vin est aussi plus
communément pris comme boisson, comme le pain de froment comme
nourriture, et il a des propriétés qui sont plus en accord avec
l’effet du sacrement, pour autant qu’il réchauffe et
réjouit. C’est pourquoi le Seigneur a accompli [ce sacrement]
avec du vin de la vigne, comme cela ressort de ce qui est dit en
Mt 26, 29 : Je ne boirai
plus du fruit de la vigne. |
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[15476] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod omnis aqua est ejusdem speciei; sed non sic est de
vino. |
1. Toute eau a la même espèce, mais il
n’en va pas de même du vin. |
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[15477]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non est aliqua terra ad quam
non possit tantum de vino portari quantum sufficeret ad celebrandum; unde
illa ratio non cogit. |
2. Il n’existe pas de pays où l’on ne
puisse pas apporter une quantité de vin suffisante pour
célébrer. Ce raisonnement n’est donc pas contraignant. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15478] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod secundum
philosophum, in 8 Metaph., hoc modo fit ex vino acetum, quo ex vivo fit mortuum;
unde sicut animal vivum et mortuum non sunt ejusdem speciei, ita nec vinum et
acetum; et hoc ostendunt contrariae proprietates: quia vinum est calidum,
acetum autem frigidum; et non fit reditus de aceto in vinum, sicut nec de
mortuo ad vivum. Et ideo dicendum, quod si vinum sit omnino acetum, de eo non potest
confici; sed si sit acidum quasi in via acescendi, est idem judicium quod de
pane qui in via est ad corruptionem; unde sicut de pane illo potest confici,
peccat tamen conficiens propter irreverentiam, ita et hic. |
Selon le Philosophe, dans Métaphysique, VIII, le
vinaigre vient du vin comme un mort vient d’un vivant. Comme un animal
vivant et un animal mort ne sont pas de la même espèce, de
même le vin et le vinaigre ne le sont-ils pas non plus. Les
propriétés contraires le montrent, car le vin est chaud, et le
vinaigre, froid, et l’on ne peut repasser du vinaigre au vin, comme on
ne peut le faire d’un mort à un vivant. Il faut donc dire que si
le vin est entièrement du vinaigre, on ne peut accomplir [ce
sacrement] à partir de lui. Mais s’il est acide, comme en voie
de devenir du vinaigre, le jugement est le même que celui qui concerne
le pain en voie de corruption. De même qu’on peut accomplir [le
sacrement] avec ce pain, mais que celui qui l’accomplit pèche,
de même en est-il ici. |
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[15479]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ipse largo modo accipit
vinum pro omni liquore qui ex uvis ortum habet. |
1. Il entend le vin au sens large de tout liquide qui
provient des raisins. |
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[15480] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod si vinum consecratum reservatum omnino acetum fieret,
esset idem judicium quod de pane omnino corrupto; unde sicut non remanet ibi
corpus Christi, ita nec hic sanguis. Secus autem est de pane qui est in via
ad corruptionem, et de vino quod est in via ad acescendum. |
2. Si le vin consacré placé en
réserve tournait complètement au vinaigre, on en jugerait comme
du pain entièrement corrompu. De même que le corps du Christ
n’y demeure pas, de même aussi le sang [ne demeure-t-il pas] ici.
Mais il en va autrement du pain qui est en voie de corruption, et du vin qui
est en voie de tourner au vinaigre. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15481] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod nihil recipit
speciem nisi in termino generationis: agresta autem adhuc est in via generationis
ad vinum, sicut sanguis quando coagulari incipit, est in via generationis ad
animal; unde sicut ille sanguis non est animal, ita agresta non est vinum; et
propter hoc de ipsa non potest confici sanguis Christi. |
Rien ne reçoit
l’espèce qu’au terme de la génération. Or,
le verjus est encore en voie de génération par rapport au vin,
comme le sang, lorsqu’il commence à coaguler, est en voie de
génération par rapport à l’animal. De même
que ce sang n’est pas un animal, de même aussi le verjus
n’est-il pas du vin. Pour cette raison, le sang du Christ ne peut
être réalisé à partir de lui. |
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[15482] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a.
3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod mustum jam ad completam
speciem vini venit: dulcedo enim ipsius attestatur maturationem quae est
digestionis species; digestio autem est completio a naturali calore, ut patet
in 4 Meteor.; et ideo ex musto confici potest, sed non decet, propter
impuritatem ipsius, ut ex ipso conficiatur, nisi necessitas emergat. |
1. Le moût a déjà atteint
l’espèce complète du vin. En effet, sa douceur
témoigne de la maturation, qui est une espèce de digestion. Or,
la digestion est l’aboutissement de la chaleur naturelle, comme cela
ressort des les Météores, IV. C’est pourquoi on
peut accomplir [ce sacrement] avec du moût, mais cela ne convient pas
de l’accomplir en raison de son impureté, à moins
qu’une nécessité ne se présente. |
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[15483] Super
Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod maturatio est naturalis
digestio, per quam digestum ad ultimam perfectionem naturalem perducitur, ut
etiam possit alterum generare sibi simile, ut dicitur in 4 Meteor.; unde
maturum et acerbum differunt sicut completum et incompletum: quae quidem
differentia non est tantum accidentalis. |
2. La maturation est une digestion naturelle, par
laquelle ce qui est digéré est conduit à sa perfection
naturelle afin qu’il puisse en engendrer un autre semblable à
lui, comme il est dit dans les Météores, IV. Il y a
donc, entre ce qui est mûr et ce qui est prématuré, la
différence qui existe entre ce qui est complet et ce qui est
incomplet, différence qui n’est pas seulement accidentelle. |
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Articulus 4 [15484] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 tit. Utrum aqua vino admiscenda sit |
Article
4 – Est-ce que de l’eau doit être mélangée au
vin ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 –
[Est-ce que de l’eau doit être mélangée avec le vin
?]
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[15485] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod aqua vino admiscenda
non sit. De latere enim domini in cruce pendentis effluxit sanguis et aqua,
ut dicitur Joan. 19; per quae duo, sacramenta praecipue intelliguntur, ut
dicit Innocentius. Sed aqua competit sacramento regenerationis, scilicet Baptismo. Ergo
sanguis tantum competit sacramento redemptionis Eucharistiae; et ita vinum
sine aqua. |
1. Il semble
qu’il ne faille pas mélanger d’eau avec le vin. En effet,
du sang et de l’eau se sont écoulés du côté
du Seigneur suspendu à la croix, comme il est dit dans
Jn 19 ; par ces deux choses, on entend principalement les
sacrements, comme le dit Innocent. Or, l’eau convient au sacrement de
la régénération, à savoir, le baptême. Le
sang convient donc seulement au sacrement de la rédemption,
l’eucharistie, et ainsi, le vin sans eau. |
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[15486] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, vinum et
aqua sunt alterius speciei. Si ergo aqua admiscetur vino, erit triplex materia hujus sacramenti, et non
solum duplex, ut dictum est. |
2. Le vin et
l’eau sont d’une espèce différente. Si donc de
l’eau est mêlée au vin, il y aura une triple
matière de ce sacrement, et non seulement une [matière] double,
comme on l’a dit. |
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[15487] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, hoc sacramentum sub specie panis et vini
celebratur, ut in littera dicitur. Sed ad speciem panis nihil additur. Ergo nec vino
aliquid addi debet. |
3. Ce sacrement est
célébré sous l’espèce du pain et du vin,
comme on le dit dans le texte. Or, rien n’est ajouté à
l’espèce du pain. Rien ne doit donc non plus être
ajouté au vin. |
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[15488] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod dicit Alexander Papa: in
sacramentorum oblationibus panis tantum et vinum aqua permixtum offerantur.
Ergo debet admisceri aqua. |
Cependant, [1] le
pape Alexandre dit : «Dans les offrandes des sacrements, que ne
soient offerts que du pain et du vin mêlé d’eau.» Il
faut donc que de l’eau soit mélangée [avec le vin]. |
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[15489] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, materia
sacramenti debet competere rei significatae. Sed
populus significatur per aquam, qui ad corpus misticum pertinet, quod est res
ultima hujus sacramenti. Ergo aqua debet apponi. |
[2] La matière du sacrement doit convenir à
la réalité signifiée. Or, le peuple est signifié
par l’eau : celui-ci est en rapport avec le corps mystique, qui
est la réalité ultime de ce sacrement. Il faut donc ajouter de
l’eau. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Sans eau, le sang peut-il être consacré ?] |
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[15490]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod absque ea non possit sanguis
consecrari. Cyprianus enim dicit: calix domini non potest esse aqua sola
et vinum solum nisi utrumque misceatur, quoniam nec corpus domini farina esse
potest, nisi utrumque, scilicet farina et aqua, adunatum fuerit. Sed constat quod ex farina
sine aqua nullo modo potest corpus Christi consecrari. Ergo nec ex vino sine
aqua. |
1. Il semble que, sans
[eau], le sang ne puisse être consacré. En effet, Cyprien
dit : «La coupe du Seigneur ne peut contenir seulement de
l’eau et seulement du vin, sans que les deux ne soient
mélangés, car la farine ne peut être le corps du Seigneur
à moins que les deux, à savoir, la farine et l’eau, ne
soient réunies.» Or, il est clair que le corps du Christ ne peut
aucunement être consacré à partir de farine sans eau. Il
ne peut donc pas l’être on plus à partir de vin sans eau.
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[15491] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
significatio est de essentia sacramenti. Sed aqua significat aliquid quod est
principale in sacramento, scilicet unionem corporis mystici ad caput. Ergo
aqua est de necessitate hujus sacramenti, ut sine ea confici non possit. |
2. La signification fait partie de l’essence du
sacrement. Or, l’eau signifie quelque chose de fondamental dans le
sacrement : l’union du corps mystique à sa tête.
L’eau fait donc nécessairement partie de ce sacrement, de sorte que,
sans elle, il peut être accompli. |
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[15492]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, hoc sacramentum est memoriale dominicae
passionis. Sed ex latere domini patientis non solum fluxit sanguis sed aqua.
Ergo ex vino sine aqua sacramentum hoc confici non potest. |
3. Ce sacrement est le mémorial de la passion du
Seigneur. Or, du côté du Seigneur souffrant, ne s’est pas
écoulé seulement du sang, mais de l’eau. Ce sacrement ne
peut donc être accompli à partir de vin sans eau. |
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[15493] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, Graeci non apponunt aquam, ut Magister dicit; sed tamen conficiunt.
Ergo sine aquae admixtione confici potest sacramentum. |
Cependant, [1] les
Grecs n’ajoutent pas d’eau, comme le dit le Maître ;
cependant, ils accomplissent [le sacrement]. Le sacrement peut donc
être accompli sans mélange d’eau. |
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[15494]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, nihil est de substantia sacramenti quod non
manet in sacramento. Sed aqua non manet in propria specie in sacramento. Ergo
non est de substantia sacramenti. |
[2] Rien ne fait partie de la substance du sacrement qui
ne demeure dans le sacrement. Or, l’eau ne demeure pas dans
l’espèce propre du sacrement. Elle ne fait donc pas partie de la
substance du sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Est-ce que de l’eau résultant d’un art doit être ajoutée ?] |
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[15495]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod debeat aqua artificialis apponi.
Quia sacramentum dicitur esse uniforme. Sed ex parte corporis est aliquid
artificiale, scilicet panis. Ergo ex parte sanguinis debet esse aqua
artificialis. |
1. Il semble que de l’eau résultant
d’un art ne doive pas être ajoutée, car on dit que le
sacrement n’a qu’une seule forme. Or, pour ce qui est du corps,
il y a quelque chose qui résulte d’un art, à savoir, le
pain. |
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[15496]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, si panis ex aqua artificiali, ut rosacea,
conficeretur, posset ex eo corpus Christi consecrari. Ergo similiter potest
apponi in vino aqua artificialis. |
2. Si le pain était fait avec de l’eau qui
résulte d’un art, comme l’eau de rose, le corps du Christ
pourrait être consacré à partir de lui. De la même
manière, on peut donc ajouter dans le vin de l’eau qui
résulte d’un art. |
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[15497] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, Baptismus est sacramentum majoris necessitatis quam Eucharistia. Sed
in Baptismo non potest accipi nisi aqua naturalis, ut supra dictum est. Ergo
nec in Eucharistia. |
Cependant, le
baptême est un sacrement plus nécessaire que
l’eucharistie. Or, pour le baptême, on ne peut utiliser que de
l’eau naturelle, comme on l’a dit plus haut. C’est donc
aussi le cas pour l’eucharistie. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Faut-il ajouter de l’eau en grande quantité ?] |
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[15498]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod debeat in magna quantitate apponi.
Quia quod non est, non potest aliquid significare. Sed quod corruptum est,
non est. Cum ergo aqua ponatur ad significandum, ut dicitur, videtur quod
debeat tantum apponi quod non corrumpatur; et ita tantum quantum de vino vel
plus, quia vinum est magis activum. |
1. Il semble
qu’il faille ajouter de l’eau en grande quantité, car ce
qui n’existe pas ne peut signifier quelque chose. Or, ce qui est
corrompu n’existe pas. Puisque l’eau est ajoutée en vue de
signifier, comme on dit, il semble qu’on doive en ajouter suffisamment
pour qu’elle ne soit pas corrompue. Ainsi, [il faut en ajouter] autant
ou plus que le vin, car le vin est plus actif. |
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[15499] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
de latere Christi sicut sanguis, ita et aqua sensibiliter fluxit. Sed si
parum de aqua poneretur, non posset sentiri. Ergo debet in majori quantitate
apponi. |
2. De même que du sang s’est perceptiblement
écoulé du côté du Christ, de même de
l’eau. Or, si l’on ajoutait peu d’eau, elle ne pourrait
être perçue. Elle doit donc être en plus grande
quantité. |
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[15500] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 4 qc. 4 arg. 3 Praeterea, si sufficit in parva quantitate aquam
apponi, eadem ratione sufficeret ad sacramentum, si gutta aquae in totum dolium
projiceretur. Sed hoc videtur ridiculum. Ergo
non sufficit quod parva quantitas ponatur. |
3. S’il suffit d’ajouter de l’eau en
petite quantité, pour la même raison, il suffirait qu’une
goutte d’eau soit jetée dans tout un tonneau. Or, cela
paraît ridicule. Il ne suffit donc pas qu’une petite
quantité soit ajoutée. |
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[15501]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 4 arg. 4 Praeterea, quorumdam consuetudo esse dicitur in terris ubi
non crescit vinum, quod pannum vino rubeo intinctum et siccatum aqua lavent;
de qua cum ruborem vini acceperit, sanguinem Christi conficiunt. Ergo videtur
quod aqua in magna quantitate possit apponi. |
4. On dit que c’est la coutume, dans les pays
où le vin n’est pas cultivé, de laver à
l’eau une étoffe tachée de vin rouge et
séchée ; avec cette eau qui a pris la couleur rouge du vin,
on réalise le sang du Christ. Il semble donc que de l’eau puisse
être ajoutée en grande quantité. |
|
[15502] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 4 s. c. 1 Sed
contra, illud quod est ex duobus, neutrum illorum est, ut Damascenus dicit.
Sed si magna quantitas aquae apponeretur, esset quaedam mixtio. Ergo non
esset vinum; et ita non posset inde sanguis Christi confici. |
Cependant, [1] ce
qui vient de deux choses n’est aucune des deux, comme le dit [Jean]
Damascène. Or, si une grande quantité d’eau était
ajoutée, ce serait un mélange. Ce ne serait donc pas du vin, et
ainsi le sang du Christ ne pourrait pas être réalisé avec
cela. |
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[15503] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 4 s. c. 2 Praeterea, oportet quod aqua
consumatur a vino ad hoc quod ex parte sanguinis sit tantum una species,
sicut ex parte corporis. Sed non posset consumi,
si aqua in magna quantitate poneretur. Ergo non debet in magna quantitate
poni. |
[2] Il faut que l’eau soit absorbée par le
vin pour qu’il n’y ait qu’une seule espèce du
côté du vin, comme du côté du corps. Or, elle ne
pourrait être absorbée si elle était ajoutée en
grande quantité. Il ne faut donc pas ajouter une grande
quantité [d’eau]. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15504] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod aqua debet apponi
vino propter institutionem: quia dominus apposuisse probabiliter creditur ex
more illius patriae: quia vinum ibi sine aqua nunquam bibitur propter vini
fortitudinem: quamvis de aqua in Evangelio mentio non fiat, quia non est
principalis materia in hoc sacramento; sed ejus appositio competit huic
sacramento et quantum ad significationem rei hujus sacramenti, quae est
corpus mysticum per aquam significatum, quia aquae multae populi multi,
Apocal. 17, 15; et sic appositio aquae ad vinum significat unionem membrorum
ad caput ratione ipsius conjunctionis; et amorem capitis patientis pro
membris, ad ipsa, ex hoc quod ex duobus conjunctis unum efficitur; et
processum redemptionis a capite ad membra, ex ipsa transformatione aquae in
vinum. Unde dicit Glossa Marc. 14 super
illud: accepit Jesus panem etc.: neque aqua solum neque vinum solum
cuilibet licet offerre, ne videatur caput a membris secernere, vel Christum
sine nostrae redemptionis amore pati potuisse, vel nos sine illius passione
salvari. |
De l’eau doit être ajoutée au vin en raison de l’institution, car on croit que le Seigneur en a probablement ajouté selon la coutume de son pays, car le vin n’y est jamais bu sans eau en raison de sa force – bien qu’il ne soit pas fait mention de l’eau dans l’évangile, parce qu’elle n’est pas la matière principale de ce sacrement. Mais l’ajout [d’eau] convient à ce sacrement parce qu’elle signifie la réalité de ce sacrement, qui est le corps mystique signifié par l’eau, car les eaux abondantes sont des peuples nombreux, Ap 17, 15. Et ainsi, l’ajout d’eau au vin signifie l’union des membres à la tête en raison de l’unité réalisée. [Il signifie] aussi l’amour de la tête qui souffre pour ses membres, par le fait que les deux réalités unies deviennent une seule. [Il signifie encore] le déroulement de la rédemption depuis la tête vers les membres, en raison de la transformation même de l’eau en vin. Aussi la Glose dit-elle, à propos de Mc 14 : Jésus prit du pain, etc. : «Il n’est permis à personne d’offrir seulement du vin ou de l’eau, de sorte qu’il ne paraisse pas séparer la tête des membres, que le Christ ait pu souffrir sans amour pour notre rédemption ou que nous puissions être sauvés sans sa passion.» |
|
[15505]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod, sicut dicit Gregorius in
Moral., quia natura uniuscujusque ex diversitate componitur, in sacro
eloquio per rem quamlibet recte diversa significantur. Aqua ergo secundum
quod habet vim abluendi, significatio ejus competit Baptismo; secundum autem
quod continue in terram decurrit, habet significare populum: 2 Reg., 14, 14: omnes
morimur, et quasi aqua dilabimur; et sic ejus significatio competit huic
sacramento. |
1. Comme Grégoire le dit dans les Morales,
«parce que la nature de toute chose est composée d’une
diversité, diverses choses sont correctement signifiées par
n’importe quelle chose dans la Sainte Écriture». La
signification de l’eau convient donc au baptême pour autant
qu’elle a la capacité de laver. Mais selon qu’elle coule
de manière continue sur la terre, elle est destinée à
signifier le peuple. 2 Sm 14, 14 : Nous mourons tous
et, comme l’eau, nous nous évanouissons. C’est selon
cette signification qu’elle convient à ce sacrement. |
|
[15506]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod de aqua apposita est duplex
opinio. Quidam enim dicunt, quod aqua manet in sua natura, et solum vinum
transubstantiatur; unde aqua non apponitur ibi nisi ad significationem. Alii
vero dicunt, quod aqua apposita in vinum convertitur, et sic totum in
sanguinem Christi transubstantiatur. Quaecumque autem harum opinionum sit
vera, aqua non erit materia hujus sacramenti: quia secundum primam non
convertitur in corpus vel sanguinem Christi; secundum secundam non manet in
propria specie sed vini. Secunda tamen verior apparet, et secundum rationem
naturalem; quia modica aqua vino admixta, quod est magis activum, a vino
corrumpitur et in speciem vini transit: et quantum ad ritum sacramenti: quia
si aqua in propria natura remaneret, sic calix consecratus non esset tantum
potus spiritualis sed etiam corporalis; et ita non liceret post primam
sumptionem sanguinis iterum sumere. |
2. À propos de l’eau ajoutée, il
existe une double opinion. En effet, certains disent que l’eau conserve
sa nature et que seul le vin est transsubstantié ; aussi
l’eau n’est-elle ajoutée là que pour la
signification. Mais d’autres disent que l’eau ajoutée est
convertie en vin et qu’ainsi le tout est transsubstantié en sang
du Christ. Quelle que soit celle de ces deux opinions qui soit vraie,
l’eau ne sera pas la matière de ce sacrement, car, selon la
première, elle n’est pas convertie au corps ou au sang du
Christ ; selon la seconde, elle ne demeure pas selon sa propre
espèce, mais selon celle du vin. Toutefois, la seconde semble plus
vraie selon la raison naturelle, car un peu d’eau mêlée au
vin, qui est plus actif, est corrompu par le vin et passe à
l’espèce du vin. [Elle semble aussi plus vraie] pour ce qui est
du rite du sacrement, car si l’eau conservait sa propre nature, ainsi
la coupe consacrée ne serait pas seulement une boisson spirituelle
mais aussi corporelle. Et ainsi, après en avoir pris une
première fois, il ne serait pas permis d’en prendre de nouveau. |
|
[15507] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod aqua apponitur pani in ipsa sua confectione; et ideo non est
necesse ut postea apponatur. Vel dicendum, quod effectus redemptionis a
capite pervenit ad membra per sanguinis effusionem; et ideo magis apponitur
aliquid ad significandum populi unionem ad sanguinem quam ad corpus. |
3. L’eau est ajoutée au pain lors de sa
confection même ; il n’est donc pas nécessaire
qu’elle soit ajoutée par la suite. Ou bien il faut dire que
l’effet de la rédemption parvient aux membres depuis la
tête par l’effusion du sang. C’est pourquoi on ajoute
plutôt au sang qu’au corps quelque chose pour signifier
l’union du peuple. |
|
Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15508] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod materia
proportionatur sacramento; unde secundum aliquid est de essentia sacramenti.
Dictum est autem supra, quod perfectio hujus sacramenti consistit in ipsa
consecratione corporis et sanguinis Christi, et non in usu materiae
consecratae, sicut est in Baptismo et confirmatione; et ideo ex parte
materiae illud tantum est de necessitate sacramenti, quod significat corpus
et sanguinem Christi, scilicet panis et vinum; illud autem quod significat
usum et effectum hujus sacramenti, scilicet aqua, non est de necessitate
hujus sacramenti; unde vinum sine aqua potest consecrari, sed consecrans
peccat. |
La
matière est proportionnée au sacrement ; elle fait donc
partie du sacrement sous un aspect. Or, on a dit plus haut que
l’accomplissement de ce sacrement consiste dans la consécration
même du corps et du sang du Christ, et non dans l’usage de la
matière consacrée, comme c’est le cas pour le
baptême et la confirmation. C’est pourquoi, du point de vue de la
matière, seul est nécessaire au sacrement ce qui signifie le
corps et le sang du Christ, à savoir, le pain et le vin. Mais ce qui
signifie l’usage et l’effet de ce sacrement, à savoir,
l’eau, n’est pas nécessaire à ce sacrement. Aussi
le vin peut-il être consacré sans l’eau, mais celui qui
consacre pèche. |
|
[15509] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod exponendum est verbum Cypriani: non potest,
idest non debet; quia illud possumus quod de jure possumus: et ideo quantum
ad id quod debet fieri, est simile ex parte corporis et sanguinis; non autem
quantum ad id quod fieri potest: quia aqua est de substantia panis, non autem
de substantia vini. |
1. Il faut interpréter la parole de Cyprien :
«ne peut», c’est-à-dire, «ne doit». Car
nous pouvons ce que nous pouvons en droit. C’est pourquoi, quant
à ce qui doit être fait, c’est la même chose pour le
corps et pour le sang ; mais non quant à ce qui peut être
fait, car l’eau fait partie de la substance du pain, mais non de la
substance du vin. |
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[15510]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non significat aqua aliquid
quod sit de substantia hujus sacramenti, ut dictum est, sed effectum vel usum
consequentem. |
2. L’eau ne signifie pas quelque chose qui ferait
partie de la substance de ce sacrement, comme on l’a dit, mais
l’effet ou l’usage qui en découle. |
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[15511] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod effusio sanguinis in
passione Christi directe pertinebat ad effectum ablutionis a peccatis. |
3. L’effusion du
sang dans la passion du Christ avait un rapport direct avec l’effet de
l’ablution des péchés. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15512] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod cum sine aqua
possit sanguis consecrari, quantum ad id quod fieri potest non refert
quaecumque aqua apponatur, dummodo sit talis aqua quae in vinum converti
possit; sed quantum ad id quod fieri debet, non debet apponi nisi aqua
naturalis: quia illae aquae non sunt ejusdem speciei, et dicuntur aquae
aequivoce, sicut etiam de vino et de pane dictum est. |
Puisque le sang peut
être consacré sans eau, la quantité d’eau qui est
ajoutée n’a pas d’importance quant à ce qui peut
être fait, pourvu que cette eau puisse être convertie en vin.
Mais, quant à ce qui doit être fait, on ne doit ajouter que de
l’eau naturelle, car ces eaux ne sont pas de la même
espèce et elles sont appelées «eau» de
manière équivoque, comme on l’a dit pour le vin et pour
le pain. |
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[15513] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum quod panis artificialiter factus est ejusdem speciei cum
illo pane de quo confecit Christus; non autem aqua artificialis cum aqua quae
effluxit cum sanguine de corpore Christi, est eadem specie; et ideo non est
similis ratio. |
1. Le pain qui résulte d’un art a la
même espèce que le pain avec lequel le Christ a accompli [le
sacrement], mais l’eau qui résulte d’un art n’a pas
la même espèce que l’eau qui s’est
écoulée du corps du Christ avec le sang. Le raisonnement
n’est donc pas le même. |
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[15514] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quidam dicunt, quod similiter est ex parte panis,
quod de pane confecto ex aqua rosacea potest confici corpus Christi, quamvis
peccaret scienter ex tali pane conficiens. Sed probabiliter videtur quod
possit confici: quia panis est principalis materia hujus sacramenti, de cujus
substantia et compositione est aqua; et ideo diversificatio aquae secundum
speciem, facit diversitatem speciei in materia sacramenti. Sed aqua non est
de substantia vini, quae est principalis materia in hoc sacramento. |
2. Certains disent que c’est la même chose
pour le pain : le corps du Christ peut être réalisé
à partir du pain confectionné avec de l’eau de rose, bien
que celui qui le réaliserait sciemment avec ce pain pécherait.
Mais il semble probable qu’il puisse être réalisé,
car le pain est la matière principale de ce sacrement, dont
l’eau fait partie de la substance et de la composition. C’est
pourquoi la diversité de l’eau selon l’espèce
entraîne la diversité de l’espèce pour la
matière du sacrement. Mais l’eau ne fait pas partie de la
substance du vin, qui est la matière principale de ce sacrement. |
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[15515]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 3 ad s. c. 1 Patet etiam responsio ad id quod in oppositum objicitur:
quia aqua in Baptismo est principalis materia; et ideo si aqua alterius
speciei apponatur, non servatur debita materia, et propter hoc non est
sacramentum; sed hic est aliter, ut dictum est. |
[1] Réponse à ce qui est objecté en
sens contraire : parce que l’eau dans le baptême est la
matière principale. Si donc on ajoute de l’eau d’une autre
espèce, la matière appropriée n’est pas
respectée et, pour cette raison, il n’y a pas sacrement. Mais il
en va autrement ici, comme on l’a dit. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15516] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 2 a. 4 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod, sicut dictum
est, aqua apposita vino in vinum convertitur, et sic totum convertitur in sanguinem;
unde non tantum de aqua debet apponi quod vinum in aquam convertatur, vel in
aliquod medium per mixtionem; et ideo semper tutius est apponere parum: quia
quantumcumque apponatur parum, significatio servatur. |
Comme on l’a dit, l’eau ajoutée au vin
est convertie en vin, et ainsi l’ensemble est converti en sang. On ne
doit pas ajouter tellement d’eau que le vin soit converti en eau ou en
quelque chose d’intermédiaire par le mélange. C’est
pourquoi il est toujours plus sûr d’en ajouter peu, car aussi peu
qu’on en ajoute, la signification est sauvegardée. |
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[15517]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ex hoc ipso quod in vinum
convertitur aqua, habet suam significationem: quia nos in Christum mutamur,
non ipse in nos. |
1. Par le fait même que l’eau est convertie
en vin, elle a sa signification, car nous sommes changés dans le
Christ, et non lui en nous. |
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[15518]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod hoc sacramentum repraesentat
Christi passionem quantum ad redemptionem, quae facta est per effusionem
sanguinis; sed Baptismus quantum ad ablutionem; et ideo in Baptismo oportet
quod sensibiliter aqua maneat, sicut et vinum hoc quod sanguini respondet;
aqua autem haec apposita a vino absorbetur, sicut nostra mortalitas per
virtutem passionis Christi. |
2. Ce sacrement représente la passion du Christ
pour ce qui est de la rédemption, qui a été
réalisée par effusion de sang. Mais le baptême [la
représente] pour ce qui est de l’ablution. C’est pourquoi,
dans le baptême, il faut que l’eau demeure de manière
sensible, comme c’est le cas du vin qui correspond au sang. Mais
l’eau ajoutée est absorbée par le vin, comme notre
mortalité l’est par la puissance de la passion du Christ. |
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[15519]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod si apponeretur aqua in dolio,
non significaret aliquid; et ideo hoc non sufficeret; sed oportet ut
imminente oblatione apponatur ad sacramentum perficiendum. |
3. Si de l’eau était ajoutée dans un
tonneau, elle ne signifierait rien. C’est pourquoi cela ne suffirait
pas, mais il faut qu’à l’approche de l’offrande,
elle soit ajoutée au sacrement qui va être accompli. |
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[15520]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 2 a. 4 qc. 4 ad 4 Ad quartum dicendum, quod cum illud sit magis aqua rubea
quam vinum, non potest exinde sanguis Christi consecrari; unde illa
consuetudo damnatur in canone de Consec., dist. 2, cap. cum omne. |
4. Puisque cela est
plutôt de l’eau rougie que du vin, le sang du Christ ne peut pas
être consacré à partir d’elle. Aussi cette coutume
est-elle condamnée dans le canon Sur la consécration, d.
2, «Cum omne». |
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Quaestio
3 |
Question 3 - [Comment le Christ a-t-il usé de ce sacrement lors de sa première institution ?] |
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Prooemium |
Prologue
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[15521] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 pr. Deinde quaeritur quomodo Christus hoc sacramento usus sit in ipsa
prima sui institutione; et circa hoc quaeruntur quatuor: 1 utrum ipse corpus
suum manducaverit; 2 utrum Judae dederit; 3 utrum dederit corpus suum
passibile, vel impassibile; 4 utrum si in pixide reservatum fuisset corpus
Christi, ibi moreretur; sub qua autem forma consecravit, supra, dist. 8, dictum est. |
Ensuite, on s’interroge sur l’usage que le Christ a fait de ce sacrement lors de sa première institution. À ce propos, quatre questions sont posées : 1 – A-t-il mangé lui-même son corps ? 2 – L’a-t-il donné à Judas ? 3 – A-t-il donné son corps passible ou impassible ? 4 – Si le corps du Christ avait été conservé dans une pyxide, y serait-il mort [corr.] ? On a dit plus haut par quelle forme il a consacré, d. 8. |
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Articulus 1 [15522] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 1 tit. Utrum
Christus manducaverit |
Article
1 – Le Christ a-t-il mangé son corps ?
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[15523] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 1 arg. 1 Ad primum sic
proceditur. Videtur quod ipse Christus non manducaverit. Quia de his quae
dominus fecit, non sunt alia asserenda, nisi quae nobis in Evangelio
narrantur. Sed in Evangelio continetur quod Christus accepit panem in
manibus, et dedit discipulis suis manducandum. Ergo non debemus asserere quod
ipse manducaverit. |
Objections 1. Il semble que le
Christ ne [l’]ait pas mangé, car, à propos de ce que le
Seigneur a fait, il ne faut pas affirmer autre chose que ce qui nous est
raconté dans l’évangile. Or, dans
l’évangile, on trouve que le Christ a pris du pain dans ses
mains et l’a donné à manger à ses disciples. Nous
ne devons donc pas affirmer qu’il l’a lui-même
mangé. |
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[15524] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 1 arg. 2 Praeterea, omne quod manducatur, in cibum assumitur.
Sed assumens non est assumptum, ut in 3 Lib.,
dist. 5, dictum est. Ergo Christus corpus suum manducare non potuit. |
2. Tout ce qui est
mangé est pris comme nourriture. Or, celui qui prend ne doit pas
être pris, comme on l’a dit dans le livre III, d. 5. Le Christ
n’a donc pas pu manger son propre corps. |
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[15525] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 1 arg. 3 Praeterea, hoc sacramentum ordinatur ad spiritualem
refectionem. Sed ipse spirituali refectione non indigebat. Ergo hoc sacramentum
non sumpsit, quia in vanum accepisset. |
3. Ce sacrement est
destiné à la réfection spirituelle. Or, [le Christ]
n’avait pas besoin de réfection spirituelle. Il n’a donc
pas pris ce sacrement, car il l’aurait reçu en vain. |
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[15526] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 1 arg. 4 Praeterea, ut supra, dist. 9, dictum est, duplex est modus manducandi; scilicet
spiritualis, et sacramentalis. Sed Christo non competebat sacramentaliter
manducare, cum esset verus comprehensor, et sine velamine figurarum ad rem
sacramenti pertingeret; nec iterum spiritualiter, quia in ipso gratia non
augebatur. Ergo ipse non manducavit. |
4. Comme on l’a
dit plus haut, d. 9, il existe une double manière de manger :
spirituelle et sacramentelle. Or, il ne convenait pas que le Christ mange
sacramentellement, puisqu’il avait la vision béatifique [comprehensor]
et atteignait sans le voile des figures la réalité du
sacrement; [il ne convenait] pas davantage [qu’il le mange]
spirituellement, car la grâce n’était pas augmentée
en lui. Il ne l’a donc pas lui-même mangé. |
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[15527]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 1 s. c. 1 Sed contra, Hieronymus dicit et habetur de Consec., dist.
2: dominus Jesus ipse cum apostolis conviva et convivium; ipse comedens,
et qui comeditur. Ergo ipse corpus suum manducavit. |
Cependant, [1] Jérôme dit, et
on trouve cela dans Sur la consécration, d. 2 : «Le
Seigneur Jésus a été avec ses apôtres à la
fois convive et repas : lui-même a mangé et il a
été mangé.» Lui-même a donc mangé son
propre corps. |
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[15528]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 1 s. c. 2 Praeterea, sicut Christus instituit Baptismum, ita et hoc
sacramentum. Sed ipse baptizatus fuit. Ergo similiter debuit hoc sacramentum
assumere. |
[2] De même que
le Christ a institué le baptême, de même [a-t-il
institué] ce sacrement. Or, il a été lui-même
baptisé. De la même manière, a-t-il dû prendre ce
sacrement. |
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[15529] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 1 co. Respondeo dicendum, quod circa hoc est duplex
opinio. Quidam enim dicunt, quod Christus corpus suum in coena non
manducavit, sed tantum manibus accepit; et nituntur solvere auctoritates
sanctorum qui contrarium dicunt, quod ipse manducavit et bibit in coena ante
consecrationem, sed non corpus suum. Sed expresse habetur Luc. 22, in Glossa
super illud: desiderio desideravi etc., quod Christus comedit et bibit
in coena, cum corporis et sanguinis sui sacramentum discipulis tradidit; unde
quia pueri communicaverunt carni et sanguini, et ipse participavit eisdem;
et propter hoc communius tenetur quod manducaverit, secundum quod sancti
expresse dicere videntur; unde et ab antiquis versus est factus: rex sedet
in caena, turba cinctus duodena: se tenet in manibus, se cibat ipse cibus.
Non autem manducavit ut aliquem effectum
consequeretur a sacramento, sed ut aliis manducandi exemplum daret. |
Réponse Il existe à ce sujet deux opinions. En effet,
certains disent que le Christ n’a pas mangé son propre corps
lors de la cène, mais l’a seulement pris dans ses mains. Et ils
tentent de répondre aux autorités des saints qui disent le
contraire en disant qu’il a lui-même mangé et bu lors de
la cène avant la consécration. Mais on lit expressément
en Lc 22, dans la glose sur : J’ai
désiré d’un grand désir, etc., que le Christ a
mangé et bu lors de la cène, alors qu’il donna à
ses disciples le sacrement de son corps et de son sang. Aussi, puisque les enfants ont communié au
sang et à la chair, y a-t-il lui-même pris part
(He 2, 14). Aussi pense-t-on plus généralement
qu’il a mangé [son propre corps], comme les saints semblent le
dire expressément. Pour cette raison, les anciens ont écrit ce
vers : «Le roi prend part au repas, entouré des douze. Il
se prend lui-même entre ses mains ; il se nourrit, lui-même
étant la nourriture.» Cependant, il n’a pas mangé
pour obtenir du sacrement un effet, mais pour donner aux autres
l’exemple qu’ils devaient manger. |
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[15530] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in acceptione panis
potest utrumque intelligi, scilicet et acceptio in manibus et manducatio. [15531] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod Christus sub specie propria quodammodo distat a
seipso sub specie sacramenti; unde nunc in specie propria est in caelo, sed
sub specie sacramenti est in altari; et secundum hunc modum non est
inconveniens quod seipsum assumat. |
Solutions 1. Le fait de prendre
le pain peut s’entendre de deux manières : le fait de
prendre dans ses mains et la manducation. 2. Le Christ sous sa propre
espèce est d’une certaine manière éloigné
de lui-même en tant qu’il est sous l’espèce du
sacrement. Aussi existe-t-il maintenant sous son espèce propre au
ciel, mais il existe sous l’espèce du sacrement sur
l’autel. De cette manière, il n’est pas incompatible
qu’il se prenne lui-même. |
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[15532] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod illa manducatio non
efficiebat in ipso spiritualem refectionem, sed significabat: nullus enim
adeo perfecte in ipso reficitur, sicut ipsemet. |
3. Cette manducation
ne réalisait pas en lui une réfection spirituelle, mais [la]
signifiait. En effet, personne d’autre que lui-même ne
répare aussi parfaitement ses forces en lui-même. |
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[15533]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod Christus manducavit, ut dicitur,
et sacramentaliter et spiritualiter. Sacramentaliter quidem, quia verum
corpus suum sub sacramento sumpsit. Poterat enim in sacramento rem sacramenti
inspicere non ex sacramento, ut etiam Deus videt in effectibus causas, sed
non ex effectibus. Spiritualiter autem, inquantum in re sacramenti
spiritualiter delectaretur. Non tamen haec spiritualis refectio ex sacramento
causabatur, nec augmentabatur; unde nec spiritualis manducatio erat in eo
sicut in aliis, nec sacramentalis. Et ideo quidam dixerunt, quod neque
sacramentaliter neque spiritualiter manducavit. Quidam quod sacramentaliter,
sed non spiritualiter. |
4. Comme on le dit, le
Christ a mangé à la fois sacramentellement et spirituellement.
Sacramentellement, car il a pris son corps véritable dans le
sacrement. En effet, il pouvait voir dans le sacrement la
réalité du sacrement, non pas à partir du sacrement,
comme Dieu voit les causes dans les effets, sans partir des effets.
Spirituellement, pour autant qu’il jouissait spirituellement de la
réalité du sacrement. Toutefois, cette réfection
spirituelle n’était pas causée par le sacrement, mais
elle en était accrue. Aussi ni la manducation spirituelle ni la
manducation sacramentelle n’étaient-elles chez lui comme chez
les autres. C’est pourquoi certains ont dit qu’il n’a
mangé ni sacramentellement, ni spirituellement, mais certains,
[qu’il a mangé] sacramentellement, mais non spirituellement. |
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Articulus 2 [15534] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 2 tit. Utrum Christus corpus suum Judae dederit |
Article
2 – Le Christ a-t-il donné son propre corps à Judas ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le
Christ a-t-il donné son propre corps à Judas ?]
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[15535] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod Christus corpus suum
Judae non dederit. Ipse enim implevit quod mandavit. Sed mandaverat sanctum non esse canibus dandum, Matth. 7.
Ergo ipse non dedit Judae corpus suum sanctissimum. |
1. Il semble que le
Christ n’ait pas donné son propre corps à Judas. En
effet, il a lui-même accompli ce qu’il avait ordonné. Or,
il avait ordonné de ne pas donner une chose sainte aux chiens,
Mt 7. Il n’a donc pas lui-même donné à Judas
son corps très saint. |
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[15536]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, secundum Augustinum, Deus non est causa alicui
quod deterior fiat. Sed si Judas corpus Christi sumpsisset, ex hoc factus
fuisset deterior, quia sumendo peccasset. Ergo Christus corpus suum ei
manducandum non dedit. |
2. Selon Augustin,
Dieu n’est pas cause que quelqu’un devienne pire. Or, si Judas
avait pris le corps du Christ, il aurait été pire par le fait même,
car il aurait péché en le prenant. Le Christ ne lui a donc pas
donné son propre corps à manger. |
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[15537] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sicut supra, dist. 9 quaest. 1, art. 1, quaestiunc. 1, dictum est, ideo
sacerdos debet peccatori dare, quia non est dominus, sed dispensator, et
reddit quod suum est exigenti. Sed Christus erat dominus sacramenti, nec
Judas ibi jus habere poterat, nisi quod Christus sibi daret. Ergo non debuit
Judae corpus tradere. |
3. Comme on l’a dit plus haut, d. 9, q. 1, a. 1, qa
1, le prêtre doit [le] donner au pécheur parce qu’il
n’est pas le Seigneur, mais le dispensateur, et il rend à celui
qui l’exige ce qui lui appartient. Or, le Christ était le
Seigneur du sacrement et Judas ne pouvait y avoir aucun droit, à moins
que le Christ ne le lui donne. Le Christ ne devait donc pas donner son corps
à Judas. |
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[15538]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 4 Praeterea, dominus dixit, quod discipuli bibentes bibituri
essent secum illud novum in regno patris sui, et quod erat eis in remissionem
peccatorum. Sed neutrum Judae competit. Ergo ipse non sumpsit; et haec est
ratio Hilarii. |
4. Le Seigneur a dit
qu’en buvant, les disciples devaient boire de nouveau avec lui dans le
royaume de son Père, et que cela était pour la rémission
de leurs péchés. Or, aucune des deux choses ne revient à
Judas. Il ne l’a donc pas pris. C’est là le raisonnement
d’Hilaire. |
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[15539]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod Dionysius dicit: symbolorum
conditor partitur sanctissima non unimode ei sacra concoenanti, scilicet
Judae. Sanctissima autem dicit corpus et sanguinem suum, ut ibidem patet.
Ergo Judae dedit corpus suum. |
Cependant, [1] Denys dit:
«Celui qui a fait les symboles a diversement distribué les
réalités très saintes à celui qui mangeait avec
lui», à savoir, à Judas. Or, il appelle
«très saints» son corps et son sang, comme cela ressort
clairement à cet endroit. Il a donc donné son propre corps
à Judas. |
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[15540] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, sine exceptione dicitur Matth. 26, 26: accipite
omnes, et comedite. Ergo etiam Judae dedit. |
[2] En
Mt 26, 26, [le Seigneur] dit sans exception: Prenez et mangez-en
tous. Il l’a donc donné aussi à Judas. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le Christ a-t-il donné son corps dans la bouchée ?] |
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[15541]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sub bucella corpus suum ei dedit.
Dicit enim Augustinus de Consec.: non mala erat bucella quae data est Judae
a domino. Salutem medicus dedit; sed ille, quia indignus erat, accepit ad perniciem. Non autem fuisset indignus, si bucella illa tantum panis
fuisset. Ergo illa bucella erat corpus Christi. |
1. Il semble que [le Christ] ait donné son corps
dans la bouchée. En effet, Augustin dit, dans Sur la
consécration : «La bouchée que le Seigneur a
donnée à Judas n’était pas mauvaise. Le
médecin a donné la santé, mais celui-ci, parce
qu’il était indigne, l’a reçue pour sa perte.»
Or, il n’aurait pas été indigne si cette bouchée
n’avait été que du pain. Cette bouchée
était donc le corps du Christ. |
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[15542]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, Diabolum intrare in hominem est effectus
peccati. Sed Joan. 13, dicitur, quod post bucellam introivit in eum Satanas.
Ergo accipiendo bucellam, peccavit: ergo bucella erat corpus Christi. |
2.
L’entrée du Diable dans l’homme est l’effet du
péché. Or, il est dit, en Jn 13, qu’après la
bouchée, Satan entra dans [Judas]. En prenant la bouchée, il a
donc péché. La bouchée était donc le corps du
Christ. |
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[15543] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod
habetur in Glossa Joan. 14, super illud: cui
intinctum panem porrexero et cetera. |
Cependant, il y a
[ce qu’on lit] dans la Glose sur Jn 14 : Celui à
qui je donnerai du pain trempé, etc. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15544] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
secundum Augustinum, Christus corpus suum in coena cum aliis discipulis Judae
dedit, ut nobis exemplum daret quod peccatoribus occultis non essent
sacramenta deneganda, et ut omnem occasionem ei auferret male faciendi, quam
assumere potuisset, si in aliquo ab aliis discipulis ante apertam malitiam
fuisset discretus. Hilarius tamen contrarium dicere videtur. Sed primum communius
tenetur. |
Selon Augustin, le
Christ, lors de la cène, a donné son propre corps à
Judas, de même qu’aux autres disciples, afin de nous donner
l’exemple que les sacrements ne devaient pas être refusés
aux pécheurs occultes et de lui enlever toute occasion de mal agir,
qu’il aurait pu saisir, s’il avait été jugé
à cause de cela par les autres disciples avant sa
méchanceté manifeste. Toutefois, Hilaire semble dire le
contraire. Mais la première opinion est plus
généralement partagée. |
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[15545] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis Judas in rei veritate canis esset, tamen
non in manifesto; et ideo noluit eum detegere coram aliis discipulis, ne
desperationem incurreret, et sic liberius peccaret. |
1. Bien que Judas ait été en
réalité un chien, il ne l’était cependant pas
ouvertement. Aussi [le Seigneur] n’a-t-il pas voulu le mettre à
découvert devant les autres disciples afin qu’il ne tombe pas
dans le désespoir et pèche ainsi plus librement. |
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[15546] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Christus non dedit causam
nec occasionem Judae peccandi, sed peccatum evitandi ex mansuetudinis suae
ostensione ad ipsum; sed ipse ex vitali medicina sumpsit periculum mortis. |
2. Le Christ n’a donné à Judas ni une
raison ni une occasion de pécher, mais [une occasion]
d’éviter le péché en montrant sa douceur à
son endroit. Mais [Judas] a tiré un danger de mort du remède de
vie. |
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[15547]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod illa non est sola causa, sed
etiam ne peccatorem occultum prodat. |
3. Ce n’est pas la seule raison ;
c’était aussi pour ne pas trahir un pécheur occulte. |
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[15548] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod Judas bibit cum aliis sacramentaliter, sed non
spiritualiter; unde nec remissionem peccatorum consecutus est, nec in regno
patris secum bibit: quia potus ille tantum spiritualiter bibentibus debetur. |
4. Judas a bu avec les autres sacramentellement, mais non
spirituellement. Aussi n’a-t-il pas obtenu la rémission de ses
péchés et ne boit-il pas avec [le Christ] dans le royaume de
son Père, car cette boisson n’est donnée
qu’à ceux qui boivent spirituellement. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15549] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod Christus primo Judae dedit corpus suum cum aliis discipulis;
sed postea bucella intincta in ostensionem proditionis ejus ei porrecta,
purus panis fuit, sicut patet ex Glossa inducta. |
Le Christ a
d’abord donné son propre corps à Judas, ainsi
qu’aux autres disciples. Mais, par la suite, la bouchée
trempée qui lui a été présentée pour
montrer sa trahison n’était que du pain, comme il ressort de la
glose invoquée. |
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[15550] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod Augustinus loquitur non de bucella intincta, sed
de eo quod prius cum aliis discipulis acceperat. Vel dicendum, quod dicitur ad
perniciem assumpsisse, quia quod Christus ad salutem suam fecerat porrigendo
bucellam, ut videns se deprehensum, ab iniquo proposito desisteret, ille ex
hoc magis exasperatus fuit. |
1. Augustin parle, non pas de la bouchée
trempée, mais de ce qu’il avait d’abord reçu de lui
avec les autres disciples. Ou bien il faut dire qu’on dit qu’il
l’a reçue pour sa perte, parce que ce que le Christ avait fait
pour son salut en lui présentant la bouchée, de sorte que se
voyant pris, [Judas] se détourne de son intention mauvaise, il en a
été davantage exaspéré. |
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[15551] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in comestione bucellae
intinctae, peccatum Judae augmentatum fuit vel ex hoc quod exasperatus est
magis, vel propter praesumptionem qua cum magistro in catinum manum mittebat,
ut audacia bonam conscientiam mentiretur, ut dicitur Matth. 26, super illud: qui
intingit manum mecum etc., et ratione hujus augmenti dicitur Diabolus
post bucellam in eum intrasse; jam praemissum erat enim in Evangelio, quod Diabolus
immiserat in cor Judae Simonis Scarioth, ut traderet eum. |
2. Par le fait de manger la bouchée
trempée, le péché de Judas a été
augmenté, soit parce qu’il en a été davantage
exaspéré, soit par la présomption avec laquelle il a mis
la main dans le plat avec le Maître, de sorte que son audace a
démenti sa bonne conscience, comme il est dit à propos de
Mt 26 : Celui qui trempera sa main avec moi, etc.
C’est en raison de cette augmentation qu’on dit que le Diable est
entré en lui après qu’il a pris la bouchée. En
effet, il avait déjà été dit dans
l’évangile que le Diable avait mis dans le cœur de Judas
Iscariote de trahir [le Christ]. |
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Articulus 3 [15552] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 3 tit. Utrum
Christus in coena discipulis suis corpus impassibile dedit |
Article
3 – Lors de la cène, le Christ a-t-il donné à ses
disciples son corps impassible ?
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Ad
tertium sic proceditur. Videtur quod Christus in coena discipulis suis corpus
impassibile dedit. Quia super illud Matth.
17: transfiguratus est ante eos, dicit Glossa: illud corpus quod
habuit per naturam, dedit discipulis in coena, non mortale et corruptibile. |
Objections 1. Il semble que, lors de la cène, le Christ ait
donné à ses disciples son corps impassible, car, à
propos de Mt 17 : Il fut transfiguré sous leurs yeux, la
Glose dit : «Ce corps qu’il avait par nature, il le donna
à ses disciples lors de la cène, non pas [son corps] mortel et
corruptible.» |
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[15554]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 3 arg. 2 Praeterea, Lev. 2, super illud: si oblatio tua fuerit
de sartagine etc., dicit Glossa: crux super omnia fortis carnem
Christi, quae ante passionem non videbatur esui apta, post aptam fecit. Sed Christus in coena
dedit carnem suam ut aptam ad manducandum. Ergo dedit eam talem qualis fuit
post passionem. Sed post passionem suam fuit impassibilis. Ergo dedit corpus
suum impassibile. |
2. À propos de
Lv 2: Si ton offrande vient du plat, etc., la Glose dit :
«La croix est plus forte que tout : la chair du Christ, qui ne
semblait pas susceptible d’être mangée avant la passion,
elle la rendit telle après.» Or, lors de la cène, le
Christ a donné sa chair en tant qu’elle était susceptible
d’être mangée. Il l’a donc donnée telle
qu’elle était après la passion. Or, après sa
passion, elle était impassible. Il a donc donné son corps
impassible. |
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[15555] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 3 arg. 3 Praeterea, passibile
trahitur ad naturam agentis. Sed Christus in coena dedit corpus suum in
cibum, non qui in alios mutaretur, sed qui alios in se mutaret. Ergo non dedit corpus suum passibile. |
3. Ce qui est passible est attiré vers la nature
de l’agent. Or, lors de la cène, le Christ a donné son
corps en nourriture, non pas pour être changé en d’autres,
mais pour que les autres soient changés en lui. Il n’a donc pas
donné son corps passible. |
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[15556] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 3 arg. 4 Praeterea,
omne corpus passibile ex contactu patitur. Sed corpus Christi a discipulis
manducatum non laedebatur. Ergo non erat passibile. |
4. Tout corps passible est soumis au toucher. Or, le
corps du Christ mangé par les disciples n’était pas
affecté. Il n’était donc pas passible. |
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[15557]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 3 s. c. 1 Sed contra, Innocentius dicit: tale corpus tunc dedit
quale habuit, scilicet passibile. |
Cependant, [1] Innocent dit :
«Il donna le corps qu’il avait», à savoir, [son
corps] passible. |
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[15558]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 3 s. c. 2 Praeterea, constat quod Christus discipulis verum corpus
suum tradidit. Corpus autem suum verum erat passibile. Si ergo corpus datum
erat impassibile, idem erat passibile et impassibile; quod non est possibile. |
[2] Il est certain que le Christ a donné aux
disciples son corps véritable. Or, son corps véritable
était passible. S’il avait donné son corps impassible, le
même était donc passible et impassible, ce qui n’est pas
possible. |
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[15559] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 3 co. Respondeo dicendum, quod circa hoc duplex fuit
opinio. Hugo enim de s. Victore dicere voluit, quod Christus adhuc existens
in carne mortali quandoque unam dotem, quandoque aliam legitur accepisse;
sicut claritatem in transfiguratione, subtilitatem in nativitate, agilitatem
quando super mare ambulavit; et similiter impassibilitatem quando corpus suum
in coena dedit. Non quidem nec tunc simpliciter erat impassibile; sed erat
impassibile secundum quod in sacramento dabatur, quia masticatione non
laedebatur; sicut etiam in se erat visibile; sed secundum quod in sacramento
dabatur, erat invisibile. Sed istud non potest stare; quia substantia corporis
Christi eadem est in sacramento et in specie propria; sed comparatio ejus ad
exteriora non est eadem; quia in specie propria comparatur ad exteriora
secundum situm propriarum dimensionum; sed in sacramento secundum situm
dimensionum panis; unde illae proprietates quae insunt absolute corpori Christi,
oportet quod eodem modo insint sibi secundum quod est in sacramento, et
secundum quod est in specie propria; sed illae quae conveniunt ei ex
comparatione ad aliud corpus extra, non eodem modo, sicut patet de visione.
Sed passibilitas est proprietas absolute ipsius corporis; unde cum in propria
specie esset passibile, et in sacramento passibile erat, ut alii dicunt, quamvis
ibi non pateretur. |
Réponse Il y a deux opinions à ce sujet. En effet, Hugues
de Saint-Victor disait qu’on lit que le Christ, alors qu’il se
trouvait encore dans la chair mortelle, revêtait parfois une dot et
parfois une autre, tels le resplendissement lors de la transfiguration, la
subtilité lors de sa naissance, l’agileté lorsqu’il
a marché sur la mer. De la même manière, [a-t-il
revêtu] l’impassibilité lorsqu’il a donné son
corps lors de la cène. Non pas qu’il ait été alors
simplement impassible, mais il était impassible selon qu’il
était donné dans le sacrement, car il n’était pas
affecté par la mastication, de même qu’il était
visible en lui-même, mais qu’il était invisible selon
qu’il était donné dans le sacrement. Mais cela ne peut
pas être le cas, car la substance du corps du Christ est la même
dans le sacrement et sous sa propre espèce ; cependant, la
comparaison avec les choses extérieures n’est pas la
même : en effet, sous son espèce propre, il est
comparé aux choses extérieures selon le site de ses propres
dimensions ; mais, dans le sacrement, selon le site des dimensions du
pain. Il faut donc que les propriétés qui font partie du corps
du Christ de manière absolue soient présentes en lui selon
qu’il existe dans le sacrement et selon qu’il existe sous son
espèce propre, mais que celles qui lui conviennent par comparaison
à un autre corps extérieur [n’y soient] pas de la
même manière, comme cela est clair pour la vision. Or, la
passibilité est une propriété de son propre corps
d’une manière absolue. Puisqu’il était passible
sous sa propre espèce, il était donc aussi passible dans le sacrement,
comme d’autres le disent, bien qu’il n’y souffrît
pas. |
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[15560]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod dicitur corpus Christi in
sacramento non mortale, non passibile, quia per sacramentalem sumptionem non
patiebatur neque moriebatur. |
Solutions 1. On dit que le corps du Christ dans le sacrement
n’était pas mortel ni passible parce que, par la
réception sacramentelle, il ne souffrait pas ni ne mourait. |
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[15561]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod caro Christi non est apta esui
nisi prout est sub sacramento; et quia sacramentum hoc est repraesentativum
passionis Christi, ideo dicitur quod crux fecit eam esui aptam. |
2. La chair du Christ n’est susceptible
d’être mangée que pour autant qu’elle existe dans le
sacrement. Et parce que ce sacrement représente la passion du Christ,
c’est la raison pour laquelle on dit que la croix l’a rendue
susceptible d’être mangée. |
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[15562] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 3 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod non ratione passibilitatis, sed virtute divinitatis unitae,
habebat corpus Christi quod alios in se converteret. |
3. Ce n’est pas en raison de sa passibilité,
mais par la puissance divine qui lui était unie que le corps du Christ
pouvait en convertir d’autres en lui-même. |
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[15563] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 3 ad 4 Ad quartum
dicendum, quod masticatio importat respectum corporis Christi ad aliud extra;
et ideo quantum ad hoc non comparatur ad manducantem secundum dimensiones
proprias, sed secundum dimensiones panis; et inde est quod nunc non laeditur
per masticationem, nisi ratione impassibilitatis, quae in ipso corpore nunc
est. |
4. La mastication comporte un rapport du corps du Christ
à quelque chose d’extérieur. C’est pourquoi, sous
cet aspect, elle n’est pas comparée à celui qui mange
selon ses dimensions propres, mais selon les dimensions du pain. De là
vient que, maintenant, il n’est pas affecté par la mastication,
si ce n’est en raison de l’impassibilité qui existe
maintenant dans son propre corps. |
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Articulus
4 [15564] Super
Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 tit. Utrum
corpus Christi, si fuisset in pixide servatum, non ibi moreretur |
Article 4 – Si le corps du Christ avait été conservé dans une pyxide, y serait-il mort ? |
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Si
le corps du Christ avait été conservé dans une pyxide, y
serait-il mort ?]
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[15565] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod corpus Christi, si fuisset in pixide
servatum, non ibi moreretur. Corpus enim Christi non est mortuum nisi
crucifixione. Sed ibi non crucifigebatur. Ergo et ibi non moriebatur. |
1.
Il semble que le corps du Christ, s’il avait été
conservé dans une pyxide, n’y serait pas mort. En effet, le
corps du Christ n’est mort que par la crucifixion. Or, il
n’était pas crucifié [dans la pyxide]. Il n’y
mourait donc pas. |
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[15566]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, actio Judaeorum erat causa mortis Christi, et
sanguinis effusio. Sed ibi non effudisset sanguinem, nec actio Judaeorum ibi
fuisset. Ergo non fuisset ibi mortuum. |
2. L’action des Juifs était la cause de la
mort du Christ et l’effusion de son sang. Or, il n’y aurait pas
répandu son sang et n’y aurait pas eu d’action des Juifs.
Il n’y serait donc pas mort. |
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[15567]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, unum et idem corpus fuisset tunc in pixide et
in cruce. Sed in cruce moriebatur. Ergo et in pixide. |
Cependant, il
n’y aurait eu qu’un seul et même corps dans la pyxide et
sur la croix. Or, il mourait sur la croix. Donc, dans la pyxide aussi. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Si un des apôtres avait accompli ce sacrement après la mort du Christ, l’âme du Christ s’y serait-elle trouvée ?] |
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[15568]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod si post mortem Christi aliquis
apostolorum confecisset hoc sacramentum, fuisset ibi anima Christi; fuisset
enim aliter imperfectum sacramentum. Sed de perfectione sacramenti est non
solum corpus, sed etiam anima; quia totus Christus in sacramento continetur.
Ergo ibi fuisset anima. |
1. Il semble que si un des apôtres avait accompli
ce sacrement après la mort du Christ, l’âme du Christ
s’y serait trouvée : en effet, ce serait autrement un
sacrement imparfait. Or, non seulement le corps, mais aussi l’âme
concourt-elle à la perfection du sacrement, car le Christ en entier
est contenu dans le sacrement. L’âme s’y serait donc
trouvée. |
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[15569] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
verba formae non fuissent tunc minoris virtutis quam modo. Sed modo ex vi formae
conficitur corpus cum anima. Ergo et cetera. |
2. Les paroles de la forme n’auraient pas alors
moins de puissance que maintenant. Mais, maintenant, le corps avec
l’âme est réalisé en vertu de la forme. Donc, etc. |
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[15570] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, corpus Christi non est perfectius sub specie sacramenti quam sub
specie propria. Sed tunc corpus Christi erat exanime. Ergo et sub sacramento. |
Cependant, le corps
du Christ n’existe pas plus parfaitement sous l’espèce du
sacrement que sous son espèce propre. Or, le corps du Christ
était alors inanimé. Il l’était donc aussi dans le
sacrement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Dieu pouvait-il faire en sorte que l’âme du Christ soit alors unie au corps du Christ existant dans le sacrement ?] |
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[15571]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod Deus facere potuerit quod tunc
anima esset corpori Christi in sacramento existenti unita. Anima enim Christi
majorem convenientiam habebat ad corpus proprium quam ad Infernum. Sed anima
separata a corpore Christi jacente in sepulcro fuit in Inferno. Ergo
similiter potuisset esse in loco illo ubi corpus Christi sub sacramento
conservabatur. |
1.
Il semble que Dieu pouvait faire en sorte que
l’âme du Christ soit alors unie au corps du Christ existant dans
le sacrement. En effet, l’âme du Christ avait plus en commun avec
son propre corps qu’avec l’enfer. Or, l’âme
séparée du corps du Christ gisant dans le sépulcre se
trouvait en enfer. Elle aurait donc pu se trouver aussi dans le lieu
où le corps du Christ était conservé dans le sacrement. |
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[15572] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, corpus Christi, quia est divinitati
adjunctum, potest esse in sacramento, et in specie propria. Ergo et anima, cum sit divinitati unita, poterat esse
simul in Inferno, et in corpore Christi sub sacramento. |
2. Le corps du Christ, parce qu’il est uni à
la divinité, peut exister dans le sacrement et sous son espèce
propre. Donc, l’âme aussi, puisqu’elle est unie à la
divnité, pouvait-elle se trouver en même temps en enfer et dans
le corps du Christ dans le sacrement. |
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[15573]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, ex hoc sequeretur quod contradictoria essent
simul vera, si corpus Christi esset simul animatum et inanimatum. Sed hoc
Deus facere non potest, ut Augustinus dicit contra Faustum. Ergo nec primum. |
Cependant, il en
découlerait que des contradictoires peuvent exister en même
temps, si le corps du Christ était en même temps animé et
inanimé. Or, Dieu ne peut pas faire cela, comme le dit Augustin contre
Faustus. Donc, ni le premier point. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15574] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod omnia verba quae significant passionem
ab extrinseco illatam, non possunt attribui corpori Christi prout est sub
sacramento; cujus ratio ex dictis apparet; unde non potest dici, quod in
pixide crucifigeretur vel verberaretur, vel aliquid hujusmodi. Nec ex hoc
sequitur quod duo contradictoria sint simul vera; quia non secundum idem
comparatur ad extra corpus Christi hic et ibi. Omnia autem verba quae
significant passionem innatam, conveniunt ei, ut dolet, patitur, et cetera hujusmodi;
et similiter potest dici, quod in altari moritur; unde versus: pixide
servato poteris copulare dolorem innatum; sed non illatus convenit illi. |
Toutes les paroles qui signifient la passion
infligée de l’extérieur ne peuvent être
attribuées au corps du Christ en tant qu’il existe dans le
sacrement. La raison en ressort de ce qui a été dit. On ne peut
donc dire qu’il aurait été crucifié ou
frappé dans la pyxide, ou quelque chose du genre. Il n’en
découle cependant pas que deux contradictoires sont vraies en
même temps, car le corps du Christ n’est pas comparé
à la même chose selon qu’il existe ici et là. Or,
toutes les paroles qui signifient la passion innée lui conviennent,
comme éprouver de la douleur, souffrir, et les autres choses de ce
genre. De même peut-on dire qu’il est mort sur l’autel. De
là vient le vers : «Conservé dans la pyxide, tu
pourras t’unir à la douleur innée ; mais la douleur
qui est causée en lui ne lui convient pas.» |
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[15575]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod passiones extrinsecae
pertingunt ad substantiam corporis Christi mediantibus dimensionibus
propriis; et ideo propter impressiones extrinsecas quae ad species panis
pertinent, nulla passio intrinseca corpori Christi attribuitur; sed propter
impressiones extrinsecas ad dimensiones proprias pertinentes attribuuntur
passiones corpori Christi, et extrinsecae sub specie propria tantum, et
intrinsecae etiam sub specie aliena; et ideo propter crucifixionem in
Calvariae loco factam, corpus Christi verum servatum moriebatur sub specie
propria, et sub sacramento. |
1. Les passions extrinsèques atteignent la
substance du corps du Christ par l’intermédiaire de ses propres
dimensions. C’est pourquoi aucune passion intrinsèque
n’est attribuée au corps du Christ en raison des impressions
extrinsèques qui sont en rapport avec l’espèce du pain.
Mais des passions sont attribuées au corps du Christ en raison des
impressions extrinsèques se rapportant à ses dimensions propres,
des [passions] extrinsèques sous son espèce propre seulement et
intrinsèques sous une autre espèce aussi. C’est pourquoi,
en raison de la crucifixion réalisée au lieu du Calvaire, le
corps véritable du Christ conservé mourait sous son
espèce propre et dans le sacrement. |
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[15576] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 1 ad 2 Et per hoc patet
solutio ad secundum; quia actio Judaeorum extrinseca erat; fluxus etiam sanguinis ad
motum localem pertinet, et sic importat ordinem ad aliquid extra. |
2. La solution du
deuxième argument est ainsi claire, car l’action des Juifs
était extrinsèque. L’écoulement du sang est aussi
en rapport avec un mouvement local, et ainsi comporte un ordre à
quelque chose d’extérieur. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15577] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod cum animatio
sit proprietas intrinseca, constat quod sicut corpus Christi in specie propria
erat exanime, ita sub sacramento. Unde si
corpus Christi fuisset ab ullo discipulorum consecratum, non fuisset ibi
anima. Quidam autem dicunt, quod forma fuit suspensa in illo triduo; et quod
si primo consecratum, fuisset reservatum, desineret ibi esse Christo mortuo.
Sed haec frivola sunt; quia nec ratione nec auctoritate confirmantur. |
Puisque le fait
d’être animé est une propriété
intrinsèque, il est certain que, de même que le corps du Christ
sous son espèce propre était inanimé, de même
l’était-il dans le sacrement. Si le corps du Christ avait été
consacré par l’un des disciples, l’âme n’y
aurait pas été. Mais certains disent que la forme fut suspendue
pendant ce triduum, et que si, après l’avoir consacré, on
l’avait mis en réserve, il aurait cessé d’exister
après la mort du Christ. Mais cela est futile, car cela n’est
confirmé ni par la raison ni par une autorité. |
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[15578] Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod, sicut supra dictum est, dist. 10, anima non est ibi ex vi
sacramenti, sed propter concomitantiam ad corpus; et ideo corpore sine anima
existente, nihil deperit perfectioni sacramenti, si anima ibi non
contineatur. |
1. Comme on l’a
dit à la d. 10, l’âme ne se trouve pas là en vertu
du sacrement, mais en raison de sa concomitance avec le corps. C’est
pourquoi, alors que le corps se trouve sans âme, rien n’est enlevé
à la perfection du sacrement par le fait que l’âme
n’y est pas contenue. |
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[15579] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod hoc non est propter
defectum virtutis verborum, sed propter diversam dispositionem corporis
Christi. |
2. Cela ne vient pas
d’une carence de la puissance des paroles, mais d’une disposition
différente du corps du Christ. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15580] Super Sent., lib. 4 d. 11
q. 3 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod Deus bene
poterat facere quod anima Christi a corpore separata jacente in sepulcro,
esset in loco ubi erat corpus sub sacramento, quia hoc importat respectum ad
extra; sed non quod esset ei unita sub sacramento sicut forma, quia hoc
pertinet ad dispositionem interiorem; unde inevitabiliter sequeretur duo
contradictoria esse simul. |
Dieu pouvait bien faire que l’âme du Christ
séparée du corps gisant dans le sépulcre se trouve dans
le lieu où le corps existait dans le sacrement, car cela comporte une
relation avec l’extérieur, mais [il ne pouvait pas faire]
qu’elle lui soit unie comme forme dans le sacrement, car cela concerne
une disposition intérieure. Il en découlerait donc
inévitablement que deux contradictoires existent simultanément.
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[15581]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ratio illa non concludit,
nisi quod esset ibi sicut in loco; et hoc Deus bene potuit facere. |
1. Cet argument n’est pas concluant, à moins
qu’il ne s’y trouve comme dans un lieu. Et Dieu peut bien faire
cela. |
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[15582] Super Sent., lib.
4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 3 ad 2 Et
similiter etiam dicendum ad secundum. Tamen non est haec causa quare corpus
Christi potest esse aliquo modo in diversis locis, quia est divinitati
unitum; sed ratione conversionis alterius corporis in ipsum factae, quae non
fit in animam. |
2. Il faut dire la même chose pour le second
argument. Cependant, le fait que le corps du Christ soit uni à la
divinité n’est pas la cause pour laquelle le corps du Christ
peut exister d’une certaine manière dans divers lieux : la
raison en est la conversion d’un autre corps en lui, laquelle ne se
réalise pas pour l’âme. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 11 |
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[15583]
Super Sent., lib. 4 d. 11 q. 3 a. 4 qc. 3 expos. De materia de qua in conceptione non fuit factum. Patet quod ex aequivocatione hujus praepositionis de
procedunt: quia cum dicitur: de pane fit corpus Christi, ly de non denotat
habitudinem causae materialis, sed solum ordinem mutationis terminorum. Investigari
salubriter non potest, scilicet ut aliquis comprehendere nitatur: quia
praesumptuosum est et periculosum, dum aliquis non vult plus credere quam
ratione videri potest; sed investigare pro defensione fidei, utile est. Quis
fidelium habere dubium possit in ipsa immolationis hora ad sacerdotis vocem
caelos aperiri ? et cetera. Dicuntur caeli aperiri in ipsa immolationis
hora propter efficaciam divinae virtutis, quae operatur in sacramento; summa
imis sociari, quia ex speciebus et corpore Christi fit unum sacramentum; et
iterum membra capiti uniuntur; et iterum in caelum rapitur corpus Christi,
inquantum fidelium devotio non sistit in specie sacramenti, sed fertur usque
ad Christum, secundum quod est in caelo sub specie propria, per desiderium. Vinum
operatur sanguinem, in quo est sedes animae. Hoc potest intelligi
tripliciter. Uno modo ut sedes animae dicatur conservatio vitae, quae est per
sanguinem. Alio
modo quia sanguis est potentia totum, quia per actum virtutis nutritivae in
membra convertitur. Tertio modo quia per sanguinem in corde generatum vitalis
operatio in omnia membra diffunditur, ut philosophus in Lib. de animalibus
dicit. Caro pro corpore vestro offertur, hoc intelligendum est per
quamdam adaptationem de salute corporis, quae erit per gloriam resurrectionis,
ad quam hoc sacramentum operatur. Nec debet iterari sacramentum,
quantum ad id quod est principale in hoc sacramento, scilicet consecratio
materiae, quamvis iteretur quantum ad usum. Ut mixtio illa non possit
separari. Sed contra. Alchimistae dicunt, quod per immissionem junci
decorticati potest separari. Et dicendum, quod a vino aufertur substantia
aquae quae ibi est, propter similitudinem junci, quod etiam porosum est; non
tamen illa aqua quae fuit apposita, separatur, quia jam facta est vinum. Nobis
vero non potest ignosci, idest, peccatum nostrum non haberet in se causam
veniae, cum non ex ignorantia procederet. Aqua vero nullatenus sine vino
potest offerri in sacrificium. Si autem per errorem contingat ut aqua
loco vini ponatur, si ante consecrationem vini percipiat, debet aquam
effundere, et vinum imponere. Si autem post, debet incipere consecrationem
vini, alio vino super infuso, contritione de negligentia praehabita; vel
etiam a capite canonem inchoare super alia hostia, hostia prius consecrata posita
seorsum, ut Innocentius dicit. |
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Distinctio 12 |
Distinction 12 :[Le sacrement et la réalité dans
l’eucharistie]
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Quaestio 1 |
Question 1 – [Le sacrement seul et la réalité seule dans le sacrement de l’eucharistie] |
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Prooemium |
Prologue
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[15584] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 pr. Postquam determinavit Magister de uno trium, in quibus consistit
integritas hujus sacramenti, scilicet de eo quod est res et sacramentum; in
parte ista intendit determinare de aliis duobus, scilicet de eo quod est
sacramentum tantum, et de eo quod est res tantum; unde dividitur in partes
duas: in prima determinat de eo quod est res tantum, ibi: institutum est
hoc sacramentum duabus de causis. Prima in duas: in prima determinat de
accidentibus, quae sunt sacramenta, idest signa utriusque corporis Christi,
scilicet veri et mystici; in secunda determinat de actu sacerdotis, qui est
sacramentum sive signum passionis Christi, ibi: post haec quaeritur, si
quod gerit sacerdos, proprie dicatur sacrificium. Circa primum duo facit:
primo determinat de ipsis accidentibus; secundo de fractione, quae in eis
fundatur, ibi: solet etiam quaeri de fractione et partitione. Circa
hoc duo facit: primo determinat de ipsa fractione; secundo de partium
significatione, ibi: quid autem partes illae significent, Sergius Papa
tradit. Circa primum duo facit: primo movet quaestionem; secundo
determinat eam, ibi: ideo quibusdam placet, quod non sit ibi fractio,
sicut videtur. Circa quod quatuor opiniones ponit; secunda incipit ibi: alii
vero dicunt etc.; tertia ibi: alii tradunt corpus Christi
essentialiter frangi; quarta, ibi: sed quia corpus Christi
incorruptibile est, sane dici potest fractio illa et partitio non in
substantia corporis, sed in ipsa forma panis sacramentaliter fieri. Et
circa hoc duo facit: primo ponit opinionem quartam; secundo confirmat eam,
quia prae ceteris vera est, ibi: ne autem mireris vel insultes, si
accidentia videantur frangi. Institutum est hoc sacramentum duabus de causis.
Hic ponit effectum hujus sacramenti; et quia ex effectu rei accipitur usus
ejus, ideo circa hoc duo facit: primo ponit effectum; secundo determinat
utendi modum, ibi: si autem quaeritur, utrum quotidie communicandum sit;
audi quid inde tradit Augustinus. Hic est triplex quaestio: prima de
accidentibus. Secunda de effectibus hujus sacramenti. Tertia de
frequentatione ipsius. Circa primum quaeruntur tria: 1 utrum accidentia sint
hic sine subjecto; 2 de operatione illorum accidentium; 3 de fractione quae
in eis fundatur. |
Après avoir déterminé de l’une
des trois choses en lesquelles consiste l’intégrité de ce
sacrement, à savoir, de ce qui est réalité et sacrement,
dans cette partie, le Maître détermine des deux autres, à
savoir, de ce qui est sacrement seulement et de ce qui est
réalité seulement. Elle se divise donc en deux parties. Dans la
première, il détermine de ce qui est la réalité
seulement, à cet endroit : «Ce sacrement a
été institué pour deux raisons.» La
première partie se divise en deux. Dans la première, il
détermine des accidents, qui sont des sacrements,
c’est-à-dire des signes des deux corps du Christ, à
savoir, [son corps] véritable et [son corps] mystique. Dans la
seconde, il détermine de l’acte du prêtre, qui est un
sacrement ou un signe de la passion du Christ, à cet endroit :
«Après cela, on demande si ce que fait le prêtre
s’appelle à proprement parler un sacrifice.» À
propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il
détermine des accidents eux-mêmes ; deuxièmement, de
la fraction qui s’appuie sur eux, à cet endroit : «On
a aussi coutume de s’interroger sur la fraction et la division.»
À ce propos, il fait deux choses. Premièrement, il
soulève la question ; deuxièmement, il en
détermine, à cet endroit : «Ainsi, certains pensent
qu’il n’y a pas là fraction, comme il semble.»
À ce propos, il présente quatre opinions. La deuxième
commence à cet endroit : «Mais d’autres disent,
etc.» ; la troisième, à cet endroit :
«D’autres enseignent que le corps du Christ est rompu selon son
essence.» ; la quatrième, à cet endroit :
«Mais parce que le corps du Christ est incorruptible, on peut
assurément dire que cette fraction et cette division se
réalisent, non pas dans la substance du corps, mais de manière
sacramentelle dans la forme du pain.» À ce sujet, il fait deux
choses : premièrement, il présente la quatrième
opinion ; deuxièmement, il la confirme, parce qu’elle est
plus vraie que les autres : «Ne t’étonne pas et ne
sois pas outragé si les accidents paraissent être fractionnés.»
«Ce sacrement a été instituté pour deux
raisons.» Ici, il présente l’effet de ce sacrement. Et
parce que l’usage d’une chose se prend de son effet, il fait donc
deux choses à ce sujet : premièrement, il présente
l’effet ; deuxièmement, il détermine la
manière d’en faire usage, à cet endroit :
«Est-ce qu’il faut le donner chaque jour ? Écoute ce
qu’en dit Augustin.» Ici, il y a trois questions. La
première porte sur les accidents. La deuxième, sur les effets
de ce sacrement. La troisième, sur sa fréquentation. À
propos du premier point, trois questionnées sont posées :
1 – Les accidents existent-ils ici sans sujet ? 2 – À
propos de l’action de ces accidents. 3 – À propos de la
fraction qui s’appuie sur eux. |
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Articulus 1 [15585] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 tit. Utrum
accidentia sine subjecto esse Deus facere possit |
Article
1 – Dieu peut-il faire que les accidents existent sans sujet ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Dieu
peut-il faire que les accidents existent sans sujet ?]
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[15586] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod accidentia sine subjecto esse, Deus facere
non possit. Si enim esse rei separaretur ab ente, ens esset non ens. Sed hoc
Deus non potest facere: quia non potest facere quod duo contradictoria sint
simul vera. Ergo non potest separare esse rei ab ente. Sed accidentis esse
est inesse, secundum philosophum. Ergo Deus non potest facere quin accidens
insit. |
1. Il semble que Dieu ne puisse faire que les accidents
existent sans sujet. En effet, si l’être d’une chose
était séparé de ce qui existe, ce qui existe serait
quelque chose qui n’existe pas. Or, Dieu ne peut pas faire cela, car il
ne peut faire que deux choses contradictoires soient vraies en même
temps. Il ne peut donc séparer l’être d’une chose de
ce qui existe. Or, l’être d’un accident consiste à
exister dans [quelque chose], selon le Philosophe. Dieu ne peut donc faire
qu’un accident n’existe pas dans [quelque chose]. |
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[15587] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
quicumque separat definitionem a definito, ponit duo contradictoria esse
simul vera: quia hoc ipsum quod est homo, est animal rationale mortale; et
ita si ponatur esse homo et non esse animal rationale mortale, ponitur esse
homo et non esse. Sed definitio accidentis est quod inest substantiae; unde etiam in definitione
singulorum accidentium oportet quod ponatur substantia. Ergo cum Deus non possit facere contradictoria simul esse
vera, neque facere poterit quod accidens sit sine substantia. |
2. Quiconque sépare la définition de ce qui
est défini affirme que deux contradictoires sont vraies
simultanément, car cela même qu’est l’homme est un
animal raisonnable mortel. Et ainsi, si l’on affirme qu’un homme
existe mais qu’il n’existe pas d’animal raisonnable mortel,
on affirme qu’un homme existe et qu’il n’existe pas. Or, la
définition de l’accident est qu’il existe à
l’intérieur de la substance ; aussi, dans la
définition de chacun des accidents, faut-il que soit indiquée
la substance. Puisque Dieu ne peut faire que des contradictoires soient
vraies en même temps, il ne pourra donc faire qu’un accident
existe sans substance. |
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[15588]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Deus non potest facere quod definitio insit
alicui, et definitum non insit eidem, nec quod inter affirmationem et
negationem sit medium. Sed si ponamus accidentia esse sine substantia,
oportet alterum dictorum sequi. Ergo Deus non potest hoc facere. Probatio
mediae. Non esse enim in subjecto, sed per se existere, est definitio
substantiae, et opponitur contradictorie ei quod est esse in subjecto. Sed si
ponamus aliquod accidens non esse in subjecto; vel ponemus quod aliquid sit
medium inter esse in subjecto et non esse, vel ponemus quod aliquid sit non
ens in subjecto, et non sit substantia: quia si est substantia, non est
accidens. Ergo si ponamus accidens esse simul subjecto, sequitur alterum
duorum: vel quod inter contradictoria sit medium; vel quod definitio
separetur a definito, quod iterum implicat contradictoria esse simul vera. |
3. Dieu ne peut faire qu’une définition
existe pour quelque chose et que ce qui est défini n’existe pas
dans la même chose, ni qu’il y ait un intermédiaire entre
une affirmation et une négation. Or, si nous affirmons que les
accidents existent sans la substance, il faut que l’une des deux choses
qui ont été dites en découle. Dieu ne peut donc pas
faire cela. Démonstration de la mineure. En effet, ne pas exister dans
un sujet, mais exister par soi est la définition de la substance, et
cela s’oppose de manière contradictoire à exister dans un
sujet. Or, si nous affirmons qu’un accident n’existe pas dans un
sujet, ou bien nous affirmerons qu’il y a quelque chose
d’intermédiaire entre exister dans un sujet et n’y pas
exister ; ou bien nous affirmerons que quelque chose n’est pas un
être dans un sujet et n’est pas une substance. Si donc nous
affirmons qu’un accident existe en même temps que le sujet, il en
découle l’une de deux choses : ou bien qu’il existe
un intermédiaire entre des contradictoires ; ou bien que la
définition est séparée de ce qui est défini, ce
qui à nouveau implique que des contradictoires sont vraies
simultanément. |
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[15589] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra est quod dicitur Lucae 1, 37: non erit impossibile apud Deum omne
verbum. |
Cependant, [1] Lc 1, 37
dit : Aucune parole n’est impossible pour Dieu. |
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[15590]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, potest Deus plura facere quam homo possit
intelligere vel imaginari. Sed aliqui philosophi posuerunt dimensiones esse
sine subjecto, sicut qui posuerunt mathematica separata. Ergo Deus potest hoc
facere. |
[2] Dieu peut faire plus de choses que l’homme ne
peut en comprendre ou imaginer. Or, certains philosophes ont affirmé
que les dimensions existent sans sujet, comme ceux qui ont affirmé des
objets mathématiques séparés. Dieu peut donc faire cela. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Convient-il à ce sacrement que les accidents existent sans substance ?] |
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[15591] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius.
Videtur quod non sit congruum huic sacramento quod accidentia sint sine
substantia. In sacramento enim perfectissimo non congruit esse aliquid quod
divinae ordinationi repugnet. Sed divina ordinatio est quod accidens sit in
subjecto. Ergo
in hoc sacramento non competit quod sit sine subjecto. |
1. Il semble qu’il ne convienne pas à ce
sacrement que les accidents existent sans substance. En effet, dans le
sacrement le plus parfait, il ne convient pas qu’il y ait quelque chose
qui s’oppose à l’ordre divin. Or, l’ordre divin veut
que l’accident existe dans un sujet. Il ne convient donc pas à
ce sacrement que [l’accident] existe sans sujet. |
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[15592] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sacramentum veritatis non decet aliqua
fallacia. Sed hoc sacramentum est maximae veritatis, quia continet illum qui
dixit, Joan. 14, 6: ego sum veritas. Cum ergo existentibus
accidentibus sine subjecto sequatur fallacia; quia accidentia, quantum est in
se, significant substantiam propriam subesse: videtur quod non competat huic
sacramento accidentia esse sine subjecto. |
2. Une supercherie
n’est pas digne du sacrement de la vérité. Or, ce
sacrement est celui de la plus grande vérité, car il contient
celui qui a dit, Jn 14, 6 : Je suis la
vérité. Puisqu’une supercherie découle du fait
que les accidents existent sans sujet – car les accidents, par
eux-mêmes, signifient qu’il existe une substance sous-jacente
–, il semble donc qu’il ne convienne pas à ce sacrement
que les accidents existent sans sujet. |
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[15593] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
materia debet esse formae proportionata. Sed ex parte formae sacramenti non
competeret quod esset accidens verbi sine essentia verbi. Ergo nec ex parte
materiae competit quod sit accidens elementi sine elemento. |
3. La matière doit être proportionnée
à la forme. Or, du point de vue de la forme du sacrement, il ne
conviendrait pas qu’existe un accident de la parole sans
l’essence de la parole. Du point de vue de la matière non plus,
il ne convient donc pas qu’existe un accident d’un
élément sans l’élément. |
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[15594] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, accidens subjecto respondet. Sed substantia panis, qui prius erat
subjectum priorum accidentium, mutata est in alterum statum per hoc quod
conversa est in corpus Christi. Ergo et accidentia congruit in alterum statum
mutari, ut scilicet sint sine subjecto. |
Cependant, [1]
l’accident correspond au sujet. Or, la substance du pain, qui
était d’abord le sujet des premiers accidents, a
été changée en un autre état du fait qu’elle
a été convertie au corps du Christ. Il convient donc aux
accidents d’être changés en un autre état, à
savoir qu’ils existent sans sujet. |
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[15595] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, hoc sacramentum dicitur mysterium fidei. Sed fides
non solum est supra intellectum, sed etiam supra sensum. Ergo in hoc
sacramento non solum debet aliquid esse supra intellectum, sicut quod corpus
Christi sub tam parvis panis dimensionibus contineatur; sed etiam supra
sensum, scilicet quod accidentibus quae sensui subjacent, substantia propria
non subsit. |
[2] Ce sacrement est
appelé «le mystère de la foi». Or, la foi ne
dépasse pas seulement l’intellect, mais aussi le sens. Dans ce
sacrement, il ne doit donc pas seulement y avoir quelque chose qui dépasse
l’intellect, comme le fait que le corps du Christ soit contenu dans des
dimensions du pain si petites, mais aussi [quelque chose] qui dépasse
le sens, à savoir que la substance propre ne soit pas sous-jacente aux
accidents qui tombent sous le sens. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les accidents existent-ils dans ce sacrement sans la substance ?] |
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[15596] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod accidentia non sint in hoc
sacramento sine substantia. Esse enim in substantia aequaliter convenit
omnibus accidentibus. Sed albedo non est hic sine subjecto: quod patet ex hoc
quod dividitur per accidens, quod non competit nisi existenti in subjecto. Ergo nec quantitas aut aliquod accidens est hic sine
subjecto. [15597] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, illud quod sensus percipit in hoc
sacramento, est ibi secundum veritatem; alias esset fictio in hoc sacramento.
Sed sensus non tantum percipit ibi
quantitatem aut albedinem, sed etiam quantum et album. Ergo non est ibi
accidens sine subjecto. [15598] Super Sent.,
lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, accidens non
individuatur nisi ex subjecto, sicut nec forma nisi ex materia. Sed
accidentia sunt ibi individuata; alias non essent sensibilia. Ergo non sunt
sine subjecto. |
1. Il semble que les accidents n’existent pas dans
ce sacrement sans la substance. En effet, exister dans la substance convient
également à tous les accidents. Or, la blancheur n’existe
pas ici sans sujet, ce qui ressort du fait qu’elle est divisée
par accident, ce qui ne convient qu’à ce qui existe dans un
sujet. Ni la quantité ni un autre accident n’existent donc pas
sans sujet. 2. Ce que perçoit le sens dans ce sacrement s’y trouve
en vérité, autrement il y aurait fiction dans ce sacrement. Or,
le sens n’y perçoit pas seulement la quantité ou la
blancheur, mais aussi ce qui a une quantité et ce qui est blanc. Il
n’y a donc pas là un accident sans sujet. 3. L’accident
n’est individué qu’en raison du sujet, comme la forme en
raison de la matière. Or, les accidents sont individués [dans
le sacrement], autrement ils ne seraient pas sensibles. Ils n’existent
donc pas sans sujet. |
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[15599] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 4 Praeterea, omnis forma
separata a materia est intellectus in actu, ut a philosophis probatur. Sed si
accidentia sunt hic sine subjecto, erunt quaedam formae sine materia: non
enim habent materiam partem sui. Ergo erunt intellectus in actu, quod falsum
apparet. |
4. Toute forme
séparée de la matière est l’intellect en acte,
comme le démontrent les philosophes. Or, si les accidents existent ici
sans matière, ils seront des formes sans matière: en effet, ils
n’ont pas de matière par eux-mêmes. Ils seront donc des
intellects en acte, ce qui est manifestement faux. |
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[15600] Super Sent., lib. 4 d. 12 q.
1 a. 1 qc. 3 arg. 5 Praeterea, quanto aliquid appropinquat ad divinam
simplicitatem, tanto est simplicius. Sed si sunt haec accidentia sine substantia,
magis appropinquant ad divinam simplicitatem quam Angeli: quia in Angelis est
compositio, ad minus ex quo est et quod est; quae in his accidentibus
inveniri non potest. Ergo erunt nobiliora
Angelis; quod falsum est. |
5. Plus quelque chose se rapproche de la
simplicité divine, plus cela est simple. Or, si ces accidents existent
sans substance, ils se rapprochent davantage de la simplicité divine
que les anges, car, chez les anges, il y a composition, du moins de ce par
quoi l’on est et de ce qui est, ce qui ne peut se trouver dans ces
accidents. Ils seront donc plus nobles que les anges, ce qui est faux. |
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[15601]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 6 Praeterea, impossibile est densitatem esse sine materia,
neque raritatem: quia haec est definitio densi, quod multum de materia
contineatur sub parvis dimensionibus; et contraria est definitio rari. Sed
tactus percipit in hoc sacramento densitatem. Ergo est ibi materia sub
dimensionibus; ergo dimensiones non per se existunt, et ita nec alia
accidentia. |
6. Il est impossible que la densité ou la
rareté existent sans matière, car la définition de ce
qui est dense est que cela contient beaucoup de matière sous de
petites dimensions ; et la définition de ce qui est rare est le
contraire. Or, le toucher perçoit la densité dans ce sacrement.
Il existe donc là une de la matière sous des dimensions. Les
dimensions n’existent donc pas par elles-mêmes, et pas davantage
les autres accidents. |
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[15602] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra: sicut, in praecedenti dist., dictum est, ibi non est alia substantia quam
corporis Christi. Sed non sunt accidentia quae apparent, in corpore Christi sicut in
subjecto, quia non determinant ipsum. Ergo non sunt in subjecto aliquo. |
Cependant, [1] comme
on l’a dit dans la distinction précédente, il n’y a
pas là d’autre substance que le corps du Christ. Or, ce ne sont
pas les accidents qui apparaissent dans le corps du Christ comme dans leur
sujet, car ils ne le déterminent pas. Ils n’existent donc pas
dans un sujet. |
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[15603] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, species ad
hoc remanent in sacramento, ut ducant per significationem in corpus Christi.
Sed si essent in aliquo sicut in subjecto, non ducerent in corpus Christi,
sed magis in cognitionem sui subjecti. Ergo sunt hic accidentia sine
subjecto. |
[2] Les espèces
demeurent dans le sacrement afin de conduire par leur signification au corps
du Christ. Or, si elles existaient dans autre chose comme dans leur sujet,
elles ne conduiraient pas au corps du Christ, mais plutôt à la
connaissance de leur sujet. Les accidents existent donc ici sans sujet. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15604] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad
primam quaestionem, quod, sicut dicitur prima propositione libri de causis,
causa prima est vehementioris impressionis supra causatum causae secundae
quam ipsa causa secunda. Unde quando causa secunda removet influentiam suam a
causato, adhuc potest remanere influentia causae primae in causatum illud;
sicut remoto rationali, remanet vivum, quo remoto remanet esse. Cum ergo
causa prima accidentium et omnium existentium Deus sit; causa autem secunda
accidentium sit substantia, quia accidentia ex principiis substantiae
causantur; poterit Deus accidentia in esse conservare, remota etiam causa
secunda, scilicet substantia. Et ideo absque
omni dubitatione dicendum est, quod Deus potest facere accidens sine
subjecto. |
Comme on le dit dans la première proposition du
livre Sur les causes, la cause première agit plus fortement sur ce qui
est causé par la cause seconde, que la cause seconde elle-même.
Lorsque la cause seconde retire son influence sur ce qui est causé,
l’influence de la cause première sur ce qui est ainsi
causé peut donc encore demeurer ; comme lorsque ce qui est
raisonnable est enlevé, demeure ce qui est vivant, et ceci
enlevé, demeure l’être. Étant donné que la
cause première des accidents et de ce qui existe est Dieu, alors que
la cause seconde des accidents est la substance, puisque les accidents sont
causés par les principes de la substance, Dieu pourra donc maintenir
les accidents dans l’existence, même si leur cause seconde est
enlevée, telle la substance. C’est pourquoi il faut dire sans
aucun doute que Dieu peut faire un accident sans sujet. |
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[15605]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod inesse non dicit esse
accidentis absolute, sed magis modum essendi qui sibi competit ex ordine ad
causam proximam sui esse. Et quia remoto ordine accidentis ad causam
proximam, adhuc potest remanere ordo ipsius ad causam primam, secundum quem
modus ipsius essendi non est inesse, sed ab alio esse; ideo potest Deus
facere quod sit accidens, et non insit: nec tamen esse accidentis ab
accidente removebitur, sed modus essendi. |
1. Exister dans quelque chose n’indique pas l’être
de l’accident de manière absolue, mais plutôt le mode
d’être qui lui revient en regard de la cause prochaine de son
existence. Et parce que, une fois enlevé le rapport de
l’accident à sa cause prochaine, son rapport à la cause
première peut encore demeurer, selon lequel son mode
d’être n’est pas d’exister dans quelque chose, mais
d’exister par autre chose, Dieu peut donc faire qu’un accident
existe, sans qu’il existe dans [un sujet]. Cependant, l’être
de l’accident ne sera pas enlevé, mais son mode d’être. |
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[15606] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut probat Avicenna in sua Metaph., per se existere
non est definitio substantiae: quia per hoc non demonstratur quidditas ejus,
sed ejus esse; et sua quidditas non est suum esse; alias non posset esse
genus: quia esse non potest esse commune per modum generis, cum singula
contenta in genere differant secundum esse; sed definitio, vel quasi
definitio, substantiae est res habens quidditatem, cui acquiritur esse, vel debetur,
ut non in alio; et similiter esse in subjecto non est definitio accidentis,
sed e contrario res cui debetur esse in alio; et hoc nunquam separatur ab
aliquo accidente, nec separari potest: quia illi rei quae est accidens,
secundum rationem suae quidditatis semper debetur esse in alio. Sed potest
esse quod illud quod debetur alicui secundum rationem suae quidditatis, ei
virtute divina agente non conveniat; et sic patet quod facere accidens esse
sine substantia, non est separare definitionem a definito; et si aliquando
hoc dicatur definitio accidentis, praedicto modo intelligenda est definitio
dicta: quia aliquando ab auctoribus definitiones ponuntur causa brevitatis
non secundum debitum ordinem, sed tanguntur illa ex quibus potest accipi
definitio. |
2. Comme le démontre Avicenne dans sa Métaphysique,
exister par soi n’est pas la définition de la substance, car sa
quiddité ne sera pas ainsi démontrée, mais son
existence. Et sa quiddité n’est pas son existence, autrement il
ne pourrait y avoir de genre, car exister ne peut être commun par mode
de genre, puisque tout ce qui y est contenu diffère en genre selon
l’existence. Mais la définition ou la quasi définition de
la substance est le fait pour une chose d’avoir une quiddité
à qui l’être est donné ou dû, mais sans que
ce soit dans une autre chose. De même, exister dans un sujet
n’est pas la définition de l’accident, mais, au contraire,
le fait qu’une chose doive exister dans autre chose. Et cela
n’est jamais séparé d’un accident et ne peut en
être séparé, car, en raison de sa quiddité, il est
toujours dû à la chose qui est un accident d’exister dans
autre chose. Mais il peut arriver que ce qui est dû à quelque
chose en raison de sa quiddité ne lui soit pas donné par
l’action de la puissance divine. Il ressort ainsi clairement que faire
qu’un accident existe sans substance, ce n’est pas séparer
la définition de ce qui est défini. Et si parfois on appelle
cela la définition de l’accident, la définition rappelée
doit s’entendre de la manière dite, car parfois, pour faire
bref, les auteurs donnent des définitions, non selon l’ordre
approprié, mais ils signalent ce à partir de quoi on peut
saisir une définition. |
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[15607] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut ab accidentibus in
hoc sacramento removetur esse in subjecto, ita convenit eis non esse in
subjecto; unde non ponitur aliquid medium inter affirmationem et negationem. Nec tamen sequitur quod definitio alicui conveniat cui non
convenit definitum; quia non esse in substantia non est definitio
substantiae, ut dictum est, sed habere quidditatem cui tale esse competat; et
hoc non convenit eis ex ratione suae quidditatis, sed divina virtute. |
3. De même que, dans ce sacrement, il est
écarté des accidents d’exister dans un sujet, de
même leur convient-il de ne pas exister dans un sujet. Aussi
n’affirme-t-on pas quelque chose d’intermédiaire entre
l’affirmation et la négation. Toutefois, il n’en
découle pas que la définition convienne à quelque chose
à quoi ne convient pas ce qui est défini, car ne pas exister
dans une substance n’est pas la définition, comme on l’a
dit, mais le fait d’avoir une quiddité à laquelle une
telle existence convienne. Et cela ne leur convient pas en raison de leur
quiddité, mais par la puissance divine. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15608] Super Sent a 2.,
lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum,
quod accidentia remanere in hoc sacramento qualiter congruat, supra dictum
est, dist. praec. Sed accidentia esse sine subjecto congruit huic sacramento
multipliciter. Primo quantum ad significationem; quia species sine substantia
existentes expressius ducunt in corpus Christi, quod sub eis continetur, et
immediatius; si enim subjectum haberent, ducerent immediate in subjectum
illud. Secundo propter effectum, qui est unio membrorum ad caput, in quo sunt
per fidem; et ideo in hoc sacramento oportet aliquid esse supra naturam, per
quod intellectus noster assuescat ad ea quae sunt fidei credenda. Tertio
quantum ad usum, quia est cibus spiritualis; et ideo competit quod nullum
accidentibus subjectum subsit, quod cibus corporalis esse possit. Quarto
quantum ad perfectionem; quia enim hoc sacramentum est perfectissimum, ideo
omnia quae sunt in hoc sacramento, altissimum statum accipiunt, sicut quod
substantia panis in corpus gloriosum divinitati unitum convertitur; et
propter hoc etiam accidentibus datur in hoc sacramento sine subjecto esse. |
Comment
il est possible que les accidents demeurent dans ce sacrement, on l’a
dit plus haut dans la distinction précédente. Mais le fait pour
les accidents d’exister sans sujet convient à ce sacrement de
plusieurs manières. Premièrement, pour ce qui est de la
signification, car les espèces qui existent sans substance conduisent
plus explicitement et de manière plus immédiate au corps du
Christ qui est contenu en elles. En effet, si elles avaient un sujet, elles
conduiraient immédiatement à ce sujet. Deuxièmement, en
raison de l’effet qu’ils obtiennent par la foi :
l’union des membres à leur tête. C’est pourquoi il
faut qu’il y ait dans ce sacrement quelque chose qui dépasse la
nature, par quoi notre intelligence s’habitue à croire ce qui
relève de la foi. Troisièmement, par rapport à l’usage,
car c’est une nourriture spirituelle. C’est pourquoi il convient
qu’il n’y ait pour les accidents aucun sujet qui pourrait
être une nourriture corporelle. Quatrièmement, pour ce qui est
de la perfection. En effet, ce sacrement est le plus parfait. Aussi tout ce
qui ce fait partie de ce sacrement reçoit-il l’état le
plus élevé, comme le fait pour la substance du pain
d’être convertie au corps glorieux uni à la
divinité. Pour cette raison aussi, il est donné aux accidents
dans ce sacrement d’exister sans sujet. |
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[15609]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod divina dispositio quae
aliquid ordinat secundum legem communem, etiam sibi aliqua reservat praeter
legem communem facienda ad aliquod privilegium gratiae communicandum; nec ex
hoc sequitur aliqua inordinatio, quia divina dispositio unicuique rei ordinem
imponit. |
1. La disposition divine qui ordonne quelque chose selon
la loi commune se réserve aussi de faire certaines choses
au-delà de la loi commune en vue de communiquer un privilège de
la grâce. Mais il n’en découle pas un désordre, car
la disposition divine impose un ordre à chaque chose. |
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[15610] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod de substantia rei judicare non pertinet ad sensum,
sed ad intellectum, cujus objectum est quod quid est, ut dicitur in 3 de
anima; et ideo non accidit ibi aliqua deceptio; quia accidentia sunt ibi de
quibus sensus judicat; sed de substantia verum judicium habet intellectus
fide juvatus. Nec est inconveniens quod intellectus absque fide erret in hoc
sacramento, sicut et in aliis quae sunt fidei. |
2. Il ne revient pas au sens de juger de la substance
d’une chose, mais à l’intelligence, dont l’objet est
ce qu’est quelque chose, comme il est dit dans Sur l’âme,
III. Aussi ne se produit-il pas là une supercherie, car les accidents
dont juge le sens se trouvent là ; mais l’intelligence
aidée par la foi porte un jugement vrai sur la substance. Et il
n’est pas inapproprié que l’intelligence sans la foi erre
pour ce sacrement, comme pour les autres choses qui relèvent de la
foi. |
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[15611] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod verbo inest virtus transubstantiandi; et ideo ad hoc
quod sit vera transubstantiatio, oportet quod sit verum verbum; sed materia
est ibi ad significandum; et ideo sufficit quod accidentia remaneant, quibus
mediantibus significatio completur. |
3. La puissance de transsubstantier existe dans la
parole. Pour qu’il y ait une transsubstantiation véritable, il
faut donc que la parole soit vraie. Mais la matière se trouve
là en vue de signifier. C’est pourquoi il suffit que les
accidents demeurent, par l’intermédiaire desquels la
signification est réalisée. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15612] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem
dicendum, quod
quidam dixerunt, quod vera substantia panis simul remaneat sub sacramento cum
corpore Christi; et secundum hoc accidentia non essent in hoc sacramento sine
subjecto. Sed haec opinio in praecedenti dist. improbata est. Alia opinio est
quod remanet ibi forma substantialis, et in ea fundantur omnia accidentia
quae apparent. Sed non minus difficile est materialem formam substantialem a
materia separare quam accidentia a substantiis. Et praeterea quantitas non
respicit formam nisi ratione materiae; unde formae immateriales dimensionibus
carent; et ideo, cum alia accidentia mediante quantitate referantur ad
substantiam, non poterit forma existens sine materia, accidentium sensibilium
subjectum esse. Boetius etiam dicit in Lib.
de Trin. quod forma simplex subjectum esse non potest. Et ideo alii dixerunt,
quod accidentia illa fundantur in aere sicut in subjecto. Sed haec opinio
stare non potest. Constat enim quod ante transubstantiationem sub dimensionibus
panis non erat aer. Ergo si conversione facta sit ibi aer, oportet quod aer
subintraverit per motum localem dimensiones illas; et iste motus non
percipitur. Et
praeterea inconveniens est quod subjectum moveatur motu locali ad accidens,
et quod accidens transeat de subjecto in subjectum. Probatum est etiam a
philosophis, quod corpus naturale et corpus mathematicum non possunt esse
simul; unde cum illae dimensiones quae fuerunt, sint quoddam corpus non
naturale, sed mathematicum, non poterit aer cum illis dimensionibus simul
esse, nec poterit esse subjectum eorum, quia habet dimensiones proprias aer.
Cum ergo omnes dimensiones sint ejusdem speciei, in quacumque materia sint,
quia materia non intrat in definitionem earum; si dimensiones panis iterum
sint sicut in subjecto in aere, sequitur quod duo accidentia speciei ejusdem
sunt in eodem subjecto; quod est contradictoria esse simul; quia accidentium
ejusdem speciei numeratio non est nisi ex subjecto; unde si subjectum sit
unum, sequitur illa accidentia esse plura et non plura. Constat etiam quod aer
non est susceptivus talium accidentium, scilicet duritiei, figurae
determinatae, et aliarum hujusmodi quae ibi apparent. Et ideo dicendum est,
quod accidentia sunt ibi sine subjecto; non enim potest dici, quod sint in
corpore Christi sicut in subjecto. Sciendum autem, quod substantia corporalis
habet quod sit subjectum accidentium ex materia sua, cui primo inest subjici
alteri. Prima autem dispositio materiae est quantitas; quia secundum ipsam
attenditur divisio ejus et indivisio, et ita unitas et multitudo, quae sunt
prima consequentia ens; et propter hoc sunt dispositiones totius materiae,
non hujus aut illius tantum. Unde omnia alia accidentia mediante quantitate
in substantia fundantur, et quantitas est prior eis naturaliter; et ideo non
claudit materiam sensibilem in ratione sua, quamvis claudat materiam
intelligibilem, ut dicitur in 7 Metaph. Unde ex hoc quidam decepti fuerunt,
ut crederent dimensiones esse substantiam rerum sensibilium; quia remotis
qualitatibus nihil sensibile remanere videbant nisi quantitatem, quae tamen
secundum esse suum dependet a substantia, sicut et alia accidentia. Virtute
autem divina confertur dimensionibus quae fuerunt panis, ut sine subjecto
subsistant in hoc sacramento, quod est prima proprietas substantiae; et per
consequens datur eis ut sustineant alia accidentia, sicut et sustinebant
quando substantia eis suberat; et sic alia accidentia sunt in dimensionibus
sicut in subjecto, ipsae vero dimensiones non sunt in subjecto. |
Certains ont dit que la substance véritable du pain
demeure dans le sacrement en même temps que le corps du Christ ;
ainsi, les accidents n’existeraient pas sans sujet dans ce sacrement.
Mais cette opinion a été réfutée dans la
distinction précédente. Une autre opinion veut qu’y
demeure la forme substantielle et que tous les accidents qui apparaissent se
fondent sur elle. Mais il n’est pas moins difficile de séparer
de la matière la forme substantielle matérielle, que les
accidents des substances. De plus, la quantité n’a de rapport
avec la forme qu’en raison de la matière. Aussi les formes
immatérielles n’ont-elles pas de dimensions. Puisque les autres
accidents se rapportent à la substance par
l’intermédiaire de la quantité, la forme existant sans
matière ne peut donc pas être le sujet des accidents sensibles.
Boèce dit aussi, dans le livre Sur la Trinité, qu’une
forme simple ne peut être un sujet. C’est pourquoi d’autres
disent que ces accidents s’appuient sur l’air comme sur leur
sujet. Mais cette opinion n’est pas valable. En effet, il est clair
qu’avant la transsubstantiation, il n’y avait pas d’air
sous les dimensions du pain. Une fois réalisée la conversion,
s’il y a de l’air, il faut donc que l’air se soit
infiltré dans ces dimensions par un mouvement local. Mais ce mouvement
n’est pas perçu. De plus, il est incongru qu’un sujet soit
mû vers un accident par un mouvement local et qu’un accident
passe d’un sujet à un autre. Il a aussi été
démontré par les philosophes qu’un corps naturel et un
corps mathématique ne peuvent exister en même temps. Puisque les
dimensions qui existaient sont un corps non pas naturel mais
mathématique, l’air ne pourra donc pas exister en même
temps que ces dimensions et ne pourra pas être leur sujet, car
l’air a ses propres dimensions. Puisque toutes les dimensions font
partie de la même espèce, en quelque matière
qu’elles existent, car la matière n’entre pas dans leur
définition, si les dimensions du pain existent de nouveau dans
l’air comme dans leur sujet, il en découle que deux accidents de
la même espèce existent dans le même sujet. Des
contradictoires existeraient alors en même temps, car le
dénombrement des accidents de la même espèce ne se fait
que par leur sujet. S’il y a un sujet unique, il en découle donc
qu’il y a et qu’il n’y a pas plusieurs accidents. Il est
sûr aussi que l’air n’est pas capable de recevoir de tels
accidents, à savoir, la dureté, une figure
déterminée et d’autres choses de ce genre qui s’y
manifestent. C’est pourquoi il faut dire que les accidents existent
là sans sujet. En effet, on ne peut pas dire qu’ils existent
dans le corps du Christ comme dans leur sujet. Mais il faut savoir
qu’il revient à une substance corporelle d’être le
sujet d’accidents en raison de sa matière, à qui il
appartient d’abord d’être soumise à quelque chose
d’autre. Or, la première disposition de la matière est la
quantité, car c’est selon elle que sont relevées sa
division et son indivision, et ainsi, l’unité et la
multiplicité, qui sont les premières choses qui découlent
d’un être. Pour cette raison, elles sont les dispositions de
toute la matière, et non pas de celle-ci ou de celle-là
seulement. Ainsi, tous les autres accidents s’enracinent dans la
substance par l’intermédiaire de la quantité et la
quantité les précède naturellement. C’est pourquoi
elle n’inclut pas la matière sensible dans sa raison même,
bien qu’elle inclue la matière intelligible, comme il est dit
dans Métaphysique, VII. Aussi certains ont-ils été
trompés par cela : ils ont cru que les dimensions étaient
la substance des choses sensibles, car, une fois les qualités
enlevées, il ne semblait rester rien de sensible que la
quantité, qui cependant dépend de la substance pour son
existence, comme les autres accidents. Mais, par la puissance divine, il est
donné aux dimensions qui étaient celles du pain de subsister
sans sujet dans ce sacrement, ce qui est la première
propriété de la substance. Par voie de conséquence, il
leur est donné de soutenir les autres accidents, comme elles les
soutenaient lorsque la substance leur était sous-jacente. Et ainsi,
les autres accidents existent dans les dimensions comme dans un sujet, mais
les dimensions elles-mêmes n’existent pas dans un sujet. |
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[15613]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod prima accidentia
consequentia substantiam sunt quantitas et qualitas; et haec duo
proportionantur duobus principiis essentialibus substantiae, scilicet formae
et materiae (unde magnum et parvum Plato posuit differentias materiae); sed
qualitas ex parte formae. Et quia materia est subjectum primum quod non est
in alio, forma autem est in alio, scilicet materia; ideo magis appropinquat
ad hoc quod est non esse in alio, quantitas quam qualitas, et per consequens
quam alia accidentia. |
1. Les premiers accidents qui découlent de la
substance sont la quantité et la qualité ; ces deux choses
sont proportionnées aux deux principes essentiels de la substance,
à savoir, de la forme et de la matière : c’est la
raison pour laquelle Platon a affirmé qu’être grande et
petite sont des différences de la matière, mais que la
qualité se prend du point de vue de la forme. Et parce que la
matière est le sujet premier qui n’existe pas dans autre chose,
alors que la forme existe dans autre chose, à savoir, la
matière, c’est la raison pour laquelle la quantité,
plutôt que la qualité et, par conséquent, les autres
accidents, se rapproche de ce qui consiste à ne pas exister dans autre
chose. |
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[15614] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quantitas dimensiva secundum suam rationem non
dependet a materia sensibili, quamvis dependeat secundum suum esse; ideo in
praedicando et subjiciendo accipit modum substantiae et accidentis; unde
lineam dicimus et quantitatem et quantam, et magnitudinem et magnam; et ideo
cum sint ibi dimensiones sine substantia, non tantum videt sensus
quantitatem, sed etiam quantum. De aliis autem accidentibus planum est quod
est ibi aliquid album, quia albedo est ibi in subjecto. |
2. La quantité dimensionnelle, selon sa raison
propre, ne dépend pas de la matière sensible, bien qu’elle
en dépende pour son existence. C’est pourquoi elle joue le
rôle de substance et d’accident comme attribut et comme sujet.
Ainsi disons-nous que la ligne est une quantité et a une
quantité, qu’elle a une certaine grandeur et qu’elle est
grande. Comme existent [dans le sacrement] des dimensions sans substance,
c’est pourquoi le sens ne voit pas seulement la quantité, mais
aussi ce qui a une quantité. Pour ce qui est des autres accidents, il
est clair qu’il s’y trouve quelque chose de blanc, puisque la blancheur
d’y trouve comme dans un sujet. |
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[15615]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod de ratione individui duo sunt:
scilicet quod sit ens actu vel in se vel in alio; et quod sit divisum ab
aliis quae sunt vel possunt esse in eadem specie, in se indivisum existens;
et ideo primum individuationis principium est materia, qua acquiritur esse in
actu cuilibet tali formae sive substantiali sive accidentali; et secundarium
principium individuationis est dimensio, quia ex ipsa habet materia quod
dividatur; unde in carentibus dimensione impossibile est aliquam esse
distinctionem nisi per formam, quae facit diversitatem speciei; et propter
hoc in Angelis sunt tot species quot individua; quia cum sint formae sive
quidditates subsistentes ex seipsis, habent esse in actu et distinctionem; et
ideo non indigent ad sui individuationem neque materia neque dimensione. Si
ergo quantitas sine materia haberet esse actu, per se haberet
individuationem, quia per se haberet divisionem illam secundum quam dividitur
materia; et sic una pars differret ab alia non specie, sed numero, secundum
ordinem qui attenditur in situ partium; et similiter una linea ab alia
differret numero, dummodo acciperetur in diverso situ. Quia ergo in hoc
sacramento ponimus dimensiones per se subsistere, constat quod ex seipsis
individuantur, et per ea alia accidentia quae in eis fundantur. |
3. Deux choses font partie d’un individu : le
fait qu’il est un être en acte, soit en lui-même, soit dans
un autre ; et le fait qu’il est divisé des autres qui
existent ou peuvent exister dans la même espèce, en demeurant
indivis en lui-même. Le premier principe d’individuation est
ainsi la matière, par laquelle l’acte d’exister est reçu
pour n’importe quelle forme, substantielle ou accidentelle. Le principe
secondaire de l’individuation est la dimension, car c’est
d’elle que la matière tient la possibilité
d’être divisée. Aussi les choses auxquelles la dimension
fait défaut ne peuvent-elles se distinguer que par la forme, qui
réalise la diversité de l’espèce. Pour cette
raison, il existe chez les anges autant d’espèces que
d’individus et, parce qu’ils sont des formes ou quiddités
qui subsistent par elles-elles, ils possèdent d’exister en acte
et d’être distincts. Ils n’ont donc pas besoin pour
être individués ni de la matière ni de la dimension. Si
donc une quantité sans matière possédait d’exister
en acte, elle serait individuée par elle-même, car elle
posséderait par elle-même la division selon laquelle la
matière est divisée. Et ainsi, une partie différerait
d’une autre, non pas selon l’espèce, mais selon le nombre,
selon l’ordre relevé dans le site des parties. De la même
manière, une ligne différerait d’une autre en nombre
pourvu qu’on la conçoive dans un site différent. Parce
que, dans ce sacrement, nous affirmons que les dimensions subsistent par
elles-mêmes, il appert donc qu’elles sont individuées par
elles-mêmes et, par elles, les autres accidents qui s’enracinent
en elles. |
|
[15616] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod illud quod est intellectus vel intellectum in actu,
secundum philosophos, oportet esse separatum non solum a materia, sed etiam a
conditionibus materiae individuantibus; et hoc non est in proposito, ut ex
dictis patet. |
4. Selon les philosophes, ce qu’est
l’intellect ou ce qui est intelligé en acte doit être non
seulement séparé de la matière, mais aussi des
conditions individuantes de la matière. Cela n’est pas ici en
cause, comme cela ressort de ce qui a été dit. |
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[15617] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod cum ista accidentia habeant esse et essentias
proprias, et eorum essentia non sit eorum esse, constat quod aliud est in eis
esse et quod est; et ita habent compositionem illam quae in Angelis invenitur,
et ulterius compositionem ex partibus quantitatis, quae in Angelis non
invenitur; et sic magis recedunt a divina simplicitate. |
5. Puisque ces accidents ont une existence et des
essences propres, et que leur essence n’est pas leur existence, il est
clair que leur existence et ce qu’ils sont est différent chez
eux. Ils ont ainsi la composition qu’on trouve chez les anges et, en
plus, la composition venant des parties de la quantité, qu’on ne
trouve pas chez les anges. Ils s’éloignent ainsi davantage de la
simplicité divine. |
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[15618]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod sicut subjectum quod ponitur in
definitione aliorum accidentium, non est de essentia accidentis; ita etiam
materia, quae ponitur in definitione raritatis et densitatis, non est de
essentia eorum; non enim est densitas materia multa existens sub parvis
dimensionibus, sed proprietas quaedam consequens ex hoc quod materia sic se
habet; unde talem proprietatem Deus potest facere, etiam si materia non esset. |
6. De même que le sujet qui est mis dans la
définition des autres accidents ne fait pas partie de l’essence
de l’accident, de même aussi la matière, qui est mise dans
la définition de la rareté et de la densité, ne
fait-elle pas partie de leur essence. En effet, la densité n’est
pas une grande quantité existant sous de petites dimensions, mais une
certaine propriété découlant de ce que la matière
se trouve ainsi. Dieu peut donc faire une telle propriété,
même s’il n’y avait pas de matière. |
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Articulus 2 [15619] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 tit. Utrum
accidentia, quae remanent in hoc sacramento, possint immutare aliquid
extrinsecum |
Article
2 – Les accidents qui demeurent dans ce sacrement peuvent-ils changer
quelque chose d’extrinsèque ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Les
accidents qui demeurent dans ce sacrement peuvent-ils changer quelque chose
d’extrinsèque ?]
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[15620] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod accidentia
quae
remanent in hoc sacramento, non possunt immutare aliquid extrinsecum. Illa
enim agunt et patiuntur ad invicem quae communicant in materia, ut dicitur in
1 de Generat. Sed accidentia illa non communicant in materia cum corporibus exterioribus.
Ergo non possunt ea immutare. |
1. Il semble que les accidents qui demeurent dans ce
sacrement ne puissent changer quelque chose d’extrinsèque. En
effet, agissent et subissent réciproquement les choses qui ont une
matière en commun, comme il est dit dans Sur la
génération, I. Or, ces accidents n’ont pas une
matière en commun avec les corps extérieurs. Ils ne peuvent
donc pas les changer. |
|
[15621] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
actio naturalis requirit contactum naturalem, ut patet in 1 de Generat. Sed
mathematicis, idest dimensionibus separatis, non convenit tactus physicus,
sed mathematicus tantum, sicut et locus, ut ibidem dicitur. Ergo cum in hoc sacramento
sint dimensiones separatae, in quibus alia accidentia fundantur, ut dictum
est, videtur quod non possint agere in aliquid extrinsecum. |
2. L’action naturelle exige un contact naturel,
comme cela ressort de Sur la génération, I. Or, le
contact physique ne convient pas aux réalités
mathématiques, c’est-à-dire aux dimensions
séparées, mais au mathématicien seulement, de même
que le lieu, comme on le dit au même endroit. Puisque qu’il
existe des dimensions séparées dans ce sacrement, sur
lesquelles les autres accidents se fondent, comme on l’a dit, il semble
donc qu’elles ne puissent agir sur quelque chose d’extrinsèque. |
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[15622] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, passum, quamvis in principio sit
contrarium, tamen in fine est simile. Sed si corpora exteriora immutarentur, ipsa jam immutata
non essent formae tantum, sed formae in materia. Ergo non possunt immutari a
dimensionibus quae sunt formae tantum. |
3. Ce qui subit, bien
qu’il soit contraire au départ, est cependant semblable à
la fin. Or, si les corps extérieurs étaient changés, les
choses changées ne seraient pas des des formes seulement, mais des
formes dans la matière. Ils ne peuvent donc pas être
changés par les dimensions qui ne sont que des formes. |
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[15623] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, nihil
sentitur nisi quod immutat sensum. Sed hujusmodi accidentia sentiuntur. Ergo immutant. |
Cependant, [1] rien
n’est senti que ce qui change le sens. Or, ces accidents sont sentis.
Ils produisent donc un changement. |
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[15624] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
omne quod habet esse, habet agere aliquo modo: quia nulla res destituitur
propria operatione. Sed hujusmodi accidentia habent esse. Ergo possunt agere. |
[2] Tout ce qui a l’existence possède
d’agir d’une certaine manière, car aucune chose
n’est privée de son opération propre. Or, les accidents
de ce genre ont l’existence. Ils peuvent donc agir. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Ces accidents peuvent-ils changer quelque chose substantiellement ?] |
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[15625]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non possint aliquid extrinsecum
immutare substantialiter. Generans enim debet esse simile generato. Sed omne
generatum est compositum ex materia et forma. Cum ergo accidentia illa sint
formae tantum, non possunt immutare generatum aliquid extra se. Et hac
ratione utitur philosophus in 7 Metaph. contra Platonem, qui ponebat formas
separatas esse causas generationis sensibilium. |
1. Il semble que [ces accidents] ne puissent changer
quelque chose substantiellement. En effet, ce qui engendre doit être
semblable à ce qui est engendré. Or, tout ce qui est
engendré est composé de matière et de forme. Puisque ces
accidents ne sont que des formes, ils ne peuvent donc changer quelque chose
d’engendré à l’extérieur d’eux-mêmes.
Dans Métaphysique, VII, le Philosophe emploie ce raisonnement contre
Platon qui affirmait que les formes séparées étaient les
causes de la génération des réalités sensibles.
|
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[15626]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, nihil agit ultra suam speciem, sed citra
quandoque: quia effectus non est nobilior causa. Sed substantia est nobilior omni
accidente. Ergo illa accidentia non possunt aliquam substantiam generare. |
2. Rien n’agit
au-delà de son espèce, mais parfois en-deça, car
l’effet n’est pas plus noble que la cause. Or, la substance est
plus noble que tout accident. Ces accidents ne peuvent donc engendrer une
substance. |
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[15627] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, species
istae habent eamdem virtutem quam habebant ante transubstantiationem: quia
nihil est eis ablatum, sed additum. Sed ante
transubstantiationem poterant aliquid substantialiter immutare. Ergo et post. |
Cepedant, [1] ces
espèces ont la même puissance qu’elles avaient avant la
transsubstantiation, car rien ne leur a été enlevé, mais
il leur a été ajouté. Or, avant la transsubstantiation,
ils pouvaient changer quelque chose substantiellement. Ils le pouvaient donc
après. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Ces accidents peuvent-ils être corrompus d’une certaine manière ?] |
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[15628]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod ista accidentia nullo modo possint
corrumpi. Quia ista accidentia sunt formae tantum. Sed forma est invariabili
essentia consistens, ut dicitur in Lib. sex principiorum. Ergo hujusmodi
species non corrumpuntur. |
1. Il semble que ces accidents ne peuvent aucunement
être corrompus, car ces accidents ne sont que des formes. Or, la forme
consiste en une essence invariable, comme il est dit dans le livre Sur les
six principes. Les espèces de ce genre ne sont donc pas corrompues.
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[15629]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, omnis res per se subsistens sine materia, est
incorruptibilis: quia materia est corruptionis principium, sicut patet in
Angelis et animabus. Sed hujusmodi species sunt formae sine materia
subsistentes. Ergo sunt incorruptibiles. |
2. Toute chose qui subsiste par soi sans matière
est incorruptible, car la matière est le principe de la corruption,
comme cela ressort chez les anges et les animaux [corr.]. Or, les
espèces de ce genre sont des formes qui subsistent sans
matière. Elles sont donc incorruptibles. |
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[15630] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
si corrumpuntur, aut corruptio ista est naturalis, aut miraculosa. Naturalis
non: quia sicut nihil generatur naturaliter nisi compositum, ita nihil
corrumpitur nisi compositum naturaliter. Similiter neque miraculosa: quia sic
sola Dei virtute fieret: Deus autem, secundum Augustinum, non est causa
tendendi in non esse. Ergo nullo modo corrumpitur. |
3. Si [ces accidents], sont corrompus, ou bien cette
corruption est naturelle, ou elle est miraculeuse. Elle n’est pas
naturelle, car, de même que rien n’est engendré
naturellement que ce qui est composé, de même rien n’est
corrompu que ce qui est naturellement composé. Elle n’est pas
non plus miraculeuse, car elle se produirait ainsi par la seule puissance de
Dieu. Or, Dieu, selon Augustin, n’est pas la cause par laquelle on tend
vers le non-être. Cela n’est donc corrompu d’aucune
manière. |
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[15631] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, quamdiu sunt accidentia sensibilia sentiri possunt. Sed quandoque
desinunt sentiri posse hujusmodi accidentia. Ergo desinunt esse. |
Cependant, [1] aussi
longtemps que durent les accidents sensibles, ils peuvent être sentis.
Or, parfois, ces accidents cessent de pouvoir être sentis. Ils cessent
donc d’exister. |
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[15632]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, quamdiu species manent, et corpus Christi manet
sub sacramento. Sed corpus Christi quandoque desinit esse sub sacramento.
Ergo quandoque desinunt esse species illae. |
[2] Aussi longtemps que demeurent les espèces, le
corps du Christ demeure dans ce sacrement. Or, le corps du Christ cesse
parfois d’exister dans ce sacrement. Ces espèces cessent donc
parfois d’exister. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Quelque chose peut-il être engendré à partir de ces accidents ?] |
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[15633]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod ex eis non possit aliquid generari.
Corruptio enim generationi vel factioni opponitur. Sed omne quod non habet
materiam partem sui, si fit, oportet quod ex nihilo fiat. Ergo si
corrumpitur, oportet quod in nihilum tendat, et nihil ex eo fiat. |
1. Il semble que quelque chose ne puisse être
engendré à partir de ces accidents. En effet, la corruption
s’oppose à la génération ou à la
production. Or, tout ce qui n’a pas de matière comme partie de
soi, s’il est fait, doit être fait à partir du
néant. Si cela est corrompu, il est donc nécessaire que cela
tende vers le néant et que rien ne soit fait à partir de lui.
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[15634] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
substantia et accidens magis differunt quam corpus et spiritus. Sed ex
corpore non potest fieri spiritus, ut patet in Lib. de duabus naturis. Ergo
ex speciebus illis quae sunt accidentia tantum, non potest substantia aliqua
generari. |
2. La substance et l’accident diffèrent
davantage que le corps et l’esprit. Or, l’esprit ne peut
être produit à partir du corps, comme cela ressort du livre Sur
les deux natures. Une substance ne peut donc être engendrée
à partir de ces espèces qui ne sont que des accidents. |
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[15635]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 3 Praeterea, impossibile est ex uno simul et semel multa
fieri. Sed si aliquid generatur, in illo est invenire substantiam et
accidens. Ergo non potest generari ex accidente tantum. |
3. Il est impossible que plusieurs choses soient
produites en même temps et d’un coup à partir d’une
seule chose. Or, si quelque chose est engendré, on doit y trouver
substance et accident. Cela ne peut donc être engendré à
partir d’un accident seulement. |
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[15636] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 4 Praeterea,
si aliquid generatur, aut illa generatio est naturalis, aut miraculosa.
Naturalis non: quia generatum et id ex quo generatur naturaliter conveniunt
in materia, ut patet in omnibus generationibus naturalibus; quod hic non
potest inveniri. Similiter nec miraculosa: quia quod vermes aliquando inde
generentur, vel in cinerem resolvantur, hoc est in irreverentiam tanti
sacramenti; quod a Deo non est. Ergo nullo modo aliquid ex hujusmodi
speciebus generari potest. |
4. Si quelque chose est engendré, ou bien cette
génération est naturelle, ou bien elle est miraculeuse. Elle
n’est pas naturelle, car ce qui est engendré et ce à
partir de quoi cela est engendré ont naturellement en commun une
matière, comme cela se manifeste dans toutes les
générations naturelles, alors qu’on ne trouve pas ici. De
même n’est-elle pas miraculeuse, car le fait que des vers y sont
parfois engendrés ou qu’elles soient réduites en cendre
est de l’irrespect envers un si grand sacrement, ce qui ne vient pas de
Dieu. Rien ne peut donc être engendré à partir de ces
espèces. |
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[15637] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 4 s. c. 1 Sed
contra est, quod sensibiliter apparet, si diu reserventur, paulatim in aliud
mutari. |
Cependant, [1] on
constate de manière sensible que si elles sont conservées
longtemps, elles se transforment peu à peu en autre chose. |
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[15638]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 4 s. c. 2 Praeterea, Innocentius dicit: in quo similitudo
deficeret, in eo sacramentum non esset, sed ibi se proderet, et locum
fidei auferret. Ergo oportet esse omnimodam similitudinem specierum ad
substantiam panis. Sed ex substantia panis poterat aliquid generari. Ergo et
ex speciebus ibi remanentibus. |
[2] Innocent dit : «Là où la
ressemblance ferait défaut, il n’y aurait pas sacrement, mais il
s’y trahirait et il enlèverait l’occasion d’y
croire.» Il est donc nécessaire qu’une ressemblance
complète existe entre les espèces et la substance du pain. Or,
quelque chose pouvait être engendré à partir de la
substance du pain. Donc aussi à partir des espèces qui
demeurent. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Ces accidents peuvent-ils nourrir ?] |
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[15639]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non possint nutrire. Quia omnis
cibus qui nutrit, in corpus transit, et superfluitates ex eo resolvuntur. Sed
cibus iste non vadit in corpus, ut Ambrosius in littera dicit. Ergo non
nutrit. |
1. Il semble que [ces accidents] ne puissent pas nourrir,
car toute nourriture qui nourrit passe dans le corps et ce qui est superflu
est éliminé. Or, cette nourriture ne va pas dans le corps,
comme le dit Ambroise dans le texte. Elle ne nourrit donc pas. |
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[15640] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 2 Praeterea,
ex eisdem nutrimur ex quibus sumus, ut dicitur in 2 de generatione. Sed non
sumus ex accidentibus. Ergo ex eis non nutrimur. [15641] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 3 Praeterea,
omne quod nutrit quocumque modo, solvit jejunium. Si ergo species istae
nutriunt, solvunt jejunium; et sic post sumptionem corporis Christi non
posset aliquis communicare; quod falsum est. |
2. Nous nous nourrissons des mêmes choses dont nous
sommes faits, comme il est dit dans Sur la génération,
II. Or, nous ne sommes pas des accidents. Nous ne nous en nourrissons donc
pas. 3. Tout ce qui nourrit, quelle qu’en soit la manière, rompt
le jeûne. Si donc ces espèces nourrissent, elles rompent le
jeûne. Ainsi, après avoir reçu le corps du Christ, on ne
pourrait pas communier, ce qui est faux. |
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[15642]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 5 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur in Glossa, 1 Corinth. 11,
super illud: alius quidem esurit, alius autem ebrius est, quod aliqui
sunt inebriati ex usu specierum hujus sacramenti. |
Cependant, [1] il
est dit dans le Glose, à propos de 1 Co 11 : L’un
a faim pendant que l’autre est ivre, que certains s’enivrent
en faisant usage des espèces de ce sacrement. |
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[15643] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 5 s. c. 2 Praeterea,
nihil aufert sitim vel famem, nisi quod nutrit. Sed sensibiliter reperiri
potest quod ex potu illo sitis tollitur, praecipue si in multa quantitate
sumatur. Ergo nutriunt species illae. |
[2] Rien n’enlève la soif ou la faim que ce
qui nourrit. Or, on peut constater de manière sensible que la soif est
enlevée par cette boisson, surtout si elle est prise en grande
quantité. Ces espèces nourrissent donc. |
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Quaestiuncula 6 |
Sous-question 6 – [Peut-on mélanger un liquide avec ces espèces ?] |
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[15644]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nullus liquor possit speciebus
illis permisceri. Quia, ut in 1 de generatione, probat philosophus, accidens
non permiscetur substantiae. Sed quilibet liquor substantia quaedam est. Cum
ergo illae species sint tantum accidentia, videtur quod nihil possit eis
permisceri. |
1. Il semble qu’aucun liquide ne puisse être
mélangé avec ces espèces, car, comme le démontre
le Philosophe dans Sur la génération, I, l’accident ne se
mélange pas avec la substance. Or, tout liquide est une certaine
substance. Puisque ces espèces ne sont que des accidents, il semble
donc que rien ne puisse y être mélangé. |
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[15645] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 arg. 2 Praeterea, sicut hoc
sacramentum sub certa forma verborum consecratur,
ita et aqua benedicta. Sed si aqua permiscetur aquae benedictae, totum fit
benedictum. Si ergo aliquis liquorum permisceri posset vino consecrato, esset
totum consecratum; et sic liquor ille transiret in sanguinem Christi sine
forma verborum, quod falsum est. |
2. De même que ce sacrement est consacré par
une forme déterminée de paroles, de même l’eau
est-elle bénite. Or, si de l’eau est mélangée
à l’eau bénite, l’ensemble est bénit. Si
donc un liquide pouvait être mélangé avec le vin
consacré, l’ensemble serait consacré, et ainsi ce liquide
deviendrait le sang du Christ sans la forme des paroles, ce qui est faux. |
|
[15646]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 arg. 3 Praeterea, humidorum permixtorum efficitur superficies
una. Si ergo illis speciebus aliquis liquor admisceatur, efficitur una
superficies liquoris advenientis et specierum praeexistentium. Sed
superficies liquoris est in subjecto, superficies autem specierum non est in
subjecto. Ergo eadem superficies erit in subjecto et non in subjecto; quod
est impossibile. |
3. Une seule surface résulte du mélange de
choses humides. Si donc un liquide est mêlé à ces
espèces, une seule surface résulte du liquide ajouté et
des espèces préexistantes. Or, la surface d’un liquide
existe dans un sujet, mais la surface des espèces n’existe pas
dans un sujet. La même surface existera donc dans un sujet et n’y
existera pas, ce qui est impossible. |
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[15647] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 arg. 4 Praeterea,
corpus Christi non est sub sacramento ex quo sub speciebus illis est alia
substantia. Sed si aliquis liquor subtilis, puta vinum vel aqua, admisceatur
illis speciebus, cum non contineatur propriis terminis, oportet quod diffluat
ad terminos dimensionum sub quibus erat corpus Christi. Ergo desinunt ibi
esse species: ergo corrumpuntur et non permiscentur. |
4. Le corps du Christ n’existe pas dans le
sacrement du fait que, sous ces espèces, existe une autre substance.
Or, si un liquide subtil, par exemple, du vin ou de l’eau, est
mélangé à ces espèces, puisqu’il
n’est pas contenu à l’intérieur de ses propres
limites, il est nécessaire qu’il se répande
jusqu’aux limites des dimensions sous lesquelles se trouvait le corps
du Christ. Les espèces cessent donc d’y exister ; elles
dont donc corrompues et ne sont pas mélangées. |
|
[15648] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 arg. 5 Praeterea,
sicut album et nigrum sunt differentiae coloris; ita magnum et parvum sunt
differentiae quantitatis, vel circa quantitatem. Sed idem color non est albus
et niger. Ergo neque eaedem dimensiones sunt magnae et parvae. Sed addito
aliquo liquore dimensiones illae efficiuntur magnae. Ergo non sunt eaedem
quae prius; ergo non permiscentur. |
5. De même que le blanc et le noir sont des
différences de la couleur, de même grand et petit sont des
différences de la quantité ou concernant la quantité.
Or, le blanc et le noir ne sont pas la même couleur. Les mêmes
dimensions ne deviennent donc pas non plus grandes et petites. Or, par
l’ajout d’un liquide, ces dimensions deviennent grandes. Elles ne
sont donc pas les mêmes que précédemment. Elles ne sont
donc pas mélangées. |
|
[15649]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 s. c. 1 Sed contra, secundum philosophum in 1 de generatione, ea
quae sunt divisibilia in minima, sunt bene permiscibilia. Sed ita est de
speciebus illis. Ergo et cetera. |
Cependant, [1] selon
le Philosophe, dans Sur la génération, I, les choses qui
sont divisibles en choses plus petites se mélangent bien. Or, il en
est ainsi de ces espèces. Donc, etc. |
|
[15650] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 s. c. 2 Praeterea,
majus est corrumpi quam permisceri. Sed species possunt corrumpi. Ergo
possunt permisceri. |
[2] Être corrompu est plus grand qu’être
mélangé. Or, ces espèces peuvent être corrompues.
Elles peuvent donc être mélangées. |
|
Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15651] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod agere
non est nisi rei per se subsistentis; et ideo neque materia agit neque forma,
sed compositum; quod tamen non agit ratione materiae, sed ratione formae,
quae est actus, et actionis principium. Et
quia quantitas se tenet ex parte materiae, et qualitas ex parte formae; ideo
quantitas non agit nisi mediante qualitate, quae est per se actionis
principium; unde qualitates sunt sensibiles primo, quantitates secundo. Quia
ergo in sacramento quantitates retinent eumdem modum essendi quem habebant
substantia panis existente, ideo habent eumdem modum agendi, ut immutent et
agant naturaliter sicut prius. Quantitatis enim, quae alium modum essendi
habet, quia non est in subjecto, non est agere nisi mediante qualitate. |
Agir n’est le fait que d’une chose qui
subsiste par elle-même. C’est pourquoi ni la matière ni la
forme n’agissent, mais le composé, qui cependant n’agit
pas en raison de la matière, mais en raison de la forme, qui est un
acte et un principe d’action. Et parce que la quantité se range
du côté de la matière et la qualité du
côté de la forme, c’est la raison pour laquelle la
quantité n’agit que par l’intermédiaire de la
qualité, qui est par soi principe d’action. Aussi les
qualités sont-elles sensibles en premier, et les quantités en
second. Puisque, dans le sacrement, les quantités gardent le
même mode d’existence qu’elles avaient alors
qu’existait la substance du pain, elles ont donc le même mode
d’agir, de sorte qu’elles changent et agissent naturellement
comme antérieurement. En effet, la quantité, qui possède
un autre mode d’être parce qu’elle n’existe pas dans
un sujet, ne peut agir que par l’intermédiaire de la
qualité. |
|
[15652] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod materia accidentis est proximum subjectum ejus;
proximum autem subjectum qualitatis corporalis est quantitas, ut superficies
coloris; et ideo qualitas quae est actionis principium, communicat quodammodo
in materia cum his quae sunt extra, quia quantitas hinc inde subesse
invenitur. |
1. La matière de l’accident est son sujet
rapproché ; mais le sujet rapproché de la qualité
corporelle est la quantité, comme la surface de la couleur.
C’est pourquoi, d’une certaine manière, la qualité,
qui est principe d’action, a en commun avec les choses
extérieures la matière, parce qu’on constate que la
quantité est sous-jacente aux deux. |
|
[15653]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod mathematici non solum
abstrahunt a materia, sed a sensibilibus accidentibus. Et quia dimensiones in
hoc sacramento non sunt separatae ab accidentibus sensibilibus; ideo non
solum habent tactum mathematicum sicut mathematica, sed etiam physicum: quia
ratione illorum accidentium possunt immutare et immutari. |
2. Les mathématiciens non seulement font
abstraction de la matière, mais des accidents sensibles. Et parce que,
dans ce sacrement, les dimensions ne sont pas séparées des
accidents sensibles, elles ont non seulement un contact mathématique,
comme en mathématique, mais aussi physique, car c’est en raison
de ces accidents qu’elles peuvent changer et être
changées. |
|
[15654] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod quantum ad immutationem accidentalem satis simile invenitur hinc inde:
quia sicut in sacramento non est albedo separata, sed album quod agit; ita
exterius per immutationem non fit albedo, sed aliquod album; et ita,
inquantum hujusmodi, passum in fine est simile. |
3. Pour ce qui est du changement accidentel, on trouve de
part et d’autre quelque chose d’assez semblable, car, de
même que n’existe pas dans le sacrement une blancheur
séparée, mais quelque chose de blanc qui agit, de même,
à l’extérieur, la blancheur n’est-elle pas produite
par un changement, mais quelque chose de blanc. Et ainsi, en tant que tel, ce
qui subit est finalement semblable. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15655] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod in actionibus naturalibus formae substantiales non sunt
immediatum actionis principium, sed agunt mediantibus qualitatibus activis et
passivis, sicut propriis instrumentis; ut dicitur in 2 de anima, quod calor
naturalis est quo anima agit; et ideo qualitates non solum agunt in virtute
propria, sed etiam in virtute formae substantialis. Unde actio earum non
solum terminatur ad formam accidentalem, sed etiam ad formam substantialem;
et propter hoc generatio est terminus alterationis. Hujusmodi autem virtutem
instrumentalem recipiunt eo ipso quo a principiis essentialibus causantur.
Unde sicut remotis substantiis remanet accidentibus idem esse secundum
speciem virtute divina, ita etiam remanet eis eadem virtus quae et prius; et
ideo, sicut ante poterant immutare ad formam substantialem, ita et nunc. |
Dans
les actions naturelles, les formes substantielles ne sont pas le principe
immédiat de l’action, mais elles agissent par
l’intermédiaire des qualités actives et passives comme
par leurs instruments propres. Ainsi, il est dit dans Sur
l’âme, II, que c’est par la chaleur naturelle que
l’âme agit. C’est pourquoi les qualités non
seulement agissent par leur puissance propre, mais aussi par la puissance de
la forme substantielle. Aussi leur action n’a pas comme terme la seule
forme accidentelle, mais aussi la forme substantielle. Pour cette raison, la
génération est le terme de l’altération. Mais [les
qualités] reçoivent cette puissance instrumentale par le fait
qu’elles sont causées par les principes essentiels. De sorte
que, de même qu’une fois les substances enlevées, les
accidents conservent le même être selon l’espèce par
la puissance divine, de même aussi demeure en elles la même
puissance qu’antérieurement. Comme elles pouvaient
réaliser un changement en vue de la forme substantielle, elles [le
peuvent] donc aussi maintenant. |
|
[15656] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod nos non ponimus omnino hujusmodi qualitates
separatas, sicut Plato ponebat formas naturales, cum ponamus pro subjecto id
quod erat proximum subjectum eorum primo; et ideo non est similis ratio hinc
inde. Tamen hic etiam generans non est omnino simile generato: quia generatum
est substantia, generans autem non. Sed hoc ideo contingit, quia, ut dictum
est, hujusmodi qualitates habent instrumentalem virtutem generandi. Generatum
autem non oportet quod assimiletur instrumento, sed principali generanti, ut
dicit Commentator in 11 Metaph.: quia instrumentum non agit virtute sua sed
alterius, et illi assimilat, non sibi; unde generatio hic assimilatur
substantiae quae prius erat. Plato autem formas separatas non ponebat instrumentalia
generantia, sed primas causas generationis et principales. |
1. Nous n’affirmons
pas que ces qualités sont complètement séparées,
comme Platon l’affirmait des formes naturelles, puisque nous donnons
comme sujet ce qui était d’abord leur sujet rapproché. Le
raisonnement n’est donc pas le même ici et là. Toutefois,
ce qui engendre ici n’est pas entièrement semblable à ce
qui est engendré, car ce qui est engendré est une substance,
mais ce qui engendre n’en est pas une. Or, cela se produit parce que,
ainsi qu’on l’a dit, ces qualités ont la puissance
instrumentale d’engendrer. Or, il n’est pas nécessaire que
ce qui est engendré soit assimilé à l’instrument,
mais à ce qui engendre de manière principale, comme le dit le
Commentateur, dans Métaphysique, XI, car l’instrument
n’agit pas par sa propre puissance, mais par celle d’un autre, et
il assimile à celui-ci, et non à celui-là. Aussi la
génération est-elle ici assimilée à une substance
qui existait antérieurement. Mais Platon n’affirmait pas que les
formes séparées sont ce qui engendre de manière
instrumentale, mais qu’elles sont les causes premières et
principales de la génération. |
|
[15657] Super Sent., lib. 4 d. 12 q.
1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod propria virtute nihil agit
ultra suam speciem: sed virtute alterius, cujus est instrumentum, potest
agere ultra speciem suam, sicut serra agit ad formam scamni. |
2. Rien n’agit par sa
propre vertu au-delà de sa propre espèce, mais, par la
puissance d’un autre, dont il est l’instrument, il peut agir
au-delà de sa propre espèce, comme la scie agit en vue de la
forme de l’escabeau. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15658] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod unaquaeque res
habet proprium esse suae speciei. Non enim esse in omnibus est unius speciei,
sicut nec animalitas est unius speciei in omnibus animalibus, nec humanitas
eadem numero in omnibus hominibus, sicut et unaquaeque res habet propriam
actionem. Unde sicut in qualitatibus quae
remanent in sacramento, remanet actio conformis actioni substantiae prius
existentis; ita etiam esse subsistens quod convenit dimensionibus
remanentibus, est conforme illi esse quod prius substantia panis habebat.
Unde sicut qualitas facit eamdem actionem quam prius faciebat, substantia
panis et vini existente; ita esse, in quo dimensiones subsistunt, tollitur
eisdem passionibus quibus antea tolleretur, eadem substantia existente; et
propter hoc eodem modo corrumpuntur accidentia remanentia, sicut et prius
corrumpi poterant. Prius autem corrumpi poterant dupliciter. Uno modo manente
substantia subjecti, per aliquam accidentalem mutationem: sicut ex parte
qualitatum secundum aliquam alterationem vinum saporem vel colorem mutare
poterat; et ita color qui prius erat, aut sapor, corrumpebatur; sed quantitas
praedicto modo non poterat corrumpi per motum in quantitate, scilicet
augmentum, quia vinum et panis non sunt corpora animata, quae possunt esse
subjectum augmenti et diminutionis, sed per additionem vel divisionem: quia
secundum philosophum in 3 Metaph., in additione quantitatis ad quantitatem
una quantitas esse incipit duabus esse desinentibus, et e contrario est in
divisione. Alio modo per corruptionem substantiae: quae quidem contingit ex
transmutatione accidentium, et ex parte qualitatum: quia sicut generatio, ita
et corruptio est terminus alterationis; et ex parte quantitatis: quia cum
unaquaeque res naturalis habeat quantitatem determinatam, intantum poterit
divisio fieri quod species non remanebit. Unde etiam in hoc sacramento
aliquando aliqua alteratione facta in qualitatibus, adhuc manet esse illud
dimensionum conforme substantiae praecedenti; et tunc ratione ipsius
corruptionis accidentium non desinit esse corpus Christi sub sacramento.
Aliquando autem alteratio ad terminum venit, et tunc esse praedictum
tollitur, et sic desinit esse sacramentum. Et similiter ex parte quantitatis:
quia si fiat divisio in partes tantae quantitatis quae sufficiat ad speciem
panis vel vini; sunt quidem aliae dimensiones, quia partes continui, quae
erant potentia, fiunt actu; sed esse conforme substantiae praeexistenti
manet, et ideo adhuc est sacramentum. Si autem quantitas partium ad hoc non
sufficiat, utrumque esse desinet, et dimensio et esse praedictum; et ideo corpus
Christi desinit esse sub sacramento. |
Chaque chose a l’être propre de son
espèce. En effet, l’être ne relève pas en toutes
choses d’une seule espèce, comme l’animalité
relève d’une seule espèce chez tous les animaux, ni
l’humanité n’est-elle la même en nombre chez tous
les hommes, comme chaque chose possède son action propre. De
même donc que, dans les qualités qui demeurent dans le
sacrement, l’action conforme à l’action de la substance
qui existait d’abord demeure, de même aussi l’être
subsistant qui convient aux dimensions qui demeurent est-il conforme à
l’être que possédait antérieurement la substance du
pain. De même donc que la qualité produit la même action
qu’elle produisait d’abord, de même l’être,
dans lequel les dimensions demeurent, est-il enlevé par les
mêmes passions par lesquelles il était enlevé auparavant,
alors que la même substance demeurait. Pour cette raison, les accidents
qui demeurent sont corrompus de la même manière dont ils
pouvaient être corrompus antérieurement. Or, ils pouvaient
antérieurement être corrompus de deux manières.
D’une manière, alors que la substance du sujet demeurait, par un
changement accidentel, comme, dans le cas des qualités, lorsque le vin
pouvait changer de saveur ou de couleur par une certaine
altération ; mais la quantité ne pouvait être
corrompue de la manière dite par un mouvement à
l’intérieur de la quantité, à savoir, par une
augmentation, car le vin et le pain ne sont pas des corps animés, qui
peuvent être le sujet d’une augmentation et d’une diminution,
mais par addition ou division. En effet, selon le Philosophe, dans
Métaphysique, III, par l’additon d’une quantité
à une quantité, une quantité commence à exister,
alors que deux [quantités] cessent, et c’est le contraire pour
la division. D’une autre manière, par la corruption de la
substance, ce qui se produit par la transformation des accidents et du
côté des qualités. En effet, de même que la
génération, la corruption aussi est le terme d’une altération.
Dans le cas aussi de la quantité : puisque toutes les choses
naturelles ont une quantité déterminée, on pourra
pratiquer une division jusqu’à ce que l’espèce ne
demeure plus. Aussi, même dans ce sacrement, à la suite
d’une altération des qualités, demeure l’être
des dimensions conforme à la substance précédente ;
et alors, en raison de la corruption même des accidents, le corps du
Christ ne cesse pas d’exister dans le sacrement. Mais parfois,
l’altération va jusqu’au terme, et alors
l’être en question est enlevé ; le sacrement cesse
alors d’exister. Et il en va de même du côté de la
quantité, car si on pratique une division en parties qui ont une
quantité suffisante pour l’espèce du pain et du vin, ce
sont à la vérité d’autres dimensions, car les
parties d’un continu, qui existaient en puissance, deviennent en acte.
Mais l’être conforme à la substance préexistante
demeure. C’est pourquoi il y a encore sacrement. Mais si la
quantité des parties n’y suffit pas, les deux cessent
d’exister : la dimension et l’être dont il a
été question. C’est pourquoi le corps du Christ cesse
d’exister dans le sacrement. |
|
[15659] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod forma dicitur esse invariabilis, quia non est
variationis subjectum; tamen per variationem tollitur, sicut patet in alteratione
et augmento; et ita largo modo dicuntur corrumpi, prout omne quod esse
desinit, dicitur corrumpi. |
1. La forme est dite invariable parce qu’elle
n’est pas le sujet de la variation. Toutefois, elle est enlevée
par la variation, comme cela ressort clairement dans
l’altération et l’augmentation. On dit ainsi au sens large
qu’elle est corrompue pour autant qu’on appelle corrompu tout ce
qui cesse d’être. |
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[15660] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod dimensiones, quae sunt proximae dispositiones
materiae, retinent in hoc sacramento vicem materiae; et ideo se habent ad
esse in quo subsistunt sicut materia ad formam substantialem, et ipsae
subsunt sicut subjectum accidentibus; et hoc modo corruptionis principium
esse possunt, sicut et materia esset. Ipsae etiam partes dimensionum, cum
sint in potentia, habent quamdam rationem materiae ratione totius
dimensionis; et ideo ex parte earum accidit corruptio aliqua in tota
dimensione per divisionem. |
2. Les dimensions, qui sont les dispositions
rapprochées de la matière, jouent le rôle de
matière dans ce sacrement. C’est pourquoi elles ont par rapport
à l’être où elles subsistent le rôle de la
matière par rapport à la forme substantielle, et elles lui sont
soumises comme le sujet par rapport aux accidents. Elles peuvent ainsi
être le principe de la corruption, comme le serait la matière.
Et les parties mêmes des dimensions, puisqu’elles sont en
puissance, ont une certaine raison de matière en regard de la
dimension totale. C’est pourquoi une corruption survient de leur
côté dans la dimension totale par la division. |
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[15661]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod species sic remanere miraculosum
est; sed quod sic remanentes corrumpantur, est naturale; sicut miraculosum
est quod caecus visum recipiat; sed quod jam visu recepto videat, est
naturale. Remanet enim quidam compositionis modus in accidentibus istis, dum
quantitas retinet rationem materiae, et qualitas rationem formae, ut dictum
est. |
3. Le fait que les espèces demeurent de cette
manière est miraculeux, mais que les espèces qui demeurent
soient corrompues est naturel, comme est miraculeux le fait que
l’aveugle reçoive la vision, mais est naturel le fait qu’il
voie après avoir reçu la vision. En effet, un certain mode de
composition demeure dans ces accidents, alors que la quantité garde la
raison de matière et la qualité, la raison de forme, comme on
l’a dit. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15662] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam
quaestionem dicendum, quod quidam dicunt, quod quamvis illae species possint
corrumpi et putrefieri, tamen ex tali putrefactione vel corruptione non
generantur vermes, vel aliquid hujusmodi. Sed hoc nihil est. Constat enim
quod accidentia quando corrumpuntur, non hoc modo desinunt ut dispareant
omnino, ac si totaliter annihilarentur; sed succedit illis accidentibus
aliquid sensibile; et hoc oportet esse de novo generatum. Nec est
differentia, quidquid sit illud, utrum sit vermis, vel cinis, vel aliquid
hujusmodi; quia similis difficultas est de omnibus. Et ideo alii dixerunt,
quod substantia panis ibi remanet, ex qua materialiter aliqua generari
possunt. Sed haec opinio supra improbata est. Et ideo alii dixerunt, quod ex
mutua actione accidentium sacramenti ad corpora circumstantia generantur
vermes ex aere continente. Sed hoc non videtur esse verum; quia accidentia
illa non habent ibi aliam actionem quam haberent si substantia remansisset;
sed quando substantia erat, non poterant vermes ex aere generari, vel cinis,
per talem actionem; unde nec modo. Et praeterea, sensibiliter apparet quod in
illo loco ubi fuit corpus Christi, est illud quod generatur; et ibidem
alteratio praecedens apparet. Aer autem ante ultimum instans corruptionis
specierum non erat in loco illo; quia sic subintrasset dimensiones sub quibus
erat corpus Christi; quod est impossibile. Nec etiam movebatur ad locum
illum, quia quietus forte manebat. Unde
sequitur quod totus motus aeris, et alteratio ipsius et corruptio, et
generatio vermium aut cineris, sit in eodem instanti; quod est impossibile.
Et praeterea idem accideret, si corpus Christi conservaretur inter aliqua
corpora solida quae non subintraret aer, et non appareret aliqua mutatio
facta in corporibus solidis circumstantibus. Et praeterea, si corpus Christi
in magna quantitate consecratum esset, idem posset accidere; et tanta
inspissatio aeris non posset de facili accidere sine sensibili ipsius
immutatione. Et ideo alii dicunt, quod peracto sacramento, redit substantia
panis sub speciebus quae prius suberat, et ex illa generantur vermes, vel
aliquid hujusmodi. Sed hoc non potest esse. Quamdiu enim est ibi corpus
Christi, non redit substantia panis; quia sic esset corpus Christi sub
speciebus cum substantia panis; quod est tertia opinio, quae non sustinetur.
Quamdiu autem sunt ibi species, manet sub speciebus corpus Christi; unde
quamdiu manent species, substantia panis non redit; remotis autem speciebus
illis, jam non est ibi substantia panis, sed vermium vel cineris, vel
alicujus hujusmodi. Nunquam enim est substantia panis sine speciebus panis;
unde substantia panis non redit. Nisi forte dicatur redire quo ad materiam
tantum, quia illa eadem materia quae prius erat sub forma panis, postmodum
fit sub forma cineris, vel alicujus hujusmodi; et hoc posset stare cum
secunda opinione prius tacta quantum ad hoc quod ponebat substantiam panis in
praejacentem materiam resolvi; quod stare non potest, ut supra probatum est. Sed quantum ad aliam
partem, quae ponebat quod annihilaretur, non potest stare; quia quod in
nihilum redactum est, non potest iterum idem numero sumi. Sed quantum ad
primam opinionem, quae communiter sustinetur, omnino stare non potest; quia
quod conversum est in alterum, non potest redire, nisi alterum in ipsum
convertatur; substantia autem panis conversa est in corpus Christi; et haec
substantia, scilicet panis, facta est illa, scilicet corporis Christi, ut ex
praedictis patet; unde non potest esse quod substantia panis redeat neque
quantum ad totum neque quantum ad partem, nisi corpus Christi e converso convertatur
in substantiam panis, quod est impossibile. Et ideo impossibile est dicere
quod substantia panis redeat neque secundum totum neque secundum partem; si
redire proprie sumatur, ut sit idem numero quod redit. Si autem materia panis redire
dicatur, non quia eadem numero redeat, sed alia ejusdem rationis; tunc
oportebit dicere, quod illa alia materia de novo creatur. Et forte hoc
intellexerunt qui dixerunt substantiam panis redire; unde satis probabiliter
per hunc modum opinio sustineri potest, ut dicatur, quod ad hoc Deus materiam
creat, ne sacramentum deprehendatur, et sic fides meritum perdat. Nec tamen
materia corporalis in principio creata augetur; quia quantum de materia
conversum fuit in substantiam corporis Christi, tantum de materia creatur
nunc de novo. Potest tamen et aliter dici, quod illae species sicut habent ex
hoc quod subsistunt, quod possunt agere quidquid poterant substantiis panis
et vini existentibus; ita habent ut possint converti in quidquid converti poterant
substantiae praeexistentes, quod sic intelligi potest. Sicut enim Commentator
dicit in 1 Phys., et in Lib. de substantia orbis, in materia generabilium et
corruptibilium oportet intelligere dimensiones interminatas ante adventum
formae substantialis; alias non posset intelligi divisio materiae, ut in
diversis partibus materiae diversae formae substantiales essent. Hujusmodi autem dimensiones post adventum formae
substantialis accipiunt esse terminatum et completum. Quidquid autem
intelligitur in materia ante adventum formae substantialis, hoc manet idem
numero in generato et in eo ex quo generat; quia remoto posteriori oportet
remanere prius; dimensiones autem illae interminatae se habent ad genus
quantitatis sicut materia ad genus substantiae. Unde sicut in quolibet
completo in genere substantiae est accipere materiam, quae est ens
incompletum in genere illo; ita in dimensionibus completis, quae sunt in hoc
sacramento, est accipere dimensiones incompletas; et his mediantibus materia
panis formam reciperet ejus quod ex pane generaretur, pane non converso in
corpus Christi; unde sicut dimensionibus illis est datum ut substent et
subsint et illi esse quod est conforme esse priori substantiae, et
terminationi quantitatis, et omnibus aliis accidentibus; ita etiam datur eis
ut possint subesse alteri formae naturali, et aliis accidentibus; quia de
natura sua non habent ut subsint tantum accidenti, sed etiam formae
substantiali, ut dictum est; et tunc vel ex consequenti adveniet etiam materia
propter concomitantiam naturalem formae ad materiam, sicut propter
concomitantiam naturalem animae Christi ad corpus, erat anima sub sacramento;
et hoc quodammodo redit in primum dictum, ut scilicet materia de novo fiat;
vel ipsi dimensioni virtute divina dabitur natura materiae propter
propinquitatem ad ipsam, ut sic illud generatum sit compositum ex materia et
forma. |
Certains disent que, bien que ces espèces puissent
être corrompues et putréfiées, des vers et quelque chose
de ce genre ne sont pas engendrés par une telle putréfaction ou
corruption. Mais cela n’est rien. En effet, il est sûr que les
accidents, lorsqu’ils sont corrompus, ne cessent pas au point de
disparaître complètement, comme s’ils étaient
totalement anéantis, mais que leur succède quelque chose de
sensible ; et il est nécessaire que cela soit nouvellement
engendré. Et ce que cela est : vers, cendre ou quelque chose
de ce genre, ne fait pas de différence, car la difficulté est
la même pour tous. C’est pourquoi d’autres ont dit que la
substance du pain y demeure, à partir de laquelle certaines choses
peuvent être engendrées. Mais cette opinion a été
réfutée plus haut. C’est pourquoi d’autres ont dit
que, par l’action réciproque des accidents du sacrement sur les
corps qui l’entourent, des vers sont engendrés à partir
de l’air qui les contient. Mais cela ne paraît pas être
vrai, car ces accidents n’y ont pas l’action qu’ils
auraient si la substance était demeurée. Or, lorsque la
substance existait, des vers ou de la cendre ne pouvaient pas être
engendrés à partir de l’air par une telle action. [Cela
ne se peut donc] pas non plus maintenant. De plus, il est sensiblement
manifeste que là où existait le corps du Christ, se trouve ce
qui est engendré, et qu’au même endroit, apparaît
l’altération précédente. Or, l’air ne se
trouvait pas dans ce lieu avant l’ultime instant de la corruption des
espèces, car, alors, il se serait infiltré sous les dimensions
sous lesquelles existait le corps du Christ, ce qui est impossible. Il
n’était pas non plus déplacé vers ce lieu, car il
demeurait peut-être calme. Il en découle donc que tout le
mouvement de l’air, l’altération et la corruption de
celui-ci et la génération de vers et de cendre se produisent
dans le même instant, ce qui est impossible. De plus, la même
chose se produirait si le corps du Christ était conservé parmi
des corps solides qui ne s’infiltrent pas dans l’air, et
qu’aucun changement dans les corps solides environnants
n’apparaissait. De plus, si le corps du Christ avait été
consacré en grande quantité, la même chose pourrait se
produire, et un si grand apport d’air ne pourrait pas facilement se
produire sans un changement sensible de celui-ci. C’est pourquoi
d’autres disent qu’une fois le sacrement accompli, la substance
du pain retourne sous les espèces qu’il avait
précédemment et que les vers et les choses de ce genre sont
engendrés à partir d’elle. Mais cela n’est pas
possible. En effet, aussi longtemps qu’existe là le corps du
Christ, la substance du pain ne revient pas, car alors le corps du Christ
existerait sous les espèces en même temps que la substance du
pain, ce qui est la troisième opinion qui n’est pas
acceptée. Mais, aussi longtemps que les espèces existent, le
corps du Christ demeure sous les espèces ; par conséquent,
aussi longtemps que demeurent les espèces, la substance du pain ne
revient pas ; mais, une fois ces espèces enlevées, il
n’y a pas là la substance du pain, mais celle des vers ou de la
cendre ou de quelque chose de ce genre. À moins peut-être que
l’on parle de «revenir» pour ce qui est de la
matière seulement, car cette même matière qui existait
précédemment sous la forme du pain passe par la suite à
la forme de la cendre ou de quelque chose du genre. Et cela pourrait
être acceptable selon la deuxième opinion abordée plus
haut, dans la mesure où elle affirmait que la substance du pain
était ramenée à la matière antérieurement
sous-jacente, ce qui ne peut être le cas, comme on l’a
démontré plus haut. Mais, de l’autre point de vue, qui
affirmait que cela serait annihilé, cela est insoutenable, car la
même chose en nombre qui a été ramenée au
néant ne peut être de nouveau reçue. Mais, en ce qui
concerne la première opinion qui est généralement acceptée,
elle ne peut pas du tout être acceptée, car, ce qui a
été converti en autre chose ne peut revenir, à moins que
l’autre ne soit converti en lui. Or, la substance du pain a
été convertie au corps du Christ, et cette substance du pain
est devenue celle-ci, à savoir, le corps du Christ, comme cela ressort
clairement de ce qui a été dit plus haut. Aussi est-il
impossible que la substance du pain revienne ni en totalité ni en
partie, à moins que le corps du Christ ne soit converti en sens
contraire en la substance du pain, ce qui est impossible. C’est
pourquoi il est impossible de dire que la substance du pain revient ni en
totalité ni en partie, si l’on entend «revenir» au
sens propre, à savoir que ce soit la même chose
numériquement qui revient. Mais si l’on dit que la matière
du pain revient, non pas parce qu’elle revient identique en nombre,
mais parce qu’il s’agit d’une autre de même nature,
alors il faudra dire que cette autre matière est créée
de nouveau. Peut-être est-ce cela qu’ont compris ceux qui ont dit
que la substance du pain revient. Aussi est-il assez probable que cette
opinion puisse être soutenue de cette manière : on dit
alors que Dieu crée une matière pour que le sacrement ne soit
pas reçu, et ainsi la foi perd son mérite. Cependant, la
matière corporelle créée à l’origine ne
serait pas augmentée, car la même quantité de
matière qui a été convertie en la substance du corps du
Christ est créée de nouveau. Toutefois, on peut parler
autrement : de même que ces espèces, du fait qu’elles
subsistent, peuvent faire tout ce qu’elles pouvaient faire alors que
les substances du pain et du vin existaient, de même peuvent-elles
être converties en tout ce en quoi elles pouvaient être
converties alors que les substances préexistaient, ce qui peut ainsi
se comprendre. En effet, comme le dit le Commentateur dans Physique, I et dans
le Livre sur la substance du monde, il faut comprendre que les dimensions ne
sont pas limitées avant l’arrivée de la forme
substantielle, autrement on ne pourrait comprendre la division de la
matière selon laquelle diverses formes substantielles se trouveraient
dans diverses parties de la matière. Or, les dimensions de cette sorte
reçoivent, après l’arrivée de la forme
substantielle, un être précis et complet. Or, tout ce
qu’on inclut dans la matière avant l’arrivée de la
forme substantielle demeure identique en nombre dans ce qui est
engendré et dans ce à partir de quoi il engendre. En effet, si
l’on enlève ce qui suit, il faut que ce qui
précède demeure. Or, ces dimensions sans limites ont avec le
genre de la quantité le même rapport que la matière avec le
genre de la substance. Par conséquent, de même que, dans tout ce
qui est complet dans le genre de la substance, il faut inclure la
matière, qui est un être incomplet dans ce genre, de même,
pour les dimensions incomplètes, qui existent dans ce sacrement,
faut-il inclure les dimensions incomplètes. Et, par
l’intermédiaire de celles-ci, la matière du pain
recevrait la forme de ce qui est engendré à partir du pain,
alors que le pain n’est pas converti en corps du Christ. De même
donc qu’il a été donné à ces dimensions
d’être sous-jacentes et de subsister, et à cet être,
ainsi qu’à la détermination de la quantité et
à tous les autres accidents, d’avoir la même forme
antérieure de la substance, de même aussi leur est-il
donné, ainsi qu’aux autres accidents, de pouvoir être
sous-jacentes à une autre forme naturelle. En effet, par leur nature
même, elles ne peuvent être sous-jacentes à un accident
seulement, mais aussi à la forme substantielle, comme on l’a
dit. Et alors, il en découlerait que la matière aussi, en
raison de la concomitance naturelle de la forme avec la matière, comme
en raison de la concomitance naturelle de l’âme du Christ avec
son corps, était l’âme dans ce sacrement. D’une
certaine manière, cela revient à ce qui a été dit
en premier lieu, à savoir que la matière est
créée de nouveau ; ou bien, la nature de la matière
sera donnée à la dimension elle-même par la puissance
divine en raison de sa proximité par rapport à celle-ci, de
sorte que ce qui est engendré soit composé de matière et
de forme. |
|
[15663] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod secundum penultimam opinionem species illae penitus cedunt in
nihil; sed substantia praedicto modo redeunte generatur illud quod succedit.
Nec dicitur generari ex speciebus secundum quod ly ex dicit causam materialem,
sed solum secundum quod dicit ordinem, ut ex mane fit meridies, idest post.
Sed secundum aliam opinionem illud totum demonstratum sensibile in sacramento
habebat aliquid (scilicet partem sui) simile materiae, scilicet dimensiones interminatas;
et illud non cedit in nihil, sed remanet sicut et remaneret, si substantia
panis esset. |
1. Selon
l’avant-dernière opinion, ces espèces tombent
entièrement dans le néant, mais, alors que la substance revient
de la manière dite, ce qui succède est engendré. On ne
dit pas que cela est engendré à partir des espèces selon
que «à partir de» indique la cause matérielle, mais
seulement que cela indique un ordre; ainsi, le midi vient du matin,
c’est-à-dire après le matin. Mais, selon une autre
opinion, ce tout sensible montré dans le sacrement possédait
quelque chose (c’est-à-dire une partie de lui-même)
semblable à la matière, à savoir, des dimensions sans
limites, et cela ne tombe pas dans le néant, mais demeure, comme cela
demeurerait s’il s’agissait de la substance du pain. |
|
[15664] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod hoc non est remotum quin Deus possit mutare corpus in spiritum; et tamen
quantum ad aliquid dimensiones interminatae magis sunt propinquae materiae
corporali quam corpus spiritui. |
2. Il n’est pas
exclu que Dieu puisse changer le corps en esprit. Toutefois, sous un aspect,
les dimensions sans limites sont plus proches de la matière corporelle
que le corps de l’esprit. |
|
[15665] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 4 ad 3 Ad tertium dicendum, quod sicut quando aer
convertitur in ignem, non dicitur quod materia aeris fiat duo, scilicet
materia ignis et forma ignis; sed unum tantum, quod fit ignis; ita etiam
dimensiones illae non dicuntur fieri duo, sed unum tantum, scilicet materia
sic dimensionata; et hoc fit divina virtute. |
3. Lorsque l’air
est converti en feu, on ne dit pas que la matière de l’air
devient deux choses, à savoir, la matière du feu et la forme du
feu, mais une seule chose, qui devient le feu. De la même
manière, on ne dit pas que ces dimensions deviennent deux choses, mais
une seule chose seulement, à savoir, la matière ainsi
dimensionnée. Et cela est réalisé par la puissance
divine. |
|
[15666] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod secundum quamlibet positionem oportet ponere aliquid in hac generatione
esse miraculosum, et aliquid naturale; reditus enim substantiae, vel creatio
materiae, vel conversio dimensionum in materia, est miraculosum; sed quod
materia jam existens recipiat talem formam, cujus dispositiones praecesserunt
in dimensionibus, hoc est naturale. |
4. Selon toutes les
positions, il faut affirmer que quelque chose est miraculeux et quelque chose
est naturel dans cette génération. En effet, le retour de la
substance [du pain], la création de la matière, la conversion
des dimensions en matière sont miraculeux. Mais le fait que la
matière déjà existante reçoive une telle forme,
dont des dispositions ont précédé dans les dimensions,
cela est naturel. |
|
Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
|
[15667] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 5 co. Ad quintam
quaestionem dicendum, quod quidam dixerunt quod species illae non nutriunt,
sed reficiunt et inebriant ex sola immutatione accidentali, sicut aliqui
inebriantur odore vini, et reficiuntur et famem amittunt ex sapore et odore.
Sed hoc non potest esse; quia talis immutatio quamvis ad horam reficiat,
tamen sustentare non potest; quod tamen facerent species illae, si in magna
quantitate sumerentur. Et ideo alii dixerunt, quod remanet forma
substantialis panis, et illa habet eamdem operationem quam habebat panis, et
ideo nutrit sicut panis nutriret. Sed hoc non potest esse; quia operatio
formae non est pati, sed agere; nutrimentum autem non nutrit, nisi ex hoc
quod convertitur in substantiam nutriti; et ideo nutrit secundum quod ex eo
aliquid generatur; quod non potest dici de forma. Et ideo dicendum est, quod
cum generari aliquid ex illis speciebus possit per modum praedictum, eodem
modo et nutrire possunt. |
Certains ont dit que ces espèces ne nourrissent
pas, mais restaurent et enivrent par un changement accidentel seulement,
comme certains sont enivrés par l’odeur du vin et sont
restaurés et perdent la faim par la saveur et par l’odeur. Mais
cela est impossible, car un tel changement, bien qu’il restaure sur le
coup, ne peut cependant sustenter, ce que feraient ces espèces si
elles étaient prises en grande quantité. C’est pourquoi d’autres
ont dit que la forme de la substance du pain demeure et que celle-ci
possède la même action que le pain avait ; c’est
pourquoi elle nourrit comme le pain nourrirait. Mais cela est impossible, car
l’opération de la forme n’est pas de subir, mais d’agir.
Or, la nourriture ne nourrit que par le fait qu’elle est convertie en
la substance de celui qui est nourri. C’est pourquoi elle nourrit du
fait que quelque chose est engendré à partir d’elle, ce
qu’on ne peut dire de la forme. Il faut donc dire que, puisque quelque
chose peut être engendré à partir de ces espèces
de la manière qu’on a dite plus haut, elles peuvent aussi
nourrir de la même manière. |
|
[15668] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod hoc quod dicitur, quod cibus iste non transit in
corpus, intelligendum est quantum ad rem contentam sub sacramento, scilicet
verum corpus Christi, quod non mutatur in manducantem, sed ipsum in se mutat
spiritualiter. Sed species in corpus comedentis convertuntur, sicut et in
aliquod aliud corpus converti possunt, ut dictum est. |
1. Ce qu’on dit,
à savoir que la cette nourriture ne passe pas par le corps, doit
s’entendre de la réalité contenue dans le sacrement,
à savoir, le corps véritable du Christ, qui n’est pas
changé en celui qui [le] mange, mais qui change celui-ci en
lui-même spirituellement. Mais les espèces sont converties au
corps de celui qui [les] mangent, comme elles peuvent être converties
en un autre corps, ainsi qu’on l’a dit. |
|
[15669] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 5 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod accidentia manentia in suo esse accidentali non nutriunt, sed eo modo
quo in aliud convertuntur, vel aliud sub eis creatur vel redit. |
2. Les accidents qui
demeurent selon leur être accidentel ne nourrissent pas, mais selon la
manière dont ils sont convertis en autre chose ou selon que quelque
chose d’autre est créé ou revient en eux. |
|
[15670] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod illa nutritio non est omnino secundum ordinem naturae, ut dictum est; et
ideo talis manducatio jejunium non solvit. |
3. Cette nutrition
n’est pas en tout conforme à l’ordre de la nature, comme
on l’a dit. C’est pourquoi une telle manducation ne rompt pas le
jeûne. |
|
Quaestiuncula 6 |
Réponse à la sous-question 6 |
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[15671] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 6 co. Ad sextam quaestionem dicendum, quod quidam dicunt,
quod quicumque liquor addatur speciebus vini in quantacumque quantitate,
statim desinit ibi esse corpus Christi; quia dimensiones illae non manent
eaedem, et iterum liquor additus per totum diffunditur. Unde cum corpus
Christi non sit sub speciebus cum alio corpore, oportet quod in toto desinat
esse corpus Christi. Sed haec positio non potest stare. Constat enim quod corpus Christi manet quamdiu illa
accidentia manent; illa autem accidentia non corrumpuntur aliter quam ut
corrumperetur substantia panis et vini. Constat autem quod ex parvo liquore
addito non destrueretur vinum, et ideo nec species vini remanentes. Rationes
enim praedictae non cogunt. Primo, quia non quaelibet dimensionum distinctio
tollit sacramentum; sicut enim additio, ita et divisio facit aliam
dimensionem, ut ex dictis patet per philosophum. Divisio autem non tollit
veritatem sacramenti, ut patet in pane qui frangitur; unde nec additio; quia
illa varietas dimensionum quam facit talis additio et divisio, est quantum ad
determinationem ipsarum, non quantum ad indeterminatum esse earum, secundum
quod competit eis subsistere; neque quantum ad esse quo subsistunt conformes
substantiae praecedenti. Similiter etiam parvus liquor constat quod non
potest diffundi per omnes dimensiones; nisi rarefieret et transmutaretur in
aliam speciem. Unde non oportet quod occupet omnes dimensiones. Et ideo
aliter dicendum, quod hoc modo admiscetur liquor quicumque speciebus illis,
sicut admisceretur substantiae vini. Liquor autem additus si esset aequalis
quantitatis vel majoris, pertingeret ad omnes dimensiones vini; et sic si
esset alterius speciei, faceret aliam speciem liquoris mediam; si autem esset
ejusdem speciei, vinum faceret aliud vinum secundum numerum, maxime quantum
ad accidentia. Si autem liquor additus esset minoris quantitatis, non posset
pertingere ad omnes dimensiones totius vini, sed ad aliquas, et illas
immutaret altero dictorum modorum; et forte immutaretur secundum speciem, si esset
alterius speciei. Constat autem quod in hoc sacramento non manet corpus
Christi nisi quamdiu illae species manent eaedem numero; et ideo si apponatur
parvus liquor, corrumpet partem specierum, et sub illa parte desinit esse
corpus Christi; non enim est probabile quod una gutta aquae per totum scyphum
diffundatur. Si autem addatur in magna quantitate, sic corrumpet species
secundum totum; et ita totaliter desinit ibi esse corpus Christi. |
Certains disent que, quel que soit le liquide
ajouté aux espèces du vin, en quelque quantité que ce
soit, le corps du Christ cesse de s’y trouver, car ces dimensions ne
demeurent pas les mêmes et le liquide ajouté se répand
dans le tout. Puisque le corps du Christ ne se trouve pas sous les
espèces avec un autre corps, il faut donc que le corps du Christ cesse
complètement d’exister. Mais cela ne peut pas être le cas.
En effet, il est certain que le corps du Christ demeure aussi longtemps que
ces accidents demeurent. Or, ces accidents ne sont pas corrompus autrement
que par la corruption de la substance du pain et du vin. Or, il est certain
que le vin ne serait pas détruit par une petite addition de liquide,
et donc ni les espèces du vin qui demeurent. En effet, les raisons
données plus haut ne sont pas contraignantes. Premièrement,
parce que ce n’est pas n’importe quelle distinction des
dimensions qui enlève le sacrement, car, de même que
l’addition, de même la division produit une autre dimension,
comme cela ressort de ce que dit le Philosophe. Or, la division
n’enlève pas la vérité du sacrement, comme cela
ressort clairement pour le pain qui est rompu. Donc, pas davantage
l’addition, car cette différence des dimensions que produisent
l’addition et la division porte sur leur détermination, et non
sur leur être indéterminé, selon lequel il leur revient
de subsister. [Elles ne portent] pas non plus sur l’être par
lequel elles subsistent avec la même forme que la substance
précédente. De même, il est certain qu’un peu de
liquide ne peut se répandre dans toutes les dimensions, à moins
de devenir rare et d’être transformé en une autre
espèce. Il n’est donc pas nécessaire qu’il occupe
toutes les dimensions. C’est pourquoi il faut parler autrement :
tout liquide sera mélangé à ces espèces comme il
serait mélangé à la substance du vin. Or, le liquide
ajouté, s’il était de quantité égale ou
plus grande, atteindrait toutes les dimensions du vin : ainsi,
s’il était d’une autre espèce, il produirait une
autre espèce de liquide intermédiaire ; mais s’il
était de la même espèce, il produirait un autre vin en
nombre, surtout pour ce qui est des accidents. Mais si le liquide
était de moindre quantité, il ne pourrait atteindre toutes les
dimensions de tout le vin, mais certaines, et il changerait celles-ci selon
un des modes mentionnés ; et peut-être le changerait-il
selon l’espèce, s’il était d’une autre
espèce. Or, il est certain que, dans ce sacrement, le corps du Christ
ne demeure qu’aussi longtemps que ces espèces demeurent les mêmes
en nombre. C’est pourquoi, si l’on ajoute un peu de liquide, il
corrompra une partie des espèces, et le corps du Christ cesse
d’exister dans cette partie : en effet, il n’est pas
probable qu’une seule goutte d’eau se répande dans toute
une coupe. Mais si on l’ajoute en grande quantité, il corrompra
l’ensemble des espèces, et ainsi le corps du Christ cesse
complètement d’exister. |
|
[15672] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod philosophus intelligit de accidente cujus
subjectum est substantia, quod ei non permiscetur; sic autem non est in
proposito. |
1. Le Philosophe parle de l’accident dont le sujet
est la substance : il ne sera pas mêlé à elle. Ce
n’est pas ce qui est visé ici. |
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[15673] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 2 qc. 6 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in aqua benedicta non fit
aliqua mutatio substantialis ipsius aquae, sicut est in hoc sacramento, sed
acquiritur ei virtus aliqua ex benedictione; ideo illa virtus potest pervenire
ad aquam additam. Sed in hoc sacramento vinum convertitur substantialiter in
aliud virtute verborum; et ideo non oportet quod vinum additum
substantialiter etiam convertatur in sacramentum; sed potest esse quod
convertatur in vinum virtute accidentium vini quae remanent, ut dictum est. |
2. Dans l’eau bénite, un changement
substantiel de l’eau même n’est pas réalisé,
comme c’est le cas pour ce sacrement, mais elle acquiert une certaine
puissance en vertu de la bénédiction. C’est pourquoi
cette puissance peut atteindre l’eau bénite. Mais, dans ce
sacrement, le vin est converti substantiellement en autre chose par la
puissance des paroles. C’est pourquoi il n’est pas
nécessaire que le vin ajouté soit aussi substantiellement
converti au sacrement, mais il peut arriver qu’il soit converti en vin
en vertu des accidents du vin qui demeurent, comme on l’a dit. |
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[15674] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod non est inconveniens unam dimensionem secundum unam
partem sui esse in hoc sacramento sine subjecto; quia plures partes
dimensionis quamvis sint una dimensio in actu, sunt tamen plures in potentia. |
3. Il n’est pas incompatible qu’une dimension
selon une de ses parties existe dans ce sacrement sans sujet, car plusieurs
parties de la dimension, bien qu’elles soient une seule dimension en
acte, sont cependant plusieurs [parties] en puissance. |
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[15675] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 ad 4 Ad
quartum patet solutio ex dictis. |
4. La solution ressort clairement de ce qui a
été dit. |
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[15676]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 2 qc. 6 ad 5 Ad quintum dicendum, quod magnum et parvum consequuntur
quantitatem secundum quod ad certam mensuram determinatur. In sacramento
autem altaris non oportet remanere dimensiones easdem secundum terminationem
eamdem; quia sic divisis speciebus non remanerent eaedem dimensiones, nec per
consequens idem sacramentum; sed sufficit ad subsistentiam sacramenti quod
remaneant dimensiones eaedem secundum quod interminatae intelliguntur. |
5. Ce qui est grand ou petit découle de la
quantité selon qu’elle est déterminée à une
mesure donnée. Or, dans le sacrement de l’autel, il n’est
pas nécessaire que les mêmes dimensions demeurent selon la
même délimitation, car, une fois les espèces ainsi
divisées, les mêmes dimensions ne demeureraient pas ni, par
conséquent, le même sacrement. Mais il suffit pour que le
sacrement subsiste que les dimensions demeurent les mêmes selon
qu’elles sont saisies sans délimitation. |
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Articulus 3 [15677] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 tit. Utrum ipsum
verum corpus Christi frangatur in sacramento |
Article
3 – Le corps véritable du Christ est-il rompu dans le sacrement
?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Le
corps véritable du Christ est-il rompu dans le sacrement ?]
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[15678] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod ipsum verum
corpus Christi frangatur in sacramento. Omne enim quod manducatur, masticatur
et frangitur. Sed verum corpus Christi manducatur: Joan. 6, 57: qui manducat
carnem meam et cetera. Ergo et frangitur. |
1.
Il semble que le corps véritable du Christ soit rompu dans le
sacrement. En effet, tout ce qui est
mangé est mastiqué et rompu. Or, le corps véritable du
Christ est mangé. Jn 6, 57 : Celui qui mange ma
chair, etc. Il est donc rompu. |
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[15679] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
hoc sacramentum est memoriale dominicae passionis. Sed in passione ipsum
corpus Christi est perforatum clavis et lancea. Ergo in sacramento ipsum
corpus Christi frangitur. [15680] Super Sent.,
lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sicut corpus
Christi est totum in qualibet parte specierum, ita forma substantialis. Sed forma substantialis
materialis dividitur per accidens per divisionem specierum. Ergo et corpus Christi. |
2. Ce sacrement est le mémorial de la passion du
Seigneur. Or, dans la passion, le corps même du Christ a
été perforé par des clous et par la lance. Le corps du
Christ est donc rompu dans le sacrement. 3. De même que le corps du
Christ existe dans chaque partie des espèces, de même la forme
substantielle. Or, une forme substantielle matérielle est
divisée par accident par la division des espèces. Donc, le
corps du Christ aussi. |
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[15681] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra, quod frangitur, non manet integrum. Sed corpus Christi manet
integrum, ut in littera dicitur. Ergo non frangitur. |
Cependant, [1] ce
qui est rompu ne demeure pas entier. Or, le corps du Christ demeure entier,
comme il est dit dans le texte. Il n’est donc pas rompu. |
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[15682]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, omne corpus frangibile est passibile. Sed
corpus Christi est impassibile, cum sit gloriosum. Ergo non frangitur. |
[2] Tout corps qui peut être rompu est passible.
Or, le corps du Christ est impassible puisqu’il est glorieux. Il
n’est donc pas rompu. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les espèces aussi sont-elles rompues ?] |
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[15683]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nec etiam species frangantur.
Signum enim debet respondere signato. Sed species sunt signum corporis
Christi. Cum ergo verum corpus Christi non frangatur, nec ipsae species
frangentur. |
1. Il semble que les espèces aussi ne sont pas
rompues. En effet, le signe doit correspondre à ce qui est
signifié. Or, les espèces sont le signe du corps du Christ.
Puisque le corps véritable du Christ n’est pas rompu, les
espèces elles-mêmes ne seront donc pas rompues. |
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[15684] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, secundum
philosophum in 4 Meteor., corporea dicuntur frangibilia
et comminuibilia secundum determinatam dispositionem pororum. Sed species
illae non habent poros: quia sub omnibus partibus specierum est aequaliter
corpus Christi, et sub nulla aliquid aliud. Ergo species illae neque frangi
neque comminui possunt. |
2. Selon le Philosophe, dans les
Météores, IV, on dit que des corps peuvent être
rompus et réduits selon leur disposition poreuse. Or, ces
espèces n’ont pas de pores, car, dans toutes les parties des
espèces, le corps du Christ existe également et dans aucune, quelque
chose d’autre. Ces espèces ne peuvent dont être ni rompues
ni réduites. |
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[15685] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
in omni fractione, ea perfecta, aliud est quod continetur sub diversis
partibus. Sed omnino est idem quod continetur sub diversis partibus
specierum, qualitercumque disponantur. Ergo non proprie dicuntur frangi. |
3. Dans toute fraction, une fois celle-ci
réalisée, ce qui est contenu dans les diverses parties est
différent. Or, ce qui est contenu dans les diverses parties des
espèces est la même chose, quelle que soit la manière
dont elles sont disposées. On ne dit donc pas à proprement
parler qu’elles sont rompues. |
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[15686] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, Matth. 26, dicitur, quod dominus benedixit et fregit. Sed verba
Evangelii non possunt esse falsa. Ergo fuit ibi fractio vera. Sed non in corpore
Christi, ut probatum est. Ergo in speciebus fuit. |
Cependant, [1] il
est dit en Mt 26, que le Seigneur bénit et rompit. Or, les
paroles de l’évangile ne peuvent être fausses. Il y a donc
eu là une fraction véritable, mais non pas dans le corps du
Christ, comme on l’a démontré. Elle a donc
été réalisée dans les espèces. |
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[15687] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea,
magis competit quantitati dividi quam corrumpi, vel in aliud converti. Sed
hoc contingit dimensionibus ibi remanentibus, ut ex dictis patet. Ergo et
frangi, sive dividi. |
[2] Il convient davantage à la quantité
d’être divisée que d’être corrompue ou
d’être convertie en autre chose. Or, cela se produit pour les
dimensions qui demeurent là, comme cela ressort de ce qui a
été dit. Donc, elles sont aussi rompues ou divisées. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La signification de la fraction des parties est-elle convenablement assignée dans le texte ?] |
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[15688]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod inconvenienter assignetur in
littera significatio partium fractionis. Quia partes fractionis fractioni
respondent. Sed fractio significat passionem Christi, ut in littera dicitur.
Ergo partes fractionis debent significare partes veri corporis Christi, in
quas per passionem divisum est corpus ejus. |
1.
Il semble que la signification de la fraction des parties ne soit pas
convenablement assignée dans le texte, car les parties d’une
fraction correspondent à la fraction. Or, la fraction signifie la
passion du Christ, comme il est dit dans le texte. Les parties de la fraction
doivent donc signifier les parties du corps véritable du Christ, en
lesquelles son corps a été divisé par la passion. |
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[15689] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
hoc sacramentum est maxime sacramentum unionis. Sed distinctio partium unioni
opponitur. Ergo non competit in hoc sacramento significari partes distinctas
corporis mystici. |
2. Ce sacrement est au plus haut point le sacrement de
l’union. Or, la distinction des parties s’oppose à
l’union. Il ne relève donc pas de ce sacrement que soient
signifiées les parties distinctes du corps mystique. |
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[15690]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, hoc non videtur servari secundum communem morem
Ecclesiae quod aliqua pars usque in finem Missae reservetur. Ergo secundum
hoc non debet accipi significatio alicujus partis. |
3. Il ne semble pas être conforme à
l’usage commun de l’Église qu’une partie en soit
réservée jusqu’à la fin de la messe. Il ne faut
donc pas concevoir la signification d’une partie d’après
cela. |
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[15691] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 4 Praeterea,
Innocentius, et Hugo de s. Victore, dicunt, quod pars extra calicem servata
significat beatos; et ita videtur male dicere, quod significat illos qui sunt
in sepulcris. |
4. Innocent et Hugues de Saint-Victor disent que la
partie conservée en dehors du calice signifie les bienheureux.
C’est donc à tort qu’on dit qu’elle signifie ceux
qui sont dans les tombes. |
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[15692] Super
Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 5 Praeterea, beati
remedio non indigent. Sed sacramenta Ecclesiae in remedium ordinantur. Ergo
non debet esse aliqua pars quae beatos significet. |
5. Les bienheureux n’ont pas besoin de
remède. Or, les sacrements de l’Église existent comme des
remèdes. Il ne doit donc y en avoir aucune partie qui signifie les
bienheureux. |
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[15693]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 6 Praeterea, sicut est diversitas inter mortuos, ita etiam
inter vivos. Sed pro mortuis ponuntur duae partes. Ergo et pro vivis duae
poni debent ad minus. |
6. De même qu’il existe une diversité
entre les morts, de même en existe-t-il une entre les vivants. Or, il y
a deux parties pour les morts. Il doit donc y avoir deux parties pour les
vivants. |
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[15694] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 7 Praeterea,
sicut membra distinguuntur ab invicem, ita caput distinguitur a membris. Ergo
cum sint tres partes ad significandum diversitatem membrorum corporis
mystici, deberet addi et quarta ad significandum ipsum caput. |
7. De même que les membres sont distingués
les uns des autres, de même la tête est-elle distincte des
membres. Puisqu’il y a trois parties pour signifier la diversité
des membres du corps mystique, il faudrait donc en ajouter une
quatrième pour signifier la tête elle-même. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15695] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo
dicendum ad primam quaestionem, quod sicut supra dictum est, corpus Christi
non comparatur ad species sub quibus continetur, mediantibus suis
dimensionibus; immo dimensiones ejus sunt ibi quasi ex consequenti; ideo
quidquid convenit corpori Christi mediantibus dimensionibus suis, hoc non
convenit ei secundum quod est sub sacramento. Cum ergo divisio quantitativa ei
convenire non possit nisi mediante dimensione propria, constat quod fractione
specierum ipsum corpus ejus non dividitur neque frangitur, etiam si passibile
esset, sicut in coena fuit. |
Comme on l’a dit plus haut, le corps du Christ
n’est pas comparé aux espèces sous lesquelles il est
contenu par l’intermédiaire de ses dimensions. Bien
plutôt, ses dimensions se trouvent là comme par mode de
conséquence. C’est pourquoi tout ce qui convient au corps du
Christ par l’intermédiaire de ses dimensions ne lui convient pas
selon qu’il existe dans le sacrement. Puisque la division quantitative
ne peut lui convenir que par l’intermédiire de sa dimension
propre, il est clair que, par la fraction des espèces, son corps
lui-même n’est pas divisé ni rompu, même s’il
était passible, comme c’était le cas lors de la
cène. |
|
[15696]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in manducatione sunt multa;
et fractio sive masticatio, et trajectio in ventrem sive nutritio. Primum
autem convenit ipsis speciebus tantum; sed secundum et speciebus
continentibus et corpori contento: quia ubi sunt species, est verum corpus
Christi. Sed tertium, si loquamur spiritualiter, convenit corpori Christi, si
autem corporaliter, speciebus, ut dictum est. Et ideo manducatio aliquo modo
competit corpori Christi, sed non fractio, sive divisio. |
1. Il y a plusieurs choses dans la manducation : la
fraction ou la mastication, et le passage par le ventre ou la nutrition. Or,
la première chose convient aux espèces seulement ; mais la
deuxième, aux espèces qui contiennent et au corps qui est
contenu, car là où sont les espèces, là se trouve
le corps véritable du Christ. Mais la troisième, si nous
parlons de manière spirituelle, convient au corps du Christ ;
mais si nous parlons de manière corporelle, [elle convient] aux
espèces, comme on l’a dit. Ainsi, la manducation convient
d’une certaine manière au corps du Christ, mais non la fraction
ou la division. |
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[15697] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quia hoc sacramentum est signum passionis Christi, et
non ipsa passio; ideo oportet quod passio quam significat fractio, non sit in
corpore Christi, sed in speciebus, quae sunt signum ejus. |
2. Parce que ce sacrement est le signe de la passion du
Christ, et non la passion elle-même, il faut que la passion que
signifie la fraction ne se réalise pas dans le corps du Christ, mais
dans les espèces, qui en sont le signe. |
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[15698]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod forma substantialis materialis
aliquo modo habet ordinem ad dimensiones, cum dimensiones interminatae
praeintelligantur in materia ante formam substantialem, ut dictum est; sed
corpus Christi nequaquam; et ideo non est simile de corpore Christi et illis
formis. |
3. La forme substantielle corporelle a un certain rapport
aux dimensions, puisque les dimensions non délimitées sont
saisies dans la matière avant la forme substantielle, comme on
l’a dit. Mais d’aucune manière le corps du Christ.
C’est pourquoi il n’en va pas de même du corps du Christ et
de ces formes. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15699] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod quidam
dixerunt, quod
fractio secundum rei veritatem non erat in hoc sacramento. Sed hoc non potest
esse: quia fractio importat passionem, sive motum quemdam, et multitudinem ad
quam terminatur motus; et utrumque horum est sensibile per se. Sunt enim
sensibilia communia, quae contra sensibilia per accidens dividuntur in 2 de
anima; et ita judicium de his pertinet ad sensitivam partem; unde cum sensus
judicet fractionem, si non esset fractio, esset falsum judicium; quod non
competit in sacramento veritatis. Et ideo
alii dixerunt, quod est ibi fractio sine subjecto. Sed hoc non potest dici;
quia fractio cum sit quidam motus, secundum rationem suae speciei, requirit
terminum a quo et in quem; et ideo oportet ibi esse unum quod in multa
dividitur, et hoc est subjectum fractionis. Et praeterea actio vel passio
habet magis debile esse quam qualitas; unde cum qualitates in hoc sacramento
ponamus in subjecto, multo fortius passionem. Et ideo, cum fractio non possit
esse in corpore Christi sicut in subjecto, ut dictum est, oportet quod sit in
speciebus. |
Certains ont dit qu’il n’y avait pas vraiment
de fraction dans ce sacrement. Mais cela n’est pas possible, car la
fraction comporte passion ou mouvement, et une multiplicité qui est le
terme du mouvement, et ces deux choses sont sensibles par elles-mêmes.
En effet, il existe des sensibles communs, qui sont distingués des
sensibles par accident dans Sur l’âme, II. Ainsi, le jugement sur
eux relève de la partie sensitive. Aussi, lorsque le sens juge
qu’il y a fraction, alors qu’il n’y aurait pas fraction, ce
serait un jugement faux, ce qui est incompatible avec le sacrement de la
vérité. C’est pourquoi d’autres ont dit qu’il
y a fraction sans sujet. Mais on ne pas dire cela, car la fraction,
puisqu’elle est un mouvement, requiert en raison de son espèce
un terme a quo et un terme ad quem. Il faut donc qu’il y ait là
une chose qui est divisée en plusieurs : c’est là le
sujet de la fraction. De plus, l’action ou la passion sont plus faibles
que la qualité. Puisque nous attribuons des qualités à
ce sacrement, à bien plus forte raison [devons-nous lui attribuer] une
passion. Aussi, puisque la fraction ne peut se réaliser dans le corps
du Christ comme dans son sujet, il faut qu’elle se réalise dans
les espèces. |
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[15700] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod signum respondet signato quantum ad id quod est:
est enim hoc sacramentum signum rememorativum respectu dominicae passionis. |
1. Le signe correspond à ce qui est
signifié quant ce qu’il est : en effet, ce sacrement est un
signe qui remémore la passion du Seigneur. |
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[15701] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut densitas manet in hoc sacramento, ita durities,
quae est ejus effectus; et propter hoc etiam species illae sonum facere natae
sunt, et sic etiam est ibi porositatem invenire. |
2. De même que la densité demeure dans ce
sacrement, de même aussi la dureté, qui en est l’effet.
Pour cette raison, même ces espèces sont capables de produire un
son. On peut ainsi y trouver une porosité. |
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[15702]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod illud de speciebus quod est in
una portione, non est in alia: quia species sunt quae franguntur: corpus
autem Christi non frangitur, quia totum remanet sub qualibet parte; et ratio
hujus dicta est supra, dist. 10. |
3. Ce qui se trouve
des espèces dans une partie ne se trouve pas dans une autre, car ce
sont les espèces qui sont rompues, mais le corps du Christ n’est
pas rompu, puisqu’il demeure tout entier dans toutes les parties. La
raison en a été donnée plus haut, d. 10. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15703] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod sicut in hoc
sacramento est duplex res sacramenti, scilicet corpus Christi verum et mysticum;
ita etiam fractio duo significat, scilicet ipsam divisionem corporis veri,
quae facta est in passione, et haec significatio tangitur in littera, et
distributionem virtutis redemptionis Christi per diversa membra Ecclesiae; et
hanc significationem tangit Dionysius in 3 cap. Eccl. Hierar. Et secundum hoc
accipitur significatio partium secundum diversum membrorum statum. Quia
quidam sunt adhuc vivi, et hi significantur per partem quae comeditur: quia
ipsi atteruntur diversis poenalitatibus, et sunt in ipso motu, ut incorporentur
Christo. Quidam autem sunt mortui: et hi sunt
in duplici statu. Quia quidam in plena participatione beatitudinis; et hoc
est corpus Christi quod jam surrexit, sicut ipse Christus, et beata virgo; et
hi significantur per partem in calice missam, quia illi inebriantur ab
ubertate domus Dei. Quidam autem sunt in expectatione plenae beatitudinis,
qui vel stolam animae tantum habent, vel neutram, ut hi qui sunt in
Purgatorio; et hi significantur per tertiam partem quae reservatur usque in
finem: quia hi perfectam gloriam consequuntur in fine mundi, et interim in
speciebus quiescunt. |
De même que, dans ce sacrement, il existe une
double réalité du sacrement, à savoir, le corps
véritable du Christ et son corps mystique, de même aussi la
fraction signifie-t-elle deux choses, à savoir, la division du corps
véritable, qui s’est réalisée dans la passion
(cette signification est abordée dans le texte) et la distribution de
la puissance de la rédemption du Christ aux divers membres de
l’Église – Denys aborde cette signification dans la
Hiérarchie ecclésiastique, III. Conformément à
cela, la signification des parties se prend des divers états des
membres. Certains sont encore vivants : ceux-ci sont signifiés
par la partie qui est mangée, car ils sont broyés par diverses
peines et en voie d’être incorporés au Christ. Mais
certains sont morts. Ceux-ci sont dans un double état. Certains
participent pleinement à la béatitude : c’est
là le corps du Christ qui est déjà ressuscité,
comme le Christ lui-même et la bienheureuse Vierge. Ils sont
signifiés par la partie mise dans le calice, car ils sont
enivrés par l’abondance de la maison de Dieu. Mais certains sont
en attente de la pleine béatitude : ils portent la tunique de
l’âme seulement ou aucune des deux, comme c’est le cas de
ceux qui sont au purgatoire. Ceux-là sont signifiés par la
troisième partie qui est réservée jusqu’à
la fin, car ils obtiennent la gloire parfaite à la fin du monde et,
dans l’intervalle, ils reposent dans les espèces. |
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[15704] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod ipsum corpus Christi verum significat corpus
Christi mysticum; unde partes corporis veri significant partes corporis mystici. |
1. Le corps véritable du Christ lui-même
signifie le corps mystique du Christ. Aussi les parties du corps
véritable signifient-elles les parties du corps mystique. |
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[15705] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod ista unio facta est per passionem Christi; et ideo oportet quod sit in
hoc sacramento fractio, quae passionem significet. |
2. Cette union a été réalisée
par la passion du Christ. C’est pourquoi il faut qu’il y ait
fraction dans ce sacrement, laquelle signifie la passion. |
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[15706]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod talis mos fuit in primitiva
Ecclesia, qui tamen modo cessavit propter periculum; nihilominus remanet
eadem significatio partium. |
3. Un tel usage existait dans l’Église
primitive ; il a cependant cessé en raison du danger.
Néanmoins, la même signification des parties demeure. |
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[15707] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod non est inconveniens per idem diversa significari
secundum suas proprietates diversas; unde et calix passionem significat
inquantum inebriat; et sic procedit significatio quam ponit Innocentius: quia
pars extra calicem significat eos qui sunt extra passionem praesentis
miseriae, et pars in calice missa eos qui praedictis passionibus opprimuntur.
Sed inquantum potus calicis delectat, significat gaudium aeternitatis; et ita
procedit significatio in littera posita, quae continetur sub his versibus: hostia
dividitur in partes. Tincta beatos plene: sicca notat vivos, servata sepultos. |
4. Il n’est pas incompatible que diverses choses
soient signifiées par une même chose selon ses diverses
propriétés. Aussi la coupe signifie-t-elle la passion en tant
qu’elle enivre. C’est là la signification que propose
Innocent, car la partie hors de la coupe signifie ceux qui sont hors de la
passion de la misère présente, et la partie mise dans le
calise, ceux qui sont écrasés par les passions
mentionnées. Mais pour autant que la boisson de la coupe réjouit,
il signifie la joie de l’éternité. C’est là
la signification indiquée dans le texte, qui est contenue dans ces
vers : «L’hostie est divisée en parties : la
partie trempée indique parfaitement les bienheureux ; la partie sèche,
les vivants ; la partie conservée, ceux qui ont été
ensevelis.» |
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[15708] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 5 Ad quintum dicendum,
quod hoc sacramentum non solum est in remedium, sed etiam in gratiarum
actionem; et ideo, quamvis beati non consequantur aliquod remedium in isto
sacramento, quia tamen est in gratiarum actionem pro eorum gloria, conveniens
fuit ut et ipsi in hoc sacramento significarentur. |
5. Ce sacrement n’existe pas seulement comme
remède, mais aussi en action de grâce. Bien que les bienheureux
n’obtiennent pas de remède par ce sacrement, parce qu’ils
sont en action de grâce pour leur gloire, il convenait qu’ils
soient aussi signifiés par ce sacrement. |
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[15709]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 6 Ad sextum dicendum, quod omnes vivi indigent hoc
sacramento ad remedium, sed non omnes mortui; et ideo pro mortuis ponuntur
duae partes, sed pro vivis una tantum. Vel dicendum, quod duae ponuntur pro
vivis in hoc saeculo, et alia pro vivis in gloria, qui resurrexerunt; et pro
omnibus qui adhuc non resurrexerunt, una tantum. |
6. Tous les vivants ont besoin de ce sacrement comme
remède, mais non pas tous les morts. C’est pourquoi il y a deux
parties sont déposées pour les morts, mais une seulement pour
les vivants. Ou bien il faut dire qu’il y en a deux qui sont
déposées pour ceux qui vivent en ce siècle, et une autre
pour ceux qui vivent dans la gloire et qui sont ressuscités ;
pour tous ceux qui ne sont pas encore ressuscités, il y en a une
seule. |
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[15710] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 7 Ad
septimum dicendum, quod resurrectio membrorum est conformis resurrectioni
capitis; quia reformabit corpus humilitatis nostrae configuratum corpori
claritatis suae; Philip. 3, 20: et ideo eadem parte significatur et caput
et membra ei perfecte configurata. |
7. La résurrection des membres se conforme
à la résurrection de la tête, car il transfigurera
notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire,
Ph 3, 20. C’est pourquoi la tête et les membres qui lui sont
parfaitement configurés sont signifiés par la même
partie. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [L’effet de l’eucharistie] |
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Prooemium |
Prologue
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[15711] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 pr. Deinde quaeritur
de effectu hujus sacramenti; et circa hoc quaeruntur duo: 1 de effectu ejus
quantum ad consecutionem boni; 2 de effectu ejus quantum ad remotionem mali. |
Ensuite,
on s’interroge sur l’effet de ce sacrement. À ce propos,
deux questions sont posées : 1 – son effet pour
l’obtention du bien ; 2 – son effet pour
l’éloignement du mal. |
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Articulus 1 [15712] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 tit. Utrum per hoc sacramentum augeantur virtutes |
Article
1 – Les vertus sont-elles augmentées par ce sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Les
vertus sont-elles augmentées par ce sacrement ?]
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[15713] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod per hoc sacramentum
non augeantur virtutes. Quia diversarum causarum diversi sunt effectus. Sed augmentum virtutis est effectus Baptismi, et etiam
confirmationis, ut supra dictum est. Ergo non est effectus Eucharistiae. |
1. Il semble que les vertus ne soient pas
augmentées par ce sacrement, car des effets différents
proviennent de causes différentes. Or, l’augmentation de la
vertu est l’effet du baptême et aussi de la confirmation, comme
on l’a dit plus haut. Elle n’est donc pas l’effet de
l’eucharistie. |
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[15714] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
per augmentum caritatis ad perfectionem caritatis venitur. Si ergo per hoc
sacramentum caritas et aliae virtutes augerentur, toties posset sumi quod
homo in hac vita ad perfectam caritatem veniret, et ad summum gradum ipsius;
quod non est nisi in patria, ut Augustinus dicit. |
2. On parvient à la perfection de la
charité par l’augmentation de la charité. Si donc la
charité et les autres vertus étaient augmentées par ce
sacrement, on pourrait le recevoir assez souvent pour que l’homme
parvienne en cette vie à la perfection de la charité et
à son degré le plus élevé, ce qui ne peut arriver
que dans la patrie, comme le dit Augustin. |
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[15715]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, omnes virtutes simul augentur. Si ergo
augmentum virtutum esset effectus hujus sacramenti, non magis deberet poni
effectus augmentum caritatis quam aliarum virtutum. |
3. Toutes les vertus sont augmentées en même
temps. Si donc l’augmentation des vertus était l’effet de
ce sacrement, on ne devrait pas indiquer comme effet l’augmentation de
la charité plutôt que celle des autres vertus. |
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[15716] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra, nihil spiritualiter perficitur nisi per augmentum virtutum. Sed
secundum Dionysium, Eucharistia habet virtutem perfectivam. Ergo effectus
ejus est virtutis augmentum. |
Cependant, [1] rien
n’est achevé spirituellement que par l’augmentation des
vertus. Or, selon Denys, l’eucharistie possède une puissance qui
perfectionne. Son effet est donc l’augmentation de la vertu. |
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[15717] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
effectus hujus sacramenti est plenitudo gratiae, ut patet in oratione canonis:
quotquot ex hac altaris participatione sumpserimus, omni benedictione
caelesti et gratia repleamur. Sed ad plenitudinem gratiae per augmentum virtutis
pervenitur. Ergo idem quod prius. |
[2] L’effet de
ce sacrement est la plénitude la grâce, comme cela ressort
clairement de la prière du canon : «Chaque fois que nous
prenons part à cet autel, que nous soyons remplis de la
bénédiction céleste et de la grâce.» Or,
l’on parvient à la plénitude de la grâce par
l’augmentation de la vertu. La conclusion est donc la même
qu’antérieurement. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Ce sacrement profite-t-il aux bienheureux eux-mêmes pour l’augmentation de la gloire ?] |
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[15718] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod hoc sacramentum prosit etiam
beatis ad augmentum gloriae. In collecta enim beati Leonis Papae, ut
Innocentius dicit, ita dicitur: annue nobis domine, ut animae famuli tui
Leonis haec prosit oblatio. Sed constat beatum Leonem in gloria esse. Ergo
prodest beatis ad gloriae augmentum. |
1. Il semble que ce sacrement profite aux bienheureux
eux-mêmes pour l’augmentation de la gloire. En effet, dans la
collecte pour le bienheureux pape Léon, comme le dit Innocent, on
dit : «Seigneur, fais que cette offrande soit profitable à
l’âme de ton serviteur Léon.» Or, il est certain que
le bienheureux Léon est dans la gloire. [Ce sacrement] est donc
profitable aux bienheureux pour l’augmentation de la gloire. |
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[15719] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, hoc sacramentum offertur etiam pro
parvulis decedentibus in innocentia baptismali. Sed constat quod tales ad
gloriam transeunt. Ergo prodest etiam hoc sacramentum ad augmentum gloriae. |
2. Ce sacrement est
offert même pour les enfants qui meurent avec l’innocence
baptismale. Or, il est certain qu’ils passent à la gloire. Ce
sacrement profite donc aussi à l’augmentation de la gloire. |
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[15720] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, sacramenta Ecclesiae non prosunt alicui qui non sit in statu
proficiendi. Sed sancti in patria existentes non sunt in statu proficiendi,
cum sint in termino profectus. Ergo eis Eucharistia non prodest. |
Cependant, les
sacrements de l’Église ne profitent pas à celui qui
n’est pas en état de progresser. Or, les saints qui se trouvent dans
la patrie ne sont pas en état de progresser, puisqu’ils ont
atteint le terme du progrès. L’eucharistie ne leur profite donc
pas. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [L’effet de ce sacrement ne peut-il être empêché que par le péché mortel ?] |
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[15721]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod effectus hujus sacramenti non
possit impediri nisi per peccatum mortale. Quia, sicut Ambrosius in littera
dicit, spiritualiter manducat qui innocentiam ad altare portat. Sed quicumque
sine peccato mortali accedit, portat innocentiam ad altare; quia venialia
peccata innocentiam non tollunt. Cum ergo spiritualiter manducans effectum
sacramenti percipiat, videtur quod effectus sacramenti non possit impediri
nisi per peccatum mortale. |
1. Il semble que l’effet de ce sacrement ne puisse
être empêché que par le péché mortel, car,
ainsi que le dit Ambroise dans le texte, «celui-là mange
spirituellement qui apporte son innocence à l’autel». Or,
tous ceux qui s’en approchent sans péché mortel apportent
leur innocence à l’autel, car les péchés
véniels n’enlèvent pas l’innocence. Puisque celui
qui [le] mange spirituellement reçoit l’effet du sacrement, il
semble donc que l’effet du sacrement ne puisse être
empêché que par le péché mortel. |
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[15722] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
Baptismus non est nobilius sacramentum quam istud. Sed nihil impedit effectum
Baptismi nisi peccatum mortale. Ergo nec effectum hujus sacramenti. |
2. Le baptême n’est pas un sacrement plus
noble que celui-ci. Or, rien n’empêche l’effet du
baptême, si ce n’est le péché mortel. Rien
[n’empêche] donc non plus l’effet de ce sacrement [que le
péché mortel]. |
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[15723]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, peccatum veniale non facit fictum. Sed sola
fictio impedit sacramentorum effectum. Ergo solum peccatum mortale impedit
sacramenti effectum. |
3. Le péché véniel
n’équivaut pas à une feinte. Or, seule la feinte
empêche l’effet des sacrements. Seul le péché
mortel empêche donc l’effet du sacrement. |
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[15724] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, nullus percipit effectum hujus sacramenti nisi qui accedit sicut
accedendum est. Sed aliquis debet accedere ad hoc sacramentum cum diligenti conscientiae
suae examinatione, ut patet 1 Corinth. 11.
Cum ergo sine peccato mortali possit hoc praetermitti, videtur quod sine
peccato mortali possit effectus hujus sacramenti impediri. |
Cependant, [1]
personne ne reçoit l’effet de ce sacrement que celui qui
s’en approche comme il doit être approché. Or, l’on
doit s’approcher de ce sacrement après un examen attentif de sa
conscience, comme cela ressort de 1 Co 11. Puisque cela peut
être omis sans péché mortel, il semble donc que l’effet
de ce sacrement puisse être empêché sans un
péché mortel. |
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[15725] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, ad hoc quod
aliquis adultus gratiam recipiat, oportet quod se ad gratiam habendam
praeparaverit. Sed hanc praeparationem
contingit sine peccato mortali impediri. Ergo sine peccato mortali contingit
impediri effectum hujus sacramenti. |
[2] Pour qu’un adulte reçoive la
grâce, il faut qu’il se soit préparé à avoir
la grâce. Or, il arrive que cette préparation soit
empêchée sans péché mortel. Il arrive donc que
l’effet de ce sacrement soit empêché sans
péché mortel. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15726] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod proprius effectus
cujuslibet sacramenti debet assumi ex similitudine ad materiam illius
sacramenti; sicut expurgatio veteris vitae est effectus Baptismi per ablutionem
aquae significata. Et ideo cum materiale in hoc sacramento sit cibus, oportet
quod effectus proprius hujus sacramenti accipiatur secundum similitudinem ad
effectum cibi. Cibus autem corporalis primo in cibatum convertitur, et ex
tali conversione, deperdita restaurat, et quantitatem auget; sed spiritualis
cibus non convertitur in manducantem, sed eum ad se convertit. Unde proprius
effectus hujus sacramenti est conversio hominis in Christum, ut dicat cum
apostolo, Galat. 2, 20: vivo ego, jam non ego; vivit vero in me Christus;
et ad hoc sequuntur duo effectus: augmentum spiritualis quantitatis in
augmento virtutum, et restauratio deperditorum in remissione venialium vel
reparatione cujuscumque defectus praecedentis. |
L’effet propre de tout sacrement doit être
saisi à partir de la ressemblance avec la matière de ce
sacrement ; ainsi la purification de l’ancienne vie,
signifiée par l’ablution d’eau, est l’effet du
baptême. Puisque la matière du sacrement [de
l’eucharistie] est une nourriture, il faut donc que l’effet
propre de ce sacrement soit saisi selon la ressemblance avec l’effet de
la nourriture. Or, la nourriture corporelle est d’abord convertie en
celui qui est nourri afin que, par une telle conversion, elle
rétablisse ce qui a été perdu et en augmente la
quantité. Or, la nourriture spirituelle n’est pas convertie en
celui qui mange, mais le convertit en elle. L’effet propre de ce sacrement
est donc la conversion de l’homme en Christ, afin que [l’homme]
dise avec l’Apôtre, Ga 2, 20 : Je vis, mais non
pas moi ; c’est plutôt le Christ qui vit en moi. De
là découlent deux effets : l’augmentation de la
quantité spirituelle par l’augmentation des vertus ; le
rétablissement de ce qui a été perdu grâce
à la rémission des fautes vénielles ou à la
réparation de toute carence antérieure. |
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[15727] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod augmentum dicitur dupliciter. Uno modo communiter,
prout invenitur in viventibus et non viventibus, secundum quod quaelibet
additio augmentum facit; et hoc modo virtutes augentur per omnia sacramenta
quae gratiam inveniunt in subjecto, ex eo quod ipsa de se nata sunt gratiam
causare. Alio modo augmentum dicitur proprie, prout est in viventibus ex
conjunctione nutrimenti; et talis modus augmenti virtutum est proprius huic
sacramento. |
1. On parle d’augmentation de deux manières.
D’une manière, en termes généraux, selon
qu’elle se trouve chez les vivants et les non-vivants : tout ajout
réalise ainsi une augmentation. De cette manière, les vertus
sont augmentées par tous les sacrements qui rencontrent la grâce
dans le sujet du fait qu’ils sont eux-mêmes aptes à causer
la grâce. D’une autre manière, on parle
d’augmentation en propres termes pour autant qu’elle se produit
chez les vivants par l’union avec un aliment. Et ce mode
d’augmentation des vertus est propre à ce sacrement. |
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[15728]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod duplex est perfectio caritatis;
scilicet viae, et patriae; et quamvis non possit hoc sacramentum existentes
in via perducere ad perfectionem patriae propter diversum statum, potest
tamen perducere ad perfectionem viae. Per augmentum enim caritatis ad
perfectionem patriae in via pervenire non possumus. |
2. La perfection de la charité est double :
celle du chemin et celle de la patrie. Bien que ce sacrement ne puisse pas
conduire à la perfection de la patrie ceux qui sont en chemin en
raison d’une différence d’état, il peut cependant
conduire à la perfection du cheminement. En effet, par
l’augmentation de la charité, nous ne pouvons pas parvenir en
chemin à la perfection de la patrie. |
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[15729] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod caritatis proprium est transformare amantem in amatum,
quia ipsa est quae extasim facit, ut Dionysius dicit. Et quia augmentum virtutum
in hoc sacramento fit per conversionem manducantis in spiritualem cibum, ideo
magis attribuitur huic sacramento caritatis augmentum quam aliarum virtutum. |
3. Le propre de la charité est de transformer
celui qui aime en celui qui est aimé, car c’est elle qui
réalise l’extase, comme le dit Denys. Et parce que
l’augmentation des vertus par ce sacrement se réalise par la
conversion de celui qui mange en la nourriture spirituelle,
l’augmentation de la charité plutôt que des autres vertus
est surtout attribuée à ce sacrement |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15730] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod gloria comprehendit sanctorum praemium; quod quidem est
duplex; scilicet essentiale gaudium quod de divinitate habent; et
accidentale, idest gaudium quod habent de quocumque bono creato. Quantum
autem ad praemium essentiale, secundum probabiliorem opinionem, eorum gloria
augeri non potest; sed quantum ad praemium accidentale usque ad diem judicii
augeri potest; alioquin tunc non augeretur gaudium de gloria corporis; unde
de omnibus benefactis eis gloria accrescit; quia gaudium est Angelis Dei
super uno peccatore poenitentiam agente; Luc. 15, 10; et ita etiam de
omnibus quae in Dei honorem fiunt, gaudent, et maxime de his in quibus de
eorum gloria Deo gratias agimus. Unde simpliciter loquendo, hoc est quantum
ad essentiam gloriae, hoc sacramentum non auget in beatis gloriam; sed
secundum quid, scilicet quantum ad accidentale praemium, auget. |
La gloire embrasse la récompense des saints, qui
est double : la joie essentielle qu’ils reçoivent de la
divinité ; la gloire accidentelle, c’est-à-dire la
joie qu’ils tirent de tous les biens créés. Pour ce qui
est de la récompense essentielle, selon une opinion plus probable,
leur gloire ne peut être augmentée. Mais, pour ce qui est de la
récompense accidentelle, elle peut être augmentée
jusqu’au jour du jugement, autrement elle ne serait pas
augmentée par la gloire du corps. Leur gloire est donc
augmentée de tout le bien qui leur est fait, car les anges de Dieu se
réjouissent pour un seul pécheur qui fait pénitence,
Lc 15, 10. Et ainsi, ils se réjouissent aussi de tout ce qui
est accompli pour l’honneur de Dieu, et surtout de ce par quoi nous
rendons grâce à Dieu pour leur gloire. À parler
simplement, c’est-à-dire pour ce qui de l’essence de la
gloire, ce sacrement n’augmente donc pas la gloire chez les
bienheureux ; mais, de manière relative,
c’est-à-dire pour ce qui est de la récompense
accidentelle, il l’augmente. |
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[15731] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut Innocentius solvit, ubicumque talis loquendi
modus invenitur, ita debet intelligi, ut ad hoc prosit ut a fidelibus magis
ac magis glorificetur in terris. |
1. Comme le tranche Innocent, partout où une telle
manière de parler se rencontre, elle doit être comprise en ce
sens qu’il est profitable aux fidèles qu’il soit de plus
en plus glorifié sur terre. |
|
[15732] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod pro pueris baptizatis
Missarum solemnia celebrantur, non quia eis juventur quantum ad remissionem
alicujus culpae, vel quantum ad augmentum gloriae, sed propter alias rationes:
tum propter solatium vivorum; tum ad ostendendum parvulos ad unitatem corporis
mystici pertinere, dum idem modus exequiarum servatur in ipsis et in aliis;
tum ad commendandum redemptionis mysterium, quod in hoc sacramento commemoratur,
per quod parvuli sine proprio merito salutem consequuntur aeternam. |
2. La messe est célébrée pour les
enfants baptisés, non parce qu’elle leur vient en aide pour la
rémission de quelque faute ou pour l’augmentation de la gloire,
mais pour d’autres raisons : pour le réconfort des
vivants ; pour montrer que les enfants appartiennent à
l’unité du corps mystique, puisque la même forme de
funérailles est respectée pour eux et pour les autres ;
pour mettre en valeur le mystère de la rédemption, qui est
commémoré dans ce sacrement, en vertu duquel les enfants
obtiennent le salut éternel sans mérite de leur part. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15733] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod omnis
perfectio acquirenda impeditur per remotionem propriae dispositionis. Sicut
autem dispositiones materiales se habent ad perfectionem formae, ita actus se
habent ad perfectionem finis; unde cum hoc sacramentum perficiat conjungendo
fini, ut supra dictum est; ad hoc quod effectum suum plene habeat in sumente,
oportet quod adsit actualis devotio. Et quia interdum absque mortali peccato
actualis devotio impediri potest, cum distractiones variae ipsam impediant,
et peccata venialia virtutum actum tollant; absque peccato mortali potest
effectus hujus sacramenti impediri, ita quod aliquis augmentum gratiae non
consequatur; nec tamen reatum peccati mortalis incurret, sed forte reatum
venialis peccati, ex hoc quod imparatus accedit. |
Toute perfection à acquérir est
empêchée par l’enlèvement de la disposition propre.
Or, tel est le rapport des dispositions matérielles à la
perfection de la forme, tel est le rapport des actes à la perfection
de la fin. Aussi, puisque ce sacrement perfectionne en unissant à la
fin, comme on l’a dit, pour qu’il obtienne son plein effet chez
celui qui le reçoit, il faut qu’il y ait une dévotion
actuelle. Et parce que parfois la dévotion actuelle peut être
empêchée sans péché mortel, alors que diverses
distractions l’empêchent et que les péchés
véniels annulent l’acte des vertus, l’effet de ce
sacrement peut être empêché sans péché
mortel, de telle sorte qu’on ne reçoive pas d’augmentation
de la grâce. Toutefois, on ne sera pas coupable d’un
péché mortel, mais peut-être d’un
péché véniel en s’en approchant sans
préparation. |
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[15734] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod innocentiam portans spiritualiter manducat habitu,
sed non semper actu; et ad hoc quod effectum sacramenti percipiat, oportet
quod actu spiritualiter manducet. |
1. Celui qui est revêtu d’innocence mange
spirituellement selon l’habitus, mais pas toujours en acte. Pour
qu’il reçoive l’effet du sacrement, il faut qu’il
mange spirituellement en acte. |
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[15735] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in Baptismo datur primum esse spirituale; et ideo
effectus ejus non impeditur nisi per propositum peccati mortalis committendi,
quod directe vitae spirituali opponitur. Sed in hoc sacramento fit
conjunctio ad finem, quae debet esse per debitam operationem; et ideo
defectus talis operationis impedit effectum hujus sacramenti. |
2. L’être
spirituel est donné pour la première fois par le baptême;
c’est pourquoi son effet n’est empêché que par
l’intention de commettre un péché mortel, qui
s’oppose directement à la vie spirituelle. Mais, par le
sacrement [de l’eucharistie], se réalise l’union à
la fin, qui doit se réaliser par une opération
appropriée. C’est pourquoi la carence d’une telle
opération empêche l’effet de ce sacrement. |
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[15736] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis peccatum veniale
non faciat fictum simpliciter, facit tamen fictum quo ad aliquid. Nec tamen
dicendum quod omne peccatum veniale impediat effectum hujus sacramenti, sed
solum illud quod tollit actualem devotionem quae exigitur in hoc sacramento. |
3. Bien que le
péché véniel ne soit pas une feinte simplement, il
l’est cependant de manière relative. Toutefois, il ne faut pas
dire que tout péché véniel empêche l’effet
de ce sacrement, mais seulement celui qui enlève la dévotion
actuelle qui est nécessaire pour ce sacrement. |
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Articulus 2 [15737] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 tit. Utrum virtute hujus sacramenti venialia peccata dimittantur |
Article
2 – Les péchés véniels sont-ils remis par la
puissance de ce sacrement ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Les
péchés véniels sont-ils remis par la puissance de ce
sacrement ?]
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[15738] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod virtute hujus sacramenti venialia peccata non
dimittantur. Qua enim ratione dimittitur unum, et aliud. Sed omnia non
dimittuntur; quia sic aliquis esset frequenter absque omni veniali peccato;
quod est contra illud quod dicitur 1 Joan. 1, 8: si dixerimus quod
peccatum non habemus, nosipsos seducimus. Ergo non delet aliquod peccatum
veniale. |
1. Il semble que les péchés véniels
ne soient pas remis par la puissance de ce sacrement : en effet, la
raison pour laquelle l’un est remis vaut pour un autre. Or, tous ne
sont pas remis, car ainsi quelqu’un pourrait être souvent sans
aucun péché véniel, ce qui est contraire à ce qui
est dit en 1 Jn 1, 8 : Si nous disons que nous sommes
sans péché, nous nous trompons. Il ne détruit donc pas
un péché véniel. |
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[15739] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, peccatum non
deletur nisi per id quod habet oppositionem ad ipsum. Sed veniale peccatum non
habet oppositionem ad gratiam, quam hoc sacramentum confert. Ergo virtute
hujus sacramenti venialia non dimittuntur. |
2. Un péché n’est détruit que
par ce qui s’y oppose. Or, le péché véniel
n’est pas opposé à la grâce que confère ce
sacrement. Les péchés véniels ne sont donc pas remis en
vertu de ce sacrement. |
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[15740] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
Baptismus, quia dimittit omnia peccata mortalia et venialia, non requirit
luctum exteriorem. Si ergo in hoc sacramento venialia peccata dimittantur,
non requiritur quod post sumptionem hujus sacramenti aliquis faceret
poenitentiam de peccatis venialibus; quod falsum est. |
3. Parce qu’il remet tous les péchés
mortels et véniels, le baptême n’exige pas
d’affliction extérieure. Si donc les péchés
véniels sont remis par ce sacrement, il n’est pas nécessaire
qu’après avoir reçu ce sacrement, on se repente des
péchés véniels, ce qui est faux. |
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[15741]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, Innocentius dicit, quod hoc sacramentum
venialia delet, et cavet mortalia. |
Cependant, [1]
Innocent dit que ce sacrement détruit les péchés
véniels et préserve des péchés mortels. |
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[15742] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
ut ex verbis Ambrosii in littera positis accipi potest, hoc sacramentum datur
in remedium quotidianae infirmitatis. Sed quotidiana peccata dicuntur venialia. Ergo hoc
sacramentum tollit venialia. |
[2] Comme on peut le
comprendre par ce que dit Ambroise dans le texte, ce sacrement est
donné comme remède contre la faiblesse quotidienne. Or, on
appelle péchés quotidiens les péchés
véniels. Ce sacrement enlève donc les péchés
véniels. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les péchés mortels sont-ils aussi remis en vertu de ce sacrement ?] |
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[15743] Super Sent., lib. 4 d. 12 q.
2 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam virtute hujus sacramenti
dimittantur mortalia. Dicitur enim in collecta illa: purificent nos, quaesumus
domine, sacramenta quae sumpsimus; et mox: praesta ut hoc tuum
sacramentum sit ablutio scelerum. Sed scelera dicuntur mortalia peccata.
Ergo delet peccata mortalia. |
1. Il semble que les péchés mortels soient
aussi remis en vertu de ce sacrement. En effet, on dit dans cette
collecte : «Seigneur, que les sacrements que nous avons
reçus nous purifient», puis peu après : «Fais
en sorte que ton sacrement nous lave de nos crimes.» Or, on appelle
crimes les péchés mortels. Il détruit donc les
péchés mortels. |
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[15744] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, hoc sacramentum
expressius passionem Christi repraesentat quam Baptismus. Sed Baptismus
virtute passionis in eo operantis delet peccata mortalia. Ergo et hoc sacramentum. |
2. Ce sacrement
représente plus expressément la passion du Christ que le
baptême. Or, le baptême détruit les péchés
mortels par la puissance de la passion qui agit en lui. Donc, ce sacrement
aussi. |
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[15745] Super Sent., lib. 4 d. 12 q.
2 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, minima gratia sufficit ad delendum omnia
mortalia. Sed hoc sacramentum gratiam confert. Ergo mortalia delet. |
3. La plus petite
grâce suffit pour détruire tous les péchés
mortels. Or, ce sacrement confère la grâce. Il détruit
donc les péchés mortels. |
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[15746] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 4 Praeterea, hoc
sacramentum magis operatur in sumente quam in alio; alias frustra quis assumeret. Sed offertur sacrificium Ecclesiae pro aliquibus impiis ut
convertantur, et non frustra. Ergo et in ipso qui sumit, mortalia peccata
delet. |
4. Ce sacrement agit davantage chez celui qui le
reçoit que chez un autre, autrement on le recevrait en vain. Or, le
sacrifice de l’Église est offert pour les impies afin
qu’ils se convertissent, et il n’est pas offert en vain. Il
détruit donc les péchés mortels aussi chez celui qui le
reçoit. |
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[15747] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra, Augustinus ad renatum: quis offerat corpus Christi nisi pro his
qui sunt membra Christi ? Sed illi qui sunt membra Christi, non habent
peccatum mortale. Ergo virtute hujus sacramenti non delentur mortalia. |
Cependant, [1]
Augustin dit à celui qui est né de nouveau : «Qui
offre le corps du Christ, si ce n’est pour ceux qui sont les membres du
Christ ?» Or, ceux qui sont membres du Christ n’ont pas de
péché mortel. Les péchés mortels ne sont donc pas
détruits en vertu de ce sacrement. |
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[15748]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, hoc sacramentum non habet aliquem effectum in
indigne accedentibus. Sed quicumque accedit cum mortali, indigne accedit.
Ergo non percipit effectum hujus sacramenti; et ita non delet mortalia. |
[2] Ce sacrement n’a pas d’effet chez ceux
qui s’en approchent indignement. Or, quiconque s’en approche avec
un péché mortel s’en approche indignement. Il ne
reçoit donc pas l’effet de ce sacrement, et ainsi [ce sacrement]
ne détruit pas les péchés mortels. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Ce sacrement remet-il la peine du péché mortel ?] |
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[15749]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod remittat poenam peccati mortalis.
Deus enim pronior est ad miserendum quam ad puniendum, ut dicit Glossa in
principio Hier. Sed indigne accedens incurrit reatum poenae mortalis peccati.
Ergo digne
accedens ab eo absolvitur. |
1. Il semble qu’il remette la peine du
péché mortel. En effet, Dieu est plus prompt à prendre
en pitié qu’à punir, comme le dit la glose dans
l’introduction de Jérôme. Or, celui qui s’en
approche indignement encourt la peine du péché mortel. Celui
qui s’en approche dignement en est donc absous. |
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[15750] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
hoc sacramentum non minus valet vivis quam mortuis. Sed mortuis valet ad remissionem poenae,
quia ad hoc pro eis offertur. Ergo multo
magis vivis. |
2. Ce sacrement n’a pas moins de valeur pour les
vivants que pour les morts. Or, [ce sacrement] vaut aux morts la
rémission de la peine, car c’est pour cela qu’il est
offert pour eux. Donc, encore bien davantage pour les vivants. |
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[15751] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, veritas est
majoris efficaciae quam figura. Sed sacrificia veteris testamenti in
satisfactionem pro peccatis mortalibus offerebantur. Ergo multo fortius et hoc, cujus sunt illa figura; et sic
remittit mortalium poenam. |
3. La vérité est plus efficace que la
figure. Or, les sacrifices de l’Ancienne Alliance étaient
offerts en satisfaction pour les péchés mortels. À bien
plus forte raison celui-ci l’est-il, dont cela était la figure.
Il remet ainsi la peine des péchés mortels. |
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[15752]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra: quicumque non est debitor poenae, statim
moriens evolat. Si ergo hoc sacramento poena mortalis peccati dimitteretur,
quilibet munitus hoc sacramento ex hac vita discedens evolaret; quod falsum
est. |
Cependant, [1] tous
ceux qui ne sont pas débiteurs d’une peine s’envolent
dès qu’ils meurent. Si donc la peine du péché
mortel était remise par ce sacrement, tous ceux qui sont pourvus de ce
sacrement s’envoleraient en quittant cette vie, ce qui est faux. |
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[15753] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
satisfactio non exigitur nisi ad dimissionem poenae. Si ergo hoc sacramento
dimitteretur poena, omnis alia satisfactio tolleretur; quod est inconveniens. |
[2] Une satisfaction n’est exigée que pour
la remise de la peine. Si donc la peine était remise par ce sacrement,
toute autre satisfaction serait écartée, ce qui n’est pas
acceptable. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15754] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
virtute hujus sacramenti fit quaedam transformatio hominis ad Christum per
amorem, ut dictum est, et hoc est proprius ejus effectus. Et quia ex fervore
caritatis peccata venialia dimittuntur, propter hoc quod dicto fervori
contrariantur, ideo ex consequenti, virtute hujus sacramenti, venialia
delentur. |
Par la puissance de ce sacrement, s’accomplit une
certaine conformation de l’homme au Christ par l’amour, comme on
l’a dit, et cela est son effet propre. Et parce que les
péchés véniels sont remis par la ferveur de la
charité, puisque la ferveur en question s’y oppose, par voie de
conséquence, les péchés véniels sont donc
détruits par la puissance de ce sacrement. |
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[15755] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod tantus potest esse devotionis fervor, quod omnia
venialia peccata deleat. Neque est inconveniens quod aliqua hora homo sit
absque omni peccato veniali; quamvis hoc diu durare non possit propter
difficultatem vitandi peccata venialia. Nec tamen oportet quod semper omnia
peccata venialia deleat, sed secundum mensuram devotionis: quia non est proximus
effectus ejus deletio venialium, sed ex consequenti, ut ex dictis patet. |
1. La ferveur de la dévotion peut être si
grande qu’elle détruise tous les péchés
véniels. Et il n’est pas inacceptable qu’à un
certain moment, un homme soit sans aucun péché véniel,
bien que cela ne puisse durer longtemps en raison de la difficulté
d’éviter les péchés véniels. Toutefois, il
n’est pas nécessaire que tous les péchés
véniels soient toujours détruits, mais dans la mesure de la
dévotion, car son effet immédiat n’est pas la destruction
des péchés véniels, mais cela en est une
conséquence, comme cela ressort de ce qui a été dit. |
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[15756]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in hoc sacramento non solum
confertur gratia habitualis, sed excitatur fervor actualis devotionis; et
ideo gratiae hujus sacramenti non solum mortalia, sed etiam venialia
opponuntur. |
2. Par ce sacrement, non seulement la grâce
habituelle est-elle conférée, mais la ferveur de la
dévotion actuelle est-elle stimulée. C’est pourquoi les
grâces de ce sacrement ne s’opposent pas seulement aux
péchés mortels, mais aussi aux péchés
véniels. |
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[15757] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod Baptismus habet pro principali effectu delere
peccatum; et ideo quando non impeditur, delet omnia; sed non est ita in hoc
sacramento; et ideo ratio non sequitur. |
3. Le baptême a comme effet principal la
destruction du péché. C’est pourquoi, lorsqu’il
n’est pas empêché, il détruit tous les
péchés. Mais il n’en va pas de même de ce
sacrement. Le raisonnement n’est donc pas concluant. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15758] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod effectus sacramenti,
ut dictum est, respondet his quae exterius in sacramento geruntur. Exterius
autem usus hujus sacramenti est per manducationem, quae non debetur nisi rei
viventi; et ideo effectus hujus sacramenti praesupponit vitam in sumente. Et
quia peccatum mortale vitam spiritualem tollit, ideo hoc sacramentum non est
ad abluenda peccata mortalia in sumentibus, sed illos solum defectus qui cum
vita esse possunt. |
L’effet du sacrement, comme on l’a dit,
correspond à ce qui est accompli extérieurement dans le
sacrement. Or, l’usage de ce sacrement se fait à
l’extérieur par la manducation, qui n’est le fait que
d’une chose vivante. C’est pourquoi l’effet de ce sacrement
présuppose la vie chez celui qui le reçoit. Et parce que le péché
mortel enlève la vie spirituelle, ce sacrement n’est donc pas
destiné à laver les péchés mortels chez celui qui
le reçoit, mais seulement les carences qui peuvent coexister avec la
vie. |
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[15759] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod
sicut Innocentius dicit, hujusmodi locutiones sunt impropriae. Dicitur enim hoc sacramentum
scelera vel crimina abluere vel tollere, inquantum ea impedit, contra ipsa
robur ministrando. Vel dicendum, quod in
aliquo potest esse peccatum mortale, qui ejus conscientiam non habet; et
talis si devote accedit, veniam consequitur, ut supra, dist. 9, quaest. 1,
art. 3, quaestiunc. 2, dictum est. |
1. Comme le dit Innocent, ces manières de parler
sont impropres. En effet, on dit que ce sacrement lave ou enlève les
crimes pour autant qu’il les empêche en donnant de la force
contre eux. Ou bien il faut dire qu’il peut exister un
péché mortel chez quelqu’un sans qu’il en ait
conscience. Si celui-là s’approche [du sacrement] avec
dévotion, il obtient le pardon, comme on l’a dit plus haut,
d. 9, q. 1, a. 3, qa 2. |
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[15760]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod Baptismus non solum exprimit
passionem Christi, sed etiam facit baptizatum Christo commori. Et quia
corruptio unius est generatio alterius, generatio autem est motus in vitam, et
non praesupponit vitam, sed privationem ejus; ideo per Baptismum possunt
peccata mortalia dimitti virtute passionis, non autem per Eucharistiam, per
cujus sumptionem homo non significatur commori Christo, sed fructu mortis
Christi refici, quod vitam praesupponit. |
2. Le baptême n’exprime pas seulement la
passion du Christ, mais fait que le baptisé meurt avec le Christ. Et
parce que la corruption d’une chose est la génération
d’une autre, et que la génération est un mouvement vers
la vie et ne présuppose pas la vie, mais sa privation, les
péchés mortels peuvent être remis par le baptême en
vertu de la passion, mais non par l’eucharistie : par sa
réception, il n’est pas signifié que l’homme meurt
avec le Christ, mais qu’il est restauré par le fruit de la mort
du Christ, ce qui présuppose la vie. |
|
[15761] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod gratia quam Eucharistia confert, quantum est de se,
habet virtutem mortalia delendi. Sed ratione ordinis quem habet ad vitam quam
praesupponit, mortalia invenire non potest, et ideo nec ea delere. Si autem
inveniat in subjecto, non in conscientia, nihilominus ea delet. |
3. En elle-même, la grâce que confère
l’eucharistie a la capacité de détruire les
péchés mortels. Mais, en raison du rapport qu’elle a avec
la vie qu’elle présuppose, elle ne peut trouver les
péchés ni donc les détruire. Mais si elle en trouve chez
le sujet, et non dans sa conscience, elle les détruit
néanmoins. |
|
[15762] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod Eucharistia non solum est sacramentum, sed etiam est
sacrificium. Inquantum autem est sacramentum, habet effectum in omni vivente,
in quo requirit vitam praeexistere. Sed inquantum est sacrificium, habet
effectum etiam in aliis, pro quibus offertur, in quibus non praeexigit vitam
spiritualem in actu, sed in potentia tantum; et ideo, si eos dispositos
inveniat, eis gratiam obtinet virtute illius veri sacrificii a quo omnis
gratia in nos influxit; et per consequens peccata mortalia in eis delet, non
sicut causa proxima, sed inquantum gratiam contritionis eis impetrat. Et quod
in contrarium dicitur, quod non offertur nisi pro membris Christi,
intelligendum est pro membris Christi offerri, quando offertur pro aliquibus
ut sint membra. |
4. L’eucharistie n’est pas seulement un
sacrement, mais aussi un sacrifice. En tant que sacrement, elle a un effet
chez tout vivant, chez qui elle exige que la vie préexiste. Mais en
tant que sacrifice, elle a un effet pour les autres aussi pour qui elle est
offerte, chez qui elle n’exige pas au préalable une vie
spirituelle en acte, mais en puissance seulement. Si elle les trouve [bien]
disposés, elle obtient donc pour eux la grâce en vertu de ce
sacrifice par lequel toute grâce s’écoule en nous et, par
conséquent, détruit chez eux les péchés mortels,
non pas comme cause prochaine, mais parce qu’elle obtient pour eux la
grâce de la contrition. Ce qui est dit en sens contraire, qu’elle
n’est offerte que pour les membres du Christ, doit s’entendre au
sens où elle est offerte pour les membres du Christ lorsqu’elle
est offerte pour certains afin qu’ils soient membres. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15763] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod Eucharistia,
inquantum est sacramentum, ut dictum est, pro principali effectu habet
unionem hominis ad Christum; et ideo per modum sacramenti non aufert nisi ea
quae in habente vitam huic unioni opposita invenit. Poena autem peccato
mortali debita, quod jam deletum est, non est hujusmodi: ideo inquantum est
sacramentum, non habet effectum poenae mortalis dimissionem; sed inquantum
est sacrificium, accipit rationem satisfactionis; et secundum hoc in parte
vel in toto poenam tollit, sicut et aliae satisfactiones secundum mensuram
poenae debitae pro peccato et devotionis qua sacramentum offertur. Nec tamen
semper virtute hujus sacramenti tota poena tollitur. |
En tant que sacrement, l’eucharistie, comme on
l’a dit, a comme effet principal l’union de l’homme au
Christ. C’est pourquoi elle n’enlève par mode de sacrement
que ce qu’elle trouve opposé à cette vie chez un vivant.
Or, la peine due pour un péché mortel qui a déjà
été détruit n’est pas de cette sorte. En tant que
sacrement, [l’eucharistie] n’a donc pas comme effet la remise de
la peine éternelle ; mais, en tant que sacrifice, elle a raison
de satisfaction. De cette manière, elle enlève la peine en tout
ou en partie, comme les autres satisfactions, selon la mesure de la peine due
pour le péché et de la dévotion avec laquelle le
sacrement est offert. Toutefois, la peine n’est pas toujours
entièrement enlevée en vertu de ce sacrement. |
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[15764] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod indigne accedens cum conscientia mortalis peccati,
mortaliter peccat; et ideo reatum poenae debitae mortali peccato incurrit. Digne autem accedens
meretur vitam aeternam, ad quam meritum ordinatur, sicut mortale peccatum ad
poenam. Non autem ordinatur meritum directe principaliter ad remissionem
poenae; et ideo ratio non procedit. |
1. Celui qui s’approche indignement [de ce
sacrement] avec la conscience d’un péché mortel
pèche mortellement. C’est pourquoi il encourt
l’inculpation de la peine due pour un péché mortel. Mais
celui qui s’en approche dignement mérite la vie éternelle
à laquelle le mérite est ordonné, comme le
péché mortel l’est à la peine. Mais le
mérite n’est pas ordonné principalement à la
rémission de la peine. Aussi le raisonnement n’est-il pas
concluant. |
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[15765] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 2 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod non totaliter semper
aufertur poena per hoc sacrificium illis qui sunt in Purgatorio, nec auferebatur
in veteri lege per antiqua sacrificia. |
2. La peine n’est pas toujours enlevée par
ce sacrement chez ceux qui sont au purgatoire ; elle ne
l’était pas non plus sous la loi ancienne par les anciens
sacrifices. |
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[15766] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 2 a. 2 qc. 3 ad 3 Unde patet solutio ad
tertium. |
3. La solution de la
troisième objection ressort ainsi clairement. |
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Quaestio 3 |
Question 3 – [La fréquentation du sacrement de l’eucharistie] |
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Prooemium |
Prologue
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[15767] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 pr. Deinde quaeritur
de frequentatione hujus sacramenti; et circa hoc quaeruntur duo: 1 de
frequentatione; 2 de cessatione. |
On
s’interroge ensuite sur la fréquence de la réception de
ce sacrement. À ce sujet, deux questions se posent : 1 –
sur la réception fréquente ; 2 – sur la cessation. |
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Articulus 1 [15768] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 1 tit. Utrum debeat homo frequentare hoc sacramentum, vel
semel tantum in vita sua sumere |
Article
1 – Doit-on recevoir fréquemment ce sacrement ou ne le recevoir
qu’une seule fois dans sa vie ?
|
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Doit-on
recevoir fréquemment ce sacrement ou ne le recevoir qu’une seule
fois dans sa vie ?]
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[15769] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod non debeat homo frequentare hoc sacramentum,
sed semel tantum in vita sua sumere. Injuriam
enim facit sacramento qui sacramentum iterat. Sed rei digniori minus facienda
est injuria. Cum ergo hoc sacramentum sit dignius aliis quibusdam quae non
iterantur, videtur quod non nisi semel accipi debeat. |
1. Il semble qu’on ne doive pas recevoir
fréquemment ce sacrement, mais ne le recevoir qu’une seule fois
dans sa vie. En effet, celui qui répète un sacrement porte
préjudice au sacrement. Or, on doit d’autant moins lui porter
préjudice qu’une chose est plus digne. Puisque ce sacrement est
plus digne que certains autres qui ne sont pas répétés,
il semble qu’on ne doive le recevoir qu’une seule fois. |
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[15770] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
apostolus probat, Hebr. 10, ex unitate hostiae vel passionis Christi,
unitatem Baptismi. Sed hoc sacramentum magis convenit cum passione Christi,
inquantum est hostia, quam Baptismus. Ergo cum Baptismus semel tantum
percipiatur, et hoc sacramentum semel tantum debet percipi. |
2. En He 10,
l’Apôtre démontre l’unicité du baptême
à partir de l’unicité de l’hostie ou de la passion
du Christ. Or, ce sacrement a davantage en commun avec la passion du Christ
que le baptême, puisqu’il est un sacrifice. Puisque le
baptême n’est reçu qu’une seule fois, ce sacrement
aussi ne doit donc être reçu qu’une seule fois. |
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[15771] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, cum frequentatione mysterii crescit
nostrae salutis effectus, ut in collecta dicitur. Sed ad hoc debemus niti ut
effectus salutis in nobis crescat. Ergo
debemus frequenter sumere. |
Cependant, «par la
fréquentation du mystère, l’effet de notre salut
s’accroît», comme le dit une collecte. Or, nous devons nous
efforcer à ce que l’effet du salut s’accroisse en nous.
Nous devons donc le recevoir fréquemment. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Faut-il le recevoir quotidiennement ?] |
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[15772]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod qualibet die. Ambrosius enim dicit:
iste panis quotidianus est; accipe quotidie quod quotidie tibi prosit. |
1. Il semble qu’il faille le recevoir quotidiennement. En effet, Ambroise dit : «Ce pain est quotidien. Reçois quotidiennement ce qui t’est quotidiennement profitable.» |
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[15773] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, isto
sacramento excitatur fervor caritatis, qua homo Christo unitur. Sed hoc expedit ut quotidie fiat. Ergo quotidie
communicandum est. |
2. La ferveur de la
charité est stimulée par ce sacrement par lequel l’homme
est uni au Christ. Or, il convient que cela ait lieu quotidiennement. Il faut
donc communier quotidiennement. |
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[15774] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra est quod Augustinus dicit in Lib. de Eccl. Dogmat.: quotidie
Eucharistiam sumere nec laudo nec vitupero. Ergo non est quotidie
communicandum. |
Cependant, Augustin
dit, dans le livre Sur les enseignements de l’Église :
«Je ne loue ni ne blâme le fait de recevoir quotidiennement
l’eucharistie.» Il ne faut donc pas communier quotidiennement. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Faut-il communier une fois par année ?] |
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[15775]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sit semel in anno communicandum
tantum. Quia agnus paschalis signum fuit hujus sacramenti. Sed sumebatur tantum
semel in anno. Ergo et hoc sacramentum debet semel in anno tantum percipi. |
1.
Il semble qu’il faille communier une fois par année, car
l’agneau pascal était le signe de ce sacrement. Or, il
n’était pris qu’une fois par année. Ce sacrement
aussi doit donc être reçu une seule fois par année. |
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[15776]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, hoc sacramentum est memoriale dominicae
passionis. Sed passionem domini commemorat Ecclesia semel in anno. Ergo tunc
tantum debet esse tempus communicandi. |
2. Ce sacrement est le
mémorial de la passion du Seigneur. Or, l’Église
commémore la passion du Seigneur une seule fois par année. Il
ne faut donc communier qu’à ce moment. |
|
[15777] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra est quod dicit Fabianus Papa: et si non pluries, ter saltem in anno
communicent homines, scilicet in Pascha, Pentecoste, et natali domini. |
Cependant, le pape
Fabien dit : «Sinon plusieurs fois, qu’on communie au moins
trois fois par année, à savoir, à Pâques, à
la Pentecôté et le jour de la naissance du Seigneur.» |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Peut-on communier plusieurs fois par jour ?] |
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[15778]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod homo possit una die pluries
communicare. Quia majus est celebrare quam communicare. Sed sacerdos potest
una die celebrare pluries, si necesse sit. Ergo et alius fidelis potest
pluries communicare. |
1. Il semble qu’on puisse communier plusieurs fois
par jour, car il est plus grand de célébrer que de communier.
Or, le prêtre peut célébrer plusieurs fois par jour, si
cela est nécessaire. Un autre fidèle peut donc communier
plusieurs fois. |
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[15779] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
quotiescumque aegritudo corporalis iteratur, extrema unctio potest iterari.
Sed Eucharistia ordinatur contra aegritudinem peccatorum venialium, quae uno
die pluries iterantur. Ergo una die potest homo pluries communicare. |
2. Aussi souvent qu’une maladie corporelle est
répétée, l’extrême-onction peut être
répétée. Or, l’eucharistie est ordonnée
contre la maladie des péchés véniels, qui se
répètent plusieurs fois par jour. On peut donc communier
plusieurs fois par jour. |
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[15780] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 4 s. c. 1 Sed
contra est quod dicitur de Consecr., dist. 1: sufficit sacerdoti semel in
die Missam celebrare; quia Christus semel passus est, et totum mundum redemit.
Ergo etiam semel tantum in die debet quis communicare. |
Cependant, il est
dit dans «Sur la consécration», d. 1 : «Il
suffit que le prêtre dise la messe une seule fois par jour, car le
Christ a souffert une seule fois et a racheté le monde entier.» |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15781] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod ea
quae in hoc sacramento geruntur, habent similitudinem cum his quae accidunt
in corporali nutrimento. Quia enim fit quasi continua deperditio naturalis
humiditatis per actionem caloris naturalis et exercitium laboris, ideo
oportet frequenter corporalem cibum assumere ad restaurationem deperditi, ne
perditio continua mortem inducat. Similiter
etiam ex concupiscentia innata et occupatione circa exteriora fit deperditio
devotionis et fervoris, secundum quae homo in Deum colligitur; unde oportet
quod pluries deperdita restaurentur, ne homo totaliter alienetur a Deo. |
Ce qui est accompli dans ce sacrement a une ressemblance
avec ce qui se produit pour la nourriture corporelle. En effet, parce
qu’il y a une déperdition continuelle de l’humidité
naturelle par l’action de la chaleur naturelle et par l’effort du
travail, il faut donc prendre fréquemment de la nourriture corporelle
pour rétablir ce qui a été perdu, de sorte que la
déperdition continuelle ne conduise pas à la mort. De
même aussi, à cause de la concupiscence innée et de
l’occupation aux choses extérieures, il se produit une déperdition
de dévotion et de ferveur par lesquelles l’homme est
réuni avec Dieu. Il faut donc que ce qui a été perdu
à plusieurs reprises soit rétabli, de crainte que l’homme
ne devienne complètement étranger à Dieu. |
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[15782] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod perfectio hujus
sacramenti, ut dictum est, dist. 8, qu. 1, art. 1, quaestiunc. 1, consistit
in consecratione materiae, non in usu ipsius; et ideo consecratio non
repetitur super eamdem materiam propter reverentiam sacramenti, sed usus
potest repeti. |
1. Comme on l’a
dit dans la d. 8, q. 1, a. 1, qa 1,
l’accomplissement de ce sacrement consiste dans la consécration
de la matière, et non dans son usage. C’est pourquoi la
consécration n’est pas répétée sur la
même matière par révérence pour le sacrement, mais
son usage peut être répété. |
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[15783] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod Baptismus repraesentat illam hostiam, secundum quod facit in nobis
spiritualem vitam; et quia generatio uniuscujusque non est nisi semel, ideo
Baptismus non repetitur. Sed Eucharistia
repraesentat illam hostiam secundum quod reficit; et ideo oportet quod
frequenter sumatur. |
2. Le baptême
représente ce sacrifice en tant qu’il réalise en nous la
vie spirituelle. Et parce que la génération de tous ne se
réalise qu’une fois, le baptême n’est donc pas
répété. Mais l’eucharisite représente ce
sacrifice selon qu’il restaure. C’est pourquoi il faut
qu’il soit pris fréquemment. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15784] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod in hoc
sacramento duo requiruntur ex parte recipientis; scilicet desiderium conjunctionis
ad Christum, quod facit amor; et reverentia sacramenti, quae ad donum timoris
pertinet. Primum autem incitat ad frequentationem hujus sacramenti
quotidianam, sed secundum retrahit. Unde si
aliquis experimentaliter cognosceret ex quotidiana sumptione fervorem amoris
augeri, et reverentiam non minui, talis deberet quotidie communicare; si
autem sentiret per quotidianam frequentationem reverentiam minui, et fervorem
non multum augeri, talis deberet interdum abstinere, ut cum majori reverentia
et devotione postmodum accederet. Unde quantum ad hoc unusquisque relinquendus
est judicio suo; et hoc est quod Augustinus dicit: si dixerit quispiam,
non quotidie accipiendam esse Eucharistiam, alius affirmet quotidie sumendam;
faciat unusquisque quod secundum fidem suam pie credit esse faciendum; et
probat per exemplum Zachaei et centurionis; quorum unus recipit dominum
gaudens, Luc. 19, alius dicit Matth. 8, 8: non sum dignus ut intres sub
tectum meum; et uterque misericordiam consecutus est. |
Dans ce sacrement, deux choses sont requises de la part
de celui qui le reçoit : le désir de l’union au
Christ, ce que réalise l’amour ; et la
révérence envers le sacrement, qui relève du don de
crainte. Or, le premier incite à la fréquentation quotidienne
de ce sacrement, mais la seconde en éloigne. Si donc quelqu’un
connaissait d’expérience que la ferveur de l’amour est
augmentée par la réception quotidienne et que la
révérence n’est pas diminuée, il devrait communier
quotidiennement. Mais s’il éprouvait que la révérence
est diminuée par la réception quotidienne et que la ferveur
n’est pas beaucoup augmentée, il devrait pour un temps
s’en abstenir, afin de s’en approcher par la suite avec une plus
grande ferveur et dévotion. Aussi chacun doit-il être
laissé à son propre jugement sur ce point. C’est ce
qu’Augustin dit : «Si quelqu’un dit que
l’eucharistie ne doit pas être reçue quotidiennement et un
autre affirme qu’elle doit être reçue quotidiennement, que
chacun fasse ce qu’il croit devoir faire selon sa foi.» Et il le
montre par l’exemple de Zachée et du centurion : l’un
reçoit le Seigneur dans la joie, Lc 19 ; l’autre dit
en Mt 8, 8 : Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit.
Et les deux ont obtenu miséricorde. |
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[15785] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 2 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
La solution des
objections est ainsi claire. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15786] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod secundum diversos
status fidei diversus mos de hoc inolevit. Nam in primitiva Ecclesia, quando
vigebat devotio major ex propinquitate passionis Christi, et erat major impugnatio
ab infidelibus, quia haec mensa adversus tribulationes Ecclesiae praeparatur,
quotidie communicandum fidelibus indicebatur; unde Callistus Papa dicit: peracta
consecratione omnes communicent, qui nolunt ecclesiasticis carere liminibus.
Sic enim apostoli statuerunt. Postmodum indictum fuit ut saltem ter in
anno communicarent, ut dictum est, propter solemnitatem illorum dierum. Sed
postmodum arctatum est, ut saltem semel in anno, scilicet in Pascha, communicent;
et ad hoc etiam multi idonei non inveniuntur. Et
quamvis statutum Ecclesiae non liceat praeterire, tamen licet pluries
communicare. Unde Augustinus laudat omnibus diebus dominicis communicandum
esse; et ita pluries in anno potest communicare quis. |
Diverses coutumes ont eu cours à ce sujet selon
les divers états de la foi. Car, dans l’Église primitive,
alors qu’une dévotion plus grande se manifestait en raison de la
proximité de la passion du Christ et que les attaques des infidèles
étaient plus grandes – car cette table est
préparée pour faire face aux tribulations de
l’Église –, il était indiqué pour les
fidèles de communier quotidiennement. Aussi le pape Calliste
dit-il : «Une fois la consécration réalisée,
que tous ceux qui ne veulent pas manquer l’accès à
l’Église communient. Ainsi en ont décidé les
apôtres.» Par la suite, il a été
décidé qu’ils communieraient au moins trois fois par
année, comme on l’a dit, en raison de la solennité de ces
jours. Mais, par après, cela a été restreint, de sorte
qu’on devait communier une seule fois par année, à
savoir, à Pâques. Et même à cela, beaucoup se
trouvent inaptes. Et bien qu’il ne soit pas permis d’aller au-delà
d’une décision de l’Église, il est cependant permis
de communier plusieurs fois. Aussi Augustin loue-t-il le fait que tous
doivent communier les dimanches. Ainsi peut-on communier plusieurs fois par
année. |
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[15787]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod agnus paschalis fuit figura
hujus sacramenti ratione passionis Christi, quae semel tantum facta est; et
ideo semel tantum in anno sumebatur: sed manna, quod fuit figura hujus
sacramenti, inquantum hoc sacramentum est cibus fidelium, quolibet die
sumebatur. |
1. L’agneau pascal était la figure de ce
sacrement en raison de la passion du Christ, qui n’a eu lieu
qu’une seule fois. C’est pourquoi il était pris une seule
fois par année. Mais la manne, qui était la figure de ce
sacrement en tant que ce sacrement est la nourriture des fidèles,
était prise chaque jour. |
|
[15788] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod Ecclesia tempore passionis recolit ipsam passionem
secundum se, et ideo semel in anno tantum recolit, sed in hoc sacramento
recolitur passio secundum quod per ipsam reficimur; et quia tali refectione
pluries indigemus, ideo pluries hoc modo recolitur dominica passio. |
2. Au temps de la passion, l’Église rappelle
la passion en elle-même. C’est pourquoi elle ne la rappelle
qu’une seule fois par année. Mais, par ce sacrement, la passion
est rappelée selon que nous sommes restaurés par elle. Et parce
que nous avons souvent besoin d’une telle restauration, c’est la
raison pour laquelle la passion du Seigneur est rappelée plusieurs
fois de cette manière. |
|
Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15789] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 1 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod homo non debet
pluries in una die communicare, ut saltem quantum ad unam diem repraesentetur
unitas dominicae passionis, et ut quantum ad aliquid reverentia sacramento exhibeatur
semel sumendo. |
On ne doit pas communier plusieurs fois au cours
d’une seule journée afin que soit représentée
l’unicité de la passion du Seigneur au moins par une seule
journée, de sorte que, sur un point, la révérence envers
ce sacrement soit manifestée en ne le recevant qu’une seule
fois. |
|
[15790] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sacerdos est quasi persona publica, et ideo
oportet quod non solum pro se, sed etiam pro aliis celebret; et ideo
necessitate cogente potest pluries celebrare in die. Sed non est eadem ratio
de illis qui non sumunt nisi ratione sui. |
1. Le prêtre est pour ainsi dire un personnage
public. Il faut donc qu’il célèbre non seulement pour lui-même,
mais aussi pour les autres. C’est pourquoi il peut
célébrer plusieurs fois en une journée si la
nécessité l’y oblige. Mais il n’en va pas de
même pour ceux qui ne le reçoivent qu’en raison
d’eux-mêmes. |
|
[15791]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sunt alia remedia quibus
peccatum veniale expiari potest; unde non oportet ut ad ea expianda homo
pluries in die communicet. |
2. Il existe d’autres remèdes par lesquels
le péché véniel peut être expié. Aussi
n’est-il pas nécessaire que, pour les expier, on communie
plusieurs fois par jour. |
|
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Articulus 2 [15792] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 tit. Utrum
liceat omnino a communione cessare |
Article
2 – Est-il permis de cesser complètement de communier ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Est-il
permis de cesser complètement de communier ?]
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[15793] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod liceat
omnino a communione cessare. Quia nullus tenetur nisi ad ea quae sunt necessitatis.
Sed hoc sacramentum, ut supra, dist. 9, qu.
1, art. 1, quaest. 2, dictum est, non est necessitatis. Ergo aliquis potest
omnino a sacramenti sumptione cessare. |
1. Il semble qu’il soit permis de cesser
complètement de communier, car personne n’est obligé
qu’à ce qui est nécessaire. Or, comme on l’a dit
plus haut, d. 9, q. 1. a. 1, qa 2, ce sacrement
n’est pas nécessaire. On peut donc cesser complètement de
recevoir ce sacrement. |
|
[15794] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, quod fit ad
reverentiam Dei, non est peccatum. Sed aliquis
potest ex reverentia sacramenti omnino cessare. Ergo si omnino cesset, non
est peccatum. |
2. Ce qui est fait par révérence envers
Dieu n’est pas un péché. Or, on peut par
révérence pour le sacrement cesser complètement [de le
recevoir]. Si on cesse complètement, ce n’est donc pas un
péché. |
|
[15795]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Augustinus dicit, quod de sumptione hujus
sacramenti debet quilibet facere quod pie credit faciendum esse. Ergo non
peccat, si omnino cesset, et putat hoc esse faciendum. |
3. Augustin dit, à propos de la réception
de ce sacrement, que chacun doit faire ce qu’il croit devoir faire par
piété. On ne pèche donc pas si l’on cesse
complètement [de le recevoir] et pense qu’on doit le faire. |
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[15796] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra est quod Innocentius dicit: cavendum est ne si nimium hujus
sacramenti sumptio differatur, mortis periculum incurratur. Ergo si
omnino cessatur, est mortiferum. |
Cependant, [1]
Innocent dit : «Qu’on évite d’encourir un
danger de mort en différant trop longtemps la réception de ce
sacrement.» Si l’on cesse complètement, cela est donc
mortel. |
|
[15797] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, statutum est
Ecclesiae, ut saltem semel in anno fideles communicent. Ergo qui omnino cessat, peccat. |
[2] Une décision de l’Église veut que
les fidèles communinent au moins une fois par année. Celui qui
cesse complètement pèche donc. |
|
Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Celui qui consacre peut-il cesser de communier ?] |
|
[15798]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod ille qui consecrat, possit a
communione cessare. Quia ubi est major necessitas, ibi secundum ordinem debitum
caritatis est magis subveniendum. Sed potest contingere quod postquam
sacerdos consecraverit, aliquis infirmetur ad mortem, et instanter petat
corpus Christi in ultima necessitate constitutus. Ergo cum sit hoc
sacramentum caritatis, debet sacerdos ipse a communione desistere, et infirmo
dare. |
1.
Il semble que celui qui consacre peut cesser de communier, car là
où la nécesité est plus grande, là faut-il porter
secours selon l’ordre approprié de la charité. Or, il
peut arriver qu’après qu’un prêtre a consacré,
quelqu’un tombe mortellement malade et, par nécessité
urgente, demande immédiatement le corps du Christ. Puisque ce
[sacrement] est le sacrement de la charité, le prêtre doit donc
lui-même renoncer à communier et donner [la communion] au
malade. |
|
[15799] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, gravius est peccatum peccato superaddere
quam unum simplex peccatum committere. Sed
habens conscientiam peccati mortalis peccat consecrando, peccat etiam
communicando. Ergo ex quo consecravit, debet saltem a sumptione cessare. |
2. Il est plus grave d’ajouter le
péché au péché plutôt que de commettre
simplement un péché. Or, celui qui a conscience d’un
péché mortel pèche en consacrant, et il pèche
aussi en communiant. Après avoir consacré, il doit donc au
moins cesser de recevoir [le sacrement]. |
|
[15800] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
communicatio corporis domini et sanguinis aequaliter debetur omnibus membris
Christi. Sed aliis datur corpus Christi sine sanguine. Ergo sacerdos saltem a
sumptione sanguinis abstinere potest. |
3. La communion au corps et au sang du Seigneur est
également due à tous les membres du Christ. Or, le corps du
Christ est donné aux autres sans le sang. Le prêtre doit donc au
moins s’abstenir de prendre le sang. |
|
[15801] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra est quod dicitur de Consecr., dist. 2, cap. relatum, ubi reprobatur
eorum error qui volebant consecrare corpus Christi, et non sumere. |
Cependant, [1] va en
sens contraire ce qui est dit dans «Sur la consécration»,
d. 2, chapître «Relatum», où est
réfutée l’erreur de ceux qui voulaient consacrer le corps
du Christ et ne pas le recevoir. |
|
[15802]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, hoc idem videtur ex verbis domini, quibus dixit
hoc sacramentum instituens: accipite, et comedite; Matth. 26, 26. |
[2] La même chose semble pouvoir être
tirée des paroles du Seigneur, qui a dit [à ses disciples] en
instituant ce sacrement : Prenez et mangez, Mt, 26, 26. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Est-il plus louable de s’abstenir de ce sacrement que de s’en approcher ?] |
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[15803] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod laudabilius sit abstinere ab
hoc sacramento quam accedere. Quia ad Deum maxime per humilitatem appropinquamus.
Sed quod homo ex reverentia sacramenti a
communione desistit, humilitatis est. Ergo hoc videtur magis meritorium
et fructuosum, quam etiam sumere. |
1.
Il semble qu’il soit plus louable de s’abstenir de ce sacrement
que de s’en approcher, car nous nous approchons de Dieu surtout par
l’humilité. Or, le fait qu’on cesse de communier par
révérence pour ce sacrement relève de
l’humilité. Cela semble donc plus méritoire et fructueux
que de le recevoir. |
|
[15804] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
caritatis verae est magis Dei gloriam quam commodum proprium quaerere. Sed
iste qui abstinet, videtur propter gloriam Dei facere quam reveretur; qui
autem sumit, propter proprium commodum facere, quia fructum sacrum quaerit.
Ergo illud est perfectioris caritatis, et ita magis meritorium. |
2. Il relève d’une plus grande
charité de rechercher plutôt la gloire de Dieu que son propre
avantage. Or, celui qui s’abstient semble agir pour la gloire de Dieu
qu’il révère ; mais celui qui [le] reçoit
[semble] le faire pour son propre avantage, car il recherche un fruit saint.
Cela relève donc d’une plus grande charité et est ainsi
plus méritoire. |
|
[15805] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 3 Sed
contra, in aliis sacramentis ei cui licet sacramentum accipere, melius est
accipere quam desistere. Sed hoc sacramentum dignius est aliis. Ergo multo
melius est homini parato accipere quam ex reverentia desistere. |
Cependant, dans les autres
sacrements, il est meilleur de [les] recevoir que d’y renoncer pour
celui à qui il est permis de recevoir le sacrement. Or, ce sacrement
est plus digne que les autres. Il est donc bien meilleur, pour celui qui est
bien disposé, de le recevoir plutôt que d’y renoncer par
révérence. |
|
Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
|
|
[15806] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod nulli licet
omnino a communione cessare: quia Ecclesia statuit tempus in quo fideles
communicare debeant; unde qui omnino desistunt, efficiuntur rei transgressionis
praecepti. Institutio autem Ecclesiae fuit necessaria: quia enim in
quotidiana pugna sumus, vita spiritualis in nobis evanesceret, nisi aliquando
cibum vitae sumeremus. |
Il n’est permis à personne de cesser
complètement de communier, car l’Église a
déterminé un temps où les fidèles doivent
communier. Ceux qui y renoncent totalement deviennent donc coupables de la
transgression d’un précepte. Or, ce qui a été
établi par l’Église était nécessaire :
en effet, parce que nous sommes dans un combat quotidien, la vie spirituelle
disparaîtrait en nous si nous ne prenions parfois l’aliment de
vie. |
|
[15807]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod hoc sacramentum de sui institutione
prima, quamvis non sit de necessitate salutis, tamen ex institutione
Ecclesiae necessarium efficitur; et sine hoc etiam necessarium esset non
simpliciter, ut sine quo non esset salus, sed ex suppositione finis; si
scilicet homo in vita spirituali firmus persistere vellet. |
1. Bien que, en vertu
de sa première institution, ce sacrement ne soit pas nécessaire
au salut, il est cependant rendu nécessaire en vertu d’une
décision de l’Église. Sans celle-ci, il serait aussi
nécessaire non pas simplement, de sorte que sans lui il n’y
aurait pas de salut, mais en supposant la fin, à savoir, si on veut
demeurer ferme dans la vie spirituelle. |
|
[15808] Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod reverentia debita Deo in hoc exhibetur quod
homo non se nimis divinis ingerat supra suum modum; sed quod homo omnino se
subtrahat, hoc est contemptus, et pusillanimitatis. |
2. La révérence due à Dieu se
manifeste par le fait que l’homme ne s’immisce pas dans les
choses divines plus qu’il ne lui convient. Mais qu’on se
soustraie complètement [aux choses divines], cela relève du
mépris et même de la pusillanimité. |
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[15809] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod verbum Augustini referendum est ad hoc quod quotidie sumatur,
vel non; non autem ad hoc quod omnino quis desistat. |
3. La parole d’Augustin doit être mise en
rapport avec le fait de recevoir quotidiennement ou non [le sacrement], mais
non avec le fait qu’on y renonce complètement. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15810] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod semper ille
qui consecrat, debet sumere corpus et sanguinem Christi, nisi impediatur vel
per violentiam, vel per mortem, vel per infirmitatem, vel aliquid hujusmodi:
cujus ratio potest sumi ex parte ipsius sacramenti, quod in ipsa sumptione
complementum suae significationis accipit: quia, ut dicit Augustinus, dum
sanguis in ore fidelium de calice funditur, sanguinis effusio de latere
Christi designatur: et etiam complementum suae efficaciae, quia ultimum
effectum proprium habet in hoc quod sumitur. Ut ergo sacramentum sit
perfectum, oportet illum qui sacramentum celebravit, communicare. Potest
etiam sumi ratio ex parte ipsius consecrantis: quia cum ipse sit aliis
dispensator divinorum, debet primo in participatione divinorum fieri, ut
Dionysius dicit in 3 cap. Eccles. Hierar. |
Celui qui consacre doit toujours prendre le corps et le
sang du Christ, à moins d’en être empêché par
la violence, la mort, la maladie ou quelque chose du genre. La raison peut en
être saisie du côté du sacrement lui-même, qui
reçoit sa signification achevée par le fait même
qu’il est pris. En effet, comme le dit Augustin, lorsque le sang coule
du calice dans la bouche des fidèles, l’écoulement du
sang du côté du Christ est désigné. [Le sacrement]
reçoit aussi sa pleine efficacité, car il a son ultime effet
propre par le fait qu’il est pris. Pour que le sacrement soit parfait,
il faut donc que celui qui a célébré le sacrement communie.
La raison peut aussi en être saisie du côté de
celui-là même qui consacre, car, puisqu’il est le
dispensateur des réalités divines pour les autres, il doit
être le premier à participer aux réalités divines,
comme le dit Denys dans la Hiérarchie
ecclésiastique, III. |
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[15811] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in tali casu non
oportet quod sacerdos communionem intermittat; sed potest dare infirmo
petenti partem hostiae consecratae. |
1. Dans un tel cas, il ne faut pas que le prêtre
reporte la communion, mais il peut donner au malade qui le demande une partie
de l’hostie consacrée. |
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[15812] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod magis peccaret non sumendo, quia sacrilegium committeret
pervertens ritum sacramentorum. Nec tamen est perplexus; quia potest ad Deum
converti, et conteri: et tunc sine periculo in tali articulo sumet. |
2. Il pécherait davantage en ne le recevant pas,
car il commettrait un sacrilège en bouleversant le rite des
sacrements. Il n’est cependant pas perplexe, car il peut se convertir
à Dieu et se repentir. Alors, il pourra le recevoir sans danger dans
une telle situation. |
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[15813] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod perfectio sacramenti hujus in utroque consistit, ut ex
supra dictis patet; et ideo sacerdos celebrans qui alterum tantum sumeret,
imperfecte sacramentum perageret; unde reus sacrilegii secundum canones
judicatur, de Consec., dist. 2, cap. comperimus. Secus est autem de
aliis qui non perficiunt sacramentum: quia eis subtrahitur sanguis propter
effusionis periculum; unde et sacerdos in parasceve, quando non consecrat,
corpus sine sanguine sumit. |
3. La perfection de ce sacrement consiste dans les deux
choses, comme cela ressort clairement de ce qui a été dit.
C’est pourquoi le prêtre célébrant qui prendrait
[le corps] seulement accomplirait imparfaitement le sacrement. Il est donc
jugé coupable de sacrilège selon les canons, «Sur la
consécration», d. 2, chapitre «Comperimus». Il en va autrement des autres qui
n’accomplissent pas le sacrement, car le sang leur est refusé en
raison du danger de le répandre. Aussi, le prêtre,
lorsqu’il ne consacre pas le Vendredi saint, prend-il le corps sans le
sang. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15814] Super Sent., lib. 4 d. 12
q. 3 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod in his quae sunt ex
genere suo bona, peccatum non accidit, nisi ex aliquo accidente, dum inordinate
explentur; et ideo ea perficere per se bonum est; sed abstinere ab eis non
est bonum nisi ratione accidentis alicujus. Unde cum Eucharistiam accipere
sit bonum ex genere, assumere eam est bonum per se, abstinere est bonum per
accidens, inquantum scilicet timetur ne inordinate sumatur. Et quia quod est
per se, praejudicat ei quod est per accidens; ideo simpliciter loquendo,
melius est Eucharistiam sumere quam ab ea abstinere; sed in casu aliquo nihil
prohibet esse melius abstinere, quando aliquis probabiliter praesumit ex
sumptione reverentiam minui. Si autem haec duo ad invicem comparemus, adhuc
invenitur praevalere sumptio sacramenti abstinentiae a sacramento, tum
ratione effectus sacramenti, tum ratione praeparationis, quantulacumque sit;
tum etiam ratione virtutis elicientis actum: quia sumere videtur esse
caritatis, in qua radix meriti consistit; abstinere autem timoris: amor autem
timori praevalet. |
Il ne survient pas de péché dans les choses
qui sont bonnes par leur genre même, si ce n’est par accident,
lorsqu’elles sont accomplies de manière
désordonnée. C’est pourquoi les accomplir est bon en soi,
mais s’en abstenir n’est bon qu’en raison d’un
accident. Puisque recevoir l’eucharistie est bon par son genre, la
recevoir est donc bon en soi et s’en abstenir est bon par accident,
pour autant qu’on craint de la recevoir de manière
désordonnée. Et parce que ce qui existe par soi l’emporte
sur ce qui existe par accident, à parler simplement, il est donc
meilleur de recevoir l’eucharistie que de s’en abstenir. Mais,
dans un cas particulier, rien n’empêche qu’il soit mieux de
s’en abstenir, lorsque quelqu’un présume de manière
probable que la révérence [envers le sacrement] sera
diminuée par le fait de le recevoir. Mais si nous comparons ces deux
choses entre elles, le fait de recevoir le sacrement l’emporte sur le
fait de s’abstenir du sacrement en raison de l’effet du
sacrement, en raison de la préparation, aussi brève soit-elle,
et aussi en raison de la puissance qui est à la source de
l’acte, car recevoir [le sacrement] relève de la charité
dans laquelle s’enracine le mérite, mais s’en abstenir
[relève de] la crainte. Or, l’amour l’emporte sur la
crainte. |
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[15815]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod caritas est quae Deo directe
nos conjungit; sed humilitas ad hanc unionem disponit, inquantum hominem Deo
subdit; unde meritum magis consistit in caritate quam in humilitate. |
1. C'est la charité qui nous unit directement
à Dieu, mais l’humilité dispose à cette union pour
autant qu’elle soumet l’homme à Dieu. Aussi le
mérite consiste-t-il davantage dans la charité que dans
l’humilité. |
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[15816] Super Sent., lib.
4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in hoc maxime est gloria Dei et bonitas, quod se
creaturis pro captu earum communicat; unde magis videtur ad Dei gloriam
pertinere quod aliquis ad communionem accedat quam quod abstineat. |
2. La gloire et la bonté de Dieu consistent
surtout dans le fait qu’Il se communique aux créatures pour
qu’elles s’en saisissent. Il semble donc relever davantage de la
gloire de Dieu que l’on s’approche de la communion plutôt
que l’on s’en abstienne. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 12 |
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[15817]
Super Sent., lib. 4 d. 12 q. 3 a. 2 qc. 3 expos. Sicut et Christus se ostendit et cetera. Contra, veritatem non decet aliqua fictio.
Ergo non debuit eis aliud ostendere quam quod in ipso erat. Et ideo dicendum,
quod Christus eis speciem suam naturalem ostendit, et sensus exterior per eam
movebatur; sed propter dubitationem resurrectionis, sensus interioris judicium
impediebatur; unde eum talem inspiciebant exterius, ut Gregorius dicit qualis
erat apud eos interius; et ita non erat aliqua deceptio ex parte Christi,
sicut non est aliqua deceptio in sacra Scriptura ex hoc quod finguntur
figurae Angelis et ipsi Deo; non enim ad hoc fit ut in eis intellectus
remaneat, sed ut ex his in significata eorum surgat; et ita etiam per speciem
illam in qua eis apparuit, voluit eis dominus interiorem eorum dispositionem
significare. Qui confessus est coram Nicolao Papa et cetera. Videtur
ex hoc quod haec opinio omnino sit tenenda, quia in principio confessionis
hujus dicitur: consentio Romanae Ecclesiae, et apostolicae sedi. Ergo
nulli licet aliter tenere. Et dicendum, quod quia Berengarius negaverat verum
corpus Christi in altari esse, coactus fuit hanc confessionem facere; unde
non intendit dicere, quod ipsum corpus Christi frangatur, sed quod sub
speciebus, in quibus est fractio, verum corpus Christi sit; et in hoc se
dicit consentire apostolicae sedi, a contrario errore reversus. Manet
integer in corde tuo. Et intelligendum est quantum ad effectum; non quod
corpus ejus menti illabatur, quia hoc solius Dei est. Non est pars
corporis et cetera. De hoc dictum est supra, dist. 10, qu. unic., art. 3,
quaestiunc. 3. Indignus est qui aliter celebrat. Aliter celebrare
dicitur qui non servat materiam vel formam aut ritum debitum ab Ecclesia
institutum; et debet talis, si ex contemptu faciat, gradus sui periculo
subjacere. Etsi Christus quotidie immoletur, vel semel tantum immolatus
sit. Sciendum est, quod omnia illa verba quae important comparationem
Judaeorum ad Christum et poenam Christi, non dicuntur quotidie fieri. Non
enim dicimus quod Christus quotidie crucifigatur et occidatur; quia actus
Judaeorum et poena Christi transit. Illa autem quae important comparationem
Christi ad Deum patrem, dicuntur quotidie fieri, sicut offerre, sacrificare,
et hujusmodi, eo quod hostia illa perpetua est; et hoc modo est semel oblata
per Christum, quod quotidie etiam per membra ipsius offerri possit. In
sacramento recordatio illius fit quod factum est semel. Sacerdos enim non
solum verbis, sed etiam factis, Christi passionem repraesentat. Unde et in
principio canonis tres cruces facit super illud: haec dona, haec munera,
haec sancta sacrificia illibata, ad significandum trinam traditionem
Christi, scilicet a Deo, Juda, et Judaeis. Secundo autem super illud: benedictam,
adscriptam, ratam etc. facit tres communiter super utrumque, ad
ostendendum quod tribus Christus est venditus, scilicet sacerdotibus, Scribis,
et Pharisaeis. Duas autem facit divisim super corpus et sanguinem, ad
ostendendum venditorem et venditum. Tertio facit duas super illud: benedixit et
fregit: unam super corpus, aliam super sanguinem, ad ostendendum quod hoc
sacramentum valet ad salutem corporis et animae. Et quia dominus hoc
sacramentum in mortis suae memoriam exercendum mandavit, ideo statim post
consecrationem brachiorum extensione crucis effigiem repraesentat. Unde
etiam, ut Innocentius dicit, verba consecrationis, quae in fine ponenda
essent quasi complementum totius, in medio ponuntur ad historiae ordinem
observandum; quia verba canonis ad Eucharistiam consecrandam principaliter
pertinent, sed signa ad historiam recolendam. Quarto
facit quinque cruces super illud: hostiam puram etc. ad
repraesentandum quinque plagas. Quinto facit duas super illud: sacrosanctum
filii tui corpus etc. ad signandum vincula et flagella Christi. Et
additur tertia, qua sacerdos seipsum signat super illud: omni benedictione;
quia Christi vulnera, nostra sunt medicamenta. Vel per has tres cruces
significatur triplex oratio, qua Christus orasse legitur Matth. 26, passione
imminente. Sexto facit tres super illud: sanctificas, vivificas, benedicis
etc. ad repraesentandum, quod Judaei ter dixerunt: crucifige, verbo
crucifigentes Christum, quod fuit tertia hora. Septimo iterum facit tres
super illud: per ipsum, et in ipso, et cum ipso, ad repraesentandum
secundam crucifixionem, qua a militibus hora sexta post trium horarum spatium
crucifixus est; vel ad repraesentandum tres ejus cruciatus, scilicet
passionis, propassionis, compassionis. Deinde facit duas extra calicem super
illud: est tibi Deo patri omnipotenti in unitate spiritus sancti omnis
honor et gloria, ad repraesentandum separationem animae a corpore, quae
facta est hora nona; vel propter sanguinem et aquam, quae de latere Christi
profluxerunt. Inclinationes etiam factae a sacerdote, signant Christi
obedientiam ad patrem, ex qua mortem sustinuit. Tacita etiam locutio exprimit
consilium Judaeorum mortem Christi machinantium, vel discipulorum, qui palam
Christum confiteri non audebant. Quid autem fractio significet, dictum est.
Quia autem commixtio corporis et sanguinis unionem animae et corporis
significat; ideo illa crucis signatio quae fit super illa verba: pax
domini sit semper vobiscum, magis pertinet ad resurrectionem, quae
virtute Trinitatis et tertia die facta est. Quod autem quinquies se sacerdos
ad populum convertit, significat quod dominus die resurrectionis quinquies se
manifestavit: primo Mariae Magdalenae, Joan. ult. secundo Petro, Luc. ult.
tertio mulieribus, Matth. ult. quarto discipulis in Emaus, Lucae ultim.
quinto discipulis in unum, Joan. ult. Salutat autem populum septies ad
septiformem gratiam spiritus sancti ostendendam sine quibus mortalis vita
duci non potest; quia etsi possumus vitare singula, non tamen omnia. |
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Distinctio 13 |
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Quaestio 1 |
Question 1 – [Les ministres de l’eucharistie] |
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Prooemium |
Prologue
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[15818]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 pr. Postquam
determinavit Magister de sacramento Eucharistiae, hic determinat de ministris
hujus sacramenti; et dividitur in partes duas: in prima determinat
propositum; in secunda epilogat, ibi: de hoc caelesti mysterio aliqua
perstrinximus, a Catholicis fideliter tenenda. Prima in duas: in prima
ostendit quis possit consecrare et dispensare hujusmodi sacramentum; in
secunda quis possit sumere, ibi: illud etiam sane dici potest. Prima in duas: in prima
inquirit, utrum potestas consecrandi, per peccatum a ministro tollatur; in secunda
ostendit quae requiruntur in ministro ad hoc quod sacramentum consecrare
possit, ibi: in hujus autem mysterii expletione sicut formam servare, ita
ordinem haberi, scilicet ut sit sacerdos, et intentionem adhiberi oportet.
Prima in duas: in prima inquirit, utrum malus
sacerdos possit consecrare; in secunda, utrum ab Ecclesia praecisi, ibi: illi
vero qui excommunicati sunt, vel de haeresi manifeste notati, non videntur
hoc sacramentum posse conficere. De hoc caelesti mysterio aliqua
perstrinximus a Catholicis fideliter tenenda. Hic
epilogat; et circa hoc duo facit: primo ponit epilogum; secundo ex incidenti
determinat quid faciat haereticum, ibi: ne autem ignores quid faciat
haereticum, vel quid sit haereticus, audi breviter quae inde sancti doctores
tradant. Hic
est duplex quaestio. Prima de ministro consecrante. Secunda de haeresi. Circa primum quaeruntur tria: 1 quis possit consecrare; 2
de ritu consecrandi; 3 de dispensatione sacramenti |
Après avoir déterminé du sacrement
de l’eucharisite, le Maître détermine ici des ministres de
ce sacrement. Il y a deux parties : dans la première, il
détermine de ce qui est en cause ; dans la seconde, il conclut,
à cet endroit : «À propos de ce mystère
céleste, nous avons à peine effleuré ce qui doit
être tenu par les catholiques.» La première [partie] se
divise en deux : dans la première, il montre qui peut peut
consacrer et dispenser ce sacrement ; dans la seconde, qui peut le
recevoir, à cet endroit : «On peut aussi dire assurément.»
La première [partie] se divise en deux : dans la première,
il se demande si le pouvoir de consacrer est enlevé à un
ministre par le péché ; dans la seconde, il montre ce qui
est requis chez le ministre pour qu’il puisse consacrer ce sacrement,
à cet endroit : «Pour accomplir ce mystère, de
même qu’il est nécessaire d’observer la forme,
est-il nécessaire qu’il y ait ordre, à savoir qu’on
soit prêtre, et qu’on ait l’intention.» La
première [partie] se divise en deux : dans la première, il
se demande si un mauvais prêtre peut consacrer ; dans la seconde,
s’il peut être écarté par l’Église,
à cet endroit : «Mais ceux qui ont été
excommuniés ou qui sont manifestement reconnus comme
hérétiques ne semblent pas pouvoir accomplir ce
sacrement.» «À propos de ce mystère céleste,
nous avons à peine effleuré ce qui doit être tenu par les
catholiques.» Ici, il conclut et, à ce sujet, il fait deux
choses : premièrement, il présente la conclusion ;
deuxièmement, il détermine ce qui rend hérétique
en raison de l’incidente, à cet endroit : «Afin que
tu n’ignores pas ce qui rend hérétique ou ce qu’est
un hérétique, écoute brièvement ce que les saints
docteurs en ont dit.» Ici, il y a deux questions. La première
porte sur le ministre qui consacre. La seconde, sur
l’hérésie. Sur le premier point, il y a trois
questions : 1 – Qui peut consacrer ? 2 – Sur le rite de la
consécration. 3 – Sur la dispensation du sacrement. |
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Articulus 1 [15819] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 tit. Utrum etiam
laicus possit consecrare |
Article
1 – Un laïc peut-il aussi consacrer ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Un
laïc peut-il aussi consacrer ?]
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[15820] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod etiam laicus possit consecrare. Consecrare
enim sacerdotis est. Sed omnis laicus, si sit bonus, sacerdos est; quia, ut
dicit Chrysostomus, omnis sanctus, sacerdos est; et omnibus fidelibus dictum
est, 1 Petr. 2, 9: vos estis genus electum, regale sacerdotium. Ergo
bonus laicus potest consecrare. |
1.
Il semble qu’un laïc peut aussi consacrer. En effet, consacrer
relève du prêtre. Or, tout laïc, s’il est bon, est
prêtre, car, comme le dit Chrysostome, tout saint est prêtre. Et
il a été dit à tous les fidèles, 1 P
2, 9 : Vous êtes une nation sainte, un sacerdoce royal.
Un laïc bon peut donc consacrer. |
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[15821] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
homo non potest consecrare virtute propria, sed virtute Dei. Sed bonus laicus
magis est particeps divinae virtutis quam malus sacerdos. Ergo magis potest
bonus laicus consecrare quam malus sacerdos. |
2. Un homme ne peut pas consacrer par sa propre
puissance, mais par la puissance de Dieu. Or, un laïc bon participe
davantage à la puissance divine qu’un mauvais prêtre. Un
laïc bon peut donc davantage consacrer qu’un prêtre mauvais. |
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[15822] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, magis est sumere sacramentum quam
conficere; quia hoc ad illud ordinatur. Sed
bonus laicus potest sumere sacramentum. Ergo et consecrare. |
3. Il est mieux de recevoir le sacrement que de
l’accomplir, car ceci est ordonné à cela. Or, un
laïc bon peut recevoir le sacrement. Il peut donc aussi consacrer. |
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[15823] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra, hoc sacramentum offertur ad reconciliandum nos Deo, quod est officium
mediatoris. Cum ergo sacerdotis tantum sit medium esse inter Deum et populum,
soli sacerdotes hoc sacramentum conficere possunt. |
Cependant, [1] ce
sacrement est offert pour nous réconcilier avec Dieu, ce qui est la
fonction du médiateur. Puisqu’il appartient au seul prêtre
d’être un intermédiaire entre Dieu et le peuple, seuls les
prêtres peuvent donc accomplir ce sacrement. |
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[15824] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
bonitas virtutis non est manifesta, quia nemo scit utrum sit dignus odio vel
amore, Eccle. 9, et praecipue alteri nota esse non potest. Si ergo potestas
consecrandi sequatur bonitatem personae, non poterit esse notum quando
consecratum sit vere, et quando non; et ita erit deceptio in sacramentis. |
[2] La bonté de la vertu n’est pas
manifeste, car personne ne sait s’il est digne de haine ou
d’amour, Si 9. Et surtout, elle ne peut pas être connue
d’un autre. Si donc le pouvoir de consacrer découle de la
bonté d’une personne, on ne pourra savoir quand il y a
consécration ou non. Il y aura ainsi tromperie dans les sacrements. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [L’évêque seul peut-il consacrer ?] |
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[15825]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod solus episcopus possit consecrare.
Quia in qualibet republica principi debetur actus nobilissimus, sicut etiam
Commentator dicit in 11 Metaphysic. Sed summus in nostra hierarchia est episcopus,
ut dicit Dionysius. Ergo cum consecrare sit summus actus nostrae hierarchiae, hic actus sibi
soli debetur. |
1.
Il semble que seul l’évêque puisse consacrer, car, dans
chaque communauté, l’acte le plus noble revient au dirigeant,
comme le dit aussi le Commentateur dans Métaphysique, XI. Or,
l’évêque est le plus grand dans notre hiérarchie,
comme le dit Denys. Puisque consacrer est l’acte le plus
élevé de notre hiérarchie, cet acte revient donc
à lui seul. |
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[15826] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, secundum Dionysium, loco cit., perficere
est tantum episcopi. Sed secundum ipsum,
Eucharistia est perfectivam habens virtutem. Ergo solus episcopus potest
consecrare. |
2. Selon Denys, à l’endroit cité,
perfectionner relève seulement de l’évêque. Or,
selon lui, l’eucharistie possède une puissance pour
perfectionner. Seul l’évêque peut donc consacrer. |
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[15827] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
majus est consecrare corpus Christi quam consecrare altare, vel benedicere
virgines. Sed
illa reservantur solis episcopis. Ergo multo fortius consecratio corporis domini. |
3. Il est plus grand de
consacrer le corps du Christ que de consacrer un autel ou de bénir des
vierges. Or, ces choses sont réservées aux seuls
évêques. À bien plus forte raison donc, la
consécration du corps du Seigneur. |
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[15828] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra est communis usus Ecclesiae, et canonum institutio, qui docent
potestatem consecrandi et baptizandi episcopis et sacerdotibus esse communem. |
Cependant, l’usage
commun de l’Église va en sens contraire ainsi que les
décisions des canons, qui enseignent que le pouvoir de consacrer et de
baptiser est commun aux évêques et aux prêtres. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les hérétiques et les schismatiques peuvent-ils consacrer ?] |
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[15829]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod haeretici et schismatici et
excommunicati consecrare non possint. Quia, sicut dicit canon 24, qu. 1, cap.
audivimus, quicumque fuerit ab unitate Ecclesiae alienus, exercere potest,
consecrare non valet. Augustinus etiam dicit, quod extra Ecclesiam non
est locus veri sacrificii. Sed omnes praedicti sunt extra Ecclesiam. Ergo non
possunt consecrare. |
1. Il semble que les hérétiques et les
schismatiques ne puissent pas consacrer, car, comme le dit le canon 24, q. 1,
c. «Audivimus» : «Quiconque a été
séparé de l’unité de l’Église peut
faire les gestes, mais il ne peut consacrer.» Augustin dit aussi
qu’en dehors de l’Église, il n’y a pas de lieu pour
le sacrifice véritable. Or, tous ceux dont il a été
question sont hors de l’Église. Ils ne peuvent donc pas
consacrer. |
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[15830]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, hoc sacramentum pollui non potest. Sed secundum
Hieronymum, haeretici panem pollutum comedunt. Ergo verum sacrificium non
habent; ergo non consecrant. |
2. Ce sacrement ne peut être souillé. Or,
selon Jérôme, les hérétiques mangent du pain
souillé. Ils n’ont donc pas de sacrifice véritable. Ils
ne consacrent donc pas. |
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[15831] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
hoc sacramentum est unionis Ecclesiae; unde et communio dicitur. Sed omnes
praedicti hac unione carent. Ergo consecrare non possunt. |
3. Ce sacrement est [le sacrement] de l’union de
l’Église ; aussi est-il appelé communion. Or, tous
ceux dont il a été question sont privés de cette union.
Ils ne peuvent donc pas consacrer. |
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[15832] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, sacerdos habet potestatem consecrandi ex ipso charactere; sed
character manet in ipso haeretico, schismatico, et excommunicato. Ergo
possunt consecrare. |
Cependant, [1] le
prêtre a le pouvoir de consacrer en vertu du caractère
lui-même. Or, le caractère demeure chez
l’hérétique, le schismatique et
l’excommunié. Ils peuvent donc consacrer. |
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[15833] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1
a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
qualitas personae non exigitur nisi ad actum proprium personae. Sed
consecratio non est actus personalis ipsius sacerdotis, sed Dei cujus verbis
consecrat. Ergo non impeditur propter propriam qualitatem. |
[2] La qualité de la personne n’est resquise
que pour l’acte propre de la personne. Or, consacrer n’est pas un
acte personnel du prêtre lui-même, mais de Dieu par les paroles
de qui il consacre. Il n’en est donc pas empêché par sa
qualité propre. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Celui qui a perdu son grade peut-il consacrer ?] |
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[15834]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod degradatus non possit consecrare.
Nullus enim consecrare potest qui non habet potestatem consecrandi. Sed degradatus
non habet potestatem consecrandi, quamvis habeat potestatem baptizandi, ut
dicit canon. Ergo non potest consecrare. |
1.
Il semble que celui qui a perdu son grade ne puisse consacrer. En effet,
personne qui n’a pas le pouvoir de consacrer ne peut consacrer. Or,
celui qui a perdu son grade n’a pas le pouvoir de consacrer, bien
qu’il aie le pouvoir de baptiser, comme le dit le canon. Il ne peut
donc pas consacrer. |
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[15835] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
ex eisdem fit res et corrumpitur, secundum philosophum in 2 Ethic. Sed
aliquis ex potestate episcopi accipit posse consecrare. Ergo quando ab ipso degradatur,
videtur quod hoc posse amittat. |
2. Une chose est faite
et se corrompt à partir des mêmes choses, selon le Philosophe,
dans Éthique, II. Or, quelqu’un peut recevoir de
l’évêque le pouvoir de consacrer. Lorsqu’il lui
enlève son grade, il semble donc que celui-ci perde ce pouvoir. |
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[15836] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 3 Praeterea, habens
ordinem sacerdotalem non relinquitur puniendus judicio saeculari. Sed degradatus
relinquitur. Ergo non habet ordinem; ergo non
potest consecrare. |
3. Celui qui possède l’ordre sacerdotal ne
doit pas être lassé au juge séculier pour être
puni. Or, celui qui a perdu son grade est laissé [au juge
séculier]. Il ne possède donc pas l’ordre. Il ne peut
donc pas consacrer. |
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[15837]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 4 s. c. 1 Sed contra, si degradatus reconciliatur, non iterum
ordinatur. Ergo ordinem non amisit;
ergo consecrare potuit. |
Cependant, [1] si
celui qui a ^perdu son grade est réconcilié, il n’est pas
ordonné de nouveau. Il n’a donc pas perdu l’ordre. Il
pouvait donc consacrer. |
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[15838] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 4 s. c. 2 Praeterea, hoc idem
probatur per indelebilitatem characteris, ut supra. Utrum
autem malus sacerdos, vel Angelus, possit consecrare, eadem ratio est quae et
de baptizatione; et ideo quaeruntur supra, dist. 5. |
[2] La même chose est démontrée par
l’indélébilité du caractère, comme
ci-dessus. Mais qu’un mauvais prêtre ou un ange puisse consacrer,
on raisonne à ce sujet comme pour l’acte de baptiser. Cela est
donc examiné plus haut, d. 5. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [La messe d’un mauvais prêtre a-t-elle moins de valeur que celle d’un bon ?] |
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[15839]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod Missa mali sacerdotis non minus
valeat quam boni. Quia, sicut dicit Augustinus in Lib. de corpore Christi, in
mysterio corporis et sanguinis domini nihil a bono majus, nihil a malo minus
perficitur sacerdote. |
1. Il semble que la messe d’un mauvais prêtre
n’ait pas moins de valeur que celle d’un bon, car, comme le dit
Augustin dans le Livre sur le corps du Christ, «dans le mystère
du corps et du sang du Seigneur, rien de plus n’est accompli par un bon
prêtre, rien de moins n’est accompli par un mauvais.» |
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[15840] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 2 Praeterea,
Baptismus datus a bono ministro nihil melius valet quam datus a malo. Ergo nec Missa a bono
sacerdote vel malo dicta. |
2. Le baptême donné par un ministre bon
n’a pas plus de valeur que celui qui est donné par un mauvais.
Donc, la messe non plus, dite par un bon ou un mauvais prêtre. |
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[15841]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 5 s. c. 1 Sed contra, melius est quod est fructuosius. Sed Missa
boni sacerdotis est fructuosior, quia ejus oratio magis exauditur. Ergo est
melior. |
Cependant, est
meilleur ce qui porte plus de fruit. Or, la messe d’un prêtre bon
porte plus de fruit, parce que sa prière est davantage exaucée.
Elle est donc meilleure. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15842] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
ordo Ecclesiae derivatus est ab ordine caelestis hierarchiae; unde sicut in
Angelis diversis ordinibus diversi actus debentur, ita et in Ecclesia
militante ad diversos actus diversi ordines applicantur, sicut etiam et in
corpore diversa membra diversa habent officia, cui corpus mysticum similatur,
ut patet 1 Corinth. 11. Ordines autem
Ecclesiae distingui non possunt per diversitatem interioris bonitatis, quia
ignota est, et indeterminati sunt gradus ejus. Et quia bonitas vel virtus
alicujus non ordinatur ad hoc quod aliquis aliquid possit, sed ad hoc quod
bene faciat illud quod potest; habitus enim virtutum non sunt potentia, sicut
philosophus probat; ideo quod unus possit actum quem alius non potest, non
contingit ex diversitate bonitatis vel malitiae, sed ex potestate suscepta,
quam habet unus, et non alius; et ideo, quia laicus potestatem consecrandi
non accipit, sua bonitas quantacumque sit, non juvat eum ad hoc quod
consecrare possit. |
L’ordre de l’Église est tiré de
l’ordre de la hiérarchie céleste. De même que, chez
les anges, divers actes reviennent à divers ordres, de même
donc, dans l’Église militante, les divers ordres sont
appliqués à divers actes, ainsi que, dans le corps, auquel le
corps mystique est assimilé, comme cela ressort de 1 Co 11, les
divers membres ont des fonctions diverses. Or, les ordres de
l’Église ne peuvent être distingués selon la
diversité de la bonté intérieure, car elle est
ignorée et ses degrés sont indéterminés. Et parce
que la bonté ou la vertu de quelqu’un n’est pas
ordonnée à ce qu’il puisse faire quelque chose, mais
à ce qu’il fasse bien ce qu’il peut faire – en
effet, les habitus des vertus ne sont pas une puissance, comme le
démontre le Philosophe –, que quelqu’un puisse poser un
acte qu’un autre ne peut pas [poser] ne vient pas de la
différence entre la bonté et la malice, mais de la puissance
reçue, que l’un a et l’autre, non. Puisqu’un
laïc ne reçoit pas le pouvoir de consacrer, quelle que soit sa
bonté, celle-ci ne fait donc pas en sorte qu’il puisse
consacrer. |
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[15843] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod omnis bonus homo dicitur esse sacerdos mystice,
quia scilicet mysticum sacrificium Deo offert seipsum, scilicet hostiam
viventem Deo, Rom. 12. |
1. Tout homme bon est appelé prêtre
d’une manière mystique, parce qu’il s’offre
lui-même à Dieu en sacrifice mystique, à savoir, en
sacrifice vivant pour Dieu, Rm 12. |
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[15844] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod laicus bonus fit particeps dominicae virtutis ad bene agendum hoc quod
poterat prius aliquo modo facere, non autem ad hoc quod possit hoc per
virtutem quod prius non poterat. |
2. La laïc bon participe à la puissance du
Seigneur en vue de bien faire ce qu’il pouvait faire
antérieurement d’une certaine manière, mais non pas en
vue de pouvoir par [cette] puissance ce qu’il ne pouvait pas faire
auparavant. |
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[15845]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod, quamvis acceptio sacramenti sit
major in fructu, tamen consecratio est major in potestate; unde non oportet
quod qui potest accipere, possit consecrare. |
3. Bien que la réception du sacrement soit plus
grande par le fruit, la consécration est cependant plus grande par le
pouvoir. Il n’est donc pas nécessaire que celui qui le
reçoit puisse consacrer. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15846] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod potestas consecrandi non solum episcopis, sed
etiam sacerdotibus collata est; quia ordo sacerdotis est medius inter
episcopum et populum. Unde sicut in angelica hierarchia illuminationes ad
inferiorem ordinem mediante superiore perveniunt, ita omnia sacramenta quae
communiter toti populo dispensantur, per sacerdotes conferuntur; et hujusmodi
sunt omnia quae non collocant in aliquo statu vel gradu super alios. Et quia
Eucharistia est hujusmodi, ideo non solum per episcopos, sed etiam per
sacerdotes dispensatur et consecratur. Est etiam alia ratio, ut sit
frequentior memoria dominicae passionis, et magis subveniatur vivis et
mortuis ex majori frequentia sacramenti. |
Le pouvoir de consacrer n’a pas été
donné aux seuls évêques, mais aussi aux prêtres,
car l’ordre du prêtre est un intermédiaire entre
l’évêque et le peuple. De même que, dans la
hiérarchie angélique, les illuminations parviennent à un
ordre inférieur par l’intermédiaire d’un [ordre]
supérieur, de même aussi tous les sacrements qui sont
dispensés d’une manière générale à
l’ensemble du peuple sont-ils conférés par les
prêtres : ce sont tous ceux qui ne placent pas dans un état
ou un degré supérieur à d’autres. Et parce que
l’eucharistie est de ce genre, elle n’est donc pas
dispensée et consacrée seulement par les évêques,
mais aussi par les prêtres. Il y a aussi une autre raison : que la
mémoire de la passion du Seigneur soit plus fréquente et
qu’elle vienne davantage au secours des vivants et des morts par une
plus grande fréquence du sacrement. |
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[15847] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod, licet iste actus sit maximus in se, tamen non est
maximus quantum ad constituendum in ordine Ecclesiae; quia per sumptionem
hujus sacramenti non constituitur aliquis in gradu vel statu altiori inter
membra Ecclesiae, sicut fit per ordinem; et ideo non oportet quod ille actus
solis episcopis reservetur. |
1. Bien que cet acte soit le plus grand en soi, il n'est
cependant pas le plus grand pour établir dans un ordre de
l’Église, car, par la réception de ce sacrement, on
n’est pas établi dans un degré ou dans un ordre plus
élevé parmi les membres de l’Église, comme
c’est le cas pour l’ordre. C’est pourquoi il n’est
pas nécessaire que cet acte soit réservé aux seuls
évêques. |
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[15848]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod in rebus ordinatis, ita est
quod semper inferior participat aliquid de perfectione superioris, ut
Dionysius dicit; et hoc modo est in connexione caelestis hierarchiae, ut in 2
Lib., dist. 9, qu. 1, art. 6 dictum est. Et ideo, quia ordo sacerdotis
continuus est ordini episcopi, participat etiam aliquid de perfectiva virtute
quantum ad illam perfectionem qua quis in seipso perficitur; non autem
quantum ad perfectionem qua aliquis in eminentiori gradu constituitur, sicut
est in ordine; vel altiori officio, sicut est in confirmatione; et ideo
sacerdos participat ab episcopo potestatem consecrandi, non autem confirmandi
vel ordinandi. Et quod ipsam habeat participative, Dionysius dicit, quod
patet ex hoc quod sacerdos consecrat super altare ab episcopo consecrato, et
in vasis consecratis per episcopum, ipse etiam consecratus per episcopum. |
2. Dans les réalités ordonnées,
l’inférieur participe toujours à quelque chose de la
perfection de ce qui est supérieur, comme le dit Denys. Il en va ainsi
dans les rapports de la hiérarchie céleste, comme on l’a
dit dans le livre II, d. 9, q. 1, a. 6. Comme l’ordre du
prêtre est adossé à celui de l’évêque,
il participe ainsi en quelque chose à la puissance de perfectionnement
par laquelle on est soi-même perfectionné, mais non à la
perfection par laquelle on est établi dans un degré
supérieur, comme c’est le cas pour l’ordre, ou dans une
fonction plus élevée, comme c’est le cas pour la
confirmation. C’est pourquoi le prêtre participe au pouvoir de
consacrer de l’évêque, mais non à son pouvoir de
confirmer ou d’ordonner. Qu’il le possède par
participation, Denys le dit, et cela ressort du fait que le prêtre
consacre sur un autel qui a été consacré par
l’évêque et dans des vases consacrés par
l’évêque, lui-même étant consacré par
l’évêque. |
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[15849] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod illae benedictiones non veniunt in usum totius populi, sed aliquarum
excellentium personarum; et ideo solis episcopis reservantur. |
3. Ces bénédictions ne sont pas
utilisées par l’ensemble du peuple, mais par certaines personnes
de haut rang. C’est pourquoi elles sont réservées aux
seuls évêques. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15850] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod quidam dixerunt,
quod haeretici ab Ecclesia praecisi, et similiter excommunicati et
schismatici, quia sunt extra unitatem Ecclesiae, non possunt consecrare: et
hujus opinionis videtur fuisse Magister in littera. Sed quia omne illud quod
per consecrationem datur, est perpetuum; ideo, sicut Baptismus, qui per
consecrationem datur, nunquam amittitur, quantumcumque aliquis in haeresim
labatur vel schisma vel excommunicationem; ita nec sacerdotalis ordo aliquo
modo amitti potest, ut Augustinus dicit ad Parmenianum. Et quia potestas
consecrandi ordinem sacerdotalem consequitur, ut dictum est, ideo haeretici
et schismatici et excommunicati consecrant, quamvis ad suam perniciem,
dummodo servetur debita forma et materia et intentio, quae etiam in
infidelibus esse possunt, ut supra, dist. 5 de Baptismo, dictum est. |
Certains ont dit que les hérétiques
écartés de l’Église, ainsi que les
excommuniés et les schismatiques, parce qu’ils sont à
l’extérieur de l’unité de l’Église, ne
peuvent consacrer. Telle semble avoir été l’opinion du
Maître dans le texte. Mais parce que tout ce qui est donné par
consécration est perpétuel, de même que le baptême
qui est donné par une consécration n’est jamais perdu par
le fait que quelqu’un tombe dans l’hérésie, le
schisme ou l’excommunication, de même l’ordre sacerdotal ne
peut-il d’aucune manière être perdu, comme le dit Augustin
contre Parménianus. Et parce que le pouvoir de consacrer
découle de l’ordre sacerdotal, comme on l’a dit, les
hérétiques, les schismatiques et les excommuniés
consacrent donc, bien que pour leur perte, pourvu que la forme, la matière
et l’intention appropriées soient respectées, qui peuvent
se trouver aussi chez des infidèles, comme on l’a dit plus haut,
d. 5, à propos du baptême. |
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[15851] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod verbum canonis intelligendum est quantum ad illos
qui debitam formam non servant, vel quantum ad executionem quam amittunt; non
enim jus consecrandi habent; et hoc solum posse dicimur in jure, quod juste
possumus. Vel loquitur de consecratione qua ordines conferuntur; quia ad
damnationem potius quam ad sanctificationem recipientium cedit. Et similiter
quod Augustinus dicit, quod extra Ecclesiam non est locus veri sacrificii,
intelligendum est quantum ad effectum; vel extra Ecclesiam, idest extra
formam Ecclesiae. |
1. La parole du canon doit s’entendre de ceux qui
ne respectent pas la forme appropriée ou du pouvoir
d’exécution qu’ils perdent : en effet, ils ont le
droit de consacrer. Et nous disons que nous n’avons en droit le pouvoir
que de ce que nous possédons justement. Ou bien il parle de la
consécration qui est conférée par les ordres, car elle
tourne à la condamnation plutôt qu’à la
sanctification de ceux qui la reçoivent. De même, ce
qu’Augustin dit, qu’il n’y a pas de lieu pour le
véritable sacrifice hors de l’Église, doit
s’entendre de l’effet. Ou bien «hors de
l’Église» veut dire en dehors de la forme de
l’Église. |
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[15852]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod dicitur panis pollutus non in
se, sed quia ipsi et seipsos polluunt consecrando et sumendo, et alios qui ab
eis sacramenta scienter accipiunt. |
2. On dit que le pain est souillé, non pas en
lui-même, mais parce qu’ils se souillent eux-mêmes en
consacrant et en recevant [l’eucharistie], ainsi que les autres qui
reçoivent d’eux les sacrements en connaissance de cause. |
|
[15853] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod inquantum ordinem habet, ad unitatem Ecclesiae pertinet, quamvis quantum
ad aliquid possit ab Ecclesia esse praecisus. |
3. Dans la mesure où il a l’ordre, il se
rattache à l’unité de l’Église, bien
qu’il puisse être exclu de l’Église sous un aspect. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15854] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 1 qc. 4 co. Ad quartam
quaestionem dicendum, quod degradatus, quia ordinem non amittit, potestatem
consecrandi retinet; sed jus consecrandi sibi aufertur; et ideo si consecrat,
peccat: tamen consecratum est. |
Celui qui a perdu son grade, parce qu’il ne perd
pas l’ordre, garde le pouvoir de consacrer. Mais le droit de consacrer
lui est enlevé. S’il consacre, il pèche donc ;
cependant, la consécration a été réalisée.
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[15855] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod ille canon non loquitur asserendo, sed quasi
opponendo, ut ex circumstantia litterae apparet. |
1. Ce canon ne s’exprime pas par mode
d’affirmation, mais par mode d’opposition, comme cela ressort du
contexte. |
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[15856]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad secundum dicendum, quod episcopus non dedit ordinem,
sed Deus per ministerium episcopi; et Deus posset auferre, non episcopus;
quia non est constitutus minister auferendi ordinem, sicut conferendi; quia
propter efficaciam consecrationis debet esse ordo perpetuus. |
2. L’évêque n’a pas donné
l’ordre, mais Dieu par le ministère de
l’évêque. Et Dieu pourrait l’enlever, non
l’évêque, car il n’a pas été
établi comme ministre pour enlever l’ordre comme pour le
conférer. En effet, en raison de l’efficacité de la
consécration, l’ordre doit être perpétuel. |
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[15857] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod non est essentiale ordini sacerdotali, quod judicio
saeculari relinqui non possit, sed ex privilegio indultum; et ideo manente
ordine degradatus sua culpa hoc privilegium amittit. |
3. Il n’est pas essentiel à l’ordre
sacerdotal de ne pas pouvoir être abandonné au jugement
séculier, mais cela vient d’un privilège. C’est
pourquoi, bien que l’ordre demeure, celui qui a perdu son ordre perd ce
privilège par sa faute. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[15858] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 1 qc. 5 co. Ad quintam
quaestionem dicendum, quod de Missa possumus loqui dupliciter: aut quantum ad
id quod est essentiale in ea, scilicet corpus Christi; et sic a quocumque
dicatur, aequaliter bonum est et virtuosum: vel quantum ad id quod est
annexum sacramento, et quasi secundarium; et sic Missa boni sacerdotis melior
est, quia non solum habet efficaciam ex opere operato, sed ex opere operante:
et ideo ceteris paribus melius est audire Missam boni sacerdotis quam mali. |
On peut parler de la messe de deux manières :
selon ce qui est essentiel en elle, à savoir le corps du Christ, et
ainsi quel que soit celui qui la dise, cela est également bon et
vertueux ; ou bien selon ce qui est joint au sacrement et pour ainsi
dire secondaire. Et ainsi, la messe du prêtre bon est meilleure, parce
qu’elle n’a pas seulement une efficacité en vertu de
l’action accomplie, mais en vertu de l’action de celui qui l’accomplit.
C’est pourquoi, toutes choses étant égales, il est
meilleur d’entendre la messe d’un prêtre bon que d’un
prêtre mauvais. |
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[15859] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 1 qc. 5 ad arg. Et per hoc patet solutio ad utramque partem. |
Ainsi ressort la solution des arguments pour et contre. |
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Articulus 2 [15860] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 tit. Utrum
liceat sacerdoti omnino a consecratione abstinere |
Article
2 – Est-il permis à un prêtre de s’abstenir
totalement de la consécration ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Est-il
permis à un prêtre de s’abstenir totalement de la
consécration ?]
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[15861] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod liceat
sacerdoti
omnino a consecratione abstinere. Quia de beato Marco narrat Hieronymus quod
sibi pollicem amputaverit, ut sacerdotio reprobus haberetur. Nec hoc fecit nisi indignum se reputans tali sacramento.
Ergo videtur quod si omnino a celebratione abstineat ex reverentia dominici
corporis et propriae infirmitatis consideratione aliquis sacerdos, non peccat. |
1. Il semble
qu’il soit permis à un prêtre de s’abstenir
totalement de la consécration, car Jérôme raconte,
à propos du bienheureux Marc, qu’il s’était
amputé le pouce afin d’être écarté du
sacerdoce. Et il n’a fait cela que parce qu’il s’estimait
indigne d’un tel sacrement. Il semble donc que si un prêtre
s’abstient totalement de célébrer par
révérence envers le corps du Seigneur et en considérant
sa propre infirmité, il ne pèche pas. |
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[15862] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
sicut sacerdotis officium est consecrare, ita et ligare et solvere. Sed non
exigitur ut liget et solvat, nisi habeat curam animarum. Ergo etiam a
sacerdote qui non habet populum cui teneatur, non exigitur quod consecret; et
ita non peccat omnino abstinendo. |
2. De même que la fonction du prêtre est de
consacrer, de même l’est-elle de lier et d’absoudre. Or on
n’exige pas qu’il lie et absolve, à moins qu’il
n’ait charge d’âmes. Il n’est donc pas non plus
exigé de consacrer d’un prêtre qui n’a pas de
peuple. Et ainsi, il ne pèche pas en s’abstenant totalement. |
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[15863] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra est quod Ambrosius dicit: grave est quod ad mensam tuam mundo corde
et manibus innocentibus non venimus; sed gravius est, si dum peccatum
metuimus, etiam sacrificium non reddamus. Sed primum est peccatum mortale.
Ergo et secundum. |
Cependant, Augustin
dit : «Il est grave que nous ne venions pas à ta table avec
un cœur pur et des mains innocentes ; mais il est plus grave que
nous n’offrions pas le sacrifice, alors que nous avons commis un
péché.» Or, le premier péché est un
péché mortel. Donc, aussi le second. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Plusieurs prêtres peuvent-ils consacrer en même temps la même hostie ?] |
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[15864]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non possint plures simul eamdem
hostiam consecrare. Quia plurium agentium sunt plures actiones, maxime quando
unusquisque sufficit ad agendum. Sed unus sacerdos tantum potest consecrare.
Ergo si plures simul consecrent, sunt plures consecrationes super eamdem
hostiam; et ita fit injuria sacramento. |
1.
Il semble que plusieurs [prêtres] ne puissent pas consacrer en
même temps la même hostie, car il y a plusieurs actions là
où il a plusieurs agents, surtout lorsque chacun est capable de poser
cette action. Or, un seul prêtre seulement peut consacrer. Si plusieurs
consacrent en même temps, il y a donc plusieurs consécrations de
la même hostie, et ainsi un préjudice est causé au
sacrement. |
|
[15865]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, unus dicens verba, virtute verborum consecrat.
Sed quod factum est, fieri non potest; quia quod est, non fit. Ergo alii
nihil faciunt; ergo superfluum est quod dicunt. |
2. Un seul [prêtre], en disant les paroles,
consacre par la puissance des paroles. Or, ce qui a été fait ne
peut pas devenir, car ce qui est ne devient pas. Les autres ne font donc
rien. Il est donc superflu qu’ils disent [les paroles]. |
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[15866] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra est consuetudo quarumdam Ecclesiarum, in quibus novi sacerdotes simul
episcopo concelebrant. |
Cependant, c’est
la coutume de certaines églises, où les nouveaux prêtres
concélèbrent avec l’évêque. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La messe doit-elle être célébrée quotidiennement dans l’Église ?] |
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[15867]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debeat quotidie Missa in
Ecclesia celebrari. Quia in Missa recolitur dominica passio. Sed Ecclesia celebrat
memoriam dominicae passionis semel in anno. Ergo non pluries debet in Ecclesia
Missa dici. |
1. Il semble que la messe ne doive pas être
célébrée quotidiennement dans l’Église, car
la passion du Seigneur est rappelée par la messe. Or,
l’Église célèbre la mémoire de la passion
du Seigneur une seule fois au cours de l’année. La messe ne doit
donc pas être dite plusieurs fois dans l’Église. |
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[15868] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
in die parasceves agitur memoria dominicae passionis, nec tamen tunc
consecratio fit. Ergo multo minus deberet fieri in aliis diebus. |
2. Mémoire de la passion du Seigneur est
rappelée le Vendredi saint ; pourtant, il n’y a pas alors
de consécration. À bien moins forte raison, devrait-elle donc
avoir lieu les autres jours. |
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[15869]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, aliquibus diebus celebratur hoc sacramentum
pluries una die solemniter in Ecclesia, sicut patet in festo nativitatis, et
multis aliis diebus. Ergo videtur quod aliquando deberet praetermitti. |
3. Certains jours, ce sacrement est
célébré solennellement plusieurs fois dans
l’Église, comme cela ressort pour la fête de la
Nativité et plusieurs autres jours. Il semble donc qu’elle
devrait parfois être omise. |
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[15870] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra, sacramentum Ecclesiae deberet magis assiduari quam sacramentum
veteris legis. Sed quotidie in veteri lege offerebatur sacrificium. Ergo multo
fortius debet in nova lege fieri. |
Cependant, [1] un
sacrement de l’Église devrait être plus fréquent
qu’un sacrement de l’ancienne loi. Or, on offrait le sacrifice
quotidiennement sous la loi. À bien plus forte raison doit-on donc
l’accomplir sous la nouvelle loi. |
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[15871] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
panis hujus sacramenti dicitur quotidianus. Sed non nisi quia quotidie
consecratur. Ergo quotidie consecrari debet. |
[2] Le pain de ce sacrement est appelé le
«pain quotidien». Or, ce n’est le cas que parce qu’il
est consacré quotidiennement. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [La messe doit-elle être célébrée le soir ?] |
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[15872] Super Sent., lib. 4 d. 13 q.
1 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod hora vespertina deberet Missa
celebrari. Quia Christi actio nostra est instructio. Sed ipse Christus hoc
sacramentum fecit in coena hora serotina. Ergo
et tali hora deberet fieri. |
1. Il semble que la messe devrait être
célébrée le soir, car l’action du Christ est pour
nous un enseignement. Or, le Christ lui-même a accompli ce sacrement le
soir, lors de la cène. Elle devrait donc être accomplie à
cette heure-là. |
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[15873] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea, secundum canones ordines sunt celebrandi circa vespertinam horam. Sed ordines
sacri non celebrantur sine Missarum solemniis. Ergo debet Missa vespertina
hora celebrari. |
2. Selon les canons, les ordres doivent être
célébrés le soir. Or, les ordres sacrés ne sont
pas célébrés sans messe solennelle. La messe doit donc
être célébrée le soir. |
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[15874] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 3 Item,
videtur quod post mediam noctem; quia tunc dies secundum Ecclesiae computum
incipit. |
3. Il semble que [la messe doit être
célébrée] après le milieu de la nuit, car, selon
le comput de l’Église, le jour commence à ce moment. |
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[15875]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 4 Item videtur quod tantum in hora sexta, quia illa hora
dominus passus est; cujus passionis hoc sacramentum est memoriale. |
4. Il semble que [la messe ne devrait être
célébrée] qu’à la sixième heure, car
c’est à cette heure que le Seigneur a souffert, et ce sacrement
est le mémorial de sa passion. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [La messe doit-elle être célébrée dans un lieu sacré ?] |
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[15876]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non oporteat in loco sacro
celebrari. Quia sicut hoc sacramentum non est necessitatis, ita nec
confirmatio. Sed confirmatio potest conferri in loco non sacro. Ergo et hoc
sacramentum non oportet quod in loco sacro conficiatur. |
1. Il semble que [la messe] ne doive pas être
célébrée dans un lieu sacré, car ce sacrement
n’est pas nécessaire, pas plus que la confirmation. Or, la
confirmation peut être conférée dans un lieu qui n’est
pas sacré. Il n’est donc pas nécessaire que ce sacrement
soit accompli dans un lieu sacré. |
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[15877] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 2 Item,
videtur quod non oporteat esse altare de lapide. Quia sacrificia veteris
legis fuerunt sacrificii hujus figura. Sed ad veteris legis sacrificia altare
fiebat de lignis sethim, ut patet Exod. 25, et iterum de auro, ut patet 3
Reg. 7, et iterum de terra, ut patet Exod. 26. Ergo et in nova lege non solum
de lapide oportet quod fiat. |
2. Il semble qu’il ne soit pas nécessaire
que l’autel soit en pierre, car les sacrifices de la loi ancienne
étaient la figure de ce sacrifice. Or, l’autel pour es
sacrifices de la loi ancienne était fait de bois d’acacia, comme
cela ressort d’Ex 25, d’or, comme cela ressort de
1 R 7, et aussi de terre, comme cela ressort de Ex 26. Il
n’est donc pas nécessaire que [le sacrifice de] la loi nouvelle
soit accompli seulement sur une pierre. |
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[15878] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 3 Item,
videtur quod in pannis sericis debeat consecrari. Quia panni illi sunt
pretiosiores. Ergo ad reverentiam sacramenti magis eis debemus uti. |
3. Il semble qu’il doive être consacré
dans des tissus de soie, car ces tissus sont plus précieux. Par
révérence pour le sacrement, nous devons donc plutôt les
utiliser. |
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[15879]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 4 Item, videtur quod in calice de petra possit celebrari.
Quia calix significat sepulcrum Christi. Sed illud sepulcrum fuit de petra.
Ergo et calix de petra debet fieri. De indumentis autem sacerdotalibus
dicetur in tractatu de ordine, dist. 24, qu. 1, art. 3. |
4. Il semble qu’on puisse célébrer
avec une coupe de pierre, car la coupe signifie le sépulcre du Christ.
Or, ce sépulcre était en pierre. La coupe doit donc être
faite de pierre. Par ailleurs, on parlera des vêtements sacerdotaux
dans le traité sur l’ordre, d. 24, q. 1, a. 3. |
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Quaestiuncula 6 |
Sous-question 6 – [Si un des éléments mentionnés est omis, y a-t-il consécration ?] |
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[15880]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 6 arg. 1 Ulterius. Videtur quod aliquo praedictorum omisso non sit
consecratio. Quia,
sicut dicit Dionysius, operationes hierarchicae ordinantur secundum divinas
leges. Sed ille qui praetermittit ritum ab Ecclesia institutum, non sequitur
divinas leges, quae per partes nobis positae sunt. Ergo talis non consecrat,
cum consecrare sit actus hierarchicus, quia est actus ordinis. |
1. Il semble que si un des éléments
mentionnés est omis, la consécration n’a pas lieu, car,
comme le dit Denys, les opérations hiérarchiques sont
ordonnées selon les lois divines. Or, celui qui omet un rite
établi par l’Église ne suit pas les lois divines, qui
nous ont été divulguées partiellement. Celui-là
donc ne consacre pas puisque consacrer est un acte hiérarchique,
étant un acte de l’ordre. |
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[15881] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 6 arg. 2 Praeterea,
totus ritus sacramenti suam habet significationem. Sed significatio est de
essentia sacramenti. Ergo et ritus consecrandi; et ita, si praetermittatur,
non erit vera consecratio. |
2. L’ensemble du rite du sacrement a sa
signification. Or, la signification fait partie de l’essence du
sacrement. Donc, le rite de la consécration. Et ainsi, s’il est
omis, il n’y aura pas de consécration véritable. |
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[15882]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 6 arg. 3 Praeterea, actiones spirituales magis sunt ordinatae quam
saeculares. Sed si aliqua actio in rebus saecularibus, puta venditio vel
emptio vel aliquid hujusmodi, contra statuta principum fiat, pro nulla
haberetur. Ergo et si aliquis consecraret contra statutum Ecclesiae,
consecratio nulla est. |
3. Les actions spirituelles sont plus ordonnées
que les actions séculières. Or, si une action en matière
séculière, par exemple, une vente, un achat ou quelque chose du
genre, est faite à l’encontre des décisions des
dirigeants, elle serait considérée comme nulle. Si quelqu’un
consacrait à l’encontre de la décision de
l’Église, la consécration est donc nulle. |
|
[15883] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 6 s. c. 1 Sed
contra, ea quae sunt de essentia sacramenti, sunt eadem apud omnes. Sed ritus
sacramenti non est idem apud omnes, nec secundum omne tempus. Ergo non est de
essentia sacramenti; ergo sine hoc potest fieri consecratio. |
Cependant, [1] ce
qui fait partie de l’essence du sacrement est identique chez tous. Or,
le rite du sacrement n’est pas le même chez tous ni en tout
temps. Il ne fait donc pas partie de l’essence du sacrement. La
consécration peut donc être réalisée sans lui. |
|
[15884] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 6 s. c. 2 Praeterea,
in Baptismo sunt quaedam quae si omittantur, non reputatur sacramentum
irritum, quia sunt ad solemnitatem sacramenti. Ergo et hic si omittantur illa
quae pertinent ad solemnitatem consecrationis, vere consecratio erit. |
[2] Dans le baptême, il y a certaines choses qui,
si elles sont omises, ne rendent pas le sacrement inopérant, parce
qu’elles relèvent de la solennité du sacrement. Ici
aussi, si on omet ce qui appartient à la solennité de la
consécration, il y aura donc consécration véritable. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
|
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[15885] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod secundum
quosdam
non peccat qui dimittit celebrationem, nisi populum habeat commissum, vel ex
obedientia teneatur celebrare. Sed quia secundum Gregorium, cum crescunt
dona, rationes crescunt donorum; cum sacerdoti sit data potestas nobilissima,
reus negligentiae erit, nisi illa utatur ad honorem Dei et salutem suam, et
aliorum vivorum et mortuorum, secundum illud 1 Petr. 4, 10: unusquisque
gratiam quam accepit, in alterutrum illam administrantes. Nisi forte aliquis ex familiari spiritus sancti instinctu
dimittat, sicut legitur de quodam sancto patre in vitis patrum, qui ordinatus
nunquam postea celebravit. |
Selon certains, celui qui écarte la
célébration ne pèche pas, à moins qu’un
peuple lui ait été confié ou qu’il ne soit
obligé de célébrer en vertu de
l’obéissance. Mais parce que, selon Grégoire,
«lorsque les dons s’accroissent, les comptes à rendre pour
les dons s’accroissent», puisque le pouvoir le plus noble a
été donné au prêtre, il sera coupable de
négligence s’il ne l’utilise pas pour l’honneur de
Dieu et pour son propre salut et celui des vivants et des morts, selon ce que
dit 1 P 4, 10 : Chacun,
selon la grâce reçue, se mettant au service les uns des autres.
À moins peut-être que quelqu’un ne l’écarte
par une inspiration particulière de l’Esprit Saint, comme on le
lit à propos d’un saint père dans les Vies des
pères, qui n’a jamais célébré après
avoir été ordonné. |
|
[15886]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod ille qui non habet ordinem,
potest ordinem refugere. Sed ille qui habet, tenetur ipsum exequi. |
1. Celui qui n’a pas l’ordre peut s’en
écarter. Mais celui qui l’a est tenu de le mettre en œuvre. |
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[15887] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod secundum omnes, alios actus ordinum debet homo non soli Deo, sed etiam
proximis; quia actus inferiorum sunt ad ministerium sacerdotis. Alii autem actus sacerdotis, ut ligare et solvere,
respiciunt corpus mysticum; similiter etiam docere et baptizare; et ideo qui
non tenetur aliis vel subjectione vel praelatione, potest ab illis actibus
sine peccato cessare. Sed consecratio est actus dignior, et ordinatus ad
corpus Christi verum, nec respicit corpus Christi mysticum nisi ex
consequenti; et ideo etiam si nulli homini teneatur, tamen tenetur Deo, ut
reddat ei sacrificium acceptum; sacerdotibus enim praeceptum est: hoc
facite in meam commemorationem. |
2. Selon tous, l’homme doit les autres actes des
ordres non pas à Dieu seul, mais aussi au prochain, car les actes des
[ordres] inférieurs existent en vue du ministère du
prêtre. Mais les autres actes du prêtre, comme lier et absoudre,
concernent le corps mystique, de même qu’enseigner et baptiser.
C’est pourquoi celui qui n’est pas obligé envers les
autres par une sujétion ou une supériorité peut cesser
les autres actes sans péché. Mais la consécration est un
acte plus digne, ordonné au corps véritable du Christ, et elle
ne concerne le corps mystique que par mode de conséquence. C’est
pourquoi, même s’il n’est obligé envers aucun homme,
il est cependant obligé envers Dieu de lui rendre un sacrifice
agréable. En effet, il a été ordonné aux
prêtres : Faites cela en mémoire de moi. |
|
Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15888] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem
dicendum, quod secundum morem quarumdam Ecclesiarum plures sacerdotes
episcopo concelebrant, quando ordinantur; ad repraesentandum, quod quando
dominus hoc sacramentum instituit, et potestatem consecrandi discipulis
dedit, eis concoenavit, sicut episcopus simul cum ordinatis presbyteris
celebrat. |
Selon l’usage de certaines églises,
plusieurs prêtres concélèbrent avec
l’évêque lorsqu’ils sont ordonnés, pour
représenter que lorsque le Seigneur a institué ce sacrement et
a donné aux disciples le pouvoir de consacrer, il a fait la
cène avec eux, comme l’évêque célèbre
avec les prêtres ordonnés. |
|
[15889] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quia intentio requiritur ad perfectionem
sacramentorum, ideo, cum omnes habeant intentionem unam consecrationem
faciendi, non est ibi nisi una tantum consecratio. |
1. Parce que l’intention est requise pour
l’accomplissement des sacrements, puisque tous ont une seule intention
d’accomplir la consécration, il n’y a là
qu’une seule consécration seulement. |
|
[15890]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod sicut Innocentius dicit, omnes
celebrantes debent intentionem referre ad illud instans in quo episcopus
verba profert; et sic episcopi intentio non defraudatur, nec aliquis ibi
facit quod factum est. |
2. Comme le dit Innocent, tous les
célébrants doivent faire porter leur intention sur
l’instant où l’évêque prononce les paroles.
Et ainsi, l’intention de l’évêque n’est pas
détournée et personne ne fait ce qui a déjà
été fait. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15891] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod secundum
Innocentium, quinque de causis quotidie Missa in Ecclesia celebratur. Primo,
quia oportet semper esse paratam medicinam contra quotidiana peccata.
Secundo, ut lignum vitae semper sit in medio Paradisi. Tertio, ut nobis
quotidie Christus uniatur sacramentaliter, et nos ei spiritualiter. Quarto,
ut sit apud nos vigil memoria passionis. Quinto, ut vero agno loco typici
quotidie utamur ad vesperam; quoniam Judaei ad vesperam convertendi esurient,
secundum illud Psalm. 58, 15: convertentur ad vesperam, et famem patientur
ut canes. |
Selon Innocent, la messe est
célébrée quotidiennement dans l’Église pour
cinq raisons. Premièrement, parce qu’il doit toujours y avoir un
remède préparé contre les péchés quotidiens.
Deuxièmement, pour que le bois de vie soit toujours au milieu du
Paradis. Troisièmement, pour que le Christ nous soit chaque jour uni
sacramentellement, et nous à lui spirituellement.
Quatrièmement, afin que nous ayons toujours à l’esprit la
mémoire de la passion. Cinquièmement, pour que nous fassions
quotidiennement usage le soir de l’agneau véritable, au lieu de
l’agneau qui était une figure, puisque les Juifs seront
affamés au soir de leur conversion, selon ce que dit le
Ps 58, 15 : Ils se
convertiront le soir, et ils souffriront de la faim comme des chiens. |
|
[15892] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod passio Christi prout in capite contingit, semel
tantum in anno repraesentatur in Ecclesia; sed prout in nos ejus effectus
provenit, quotidie debet repraesentari, quia ejus effectus in nobis continuus
est, et sic repraesentatur in hoc sacramento. |
1. La passion du Christ, en tant qu’elle se produit
dans la tête, n’est représentée qu’une fois
par année dans l’Église. Mais en tant que son effet
parvient jusqu’à nous, elle doit être représentée
quotidiennement, car son effet en nous est continu. Ainsi est-elle
représentée dans ce sacrement. |
|
[15893] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod Ecclesia volens populum Christianum circa ipsam
dominicam passionem prout in capite nostro fuit, mente occupari, statuit ut
illa die non consecraretur corpus Christi. Ne tamen Ecclesia omnino sine
corpore Christi esset, corpus Christi praecedenti die consecratum et
reservatum sumitur; sanguis autem non reservatur propter effusionis
periculum. Nec est verum quod quidam dicunt, quod vinum ex immissione partis
hostiae in calicem consecratur: quia transubstantiatio non fit sine debita
forma verborum; unde post potum illum non liceret eadem die communicare. |
2. L’Église, voulant que le peuple
chrétien ait l’esprit occupé par la passion même du
Christ, telle qu’elle a eu lieu dans notre tête, a
décidé que, ce jour-là, le corps du Christ ne serait pas
consacré. Cependant, pour que l’Église ne soit pas
totalement privée du corps du Christ, le corps du Christ
consacré le jour précédent et mis en réserve est
pris. Mais le sang n’est pas mis en réserve à cause du
danger de le renverser. Et ce que certains disent n’est pas vrai,
à savoir que le vin est consacré par le fait de mettre une
partie de l’hostie dans le calice, car la transsubstantiation
n’est pas réalisée sans la forme appropriée des
paroles. Aussi, après ce breuvage, il ne serait pas permis de
communier le même jour. |
|
[15894]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod omnis nostra actio per Christum
perfici debet; et ideo, quando in una die occurrunt vel diversa Dei beneficia
commemoranda, de quibus sunt gratiae Deo reddendae, vel etiam plura a Deo
impetranda pro salute vivorum et mortuorum; oportet quod pluries Missa in
Ecclesia celebretur, si adsit facultas; nec ex hoc sequitur quod aliquando
debeat intermitti. |
3. Toute notre action doit être parachevée
par le Christ. C’est pourquoi, lorsque plusieurs bienfaits de Dieu,
pour lesquels il faut rendre grâce, doivent être
commémorés le même jour, ou encore que plusieurs choses
sont demandées à Dieu pour le salut des vivants et des morts,
il est nécessaire que la messe soit célébrée
plusieurs fois dans l’Église, si cela est possible. Et il
n’en découle pas qu’elle doive parfois être
reportée. |
|
Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[15895] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod communiter loquendo
Missa debet dici in die, et non in nocte; quia hoc sacramentum ad tempus
gratiae pertinet, quod per diem significatur. Rom.
13, 12: nox praecessit, dies autem appropinquavit. Dies autem
judicatur non solum ab ortu solis, sed ex quo incipiunt orituri solis signa
manifestari per aliquam aeris illustrationem. Tamen in duabus noctibus Missa
decantatur propter privilegium illarum noctium, scilicet in nocte
nativitatis, quando Christus natus est, et in nocte resurrectionis circa
principium, ut patet ex oratione Deus qui hanc sacratissimam noctem gloria
dominicae resurrectionis illustras etc., quamvis hoc non oporteat semper
observari. Solemnis autem Missae celebratio tribus horis instituta est fieri;
scilicet in tertia diebus festis, in sexta diebus profestis, in nona diebus
jejuniorum; quia in Missa recolitur mors Christi, qui quidem hora tertia
crucifixus est linguis Judaeorum, hora sexta manibus militum, hora nona
expiravit. Sed quando fiunt ordines, Missa potest cantari etiam post nonam,
et praecipue in sabbato sancto, quia ordines pertinent ad diem dominicam; vel
etiam ut diligentior fiat praeparatio, differtur quantum differri potest ante
prandium; et ideo quando non est dies jejunii, celebratur inter tertiam et
sextam, qua hora comeditur communiter; sed in diebus jejunii in nona. Privatae autem Missae
possunt dici a mane usque ad tertiam, vel etiam usque ad nonam in diebus
jejuniorum. |
À parler d’une manière
générale, la messe doit être dite le jour, et non la
nuit, car ce sacrement est en rapport avec le temps de la grâce, qui
est signifié par le jour, Rm 13, 12 : La nuit est finie, le jour se lève.
Or, on juge du jour non seulement par le lever du soleil, mais par le fait
que les signes que le soleil commence à se lever sont
manifestés par une certaine illumination de l’air. Toutefois, la
messe est chantée lors de deux nuits en raison du caractère
privilégié de ces nuits : la nuit de la Nativité,
alors que le Christ est né, et au début de la nuit de la
résurrection, comme cela ressort de la prière : «Dieu
qui éclaire cette nuit très sainte de la gloire de la
résurrection du Seigneur, etc.», bien qu’il ne soit pas
nécessaire que cela soit toujours observé. Mais il a
été décidé de célébrer la messe
lors de trois heures : à la troisième, les jours de
fêtes ; à la sixième, les jours
précédant une fête ; à la neuvième,
les jours de jeûne, car, par la messe, la mort du Christ est
rappelée, lui qui a été crucifié à la
troisième heure par les langues des Juifs, à la sixième
par les mains des soldats, et qui a expiré à la
neuvième. Mais lorsque les ordres sont célébrés,
la messe peut être chantée même après la
neuvième heure, surtout le Samedi saint, parce que les ordres sont en
rapport avec le jour du Seigneur, ou encore, pour qu’une
préparation plus attentive soit faite, elle est reportée autant
qu’elle peut être reportée avec le repas. C’est
pourquoi, lorsque ce n’est pas jour de jeûne, [la messe] est
célébrée entre tierce et sexte, heure à
laquelle on mange d’une manière générale. Mais,
les jours de jeûne, [elle est célébrée] à
la neuvième heure. Cependant, les messes privées peuvent
être dites le matin jusqu’à tierce, ou encore
jusqu’à none, les jours de jeûne. |
|
[15896] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod eadem ratio est quare Christus hora vespertina
consecravit, et quare post coenam; unde sicut non oportet quod imitemur eum
in secundo, ita nec in primo. |
1. C’est la même raison pour laquelle le
Christ a consacré le soir et après la cène. Comme il
n’est pas nécessaire que nous l’imitions sur le second
point, de même en est-il pour le premier. |
|
[15897] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod hoc singulariter est in diebus ordinum ratione jam
dicta. |
2. Cela se produit uniquement les jours des ordres pour
la raison déjà dite. |
|
[15898] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod in medio noctis secundum Ecclesiam incipit dies
naturalis, non autem dies artificialis, in qua solum licet celebrare. |
3. Le jour naturel débute au milieu de la nuit
selon l’Église, mais non le jour artificiel, où seulement
il est permis de célébrer. |
|
[15899] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quamvis Christus hora sexta fuerit in cruce positus,
tamen sacramentum passionis suae peractum est in aliis horis; et ideo non
oportet quod tunc tantum Missa celebretur. |
4. Bien que le Christ ait été mis en croix
à la sixième heure, le sacrement de sa passion a cependant
été accompli aux autres heures. C’est pourquoi il
n’est pas nécessaire que la messe soit célébrée
à ce moment. |
|
Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
|
[15900] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 2 qc. 5 co. Ad quintam
quaestionem dicendum, quod in hoc sacramento continetur ille qui est totius
sanctitatis causa; et ideo omnia quae ad consecrationem hujus sacramenti
pertinent, etiam consecrata sunt; sicut ipsi sacerdotes consecrantes, et
ministri, et vestes, et vasa, et omnia hujusmodi; et ideo etiam debet in
altari et in domo consecrata celebrari hoc sacramentum. Si autem necessitas
adsit, vel propter destructionem Ecclesiarum in aliqua terra, vel in itinere
constitutis, licet etiam in locis non consecratis celebrare; dummodo habeant
altare portatile consecratum, et alia hujusmodi, quae ad consecrationem hujus
mysterii requiruntur; alias non licet, nisi episcopo concedente. |
Celui qui est la cause de toute sainteté est
contenu dans ce sacrement. C’est pourquoi tout ce qui se rapporte
à ce sacrement est aussi consacré, tels les prêtres
mêmes qui consacrent, les ministres, les vêtements, les vases et
toutes les choses de ce genre. C’est pourquoi aussi [ce sacrement] doit
être consacré sur un autel et dans une demeure consacrés.
Mais s’il y a nécessité, soit en raison en raison de la
destruction des églises dans un pays, soit pour ceux qui sont en
chemin, il est permis de célébrer dans des lieux non
consacrés, pourvu qu’on ait un autel portatif consacré et
d’autres choses de ce genre, qui sont requis pour la
consécration de ce mystère. Autrement, cela n’est pas permis,
à moins d’une autorisation de l’évêque. |
|
[15901] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod confirmationis sacramentum non continet ipsum
Christum; et ideo non requiritur loci sanctificatio, sicut in hoc sacramento. |
1. Le sacrement de confirmation ne contient pas le Christ
lui-même. C’est pourquoi la sanctification du lieu n’est
pas requise, comme c’est le cas pour ce sacrement. |
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[15902]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 2 Ad secundum dicendum, quod beatus Silvester instituit quod
altare de cetero non nisi lapideum esset. Quia enim altare consecrari debet,
oportet esse aliquam rem fortem et non fragilem, sicut est lignum vel terra,
de qua fiat altare. Item quia debet esse in Ecclesia copia altarium, ut
frequentetur hoc mysterium, ideo debet esse materia communis, non autem aurum
vel argentum, vel aliquid hujusmodi, quod non de facili possit haberi. In
veteri autem lege erat tantum unum altare ad unum tantum effectum deputatum;
et ideo nihil oberat, si de auro fieret. Competit etiam lapis ad
significationem altaris, quod Christum significat, qui etiam per petram
significatur; 1 Corinth. 10, 4: petra autem erat Christus. Sed ante
tempus Silvestri, propter persecutionem non erat fidelibus certus locus ad
manendum; et ideo habebant altare ligneum, quod facile transferretur. |
2. Le bienheureux Silvestre a décidé que
l’autel serait désormais en pierre. En effet, puisque
l’autel doit être consacré, il faut que ce dont
l’autel est fait soit une chose solide, et non pas fragile, comme le
bois ou la terre. De même, parce qu’il doit y avoir beaucoup
d’autels dans l’église afin que ce mystère soit
souvent célébré, ce doit être une matière
commune, et non pas de l’or ou de l’argent ou quelque chose de ce
genre, qui ne peut être facilement obtenu. Mais, sous l’ancienne
loi, il n’y avait qu’un seul autel réservé à
une seule action ; aussi n’y avait-il pas d’objection
à ce qu’il soit en or. La pierre se rapporte aussi à la
signification de l’autel, qui signifie le Christ, qui est aussi
signifié par la pierre. 1 Co 10, 4 : Mais la pierre
était le Christ. Mais, avant l’époque de Silvestre,
en raison de la persécution, il n’y avait pas d’endroit
déterminé où demeuraient les fidèles. C’est
pourquoi on avait un autel en bois, qui se transportait facilement. |
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[15903] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod panni in quibus corpus Christi consecratur,
repraesentant sindonem mundam qua corpus Christi involutum est; et ideo sicut
illa linea fuit, ita non licet nisi in pannis lineis corpus Christi
consecrare. Linum etiam competit huic sacramento et propter puritatem, quia
ex eo panni candidissimi et facile mundabiles fiunt; et propter multiplicem
tunsionem lini qua paratur ad hoc ut ex eo fiat pannus candidus, quae
competit ad significandum passionem Christi; unde non deceret de pannis
sericis corporale et pallas altaris esse, quamvis sint pretiosiores: neque de
panno lineo tincto, quamvis sit pulchrior. |
3. Les tissus sur lesquels le corps du Christ est
consacré représentent le linceul vierge dans lequel le corps du
Christ a été enveloppé. C’est la raison pour
laquelle, de même que ceux-ci étaient en lin, il n’est
permis de consacrer le corps du Christ que sur des tissus de lin. Le lin
convient aussi à ce sacrement en raison de sa pureté, car des
tissus très blancs et facilement lavables peuvent en être faits,
et aussi en raison des multiples battages par lesquels il est
préparé pour qu’on en tire un tissu blanc, qui convient
pour signifier la passion du Christ. Aussi ne conviendrait-il pas que le
corporal et les palles de l’autel soient en soie, bien que ceux-ci
soient plus précieux ; [cela ne conviendrait pas] non plus
s’ils étaient en lin teint, bien que celui-ci soit plus beau. |
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[15904] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod secundum statum Ecclesiae calix debet esse tantum de
auro vel argento vel stanno; non autem de aere vel aurichalco, quia ex
fortitudine vini rubiginem generaret, et nauseam provocaret; neque ex vitro
vel ex crystallo propter fragilitatem; neque ex ligno propter porositatem,
quia imbibit liquorem immissum; neque ex lapide, propter ineptitudinem; non
enim oportet quod quantum ad omnia, signa signatis respondeant. |
4. Selon la décision de l’Église, le
calice doit être en or, en argent ou en étain seulement, et non
en airain ou en laiton, car, en raison de la force du vin, cela engendrerait
de la rouille et provoquerait la nausée. [Il ne doit] pas non plus
être en verre ou en cristal en raison de leur fragilité, ni en
bois en raison sa porosité, car celui-ci boit le liquide qu’on y
a versé. Ni en pierre, parce qu’elle ne s’y prête
pas. En effet, il n’est pas nécessaire que les signes
correspondent en tout à ce qui est signifié. |
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Quaestiuncula 6 |
Réponse à la sous-question 6 |
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[15905] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 2 qc. 6 co. Ad sextam quaestionem dicendum, quod remotis his quae non sunt de essentia rei, nihilominus res manet; unde
cum hujusmodi ritus quantum ad determinationem horae vel loci vel
indumentorum, non sint de essentia sacramenti, sed de solemnitate, si
omittantur, nihilominus consecratum est sacrificium, dummodo adsint ea quae
sunt de essentia sacramenti, scilicet ordo et intentio ex parte consecrantis,
et materia et forma ex parte consecrati. Tamen graviter peccat qui aliter
facit, et degradandus esset. |
Une fois enlevé ce qui ne fait pas partie de
l’essence d’une chose, la chose demeure néanmoins. Puisque
la détermination de l’heure, du lieu ou des vêtements de
ce rite ne fait pas partie de l’essence du sacrement mais de sa
solennité, s’ils sont omis, le sacrifice est néanmoins
consacré, pourvu qu’y soit présent ce qui fait partie de
l’essence du sacrement, à savoir, l’ordre et
l’intention du côté de celui qui consacre, et la
matière et la forme du côté de ce qui est
consacré. Toutefois, celui qui agit autrement pèche gravement
et doit perdre son grade. |
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[15906]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 6 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod leges divinae quae pertinent
ad essentialem institutionem sacramenti, si mutentur, nihil fit, ut si alia
materia esset vel forma; secus autem est de legibus quae pertinent ad
solemnitatem sacramenti. |
1. Rien n’est accompli si les lois divines qui se
rapportent à l’institution essentielle du sacrement sont
changées, comme si la matière ou la forme étaient
différentes. Mais il en va autrement de ce qui se rapporte à la
solennité du sacrement. |
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[15907] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 6 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod significatio rei sacramentalis est de essentia
sacramenti; et hoc sufficienter habetur per materiam; et ideo significatio
quae superadditur in aliquo ritu, est de solemnitate, non de essentia
sacramenti. |
2. La signification de la réalité
sacramentelle fait partie de l’essence du sacrement, et elle est
suffisamment présente par la matière. Aussi une signification
qui est ajoutée dans un autre rite fait-elle partie de la
solennité, et non de l’essence du sacrement. |
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[15908] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 2 qc. 6 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod sacramenta originem habent ex institutione divina; et
ideo omissio alicujus quod sit ab Ecclesia institutum, non potest impedire
quin verum sacramentum fiat. Impediret autem, si sacramenta ex institutione
Ecclesiae efficaciam haberent, sicut actiones saeculares ex statutis
principum ratificantur. |
3. Les sacrements tirent leur origine d’une
institution divine. C’est pourquoi l’omission de quelque chose
qui a été institué par l’Église ne peut
empêcher qu’il y ait un vrai sacrement. Mais cela
l’empêcherait si les sacrements tiraient leur efficacité
de l’institution de l’Église, comme les actions
séculières tirent leur validité des décisions des
dirigeants. |
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Articulus 3 [15909] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 tit. Utrum
laicus possit dispensare corpus Christi |
Article
3 – Un laïc peut-il dispenser le corps du Christ ?
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Quaestiuncula
1 |
Sous-question 1 – [Un
laïc peut-il dispenser le corps du Christ ?]
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[15910] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod laicus
potest dispensare corpus Christi. Perfectio enim hujus sacramenti in materiae
consecratione consistit, ut supra dictum est, non in usu sacramenti. Sed ordinati, sunt ministri sacramentorum. Ergo etsi
consecratio materiae ad solos sacerdotes pertineat, tamen dispensatio debet
ad omnes pertinere. |
1. Il semble qu’un laïc puisse dispenser le
corps du Christ. En effet, l’accomplissement de ce sacrement consiste
dans la consécration de la matière, comme on l’a dit plus
haut, et non dans l’usage du sacrement. Or, les ministres des
sacrements sont ceux qui ont été ordonnés. Même si
la consécration de la matière relève des seuls
prêtres, leur dispensation doit cependant relever de tous. |
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[15911]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, ab illis debet dispensari sacramentum qui cum
reverentia ipsum tractant. Sed quidam laici sunt majoris reverentiae ad
sacramentum quam etiam sacerdotes; et etiam mulieres interdum. Ergo per eos
potest hoc sacramentum dispensari. |
2. Un sacrement doit être dispensé par ceux
qui les traitent avec révérence. Or, certains laïcs ont
une plus grande révérence envers le sacrement que des
prêtres, et même parfois des femmes. Le sacrement peut donc
être dispensé par eux. |
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[15912] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
sicut sacerdotis est dispensare corpus Christi, ita et tangere. Sed in aliquo
casu licet tangere laico corpus Christi; puta, si videret ipsum in terra
jacere, et non esset sacerdos qui tolleret. Ergo et in aliquo casu liceret ei
dispensare. |
3. De même qu’il appartient au prêtre
de dispenser le corps du Christ, de même [lui appartient-il] de le
toucher. Or, dans certains cas, il est permis à un laïc de
toucher le corps du Christ, par exemple, s’il le voyait à terre
et s’il n’y avait pas de prêtre pour le ramasser. Dans un
cas, il lui serait donc permis de le dispenser. |
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[15913] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed
contra est quod dicitur de Consecr., dist. 2, cap. pervenit, ubi inhibetur ne
etiam infirmis per laicos sacerdotes hoc sacramentum transmittant. |
Cependant, [1]
s’oppose à cela ce qui est dit dans «Sur la
consécration», d. 2, c. «Pervenit», où il est interdit que les
prêtres doivent faire parvenir ce sacrement aux malades par
l’entremise de laïcs. |
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[15914]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, ad eosdem pertinet esse ministros Ecclesiae, et
dispensatores mysteriorum Dei, 1 Cor. 4: sic nos existimet homo ut
ministros Christi, et dispensatores mysteriorum Dei. Sed laici non sunt
ministri Ecclesiae. Ergo non debent esse dispensatores sacramentorum. |
[2] Il appartient aux mêmes d’être les
ministres de l’Église et les dispensateurs des mystères
de Dieu, 1 Co 4 : Que l’on nous considère donc
comme des ministres du Christ et des dispensateurs des mystères de
Dieu. Or, les laïcs ne sont pas des ministres de
l’Église. Ils ne doivent donc pas être des dispensateurs
des sacrements. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Un diacre peut-il dispenser le corps du Christ ?] |
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[15915]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod diaconus possit dispensare. Quia
beatus Laurentius diaconus fuit. Sibi autem commissa fuit dispensatio
dominici sanguinis, ut patet in legenda sua. Ergo diaconus potest dispensare. |
1.
Il semble que le diacre puisse dispenser [le corps du Christ], car le
bienheureux Laurent était diacre. Or, la dispensation du sang du
Christ lui avait été confiée, comme cela ressort de sa
légende. Le diacre peut donc dispenser [le corps du Christ]. |
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[15916] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
dispensatio hujus sacramenti ad populi curationem pertinet. Sed diaconus
potest habere curam animarum. Ergo et ipse est dispensator hujus sacramenti. |
2. La dispensation de ce sacrement relève de la
charge d’un peuple. Or, le diacre peut avoir charge
d’âmes. Il peut donc être aussi dispensateur de ce sacrement. |
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[15917] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed
contra est quod dicit canon dist. 93: non oportet diaconum panem dare,
idest corpus Christi. |
Cependant, s’oppose
à cela ce que dit le canon, d. 93 : «Le diacre ne doit pas donner le
pain», c’est-à-dire le corps du Christ. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Peut-on recevoir licitement la dispensation de ce sacrement de la part d’un prêtre fornicateur, excommunié ou hérétique ?] |
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[15918]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod aliquis possit licite recipere
dispensationem sacramenti a fornicario vel excommunicato vel haeretico
sacerdote. Augustinus
enim dicit: neque in homine bono, neque in homine malo aliquis sacramenta
Dei fugiat. Ergo potest a quolibet sacerdote hoc sacramentum recipere. |
1. Il semble que l’on puisse recevoir licitement la
dispensation de ce sacrement de la part d’un prêtre fornicateur,
excommunié ou hérétique. En effet, Augustin dit :
«Qu’on ne s’éloigne pas des sacrements de Dieu
à cause d’un homme bon ou d’un homme mauvais.» On
peut donc recevoir ce sacrement de n’importe quel prêtre. |
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[15919]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, virtus divina praevalet malitiae humanae. Sed
sacramentum divina virtute continet gratiam, et causat. Ergo quantumcumque
sit malus ille qui dederit, vel haereticus, consequitur gratiam qui ab eo
sacramentum recipit. |
2. La puissance divine l’emporte sur la
méchanceté humaine. Or, le sacrement contient et cause la
grâce par la puissance divine. Aussi méchant ou
hérétique que soit celui qui l’aura donné, celui
qui le reçoit de lui obtient donc la grâce. |
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[15920] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
iniquitas sacerdotis non potest ipsum corpus Christi inquinare. Sed hoc sacramentum ex
ipso opere operato, quod est corpus Christi, gratiam confert. Ergo etiam si aliquis sit excommunicatus vel haereticus,
sacramentum ab eo perceptum gratiam confert. |
3. L’iniquité du prêtre ne peut
souiller le corps même du Christ. Or, ce sacrement confère la
grâce en vertu de cela même qui est réalisé, qui
est le corps du Christ. Même si quelqu’un est excommunié
ou hérétique, le sacrement reçu de lui confère
donc la grâce. |
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[15921] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed
contra est quod dicit canon: nullus Missam audiat sacerdotis quem scit
concubinam indubitanter habere. Ergo peccat qui recipit sacramentum a
concubinario sacerdote. |
Cependant, [1]
s’oppose à cela ce que dit le canon : «Que personne
n’entende la messe d’un prêtre qu’il sait de
manière certaine avoir une concubine.» Celui qui reçoit
le sacrement d’un prêtre concubin pèche donc. |
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[15922]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, nullus debet recipere sacramentum praeter
institutionem Ecclesiae; quia indignus accederet. Sed aliqui secundum
institutionem Ecclesiae sunt suspensi. Ergo non licet ab eis sacramenta
recipere. |
[2] Personne ne doit recevoir le sacrement sans respecter
une décision de l’Église, car il s’en approcherait
alors qu’il en est indigne. Or, certains [prêtres] sont suspens
selon une décision de l’Église. Il n’est donc pas
permis de recevoir d’eux les sacrements. |
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Quaestiuncula
1 |
Réponse à la
sous-question 1
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[15923] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod sicut in
corpore naturali sunt quaedam membra principalia, per quae virtutes et
operationes vitae a principio vitae ad cetera membra decurrunt; ita et in
Ecclesia sacerdotes et alii ministri sunt quasi membra principalia quibus
mediantibus sacramenta vitae populo dispensari debent; et ideo laicis,
quantumcumque sanctis, sicut nec consecratio, ita nec dispensatio hujus
sacramenti competit. |
De même qu’il y a des membres principaux dans
le corps naturel, par lesquels les puissances et les opérations de la
vie parviennent aux autres membres depuis le principe de la vie, de
même, dans l’Église, les prêtres et les autres
ministres sont comme des membres principaux par l’intermédiaire
desquels les sacrements de la vie doivent être dispensés au
peuple. C’est pourquoi, de même que la consécration, la
dispensation de ce sacrement ne relève-t-elle pas des laïcs,
aussi saints soient-ils. |
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[15924]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis in essentia sua
sacramentum sit perfectum sine usu sacramenti, tamen perfectionem quantum ad
effectum sine usu non habet; et ideo etiam usus sacramenti hujus ad
dispensationem ministrorum Ecclesiae pertinet. |
1. Bien que le sacrement soit accompli dans son essence
sans l’usage du sacrement, cependant son effet n’est pas accompli
sans l’usage du sacrement. C’est pourquoi l’usage
même de ce sacrement relève d’une dispensation par les
ministres de l’Église. |
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[15925] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in hoc sacramento ad reverentiam ipsius non solum
exigitur sanctificatio morum, sed etiam sacramentalis sanctificatio: quia et
ipse calix in quo sanctitas morum esse non potest, consecratur propter
reverentiam sacramenti; et similiter in dispensante hoc sacramentum debet
esse utraque sanctificatio; unde et manus sacerdotis unctione sanctificantur,
sicut et calix. Et quia laicus hanc sanctitatem non habet, ideo non potest
hoc sacramentum dispensare. |
2. Pour ce sacrement,
non seulement la sanctification du comportement est nécessaire pour la
révérence envers lui, mais aussi une sanctification
sacramentelle, car le calice lui-même, pour lequel il ne peut y avoir
de sainteté du comportement, est consacré par révérence
pour le sacrement. De même, chez celui qui dispense ce sacrement,
doit-il exister une double sanctification. Aussi la main du prêtre
est-elle sanctifiée par une onction, comme le calice. Et parce que le
laïc n’a pas cette sainteté, il ne peut donc pas dispenser ce
sacrement. |
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[15926] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod sicut Baptismum conferre competit sacerdoti ex officio, tamen laicus in casu necessitatis non peccat baptizans;
ita tangere corpus Christi ex officio soli sacerdoti competit; sed in casu
necessitatis potest et debet laicus corpus Christi tangere, etiam si sit
peccator, ut si in aliquo loco immundo jaceret. Sed non est simile de
dispensatione sacramenti: quia receptio hujus sacramenti non est
necessitatis; unde ei qui non potest sacramentaliter manducare, dicendum est:
crede et manducasti. |
3. De même qu’il appartient au prêtre
de conférer le baptême en vertu de sa fonction, mais qu’un
laïc ne pèche cependant pas en baptisant en cas de
nécessité, de même, toucher le corps du Christ
relève-t-il seulement du prêtre en vertu de sa fonction, mais,
en cas de nécessité, un laïc peut-il et doit-il toucher le
corps du Christ, même s’il est pécheur, comme
lorsqu’il est tombé dans un endroit impur. Mais il n’en va
pas de même de la dispensation du sacrement, car la réception de
ce sacrement n’est pas nécessaire. Aussi faut-il dire à
celui qui ne peut manger sacramentellement : «Crois, et tu as
mangé.» |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[15927] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod dispensatio hujus
sacramenti proprie ad sacerdotem pertinet, eo quod ipse repraesentat
Christum, qui fuit mediator Dei et hominum; unde cum hoc sacramentum sit ad
reconciliandum nos Deo, oportet per sacerdotem, qui est mediator inter Deum
et populum, dispensari. Sed sicut sacerdos,
ut dictum est, participat aliquid de virtute perfectiva, quae est episcopi,
ita diaconus participat aliquid de dispensatione hujus sacramenti: competit
enim ei ex officio sanguinem domini dispensare, sed non corpus: quia
dispensator corporis oportet quod ipsum corpus tangat, non autem dispensator
sanguinis: diacono autem non licet corpus Christi tangere, cum non habeat
manus sacratas; et ideo non debet corpus dispensare nisi de mandato
presbyteri vel episcopi, vel presbytero longe posito in casu necessitatis.
Vel ideo dispensat sanguinem et non corpus, quia per sanguinem significatur
redemptionis mysterium, quod a capite Christi in membra diffunditur officio
ministrorum; unde et sanguini aqua, quae populum significat, admiscetur; sed
incarnatio, quam corpus Christi significat, non est humano ministerio facta. |
La dispensation de ce sacrement appartient en propre au
prêtre du fait qu’il représente le Christ, qui a
été le médiateur entre Dieu et les hommes. Puisque ce
sacrement vise à nous réconcilier avec Dieu, il faut donc
qu’il soit dispensé par le prêtre, qui est
médiateur entre Dieu et le peuple. Mais, comme on l’a dit, de
même que le prêtre possède par participation quelque chose
de la puissance de perfectionnement qui appartient à
l’évêque, de même le diacre possède-t-il par
participation quelque chose de la dispensation de ce sacrement. En effet, il
lui revient de dispenser le sang du Christ en vertu de sa fonction, mais non
le corps, car le dispensateur du corps doit toucher le corps lui-même,
mais non le dispensateur du sang. Or, il n’est pas permis au diacre de
toucher le corps du Christ puisqu’il n’a pas les mains
consacrées. Il ne doit donc pas dispenser le corps, si ce n’est
sur l’ordre du prêtre ou de l’évêque, ou, en
cas de nécessité, si le prêtre est loin. Ou bien il
dispense le sang, mais non le corps, parce que le mystère de la
rédemption est signifié par le sang, [mystère] qui se
répand dans les membres depuis la tête qu’est le Christ
par la fonction des ministres. Aussi l’eau, qui signifie le peuple,
est-elle mélangée au sang ; mais l’incarnation, que
signifie le corps du Christ, n’est pas réalisée par un
ministère humain. |
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[15928]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod quamvis fuerit dispensator
sanguinis, non tamen legitur fuisse dispensator corporis; unde et adhuc hodie
in quibusdam Ecclesiis sanguis per diaconum ministris altaris dispensatur. |
1. Bien qu’il ait été dispensateur du
sang, on ne lit pas qu’il ait été dispensateur du corps.
Aussi, encore aujourd’hui, le sang est-il dispensé aux ministres
de l’autel par le diacre. |
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[15929] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod diaconus potest habere curam animarum quantum ad ea quae jurisdictionis
sunt, sed non quantum ad ea quae sunt ordinis: dispensatio autem sacramentorum
ad ordinem pertinet. |
2. Le diacre peut avoir charge d’âmes pour ce
qui relève de la juridiction, mais non pour ce qui relève de
l’ordre. Or, la dispensation des sacrements relève de
l’ordre. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[15930] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod si aliquis cum
peccato ad hoc sacramentum accedit, magis cedit ei in nocumentum quam in
profectum. Quicumque autem contra ordinationem Ecclesiae accedit, per inobedientiam
peccat. Simoniaci autem et schismatici et excommunicati ex statuto Ecclesiae
a dispensatione hujus sacramenti sunt suspensi: quia sunt extra unitatem
Ecclesiae, in qua sacramenta conferuntur; et similiter interdictum est
concubinariis sacerdotibus propter spiritualitatem maximam quae in hoc
sacramento requiritur. Unde si aliquis ab
aliquo praedictorum sacramentum suscipiat, peccat, et sic gratiam non
consequitur. Tamen differt de fornicariis et aliis praedictis: quia aliis non
debet homo communicare in divinis scienter, quantumcumque sint occulti; sed
concubinarii sacerdotes non sunt vitandi, nisi sint notorii. Et dicuntur
notorii tribus modis: vel propter sententiam, quia convicti sunt; vel per
confessionem in jure factam; vel per rei evidentiam, sicut quando est ita
manifestum quod nulla potest tergiversatione celari. Ab aliis autem
peccatoribus licet sacramenta recipere. |
Si quelqu’un s’approche de ce sacrement avec
un péché, [le sacrement] lui nuira plutôt qu’il ne
lui profitera. Or, quiconque s’en approche à l’encontre
d’une disposition de l’Église pèche par
désobéissance. Ainsi, les simoniaques, les schismatiques et les
excommuniés par décision de l’Église sont suspens
de ce sacrement, parce qu’ils sont en dehors de l’unité de
l’Église, dans laquelle les sacrements sont
conférés. De même cela a-t-il été interdit
aux prêtres concubins en raison de la très haute
spiritualité requise par ce sacrement. Si quelqu’un
reçoit un sacrement de l’un de ceux qui ont été
mentionnés, il pèche donc et ainsi n’obtient pas la
grâce. Toutefois, il y a une différence entre les fornicateurs
et les autres qui ont été mentionnés, car on ne doit pas
communier par les sacrements avec les autres, aussi occultes soient-ils, mais
les prêtres concubins ne doivent être évités que
s’ils sont notoires. Et l’on dit qu’ils sont notoires de
trois façons : en raison d’une sentence, parce qu’ils
ont été condamnés ; en raison d’une
confession faite selon le droit ; en raison de l’évidence
de la chose, comme lorsque cela est si manifeste que cela ne peut être
caché sans aucune hésitation. Mais il est permis de recevoir
les sacrements des autres pécheurs. |
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[15931] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod inquantum est malus, non fugitur, sed propter
Ecclesiae prohibitionem. Vel dicendum, quod Augustinus dicit quod sacramenta
non sunt fugienda, quia cognoscendum est etiam ab eis verum perfici
sacramentum. |
1. On ne le fuit pas parce qu’il est mauvais, mais
en raison d’une interdiction de l’Église. Ou bien il faut
dire qu’Augustin dit que les sacrements qu’on ne doit pas fuir
les sacrements, parce qu’il faut aussi savoir qu’un vrai
sacrement est accompli par eux. |
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[15932]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quamvis sacramentum virtutem
suam non amittat, tamen in eo qui indigne accedit contra obedientiam
Ecclesiae faciens, effectum non habet. |
2. Bien que le sacrement ne perde pas sa puissance, il
n’a cependant pas son effet chez celui qui s’en approche
indignement en agissant à l’encontre de
l’obéissance à l’Église. |
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[15933] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Et
similiter dicendum ad tertium. |
3. Il faut dire la même chose pour le
troisième argument. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [À
propos de l’hérésie]
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Prooemium |
Prologue
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[15934] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 2 pr. Deinde quaeritur de haeresi; et circa hoc quaeruntur tria: 1 quid
faciat haereticum; 2 utrum haeresis sit majus peccatum aliis; 3 utrum
haeretici sint tolerandi. |
On s’interroge ensuite sur
l’hérésie. À ce sujet, trois questions sont
posées : 1 – Qu’est-ce qui rend
hérétique ? 2 – Est-ce que l’hérésie
est un péché plus grand que les autres ? 3 – Est-ce que
les hérétiques doivent être tolérés ? |
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Articulus 1 [15935] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 1 tit. Utrum haeresis dicat perversitatem fidei |
Article
1 – Est-ce que l’hérésie indique une
déviation de la foi ?
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Ad
primum sic proceditur. Videtur quod haeresis non dicat perversitatem fidei.
Haeresis enim, ut dicit Isidorus, idem est quod divisio. Divisio autem unioni
opponitur; unio autem fit per caritatem, quia amor est unitiva virtus, ut
dicit Dionysius. Ergo haeresis non pertinet ad perversitatem fidei, sed magis
ad perversitatem odii. |
Objections 1. Il semble que l’hérésie
n’indique pas une déviation de la foi. En effet, comme le dit
Isidore, l’hérésie est la même chose que la
division. Or, la division s’oppose à l’union, et
l’union est réalisée par la charité, car
l’amour est une vertu qui unit, comme le dit Denys.
L’hérésie ne concerne donc pas une déviation de la
foi, mais la déviation de la haine. |
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[15937] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 1 arg. 2 Praeterea,
schisma divisionem importat; et ita videntur schismatici haeretici esse. Sed
schismatici non semper habent fidei perversitatem. Ergo haeresis non
consistit in perversitate fidei. |
2. Le schisme comporte une division ; ainsi, les
schismatiques paraissent être hérétiques. Or, les
schismatiques ne dévient pas toujours de la foi.
L’hérésie ne consiste donc pas dans une déviation
de la foi. |
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[15938] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 2 a. 1 arg. 3 Praeterea, simoniaci non errant in fide. Sed tamen
simoniaci sunt haeretici: quia, ut dicit Gregorius in registro: qui per pecuniam
ordinatur, haereticus promovetur. Ergo haeresis non importat errorem
in fide. |
3. Les simoniaques n’errent pas par rapport
à la foi. Or, les simoniaques sont cependant des
hérétiques, car, comme le dit Grégoire dans le Registre :
«Celui qui est ordonné pour de l’argent est promu alors
qu’il est hérétique.» L’hérésie
ne comporte donc pas une erreur par rapport à la foi. |
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[15939] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 arg. 4 Praeterea, superstitio
religioni opponitur, non fidei. Sed haeresis superstitio dicitur. Ergo non
pertinet ad fidei perversitatem, sed magis ad perversitatem religionis. |
4. La superstition
s’oppose à la religion, et non à la foi. Or,
l’hérésie est appelée une superstition. Elle ne
concerne donc pas une déviation par rapport à la foi, mais
plutôt une déviation par rapport à la religion. |
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[15940] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 1 arg. 5 Praeterea,
Hieronymus dicit, quod ex verbis inordinate prolatis incurritur haeresis. Sed
fides non consistit in verbis oris, sed in assensu cordis. Ergo haeresis non
dicit perversitatem fidei. |
5. Jérôme
dit qu’on encourt l’hérésie par des paroles
proférées de manière désordonnée. Or, la
foi ne consiste pas dans des paroles de la bouche, mais dans
l’assentiment du cœur. L’hérésie
n’indique donc pas une déviation par rapport à la foi. |
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[15941] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 2 a. 1 arg. 6 Praeterea, multa sunt de his quae ad fidem
pertinent, in quibus sunt contrariae
opiniones; et sic oportet alteram earum esse falsam; nec tamen aliqua
judicatur haeretica. Ergo tota ratio haeresis non consistit in perversitate
fidei. |
6. Il existe beaucoup de choses se rapportant à la
foi à propos desquelles il existe des opinions contraires ;
ainsi, il faut que l’une d’elles soit fausse, sans que
l’une [d’elles] soit cependant jugée
hérétique. L’essence de l’hérésie ne
consiste donc pas entièrement dans une déviation par rapport
à la foi. |
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[15942] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 arg. 7 Praeterea, Judaei
habent perversam fidem, nec tamen haeretici dicuntur. Ergo omnis haeresis non consistit in perversitate fidei. |
7. Les Juifs ont une foi détournée ;
ils ne sont cependant pas appelés hérétiques. Toute
hérésie ne consiste donc pas dans une déviation par
rapport à la foi. |
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[15943] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 1 arg. 8 Praeterea,
multi habent perversam fidem qui non habent novam opinionem, sicut Manichaei.
Sed habere novam opinionem est de essentia haeresis, sicut patet per
definitionem Augustini. Ergo et cetera. |
8. Plusieurs ont une foi déviante, qui n’ont
pas une opinion nouvelle, comme les manichéens. Or, avoir une opinion
nouvelle fait partie de l’essence de l’hérésie,
comme cela ressort de la définition d’Augustin. Donc, etc. |
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[15944]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 arg. 9 Praeterea, multi habent perversam opinionem in iis quae
sunt fidei, qui ex hoc nullum commodum temporale sperant. Sed hoc est de
essentia haeresis, ut patet per Augustinum. Ergo et cetera. |
9. Plusieurs ont une opinion déviante en
matière de foi, qui n’en espèrent aucun avantage
temporel. Or, cela fait partie de l’essence de
l’hérésie, comme cela ressort de ce que dit Augustin.
Donc, etc. |
|
[15945]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 s. c. 1 Sed contra, haeresis est peccatum. Ergo alicui virtuti
opponitur. Sed nulla cognitio inter virtutes computatur nisi fides. Ergo cum haeresis ad
cognitionem pertineat, ut ex definitione Augustini patet; ubi supra, videtur
quod haeresis sit perversitas fidei. |
Cependant, [1] l’hérésie est un
péché. Elle s’oppose donc à une vertu. Or, aucune
connaissance n’est comptée parmi les vertus, si ce n’est
la foi. Puisque l’hérésie se rapporte à la
connaissance, comme cela ressort de la définition d’Augustin,
à l’endroit indiqué plus haut, il semble donc que l’hérésie
soit une déviation par rapport à la foi. |
|
[15946]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 s. c. 2 Praeterea, hoc patet ex communi usu loquendi. |
[2] Cela ressort clairement de la manière
générale de parler. |
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[15947] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 co. Respondeo dicendum,
quod nomen haeresis Graecum est, et electionem importat secundum Isidorum;
unde et haeretica divisiva dicuntur. Et quia in electione fit divisio unius
ab altero, electio prohaeresis dicitur, ut patet 9 Metaphys. Divisio autem
contingit alicui parti per recessum a toto. Prima autem congregatio quae est
in hominibus, est per viam cognitionis, quia ex hac omnes aliae oriuntur;
unde et haeresis consistit in singulari opinione praeter communem opinionem. Unde et philosophi qui quasdam positiones habebant praeter
communem sententiam aliorum, sectas vel haereses proprias constituebant. Sed
quia nullus denominatur ab eo quod inest sibi imperfecte, sed solum quando
confirmatur in illo (sicut non dicitur iracundus cui inest passio irae, sed
qui passibilis est de facili ab ea; neque qui habet dispositionem dicitur sanus),
ideo neque haereticus nominatur nisi qui in singulari opinione firmam habet
stabilitatem; unde etiam competit ei nomen haeresis, secundum quod in
electionem sonat: quia quod in electione fit, quasi ex habitu firmato
procedit. Competit
ei etiam nomen haeresis, secundum quod Latinum est, ab haerendo dictum: quia
suae opinioni vehementer inhaeret. Et quia congregatio corporis mystici per
unitatem verae fidei primo constituitur, ideo haereticus secundum nos dicitur
qui a communi fide, quae Catholica dicitur, discedit, contrariae opinioni
vehementer inhaerens per electionem. |
Réponse Le mot «hérésie» est grec et,
selon Isidore, il comporte un choix. Aussi les hérésies
provoquent-elles des divisions. Et parce que, par le choix, on sépare
une chose d’une autre, le choix est appelé
«prohérésie», comme cela ressort de Métaphysique, IX. Or, la
division survient dans quelque chose lorsqu’elle s’éloigne
du tout. Or, le premier rassemblement qui existe parmi les hommes se
réalise par la voie de la connaissance, car tous les autres viennent
de celui-ci. Aussi l’hérésie consiste-t-elle dans une
opinion particulière hors de l’opinion commune. Ainsi, les
philosophes qui avaient des positions hors de la position commune des autres
constituaient-ils des sectes ou des hérésies propres. Mais
parce que personne n’est désigné selon ce qui existe chez
lui d’une manière imparfaite, mais seulement lorsqu’il y
est confirmé (ainsi, on n’appelle pas coléreux celui chez
qui existe la passion de la colère, mais celui qui en est facilement
affectée ou celui qui y est disposé), on n’appelle non
plus hérétique que celui qui est solidement établi dans
son opinion particulière. De sorte que le mot
«hérésie» lui convient au sens où celle-ci
comporte un choix, car ce qui est fait par choix vient pour ainsi dire
d’un habitus solidement implanté. Le mot
«hérésie» lui convient aussi selon qu’il
vient du latin «adhérer», car il adhère avec
véhémence à son opinion. Et parce que le rassemblement
du corps mystique est d’abord constitué par l’unité
de la vraie foi, nous appelons donc hérétique celui qui se
sépare de la foi commune, appelée catholique, en
adhérant par choix avec véhémence à une opinion
contraire. |
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[15948]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod amor facit completam
unionem; sed principium unionis est ex cognitione; et ideo divisio quae est
in fide, haeresim constituit. |
Solutions 1. L’amour réalise l’union
complète. Mais le principe de l’union vient de la connaissance.
C’est pourquoi la division portant sur la foi constitue
l’hérésie. |
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[15949] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 1 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod schisma importat divisionem oppositam caritatis unioni:
dicuntur enim schismatici qui concordiam non servant in Ecclesiae
observantiis, ut Ecclesiae praelatis obediant, volentes per se Ecclesiam
constituere singularem: et isti in principio perversum dogma non habent, sed
ab Ecclesiae fundamento recedentes in vaniloquium vertuntur, et perversum
aliquod confingunt, et sic in fine in haeresim labuntur; unde Hieronymus
dicit, quod haeresis et schisma differunt sicut genus et species. |
2. Le schisme comporte une division opposée
à l’union de la charité. En effet, on appelle
schismatiques ceux qui n’observent pas la concorde dans les observances
de l’Église, de sorte qu’ils obéissent aux
prélats qui veulent constituer par eux-mêmes une église
particulière. Au départ, ceux-ci n’ont pas une position
déviante, mais, en s’éloignant du fondement de
l’Église, ils se tournent vers des paroles futiles et inventent
quelque chose de déviant, de sorte que, à la fin, ils tombent
dans l’hérésie. Aussi Jérôme dit-il que
l’hérésie et le schisme diffèrent comme le genre
et l’espèce. |
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[15950] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 1 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod simoniaci quandoque dicuntur per similitudinem haeretici: quia
sicut haereticus contra fidem sentit, ita simoniacus operatur ac si contra
fidem sentiret, dum pretio sacra vult adipisci vel dare, ac si aestimaret
donum spiritus sancti pecunia possideri. |
3. On parle parfois de simoniaques par ressemblance avec
les hérétiques, car, de même que
l’hérétique pense contrairement à la foi, de
même le simoniaque agit comme s’il pensait contrairement à
la foi, alors qu’il veut obtenir ou donner des choses sacrées
à prix d’argent, comme s’il estimait qu’un don de
l’Esprit Saint est possédé par de l’argent. |
|
[15951]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod fides est primum eorum quae ad
religionem requiruntur: quia omnis religio, sive cultus Dei, est quaedam
fidei protestatio; et ideo veritas fidei dicitur veritas quae secundum
pietatem est, Tit. 1; ideo etiam ea quae haeresis sunt, ad superstitionem
pertinent. |
4. La foi est la première des choses qui sont
nécessaires à la religion, car toute religion ou culte de Dieu
est une certaine attestation de la foi. C’est pourquoi la
vérité de la foi est appelée la vérité
conforme à la piété, Tt 1. Ainsi, tout ce qui
relève de l’hérésie relève de la
superstition. |
|
[15952] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 1 ad 5 Ad quintum
dicendum, quod fides principaliter consistit in corde et primo, sed
secundario in ore: quia corde creditur ad justitiam, ore confessio fit ad
salutem; Rom. 10, 10; et similiter haeresis principaliter consistit in
corde, secundum quod Hilarius dicit: intellective sensus in animo est,
sed secundario in ore. Unde Hieronymus dicit, quod ex verbis
inordinate prolatis incurritur haeresis, non quia haeresis per se in his
consistat, sed quia sunt occasio et causa erroris. |
5. La foi se situe en
premier lieu et principalement dans le cœur, mais de manière
secondaire dans la bouche, car c’est par le cœur qu’on
croit en vue de la justice, et par la bouche qu’on confesse en vue du
salut, Rm 10, 10. De la même manière,
l’hérésie se situe dans le cœur, selon ce que dit
Hilaire : «La compréhension intellectuelle se trouve dans
l’esprit, mais, de manière secondaire, dans la bouche.»
Aussi Jérôme dit-il qu’on encourt
l’hérésie par des paroles proférées de
manière désordonnée, non pas parce que
l’hérésie consiste par soi dans celles-ci, mais parce
qu’elles sont occasion et cause d’erreur. |
|
[15953] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 ad 6 Ad sextum dicendum,
quod in fide sunt aliqua ad quae explicite cognoscenda omnis homo tenetur; unde si in his aliquis errat, infidelis
reputatur, et haereticus, si pertinaciam adjungat. Si autem sunt aliqua ad
quae explicite credenda homo non tenetur, non efficietur haereticus in his
errans; ut si aliquis simplex credat, Jacob patrem fuisse Abrahae, quod est
contra veritatem Scripturae quam fides profitetur, quousque hoc sibi
innotescat, quod fides Ecclesiae contrarium habet: quia non discedit per se
loquendo a fide Ecclesiae nisi ille qui scit hoc a quo recedit, de fide
Ecclesiae esse. Et quia quaedam sunt quae in fide Ecclesiae implicite continentur,
ut conclusiones in principiis; ideo in his diversae opiniones sustinentur,
quousque per Ecclesiam determinatur quod aliquid eorum contra fidem Ecclesiae
est, quia ex eo sequitur aliquid contrarium fidei directe. |
6. Dans la foi, il y a certaines choses que tous sont
tenus de connaître. Si quelqu’un erre pour celles-ci, il est
considéré comme infidèle, et hérétique
s’il y joint l’entêtement. S’il y a des choses
auxquelles on n’est pas tenu de croire explicitement, on ne deviendra
pas hérétique en s’y trompant. Par exemple, si un homme
sans instruction croit que Jacob a été le père
d’Abraham, ce qui est contraire à la vérité de
l’Écriture que professe la foi, jusqu’à ce
qu’il soit porté à sa connaissance que la foi de
l’Église tient le contraire. Car, à proprement parler, ne
se sépare de la foi de l’Église que celui qui sait que ce
dont il s’écarte fait partie de la foi de l’Église.
Et parce que certaines choses sont implicitement contenues dans la foi de l’Église,
comme des conclusions dans les principes, diverses opinions sont soutenues
dans ces matières, jusqu’à ce qu’il soit
déterminé par l’Église que l’une
d’elles est contraire à la foi de l’Église, car il
en découle que quelque chose est directement contraire à la
foi. |
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[15954]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 ad 7 Ad septimum dicendum, quod dividi non convenit nisi parti;
et ideo illi qui nunquam fuerunt de fide Ecclesiae, non reputantur haeretici,
si perversam fidem habeant, ut Judaei vel Pagani: quia nunquam fuerunt partes
hujus totius quod est Ecclesia. |
7. Être divisée ne convient
qu’à une partie. C’est pourquoi ceux qui n’ont
jamais appartenu à la foi de l’Église ne sont pas
estimés hérétiques s’ils ont une foi déviante,
tels les Juifs et les païens, car ils n’ont jamais fait partie de
ce tout qu’est l’Église. |
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[15955] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 1 ad 8 Ad octavum
dicendum, quod omnis opinio quae non habet initium a doctrina Christi, quae
est fundamentum, nova reputatur, quantumcumque secundum tempus sit antiqua. Vel dicendum, quod Augustinus
loquitur quantum ad primos haeresum inventores. |
8. Toute opinion qui ne tire
pas son origine de l’enseignement du Christ, qui est le fondement, est
estimée nouvelle, aussi ancienne soit-elle dans le temps. Ou bien il
faut dire qu’Augustin parle des premiers inventeurs
d’hérésies. |
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[15956] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 1 ad 9 Ad nonum dicendum, quod illi
qui haeresim confingunt de novo, constat quod aliquod expectant commodum,
saltem principatum: volunt enim habere sequaces. Hoc etiam in omnibus ex superbia
procedit, quae est amor propriae excellentiae, quod a communi via discedunt
animi levitate aut perversitate. |
9. Il est certain que ceux qui inventent une nouvelle
hérésie en attendent un avantage, tout au moins un premier
rang : en effet, ils veulent avoir des partisans. Cela vient aussi chez
tous de l’orgueil, qui est l’amour de sa propre excellence,
qu’ils s’écartent de la voie commune par
légèreté d’esprit ou par déviance. |
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Articulus 2 [15957] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 2 tit. Utrum haeresis sit maximum peccatum |
Article
2 – L’hérésie est-elle le plus grand
péché ?
|
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[15958] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 2 a. 2 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod haeresis non sit maximum peccatum. Maxima
enim peccata videntur esse principalia peccata: quia illud est maximum in
unoquoque genere quod est principale. Sed haeresis non est principale vitium.
Ergo non est maximum. |
Objections 1. Il semble que l’hérésie ne soit
pas le plus grand péché. En effet, les plus grands
péchés semblent être les péchés principaux,
car c’est ce qui est principal qui appartient le plus à chaque
genre. Or, l’hérésie n’est pas le vice principal.
Elle n’est donc pas le plus grand. |
|
[15959] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 2 arg. 2 Praeterea, secundum
philosophum in 8 Ethic., pessimum opponitur optimo. Sed
fides cui opponitur haeresis, non est optima virtutum. Ergo nec haeresis est
maximum peccatum. |
2. Selon le Philosophe, dans Éthique, VIII,
le pire est opposé au meilleur. Or, la foi à laquelle
s’oppose l’hérésie n’est pas la plus grande
des vertus. L’hérésie n’est donc pas le plus grand
péché. |
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[15960] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 2 arg. 3 Praeterea, illud quod
excusat, non est maximum peccatorum. Sed haeresis vel infidelitas excusat; 1
Tim., 1, 13: sed misericordiam consecutus sum, quia ignorans feci in incredulitate
mea. Ergo haeresis non est maximum
peccatum. |
3. Ce qui excuse n’est pas le plus grand des
péchés. Or, l’hérésie ou
l’infidélité excuse. 1 Tm 1, 13 : Mais
j’ai obtenu miséricorde, car c’est par ignorance que
j’ai agi alors que je n’avais pas la foi. L’hérésie
n’est donc pas le plus grand péché. |
|
[15961] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 2 arg. 4 Praeterea,
secundum mensuram peccati est mensura poenae. Sed secundum Hieronymum,
peccatum schismatis est magis punitum quam aliquod aliud peccatum: quia
absorpti sunt a terra; ut patet Numer. 16. Ergo haeresis non est maximum
peccatum. |
4. Le mesure de la peine correspond à la mesure du
péché. Or, selon Jérôme, le péché de
schisme est davantage puni qu’un autre péché, car [les
schismatiques] sont avalés par la terre, comme cela ressort de
Nb 16. L’hérésie n’est donc pas le plus grand
péché. |
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[15962] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 2 arg. 5 Praeterea,
peccatum in spiritum sanctum est gravius ceteris peccatis. Sed haeresis non
est hujusmodi. Ergo non est gravissimum. |
5. Le
péché contre l’Esprit Saint est plus grave que les autres
péchés. Or, l’hérésie n’est pas de
cette sorte. [Le péché] d’hérésie
n’est donc pas le plus grave. |
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[15963] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 2 a. 2 s. c. 1 Sed contra, in epistola Clementis dicitur, quod
primum locum in poenis habent qui aberrant a
Deo. Sed tales sunt haeretici. Ergo et cetera. |
Cependant, [1] dans la lettre de Clément, il est dit que
ceux qui s’éloignent de Dieu ont la première place pour
les peines. Or, tels sont les hérétiques. Donc, etc. |
|
[15964] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 2 s. c. 2 Praeterea, Ambrosius dicit: gravissime
peccas, si ignoras. Sed haeretici ignorantiam Dei habent. Ergo gravissime peccant. |
[2] Ambroise dit : «Ton péché
est le plus grave si tu ignores.» Or, les hérétiques
ignorent Dieu. Ils commettent donc le péché le plus grave. |
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[15965] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 2 s. c. 3 Praeterea,
Dionysius dicit, quod ille qui habet participationem quamdam sacratissimarum
consummationum, non est aequalis universaliter indocto, et non participanti
aliquam divinarum teletarum, idest consecrationum. Sed tales sunt haeretici. Ergo alii
peccatores non sunt eis aequandi in malo. |
[3] Denys dit que celui qui
participe à l’une des fonctions les plus sacrées
n’est pas l’égal de celui qui est en tout ignorant et qui
ne participe pas à l’une des consécrations divines. Or,
telles sont les hérétiques. Les autres pécheurs ne
doivent donc pas leur être égalés dans le mal. |
|
[15966] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 2 a. 2 co. Respondeo dicendum, quod unumquodque dicitur malum quia nocet. Unde cum
haeresis plus noceat quam aliquod aliud peccatum, quia subvertit fundamentum
omnium bonorum, sine quo nihil boni remanet; ideo haeresis est ex genere suo
maximum peccatorum, quamvis ex accidenti aliquod peccatum possit esse
gravius; sicut si multum cresceret contemptus Dei in aliquo quod etiam ex
genere suo esset veniale. Sed de eo quod est
secundum accidens, non est curandum in arte, ut philosophus dicit in 5 Ethic. |
Réponse On dit que quelque chose est
mal parce que cela est nuisible. Comme l’hérésie nuit
davantage qu’un autre péché, puisqu’elle bouleverse
le fondement de tous les biens sans lequel il ne reste rien de bon,
l’hérésie est donc par son genre même le plus grand
des péchés, bien que par accident un péché puisse
être plus grave ; ainsi, si le mépris de Dieu était
de beaucoup accru dans quelque chose qui de soi est véniel. Mais,
lorsqu’il s’agit d’art, il ne faut pas s’occuper de
ce qui existe par accident, comme le dit le Philosophe dans Éthique,
V. |
|
[15967] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2
a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum,
quod sicut secundum philosophum in 7 Ethic., bestialitas ponitur extra
numerum aliarum humanarum malitiarum, quia humanum modum transcendit; ita a
sanctis ponitur haeresis extra numerum peccatorum, quae in fidelibus
inveniuntur, quasi gravius eis; et ideo non computatur inter vitia capitalia,
nec inter eorum filias: quia vitia capitalia, secundum Isidorum in Glossa Deuteronom.
7, signantur per septem populos, qui in terra promissionis non remanserunt. Tamen si ad aliquod de
septem capitalibus reduci debeat, poterit ad superbiam reduci, ut per
definitionem Augustini in littera positam patet. |
Solutions 1. De même que, selon
le Philosophe dans Éthique,
VII, la bestialité n’est pas comptée parmi les autres
méchancetés humaines, parce qu’elle déborde le
mode humain, de même l’hérésie est placée
par les saints hors du nombre des péchés qui se trouvent chez
les fidèles, parce qu’elle est plus grave qu’eux. Elle
n’est donc pas comptée parmi les vices capitaux. Selon Isidore,
dans la glose sur Dt 7, ils sont signifiés par les sept peuples
qui ne sont pas restés dans la terre promise. Toutefois, si elle
devait être ramenée à l’un des sept [vices]
capitaux, elle pourrait être ramenée à l’orgueil,
comme cela ressort de la définition d’Augustin donnée
dans le texte. |
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[15968] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 2 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod verbum philosophi intelligendum est in his quae non sunt
ordinata ad invicem, in quibus destructo uno alterum non destruitur. Sed in
ordinatis ad invicem destructio prioris semper est pejor, sive illud sit
melius, sive non; quia eo remoto consequentia removentur; sicut aegritudo est
pejor quam sanitas. |
2. La parole du Philosophe doit s’entendre des
choses qui ne sont pas ordonnées les unes aux autres, où
l’une n’est pas détruite lorsqu’une autre est
détruite. Mais, dans les choses qui sont ordonnées les unes aux
autres, la destruction de la première est toujours pire, qu’elle
soit meilleure ou non, car, celle-ci enlevée, celles qui suivent sont
enlevées, comme la maladie est pire que la santé. |
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[15969] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 2 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod sicut fides habet aliquid in affectu, ita et haeresis; et
quamvis ex illa parte qua habet ignorantiam in intellectu, aliquo modo
excusare possit; tamen secundum quod habet duritiam in affectu ad non
obediendum primae veritati, nihil prohibet eam esse maximum peccatorum. |
3. De même que la foi comporte un aspect affectif,
de même aussi l’hérésie. Bien que, sous
l’aspect où elle comporte une ignorance de l’intellect,
elle puisse excuser d’une certaine manière, cependant, en tant
qu’elle comporte une résistance affective à obéir
à la Vérité première, rien n’empêche
qu’elle soit le plus grand des péchés. |
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[15970] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 2 ad 4 Ad quartum
dicendum, quod quamvis schisma fuerit gravius punitum quantum ad novitatem
poenae (quod expediebat ut praelati Ecclesiae non contemnerentur), tamen
infidelitas est magis punita quantum ad multitudinem punitorum, ut patet
Exod. 20. |
4. Bien que le schisme ait été plus
gravement puni en raison du caractère extraordinaire de la peine (ce
qui convenait pour que les prélats de l’Église ne soient
pas méprisés), l’infidélité est cependant
davantage punie pour ce qui est du grand nombre de ceux qui sont punis, comme
cela ressort de Ex 20. |
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[15971] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 2 ad 5 Ad quintum
dicendum, quod haeresis, secundum quod pertinaciam importat, species est
peccati in spiritum sanctum, quia est impugnatio veritatis agnitae. |
5. Pour autant qu’elle comporte
l’entêtement, l’hérésie est une espèce
du péché contre l’Esprit Saint, car elle est une attaque
contre une vérité connue. |
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Articulus 3 [15972] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 3 tit. Utrum
haeretici sint sustinendi |
Article
3 – Les hérétiques doivent-ils être endurés
?
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Ad
tertium sic proceditur. Videtur quod haeretici sint sustinendi. Nihil enim debet impugnari, nisi quod est contra
amicitiam. Sed diversitas opinionum non est contra concordiam amicitiae, ut
philosophus in 1 Ethic., cap. 6, innuit. Ergo non sunt impugnandi. |
Objections 1. Il semble que les
hérétiques doivent être endurés. En effet, on ne
doit s’en prendre qu’à ce qui est contraire à
l’amitié. Or, la diversité des opinions n’est pas
contraire à la concorde de l’amitié, comme
l’insinue le Philosophe dans Éthique, VI. Il ne faut donc pas
les combattre. |
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[15974] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 3 arg. 2 Praeterea, quod est
necessarium, non est impediendum. Sed haeresis est necessaria Ecclesiae: 1
Corinth. 11, 19: necesse est haereses
esse, ut qui probati sunt, manifesti fiant. Ergo non sunt impugnandi. |
2. Ce qui est nécessaire ne doit pas être
empêché. Or, l’hérésie est nécessaire
à l’Église, 1 Co 11, 19 : Il est
nécessaire qu’il y ait des hérésies afin que ceux
qui ont été mis à l’épreuve soient mis en
évidence. Il ne faut donc pas les combattre. |
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[15975] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 3 arg. 3 Praeterea, Matth. 13,
dominus praecipit ut zizania permitterentur crescere usque ad messem. Messis autem
est finis saeculi. Cum ergo haeretici sint zizania, videtur quod debeant
permitti crescere usque ad finem mundi. |
3. En Mt 13, le
Seigneur a ordonné de laisser croître l’ivraie
jusqu’à la moisson. Or, la moisson est la fin des temps. Puisque
les hérétiques sont l’ivraie, il semble donc qu’on
doive les laisser croître jusqu’à la fin du monde. |
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[15976] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 3 arg. 4 Praeterea, nullus
sapiens debet niti ad hoc quod consequi non potest. Sed, sicut dicit quaedam
Glossa Isai. 7, quamdiu stabit mundus, sapiens, saecularis, et haereticus
sermo dominabuntur. Ergo non debet Ecclesia
niti ad haeresum impugnationem. |
4. Aucun sage ne doit consacrer ses efforts à ce
qui ne peut être obtenu. Or, comme le dit une glose du Is 7, aussi
longtemps que durera le monde, le sage selon le siècle et le discours
hérétique l’emporteront. L’Église ne doit
donc pas s’efforcer de combattre les hérésies. |
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[15977] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 3 arg. 5 Praeterea,
nullus credit non volens, ut dicit Augustinus. Sed haeretici in fide errant.
Ergo non sunt cogendi. |
5. Personne n’a la foi sans le vouloir, comme le
dit Augustin. Or, les hérétiques se trompent en matière
de foi. Il ne faut donc pas les forcer. |
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[15978] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 2 a. 3 s. c. 1 Sed contra, 1 Corinth. 5, apostolus praecepit esse extirpandum vetus fermentum,
quia totam massam corrumpit. Sed haeretici Ecclesiam maxime corrumpunt. Ergo sunt
ab Ecclesia extirpandi. |
Cependant, [1] en 1 Co 5, l’Apôtre a ordonné
d’extirper le vieux levain parce qu’il corrompt toute la masse.
Or, les hérétiques corrompent l’Église au plus
haut point. Ils doivent donc être extirpés par
l’Église. |
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[15979] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 3 s. c. 2 Praeterea, lupi sunt ab
ovibus arcendi pastorum officio, ut patet Joan. 2. Sed haeretici sunt lupi,
ut patet Act. 20. Ergo debent extirpari. |
[2] Les loups doivent être écartés
des brebis par la fonction des pasteurs, comme cela ressort de Jn 2. Or,
les hérétiques sont des loups, comme cela ressort de
Ac 20. Ils doivent donc être extirpés. |
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[15980] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 3 s. c. 3 Praeterea,
vita spiritualis est melior quam corporalis. Sed homicidae extirpantur, quia
auferunt hominibus vitam corporalem. Ergo multo amplius haeretici, qui
auferunt hominibus vitam spiritualem. |
[3] La vie spirituelle est meilleure que la vie
corporelle. Or, les homicides doivent être extirpés parce
qu’ils enlèvent la vie corporelle aux hommes. À bien plus
forte raison donc, les hérétiques, qui enlèvent aux
hommes la vie spirituelle. |
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[15981] Super Sent., lib. 4 d. 13
q. 2 a. 3 co. Respondeo dicendum, quod haeresis est infectivum
vitium; unde 2 Timoth. 2, 16, dicitur, quod multum proficiunt ad impietatem,
et sermo eorum ut cancer serpit; et ideo Ecclesia eos a consortio
fidelium excludit, et praecipue illos qui alios corrumpunt; ut simplices, qui
de facili corrumpi possunt, ab eis sint segregati non solum mente, sed etiam
corporaliter; unde per Ecclesiam carcerantur et expelluntur. Si autem alios non corrumperent, possent etiam celari. Sed
illi qui sunt firmi in fide, possunt cum eis corpore conversari, ut eos
convertant; non tamen in divinis, quia excommunicati sunt. Sed judicio
saeculari possunt licite occidi, et bonis suis spoliari, etsi alios non
corrumpant; quia sunt blasphemi in Deum, et fidem falsam observant; unde
magis possunt puniri isti quam illi qui sunt rei criminis laesae majestatis,
et illi qui falsam monetam cudunt. |
Réponse L’hérésie est un vice infectieux.
Aussi est-il dit, en 2 Tm 2, 16, qu’ils contribuent beaucoup
à l’impiété et que leur discours se répand
comme un cancer. C’est pourquoi l’Église les exclut de la
communion des fidèles, surtout ceux qui en corrompent d’autres,
afin que les gens ordinaires, qui peuvent être facilement corrompus,
soient séparés d’eux non seulement par l’esprit,
mais aussi corporellement. Ils sont ainsi emprisonnés et exilés
par l’Église. Mais s’ils n’en corrompaient pas
d’autres, ils pourraient aussi être mis au secret. Toutefois,
ceux qui sont fermes dans la foi peuvent communiquer avec eux corporellement
pour les convertir, mais non pas pour les sacrements, car ils ont
été excommuniés. Mais ils peuvent légitimement
être tués par le juge séculier et être dépouillés
de leurs biens, même s’ils n’en corrompent pas
d’autres, parce qu’ils blasphèment contre Dieu et
observent une foi fausse. Aussi peuvent-ils être davantage punis que
ceux qui sont coupables du crime de lèse-majesté et ceux qui
frappent de la fausse monnaie. |
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[15982]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod philosophus loquitur de
opinionibus speculativis tantum. Sed consensus in unitate fidei est
principium communionis in caritate; et ideo dissensus in fide excludit
amicitiam familiaritatis. |
Solutions 1. Le Philosophe parle seulement des opinions
spéculatives. Mais le consensus dans l’unité dans la foi
est le principe de la communion dans la charité. C’est pourquoi
la dissidence dans la foi exclut une amitié étroite. |
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[15983] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a.
3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod haeresis dicitur necessaria non
per se loquendo, sed per accidens, inquantum ex quolibet malo Deus elicit
aliquod bonum; quia secundum Augustinum, Ecclesia utitur haereticis ad probationem
doctrinae suae, dum scilicet eorum falsa dogmata impugnat. |
2. On ne dit pas que l’hérésie est
nécessaire à parler en soi, mais par accident, pour autant que
Dieu tire un bien de n’importe quel mal, car, selon Augustin,
l’Église fait usage des hérétiques pour
démontrer son enseignement lorsqu’elle combat les positions
fausses. |
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[15984] Super Sent., lib.
4 d. 13 q. 2 a. 3 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod dominus ideo praecepit ut zizania non eradicarentur, ne forte
simul cum ipsis eradicaretur et triticum; et ideo hoc locum habet in illis de
quibus non constat utrum sint haeretici, vel non. |
3. Le Seigneur a ordonné que l’ivraie ne
soit pas arrachée de crainte que le froment ne soit arraché en
même temps qu’elle. C’est pourquoi cela a sa place pour ceux
dont il n’est pas certain qu’ils soient ou non des
hérétiques. |
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[15985]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quamvis Ecclesia non possit
facere quin sint aliqui haeretici, tamen potest singulariter hunc vel illum
coercere; sicut etiam omnia peccata venialia vitare non possumus, tamen
singula vitare nitimur. |
4. Bien que l’Église ne puisse faire
qu’il n’y ait pas d’hérétiques, elle peut
cependant contraindre tel ou tel, de même que nous ne pouvons pas
éviter tous les péchés véniels, mais que nous
nous efforçons d’éviter chacun. |
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[15986] Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a.
3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod
Ecclesia non persequitur eos ut per violentiam inducantur ad credendum, sed
ne alios corrumpant, et ne tantum peccatum inultum remaneat. |
5. L’Église ne les poursuit pas pour
qu’ils soient amenés à croire de force, mais afin
qu’ils n’en corrompent pas d’autres et qu’un si grand
péché ne demeure pas impuni. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 13 |
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[15987]
Super Sent., lib. 4 d. 13 q. 2 a. 3 expos. Qui intus sunt nomine et sacramento, etsi non vita. Hoc dicit propter schismaticos et haereticos, qui
secundum ipsum non possunt consecrare. Et quid majus corpore et sanguine ?
Videtur corpus mysticum; quia significatur per ipsum. Et dicendum, quod in
his quae sunt tantum ad significandum, verum est quod signatum praevalet
signo, non autem in aliis quae ex consequenti significant. Et ideo dicendum,
quod corpus Christi mysticum, si accipiatur cum ipso capite, est melius quam
corpus Christi verum, si tamen corpus Christi verum accipiatur sine
divinitate cui est unitum; alias non; quia Deus et omnes creaturae non sunt
aliquid melius quam Deus tantum. Si autem accipiatur corpus Christi mysticum
absque capite, sic corpus Christi verum est nobilius. Illi vero qui
excommunicati sunt, vel de haeresi manifeste notati, non videntur hoc
sacramentum posse conficere. Sciendum, quod in hoc opinio Magistri
discordat a communi opinione; et ideo contrariae opinioni adhaerendum est. Missa
enim dicitur, eo quod caelestis missus ad consecrandum vivificum corpus
adveniat. Praeter hanc rationem nominis assignat Hugo tres alias
rationes. Primo, quia Missa dicitur quasi transmissa, eo quod populus fidelis
per ministerium sacerdotis, qui mediatoris vice fungitur inter Deum et
hominem, preces, vota et oblationes Deo transmittit. Secundo ipsa hostia
sacra Missa vocari potest; quia transmissa est prius a patre nobis, ut
scilicet nobiscum esset, postea a nobis patri, ut apud patrem pro nobis
esset. Tertio Missa ab emittendo dicitur, ut quidam dicunt; quia ut sacerdos
hostiam consecrare incipit, per manum diaconi et ostiarii catechumenos et non
communicantes foras Ecclesiam mittit. Quarta causa ponitur in littera. Jube
ergo haec perferri per manus sancti Angeli tui in sublime altare tuum.
Angelus sacris mysteriis interesse credendus est, non ut consecret, quia
hujusmodi potestatem non habet, sed ut orationes sacerdotis et populi Deo
repraesentet, secundum illud Apoc. 8, 4: ascendit fumus aromatum in
conspectu domini de manu Angeli, quae sunt orationes sanctorum. Petit
ergo sacerdos ut haec, idest significata per haec, scilicet corpus
mysticum, per manus Angeli, idest ministerio Angelorum, perferantur in
altare sublime, idest in Ecclesiam triumphantem, vel in participationem
divinitatis plenam; quia Deus ipse altare sublime dicitur; Exod. 20, 26: non
ascendes ad altare meum per gradus; idest, in Trinitate non facies
gradus. Vel per Angelum ipse Christus intelligitur, qui est magni consilii
Angelus, Isai. 9, 6, juxta 70, qui corpus suum mysticum Deo patri conjungit,
et Ecclesiae triumphanti. Oblationem ejus consecrare, idest
consecratam Deo repraesentare, ut accepta sit in conspectu Dei quantum ad
illos qui offerunt; quia quantum ad id quod continetur, semper est Deo
accepta. Maledicam benedictionibus vestris. Hostiae benedictio non est
principaliter a sacerdote, sed a Deo; unde haec auctoritas non est ad
propositum. Et intentionem adhiberi oportet. De intentione idem
dicendum est quod supra de Baptismo, dist. 6, qu. 1, art. 2, quaestiunc. 1. Illud
etiam sane dici potest, quod a brutis animalibus corpus Christi non sumitur;
etsi videatur. Quomodo hoc sit verum, supra, dist. 10, dictum est. Debet
autem ille cujus negligentia hoc accidit quod mus species comedat, secundum
canones, quadraginta diebus poenitere; et mus si capi potest, comburi debet,
et cinis in sacrarium projici. Si autem amissa fuerit hostia, vel pars ejus,
ut inveniri non possit, debet viginti duobus diebus poenitere. Si autem per
negligentiam aliquid de sanguine stillaverit in tabulam quae terrae adhaeret,
lingua lambetur, et tabula radetur. Si vero non fuerit tabula, terra radetur,
et igni comburetur, et cinis in altari condetur; et sacerdos quadraginta
diebus poeniteat. Si autem super altare calix stillaverit, sorbeat minister
stillam, et tribus diebus poeniteat. Si super linteum altaris, et ad aliud
stilla pervenerit, quatuor diebus poeniteat. Si usque ad tertium linteum,
octo diebus poeniteat. Si usque ad quartum, viginti diebus poeniteat, et linteamina
quae stilla tetigit, tribus vicibus lavet minister calice subtus posito; et
aqua ablutionis sumatur, et juxta altare condatur. Tutum est etiam ut pars
illa lintei abscindatur et comburatur, et cinis in altari condatur. Si autem
aliquis per ebrietatem vel voracitatem Eucharistiam vomuerit, quadraginta
diebus poeniteat; clerici, vel monachi, sexaginta; episcopus nonaginta. Si
autem infirmitatis causa vomuerit, septem diebus poeniteat. Dicunt autem
quidam, quod poena irrogata fuit ad cautelam, ut negligentia magis caveretur;
et ideo circumstantiis pensatis potest minui vel addi ad poenam praedictam.
Sed tutius est ut praedictam peragat. Debet autem secundum quosdam illis
diebus jejunare, et a communione cessare. Alii vero dicunt, quod his diebus
injungenda est poenitentia arbitraria pensatis conditionibus personae et
negotii; et hoc probabilius videtur. Et haec de Eucharistia dicta sufficiant. |
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PÉNITENCE |
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Distinctio 14 |
Distinction 14 – [Le sacrement de pénitence] |
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Question 1 |
Question 1 –
[Qu’est-ce que la pénitence ?]
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Prooemium |
Prologue
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[15988]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 pr. Postquam
determinavit Magister de confirmatione et Eucharistia, quae sunt sacramenta
procedentium, ordinata ad perfectionem in bono ; hic incipit determinare
de poenitentia, quae ordinatur ad amotionem mali, quod per actum procedentium
in vita ista provenit ; et dividitur in partes duas : in prima
determinat de his quae pertinent ad essentiam sacramenti ; in secunda
determinat quaedam accidentia sacramenti hujus, sicut tempus, et hujusmodi ;
20 dist., ibi : sciendum est etiam, quod tempus poenitentiae est
usque ad extremum articulum vitae. Prima in duas : in prima
determinat de sacramento poenitentiae ; in secunda de ministro hujus
sacramenti, 18 dist., ibi : hic quaeri solet, si peccatum omnino
dimissum est a Deo per cordis contritionem, ex quo poenitens votum habuit
confitendi. Prima in duas : in prima determinat de poenitentia
communiter ; in secunda descendendo ad partes ejus, 16 dist., ibi :
in perfectione autem poenitentiae tria observanda sunt. Prima in
duas : in prima determinat quid sit de ratione poenitentiae, et excludit
errorem quorumdam addentium ad rationem verae poenitentiae quod non est de
ratione ipsius ; in secunda determinat de integritate ipsius, dist. 15, ibi : et sicut praedictis auctoritatibus
illorum error convincitur qui poenitentiam saepius agendam non putant (...)
ita iisdem eorum oppositio eliditur qui pluribus irretitum peccatis asserunt
de uno vere poenitere (...) sine alterius poenitentia. Prima in
duas : in prima ostendit quid sit de ratione poenitentiae secundum
veritatem ; in secunda excludit errorem, ibi : his verbis quidam
vehementius inhaerentes contendunt, vere poenitentem ultra non posse peccare
damnabiliter. Circa primum duo facit : primo ostendit necessitatem
poenitentiae ; secundo inquirit quid sit poenitentia, ibi : Baptismus
tantum est sacramentum ; sed poenitentia dicitur et sacramentum, et
virtus mentis. Circa quod duo facit : primo ponit ea ex quibus
poenitentia definiri potest ; secundo ponit definitionem, ibi : poenitentia
est, ut ait Ambrosius, mala praeterita plangere, et plangenda iterum non
committere. Circa primum duo facit : primo ponit genus ; secundo tangit
actum, ibi : poenitentia dicitur a puniendo. Circa primum duo facit :
primo ponit poenitentiam in genere virtutis, et sacramenti ; secundo,
quia virtus indiget doctrina hortante, et sacramentum doctrina instruente,
ponit doctrinam de poenitentia, ibi : a poenitentia coepit Joannis
praedicatio. Poenitentia dicitur a puniendo. Hic tangit poenitentiae
actum ; et circa hoc duo facit : primo accipit actum ex nominis
interpretatione ; secundo ostendit actus originem, ibi : poenitentiae
virtus timore concipitur. His
verbis quidam vehementius inhaerentes contendunt, vere poenitentem ultra non
posse peccare damnabiliter. Hic excludit errorem
addentium ad rationem poenitentiae perseverantiam usque in finem ; et
dividitur in partes duas : in prima ponit errorem ; in secunda excludit
ipsum, ibi : sed Ambrosius dicit : haec vera poenitentia est
cessare a peccato. Circa primum duo facit : primo ponit errorem
dictum habere occasionem ex praedicta definitione ; secundo ostendit
confirmationem ipsius secundum alias auctoritates, ibi : quod etiam
aliis muniunt testimoniis. Et ponit
quatuor auctoritates : prima est Isidori ; secunda Augustini,
ibi : item Augustinus ; tertia Gregorii, ibi : item
Gregorius ; quarta Ambrosii, ibi : item Ambrosius. Sed
Ambrosius dicit et cetera. Hic excludit praedictum errorem ; et
circa hoc duo facit : primo excludit errorem per Augustinum ;
secundo solvit auctoritates positas, ibi : unde illa verba praemissa
(...) recte sic accipi possunt. Et hic circa hoc quatuor facit :
primo solvit ad definitionem primo positam, ex qua praedictus error sequi
videbatur ; secundo ad auctoritatem Isidori, ibi : ille autem
irrisor est, et non poenitens ; tertio ad auctoritatem Augustini,
ibi : item illud, inanis est poenitentia quam sequens culpa
coinquinat, sic intelligendum est ; quarto ad auctoritatem Ambrosii,
ibi : illud autem quod Ambrosius ait. Auctoritas autem Gregorii
habet similem solutionem aliis. Circa tertium horum tria facit : primo
solvit auctoritatem Augustini prius inductam ; secundo inducit aliam ad
idem, ibi : ita etiam intelligendum est illud quod idem Augustinus
alibi ait ; tertio solvit eam, ibi : de poenitentia
perfectorum, vel ad salutem sufficienti, intelligendum est quod supra dixit.
Circa quartum duo facit : primo solvit auctoritatem Ambrosii ;
secundo probat auctoritate et exemplis, quod poenitentia possit
iterari ; cujus contrarium auctoritas Ambrosii dicere videbatur ;
ibi : quod autem poenitentia non semel tantum agatur (...) pluribus
sanctorum testimoniis probatur. Hic est duplex quaestio. Prima de ipsa poenitentia.
Secunda de effectu ipsius. Circa primum quaeruntur quinque : 1 quid sit
poenitentia ; 2 de comparatione ipsius ad alia ; 3 de subjecto
ipsius ; 4 de continuatione ; 5 de solemnitate ejus. |
Après avoir déterminé de la confirmation et de l’eucharistie, qui sont les sacrements de ceux qui avancent, ordonnés à la perfection dans le bien, le Maître commence ici à déterminer de la pénitence, qui est ordonnée à l’enlèvement du mal qui survient dans cette vie par l’action de ceux qui avancent. Il y a deux parties : dans la première, il détermine de ce qui se rapporte à l’essence du sacrement ; dans la seconde, il détermine de certains accidents de ce sacrement, tels le temps et les choses de ce genre, à la d. 20, à cet endroit : « Il faut savoir que le temps de la pénitence va jusqu’au dernier moment de la vie. » La première partie [se divise] en deux : dans la première, il détermine du sacrement de pénitence ; dans la seconde, du ministre de ce sacrement, d. 18, à cet endroit : «Ici, on a coutume de se demander si le péché est entièrement enlevé par Dieu par la contrition du cœur, lorsque le pénitent a eu l’intention de se confesser. » La première partie [se divise] en deux : dans la première, il détermine de ce qui fait partie de l’essence de la pénitence, et il écarte l’erreur de certains qui ajoutent à l’essence de la pénitence véritable ce qui ne fait pas partie de son essence; dans la seconde, il détermine de son intégrité, d. 15, à cet endroit : « De même que, par les autorités invoquées, ceux qui ne pensent pas que la pénitence doive être accomplie fréquemment sont convaincus d’erreur…, de même, l’opposition de ceux qui affirment que celui qui est chargé de nombreux péchés accomplit une pénitence véritable pour un seul péché, sans se repentir d’un autre. » La première partie [se divise] en deux : dans la première, il montre ce qu’il en est vraiment de l’essence de la pénitence ; dans la seconde, il écarte une erreur, à cet endroit : « Par ces paroles, certains soutiennent avec force que celui qui fait vraiment pénitence ne peut plus pécher d’une manière condamnable. » À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il montre la nécessité de la pénitence ; deuxièmement, il recherche ce qu’est la pénitence, à cet endroit : « Le baptême est un sacrement seulement ; mais la pénitence désigne aussi un sacrement et une vertu de l’esprit. » À ce sujet, il fait deux choses : premièrement, il présente ce par quoi la pénitence peut être définie ; deuxièmement, il [en] présente la définition, à cet endroit : « Comme le dit Ambroise, la pénitence consiste à pleurer les fautes passées et à ne plus commettre ce qui doit être pleuré. » À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il [en] présente le genre ; deuxièmement, il [en] aborde l’acte, à cet endroit : « La pénitence tire son nom de “punir”. » Ici, il aborde l’acte de la pénitence et, à ce propos, il fait deux choses : premièrement, il explique l’acte à partir de l’interprétation du mot ; deuxièmement, il montre l’origine de l’acte, à cet endroit : « La vertu de pénitence est engendrée par la crainte. » « Par ces paroles, certains soutiennent avec force que celui qui se repent vraiment ne peut plus pécher d’une manière condamnable. » Il écarte ici l’erreur de ceux qui ajoutent à l’essence de la pénitence la persévérance jusqu’à la fin, et cela se divise en deux parties : dans la première, il présente l’erreur ; dans la seconde, il l’écarte, à cet endroit : « Mais cesser de pécher…» À propos du premier point, il fait deux choses : premièrement, il dit que la définition rappelée plus haut est l’occasion de l’erreur mentionnée ; deuxièmement, il la confirme par d’autres autorités, à cet endroit : «…Qu’ils renforcent aussi par d’autres témoignages. » Et il présente quatre autorités : la première est celle d’Isidore ; la deuxième, celle d’Augustin, à cet endroit : « De même, Augustin…» ; la troisième, celle de Grégoire, à cet endroit : « De même, Grégoire…» ; la quatrième, celle d’Ambroise, à cet endroit : « De même, Ambroise…» « Mais Ambroise dit, etc. » Ici, il écarte l’erreur rappelée, et à son sujet, il fait deux choses : premièrement, il écarte l’erreur en recourant à Augustin ; deuxièmement, il répond aux autorités invoquées, à cet endroit : « Ainsi, les paroles rappelées… peuvent-elles être correctement interprétées. » Et ici, à ce propos, il fait quatre choses. Premièrement, il répond à propos de la définition donnée en premier lieu, dont l’erreur en question semblait découler. Deuxièmement, [il répond] à l’autorité d’Isidore, à cet endroit : « Mais celui-là est un railleur, et non un pénitent. » Troisièmement, à l’autorité d’Augustin, à cet endroit : « De même, il faut comprendre ainsi que la pénitence qu’une faute subséquente entache est vaine. » Quatrièmement, à l’autorité d’Ambroise, à cet endroit : « Mais ce que dit Ambroise. » Mais la réponse à l’autorité de Grégoire ressemble aux autres. À propos du troisième point, il fait trois choses. Premièrement, il répond à l’autorité d’Augustin invoquée en premier lieu. Deuxièmement, il en invoque une autre sur le même sujet, à cet endroit : « Il faut aussi comprendre de cette façon ce que le même Augustin dit ailleurs. » Troisièmement, il y répond, à cet endroit : « Il faut comprendre ce qu’il a dit plus haut de la pénitence des parfaits ou de celle qui suffit au salut. » À propos du quatrième point, il fait deux choses : premièrement, il répond à l’autorité d’Augustin ; deuxièmement, il démontre par une autorité et par des exemples que la pénitence peut être répétée, ce dont l’autorité d’Ambroise semblait dire le contraire, à cet endroit : « Mais que la pénitence ne soit pas accomplie une seule fois…, cela est démontré par de nombreux témoignages des saints. » Ici, il y a deux questions. La première [porte] sur la pénitence elle-même. La seconde, sur son effet. À propos de la première, il y a cinq questions : 1 – Qu’est-ce que la pénitence. 2 – Sa comparaison avec d’autres choses. 3 – Sa continuation. 4 – Sa solennité. |
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Articulus 1 [15989] Super
Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 tit. Utrum poenitentia sit
sacramentum |
Article 1 – La pénitence
est-elle un sacrement ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La pénitence est-elle un sacrement ?] |
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[15990] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1
qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod poenitentia
non sit sacramentum. In omni enim sacramento novae legis est aliquod
materiale, quod est causa gratiae, ut patet ex definitione Hugonis de
sacramento, supra, dist. 1, art. 5, quaestiunc. 5, posita. Sed nihil tale est
in poenitentia. Ergo non est sacramentum novae legis. |
1. Il semble que la pénitence ne soit pas un sacrement. En effet, dans tout sacrement de la loi nouvelle, existe quelque chose de matériel, qui est cause de la grâce, comme cela ressort de la définition du sacrement donnée plus haut par Hugues, d. 1, a. 5, qa 5. Or, il n’y a rien de tel dans la pénitence. Elle n’est donc pas un sacrement de la loi nouvelle. |
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[15991]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, sicut Magister dixit, in 1 dist., omnia
sacramenta novae legis consistunt in rebus et verbis. Sed in poenitentia non
sunt aliqua verba determinata, quae sint de essentia sacramenti. Ergo non est
sacramentum. |
2. Comme l’a dit le Maître, livre IV, d. 14,
q. 1, a. 1, qa 1, arg. 2, tous les sacrements de la loi nouvelle
consistent dans des choses et des paroles. Or, dans la pénitence, il n’y
a pas de paroles déterminées qui fassent partie de l’essence
du sacrement. Elle n’est donc pas un sacrement. |
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[15992] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1
a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
omne sacramentum a ministris Ecclesiae exhibetur. Poenitentia autem
non : immo ab intrinseco oritur, quia timore concipitur, ut in littera
habetur. Ergo non est sacramentum. |
3. Tout sacrement est donné par des ministres de l’Église.
Or, la pénitence ne l’est pas : elle vient plutôt de
l’intérieur, car elle est engendrée par la crainte, comme
on le lit dans le texte. Elle n’est donc pas un sacrement. |
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[15993] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 4 Praeterea, omnia
sacramenta nostra sunt actiones quaedam hierarchicae. Sed Dionysius, non
determinat de poenitentia inter alias hierarchicas actiones. Ergo non est sacramentum. |
4. Tous nos sacrements sont des actions
hiérarchiques. Or, Denys ne détermine pas de la
pénitence parmi les autres actions hiérarchiques. Elle n’est
donc pas un sacrement. |
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[15994] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est, quia septem sunt sacramenta novae
legis, ut praedictum est, quod non esset, poenitentia amota. Ergo poenitentia est
sacramentum. |
Cependant, [1] il existe sept sacrements de la loi nouvelle, comme
on l’a dit plus haut, ce qui ne serait pas le cas si on enlevait la
pénitence. La pénitence est donc un sacrement. |
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[15995] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea,
sacramenta, secundum Hugonem, sunt quaedam medicinae, quae peccatorum
vulneribus adhibentur. Sed peccatum
praecipue poenitentia sanatur. Ergo poenitentia est sacramentum. |
[2] Selon Hugues, les sacrements sont des remèdes
qui sont appliqués sur les blessures des pécheurs. Or, le
péché est principalement guéri par la pénitence.
La pénitence est donc un sacrement. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question
2 – [La pénitence est-elle une vertu ?] |
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[15996]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod poenitentia non sit virtus. Quia
gratiae sacramentales differunt a virtutibus, ut supra, dist. 1, dictum
est ; unde nec Baptismus nec aliquod aliorum sacramentorum ponitur
virtus. Sed poenitentia est sacramentum. Ergo non est virtus. |
1. Il semble que la
pénitence ne soit pas une vertu, car les grâces sacramentelles
diffèrent des vertus, comme on l’a dit plus haut, d. 1. Aussi ni
le baptême, ni aucun des autres sacrements n’est-il
présenté comme une vertu. Or, la pénitence est un
sacrement. Elle n’est donc pas une vertu. |
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[15997] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, ut in 2
Lib., dist. 26, quaest. 1, art. 4, dictum
est, gratia et virtus differunt per essentiam. Sed poenitentia est gratia, ut
ex littera habetur. Ergo non est virtus. |
2. Comme on l’a dit dans le livre II, d. 26,
q. 1, a. 4, la grâce et la vertu diffèrent selon leur
essence. Or, la pénitence est une grâce, comme on le lit dans le
texte. Elle n’est donc pas une vertu. |
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[15998] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, nulla passio est virtus, neque virtus cum passione est,
ut quidam philosophus dicit. Sed poenitentia est passio, quia est dolor. Ergo
non est virtus. |
3. Aucune passion n’est une vertu et il n’y a
pas de vertu dans la passion, comme le dit un philosophe. Or, la
pénitence est une passion, car elle est une douleur. Elle n’est
donc pas une vertu. |
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[15999] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 4 Praeterea, omnis
virtus est per ordinem ad bonum. Sed poenitentia dicitur per ordinem ad
malum. Ergo non est virtus. |
4. Toute vertu se réalise selon un ordre au bien. Or,
on parle de pénitence selon l’ordre au mal. Elle n’est
donc pas une vertu. |
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[16000] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 5 Praeterea, omnis virtus est dispositio perfecti, ut patet in 7 Phys.
Sed poenitentia non est dispositio perfecti, sed imperfecti, sicut et
verecundia : quia utraque praesupponit malum in eo cui insunt. Ergo
poenitentia non est virtus, sicut nec verecundia, ut dicit philosophus in 4
Ethic. |
5. Toute vertu est une disposition de ce qui est parfait,
comme cela ressort de Physique,
VII. Or, la pénitence n’est pas une disposition de ce qui est
parfait, mais de ce qui est imparfait, comme la honte, car les deux
présupposent un mal chez celui où elles se trouvent. La
pénitence n’est donc pas une vertu, pas davantage que la honte,
comme le dit le Philosophe dans Éthique,
IV. |
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[16001] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, legis praecepta non debent esse nisi de
actibus virtutum : quia hoc intendit legislator ut dicitur in 2 Ethic. Sed poenitere cadit
sub praecepto legis, ut patet in littera. Ergo poenitentia est virtus. |
Cependant, [1] les préceptes de la loi ne peuvent porter que
sur les actes des vertus, car c’est là l’intention du
législateur, comme il est dit dans Éthique,
II. Or, se repentir tombe sous un précepte de la loi, comme cela ressort
dans le texte. La pénitence est donc une vertu. |
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[16002] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, non
meremur nisi actibus virtutum. Sed poenitere est meritorium, ut per se patet.
Ergo poenitentia est virtus. |
[2] De plus, nous ne méritons que par les actes
des vertus. Or, se repentir est méritoire, comme cela est de soi
évident. La pénitence est donc une vertu. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La pénitence est-elle une vertu générale ?] |
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[16003]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sit virtus generalis. Contrarium
enim non expellitur nisi a suo contrario. Sed poenitentia expellit omne
peccatum. Ergo contrariatur omni peccato ; ergo est generalis virtus. |
1.
Il semble qu’elle soit une vertu générale. En effet, un
contraire n’est expulsé que par son contraire. Or, la
pénitence expulse tout péché. Elle est donc le contraire
de tout péché. Elle est donc une vertu générale. |
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[16004] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, omnis virtus
specialis habet speciale objectum. Sed poenitentia non habet : quia
operatur in materia omnium virtutum et vitiorum. Ergo non est virtus specialis. |
2. Toute vertu spéciale a un objet spécial.
Or, la pénitence n’en a pas, car elle est à l’œuvre
dans la matière de toutes les vertus et de tous les vices. Elle n’est
donc pas une vertu spéciale. |
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[16005]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, poenitere de malis peractis consequitur ex
hoc quod homo habet rectam electionem ; unde incontinens est
poenitibilis, non autem intemperatus, quia habet malam electionem. Sed quaelibet virtus facit
rectam electionem, ut dicitur in 3 Ethic. Ergo poenitere est actus virtutis
cujuslibet : ergo poenitentia non est specialis virtus. |
3. Se repentir d’avoir mal agi découle du
fait qu’un homme possède un choix bien ordonné ;
aussi l’incontinent est-il sujet à la pénitence, mais non
celui à qui fait défaut la tempérance, car il a un
mauvais choix. Or, toute vertu réalise un choix bien ordonné,
comme il est dit dans Éthique,
III. Se repentir est donc l’acte de n’importe quelle vertu. La
pénitence n’est donc pas une vertu spéciale. |
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[16006] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1
a. 1 qc. 3 arg. 4 Praeterea,
omnis virtus specialis vel est cardinalis, vel pars ejus, si sit moralis. Sed
poenitentia, si sit virtus, non potest esse nisi moralis, quia habet
passionem annexam. Non autem est cardinalis, neque continetur inter partes
alicujus cardinalis virtutis a philosophis enumeratas : quia de virtute
poenitentiae nullam mentionem fecerunt. Ergo non est specialis virtus. |
4. Toute vertu est soit spéciale, soit cardinale, ou
une partie de celle-ci, si elle est [une vertu] morale. Or, la
pénitence, si elle est une vertu, ne peut être qu’[une
vertu] morale, car elle est associée à une passion. Or, elle n’est
pas cardinale et elle n’est pas non plus comptée parmi les
parties d’une vertu cardinale énumérées par les
philosophes, car ils n’ont fait aucune mention de la vertu de
pénitence. Elle n’est donc pas une vertu spéciale. |
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[16007] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, sicut habitus distinguitur ex objectis, ita
et passiones. Sed poenitentia passio est distincta ab aliis passionibus. Ergo
poenitentia virtus est distincta ab aliis virtutibus. |
Cependant, [1] de même que les habitus se distinguent par leurs
objects, de même aussi les passions. Or, la pénitence est une
passion distincte des autres passions. La pénitence est donc une vertu
distincte des autres vertus. |
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[16008] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, omne quod
perficit liberum arbitrium ad actum determinatum, est virtus specialis. Sed
detestari peccatum spe veniae, ad quod perficit poenitentia, est actus
specialis reducibilis ad aliam virtutem. Ergo
poenitentia est specialis virtus. |
[2] Tout ce qui perfectionne le libre arbitre en vue d’un
acte déterminé est une vertu spéciale. Or,
détester le péché en espérant le pardon, en vue duquel
la pénitence perfectionne, est un acte spécial qui peut se
ramener à une autre vertu. La pénitence est donc une vertu
spéciale. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question
4 – [La pénitence est-elle une vertu théologale ?] |
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[16009]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sit virtus theologica. Omnis
enim virtus quae habet Deum pro objecto, est virtus theologica. Sed
poenitentia est hujusmodi, quia Deo reconciliat. Ergo est virtus theologica. |
1. Il semble qu’elle soit une vertu
théologale. En effet, toute vertu qui a Dieu pour objet est une vertu
théologale. Or, la pénitence est de cette sorte, car elle
réconcilie avec Dieu. Elle est donc une vertu théologale. |
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[16010] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 2 Praeterea,
contrariorum contrariae sunt causae. Sed
concupiscentia, quae opponitur caritati, est radix omnium malorum. Ergo
caritas est causa destructionis peccatorum, quod est poenitentiae. Ergo
poenitentia est caritas. |
2. Les causes des contraires sont des contraires. Or, la
concupiscence, qui s’oppose à la charité, est la racine
de tous les maux. La charité est donc la cause de la destruction des péchés,
ce qui est le fait de la pénitence. La pénitence est donc
charité. |
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[16011] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 3 Praeterea, justificari est fidei, ut patet Rom. 3. Sed justificatio
est effectus poenitentiae. Ergo est idem quod fides ; et sic idem quod
prius. |
3. La justification est réalisée par la
foi, comme cela ressort de Rm 3. Or, la justification est l’effet
de la pénitence. Elle est donc la même chose que la foi. La
conclusion est donc la même que précédemment. |
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[16012] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 4 Praeterea, omnis
virtus moralis consistit in medio circa suam materiam. Sed poenitentia non
consistit in medio suae materiae : quia omne peccatum commissum
detestatur. Ergo non est moralis
virtus : ergo est theologica. |
4. Toute vertu morale consiste dans un milieu à
propos de sa matière. Or, la pénitence ne consiste pas dans un
milieu de sa matière, car tout péché commis est
détesté. Elle n’est donc pas une vertu morale. Elle est
donc une vertu théologale. |
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[16013] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 s. c. 1 Sed contra : objectum virtutis theologicae est
Deus. Non autem poenitentiae ; sed magis peccatum commissum. Ergo et
cetera. |
Cependant, [1] l’objet d’une vertu théologale est
Dieu. Or, ce n’est pas le cas de la pénitence, qui [a
plutôt comme objet] le péché commis. Donc, etc. |
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[16014] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 s. c. 2 Praeterea,
poenitentia habet passionem adjunctam. Non
autem virtus theologica. Ergo et cetera. |
[2] La pénitence est associée à une
passion, mais non la vertu théologale. Donc, etc. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [La pénitence se ramène-t-elle à la justice ?] |
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[16015]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non reducatur ad justitiam. Quia
justitia est aequalitas quaedam, secundum philosophum. Sed poenitens non
potest aequalem recompensationem reddere pro offensa Dei. Ergo non est justitia. |
1.
Il semble qu’elle ne se ramène pas à la justice, car la
justice est une certaine égalité, selon le Philosophe. Or,
celui qui se repent ne peut rendre une compensation égale pour
l’offense faite à Dieu. Elle n’est donc pas la justice. |
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[16016] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 2 Praeterea, Luc. 6, super illud : beati qui nunc fletis,
dicit Glossa : ecce prudentia, qua ostenditur, quam haec terrena sint
misera, et quam beata caelestia. Sed lugere est actus poenitentiae ut in
littera dicitur. Ergo poenitentia est prudentia ; non ergo justitia. |
2. À propos de Lc 6 : Bienheureux, vous qui pleurez, la
Glose dit : « Voilà la prudence, par laquelle il est
montré à quel point les réalités terrestres sont
misérables et les réalités célestes
bienheureuses. » Or, pleurer est un acte de la pénitence,
comme on le dit dans le texte. La pénitence est donc la prudence. Elle
n’est donc pas la justice. |
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[16017] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 3 Praeterea, Isidorus dicit : illa est perfecta compunctio
quae omnes carnalium desideriorum affectus repellit. Compunctio autem est
pars poenitentiae, ut dicetur infra, dist. 16. Cum ergo reprimere carnalia desideria
sit temperantiae, videtur quod poenitentia ad temperantiam debeat reduci, non
ad justitiam. |
3. Isidore dit : « La componction parfaite
est celle qui répousse tous les attraits des désirs charnels. »
Or, la componction est une partie de la pénitence, comme on le dira
plus loin, d. 16. Puisque la répression des désirs charnels
relève de la tempérance, il semble donc que la pénitence
doive être ramenée à la tempérance, et non
à la justice. |
|
[16018] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 4 Praeterea, virtutes distinguuntur penes objecta. Sed idem est
objectum poenitentiae et verecundiae, scilicet peccatum. Ergo sunt idem. Cum
ergo verecundia ad temperantiam reducatur, videtur quod similiter
poenitentia, et non ad justitiam. |
4. Les vertus se distinguent par leurs objets. Or, l’objet
de la pénitence est le même que celui de la honte, à
savoir, le péché. Ils sont donc la même chose. Puisque la
honte se ramène à la tempérance, il semble donc que ce
soit aussi le cas pour la pénitence, et [qu’elle ne se
ramène] pas à la justice. |
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[16019] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 arg. 5 Praeterea, Chrysostomus dicit quod poenitentia cogit poenitentem
omnia sustinere libenter. Sed hoc est actus patientiae. Cum ergo patientia
ad fortitudinem reducatur, videtur quod similiter poenitentia, et non ad
justitiam. |
5. [Jean] Chrysostome dit que la pénitence pousse
le pénitent à supporter tout volontiers. Or, c’est
là un acte de patience. Puisque la patience se ramène à
la force, il semble donc que ce soit aussi le cas pour la pénitence,
et [qu’elle ne se ramène] pas à la justice. |
|
[16020] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 s. c. 1 Sed contra, Augustinus dicit quod poenitentia est
quaedam vindicta. Sed vindicatio per Tullium ponitur pars justitiae. Ergo poenitentia
virtus ad justitiam reducetur. |
Cependant, [1] Augustin dit que la pénitence est un certain
châtiment. Or, le châtiment est présenté par
Tullius [Cicéron] comme une partie de la justice. La vertu de
pénitence se ramène donc à la justice. |
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[16021] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 s. c. 2 Praeterea, Isidorus dicit : tunc judicium
quilibet de se sumit, quando per dignam poenitentiam sua prava facta
condemnat. Sed judicium ad justitiam pertinet. Ergo et poenitentia. |
[2] Isidore dit : « Chacun porte sur lui
un jugement lorsqu’il condamne ses mauvaises actions par une juste
pénitence. » Or, le jugement relève de la justice.
Donc, la pénitence aussi. |
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Quaestiuncula 6 |
Sous-question 6 – [La définition de la pénitence donnée par Grégoire et Ambroise est-elle exacte ?] |
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[16022]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sit incompetens definitio
poenitentiae, quam Gregorius et Ambrosius ponunt : poenitentia est
mala praeterita plangere, et plangenda iterum non committere. Virtutes
enim non sunt actus, sed habitus, ut in 2 Lib., dist. 27, dictum est. Sed
plangere est actus. Ergo non debet poni ut genus poenitentiae, quod est
virtus. |
1.
Il semble que la définition de la pénitence donnée par
Grégoire et Ambroise soit inexacte : « La
pénitence consiste à déplorer les fautes passées
et à ne plus commettre ce qui doit être déploré. »
En effet, les vertus ne sont pas des actes, mais des habitus, comme on l’a
dit dans le livre II, d. 27. Or, déplorer est un acte. Il ne doit donc
pas être mis dans le genre de la pénitence, qui est une vertu. |
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[16023] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 arg. 2 Praeterea, quod pertinet ad corporalem immutationem non est de
essentia virtutis ; unde philosophus dicit in 4 Ethic., quod verecundia
non est virtus, quia verecundati rubescunt. Sed plangere dicit corporalem
immutationem. Ergo non est de essentia poenitentiae, quae est virtus ;
et ita non debet poni in definitione ejus. |
2. Ce qui se rapporte à un changement corporel ne
fait pas partie de l’essence de la vertu. Aussi le Philosophe dit-il,
dans Éthique, IV, que la
honte n’est pas une vertu, car ceux qui ont honte rougissent. Or, pleurer
exprime un changement corporel. Cela ne fait donc pas partie de l’essence
de la pénitence, qui est une vertu. Cela ne doit donc pas être
mis dans sa définition. |
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[16024] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 arg. 3 Praeterea, stultum est dolere de eo quod non potest non esse. Sed
praeteritum non potest non esse. Ergo stultum est dolere vel plangere de
peccatis praeteritis. Sed nullus virtuosus est stultus, ut patet in 4 Ethic.
Ergo plangere praeterita non debet poni in definitione virtutis. |
3. Il est stupide de pleur sur ce qui ne peut pas ne pas
exister. Or, le passé ne peut pas ne pas exister. Il est donc stupide
de pleurer ou de se plaindre à propos des péchés
passés. Or, aucun homme vertueux n’est stupide, comme cela ressort
d’Éthique, IV. Pleurer
sur le passé ne doit donc pas être mis dans la définition
de la vertu. |
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[16025] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 arg. 4 Praeterea, in
definitione non debet poni aliquid quod non pertineat ad rationem definiti.
Sed poenitentia secundum rationem propriam respicit praeteritum. Ergo non
debet poni in definitione ejus : plangenda non committere, quod
ad futurum pertinet. |
4. On ne doit pas mettre dans une définition ce
qui n’appartient pas à l’essence de ce qui est
défini. Or, la pénitence, selon son essence propre, concerne le
passé. On ne doit donc pas mettre dans sa définition : « Ne
pas commettre ce qui doit être pleuré », qui se rapporte
au futur. |
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[16026] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 arg. 5 Praeterea, in Lib. de ecclesiasticis dogmatibus, definitur
poenitentia sic : poenitentia vera est poenitenda non admittere, et
admissa deflere. Ergo videtur quod in praemissa definitione male ordinantur partes
definitionis. |
5. Dans le livre Sur
les enseignements de l’Église, la pénitence est
définie ainsi : « La pénitence consiste
à ne pas accepter ce dont il faut se repentir et à pleurer ce
qui a été commis. » Il semble donc que, dans la
définition rappelée, les parties de la définition soient
mal ordonnées. |
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[16027] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 arg. 6 Praeterea, quaeritur de aliis definitionibus, quomodo poenitentiae
conveniant, cum unius una debet esse definitio. |
6. On se pose encore des questions à propos d’autres
définitions pour savoir comment elles conviennent à la
pénitence, puisqu’il ne doit y avoir qu’une seule
définition. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16028] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod,
sicut supra, dist. 1, dictum est,
sacramentum impOrtat sanctitatem active per modum qui nobis sanctificandis
competit, ut scilicet adjungatur significatio sanctificationis invisibilis
per visibilia signa, prout nunc de sacramentis loquimur. Unde ubicumque fit
aliqua sanctificatio significata aliquibus sensibilibus signis, ibi est
sacramentum ; et ideo, cum hoc sit in poenitentia, constat quod
poenitentia est sacramentum. |
Comme on l’a dit plus haut, le sacrement comporte
une sainteté d’une manière active, qui convient à
la manière dont nous devons être sanctifiés, à savoir
qu’y soit associée la signification d’une sainteté
invisible par des signes visibles, tel que nous parlons maintenant des
sacrements. Aussi, partout où se réalise une sanctification
signifiée par des signes sensibles, existe un sacrement. Comme cela existe
dans la pénitence, il est donc certain que la pénitence est un
sacrement. |
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[16029] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut in corporalibus medicinis quaedam sunt quae
consistunt in sola passione vel receptione curati, ut sectio vulneris, vel
appositio emplastri ; quaedam vero quae consistunt in actu laborantis,
sicut exercitationes et hujusmodi ; ita etiam in sacramentis quaedam non
requirunt actum ejus qui sanctificatur quantum ad substantiam sacramenti, nisi
per accidens, sicut removens prohibens, sicut patet in Baptismo et
confirmatione et hujusmodi ; quaedam autem requirunt essentialiter et
per se actum ejus qui sacramentum recipit, ad essentiam sacramenti, sicut
patet in poenitentia et matrimonio. In illis ergo sacramentis quae sine actu
nostro complentur, est materia quae causat et significat, quasi medicina
exterius apposita. In illis autem sacramentis quae actum nostrum requirunt,
non est talis materia ; sed ipsi actus exterius apparentes hoc idem faciunt
quod materia in aliis sacramentis. Quomodo autem ea quae exterius geruntur,
sint causa sanctificationis in poenitentia, ex sequentibus apparebit. Verum
in definitione hac oportet quod materiale elementum accipiatur communiter pro
causa sensibili, sive sit materia aliqua corporalis, sive sit actus aliquis
sensibilis. |
1. De même que, parmi les remèdes corporels,
il y en a certains qui consistent seulement dans ce que subissent ou
reçoivent ceux qui sont soignés, comme l’amputation de la
blessure ou la mise d’un emplâtre, mais qu’il y en a
certains qui consistent dans un acte de celui qui souffre, comme des exercices
et des choses de ce genre, de même aussi, parmi les sacrements, il y en
a certains qui n’exigent pas d’acte de celui qui est
sanctifié pour ce qui est de la substance du sacrement, sauf par
accident, pour enlever un empêchement, comme cela apparaît
clairement dans le baptême, la confirmation et [les sacrements] de ce
genre ; mais il y en a certains qui exigent de manière
essentielle et de soi pour l’essence du sacrement un acte de celui qui
reçoit le sacrement, comme cela apparaît clairement dans la
pénitence et le mariage. Dans les sacrements qui sont accomplis sans
un acte de notre part, il y a donc une matière qui cause et signifie,
à la manière d’un remède apporté de l’extérieur.
Mais dans les sacrements qui exigent notre acte, la matière n’est
pas de cette sorte, mais les actes eux-mêmes qui apparaissent à
l’extérieur font la même chose que la matière dans
les autres sacrements. Comment ce qui est accompli extérieurement est
cause de sanctification dans la pénitence, cela apparaîtra dans
ce qui suit. Mais il faut assurément que, d’une manière
générale, cet élément matériel soit inclus
comme cause sensible dans cette définition, qu’il s’agisse
d’une matière corporelle ou d’un acte sensible. |
|
[16030] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in hoc sacramento sunt aliquae res, scilicet ipsi
exteriores actus, et aliqua verba, scilicet sacerdotis absolventis, quae sunt
forma hujus sacramenti, quibus exprimitur absolutionis actus. Sed non
requiritur tanta verborum determinatio sicut in Baptismo et
Eucharistia ; quia non est hic aliqua materia sanctificanda verbo vitae,
sicut in illis sacramentis. |
2. Dans ce sacrement, il y a des choses, à savoir,
les actes extérieurs eux-mêmes, et des paroles, à savoir,
celles du prêtre qui absout, qui sont la forme de ce sacrement et par
lesquelles est exprimé l’acte de l’absolution. Mais une
détermination des paroles aussi grande que dans le baptême et l’eucharistie
n’est pas exigée parce qu’il n’y a pas ici une
matière à sanctifier par la parole de vie, comme dans les
autres sacrements. |
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[16031] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod etiam poenitentiae sacramentum a ministris Ecclesiae
exhibetur ; quia sacerdotes absolvunt confitentes, et satisfactionem
injungunt. Sed quod habeant aliquod principium in nobis, hoc est ex parte
illa qua in hoc sacramento exigitur actus noster, ut dictum est. |
3. Le sacrement de pénitence est aussi
donné par des ministres de l’Église, car les
prêtres absolvent ceux qui se confessent et imposent une satisfaction.
Mais qu’il ait [corr.] en
nous son commencement, cela vient du fait que, dans ce sacrement, notre acte
est exigé, comme on l’a dit. |
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[16032] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod intentio Dionysii non fuit in ecclesiastica hierarchia
tradere notitiam sacramentorum ; unde quaedam determinat quae non sunt
sacramenta, sicut consummationes monasticas, et exequias mortuorum ; sed
monstrare quod exteriores ritus signant spirituales actus. Et quia in
poenitentia et matrimonio non est aliquis determinatus ritus, eo quod non
habeant materiam, sicut alia sacramenta, ut dictum est ; ideo de his
duobus non determinavit ; nec sequitur quod non sint sacramenta. |
4. L’intention de Denys n’était pas de
communiquer la connaissance des sacrements dans la Hiérarchie ecclésiastique ; aussi indique-t-il
certaines choses qui ne sont pas des sacrements, comme les professions monastiques
et les obsèques pour les morts. Mais [son intention était] de
montrer que les rites extérieurs sont les signes d’actes
spirituels. Et parce que, dans la pénitence et le mariage, il n’y
a pas de rite déterminé du fait qu’ils n’ont pas de
matière comme les autres sacrements, comme on l’a dit, il n’a
pas donné de précision pour ces deux-là. Mais il n’en
découle pas qu’ils ne soient pas des sacrements. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16033] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1
qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod in
poenitentia se habet homo et ut recipiens et ut agens. Recipit quidem a Deo veniam
et reconciliationem per Ecclesiae ministros ; et secundum hoc habet
rationem sacramenti. Sed ex parte actus sunt
de ipsa diversae opiniones. Quidam enim dicunt, quod est actus tantum
virtutis, et non est virtus. Sed hoc non potest esse ; quia cum actus
virtutum non sint in dormiente, dormiens non posset dici poenitens ;
quod falsum est : et ideo aliqui dixerunt, quod ex parte ista
poenitentia est virtus ; sed non proprie loquendo, sed communiter, prout
omnia laudabilia virtutes dicuntur, etiam si sint passiones. Sed hoc non est
verum ; quia secundum philosophum in 6 Ethic., principale in virtute
mOrali est electio ; unde omnis habitus qui facit rectam electionem,
potest dici proprie loquendo virtus. Unde cum actus poenitentiae non causetur
tantum ex passione, sed magis ex electione, etiam si nulla sit passio ;
constat quod poenitentia proprie loquendo est virtus, et non improprie, sicut
verecundia, et alia hujusmodi. |
Dans la pénitence, l’homme reçoit et
agit tout à la fois. En effet, il reçoit de Dieu le pardon et
la réconciliation par l’intermédiaire des ministres de
l’Église ; sous cet aspect, [la pénitence] a raison
de sacrement. Mais, à propos de l’acte [de l’homme], il
existe diverses opinions. En effet, certains disent qu’il s’agit
seulement de l’acte d’une vertu et que cela n’est pas la
vertu. Mais cela est impossible : en effet, puisque les actes des vertus
n’existent pas chez celui qui dort, celui qui dort ne pourrait pas
être appelé un pénitent, ce qui est faux. C’est
pourquoi certains ont dit que, sous cet aspect, la pénitence est une
vertu, non pas à proprement parler, mais d’une manière
générale, pour autant que tout ce qui est louable est
appelé vertu, même s’il s’agit de passions. Mais
cela n’est pas vrai, car, selon le Philosophe, Éthique, VI, le choix est ce qu’il y a de principal
dans la vertu morale. Tout habitus qui rend le choix bien ordonné peut
donc être appelé vertu au sens propre. Puisque que l’acte
de la pénitence n’est pas causé seulement par une
passion, mais plutôt par un choix, même s’il n’y a
aucune passion, il est donc certain que la pénitence est une vertu au
sens propre, et non au sens impropre, comme la honte et les autres choses de
ce genre. |
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[16034] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod non secundum idem poenitentia est virtus et
sacramentum ; sed inquantum per poenitentiam recipit gratiam curantem
peccati vulnus, poenitentia potest esse sacramentum ; inquantum autem
per habitum infusum ordinatur ad actum rectum, sic est virtus. Et quia
aliquis actus rectus non est de essentia Baptismi, ideo Baptismus nullo modo
dicitur virtus, nec etiam confirmatio eadem ratione. |
1. La pénitence n’est pas une vertu et un
sacrement selon la même chose. Pour autant que, par la
pénitence, on reçoit la grâce qui guérit la
blessure du péché, la pénitence peut être un
sacrement ; mais pour autant qu’elle est ordonné à un
acte bien ordonné par un habitus infus, elle est ainsi une vertu. Et
parce qu’un acte bien ordonné ne fait pas partie de l’essence
du baptême, le baptême n’est donc d’aucune
manière appelé une vertu, ni la confirmation pour la même
raison. |
|
[16035] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod poenitentia non est idem quod gratia per
essentiam ; sed dicitur gratia, quia convenit cum gratia in proprio
effectu. Effectus enim proprius gratiae est justificare, et Deo gratum
reddere ; et hoc etiam est effectus poenitentiae, ut infra dicetur. |
2. La pénitence n’est pas la même
chose que la grâce par son essence, mais elle est appelée
grâce parce qu’elle a quelque chose en commun avec la grâce
par son effet propre. En effet, l’effet propre de la grâce est de
justifier et de rendre agréable à Dieu ; cela est aussi l’effet
de la pénitence, comme on le dira plus loin. |
|
[16036] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod poenitentia passio non est virtus, nec actus
virtutis ; sed potest esse virtuti annexum ; quia virtutes non sunt
quietes vel immobilitates, ut quidam dixerunt, ut dicit philosophus in 2
Ethic. ; sed habent et gaudium et tristitiam adjunctam, prout sunt
passiones quaedam. Actus enim poenitentiae, prout est virtus, non est ex
passione proveniens, sed ex debita electione. |
3. La pénitence en tant que passion n’est
pas une vertu, mais un acte de vertu. Mais elle peut être
associée à une vertu, parce que les vertus ne sont pas repos et
immobilité, comme certains l’ont dit, ainsi que le rapporte le
Philosophe dans Éthique, II,
mais joie et tristesse, en tant
qu’elles sont des passions, leur sont associées. En effet, l’acte
de la pénitence, en tant qu’elle est une vertu, ne provient pas
d’une passion, mais d’un choix approprié. |
|
[16037] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod bonum illud ad quod virtus ordinat immediate, est actus perfectus
ipsius ; et ideo aliquae virtutes sunt quae principalem actum habent in
retrahendo ab aliquo, sicut dictum est, in 3 Lib., dist. 23, de temperantia et modestia et hujusmodi ; et
similiter actus perfectus poenitentiae est in retrahendo ab aliquo
malo ; nec propter hoc sequitur quod non sit virtus. |
4. Le bien auquel la vertu ordonne de manière
immédiate est son acte parfait. C’est pourquoi certaines vertus
ont comme acte principal le retrait par rapport à quelque chose, comme
on l’a dit dans le livre III, d. 23, à propos de la
tempérance, de la modestie et des choses de ce genre. De la même
manière, l’acte parfait de la pénitence consiste-t-il
à s’éloigner d’un certain mal, et il n’en
découle pas qu’elle ne soit pas une vertu. |
|
[16038] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod verecundia est timor de turpi ; timor autem
futuri est ; futurum autem non timetur nisi secundum quod habet
propinquam dispositionem in causa ; et ideo verecundia ponit propinquam
dispositionem in eo qui verecundatur ad turpe committendum, prout philosophus
de verecundia loquitur ; et ideo de necessitate ponit imperfectionem in
eo cui inest ; sed poenitentia respicit turpe in praeterito, cui potest
succedere perfectio in praesenti ; et ideo non est actus imperfecti de
necessitate. |
5. La honte est la crainte de ce qui est déshonorant.
Or, la crainte porte sur le futur, et le futur n’est craint que dans la
mesure où il possède une disposition rapprochée dans la
cause. C’est pourquoi la honte présente une disposition
rapprochée à commettre ce qui est déshonorant chez celui
qui a honte, comme le Philosophe parle de la honte. C’est pourquoi il
attribue une imperfection à celui chez qui elle se trouve. Mais la
pénitence est tournée vers ce qui est déshonorant dans
le passé, à quoi peut succéder une perfection dans le
présent. Ainsi, elle n’est pas nécessairement l’acte
de quelqu’un d’imparfait. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16039] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad
tertiam quaestionem dicendum, quod quidam dixerunt, quod poenitere non est
actus alicujus specialis virtutis, sed omnis virtutis communiter. Sed hoc non
potest esse ; quia aliud est de ratione poenitentiae, prout nunc de ipsa
loquimur, quod non est de ratione virtutis communiter, scilicet de peccato
commisso satisfacere. Et ideo alii dicunt, quod poenitentia est specialis
virtus, et specificatur ex hoc quod detestatur peccatum commissum a se. Sed
hoc non potest specificare virtutem ; quia cum virtus sit peccato
contrarium, maxime repugnat ei prout est in eodem subjecto ; unde hoc
est omni virtuti commune quod vitium repellit a subjecto suo. Et ideo alii
dicunt, quod specificatur ex hoc quod detestatur peccatum a se commissum sub
spe veniae. Sed hoc non potest esse ; quia nulla virtus recipit speciem
ex hoc quod imperatur ab alia virtute. Quod autem dicitur : ex spe
veniae, nihil aliud dicit quam imperium spei. Unde ex hoc non haberet quod
esset specialis virtus ; sicut nec actus castitatis, propter hoc quod a
caritate imperatur, speciem recipit virtutis specialis. Et ideo aliter
dicendum, quod poenitentia accipit specialem rationem objecti ex hoc quod
respicit peccatum a se commissum ut expiabile per poenitentis actum ; et
ita actus poenitentiae non est detestari peccatum absolute, quia hoc est
cujuslibet virtutis ; sed detestari aliquid expiabile per actionem ejus
et quantum ad culpam et quantum ad reatum ; hoc enim nulla alia virtus
facit. |
Certains ont dit que se repentir n’est pas
l’acte d’une vertu spéciale, mais celui de toute vertu
d’une manière générale. Mais cela est impossible,
car il y a quelque chose d’autre qui appartient à
l’essence de la pénitence, comme nous en parlons maintenant, qui
n’appartient pas à l’essence de la vertu d’une
manière générale, à savoir, satisfaire pour le péché
commis. C’est pourquoi d’autres disent que la pénitence
est une vertu spéciale et qu’elle reçoit son
espèce du fait qu’on déteste le péché
qu’on a commis. Mais cela ne peut donner l’espèce
d’une vertu : en effet, puisque la vertu est contraire au
péché, elle lui est opposée au plus haut point en
tant qu’elle existe dans le
même sujet. Aussi est-il commun à toute vertu qu’elle
repousse le vice de son sujet. C’est pourquoi d’autres disent
qu’elle reçoit son espèce du fait qu’elle
déteste le péché qu’on a commis, avec
l’espérance du pardon. Mais cela est impossible, car aucune
vertu ne reçoit son espèce du fait qu’elle est
commandée par une autre vertu. Or, ce qu’on dit :
« avec l’espérance du pardon »,
n’est rien d’autre que le fait qu’elle soit
commandée par une autre vertu. Aussi ne tiendrait-elle pas de cela
d’être une vertu spéciale ; ainsi l’acte de
chasteté ne reçoit-il pas l’espèce d’une
vertu spéciale par le fait qu’il est commandé par la
charité. Il faut donc parler autrement. La pénitence
reçoit son objet spécial du fait qu’elle concerne le péché
qu’on a commis, en tant
qu’il peut être expié par un acte de celui qui se repent.
Et ainsi, l’acte de la pénitence ne consiste pas à
détester le péché de manière absolue, car
c’est là le fait de n’importe quelle vertu, mais à
détester quelque chose qui peut être expié par son
action, pour la faute comme pour la culpabilité. En effet, aucune
autre vertu ne fait cela. |
|
[16040] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod omnis virtus expellit peccatum oppositum
formaliter quantum ad suum actum primum, qui est informare subjectum ;
sed actus secundus in aliis virtutibus, qui est operatio, non ordinatur principaliter
ad repellendum peccatum, sicut est in poenitentia ; et ideo poenitentia
non formaliter, sed quasi effective peccatum expellit ; habet enim
peccatum expellendum pro materia, et operatur contra ipsum ut
expellatur ; unde non opponitur omni peccato formaliter, sed alicui
tantum, quod est impoenitentia ; et propter hoc non oportet quod sit
generalis virtus. |
1. Toute vertu chasse par mode de forme le
péché opposé, par son acte premier qui consiste à
donner une forme au sujet ; mais l’acte second des autres vertus,
qui est l’opération, n’est pas ordonné
principalement à chasser le péché, comme c’est le
cas pour la pénitence. C’est pourquoi la pénitence chasse
le péché, non pas par mode de forme, mais par mode d’efficience.
En effet, elle a pour matière le péché qui doit
être chassé et elle agit contre lui pour le chasser. Elle n’est
pas opposée à tout péché par mode de forme, mais
à un certain [péché] seulement, qui est l’impénitence.
Pour cette raison, il n’est pas nécessaire qu’elle soit
une vertu générale. |
|
[16041] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 c. 3 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod quamvis poenitentia habeat actum suum circa materiam omnium
vitiorum, et per consequens omnium virtutum, tamen considerat specialem
rationem objecti in materia circa quam operatur, ut dictum est ; sicut
etiam magnanimitas habet quodammodo pro objecto et materia, actus omnium
aliarum virtutum in ratione magni ; quia operatur magna in omnibus
virtutibus, ut dicitur in 4 Ethic., cap. 9 ; et ideo, sicut magnanimitas
est specialis virtus, ita et poenitentia. |
2. Bien que l’acte de la pénitence porte sur
la matière de tous les vices et, par conséquent, de toutes les
vertus, elle porte cependant sur un objet de manière spéciale pour
la matière sur laquelle elle agit, comme on l’a dit, comme la
magnanimité a d’une certaine manière comme objet et
matière les actes de toutes les autres vertus sous l’aspect de
la grandeur, car elle accomplit de grandes choses dans toutes les vertus,
comme on le dit dans Éthique,
IV, 9. C’est pourquoi, de même que la magnanimité est une
vertu spéciale, ainsi en est-il de la pénitence. |
|
[16042] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 c 3 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod quamvis detestari absolute mala peracta consequatur omnem virtutem,
secundum quod habet electionem rectam ; tamen ad expiationem detestari,
est proprium specialis virtutis. |
3. Bien que détester de manière absolue les
actions mauvaises découle de toutes les vertus, pour autant qu’elles
comportent un choix bien ordonné, détester en vue d’expier
est le propre d’une vertu spéciale. |
|
[16043] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod haec virtus reducitur ad aliquam cardinalium virtutum, ut dicetur. Tamen
philosophi de hac virtute ideo mentionem non fecerunt, quia remissio peccati,
sive expiatio, pertinet ad providentiam Dei de humanis actibus, inquantum
culpa offenditur, et poenitentia placatur. Philosophi autem non
consideraverunt virtutes dirigentes in actibus humanis prout ordinantur ad
Dei providentiam, sed prout ordinantur ad bonum humanum ; et ideo de
poenitentia mentionem non fecerunt ; sed ex similitudine aliarum quas
determinaverunt, possumus nos istam accipere. Sicut
enim est alicujus virtutis, ut homo placet eum quem peccando offendit ;
ita etiam est alicujus virtutis, ut homo Deum placet, quem peccando offendit. |
4. Cette vertu se ramène à l’une des
vertus cardinales, comme on le dira. Cependant, les philosophes n’ont
pas mentionné cette vertu parce que la rémission du
péché ou l’expiation relève de la providence de
Dieu par rapport aux actes humains, pour autant qu’il est
offensé par la faute et est apaisé par la pénitence. Or,
les philosophes n’ont pas examiné les vertus qui dirigent les
actes humains en tant qu’ils sont ordonnés à la
providence de Dieu, mais en tant qu’ils sont ordonnés au bien
humain. C’est pourquoi ils n’ont pas mentionné la
pénitence. Mais nous, nous pouvons comprendre celle-ci à partir
de sa similitude avec d’autres vertus dont ils ont parlé. En
effet, de même qu’il relève d’une vertu qu’on cherche
à plaire à celui qu’on a offensé en
péchant, de même existe-t-il une vertu par laquelle on cherche
à plaire à Dieu qu’on a offensé en péchant. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[16044] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1
qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod virtus
theologica habet idem pro objecto et pro fine. Hoc autem non est in poenitentia : quia objectum ejus est
peccatum commissum, quod intendit expiare ; finis autem est Deus, cui
intendit reconciliari ; et ideo non est virtus theologica, sed inter
morales virtutes numeranda est. |
La vertu théologale a comme objet et comme fin la
même chose. Mais tel n’est pas le cas pour la pénitence,
car son objet est le péché commis qu’elle entend expier,
mais sa fin est Dieu, avec qui elle cherche à se réconcilier.
C’est pourquoi elle n’est pas une vertu théologale, mais
elle est comptée parmi les vertus morales. |
|
[16045] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod in hoc quod dicit, quod poenitentia reconciliat Deo, non
tangitur relatio poenitentiae ad objectum suum, sed magis ad finem ; sed
ordo ejus ad objectum tangitur in hoc quod dicitur peccata commissa
flere ; et ideo ratio non sequitur. |
1. Lorsqu’on dit que la pénitence
réconcilie avec Dieu, ce n’est pas le rapport de la
pénitence à son objet qui est abordé, mais plutôt
[le rapport] à sa fin. Mais son rapport avec son objet est abordé
lorsqu’on dit « pleurer les péchés commis ».
Le raisonnement ne tient donc pas. |
|
[16046] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod virtutes infusae tripliciter se habent ad Deum. Quaedam enim
habent Deum pro objecto et fine, sicut theologicae. Quaedam non pro objecto
in quod transeat earum actus, sed pro fine proximo : sicut patet de
latria, quae aliquas servitutis protestationes quasi materiam habet, quas
immediate ordinat in Deum quasi in finem ; et tales virtutes propinquissimae
sunt theologicis : unde et actus harum virtutum attribuuntur virtutibus
theologicis, sicut proximis imperantibus. Unde
dicitur in Augustino, quod fide, spe et caritate colitur Deus. Quaedam autem non
habent Deum pro objecto, neque pro fine proximo, sed ultimo ; sicut
temperantia quae habet passiones pro materia, et quietem animi pro fine
proximo ; sed hanc ulterius ordinat ad Deum. Poenitentia autem quamvis
non habeat Deum pro objecto, habet tamen Deum pro fine proximo : quia ad
hoc in peccata commissa destruenda movetur ut Deo reconcilietur ; et
ideo actus ejus, scilicet peccatum expellere, vel justificare, quandoque
fidei, quandoque caritati ascribitur. |
2. Les vertus infuses ont un triple rapport avec Dieu. En
effet, certaines ont Dieu comme objet et comme fin, comme les [vertus]
théologales. Certaines l’ont, non pas comme l’objet dans
lequel passent leurs actes, mais comme fin prochaine, comme cela est clair
pour la latrie, qui a comme matière certains témoignages de culte,
qu’elle ordonne de manière immédiate à Dieu comme
à sa fin. Ces vertus sont les plus rapprochées des [vertus]
théologales ; aussi les actes de ces vertus sont-ils attribués
aux vertus théologales en tant que celles-ci les commandent de
manière prochaine. Aussi Augustin dit-il qu’un culte est rendu
à Dieu par la foi, l’espérance et la charité. Mais
certaines [vertus infuses] n’ont Dieu ni comme objet ni comme fin
rapprochée, mais comme fin ultime, comme la tempérance qui a
comme matière les passions et le repos de l’âme comme fin
rapprochée ; mais, au-delà, elle ordonne celui-ci à
Dieu. Mais la pénitence, bien qu’elle n’ait pas Dieu comme
objet, a cependant Dieu comme fin rapprochée, car elle est mue
à détruire les péchés commis afin d’être
réconciliée avec Dieu. C’est pourquoi son acte, à
savoir, chasser le péché ou justifier, est attribué
parfois à la foi, parfois à la charité. |
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[16047] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 3 Unde patet solutio
ad tertium. |
3. La solution du troisième argument est ainsi
claire. |
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[16048] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod medium in justitia non eodem modo accipitur, et in aliis virtutibus
moralibus, ut in 3 Lib., dist. 33, dictum est. Accipitur enim justitiae medium
per adaequationem rei ad rem. Haec autem
adaequatio fit in justitia commutativa, quando ab eo qui plus habuit, aliquid
subtrahitur ; et ei qui minus habuit, additur. Ille autem qui alterum
offendit vel laesit, plus habuit ; et qui laesus est, habuit
minus ; inquantum huic subtractum est quod ei debebatur, et ille usus
est propria voluntate in hoc quod non debuit ; et ideo vindicativa
justitia ab eo qui offensam fecit, quantum habuit plus debito, tantum
subtrahit ei, et dat illi qui est laesus, dum ad honorem et in satisfactionem
ejus alium punit. Sic ergo vindicativa justitia constituit medium in offensis, quae sunt
ejus materia, non quidem tenendo medium in offensis, ut quasdam retineat et
quasdam abjiciat (sicut temperantia ponit medium in delectationibus) ;
sed omni offensae proportionando poenam debitam. Et similiter poenitentia pro
quolibet peccato commisso poenam infert sibi ipsi debitam ; non autem
ita quod dimittat aliquod peccatum, et aliquod retineat. |
4. Le milieu n’est pas envisagé de la
même manière dans la justice et dans les autres vertus morales,
comme on l’a dit dans le livre III, d. 33. En effet, le milieu de la
justice est envisagé selon l’égalité d’une
chose avec une autre. Or, cette égalité se réalise par
la justice commutative, lorsque quelque chose est enlevé à
celui qui possédait trop, et est ajouté à celui qui
avait moins. Or, celui qui en offense ou en blesse un autre a davantage
possédé, et celui qui est blessé a moins
possédé, pour autant que quelque chose qui lui était
dû est enlevé à celui-ci et que celui-là a fait
usage de sa propre volonté là où il ne le devait pas. C’est
pourquoi la justice punitive enlève à celui qui a accompli l’offense
en proportion de ce qu’il avait en trop, et le donne à celui qui
a été lésé, lorsqu’elle en punit un autre
pour l’honneur et la satisfaction de celui-ci. La justice punitive
établit donc ainsi un milieu dans les offenses, qui sont sa
matière, non pas en suivant un milieu dans les offenses, de sorte qu’elle
en retienne certaines et en rejette d’autres (comme la
tempérance établit un milieu dans les plaisirs), mais en
établissant une proportion entre la peine due pour toute offense. De
même, la pénitence pour tous les péchés commis impose
la peine due, mais non en rejetant tel péché et en retenant tel
autre. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[16049] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1
qc. 5 co. Ad quintam
quaestionem dicendum, quod quia justitia aequalitas quaedam est, ideo non
potest esse vera adaequatio ubi non est perfecta ratio justitiae, sed aliquis
justitiae modus ; sicut dicit philosophus in 5 Ethic., quod domini ad
servum non est simpliciter justum, sed dominativum justum. Cum ergo inter
hominem et Deum sit maxima distantia, non poterit ibi esse dicta proprie
justitia hominis ad Deum, sed aliquis justitiae modus quasi per similitudinem.
Homo autem efficitur debitor alteri homini dupliciter. Uno modo per hoc quod
ab eo sibi est datum, sicut in voluntariis communicationibus, puta in
emptionibus et venditionibus. Alio modo per hoc quod ei subtraxit, sicut est
in voluntariis communicationibus, ut est furtum, percussio, et hujusmodi. Et
similiter aliquis efficitur Deo debitor per hoc quod ab eo aliquid
recipit ; et hac ratione Deo reddit debitum honorem latria, sive
religio. Alio modo ex hoc quod contra Deum peccavit ; et sic reddit Deo
debitum poenitentia. Unde sicut religio ponitur pars justitiae a Tullio, non
quidem quasi species, sed quasi pars potentialis, inquantum aliquem modum
justitiae participat ; ita etiam poenitentia pars justitiae debet poni. |
Parce que la justice est une certaine
égalité, il ne peut pas y avoir de véritable
égalité là où une parfaite raison de justice
n’existe pas, mais une certaine mesure de justice. Ainsi, le Philosophe
dit, dans Éthique, V, que ce qui est juste pour le maître par
rapport à son esclave n’est pas simplement la justice, mais une
justice de maître. Puisque la distance la plus grande existe entre
l’homme et Dieu, il ne pourra donc exister une justice au sens propre
entre l’homme et Dieu, mais une certaine mesure de justice par mode de
ressemblance. Or, l’homme devient débiteur d’un autre
homme de deux manières. D’une manière, par le fait que
quelque chose lui a été donné par lui, comme dans les
échanges volontaires, comme le sont les achats et les ventes.
D’une autre manière, par le fait qu’il lui a enlevé
quelque chose, comme cela arrive dans les échanges volontaires :
tel est le cas d’un vol,
d’un coup et de choses du genre. D’une manière semblable,
quelqu’un devient le débiteur de Dieu par le fait qu’il
reçoit quelque chose de lui ; pour cette raison, il rend à
Dieu l’honneur qui lui est dû par la latrie ou religion.
D’une autre manière, par le fait qu’il a
péché ; et ainsi, la pénitence rend à Dieu
ce qui lui est dû. De même que la religion est
présentée comme une partie de la justice par Tullius
[Cicéron], non pas comme une espèce, mais comme une partie
potentielle, pour autant qu’elle participe à une certaine mesure
de justice, de même la pénitence doit-elle être aussi
présentée comme une partie de la justice. |
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[16050] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut dicit philosophus in Ethicis, ut habetur ex
Lib. 5, cap. 8, virtus non requirit semper aequale, sed sufficit quod
possibile est, ut in honoribus ad parentes et deos ; unde sicut latria
est pars justitiae, quamvis non reddat aequalem honorem beneficiis
acceptis ; ita et poenitentia, quamvis non possit aliquid aequale
reddere offensae praecedenti. |
1. Comme le dit le Philosophe dans l’Éthique, V, 8, la vertu n’exige
pas toujours l’égalité, mais ce qui est possible suffit,
comme pour les honneurs envers les parents et les dieux. De même que la
latrie est une partie de la justice, bien qu’elle ne rende pas un
honneur égal aux bienfaits reçus, de même aussi la
pénitence, bien qu’elle ne puisse pas rendre quelque chose d’égal
à l’offense précédente. |
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[16051] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut actus prudentiae conjungitur actibus aliarum
virtutum moralium, ita etiam conjungitur actui poenitentiae ; et secundum
hoc procedit objectio. Vel dicendum, quod Glossa non loquitur de luctu
poenitentiae, sed de luctu quo spretis terrenis ad caelestia suspiramus. |
2. De même que l’acte de la prudence est associé
aux actes des autres vertus morales, de même aussi est-il joint
à l’acte de la pénitence. C’est de là que
vient l’objection. Ou bien il faut dire que la Glose ne parle pas de la
douleur de la pénitence, mais de la douleur selon laquelle nous
aspirons aux réalités célestes après avoir
foulé aux pieds les réalités terrestres. |
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[16052] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod poenitentia utitur temperantia ad finem suum ; et
secundum hoc intelligenda est auctoritas Isidori ; non quod repellere
carnalia desideria sit actus elicitus a poenitentia. |
3. La pénitence utilise la tempérance pour
sa fin. L’autorité d’Isidore doit être comprise de
cette manière, et non que le fait de repousser les désirs
charnels soit un acte causé par la pénitence. |
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[16053] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod verecundia est in alio genere quam poenitentia :
quia verecundia est timor ut dicit philosophus : sed poenitentia est
dolor ; et ideo non sunt idem, quamvis objectum utriusque sit turpe
factum. |
4. La honte fait partie d’un autre genre que la
pénitence, car la honte est une crainte, comme le dit le Philosophe,
mais la pénitence est une douleur. C’est pourquoi elles ne sont
pas la même chose, bien que l’objet des deux soit un acte
déshonorant. |
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[16054] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 5 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod poenitentiae est sufferre difficilia voluntarie
assumpta ; sed patientia est proprie in sustinendo difficilia ab aliis
illata ; et ideo non sunt idem. |
5. Il relève de la pénitence de supporter
des choses difficiles volontairement assumées ; mais la patience
consiste au sens propre à supporter les choses difficiles
infligées par d’autres. Elles ne sont donc pas la même
chose. |
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Quaestiuncula 6 |
Réponse à la sous-question 6 |
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[16055] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1
qc. 6 co. Ad sextam quaestionem dicendum, quod poenitentia et
vindicativa justitia circa idem aliquo modo sunt, scilicet circa punitionem
offensae ; sed differunt in duobus. Primo, quia vindicativa proprie
inest in judice poenam infligente, quam reus quandoque invite sustinet ;
sed poenitentia est in ipso reo, qui voluntarius poenam sustinet pro culpa
commissa. Secundo, quia vindicativa respicit offensam communiter ; sed
poenitentiae virtus respicit offensam Dei ; unde oportet quod
poenitentia consistat in emendatione offensae voluntarie assumpta, et talis
qualis Deo competit. Sicut autem hominibus, qui vident ea quae foris parent,
fit offensae recompensatio per aliqua exteriora ; ita Deo, qui intuetur
cor oportet quod incipiat recompensatio fieri in ipso cordis affectu. Fit
autem bene recompensatio praecedentis offensae exterius in duobus. Primo in
hoc quod aliquis exterius poenam subit pro offensa quam fecit ; secundo
in hoc quod cavet in futurum ne similis offensa ab eo fiat ; et haec duo
oportet quod homo in corde exhibeat per poenitentiam : primo dolorem
cordis pro malis quae fecit ; secundo propositum de cetero talia non
committendi ; et haec duo praedicta definitio comprehendit, quamvis non
in forma definitionis proponatur. Unde Magister ad formam debitam eam
reducens, tria ponit ; scilicet genus, in hoc quod dicit quod est virtus ;
dolorem de praeteritis, in hoc quod dicit : qua commissa mala
plangimus ; et propositum de futura emendatione, in hoc quod
dicit : cum emendationis proposito. Alia vero quae dicuntur, ad
idem pertinent, ut in expositione litterae patebit. |
D’une certaine manière, la pénitence
et la justice punitive portent sur la même chose, à savoir, la
punition d’une offense. Mais elles diffèrent sur deux points.
Premièrement, la justice punitive se trouve au sens propre chez le
juge qui inflige une peine, que le coupable supporte parfois malgré
lui ; mais la pénitence se trouve chez le coupable
lui-même, qui supporte volontairement une peine pour la faute commise.
Deuxièmement, parce que la justice punitive concerne l’offense
d’une manière générale ; mais la vertu de
pénitence concerne l’offense faite à Dieu. Aussi faut-il
que la pénitence consiste dans la correction volontairement
assumée de l’offense et telle qu’elle convient pour Dieu.
Or, de même que la compensation pour une offense faite aux hommes, qui
voient ce qui paraît à l’extérieur, se
réalise par certaines choses extérieures, de même faut-il
que la compensation faite à Dieu, qui voit le cœur, commence par
le sentiment même du cœur. Or, la compensation pour une offense
précédente se réalise extérieurement de deux
manières. Premièrement, par le fait qu’on subit
extérieurement une peine pour l’offense qu’on a
faite ; deuxièmement, par le fait qu’on évite
à l’avenir qu’une telle offense ne soit commise par soi.
Et il faut que l’homme montre par la pénitence que ces deux
choses existent dans son cœur : premièrement, la douleur de
son cœur en raison du mal qu’il a fait ; deuxièmement,
le propos de ne plus commettre de telles choses à l’avenir. La
définition qui précède comporte ces deux choses, bien
qu’elle ne soit proposée sous la forme d’une
définition. Aussi, en la ramenant à la forme appropriée,
le Maître présente-t-il trois choses : le genre,
lorsqu’il dit qu’« elle est une vertu » ;
la douleur à propos du passé, lorsqu’il dit :
« par laquelle nous pleurons sur les fautes
commises » ; le propos de la correction à venir,
lorsqu’il dit : « accompagnée du propos de se
corriger ». Les autres choses qui sont dites reviennent à
la même chose, comme il ressortira de l’explication du texte. |
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[16056] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quia habitus per actus cognoscuntur, ideo
consuetum est apud auctores ut habitus per actus definiant, ponentes actus
loco habituum ; sicut etiam differentiae accidentales interdum in
definitionibus ponuntur pro essentialibus propter earum latentiam, ut dicit
philosophus. |
1. Parce que les habitus sont connus par leurs actes, les
auteurs ont l’habitude de définir les habitus par leurs actes,
en présentant les actes à la place des habitus. Ainsi les
différences accidentelles sont-elles parfois aussi
présentées dans les définitions à la place des
[différences] essentielles en raison du caractère caché
de celles-ci, comme le dit le Philosophe. |
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[16057] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod illud quod pertinet ad corporalem immutationem, non
pertinet ad virtutem quasi essentialis actus ejus ; sed potest pertinere
ad virtutem sicut materiale circa quod operatur virtus, quia etiam passiones
corporales sunt materia virtutum ; et secundum hoc dicendum, quod ipsius
virtutis poenitentiae sensibilis dolor vel corporalis fletus potest esse
quoddam materiale, inquantum haec Deo reddit poenitens quasi debitum pro
offensa commissa ; et ideo si per planctum significatur actus
poenitentiae, tunc nihil aliud dicit quam detestationem ; si autem dicat
materiale poenitentiae, sic potest etiam sensibilem vel corporalem fletum
dicere. [16058]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 ad 3 Ad tertium dicendum, quod quamvis peccatum sit
praeteritum quantum ad actum, manet tamen quantum ad effectum vel reatus vel
maculae vel offensae divinae ; et sic potest aliquis de peccato dolere
inquantum est praesens ; dolor enim de praesenti est. Vel dicendum, et
melius, quod quamvis voluntas completa non sit de impossibili, est tamen de
ipso velleitas quaedam, idest voluntas conditionata : vellemus enim, si
esset possibile, quod hoc non fuisset. Et secundum hoc etiam accipiunt ex
conditione praedicta quamdam rationem praesentis, ut de iis possit esse dolor
qui non est nisi de praesentibus. |
2. Ce qui se rapporte au changement corporel ne
relève pas de la vertu comme son acte essentiel, mais cela peut se
rapporter à la vertu comme une matière sur laquelle la vertu s’exerce,
car même les passions corporelles sont la matière de vertus. De
cette manière, il faut dire que la douleur sensible de la vertu de
pénitence ou les pleurs corporels peuvent être une certaine
matière, dans la mesure où le pénitent les rend à
Dieu comme une dette pour l’offense commise. C’est pourquoi, si
un acte de pénitence est signifié par un gémissement, il
n’exprime alors rien d’autre que la détestation [de la
faute] ; mais s’il exprime une matière de la pénitence,
il peut ainsi exprimer une plainte sensible ou corporelle. 3. Bien que le péché soit passé
quant à l’acte, il demeure cependant quant à son effet,
à la culpabilité, à la souillure ou à l’offense
à Dieu. Ainsi peut-on pleurer sur le péché en tant qu’il
est présent. En effet, la douleur porte sur le présent. Ou bien
il faut dire, et mieux, que bien que la volonté complète ne porte
pas sur quelque chose d’impossible, il existe cependant une certaine
velléité, c’est-à-dire une volonté
conditionnelle : si cela était possible, nous voudrions que cela
n’ait pas été. De cette manière aussi, [les
péchés] reçoivent de la condition mentionnée un
certain caractère de présent, de sorte qu’on peut avoir
de la douleur à leur sujet, [douleur] qui ne porte que sur des choses
présentes. |
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[16059] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quamvis ad poenitentiam, inquantum est poenitentia,
non pertineat respectus ad futurum ; tamen inquantum est emendatoria
offensae commissae in Deum, exigit respectum in futurum, scilicet propositum
de cetero cavendi ; et hoc propositum intelligitur in hoc quod
dicit : flenda iterum non committere ; idest, habere
propositum non committendi. Vel intelligitur quantum ad perfectam
poenitentiam, ut quod additur, non sit de essentia poenitentiae, sed de
perfectione, quia sine hoc non consequitur ultimum fructum suum ; vel ut
referatur ad idem tempus, ut Magister dicit. |
4. Bien que la considération de l’avenir ne
concerne pas la pénitence en tant que pénitence, elle exige
cependant la considération de l’avenir, à savoir, le
propos d’éviter [le péché] à l’avenir,
en tant qu’elle corrige l’offense commise envers Dieu. C’est
ce propos qui est indiqué par ce qu’il dit : « de
ne plus commettre ce qu’on pleure », c’est-à-dire
d’avoir le propos de ne plus le commettre. Ou bien cela s’entend
de la pénitence parfaite, de sorte que ce qui est ajouté ne
fait pas partie de l’essence de la pénitence, mais de sa
perfection, car, sans cela, elle n’obtient pas son fruit ultime. Ou bien
on peut le ramener au même temps, comme le dit le Maître. |
|
[16060] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod Ambrosius ordinat partes definitionis secundum ordinem
ad poenitentiam ; quia illud quod est magis essentiale poenitentiae,
primo ponit. Sed Augustinus ordinat per ordinem ad poenitentem ; quia hoc
prius occurrit ut a proposito peccandi desistat, quasi removens poenitentiae
impedimentum. |
5. Ambroise ordonne les parties de la définition
selon l’ordre de la pénitence, car il met en premier ce qui est
plus essentiel à la pénitence. Mais Augustin [les] ordonne
selon un ordre qui se rapporte au pénitent, car se présente en
premier l’abandon du propos de pécher, en tant qu’il
enlève un empêchement de la pénitence. |
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[16061] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 1 qc. 6 ad 6 Ad
sextum dicendum, quod non est inconveniens de eodem dari diversas
definitiones secundum diversa quae in rebus inveniuntur. Definitio igitur
praemissa Gregorii et Ambrosii, quam Magister ad formam definitionis reducit,
completissima est, quia tangit et genus et actum et objectum, et utrumque
illorum quae ad emendationem Deo exhibendam requiruntur. Et in idem redit
definitio Augustini posita in littera, scilicet : poenitentia est
quaedam vindicta dolentis etc. : nisi quod magis exprimit proximum
genus ipsius ; quia ponit ipsam non solum in genere virtutis, sed in
genere justitiae, in hoc quod dicit eam vindictam ; et differentias
etiam magis proximas ad propriam speciem ponit, in hoc quod addit rationem punitionis
ad dolorem. Et in idem redit definitio Ambrosii alia, quam ponit, quod
poenitentia est dolor cordis et amaritudo animae pro malis quae quisque
commisit ; nisi quod non ponit unum eorum quae continent praedictae
definitiones, scilicet detestationem peccati commissi. Alia autem
notificatio, qua dicitur, quod poenitentia est res optima quae omnes defectus
revocat ad perfectum, datur per effectum poenitentiae, et dicitur esse optima
res non simpliciter, sed in genere declinationis a malo post peccatum commissum.
Et similiter etiam illa Damasceni definitio : poenitentia est remotio
ab eo quod est contra naturam, in id quod est secundum naturam datur per
effectum ; et quasi in idem redeunt : quia peccatum quod in prima
descriptione dicitur defectus, in secunda dicitur contra naturam esse ;
status autem gratiae vel virtutis, quae in prima definitione dicitur
perfectio, in secunda dicitur secundum naturam esse, quia ad hoc natura est
ordinata. |
6. Il n’est pas inapproprié de donner
plusieurs définitions de la même chose selon les divers aspects
qu’on trouve dans les choses. Les définitions données
plus haut par Grégoire et Ambroise, que le Maître ramène
à la forme d’une définition, sont donc les plus
complètes, parce qu’elles indiquent le genre, l’acte et l’objet,
et les deux parmi ces éléments qui sont exigés pour
manifester à Dieu la correction. Et la définition donnée
par Augustin présentée dans le texte revient au même :
« La pénitence est un châtiment exercé par
celui qui pleure, etc. », sauf qu’elle exprime davantage le
genre rapproché [de la pénitence], car elle la place non
seulement dans le genre de la vertu, mais dans le genre de la justice, en l’appelant
un châtiment ; [il indique] aussi des différences plus
rapprochées de son espèce propre lorsqu’il ajoute le
caractère punitif de la douleur. Et l’autre définition d’Ambroise
revient au même, lorsqu’il dit que « la pénitence
est une douleur du cœur et une amertume de l’âme pour les
fautes que chacun a commises », sauf qu’il n’indique pas
un des éléments que les définitions
précédentes contiennent, à savoir, la détestation
du péché commis. L’autre description, selon laquelle on
dit que la pénitence est « la chose la meilleure qui
ramène toutes les carences à ce qui est parfait »,
est donnée à partir de l’effet de la pénitence, et
on dit qu’elle est la meilleure chose non pas simplement, mais dans le
genre du détournement du mal après qu’un
péché a été commis. De même, cette
définition de [Jean] Damascène : « La
pénitence est le détournement de ce qui est contre nature vers
ce qui est conforme à la nature », est donnée
à partir de l’effet [de la pénitence]. [Ces
définitions] reviennent au même, car le péché qui,
dans la première définition, est appelé une carence, est
appelé contre nature dans la deuxième ; l’état
de grâce ou de vertu qui, dans la première définition,
est appelé perfection, est appelé conforme à la nature
dans la deuxième, car la nature est ordonnée à cela. |
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Articulus 2 [16062] Super
Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 tit. Utrum virtus poenitentiae
timore concipiatur |
Article 2 – La vertu de pénitence vient-elle de la crainte ? |
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Quaestiuncula 1 |
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[16063] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod virtus poenitentiae timore non
concipiatur. Quod enim est ex infusione, non habet causam in subjecto. Sed
poenitentia, cum sit virtus, de qua Augustinus dicit, quod Deus eam in nobis
sine nobis facit, est ex infusione. Ergo non habet causam in suo
subjecto ; et ita timore non concipitur. |
Sous-question 1 – [La vertu de pénitence vient-elle de la crainte ?]1. Il semble que la vertu de pénitence vienne de
la crainte. En effet, ce qui vient d’une infusion n’a pas sa
cause dans le sujet. Or, la pénitence, puisqu’elle est une
vertu, dont Augustin dit que Dieu la réalise en nous sans nous, vient
d’une infusion. Elle n’a donc pas sa cause dans son sujet, et
ainsi elle n’est pas engendrée par la crainte. |
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[16064] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, illud quod in esse perfectum prodit, non tantum
concipitur, sed etiam perfecte generatur. Sed poenitentia in esse perfectum
prodit, quia etiam defectus ad perfectum revocat. Ergo ejus generatio non debet timore concipi. |
2. Ce qui aboutit à un être parfait n’est
pas seulement conçu, mais est engendré de manière
parfaite. Or, la pénitence aboutit à un être parfait, car
elle ramène même ce qui est déficient à quelque
chose de parfait. Sa génération ne doit donc pas être
conçue par la crainte. |
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[16065] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, plus provocatur homo ad poenitentiam ex expectatione
gloriae quam ex comminatione poenae ; unde Joannes poenitentiam
praedicans dixit : poenitentiam agite ; appropinquabit enim
regnum caelorum ; Matth. 3. Sed expectatio gloriae pertinet ad spem, vel
caritatem, quam excitat ; poenae autem comminatio ad timorem. Ergo magis dicendum fuit, quod oriatur ex spe vel
amore, quam ex timore. |
3. L’homme est davantage excité à la
pénitence par l’attente de la gloire que par la menace d’un
châtiment. Aussi Jean, en prêchant la pénitence, disait-il :
Faites pénitence, car le royaume
des cieux approche ! Mt 3. Or l’attente de la gloire
relève de l’espérance ou de la charité qu’elle
stimule, mais la menace du châtiment, de la crainte. Il aurait donc
plutôt fallu dire qu’elle relève de l’espérance
ou de l’amour que de la crainte. |
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[16066] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 4 Praeterea, si concipiatur timore ; aut timore initiali, aut
servili, aut mundano, aut casto. Non mundano, quia ille magis ad peccatum
trahit ; similiter etiam nec servili, quia ille non est simul cum
poenitentia ; generans autem et generatum, sive concipiens et conceptum,
oportet esse simul ; similiter nec initialis, aut castus, aut filialis,
quia isti non praecedunt poenitentiam ; oportet autem quod concipiens
praecedat conceptum. Ergo nullo modo poenitentiae virtus timore concipitur. |
4. Si [la pénitence] est conçue par la
crainte, elle vient soit de la crainte initiale, [de la crainte] servile, [de
la crainte] du monde ou [de la crainte] chaste. Elle ne vient pas de [la
crainte] du monde, car celui-ci attire plutôt vers le
péché. Elle ne vient pas non plus de [la crainte] servile, car
celle-ci n’existe pas en même temps que la pénitence ;
or, ce qui engendre et ce qui est engendré, ce qui conçoit et
ce qui est conçu, doivent exister en même temps. Elle ne vient
pas non plus de [de la crainte] initiale, chaste ou filiale, car celles-ci ne
précèdent pas la pénitence ; or, il faut que ce qui
conçoit précède ce qui est conçu. La vertu de
pénitence n’est donc d’aucune manière conçue
par la crainte. |
|
[16067] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, secundum
Augustinum, timor introducit ad caritatem. Sed introductio caritatis et
aliarum virtutum est per poenitentiam. Ergo poenitentia a timore initium
sumit. |
Cependant, [1] selon Augustin, la crainte introduit à la
charité. Or, l’introduction à la charité et aux
autres vertus se réalise par la pénitence. La pénitence commence
donc par la crainte. |
|
[16068] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, contrariorum
contraria sunt principia. Sed delectatio peccati ad peccatum attraxit. Ergo
et acerbitas poenae a peccato revocat. Revocatio autem fit per poenitentiam.
Ergo timor qui poenam respicit, est poenitentiae principium. |
[2] Des contraires sont les principes des contraires. Or,
le plaisir du péché attire au péché. L’âpreté
du châtiment fait donc revenir du péché. Or, le retour se
réalise par la pénitence. La crainte, qui concerne le
châtiment, est donc le principe de la pénitence. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La pénitence est-elle la première des vertus ?] |
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[16069]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod poenitentia sit prima virtutum.
Matth. 3, super illud : poenitentiam agite, dicit Glossa : prima
virtus est per poenitentiam perimere veterem hominem, et vitia odire. |
1. Il semble que la
pénitence soit la première des vertus. À propos de
Mt 3 : Faites pénitence
! la Glose dit : « La première vertu consiste
à anéantir le vieil homme par la pénitence et à
haïr les vices. » |
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[16070] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, causa praecedit
effectum. Sed poenitentia est causa justificationis, in qua omnes virtutes
infunduntur. Ergo est prior aliis
virtutibus. |
2. La cause précède l’effet. Or, la
pénitence est la cause de la justification par laquelle toutes les
vertus sont infusées. Elle précède donc les autres
vertus. |
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[16071] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, in
quolibet motu prius est recedere a termino quam ad terminum pervenire. Sed poenitentia
ordinatur ad recessum a malo, omnes autem aliae virtutes ad consecutionem
boni. Ergo
poenitentia praecedit omnes alias virtutes. |
3. Dans tout mouvement, s’éloigner d’un
terme précède le fait de parvenir à un terme. Or, la
pénitence est ordonnée à l’éloignement du
mal, mais toutes les autres vertus, à la poursuite du bien. La
pénitence précède donc toutes les autres vertus. |
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[16072] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 4 Sed contra, fides est
causa timoris. Sed timor praecedit poenitentiam sicut causa ejus. Ergo et
fides ; non ergo poenitentia est prima virtus. |
Cependant, [4] La foi est la cause de la crainte. Or, la crainte
précède la pénitence en tant qu’elle est sa cause.
La foi [la précède] donc aussi. La pénitence n’est
donc pas la première vertu. |
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[16073] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 5 Praeterea, poenitentia ex
recta electione procedit, ut supra dictum est. Sed recta electio procedit ex
qualibet virtute. Ergo poenitentia est posterior omnibus virtutibus. |
[5] La pénitence vient d’un choix bien ordonné,
comme on l’a dit plus haut. Or, le choix bien ordonné provient
de n’importe quelle vertu. La pénitence vient donc après
toutes les vertus. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La pénitence est-elle le fondement ?] |
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[16074] Super Sent., lib. 4 d. 14
q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod poenitentia non sit fundamentum.
Illud enim quod sequitur ad fundamentum, non debet dici fundamentum, sed
superaedificatio. Sed fides, quae est fundamentum, ut habetur Hebr. 11, praecedit
poenitentiam, ut dictum est. Ergo poenitentia non est fundamentum aliarum
virtutum. |
1. Il semble que la pénitence ne soit pas le fondement. En effet, ce qui découle du fondement ne doit pas être appelé fondement, mais élévation sur le fondement. Or, la foi, qui est le fondement, comme on le lit dans He 11, précède la pénitence, comme on l’a dit. La pénitence n’est donc pas le fondement des autres vertus. |
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[16075] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, Eccl. 25, super
illud : quam magnus est qui invenit sapientiam etc., dicit
Glossa : timor domini sanctus permanet in saeculum ; ipse est
fidei fundamentum, et caritatis origo. Sed poenitentia sequitur timorem.
Ergo ipsa non est fundamentum aliarum virtutum. |
2. À propos de Si 25 : Grand est celui qui trouve la sagesse,
etc., la Glose dit : « La sainte crainte du Seigneur
demeure en ce temps : elle est le fondement de la foi et l’origine
de la charité. » Or, la pénitence suit la crainte.
Elle n’est donc pas le fondement des autres vertus. |
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[16076] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, fundamenti non est fundamentum : quia sic iretur in
infinitum. Sed quaedam aliae virtutes sunt fundamentum, sicut fortitudo, ut
dicit Glossa, Luc. 12, super illud : ne terreamini ab his qui
occidunt corpus ; et iterum, ut dicit Bernardus in Lib. de
Consider., humilitas est quoddam fundamentum stabile virtutum. Ergo poenitentia non est
fundamentum aliarum virtutum. |
3. Il n’y a pas de fondement du fondement, car on
remonterait alors à l’infini. Or, certaines autres vertus sont
le fondement, comme la force, ainsi que le dit la Glose sur Lc 12 : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps ;
et aussi, comme le dit Bernard, dans le livre Sur la considération, l’humilité est un
fondement solide pour les autres vertus. La pénitence n’est donc
pas le fondement des autres vertus. |
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[16077] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur Hebr. 6, 1 : non
rursus jacientes fundamentum poenitentiae ab operibus mortuis. |
Cependant, [1] il est dit en He 6, 1 : Sans poser à nouveau le fondement
de la pénitence pour les œuvres mortes. |
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[16078] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, fundamentum est prima pars aedificii. Sed
primum quod est in aedificatione spirituali, est aedificium Satanae
destruere ; quod poenitentia facit. Ergo poenitentia est fundamentum. |
[2] Le fondement est la première partie d’un
édifice. Or, ce qui vient en premier dans la construction spirituelle,
c’est de détruire ce que Satan a édifié, ce que
fait la pénitence. La pénitence est donc un fondement. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Existe-t-il une seconde planche ?] |
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[16079]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non sit secunda tabula. Secundum
enim non dicitur nisi respectu primi. Sed prima tabula in littera dicitur
Baptismus, respectu cujus poenitentia non est secunda, quia non est secundum
sacramentum, sed quarto loco Magister ipsum determinat. Ergo poenitentia non
est secunda tabula. |
1. Il semble qu’il
n’existe pas de seconde planche. En effet, on ne parle de second que
par rapport à ce qui est premier. Or, dans le texte, on appelle
première planche le baptême, en regard duquel la
pénitence n’est pas seconde, parce qu’elle n’est pas
le deuxième sacrement, mais elle est placée en quatrième
lieu par le Maître. La pénitence n’est donc pas une
seconde planche. |
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[16080] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea, Act. 2, 38,
dicit Petrus : poenitentiam agite, et baptizetur unusquisque vestrum.
Ergo poenitentia non est secunda tabula post Baptismum, sed e converso. |
2. En Ac 2, 38,
Pierre dit : Faites
pénitence, et que chacun de vous soit baptisé ! La
pénitence n’est donc pas une seconde planche après le
baptême, mais c’est le contraire. |
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[16081] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 3 Praeterea, Isai. 3, super
illud : peccatum suum quasi Sodoma praedicaverunt, dicit
Glossa : secunda tabula post naufragium poenitentia est ; et
consolatio miseriarum impietatem suam abscondere ; et est Glossa
Hieronymi. Sed poenitentia non abscondit peccata, sed magis revelat. Ergo non
est secunda tabula. |
3. À propos de Is 3 : Ils ont annoncé son
péché comme celui de Sodome, la Glose dit : « La
pénitence est une seconde planche après le naufrage, et la
consolation des malheurs cache son impiété. » Il s’agit
d’une glose de Jérôme. Or, la pénitence ne cache
pas les péchés, mais les révèle plutôt.
Elle n’est donc pas une seconde planche. |
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[16082] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 4 s. c. 1 Sed contra est quod Hieronymus dicit in littera : prima
tabula propter liberationem a primo naufragio. Sed Baptismus liberat a peccato
originali, quod est primum naufragium ; poenitentia ab actuali, quod est
secundum. Ergo Baptismus est prima tabula ; et poenitentia, secunda. |
Cependant, Jérôme dit dans le texte : « Une
première planche, en raison de la libération du premier
naufrage. » Or, le baptême libère du
péché originel, qui est le premier naufrage ; mais la
pénitence, du péché actuel, qui est le second. Le
baptême est donc la première planche, et la pénitence, la
seconde. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16083] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
virtutem poenitentiae Deus nobis infundit ; sed dispositio aliqua ex
parte nostra procedit, et secundum hoc habet aliquam originem in nobis. Sed
quia humani actus non procedunt ex necessitate, sed ex libero arbitrio ;
ideo non potest assignari causa ex parte nostra alicujus actus nostri, ex quo
semper procedat, sed ex quo ut in pluribus contingit propter dispositionem
existentem in nobis ad hoc, quae tamen non necessario inclinat ; unde
omnes sermones morales sunt tales, ut philosophus in 1 Ethic. dicit, quod ut
in pluribus oportet eos intelligere. Cum autem poenitentia sit revocatio a
peccato, ut Damascenus dicit, oportet originem ejus in nobis accipi secundum
dispositionem existentis in peccato. Ille autem qui in peccato est, non habet
gustum sanum, ut ex dulcedine divinae bonitatis a peccato revocetur ;
sed habet affectum infectum amore sui inordinato ; et ideo per poenas
quae naturae suae contrariantur et voluntati, a peccato revocatur, ut
philosophus in 10 Ethic., dicit de talibus, quod proprias delectationes
prosequuntur, et fugiunt oppositas tristitias ; boni autem, et vere
delectabilis neque intellectum habent, neque gustativi existunt ; et
ideo in eis ut in pluribus ex timore poenitentia initium sumit ; quamvis
etiam in aliquibus ex amore poenitentia inchoetur. |
Dieu a infusé en nous la vertu de
pénitence, mais une certaine disposition vient de nous, et ainsi, [la
pénitence] a pour une part son origine en nous. Mais parce que les
actes humains ne viennent pas de la nécessité mais du libre
arbitre, on ne peut indiquer de notre côté la cause d’un
de nos actes dont il est toujours issu, mais dont il est issu dans la plupart
des cas en raison d’une disposition existant en nous à cette
fin, qui n’incline cependant pas d’une manière
nécessaire. Aussi, comme le dit le Philosophe dans Éthique, I, toutes les
considérations morales sont de telle nature, qu’il faut les
entendre pour la plupart des cas. Or, puisque la pénitence est un
détournement du mal, comme le dit [Jean] Damascène, il faut
concevoir son origine en nous selon la disposition qui existe dans le
péché. Or, celui qui se trouve dans le péché
n’a pas un goût sain, de sorte qu’il soit ramené du
péché par la douceur de la bonté divine, mais il a une
disposition affective infectée par un amour désordonné
de lui-même. C’est pourquoi il est ramené du
péché par des peines qui contrarient sa nature et sa
volonté, comme le dit à leur sujet le Philosophe dans Éthique, X :
« Ils recherchent leurs propres plaisirs et fuient les tristesses
contraires ; mais ils ne comprennent ni ne sont capables de goûter
ce qui est bien et vraiment délectable. » C’est
pourquoi, dans la plupart des cas, la pénitence commence par la
crainte, bien que, chez certains, la pénitence commence par
l’amour. |
|
[16084] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod quamvis non habeat causam in subjecto, habet tamen
dispositionem in ipso ; et secundum hoc origo poenitentiae hic
assignatur. |
1. Bien qu’elle n’ait sa cause dans le sujet,
elle trouve cependant une disposition en lui. L’origine de la
pénitence est indiquée ici de cette manière. |
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[16085] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod conceptio proprie dicitur generatio alicujus intra
uterum. Et quia primum esse poenitentiae est in corde, postea autem prodit
exterius per confessionem et satisfactionem ; ideo, ut primam ejus
originem designaret, dicit, quod concipitur timore. |
2. On parle de conception à proprement parler pour
la génération de quelque chose à l’intérieur
du sein. Et parce que la pénitence existe d’abord dans le
cœur et s’exprime ensuite extérieurement par la confession
et la satisfaction, il dit qu’elle « est conçue par
la crainte », afin de désigner son origine première. |
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[16086] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod bonitas Dei et gloria, quantum est de se, magis nata
sunt revocare a peccato ; sed non quantum est ex parte eorum qui in
peccato sunt, qui praedictorum gustum non habent. |
3. La bonté et la gloire de Dieu sont en elles-mêmes
davantage susceptibles de ramener du péché, mais non du point
de vue de ceux qui sont dans le péché, qui n’ont pas le
goût des choses mentionnées plus haut. |
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[16087] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod poenitentia timore servili concipitur, qui poenam
respicit. Nec oportet quod timor servilis et poenitentia sint simul :
quia timor servilis non est causa esse ipsius poenitentiae, sed generationis
ejus ; sicut etiam sumptio medicinae est causa sanitatis, non tamen sunt
simul. |
4. La pénitence est conçue par la crainte
servile, qui concerne la peine. Et il n’est pas nécessaire que
la crainte servile et la pénitence existent en même temps, car
la crainte servile n’est pas la cause de l’existence de la
pénitence elle-même, mais de sa génération, de la
même manière que la prise d’un remède est cause de
la santé, mais qu’ils n’existent pas en même temps. |
|
Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16088] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod virtutes
omnes simul infunduntur quantum ad habitus ; sed quod una dicatur prior
altera, est quantum ad ordinem consideratum in earum actibus. Cum autem per
virtutum actus homo tendat in Deum, oportet ordinem actuum considerari
secundum ordinem eorum quae in motu sunt. Motum
autem voluntatis, cujusmodi est motus virtutum moralium, praecedit motus
cognitionis : quia appetibile imaginatum vel intellectum movet
appetitum, ut dicitur in 3 de anima ; et iterum aestimatio
possibilitatis : quia electio, quae est principalis motus virtutis, non
fit de impossibili aestimato. Motus autem appetitus in duobus
consistit ; scilicet in fuga mali, et in prosecutione boni : et
haec duo diversimode ordinantur. Quandoque enim aliquis fugit malum propter
desiderium boni, quandoque autem e converso ; et hic motus est ut
frequentius in reversione peccatoris ad Deum per poenitentiam, ut dictum
est ; et ideo motum poenitentiae praecedit motus fidei : quia accedentem
ad Deum oportet credere ; Hebr. 11, 6 ; et iterum motus spei
conjunctus motui timoris, per quem fit aestimatio de possibilitate veniae
consequendae ; et ideo dicit Gregorius, quod poenitens movetur inter
spem et timorem. Deinde ut in pluribus sequitur motus poenitentiae, et deinde
motus caritatis et aliarum virtutum per ordinem. Quandoque etiam motus amoris
motum poenitentiae praecedit, ut dictum est ; sed ille amor non est
caritatis, quia caritas amissa non recuperatur nisi per contritionem de
peccatis praecedentibus, quae est motus poenitentiae virtutis. Et secundum
hoc dicendum, quod poenitentia est prior quibusdam, scilicet caritate, et
sequentibus ipsam ; et posterior aliis, scilicet fide et spe. |
Toutes les vertus sont infuses selon
l’habitus ; mais c’est selon l’ordre de leurs actes
que l’une est dite antérieure à une autre. Puisque par la
vertu l’homme tend vers Dieu, il faut donc considérer
l’ordre des actes selon l’ordre de ce qui existe dans le
mouvement. Or, le mouvement de la connaissance précède le
mouvement de la volonté, de laquelle relèvent les mouvements
des vertus morales, car ce qui est imaginé et saisi comme
désirable meut l’appétit, comme il est dit dans Sur l’âme, III ; et
aussi ce qui est estimé possible, car le choix, qui est le mouvement
principal de la vertu, ne porte pas sur ce qui est estimé impossible.
Or, le mouvement de l’appétit consiste en deux choses : la
fuite du mal et la poursuite du bien, et ces deux choses sont
ordonnées de manière différente. En effet, on fuit
parfois le mal par désir du bien, mais parfois c’est le contraire.
Et ce mouvement se rencontre plus fréquemment dans le retour du
pécheur à Dieu par la pénitence, comme on l’a dit.
C’est pourquoi le mouvement de la foi précède le
mouvement de la pénitence, car
il est nécessaire que celui qui s’approche de Dieu ait la foi,
He 11, 6 ; [précède] aussi le mouvement de
l’espérance associé au mouvement de la crainte, par
lequel se réalise l’estimation de la possibilité
d’obtenir le pardon. C’est pourquoi Grégoire dit que le
pénitent est ballotté entre l’espérance et la
crainte. Ensuite, dans la plupart des cas, suit le mouvement de la
pénitence, et ensuite le mouvement de la charité et des autres
vertus selon leur ordre. Parfois aussi le mouvement de l’amour
précède le mouvement de la pénitence, comme on l’a
dit ; mais cet amour n’est pas un amour de charité, car la
charité perdue n’est retrouvée que par la contrition des
péchés précédents, qui est un mouvement de la
vertu de pénitence. Il faut ainsi dire que la pénitence est
antérieure à certaines [vertus], à savoir, à la
charité et à celles qui la suivent, et qu’elle est
postérieure à d’autres, à savoir, la foi et
l’espérance. |
|
[16089] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod fides et spes non habent rationem perfectae
virtutis, nisi secundum quod sunt informatae caritate ; et secundum hoc
poenitentiam sequuntur ; et sic aliquo modo verum est quod est prima
inter omnes virtutes. |
1. La foi et l’espérance n’ont le
caractère de vertus parfaites que si elles reçoivent forme de
la charité ; elles suivent ainsi la pénitence. Il est
ainsi vrai de dire que, d’une certaine manière, elle est la
première de toutes les vertus. |
|
[16090] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod fides informis et spes etiam sine gratia
habentur ; et ideo eas in justificatione non oportet superaddi ; et
sic poenitentia earum causa non est. |
2. La foi et l’espérance informes existent
aussi sans la grâce. C’est pourquoi il n’est pas
nécessaire qu’elles soient ajoutées dans la justification.
De cette manière, la pénitence n’est pas leur cause. |
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[16091] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod finis qui est prior in intentione, est ultimus in
executione ; et ideo, quamvis in motu corporali prius recedatur a termino
quam ad terminum perveniatur, tamen in motu voluntatis est e contrario ;
quia propter bonum aliquod consequendum voluntas recedit a contrario, vel ab
impedimento ejus. |
3. La fin, qui est première par l’intention,
est dernière dans l’exécution. C’est pourquoi, bien
que, dans un mouvement corporel, on s’éloigne d’abord d’un
terme avant de parvenir à un [autre] terme, dans le mouvement de la
volonté, c’est le contraire, car c’est afin de poursuivre
un bien que la volonté s’éloigne de son contraire et de ce
qui en est l’empêchement. |
|
[16092] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 4 Quartum
concedimus, secundum hoc tamen quod fides non est virtus. |
4. Nous concédons le quatrième argument,
pour autant toutefois que la foi n’est pas une vertu. |
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[16093] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod poenitentia de malo commisso, quamvis ex electione
boni possit provenire, tamen etiam ex alia causa quandoque contingit,
scilicet ex fuga mali poenae, ut dictum est ; et quando etiam ex
electione boni contingit, primus poenitentiae motus non provenit ex electione
boni formata per aliquem habitum alterius virtutis, sed per naturalem quemdam
appetitum, vel etiam ex ipso habitu poenitentiae virtutis bono ; et ideo
primus motus poenitentiae praecedit motus aliarum virtutum. Sed non est
inconveniens ut motus aliarum virtutum quandoque causent aliquos motus
poenitentiae ; sicut aliquis ex amore temperantiae, de luxuria
praecedente motum poenitentiae habet : quia etiam interdum ex virtute
sequente motus praecedentis virtutis oritur ; sicut quis movetur in
amorem Dei, qui castitatem praecipit, ex hoc quod castitas ei placet. |
5. La pénitence à propos du mal commis,
bien qu’elle puisse provenir du choix du bien, peut cependant parfois
se produire pour une autre cause, à savoir, pour fuir le mal de la
peine, comme on l’a dit. Et même lorsqu’elle se produit par
le choix du bien, le premier mouvement de la pénitence ne provient pas
d’un choix du bien qui a reçu sa forme de l’habitus d’une
autre vertu, mais par un certain désir naturel ou même par l’habitus
bon de la vertu de pénitence. C’est pourquoi le premier
mouvement de la pénitence précède le mouvement des
autres vertus. Mais il n’est pas inapproprié que les mouvements
des autres vertus causent parfois certains mouvements de pénitence,
comme lorsque quelqu’un, par amour de la tempérance, a un
mouvement de pénitence à propos de la luxure qui a
précédé, car parfois même le mouvement de la vertu
qui précède vient d’une vertu qui suit, comme lorsque
quelqu’un est mû à l’amour de Dieu, qui ordonne la
chasteté, parce que la chasteté plaît à celui-ci. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16094] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod fundamentum
dicitur in spiritualibus ad similitudinem corporalis fundamenti ; quod
duas habet proprietates. Prima est quod ipsum est prima pars aedificii ;
alia est quod fundamento totum aedificium sustentatur ; et ideo in spiritualibus
fundamentum dicitur aliquid vel ratione prioritatis, vel ratione conservationis
et sustentationis aliorum, aut etiam ratione utriusque. Prioritas autem
attenditur dupliciter. Uno modo quantum ad disciplinam spiritualium ; et
sic illa quae primo occurrunt edocenda in Christiana religione, fundamentum
dicuntur, Hebr. 6. Alio modo quantum ad vitam spiritualem ; et sic fides
dicitur simpliciter fundamentum primum ; sed timor et poenitentia in
genere eorum quae ad affectum pertinent quantum ad fugam mali ; caritas
autem quantum ad prosecutionem boni, prout dicitur Ephes. 3, 17 ; in
caritate radicati et fundati. Sed ratione sustentationis, in prosperis
dicitur humilitas fundamentum, in adversis autem fortitudo. Poenitentia autem
et timor in recedendo a malo, diversimode sunt fundamenta : quia timor
est primum in isto toto genere quod est recedere a malo ; sed
poenitentia quantum ad hanc speciem quae est recedere a malo commisso ;
et ideo etiam timor praecedit poenitentiam ; sicut principia generis
praecedunt principia speciei. |
On parle de fondement pour les réalités
spirituelles par ressemblance avec un fondement corporel, qui a deux
propriétés. La première est qu’il est la
première partie d’un édifice ; l’autre est que
tout l’édifice est soutenu par le fondement. C’est
pourquoi, en matière spirituelle, on parle d’un fondement soit
en raison d’une priorité, soit en raison de la conservation et
du support d’autres réalités, soit en raison des deux. Or,
la priorité est envisagée de deux manières. D’une
manière, quant à l’apprentissage des
réalités spirituelles. Ainsi, ce qui doit être
enseigné en premier dans la religion chrétienne est
appelé un fondement, He 6. D’une autre manière, quant
à la vie spirituelle. Ainsi, la foi est appelée simplement le
premier fondement ; mais la crainte et la pénitence [sont
appelées] des fondements pour ce qui concerne l’affectivité
en regard de la fuite du mal ; mais la charité, pour ce qui
concerne la poursuite du bien, comme il est dit en Ep 3, 17 : Enracinés, fondés dans la
charité. Mais en raison du support, l’humilité est
appelée fondement dans la prospérité, et la force dans l’adversité.
Mais la pénitence et la crainte sont des fondements de manière
différente pour s’éloigner du mal, car la crainte est
première dans le genre qui consiste à s’éloigner
du mal, mais la pénitence, dans l’espèce qui consiste
à s’éloigner du mal commis. C’est pourquoi
même la crainte précède la pénitence, comme les
principes d’un genre précèdent les principes d’une
espèce. |
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[16095]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 3 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
3. La solution des objections est ainsi claire. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[16096] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod locutio
Hieronymi est metaphorica. Illi enim qui prospero itinere mare navigant,
prima tabula sustentantur, scilicet ipsa navi integra ; sed naufragium
passi, alicujus tabulae navis fractae auxilio ad portum salutis
ducuntur ; et haec est secunda tabula quae est post naufragium :
non quod sit secunda post naufragium ; sed quia existens post naufragium,
est secunda a prima quae erat ante naufragium. Unde consuetudo sua est, ut patet
ejus dicta legenti, ut omne illud quod praestat remedium post aliquod
periculum eveniens, secundam tabulam post naufragium vocet. Gratia autem
baptismalis, per quam in Ecclesia collocamur, cujus figura fuit arca Noe,
dicitur prima tabula ante naufragium. Sed quia per peccatum mortale
naufragium passis et a gratia innocentiae cadentibus non restat aliquod
remedium nisi poenitentia, ideo poenitentia secunda tabula dicitur. |
La manière de parler de Jérôme est
métaphorique. En effet, ceux qui naviguent avec bonheur sur la mer
sont soutenus par la première planche, à savoir,
l’ensemble du navire ; mais ceux qui ont subi un naufrage sont
conduits au port du salut à l’aide d’une planche
arrachée au navire. Telle est la seconde planche qui existe
après le naufrage : non pas qu’elle soit seconde
après le naufrage, mais, parce qu’elle existe après le
naufrage, elle est seconde par rapport à la première qui
existait avant le naufrage. Aussi est-ce l’habitude [de
Jérôme], comme cela ressort clairement pour celui qui lit ce qui
a été dit, d’appeler seconde planche tout ce qui apporte un
remède après un danger. Or, la grâce baptismale, par
laquelle nous sommes placés dans l’Église, dont
l’arche de Noé était la figure, est appelée la
première planche avant le naufrage. Mais parce qu’il ne reste
que la pénitence comme remède pour ceux qui ont subi un
naufrage par le péché mortel et qui ont perdu la grâce de
l’innocence, la pénitence est appelée une seconde
planche. |
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[16097] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod alia sacramenta non subveniunt naufragium passis
per peccatum mortale sine poenitentia ; et ideo non possunt dici secunda
tabula, sicut poenitentia, quae post lapsum subvenit ; unde quamvis non
sit secundum sacramentum, est tamen secunda tabula. |
1. Les autres sacrements ne viennent pas au secours de
ceux qui ont subi un naufrage par le péché mortel sans la
pénitence. C’est pourquoi ils ne peuvent pas être
appelés des secondes planches, comme la pénitence, qui secourt
après une chute. Bien qu’elle ne soit pas le deuxième
sacrement, elle est donc néanmoins une seconde planche. |
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[16098] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod Petrus non loquitur ibi de poenitentiae sacramento,
sed de poenitentia quae requiritur in Baptismo, quae ad primam tabulam
pertinet. |
2. Pierre ne parle pas du sacrement de pénitence,
mais de la pénitence qui est requise pour le baptême, qui est en
rapport avec la première planche. |
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[16099] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod illa absconsio peccati de qua Hieronymus ibi loquitur,
non contrariatur illi manifestationi quae fit in poenitentia, sed illi quam
faciunt illi qui effrontes in peccatis existentes gloriantur cum male
fecerint, et se de peccatis jactant ; et haec absconsio ad verecundiam
pertinet ; et secundum eamdem similitudinem dicitur secunda tabula :
quia prima tabula prosperae navigationis est ut homo peccatum non
committat ; secunda, ut de peccato commisso erubescat. Sed per hanc
tabulam non datur sufficiens remedium, nisi quatenus ad emendationem peccati
et poenitentiam ducit ; et ita non proprie dicitur secunda tabula sicut
poenitentia ; tamen secunda tabula dici potest : quia tabula
secunda in naufragio corporali non semper a periculo liberat, etsi periculum,
quantum est de se, aliquo modo impediat. |
3. Cette dissimulation du péché dont parle
Jérôme à cet endroit ne s’oppose pas à la
manifestation qui est réalisée dans la pénitence, mais
à celle que font ceux qui, se trouvant impudemment dans le
péché, se glorifient d’avoir fait le mal et se vantent de
leurs péchés. Une telle dissimulation relève de la honte
et, selon la même comparaison, est appelée seconde planche, car
la première planche de ceux qui naviguent avec bonheur consiste en ce
que l’homme ne commette pas de péché, mais la seconde, en
ce qu’il rougisse du péché commis. Mais, par cette
planche, un remède suffisant n’est pas donné, à
moins qu’il ne conduise à la correction du péché
et à la pénitence. Ainsi, on ne parle pas de seconde planche
à proprement parler, comme pour la pénitence. Toutefois, on
peut parler de seconde planche, car, dans le naufrage corporel, la seconde
planche ne libère pas toujours du danger, même si, d’une
certaine manière, elle est empêche quant à elle le danger. |
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Articulus 3 [16100] Super
Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 tit. Utrum poenitentia sit in
qualibet vi |
Article 3 – La pénitence existe-t-elle dans toutes les puissances ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La pénitence existe-t-elle dans toutes les puissances ?] |
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[16101] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod poenitentia sit in qualibet vi. Nihil enim
agit ubi non est. Sed poenitentia expellit peccatum a qualibet vi. Ergo est
in qualibet vi. |
1.
Il semble que la pénitence existe dans toutes les puissances. En effet, rien
n’agit où cela n’existe pas. Or, la pénitence
expulse le péché dans toutes les puissances. Elle existe donc
dans toute puissance. |
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[16102] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Item, videtur quod sit in concupiscibili. Quia poenitentia est
dolor. Sed dolor est in concupiscibili, sicut et gaudium. Ergo poenitentia
est in concupiscibili. |
2. Il semble qu’elle existe dans le concupiscible,
car la pénitence est une douleur. Or, la douleur se trouve dans le
concupiscible, comme la joie. La pénitence se trouve donc dans le
concupiscible. |
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[16103] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Item, videtur quod sit in irascibili. Quia poenitentia est quaedam
vindicta dolentis. Sed vindicta pertinet ad irascibilem, quia ira est
appetitus vindictae. Ergo poenitentia est in irascibili. |
3. Il semble qu’elle existe dans l’irascible,
car la pénitence est une vengeance de celui qui déplore. Or, la
vengeance se rapporte à l’irascible, car la colère est un
appétit de vengeance. La pénitence se trouve donc dans l’irascible. |
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[16104] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 4 Item, videtur quod
sit in memoria. Quia sicut timor est de
futuro, et gaudium de praesenti, ita memoria de praeterito. Sed poenitentia
est de malo commisso, quod est praeteritum. Ergo est in memoria. |
4. Il semble qu’elle existe dans la mémoire,
car de même que la crainte porte sur le futur et la joie sur le
présent, la mémoire porte sur le passé. Or, la
pénitence porte sur le mal commis, qui est passé. Elle existe
donc dans la mémoire. |
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[16105] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 5 Item, videtur quod
sit in ratione. Quia poenitentia est pars
justitiae. Sed justitia est in ratione. Ergo et poenitentia. |
5. Il semble qu’elle existe dans la raison, car la
pénitence est une partie de la justice. Or, la justice existe dans la
raison. Donc, la pénitence aussi. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La pénitence peut-elle exister chez les innocents ?] |
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[16106]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in innocentibus poenitentia esse
non possit. Quia poenitere est commissa mala plangere. Sed innocentes nullum
malum commiserunt. Ergo in eis poenitentia non est. |
1. Il semble que la pénitence ne puisse exister
chez les innocents, car la pénitence consiste à déplorer
le mal commis. Or, les innocents n’ont commis aucun mal. La
pénitence n’existe donc pas en eux. |
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[16107] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, poenitentia ex suo nomine importat poenam. Sed
innocentibus non debetur poena. Ergo non est in eis poenitentia. |
2. La pénitence implique par son nom même
une peine. Or, aucune peine n’est due aux innocents. La
pénitence n’existe donc pas en eux. |
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[16108] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, poenitentia in idem coincidit cum vindicativa justitia,
ut supra dictum est. Sed omnibus existentibus innocentibus, vindicativa
justitia locum non haberet. Ergo nec poenitentia ; et ita non est in
innocentibus. |
3. La pénitence coïncide sur la même
chose avec la justice punitive, comme on l’a dit plus haut. Or, si tous
étaient innocents, la justice punitive n’aurait pas sa place.
Donc, la pénitence non plus. Et ainsi, elle existe chez les innocents. |
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[16109] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, omnes
virtutes simul infunduntur. Sed poenitentia est virtus. Cum ergo innocentibus
in Baptismo infundantur aliae virtutes ; infunditur etiam poenitentia. |
Cependant, [1] toutes les vertus sont infusées en même
temps. Or, la pénitence est une vertu. Puisque les autres vertus sont
infusées chez les innocents par le baptême, la pénitence
aussi est donc infusée. |
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[16110] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, ille qui nunquam fuit infirmus corporaliter,
dicitur sanabilis. Ergo et similiter qui nunquam fuit infirmus spiritualiter.
Sed sicut sanatio in actu a vulnere peccati non est nisi per actum
poenitentiae, ita nec sanabilitas nisi per habitum. Ergo ille qui nunquam
habuit infirmitatem peccati, habet habitum poenitentiae. |
[2] On dit que celui qui n’a jamais
été corporellement malade est guérissable. On parle donc
de la même manière de celui qui est spirituellement malade. Or,
de même que la guérison en acte de la blessure du
péché n’existe que par un acte de pénitence, de
même la capacité de guérir n’existe-t-elle que par
un habitus. Celui qui n’a jamais eu la maladie du péché
possède donc l’habitus de la pénitence. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les saints qui sont dans la gloire possèdent-ils la pénitence ?] |
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[16111]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sancti homines qui sunt in
gloria, non habeant poenitentiam. Quia, sicut dicit Gregorius in moralibus,
beati peccatorum recordantur, sicut nos sani sine dolore dolorum memoramur.
Sed poenitentia est dolor cordis, ut dictum est. Ergo sancti in patria non habent
poenitentiam. |
1. Il semble que les saints qui sont dans la gloire ne possèdent
pas la pénitence, car, ainsi que le dit Grégoire dans les Morales, les bienheureux se rappellent
leurs péchés, comme nous qui sommes en santé, nous nous
rappelons nos douleurs sans douleur. Or, la pénitence est une douleur
du cœur, comme on l’a dit. Les saints dans la patrie ne possèdent
donc pas la pénitence. |
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[16112] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, sancti in patria sunt Christo conformes. Sed in Christo
non fuit poenitentia, nec fides, quae est principium poenitentiae. Ergo nec in sanctis
in patria erit poenitentia. |
2. Les saints dans la patrie sont conformes au Christ. Or,
dans le Christ, il n’y avait pas de pénitence ni de foi, qui est
le principe de la pénitence. Il n’y aura donc pas de
pénitence chez les saints dans la patrie. |
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[16113] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, frustra est habitus qui ad actum non reducitur. Sed
sancti in patria non poenitebunt actu ; quia sic esset eis aliquid
contra votum. Ergo non erit in eis habitus poenitentiae. |
3. L’habitus qui n’est pas amené
à l’acte est inutile. Or, les saints dans la patrie ne se
repentiront pas en acte, car ce serait quelque chose qui irait contre ce qu’ils
souhaitent. Il n’y aura donc pas en eux d’habitus de
pénitence. |
|
[16114] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 4 Sed contra, poenitentia est pars justitiae. Sed justitia est
immortalis et perpetua, et in patria remanebit. Ergo et poenitentia. |
Cependant, [4] la pénitence est une partie de la justice. Or,
la justice est immortelle et perpétuelle, et elle demeurera dans la
patrie. Il en sera donc de même de la pénitence. |
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[16115] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 5 Praeterea, in vitis patrum legitur a quodam patre dictum, quod etiam
Abraham poenitebit de hoc quod non plura bona fecit. Sed magis debet aliquis poenitere
de malo commisso quam de bono omisso, ad quod non tenebatur ; quia de
tali bono loquitur. Ergo erit ibi
poenitentia de malis commissis. |
[5] Dans les Vies
des pères, on lit qu’un père disait que même
Abraham se repentira de ce qu’il n’a pas fait grand bien. Or, on
doit davantage se repentir du mal commis que du bien omis, auquel on n’était
pas tenu, car c’est d’un tel bien qu’il parle. Il existera
donc là une pénitence pour le mal commis. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [L’ange bon ou mauvais peut-il être le sujet de la pénitence ?] |
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[16116]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam Angelus, bonus seu malus,
sit susceptivus poenitentiae. Quia timor est initium poenitentiae. Sed in eis
est timor ; Jac. 2, 19 : Daemones credunt et contremiscunt.
Ergo in eis potest esse poenitentia. |
1. Il semble que même l’ange bon ou mauvais
puisse être le sujet de la pénitence, car la crainte est le
commencement de la pénitence. Or la crainte existe en eux,
Jc 2, 19 : Les
démons croient et tremblent. La pénitence peut donc exister
en eux. |
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[16117] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 2 Praeterea, philosophus dicit in 9 Ethic., quod poenitudine replentur
mali, et haec est maxima poena eis. Sed Daemones maxime sunt pravi, nec aliqua
poena eis deest. Ergo Daemones possunt poenitere. |
2. Le Philosophe dit dans Éthique, IX, que les méchants sont remplis d’amertume
et que c’est là pour eux la plus grande peine. Or, les
démons sont mauvais au plus haut point, et aucune peine ne leur fait
défaut. Les démons peuvent donc se repentir. |
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[16118] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 3 Praeterea, facilius
movetur aliquid in id quod est secundum naturam quam in id quod est contra
naturam ; sicut aqua quae per violentiam est calefacta, etiam per
seipsam ad naturalem proprietatem redit. Sed Angelus potest mutari in
peccatum, quod est contra omnem naturam eorum. Ergo multo fortius potest
revocari in id quod est secundum naturam. Et
hoc facit poenitentia. Ergo sunt susceptibiles poenitentiae. |
3. Quelque chose est plus facilement mû vers ce qui
conforme à sa nature que vers ce qui est contraire à sa nature,
comme l’eau qui a été réchauffée par une
certaine violence revient par elle-même à sa
propriété naturelle. Or, l’ange peut être
changé pour le péché, ce qui est contraire à sa [corr.] nature. À bien plus forte raison donc, peut-il être
ramené à ce qui est conforme à sa nature. Et c’est
cela que fait la pénitence. Ils peuvent donc être sujets
à la pénitence. |
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[16119] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 4 Praeterea, idem judicium est secundum Damascenum, de Angelis et de
animabus separatis. Sed in animabus separatis potest esse poenitentia, ut
quidam dicunt, sicut in animabus beatis quae sunt in patria. Ergo et in
Angelis potest esse poenitentia. |
4. [Jean] Damascène porte le même jugement
sur les anges et sur les âmes séparées. Or, chez les
âmes séparées, la pénitence peut exister, ainsi
que certains le disent, comme dans les âmes des saints qui sont dans la
patrie. La pénitence peut donc aussi exister chez les anges. |
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[16120] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 s. c. 1 Sed contra, per
poenitentiam homo reparatur ad vitam, peccato dimisso. Sed hoc est
impossibile in Angelis, ut in 2 Lib., dist. 7, qu. 1, art. 2, dictum est.
Ergo non sunt susceptibiles poenitentiae. |
Cependant, [1] Par la pénitence, l’homme revient
à la vie, après que le péché a été
enlevé. Or, cela est impossible chez les anges, comme on l’a dit
dans le livre II, d. 7, q. 1, a. 2. Ils ne peuvent donc pas être
sujets à la pénitence. |
|
[16121] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 s. c. 2 Praeterea,
Damascenus, dicit quod homo fungitur poenitentia propter corporis infirmitatem.
Sed Angeli sunt incorporei. Ergo in eis
non potest esse poenitentia. |
[2] [Jean] Damascène dit que l’homme subit
la pénitence en raison de la faiblesse de son corps. Or, les anges
sont incorporels. Il ne peut donc pas exister de pénitence chez eux. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16122] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
quidam dicunt, subjectum omnis virtutis esse liberum arbitrium. Sed hoc non
potest esse ; quia omnis actus humanus ordinatus elicitive procedit ab
aliqua virtute humana ; quaelibet autem potentia humana habet aliquem
actum ordinatum (et dico potentiam humanam rationem, vel quae rationi
obediat) ; et ideo in omni tali potentia potest esse virtus, quae
eliciat ordinatum actum illius potentiae ; et de hoc in 3 Lib., dist. 33, qu. 2, art. 4, quaestiunc. 1, plura dicta sunt. Et
ideo quidam dicunt, quod poenitentia est in omnibus viribus. Sed hoc non
potest esse ; quia unus habitus non potest esse nisi unius potentiae,
sicut una forma nisi unius materiae, et unum accidens non nisi unius
subjecti. Et ideo alii dicunt, quod est in irascibili ; quia, ut dicit
Augustinus, est vindicta quaedam quam appetit ira. Sed hoc non potest
esse ; quia vindictam expetere de altero, quod arduitatem habet, ad
irascibilem pertinet ; sed vindictam pati non videtur esse irascibilis.
Et ideo quidam dicunt, quod poenitentia est dolor et propter hoc est in
concupiscibili. Sed hoc etiam non valet ; quia ille dolor qui est in
concupiscibili, est passio ; dolor autem qui est actus poenitentiae, non
est passio. Et ideo dicendum cum aliis, quod poenitentia est pars
justitiae ; et ideo, cum justitia sit in ratione, non quidem quantum ad
partem cognitivam, sed quantum ad affectivam ; et poenitentia in ratione
est, inquantum est virtus ; sed poenitentia quae est passio, est in
concupiscibili sicut in subjecto, quia est dolor quidam. Sed haec passio est
quasi materiale in poenitentia virtute, quia poenitentia virtus hunc dolorem
recompensat pro peccatis commissis ; sicut et poena quam patitur reus,
est materiale in vindicativa justitia. |
Certains disent que le sujet de toute vertu est le libre
arbitre. Mais cela est impossible, car tout acte humain volontairement
ordonné provient d’une certaine vertu humaine. Or, toutes les
puissances humaines possèdent un acte ordonné (et
j’appelle puissance humaine la raison humaine ou celle qui obéit
à la raison). C’est pourquoi, en toute puissance de ce genre,
une vertu peut exister, qui décide de l’acte ordonné de
cette puissance. On en a beaucoup parlé dans le livre III, d. 33, q.
2, a. 4, qa 1. C’est pourquoi certains disent que la
pénitence se trouve dans toutes les puissances. Mais cela est impossible,
car un seul habitus ne peut exister que dans une seule puissance, de
même qu’il n’existe qu’une seule forme d’une
seule matière, et un seul accident d’un seul sujet. C’est
pourquoi d’autres disent que [la pénitence] existe dans l’irascible,
car, ainsi que le dit Augustin, elle est une certaine vengeance que
désire la colère. Mais cela est impossible, car réclamer
vengeance d’un autre, ce qui comporte une difficulté,
relève de l’irascible, mais subir la vengeance ne semble pas
relever de l’irascible. C’est pourquoi certains disent que la
pénitence est une douleur et que, à cause de cela, elle se
trouve dans le concupiscible. Mais cela aussi n’est pas valable, car
cette douleur qui se trouve dans le concupiscible est une passion ; mais
la douleur qui est un acte de la pénitence n’est pas une passion.
C’est pourquoi il faut dire avec d’autres que la pénitence
est une partie de la justice. Aussi, puisque la justice existe dans la
raison, non sous son aspect cognitif, mais sous son aspect affectif, la
pénitence aussi existe dans la raison pour autant qu’elle est
une vertu. Mais la pénitence qui est une passion existe dans le
concupiscible comme dans son sujet, car elle est une certaine douleur. Mais
cette passion est comme une matière pour la vertu de pénitence,
car, par la pénitence, la vertu donne cette douleur en compensation
des péchés commis, de la même façon dont la peine
que subit un coupable est la matière de la justice punitive. |
|
[16123] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod poenitentia non expellit omne peccatum formaliter,
sed quasi active ; unde non oportet quod sit ut in subjecto in qualibet
vi ubi potest esse peccatum ; sed quod ea quae sunt in illis virtutibus,
subjiciantur ei quasi materialia ; et hoc poenitentia habet, inquantum est
in ratione, cui omnes aliae vires subduntur quasi ab ipsa motae et regulatae. |
1. La pénitence n’écarte pas tout
péché à la manière d’une forme, mais de
manière active. Il n’est donc pas nécessaire qu’elle
existe comme dans un sujet dans toutes les puissances où il peut y
avoir péché, mais que ce qui fait partie de ces vertus lui soit
soumis comme une matière. Et cela, la pénitence le
possède pour autant qu’elle existe dans la raison, à
laquelle toutes les autres puissances sont soumises en tant qu’elles
sont mues et dirigées par elle. |
|
[16124] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod dolor qui est in concupiscibili, non est actus
poenitentiae virtutis, sed materiale, ut dictum est ; sed dolor qui est
detestatio culpae commissae, est actus ejus ; et hoc est voluntatis, in
qua est justitia, cujus actus est detestari inaequalitatem praeexistentem, et
eam ad aequalitatem reducere. |
2. La douleur qui existe dans le concupiscible n’est
pas un acte de la vertu de pénitence, mais sa matière, comme on
l’a dit. Mais la douleur qui est la détestation de la faute
commise est son acte. Et cela relève de la volonté où
existe la justice, dont l’acte consiste à détester l’inégalité
antérieure et à la ramener à l’égalité. |
|
[16125] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod exhibitio vindictae est materialis in poenitentia, sicut etiam in
justitia vindicativa ; non enim exhibet vindictam ex appetitu vindictae,
sed ad aequalitatem restituendam. |
3. La manifestation de la vengeance est la matière
de la pénitence, comme dans la justice punitive. En effet, elle ne
montre pas de châtiment par appétit de vengeance, mais pour
rétablir l’égalité. |
|
[16126] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quamvis poenitentia sit de praeterito, sicut memoria,
tamen respicit affectum ; memoria autem est potentia pure
cognoscitiva ; et ideo in ea non potest esse poenitentia. |
4. Bien que la pénitence porte sur le
passé, comme la mémoire, elle concerne cependant l’affectivité,
alors que la mémoire est une puissance purement cognitive. Il ne peut
donc exister de pénitence en elle. |
|
[16127] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 5 Quintum
concedimus. |
5. Nous concédons le cinquième argument. |
|
Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
|
[16128] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad
secundam quaestionem dicendum, quod habitus medius est inter potentiam et
actum. Et
quia remoto priori, removetur posterius, non autem e converso ; ideo
remota potentia ad actum, removetur habitus, non autem remoto actu. Et quia
subtractio materiae tollit actum, propter hoc quod actus non potest esse sine
materia in quam transit ; ideo habitus alicujus virtutis competit alicui
cui non suppetit materia, propter hoc quod suppetere potest, et ita in actum
exire ; sicut pauper homo potest habere habitum magnificentiae, sed non
actum, quia non habet magnitudinem divitiarum, quae sunt materia magnificentiae,
sed potest habere : et ideo cum innocentes in statu innocentiae non
habeant peccata commissa, quae sunt materia poenitentiae, sed possint
habere ; actus poenitentiae in eis esse non potest ; sed habitus
potest ; et hoc, si gratiam habeant, cum qua omnes virtutes infunduntur. |
L’habitus est un état intermédiaire
entre la puissance et l’acte. Et parce que, une fois enlevé ce
qui est premier, ce qui suit est aussi enlevé – mais il
n’en va pas de même en sens contraire –, une fois
enlevée la puissance à l’acte, l’habitus est enlevé,
mais non lorsque l’acte est enlevé. Parce que la soustraction de
la matière supprime l’acte, car l’acte ne peut exister
sans la matière où il passe, l’habitus d’une vertu
convient à une [autre vertu] à laquelle ne correspond pas la
matière, parce qu’elle peut y suffire, et ainsi passer à
l’acte. Ainsi, un homme pauvre peut avoir l’habitus de la
magnificence, mais non l’acte, parce qu’il n’a pas de
grandes richesses, mais il peut les avoir. Ainsi, puisque les innocents dans
l’état d’innocence n’ont pas de péchés
commis, qui sont la matière de la pénitence, mais peuvent en
avoir, l’acte de la pénitence ne peut exister chez eux, mais
l’habitus le peut, s’ils ont la grâce, avec laquelle toutes
les vertus sont infusées. |
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[16129] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis non commiserint, possunt tamen
committere ; et ideo eis habitum poenitentiae habere competit. Sed tamen
habitus iste nunquam in actum exire potest, nisi forte respectu venialium peccatorum,
quia peccata mortalia tollunt ipsum. Nec tamen est frustra, quia est
perfectio potentiae naturalis. |
1. Bien qu’ils n’en aient pas commis, ils
peuvent cependant en commettre ; c’est pourquoi il convient qu’existe
chez eux l’habitus de la pénitence. Cependant, cet habitus ne
peut jamais passer à l’acte, si ce n’est par rapport
à des péchés véniels, car les
péchés mortels enlèvent [cet habitus]. Il n’existe
cependant pas pour rien, car il est une perfection de la puissance naturelle. |
|
[16130] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis non sit eis debita poena in actu, tamen in
eis est possibile esse aliquid pro quo eis poena debeatur. |
2. Bien qu’il n’y ait pas pour eux de peine
due en acte, il est cependant possible qu’il existe quelque chose pour quoi
une peine leur serait due. |
|
[16131] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod remanente potentia ad peccandum, adhuc haberet locum
vindicativa justitia secundum habitum, quamvis non secundum actum, si peccata
actu non essent. |
3. La puissance de pécher demeurant, la justice
punitive aurait encore sa place selon l’habitus, mais non selon l’acte,
s’il n’existe pas de péchés en acte. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16132] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod virtutes
cardinales in patria remanebunt ; sed secundum actus quos habent in fine
suo, ut in 3 Lib., dist. 33, qu. 1, art. 4, in corp., dictum est ; et
ideo cum poenitentia virtus, sit pars justitiae, quae est habitus cardinalis,
quicumque habet habitum poenitentiae in hac vita, habebit in futura ;
sed non habebit eumdem actum quem nunc habet, sed alium, scilicet gratias
agere Deo pro misericordia relaxante peccata. |
Les vertus cardinales demeureront dans la patrie, mais
selon les actes qu’elles possèdent à leur terme, comme on
l’a dit dans le livre III, d. 33, q. 1, a. 4, c. Puisque la
pénitence est une partie de la justice, qui est un habitus cardinal,
tous ceux qui possèdent l’habitus de pénitence dans cette
vie l’auront dans la vie future, mais ils n’auront pas le
même acte qu’ils ont maintenant, mais un autre, à savoir,
rendre grâce à Dieu pour sa miséricorde qui
délivre des péchés. |
|
[16133]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod illa auctoritas probat
quod non habent eumdem actum quem hic habet poenitentia ; et hoc
concedimus. |
1. Cette autorité démontre qu’ils n’ont
pas le même acte que possède maintenant la pénitence.
Nous concédons cela. |
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[16134] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1
a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod Christus non potuit peccare, ut in 3 Lib., dist. 12, qu. 2,
art. 1, dictum est, et ideo materia hujus virtutis non competit sibi nec actu
nec potentia ; et propter hoc non est simile de ipso et de aliis. |
2. Le Christ ne pouvait pas pécher, comme on l’a
dit dans le livre III, d. 12, q. 2, a. 1. C’est pourquoi la
matière de cette vertu ne lui convient ni en acte ni en puissance.
Pour cette raison, il n’en va de même de lui et des autres. |
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[16135] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod poenitere, proprie loquendo, prout dicit actum
poenitentiae qui nunc est, non erit in patria ; nec tamen habitus
frustra erit, quia alium actum habebit. |
3. À proprement parler, se repentir, en tant que
cela désigne un acte de la pénitence qui existe maintenant, n’existera
pas dans la patrie. Cependant, l’habitus ne sera pas inutile, car il
aura un autre acte. |
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[16136] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 4 Quartum concedimus. |
4. Nous concédons le quatrième argument. |
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[16137] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 5 Sed
quia quinta ratio probat quod etiam idem actus poenitentiae erit in patria
qui modo est ; ideo dicendum ad quintum, quod voluntas nostra in patria
erit omnino conformis voluntati Dei ; unde sicut Deus voluntate
antecedente vult omnia esse bona et per consequens nihil esse mali, non autem
voluntate consequente ; ita etiam est de beatis ; et talis voluntas
improprie dicitur ab illo sancto patre poenitentia. |
5. Le cinquième argument démontre que le
même acte de la pénitence qui existe maintenant existera dans la
patrie. Il faut donc répondre au cinquième argument que notre
volonté dans la patrie sera entièrement conforme à la
volonté de Dieu. De même que Dieu veut d’une
volonté antécédente que tout soit bon et, par
conséquent, qu’il n’y ait rien de mal, [ce n’est
cependant] pas le cas selon sa volonté conséquente. Il en est
de même pour les bienheureux. Une telle volonté est improprement
appelée pénitence par ce saint père. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[16138] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 3 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod poenitentia in
nobis dupliciter accipitur. Uno modo
secundum quod est passio ; sic enim nihil aliud est quam dolor vel
tristitia de malo commisso. Et quamvis secundum quod est passio, non sit nisi
in concupiscibili, tamen aliquis voluntatis actus similitudinarie poenitentia
dicitur, quo quidem detestatur quod facit ; sicut etiam timor et aliae
passiones dantur in intellectivo appetitu, ut in 3 Lib., dist. 26, qu. 1,
art. 5 dictum est. Alio modo accipitur secundum quod est virtus ; et hoc
modo detestari malum commissum cum emendationis proposito et intentione
expiandi, vel Deum placandi de offensa commissa, est actus ejus. Detestatio autem
mali competit alicui secundum quod habet ordinem naturalem ad bonum. Et quia in nulla creatura talis inclinatio totaliter
tollitur ; ideo etiam in damnatis talis detestatio manet, et per
consequens poenitentia passio, vel similis ei, ut dicitur Sap. 5, 3 : intra
se gementes, et poenitentiam agentes. Et haec quidem poenitentia, cum non
sit habitus, sed passio vel actus, nullo modo in beatis Angelis esse potest,
in quibus peccata commissa non praecesserunt ; sed in malis Angelis est,
cum sit eadem ratio de ipsis et de animabus damnatorum ; quia secundum
Damascenum, quod est homini mors, hoc est Angelis casus. Sed peccatum Angeli
est irremissibile, ut in 2 Lib., dist. 7, qu. 1, art. 2, dictum est. Et quia
peccatum, ut est remissibile vel expiabile, est propria materia istius
virtutis quae poenitentia dicitur ; ideo cum materia non possit eis
competere, non adest eis potentia exeundi in actu ; et ideo nec habitus
eis convenit ; et ideo Angeli susceptivi poenitentiae virtutis esse non
possunt. |
La pénitence est envisagée chez nous de
deux manières. D’une manière, selon qu’elle est une
passion. En effet, elle n’est ainsi rien d’autre qu’une
douleur ou une tristesse pour le mal commis. Et bien que, selon qu’elle
est une passion, elle n’existe que dans le concupiscible, un acte de la
volonté peut cependant être appelé pénitence par
mode de ressemblance, par lequel quelqu’un déteste ce
qu’il fait, de la même manière que la crainte et
d’autres passions sont attribuées à
l’appétit intellectuel, comme on l’a dit dans le livre
III, d. 26, q. 1, a. 5. D’une autre manière, elle est
envisagée selon qu’elle est une vertu. De cette manière,
son acte consiste à détester le mal commis, avec le propos de
se corriger et l’intention d’expier ou d’apaiser Dieu pour
l’offense commise. Or, la détestation du mal convient à quelqu’un
selon l’ordre naturel qu’il a par rapport au bien. Et parce que,
dans aucune créature, une telle inclination n’est totalement
enlevée, une telle détestation demeure même chez les
damnés et, par conséquent, la pénitence comme passion ou
semblable à celle-ci, comme il est dit dans Sg 5, 3 : Se lamentant par devers eux et faisant
pénitence. Cette pénitence, puisqu’elle n’est
pas un habitus, mais une passion ou un acte, ne peut d’aucune
manière exister chez les anges bienheureux, chez qui des
péchés commis n’ont pas
précédé ; mais elle existe chez les anges mauvais,
puisqu’il en va de même pour eux et pour les âmes des
damnés. Selon [Jean] Damascène, en effet, ce qu’est la
mort pour l’homme, la chute l’est pour les anges. Or, le
péché de l’ange est irrémissible, comme on
l’a dit dans le livre II, d. 7, q. 1, a. 2. Et parce que le
péché, en tant qu’il est rémissible ou expiable,
est la matière propre de cette vertu qu’on appelle
pénitence, puisque la matière ne peut pas convenir, il
n’y a pas chez eux de puissance pour passer à l’acte.
C’est pourquoi l’habitus non plus ne leur convient pas, et
c’est la raison pour laquelle les anges ne peuvent pas être des
sujets de la vertu de pénitence. |
|
[16139] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod ex timore in eis generatur aliquis poenitentiae motus, sed non
quae sit virtus. |
1. Par la crainte, un certain mouvement de
pénitence est engendré chez eux, mais non celle qui est une
vertu. |
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[16140] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 2 Et similiter
dicendum ad secundum. |
2. Il faut dire la même chose pour le
deuxième argument. |
|
[16141] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quidquid in eis est naturale, totum est bonum, et ad
bonum inclinans ; sed liberum arbitrium in eis est in malitia
obstinatum. Et quia motus virtutis et vitii non consequitur inclinationem
naturae, sed magis motum liberi arbitrii ; ideo non oportet quod quamvis
naturaliter inclinetur ad bonum, motus virtutis in eis sit, vel esse possit. |
3. Tout ce qui est naturel en eux est entièrement
bon et incline au bien ; mais le libre arbitre est chez eux fixé
dans la malice. Et parce que le mouvement de la vertu ou du vice ne suit pas
une inclination de la nature, mais plutôt un mouvement du libre
arbitre, il n’est donc pas nécessaire qu’il y ait en eux
un mouvement de la vertu ou qu’il puisse y en avoir, bien qu’il
soit naturellement incliné au bien. |
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[16142] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod non est eadem ratio de Angelis sanctis et animabus sanctis ;
quia in animabus sanctis praecessit vel praecedere potuit peccatum
remissibile, non autem in Angelis ; et ita, quamvis sint similes quantum
ad statum praesentem, non tamen quantum ad statum praeteritum, quem
poenitentia respicit directe. |
4. Il n’en va pas de même des anges saints et
des âmes saintes, car, dans les âmes des saints, le
péché rémissible a précédé ou
pouvait précéder, mais non chez les anges. Ainsi, bien qu’ils
soient semblables pour ce qui est de leur état présent, ils ne
l’étaient cependant pas pour ce qui est de leur état
passé, que la pénitence concerne directement. |
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Articulus 4 [16143] Super
Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 tit. Utrum de ratione verae
poenitentiae sit quod usque in finem vitae continuetur |
Article 4 – Fait-il partie de la notion de vraie pénitence qu’elle se poursuive jusqu’à la fin de la vie ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Fait-il partie de la notion de vraie
pénitence qu’elle se poursuive jusqu’à la fin de la vie ?]
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[16144] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur.
Videtur quod de ratione verae poenitentiae sit quod usque in finem vitae
continuetur. Poenitentia enim est quasi quaedam recompensatio Deo facta pro
offensa commissa. Sed offensa fuit infinita ; unde aeterna poena debetur pro peccato
mortali. Ergo et poenitentia delens hanc
culpam, ad hoc quod sit vera, oportet quod usque in finem duret. |
1. Il semble qu’il fasse partie de la notion de
vraie pénitence qu’elle se poursuive jusqu’à la fin
de la vie. En effet, la pénitence est une certaine compensation faite
à Dieu pour l’offense commise. Or, l’offense était
infinie ; aussi une peine éternelle est-elle due pour le
péché mortel. La pénitence qui détruit cette
faute doit donc durer jusqu’à la fin pour être vraie. |
|
[16145] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, nihil destruitur nisi a fortiori se. Sed poenitentia est
fortius quam peccatum, quia expellit ipsum. Cum ergo vera poenitentia non
possit discontinuari nisi per peccatum, videtur quod si fuerit vera, nullo
modo a statu poenitentiae quis cadere possit. |
2. Rien n’est détruit que par un plus fort. Or,
la pénitence est plus forte que le péché, puisqu’elle
le chasse. Puisque la vraie pénitence ne peut être
discontinuée que par le péché, il semble donc que, si
elle est vraie, elle ne puisse déchoir de l’état de
pénitence. |
|
[16146] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, facilius est peccatum impedire ne fiat, quam peccatum
factum destruere. Sed poenitentia destruit peccatum factum. Ergo multo fortius
impedit ne aliquod peccatum committatur ; et sic idem quod prius. |
3. Il est plus facile d’empêcher qu’un
péché ne soit commis que de détruire le
péché commis. Or, la pénitence détruit le
péché qui a eu lieu. À bien plus forte raison
empêche-t-elle qu’un péché soit commis. La
conclusion est donc la même que précédemment. |
|
[16147] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, Baptismus est efficacius sacramentum quam
poenitentia, qui etiam totaliter poenam tollit. Sed gratia baptismalis tollitur
per peccatum sequens. Ergo multo fortius poenitentia. |
Cependant, [1] le baptême est un sacrement plus efficace que
la pénitence, lui qui enlève entièrement la peine. Or,
la grâce baptismale est enlevée par un péché
subséquent. À bien plus forte raison donc, la pénitence. |
|
[16148] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, nulla virtus potest remanere sine
caritate ; et ea habita, omnes habentur. Sed caritatem semel habitam contingit
amitti, ut in 3 Lib., dist. 33, qu. 1,
art. 1, dictum est. Ergo et poenitentiam. |
[2] Aucune vertu ne peut demeurer sans la charité
et, si celle-ci est possédée, [toutes les vertus] sont
possédées. Or, il arrive qu’on perde la charité
après qu’on l’a eue, comme on le dit dans le livre III, d.
33, q. 1, a. 1. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Est-il nécessaire que la douleur de la pénitence soit interrompue par la joie ?] |
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[16149]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod necesse sit dolorem poenitentiae
per gaudium interrumpi. Gaudium enim et dolor sunt affectivitates contrariae.
Sed contraria non sunt nata esse in eodem. Ergo, cum oporteat poenitentem
aliquando de sua poenitentia gaudere, ut in littera dicitur, oportet quod
dolor per illud gaudium interrumpatur. |
1. Il semble qu’il soit nécessaire que la douleur du péché soit interrompue par la joie. En effet, la joie et la douleur sont des affections contraires. Or, les contraires ne sont pas destinés à exister dans la même chose. Puisqu’il est nécessaire que le pénitent se réjouisse parfois de sa pénitence, comme on le dit dans le texte, il faut donc que la douleur soit interrompue par [la joie]. |
|
[16150] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sicut mali dolent de suo gaudio, ita boni gaudent de suo
dolore. Sed philosophus in 9 Ethic. dicit, quod mali de hoc quod delectati
sunt, postmodum dolent ; quod non potest esse simul dum delectantur.
Ergo nec boni simul cum dolent, possunt gaudere de hoc quod dolent. |
2. De même que les méchants pleurent sur
leur joie, de même les bons se réjouissent de leur douleur. Or,
le Philosophe dit, dans Éthique,
IX, que les méchants pleurent par la suite ce dont ils se sont
réjouis, ce qui ne peut se produire en même temps qu’ils
se réjouissent. Les bons non plus ne peuvent donc pas se
réjouir du fait qu’ils pleurent en même temps qu’ils
pleurent. |
|
[16151] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, si dicatur quod dolor est causa gaudii, et sic possunt
esse simul ; contra. Contrarium non est causa sui contrarii. Sed dolor
est contrarium gaudio. Ergo non potest esse causa ipsius. |
3. Si on dit que la douleur est cause de joie et qu’elles
peuvent ainsi exister simultanément, on objectera que le contraire n’est
pas la cause de son contraire. Or, la douleur est le contraire de la joie.
Elle ne peut donc pas être sa cause. |
|
[16152] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, Galat. 5, super illud : fructus
autem spiritus, dicit Glossa interlinealis quod virtutes fructus
dicuntur, quia suos possessores sancta delectatione delectant. Sed
poenitentia est virtus. Ergo in suo actu, qui est dolere, habet
delectationem. |
Cependant, [1] à propos de Ga 5 : Les fruits de l’Esprit, la glose
interlinéaire dit que les vertus sont appelées des fruits,
parce que ceux qui les possèdent se délectent d’une
sainte délectation. Or, la pénitence est une vertu. Elle
possède donc une délectation dans son acte, qui consiste
à pleurer. |
|
[16153] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, secundum
philosophum in 2 Ethic., signum generati habitus oportet accipere fientem in
opere delectationem. Sed poenitentia est habitus quidam. Ergo actus ejus
habet delectationem ; ergo non interrumpitur per gaudium. |
[2] Selon le Philosophe, dans Éthique, II, le signe de l’habitus engendré
doit être que celui qui l’exerce trouve une délectation
dans son acte. Or, la pénitence est un habitus. Son acte
possède donc une délectation. Il n’est donc pas
interrompu par la joie. |
|
Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La pénitence peut-elle être renouvelée ?] |
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[16154]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod poenitentia iterari non possit.
Sicut enim Baptismus habet efficaciam a passione Christi, ita poenitentia, et
omnia alia sacramenta. Sed quia passio Christi est una, ideo Baptismus
iterari non potest. Ergo nec poenitentia potest iterari. |
1. Il semble que la pénitence puisse être renouvelée. En effet, de même que le baptême tient son efficacité de la passion du Christ, de même la pénitence et tous les autres sacrements. Or, parce que la passion du Christ est unique, le baptême ne peut être répété. La pénitence non plus ne peut donc pas être répétée. |
|
[16155] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, sicut dicit Gregorius, facilitas veniae incentivum
praebet delinquendi. Sed Deus non debet alicui dare peccandi occasionem. Ergo
non debet dare locum poenitentiam iterandi. |
2. Comme le dit Grégoire, la facilité du
pardon est une incitation à pécher. Or, Dieu ne doit pas donner
à quelqu’un une occasion de pécher. Il ne doit donc pas
laisser place à la répétition de la pénitence. |
|
[16156] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 3 Praeterea, spiritualis curatio, quae per poenitentiam fit, signatur
per corporales curationes, quas dominus miraculose fecit. Sed in illis
curationibus non legitur quod aliquem bis sanaverit. Ergo nec per
poenitentiam aliquis bis potest spiritualiter curari. |
3. La guérison spirituelle, qui se réalise
par la pénitence, est signifiée par les guérisons corporelles
que le Seigneur a faites de manière miraculeuse. Or, dans ces
guérisons, on ne lit pas qu’il ait guéri quelqu’un
deux fois. On ne peut donc pas être guéri spirituellement deux
fois par la pénitence. |
|
[16157] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur Eccli. 2, 23 : secundum
magnitudinem ejus, sic et misericordia illius cum eo est. Ergo et
misericordia ; non ergo coarctatur per unam poenitentiam, ut postmodum
ad se conversis non parcat. |
Cependant, il est dit dans Si 2, 23 : Sa miséricorde est à la
mesure de sa grandeur. Donc, sa miséricorde aussi. Elle ne se
limite donc pas à une seule pénitence, de sorte qu’il n’épargne
pas par la suite ceux qui se sont convertis à lui. |
|
[16158] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, Matth.
12, dicitur : qui peccat in patrem vel filium, remittetur ei. Sed contingit
quod post peractam poenitentiam aliquis peccet per infirmitatem, quod est in
patrem peccare ; et per ignOrantiam, quod est in filium peccare. Ergo tale peccatum remittetur ; ergo poenitentia
potest iterari. |
[2] En Mt 12, il est dit : Il sera pardonné à celui qui pèche contre son
père ou son fils. Or, il arrive qu’après avoir fait
pénitence, on pèche par faiblesse, ce qui est pécher
contre son père; et par ignorance, ce qui est pécher contre son
fils. Un tel péché sera donc remis. La pénitence peut
donc être répétée. |
|
Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16159] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem quod opinio
ista quae posuit quod nullus homo a vera poenitentia possit excidere, est
erronea, et conformis illi quae in 3 Lib. posita est, dist. 26, qu. 1, art. 1, quod caritas semel habita non possit
amitti. Sed tamen de caritate videbantur magis moveri, considerantes
efficaciam ejus, ex qua apparebat quod non posset per aliquod peccatum vinci.
Sed de
poenitentia videbantur moveri, quia ad integritatem poenitentiae requiritur
continuatio usque in finem vitae. Sed
utrumque frivolum est. Primo, quia quantumcumque aliqua virtus efficaciam
habeat, flexibilitatem a libero arbitrio non tollit, dum est in statu viae.
Similiter illud quod futurum est, non potest esse de substantia vel de
integritate alicujus virtutis, nisi secundum quod est praesens in
apprehensione vel in voluntate ; quia virtus quantum ad habitum non
expectat aliquid in futurum ; habitus enim virtutis est de rebus
permanentibus, non de successivis ; unde totam perfectionem suam habet
simul in instanti ; quae tota simul in unum actum potest effluere, quia
actus sunt similes habitibus, ut dicitur in 3 Ethic. Et sic quod futurum est,
non est de integritate vel essentia ipsius. Unde cum poenitentia sit virtus,
et secundum quod est sacramentum, non se extendat ultra actum virtutis ;
non est de integritate poenitentiae essentiali futuri continuatio, nisi ut
sit in proposito ; et ideo potest esse vera poenitentia, et tamen ab ea
postmodum aliquis excidet. |
La position qui affirmait qu’aucun homme ne peut s’écarter
de la vraie pénitence est erronée et conforme à ce qui a
été présenté dans le livre III, d. 26, q. 1, a.
1, à savoir que la charité une fois possédée ne
peut être enlevée. Or, on semblait cependant être surtout
influencé par la considération de son efficacité, en
raison de laquelle il semblait qu’elle ne pouvait pas être
vaincue par un péché. Mais, à propos de la
pénitence, on semblait être influencé par le fait que la
continuation jusqu’à la fin de la vie était exigée
pour l’intégrité de la pénitence. Or, les deux choses
sont futiles. Premièrement, parce que, quelle soit
l’efficacité d’une puissance, elle n’enlève
pas la flexibilité du libre arbitre, alors qu’il est dans
l’état du cheminement. De même, ce qui est à venir
ne peut faire partie de la substance ou de l’intégrité
d’une vertu, si ce n’est selon qu’il est présent
dans l’intelligence ou dans la volonté. En effet, la vertu, pour
ce qui est de l’habitus, n’attend pas quelque chose dans
l’avenir, car l’habitus de la vertu porte sur des choses permanentes,
et non pas successives. Elle possède donc toute sa perfection
d’un coup dans l’instant, laquelle [perfection] peut se
répandre en même temps d’un seul coup, car les actes sont
semblables aux habitus, comme il est dit dans Éthique, III. Ainsi, ce qui est à venir ne fait pas
partie de son intégrité ou de son essence. Puisque la
pénitence est une vertu et selon qu’elle est un sacrement, sa
continuation dans l’avenir ne fait donc pas partie de l’intégrité
essentielle de la pénitence. Une véritable pénitence
peut donc exister, et cependant, quelqu’un s’en écarter. |
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[16160]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sicut offensa habuit
infinitatem, ita etiam et unus contritionis actus habet quamdam infinitatem,
tum ex virtute gratiae quae dat operibus infinitum valorem, ut scilicet per
ea homo infinitum bonum mereatur ; tum ex merito Christi, quod operatur
in omnibus sacramentis, et in omnibus meritis. |
1. De même que l’offense était
infinie, de même aussi un seul acte de contrition possède-t-il
une certaine infinité, tant en vertu de la grâce qui donne aux
actes une valeur infinie, à savoir que, par eux, l’homme mérite
un bien infini, que par le mérite du Christ, qui agit dans tous les
sacrements et dans tous les mérites. |
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[16161] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod nec poenitentia nec aliqua virtus agit de
necessitate, sed ex libertate arbitrii ; et ideo quamvis poenitentia sit
fortior quam peccatum, et per hoc possit peccatum expellere ; tamen homo
poenitentiae virtutem habens, potest sponte se peccato subjicere. |
2. Ni la pénitence ni une autre vertu n’agit
par nécessité, mais selon la liberté de l’arbitre.
Bien que la pénitence soit plus forte que le péché et
puisse ainsi expulser le péché, l’homme qui
possède la vertu de pénitence peut cependant se soumettre au
péché de son plein gré. |
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[16162] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod aliquando homo vincitur a debiliori, qui fortiorem
vincit, quia non tantam curam adhibet ; et similiter poenitens propter
negligentiam a peccato nondum commisso vincitur, qui per poenitentiam a
peccato commisso liberatus fuit. |
3. Parfois, un homme est vaincu par un plus faible, qui l’emporte
sur un plus fort parce que celui-ci ne prend pas un aussi grand soin. De
même, le pénitent est parfois vaincu par un péché
non encore commis en raison de sa négligence, alors qu’il avait
été libéré par la pénitence d’un
péché commis. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16163] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 4 qc. 2 co. Ad
secundam quaestionem dicendum, quod gaudium et tristitia secundum genus sunt
contraria ; non tamen quodlibet gaudium cuilibet tristitiae opponitur,
sed ei quae est de eodem. Si autem de contrariis sunt vel de diversis, unum
potest esse causa alterius, vel materiale ad ipsum ; qui enim de
praesentia gaudet, eo ipso sequitur quod de absentia tristatur. Similiter
etiam quando de aliquo tristari est nobis utile vel decens, tristitia potest
esse materia gaudii. Si ergo gaudium et tristitia directe contraria
accipiantur, sic non possunt simul esse in eodem secundum idem ; si
autem sint de diversis vel contrariis, sic quidem quantum ad causam suam
possunt simul esse, quia potest esse voluntas de uno et voluntas de
altero ; et similiter si unum sit ratio alterius. Sed quantum ad sensum
qui requiritur in utroque, quia gaudium non est sine perceptione
convenientis, neque tristitia sine perceptione nocivi, impossibile est quod
utrumque simul intense insit : quia anima quando intense occupatur circa
unum, retrahitur ab altero ; sed imperfecte possunt esse simul ;
ita tamen quod unum nunc sit perfectius, et aliud postmodum. Dolor autem qui
est in poenitentia, est de peccato commisso ; unde simul cum hoc non
potest esse gaudium de eodem ; sed potest esse gaudium de spe veniae,
quam per dolorem concipit ; vel etiam hoc ipso quod in exhibendo dolorem
pro peccatis commissis, facit quod debet ; et ideo detestatio peccati
commissi, quae est causa doloris, et voluntas detestandi, quae est causa
gaudii, sunt simul ; volens enim detestatur. Et quia unum est ratio
alterius, ideo anima ad utrumque converti potest simul, inquantum ex eis
quodammodo fit unum. Quando autem ex aliquibus duobus fit unum, unum est ut
materiale, et alterum ut formale ; et ideo anima ad unum illorum
convertitur per prius, et ad alterum per posterius ; et propter hoc non
potest inesse utrumque secundum sui completam rationem, sed quandoque unum,
quandoque alterum. Quando enim plene convertitur ad spem veniae vel ad
decentiam doloris, tunc gaudium est principaliter, et dolor de peccato ex
consequenti : quando autem principaliter convertitur ad peccatum
commissum, tunc est e contrario. |
La joie et la tristesse sont contraires selon leur
genre ; cependant, toute joie n’est pas opposée à
toute tristesse, mais à celle qui porte sur la même chose. Mais
si elles portent sur des choses contraires ou diverses, l’une peut
être cause de l’autre ou sa matière. En effet, celui qui
se réjouit de la présence est par le fait même
attristé par l’absence. De la même manière encore,
lorsqu’il nous est utile ou convenable d’être
attristés de quelque chose, la tristesse peut être
matière à la joie. Si donc la joie et la tristesse sont
considérées comme directement contraires, elles ne peuvent donc
pas ainsi exister simultanément chez le même à propos de
la même chose ; mais si elles portent sur des choses
différentes ou contraires, elles peuvent ainsi exister
simultanément pour ce qui est de leur cause, car la volonté
peut porter sur l’une et l’autre chose. Mais pour ce qui est du
sens qui est nécessaire dans les deux, parce que la joie
n’existe pas sans la perception de ce qui convient ni la tristesse sans
la perception de ce qui est nuisible, il est impossible que les deux existent
simultanément de manière intensive, car l’âme,
lorsqu’elle est intensément occupée à une chose,
est éloignée d’une autre. Mais elles peuvent exister
simultanément de manière imparfaite, de telle sorte cependant
que l’une soit maintenant plus parfaite et l’autre par la suite.
Or, la douleur qui existe dans la pénitence porte sur le péché
commis ; aussi la joie ne peut-elle exister en même temps à
propos de cette même chose. Mais la joie peut exister à propos
de l’espérance du pardon, qu’elle conçoit par la
douleur ; ou encore, du fait qu’en manifestant une douleur pour
les péchés commis, elle fait ce qu’elle doit. C’est
pourquoi la détestation du péché commis, qui est cause
de la douleur, et la volonté de [le] détester, qui est cause de
joie, existent simultanément : en effet, celui qui veut
déteste. Et parce qu’une chose est la raison de l’autre,
l’âme peut donc se tourner en même temps vers les deux,
pour autant qu’une seule chose vient des [deux]. Or, lorsqu’une
seule chose vient de deux choses, l’une a le caractère de matière
et l’autre, le caractère de forme. C’est pourquoi
l’âme se tourne en premier vers l’une d’elles, et
vers l’autre par la suite. Pour cette raison, les deux choses ne
peuvent exister en même temps [dans l’âme] selon leur
raison complète, mais parfois l’une, parfois l’autre. En
effet, lorsque [l’âme] se tourne pleinement vers
l’espérance du pardon ou vers la convenance de la douleur, alors
la joie existe principalement, et la douleur du péché par voie
de conséquence ; mais lorsqu’elle se tourne principalement
vers le péché commis, c’est alors le contraire. |
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[16164] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod dolor de peccato et gaudium de dolore non sunt
affectivitates contrariae, ut dictum est. |
1. La douleur à propos du péché et
la joie à propos de la douleur ne sont pas des affections contraires,
comme on l’a dit. |
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[16165] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod objectum gaudii est aliquid conveniens ; sed
objectum tristitiae est contrarium nocivum ; unde dolor de quo quis
gaudet, non est contrarius gaudenti, sed conveniens ; sed gaudium de quo
quis dolet, est contrarium dolenti ; et ideo simul cum quis gaudet, non
potest esse dolor de gaudio secundum idem ; sed simul cum quis dolet,
potest esse gaudium de illo. |
2. L’objet de la joie est quelque chose qui
convient; mais l’objet de la tristesse est un contraire nuisible. Aussi
la douleur dont quelqu’un se réjouit n’est-elle pas
contraire mais convenable pour celui qui se réjouit. Mais la joie sur
laquelle quelqu’un pleure est contraire à celui qui pleure. C’est
pourquoi, il ne peut y avoir de
douleur à propos de la joie à propos de la même chose, lorsque
quelqu’un se réjouit; mais il peut y avoir de la joie à
ce propos, lorsque quelqu’un pleure. |
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[16166] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum
sicut ad primum. |
3. La réponse au troisième argument est la
même que pour le premier. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16167] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod erroneum est
dicere quod poenitentia non possit iterari, et misericordiae divinae
contrarium. Causa autem quare iteratur, cum Baptismus non iteretur, est
quadruplex. Prima est, quia poenitentia non imprimit characterem sicut
Baptismus : character enim indelebilis est. Secunda, quia Baptisma est
contra morbum non iterabilem, scilicet originale peccatum ; poenitentia
autem contra actuale peccatum, quod iteratur. Tertia
causa est, quia Baptismus habet totam efficaciam a passione Christi sine actu
nostro ; et ideo, quia passio est una tantum, et Baptismus unus ;
sed poenitentia etiam requirit actum nostrum, ut prius dictum est, et ideo
ratione ejus iterationem suscipit. Quarta, quia Baptismus est generatio
spiritualis, sed poenitentia est quaedam sanatio spiritualis : semel
autem aliquid generatur, sed pluries curari sive sanari potest, quamdiu in
hac vita vivit. |
Il est erroné de dire que la pénitence ne
peut pas être renouvelée, et cela est contraire à la
miséricorde divine. Il y a quatre raisons pour lesquelles elle est
répétée, alors que le baptême n’est pas
répété. La première est que la pénitence
n’imprime pas de caractère comme le baptême : en
effet, le caractère est indélébile. La deuxième
est que le baptême agit contre une maladie qui ne peut se
répéter, à savoir, le péché originel, mais
la pénitence, contre le péché actuel, qui se
répète. La troisième raison est que le baptême
tire toute son efficacité de la passion du Christ sans un acte de notre
part ; ainsi, parce que la passion est unique, le baptême est-il
unique. Mais la pénitence exige aussi un acte de notre part, comme on
l’a dit antérieurement, et, pour cette raison, elle est
répétée. La quatrième raison est que le
baptême est une génération spirituelle, mais la
pénitence est une certaine guérison spirituelle. Or, quelque
chose n’est engendré qu’une seule fois, mais peut
être soigné ou guéri plusieurs fois, aussi longtemps
qu’il s’agit de la vie présente. |
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[16168] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 1 Et sic patet solutio
ad primum. |
1. La solution du premier argument est ainsi claire. |
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[16169] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut justus dominus summe justitiam diligit, ita
summe peccatum odit ; et ita, quantum ex ipso est, paratus est ipsum
destruere semper, dummodo ex parte hominis non remaneat, qui poenitentiam
negligit vel contemnit. Nec obstat quod quidam ex hoc sumunt occasionem
delinquendi : quia ex contrario sumerent occasionem desperandi, quod
esset gravius. |
2. De même que le Seigneur juste aime par-dessus
tout la justice, de même hait-il par-dessus tout le
péché. Et ainsi, pour ce qui est de lui, il est prêt
à toujours le détruire, pourvu qu’il ne demeure pas du
côté de l’homme par négligence ou mépris de
la pénitence. Et cela ne fait rien que certains tirent de cela une
occasion de pécher, car ils tireraient du contraire une occasion de
désespérer, qui serait plus grave. |
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[16170] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis non sit scriptum quod idem infirmus
frequentius a domino sit curatus, tamen nec etiam factum negatur ; et
praeterea hoc occulta fide videmus, quod frequenter homines infirmantur, et
divina virtute, quae omnia restaurat, curantur. |
3. Bien qu’il ne soit pas écrit que le
même malade ait été guéri à plusieurs
reprises par le Seigneur, le fait n’est cependant pas non plus
nié. De plus, nous voyons par une foi secrète que des hommes
sont fréquemment malades et qu’ils sont guéris par la
puissance divine qui rétablit tout. |
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Articulus 5 [16171] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 tit. Utrum debeat aliqua poenitentia publicari vel
solemnizari |
Article 5 – Une pénitence doit-elle être publique et solennelle ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Une pénitence doit-elle être publique et solennelle ?] |
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[16172] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 1 Ad quintum sic proceditur. Videtur quod non debeat aliqua poenitentia publicari
vel solemnizari. Quia non licet sacerdoti, etiam metu, peccatum alicujus
confiteri, quantumcumque publicum. Sed per poenitentiam solemnem publicatur peccatum.
Ergo non debet solemnizari. |
1. Il semble qu’une pénitence ne doive pas être publique et solennelle, car il n’est pas permis à un prêtre, même en raison de la crainte, de révéler le péché de quelqu’un, aussi public soit-il. Or, par une pénitence solennelle, le péché est rendu public. Une pénitence ne doit donc pas être solennelle. |
|
[16173] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 2 Praeterea, judicium debet esse secundum conditionem fori. Sed
poenitentia est quoddam judicium quod in foro occulto agitur. Ergo non debet
publicari, sive solemnizari. |
2. Le jugement doit convenir à la condition du for.
Or, la pénitence est un jugement qui est rendu au for secret. Elle ne doit donc pas
être publique ou solennelle. |
|
[16174] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
poenitentia omnes defectus revocat ad perfectum, ut Ambrosius dicit. Sed
solemnizatio facit contrarium, quia poenitentem in multis defectibus
innectit : non enim laicus potest post solemnem poenitentiam ad
clericatum promoveri, nec clericus ad superiorem ordinem. Ergo poenitentia
non est solemnizanda. |
3. La pénitence ramène toutes les carences
à la perfection, comme le dit Ambroise. Or, la solennisation fait le
contraire, car elle enchaîne le pénitent à de nombreuses
carences : en effet, un laïc ne peut être promu à la
cléricature après une pénitence solennelle, ni un clerc
à un ordre supérieur. La pénitence ne doit donc pas être
solennisée. |
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[16175] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 1 s. c. 1 Sed contra,
poenitentia est quoddam sacramentum. Sed in quolibet sacramento quaedam
solemnitas adhibetur. Ergo et in poenitentia adhiberi debet. |
Cependant, [1] la pénitence est un sacrement. Or, en tout
sacrement, une certaine solennité est manifestée. Elle doit donc exister
aussi pour la pénitence. |
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[16176] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, medicina
debet respondere morbo. Sed peccatum
quandoque est publicum, quod multos ad exemplum peccandi trahit. Ergo et
poenitentia, quae est medicina ejus, esse debet solemnis et publica, qua
multi aedificentur. |
[2] Le remède doit correspondre à la
maladie. Or, un péché est parfois public et en entraîne
plusieurs à pécher par l’exemple. La pénitence,
qui est son remède, doit donc être solennelle et publique, par
laquelle beaucoup sont édifiés. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La
pénitence solennelle peut-elle être répétée
?]
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[16177]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod solemnis poenitentia iterari
possit. Sacramenta enim quae characterem non imprimunt, cum sua solemnitate
iterantur, sicut Eucharistia, et extrema unctio, et hujusmodi. Sed poenitentia non
imprimit characterem. Ergo cum sua solemnitate debet iterari. |
1. Il semble que la pénitence solennelle ne puisse pas être répétée. En effet, les sacrements qui n’impriment pas de caractère sont répétés sous leur forme solennelle, telles l’eucharistie, l’extrême-onction et ceux de ce genre. Or, la pénitence n’imprime pas de caractère. Elle doit donc être répétée sous sa forme solennelle. |
|
[16178] Super Sent., lib. 4 d. 14
q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 2 Praeterea, poenitentia solemnizatur propter gravitatem
et manifestationem peccati. Sed post peractam poenitentiam contingit similia
peccata committere, vel etiam graviora. Ergo solemnis poenitentia iterum
debet adhiberi. |
2. La pénitence prend un caractère solennel
en raison de la gravité et du caractère manifeste du
péché. Or, après l’accomplissement de la
pénitence, il arrive qu’on commette des péchés
semblables ou même plus graves. La pénitence solennelle
doit donc être de nouveau accomplie. |
|
[16179] Super Sent., lib. 4
d. 14 q. 1 a. 5 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, poenitentia solemnis
significat ejectionem primi hominis de Paradiso. Sed haec tantum semel est
facta. Ergo et poenitentia solemnis tantum semel debet fieri. |
Cependant, [1] la pénitence solennelle signifie l’expulsion
du premier homme du Paradis. Or, celle-ci n’a eu lieu qu’une
seule fois. La pénitence solennelle ne doit donc être accomplie
qu’une seule fois. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Questions à propos du
rite de la pénitence solennelle] |
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[16180] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 3 arg.
1 Ulterius. Quaeritur de ritu solemnis
poenitentiae ; et videtur quod mulieribus non sit imponenda. Quia vir,
cui imponitur solemnis poenitentia, debet comam abjicere, sed hoc non
competit mulieri, ut patet 1 Corinth. 11. Ergo non debet agere solemnem
poenitentiam. |
1. Il semble que [la pénitence solennelle] ne
doive pas être imposée aux femmes, car l’homme à
qui est imposé une pénitence solennelle doit renoncer à sa
chevelure, mais cela ne convient pas à la femme, comme cela ressort de
1 Co 11. Elle ne doit donc pas accomplir de pénitence solennelle. |
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[16181] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 2 Item, videtur quod
clericis sit imponenda. Quia imponitur propter gravitatem delicti. Sed idem
peccatum gravius est in clerico quam in laico. Ergo magis debet imponi clerico quam laico. |
2. Il semble qu’elle doive être
imposée aux clercs, car elle est imposée en raison de la
gravité du délit. Or, le même péché est
plus grave chez le clerc que chez le laïc. Elle doit donc être
davantage imposée au clerc qu’au laïc. |
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[16182] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 3 Item, videtur quod a quolibet sacerdote possit imponi. Quia absolvere in foro
poenitentiali est ejus qui habet claves. Sed simplex sacerdos habet claves. Ergo potest esse minister hujus poenitentiae. |
3. Il semble qu’elle puisse être
imposée par n’importe quel prêtre, car absoudre au for
sacramentel relève de celui qui possède les clés. Or, le
simple prêtre possède les clés. Il peut donc être
le ministre de cette pénitence. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16183] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 5 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
aliqua poenitentia debet esse publica et solemnis propter quatuor. Primo, ut
peccatum publicum publicam habeat medicinam. Secundo,
quia maxima confusione in hoc mundo etiam est dignus qui gravissimum scelus
commisit. Tertio, ut sit aliis ad terrorem. Quarto, ut sit ad exemplum
poenitendi, ne desperent qui in gravibus peccatis detinentur. |
Une pénitence doit être publique et
solennelle pour quatre raisons. Premièrement, afin que le
péché public reçoive un remède public.
Deuxièmement, parce que celui qui a commis un crime très grave
est digne de la plus grande humiliation. Troisièmement, afin de
terroriser les autres. Quatrièmement, pour qu’elle serve
d’exemple de pénitence, afin que ceux qui sont retenus par des
péchés graves ne désespèrent pas. |
|
[16184] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sacerdos non revelat confessionem, talem poenitentiam
injungendo, quamvis suspicio oriatur illum aliquod enorme peccatum
commisisse : non enim culpa pro certo scitur ex poena : quia
quandoque aliquis poenitentiam pro alio facit, sicut legitur in vitis patrum
de quodam, qui ut socium suum ad poenitentiam provocaret, ipse cum eo poenitentiam
egit. Si autem sit peccatum publicum, ipse poenitens exequendo poenitentiam,
confessionem a se factam manifestat. |
1. Le prêtre ne révèle pas une
confession en imposant une telle pénitence, bien que naisse un
soupçon que celui-là a commis un péché énorme.
En effet, la faute n’est pas connue de manière certaine par la
peine, car, parfois, quelqu’un accomplit une pénitence pour un
autre, comme on lit, dans les Vies des
pères, que, pour inciter son compagnon à la
pénitence, quelqu’un faisait pénitence avec lui. Mais s’il
s’agit d’un péché public, le pénitent
lui-même, en accomplissant la pénitence, révèle la
confession qu’il a faite. |
|
[16185] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod poenitentia solemnis, quantum ad injunctionem exigit
forum occultum : quia sicut occulte quis confitetur, ita occulta ei
poenitentia injungitur : sed executio non exigit forum occultum ;
et hoc non est inconveniens. |
2. Pour ce qui est de son imposition, la pénitence
solennelle exige un for secret, car, de même que quelqu’un s’est
confessé dans le secret, de même une pénitence
secrète lui est-elle imposée. Mais l’accomplissement [de
la pénitence] n’exige pas un for secret, et cela n’est pas
inapproprié. |
|
[16186] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod poenitentia quamvis revocet omnes defectus, restituendo
in pristinam gratiam, non tamen restituit in pristinam dignitatem ; et
ideo etiam mulieres post peractam poenitentiam de fornicatione, non velantur,
quia dignitatem virginitatis non recuperant ; et similiter post publicam
poenitentiam peccator non redit ad hanc dignitatem ut possit ad clericatum
assumi ; et episcopus talem ordinans, potestate ordinandi privari
debet ; nisi forte necessitas Ecclesiae exposcat, aut consuetudo :
tunc enim dispensative recipitur ad minores ordines, non autem ad sacros
ordines. Primo
propter dignitatem ordinum istorum. Secundo propter timorem recidivi. Tertio
propter scandalum vitandum, quod posset in populo oriri ex memoria
praecedentium peccatorum. Quarto, quia non
haberet frontem alios corrigendi, cum peccatum ejus fuerit publicum. |
3. Bien qu’elle abolisse toutes les carences en
rétablissant la grâce antérieure, la pénitence ne
rétablit cependant pas dans la dignité antérieure. C’est
pourquoi même les femmes, après avoir fait pénitence pour
la fornication, ne sont pas voilées, parce qu’elles ne
retrouvent pas la dignité de la virginité. De même,
après une pénitence publique, le pécheur ne
retourne-t-il pas à cette dignité, de sorte qu’il puisse
être retenu comme prêtre. Et l’évêque qui l’ordonne
doit être privé du pouvoir d’ordonner, à moins que
ne le requière une nécessité de l’Église ou
une coutume. En effet, il est alors reçu par dispense aux ordres
mineurs, mais non aux saints ordres. Premièrement, en raison de la
dignité de ces ordres. Deuxièmement, en raison de la crainte de
récidive. Troisièmement, pour éviter un scandale, qui
pourrait surgir dans le peuple en raison du souvenir de péchés
précédents. Quatrièmement, parce qu’il n’aurait
pas le front d’en corriger d’autres, alors que son
péché a été public. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16187] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 5 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod solemnis
poenitentia iterari non debet, propter tria. Primo ne ex iteratione vilescat.
Secundo propter significationem : quia est figura expulsionis hominis de
Paradiso, quae est semel tantum facta. Tertio, quia solemnizatio est quasi
quaedam professio perpetuo poenitentiam conservandi : et ideo iteratio solemnitati
resistit. Si tamen postmodum peccaverit, non clauditur ei locus
poenitentiae ; sed poenitentia solemnis iterum ei injungenda non est. |
La pénitence solennelle ne doit pas être
répétée pour trois raisons. Premièrement, afin de
ne pas être avilie par la répétition.
Deuxièmement, en raison de sa signification, car elle est la figure de
l’expulsion de l’homme du Paradis, qui n’est survenue
qu’une seule fois. Troisièmement, parce que la solennisation est
pour ainsi dire une profession de faire pénitence de manière
perpétuelle. Aussi la répétition s’oppose-t-elle
à la solennité. Toutefois, s’il péchait par la
suite, le lieu de la pénitence ne lui est pas fermé, mais une pénitence
solennelle ne doit pas lui être imposée. |
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[16188] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod in illis sacramentis in quibus solemnitas
iteratur, iteratio solemnitati non repugnat, ut est in proposito : et
ideo non est simile. |
1. Dans les sacrements où la solennité est
répétée, la répétition de la
solennité n’est pas inappropriée, comme c’est le
cas ici. Ce
n’est donc pas la même chose. |
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[16189] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis ratione criminis deberetur sibi eadem
poenitentia, tamen solemnitatis iteratio non competit propter praedictas
causas. |
2. Bien qu’en raison du crime, la même
pénitence devrait lui serait due, la répétition de la
solennité ne convient cependant pas pour les raisons
déjà données. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16190] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 1 a. 5 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod omnis solemnis
poenitentia est publica, sed non convertitur. Poenitentia enim solemnis hoc
modo fit. In capite Quadragesimae tales poenitentes praesentant se cum presbyteris
suis episcopo civitatis ante fores Ecclesiae, sacco induti, nudis pedibus,
vultibus demissis, coma deposita ; et eis in Ecclesia introductis episcopus
cum omni clero septem Psalmos poenitentiales dicit, et postmodum eis manum
imponit, aquam benedictam spargit, et cinerem capitibus imponit, Cilicio
colla eorum operit, et denuntiat eis lacrymabiliter, quod sicut Adam ejectus
est a Paradiso, ita ipsi de Ecclesia ejiciuntur ; et jubet ministris ut
eos ab Ecclesia pellant, clero eos sequente cum hoc responsorio : in
sudore vultus tui vesceris pane tuo et cetera. In coena autem domini
quolibet anno a suis presbyteris in Ecclesiam reducuntur, et erunt ibi usque
ad octavas Paschae ; ita tamen quod non communicabunt, nec pacem
accipient ; et sic fiat quolibet anno quousque aditus Ecclesiae est eis
interdictus. Ultima autem reconciliatio episcopo reservatur, ad quem solum
spectat solemnis poenitentiae impositio. Potest autem imponi viris et
mulieribus, sed non clericis propter scandalum. Non autem talis poenitentia
debet imponi nisi pro peccato quod totam commoverit urbem. Publica autem est et non solemnis, quae in facie
Ecclesiae fit, sed non cum solemnitate praedicta, sicut peregrinatio per
mundum cum baculo cubitali ; et haec potest iterari, et a simplici sacerdote
injungi ; et potest etiam clerico imponi. Quandoque tamen solemnis
ponitur pro publica ; et secundum hoc auctoritates quaedam varie
loquuntur de solemni. |
Toute pénitence solennelle est publique, mais on
ne peut pas dire l’inverse. En effet, la pénitence solennelle
s’accomplit de cette manière. Au début du carême,
ces pénitents se présentent avec leurs prêtres à
l’évêque de la cité, devant les portes de
l’église, revêtus d’un sac, pieds nus, le visage
tourné vers le bas, après s’être coupé les
cheveux. Une fois entrés dans l’église,
l’évêque et tout le clergé récite les sept
psaumes de la pénitence et leur impose ensuite la main, les asperge
d’eau bénite et dépose de la centre sur leur tête,
recouvre leurs épaules du cilice et leur déclare avec des larmes
que, de même que Adam a été chassé du Paradis, de
même sont-ils chassés de l’Église. Et il ordonne
aux ministres de les faire sortir de l’église, suivis du
clergé qui récite ce répons : Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front, etc. Chaque
année, le Jeudi saint, ils sont ramenés dans
l’église par leurs prêtres et ils y demeureront
jusqu’à l’octave de Pâques, de telle sorte cependant
qu’ils ne communient pas et ne reçoivent pas la paix. Et
l’on agit ainsi aussi longtemps que l’accès de
l’église leur est interdit. L’ultime réconciliation
est réservée à l’évêque, de qui
seulement relève l’imposition d’une pénitence
solennelle. Elle peut toutefois être imposée à des hommes
et à des femmes, mais non pas à des clercs par crainte du
scandale. Mais une telle pénitence ne doit être imposée
que pour un péché qui a bouleversé toute la ville. Une
[pénitence] est publique, mais non solennelle, lorsqu’elle est
accomplie au su de toute l’Église, mais non pas avec la
solennité indiquée plus haut, tel un pèlerinage de par
le monde avec un bâton d’une coudée, et celle-ci peut
être répétée et imposée par un simple
prêtre ; elle peut aussi être imposée à un
clerc. Cependant, on parle parfois de [pénitence] solennelle pour une
[pénitence] publique. En ce sens, certaines autorités parlent
de la [pénitence] solennelle de manière différente. |
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[16191] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod mulier habet comam in signum subjectionis, non
autem vir ; et ideo non competit ut in poenitentia mulieri coma
deponatur, sicut viro. |
1. La femme porte une chevelure en signe de soumission,
mais non l’homme. C’est pourquoi il ne convient pas que sa
chevelure soit enlevée à une femme pour une pénitence,
comme c’est le cas pour un homme. |
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[16192] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod licet in eodem genere peccati clericus plus peccet
quam laicus, tamen non injungitur ei poenitentia solemnis, ne ordo veniat in
contemptum ; unde non defertur personae, sed ordini. |
2. Bien qu’un clerc pèche davantage qu’un
laïc à l’intérieur du même genre de
péché, une pénitence solennelle ne lui est cependant pas
imposée de crainte que l’ordre ne vienne à être
méprisé. Aussi l’ordre a-t-il préséance sur
la personne. |
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[16193] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 1 a. 5 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod magna peccata indigent majori cautela ad sui
curationem ; et ideo injunctio poenitentiae solemnis, quae non nisi pro
gravissimis peccatis fit, soli episcopo reservatur. |
3. Les grands péchés demandent un plus
grand soin pour leur guérison. C’est pourquoi l’imposition
d’une pénitence solennelle, qui n’est accomplie que pour
les péchés les plus graves, est réservée au seul
évêque. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [L’effet de la pénitence] |
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Prooemium |
Prologue
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[16194]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 pr. Deinde
quaeritur de effectu poenitentiae ; et circa hoc quaeruntur
quinque : 1 utrum poenitentia peccata tollat ; 2 utrum virtutes
restituat ; 3 utrum opera praecedentia vivificet ; 4 utrum
praedicti effectus sint poenitentiae inquantum est virtus, vel inquantum est
sacramentum ; 5 utrum sine poenitentia possit pervenire aliquis peccator
ad salutem. |
Ensuite,
on s’interroge sur l’effet de la pénitence. À ce
propos, cinq questions sont posées : 1 – La
pénitence enlève-t-elle les péchés ? 2 – Redonne-t-elle les vertus ? 3 – Donnent-elle vie aux actes
précédents ? 4
– Les effets indiqués plus haut sont-ils ceux de la
pénitence comme vertu ou [de la pénitence] comme sacrement ? 5 – Un pécheur peut-il
parvenir au salut sans la pénitence ? |
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Articulus 1 [16195] Super
Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 tit. Utrum per poenitentiam semper
peccata tollantur |
Article 1 – Les péchés
sont-ils toujours enlevés par la pénitence ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Les
péchés sont-ils toujours enlevés par la pénitence
?]
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[16196] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur.
Videtur quod per poenitentiam non semper peccata tollantur. Hebr. 10,
26 : voluntarie enim peccantibus nobis post acceptam notitiam veritatis,
jam non relinquitur hostia pro peccato. Sed in poenitentia homo se offert
hostiam Deo. Psalm. 50, 19 : sacrificium Deo spiritus contribulatus.
Ergo poenitentia peccata eorum qui
prolapsi sunt post notitiam veritatis, non delet. |
1.
Il semble que les péchés ne soient pas toujours enlevés
par la pénitence. He 10, 26 : Car si nous péchons volontairement, après avoir
reçu la connaissance de la vérité, il n’y a plus
de sacrifices pour les péchés. Or, par la pénitence,
l’homme s’offre à Dieu comme sacrifice.
Ps 50, 19 : Le sacrifice
pour Dieu est un esprit brisé. La pénitence ne
détruit donc pas les péchés de ceux qui sont
tombés après avoir connu la vérité. |
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[16197] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Hebr. 12, super
illud : non invenit poenitentiae locum, inquit Glossa interlineali :
idest, veniae locum et benedictionis per poenitentiam. Ergo poenitentia non
semper tollit praeterita peccata. |
2. À propos de He 12 : Il n’a pas trouvé de lieu de
pénitence, la glose interlinéaire dit : « C’est-à-dire,
de lieu de pardon et de bénédiction par la pénitence. »
La
pénitence n’enlève donc pas toujours les
péchés passés. |
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[16198] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, 2 Machab. 9, 13, dicitur de Antiocho : Orabat
scelestus Deum, a quo non esset misericordiam consecuturus. Ergo cum ipse poeniteret
de malis commissis, videtur quod non semper poenitentia peccata praecedentia
deleat. |
3. En 2 M 9, 13, il est dit, à
propos d’Antiochus : Le
scélérat priait Dieu, dont il ne devait pas obtenir
miséricorde. Puisqu’il se repentait de péchés
commis, il semble que la pénitence ne détuit pas toujours les
péchés précédents. |
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[16199] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 4 Praeterea, peccatum commissum est quodammodo infinitum, inquantum
est offensa Dei. Sed actus nostri sunt finiti. Cum ergo finitum non possit in infinitum,
videtur quod poenitentia non possit delere peccatum commissum. |
4. Le péché commis est d’une certaine
manière infini, pour autant qu’il est une offense à Dieu.
Or, nos actes sont finis. Puisque ce qui est fini ne peut accomplir quelque
chose d’infini, il semble donc que la pénitence ne puisse
détruire le péché commis. |
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[16200] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, Lucae 5, 32 : non veni vocare
justos, sed peccatores ad poenitentiam. Sed inutilis esset ista vocatio
poenitentibus, nisi veniam de peccato largiretur. Ergo poenitentia peccata
delet. |
Cependant, [1] Lc 5, 32 : Je ne suis pas venu appeler les justes à la pénitence,
mais les pécheurs. Or, cet appel serait inutile pour les
pénitents, s’il n’accordait pas le pardon du
péché. La pénitence détruit donc les péchés. |
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[16201] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, major est misericordia Dei quam iniquitas
hominis ; unde reprehenditur ille qui dixit : major est
iniquitas mea quam ut veniam merear. Sed poenitentia misericordiae Dei
innititur. Ergo omnia peccata, quantacumque sint, delet. |
[2] La miséricorde de Dieu est plus grande que l’iniquité
de l’homme. Aussi est-il repris celui qui dit : Ma faute est trop grande pour que je
mérite le pardon (Gn 4, 13). Or, la pénitence s’appuie
sur la miséricorde de Dieu. Elle détruit donc tous les
péchés, aussi grands soient-ils. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La pénitence détruit-elle totalement la culpabilité ?] |
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[16202] Super Sent., lib. 4 d. 14
q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam totaliter reatum tollat.
Bonum enim est efficacius ad agendum quam malum, quia malum non agit nisi in
virtute boni, ut Dionysius dicit. Sed per
unum actum peccati homo et culpam et reatum incurrit. Ergo et per actum
contritionis et a culpa et a reatu absolvitur. |
1. Il semble qu’elle ne détruise pas
totalement la faute. En effet, le bien est plus efficace pour agir que le
mal, car le mal n’agit qu’en vertu du bien, comme le dit Denys.
Or, par un seul acte de péché, l’homme encourt une faute
et la culpabilité. Par un acte de contrition, il est donc absous de la
faute et de la culpabilité. |
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[16203] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, Deus non plus exigit in poena quam erat in culpa. Sed
major dolor est in contritione de peccato quam fuerit in peccando
delectatio : quia quantitas doloris de peccato est secundum quantitatem
amoris Dei, qui est major quam omnis cupiditas rei temporalis, ut dicit
Glossa super illud Psalm. 118 : dilexi mandata tua super aurum et
topazion. Ergo non exigit pro peccato aliam poenam quam illam quae est in
contritione ; et sic poenitentia a toto reatu absolvit. |
2. Dieu n’exige pas une peine plus grande que la
faute. Or, la douleur de la contrition pour le péché qui a eu
lieu est plus grande que le plaisir du péché, car la
quantité de la douleur pour le péché est proportionnelle
à l’amour de Dieu, [amour] qui est plus grand que tout
désir d’une chose temporelle, comme le dit la Glose à
propos de Ps 118 : J’ai
aimé tes commandements plus que l’or et la pierre
précieuse. [Dieu] n’exige donc pas pour le
péché une autre peine que celle qui existe dans la contrition ;
ainsi, la pénitence remet-elle toute la culpabilité. |
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[16204] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, magis valet ad removendum peccatum poena propria adjuncta
alienae, quam aliena poena tantum. Sed in Baptismo non est aliqua poena
propria, sed tantum virtute poenae Christi omnia peccata delet et quantum ad
culpam et quantum ad reatum. Ergo et poenitentia, in qua cum poena Christi
adjungitur poena propria, totus reatus auferri debet. |
3. Une peine personnelle ajoutée à celle d’un
autre contribue davantage à l’enlèvement du
péché que la peine d’un autre seulement. Or, dans le
baptême, il n’y a pas de peine personnelle, mais il
détruit tous les péchés pour la faute comme pour la culpabilité
en vertu de la seule peine du Christ. La pénitence aussi, dans
laquelle une peine personnelle est associée à la peine du
Christ, doit donc enlever complètement la culpabilité. |
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[16205] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, poena non injungitur nisi ei qui est
debitor poenae. Sed poenitenti injungitur poena aliqua satisfactoria. Ergo
adhuc est debitor poenae ; et sic non est a toto reatu per poenitentiam
liberatus. |
Cependant, [1] la peine n’est associée qu’à
celui qui est débiteur de la peine. Or, une peine satisfactoire est
imposée au pénitent. Il est donc encore débiteur d’une
peine. Il n’est donc pas ainsi libéré par la
pénitence de toute sa culpabilité. |
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[16206] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, per poenitentiam non aufertur illud quod est
expedimentum ad profectum. Sed poena remanens satisfactoria est ad profectum
virtutum. Ergo per poenitentiam non tollitur. |
[2] N’est pas enlevé par la pénitence
ce qui contribue au progrès. Or, la peine satisfactoire qui demeure
existe en vue du progrès des vertus. Elle n’est donc pas
enlevée par la pénitence. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les restes du péché actuel sont-ils enlevés par la pénitence ?] |
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[16207] Super Sent., lib. 4 d. 14
q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod per poenitentiam etiam reliquiae
peccati actualis tollantur, sicut pronitas ad malum, habitudo, et hujusmodi.
Quia in generatione naturali non solum tollitur forma contraria, sed etiam
dispositiones ad formam illam. Sed gratia quae per poenitentiam datur, est
potentior quam forma naturalis. Ergo non solum tollit culpam, sed etiam
hujusmodi reliquias, quae sunt dispositio ad culpam. |
1. Il semble que les restes du péché actuel
soient enlevés par la pénitence, telles l’inclination au
mal, l’habitude et les choses de ce genre, car, dans la
génération naturelle, non seulement la forme contraire est-elle
enlevée, mais aussi les dispositions à cette forme. Or, la
grâce qui est donnée par la pénitence est plus puissante
qu’une forme naturelle. Elle n’enlève donc pas seulement
la faute, mais aussi les restes [du péché actuel], qui sont une
disposition à la faute. |
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[16208] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, sicut gratia
est in essentia animae, ita virtus in potentia. Sed poenitentia restituit
gratiam et virtutes, ut dicitur. Ergo sicut per gratiam aufert culpam ab
anima ipsa, ita et per virtutes aufert reliquias a potentiis. |
2. De même que la grâce existe dans l’essence
de l’âme, de même la vertu [existe-t-elle] dans une
puissance. Or, la pénitence a rendu la grâce et les vertus,
comme on dit. De même qu’elle enlève la faute de l’âme
elle-même, de même aussi enlève-t-elle donc les restes [du
péché] dans les puissances. |
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[16209] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, Baptismus est efficacior ad removendum
peccatum quam poenitentia. Sed Baptismus non removet peccati reliquias. Ergo nec
poenitentia. |
Cependant, le baptême est plus efficace que la
pénitence pour enlever le péché. Or, le baptême n’enlève
pas les restes du péché. Donc, ni la pénitence. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16210] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
poenitentia potest considerari inquantum est sacramentum, et inquantum est
virtus ; et utroque modo ad remissionem peccatorum aliquo modo operatur.
Secundum enim quod est novae legis sacramentum, gratia in ea datur ad
defectum illum sanandum contra quem inducta est, scilicet ad dimissionem culpae
actualis. Operatur etiam ad dimissionem peccati, inquantum est virtus,
speciali modo prae aliis virtutibus. Quia secundum omnem virtutem formatam ex
parte habitus peccata dimittuntur ratione gratiae, quae cum ea
infunditur ; sed hoc est formaliter remittere : sed poenitentia ex
ratione sui actus habet quod per eam peccata dimittantur, secundum quod
peccata commissa sunt materia actus ejus. Cum enim peccatum ex hoc remitti
dicatur vel retineri, quod habet rationem offensae ; illud quod offensam
aufert, peccatum tollit. Cum autem offensa, inquantum hujusmodi, sit
inaequalitas quaedam, qua unus alii subtraxit quod debitum erat, actu illius
virtutis peccatum remittitur quae inaequalitatem praedictam ad aequalitatem
reducit. Hoc autem facit poenitentia, ut
ex dictis patet, quae in recompensatione divinae offensae spiritum Deo
contribulatum offert ; et ideo poenitentiae etiam ex parte actus sui
competit peccatum tollere ; et hoc est efficienter, et non solum
formaliter, per poenitentiam peccata dimitti. |
La pénitence peut être envisagée
comme un sacrement ou comme une vertu, et elle agit d’une certaine
manière des deux façons pour la rémission des
péchés. En effet, selon qu’elle est un sacrement de la
loi nouvelle, la grâce est donnée par elle pour guérir la
carence pour laquelle il a été introduit, à savoir, pour
remettre la faute actuelle. [La pénitence] agit aussi pour remettre le
péché en tant qu’elle est une vertu, d’une
manière particulière plus que d’autres vertus. En effet,
pour toute vertu formée du point de vue de l’habitus, les
péchés sont remis en raison de la grâce qui est
infusée avec elle ; c’est là remettre de
manière formelle. Mais la pénitence, en raison de son acte, a
ceci de particulier que les péchés sont remis par elle selon
que les péchés commis sont la matière de son acte. En
effet, puisqu’on dit que le péché est remis ou retenu du
fait qu’il a raison d’offense, ce qui enlève
l’offense enlève le péché. Or, psuique
l’offense, en tant que telle, est une certaine inégalité,
par laquelle quelqu’un enlève à un autre ce qui lui est
dû, le péché est remis par l’acte de cette vertu
qui ramène l’inégalité en question à
l’égalité. Or, c’est cela que fait la
pénitence, comme cela ressort de ce qui a été dit :
en compensation pour l’offense faite à Dieu, elle offre à
Dieu un esprit brisé. C’est pourquoi il revient aussi à
la pénitence d’enlever le péché du point de vue de
son acte. C’est là enlever les péchés par la
pénitence de manière efficiente, et non seulement formelle. |
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[16211] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod apostolus loquitur ibi de hostia quae
universaliter pro peccatis totius mundi oblata est, scilicet Christo, quae
est unica et singularis ; nec iterum pro peccatis delendis offertur, sed
unica sua oblatione valet ad hoc quod per poenitentiam, et alia sacramenta
omnia peccata possint dimitti. |
1. L’Apôtre parle là du sacrifice qui
a été universellement offert pour les péchés du
monde entier par le Christ, [sacrifice] qui est unique et singulier. Il n’est
pas offert de nouveau pour détruire les péchés, mais,
par sa seule offrande, il fait en sorte que, par la pénitence et tous
les autres sacrements, les péchés peuvent être remis. |
|
[16212] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod ideo Esau, de quo apostolus loquitur, locum veniae
non invenit, quia non vere poenituit, etsi lacrymas exterius emiserit :
quod patet ex hoc quod dixit : venient dies luctus patris mei, et
occidam Jacob fratrem meum. |
2. Esaü, dont parle l’Apôtre, n’a
pas trouvé un lieu de pardon parce qu’il ne s’était
pas vraiment repenti, même s’il avait pleuré
extérieurement. Cela ressort du fait qu’il disait : Des jours de deuil atteindront mon
père, et je tuerai Jacob, mon frère. |
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[16213] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 3 Et
similiter dicendum, ad tertium de Antiocho, qui vere non poenituit interius,
quamvis exterius verba poenitentiae proferret magis propter infirmitatem
corporis quam propter offensam Dei vitandam. |
3. Il faut dire la même chose à propos d’Antiochus,
qui n’avait pas de vrai repentir intérieur, bien qu’il ait
exprimé extérieurement des paroles de pénitence pour
éviter la la maladie corporelle plutôt que l’offense
envers Dieu. |
|
[16214] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod offensa infinita est ex parte aversionis, sed non ex
parte conversionis ; et similiter etiam actus poenitentiae habet
infinitatem ex parte gratiae, quae est Dei similitudo, et in virtute divinae
misericordiae operans, quae infinita est, quamvis ex parte actus nostri sit
finita. Habet etiam efficaciam ex virtute passionis Christi, quae infiniti valoris
quodammodo est, inquantum fuit passio Dei et hominis. |
4. L’offense infinie se prend du point de l’aversion,
mais non du point de vue de la conversion ; de même, l’acte
de pénitence possède-t-il une infinité du point de vue
de la grâce, qui est une similitude de Dieu, et il agit avec la
puissance de la miséricorde divine, qui est infinie, bien que, du
côté de notre acte, il soit fini. Il possède aussi une
efficacité en vertu de la passion du Christ, qui a, d’une
certaine manière, une valeur infinie en tant qu’elle a
été la passion d’un Dieu et homme. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16215] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod secundum
philosophum in 5 Ethic., tam justitia quam amicitia in aequalitate quadam
consistit. Qui ergo aliquem offendit, contra aequalitatem amicitiae peccat,
inquantum affectum debitum non impendit ; et contra aequalitatem
justitiae, inquantum rem debitam subtrahit. Et sicut haec duo in offensa
quandoque dividuntur, ita etiam in recompensatione separantur ; sicut
quando poena per violentiam offendenti infertur, fit recompensatio quantum ad
justitiam, sed non quantum ad amicitiam. Similiter
quando offendens offensum verbis placat, nondum re subtracta restituta, fit
recompensatio amicitiae, sed non justitiae. Peccator ergo per effectum
peccati amicitiam Dei violavit, et per inobedientiam divinae legis honorem
debitum Deo subtraxit ; et ex primo amittit gratiam et incurrit
offensam ; ex secundo meretur poenam, ut ab eo qui per inobedientiam
subtraxit, subtrahatur per poenam ; et hoc poenae meritum reatus
dicitur ; et ideo per poenitentiam, qua homo se Deo supponit, peccata
praeterita detestando cum emendationis proposito, remittitur quidem peccatum
quantum ad offensam, sed non oportet quod remittatur quantum ad totum reatum
nisi poena jam soluta ; et sic per poenitentiam non simul cum culpae
dimissione totus etiam reatus dimittitur. |
Selon le Philosophe, dans Éthique, V, tant la justice que l’amitié
consistent dans une certaine égalité. Celui donc qui offense
quelqu’un pèche contre l’égalité de
l’amitié pour autant qu’il ne manifeste pas
l’affection qui est due ; et [il pèche] contre la justice
pour autant qu’il enlève quelque chose qui est dû. De
même que ces deux choses sont parfois divisées dans
l’offense, de même aussi sont-elles séparées dans
la compensation, comme lorsqu’une peine est portée contre celui
qui offense de manière violente, compensation est faite pour ce qui
concerne la justice, mais non pour ce qui est de l’amitié. De la
même manière, lorsque celui qui offense apaise par des paroles
celui qui est offensé, sans avoir restitué la chose
enlevée, compensation est faite selon l’amitié, mais non
selon la justice. Le pécheur a donc violé l’amitié
de Dieu par l’effet du péché et a enlevé
l’honneur dû à Dieu en désobéissant à
la loi divine : en vertu du premier point, il perd la grâce et
encourt l’offense ; en vertu du second, il mérite une
peine, en vertu de laquelle ce qu’il a enlevé en
désobéissant lui est enlevé par une peine. C’est
ce mérite d’une peine qu’on appelle la dette [reatus]. Ainsi, par la
pénitence par laquelle l’homme s’est soumis à Dieu,
le péché est remis pour ce qui est de l’offense par la
détestation des péchés passés et le propos de se
corriger, mais il n’est pas nécessaire qu’il soit entièrement
remis quant à la dette, à moins que la peine n’ait
été accomplie. Et ainsi, par la pénitence, la dette
n’est pas entièrement remise en même temps que la faute. |
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[16216] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut quod est perfectum, est efficacius ad
agendum quam imperfectum ; ita quod est perfectum, est difficilius ad
fiendum ; unde sicut bonum est efficacius ad agendum quam malum, ita
difficilius est ad constituendum quam malum. In hoc ergo efficacior apparet
actio boni quam actio mali, quod actio mali nunquam terminatur ad malum quod
non habet admixtum bonum ; sed actio boni terminatur ad bonum quandoque
cui non admiscetur malum. Non tamen oportet quod, si aliquod malum per unum
actum malum incurritur, per unum actum bonum opposita bona reparentur. |
1. De même que ce qui est parfait est plus efficace
pour agir que ce qui est imparfait, de même ce qui est parfait est-il
plus difficile à réaliser. De même que le bien est plus
efficace pour agir que le mal, de même est-il donc plus difficile
à réaliser que le mal. L’action du bien se montre donc
plus efficace en ceci que l’action du mal n’a jamais son terme
dans un mal qui ne soit pas mélangé de bien ; mais l’action
du bien a parfois son terme dans un bien auquel n’est pas mélangé
de mal. Il n’est cependant pas nécessaire que si un mal est
encouru par un seul acte mauvais, les biens opposés soient
rétablis par un seul acte bon. |
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[16217] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod secundum philosophum in 5 Ethic., in recompensatione
injuriae justitia commutativa non semper aequalem quantitatem absolute in
poena infert ei qui in culpa fuit ; non enim si aliquis percussit
principem, oportet ipsum solum repercuti, sed etiam gravius puniri. Infert tamen
aequalem poenam habita prius comparatione ad personam in quam culpa commissa
fuit. Et ideo, cum per poenitentiam homo de seipso justitiam Deo faciat, non
sufficit tantus dolor in poenitentia quanta fuit delectatio in culpa ;
quia illa delectatio in injuriam Dei fuit, inquantum Deo praetermisso homo
delectationi se subdidit ad peccandum. |
2. Selon le Philosophe, dans Éthique, V, la justice commutative n’impose pas
toujours à celui qui est en faute, comme compensation du
préjudice, une peine de quantité absolument égale. En
effet, si quelqu’un a frappé un dirigeant, il ne faut pas qu’il
soit seulement frappé en retour, mais qu’il soit aussi plus
gravememnt puni. Toutefois, on inflige une peine égale, compte tenu de
la personne envers laquelle l’offense a été commise.
Ainsi, puisque, par la pénitence, l’homme rend de lui-même
justice à Dieu, une douleur équivalente au plaisir de la faute
ne suffit pas, car ce plaisir a eu lieu au préjudice de Dieu, pour
autant que, mettant Dieu de côté, l’homme s’est
soumis au plaisir en péchant. |
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[16218] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod Baptismus est spiritualis regeneratio ; et quia
non potest esse generatio unius nisi per corruptionem alterius, ideo oportet
quod in Baptismo quidquid ad praecedentem vitam pertinebat, totum aboleatur,
scilicet et culpa et reatus, nisi sit defectus ex parte recipientis. Sed
poenitentia non est regeneratio, sed magis reparatio vitae prius
habitae ; et ideo non est similis ratio. |
3. Le baptême est une regénération
spirituelle. Et parce qu’il ne peut y avoir de génération
de l’un sans corruption d’un autre, il faut donc que, dans le
baptême, tout ce qui se rapportait à la vie
précédente soit totalement aboli, à savoir, la faute et
la dette, à moins qu’il n’y ait une carence du point de
vue de celui qui le reçoit. Mais la pénitence n’est pas
une regénération, mais plutôt un rétablissement de
la vie possédée précédemment. Le raisonnement n’est
donc pas le même. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16219] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod sicut
poenitentia non tollit totaliter reatum per quemlibet actum primum, sed tunc
tollit quando ad perfectum perducitur secundum omnes poenitentiae
partes ; ita etiam non oportet quod per primum poenitentiae actum omnes
defectus ex peccato actuali consecuti, qui dicuntur reliquiae,
reparentur ; sed poenitentia jam perfecta quantum ad omnes sui partes,
reliquiae etiam tolluntur peccati actualis. |
De même que la pénitence
n’enlève pas totalement la dette par n’importe quel acte
fait en premier, mais l’enlève lorsqu’elle est
achevée selon toutes les parties de la pénitence, de même
aussi n’est-il pas nécessaire que toutes les carences encourues
par le péché actuel, qu’on appelle les restes [du
péché], soient réparées par le premier acte de la
pénitence. Mais, une fois achevée la pénitence en toutes
ses parties, les restes du péché actuel sont aussi
enlevés. |
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[16220] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod poenitentia non comparatur generationi, sed magis
sanationi ; quia per poenitentiam homini non datur nova vita, sed in
pristinam vitam reparatur. In sanatione autem hoc videmus accidere, quod
sanitate restituta adhuc reliquiae aliquae morbi manent ante perfectae
sanitatis restitutionem ; ita etiam ante completam poenitentiam
reliquiae actualis peccati manent. |
1. La pénitence ne se compare pas à la
génération, mais plutôt à une guérison, car,
par la pénitence, n’est pas donnée à l’homme
une nouvelle vie, mais il est rétabli dans la vie antérieure. Or,
dans la guérison, nous voyons qu’il arrive que, une fois la
santé revenue, certains restes de la maladie demeurent avant le
rétablissement parfait de la santé. De même aussi, avant
l’achèvement de la pénitence, des restes du
péché actuel demeurent. |
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[16221] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod peccatum per actum potentiarum commissum est ;
et ideo in ipsis potentiis praeter privationem virtutum alii etiam defectus
ex peccato causantur, sed non in essentia animae, praeter defectum
gratiae ; et ideo non oportet quod si per adventum gratiae ad essentiam
animae, macula, quae nihil aliud erat quam gratiae privatio, tollitur, etiam
a potentiis omnes alii defectus tollantur. |
2. Le péché a été commis par
un acte des puissances. C’est pourquoi, d’autres carences sont
aussi causées dans les puissances elles-mêmes en plus de la
privation des vertus, mais non dans l’essence de l’âme, en
plus de la carence de la grâce. C’est pourquoi il n’est pas
nécessaire que si la souillure, qui n’était rien d’autre
que la privation de la grâce, est enlevée par l’arrivée
de la grâce dans l’essence de l’âme, toutes les
carences soient aussi enlevées des puissances. |
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Articulus 2 [16222] Super
Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 tit. Utrum per poenitentiam virtutes
restituantur |
Article 2 – Les vertus sont-elles rendues par la pénitence ? |
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[16223] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 2 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod per
poenitentiam virtutes non restituantur. Virtutes enim de quibus loquimur, non
causantur ex actibus nostris ; quia secundum Augustinum, Deus eas in
nobis sine nobis operatur. Sed poenitentia in actu nostro consistit. Ergo per
poenitentiam virtutes non restituuntur. |
Objections – [Les vertus sont-elles rendues par la pénitence ?]1. Il semble que les vertus ne soient pas rendues par la pénitence. En effet, les vertus dont nous parlons ne sont pas causées par nos actes, car, selon Augustin, Dieu les réalise en nous sans nous. Or, la pénitence consiste dans un acte de notre part. Les vertus ne sont donc pas rendues par la pénitence. |
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[16224] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 arg. 2 Praeterea,
nihil restituit virtutem nisi quod est causa virtutis, sicut restituentia
sanitatem sunt causa sanitatis. Sed poenitentia non est causa omnium aliarum
virtutum ; alias esset nobilior aliis virtutibus, quia causa praeeminet
effectui. Ergo poenitentia non restituit virtutes. |
2. Rien ne rend la vertu que ce qui est cause de la
vertu, comme ce qui rend la santé est cause de la santé. Or, la
pénitence n’est pas cause de toutes les autres vertus, autrement
elle serait plus noble que les autres vertus, puisque la cause l’emporte
sur l’effet. La pénitence ne rend donc pas les vertus. |
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[16225] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 arg. 3 Praeterea,
quod non est, non potest aliquid restituere ; et quod habetur, non
potest restitui, sicut neque quod est, fieri. Sed poenitentia non prius quam
omnes virtutes habetur, quia omnes virtutes simul infunduntur. Ergo non
potest poenitentia virtutes restituere. |
3. Ce qui n’existe pas ne peut rendre quelque chose
et ce qui est possédé ne peut être rendu, pas davantage
que ce qui n’est pas peut devenir. Or, la pénitence n’est
pas possédée avant toutes les vertus, car toutes les vertus
sont infusées en même temps. La pénitence ne peut donc
pas rendre les vertus. |
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[16226] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 arg. 4 Praeterea,
habitus virtutis non manet cum habitu vitii ; quia contraria non sunt
simul in eodem. Sed post contritionem adhuc manet habitus vitii, quod patet
ex inclinatione ad pristinos actus. Ergo poenitentia non statim omnes
virtutes restituit. |
4. L’habitus d’une vertu ne demeure pas en
même temps que l’habitus d’un vice, car les contraires n’existent
pas en même temps chez le même. Or, après la contrition, l’habitus
du vice demeure, ce qui ressort de l’inclination aux actes
antérieurs. La pénitence ne rend donc pas immédiatement
toutes les vertus. |
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[16227] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 arg. 5 Praeterea,
nullus habet virtutem nisi qui sine difficultate et cum delectatione operatur
ea quae sunt virtutis. Sed post primam contritionem etiamsi sit vera, adhuc
remanet difficultas ad opera virtutis agenda. Ergo virtutes per primum actum
poenitentiae non restituuntur. |
5. Personne ne possède une vertu que celui qui
accomplit ce qui relève de cette vertu sans difficulté et avec
plaisir. Or, après la première contrition, même si elle
est véritable, demeure encore une difficulté à accomplir
les actes d’une vertu. Les vertus ne sont donc pas rendues par le
premier acte de la pénitence. |
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[16228]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 s. c. 1 Sed contra est quod Ambrosius dicit, quod poenitentia
res optima est, quae omnes defectus revocat ad perfectum. Sed hoc non esset,
nisi virtutes amissas restitueret. Ergo per poenitentiam virtutes
restituuntur. |
Cependant, [1] Ambroise dit que la pénitence est la plus
grande chose, qui ramène toutes les carences à la perfection. Or,
ce ne serait pas le cas si elle ne rendait pas les vertus perdues. Les vertus
sont donc rendues par la pénitence. |
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[16229] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 s. c. 2 Praeterea,
effectus poenitentiae est justificatio, ut infra dicetur. Sed justitia generalis,
ex qua aliquis justificari dicitur, omnes virtutes includit, ut dicit Glossa
super illud Psalm. 118 : feci judicium et justitiam. Ergo omnes
virtutes per poenitentiam restaurantur. |
[2] L’effet de la pénitence est la
justification, comme on le dira plus loin. Or, la justice
générale, par laquelle on dit que quelqu’un est
justifié, inclut toutes les vertus, comme le dit la Glose sur le
Ps 118 : J’ai rendu le
jugement et la justice. Toutes les vertus sont donc rétablies par la
pénitence. |
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[16230] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 s. c. 3 Praeterea, non
remittitur peccatum sine gratia. Sed per poenitentiam peccatum dimittitur.
Ergo gratia restituitur. Sed simul cum gratia omnes virtutes infunduntur. Ergo poenitentia omnes virtutes restituit. |
[3] Le péché n’est pas remis sans la
grâce. Or, le péché est remis par la pénitence. La
grâce est donc rendue. Or, toutes les vertus sont infusées en
même temps que la grâce. La pénitence rend donc
toutes les vertus. |
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[16231] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 co. Respondeo dicendum,
quod gratia et virtutes in anima causantur ex influentia divini luminis ;
quae quidem influentia impeditur per peccatum, quod animam a Deo avertit,
sicut nubes interposita inter nos et solem, radium ejus a nobis prohibet. Unde dicitur Isaiae 59, 2 : peccata nostra
diviserunt inter nos et Deum nostrum. Et quia per poenitentiam peccata
dimittuntur, ut dictum est, in primo poenitentiae actu quantum ad
offensam ; ideo sicut ventus auferens nubem, nobis lumen solis
restituit, ita poenitentia tamquam removens prohibens, gratiam gratum
facientem et omnes virtutes nobis restituit. |
Réponse La grâce et les vertus sont causées dans
l’âme par l’influence de la lumière divine,
influence qui est empêchée par le péché qui
détourne l’âme de Dieu, comme le nuage qui
s’interpose entre nous et le soleil nous empêche de recevoir son
rayonnement. Aussi est-il dit en Is 59, 2 : Nos péchés ont mis une division
entre nous et notre Dieu. Et, comme on l’a dit, par la
pénitence, les péchés sont remis par le premier acte de
pénitence pour ce qui est de l’offense. De même donc que
le vent, en enlevant le nuage, nous rend la lumière du soleil, de
même la pénitence nous rend-elle la grâce sanctifiante
[gratiam gratum facientem] et toutes les vertus en enlevant un obstacle. |
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[16232]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod solus Deus est per se
causa gratiae et virtutum infusarum in nobis ; sed nihil prohibet etiam
actus nostros esse causas per accidens, sicut removens prohibens, sicut sunt causae
etiam gratiae baptismalis, inquantum prohibent fictionem ; et hoc modo
per poenitentiam virtutes restituuntur. |
Solutions 1. Dieu seul est par lui-même cause de la
grâce et des vertus infuses en nous ; mais rien
n’empêche que nos actes soient aussi causes par accident, en
enlevant un obstacle, comme ils sont aussi causes de la grâce
baptismale, pour autant qu’ils empêchent la feinte. De cette
manière, les vertus sont rendues par la pénitence. |
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[16233] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod causa per accidens non oportet quod sit nobilior
effectu, sed solum causa per se. Poenitentiam autem causam per accidens posuimus
virtutum, per hoc quod est removens prohibens, scilicet peccata. |
2. Il n’est pas nécessaire qu’une
cause par accident soit plus noble que l’effet, mais seulement la cause
par soi. Or, nous avons affirmé que la pénitence est cause par
accident du fait qu’elle enlève un obstacle, à savoir,
les péchés. |
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[16234] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod sicut in eodem instanti in quo obstaculum luminis
primo remotum est, lumen consequitur, et tamen remotio obstaculi est causa
illuminationis ; ita in eodem instanti in quo est actus poenitentiae,
peccatum aufertur, et virtus restituitur ; et tamen nihil prohibet per
poenitentiam virtutes restitui. |
3. De même que, dans le même instant
où l’obstacle à la lumière a été d’abord
enlevé, la lumière a suivi, et que l’enlèvement de
l’obstacle est pourtant cause de la clarté, de même, dans
le même instant où existe un acte de pénitence, le
péché est enlevé et la vertu est rétablie.
Cependant, rien n’empêche que les vertus soient rétablies
par la pénitence. |
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[16235] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod, sicut in 3 Lib., dist. 33, qu. 1,
art. 2, quaestiunc. 4, dictum est, virtus infusa et acquisita non sunt
ejusdem speciei : unde cum habitus ex frequentia operum peccati
generatus virtuti acquisitae contrarius sit, non contrariatur directe virtuti
infusae, quae habet oppositionem ad peccatum ex parte illa qua est offensa
Dei ; unde non oportet quod statim virtutibus infusis restitutis,
habitus vitiOrum totaliter tollantur, quamvis impediantur, et etiam diminuantur. |
4. On a dit, dans le livre III, d. 33, q. 1, a. 2,
qa 4, que la vertu infuse et [la vertu] acquise ne sont pas de la même
espèce. Puisque l’habitus engendré par la
fréquence des actes de péché est contraire à la
vertu acquise, il ne s’oppose pas directement à la vertu infuse,
qui s’oppose au péché sous son aspect d’offense
à Dieu. Il n’est donc pas nécessaire que, dès que
les vertus infuses sont rétablies, les habitus des vices soient
entièrement enlevés, bien qu’ils soient
empêchés et aussi diminués. |
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[16236] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod facilitas operandi opera virtutum potest esse ex
duobus ; scilicet ex consuetudine praecedente ; et hanc facilitatem
non tribuit virtus infusa statim in sui principio : et iterum ex forti
inhaesione ad objectum virtutis ; et hanc est invenire in virtute infusa
statim in sui principio. |
5. La facilité d’accomplir les actes des
vertus vient de deux choses : de la coutume qui précède,
et la vertu infuse ne donne pas cette facilité dès le
début ; et aussi d’un fort attachement à l’objet
de la vertu, et celui-ci se trouve dans la vertu infuse dès le
début. |
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Articulus 3 [16237] Super
Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 tit. Utrum per poenitentiam etiam
bona opera in statu peccati mortalis facta ad vitam reputentur |
Article 3 – Les actes bons posés en état de péché mortel sont-ils aussi comptés pour la vie ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Les actes bons d’abord posés en
état de péché mortel sont-ils aussi comptés pour
de la vie ?]
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[16238] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur.
Videtur quod per poenitentiam etiam bona opera prius in statu peccati
mortalis facta ad vitam reputentur. Dicit enim Adamantius, supra Josue :
sunt in Ecclesia credentes quidam, et acquiescentes divinis praeceptis,
erga servos Dei religiosi et officiosi, et ad ornatum Ecclesiae vel ministerium
satis prompti ; sed in conversatione propria obscoenis vitiis involuti,
nec omnino deponentes veterem hominem cum actibus suis, nihil adhibent
emendationis morum et innovationis. In istis ergo Christus salutem
concedit ; sed quamdam insaniae notam non evadent. Sed magis videtur
quod eis qui per poenitentiam emendationem adhibent, illa opera bona valeant
ad salutem. Ergo poenitentia opera sine caritate facta vivificat ad salutem. |
1.
Il semble que les actes bons d’abord posés en état de
péché mortel soient comptés pour la vie. En effet,
Adamantius dit, à propos de Josué : « Il y a
dans l’Église certains croyants, qui acceptent les commandements
divins, se montrent diligents et serviables envers les serviteurs de Dieu et
assez empressés pour l’embellissement ou le service de
l’Église, mais qui, impliqués par leur conduite dans des
vices affreux et ne dépouillant pas le vieil homme dans leurs actes,
ne montrent aucune correction ni renouvellement de leur comportement. Le
Christ leur a donc concédé le salut, mais ils
n’échapperont pas à une trace de folie. » Or,
il semble plutôt que ces actes bons favorisent le salut chez ceux qui
paraissent se corriger par la pénitence. La pénitence vivifie
donc en vue du salut les actes accomplis sans la charité. |
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[16239] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, plus appropinquat caritati et gratiae bonum ex genere et
bonum virtutis moralis, quam bonum naturale. Sed gratia sequens per
poenitentiam restituta, naturalia perficit, et secundum quosdam ipsa
naturalia gratuita fiunt. Ergo multo fortius bona ex genere, vel ex
circumstantia, aut etiam actus virtutis acquisitae, sine caritate facta, per
poenitentiam vivificantur, ut prosint ad vitam. |
2. Ce qui est bon par son genre et le bien de la vertu se
rapprochent davantage de la charité et de la grâce que le bien
naturel. Or, la grâce subséquente rendue par la pénitence
perfectionne ce qui est naturel et, selon certains, ce qui est naturel
devient lui-même objet de grâce. À bien plus forte raison,
ce qui est bien par son genre, par une circonstance, ou même l’acte
d’une vertu acquise, accompli sans la charité, est-il rendu
à la vie par la pénitence afin d’être utile pour la
vie. |
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[16240] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, remota causa,
removetur effectus. Sed causa quare illa opera non valeant ad vitam erat
caritatis defectus et gratiae. Ergo cum poenitentia caritatem et gratiam et
omnes virtutes restituat, etiam opera bona sine caritate facta vivificabit. |
3. Une fois la cause enlevée, les effets sont
enlevés. Or, la cause pour laquelle ces actes n’ont pas de
valeur pour la vie était le défaut de charité et de
grâce. Puisque la pénitence rend la charité et la
grâce, ainsi que toutes les vertus, elle vivifiera donc même les
actes bons accomplis sans charité. |
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[16241] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, ante vivum non generatur aliquid vivum, vel
habens potentiam ad vitam. Sed homo sine caritate non vivit spirituali vita.
Ergo non potest aliquod opus facere spiritualiter vivum ; sed est
mortuum, non habens potentiam ad vitam ; et ita non est vivificabile. |
Cependant, [1] avant ce qui est vivant, quelque chose de vivant ou
qui est en puissance à la vie n’est pas engendré. Or, l’homme
sans la charité ne vit pas d’une vie spirituelle. Il ne peut
donc accomplir un acte spirituellement vivant, mais celui-ci est mort et n’a
pas de puissance pour la vie. Il ne peut donc pas être rendu vivant. |
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[16242] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, omnia
vivificabilia sunt aliquo modo meritoria, quia ad minus in potentia. Si ergo
opera extra caritatem facta possent aliquo modo vivificari, aliquis sine
caritate posset aliquo modo mereri vitam aeternam ; quod falsum est. |
[2] Tout ce qui peut être rendu vivant est d’une
certaine manière méritoire, car cela est au moins en puissance.
Si donc les actes accomplis en dehors de la charité pouvaient
être rendus à la vie d’une certaine manière, quelqu’un
pourrait mériter d’une certaine manière la vie
éternelle sans la charité, ce qui est faux. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les actes accomplis dans la charité peuvent-ils mourir à cause d’un péché subséquent ?] |
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[16243]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod opera in caritate facta per
peccatum sequens mortificari non possint. Quia quod non est, non potest
mortificari. Sed opera quae in caritate facta fuerant, transeunt, et post
peccatum sequens non sunt. Ergo non possunt mortificari. |
1. Il semble que les actes accomplis dans la charité ne puissent mourir à cause d’un péché subséquent, car, ce qui n’existe pas ne peut pas mourir. Or, les actes qui avaient été accomplis dans la charité passent et, après un péché subséquent, ils n’existent pas. Ils ne peuvent donc pas mourir. |
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[16244] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, poena non
debet excedere culpam. Sed in aliquo qui
multa bona facit ex maxima caritate, poena culpam excederet, si per unum
peccatum mortale parvum, forte ex surreptione factum, omnia bona praecedentia
perderet. Ergo peccatum sequens non mortificat omnia bona prius in caritate
facta. |
2. La peine ne doit pas dépasser la faute. Or,
chez quelqu’un qui accomplit beaucoup de bien par une très
grande charité, la peine dépasserait la faute si, par un seul
petit péché mortel, accompli peut-être par surprise, il
perdait tout le bien précédent. Le péché
subséquent ne fait donc pas mourir tout le bien accompli
antérieurement dans la charité. |
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[16245] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, illud quod est mortuum, non potest actum vitae habere
respectu alicujus. Sed opera in caritate facta etiam post peccatum facientis, actum vitae
habent in aliis sanctis ; unde dicitur Apocal. 2, unus alterius coronam
accipere. Ergo peccatum sequens bona
praecedentia non mOrtificat. |
3. Ce qui est mort ne peut exercer un acte de vie par
rapport à quelque chose. Or, les actes accomplis dans la
charité de celui qui les accomplit, même après un
péché, exercent un acte de vie sur les autres qui sont saints.
Ainsi est-il dit dans Ap 2, que l’un reçoit la couronne de
l’autre. Le péché subséquent ne tue donc pas le
bien précédent. |
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[16246] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur Ezech. 18, 24 : si
averterit se justus a justitia sua, omnium quae operatus est, non recordabor
amplius. |
Cependant, [1] il est dit dans Ez 18, 24 : Si le juste se détourne de sa
justice, je ne me souviendrai plus de tout le bien qu’il a fait. |
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[16247] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, vita operum ex vita operantis dependet. Sed
per peccatum mortale ille qui prius opera fecerat in caritate, mortificatur. Ergo et opera ab
ipso facta mortificantur. |
[2] La vie des actes dépend de la vie de celui qui
agit. Or, par le péché mortel, celui qui avait accompli
antérieurement des actes dans la charité meurt. Les actes accomplis
par lui meurent donc. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les actes morts par le péché sont-ils rendus à la vie par la pénitence ?] |
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[16248]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod opera mortificata per peccatum,
per poenitentiam non vivificentur. Hugo de sancto Victore dicit, quod nemo
debet in spe correctionis peccare ; quia quod semel amittitur, ipsum
amplius non recuperatur. Sed opera in caritate facta, sunt per peccatum
amissa, ut dictum est. Ergo non possunt amplius per poenitentiam recuperari. |
1. Il semble que les actes morts par le péché ne soient pas rendus à la vie par la pénitence. Hugues de Saint-Victor dit que personne ne doit pécher avec l’espoir de se corriger, car ce qui est perdu une fois n’est plus récupéré. Or, les actes accomplis dans la charité sont perdus par le péché, comme on l’a dit. Ils ne peuvent donc plus être récupérés par la pénitence. |
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[16249] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, nihil vivificatur nisi quod natum est habere vitam. Sed vita non est operum,
sed opera facientis. Ergo opera non possunt vivificari per poenitentiam. |
2. Rien n’est vivifié que ce qui est apte
à posséder la vie. Or, la vie n’est pas le fait des
actes, mais les actes sont le fait de celui qui les pose. Les actes ne
peuvent donc être rendus à la vie par la pénitence. |
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[16250] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, quod non est, non potest vivificari. Sed opera mortificata, non
sunt. Ergo non possunt vivificari per poenitentiam. |
3. Ce qui n’existe pas ne peut pas être
vivifié. Or, les actes morts n’existent pas. Ils ne peuvent donc
pas être rendus à la vie par la pénitence. |
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[16251] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 4 Praeterea, illud quod moritur, non solum cadit a vita, sed etiam a
potentia vitae ; quia principia vitae corrumpuntur, sine quibus non est
potentia ad vitam. Sed opera praecedentia in caritate facta, sunt per peccatum sequens
mortificata. Ergo non manet in eis potentia ad vitam ; et sic non
possunt iterum vivificari. |
4. Ce qui meurt ne perd pas seulement la vie, mais aussi
la puissance de vie, car les principes de la vie sont corrompus, sans
lesquels il n’y a pas de puissance de vie. Or, les actes
précédents posés dans la charité sont devenus morts
par le péché subséquent. Il ne reste donc pas en eux de
puissance de vie, et ainsi ils ne peuvent être rendus à la vie. |
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[16252] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, Joel. 2, super illud : reddam vobis,
dicit Glossa : non patiar perire ubertatem quam cum perturbationibus
animi amisistis. Sed ubertas illa fuit multitudo bonorum operum. Ergo illa per
poenitentiam restituuntur. |
Cependant, [1] à propos de Jl 2, : Je vous rendrai, la Glose dit : « Je
n’endurerai pas que vous perdiez l’abondance que vous avez perdue
par les bouleversements de votre esprit. » Or, cette abondance
était la multitude des actes bons. Ils sont donc rendus par la
pénitence. |
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[16253]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 s. c. 2 Praeterea,
poenitentia revocat omnes defectus ad perfectum, ut dictum est, art. praec. Sed hoc non esset,
nisi opera mortificata restitueret ad vitam. Ergo per poenitentiam vivificantur. |
[2] La pénitence ramène toutes les carences
à la perfection, comme on l’a dit à l’article
précédent. Or, cela ne serait pas le cas, si elle ne ramenait
pas à la vie les actes morts. Ils sont donc rendus à la vie par
la pénitence. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16254] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
poenitentia de ratione sui ordinatur ad remotionem mali. Unde quod aliqua
bona per poenitentiam restituuntur, hoc non est nisi per accidens, inquantum
removet prohibens, ut dictum est. Causa autem quae est removens prohibens,
exigit causam per se aliquam respectu effectus, cujus ipsa est causa per
accidens. Vivificationis autem operum extra caritatem factorum non potest poni
aliqua causa per se ; quia vita operum ex vita operantis dependet ;
et ideo a gratia vel caritate habent opera quod vivant. Gratia autem vel
caritas quam poenitentia restituit, non potest operibus praecedentibus vitam
conferre ; quia habitus non format actum nisi qui ab eo procedit ;
et ita patet quod per poenitentiam opera extra caritatem facta vivificari non
possunt. |
La pénitence, par son essence même, est
ordonnée à l’enlèvement du mal. Que certains biens
soient rendus par la pénitence, cela n’est donc que par
accident, pour autant qu’elle enlève un obstacle, comme on
l’a dit. Or, la cause qui enlève un obstacle exige une cause par
soi en regard de l’effet dont elle est la cause par accident. Mais une
cause par soi du retour à la vie des actes posés sans la charité
ne peut être établie, car la vie des actes dépend de la
vie de celui qui les pose. Ainsi, c’est par la grâce ou la
charité que les actes peuvent vivre. Or, la grâce ou la
charité que rend la pénitence ne peut donner la vie à
des actes précédents, car l’habitus ne donne forme
à un acte que s’il le précède. Ainsi, il est clair
que, par la pénitence, les actes posés sans charité ne
peuvent être rendus à la vie. |
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[16255] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod sicut Isidorus verba Adamantii ibidem exponere videtur, per
salutem intelligitur signum salutis, quod etiam peccatores in sacramentis suscipiunt.
Vel
dicendum, quod concedit eis salutem in spe, sed non in re. |
1. Tel qu’Isidore semble expliquer les paroles d’Adamantius
au même endroit, on entend par salut le signe du salut, que même
les pécheurs reçoivent dans les sacrements. Ou bien il faut
dire qu’il leur accorde le salut en espérance, mais non en
réalité. |
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[16256] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod potentiae naturales sunt magis propinquae caritati et
gratiae quantum ad rem, quam actus virtutum acquisitarum, inquantum sunt
subjectum gratiae et caritatis ; sed quantum ad similitudinem speciei
manifestum est quod est e contrario. Et praeterea, potentiae naturales
manent, non autem actus virtutum acquisitarum. Unde illi qui dicebant
naturalia fieri gratuita, non intelligebant quantum ad actus qui transeunt,
sed quo ad potentias et habitus, qui manent. |
2. Les puissances naturelles sont en
réalité plus proches de la charité que les actes des
vertus acquises, en tant qu’elles sont le sujet de la grâce et de
la charité. Mais, pour ce qui est la similitude de l’espèce,
il est clair que c’est le contraire. De plus, les puissances naturelles
demeurent, mais non les actes des vertus acquises. Ceux qui disaient que les
[réalités] naturelles devenaient grâces ne l’entendaient
donc pas des actes qui passent, mais des puissances et des habitus qui
demeurent. |
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[16257] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod causa quare opera illa sunt mortua, est, quia non sunt
a caritate elicita ; et ideo causa mortis ab eis non tollitur per
poenitentiam, ut dictum est. |
3. La raison pour laquelle ces actes sont morts est qu’ils
ne sont pas issus de la charité. C’est pourquoi la cause de la mort
ne leur est pas enlevée par la pénitence, comme on l’a
dit. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16258] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 3 qc. 2 co. Ad
secundam quaestionem dicendum, quod illud proprie vivere apparet quod ex se
aliquem motum habet ; et inde vitae nomen proprie ad illa omnia trahitur
quae ex se habent operationem aliquam sine aliquo principio extra, sicut quae
intelligunt et sentiunt, vel moventur vel appetunt vel nutriuntur. Et inde
est quod nomen vitae transumitur ad omnia illa quae habent debitam
operationem vel effectum ; et illa quae privantur hac, dicuntur
mortua ; sicut dicimus aquam vivam quae est in impetu surgendi. Proprius
autem effectus humanorum operum est quod per ea homo ad ultimum finem humanae
vitae perveniat, scilicet beatitudinem ; et ideo illa opera hominis
proprie viva dicuntur quae hominem ad vitam aeternam perducere possunt ;
illa autem mortua, quae hoc faciendi potestatem amiserunt, cum prius eam
habuerint. Et ideo opera bona ex caritate facta, in eo qui gratiam habet,
viva sunt ; in eo autem qui gratia caret, opera non ex caritate facta
mortua sunt. opera autem prius ex caritate facta, in eo qui gratiam dimittit,
per peccatum mortificata sunt ; quia peccatum sequens impedit quod homo
per illa opera non possit ad vitam introduci. |
Paraît vivre ce qui a un certain mouvement par soi.
Aussi ce mot de «vie» s’applique-t-il à tout ce qui
possède par soi une certaine opération sans aucun principe
extérieur, comme ce qui comprend et sent, ou se meut, désire ou
se nourrit. De là vient que le mot de «vie» est
étendu à tout ce qui possède une opération ou un
effet appropriés, et ce qui en est privé est appelé
«mort», comme nous appelons «vive» l’eau qui
est prête à surgir. Or, l’effet propre des actes humains
est que, par eux, l’homme parvienne à la fin ultime de la vie
humaine, à savoir, la béatitude. C’est pourquoi on
appelle «vivants» au sens propre les actes qui peuvent mener
l’homme à la vie éternelle, et «morts», ceux
qui ont perdu cette capacité, alors qu’ils l’avaient
possédée antérieurement. Aussi les actes bons
posés par charité sont-ils vivants chez celui qui possède
la grâce ; mais chez celui qui est privé de la grâce,
les actes posés sans la charité sont-ils morts. Or, les actes
antérieurement posés par charité chez celui qui a perdu
la grâce sont devenus morts par la péché, car le
péché subséquent empêche que l’homme ne
puisse être introduit dans la vie éternelle par ces actes. |
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[16259] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut opera peccati transeunt actu, sed manent
reatu ; ita opera bona in caritate facta, quamvis actu transeant, tamen
manent in merendo ; et secundum hoc possunt mortificari. |
1. De même que les actes du péché
passent selon l’acte, mais demeurent par la dette, de même, les
actes bons posés dans la charité, bien qu’ils passent
selon l’acte, demeurent cependant pour le mérite. De cette
manière, ils peuvent perdre la vie. |
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[16260] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod per ingratitudinem meretur homo accepta beneficia
amittere ; et ideo per quantumcumque parvum peccatum mortale, quo homo
Deo ingratus de beneficiis perceptis fit, omnia bona praecedentia perdit,
quantumcumque fuerint ad fructum vitae aeternae ; nec propter hoc poena
culpam excedit. |
2. L’homme mérite de perdre les bienfaits
reçus par son ingratitude. C’est pourquoi, par un
péché mortel, aussi petit soit-il, par lequel l’homme
devient ingrat en regard des bienfaits reçus, l’homme perd les
bienfaits antérieurs, autant de fruit qu’ils aient porté
pour la vie éternelle. Et la peine ne dépasse pas la faute
à cause de cela. |
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[16261] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod illud quod est in se mortuum, non potest respectu
alterius actum vitae habere. Sed accipiendo vivum metaphorice, ut dictum est,
nihil prohibet quod in se vivum est, respectu unius esse vivum, et respectu
alterius esse mortuum ; quia respectu unius habet effectum suum, sed
respectu alterius non habet, propter indispositionem ipsius ; sicut
oculis aegris odiosa est lux, quae pueris est amabilis. |
3. Ce qui est mort par soi ne peut exercer un acte de vie
par rapport à un autre. Or, en entendant «vivant» au sens
métaphorique, comme on l’a dit, rien n’empêche que
ce qui est vivant par soi soit vivant par rapport à l’un et mort
par rapport à un autre, car, par rapport à l’un, il
atteint son effet, mais par rapport à l’autre, il ne l’atteint
pas en raison de son indisposition, comme la lumière est
déplaisante aux yeux malades, mais aimable pour les enfants. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16262] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod opera in
caritate facta, ut dictum est, etsi transeant actu, manent tamen quantum ad
meritum in Dei acceptatione ; et secundum quod sic manent, habent
efficaciam, quantum in ipsis est, inducendi facientem ad vitam
aeternam ; et sic dicuntur viva manere. Sed quod hunc effectum in
peccatore non habeant, est per accidens, propter peccatum quod facit
peccatorem indispositum ad percipiendum effectum praecedentium meritorum, non
autem quod ab ipsis operibus aliquid dematur, cum in suo fieri efficaciam
praedictam obtinuerint hoc ipso quod ex caritate sunt elicita, quod eis
sequens peccatum auferre non potest ; et ideo remota indispositione a
peccatore per poenitentiam, opera illa praecedentia effectum suum in ipso
iterum habere incipiunt ; et secundum hoc vivificari dicuntur. Quidam autem dicunt quod non vivificantur per
poenitentiam sequentem, quia non manent, ut vivificari possint. Sed eadem
ratione posset dici quod nec eis qui in justitia perseverant, ad vitam
praecedentia opera valeant ; quia quod non est, non potest aliquid
valere. |
Comme on l’a dit, les actes posés dans la
charité, même s’ils passent selon l’acte, demeurent
cependant pour ce qui est du mérite au regard de Dieu. Selon
qu’ils demeurent ainsi, ils ont par eux-mêmes la capacité
de conduire à la vie éternelle celui qui les pose. De cette
manière, on dit que les actes vivants demeurent. Mais qu’ils
n’aient pas cet effet chez le pécheur, cela est par accident,
à cause du péché qui rend le pécheur indisposé
à la recevoir l’effet des mérites antérieurs, mais
non parce qu’on enlève quelque chose aux actes eux-mêmes,
puisque, par leur exercice, ils auraient l’efficacité
indiquée par le fait même qu’ils sont issus de la
charité, ce que le péché subséquent ne peut
enlever. Ainsi, si l’indisposition est enlevée par le pécheur,
ces actes antérieurs commencent à avoir de nouveau leur
effet ; de cette manière, on dit qu’ils reviennent à
la vie. Mais certains disent qu’ils ne reviennent pas à la vie
par la pénitence subséquente parce qu’ils ne demeurent
pas, de sorte qu’ils puissent revenir à la vie. Mais, pour la
même raison, on pourrait dire que les actes antérieurs
n’ont pas de valeur non plus pour la vie chez ceux qui
persévèrent dans la justice, car ce qui n’existe pas ne peut
pas avoir de valeur. |
|
[16263] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod verbum Hugonis est intelligendum quantum ad bona
amissa, quae nunquam recuperantur, quia tempus amissum non recuperatur ;
et ideo ejus jactura est gravissima, ut Seneca dicit ; non autem loquitur
de bonis mortificatis. |
1. La parole de Hugues doit s’entendre des actes
bons perdus qui ne sont jamais récupérés, car le temps
perdu n’est pas récupéré. C’est pourquoi sa
perte est très grave, comme le dit Sénèque. Mais
[Hugues] ne parle pas des actes bons qui sont morts. |
|
[16264] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod opus dicitur vivum metaphorice, inquantum habet effectum
debitum, ut dictum est. |
2. Un acte est appelé vivant de manière
métaphorique pour autant qu’il atteint l’effet
approprié, comme on l’a dit. |
|
[16265] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis non maneant actu, manent tamen merito in
divina acceptatione ; sicut peccata transeunt actu, et manent reatu. |
3. Bien qu’ils ne demeurent pas selon l’acte,
ils demeurent cependant par le mérite au regard de Dieu, comme les
péchés passent selon l’acte, mais demeurent par la dette. |
|
[16266] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod, sicut dictum est, opera prius viva non moriuntur in
se, sed moriuntur per accidens quo ad justum : et ideo remoto illo
accidente vivificari dicuntur. |
4. Comme on l’a dit, les actes
antérieurement vivants ne meurent pas par soi, mais meurent par
accident par rapport au juste. C’est pourquoi on dit qu’ils sont
rendus à la vie, une fois cet accident enlevé. |
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Articulus 4 [16267] Super
Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 tit. Utrum praedicti effectus sint
poenitentiae inquantum est virtus |
Article 4 – Les effets mentionnés sont-ils ceux de la pénitence comme vertu ? |
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[16268] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 4 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod praedicti effectus non sint poenitentiae
inquantum est virtus. Diversorum enim diversi sunt effectus. Sed virtus et
gratia differunt, ut in 2 Lib., dist. 26, quaest. 1, art. 2, dictum est. Ergo
cum remittere peccatum, et alia praedicta, quae poenitentiae attribuuntur,
sit effectus gratiae, non erunt effectus poenitentiae inquantum est virtus. |
Objections 1. Il semble que les effets mentionnés ne soient
pas ceux de la pénitence comme vertu. En effet, les effets de choses
différentes sont différents. Or, la vertu et la grâce
sont différentes, comme on l’a dit dans le livre II, d. 26, q. 1
et 2. Puisque la rémission des péchés et les autres
choses mentionnées, qui sont attribuées à la
pénitence, sont les effets de la grâce, elles ne seront donc pas
les effets de la pénitence comme vertu. |
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[16269] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 arg. 2 Praeterea,
quod convenit poenitentiae inquantum est virtus, convenit cuilibet virtuti.
Sed remittere peccatum non convenit cuilibet virtuti : quia ad minus
virtutibus acquisitis non convenit. Ergo nec poenitentiae convenit inquantum
est virtus. |
2. Ce qui convient à la pénitence comme
vertu convient à n’importe quel vertu. Or, la rémission
des péchés ne convient pas à n’importe quelle
vertu, car elle ne convient pas à tout le moins aux vertus acquises.
Elle ne convient donc pas à la pénitence comme vertu. |
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[16270] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 arg. 3 Praeterea,
poenitentia, secundum quod est virtus, contra fidem dividitur. Sed remissio
peccatorum est per virtutem fidei : Act. 15, 9 : fide purificans
corda eorum. Ergo non est per poenitentiam inquantum est virtus. |
3. La pénitence comme vertu se distingue de la
foi. Or, la rémission des péchés est réalisée
par la foi, Ac 15, 9 : En
purifiant leurs cœurs par la foi. Elle n’est donc pas réalisée
par la pénitence comme vertu. |
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[16271] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 arg. 4 Praeterea,
poenitentia alia et alia ratione est virtus, et sacramentum. Sed remittere
peccatum convenit ei inquantum est sacramentum ; quia sic est medicina
contra morbum peccati ordinata. Ergo non competit ei secundum quod est
virtus. |
4. La pénitence est une vertu et un sacrement pour
des raisons différentes. Or, la rémission des
péchés lui convient pour autant qu’elle est un sacrement,
car elle est ainsi un remède prévu contre la maladie du
péché. Elle ne lui convient donc pas en tant qu’elle est
une vertu. |
|
[16272] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 arg. 5 Praeterea,
poenitentia, inquantum delet peccatum, dicitur vel est secunda tabula
respectu Baptismi. Sed Baptismus liberat a peccato inquantum est sacramentum.
Ergo et poenitentia inquantum est sacramentum, non inquantum est virtus. |
5. La pénitence, pour autant qu’elle
détruit le péché, est appelée un seconde planche
par rapport au baptême. Or, le baptême libère du
péché pour autant qu’il est un sacrememnt. Donc, la
pénitence aussi en tant qu’elle est un sacrement, et non en tant
qu’elle est une vertu. |
|
[16273]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 s. c. 1 Sed contra, poenitentia ex actu proprio habet quod a
peccato liberet, ut dictum est. Sed ad actum proprium comparatur inquantum
est virtus. Ergo inquantum est virtus, peccatum remittit. |
Cependant, [1] la pénitence tient de son acte propre de libérer
du péché, comme on l’a dit. Or, elle se compare à
son acte propre en tant qu’elle est une vertu. Elle remet donc les
péchés en tant qu’elle est une vertu. |
|
[16274] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 s. c. 2 Praeterea, oppositum
tollitur per suum oppositum. Sed inquantum
est virtus, opponitur peccato. Ergo inquantum est virtus, tollit peccatum. |
[2] L’opposé est enlevé par ce qui
s’y oppose. Or, en tant qu’elle est une vertu, [la pénitence]
s’oppose au péché. Elle enlève donc le
péché en tant qu’elle est une vertu. |
|
[16275] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 s. c. 3 Praeterea,
omne peccatum ex voluntate committitur ; quia nisi sit voluntarium, non
est peccatum, ut Augustinus dicit. Sed ex eisdem causis aliquid generatur et corrumpitur,
ut in 2 Ethic. dicitur. Ergo oportet quod per voluntatem remittatur. Sed poenitentia habet rationem voluntatis inquantum est
virtus. Ergo per eam, inquantum est virtus, peccata remittuntur. |
[3] Tout péché est commis volontairement,
car s’il n’est pas volontaire, il n’est pas un
péché, comme le dit Augustin. Or, une chose est
engendrée et corrompue par les mêmes causes, comme il est dit
dans Éthique, II. Il faut
donc qu’il soit remis par la volonté. Or, la pénitence a
un caractère volontaire en tant qu’elle est une vertu. Les
péchés sont donc remis par elle en tant qu’elle est une
vertu. |
|
[16276] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 co. Respondeo dicendum,
quod in peccato duo possunt considerari ; scilicet ipsa inordinatio quae
in actu est, et macula quae ex actu inordinato consequitur in anima ; et
secundum hoc peccatum dupliciter remittitur. Quia enim ex ipsa actus
inordinatione homo, quantum in se erat, injuriam Deo faciebat ; ideo ex
parte illa peccatum remittitur, secundum quod inaequalitas praedicta injuriae
ad aequalitatem justitiae reducitur ; quod facit poenitentia, inquantum
est virtus quaedam, per suum actum, ut prius dictum est. Sed ex parte maculae
peccatum remittitur per gratiam, quae formaliter maculam tollit, sicut albedo
nigredinem ; et per consequens per alias virtutes gratia formatas. Et quia poenitentia est talis virtus, ideo etiam ipsa
formaliter peccatum remittit ex parte habitus ; et hoc est quod quidam
dicunt, quod remittit peccatum inquantum est gratia. Non enim potest dici
gratia nisi inquantum est gratia informata, vel propter similitudinem
effectus, ut prius dictum est. Sed ut est sacramentum, etiam ex parte ista
effective peccatum tollit ; quia gratiam tribuit, sicut inducens albedinem
aufert nigredinem ; et secundum hoc poenitentia, inquantum est
sacramentum novae legis, est causa instrumentalis gratiae, ut in 1 dist., qu.
1, art. 4, quaestiunc. 1, dictum est. Deus autem remittit sicut causa gratiae
efficiens, et Christus homo sicut causa meritoria gratiae, et sacerdos sicut
minister Dei et sacramentorum dispensator. Et quia omnes alii effectus
consequuntur ex poenitentia inquantum peccata remittit, ut dictum est, ideo
similis est ratio de omnibus illis effectibus poenitentiae. |
Réponse
à l’article 4 Dans le péché, on peut envisager deux
choses : le désordre même qui se trouve dans l’acte,
et la souillure qui survient dans l’âme par l’acte
désordonné. Ainsi, le péché est remis de deux
manières. En effet, parce que, par le désordre même de l’acte,
l’homme, pour ce qui le concernait, offensait Dieu, de ce point de vue,
le péché est remis selon que l’inégalité de
l’injure mentionnée est ramenée à l’égalité,
ce que fait par son acte la pénitence, en tant qu’elle est une
vertu, comme on l’a dit antérieurement. Mais, du point de vue de
la souillure, le péché est remis par la grâce qui
enlève la souillure à la manière d’une forme,
comme le blanc [enlève] le noir ; il est par conséquent
enlevé par les autres vertus qui ont la forme de la grâce. Et
parce que la pénitence est une telle vertu, elle remet donc
elle-même le péché à la manière d’une
forme du point de vue de l’habitus : c’est ce que certains
disent, qu’elle remet le péché en tant qu’elle est une
grâce. En effet, on ne peut l’appeler grâce que pour autant
qu’elle a la forme de la grâce, ou en raison de la similitude de
l’effet, comme on l’a dit plus haut. Mais, en tant qu’elle
est sacrement, elle enlève aussi de ce point de vue le
péché de manière efficiente, car elle donne la
grâce, comme ce qui apporte la blancheur enlève le noir. Ainsi,
la pénitence, en tant qu’elle est un sacrement de la loi
nouvelle, est cause instrumentale de la grâce, comme on l’a dit
à la d. 1, q. 1, a. 4, qa 1. Mais Dieu remet en tant que cause
efficiente de la grâce, le Christ homme, en tant que cause
méritoire de la grâce, et le prêtre, en tant que ministre
de Dieu et dispensateur des sacrements. Et parce que tous les autres effets
découlent de la pénitence en tant qu’elle remet les
péchés, comme on l’a dit, le raisonnement est donc le
même pour tous ces effets de la pénitence. |
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[16277]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod non eodem modo est
effectus gratiae et virtutis, ut dictum est. |
1. Elle n’est pas l’effet de la grâce
et de la vertu de la même manière, comme on l’a dit. |
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[16278] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod non quaelibet virtus est gratia informata, nec
quaelibet virtus habet actum ordinatum ad praedictam aequalitatem inter Deum
et hominem restituendam, ut dictum est ; et ideo non oportet quod
quaelibet virtus peccata remittat. Hoc enim poenitentiae convenit non
inquantum est virtus simpliciter, sed inquantum est virtus quaedam. |
2. Toutes les vertus n’ont pas la forme de la
grâce, et toutes les vertus n’ont pas non plus un acte
ordonné au rétablissement de l’égalité en
question entre Dieu et l’homme, comme on l’a dit. C’est
pourquoi il n’est pas nécessaire que toutes les vertus remettent
les péchés. En effet, cela ne convient pas à la
pénitence en tant qu’elle est simplement une vertu, mais en tant
qu’elle est une certaine vertu. |
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[16279] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod fides dicitur purificare cor eo quod primus motus ad
justificationem est fidei, et est etiam poenitentiae principium ; unde
quod est poenitentiae, etiam fidei attribui potest. |
3. On dit que la foi purifie le cœur parce que le
premier mouvement vers la justification est celui de la foi et qu’il
est aussi le principe de la pénitence. Aussi ce qui relève de
la pénitence peut-il être aussi attribué à la foi. |
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[16280] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod sicut alia ratione poenitentia est virtus et
sacramentum ; ita et praedictus effectus alio modo competit sibi inquantum
est sacramentum, et inquantum est virtus, ut dictum est. |
4. De même que la pénitence est une vertu et
un sacrement pour une autre raison, de même l’effet en question
lui revient-il d’une autrefaçon selon qu’elle est un
sacrement et selon qu’elle
est une vertu |
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[16281] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 4 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod Baptismus remittit peccatum tantum uno modo, quia est
tantum sacramentum ; sed poenitentia pluribus, quia est virtus et
sacramentum. |
5. Le baptême ne remet le péché que
d’une seule manière, car il n’est qu’un
sacrement ; mais la pénitence [le remet] de plusieurs
manières, car elle est une vertu et un sacrement. |
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Articulus 5 [16282] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 tit. Utrum
sine poenitentia peccatorum remissionem quis consequi possit et cetera |
Article 5 – Peut-on obtenir la rémission des péchés sans la pénitence ? |
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[16283] Super Sent., lib. 4 d.
14 q. 2 a. 5 arg. 1 Ad quintum sic proceditur. Videtur quod sine
poenitentia peccatorum remissionem quis consequi possit, et praedictos
effectus omnes ; et ita non erit necessaria ad salutem. Super illud Psalm. 125 : qui seminant in
lacrymis, dicit Glossa interlinealis : noli esse tristis, si
adsit tibi bona voluntas, unde metitur pax. Sed aliquis potest habere bonam
voluntatem sine dolore poenitentiae, vel sine actuali consideratione
peccatorum suorum praeteritorum. Ergo
poenitentia non est peccatOri necessaria ad salutem. |
1. Il semble qu’on puisse obtenir sans la
pénitence la rémission des péchés et tous les
effets mentionnés ; ainsi, elle ne serait pas nécessaire
au salut. À propos de Ps 125 : Ceux qui sèment dans les larmes, la glose
interlinéraire dit : « Ne sois pas triste, si tu as
une volonté bonne dont tu récoltes la paix. » Or, on
peut avoir une volonté bonne sans la douleur de la pénitence ou
sans la considération actuelle de ses péchés
passés. La pénitence n’est donc pas nécessaire au
salut. |
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[16284] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 arg. 2 Praeterea,
Luc. 7, super illud : dimissa sunt ei peccata multa, dicit Glossa
Gregorii : ardOr caritatis rubiginem peccatOrum in ea consumpsit.
Sed
aliquis potest converti in Deum ardenter per caritatem sine hoc quod
convertatur ad peccata praeterita per poenitentiam. Ergo sine poenitentia
potest salutem consequi post peccatum. |
2. À propos de Lc 7 : Ses nombreux péchés lui ont
été remis, une glose de Grégoire dit :
« L’ardeur de la charité a consumé en elle la
rouille des péchés. » Or, on peut se tourner avec
ardeur vers Dieu par la charité sans se tourner vers ses
péchés passés par la pénitence. On peut donc
obtenir le salut par la pénitence après le péché.
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[16285] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 arg. 3 Praeterea, sicut se
habet aversio a Deo ad damnationem, ita conversio ad Deum ad salutem. Sed aversio a Deo sine omni delectatione potest esse
causa damnationis. Ergo conversio ad Deum sine omni dolore poenitentiae
potest esse causa salutis ; et sic idem quod prius. |
3. De même que l’aversion de Dieu conduit
à la damnation, de même la conversion à Dieu
[conduit-elle] au salut. Or, l’aversion de Dieu sans aucune
délectation peut être cause de la damnation. La conversion
à Dieu sans aucune douleur de la pénitence peut donc être
cause du salut. La conclusion est donc la même que précédemment. |
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[16286] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 arg. 4 Praeterea,
motus fidei, qui praecedit poenitentiam, posset intantum intendi quod
sufficienter disponeret ad gratiam habendam. Sed gratia sufficit etiam ad
salutem sine operibus. Ergo sine opere poenitentiae peccator posset salutem
consequi. |
4. Le mouvement de foi qui précède la
pénitence pourrait avoir une telle intensité qu’il
disposerait suffisamment à l’obtention de la grâce. Or, la
grâce sans les œuvres suffit aussi pour le salut. Le
pécheur pourrait donc obtenir le salut sans acte de pénitence. |
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[16287] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 arg. 5 Praeterea, in ultimo
instanti vitae posset infundi gratia. Sed
post ultimum instans non remaneret aliquod instans vitae praesentis, in quo
tantum poenitentia potest esse fructifera. Ergo sine omni actu
poenitentiae potest homo salutem per gratiam consequi. |
5. La grâce pourrait être infusée dans
l’ultime instant de la vie. Or, après l’ultime instant, il
ne resterait aucun instant de la vie présente, au cours duquel la
pénitence seule pourrait porter fruit., L’homme peut donc
obtenir le salut sans aucun acte de pénitence. |
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[16288]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 s. c. 1 Sed contra est quod Augustinus dicit : nemo
suae voluntatis arbiter constitutus potest inchoare novam vitam, nisi
poeniteat eum veteris vitae. Sed nullus potest consequi salutem nisi in
novitate vitae inveniatur. Ergo sine poenitentia nullus salutem consequi
potest. |
Cependant, [1] Augustin
dit : « Personne qui possède le libre arbitre ne peut
commencer une vie nouvelle sans se repentir de son ancienne vie. »
Or, personne ne peut obtenir le salut qu’en se trouvant dans une vie
nouvelle. Personne ne peut donc obtenir le salut sans pénitence. |
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[16289] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 s. c. 2 Praeterea,
sicut Baptismus ordinatur contra originale peccatum, ita poenitentia contra
actuale. Sed
nemo potest ab originali mundari nisi per Baptismum vel susceptum actu, vel
proposito saltem. Ergo nec ab actuali sine poenitentia. |
[2] De même que le baptême est ordonné
contre le péché originel, de même la pénitence
l’est-elle contre le [péché] actuel. Or, personne ne peut
être purifié du [péché] originel que par le
baptême reçu en acte ou au moins par le propos. Il ne peut donc
pas non plus l’être du [péché] actuel sans la
pénitence. |
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[16290] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 s. c. 3 Praeterea ab omnibus
dicitur quod poenitentia est sacramentum necessitatis. Sed hoc non esset, si sine ea posset esse salus. Ergo
et cetera. |
[3] Tous disent que la pénitence est un sacrement
nécessaire. Or, ce ne serait pas le cas si le salut pouvait exister
sans elle. Donc, etc. |
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[16291] Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 co. Respondeo dicendum, quod manente causa, manet effectus.
Causa autem quare aliquis privatur gratia per peccatum, est inaequalitas
peccatoris, qua Deum offendit ; unde quamdiu ista inaequalitas ad
aequalitatem non reducitur, non potest privatio gratiae cessare. Hoc autem
facit poenitentia per suum actum, ut dictum est supra ; unde sine actu
poenitentiae peccatori salus esse non potest. |
Réponse
à l’article 5 L’effet demeure lorsque la cause demeure. Or, la
cause pour laquelle on est privé de la grâce par le
péché est l’inégalité du pécheur,
par laquelle il offense Dieu. Aussi longtemps que cette
inégalité n’est pas ramenée à
l’égalité, la privation de la grâce ne peut donc
pas cesser. Or, c’est ce que fait la pénitence par son acte,
comme on l’a dit plus haut. Il ne peut donc pas y avoir de salut pour
le pécheur sans acte de pénitence. |
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[16292]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod bona voluntas, quae ad
pacem merendam sufficiat, sine poenitentia esse non potest, quia non est ad
aequalitatem reducta ; et ideo ratio ex falsis procedit. |
[1] Une volonté bonne, qui suffise à
mériter la paix, ne peut exister sans la pénitence, parce qu’elle
n’est pas ramenée à l’égalité. C’est
pourquoi le raisonnement s’appuie sur des faussetés. |
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[16293] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut inter homines non restituitur amicitia post
offensam nisi per aliquem de offensa dolorem ; ita nec caritas post
peccatum, nisi per poenitentiam. |
[2] De même que, parmi les hommes, l’amitié
n’est rendue après une offense que par la douleur à
propos de l’offense, de même en va-t-il pour la charité
après une offense, [qui n’est rendue] que par la
pénitence. |
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[16294] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod in aversione a Deo semper est conversio ad bonum
commutabile ; et illa quamvis non habeat delectationem sensibilem,
semper tamen habet quamdam placentiam voluntatis ; et similiter oportet
quod conversioni ad Deum adjungatur displicentia ; et hic dolor
poenitentia dicitur. |
[3] Dans l’aversion de Dieu, existe toujours une
conversion à un bien changeant, et bien que celle-ci ne comporte pas
de délectation sensible, elle comporte cependant toujours un certain
plaisir de la volonté. De même est-il nécessaire que soit
associé à la conversion à Dieu un dégoût,
et celui-ci s’appelle pénitence. |
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[16295] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod motus fidei nunquam potest tantum intendi quod gratiae
continuetur, nisi poenitentia mediante. |
[4] Le mouvement de foi ne peut jamais être assez
intense pour être en continuité avec la grâce, si ce
n’est pas l’intermédiaire de la pénitence. |
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[16296] Super Sent.,
lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod forte non est accipere ultimum instans vitae, sed est
accipere primum instans mortis ; alias inter primum instans vitae et
primum instans mortis, cum sit aliud et aliud instans, esset medium tempus.
Sed supposito quod sit ultimum instans vitae, tunc in illo eodem instanti et
gratia infundetur, et motum poenitentiae homo habebit ; et talis
poenitentia sufficit ad salutem, ut dicit Augustinus in Lib. de
ecclesiasticis dogmatibus, cap. 80. |
[5] Peut-il ne faut-il pas parler d’instant ultime
de la vie, mais faut-il parler d’instant premier de la mort, autrement,
il existerait un temps intermédiaire entre le premier instant de la
vie et le premier instant de la mort. Or, à supposer qu’il y ait
un instant ultime de la vie, l’homme aura un mouvement de
pénitence et la grâce sera infusée dans le même
instant. Et une telle pénitence suffit pour le salut, comme le dit
Augustin dans le livre Sur les
enseignements ecclésiastiques, c. 80. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 14 |
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[16297]
Super Sent., lib. 4 d. 14 q. 2 a. 5 expos. Post haec de poenitentia agendum est. Videtur quod de poenitentia ante confirmationem et
Eucharistiam debuerit tractari ; quia prius est recedere a malo, quod
pertinet ad poenitentiam, quam perfici in bono, quod pertinet ad illa duo
sacramenta. Et dicendum, quod confirmatio et Eucharistia sunt de prima
intentione sanctificationis ; sed poenitentia est de secunda
intentione ; quia si homo nunquam a gratia baptismali caderet, non
indigeret poenitentia ; indigeret tamen confirmatione, et Eucharistia. Est
enim poenitentia interior et est exterior. Secundum hoc etiam videtur
quod Baptismus sit virtus ; quia etiam est Baptismus interior scilicet
Baptismus flaminis. Et dicendum, quod interior Baptismus non dicitur
Baptismus nisi metaphorice ; sed interior poenitentia dicitur
poenitentia vere. Et praeterea interior actus non est de necessitate
Baptismi, alias pueri non possent baptizari ; sed interior actus est de
necessitate poenitentiae. Nihil prosunt lamenta, si replicantur peccata.
Hoc intelligendum est de illis qui voluntate habituali replicant. Vel
intelligendum, quod nihil prosint ad vitam consequendam : quia qui
perseveraverit usque in finem, hic salvus erit ; Matth. 24, 13.
Baptismus tamen ratione characteris quem imprimit, aliquid valet, etiam si
homo fictus accedat. Poenae graviori se subjicit. Hoc intelligendum
est de illis qui exterius per poenitentiam hypocrisim praetendunt ; quia
simulata aequitas est duplex iniquitas, ut Augustinus dicit. Vel hoc dicitur,
quia tollitur excusatio de ignorantia vel surreptione in eo quod peccatum
advertit, de eo poenitens. Vera poenitentia est cessare a peccato.
Sciendum, quod cessare a peccato non dicit simplicem negationem peccati ;
quia qui intermittit actum peccati, non dicitur a peccato cessare ; sed
cessare a peccato proprie dicitur, cui peccatum displicet, et peccatum
dimittere intendit ; et haec est vera poenitentia. Cum emendationis
proposito. Sed contra, unius habitus unus est actus ; hic autem
ponuntur quatuor actus poenitentiae, scilicet propositum emendationis,
plangere peccata praeterita, et odire, et iterum nolle ulterius committere.
Et dicendum, quod ista quatuor se consequuntur in poenitentia, et ideo quasi
pro uno actu computantur ; quia sicut amor delectationem parit in
consideratione amati, ita odium peccati tristitiam de ipso parit, et
tristitia ad destructionem ipsius movet ; et ideo inter quatuor
praedicta primum est odire peccata ; secundum ea plangere, tertium ea
destruere, quantum ad praeterita cum proposito emendationis, et quantum ad
futurum per hoc quod homo plangenda committere nolit, quod est quartum. Semper
puniens in se, habitu vel proposito, sed non semper actu ; quia
quandoque etiam motibus aliarum virtutum debet commoveri. De poenitentia
perfectorum, vel ad salutem sufficienti, intelligendum est quod supra dixit.
Perfectos hic vocat qui in poenitentia sunt perfecti, eam usque ad finem
vitae continuantes. Si nos aliqua culpa mortalis invenerit quae non in
crimine mortali vel in morum vitio consistat, haec culpa semper reparari
potest. Sciendum, quod culpa mortalis est quae gratiam tollit, per quam
est vita animae ; et sic omnis culpa mortalis est contra gratiam ;
sed quaedam est contra rationem, ut perjurium ; quaedam etiam contra
naturam, ut sodomia ; quaedam autem est crimen, quae est digna
accusatione in judicio ; quaedam autem est blasphemia, quae est
impositio alicujus falsi in Deum, vel ei subtrahendo quod inest, vel attribuendo
quod non inest. Quod tamen in quibusdam Ecclesiis non servatur. Hoc
intelligitur de poenitentia publica ; sed solemnis, ut quidam dicunt,
nunquam iteratur. Nec minus tribuit quam ante tribuerat, largissima munera
vitae et salutis, videlicet quantum in ipso est, dummodo aequaliter se
homo ad gratiam habendam praeparet. Non tamen oportet quod semper in aequali
caritate resurgat, ut in 3 Lib., dist. 31,
qu. 1, art. 4, quaestiunc. 3, dictum est. Etiam si ad summum perveniat
malorum. Hoc intelligendum est quantum ad actum, non quantum ad
potentiam ; quia aliquis est ita malus quod nullus alius est pejor non
autem ita quod nullus alius possit esse pejor. Et tamen graviter postea
deliquit. Sed contra : Moyses etiam numeravit, nec tamen dicitur
peccasse. Et dicendum, quod Moyses numeravit ex praecepto domini, sed David
ut in populo gloriaretur. Ideo autem eo peccante populus percussus est
propter ostendendam habitudinem populi ad principem, sicut Augustinus dicit
in quaestionibus utriusque testamenti, de Acham. Ostenditur enim in ipsa poena
Acham quantum sit bonum in populo ipsa unitas, ut non in seipsis singula, sed
in toto partes aestimentur. Vel sicut Gregorius dicit, super illud Job
34 : qui regnare facit hypocritam etc., pro qualitatibus
subditorum disponuntur acta regentium, ut saepe propter demerita gregis,
etiam vere boni delinquat vita pastoris ; et David populum numerando
peccavit, et tamen vindictam populus de peccato suscepit. Vel dicendum, quod quia de populi elatione peccavit,
ideo in populi occisione punitus fuit, sicut aliquis dominus in amissione
possessionis. Nec tamen populus injuste passus est, quia hoc meruerat, Absalon
sequendo. |
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Distinctio 15 |
Distinction 15 – [La pénitence véritable] |
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Quaestio 1 |
Question 1 – [Qu’est-ce que la satisfaction ?] |
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Prooemium |
Prologue
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[16298]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 pr. Postquam
determinavit Magister de poenitentia quantum ad sui veritatem, ostendens quid
sit poenitentia secundum sui veram rationem, et removens errorem quorumdam
qui ad rationem poenitentiae addere volebant futuram perseverantiam, hic
intendit determinare de poenitentia quantum ad sui integritatem, quorumdam
errorem removens, qui falso opinabantur posse de uno peccato poenitentiam
agi, et non de alio : quod est contra integritatem poenitentiae. Et dividitur
in partes duas : in prima ponit rationes quae sunt causa erroris ;
in secunda improbat ipsum errorem, ibi : satis arbitror illis esse
responsum. Prima in duas, secundum quod error praedictus duos habuit
modos positionis : in prima enim parte reprobat rationes eorum qui
dicebant, quod de uno peccato sine alio poterat poenitentia agi, et fructuose
quantum ad praesens ; in secunda illorum qui ponebant quod hoc non erat
fructuosum quantum ad praesens, sed quantum ad futurum, quando de peccatis
aliis poenitentiam aget, ibi : quibusdam tamen videtur fuisse
satisfactio, sed infructuosa. Prima in duas : in prima excludit
probationem eorum, quae ex auctoritatibus canonis procedebat ; in
secunda probationes ex auctoritatibus sanctorum et ratione sumptas,
ibi : alias quoque auctoritates inducunt. Circa primum tria
facit : primo ponit objectionem ; secundo solvit eam, ibi : sed
de his oportet illud tantum intelligi qui praesentibus suppliciis commutantur
in bonum ; tertio excludit quamdam dubitationem ex praecedenti
solutione ortam, ibi : attende lector his verbis. Alias quoque
auctoritates inducunt. Circa hanc partem duo facit : primo ponit
probationes illorum, quorum prima est ex auctoritate Gregorii ; secunda
ex auctoritate Ambrosii ; tertia ex ratione sumpta, ut per se
patet ; secundo solvit eas ; et primo ad auctoritatem Gregorii,
ibi : hic responderi potest etc. ; secundo ad auctoritatem
Ambrosii, ibi : illud autem quod Ambrosius ait etc. ; tertio
ad rationem, ibi : ad hoc autem quod objicitur et cetera. Quibusdam
tamen videtur fuisse satisfactio, sed infructuosa. Hic destruit
probationes alterius positionis ; et circa hoc duo facit : primo
ponit eas ; secundo solvit, ibi : sed haec dicta intelligimus de
illo qui in caritate quodam tempore bona facit, et bonus est, alio vero
tempore malus est. Et ponit duas solutiones, quarum secunda incipit
ibi : potest etiam accipi de operibus bonis quae ab aliquo fiunt dum
malus est. Et circa hoc duo facit ; primo ostendit quod bona extra
caritatem facta, etsi valeant ad tolerabilius judicium sustinendum, non tamen
valent ad vitam consequendam ; secundo ostendit idem de operibus in
caritate factis, quae postea per peccatum mortificantur, ibi : illa
etiam quae in caritate quis facit, si postea prolapsus fuerit, nec
exsurrexerit, non esse in memoria Dei Ezechiel dicit. Satis arbitror illis
esse responsum. Hic improbat ipsum errorem ; et circa hoc duo
facit : primo improbat errorem ; secundo concludit veritatem,
scilicet quae sit vera et sufficiens poenitentia, ibi : ex praemissis
perspicua fit notitia verae poenitentiae. Hic est quaerendum de
satisfactione et de partibus ejus ; unde quatuor hic quaeruntur. Primo de ipsa satisfactione.
Secundo de eleemosyna. Tertio de jejunio. Quarto de oratione. His enim tribus
homo satisfacit. Circa hoc quaeruntur quinque : 1 quid sit
satisfactio ; 2 utrum possibile sit a nobis Deo satisfieri ; 3
qualiter homo satisfacere possit ; 4 per quae ; 5 utrum restitutio
sit pars satisfactionis. |
Après
avoir déterminé de la véritable pénitence, en
montrant ce qu’est la pénitence selon sa vraie nature et en
écartant l’erreur de certains qui voulaient ajouter à la
notion de pénitence la persévérance future, ici il
entend déterminer de la pénitence du point de vue de son
intégrité, en écartant l’erreur de certains qui
pensaient faussement qu’on pouvait faire pénitence d’un
péché et non d’un autre, ce qui va à
l’encontre de l’intégrité de la pénitence.
Il y a trois parties. Dans la première, il présente les raisons
qui causent l’erreur ; dans la deuxième, il repousse
l’erreur elle-même, à cet endroit :
« J’estime qu’on leur a suffisamment
répondu. » La première partie se divise en deux,
selon que l’erreur mentionnée se présente de deux
manières. En effet, dans la première, il repousse les arguments
de ceux qui disaient qu’on pouvait faire pénitence pour un
péché, et non pour un autre, et de manière fructueuse
dans le présent ; dans la seconde, [l’erreur] de ceux qui
affirmaient que cela ne portait pas fruit dans le présent, mais dans
l’avenir, lorsqu’on fera pénitence des autres
péchés, à cet endroit : « Cela
paraissait à certains être une satisfaction, mais qui ne porte
pas fruit. » La première partie se divise en deux
parties : dans la première, il écarte leur
démonstration, qui s’appuyait sur des canons ; dans la
seconde, les démonstrations tirées des autorités des
saints et de la raison, à cet endroit : « Ils
invoquent aussi d’autres autorités. » À propos
du premier point, il fait trois choses : premièrement, il
présente une objection ; deuxièmement, il en donne la
solution, à cet endroit : « Mais il faut
l’entendre seulement de ceux qui par les supplices actuels changent
pour le bien » ; troisièmement, il écarte un
doute issu de la réponse précédente, à cet
endroit : « Lecteur, porte attention à ces paroles. »
« Ils invoquent aussi d’autres autorités. »
Dans cette partie, il fait deux choses. Premièrement, il
présente leurs démonstrations, dont la première est
tirée d’une autorité de Grégoire, la
deuxième, d’une autorité d’Ambroise, la
troisième s’appuie sur un raisonnement, comme cela est clair.
Deuxièmement, [leurs démonstrations] qui font appel à
l’autorité d’Ambroise, à cet endroit :
« Ce que dit Ambroise, etc. » Troisièmement, qui
font appel à la raison, à cet endroit :
« À ce qui est objecté, etc. »
« À certains, cela semble avoir été une
satisfaction, mais qui ne portait pas de fruit. » Ici, il
détruit la démonstration de l’autre position. À ce
propos, il fait deux choses : premièrement, il les
présente ; deuxièmement, il y répond, à cet
endroit : « Mais nous entendons ce qui a été
dit de celui qui, se trouvent dans la charité à un certain
moment, fait le bien, mais est mauvais à un autre moment. »
Il présente deux réponses, dont la seconde commence à
cet endroit : « On peut aussi l’entendre des actes bons
qui sont posés par quelqu’un alors qu’il est
mauvais. » À ce propos, il fait deux choses.
Premièrement, il montre que le bien fait sans la charité,
même s’il contribue à supporter le jugement d’une
manière plus tolérable, n’a pas de valeur pour
l’obtention de la vie. Deuxièmement, il montre la même
chose au sujet des actes posés avec la charité, qui par la
suite deviennent morts par la péché, à cet
endroit : « Cela aussi qui est fait par quelqu’un avec
la charité, s’il tombe par la suite, ne se relèvera pas,
et Ézéchiel dit que Dieu ne s’en souviendra
pas. » « J’estime qu’on leur a suffisamment
répondu. » Ici, il repousse l’erreur elle-même.
À ce propos, il fait deux choses. Premièrement, il repousse
l’erreur ; deuxièmement, il conclut par la
vérité, à savoir, quelle est la pénitence
véritable et suffisante, à cet endroit : « De
ce qui a été dit, la connaissance de la pénitence
véritable ressort clairement. » Ici, il faut s’interroger
sur la satisfation et ses parties ; aussi quatre questions sont-elles
ici posées. Premièrement, à propos de la
satisfaction ; deuxièmement, à propos de
l’aumône ; troisièmement, à propos du
jeûne ;
quatrièmement, à propos de la prière. En effet,
l’homme satisfait par ces trois choses. À ce propos, cinq
questions sont posées : 1 – Qu’est-ce que la
satisfaction ? 2 – Est-ce que nous pouvons donner satisfaction à
Dieu ? 3 – Comment l’homme peut-il satisfaire ? 4 – Par
quoi ? 5 – La restitution est-il une partie de la satisfaction ? |
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Articulus 1 [16299] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 tit. Utrum satisfactio sit virtus,
aut virtutis actus |
Article 1 – La satisfaction est-elle une vertu ou l’acte d’une vertu ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La satisfaction est-elle une vertu ou l’acte d’une vertu ?] |
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[16300] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod satisfactio non sit neque virtus neque
virtutis actus. Omnis enim virtutis actus est meritorius. Sed satisfactio non
est meritoria, ut videtur ; quia meritum gratuitum est ; sed
satisfactio debitum attendit. Ergo satisfactio non est actus virtutis. |
1. Il semble que la satisfaction ne soit ni une vertu ni l’acte d’une vertu. En effet, tout acte d’une vertu est méritoire. Or, la satisfaction n’est pas méritoire, car le mérite est gratuit, alors que la satisfaction porte sur une dette. La satisfaction n’est donc pas l’acte d’une vertu. |
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[16301] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, omnis actus virtutis est voluntarius. Sed aliquando fit
alicui satisfactio de aliquo, eo invito ; ut quando aliquis pro offensa
in alterum commissa a judice punitur. Ergo satisfactio non est virtutis
actus. |
2. Tout acte d’une vertu est volontaire. Or,
satisfaction est parfois rendue à quelqu’un malgré soi,
comme lorsqu’on est puni par un juge pour une offense commise contre un
autre. La satisfaction n’est donc pas l’acte d’une vertu. |
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[16302] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, secundum
philosophum, in virtute moris principale est electio. Sed satisfactio non
fit per electionem, sed respicit principaliter exteriora opera. Ergo non est
virtutis actus. |
3. Selon le Philosophe, le choix est ce qu’il y a
de principal dans une vertu morale. Or, la satisfaction n’est pas
accomplie par un choix, mais elle concerne principalement des actes
extérieurs. Elle n’est donc pas l’acte d’une vertu. |
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[16303] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra,
satisfactio ad poenitentiam pertinet. Sed poenitentia est
virtus, ut prius dictum est. Ergo satisfactio est actus virtutis. |
Cependant, [1] la satisfaction relève de la penitence. Or, la
pénitence est une vertu, comme on l’a dit plus haut. La
satisfaction est donc l’acte d’une vertu. |
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[16304] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, nullus actus operatur ad deletionem peccati,
nisi sit actus virtutis : quia contrarium destruitur per suum
contrarium. Sed per satisfactionem peccatum totaliter annihilatur. Ergo
satisfactio est virtutis actus. |
[2] Aucun acte n’est accompli en vue de
détruire le péché s’il n’est pas l’acte
d’une vertu, car le contraire est détruit par son contraire. Or,
par la satisfaction, le péché est entièrement
annihilé. La satisfaction est donc l’acte d’une vertu. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La satisfaction est-elle un acte de justice ?] |
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[16305]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non sit actus justitiae. Quia satisfactio fit
ad hoc quod reconcilietur ei quem offendit. Sed reconciliatio, cum sit
amoris, ad caritatem pertinet. Ergo satisfactio est actus caritatis, et non
justitiae. |
1. Il semble qu’elle ne soit pas un acte de
justice, car la satisfaction est accomplie en vue de la réconciliation
avec celui qu’on a affensé. Or, la réconciliation,
puisqu’elle est le fait de l’amour, relève de la
charité. La satisfaction est donc un acte de charité, et non de
justice. |
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[16306] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, causae
peccatorum in nobis sunt passiones animae, quibus ad malum incitamur. Sed justitia,
secundum philosophum, non est circa passiones, sed circa operationes. Cum
ergo ad satisfactionem pertineat peccatorum causas excidere, ut in littera
dicitur, videtur quod non sit actus justitiae. |
2. Les causes des péchés en nous sont les
passions de l’âme par lesquelles nous sommes incités au
mal. Or, la justice, selon le Philosophe, ne porte pas sur les passions, mais
sur les opérations. Puisque qu’il relève de la
satisfaction de retrancher les causes des péchés, comme on le
dit dans le texte, il semble donc qu’elle ne soit pas d’un acte de
justice. |
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[16307] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, cavere in futurum non est actus justitiae, sed magis
prudentiae, cujus pars ponitur cautela, ut in 3 Lib., dist. 33, quaest. 3,
art. 1, quaestiunc. 2, dictum est. Sed hoc pertinet ad satisfactionem :
quia ipsius est suggestionibus peccatorum aditum non indulgere. Ergo
satisfactio non est actus justitiae. |
3. Éviter à l’avenir n’est pas
un acte de justice, mais plutôt de prudence, dont une partie est la
prévoyance, comme on l’a dit dans le livre III, d. 33, q. 3, a.
1, qa 1. Or, cela relève de la satisfaction, car il lui revient de ne
pas permettre l’accès aux suggestions des péchés.
La satisfaction n’est donc pas un acte de justice. |
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[16308] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, nulla virtus attendit rationem debiti nisi
justitia. Sed satisfactio honorem debitum Deo impendit, ut Anselmus dicit. Ergo satisfactio est
justitiae actus. |
Cependant, [1] aucune vertu ne porte sur ce qui a caractère
de dette, sinon la justice. Or, la satisfaction rend l’honneur dû
à Dieu, comme le dit Anselme. La satisfaction est donc un acte de
justice. |
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[16309] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, nulla
virtus habet rerum exteriorum adaequationem perficere nisi justitia. Sed hoc fit per
satisfactionem : quia constituitur aequalitas emendae ad offensam praecedentem.
Ergo satisfactio est justitiae actus. |
[2] Aucune vertu n’a pour tâche de
réaliser une égalité extérieure, sinon la
justice. Or, cela se réalise par la satisfaction, car l’égalité pour une
offense précédente est rétablie. La satisfaction est
donc un acte de justice. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La définition de la satisfaction donnée par Augustin est-elle appropriée ?] |
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[16310]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod definitio satisfactionis in
littera inconvenienter ponatur ab Augustino. Dicit enim quod satisfactio est
peccatorum causas excidere, et eorum suggestionibus aditum non indulgere.
Causa enim actualis peccati fomes est. Sed in hac vita non possumus fomitem
excidere. Ergo satisfacere non est causas peccatorum excidere. |
1. Il semble que la définition donnée par Augustin dans le texte soit présentée de manière inappropriée. En effet, il dit que la satisfaction consiste à retrancher les causes des péchés et à ne pas permettre l’accès lorsqu’ils sont suggérés. En effet, la cause du péché actuel est le désir désordonné. Or, dans cette vie, nous ne pouvons retrancher le désir désordonné. Satisfaire ne consiste donc pas à retrancher les causes des péchés. |
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[16311] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, causa peccati est fortior quam peccatum. Sed homo per se
non potest peccatum excidere. Ergo multo minus causas peccati ; et sic
idem quod prius. |
2. La cause du péché est plus forte que le
péché. Or, l’homme ne peut retrancher par lui-même
le péché. Il peut donc encore bien moins [retrancher] les
causes du péché. La conclusion est donc la même que
précédemment. |
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[16312] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, satisfactio, cum sit pars poenitentiae, praeteritum
respicit, non futurum. Sed non indulgere aditum suggestionibus peccatorum
respicit futurum. Ergo non debet poni in definitione satisfactionis. |
3. Puisqu’elle est une partie de la pénitence,
la satisfaction concerne le passé, et non l’avenir. Or, ne pas
permettre l’accès aux suggestions des péchés
concerne l’avenir. Cela ne doit donc pas être mis dans la
définition de la satisfaction. |
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[16313] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 4 Praeterea, satisfactio dicitur respectu offensae praeteritae. Sed de
offensa praecedenti nulla fit mentio. Ergo inconvenienter assignatur
definitio satisfactionis. |
4. On parle de satisfaction par rapport à une
offense passée. Or, il n’est pas fait mention de l’offense
passée. La définition de la satisfaction est donc donnée
de manière inappropriée. |
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[16314] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 5 Praeterea, Anselmus ponit aliam definitionem in Lib. 1, cur Deus
homo, ubi Sup., scilicet : satisfactio est honorem debitum Deo
impendere ; in qua nulla fit mentio horum quae Augustinus hic ponit.
Ergo altera earum videtur esse incompetens. |
5. Anselme donne une autre definition dans le livre I de Pourquoi Dieu s’est-il fait homme ?
Il dit : « La satisfaction consiste à rendre
l’honneur dû à Dieu », où aucune mention
n’est faite de ce que présente Augustin. L’une des deux
[définitions] semble donc inappropriée. |
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[16315] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 6 Praeterea, honorem debitum
Deo potest innocens impendere. Sed
satisfacere
non competit innocenti. Ergo definitio Anselmi est male assignata. |
6. Un innocent peut render l’honneur dû
à Dieu. Or, satisfaire ne convient pas à celui qui est
innocent. La définition d’Anselme est donc mal formulée. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16316] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo
dicendum ad primam quaestionem, quod aliquis actus dicitur esse actus
virtutis dupliciter. Uno modo materialiter ; et sic quilibet actus qui
non habet malitiam implicitam vel defectum debitae circumstantiae, actus
virtutis dici potest : quia quolibet tali actu potest uti virtus in suum
finem, sicut est ambulare, loqui, et hujusmodi. Alio modo dicitur aliquis
actus esse actus virtutis formaliter : quia in suo nomine formam et
rationem virtutis implicitam habet ; sicut fortiter sustinere, dicitur
actus fortitudinis. Formale autem cujuslibet virtutis moralis est ratio medii ;
unde omnis actus qui rationem medii importat, actus virtutis formaliter est.
Et quia aequalitas medium est, quod suo nomine satisfactio importat (non enim
dicitur aliquid satisfactum nisi secundum proportionem aequalitatis ad
aliquid), constat quod satisfactio etiam formaliter est actus virtutis. |
Un acte est appelé l’acte d’une vertu
de deux façons. D’une façon, à titre de
matière : ainsi, n’importe quel acte qui ne comporte pas de
malice implicite ou de carence d’une circonstance appropriée peut
être appelé un acte de vertu, car une vertu peut utiliser un tel
acte pour sa fin, ainsi marcher, parler et les choses de ce genre.
D’une autre façon, un acte est l’acte d’une vertu de
manière formelle, car son nom même comporte implicitement la
forme et le caractère de vertu, comme le fait de supporter avec force
est appelé un acte de force. Or, ce qui est formel en toute vertu
morale est le caractère de milieu. Aussi toute vertu qui comporte le
caractère de milieu est un acte de vertu au sens formel. Et parce que
l’égalité est un milieu, qu’implique la
satisfaction par son nom même (en effet, on ne parle de satisfaction
que selon une proportion d’égalité par rapport à
quelque chose), il est clair que la satisfaction est aussi un acte de vertu
de manière formelle. |
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[16317] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis satisfacere in se sit debitum, tamen
inquantum satisfaciens voluntarie hoc opus exequitur, rationem gratuiti
accipit ex parte operantis ; et sic operans facit de necessitate
virtutem : ex hoc enim debitum diminuere habet meritum, quod
necessitatem importat, quae voluntati contrariatur ; unde si voluntas
necessitate consentiat, ratio meriti non tolletur. |
1. Bien que satisfaire soit en soi une dette, toutefois,
dans la mesure où celui qui satisfait accomplit volontairement cet acte,
il prend un caractère gratuit du point de vue de celui qui agit. Celui
qui agit ainsi fait de nécessité vertu. En effet, la diminution
de la dette, qui implique une nécessité contraire à la
volonté, est ainsi méritoire. Si la volonté consent
à ce qui est nécessaire, le caractère de mérite
ne sera donc pas enlevé. |
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[16318] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod actus virtutis non requirit voluntarium in eo qui
facit, quia illius actus est ; et ideo, cum ille in quem judex vindictam
exercet, se habeat ut patiens ad satisfactionem, non ut agens ; non
oportet quod in eo voluntaria sit satisfactio, sed in judice faciente. |
2. L’acte vertueux n’exige pas quelque chose
de volontaire chez celui qui l’accomplit, car c’est son acte.
Puisque celui contre lequel un juge exerce le châtiment exerce le
rôle de sujet par rapport à la satisfaction, et non celui
d’agent, il n’est donc pas nécessaire que la satisfaction
soit volontaire chez lui, mais chez le juge qui la réalise. |
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[16319] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod principale in virtute potest accipi dupliciter. Uno modo principale in
ipsa, inquantum est virtus ; et sic ea quae ad rationem pertinent, vel
magis ei propinqua sunt, principaliora sunt in virtute ; et sic electio
et interiores actus in virtute, inquantum virtus est, principaliores sunt.
Alio modo potest accipi principale in virtute, inquantum est talis
virtus ; et sic principalius in ipsa est ex quo determinationem recipit.
Actus autem interiores in aliquibus virtutibus determinantur per
exteriores : quia electio, quae est communis omnibus virtutibus, ex hoc
quod est electio talis actus, efficitur propria hujus virtutis ; et sic
actus exteriores in aliquibus virtutibus sunt principaliores ; et ita
etiam est in satisfactione. |
3. Ce qu’il y a de principal dans la vertu peut s’entendre
de deux manières. D’une manière, ce qu’il y a de
principal en elle, en tant qu’elle est une vertu : ainsi, ce qui
se rapporte à la raison ou en est plus rapproché est plus
important dans la vertu et, de cette manière, le choix et les actes
intérieurs de la vertu sont plus importants dans la vertu en tant
qu’elle est une vertu. D’une autre manière, on peut
entendre ce qui est principal dans une vertu, en tant qu’elle est telle
vertu : ainsi, est plus important en elle ce qui lui donne sa
détermination. Or, les actes intérieurs de certaines vertus
sont déterminés par des actes extérieurs, car le choix,
qui est commun à toutes les vertus, du fait qu’il est le choix
de telle vertu, devient propre à cette vertu. Ainsi, les actes
extérieurs de certaines vertus sont-ils plus importants. Et il en est
de même pour la satisfaction. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16320] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod secundum
philosophum in 5 Ethic., medium justitiae accipitur secundum adaequationem
rei ad rem in proportionalitate aliqua. Unde cum talem adaequationem ipsum nomen
satisfactionis importet, quia hoc adverbium satis aequalitatem proportionis
designat ; constat quod satisfactio formaliter justitiae actus est. Sed
justitiae actus, secundum philosophum, est vel sui ad alterum, ut quando
aliquis reddit alteri quod ei debet ; vel alterius ad alterum, sicut
quando judex facit justitiam inter duos. Quando autem actus justitiae est sui
ad alterum, aequalitas in ipso faciente constituitur ; quando autem
alterius ad alterum, aequalitas constituitur in justum passo. Et quia
satisfactio aequalitatem in ipso faciente exprimit, dicit actum justitiae qui
est sui ad alterum proprie loquendo. Sed sui ad alterum potest aliquis facere
justitiam vel in actionibus et passionibus, vel in rebus exterioribus ;
sicut etiam injuria fit alteri vel subtrahendo res, vel sub aliquam actionem
laedendo. Et quia usus rerum exteriorum est dare ; ideo actus justitiae,
secundum quod aequalitatem in rebus exterioribus constituit, proprie dicitur
hoc quod est reddere. Sed satisfacere, aequalitatem in actionibus demonstrat,
quamvis quandoque unum pro altero ponatur. Et quia adaequatio non est nisi inaequalium,
ideo satisfactio inaequalitatem actionum praesupponit ; quae quidem offensam
constituit ; et ideo habet respectum ad offensam praecedentem. Nulla
autem pars justitiae respicit offensam praecedentem, nisi vindicativa
justitia, quae aequalitatem constituit in eo qui justum patitur
indifferenter ; sive sit patiens idem quod agens, ut quando aliquis sibi
ipsi poenam infert ; sive non sit idem, ut quando judex alium
punit ; ad utrumque vindicativa justitia se habente. Similiter et poenitentia,
quae aequalitatem tantum in faciente importat, quia ipsemet poenam
tenet ; ut sic quodammodo poenitentia vindicativae justitiae species
fit. Et propter hoc constat quod satisfactio, quae aequalitatem respectu offensae
praecedentis in faciente importat, opus justitiae est quantum ad illam partem
quae poenitentia dicitur. |
Selon le Philosophe, dans Éthique, V, le milieu de
la justice se prend selon la réalisation de
l’égalité entre une chose et une autre selon une certaine
proportionnalité. Puisque le mot même de satisfaction implique
une telle réalisation de l’égalité, parce que
l’adverbe « assez » [satis] désigne une
égalité proportionnelle, il est clair que la satisfaction est
de manière formelle un acte de justice. Or, selon le Philosophe,
l’acte de justice est ou bien le fait de soi envers un autre, comme
lorsque quelqu’un rend à un autre ce qu’il lui doit, ou
bien le fait d’un autre envers un autre, comme lorsqu’un juge
rend justice entre deux personnes. Or, lorsque l’acte de la justice est
le fait de soi envers un autre, l’égalité est
établie chez celui-là même qui l’accomplit ;
mais lorsqu’il est le fait d’un autre envers un autre, l’égalité
est établie chez celui qui est le sujet de ce qui est juste. Et parce
que la satisfaction exprime l’égalité chez celui qui
l’accomplit, elle exprime à proprement parler un acte de justice
qui est le fait de soi envers un autre. Or, on peut accomplir la justice
envers un autre dans des actions et des passions ou dans des choses
extérieures, de même qu’un tort est fait à un autre
soit en lui enlevant des choses, soit en le blessant par une action. Et parce
que l’usage des choses extérieures consiste à donner,
l’acte de justice, selon qu’il établit une
égalité dans les choses extérieures, consiste à
proprement parler à rendre. Mais la satisfaction manifeste une
égalité dans les actions, bien que parfois une chose soit dite
pour l’autre. Et parce que le rétablissement de l’égalité
ne concerne que les choses inégales, la satisfaction présuppose
donc une inégalité des actions, qui constitue
l’offense ; elle est donc en rapport avec une offense
antérieure. Or ,aucune partie de la justice ne concerne une offense
antérieure, si ce n’est la justice punitive, qui établit
indifféremment une égalité celui qui est le sujet de ce
qui est juste, soit que le sujet soit le même que celui qui agit, comme
lorsque quelqu’un s’impose une peine à lui-même,
soit qu’il ne soit pas le même, comme lorsqu’un juge en
punit un autre : la justice punitive s’applique aux deux. Il en va
de même de la pénitence, qui comporte
l’égalité seulement chez celui qui agit, car
lui-même reçoit la peine, de sorte que, parfois, la
pénitence devient une espèce de la justice punitive. Pour cette
raison, il est clair que la satisfaction, qui comporte une
égalité par rapport à une offense antérieure, est
un acte de justice pour cette partie qui est appelée pénitence. |
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[16321] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod satisfactio, ut ex dictis patet, est quaedam
injuriae illatae recompensatio. Unde sicut injuria illata immediate ad
inaequalitatem justitiae pertingebat, et per consequens ad inaequalitatem
amicitiae oppositam ; ita et satisfactio directe ad aequalitatem
justitiae perducit, et ad aequalitatem amicitiae ex consequenti. Et quia
actus aliquis elicitive ab illo habitu procedit ad cujus finem immediate
ordinatur, imperative autem ab illo ad cujus finem ulterius tendit ;
ideo satisfactio elicitive est a justitia, sed imperative a caritate. |
1. Comme cela ressort de ce qui a été dit,
la satisfaction est une certaine compensation pour un prejudice causé.
De même que le préjudice causé concernait
immédiatement l’inégalité de la justice et, par
conséquent, l’inégalité opposée à
l’amitié, de même la satisfaction conduit-elle directement
à l’égalité de la justice et, par mode de
conséquence, à l’égalité de
l’amitié. Et parce qu’un acte est issu par choix de
l’habitus immédiatement ordonné à la fin de
celui-ci, mais, par mode de commandement, de celui dont il vise
ultérieurement la fin, la satisfaction vient donc d’un choix de
la justice, mais de la charité par mode de commandement. |
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[16322] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis justitia sit principaliter circa operationes,
tamen etiam ex consequenti est circa passiones, inquantum sunt operationum
causae. Sed
sicut justitia cohibet iram ne alteri laesionem injuste inferat, et
concupiscentiam ne ad aliorum torum accedat ; sic etiam satisfactio
potest peccatorum causas excidere. |
2. Bien que la justice porte principalement sur les
actions, elle porte toutefois par mode de conséquence sur les
passions, en tant qu’elles sont les causes des actions. Mais de
même que la justice retient la colère, pour qu’elle
n’en blesse pas injustement un autre, et la concupiscence, pour
qu’elle n’accède pas au lit d’un autre, de
même la satisfaction peut-elle retrancher des causes de
péchés. |
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[16323] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod quaelibet virtus moralis participat actus prudentiae, eo quod formaliter
ipsa complet in eis rationem virtutis, cum secundum eam medium accipiatur in
singulis virtutibus moralibus, ut patet per definitionem virtutis positam in
2 Ethic. |
3. Toute vertu morale participle aux actes de la prudence,
du fait que celle-ci achève en elles le caractère vertueux,
puisque le milieu est pris selon elle dans chacune des vertus morales, comme
cela ressort clairement de la définition de la vertu donnée
dans Éthique, II. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16324] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod justitia non
ad hoc tantum tendit ut inaequalitatem praecedentem auferat puniendo culpam
praeteritam, sed ut in futurum aequalitatem custodiat : quia secundum philosophum
in 2 Ethic., poenae medicinae sunt ; unde et satisfactio, quae est
justitiae actus poenam inferentis, est medicina, curans peccata praeterita,
et praeservans a futuris ; et ideo quando homo homini satisfacit, et praeterita
recompensat et de futuris cavet. Et secundum hoc dupliciter potest
satisfactio definiri. Uno modo respectu culpae praeteritae, quam
recompensando curat ; et sic dicitur, quod satisfactio est injuriae
illatae recompensatio secundum justitiae aequalitatem ; et in idem
dicitur redire definitio Anselmi, qui dicit, quod satisfacere est Deo debitum
honorem impendere, ut consideretur debitum ratione culpae commissae. Alio modo potest definiri
secundum quod praeservat a culpa futura ; et sic definit eam hic Augustinus.
Praeservatio
autem a morbo corporali fit per ablationem causarum ex quibus morbus consequi
potest : eis enim ablatis non potest morbus sequi. Sed in morbo spirituali non est ita : quia liberum
arbitrium non cogitur ; unde causis praecedentibus potest vitari,
quamvis difficulter causis amotis potest incurri. Et ideo in satisfactionis
definitione duo ponit : scilicet abscissionem causarum quantum ad
primum, et abstinentiam liberi arbitrii a peccato quantum ad secundum. |
La justice ne vise pas seulement à enlever
l’inégalité antérieure en punissant une faute
passée, mais à maintenir l’égalité à
l’avenir, car, selon le Philosophe, dans Éthique, II, les peines sont des remèdes. Aussi la
satisfaction, qui est un acte de la justice imposant une peine, est-elle un
remède qui guérit les péchés passés et
préserve des [péchés] futurs. C’est pourquoi,
lorsqu’un homme satisfait, il compense pour les [péchés]
passés et évite les [péchés] futurs. La
satisfaction peut ainsi être définie de deux manières.
D’une manière, par rapport à la faute passée,
qu’elle guérit en la compensant : ainsi dit-on que la
satisfaction est une compensation pour le préjudice porté,
selon l’égalité de la justice. La définition
d’Anselme revient à la même chose : il dit que
satisfaire consiste à rendre l’honneur dû à Dieu,
en prenant en compte la dette en raison d’une faute commise.
D’une autre manière, elle peut être définie selon
qu’elle préserve d’une faute future : ainsi la
définit ici Augustin. Or, la préservation de la la maladie corporelle
se réalise par l’enlèvement des causes dont peut
découler une maladie : en effet, une fois celles-ci
enlevées, il ne peut en découler de maladie. Mais, dans la
maladie spirituelle, il n’en va pas de même, car le libre arbitre
n’est pas contraint ; aussi [le péché] peut-il
être évité selon les causes antérieures, bien
qu’il puisse être difficilement encouru selon les causes
enlevées. C’est pourquoi, il présente deux choses dans la
définition de la satisfaction : le retranchement des causes, pour
le premier point, et l’abstention du péché du libre
arbitre, pour le second. |
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[16325] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod accipiendae sunt causae proximae peccati actualis,
quae dicuntur duo : scilicet libido ex consuetudine vel actu peccati
relicta, et aliquae reliquiae peccati praeteriti ; et exteriores
occasiones ad peccandum, ut locus, societas mala, et hujusmodi ; et
tales causae in hac vita per satisfactionem tolluntur ; quamvis fomes,
qui est causa remota peccati actualis, non tollatur totaliter in hac vita per
satisfactionem, etsi debilitetur. |
1. Il faut prendre en compte les causes prochaines du
péché actuel, qui sont doubles : le désir intense
laissé par l’habitude ou par l’acte du
péché, et certains restes du péché
passé ; les occasions extérieures de pécher, tels
le lieu, les mauvaises fréquentations et les choses de ce genre. Ces
causes sont enlevées en ce monde par la satisfaction, bien que le désir
désordonné, qui est la cause éloignée du
péché actuel, ne soit pas entièrement enlevé en
cette vie par la satisfaction, même s’il est affaibli. |
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[16326] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quia causa mali vel privationis, eo modo quo causam
habet, non est nisi bonum deficiens ; bonum autem facilius tollitur quam
construatur ; ideo facilius est causas privationis et mali abscindere,
quam ipsum malum removere, quod non removetur nisi per constructionem
boni ; quod patet in caecitate et causis ejus. Et tamen causae peccati
praedictae non sunt causae sufficientes, cum ex eis non de necessitate
sequatur peccatum, sed sunt actiones quaedam. Nec iterum satisfactio sine Dei
auxilio fit, quia sine caritate esse non potest, ut dicetur. |
2. Parce que la cause du mal ou d’une privation,
autant que cela ait une cause, n’est qu’un bien déficient,
mais que le bien est plus facilement enlevé qu’il n’est
édifié, il est donc plus facile de retrancher les causes de la
privation et du mal que d’enlever le mal lui-même, qui
n’est enlevé que par l’édification du bien, ce qui
ressort clairement dans la cécité et dans ses causes. Toutefois,
les causes du péché dont il a été question ne
sont pas des causes efficientes, puisque le péché ne
découle pas d’elles nécessairement, mais elles sont des
actions. De plus, la satisfaction n’est pas accomplie sans l’aide
de Dieu, car, sans la charité, elle ne peut exister, comme on le dira. |
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[16327] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis poenitentia ex prima sui intentione respiciat
praeteritum, tamen etiam ex consequenti futurum respicit, inquantum est
medicina praeservans ; et sic etiam satisfactio. |
3. Bien que la pénitence vise en premier lieu le
passé, elle vise toutefois aussi l’avenir, pour autant
qu’elle soit un remède qui préserve. Ainsi en est-il
aussi de la satisfaction. |
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[16328] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod Augustinus definit satisfactionem secundum quod fit
Deo, cui secundum rei veritatem nihil subtrahi potest, quamvis peccator
quantum in se est, aliquid subtrahat ; et ideo in satisfactione tali
principalius requiritur emendatio in futurum quam recompensatio
praeteritorum ; et propter hoc ex parte ista Augustinus satisfactionem
definivit. Nihilominus
tamen ex cautela futurorum cognosci potest recompensatio praeteritorum, quia
fit circa eadem converso modo. In praeterita enim respicientes, causas
peccatorum propter peccata detestamur, a peccatis incipientes detestationis
motum ; sed in cautela a causis incipimus, ut causis subtractis facilius
peccata vitemus. |
4. Augustin définit la satisfaction selon
qu’elle s’adresse à Dieu, à qui, à la
vérité, rien ne peut être enlevé, bien que le
pécheur enlève quelque chose de son côté.
C’est pourquoi, dans une telle satisfaction, est surtout requise la
correction à l’avenir plutôt que la compensation pour le
passé. C’est pourquoi Augustin a défini la satisfaction
de ce point de vue. Néanmoins, on peut connaître la compensation
du passé par le soin apporté à l’avenir, car elle
porte sur les mêmes choses de manière inverse. En effet, en
considérant le passé, nous détestons les causes des
péchés en raison des péchés, en amorçant
le mouvement de détestation à partir des
péchés ; mais nous commençons par le soin
apporté aux causes afin d’éviter plus facilement les
péchés en enlevant les causes. |
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[16329] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod non est inconveniens quod de eodem dentur diversae
assignationes secundum diversa quae in ipso inveniuntur ; et sic est in
proposito, ut ex dictis patet. |
5. Il n’est pas inapproprié de donner
diverses attributions pour la même chose selon les divers aspects
qu’on y trouve. Ainsi en est-il pour ce qui est en cause, comme cela
ressort de ce qui a été dit. |
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[16330] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 6 Ad
sextum dicendum, quod intelligitur debitum quod debemus Deo ratione culpae
commissae : quia debitum poenitentia respicit, ut prius dictum est. |
6. On entend la dette que nous devons à Dieu en
raison de la faute commise, car la pénitence porte sur la dette, comme
on l’a dit plus haut. |
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Articulus 2 [16331] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 tit. Utrum homo possit Deo satisfacere |
Article 2 – L’homme peut-il rendre satisfaction à Dieu ? |
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[16332] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 2 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod homo non possit Deo satisfacere.
Satisfactio enim debet aequari offensae, ut ex dictis patet. Sed offensa in
Deum commissa, est infinita, quia quantitatem recipit ab eo in quem
committitur ; cum plus offendat qui principem percutit quam alium
quemcumque. Cum ergo actio hominis non possit esse infinita, videtur quod
homo Deo satisfacere non possit. |
1. Il semble que l’homme ne puisse rendre
satisfaction à Dieu. En effet, la satisfaction doit être
égale à l’offense, comme cela ressort de ce qui a
été dit. Or, l’offense commise envers Dieu est infinie,
car elle reçoit sa quantité de celui envers qui elle est
commise, puisque l’offense de celui qui frappe un dirigeant est plus
grande que pour n’importe quel autre. Puisque l’action de
l’homme ne peut être infinie, il semble donc que l’homme ne
puisse rendre satisfaction à Dieu. |
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[16333] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 arg. 2 Praeterea,
servus, quia totum quod habet, domini est, non potest aliquid domino recompensare.
Sed nos servi
Dei sumus ; et quidquid nos boni habemus, ab ipso habemus. Cum ergo
satisfactio sit recompensatio offensae praeteritae, videtur quod Deo
satisfacere non possimus. |
2. Parce que tout ce qu’il possède
appartient au maître, le serviteur ne peut rendre une compensation au
maître. Or, nous sommes les serviteurs de Dieu et tout ce que nous
avons de bien, nous le tenons de lui. Puisque la satisfaction est une
compensation pour une offense passée, il semble donc que nous ne puissions
pas rendre satisfaction à Dieu. |
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[16334] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 arg. 3 Praeterea,
ille cujus totum quod habet non sufficit ad unum debitum exsolvendum, non
potest alii debito satisfacere. Sed quidquid homo est et potest et habet, non sufficit
ad solvendum debitum pro beneficio conditionis ; unde Isaiae cap. 40,
dicitur, quod Libanus ad succendendum, et animalia ejus non sufficient ad
holocaustum. Ergo nullo modo potest satisfacere pro debito offensae commissae. |
3. Celui dont tout ce qu’il possède ne
suffit pas à rembourser une dette ne peut satisfaire pour une autre
dette. Or, tout ce que l’homme est, peut et possède ne suffit
pas à rembourser sa dette pour le bienfait de sa condition. Aussi
Is 40 dit-il que le Liban ne
suffira pas entretenir le feu et ses animaux ne suffiront pas pour
l’holocauste. Il ne peut donc d’aucune manière rendre
satisfaction pour la dette de l’offense commise. |
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[16335] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 arg. 4 Praeterea, homo totum
tempus suum in Dei servitium debet expendere. Sed
tempus amissum non potest recuperari : propter quod est gravis jactura
temporis, ut Seneca dicit. Ergo non potest homo recompensationem Deo facere ;
et sic idem quod prius. |
4. L’homme doit passer tout son temps au service de
Dieu. Or, le temps perdu ne peut être retrouvé, raison pour
laquelle c’est une grande perte que celle du temps, comme le dit
Sénèque. L’homme ne peut donc compenser Dieu. La
conclusion est ainsi la même que précédemment. |
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[16336] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 arg. 5 Praeterea,
peccatum actuale mortale est gravius quam originale. Sed pro originali nullus
satisfacere potuit, nisi esset Deus et homo. Ergo neque pro actuali. |
5. Le péché mortel actuel est plus grave
que le péché originel. Or, personne ne pouvait satisfaire pour le
péché originel, à moins d’être Dieu et
homme. Il ne le peut donc pas non plus pour le péché actuel. |
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[16337]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 s. c. 1 Sed contra, sicut Hieronymus dicit, qui dicit Deum
aliquid impossibile homini praecepisse, anathema sit. Sed satisfactio est
in praecepto : Luc. 3, 8 : facite dignos fructus poenitentiae.
Ergo possibile est Deo satisfacere. |
Cependant, [1] comme le dit Jérôme, « celui
qui dit que Dieu a ordonné quelque chose d’impossible,
qu’il soit anathème ». Or, la satisfaction est
l’objet d’un commandement, Lc 3, 8 : Produisez de dignes fruits de
pénitence. Il est donc possible de rendre satisfaction à
Dieu. |
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[16338] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 s. c. 2 Praeterea,
Deus est magis misericors quam aliquis homo. Sed homini possibile est
satisfacere. Ergo et Deo. |
[2] Dieu est plus miséricordieux qu’un homme.
Or, il est possible de rendre satisfaction à un homme. Cela est donc
aussi [possible] envers Dieu. |
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[16339] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 s. c. 3 Praeterea,
debita satisfactio est cum poena culpae aequatur : quia justitia est
idem quod contrapassum, ut Pythagorici dixerunt. Sed contingit aequalem poenam
sumere delectationi, quae fuit in peccando. Ergo
contingit Deo satisfacere. |
[3] La satisfaction due est égale à la
peine pour la faute, car la justice est la même chose qu’un
contrepoids, comme le disaient les pythagoriciens. Or, il arrive qu’on
prenne à la peine un plaisir égal à celui qui existait
à pécher. Il arrive donc qu’on rende satisfaction à
Dieu. |
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[16340] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 co. Respondeo dicendum, quod,
sicut supra dictum est, dupliciter homo Deo debitor efficitur. Uno modo
ratione beneficii accepti ; alio modo ratione peccati commissi. Et sicut
gratiarum actio vel latria, vel si quid est hujusmodi, respicit debitum
accepti beneficii, ita satisfactio respicit debitum peccati commissi. In his
autem honoribus qui sunt ad parentes et deos, etiam secundum philosophum,
impossibile est aequivalens reddere secundum quantitatem ; sed sufficit ut
homo reddat quod potest : quia amicitia non exigit aequivalens nisi
secundum quod possibile est ; et hoc etiam aequale est aliqualiter,
scilicet secundum proportionalitatem : quia sicut se habet quod Deo est
debitum ad ipsum Deum, ita hoc quod iste potest reddere, ad eum ; et sic
aliquo modo forma justitiae conservatur ; et similiter est ex parte
satisfactionis. Unde non potest homo
satisfacere, si ly satis aequalitatem quantitatis importet. Contingit autem,
si importet aequalitatem proportionis, ut dictum est, et hoc sicut sufficit
ad rationem justitiae, ita sufficit ad rationem satisfactionis. |
Réponse
à l’article 2 Comme on l’a dit plus haut, l’homme devient
débiteur de Dieu de deux manières. D’une manière,
en raison d’un bienfait reçu ; d’une autre manière,
en raison d’un péché commis. De même que
l’action de grâce ou latrie, ou quelque chose de ce genre,
concerne la dette pour un bienfait reçu, de même la satisfaction
concerne la dette pour le péché commis. Or, pour les honneurs
qui s’adressent aux parents et aux dieux, même selon le
Philosophe, il est impossible de rendre ce qui a une valeur égale en
quantité, mais il suffit que l’homme rendre ce qu’il peut,
car l’amitié n’exige d’équivalent que selon
ce qui est possible. Et même ce qui est ainsi égal ne
l’est que d’une certaine manière, à savoir, de
manière proportionnelle, car le rapport à Dieu de ce qui est
dû à Dieu lui-même ressemble à ce que
[l’homme] peut lui rendre. De cette manière, la forme de la
justice est ainsi respectée. De même en est-il pour la
satisfaction. L’homme ne peut donc pas satisfaire si satis [assez] implique une
égalité selon la quantité. Mais cela se produit
s’il comporte une égalité proportionnelle, comme on
l’a dit ; et de même que cela correspond suffisamment
à la justice, de même cela correspond-il suffisamment à
la satisfaction. |
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[16341]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sicut offensa habuit
quamdam infinitatem ex infinitate divinae majestatis, ita et satisfactio
accipit quamdam infinitatem ex infinitate divinae misericordiae, prout est
gratia informata, per quam acceptum redditur quod homo reddere potest. Quidam
tamen dicunt, quod habet infinitatem ex parte aversionis, et sic gratis
dimittitur ; sed ex parte conversionis finita est, et sic pro ea
satisfieri potest. Sed hoc nihil est ; quia satisfactio non respondet
peccato nisi secundum quod est offensa Dei : quod non habet ex parte
conversionis, sed solum ex parte aversionis. Alii vero dicunt, quod etiam
quantum ad aversionem pro peccato satisfieri potest virtute meriti Christi,
quod quodammodo infinitum fuit, ut in 3 Lib., dist. 18, qu. 1, art. 6,
quaestiunc. 1, dictum est ; et hoc in idem redit quod prius dictum
est ; quia per fidem mediatoris gratia data est credentibus. Si tamen alio modo gratiam daret, sufficeret
satisfactio per modum praedictum. |
1. De même que l’offense comportait une
certaine infinité en raison de l’infinité de la
majesté divine, de même aussi la satisfaction reçoit-elle
une certaine infinité en raison de l’infinité de la
miséricorde divine, pour autant qu’elle reçoit la forme
de la grâce, par laquelle ce que l’homme peut rendre est rendu
agréable [à Dieu]. Cependant, certains disent qu’elle
possède une infinité du fait qu’on s’est
détourné [de Dieu] et qu’ainsi, elle est gratuitement
remise, mais que, du point de vue de la conversion, elle est finie et
qu’ainsi, il est possible de satisfaire. Mais cela est futile, car la satisfaction
ne correspond au péché que selon qu’il est une offense
à Dieu, ce qui ne vient pas de la conversion, mais seulement du fait
qu’on s’est détourné [de Dieu]. Mais d’autres
disent que, même s’il l’on s’est
détourné [de Dieu], on peut satisfaire pour un péché
en vertu du mérite du Christ, qui était d’une certaine
manière infini, comme on l’a dit dans le livre III, d. 18,
q. 1, a. 6, qa 1. Cela revient à la même chose qui a
été dite précédemment, car c’est par la foi
au médiateur que la grâce a été donnée. Cependant,
s’il donnait la grâce d’une autre manière, la
satisfaction serait suffisante de la manière indiquée plus
haut. |
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[16342] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod homo, qui ad imaginem Dei factus est, aliquid
libertatis participat, inquantum est dominus suorum actuum per liberum
arbitrium ; et ideo ex hoc quod per liberum arbitrium agit, Deo
satisfacere potest ; quia quamvis Dei sit, prout a Deo est sibi
concessum, libere tamen traditum est, ut ejus dominus sit ; quod servo
non competit. |
2. L’homme, qui a été
créé à l’image de Dieu, participe à quelque
chose de la liberté, pour autant qu’il est maître de ses
actes par le libre arbitre. C’est pourquoi, du fait qu’il agit
par son libre arbitre, il peut rendre satisfaction à Dieu, car, bien
qu’il appartienne à Dieu, il lui a cependant été
donné librement d’être maître de lui-même,
selon que Dieu le lui a accordé. Cela n’appartient pas au serviteur. |
|
[16343] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ratio illa concludit, quod Deo aequivalens satisfactio
fieri non possit ; non autem quod non possit sibi sufficiens fieri.
Quamvis enim homo totum suum posse Deo debeat, non tamen ab eo exigitur de
necessitate ut totum quod possit, faciat ; quia hoc est impossibile
secundum statum praesentis vitae, ut totum posse suum ad aliquid unum expendat,
cum oporteat eum circa multa solicitum esse ; sed est quaedam mensura
homini adhibita, quae ab eo requiritur, scilicet impletio mandatorum
Dei ; et super ea potest aliquid erogare, ut satisfaciat. |
3. Ce raisonnement conclut qu’une satisfaction
équivalente ne peut pas être rendue à Dieu, mais non
qu’elle ne peut être suffisante pour lui. En effet, bien que
l’homme doive à Dieu tout ce qu’il peut, il n’est
cependant pas nécessairement exigé de lui qu’il fasse
tout ce qu’il peut, car cela est impossible, dans l’état
de la vie présente, qu’il consacre tout ce qu’il peut
à une seule chose, puisqu’il doit s’occuper de beaucoup de
choses. Mais une certaine mesure a été donnée à
l’homme, qui est exigée de lui, à savoir,
l’accomplissement des commandements de Dieu. Sur ce point, il peut
payer afin de satisfaire. |
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[16344] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quamvis homo non possit tempus praeteritum recuperare,
potest tamen in futuro recompensare illud quod in praeterito facere
debuisset ; quia non debuit debito praecepti totum quod potuit, ut
dictum est. |
4. Bien que l’homme ne puisse retrouver le temps
perdu, il peut cependant compenser à l’avenir pour ce
qu’il aurait dû faire dans le passé, car il ne devait pas
tout ce qu’il pouvait selon ce qui était dû en vertu
d’un commandement, ainsi qu’on l’a dit. |
|
[16345] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod originale peccatum, etsi minus habeat de ratione
peccati quam actuale, tamen est gravius, quia est ipsius humanae naturae
infectio ; ideo per unius hominis puri satisfactionem expiari non
potuit, sicut actuale. |
5. Le péché originel, même s’il
a moins le caractère de péché que le
[péché] actuel, est cependant plus grave, car il est une
infection de la nature humaine elle-même. C’est pourquoi il ne
pouvait être expié par la satisfaction d’un seul homme en
tant que tel, comme le [péché] actuel. |
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Articulus 3 [16346] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 tit. Utrum homo possit de uno peccato
sine alio satisfacere |
Article 3 – L’homme peut-il satisfaire pour un péché sans le faire pour un autre ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [L’homme peut-il satisfaire pour un
péché sans le faire pour un autre ?]
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[16347] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 3 qc.
1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod homo possit de uno
peccato sine alio satisfacere. Eorum enim quae non habent connexionem ad
invicem, unum potest auferri sine alio. Sed peccata non habent ad invicem
connexionem ; alias qui haberet unum, haberet omnia. Ergo unum potest
expiari sine alio per satisfactionem. |
1. Il semble que l’homme puisse satisfaire pour un péché sans le faire pour un autre. En effet, une chose peut être enlevée sans une autre lorsqu’elles n’ont pas de connexion entre elles. Or, les péchés n’ont pas de connexion entre eux, autrement, celui qui en aurait un les aurait tous. Une chose peut donc être expiée sans une autre par la satisfaction. |
|
[16348] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Deus est magis misericors quam homo. Sed homo recipit
solutionem unius debiti sine alio. Ergo et Deus satisfactionem unius peccati
sine alio. |
2. Dieu est plus miséricordieux que l’homme.
Or, l’homme reçoit l’acquittement d’une dette sans
celui d’une autre. Dieu peut donc [recevoir] satisfaction pour un
péché sans la recevoir pour un autre. |
|
[16349] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, satisfactio, ut in littera dicitur, est peccatorum causas
excidere, nec suggestionibus aditum indulgere. Sed contingit hoc fieri de uno
peccato sine alio, ut scilicet luxuriam refrenet, et avaritiae insistat. Ergo
de uno peccato potest fieri satisfactio sine alio. |
3. Comme il est dit dans le texte, la satisfaction
consiste à retrancher les causes des péchés et à
ne plus laisser d’accès aux suggestions. Or, il arrive que cela
se produise pour un péché et non pour un autre, comme de
réfréner la luxure et de demeurer dans l’avarice. On peut
donc rendre satisfaction pour un péché sans le faire pour un autre. |
|
[16350] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, Isaiae 58, dicitur, quod jejunium eorum qui
ad contentiones et lites jejunabant, Deo acceptum non erat ; licet
jejunium sit satisfactionis opus. Sed non potest fieri satisfactio nisi per
opus Deo acceptum. Ergo non potest, qui habet aliquod peccatum, Deo satisfacere. |
Cependant, [1] il est dit dans Is 58, que le jeûne de
ceux qui jeûnaient pour se livrer
aux querelles et aux disputes, n’était pas agréable
à Dieu, bien que le jeûne soit un acte de satisfaction. Or,
satisfaction ne peut être rendue que par un acte agréable
à Dieu. Celui qui a un péché ne peut donc pas rendre
satisfaction à Dieu. |
|
[16351] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, satisfactio est medicina curans peccata
praeterita, et praeservans a futuris, ut dictum est. Sed peccata non possunt
sine gratia curari. Ergo, cum quodlibet peccatum gratiam auferat, non potest
de uno peccato fieri satisfactio sine alio. |
[2] La satisfaction est un remède qui
guérit les péchés passés et préserve des
péchés futurs, comme on l’a dit. Or, les
péchés ne peuvent pas être guéris sans la
grâce. Puisque tout péché enlève la grâce,
on ne peut donc pas satisfaire pour un péché sans le faire pour
un autre. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Celui qui tombe dans le péché, après avoir été contrit de tous ses péchés, peut-il satisfaire sans la charité pour les péchés qui lui avaient été remis par la contrition ?] |
|
[16352]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod qui de peccatis omnibus contritus
fuerit prius, et postea in peccatum incidit, de aliis peccatis quae sibi per
contritionem dimissa fuerant, satisfacere possit extra caritatem existens.
Dixit enim Daniel, Nabuchodonosori : peccata tua eleemosynis redime.
Sed ipse adhuc peccator erat, quod sequens poena demonstrat. Ergo potest
existens in peccato satisfacere. |
1. Il semble que celui
qui tombe dans le péché, après avoir été contrit
de tous ses péchés, puisse satisfaire sans la charité
pour les péchés qui lui avaient été remis par la
contrition. En effet, Daniel dit à Nabuchodonosor : Rachète
tes péchés par des aumônes. Or, celui-ci était
encore pécheur, ce que montre la peine qui a suivi. Celui qui est dans
le péché peut donc satisfaire. |
|
[16353] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, nemo scit
an sit dignus
odio, vel amore ; Eccle. 6. Si ergo
non posset fieri satisfactio nisi ab eo qui est in caritate, nullus sciret se
satisfacere ; et hoc est inconveniens. |
2. Personne ne sait s’il est digne de haine ou
d’amour, Qo 6. Si satisfaction ne pouvait être rendue que
par celui qui a la charité, personne ne saurait s’il a
satisfait. Mais cela est inacceptable. |
|
[16354] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, ex intentione quam homo habet in principio actus, totus
actus informatur. Sed poenitens quando poenitentiam inchoavit, in caritate
erat. Ergo tota satisfactio sequens ex illa caritate intentionem ejus
informante efficaciam habebit. |
3. Tout l’acte reçoit sa forme de
l’intention qu’a l’homme au début de son acte. Or,
le pénitent, lorsqu’il a commencé sa pénitence,
avait la charité. Toute la satisfaction découlant de cette
charité qui donne forme à son intention aura donc une
efficacité. |
|
[16355] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 2 arg. 4 Praeterea, satisfactio
consistit in quadam adaequatione poenae ad culpam. Sed talis adaequatio potest fieri in eo qui caritatem
non habet. Ergo et cetera. |
4. La satisfaction consiste dans un certain rétablissement
de l’égalité entre la peine et la faute. Or, un tel
rétablissement peut être réalisé chez celui qui
n’a pas la charité. Donc, etc. |
|
[16356] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, Proverb. 10, 12 : universa delicta
operit caritas. Sed satisfactionis virtus est delere delicta. Ergo sine caritate
non habet suam virtutem. |
Cependant, [1] Pr 10, 12 : La charité recouvre toutes les fautes. Or, la puissance de
la satisfaction consiste à détruire les fautes. Elle n’a
donc pas d’efficacité sans la charité. |
|
[16357] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 2 s. c. 2 Praeterea,
praecipuum opus in satisfaciendo est eleemosyna. Sed eleemosyna extra
caritatem facta non valet, ut patet 1 Corinth. 13, 3 : si distribuero
in cibos pauperum omnes facultates meas (...) caritatem autem non habuero,
nihil mihi prodest. Ergo nec
satisfactio aliqua est. |
[2] Le principal acte de satisfaction est l’aumône.
Or, l’aumône faite sans la charité n’a pas de
valeur, comme cela ressort de 1 Co 13, 3 : Si je distribue tous mes biens pour
nourrir les pauvres…, et si je n’ai pas la charité, cela
ne me sert à rien. Ce n’est donc pas non plus une
satisfaction. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La satisfaction antérieure acquiert-elle une valeur après qu’on a retrouvé la charité ?] |
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[16358]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod postquam homo caritatem
habuerit, valere incipiat satisfactio praecedens. Super illud Levit.
25 : si attenuatus fuerit frater tuus, dicit Glossa, quod fructus
bonae conversationis debent computari ex eo tempore quo peccavit. Sed non
computarentur, nisi aliquam efficaciam acciperent ex caritate sequente. Ergo
post caritatem recuperatam valere incipiunt. |
1. Il semble que la
satisfaction antérieure acquière une valeur après qu’on
a retrouvé la charité. À propos de Lv 25 : Si
ton frère est exténué, la Glose dit que les fruits
d’un bon comportement doivent être comptés à partir
du moment où l’on a péché. Or, ils ne seraient pas
comptés, à moins de recevoir une efficacité de la
charité subséquente. Ils commencent donc à avoir de la valeur
après qu’on a retrouvé la charité. |
|
[16359] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, sicut
efficacia satisfactionis impeditur per peccatum, ita efficacia Baptismi
impeditur per fictionem. Sed Baptismus
incipit valere recedente fictione. Ergo et satisfactio recedente peccato. |
2. De même que l’efficacité de la
satisfaction est empêchée par le péché, de même
l’efficacité du baptême est-elle empêchée par
la feinte. Or, le baptême commence à avoir de la valeur lorsque
la feinte s’éloigne. Il en va donc de même de la
satisfaction, lorsque le péché s’éloigne. |
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[16360] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, si alicui pro peccatis commissis injuncta fuerint multa
jejunia, et in peccatum cadens ea perfecerit, non injungitur, cum iterum
confitetur, ut jejunia illa iteret. Injungeretur autem, si per ea satisfactio
non impleretur. Ergo per poenitentiam sequentem opera praecedentia
satisfaciendi efficaciam accipiunt. |
3. Si l’on avait imposé à quelqu’un
de nombreux jeûnes et s’il les avait accomplis en tombant dans le
péché, on ne lui impose pas, lorsqu’il se confesse de
nouveau, de répéter ces jeûnes. Or, ils lui seraient
imposés si la satisfaction n’était pas accomplie par eux.
Les actes précédents reçoivent donc une
efficacité pour satisfaire par une pénitence
subséquente. |
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[16361] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, opera
extra caritatem facta ideo non erant satisfactoria, quia fuerunt mortua. Sed per poenitentiam
non vivificantur. Ergo nec incipiunt esse satisfactoria. |
Cependant, [1] les actes accomplis sans la charité n’étaient
pas satisfactoires parce qu’ils étaient morts. Or, ils ne
reviennent pas à la vie par la pénitence. Ils ne commencent
donc pas à être satisfactoires. |
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[16362] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, caritas non informat actum nisi qui ab ipsa
aliqualiter procedit. Sed opera non possunt esse Deo accepta, ac per hoc nec
satisfactoria, nisi sint caritate informata. Ergo cum opera facta extra
caritatem nullo modo ex caritate processerint, vel de cetero procedere
possint, nullo modo poterunt in satisfactionem computari. |
[2] La charité ne donne pas forme à un acte
à moins qu’il ne procède d’elle de quelque
façon. Or, les actes ne peuvent être agréables à
Dieu et ne sont donc pas ainsi satisfactoires, à moins qu’ils ne
reçoivent forme de la charité. Puisque les actes accomplis sans
la charité ne procèdent d’aucune manière de la
charité ou ne peuvent par ailleurs en procéder, ils ne peuvent
donc pas être comptés comme satisfaction. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Les actes accomplis sans la charité méritent-ils un certain bien, tout au moins temporel ?] |
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[16363]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod opera extra caritatem facta sint
alicujus boni meritoria, saltem temporalis. Quia sicut se habet poena ad
malum actum, ita se habet praemium ad bonum. Sed nullum factum apud Deum justum
judicem est impunitum. Ergo nec aliquod bonum irremuneratum ; et sic per
illud bonum aliquid meretur. |
1. Il semble que les actes accomplis sans la
charité méritent un certain bien, tout au moins temporel, car
le rapport entre la peine et le mal accompli est le même qu’entre
le bien et la récompense. Or, aucun acte ne reste impuni de la part de
Dieu, le juste juge. Aucun bien non plus ne demeure donc sans
récompense et ainsi, par ce bien, quelque chose est
mérité. |
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[16364] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 2 Praeterea, merces non datur nisi merito. Sed operibus extra
caritatem factis datur merces, ut dicitur Matth. 5, de illis qui propter
gloriam humanam opera bona faciunt, quod receperunt mercedem suam. Ergo opera
illa fuerunt alicujus boni meritoria. |
2. La récompense n’est accordée
qu’au mérite. Or, une récompense est donnée pour
ce qui est accompli sans la charité, comme il est dit en Mt 5,
à propos de ceux qui accomplissent des actes bons pour une gloire
humaine, qu’ils ont reçu leur récompense. Ces actes ont
donc été méritoires d’un certain bien. |
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[16365] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 4 arg. 3 Praeterea, duo existentes in peccato, quorum unus multa bona facit
ex genere et circumstantia, alius autem nulla, non aequaliter propinque se
habent ad accipiendum bona a Deo ; alias non esset ei consulendum ut
aliquid boni faceret. Sed qui magis appropinquat Deo, magis de bonis
percipit. Ergo iste per bona opera quae facit, aliquid boni a Deo meretur. |
3. Deux hommes se trouvant dans le péché,
dont l’un accomplit beaucoup d’actes bons selon leur genre et
leurs circonstances, et l’autre, aucun, ne se rapprochent donc pas
également des biens à recevoir de Dieu, autrement, on ne
devrait pas lui conseiller de faire le bien. Or, celui qui s’approche
de Dieu reçoit davantage de biens. Celui qui accomplit des actes bons
mérite donc quelque chose de la part de Dieu. |
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[16366] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 4 s. c. 1 Sed contra est quod Augustinus dicit, quod peccator non
est dignus pane quo vescitur. Ergo non potest aliquid a Deo mereri. |
Cependant, [1] Augustin dit que le pécheur n’est pas
digne du pain dont il se nourrit. Il ne peut donc rient mériter de
Dieu. |
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[16367] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 4 s. c. 2 Praeterea, qui nihil est, non potest mereri. Sed
peccator non habens caritatem nihil est secundum esse spirituale, ut patet 1
Corinth. 13. Ergo non potest aliquid mereri. |
[2] Ce qui n’est rien ne peut mériter. Or,
le pécheur qui n’a pas la charité n’est rien selon
l’être spirituel, comme cela ressort de 1 Co 13. Il ne
peut donc rien mériter. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Les actes en question peuvent-ils avoir une valeur pour adoucir la peine en enfer ?] |
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[16368]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod opera praedicta non valeant ad
poenae infernalis mitigationem. Quia secundum quantitatem culpae, erit
quantitas poenae in Inferno. Sed opera extra caritatem facta non minuunt
quantitatem peccati. Ergo nec infernalis poenae. |
1. Il semble que les
actes en question n’aient pas de valeur pour adoucir la peine de l’enfer,
car la quantité de la peine en enfer sera en proportion de la
quantité de la faute. Or, les actes accomplis sans la charité
ne diminuent pas la quantité du péché. [Ils ne diminuent
donc pas non plus] la peine de l’enfer. |
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[16369] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 5 arg. 2 Praeterea, poena infernalis, quamvis sit duratione infinita, tamen
intensione finita est. Sed quodlibet finitum consumitur aliqua finita
subtractione facta. Si ergo opera extra caritatem facta, aliquid subtraherent
de poena debita pro peccatis, contingeret tantum multiplicari illa opera quod
totaliter tolleretur poena Inferni : quod falsum est. |
2. La peine de l’enfer, bien qu’elle soit d’une
durée infinie, a cependant une intensité finie. Or, tout ce qui
est fini disparaît lorsqu’on y fait une soustraction finie. Si
donc les actes accomplis sans la charité enlevaient quelque chose
à la peine due pour les péchés, il arriverait
qu’on multiplie tellement ces actes que la peine de l’enfer serait
enlevée, ce qui est faux. |
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[16370] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 5 arg. 3 Praeterea, suffragia
Ecclesiae sunt magis efficacia quam opera extra caritatem facta. Sed, sicut
Augustinus in Enchir. dicit, damnatis in Inferno non prosunt suffragia
Ecclesiae. Ergo multo minus opera extra caritatem facta. |
3. Les suffrages de l’Église sont plus
efficaces que les actes accomplis sans la charité. Or, comme Augustin
le dit dans l’Enchiridion,
les suffrages de l’Église ne sont pas utiles aux damnés.
Encore bien moins, donc, les actes accomplis sans la charité. |
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[16371] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 5 arg. 4 Sed contra est quod Augustinus dicit in Enchir. : ad hoc
prosunt ut sit plena remissio, vel ut tolerabilior fiat damnatio. |
4. Cependant, Augustin
dit, dans l’Enchiridion :
« Ils servent à la pleine rémission ou à
rendre plus supportable la damnation. » |
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[16372] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 5 arg. 5 Praeterea, majus est
facere bonum quam dimittere malum. Sed dimittere malum semper vitat poenam,
etiam in eo qui caritate caret. Ergo multo
fortius facere bonum. |
5. Il est plus grand de faire le bien que d’écarter
le mal. Or, écarter le mal évite toujours la peine, même
chez celui qui n’a pas la charité. À bien plus forte
raison, donc, faire le bien. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16373] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum
ad primam quaestionem, quod quidam dixerunt quod potest de uno peccato
satisfieri sine alio, ut Magister in littera dicit ; sed hoc non potest
esse. Cum enim per satisfactionem tolli debeat offensa praecedens, oportet
quod talis sit modus satisfactionis qui competat ad tollendam offensam.
Offensae autem ablatio est amicitiae restitutio ; et ideo si aliquid sit
quod amicitiae restitutionem impediat, etiam apud homines satisfactio esse
non potest. Ergo cum quodlibet peccatum amicitiam caritatis impediat, quae
est hominis ad Deum, impossibile est ut homo de uno peccato satisfaciat alio
retento ; sicut nec homo satisfaceret, qui pro alapa sibi data, se ei
prosterneret, et aliam sibi daret. |
Certains ont dit qu’on peut satisfaire pour un
péché sans le faire pour un autre, comme le dit le Maître
dans le texte. Mais cela n’est pas possible. En effet, puisqu’une
offense précédente doit être enlevée par la satisfaction,
il faut que le mode de la satisfaction soit tel qu’il soit en mesure
d’enlever l’offense. Or, l’enlèvement de
l’offense est le rétablissement de l’amitié.
S’il existe quelque chose qui empêche le rétablissement de
l’amitié, il ne peut donc y avoir de satisfaction, même
chez les hommes. Puisque tout péché empêche
l’amitié de la charité entre l’homme et Dieu, il
est donc impossible que l’homme satisfasse pour un péché,
alors qu’un autre demeure, pas davantage qu’un homme, après avoir reçu
un soufflet, se prosternerait devant quelqu’un et lui en donnerait un
autre. |
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[16374] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quia peccata non habent connexionem ad invicem in
aliquo uno, unum potest quis incurrere sine alio : sed unum et idem est
secundum quod omnia peccata remittuntur ; et ideo remissiones diversorum
peccatorum connexae sunt, et de uno sine alio satisfactio fieri non potest. |
1. Parce que les péchés n’ont pas de
connexion dans un seul d’entre eux, on peut en commettre un sans en
commettre un autre. Mais c’est selon une seule et même chose que
tous les péchés sont remis. C’est pourquoi les
rémissions des divers péchés sont connexes et on ne peut
satisfaire pour l’un sans le faire pour un autre. |
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[16375] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in obligatione debiti non est nisi inaequalitas
justitiae opposita, quia unus rem alterius habet ; et ideo ad
restitutionem non exigitur nisi quod restituatur aequalitas justitiae :
quod quidem potest fieri de uno debito, non de alio. Sed ubi est offensa, ibi
est inaequalitas non tantum justitiae opposita, sed etiam amicitiae ; et
ideo ad hoc quod per satisfactionem offensa tollatur, non solum oportet quod
aequalitas justitiae restituatur per recompensationem aequalis poenae, sed
etiam quod restituatur amicitiae aequalitas ; quod non potest fieri, dum
aliquid est quod amicitiam impediat. |
2. Dans l’obligation de la dette, n’existe
que l’inégalité opposée à la justice, car
on a ce qui appartient à un autre. C’est pourquoi n’est requis pour la restitution
que le rétablissement de la justice, ce qui peut être fait pour
une dette, et non pour une autre. Mais là où il y a offense,
là existe une inégalité opposée non seulement
à la justice, mais à l’amitié. Pour que
l’offense soit enlevée par la satisfaction, il ne faut donc pas
seulement que l’égalité de la justice soit
rétablie par la compensation d’une peine égale, mais
aussi que l’égalité de l’amitié soit
rétablie, ce qui ne peut se faire aussi longtemps que quelque chose
empêche l’amitié. |
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[16376] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod unum peccatum suo pondere ad aliud trahit, ut
Gregorius dicit ; et ideo qui unum peccatum retinet, non sufficienter
causas alterius peccati excidit. |
3. Un seul péché en entrâine un autre
par son propre poids, comme le dit Grégoire. C’est pourquoi
celui qui retient un seul péché ne retranche pas suffisamment
les causes d’un autre péché. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16377] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod quidam
dixerunt, quod postquam omnia peccata per poenitentiam et contritionem remissa
sunt, si aliquis ante satisfactionem peractam in peccatum decidat, et in
peccato existens satisfaciat, satisfactio ei valeat ; ita quod si in peccato
illo moreretur, in Inferno de illis peccatis non puniretur. Sed hoc non
potest esse : quia in satisfactione oportet quod, amicitia restituta,
justitiae aequalitas restituatur, cujus contrarium amicitiam solvit, ut philosophus
in 8 Ethic. dicit. Aequalitas autem in satisfactione ad Deum non est secundum
aequivalentiam, sed magis secundum acceptationem ipsius, ut est dictum ;
et ideo oportet quod et si jam offensa sit dimissa per praecedentem
contritionem, opera satisfactoria sint Deo accepta, quod dat eis
caritas ; et ideo sine caritate opera facta non sunt satisfactoria. |
Certains ont dit qu’après que tous les
péchés ont été remis par la pénitence et
la contrition, si quelqu’un tombe dans un péché avant
d’avoir accompli la satisfaction et satisfait alors qu’il est
dans le péché, la satisfaction a pour lui de la valeur, au
point où si quelqu’un mourait dans ce péché, il ne
serait pas puni en enfer pour ce péché. Mais cela est
impossible, car, pour la satisfaction, il est nécessaire qu’une
fois l’amitié rétablie, l’égalité de
la justice soit rétablie, dont le contraire rompt
l’amitié, comme le dit le Philosophe dans Éthique, VIII. Or, l’égalité de la
satisfaction par rapport à Dieu ne se réalise pas par une
équivalence, mais plutôt selon ce qui lui est agréable,
comme on l’a dit. C’est pourquoi il est nécessaire que
même si l’offense a déjà été remise
par la contrition antérieure, les actes de satisfaction soient
agréés par Dieu, ce que leur donne la charité. Sans
charité, les actes accomplis ne sont donc pas satisfactoires. |
|
[16378]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod consilium Danielis
intelligitur quod a peccato cessaret et poeniteret, et sic per eleemosynas
satisfaceret. |
1. Le conseil donné par Daniel veut dire de cesser
de péché et de faire pénitence, et ainsi de satisfaire
par des aumônes. |
|
[16379] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1
a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod sicut homo nescit pro certo utrum caritatem habuerit in
satisfaciendo, vel habeat, ita etiam nescit pro certo utrum
satisfecerit ; et ideo dicit Ecclesiasticus : de propitiatu
peccatorum noli esse sine metu. Non tamen exigitur quod propter hunc
metum homo satisfactionem expletam iteret, si conscientiam peccati mortalis
non habet. Quamvis enim poenam non expiet per hujusmodi satisfactionem, tamen
non incurrit reatum omissionis ex satisfactione neglecta ; sicut nec
ille qui accedit ad Eucharistiam sine conscientia peccati mortalis, cui
subjacet, reatum indignae sumptionis incurrit. |
2. Comme l’homme ne sait pas avec certitude
s’il avait ou s’il a la charité pour satisfaire, il ne
sait pas non plus avec certitude s’il a satisfait. C’est pourquoi
Si dit : Ne sois pas sans crainte
à propos de la satisfaction pour tes péchés.
Cependant, il n’est pas exigé, en raison de cette crainte, que
l’homme répète une satisfaction accomplie, s’il
n’a pas conscience d’un péché. En effet, bien
qu’il n’expie pas la peine par une telle satisfaction, il
n’encourt cependant pas une faute d’omission en raison de la
satisfaction négligée, pas plus que celui qui s’approche
de l’eucharistie sans la conscience d’être soumis à
un péché mortel, n’encourt la faute de la recevoir
indignement. |
|
[16380] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod illa intentio interrupta est per peccatum sequens, et
ideo non dat operibus vim aliquam post peccatum factis. |
3. Cette intention a été interrompue par un
péché subséquent ; c’est pourquoi elle ne
donne aucune force aux actes accomplis après le péché. |
|
[16381] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod non potest fieri adaequatio sufficiens nec secundum
divinam acceptationem nec secundum aequivalentiam ; et ideo ratio non
sequitur. |
4. Une égalité suffisante ni selon ce qui
est agréable [à Dieu], ni par équivalence, ne peut
être réalisée. Le raisonnement n’est donc pas
valable. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16382] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod quidam
dixerunt, quod opera in caritate facta, quae viva dicuntur, sunt meritoria
vitae aeternae, et satisfactoria respectu poenae dimittendae ; et quod
opera extra caritatem facta, vivificantur per caritatem quantum ad hoc quod
sunt meritoria vitae aeternae. Sed hoc non
potest esse : quia utrumque habent ex eadem ratione opera ex caritate
facta, scilicet ex hoc quod sunt Deo grata ; unde sicut caritas
adveniens non potest ea gratificare quantum ad unum, ita nec quantum ad
aliud. |
Certains ont dit que les actes commis avec charité,
qu’on appelle vivants, sont méritoires pour la vie
éternelle et satisfactoires pour la rémission de la peine, et
que les actes accomplis sans charité sont rendus vivants par la
charité en tant qu’ils sont méritoires de la vie
éternelle. Mais cela est impossible, car les actes accomplis avec
charité ont les deux choses de la même raison, à savoir
par le fait qu’ils sont agréables à Dieu. De même
que la charité qui survient ne peut les rendre agréables sur un
point, de même ne le peut-elle pas sur l’autre. |
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[16383] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod non debet intelligi quod fructus computetur a tempore quo
primo in peccato fuit ; sed a tempore in quo peccare cessavit, quo
scilicet ultimo in peccato fuit. Vel
intelligitur, quando statim post peccatum contritus fuit, et fecit multa bona
antequam confiteretur. Vel dicendum, quod quanto est major contritio, tanto
magis diminuit de poena ; et quanto aliquis plura bona facit in peccato
existens, magis se ad gratiam contritionis disponit ; et ideo probabile
est quod minoris poenae sit debitor ; et propter hoc debet a sacerdote
discrete computari, ut ei minorem poenam injungat, inquantum invenit eum
melius dispositum. |
1. Il ne faut pas comprendre que le fruit est
compté à partir du moment où on a d’abord
été dans le péché, mais à partir du moment
où l’on a cessé de pécher, alors qu’on a
été pour la dernière fois dans le péché.
Ou bien on l’entend du moment où on s’est repenti
aussitôt après le péché et a accompli de nombreux
actes bons avant de se confesser. Ou bien il faut dire que plus la contrition
est grande, plus la peine est diminuée, et que plus l’on
accomplit d’actes bons alors qu’on se trouve dans le
péché, plus on se dispose à la grâce de la
contrition. C’est pourquoi il est probable qu’on est
débiteur d’une peine moindre. Pour cette raison, le prêtre
doit lui imposer une peine moindre, dans la mesure où il le trouve
mieux disposé. |
|
[16384] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod Baptismus imprimit characterem in animam, non autem
satisfactio ; et ideo adveniens caritas, quae fictionem tollit et
peccatum, facit quod Baptismus effectum suum habeat ; non autem facit
hoc de satisfactione. Et praeterea Baptismus ex ipso opere operato justificat,
quod non est hominis, sed Dei ; et ideo non eodem modo mortificatur
sicut satisfactio, quae est opus hominis. |
2. Le baptême imprime un caractère dans
l’âme, mais non la satisfaction. C’est pourquoi, la venue
de la charité, qui enlève la feinte, fait que le baptême
obtient son effet, mais cela n’est pas le cas de la satisfaction. De
plus, le baptême justifie en vertu de l’acte accompli, ce qui
n’est pas le fait de l’homme mais de Dieu. C’est pourquoi
il n’est pas mort comme la satisfaction, qui est l’œuvre de
l’homme. |
|
[16385] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod aliquae satisfactiones sunt ex quibus manet aliquis
effectus in satisfacientibus, etiam postquam actus satisfactionis
transit ; sicut ex jejunio manet corporis debilitatio, ex eleemosynis
largitis diminutio substantiae, et sic de similibus ; et tales
satisfactiones in peccatis factae non oportet quod iterentur ; quia
quantum ad id quod de eis manet, per poenitentiam Deo acceptae sunt.
Satisfactiones autem quae non relinquunt aliquem effectum in satisfaciente,
postquam actus transit, oportet quod iterentur, sicut est de oratione et
similibus. Actus autem interior quia totaliter transit, nullo modo
vivificatur ; sed oportet quod iteretur. |
3. Il existe certaines satisfactions dont un effet
demeure chez ceux qui satisfont, même après que l’acte de
satisfaction est terminé, comme une faiblesse demeure dans le corps
à la suite du jeûne, une diminution des biens après la
distribution d’aumônes, et ainsi de suite pour les choses
semblables. Il n’est pas nécessaire que de telles satisfactions
accomplies pour les péchés soient
répétées, car, en raison de ce qui en reste, elles sont
agréables à Dieu par la pénitence. Mais les
satisfactions qui ne laissent aucun effet chez celui qui satisfait
après la fin de l’acte doivent être
répétées, comme c’est le cas de la prière
et des autres choses semblables.Or, l’acte intérieur, qui
s’efface totalement, ne peut d’aucune manière être
rendu vivant, mais il faut qu’il soit répété. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[16386] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 3 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod, sicut in 3
dist. 18, quaest. 1, art. 4, quaestiunc.
1, dictum est, meritum proprie dicitur actio qua efficitur ut ei qui agit sit
justum aliquid dari. Sed justitia dupliciter dicitur. Uno modo proprie, quae scilicet respicit
debitum ex parte recipientis ; alio modo quasi similitudinarie, quae
respicit debitum ex parte dantis. Aliquid enim decet dantem dare, quod tamen
non habet recipiens debitum recipiendi ; et sic justitia est de essentia
divinae bonitatis, sicut Anselmus dicit, quod Deus justus est cum
peccatoribus parcit, quia eum decet. Et secundum hoc etiam meritum dicitur
dupliciter. Uno modo actus per quem efficitur ut ipse agens habeat debitum
recipiendi ; et hoc vocatur meritum condigni. Alio modo, per quem
efficitur ut sit debitum dandi in dante secundum decentiam ipsius ; et
ideo hoc meritum dicitur meritum congrui. Cum autem in omnibus illis quae
gratis dantur, prima ratio dandi sit amor ; impossibile est quod aliquis
tale sibi debitum faciat, qui amicitia caret ; et ideo cum omnia bona et
temporalia et aeterna ex divina liberalitate nobis donentur, nullus acquirere
potest debitum recipiendi aliquod illorum, nisi per caritatem ad Deum ;
et ideo opera extra caritatem facta, non sunt meritoria ex condigno neque
aeterni neque temporalis alicujus boni apud Deum. Sed quia divinam bonitatem
decet ut ubicumque dispositionem invenit, perfectionem adjiciat ; ideo
ex merito congrui dicitur aliquis mereri aliquod bonum per opera extra
caritatem facta. Et secundum hoc opera ista valent ad triplex bonum : scilicet ad
temporalium consecutionem, ad dispositionem ad gratiam, et ad assuetudinem
bonorum operum. Quia tamen hoc meritum non proprie meritum dicitur, ideo
magis concedendum est quod hujusmodi opera non sint alicujus meritoria, quam
quod sint. |
Comme on l’a dit dans le livre III, d. 18, q. 1, a.
4, qa 1, le mérite est, au sens propre, une action par laquelle il se
fait qu’il est juste de donner quelque chose à celui qui agit.
Or, on parle de justice de deux manières : d’une
manière, elle concerne la dette du point de vue de celui qui
reçoit ; d’une autre manière, comme par mode de
comparaison, elle concerne la dette du point de vue de celui qui donne. En
effet, il est convenable que celui qui donne donne ce que celui qui
reçoit n’est pas en droit de recevoir : ainsi, la justice
fait partie de l’essence de la bonté divine, comme Anselme dit
que Dieu est juste lorsqu’il épargne les pécheurs parce
que cela lui convient. De cette manière, on parle aussi du
mérite de deux manières. D’une manière, selon
l’acte par lequel il se fait que l’agent a droit de
recevoir : cela s’appelle le mérite de
réciprocité [meritum
condigni]. D’une autre manière, par lequel il se fait que le
devoir de donner se trouve chez celui qui donne selon une certaine convenance
de sa part : ce mérite s’appelle le mérite de
convenance [meritum congrui]. Puisque dans tout ce qui est donné
gratuitement, la première raison de donner est l’amour, il est
donc impossible que celui n’a pas d’amitié se crée
une telle dette. Comme tous les biens, aussi bien temporels
qu’éternels, nous sont donnés par la libéralité
divine, personne ne peut donc se créer une dette afin de recevoir
l’un d’eux, si ce n’est en raison de sa charité
envers Dieu. C’est pourquoi les actes accomplis sans la charité
ne sont méritoires, par réciprocité auprès de
Dieu, ni d’un bien temporel ni d’un bien éternel. Mais
parce qu’il revient à la bonté divine que, partout
où elle trouve une disposition, elle lui ajoute
l’achèvement, on dit que quelqu’un mérite par
convenance un bien par les actes accomplis sans la charité. De cette
manière, ces actes valent pour un triple bien : pour
l’obtention de biens temporels, pour l’obtention de la
grâce et pour l’accoutumance aux actes bons. Toutefois, comme ce
mérite n’est pas appelé un mérite au sens propre,
il faut plutôt concéder que les actes de cette sorte ne sont pas
méritoires d’autre chose que de ce qu’ils sont. |
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[16387] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut philosophus dicit in 9 Ethic., quia filius
per omnia quae facere potest, nihil aequale patri reddere potest his quae a
patre recipit, ideo nunquam pater debitor filii efficitur ; et multo
minus homo potest propter aequivalentiam operis Deum sibi constituere
debitorem ; et ideo nullum opus nostrum ex quantitate suae bonitatis
habet quod aliquid mereatur ; sed ex vi caritatis, quae facit ea quae
sunt amicorum, esse communia. Unde quantumcumque sit opus bonum extra
caritatem factum, non facit, proprie loquendo, quod aliquid recipiendi a Deo
faciens debitum habeat ; sed opus malum ex quantitate suae malitiae
secundum aequivalentiam poenam meretur : quia ex parte Dei non sunt
nobis aliqua mala facta sicut bona ; et ideo quamvis opus malum mereatur
ex condigno poenam, non tamen opus bonum sine caritate meretur ex condigno
praemium. |
1. Comme le Philosophe dit, dans Éthique, IX, que le fils, par tout ce qu’il peut
faire, ne peut rendre à son père rien d’égal
à ce qu’il a reçu de son père, le père ne
devient donc jamais le débiteur de son fils. Encore bien moins
l’homme peut-il faire de Dieu son débiteur par
l’équivalence de son acte ! C’est pourquoi aucun de
nos actes ne peut mériter quelque chose par la quantité de sa
bonté, mais, par la puissance de la charité, qui réalise
ce qui appartient à des amis, il peut faire que cela soit
partagé. Aussi grande que soit un acte bon accompli sans la
charité, il ne fait donc pas en sorte qu’il doive recevoir
quelque chose de Dieu. Mais l’acte mauvais mérite une peine
à la mesure de la quantité de sa malice, car, du point de Dieu,
les maux ne nous sont pas causés comme des biens. C’est
pourquoi, bien qu’un acte mauvais mérite par
réciprocité une peine, l’acte bon accompli sans la
charité ne mérite cependant pas par réciprocité
une récompense. |
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[16388] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 4 ad 2 Ad
secundum et tertium dicendum, quod procedunt de merito congrui. Aliae autem
rationes procedunt de merito condigni. |
2-3. Ces arguments se fondent sur le mérite de
réciprocité. Mais les autres arguments se fondent sur le
mérite de convenance. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[16389] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 3 qc. 5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod diminuere
poenam infernalem potest intelligi dupliciter. Uno modo ita quod quis
liberetur a poena quam jam meruit ; et sic, cum nullus liberetur a poena
nisi sit absolutus a culpa, quia effectus non diminuuntur neque tolluntur
nisi diminuta vel ablata causa ; per opera extra caritatem facta, quae
neque culpam tollere neque diminuere possunt, poena Inferni mitigari non
potest. Alio
modo ita quod meritum poenae impediatur ; et sic hujusmodi opera
diminuunt poenam Inferni. Primo, quia homo reatum omissionis evadit, dum
hujusmodi opera perficit. Secundo, quia hujusmodi opera aliquo modo ad bonum
disponunt, ut homo ex minori contemptu etiam peccata faciat, ut etiam a multis
peccatis per hujusmodi opera retrahatur. Sed diminutionem vel dilationem
temporalis poenae merentur hujusmodi opera, sicut dicitur de Achab, 3 regum
21, eodem modo sicut et bonorum temporalium consecutionem. Quidam autem
dicunt, quod minuunt poenam Inferni, non subtrahendo aliquid de ipsa quantum
ad substantiam, sed fortificando subjectum, ut melius sustinere possit. Sed hoc non potest esse : quia fortificatio non
est nisi ex ablatione passibilitatis ; passibilitas autem est secundum
mensuram culpae ; et ideo si culpa non diminuitur, nec subjectum
fortificari potest. Quidam etiam dicunt, quod diminuitur poena quantum ad
vermem conscientiae, licet non quantum ad ignem. Sed hoc etiam nihil
est : quia sicut poena ignis aequatur culpae, ita et poena remorsionis
conscientiae ; unde similis ratio est de utroque. |
Atténuer la peine de l’enfer peut
s’entendre de deux manières. D’une manière, de
sorte que quelqu’un soit libéré d’une peine
qu’il a déjà mérité ; ainsi, puisque
personne n’est libéré de la peine sans être absous
de la faute (car les effets ne sont ni diminués ni enlevés que
si la cause est diminuée ou enlevée), les actes accomplis sans
la charité, qui ne peuvent ni enlever ni diminuer la faute, ne peuvent
changer la peine de l’enfer. D’une autre manière, de sorte
que le mérite de la peine soit empêché ; ainsi, ces
actes diminuent la peine de l’enfer. Premièrement, parce que
l’homme échappe à une faute d’omission
lorsqu’il accomplit les actes de ce genre. Deuxièmement, parce
que ces actes disposent d’une certaine manière au bien, de sorte
que l’homme accomplisse des péchés avec un mépris
moindre, de sorte aussi qu’il soit éloigné de nombreux
péchés par ces actes. Mais ces actes méritent une
diminution ou un report de la peine temporelle du péché, comme
il est dit d’Achab, 1 R 21, de la même manière
que l’obtention de biens temporels. Or, certains disent qu’ils
diminuent la peine de l’enfer, non pas en lui enlevant quelque chose
pour ce qui est de sa substance, mais en renforçant celui qui y est
soumis afin qu’il puisse mieux la supporter. Mais cela est impossible,
car le renforcement ne vient que de l’enlèvement de la
capacité de subir. Or, la capacité de subir est à la
mesure de la faute. Ainsi, si la faute n’est pas diminuée, celui
qui y est soumis ne peut pas non plus être renforcé. Certains
disent aussi que la peine est diminuée pour ce qui est du ver de la
conscience, mais non pour le feu. Mais cela aussi est futile, car de
même que la peine du feu est égale à la faute, de
même en est-il du remords de la conscience. Le raisonnement est donc le
même pour les deux choses. |
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[16390] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 3 qc. 5 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
La solution aux objections est ainsi claire. |
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Articulus 4 [16391] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 tit. Utrum satisfactionem opOrteat
fieri per opera poenalia |
Article 4 – Doit-on satisfaire par
des actes qui ont le caractère de peines ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Il semble qu’il ne faille pas satisfaire par des actes qui ont le caractère de peines ?] |
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[16392] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur.
Videtur quod satisfactionem non oporteat fieri per opera poenalia. Quia per
satisfactionem oportet fieri recompensationem ad divinam offensam. Sed nulla recompensatio
videtur fieri per opera poenalia ; quia Deus non delectatur in poenis
nostris. Ergo non oportet satisfactionem per opera poenalia fieri. |
1. Il semble qu’il ne faille pas satisfaire par des
actes qui ont le caractère de peines, car, par la satisfaction, il
faut compenser l’offense faite à Dieu. Or, aucune compensation
ne semble être faite par des actes pénibles, car Dieu ne se
complaît pas dans nos peines. Il n’est donc pas nécessaire
de satisfaire par des actes qui ont le caractère de peines. |
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[16393] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, quanto aliquod opus ex majori caritate procedit, tanto
minus est poenale ; quia caritas poenam non habet ; 1 Joan. 4. Si ergo oportet opera
satisfactoria esse poenalia ; quanto magis sunt ex caritate facta, minus
erunt satisfactoria ; quod falsum est. |
2. Plus un acte procède de la charité,
moins il a le caractère de peine, car la charité ne comporte
pas de peine, 1 Jn 4. Si donc il est nécessaire que les
actes satisfactoires aient le caractère de peines, plus ils seront
accomplis par charité, moins ils seront satisfactoires, ce qui est
faux. |
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[16394] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, satisfacere
est, ut dicit Anselmus, honorem debitum Deo impendere. Sed hoc etiam aliis
quam operibus poenalibus fieri potest. Ergo satisfactionem non opOrtet poenalibus
operibus fieri. |
3. Comme le dit Anselme, satisfaire consiste à
render l’honneur dû à Dieu. Or, cela peut se
réaliser par d’autres actes que des actes qui ont le
caractère de peines. Il n’est donc pas nécessaire de
satisfaire par des actes qui ont le caractère de peines. |
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[16395] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod Gregorius dicit : justum
est ut peccator tanto majora sibi inferat lamenta per poenitentiam, quanto
majora intulit damna per culpam. |
Cependant, [1] Grégoire dit : « Il est juste
que le pécheur s’impose par la pénitence des souffrances
aussi grandes que les maux qu’il a encourus par sa faute. » |
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[16396] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, per
satisfactionem oportet sanari vulnus peccati perfecte. Sed peccatorum
medicinae sunt poenae, ut philosophus dicit in 2 Ethic. Ergo oportet quod per poenalia opera satisfactio fiat. |
[2] Il faut que la blessure du péché soit
guérie par la satisfaction. Or, les peines sont des remèdes
pour les péchés, comme le dit le Philosophe dans Éthique, II. Il faut donc que
donc la satisfaction soit accomplie par des actes qui ont le caractère
de peines. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les épreuves par lesquels Dieu nous punit en cette vie peuvent-elles être méritoires ?] |
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[16397]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod flagella quibus a Deo in hac
vita punimur, non possint satisfactoria esse. Nihil enim potest esse
satisfactorium nisi quod est meritorium, ut ex dictis patet. Sed non meremur nisi
per ea quae in nobis sunt. Cum ergo
flagella quibus a Deo punimur, non sint in nobis, videtur quod satisfactoria
esse non possint. |
1. Il semble que les épreuves par lesquelles Dieu
nous punit en cette vie ne puissent être satisfactoires. En effet, rien
ne peut être satisfactoire que ce qui est méritoire, comme cela
ressort de ce qui a été dit. Or, nous ne méritons que
par ce qui est en notre pouvoir. Puisque les épreuves par lesquelles
Dieu nous punit ne sont pas en notre pouvoir, il semble qu’elles ne
puissent être méritoires. |
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[16398] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, satisfactio tantum bonorum est. Sed hujusmodi flagella in
malis inducuntur, et praecipue eis debentur. Ergo non possunt esse satisfactoria. |
2. La satisfaction n’est le fait que des bons. Or,
ces épreuves sont données aux méchants et sont dues
surtout à eux. Elles ne peuvent donc pas être satisfactoires. |
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[16399] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, satisfactio
respicit peccata praeterita. Sed aliquando ista flagella
infliguntur illis qui peccata non habent, sicut de Job patet. Ergo videtur
quod non sint satisfactoria. |
3. La satisfaction porte sur les péchés
passés. Or, parfois, ces épreuves sont infligées
à ceux qui n’ont pas de péchés, comme cela est
clair pour Job. Il semble donc qu’elles ne soient pas satisfactoires. |
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[16400] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur Rom. 5, 3 : tribulatio
patientiam operatur ; patientia autem probationem et a peccato
purgationem, ut Glossa ibidem dicit. Ergo flagella peccata purgant, et
sic sunt satisfactoria. |
Cependant, [1] il est dit en Rm 5, 3 : La tribulation exerce la patience ;
la patience, la mise à l’épreuve et la purification du
péché, comme le dit la Glose au même endroit. Les
épreuves purifient donc les péchés et sont ainsi
satisfactoires. |
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[16401] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, Ambrosius dicit : etsi fides,
idest peccati conscientia, desit, poena satisfacit. Ergo hujusmodi
flagella sunt satisfactoria. |
[2] Ambroise dit : « Même si la foi
– c’est-à-dire la conscience du péché
– fait défaut, la peine satisfait. » Ces
épreuves sont donc satisfactoires. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [L’énumération des actes satisfactoires est-elle appropriée ?] |
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[16402]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod inconvenienter enumerentur opera
satisfactoria, cum dicitur quod sunt tria ; eleemosyna, jejunium, et
oratio. Quia
opus satisfactorium debet esse poenale. Sed oratio poenam non habet, cum sit
contra poenae tristitiam medicina, sed delectationem ; unde dicitur
Jacob. 5, 13 : tristatur aliquis
in vobis ? Oret, et psallat.
Ergo non debet computari inter opera satisfactOria. |
1. Il semble que les actes satisfactoires ne soient pas
convenablement énumérés lorsqu’on dit qu’ils
sont au nombre de trois : l’aumône, le jeûne et la
prière, car l’acte satisfactoire doit avoir le caractère
de peine. Or, la prière ne comporte pas de peine, puisqu’elle
est un remède contre la tristesse, mais elle comporte une
délectation. Aussi Jc 5, 13 dit-il : Quelqu’un parmi vous est-il triste ? Qu’il prie et chante
des psaumes. La prière ne doit donc pas être comptée
parmi les actes satisfactoires. |
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[16403]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, omne peccatum vel est carnale vel
spirituale. Sed, sicut dicit Hieronymus, jejunio sanantur pestes corporis,
oratione pestes mentis. Ergo non debet esse aliquod aliud opus
satisfactorium. |
2. Tout péché est soit charnel, soit
spiritual. Or, comme le dit Jérôme, la contagion du corps est
guérie par le jeûne, et la contagion de l’esprit par la
prière. Il ne doit donc pas y avoir d’autre acte satisfactoire. |
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[16404] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 3 Praeterea, satisfactio
necessaria est ad emundationem peccatorum. Sed eleemosyna ab omnibus peccatis
emundat ; Luc. 11, 41 : date eleemosynam, et omnia munda sunt
vobis. Ergo alia duo sunt superflua. |
3. La satisfaction est nécessaire à la purification
des péchés. Or, l’aumône purifie de tous les
péchés, Lc 11, 41 : Faites l’aumône, et tout est pur pour vous. Les deux
autres [actes] sont donc superflus. |
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[16405] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 3 arg. 4 Sed contra, videtur quod debeant esse plura. Quia contraria contrariis
curantur. Sed multo plura sunt peccatorum genera quam tria. Ergo debent plura
satisfactionis opera computari. |
4. Cependant, [1] il semble qu’il doit en
exister plusieurs, car les contraires sont guéris par les contraires. Or,
il existe beaucoup plus que trois genres de péchés. Il faut
donc compter un plus grand nombre d’actes de satisfaction. |
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[16406] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1
a. 4 qc. 3 arg. 5 Praeterea,
peregrinationes etiam injunguntur pro satisfactione, et disciplinae, sive
flagellationes ; quae non computantur sub aliquo horum. Ergo insufficienter
numerantur. |
[2] Des pèlerinages sont aussi imposés
comme satisfaction, ainsi que des disciplines ou flagellations, qui ne sont
pas comptées parmi ces actes. Leur énumération est donc
insuffisante. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16407] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
satisfactio,
ut dictum est, respectum habet ad praeteritam offensam pro qua recompensatio
fit per satisfactionem, et etiam ad futuram culpam, a qua per eam
praeservamur ; et quantum ad utrumque exigitur quod satisfactio per
opera poenalia fiat. Recompensatio enim offensae importat adaequationem, quam
oportet esse ejus qui offendit ad eum in quem offensa commissa est.
Adaequatio autem in humana justitia attenditur per subtractionem ab uno qui
plus habuit justo, et additionem ad alterum cui subtractum est aliquid. Deo
autem quamvis quantum ex parte sui est, nihil subtrahi possit ; tamen
peccator quantum in ipso est, aliquid ei subtraxit peccando, ut dictum
est ; unde oportet ad hoc quod recompensatio fiat, quod aliquid
subtrahatur a peccante per satisfactionem, quod in honorem Dei cedat. Opus autem bonum, ex hoc quod est hujusmodi, non subtrahit
aliquid, sed magis perficit ipsum ; unde subtractio non potest fieri per
opus bonum, nisi poenale sit. Et ideo ad hoc quod aliquod opus sit satisfactorium,
opOrtet quod sit bonum, ut in honorem Dei sit ; et poenale, ut aliquid
peccatori subtrahatur. Similiter etiam poena a culpa futura praeservat ;
quia non facile homo ad peccata redit, ex quo poenam expertus est ; unde
secundum philosophum, poenae medicinae sunt. |
Comme on l’a dit, la satisfaction concerne une
offense passée pour laquelle une compensation est faite par la
satisfaction ; [elle concerne] aussi une faute future, dont nous sommes
préservés par elle. Sur les deux points, il est
nécessaire que la satisfaction soit accomplie par des actes qui ont le
caractère de peines. En effet, la compensation de l’offense
comporte un retour à l’égalité, que doit
réaliser celui qui a offensé envers celui contre qui
l’offense a été commise. Or, le retour à
l’égalité dans la justice humaine est envisagé
selon qu’on soustrait à l’un, qui a reçu plus
qu’il n’était juste, et qu’on ajoute à un
autre, à qui quelque a été enlevé. Or, bien
qu’on ne puisse rien enlever à Dieu pour ce qui le concerne, le
pécheur, pour ce qui le concerne, lui a enlevé quelque chose en
péchant, comme on l’a dit. Il est donc nécessaire, pour
que la compensation se réalise, que quelque chose qui tourne à
l’honneur de Dieu soit enlevé au pécheur par la
satisfaction. Or, l’acte bon, du fait qu’il est tel,
n’enlève rien, mais perfectionne celui qui
l’accomplit ; aussi la soustraction ne peut-elle être
réalisée par un acte bon, à moins qu’il
n’ait le caractère de peine. C’est pourquoi, pour
qu’il soit satisfactoire, il est nécessaire qu’il soit
bon, de sorte qu’il soit à l’honneur de Dieu ; et
qu’il ait le caractère de peine, de sorte qu’il soustraie
quelque chose au pécheur. De la même manière, la peine
préserve de la faute future, car l’homme ne retourne pas
facilement aux péchés pour lesquels il a fait
l’expérience de la peine. Aussi les peines sont-elles des
remèdes, selon le Philosophe. |
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[16408] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod quamvis Deus non delectetur in poenis ut sunt poenae,
delectatur tamen in eis ut sunt justae, et sic satisfactoriae esse possunt. |
1. Bien que Dieu ne se délecte pas des peines en
tant qu’elles sont des peines, il se délecte cependant
d’elles en tant qu’elles sont justes et peuvent ainsi être
satisfactoires. |
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[16409] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod sicut in satisfactione consideratur poenalitas, ita in merito
consideratur difficultas. Diminutio autem
difficultatis ex parte ipsius actus diminuit meritum ceteris paribus ;
sed diminutio difficultatis ex promptitudine voluntatis non diminuit meritum,
sed auget. Et similiter diminutio poenalitatis ex promptitudine voluntatis,
quod facit caritas, non diminuit efficaciam satisfactionis, sed auget. |
2. De même que, pour la satisfaction, on prend en
compte le caractère de peine, de même la difficulté
est-elle prise en compte pour le mérite. Or, la diminution de la
difficulté du point de vue de l’acte lui-même diminue le
mérite, toutes choses étant égales ; mais la
diminution de la difficulté du point de vue de l’empressement de
la volonté ne diminue pas le mérite, mais l’augmente. De
la même manière, du point de vue de l’empressement de la
volonté causé par la charité, le caractère de
peine ne diminue-t-il pas l’efficacité de la satisfaction, mais
l’augmente. |
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[16410] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod debitum pro peccato est recompensatio offensae, quae
sine poena peccantis non fit ; et de tali debito Anselmus intelligit. |
3. La dette pour le péché est la
compensation de l’offense, qui ne se réalise pas sans peine pour
le pécheur. C’est à une telle dette que pense Anselme. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16411] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 4 qc. 2 co. Ad
secundam quaestionem dicendum, quod recompensatio offensae praeteritae potest
fieri et ab eo qui offendit, et ab alio. Quando autem fit ab alio, talis
recompensatio vindicationis magis quam satisfactionis rationem habet. Quando
autem fit ab ipso qui offendit, etiam rationem satisfactionis habet. Unde si
flagella quae pro peccatis a Deo infliguntur, fiant aliquo modo ipsius
patientis, rationem satisfactionis accipiunt. Fiunt autem ipsius, inquantum
ea acceptat ad purgationem peccatorum, eis utens patienter. Si autem ratio
eis per impatientiam dissentiat, tunc non efficiuntur aliquo modo
ipsius ; et ideo non habent rationem satisfactionis, sed vindicationis
tantum. |
La compensation de l’offense passée peut
être faite par celui qui a offensé et par un autre.
Lorsqu’elle est faite par un autre, une telle compensation a
plutôt le caractère de punition que le caractère de
satisfaction. Lorsqu’elle est faite par celui-là même qui
a offensé, elle a aussi le caractère de satisfaction. Si les
épreuves qui sont infligées par Dieu deviennent d’une
certaine manière celles de celui qui les supportent, elles
reçoivent donc le caractère de satisfaction. Or, elles
deviennent siennes dans la mesure où il les accepte pour purifier ses
péchés, en en faisant usage avec patience. Mais s’il
s’y oppose par impatience, elles ne deviennent alors nullement siennes.
C’est pourquoi elles n’ont pas le caractère de
satisfaction, mais de punition seulement. |
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[16412] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis illa flagella non sint omnino in potestate
nostra, tamen quantum ad aliquid sunt, cum scilicet eis patienter
utimur ; et sic homo facit de necessitate virtutem ; unde et
meritoria et satisfactoria esse possunt. |
1. Bien que ces épreuves ne soient pas
entièrement en notre pouvoir, elles le sont cependant partiellement
lorsque nous en faisons patiemment usage. Ainsi, l’homme fait de
nécessité vertu. Elles peuvent donc être à la fois
méritoires et satisfactoires. |
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[16413] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut ex eodem igne, ut Gregorius dicit, aurum
rutilat, et palea fumat ; ita eisdem flagellis et boni purgantur, et
mali magis inficiuntur per impatientiam ; et ideo quamvis flagella sint
communia, tamen satisfactio est tantum bonorum. |
2. Comme le dit Grégoire, de même que
l’or brille et la paille brûle par le même feu, de
même, par les mêmes épreuves, les bons sont-ils
purifiés et les méchants sont-ils davantage plongés dans
l’impatience. C’est pourquoi, bien que les épreuves soient
communes, la satisfaction est le fait des bons seulement. |
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[16414] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod flagella respectum habent ad culpam praeteritam semper, sed non semper
ad culpam personae, sed ad culpam naturae. Si
enim in natura humana nulla culpa praecessisset, nulla poena fuisset. Sed
quia culpa in natura praecessit, personae alicui divinitus poena infertur
sine culpa personae, ad meritum virtutis et cautelam peccati sequentis :
et haec duo etiam necessaria sunt in satisfactione. Oportet enim esse opus
meritorium, ut honor Deo exhibeatur ; et oportet esse virtutum custodiam,
ut a futuris peccatis praeservemur. |
3. Les épreuves ont toujours un rapport avec la
faute passée, pas toujours cependant avec la faute personnelle, mais
avec la faute de nature. En effet, si aucune faute n’avait
précédé dans la nature humaine, il n’y aurait eu aucune
peine. Mais parce que la faute a précédé dans la nature,
une peine est infligée à une personne sans faute de la part de
cette personne, pour le
mérite de la vertu et en prévention du péché qui
suit, et ces deux choses sont nécessaires dans la satisfaction. En
effet, il est nécessaire qu’elle soit un acte méritoire
afin qu’honneur soit rendu à Dieu ; et il est
nécessaire qu’elle protège les vertus, afin que nous
soyons préservés des péchés futurs. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16415] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod satisfactio,
ut dictum est, debet esse talis per quam aliquid nobis subtrahamus ad honorem
Dei. Nos autem non habemus nisi tria
bona ; scilicet bona animae, bona corporis, et bona fortunae, scilicet
exteriora. Ex bonis quidem fortunae subtrahimus aliquid nobis per
eleemosynam ; sed ex bonis corporalibus per jejunium ; ex bonis
autem animae non oportet quod aliquid subtrahamus nobis quantum ad essentiam
vel quantum ad diminutionem ipsorum, quia per ea efficimur Deo accepti sed
per hoc quod ea submittimus Deo totaliter ; et hoc fit per orationem.
Competit etiam iste numerus ex parte illa qua satisfactio peccatorum causas
excidit ; quia radices peccatorum tres ponuntur 1 Joan. 2 : concupiscentia
carnis, concupiscentia oculorum, et superbia vitae. Et contra
concupiscentiam carnis ordinatur jejunium ; contra concupiscentiam
oculorum, eleemosyna ; contra superbiam vitae, oratio ut Augustinus
dicit super Matth. Competit etiam quantum ad hoc quod satisfactionis est,
peccatorum suggestionibus aditum non indulgere ; quia omne peccatum vel
in Deum committimus, et contra hoc ordinatur oratio ; vel in proximum,
et contra hoc eleemosyna ; vel in nos ipsos, et contra hoc ordinatur
jejunium. |
Comme on l’a dit, la satisfaction doit faire en
sorte que quelque chose soit soustrait pour honorer Dieu. Or, nous ne
possédons que trois biens : les biens de l’âme, les
biens du corps et les biens de la fortune, c’est-à-dire les
biens extérieurs. Nous enlevons quelque chose aux biens de la fortune
par l’aumône, et aux biens corporels, par le jeûne. Mais il
n’est pas nécessaire que nous nous enlevions quelque chose des
biens de l’âme pour ce qui est de leur essence ou de leur
diminution, parce que nous devenons être par eux agréables
à Dieu, mais [il est nécessaire] que nous les soumettions
entièrement à Dieu : cela se réalise par la
prière. Ce nombre est aussi approprié selon que la satisfaction
supprime les causes des péchés, car 1 Jn 2
présente trois causes pour les péchés : la concupiscence de la chair, la
concupiscence des yeux et l’orgueuil de la vie. Le jeûne vise
la concupiscence de la chair, l’aumône, la concupiscence des
yeux, la prière, l’orgueuil de la vie, comme le dit Augustin en
commentant Matthieu. [Ce nombre] est aussi approprié du fait
qu’il appartient à la satisfaction de ne pas donner accès
aux suggestions de péchés, car nous commettons tout
péché soit contre Dieu, et la prière est s’oppose
à cela ; soit contre le prochain, et l’aumône
s’oppose à cela ; soit contre nous-mêmes, et le
jeûne s’oppose à cela. |
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[16416] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod secundum quosdam duplex est oratio : quaedam
quae est contemplativorum, quorum conversatio in caelis est ; et talis,
quia totaliter est delectabilis, non est satisfactoria : alia est quae
pro peccatis gemitus fundit ; et talis habet poenam, et est
satisfactionis pars. Vel dicendum est melius, quod quaelibet oratio habet
rationem satisfactionis : quia quamvis habeat suavitatem spiritus, tamen
habet afflictionem carnis : quia, ut dicit Gregorius super Ezech., dum
crescit in nobis fortitudo amoris intimi, infirmatur proculdubio fortitudo
carnis ; unde et nervus femoris Jacob ex lucta Angeli emarcuisse legitur
in Genesi cap. 32. |
1. Selon certains, la prière est double.
L’une qui est celle des contemplatifs, dont la vie est tournée
vers le ciel : celle-ci, parce qu’elle est entièrement
délectable, n’est pas satisfactoire. L’autre est celle qui
verse des larmes pour les péchés : celle-ci comporte une
peine et est une partie de la satisfaction. Ou bien il faut dire, et mieux,
que toute prière a un caractère satisfactoire, car, bien
qu’elle soit douce pour l’esprit, elle comporte cependant une
affliction pour la chair, car, comme le dit Grégoire en commentant
Ézéchiel, « lorsque croît en nous la force de
l’amour intérieur, la force de la chair est sans aucun doute
affaiblie ». Aussi lit-on, dans Gn 32, que le nerf de la
hanche de Jacob fut meurtri au cours de sa lutte avec l’ange. |
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[16417] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod peccatum carnale dicitur dupliciter. Uno modo quod in
ipsa delectatione carnis completur, ut gula et luxuria ; alio modo quod
completur in his quae ad carnem ordinantur, quamvis non in delectatione
carnis, sed in delectatione animae magis, ut avaritia ; unde talia
peccata sunt quasi media inter spiritualia et carnalia ; et ideo oportet
quod eis etiam respondeat aliqua satisfactio propria, scilicet eleemosyna. |
2. On parle de péché charnel de deux
manières. D’une manière, celui qui se réalise par
la délectation même de la chair, comme le gourmandise et la
luxure ; d’une autre manière, celui qui se réalise
par ce qui est ordonné à la chair, bien que non pour la
délectation de la chair, mais plutôt pour la délectation
de l’âme, comme l’avarice. De tels péchés
sont comme intermédiaires entre les péchés spirituels et
les péchés charnels. C’est pourquoi il est
nécessaire que leur réponde une satisfaction propre, à
savoir, l’aumône. |
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[16418] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis singula istorum per quamdam convenientiam
singulis peccatis approprientur, quia congruum est ut in quo quis peccavit,
in hoc puniatur, et quod peccati commissi per satisfactionem radix
abscindatur ; tamen quodlibet horum pro quolibet peccato satisfacere
potest. Unde ei qui non potest unum ex eis perficere, injungatur aliud ;
et praecipue eleemosyna aliorum vices supplere potest, inquantum alia satisfactionis
opera per eleemosynam sibi quisque mercatur quodammodo in illis quibus
eleemosynam tribuit ; unde non oportet quod si eleemosyna omnia mundat
peccata, propter hoc aliae satisfactiones superfluant. |
3. Bien que chacune de ces choses se rattache à
des péchés particuliers par un certain caractère commun,
puisqu’il est approprié que la racine de ce en quoi
quelqu’un a péché soit coupée par la satisfaction
pour le péché commis, n’importe quelle d’entre
elles peut cependant satisfaire pour n’importe quel
péché. Aussi en impose-t-on une autre à celui qui ne
peut accomplir l’une d’entre elles. L’aumône surtout
peut remplacer les autres, dans la mesure où, par
l’aumône, chacun négocie d’une certaine façon
pour lui-même les autres actes de satisfaction avec ceux à qui
il fait l’aumône. Il n’est donc pas nécessaire que,
si l’aumône purifie de tous les péchés, les autres
satisfactions soient superflues. |
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[16419] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quamvis sint multa peccata in specie, tamen omnia ad
illas tres radices, vel ad illa tria peccatorum genera quibus diximus dictas
satisfactiones respondere, reducuntur. |
4. Bien qu’il existe plusieurs espèces de
péchés, tous se ramènent à ces trois racines ou
à ces trois genres de péchés auxquels nous avons dit que
les satisfactions mentionnées correspondent. |
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[16420] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 4 qc. 3 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod quidquid ad afflictionem corporis pertinet, totum ad
jejunium refertur ; et quidquid ad proximi utilitatem expenditur, totum
elemosynae rationem habet ; et similiter quaecumque latria exhibeatur
Deo, orationis accipit rationem ; et ideo etiam unum opus potest habere
plures rationes satisfaciendi. |
5. Tout ce qui se rapporte à l’affliction du
corps se ramène entièrement au jeûne. Tout ce qui est
dépensé au service du prochain a en totalité le
caractère d’aumône. De même, toute latrie
manifestée à Dieu a le caractère de prière.
C’est pourquoi un seul acte peut être satisfactoire à
divers titres. |
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Articulus 5 [16421] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 tit. Utrum
restitutio sit satisfactionis pars |
Article 5 – La restitution est-elle une partie de la satisfaction ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La restitution est-elle une partie de la satisfaction ?] |
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[16422] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 1 Ad quintum sic proceditur. Videtur quod restitutio sit satisfactionis pars. Quia
satisfactio reconciliat Deo et proximo. Sed per restitutionem homo
reconciliatur proximo. Ergo restitutio est satisfactionis pars. |
1. Il semble que la restitution soit une partie de la
satisfaction, car la satisfaction réconcilie avec Dieu et avec le
prochain. Or, par la restitution, l’homme est réconcilié
avec le prochain. La restitution est donc une partie de la satisfaction. |
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[16423] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 2 Praeterea,
satisfactio fit per contrarium peccati, sicut per jejunium satisfacimus de
gula. Sed contrarium peccati malae
ablationis est restitutio. Ergo restitutio est quaedam satisfactionis pars. |
2. La satisfaction s’accomplit par le contraire du
péché ; ainsi, par le jeûne, nous satisfaisons pour
la gourmandise. Or, le contraire du péché par lequel on prend à
mal est la restitution. La restitution est donc une partie de la satisfaction. |
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[16424] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Ambrosius dicit, quod vera poenitentia est a peccato
cessare. Sed qui restituit, a peccato cessat : quia quamdiu quis alienum
eo invito detinet, peccat. Ergo restitutio est pars poenitentiae. Sed non
nisi ratione satisfactionis. Ergo est pars satisfactionis. |
3. Ambroise dit que la pénitence véritable
consiste à cesser de pécher. Or, celui qui restitue cesse de
pécher, car, aussi longtemps que l’on détient
malgré lui quelque chose qui appartient à un autre, on
pèche. La restitution est donc une partie de la pénitence, mais
seulement en raison de la satisfaction. Elle est donc une partie de la satisfaction. |
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[16425] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, satisfactio fit Deo, ut patet per
definitionem Anselmi supra positam. Sed restitutio fit proximo. Ergo
satisfactionis non est restitutio pars. |
Cependant, [1] la satisfaction est rendue à Dieu, comme cela
resort de la définition d’Anselme présentée plus
haut. Or, la restitution est faite au prochain. La restitution n’est
donc pas une partie de la satisfaction. |
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[16426] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, satisfactio ponitur in arbitrio sacerdotis
poenitentiam injungentis ; non autem restitutio. Ergo restitutio non est
satisfactionis pars. |
[2] La satisfaction est laissée au jugement du
prêtre qui impose la pénitence, mais non la restitution. La
restitution n’est donc pas une partie de la satisfaction. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Ce qui a été enlevé doit-il toujours être restitué ?] |
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[16427]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod ablatum non semper debet
restitui. Fama enim restitui non potest. Sed fama aufertur. Ergo non de omni
ablato potest fieri restitutio. |
1. Il semble que ce qui a été enlevé
ne doive pas toujours être restitué. En effet, la bonne
renommée ne peut être restituée. Or, la bonne
renommée est enlevée. On ne peut donc pas restituer tout ce qui
a été enlevé. |
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[16428] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 2 Praeterea, damna in
personam illata, sunt maxima. Sed
hujusmodi damna non possunt restitui, ut ablatio virginitatis, abscissio
membri alicujus. Ergo non omne ablatum potest restitui. |
2. Les torts faits à la personne sont les plus
grands. Or, ces torts ne peuvent être restitués, telles la perte
de la virginité et l’amputation d’un membre. Tout ce qui a
été enlevé ne peut donc pas être restitué. |
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[16429] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 3 Praeterea, qui impedit aliquem a consecutione alicujus, videtur hoc
sibi auferre. Sed hoc non debet ei restituere vel recompensare, sicut si quis
impedit aliquem ne praebendam consequatur. Ergo videtur quod non omne ablatum
debeat restitui. |
3. Celui qui empêche quelqu’un
d’obtenir quelque chose semble le lui enlever. Or, il ne doit pas le
lui restituer ou l’en compenser, comme lorsque quelqu’un en
empêche un autre d’obtenir une prébende. Il semble donc
que tout ce qui a été enlevé ne doive pas être
restitué. |
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[16430] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 4 Praeterea, qui occasionem damni dat, damnum dedisse videtur. Sed
ille qui subvertit semina in campo projecta, dat occasionem damni de toto
fructu qui inde sequi posset ; et similiter de illo qui detinet pecuniam
creditoris ultra terminum praefixum, ex qua ille poterat lucrari, de toto
lucro quod accidere potuisset : nec tamen videtur quod teneatur ad
restitutionem totius lucri quod accidere potuisset, vel fructus qui
percipiendus esset. Ergo non oportet quod semper fiat ablatorum restitutio. |
4. Celui qui occasionne un tort semble avoir causé
un tort. Or, celui qui bouleverse les semences lancées dans un champ
occasionne un tort pour toute la moisson qui pourrait en provenir ; de
même, celui qui garde l’argent d’un créancier
au-delà du terme fixé, à partir duquel celui-ci pourrait
en gagner, [cause un tort] pour tout le gain qui aurait pu se produire.
Cependant, il ne semble pas qu’il soit tenu à la restitution de
tout le gain qui aurait pu se produire ou de toute la moisson qui devait
être perçu. Il n’est donc pas toujours nécessaire
que restitution soit faite de ce qui a été enlevé. |
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[16431] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 5 Sed contra, videtur quod homo debet plus restituere quam abstulerit.
Quia praeceptum legis veteris est, ut patet Exod. 22, quod ovis reddatur in
quadruplum, et bos in quintuplum ; et hoc praeceptum, cum sit de
moribus, videtur esse morale. Ergo adhuc manet : ergo tenetur homo in quintuplum
vel quadruplum restituere. |
5. Cependant, il
semble qu’un homme doive restituer plus qu’il n’a
enlevé, car un commandement de la loi ancienne, Ex 22, dit que la
brebis doit être rendue au quadruple, et le bœuf au
quintuple ; et ce commandement, puisqu’il porte sur le comportement,
semble avoir un caractère moral. Il demeure donc en vigueur. Un homme
est donc tenu de restituer au quadruple ou au quintuple. |
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[16432] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 arg. 6 Praeterea, ea quae in
Scriptura ponuntur, nobis in exemplum dantur. Sed Luc. 10 dicitur, quod
Zachaeus se obtulit ad restitutionem in quadruplum eorum quae acceperat per
fraudem. Ergo et talis debet esse apud nos
restitutionis modus. |
6. Ce qui se trouve dans l’Écriture nous est
donné en exemple. Or, il est dit en Lc 10 que Zachée
s’offrit à restituer le quadruple de ce qu’il avait
reçu par fraude. Telle doit donc être pour nous la mesure de la
restitution. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Celui-là seul qui a reçu est-il tenu à la restitution ?] |
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[16433]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod solus ille qui accipit, ad
restitutionem teneatur. Quia non exigitur plus in restitutione quam illatum
est in damno. Si ergo unus solus damnum intulit, ille solus ad restitutionem
tenetur : alias multo plura reciperet damnificatus quam ea quae amisit,
si a quolibet consentiente deberet sibi in solidum restitutio fieri. |
1. Il semble que seul celui qui a reçu soit tenu à la restitution, car on n’est pas tenu à restituer davantage que le dommage causé. Si donc un seul a causé un dommage, celui-là seul est tenu à la restitution, autrement celui à qui un dommage a été causé recevrait beaucoup plus que ce qu’il a perdu, si restitution devait lui être faite par tous ceux qui étaient ensemble consentants. |
|
[16434] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 2 Praeterea, nulli debetur restitutio nisi ei qui damnum passus est.
Sed contingit quod aliquis praecipiat damnificari aliquem, vel consulat, aut
consentiat ; et tamen ille non damnificatur. Ergo tales non semper ad
restitutionem tenentur. |
2. Une restitution n’est due qu’à
celui qui a subi un dommage. Or, il arrive qu’on ordonne de causer un
dommage à quelqu’un, qu’on le conseille ou y
consente ; cependant, celui-ci ne subit pas de dommage. Ceux-là
ne sont donc pas toujours tenus à la restitution. |
|
[16435] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1
a. 5 qc. 3 arg. 3 Praeterea, nullus
debet incurrere damnum personae pro evitando damno pecuniae alterius :
quia caritas debet esse ordinata. Sed quandoque si aliquis raptorem
manifestaret, incurreret personae suae periculum. Ergo non est verum quod
teneatur ille qui non manifestat, ad restitutionem, ut quidam dicunt. |
3. Personne ne doit encourir de dommage à sa
personne pour éviter un dommage monétaire à un autre,
car la charité doit être ordonnée. Or, parfois, si
quelqu’un dénonçait un ravisseur, il encourrait un danger
pour sa personne. Il n’est donc pas vrai que celui qui ne le
dénonce pas soit tenu à la restitution, comme certains le
disent. |
|
[16436] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 3 arg. 4 Praeterea, multi etiam boni viri non reprehendunt eos quos vident
injuste accipere aliena ; unde durum esset dicere, quod tenerentur ad
restitutionem omnium. Ergo etiam ille qui non reprehendit, non tenetur, ut a
quibusdam dicitur, restituere. Similiter etiam potest objici de illis qui non
obstant, et tamen obstare possunt. |
4. Beaucoup d’hommes bons ne reprennent pas ceux
qu’ils voient prendre injustement les biens d’autrui ; il
serait donc dur de dire qu’ils seraient tenus à restituer tout.
Même celui qui ne reprend pas n’est donc pas tenu de restituer,
comme certains le disent. De même aussi, on peut soulever une objection
à propos de ceux qui ne s’opposent pas, mais qui peuvent
cependant s’opposer. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Faut-il toujours restituer à celui qui a subi un dommage ?] |
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[16437]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non sit semper restitutio
facienda ei qui damnum passus est. Nullus enim potest restituere ei quem non
cognoscit. Sed quandoque fur nescit cujus sit res quam furto accepit. Ergo
videtur quod non teneatur ei restituere. |
1. Il semble qu’il ne faille pas toujours restituer à celui qui a subi un dommage. En effet, personne ne peut restituer à quelqu’un qu’il ne connaît pas. Or, parfois, le voleur ne connaît pas à qui appartient la chose qu’il a volée. Il semble donc qu’il ne soit pas tenu de la lui restituer. |
|
[16438] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 4 arg. 2 Praeterea, ille qui accepit, non tenetur nisi ad restitutionem. Sed
aliquando ad eum cui debet fieri restitutio, non posset pervenire sine magno
damno ; forte etiam cum majori quam sit pretium rei restituendae. Ergo
videtur quod in tali casu non teneatur ei restituere. |
2. Celui qui a pris n’est tenu qu’à la
restitution. Or, parfois, la restitution ne pourrait être faite sans un
grand dommage pour celui à qui elle doit être faite, plus grand,
peut-être, que la valeur de ce qui doit être restitué. Il
semble donc que, dans un tel cas, il ne soit pas tenu de restituer. |
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[16439] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 4 arg. 3 Praeterea, aliquis in depraedatione civitatum injuste accipit
aliqua. Sed non potest ei cujus fuit, restituere : quia vel nescit eum,
vel mortuus est. Ergo videtur quod non teneatur restituere. |
3. Lors du pillage des villes, on prend injustement
certaines choses. Or, on ne peut les restituer à celui à qui
elles appartenaient, car on ne le connaît pas ou il est mort. Il semble
donc qu’on ne soit pas tenu de [lui] restituer. |
|
[16440] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 4 arg. 4 Praeterea, aliquis praelatus Ecclesiae injuste aliquas res Ecclesiae
concedit alicui. Sed iste non tenetur reddere Ecclesiae, ut videtur, quia
venirent ad manus illius praelati, qui non est dignus ea recipere. Ergo
videtur quod non semper ei qui damnum passus est, sit restitutio facienda. |
4. Un prélat de l’Église
concède injustement certains biens de l’Église à
quelqu’un. Or, il semble que celui-ci ne soit pas tenu de les rendre
à l’Église, car ils tomberaient aux mains de ce
prélat qui est indigne de les recevoir. Il semble donc qu’il ne
faille pas toujours restituer à celui qui a subi un tort. |
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[16441] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 4 s. c. 1 Sed contra est, quia per restitutionem integratur
aequalitas justitiae. Sed aequalitas justitiae est ut quod aufertur a lucro,
apponatur ad damnum, ut dicitur in 5 Ethic. Ergo videtur quod restitutio sit
semper facienda ei qui damnum passus est. |
Cependant, par la restitution, l’égalité de la
justice est rétablie. Or, l’égalité de la justice
consiste en ce que ce qui est enlevé par appétit du gain soit
enlevé par châtiment, comme on le dit dans Éthique, V. Il semble donc qu’il faille toujours
restituer à celui qui a subi un tort. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16442] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 5 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
inaequalitas justitiae opposita duobus modis contingit. Uno modo in rebus
exterioribus, ut quando unus rem alienam detinet ; alio modo in
actionibus et passionibus, sicut cum quis alium per violentiam reverberat ;
et haec duo aliquando separata sunt, ut per se patet ; aliquando autem
conjunguntur, ut cum quis per violentiam accepit, in quo ei a quo accepit,
injuriam et contumeliam infert ; et secundum hoc reparatio aequalitatis
justitiae dupliciter significatur. Reparatio
enim inaequalitatis existentis in rebus, restitutio dicitur ; reparatio
autem inaequalitatis existentis in actionibus et passionibus, satisfactio
nominatur ; et ideo quandoque est satisfactio sine restitutione aliqua,
ut cum quis se proximo humiliat de aliquibus contumeliis ei dictis ;
aliquando autem restitutio sine satisfactione, ut cum quis mutuum
reddit ; aliquando autem utrumque exigitur ; ut cum quis alicui per
violentiam rem suam subtraxit : et sic loquimur hic de restitutione rei
male ablatae, in quo homo proximum et Deum offendit. Quidam ergo dicunt, quod
talis restitutio non est pars satisfactionis, quia non debetur Deo
tantum ; nec est ad arbitrium sacerdotis, sed est ad satisfactionem
praeambulum. Sed hoc nihil est : quia omne peccatum quod in proximum
committitur, etiam in Deum commissum est ; sicut et in dilectione
proximi dilectio Dei includitur ; unde et satisfactio proximi conjunctam
habet satisfactionem Dei. Nec obstat quod non est ad arbitrium sacerdotis :
quia sacerdos non est ibi vicarius proximi, sicut est vicarius Dei ; et
ideo satisfactio quae est Deo facienda, dependet ex arbitrio ejus ; sed
satisfactio quae est proximo et Deo simul facienda, non. Et ideo alii dicunt,
quod est satisfactionis pars. Sed hoc verum non est : quia satisfactio
offensam removet, et a poena liberat. Nullus autem ex hoc ipso quod offendere
desistit, consequitur hoc quod de offensa praecedenti reconciliationem
inveniat, vel poenam pro illa debitam evadat ; sed hoc solum consequitur,
quod majorem offensam et poenam non cumulat ; et sic cessare ab offensa
nulla pars satisfactionis est, sed est praeambulum ad satisfactionem. Et
ideo, cum restitutio nihil aliud sit quam ab offensa cessare, quia ex hoc
ipso quod rem alienam detinet eo invito, offendit ; constat quod non est
pars satisfactionis proprie acceptae, sed est praeambulum ad
satisfactionem ; non tamen propter rationem prius assignatam : quia
bene concedimus quod satisfactio proximo facta, est pars satisfactionis Deo
factae ; sed restitutio non est pars satisfactionis neque Deo neque
proximo factae. |
L’inégalité opposée à
la justice se produit de deux manières. D’une manière,
dans les choses extérieures, comme lorsque quelqu’un
détient la chose d’un autre ; d’une autre
manière, dans les actions et passions, comme lorsque quelqu’un
en frappe un autre avec violence. Parfois, ces deux choses sont
séparées, comme cela est évident ; mais parfois,
elles sont associées, comme lorsque quelqu’un prend par la
violence, à l’occasion de quoi il cause un tort et une injure
à celui à qui il a pris. Le rétablissement de
l’égalité de la justice a ainsi un double sens. En effet,
la réparation de l’inégalité pour ce qui existe
dans les choses est appelée restitution ; mais la
réparation de l’inégalité de ce qui existe dans
les actions et les passions est appelée satisfaction. C’est
pourquoi il existe parfois une satisfaction sans restitution, comme lorsque
quelqu’un s’humilie devant le prochain pour les injures
qu’il lui a dites ; mais parfois, il existe une restitution sans
satisfaction, comme lorsque quelqu’un rend un prêt ;
parfois, les deux sont exigées, comme lorsque quelqu’un a pris
la chose d’un autre avec violence : ici, c’est ainsi que
nous parlons de la restitution d’une chose prise à tort, ce par
quoi l’homme offense le prochain et Dieu. Certains disent donc
qu’une telle restitution n’est pas une partie de la satisfaction,
car elle n’est pas due à Dieu seulement, et elle n’est pas
laissée au jugement du prêtre, mais est un préambule
à la satisfaction. Mais cela ne tient pas, car tout
péché qui est commis contre le prochain est aussi commis contre
Dieu : ainsi, dans l’amour du prochain, est inclus l’amour
de Dieu. Aussi la satisfaction rendue à Dieu est-elle associée
à la satisfaction rendue au prochain. Et le fait qu’elle ne
relève pas du jugement du prêtre ne s’y oppose pas, car le
prêtre n’est pas là comme vicaire du prochain, comme il
est vicaire de Dieu. C’est pourquoi la satisfaction qui doit être
rendue à Dieu dépend de son jugement ; mais la satisfaction
qui doit être rendue au prochain et à Dieu n’en
dépend pas. C’est ainsi que
d’autres disent qu’elle est une partie de la satisfaction.
Mais cela n’est pas vrai, car la satisfaction enlève la faute et
libère de la peine. Or, personne, du seul fait qu’il cesse
d’offenser, n’obtient de trouver la réconciliation pour
une faute antérieure et d’échapper à la peine qui
lui est due, mais il obtient seulement de ne pas cumuler une plus grande
offense et une plus grande peine. Ainsi, cesser d’offenser n’est
en aucune manière une partie de la satisfaction, mais cela est un
préambule à la satisfaction. Puisque la restitution n’est
rien d’autre que de cesser d’offenser (en effet, le seul fait de
détenir le bien d’un autre contre son gré offense), il
est clair qu’elle n’est pas une partie de la satisfaction
entendue au sens propre, mais un préambule à la satisfaction,
non pas cependant pour la raison qui a été donnée (car
nous concédons volontiers que la satisfaction rendue au prochain est
une partie de la satisfaction rendue à Dieu) ; mais la
restitution n’est pas une partie de la satisfaction rendue à
Dieu ou au prochain. |
|
[16443] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod de offensa homo proximo non reconciliatur per hoc
quod sua ei restituit, sed per hoc quod supra hoc aliquid humilitatis ei
exhibet ; et ita non sequitur quod restitutio sit satisfactionis pars. |
1. Un homme n’est pas réconcilié
à propos d’une offense faite au prochain par le fait qu’il
lui restitue ce qui lui appartient, mais par le fait qu’il lui
manifeste en plus quelque chose qui fait partie de l’humilité.
Il n’en découle donc pas que la restitution soit une
satisfaction. |
|
[16444] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod restitutio non est contrarium ad acceptionem vel
detentionem injustam ; sed magis est negatio vel privatio ipsius ;
et ideo non oportet quod hoc sufficiat ad satisfactionem, sicut nec est
satisfactOrium pro gula ut quis non immoderate comedat, sed ut etiam a moderatis
abstineat. |
2. La restitution n’est pas le contraire
d’une prise ou d’une possession injuste, mais elle en est
plutôt la négation ou la privation. C’est pourquoi il
n’est pas nécessaire que cela suffise à la satisfaction,
de même qu’il n’est pas satisfactoire pour la gourmandise
que quelqu’un ne mange pas de manière immodérée,
mais qu’il s’abstienne de [manger] modérément. |
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[16445] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod cessare a peccato dicitur esse pars poenitentiae, non quidem desistendo
a peccato praeterito sicut praeambulum ad poenitentiam, sed praecidendo
causas futurorum peccatorum, ut dictum est prius. |
3. On dit que cesser de pécher est une partie de
la pénitence, non pas en s’abstenant d’un
péché passé comme préambule à la
pénitence, mais en écartant les causes de péchés
futurs, comme on l’a dit antérieurement. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16446] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 5 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod per satisfactionem
oportet quod homo sicut Deo, ita proximo reconcilietur. Reconciliatio autem nihil aliud est quam amicitiae
reparatio. Manente autem causa dissolutionis amicitiae, amicitia reparari non
potest ; quae quidem causa fuit inaequalitas ex injusta acceptione vel
detentione causata ; et ideo ille satisfacere non potest, nec Deo
reconciliari, qui rem male ablatam, vel detentam male, non restituit. Sed
sciendum, quod amicitia, ut philosophus dicit in 8 Ethic., non requirit
semper aequale, sed quod possibile ; et ideo si aliqua sunt ablata quae
omnino restitui non possunt, sufficit voluntas restituendi cum tanta
restitutione quanta possibilis est secundum conditionem utriusque ad
arbitrium bonorum. |
Il est nécessaire que, par la satisfaction,
l’homme soit réconcilié avec son prochain comme avec
Dieu. Or, la réconciliation n’est rien d’autre que le
rétablissement de l’amitié. Or, aussi longtemps que
demeure la cause de la rupture de l’amitié, l’amitié
ne peut pas être réparée, cause qu’a
été l’inégalité causée par une
réception ou une détention injuste. C’est pourquoi celui
qui ne restitue pas la chose enlevée ou détenue à mal ne
peut satisfaire ni être réconcilié avec Dieu. Mais il
faut savoir que l’amitié, comme le Philosophe le dit dans Éthique, VIII, n’exige
pas toujours ce qui est égal mais ce qui est possible. Si des choses
ont été enlevées qui ne peuvent être rendues
d’aucune façon, la volonté de restituer suffit donc,
accompagnée d’une restitution aussi grande que possible selon la
condition des deux quant au partage des biens. |
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[16447] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod ille qui malitiam alicujus manifestat et qui habet
corrigere, vel etiam, si sit incorrigibilis, in conspectu Ecclesiae, ut
confusus a peccato desistat, vel saltem ut alii ab ejus consortio corruptivo
discedant, servato ordine caritatis fraternae, non injuste famam
aufert ; unde non tenetur ad famae restitutionem. Si autem intentione
diffamandi hoc fecerit, injuste aufert, etiam si verum sit quod dicit ;
et tunc tenetur ad famae restitutionem vel dicendo se falsum dixisse, si
falsum dixit ; vel quocumque alio modo, non mentiendo, si verum dixit,
sine hoc tamen quod se verum dixisse dicat ; quia non debet alterius
famam cum mendacio restituere. |
1. Celui qui révèle la malice de
quelqu’un et qui doit le corriger ou, s’il est incorrigible, le
présente à l’Église, en respectant l’ordre
de la charité fraternelle, pour qu’il cesse de pécher
à cause de la honte ou, tout au moins, pour que d’autres
s’éloignent de fréquenter une source de corruption, ne
lui enlève pas injustement sa bonne renommée. Il n’est
donc pas tenu à la restitution de sa bonne renommée. Mais
s’il a fait cela avec l’intention de le diffamer, il la lui
enlève injustement, même si ce qu’il dit est vrai. Il est
alors tenu à la restitution de sa bonne renommée, soit en
disant qu’il a dit des faussetés, s’il a dit des
faussetés, soit d’une autre manière, sans mentir,
s’il a dit vrai, sans dire cependant que ce qu’il a dit
était vrai, car il ne doit pas restituer la bonne renommée
d’un autre par un mensonge. |
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[16448] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod restitutio principaliter inventa est in damnis quae
inferuntur in rebus fortunae, quae restitui possunt : in his autem quae
objectio tangit, quae non possunt ad simile bonum restitui, debet fieri
restitutio qualis possibilis est, scilicet ad arbitrium bonorum. |
2. La restitution s’est surtout rencontrée
pour les dommages qui sont faits dans les choses de la fortune, qui peuvent
être restituées. Mais pour les choses qu’aborde
l’objection, qui ne peuvent être restituées par un bien
similaire, une restitution doit être faite autant que possible, selon
un partage des biens. |
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[16449] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ille qui impedit aliquem ne praebendam consequatur, si
hoc faciat quia indignus est, vel ut de alio melius provideatur, non injuste
facit ; unde non tenetur ad restitutionem ; si autem animo laedendi
ipsum, tenetur ad restitutionem, non quidem tanti quantum valebat praebenda,
quia ipse eam non bene erat consecutus ; sed pensatis conditionibus
utriusque secundum arbitrium bonorum. |
3. Celui qui empêche quelqu’un de recevoir
une prébende, s’il le fait parce que celui-ci est indigne ou
afin qu’il soit mieux pourvu par une autre, n’agit pas
injustement. Il n’est donc pas tenu à la restitution. Mais
s’il le fait avec l’intention de lui faire tort, il est tenu
à la restitution, mais non selon la valeur de la prébende,
puisqu’il ne l’avait pas obtenue correctement, mais en
évaluant les conditions des deux en vue d’un partage des biens. |
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[16450]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod ille qui subfodit semina, non
tenetur ad tantum quantum agri fructus valituri erant, sed quantum ager sic
seminatus valere consuevit ; quia multis de causis potest impediri
agrorum fructus. Et similiter dicendum est de eo cui debitum non restituitur
suo tempore ; quia non tenetur restituere tantum quantum lucrari
potuisset ; sed secundum aestimationem lucri quod accidere consuevit,
pensato labore, et infortuniis etiam, quae in lucro accidere alias
possent ; quia lucrum non causatur tantum ex pecunia, sed ex industria
et labore. |
4. Celui qui déterre des semences n’est pas
tenu à tout ce que la récolte aurait pu valoir, mais à
ce que le champ ainsi ensemencé a coutume de valoir, car la moisson
peut être empêchée par plusieurs causes. Il faut dire la
même chose de celui qui ne restitue pas à temps, car il
n’est pas tenu de restituer autant qu’on aurait pu gagner, mais
selon l’estimation du gain qui a coutume de se produire, en
évaluant l’effort et les aussi les revers qui pourraient se
produire autrement pour le profit, car le profit n’est pas causé
seulement par l’argent, mais par l’application et le travail. |
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[16451] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod illud praeceptum legis quamvis sit de moribus, non
tamen est morale, sed judiciale. Talia enim praecepta pro loco et tempore
populo illi dabantur ; unde tunc non obligant nisi de novo statuerentur
ab aliquo qui statuendi haberet potestatem. Nihilominus tamen inquantum
habebant aliquid significationis per Christum, impleta sunt hujusmodi
praecepta, sicut et caeremonialia. |
5. Ce commandement de la loi, bien qu’il porte sur
le comportement, n’est cependant pas un précepte moral, mais
judiciaire. En effet, de tels commandements étaient donnés au
peuple en fonction du temps et du lieu. Ils n’obligent donc pas, à
moins qu’ils ne soient de nouveau donnés par quelqu’un qui
a le pouvoir de les donner. Néanmoins, dans le mesure où ils
comportaient un élément de signification à travers le
Christ, ces commandements ont été accomplis, de même que
les commandements cérémoniels. |
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[16452]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 2 ad 6 Ad sextum dicendum,
quod Zachaeus non dixit hoc quasi necessarium, sed ex abundanti. |
6. Zacharie n’a pas exprimé cela comme
quelque chose de nécessaire, mais par effusion. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16453] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 5 qc. 3 co. Ad
tertiam quaestionem dicendum, quod quidam versus dantur de illis qui tenentur
ad restitutionem, tales : jussio, consilium, consensus, palpo,
recursus, participans, mutus, non obstans, non manifestans. Sed tantum quinque
istorum sunt quae ad restitutionem semper obligant ; quorum primum est
jussio, quando aliquis jubet aliquem depraedari : alias tyranni non
tenerentur ad restitutionem. Secundus est consensus ad rapinam perpetrandam
in eo sine quo rapina fieri non poterat. Tertium est recursus, quando
scilicet aliquis receptator latronum est, et eis patrocinium praestat.
Quartum est participatio, quando aliquis latroni se sociat ad spoliandum, et
partem spoliorum accipit. Quintum est non obstans, cum scilicet ex officio
obstare tenetur, ut principes terrae, qui justitiam servare debent, si non
obstant cum obstare possint, ad restitutionem tenentur. In aliis autem causis
enumeratis non obligatur semper quis ad restitutionem, nisi in certis
casibus, quando probabiliter credit quod consilium suum fuit efficax, et quod
alias injusta ablatio commissa non fuisset. Similiter etiam non omnis palpo,
idest adulator ad restitutionem tenetur ; sed ille qui adulando ad
auferendum incitat, dicens hoc signum strenuitatis esse. Similiter etiam
mutus dicitur qui ex officio reclamare tenetur et non reclamat ; nec
tunc semper tenetur ad restitutionem, nisi operetur ut fiat injusta
ablatio ; sed debet inducere eum qui abstulit, ut reddat. Similiter
etiam non omnis qui non manifestat, tenetur ad restitutionem ; sed ille
qui pro latrocinio celat, et particeps est lucri. In omnibus autem his, si
principalis restituit, alii deobligantur a debito restitutionis. |
Des vers sont formulés à propos de ceux qui
sont tenus de restituer : « Ordre, conseil, consentement,
flatterie, recel, participant, muet, qui ne s’oppose pas, qui ne
s’exprime pas. » Mais il n’y a que cinq de ces choses
qui obligent toujours à une restitution. La première est le
commandement, lorsque quelqu’un ordonne qu’un autre soit pillé,
autrement les tyrans ne seraient pas tenus de restituer. La deuxième
est le consentement à la perpétration d’un vol dans le
cas où cela ne pouvait être fait sans un vol. La
troisième est le recel, lorsque quelqu’un est le receleur de
voleurs et leur accorde son soutien. La quatrième est la
participation, lorsque quelqu’un s’associe à un voleur
pour dépouiller et reçoit une partie du butin. La
cinquième est le fait de celui qui ne s’oppose pas, alors qu’il
est tenu de s’opposer en vertu de sa fonction, comme les dirigeants du
pays, qui doivent observer la justice, s’ils ne s’opposent pas
alors qu’ils peuvent s’opposer, sont tenus à la
restitution. Parmi les autres causes énumérées,
quelqu’un n’est pas toujours obligé de restituer, sauf
dans certains cas, lorsqu’il croit de manière probable que son
conseil était efficace et qu’un vol n’aurait pas
été commis autrement. De même aussi, ce n’est pas
toute flatterie, tout flatteur, qui est obligé de restituer, mais
celui qui, en flattant, incite à voler, lorsqu’il dit que cela
est un signe de courage. De même aussi, on appelle muet celui qui, en
vertu de sa fonction, est tenu de protester et ne proteste pas ; mais il
n’est pas toujours obligé de restituer, à moins
qu’il ait agi pour qu’on prenne injustement ; mais il doit
inciter celui qui a pris à rendre. De même encore, ce ne sont
pas tous ceux qui ne révèlent pas qui sont tenus de restituer,
mais celui qui cache en vue d’un vol et participe au gain. Dans tout
cela, si celui qui agit à titre principal restitue, les autres sont
dégagés de l’obligation de restituer. |
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[16454] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 3 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
La réponse aux arguments ressort ainsi clairement. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[16455] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 1 a. 5 qc. 4 co. Ad
quartam quaestionem dicendum, quod restituere est iterato statuere aliquem in
suae rei possessione ; et ideo patet quod illi qui privatus est re sua,
debet fieri restitutio. |
Restituer, c’est rétablir quelqu’un
dans la possession de son bien. Il est donc clair que la restitution doit
être faite à celui qui a été privé de son
bien. |
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[16456] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quando incertus est dominus rerum ablatarum, pauperes
sunt heredes ; et ideo non deobligatur a debito restitutionis, nisi det
pauperibus pro anima illius cui restitutio debebatur, adhibita tamen prius
diligentia debita. |
1. Lorsque le maître des choses enlevées est
incertain, les pauvres en sont les héritiers. Ainsi, on n’est
dégagé de l’obligation de restituer que si on les donne
aux pauvres pour l’âme de celui à qui la restitution
était due, après y avoir cependant mis d’abord le soin nécessaire. |
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[16457] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod si sit res magni valoris, debet sibi transmittere, si
potest commode ; nec obstat si damnum de remissione patitur, quia ipse
sibi causa fuit injuste auferendo. Si autem transmittere non possit, vel res
sit non magni valoris, potest eam dare propinquis illius si habet, vel alicui
coenobio, si non habet propinquos, cum protestatione tali quod ei reddere
teneantur, si requisiverit, vel unquam comparuerit. |
2. S’il s’agit d’une chose de grande
valeur, il doit la lui transmettre, s’il le peut
commodément ; et cela n’a pas d’importance s’il
subit un tort en la rapportant, car il en a été lui-même
la cause en la prenant. Mais s’il ne peut la transmettre ou si la chose
a peu de valeur, il peut la donner aux proches de celui-ci ou à un
monastère, s’il n’a pas de proches, avec l'engagement
qu’on sera tenu de la lui rendre, s’il la demande ou si jamais il
comparaît. |
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[16458] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ille qui illo modo accipit, debet pauperibus illius
villae restituere, vel in alios usus communitatis illius civitatis expendere
secundum arbitrium episcopi, vel illorum ad quos pertinet cura illius
civitatis. |
3. Celui qui a reçu de cette manière doit
restituer aux pauvres de ce domaine ou le dépenser pour d’autres
usages de cette ville, selon le jugement de l’évêque ou de
ceux de qui relève la charge de cette ville. |
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[16459] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 1 a. 5 qc. 4 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod debet fieri restitutio Ecclesiae, ut res illae deveniant ad successorem
illius praelati ; quia quamvis ipse eas recipere non mereatur, Ecclesia
tamen perdere eas non debet. |
4. Restitution doit être faite à
l’Église afin que ces biens parviennent au successeur de ce
prélat, car, bien que celui-ci ne mérite pas de les recevoir,
l’Église ne doit cependant pas les perdre. |
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Quaestio 2 |
Question 2 –
[L’aumône]
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Prooemium |
Prologue
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[16460]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 pr. Deinde
quaeritur de eleemosyna ; et circa hoc quaeruntur sex : 1 quid
sit ; 2 de effectu sive fructu ejus ; 3 de partibus ejus ; 4
de quo sit danda eleemosyna ; 5 quis possit eam dare ; 6 cui debeat
dari. |
Ensuite, on s’interroge sur l’aumône.
À ce propos, six questions sont posées : 1 –
Qu’est-ce que l’aumône ? 2 – À propos de son
effet ou de son fruit. 3 – À propos de ses parties.
4 – De quoi faut-il faire l’aumône ? 5 – Qui
peut la faire ? 6 – À qui doit-elle être faite ? |
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Articulus 1 [16461] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 tit. Utrum definitio eleemosynae sit
convenienter assignata |
Article 1 – La définition de l'aumône est-elle formulée de manière appropriée ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La définition que certains donnent de l'aumône est-elle formulée de manière appropriée ?] |
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[16462] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod definitio eleemosynae, quam quidam
assignant, scilicet : eleemosyna est opus in quo datur aliquid
indigenti ex compassione propter Deum, sit inconvenienter assignata.
Visitare enim infirmos species eleemosynae est. Sed in hoc opere non datur
aliquid. Ergo datio non debet poni in definitione eleemosynae. [16463] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 1 arg.
2 Praeterea, ipsum datum
eleemosyna dicitur, quia dicimur eleemosynam dare. Sed ipsum datum non est
opus, sed res quaedam. Ergo eleemosyna non est opus. [16464] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 1 arg.
3 Praeterea, in eleemosynis
aliquid quandoque datur clericis praebendatis, qui tamen non indigent, sed
divites sunt. Ergo non est de ratione eleemosynae quod indigenti detur. [16465] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 1 arg.
4 Praeterea, opus quod fit
ex electione, est magis laudabile quam opus quod fit ex passione ; quia
est Deo conformius, qui nihil ex passione operatur. Sed compassio est passio
quaedam ; quia nullus compatitur nisi patiatur. Ergo non est ex
necessitate eleemosynae quod ex compassione detur. [16466] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 1 arg.
5 Praeterea, actus non
respicit speciem a fine ultimo, sed a proximo ; alias omnes actus virtutum
essent unius speciei. Sed ultimum quod ponitur in definitione debet esse
differentia specifica. Cum ergo Deus sit ultimus finis omnium actionum
nostrarum, videtur quod non debeat poni in definitione eleemosynae quasi
finalis differentia. |
1. Il semble que soit formulée de manière inappropriée la définition de l’aumône donnée par certains : « L’aumône est l’acte par lequel quelque chose est donné par compassion à un indigent à cause de Dieu. » En effet, visiter les malades est une espèce d’aumône. Or, par cet acte, on ne donne rien. Le don ne doit donc pas être mis dans la définition de l’aumône. 2. Le don lui-même est appelé aumône,
car on nous disons que nous donnons une aumône. Or, le don
lui-même n’est pas un acte, mais une chose. L’aumône
n’est donc pas un acte. 3. Quelque chose est parfois donné à des
clercs beneficiers de prébendes sous forme d’aumônes,
alors qu’ils ne sont pas indigents mais riches. Il ne fait donc pas
partie de l’essence de l’aumône qu’elle soit donnée
à un indigent. 4. Un acte qui est fait par choix est plus louable
qu’un acte fait par passion, car il est plus conforme à Dieu,
qui ne fait rien par passion. Or, la compassion est une passion, car personne
ne compatit s’il ne souffre pas. Il n’est donc pas
nécessaire que l’aumône soit donnée par compassion. 5. L’acte ne tire pas son espèce de la fin
ultime, mais de la fin prochaine, autrement, tous les actes des vertus
seraient d’une même espèce. Or, ce qui est mis en dernier
lieu dans une définition doit être la différence spécifique.
Puisque Dieu est la fin ultime de toutes nos actions, il semble donc
qu’on ne doive pas le mettre comme différence finale dans la
définition de l’aumône. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [L’aumône est-elle une partie de la satisfaction ?] |
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[16467]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod eleemosyna non sit
satisfactionis pars. Non enim est necessarium satisfacere nisi ei qui
peccavit. Sed si nunquam homo peccasset, necesse haberet eleemosynas dare.
Ergo non est satisfactionis pars. |
1. Il semble que l’aumône ne soit pas une partie de la satisfaction. En effet, il n’est nécessaire de satisfaire que pour celui qui a péché. Or, si on n’avait jamais péché, il serait [encore] nécessaire qu’il fasse l’aumône. Elle n’est donc pas une partie de la satisfaction. |
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[16468] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, totum non potest esse perfectum, si pars ei subtrahatur.
Sed potest aliquis perfecte satisfacere de aliquo peccato, etiam si nullam
eleemosynam det. Ergo satisfactionis pars non est eleemosyna. |
2. Un tout ne peut être parfait si une partie en
est enlevé. Or, on peut parfaitement satisfaire pour un
péché, même sans faire aucune aumône.
L’aumône n’est donc pas une partie de la satisfaction. |
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[16469] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, nihil potest esse pars totius nisi differat ab aliis ejus
partibus. Sed eleemosyna non differt a jejunio et oratione secundum quod ad
poenitentiam pertinet, quia hoc eis omnibus competit inquantum sunt poenalia,
ut ex dictis patet. Ergo eleemosyna non est satisfactionis pars. |
3. Rien ne peut être partie d’un tout,
à moins d’être différent de ses autres parties. Or,
l’aumône ne diffère pas du jeûne et de la
prière, selon qu’elle relève de la pénitence, car
cela leur convient à tous en tant qu’ils ont le caractère
de peines, comme cela ressort de ce qui a été dit. L’aumône
n’est donc pas une partie de la satisfaction. |
|
[16470] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 4 Praeterea, in
sacramentis necessitatis, ut in Baptismo, adhibetur remedium quod nulli
possit deesse, sicut aqua. Sed poenitentia
est sacramentum necessitatis, ut ex praemissis patet. Ergo, cum dare
eleemosynam non possit cuilibet competere qui peccare potest, quia non est
nisi possidentium aliquid ; videtur quod non debeat poni poenitentiae et
satisfactionis pars. |
4. Dans les sacrements nécessaires, comme dans le
baptême, un remède est donné qui ne peut faire
défaut à personne, telle l’eau. Or, la pénitence
est un sacrement nécessaire, comme cela ressort de ce qui a
été dit plus haut. Puisque donner l’aumône ne peut
convenir à tous ceux qui peuvent pécher, car ce ne peut
être le fait que de ceux qui ont des biens, il semble donc
qu’elle ne doive pas être mise comme partie de la pénitence
et de la satisfaction. |
|
[16471] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, Luc. 3, super illud : facite
fructus dignos poenitentiae, dicit Glossa Bedae quod dare eleemosynam sit
pars poenitentiae. Sed non nisi ratione satisfactionis. Ergo est pars
satisfactionis. |
Cependant, [1] à propos de Lc 3 : Faites de dignes fruits de
pénitence, une glose de Bède dit que faire
l’aumône est une partie de la pénitence. Or, ce
n’est qu’en raison de la satisfaction. Elle est donc une partie
de la satisfaction. |
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[16472] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, in foro
saeculari non solum punitur aliquis per corporis laesionem, sed etiam per
bonorum subtractionem. Sed satisfactio in foro poenitentiae fit per opera
poenalia. Ergo debet non solum jejunium, quo affligitur corpus, sed etiam
eleemosyna, in qua subtrahuntur res temporales, pars poenitentiae esse. |
[2] Au for séculier, non seulement on est puni par
une blessure corporelle, mais aussi par l’enlèvement de ses
biens. Or, la satisfaction au for de la pénitence est accomplie par
des actes qui ont le caractère de peines. Donc, non seulement le
jeûne, par lequel le corps est affligé, mais aussi
l’aumône, par laquelle des biens temporels sont soustraits,
doit-elle être une partie de la pénitence. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [L’aumône est-elle l’acte d’une vertu ?] |
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[16473]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod eleemosyna non sit actus
virtutis. Quia 1 Timoth. 4, ubi dicitur quod pietas ad omnia valet, exponitur
pro eleemosynarum largitione. Sed pietas
non est virtus, sed donum. Ergo eleemosyna non est actus virtutis. |
1. Il semble que l’aumône ne soit pas l’acte d’une vertu, car, en 1 Tm 4, où il est dit que la piété sert à tout, on l’explique par le don d’aumônes. Or, la piété n’est pas une vertu, mais un don. L’aumône n’est donc pas l’acte d’une vertu. |
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[16474]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, nulla passio est virtus, ut philosophus
probat in 2 Ethic. Sed eleemosyna ex misericordia procedit, quae passio est,
ut patet per Glossam super illud Psal. 36 : tota die miseretur :
eleemosyna a misericordia incipit. Ergo non est actus virtutis. |
2. Aucune passion n’est une vertu, comme le montre
le Philosophe dans Éthique,
II. Or, l’aumône vient de la miséricorde, qui est une
passion, comme cela ressort de la Glose, à propos de Ps 36 :
Tout le jour, il compatit : « L’aumône
commence par la compassion. »
Elle
n’est donc pas l’acte d’une vertu. |
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[16475] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2
a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
nihil est in genere quod non sit in aliqua ejus specie. Sed non potest
reduci, ut videtur, ad aliquam speciem virtutis : quia tantum tres
virtutes inveniuntur circa exteriora bona operari, in quibus non est
eleemosyna : scilicet justitia, liberalitas, magnificentia. Eleemosyna
autem non est actus justitiae, quia non reddit alienum, sed dat suum :
similiter nec actus liberalitatis, quia liberalitas non attendit indigentiam,
quam attendit eleemosyna : similiter nec magnificentiae, quia potest
esse in parvis et in magnis. Ergo non est actus virtutis. |
3. Rien ne se trouve dans un genre, qui ne se trouve dans
une de ses espèces. Or, il semble que [l’aumône] ne puisse
être ramenée à aucune espèce de vertu, car il
n’y a que trois vertus qui portent sur les biens extérieurs,
parmi lesquelles ne se trouve pas l’aumône : la justice, la
libéralité, la magnificence. Or, l’aumône
n’est pas un acte de justice parce qu’elle ne rend pas le bien
d’un autre, mais donne le sien ; elle n’est pas non plus un
acte de libéralité, car la libéralité ne porte
pas attention à l’indigence, à laquelle
l’aumône porte attention ; de même, elle n’est
pas un acte de la magnificence, car elle peut s’exercer dans les
petites et dans les grandes choses. Elle n’est donc pas l’acte
d’une vertu. |
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[16476] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 4 Sed contra est. Subvenire miseris est actus justitiae, ut patet per
Augustinum, et habitum est in 3 Lib., dist. 33, quaest. 2, art. 2,
quaestiunc. 3. Sed subvenire miseris pertinet ad eleemosynam. Ergo eleemosyna
est actus justitiae, et sic actus virtutis. |
4. Venir au secours des miséreux est un acte de
justice, comme cela ressort d’Augustin, et comme on l’a vu dans
le livre III, d. 33, q. 2, a. 2, qa 3. Or, venir au secours des
miséreux relève de l’aumône. L’aumône
est donc un acte de la justice, et ainsi un acte de vertu. |
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[16477] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 5 Praeterea, nihil est meritorium nisi actus virtutis : quia
felicitas est virtutis praemium, ut etiam philosophus dicit. Sed eleemosyna est
maxime meritoria. Ergo est actus virtutis. |
5. Rien n’est méritoire qui ne soit un acte
de vertu, car la félicité est la récompense de la vertu,
comme même le Philosophe le dit. Or, l’aumône est
méritoire au plus haut point. Elle est donc un acte de vertu. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [L’aumône est-elle soumise à un commandement ?] |
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[16478]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod eleemosyna non cadat in
praecepto, Luc. 3, super illud : interrogaverunt eum turbae,
dicit Glossa interlinealis : ex verbis Joannis terrore perculsi consilium
quaerunt. Sed Joannes respondit quod intenderent eleemosynis. Ergo dare
eleemosynas est consilium, et non praeceptum. |
1. Il semble que l’aumône ne soit pas soumise
à un commandement. À propos de Lc 3 : Les foules l’interrogeaient, la
glose interlinéaire dit : « Frappés de terreur
par les paroles de Jean, ils cherchent conseil. » Or, Jean
ré-pondait qu’ils devaient s’adonner aux aumônes.
Faire l’aumône est donc un conseil, et non un précepte. |
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[16479] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 2 Praeterea, quilibet potest
licite sua retinere. Sed retinendo sua non dat aliquis eleemosynam. Ergo dare eleemosynam non est in praecepto. |
2. Tous peuvent garder leurs biens. Or, en gardant ses
biens, on ne fait pas l’aumône. Faire l’aumône
n’est donc pas l’objet d’un précepte. |
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[16480] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 3 Praeterea, si cadit eleemosyna sub praecepto, non cadit nisi sub praecepto
negativo : quia Ambrosius dicit : pasce fame morientem : si
non pavisti, occidisti. Non occidere autem est praeceptum negativum. Sed non
cadit sub praecepto negativo ; alioquin homo teneretur semper
eleemosynam dare : quia praecepta negativa obligant semper, et ad
semper. Ergo dare eleemosynam non cadit
sub aliquo praecepto. |
3. Si l’aumône est soumise à un
précepte, elle n’est soumise qu’à un
précepte négatif, car Ambroise dit : « Nourris
celui qui meurt de faim ; si tu ne l’as pas nourri, tu l’as
tué. » Or, ne pas tuer est un précepte
négatif. Or, [l’aumône] n’est pas soumise à
un précepte négatif, autrement l’homme serait toujours
obligé de faire l’aumône, car les préceptes
négatifs obligent toujours et en toute occasion. Faire
l’aumône n’est donc pas soumis à un précepte. |
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[16481] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 4 arg. 4 Praeterea, omne quod
cadit sub praecepto, aliquo tempore obligat transgressores ad peccatom
mortale. Sed hoc non est de
eleemosyna : quia semper potest probabilis opinio alicui remanere, quod
si ipse non subvenit, alius subvenire possit ; non enim unus posset
omnibus subvenire. Ergo dare eleemosynam non cadit sub praecepto. |
4. Tout ce qui est soumis à un précepte
oblige parfois les transgresseurs à un péché mortel. Or,
tel n’est pas le cas de l’aumône, car quelqu’un peut
toujours maintenir l’opinion probable que, s’il ne secourt pas,
un autre peut secourir : en effet, un seul ne pourrait secourir tous. Faire
l’aumône n’est donc pas soumis à un précepte. |
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[16482] Super Sent., lib.
4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 4 s. c. 1 Sed
contra est quod dicit Glossa Matth. 6 : te autem faciente eleemosynam :
conscientiae facienti eleemosynam pro praecepto adimplendo miscet se laudis
appetitus. Ergo dare eleemosynam cadit sub praecepto. |
Cependant, à propos de Mt 6 : Lorsque tu fais l’aumône, la Glose dit :
« Le désir de louange se mêle toujours à la
conscience chez celui qui fait l’aumône pour accomplir un
précepte. » Faire l’aumône est donc soumis à
un précepte. |
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[16483] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 4 s. c. 2 Praeterea, illud sine quo caritas esse non potest,
cadit sub praecepto. Sed sine eleemosynarum largitione in aliquo casu caritas esse non potest,
ut patet 1 Joan. 3, 17 : qui habuerit substantiam hujus mundi, et
viderit fratrem suum necessitatem patientem, et clauserit viscera sua ab eo,
quomodo caritas patris manet in ipso ? Quasi dicat, nullo modo. Ergo
dare eleemosynam cadit sub praecepto. |
[2] Ce sans quoi la charité ne peut exister est
soumis à un précepte. Or, sans faire l’aumône dans
un cas, la charité ne peut exister, comme cela ressort de
1 Jn 3, 17 : Celui
qui possède des biens de ce monde, voit son frère qui est dans
le besoin et lui ferme son cœur, comment la charité du
Père demeure-t-elle en lui ? Comme s’il disait :
« D’aucune façon. » Faire
l’aumône est donc soumis à un précepte. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16484] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
eleemosyna nomen Graecum est, eleemosyni, munus quod inopi datur ; et
dicitur ab eleos, quod est miseratio, seu misericordia, quae miseriam alienam
suam facit. Unde sicut homo miseriam a se expellit quantum potest, ita
misericors miseriam alienam expellit ei subveniendo : quae quidem
subventio fit per hoc quod ei sua bona communicat ; unde ipsa
communicatio bonorum propriorum ad miserum, nomen eleemosynae accepit. Haec
autem communicatio non potest esse meritoria et virtuosa, nisi quando propter
Deum fit ; et ideo in definitione praedicta tanguntur omnia quae ad
perfectionem eleemosynae concurrunt, secundum quod est meritoria. Ipsa enim
miseria aliena, quae est misericordiae principium, tangitur in hoc quod
dicit, indigenti ; misericordia autem, quae ex miseria aliena
nascitur in nobis, tangitur in hoc quod dicit, ex compassione ;
sed misericordiae effectus in relevando alienam miseriam quasi suam, tangitur
in hoc quod dicitur, opus in quo aliquid datur : hoc enim est
essentiale ipsi eleemosynae ; sed intentio directa in Deum, quae dat ei
rationem merendi, tangitur in hoc quod dicitur, propter Deum. |
Eleemosyna est un mot grec ; eleemosynè, est le don qui est fait à un indigent. Le mot vient d’eleos, qui veut dire compassion ou miséricorde, qui fait sienne la misère d’un autre. De même qu’un homme éloigne de lui-même la misère autant qu’il le peut, de même le miséricordieux éloigne-t-il d’un autre la misère en venant à son secours. Il apporte ce secours en lui faisant partager ses biens. Aussi le partage même de ses biens propres avec un miséreux a-t-il reçu le nom d’aumône. Or, ce partage ne peut être méritoire et vertueux que lorsqu’il est fait pour Dieu. C’est pourquoi, dans la définition précédente, est abordé tout ce qui concourt à la perfection de l’aumône et par quoi elle est méritoire. En effet, la misère d’un autre elle-même, qui est le principe de la miséricorde, est abordée lorsqu’on dit : « À l’indigent. » Mais la miséricorde, qui naît en nous à partir de la misère d’un autre, est abordée lorsqu’on dit : « Par compassion. » L’effet de la miséricorde pour secourir la misère de l’autre comme si elle était sienne est abordé lorsqu’on dit : « L’acte par lequel quelque chose est donné » : en effet, cela est essentiel à l’aumône elle-même. Mais l’intention orientée vers Dieu, qui lui donne un caractère méritoire, est proche lorsqu’on dit : « À cause de Dieu. » |
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[16485] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, secundum philosophum in 5 Ethic., quod omnia illa
quorum pretium numismate potest comparari vel consuevit, potest in ratione
dati et accepti venire ; et ideo illi actus qui in subventione alienae
miseriae exhibentur, etiam quasi dona accipiuntur, cum sine pretio
impenduntur. |
1. Selon le Philosophe, dans Éthique, V, tout ce dont le prix peut être
comparé à de l’argent ou qu’on a coutume d’y
comparer peut être donné et reçu. Ainsi en va-t-il des
actes qui viennent au secours de la misère d’un autre,
même s’ils sont reçus comme des dons, puisqu’ils
sont faits gratuitement. |
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[16486] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quia habitus distinguuntur ex actibus, et actus ex
objectis ; ideo quandoque nomina aequivocantur ad habitus, actus et
objecta ; sicut patet de fide, quae potest significare vel habitum fidei
vel actum ejus, aut ipsam rem creditam ; et similiter eleemosynae nomen
aliquando significat ipsam rem datam, et sic non definitur hic ; aliquando
ipsam dationem, et sic accipitur praedicta definitio. |
2. Parce que les habitus se distinguent par les actes et
les actes par les objets, lorsqu’un mot désigne de
manière équivoque des habitus, des actes et des objets, comme
cela est clair pour la foi, qui peut signifier soit l’habitus de foi,
soit son acte, soit la réalité crue elle-même, pour la même
raison le mot « aumône » signifie parfois la chose
donnée elle-même, et ce n’est pas ce qui est défini
ici ; et parfois, il désigne le don lui-même, et ainsi doit
être comprise la définition donnée plus haut. |
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[16487] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod clericis, etiam si ipsi non indigeant, eleemosynae
dantur, ut ministris pauperum, et dispensatoribus eleemosynarum ; et
ideo, quod eis in eleemosynam datur, per eos pauperibus transmittitur. |
3. Des aumônes sont données aux clercs,
même s’ils ne sont pas dans le besoin, en tant qu’ils sont
serviteurs des pauvres et dispensateurs des aumônes. C’est
pourquoi ce qui est leur est donné comme aumône est transmis aux
pauvres par eux. |
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[16488] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod sicut in 3, dist. 26, quaest. 1, art.
5, in corp., dictum est, nomina passionum sensibilium aliquando per quamdam
similitudinem transferuntur ad actus voluntatis, qui sine passione
sunt ; et sic compassio, quae proprie importat passionem tristitiae de
aliena miseria, dicitur quandoque de ipso actu voluntatis, quo alicui displicet
aliena miseria ; et sine tali compassione nunquam eleemosyna danda
est : quia non subveniret aliquis miseriae alienae, nisi vellet eum non
esse miserum ; et talis compassio etiam in Deo est, quia ei mala nostra
ex voluntate antecedente displicent, et quandoque etiam ex consequente. Sed
in nobis etiam quandoque adjungitur compassio proprie dicta, quia appetitus
superior natus est appetitum inferiorem movere ; unde si sit fortis
impressio in superiori, erit etiam in inferiori, nisi aliquid repugnet ;
et secundum hoc misericordia et verecundia et quaedam aliae passiones
laudabiles sunt, inquantum ex debita electione boni procedunt. |
4. Comme on l’a dit dans le livre III, d. 26,
q. 1, a. 5, c., les noms des passions sensibles sont reportées,
selon une certaine ressemblance, sur les actes de la volonté, qui
existent sans passion. Ainsi, la compassion, qui comporte au sens propre la
passion de tristesse à propos de la misère d’un autre,
désigne aussi un acte de la volonté, selon lequel la
misère d’un autre déplaît à quelqu’un.
L’aumône ne doit jamais être faite sans une telle
compassion, car on ne viendrait pas au secours de la misère d’un
autre si on ne voulait pas qu’il ne soit pas dans la misère. Une
telle compassion existe aussi en Dieu, car nos maux lui dépaisent
selon une volonté antécédente et parfois aussi,
subséquente. Mais, chez nous, s’ajoute aussi parfois la
compassion au sens propre, car il revient à l’appétit
supérieur de mouvoir l’appétit inférieur.
S’il existe une forte impression dans l’appétit
supérieur, il y en aura aussi une dans l’appétit
inférieur, à moins que quelque chose s’y oppose. Sous cet
aspect, la miséricorde, la honte et certaines autres passions sont
louables, pour autant qu’elles viennent du choix du bien. |
|
[16489] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 1 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod quamvis esse propter Deum non det speciem eleemosynae
quantum ad esse suum primum, tamen dat sibi ultimum complementum, secundum
quod est misericordia ; et ideo ultimo in definitione ipsius ponitur. |
5. Bien que le fait d’être faite à
cause de Dieu ne donne pas son espèce à l’aumône
pour ce qui est de son être premier, il lui donne cependant son
complément ultime selon qu’elle est miséricorde.
C’est pourquoi cela est mis en dernier lieu dans sa définition. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16490] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod a peccato
desistere non est de essentia satisfactionis, ut ex praedictis patet, sed est
ad satisfactionem praeambulum, sicut fundamentum ipsius. Unde cum aliquis
peccet hoc ipso quod non facit hoc quod facere tenetur, constat quod id quod
quis alias facere tenetur, non est de essentia satisfactionis, sed praeambulum
ad ipsam. Unde cum ad eleemosynarum largitionem quandoque aliquis teneatur,
quandoque non, ut postea patebit ; constat quod illarum eleemosynarum
largitio ad quam quis tenetur, non est pars satisfactionis, sed praeambulum
ad ipsam. Illae vero eleemosynae ad quas quis alias non tenetur, possunt
satisfactoriae esse, cum sint opera bona et poenalia, quod exigebatur ad opus
satisfactorium : punitur enim quis non solum afflictione corporis facta,
sed ex subtractione rerum. |
S’éloigner du péché ne fait
pas partie de l’essence de la satisfaction, comme cela ressort de ce
qui a été dit, mais cela est un préambule à la
satisfation, comme son fondement. Aussi, lorsqu’on pèche par le
fait même de ne pas faire ce qu’on est obligé de faire, il
est clair que ce qu’on est obligé de faire par ailleurs ne fait
pas partie de l’essence de la satisfaction, mais en est le
préambule. Puisqu’on est parfois obligé de faire
l’aumône et parfois non, comme cela ressortira clairement plus
loin, il est donc clair que la distribution des aumônes à
laquelle on est obligé n’est pas partie de la satisfaction, mais
son préambule. Mais les aumônes auxquelles on n’est pas
tenu peuvent être satisfactoires, puisqu’elles sont des actes
bons et ont le caractère de peines, ce qui était exigé
pour un acte satisfactoire : en effet, on est puni non seulement par
l'affliction de son corps, mais par la soustraction de ses biens. |
|
[16491] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 1 Et per hoc patet
solutio ad primum. Quidam tamen dicunt, quod etiam primae satisfactoriae sunt
ex largitione divinae misericordiae. |
1. La solution du premier argument est claire. Cependant,
certains disent que même les premières sont satisfactoires en
vertu de la libéralité de la miséricorde divine. |
|
[16492] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
ratio illa procedit de parte integrali. Eleemosyna
autem non est talis pars satisfactionis, sed magis subjectiva ; et ideo
etiam sine ipsa satisfactio suam completam rationem habet in qualibet suarum
partium per se, sicut animal in qualibet suarum specierum. |
2. Ce raisonnement s’appuie sur la partie
intégrale. Mais l’aumône n’est pas une telle partie
de la satisfaction, mais plutôt une partie subjective. C’est
pourquoi, même sans elle, la satisfaction a par elle-même son
caractère propre dans chacune de ses parties, comme l’animal
dans chacune de ses espèces. |
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[16493] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod poena dicitur malum inquantum subtrahit aliquod bonum, quia sic naturae
nocet. Unde sicut est diversa ratio boni in divitiis, quas appetit concupiscentia
carnis, et honoribus, in quos tendit superbia vitae ; ita est diversa
ratio poenae in eleemosyna quae subtrahit divitias, et in jejunio quod
subtrahit delicias, et in oratione, quae altitudinem superbi spiritus deprimit
per humilitatem ; et propter hoc sunt diversae partes satisfactionis.
Nec differt de praedictis bonis utrum sint simpliciter bona, vel aestimata
bona, quantum ad rationem poenae, sicut neque quantum ad rationem
appetitus ; poena enim voluntati contrariatur, ut Anselmus dicit. |
3. On dit que la peine est mauvaise pour autant
qu’elle soustrait un certain bien, car elle nuit ainsi à la
nature. De même que la raison de bien est différente dans les richesses,
que la concupiscence de la chair désire, et dans les honneurs, vers
lesquels tend l’orgueuil de la vie, de même la raison de peine
est différente dans l’aumône, qui soustrait des richesses,
dans le jeûne, qui soustrait des plaisirs, et dans la prière,
qui abaisse l’élévation d’esprit de
l’orgueuilleux par l’humilité. Pour cette raison, ce sont
des parties différentes de la satisfaction. Et cela ne fait pas de
différence pour la raison de bien, dans le cas des biens en question,
s’il s’agit de biens réels ou estimés, comme cela
n’en fait pas pour la raison d’appétit : en effet, la
peine s’oppose à la volonté, comme le dit Anselme. |
|
[16494] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod eleemosyna non tantum consistit in collatione
pecuniae, sed etiam in aliis obsequiis propter Deum proximis factis, ut
dictum est ; unde etsi alicui pecunia desit, non tamen facultas dandi
eleemosynam deest ; et si deesset omnino facultas respectu eleemosynarum
corporalium propter penuriam rerum et corporis debilitatem, non tamen deesset
facultas respectu eleemosynarum spiritualium, quia posset alteri vel
consulere, vel orare saltem ; et si etiam facultas omnino deesset,
voluntas completa sufficeret. |
4. L’aumône ne consiste pas seulement
à donner de l’argent, mais aussi dans tous les autres secours
rendus au prochain à cause de Dieu, comme on l’a dit. Aussi, si
l’argent fait défaut à quelqu’un, la
capacité de faire l’aumône ne lui fait cependant pas
défaut. Et si manquait totalement la capacité pour les
aumônes corporelles en raison de la pénurie de biens et de la
faiblesse du corps, la capacité ne manquerait pas pour les
aumônes spirituelles, car on pourrait conseiller quelqu’un ou
même prier pour lui. Et même si la capacité manquait
totalement, une volonté entière suffirait. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16495] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod cum virtus sit
habitus quo dirigimur ad bene operandum, oportet quod omnis actus quod de se
rectitudinem importat, ad aliquam virtutem reducatur, quamvis etiam in sui ratione
non exprimat omne illud quod ad perfectionem virtutis requiritur ; sicut
dare quando dandum est, dicitur esse actus liberalitatis, quamvis in hoc non
exprimatur omnis debita circumstantia quae ad actum liberalitatis exigitur.
Cum ergo eleemosyna, secundum quod dictum est, importet quamdam rectitudinem,
quia significat dationem ordinatam ad subventionem miseriae, quod ipsum nomen
declarat, cum eleemosyna ab eleos quod est miseratio, seu misericordia,
dicatur, patet quod eleemosyna de se dicit virtutis actum, quamvis non
exprimat omnes conditiones quae ad actum virtutis requiruntur. Dationes autem
et acceptiones ordinat liberalitas ; unde oportet quod eleemosyna sit
aliquo modo actus liberalitatis, cujus misericordia pars ponitur a quibusdam,
ut in 3 dictum est, dist. 33, quaest. 3, art. 4 ; eo quod liberalitas conjectat
bonum communiter in dationibus ; sed misericordia conjectat in eis
aliquod speciale bonum, quod est relevatio miseriae aliorum ; unde
eleemosyna est actus misericordiae, et per consequens liberalitatis. |
Puisque la vertu est un habitus par lequel nous sommes
dirigés vers le bien à accomplir, il est nécessaire que
tout acte qui comporte de soi une rectitude soit ramené à une
vertu, même si ne s’exprime pas dans sa raison tout ce qui requis
pour la perfection de la vertu. Ainsi, donner lorsqu’il faut donner est
appelé un acte de libéralité, bien que ne s’y
exprime pas toutes les circonstances appropriées qui sont
exigées pour un acte de libéralité. Puisque
l’aumône, comme on l’a dit, comporte une certaine
rectitude, par laquelle elle indique un don ordonné à secourir
la misère, bien que le mot même l’exprime puisqu’on
emploie eleemosyna, qui vient de
eleos et signifie compassion ou miséricorde, il est clair que
l’aumône exprime de soi un acte de vertu, bien qu’elle
n’exprime pas toutes les conditions qui sont exigées d’un
acte de vertu. Or, la libéralité ordonne les dons et les
manières de recevoir, et la miséricorde est donnée par
certains comme une de ses parties, comme on l’a dit dans le livre III,
d. 33, q. 3, a. 4, du fait que la libéralité porte sur le bien
d’une manière générale pour les dons. Mais la miséricorde
porte sur un bien spécial parmi eux : le soulagement de la
misère des autres. L’aumône est donc un acte de
miséricorde et, par conséquent, de libéralité. |
|
[16496] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod pietas, secundum Augustinum, 10 de Civit. Dei,
more vulgi dicitur ipsa misericordia ; et sic ad pietatem pertinere
dicitur eleemosyna, et non secundum quod est donum. Qualiter autem pietas donum a
misericordia differat, in Lib. 3, dist. 33, quaest. 3, art. 4, quaestiunc. 6,
dictum est. |
1. La miséricorde elle-même, selon Augustin,
dans La cite de Dieu, X, est
communément appelée la piété. Ainsi dit-on que
l’aumône relève de la piété, et non selon
que celle-ci est un don. Mais on
a déjà dit comment le don de piété diffère
de la miséricorde dans le livre III, d. 33, q. 3, a. 4, qa 6. |
|
[16497] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod misericordia secundum quod importat compassionem tantum ad
miseriam alterius, non est virtus, sed passio ; secundum autem quod
importat electionem compatientis, secundum hoc virtus est. |
2. La miséricorde, selon qu’elle comporte
seulement la compassion envers la misère d’un autre, n’est
pas une vertu, mais une passion. Mais selon qu’elle comporte un choix
de celui qui compatit, elle est une vertu. |
|
[16498] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod, ut patet, eleemosyna reducitur ad aliquam virtutem etiam a philosophis
assignatam ; quia ad misericordiam immediate, et ad liberalitatem
mediate. Quamvis enim liberalitas communiter non attendat indigentiam, nihil
tamen prohibet aliquam liberalitatis speciem indigentiam attendere. |
3. Comme cela est clair, l’aumône se
ramène à un vertu qui est aussi désignée par les
philosophes, car elle se ramène immédiatement à la
miséricorde et, de manière médiate, à la
libéralité. En effet, bien que la libéralité ne
porte pas généralement sur l’indigence, rien
n’empêche cependant qu’une espèce de la
libéralité porte sur l’indigence. |
|
[16499] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod subvenire miseris, ut ibidem dictum est, non est actus
justitiae ratione sui, sed ratione suae partis, secundum quod liberalitas
etiam ad justitiam reducitur sicut pars. |
4. Secourir les miséreux, comme on le dit à
cet endroit, n’est pas un acte de justice par sa nature même,
mais en raison de sa partie, selon que la libéralité se
ramène aussi à la justice comme une partie. |
|
[16500] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 3 ad 5 Quintum
concedimus. |
5. Nous concédons le cinquième argument. |
|
Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
|
[16501] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 1 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod cum eleemosyna
sit actus virtutis, opOrtet quod aliquo modo cadat sub praecepto, quia
praecepta legislatoris ad virtutem ducere intendunt, ut dicitur 2 Ethic.
Reducitur autem ad hoc praeceptum : honora parentes ; honor
enim ille, secundum Augustinum, ad reverentiam et subventionem in necessariis
pertinet ; et nomine parentum omnis proximus intelligitur. Sed praecepta affirmativa non obligant ad semper,
quamvis semper obligent ; sed obligant pro loco et tempore, et secundum
alias determinatas conditiones. Cum autem usus divitiarum sit ordinatus ad
subveniendum necessitatibus praesentis vitae, quae quidem subventio debet esse
ordinata ; patet quod qui divitiis non utitur, ad subveniendum
praesentis vitae necessitatibus, vel inordinate utitur, a virtute recedit.
Ordo autem subventionis talis debet attendi quantum ad duo. Primo ex parte
eorum quibus subvenitur, ut primo sibi, postea sibi conjunctis subveniat, et
deinde extraneis. Secundo ex parte necessitatis talis debet esse ordo, ut
prius absolutae necessitati subveniatur quam alicui necessitati
conditionatae, quae est cum quis indiget aliquo ad sui status decentem
conservationem ; et ideo praeceptum legis ad hoc obligat, ut illud quod
superest alicui post subventionem sibi factam et sibi conjunctis (puta
familiae, quam gubernare debet) respectu utriusque necessitatis, in
eleemosynas expendat ad subveniendum aliis respectu utriusque dictarum
necessitatum ; sicut etiam natura illud quod sibi de alimento superfluit
ab actu nutritivae, in quo attenditur quasi necessitas absoluta, et actu
augmentativae, in quo attenditur quasi necessitas conditionata, praeparat ad
conservationem speciei, generativae virtuti subministrans. Et similiter
praeceptum legis obligat, quod etiam necessitati extraneorum absolutae primo
subveniatur quam necessitati propriae vel propinquorum conditionatae ;
et ideo dicitur communiter, quod dare eleemosynam de superfluo, cadit in
praecepto ; et sic dare eleemosynam ei qui est in extrema
necessitate ; dare autem de eo quod est necessarium necessitate secunda,
non autem de eo quod est necessarium necessitate prima, quia hoc esset contra
ordinem caritatis. |
Puisque l’aumône est l’acte d’une
vertu, il est nécessaire qu’elle soit d’une certaine
manière soumise à un précepte, car les préceptes
du législateur ont comme but de mener à la vertu, comme il est
dit dans Éthique, II. Or,
elle se ramène à ce précepte : Honore tes parents. En effet, selon Augustin, cet honneur
consiste dans le respect et dans le secours pour les choses
nécessaires, et par le mot de parents, on entend tous ceux qui sont
proches. Mais les préceptes affirmatifs n’obligent pas dans tous
les cas, bien qu’ils obligent toujours : ils obligent selon le
lieu et le temps, et selon d’autres conditions
déterminées. Mais puisque l’usage des richesses est
ordonné à pourvoir aux nécessités de la vie
présente et que pourvoir ainsi doit se faire de manière
ordonnée, il est clair que celui qui n’utilise pas les richesses
afin de pourvoir aux nécessités de la vie présente ou
les utilise de manière désordonnée,
s’éloigne de la vertu. Or, l’ordre dans la manière
d’ainsi pourvoir doit être envisagé selon deux choses.
Premièrement, du point de vue de ceux à qui l’on
pourvoit, de sorte qu’on le fasse d’abord pour nous-mêmes,
ensuite pour ceux qui nous sont unis, puis pour les étrangers.
Deuxièmement, il doit y avoir un ordre dans cette
nécessité, de sorte qu’on pourvoie plutôt au besoin
absolu qu’à un besoin conditionnel, qui existe lorsque
quelqu’un a besoin de quelque chose pour maintenir décemment son
état. C’est pourquoi le précepte de la loi obligr
à ce que ce qui reste après avoir pourvu pour nous-mêmes
et pour ceux qui nous sont unis (par exemple, la famille que nous devons
diriger) pour ce double besoin, on le donne en aumônes afin de subvenir
aux autres pour les deux besoins indiqués. Ainsi, la nature
prépare en vue de la conservation de l’espèce en
pourvoyant à la puissance générative par ce qui est
superflu pour elle dans les aliments utilisés par l’acte de la
puissance nutritive, par lequel elle pourvoit pour ainsi dire à un
besoin absolu, et par l’acte de la puissance de croissance, par lequel
elle pourvoit à un besoin conditionnel. De la même
manière, le précepte de la loi oblige de pourvoir d’abord
au besoin absolu des étrangers, avant de pourvoir à notre
propre besoin conditionnel ou à celui de nos proches. Aussi dit-on
généralement que faire l’aumône de son superflu est
soumis à un précepte, et ainsi faire l’aumône
à celui qui se trouve dans un besoin extrême ; mais la
faire à même ce qui est nécessaire de la seconde
manière, et non à même ce qui est nécessaire de la
première manière, car cela irait contre l’ordre de la
charité. |
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[16502] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod facere aliquid boni, ad quod ex legis praecepto
non tenemur, ad supererogationem pertinet, de qua consilia dantur ; et
ideo, cum dare aliquid de superfluo respectu primae necessitatis, sed
necessario secunda necessitate, ad subveniendum majori necessitati, etsi non
sit necessitas absoluta, sit bonum, ad quod ex praecepto non obligamur ;
ideo est supererogationis, et propter hoc de hoc est consilium ; et sic
intelligitur Glossa illa. |
1. Faire quelque chose de bien auquel nous ne sommes pas
obligés par la loi est facultatif ; c’est pour cela que des
conseils ont été donnés. C’est pourquoi,
puisqu’il est bon, même si ce n’est pas absolument
nécessaire, de donner quelque chose de son superflu selon la
première nécessité, mais de ce qui fait partie du
nécessaire selon la seconde nécessité, afin de pourvoir
à un plus grand besoin, nous n’y sommes pas obligés selon
un précepte. C’est pourquoi cela est facultatif et, pour cette
raison, il s’agit d’un conseil. Ainsi se comprend cette glose. |
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[16503] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut est accipere superfluum et diminutum in datione,
ita in retentione et acceptione, ut philosophus dicit in 5 Ethic. ; et
ideo aliquis, retinendo sua, contra virtutem facit quandoque, et per
consequens contra legem Dei, quae ad omnem virtutis actum sufficienter
ordinat, quamvis non faciat contra legem saecularis fori, quae non potest
perfecte ad omnes virtutes ordinare. Et praeterea, quando alius est in statu
extremae necessitatis, efficiuntur sibi omnia communia ; unde etsi per
violentiam vel furtum acciperet, non peccaret. |
2. Le superflu et l’insuffisance dans l’acte
de donner se mesurent de la même manière dans l’acte de
conserver et de recevoir, comme le dit le Philosophe, dans Éthique, V. C’est
pourquoi, en conservant ses biens, on agit parfois contre la vertu et, par
conséquent, contre la loi de Dieu, qui ordonne d’une
manière suffisant à tous les actes vertueux, bien qu’on
n’agisse pas contre la loi du for séculier, qui ne peut ordonner
parfaitement à toutes les vertus. De plus, lorsqu’un autre est
dans un état d’extrême nécessité, toutes
choses deviennent communes pour lui. S’il en prenait par la violance ou
par le vol, il ne pécherait donc pas. |
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[16504] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qc. 4 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod eleemosyna, sicut dictum est, reducitur ad praeceptum affirmativum quod
est, honora parentes. Sed cum omne praeceptum affirmativum pro tempore
ad quod obligat, peccatum omissionis inducat, omne autem peccatum sub
prohibitione cadat, praecepta affirmativa habent prohibitiones, sicut
praecepta negativa, annexas pro illo tempore ad quod obligant ; sicut
etiam quaelibet affirmatio habet negationem conjunctam ; et secundum
quod illud peccatum omissionis potest esse causa vel occasio alterius
peccati, secundum hoc intelligitur quod Ambrosius dicit : pasce ;
si non paveris, occidisti. |
3. Comme on l’a dit, l’aumône se
ramène au précepte affirmatif : Honore tes parents. Mais puisque tout précepte affirmatif,
pendant la période où il oblige, entraîne un péché
mortel d’omission, et que tout péché est soumis à
une interdiction, les préceptes affirmatifs comportent des
interdictions, comme les préceptes négatifs, qui y sont jointes
pour la période pendant laquelle ils obligent, de la même
manière qu’une négation est associée à une
affirmation. Selon que ce péché d’omission peut
être la cause ou l’occasion d’un autre péché,
il faut entendre ainsi ce que dit Ambroise : « Nourris. Si tu n’as pas
nourri, tu as tué. » |
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[16505] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 1 qcm. 4 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod tempus ad quod obligat praeceptum de eleemosynis
faciendis, accipitur ex parte accipientis, et ex parte dantis. Ex parte autem
accipientis, quando apparent signa probabilia extremae necessitatis futurae,
nisi ei subveniatur ; ut cum aliquis videt alios impotentes vel pigros
ad subveniendum, et pauperem indigentem cibo et potu, et aliis vitae necessariis,
nec sibi satisfacere posse ; non enim expectanda est ultima necessitas,
quia tunc forte non posset juvari natura jam fame vel siti consumpta. Dicit
enim Chrysostomus super Joannem : non oportet pauperem ululantem
deceptorem vocare. Quid dicis, o homo ? Propter unum panem deceptionem quis
complicat ? Utique, dicis.
Quocirca maxime misericordiam consequatur, ut maximae necessitati eripiatur.
Ex parte autem dantis, quando habet homo multa quibus non indiget neque ad
sustentationem vitae sui et suorum, neque ad decentem status sui
conservationem ; etsi pauperes extremae necessitatis non compareant.
Neque oportet occasionem futurae necessitatis praetendere ultra probabilia
signa futurae necessitatis ; quia haec est superflua solicitudo, quam
dominus prohibet Matth. 6, 31 : nolite soliciti esse, dicentes :
quid manducabimus, aut quid bibemus, aut quo operiemur ? et cetera. |
4. La période pendant laquelle le précepte
oblige à faire l’aumône se prend du point de vue de celui
qui reçoit et du point de vue de celui qui donne. Du point de vue de
celui qui reçoit, lorsque des signes probables d’une
extrême nécessité à venir apparaissent, si
l’on ne vient pas à son secours, comme lorsque quelqu’un
voit des gens impuissants ou paresseux pour secourir, et un pauvre à
qui manquent la nourriture, la boisson et les autres choses
nécessaires à la vie, et qu’il ne peut se suffire
à lui-même. En effet, il ne faut pas attendre l’ultime
nécessité, car alors la nature ne pourrait être
aidée, déjà consumée qu’elle est par la
faim ou la soif. Car [Jean] Chrysostome dit en commentant Jean :
« Il ne faut pas dire que le pauvre qui hurle cherche à
tromper. Homme, que dis-tu ? Qui s’engage dans une supercherie
pour un seul pain ? Tu dis que oui. Qu’on manifeste donc la plus
grande miséricorde afin qu’il soit arraché à un
besoin plus grand. » Du point de vue de celui qui donne,
lorsqu’on a beaucoup de biens dont on n’a besoin ni pour assurer
sa vie et celle des siens, ni pour maintenir décemment son
état, même si des pauvres dans l’extrême nécessité
ne se présentent pas. Et il ne faut pas prétexter le cas
d’un besoin à venir au-delà des signes probables de
nécessité à venir, car cela est une préoccupation
superflue qu’interdit le Seigneur dans Mt 6, 31 : Ne vous préoccupez pas en
disant : « Qu’allons-nous manger ? »
ou : « Qu’allons-nous boire ? » ou :
« De quoi nous vêtirons-nous ? », etc. |
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Articulus 2 [16506] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 tit. Utrum eleemosyna decedentem in
peccato mortali a poena infernali liberet |
Article 2 – L’aumône libère-t-elle de la peine de l’enfer celui meurt dans le péché ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [L’aumône
libère-t-elle de la peine de l’enfer celui meurt dans le
péché mortel ?]
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[16507] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur.
Videtur quod eleemosyna decedentem in peccato mortali a poena infernali
liberet. Tobiae 4, 2 dicitur : eleemosyna
ab omni peccato et a morte liberat, et non patietur animas ire in tenebras.
Sed in hoc nulla esset eleemosynae commendatio, si illos a tenebris eriperet
qui tenebrarum debitores non erant. Ergo et decedentes in peccato mortali, qui
tenebrarum debitores sunt, a tenebris Inferni liberat. |
1. Il semble que l’aumône libère de la peine de l’enfer celui qui meurt dans le péché mortel. Il est dit dans Tb 4, 2 : L’aumône libère de tout péché et de la mort, et elle ne supportera pas que les âmes s’en aillent dans les ténèbres. Or, on ne louerait pas l’aumône si elle arrachait aux ténèbres ceux qui ne devaient pas aller dans les ténèbres. Elle libère donc des ténèbres de l’enfer ceux qui meurent dans le péché mortel, qui doivent s’en aller dans les ténèbres. |
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[16508] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Ambrosius
dicit, 1 Timoth. 4, super illud : pietas
ad omnia valet : pietatem autem sequens, si lubricum carnis patiatur,
vapulabit quidem, sed non peribit. Non autem potest intelligi de lubrico
veniali, de quo quis poenitet : quia etiam sine eleemosynis per illud
non periret. Ergo in peccato mortali decedentes, per eleemosynam liberantur a perditione
Inferni. |
2. Ambroise dit à propos de
1 Tm 4 : « La piété compte pour tout.
Celui qui suit la piété, s’il est sur la pente glissante
de la chair, sera atteint, mais il ne périra pas. » Or, on ne peut l’entendre de la pente
glissante du péché véniel, dont on se repent, car il ne
périrait pas même sans aumônes. Ceux qui meurent dans le
péché mortel sont donc libérés de la perdition de
l’enfer. |
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[16509] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, nullus liberatur a poena Inferni nisi per
gratiam Dei : gratia enim Dei vita aeterna est : Roman. 6. Sed ille qui decedit
in peccato mortali, caret gratia. Ergo nec per eleemosynas a poena Inferni
liberari potest. |
Cependant, personne n’est libéré de la peine de
l’enfer que par la grâce de Dieu. En effet, la vie
éternelle vient de la grâce de Dieu, Rm 6. Or, la
grâce fait défaut à celui qui meurt dans la péché
mortel. Il ne peut donc être libéré de la peine de
l’enfer, même par les aumônes. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [L’aumône a-t-elle une moindre valeur satisfactoire que les autres actes de satisfaction ?] |
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[16510]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod eleemosyna sit minus
satisfactoria quam alia opera satisfactionis ; Matth. 17, 20,
dicitur : hoc genus Daemoniorum in nullo ejicitur nisi in jejunio et
oratione ; nec fit aliqua mentio de eleemosyna. Ergo jejunium et
oratio sunt efficaciora ad delendum peccatum quam eleemosyna. |
1. Il semble que l’aumône ait une moindre valeur satisfactoire que les autres actes de satisfaction. Il est dit dans Mt 17, 20 : Ce genre de démons n’est chassé que par le jeûne et la prière, et il n’est fait aucune mention de l’aumône. Le jeûne et la prière sont donc plus efficaces que l’aumône pour détruire le péché. |
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[16511] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, satisfactionis opus oportet esse poenale et Deo acceptum.
Sed jejunium est magis poenale quam eleemosyna, et oratio est opus magis Deo
acceptum quam eleemosyna, inquantum majorem familiaritatem cum Deo conquirit.
Ergo eleemosyna est minus satisfactoria quam jejunium et oratio. |
2. Il faut qu’un acte de satisfaction ait le
caractère de peine et soit agréable à Dieu. Or, le
jeûne a davantage le caractère de peine que
l’aumône, et la prière est un acte plus agréable
à Dieu que l’aumône, dans la mesure où elle
recherche une plus grande familiarité avec Dieu. L’aumône
est donc moins satisfactoire que le jeûne et la prière. |
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[16512] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod Glossa dicit, 1 Timoth., 4, super
illud : pietas ad omnia valet : omnis summa disciplinae
Christianae est in misericordia et pietate. Sed in illo consistit summa rei
quod est in re praecipuum. Ergo praecipuum
inter alia satisfactionis opera est eleemosyna. |
Cependant, la Glose dit, à propos de 1 Tm 4 : La piété compte pour tout
: « La somme de la discipline chrétienne se
ramène tout entière à la miséricorde et à
la piété. » Or, la somme d’une chose est ce
qui est principal en elle. L’aumône est donc principale parmi les
autres actes satisfactoires. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La puissance de l’aumône consiste-t-elle davantage dans le don extérieur que dans le sentiment intérieur ?] |
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[16513]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod virtus eleemosynae magis
consistat in dato exteriori quam in affectu interiori. Ut enim dicitur
communiter in suffragiis mortuorum, citius liberantur pro quibus dantur
plura, etiam si pro alio bona voluntas impendatur. Ergo efficacia eleemosynae
magis consistit in dato quam in affectu. |
1. Il semble que la puissance de l’aumône
consiste davantage dans le don extérieur que dans le sentiment
intérieur. En effet, comme on le dit communément lors des
suffrages pour les morts, ceux pour lesquels davantage est donné sont
libérés plus rapidement, même si la volonté bonne
est mise en œuvre pour un autre. L’efficacité de
l’aumône consiste donc davantage dans le don que dans le
sentiment. |
|
[16514] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, efficacia
eleemosynae est in expiando peccatum. Sed ubi est majus datum, majus
peccatum expiatur : quia pro majori peccato major summa pecuniae in eleemosynis
dandae injungitur. Ergo efficacia eleemosynae praecipue consistit in dato. |
2. L’efficacité de l’aumône
consiste à expier le péché. Or, plus le don est grand,
plus grand est le péché expié, car, pour un
péché plus grand, on impose de donner une plus grande somme
d’argent en aumône. L’efficacité de l’aumône
consite donc principalement dans le don. |
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[16515] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, super illud Psalm. 75 : qui seminant
in lacrymis etc., dicit Glossa : magna voluntas multum dedit, multum
seminavit : in hac voluntate illa vidua quae duo minuta misit, non parum
seminavit. Ergo efficacia eleemosynae magis pensatur ex magnitudine
voluntatis quam ex magnitudine dati. |
Cependant, à propos de Ps 75 : Celui qui sème dans les larmes, etc., la Glose dit :
« Une grande volonté a donné beaucoup, a beaucoup
semé : par une telle volonté, cette veuve, qui a
donné deux petites choses, n’a pas peu semé. »
L’efficacité de l’aumône est donc davantage
évaluée selon la grandeur de la volonté que selon la
grandeur du don. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16516] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod causa
poenae infernalis est culpa mortalis. Manente autem causa, manet effectus.
Unde, cum ab eo qui in peccato mortali moritur, non possit ulterius culpa
mortalis tolli, sicut nec a Daemonibus ; quia, ut dicit Damascenus, quod
est hominibus mors, est Daemonibus casus ; patet quod neque eleemosyna
ab eo prius facta, neque post mortem ejus facta ab alio, potest eum qui in
peccato mortali decedit, a poena Inferni liberare. |
La cause de la peine de l’enfer est la faute mortelle. Or, aussi longtemps que demeure la cause, l’effet demeure. Puisque qu’une faute mortelle ne peut plus être enlevée de celui qui meurt dans le péché mortel, comme elle ne le peut pas des démons (car, ainsi que le dit [Jean]Damascèene, « ce qu’est la mort pour les hommes, la chute l’est pour les démons »), il est clair que ni l’aumône faite par lui antérieurement, ni celle faite par un autre après sa mort ne peuvent libérer de la peine de l’enfer celui qui est mort dans le péché mortel. |
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[16517] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod eo modo quo aliquis liberatur a peccato mortali per eleemosynam,
liberatur ab infernalibus tenebris. Liberat autem eleemosyna a peccato mortali hominem
adhuc in statu viae existentem, dupliciter : vel impediendo futurum peccatum,
sicut et alia opera meritoria, quae hominem in gratia confirmant ; vel a
praeterito liberando, inquantum disponit eum qui in peccatum incidit, ad
gratiam recuperandam, sicut et alia opera de genere bonorum recta intentione
facta. |
1. On est délivré des
ténèbres de l’enfer de la même manière dont
on est délivré du péché mortel. Or,
l’aumône délivre l’homme du péché mortel,
alors qu’il se trouve encore en route, de deux manières :
soit en empêchant un péché futur, comme les autres actes
méritoires qui confirment l’homme dans la grâce ;
soit en le délivrant d’un péché passé, pour
autant qu’elle dispose celui qui est tombé dans le
péché à retrouver la grâce, comme les autres actes
qui se trouvent dans le genre des [actions] bonnes accomplies avec une
intention droite. |
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[16518] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod
intelligitur de lubrico mortali. Quod autem dicitur : non peribit,
non est secundum necessitatem intelligendum, sed secundum quamdam dispositionem ;
quia per hoc quod operibus pietatis aliquis vacat in peccato mortali
existens, disponit se ad gratiam, ut non facile permittatur in perditionem
ire. Vel si intelligatur de veniali, efficacia eleemosynae in hoc ostenditur,
quod poena vapulationis diminuitur per eam ; vel per ipsam veniale
impeditur, ne in mortale trahere possit. |
2. Cela s’entend
d’un penchant mortel. Lorsqu’on dit : Il ne périra pas, il ne faut pas l’entendre
nécessairement, mais selon une certaine disposition, car, par le fait
que quelqu’un s’adonne à des actes de piété,
alors qu’il se trouve dans le péché mortel, il se dispose
à la grâce, de sorte qu’il ne lui soit pas permis
d’aller facilement à la perdition. Ou bien, si on l’entend
du péché véniel, l’efficacité de
l’aumône est montrée par le fait que la peine du
châtiment est diminuée par elle, ou le péché
véniel est empêché par elle, de sorte qu’il ne soit
pas attiré vers le péché mortel. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16519] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod efficacia
satisfactionis invenitur in tribus satisfactionis partibus, sicut virtus
totius potentialis in partibus ejus, quae quidem complete in una invenitur,
et in aliis diminute : sicut tota virtus animae invenitur in rationali ;
sed in sensibili anima invenitur diminute, et adhuc magis diminute in vegetabili :
quia anima sensibilis includit in se virtutem animae vegetabilis, et non convertitur.
Eleemosyna enim includit in se virtutem orationis et jejunii duplici ratione.
Primo, quia eleemosyna eum constituit cui
datur debitorem ad orandum et jejunandum, et alia bona quae potest faciendum
pro eo qui dedit. Secundo, quia eleemosyna propter Deum data, est quasi
quaedam oblatio Deo facta ; unde philosophus etiam dicit in 1 Ethic.,
quod bona opera habent aliquid simile Deo sacratis ; oblatio autem ipsi
Deo facta vim orationis habet. Et similiter inquantum bona exteriora ad corporis
conservationem ordinantur, subtractio exteriorum bonorum per eleemosynam
quasi virtute continet jejunium, quo maceratur corpus. Similiter etiam oratio
virtute continet jejunium, quia extensio intellectus ad Deum debilitatem
corporis parit, ut dictum est. Unde eleemosyna completius habet vim
satisfactionis quam oratio, et oratio quam jejunium ; et ideo dicitur 1
Timoth. 4, 8 : corporalis exercitatio ad modicum utilis est. Et
propter hoc eleemosyna magis indicitur ut universalis medicina peccati, quam
oratio, sicut Luc. 11, 41 : date eleemosynam, et omnia munda sunt
vobis ; et Dan. 4, 24 : peccata tua eleemosynis redime ;
et Tobiae 4, 2 : eleemosyna ab omni peccato liberat ; et 1
Timoth. 4,
8 : pietas ad omnia valet. |
L’efficacité de
la satisfaction se trouve dans les trois parties de la satisfaction, comme la
puissance d’un tout potentiel se trouve dans ses parties, laquelle se
trouve entièrement dans l’une et de manière
réduite dans les autres. Ainsi, toute la puissance de
l’âme se trouve dans la partie raisonnable, mais de manière
réduite dans l’âme sensible et de manière encore
plus réduite dans la partie végétative, car
l’âme sensible renferme en elle-même la puissance de
l’âme végétative, mais non l’inverse. En
effet, l’aumône renferme en elle-même la puissance de la
prière et du jeûne pour une double raison. Premièrement,
parce que l’aumône fait de celui à qui elle est faite un
débiteur pour la prière, le jeûne et les autres actes
bons qu’il peut faire pour celui qui l’a faite.
Deuxièmement, parce que l’aumône faite à cause de
Dieu est pour ainsi dire une offrande faite à Dieu. Aussi, même
le Philosophe dit, dans Éthique,
I, que les actes bons ressemblent de quelque manière à ce qui
est consacré à Dieu. Or, l’offrande faite à Dieu a
la puissance de la prière. De même aussi, pour autant que les
biens extérieurs sont ordonnés à la conservation du
corps, une soustraction de par l’aumône contient en puissance le
jeûne, par lequel le corps est affaibli. De même encore, la
prière contient en puissance le jeûne, car le fait de tendre
vers Dieu par l’intelligence engendre la faiblesse du corps, comme on
l’a dit. Aussi l’aumône a-t-elle une plus grande puissance
satisfactoire que la prière, et la prière que le jeûne.
C’est pourquoi il est dit en 1 Tm 4, 8 : Les exercices corporels sont de peu
d’utilité. Pour cette raison, l’aumône est
davantage indiquée que la prière comme remède universel
pour le péché, comme le disent Lc 11, 41 : Faites l’aumône, et tout sera
pur pour vous ; Dn 4, 24 : Rachète tes
péchés par des aumônes ; et 1
Tm 4, 8 : La
piété a une valeur universelle. |
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[16520] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod satisfactio est medicina et praeservans a peccato futuro, et
expians a praeterito. Et quamvis eleemosyna habeat vim expiandi quodcumque
peccatum praeteritum, non tamen habet omnem vim praeservandi a futuro
peccato : quia oatio et jejunium praeservant a quibusdam peccatis non
solum per modum meriti, quod etiam eleemosyna facit, sed per modum contrariae
assuetudinis ; et sic ibidem dicit Glossa quod jejunio sanantur corporis
pestes, sed oratione pestes mentis ; et secundum hoc intelligitur quod
aliqua peccata tantum jejunio vel oratione sanantur. |
1. La satisfaction est un remède qui
préserve du péché futur et qui expie le
péché passé. Bien que l’aumône ait la
capacité d’expier tous les péchés passés,
elle n’a cependant pas la capacité de préserver du
péché futur, car la prière et le jeûne
préservent de certains péchés non seulement par mode de
mérite, ce que fait aussi l’aumône, mais par mode
d’habitude contraire. Ainsi, la Glose dit-elle au même endroit
que, par le jeûne, la contagion du corps est guérie, mais par la
prière, la contagion de l’âme. Ainsi entend-on que
certains péchés ne sont guéris que par le jeûne ou
la prière. |
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[16521] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis poena in satisfactione requiratur, tamen
principalius est in ea bonitas actus quam poenalitas. Et quia eleemosyna plus
habet de ratione boni quam jejunium, inquantum immediatius se ad caritatem
habet, et inquantum non est singulare bonum facientis, sed commune facienti
et patienti ; eleemosyna plus erit satisfactoria quam jejunium,
similiter et quam oratio ; quamvis hominem magis familiarem Deo reddat
quam eleemosyna, sicut contemplativa plus quam activa ; tamen
intercessorum per eleemosynam multiplicatio plus valet ad impetrandum
peccatorum remissionem quam singularis unius hominis oratio. |
2. Bien qu’une peine soit exigée pour la
satisfaction, ce qu’il y a de principal en elle est la bonté de
l’acte plus que le caractère de peine. Et parce que
l’aumône a davantage le caractère de bien que le
jeûne, dans la mesure où elle a un rapport plus étroit
avec la charité et où elle ne se limite pas à celui qui
fait le bien, mais est commune à celui qui le fait et à celui
qui en bénéficie, l’aumône sera plus satisfactoire
que le jeûne, de la même manière que la prière,
bien que celle-ci rapproche davantage l’homme de Dieu que
l’aumône, comme la vie contemplative le fait davantage que la vie
active. Cependant, la multiplication des intercesseurs par
l’aumône a plus de valeur pour obtenir la rémission des
péchés que la prière d’un seul homme en
particulier. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16522] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 2 qc. 3 co. Ad
tertiam quaestionem dicendum, quod eleemosyna, ut ex dictis patet, habet
efficaciam et ex ipso faciente, inquantum est quoddam opus meritorium, et ex
recipiente, inquantum obligatur ad orandum pro illo qui eleemosynam dedit. Si
ergo consideratur eleemosynae efficacia ex parte recipientis, sic major
efficacia in majori dato consistit, inquantum per hoc plures et magis
debitores efficiuntur ; ex parte autem dantis et respectu praemii
essentialis, efficacia eleemosynae magis pensatur ex affectu quam ex
dato ; sed respectu praemii accidentalis, ut puta remissionis poenae,
vel alicujus hujusmodi, magnificatur efficacia eleemosynae ex magnitudine
dati, nisi ex parte altera intentio voluntatis magnitudini exterioris dati
praeponderet. Potest enim tam intensa esse voluntas quod etiam omnem poenam absorbeat
et reatum, sicut de contritione dicitur. |
Comme cela ressort de ce qui a été dit, l’aumône tire son efficacité de celui qui la fait, pour autant qu’elle est un acte méritoire, et de celui qui la reçoit, pour autant qu’il est obligé de prier pour celui qui a fait l’aumône. Si donc on envisage l’efficacité de l’aumône du point de vue de celui qui la reçoit, l’efficacité est d’autant plus grande que le don est grand, dans la mesure où les débiteurs deviennent ainsi plus nombreux et doivent davantage. Mais, du point de vue de celui qui donne et par rapport à la récompense essentielle, l’efficacité de l’aumône se mesure davantage au sentiment plutôt qu’au don ; mais, par rapport à la récompense accidentelle, par exemple, pour la rémission d’une peine ou quelque chose du genre, l’efficacité de l’aumône s’accroît à la mesure de la grandeur du don, à moins que, d’un autre côté, l’intention de la volonté ne l’emporte sur la grandeur du don extérieur. En effet, la volonté peut être tellement intense qu’elle absorbe toute peine et toute faute, comme on le dit de la contrition. |
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[16523] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 2 qc. 3 ad arg. Et per hoc patet
responsio ad objecta. |
La réponse aux objections est ainsi claire. |
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Articulus 3 [16524] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 tit. Utrum superflue assignentur
eleemosynae corporales septem |
Article 3 – Les sept aumônes corporelles sont-elles énumérées de manière superflue ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Les sept aumônes corporelles sont-elles
énumérées de manière superflue ?]
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[16525] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod superflue
assignentur eleemosynae corporales septem, quae hoc versu continentur : visito,
poto, cibo, redimo, tego, colligo, condo. Visito, scilicet
infirmum ; poto, scilicet sitientem ; cibo, scilicet
esurientem ; redimo, scilicet incarceratum ; tego, idest vestio nudum ;
colligo, idest recolligo hospitem ; condo, idest sepelio mortuum. Omnis
enim eleemosyna ad utilitatem ejus cui datur, debet ordinari. Sed sepultura
non est ad utilitatem mortui, ut Seneca dicit. Ergo non fit eleemosyna in hoc
quod mortuus sepeliatur. |
1. Il semble que les sept aumônes corporelles soient énumérées de manière superflue ; elles sont contenues dans ce vers : « Je visite, je donne à boire, je donne à manger, je rachète, je vêts, je recueille, j’ensevelis. » Je visite celui qui est malade ; je donne à boire à celui qui a soif ; je donne à manger à celui qui a faim ; je vêts celui qui est nu ; je rachète celui qui est en prison ; je recueille l’hôte ; j’ensevelis celui qui est mort. En effet, toute aumône doit être ordonnée au bien de celui à qui elle est faite. Or, la sépulture n’existe pas pour l’utilité de celui qui est mort, comme le dit Sénèque. L’aumône n’est donc pas faite pour qu’un mort soit enseveli. |
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[16526] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, dominus, Matth.
25, maxime opera commemorat quibus homo a
damnatione liberatur, et regnum meretur. Sed ibi non computatur mortui
sepultura. Ergo non est aliqua eleemosyna. |
2. En Mt 25, le Seigneur rappelle surtout les actes
par lesquels l’homme est délivré de la damnation et
mérite le royaume. Or, à cet endroit, la sépulture des
morts n’est pas mentionnée. Elle n’est donc pas une
aumône. |
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[16527] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
eleemosyna datur ad subveniendum necessitatibus aliorum. Sed quaedam vestes
non sunt ad necessitatem, sed ornatum ; et quidam cibi et potus non sunt
ad necessitatem, sed ad delectationem. Ergo
non videtur quod semper vestire nudum et cibare esurientem sit pars
eleemosynae. |
3. L’aumône est faite pour les besoins des
autres. Or, certains vêtements n’ont pas comme fin un besoin,
mais la parure ; et certaines nourritures et boissons n’ont pas
comme fin un besoin, mais un plaisir. Il ne semble donc pas que vêtir
celui qui est nu et nourrir celui qui a faim fassent toujours partie de
l’aumône. |
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[16528] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 4 Sed contra, multae aliae sunt necessitates humanae vitae quam
praedictae, sicut caecus indiget ductione, claudus vectione. Cum ergo eleemosyna
ad omnes necessitates ordinetur, videtur quod insufficienter eleemosynae praedictae
numerentur. |
4. Il existe beaucoup d’autres besoins de la vie
humaine que ceux qui ont été mentionnés, comme
l’aveugle a besoin d’être guidé, le boiteux,
d’être porté. Puisque l’aumône est ordonnée
à tous les besoins, il semble donc que les aumônes
mentionnées sont énumérées de manière
insuffisante. |
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[16529] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 1 arg. 5 Praeterea, inter omnes necessitates principalis est paupertas. Sed
de hac non fit aliqua mentio. Ergo insufficienter eleemosynae praedictae
numerantur. |
5. Parmi tous les besoins, la pauvreté est le
principal. Or, il n’est pas fait mention d’elle. Les
aumônes mentionnées sont donc énumérées de
manière insuffisante. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les aumônes spirituelles sont-elles énumérées de manière appropriée ?] |
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[16530]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam eleemosynae spirituales
inconvenienter numerentur, quae hoc versu continentur : consule,
castiga, solare, remitte, fer, ora. Consule, idest doce ignorantem, et
dirige dubitantem ; intelligitur enim in hoc duplex eleemosyna,
spiritualis scilicet doctrina, et consilium ; castiga delinquentem ;
solare, idest consolare tristem ; remitte delinquentibus in te ;
fer, idest porta infirmitates aliorum, et gravamina ; ora pro omnibus.
Eleemosyna cadit sub praecepto, et obligat ad tempus determinatum, ut
praedictum est. Sed non est tempus docendi nisi quando aliquis ignorans
occurrit. Si ergo eleemosynae pars sit doctrina, videtur quod quandocumque
homo videat aliquem ignorantem, debeat eum docere. |
1. Il semble que les aumônes spirituelles aussi sont énumérées de manière inappropriée. Elles sont contenues dans ce vers : « Conseille, corrige, console, remets, porte, prie. » Conseille : enseigne à celui qui est ignorant et oriente celui qui doute ; en effet, on entend ainsi une double aumône : l’enseignement et le conseil spirituels. Corrige celui qui est en faute. Console celui qui est triste. Remets à ceux qui sont en faute contre toi. Porte : supporte les faiblesses et les griefs des autres. Prie pour tous. L’aumône est soumise à un précepte et oblige pour un temps déterminé, comme on l’a dit plus haut. Or, ce n’est le moment d’enseigner que lorsque quelqu’un est ignorant. Si donc l’enseignement est une partie de l’aumône, il semble que chaque fois que l’on voit un ignorant, on doive lui enseigner. |
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[16531] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, quicumque determinat aliquam quaestionem, docet
quaerentem. Sed ille qui dat consilium, quaestionem determinat ; quia
consilium quaestio est, ut dicitur in 3 Ethic. Ergo non debet alia eleemosyna
poni consilium quam doctrina. |
2. Quiconque détermine d’une question
enseigne à celui qui pose une question. Or, celui qui donne un conseil
détermine d’une question, car le conseil est une question, comme
il est dit dans Éthique,
III. On ne doit donc pas présenter le conseil comme une autre
aumône que l’enseignement. |
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[16532] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea,
eleemosyna ad liberalitatem reducitur, ut dictum est. Sed severitas contra
liberalitatem dividitur, ut in 3 Lib., dist. 33, qu. 3, art. 4, dictum est de
partibus justitiae. Ergo cum castigare delinquentem pertineat ad severitatem,
non videtur quod debeat inter eleemosynas poni. |
3. L’aumône se ramène à la
libéralité, comme on l’a dit. Or, la
sévérité s’oppose à la
libéralité, comme on l’a dit dans le livre III, d. 33, q.
3, a. 4, à propos des parties de la justice. Puisque corriger celui
qui est en faute relève de la justice, il ne semble donc pas que cela
doive être mis parmi les aumônes. |
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[16533] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 2 arg. 4 Praeterea, eleemosyna non computatur inter partes caritatis, sed
inter partes justitiae, cum sit opus satisfactorium. Cum ergo remittere
delinquenti et ferre molestias aliorum sit caritatis perfectae, videtur quod
non sint partes eleemosynae, quae est actus misericordiae. |
4. L’aumône n’est pas
énumérée parmi les parties de la charité, mais
parmi les parties de la justice, puisqu’elle est un acte satisfactoire.
Puisque remettre à celui qui est en faute et supporter les
désagréments des autres relèvent d’une
charité parfaite, il semble donc que ce ne soient pas des parties de
l’aumône, qui est un acte de miséricorde. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les aumônes corporelles l’emportent-elles sur les aumônes spirituelles ?] |
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[16534]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod eleemosynae corporales
praeemineant spiritualibus. Eleemosyna enim ordinatur ad subveniendum
indigentiae. Sed magis indiget corpus quam spiritus. Ergo potior est
eleemosyna corporalis quam spiritualis. |
1. Il semble que les aumônes corporelles
l’emportent sur les aumônes spirituelles. En effet,
l’aumône est ordonnée à secourir l’indigence.
Or, le corps est plus indigent que l’esprit. L’aumône
corporelle l’emporte donc sur l’aumône spirituelle. |
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[16535] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, quanto minus recompensatur eleemosyna danti, tanto
eleemosyna est acceptior ; unde dicitur Matth. 5, 5, quia receperunt mercedem
suam qui laudem suam per eleemosynas quaerunt. Sed in corporalibus
eleemosynis minor fit recompensatio, quia bona spiritualia aliis communicata
in possidente crescunt. Ergo eleemosynae
corporales sunt potiores. |
2. Moins celui qui fait l’aumône est
récompensé, plus l’aumône est agréable
[à Dieu]. Aussi est-il dit en Mt 5, 5, que ceux qui
cherchent à être louangés pour leurs aumônes ont reçu leur récompense.
Or, la récompense pour les aumônes corporelles est moindre, car
les biens spirituels communiqués à d’autres augmentent
chez celui qui les possèdent. Les aumônes corporelles
l’emportent donc sur les aumônes corporelles. |
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[16536] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, quanto eleemosyna magis satisfacit desiderio pauperis,
tanto gratior est. Sed magis satisfit desiderio recipientis per eleemosynas
corporales quam spirituales ; quia defectus corporales magis sentiuntur.
Ergo eleemosyna corporalis potior est. |
3. Plus une aumône répond au désir
d’un pauvre, mieux elle est acceptée. Or, on répond
davantage au désir de celui qui reçoit par des aumônes
corporelles que par des aumônes spirituelles, car les carences
corporelles sont davantage ressenties. L’aumône corporelle est
donc meilleure. |
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[16537] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est, quia per eleemosynas spirituales
subvenitur spiritui, per corporales autem corpori. Sed spiritus praeeminet
corpori. Ergo et eleemosyna spiritualis corporali. |
Cependant, [1] on vient au secours de l’esprit par les
aumônes spirituelles, mais du corps par les aumônes corporelles.
Or, l’esprit l’emporte sur le corps. L’aumône
spirituelle l’emporte donc sur l’aumône corporelle. |
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[16538] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, quanto
est nobilius datum, tanto est nobilior eleemosyna, sicut etiam in eleemosynis
corporalibus patet. Sed bonum spirituale, quod in eleemosynis spiritualibus
datur, est melius quam corporale, quod datur in corporibus. Ergo eleemosynae
spirituales sunt potiores corporalibus. |
[2] Plus le don est noble, plus noble est
l’aumône, comme cela ressort aussi clairement dans les
aumônes corporelles. Or, le bien spirituel, qui est donné par
les aumônes spirituelles, est meilleur que le bien corporel, qui est
donné par les aumônes corporelles. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16539] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
eleemosyna corporalis ordinatur ad subveniendum necessitati corporis ;
quae quidem est duplex ; scilicet communis, et specialis ratione
alicujus accidentis. Communis quidem
necessitas corporis est duplex ; una ex hoc quod jam mortem incurrit, et
ad hoc ordinatur sepultura mortui ; alia secundum quod est nobis
necessarium aliquid praeservans a morte, ne eam aliquis incurrat ; et
hoc dupliciter. Uno modo prohibens corruptivum interius, quod est defectio
nutrimenti ; et contra hoc ordinatur cibatio esurientis, et potatio
sitientis, secundum quod his duobus indigetur ad nutrimentum. Alio modo
prohibens corruptivum exterius ; et ad hoc etiam ordinatur duplex
eleemosyna, scilicet tegere nudum, et colligere hospitem in domo ; quia
his duobus contra aeris intemperiem indigemus, scilicet veste, et domo.
Similiter etiam necessitas specialis potest esse duplex ; vel ex causa
intrinseca, sicut infirmitas ; et contra hanc ordinatur visitatio infirmorum ;
vel ex causa extrinseca, sicut detentio incarceratorum ; et contra hoc
ordinatur redemptio captivorum. |
L’aumône corporelle est ordonnée
à subvenir aux besoins du corps, qui sont doubles : communs et
particuliers, en raison d’un accident. Les besoins communs du corps
sont aussi doubles : l’un vient du fait qu’il a
déjà encouru la mort : la sépulture d’un mort
est ordonné à cela ; l’autre, parce que quelque
chose qui préserve de la mort nous est nécessaire, afin
qu’on ne l’encoure pas. D’une manière, en
empêchant ce qui corrompt [le corps] de l’intérieur, le
manque de nourriture : contre cela est ordonné le fait de nourrir
celui qui a faim et de donner à boire à celui qui a soif, selon
que ces deux choses sont nécessaires pour se nourrir. D’une
autre manière, en empêchant ce qui corrompt de
l’extérieur. À cela, une double aumône est
ordonnée : vêtir celui qui est nu et recueillir
l’hôte dans sa maison, car nous avons besoin de ces deux choses
contre les intempéries : le vêtement et une demeure. De
même, le besoin particulier peut être double. Il vient soit
d’une cause intrinsèque, comme la maladie : la visite des
malades est ordonnée contre celle-ci ; soit d’une cause
extrinsèeque, comme la détention de ceux qui sont en
prison : le rachat des captifs est ordonné contre cela. |
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[16540] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis sepultura non prosit mortuo secundum se
corporaliter, prodest tamen ei secundum quod in memoriis hominum
remanet ; tum quia in confusionem mortui reputatur quod insepultus
jacet ; tum quia ex ipso tumulo magis in memoria manet, et aliqui ad
orandum pro ipso excitantur ; unde monumentum dicitur a memoria, ut
Augustinus dicit in littera de cura pro mortuis agenda. |
1. Bien que la sépulture ne soit pas utile
corporellement au mort lui-même, elle lui est cependant utile selon
qu’il demeure dans les mémoires des hommes, aussi bien parce que
le fait de demeurer sans sépulture est considéré comme
une honte pour celui qui est mort, que parce que, par son tombeau, il reste
davantage dans la mémoire et que certains sont incités à
prier pour lui. Aussi « monument » vient-il de
« mémoire », comme le dit Augustin dans sa
lettre sur le soin qu’il faut pendre des morts. |
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[16541] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod dominus enumeravit illas eleemosynas in quibus major
indigentia apparet, ut evidentior appareat justitia judicantis, dum hos pro
eleemosynis remunerat, et illos pro omissione condemnat ; et tamen in
aliis Scripturae locis talis eleemosyna commendatur, sicut patet de Tobia et
de Simone Machabaeo, qui parentibus et fratribus suis sepulcra solemnia
aedificaverunt, et etiam Joseph qui corpus domini sepelivit, et ex hoc
laudatur ; Matth. 27. |
2. Le Seigneur a énuméré les
aumônes dans lesquelles une plus grande indigence apparaît, afin
qu’apparaisse plus clairement la justice de celui qui juge
lorsqu’il en récompense certains pour leurs aumônes et en
condamne d’autres pour les avoir omises. Cependant, dans d’autres
endroits de l’Écriture, une telle aumône est
louangée, comme cela ressort clairement pour Tobie et pour Simon
Macchabée, qui ont édifié pour leurs parents et leurs
frères des sépulcres grandioses, et aussi pour Joseph, qui a
enseveli le corps du Seigneur, ce pour quoi il est louangé en
Mt 27. |
|
[16542] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod aliquando illud quod est ad delectationem vel ornatum,
in necessitatem vertitur ; et hoc dupliciter ; vel propter
infirmitatem, quia infirmi sunt sustentandi delicatis cibis et vestibus
mollioribus, ne natura gravetur ; vel propter pristinam consuetudinem,
aut etiam dignitatis statum, in quo aliquis, etiam pauper, sine confusione
non potest aliis uti ; et ideo etiam Augustinus in regula his duobus
generibus hominum praecipit uberius subveniendum. |
3. Parfois, ce qui est destiné au plaisir ou
à la parure tourne à la nécessité, et cela, de
deux manières : soit en raison de la maladie, car les malades
doivent être sustentés de nourritures délicates et de
vêtements plus doux, de crainte que la nature ne soit
accablée ; soit en raison d’une habitude antérieure
ou même d’un état élevé, dans lequel,
même pauvre, on ne peut sans honte utiliser d’autres choses.
C’est pourquoi aussi Augustin, dans sa règle, ordonne
d’accorder davantage à ces deux genres d’hommes. |
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[16543] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod omnes aliae necessitates ad aliquam istarum reducuntur. Quidquid enim ad
subventionem morbi pertinet, hoc totum sub visitatione infirmi continetur. |
4. Tous les autres besoins se ramèenent à
l’un de ceux-ci. En effet, tout ce qui se rapporte aux soins pour la
maladie est entièrement inclus dans la visite des malades. |
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[16544] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 1 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod sicut nummus, eo quod est mensura quaedam, ut
philosophus dicit 5 Ethic., continet omnia necessaria vitae virtute ;
ita etiam paupertas continet omnes necessitates ; et ideo subvenire
pauperi non est specialis eleemosyna ab aliis distincta, sed generalis, quae
omnes includit. |
5. De même que l’argent, qui est une certaine
mesure, comme le dit le Philosophe dans Éthique,
V, contient en puissance tout ce qui est nécessaire à la vie,
de même aussi la pauvreté contient tous les besoins. C’est
pourquoi venir au secours des pauvres n’est pas une aumône
particulière distincte des autres, mais une aumône
générale qui les inclut toutes. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16545] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum quod eleemosynae
spirituales dicuntur quibus defectibus proximi in spiritualibus subvenitur :
quod quidem fit dupliciter. Uno modo quando aliquis impetrat proximo subventionem a
Deo, et hoc facit oratio ; alio modo quando aliquis subvenit proximo per
seipsum, et hoc vel contra defectum poenae, vel contra defectum culpae. Si primo modo, hoc est dupliciter ; quia poena
spiritualis vel est in intellectu secundum ignorantiam, et contra hunc
defectum est doctrina respectu intellectus speculativi, et consilium respectu
intellectus practici ; vel est in affectu, scilicet tristitia, et contra
hunc defectum est consolatio. Si autem secundo modo, scilicet contra defectum
culpae ; hoc dupliciter. Uno modo ex parte ipsius peccantis, cujus inordinationi
subvenit castigatio ; alio modo ex parte alterius qui ex culpa peccantis
laeditur ; et sic contra culpam est duplex remedium : scilicet
remissio ex parte ejus in quem directe culpa committitur, et supportatio ex
parte ejus cui peccantis societas est onerosa. Vel aliter. Defectus cui
subvenitur per eleemosynas spirituales, aut est defectus poenae in intellectu
practico, vel speculativo ; et sic est doctrina et consilium, ut dictum
est, vel in affectu ; et sic est consolatio ; aut est defectus
culpae, et sic vel in seipsum cum spe emendationis, et sic est
castigatio ; aut sine spe emendationis, et sic non restat nisi per
orationem divinum subsidium implorare ; vel in proximum, et sic quantum
ad culpam indiget remissione ; quantum ad poenam quam infert, supportatione. |
On parle d’aumônes spirituelles pour celles
qui portent secours au prochain en matière spirituelle. Cela se
produit de deux manières. D’une manière, lorsqu’on
obtient un secours de Dieu pour le prochain : c’est ce que fait la
prière. D’une autre manière, lorsqu’on vient au
secours du prochain par soi-même, soit contre la carence causée
par la peine, soit contre la carence causée par la faute. S’il
s’agit du premier cas, cela se produit de deux manières, car la
peine spirituelle se trouve soit dans l’intelligence par
l’ignorance : contre cette carence existent l’enseignement
pour l’intellect spéculatif et le conseil pour l’intellect
pratique ; soit dans l’affectivité, à savoir, la
tristesse, et contre cette carence existe la consolation. Mais s’il
s’agit du second cas, à savoir, contre la carence de la faute,
cela se produit de deux manières. D’une manière, du point
de vue de celui-là même qui pèche, au désordre
duquel la correction vient au secours ; d’une autre
manière, du point de vue de l’autre qui est blessé par la
faute de celui qui pèche. Ainsi, il existe un double remède
contre la faute : la rémission, du point de vue de celui contre
qui la faute est directement commise ; et le fait de supporter, du point
de vue de celui pour qui la compagnie du pécheur est pénible.
On peut aussi [aborder la question] autrement. La carence à laquelle
on porte secours par des aumônes spirituelles est soit une carence due
à la peine dans l’intellect pratique ou spéculatif :
on a ainsi l’enseignement et le conseil, comme on l’a dit ;
ou dans l’affectivité : on a ainsi la consolation. Ou bien,
il s’agit d’une carence due à la faute.
[L’aumône est alors faite] à soi-même avec
l’espoir d’une correction : on a ainsi la punition ; ou
sans espoir de correction : il ne reste alors qu’à implorer
l’aide de Dieu par la prière. Ou bien, l’aumône est
faite à un autre : il a ainsi besoin de la rémission pour
la faute, ou d’être enduré pour la peine qu’il cause. |
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[16546]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sicut dare eleemosynam
corporalem non cadit sub praecepto obligante nisi ad tempus necessitatis, et
ut alicui in necessariis vitae subveniatur ; ita ad doctrinam alterius
non obligatur homo propter debitum officium nisi in his quae sunt de
necessitate salutis, et quando non esset qui instrueret, vel quando aliquis
alium errantem videret ; nisi esset alius qui ex officio id facere
teneretur ; alias autem docere est consilium, et supererogatio quaedam,
sicut et de eleemosynis corporalibus dictum est. |
1. De même que faire l’aumône
corporelle n’est soumis qu’à un précepte qui oblige
à venir au secours de quelqu’un en temps de
nécessité pour ce qui est nécessaire à la vie, de
même, on n’est obligé à enseigner à
quelqu’un en raison d’une fonction dédiée que pour
ce qui est nécessaire au salut, lorsqu’il n’y a personne
pour enseigner ou lorsqu’on voit quelqu’un se tromper, à
moins qu’il n’y en ait un autre qui soit tenu de le faire en
raison de sa fonction. Autrement, enseigner est un conseil et facultatif,
comme on l’a dit pour les aumônes corporelles. |
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[16547] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2
a. 3 qc. 2 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod non omnis quaestio est consilium, sed quaestio quae est de
rebus agendis a nobis. Et quia dubitatio sive ignorantia talis habet rationem
specialem defectus, inquantum deficit scientia, quae debet esse regitiva in
opere ; ideo specialis eleemosyna ponitur consilium praeter doctrinam. |
2. Toute question n’est pas un conseil, mais la
question qui porte sur ce que nous devons faire. Et parce qu’un tel
doute ou une telle ignorance ont particulièrement le caractère
d’une carence, dans la mesure où la science qui doit guider
l’acte fait défaut, le conseil est présenté comme
une aumône particulière en plus de l’enseignement. |
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[16548] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod poenam castigando infligere contingit dupliciter ; aut inquantum
est afflictiva illius cui infertur ; et sic ad severitatem pertinet,
quae aequalitatem justitiae servat, secundum quod poenam culpae
recompensat ; aut secundum quod cedit in bonum ejus in quem poena
infertur ; et sic largo modo ad liberalitatem reducitur, prout omne
beneficium impensum quodammodo liberalitas est. |
3. Infliger une peine en punissant se produit de deux
manières. Soit elle est affecte celui à qui elle est
infligée : elle relève ainsi de la
sévérité, qui garde l’égalité de la
justice en compensant la faute par la peine. Soit elle tourne au bien de
celui à qui la peine est infligée : elle se ramène
ainsi à la libéralité au sens large pour autant que tout
bienfait accordé est d’une certaine manière
libéralité. |
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[16549] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod caritas est mater omnium virtutum ; et ideo non
est inconveniens, si actus qui sunt aliarum virtutum quasi elicientium, sint
etiam caritatis quasi imperantis. |
4. La charité est la mère de toutes les
vertus. C’est pourquoi il n’est pas inapproprié que les
actes qui sont issus des autres vertus soient aussi issus de la
charité en tant qu’elle [les] commande. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16550] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 3 qc. 3 co. Ad
tertiam quaestionem dicendum, quod eleemosyna habet efficaciam, ut dictum
est, et ex parte dantis, et ex parte recipientis. Ex parte autem dantis
efficacia eleemosynae pensatur per conditionem ipsius actus quo subsidium
proximo confertur ; et sic, simpliciter loquendo, eleemosyna spiritualis
dignior est, quia actus spirituales digniores sunt corporalibus donis. Ex
parte autem recipientis potest mensurari eleemosyna dupliciter ; vel
ratione boni quod confertur, et sic adhuc eleemosyna spiritualis
praeeminet : vel ratione necessarii, et sic quaedam spirituales sunt
quibusdam corporalibus potiores, scilicet quae contra culpam ordinantur,
quibuscumque eleemosynis corporalibus : quia homo magis debet vitare
culpam quam aliquem defectum corporalem, etiam mortem. Quaedam vero corporales,
quae scilicet sunt ad sustentationem vitae, quibusdam eleemosynis
spiritualibus magis sunt necessariae, scilicet quae sunt ad bene esse ;
sed illae quae sunt ad bene esse spirituale, sunt magis necessariae illis
quae sunt ad bene esse corporale. Sic ergo
patet quod omnibus corporalibus eleemosynis aliquae spirituales potiores
sunt, et similiter in genere loquendo de utrisque. |
Comme on l’a dit, l’aumône tire son
efficacité du point de vue de celui qui donne et du point de vue de
celui qui reçoit. Du point de vue de celui qui donne,
l’efficacité de l’aumône se mesure à la
condition de l’acte même par lequel on porte secours au prochain :
ainsi, à parler simplement, l’aumône spirituelle est plus
digne, car les actes spirituels sont plus dignes que les dons corporels.
Mais, du point de vue de celui qui reçoit, l’aumône peut
se mesurer de deux manières : en raison du bien qui est
donné, et ainsi, l’aumône spirituelle l’emporte
encore ; en raison de ce qui est nécessaire, et ainsi, certaines
aumônes spirituelles sont meilleures que certaines aumônes
corporelles : celles qui sont ordonnées contre la faute
l’emportent sur toutes les aumônes corporelles, car on doit
davantage éviter une faute qu’une carence corporelle, même
la mort. Mais certaines aumônes corporelles, celles qui visent à
garder en vie, sont plus nécessaires que certaines aumônes
spirituelles, celles qui visent le bien vivre ; mais celles qui visent
le bien vivre spirituel sont plus nécessaires que celles qui visent le
bien vivre corporel. Il est donc clair que certaines aumônes
spirituelles sont meilleures que toutes les aumônes corporelles ;
il en va de même pour les deux, si l’on parle d’une
manière générale. |
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[16551] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis corpus habeat plures indigentias quam
spiritus, tamen indigentiae spiritus sunt magis fugiendae quam indigentiae
corporis, sicut eligibiliores sunt spirituales quam corporales divitiae. |
1. Bien que les indigences du corps soient plus
nombreuses que celles de l’âme, on doit cependant fuir davantage
les indigences de l’esprit que les indigences du corps, de la
même manière que les richesses spirituelles sont
préférables aux richesses corporelles. |
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[16552] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod recompensatio non diminuit efficaciam eleemosynae,
sed intentio recompensationis ; unde quamvis aliquis docendo ipse etiam
addiscat, non tamen quandoque propter hoc facit, sed solum ut alteri
subveniat. Et praeterea intentio acquirendi aliquod spirituale bonum non
minuit rationem meriti : quia per ipsum Deo conjungimur, ut frequenter
contingit. |
2. La récompense ne diminue pas
l’efficacité de l’aumône, mais l’intention
d’être récompensé. Ainsi, même si on apprend
aussi en enseignant, on ne le fait pas parfois dans ce but, mais seulement
pour venir au secours d’un autre. De plus, l’intention
d’obtenir un bien spirituel ne diminue pas le caractère
méritoire, car nous sommes par lui unis à Dieu, comme cela
arrive fréquemment. |
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[16553] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 3 qcm. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod etsi minus sentiat aliquis defectus spirituales, hoc
est propter defectum ejus. Non autem mensuratur eleemosyna per hoc quod
acceptat qui recipit, sed secundum quod acceptare debet : alias meritum
dantis ex recipientis penderet arbitrio ; quod falsum est. |
3. Même si quelqu’un ressent moins les
carences spirituelles, cela vient de sa propre carence. Or, on ne mesure pas
l’aumône par le fait que celui qui reçoit l’accepte,
mais selon qu’il doit l’accepter ; autrement, le
mérite de celui qui donne dépendrait du jugement de celui qui
reçoit, ce qui est faux. |
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Articulus 4 [16554] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 tit. Utrum de necessario sit danda eleemosyna |
Article 4 – Est-il nécessaire de faire l’aumône ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Est-il nécessaire de faire
l’aumône ?]
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[16555] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod de necessario non sit danda eleemosyna.
Quia, ut dicit Augustinus, peccat qui praepostere agit. Sed ordo caritatis
hoc exigit ut homo magis sibi quam alteri subveniat. Ergo peccat subtrahendo
sibi necessarium, ut alteri conferat. [16556] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 1 arg.
2 Praeterea, philosophus
dicit in 4 Ethic., quod qui dissipat substantiam suam, idest divitias,
destruit seipsum ; et hoc praecipue verum est quantum ad necessaria. Sed
peccat qui seipsum occidit. Ergo etiam peccat qui de necessariis sibi
eleemosynam facit. [16557] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 1 arg.
3 Sed contra est quod qui
omnia dat, nihil sibi retinet de necessariis. Sed dominus consulit Matth. 19,
21 : vende omnia quae habes, et da pauperibus. Ergo sine peccato
potest homo de necessariis sibi eleemosynam facere. |
1. Il semble qu’il ne soit pas nécessaire de faire l’aumône, car, comme le dit Augustin, celui qui agit en inversant l’ordre pèche. Or, l’ordre de la charité exige qu’un homme secourt davantage lui-même qu’un autre. Il pèche donc en enlevant ce qui lui est nécessaire pour le donner à un autre. 2. Dans Éthique, IV, le Philosophe dit que celui qui disperse son
propre bien, c’est-à-dire ses richesses, se détruit
lui-même, et cela est surtout vrai lorsqu’il s’agit du
nécessaire. Or, celui qui se tue pèche. Celui qui fait
l’aumône de ce qui lui est nécessaire pèche donc. 3. Cependant, celui qui donne tout ne garde rien de ce qui lui est
nécessaire. Or, en Mt 19, 21, le Seigneur donne un conseil :
Vends tout ce qui tu possèdes,
et donne-le aux pauvres. Un homme peut donc faire l’aumône de
ce qui lui est nécessaire. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Peut-on faire l’aumône de ce qui est mal acquis ou possédé ?] |
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[16558]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam de malo acquisito et
possesso possit eleemosyna fieri. Luc. 16, super illud : facite vobis
amicos de mammona iniquitatis, dicit Glossa : iniquitas bene
dispensata in justitiam vertitur. Ergo videtur quod liceat de inique
possessis eleemosynam facere. |
1. Il semble qu’on puisse faire
l’aumône même de ce qui est mal acquis ou
possédé. À propos de Lc 16 : Faites-vous des amis avec le mauvais
argent, la Glose dit : « L’iniquité bien
distribuée tourne à la justice. » Il semble donc
qu’il soit permis de faire l’aumône de ce qu’on
possède injustement. |
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[16559] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, ei qui est in ultima necessitate constitutus, omnibus
modis subveniendum est. Sed contingit aliquem qui nihil habet nisi de injusto
acquisito et detento, alium in extrema necessitate videre. Ergo debet ei
eleemosynam facere ; et sic de malo acquisito et detento potest
eleemosyna fieri. |
2. Il faut de toutes les manières secourir celui
qui est dans une nécessité extrême. Or, il arrive que
quelqu’un qui ne possède rien d’autre que ce qu’il a
acquis ou détenu injustement en voie un autre dans une
nécessité extrême. Il doit donc lui faire
l’aumône et ainsi, on peut donc faire l’aumône
d’un bien mal acquis ou détenu. |
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[16560] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod Gregorius dicit : non est
computanda eleemosyna, si pauperibus dispensetur quod ex illicitis rebus acquiritur. |
Cependant, Grégoire dit : « Il ne faut pas
compter comme aumône ce qui serait donné aux pauvres à
partir de biens injustement acquis. » |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Peut-on faire l’aumône d’un gain honteusement acquis ?] |
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[16561]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod de turpi lucro non possit fieri
eleemosyna, sicut de meretricio, et aleato, et quod per simoniam acquiritur.
Quia secundum philosophum, dona habent aliquid simile Deo sacratis. Sed ex
hujusmodi non licet sacrificium vel oblationem Deo offerre ; Deuter. 23,
18 : non offeres mercedem prostibuli nec pretium canis in domum Dei
tui. Ergo nec eleemosynae ex hujusmodi fieri debent. |
1. Il semble qu’on ne puisse pas faire l’aumône d’un bien honteusement acquis, comme celui qui est acquis par la prostitution, le jeu ou la simonie, car, selon le Philosophe, les dons ont quelque chose de semblable à ce qui est consacré à Dieu. Or, il n’est pas permis d’offrir de telles choses à Dieu en sacrifice ou en oblation, Dt 23, 19 : Tu n’offriras pas dans la maison de ton Dieu le salaire de la prostitution ni le prix d’un chien. On ne doit donc pas faire l’aumône avec ces choses. |
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[16562] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, aleatorum lucrum est turpe lucrum. Acceptiones enim eorum
illiberales sunt, ut philosophus dicit in 4 Ethic. Sed ex aleato non potest
fieri eleemosyna, ut videtur : quia tenetur ad restitutionem ejus. Ergo
non potest fieri eleemosyna de turpi lucro. |
2. Le gain des paris est un gain honteux : en effet,
le fait de les prendre va contre la liberté, comme le dit le
Philosophe en Éthique, IV.
Or, on ne peut faire l’aumône d’un pari, semble-t-il, car
on est tenu de le restituer. On ne peut donc pas faire l’aumône
avec un gain honteux. |
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[16563] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est quod Augustinus dicit : qui
habetis aliquid de malo, facite inde bonum. Ergo qui acquisivit aliquid
de turpi lucro, potest illud in bonum usum eleemosynae expendere. |
3. Cependant, Augustin
dit : « Vous qui possédez quelque chose de mauvais,
faites-en du bien. » Celui qui a acquis quelque chose par un gain
honteux peut donc le dépenser pour le bon usage de
l’aumône. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16564] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod de
rebus exterioribus dicitur nobis aliquid necessarium dupliciter. Uno modo,
sine quo non potest aliquis esse et vivere. Alio modo dicitur nobis
necessarium quo indigemus ad honeste vivendum, vel decenter secundum statum
nostrum. Sed talis decentia non consistit in aliquo indivisibili : quia
multis additis homo non excedit status sui conditionem ; multis etiam
subtractis conditio sui status decenter conservatur : sed tantum posset
addi, quod esset ultra conditionem status sui ; et tantum diminui, quod
non servaretur honestas, vel sui status decentia ; et hoc quidem sermone
determinari non potest, quia de singularibus non est judicium ; sed
statur in hoc prudentiae arbitrio, et discretionis, quae docet de omnibus.
Utroque autem dictorum modorum potest aliquid esse alicui necessarium
dupliciter : vel ratione sui ipsius, et hoc dicitur a quibusdam necessarium
individui ; vel ratione eorum quorum curam gerere debet, et hoc dicitur
necessarium personae, inquantum persona ad dignitatem pertinet secundum quam
alicui competit aliorum curam gerere. Illud ergo sine quo non potest esse vel
vivere aliquis, vel ipse, vel illi quorum curam habet, non debet in eleemosynas
expendi : hoc enim dicitur necessarium simpliciter quasi necessitate
absoluta, nisi forte posset, antequam talis necessitas incumbat, per alium
modum resarciri ; quia jam excideret ab hujusmodi necessitatis ratione.
Similiter etiam illud quo subtracto non potest servari decentia status aliquo
modo sui vel suorum, non debet aliquis in eleemosynas expendere, nisi de
facile resarciri possit, aut nisi aliquis statum mutare vellet ; quia nullus
debet indecenter in aliquo statu manere ; vel nisi necessitas alia
praeponderet, vel alicujus personae specialis in necessitate ultima
existentis, vel Ecclesiae, vel reipublicae : quia bonum gentis est
divinius quam bonum unius. Illud autem quo posito vel subtracto nihilominus
decentia status manet, potest in eleemosynam dari ; et de hoc est
consilium, non praeceptum. Illud autem quod necessarium reputatur ad aliquid
quod est ultra decentiam status, debet in eleemosynam dispensari ; et
hoc cadit sub praecepto. |
On dit que, parmi les choses extérieures, quelque
chose nous est nécessaire de deux manières : d’une
manière, sans quoi on ne peut exister et vivre ; d’une
autre manière, on dit que nous est nécessaire ce dont nous
avons besoin pour vivre décemment ou d’une manière qui
convienne à notre état. Or, une telle convenance ne consiste
pas en quelque chose d’indivisible, car on ne dépasse pas la
condition de son état en ajoutant beaucoup de choses, et la condition
de son état est préservée en soustrayant aussi beaucoup
de choses. Mais on pourrait tant en ajouter que cela irait au-delà de
la condition de son état, et tant en soustraire que la décence
ou ce qui convient à son état ne serait pas
préservé. Or, cela ne peut être déterminé
par le discours, car le jugement ne porte pas sur les choses
particulières, mais on décide en cette matière par le
jugement de la prudence et de la discrétion, qui enseigne sur toutes
choses. Or, quelque chose peut être nécessaire de deux manières
à quelqu’un selon les deux modes dont on a parlé :
soit en raison de lui-même, et cela est appelé par certains ce
qui est nécessaire à un individu ; soit en raison de ceux
dont il doit assurer la charge, et cela est appelé ce qui est
nécessaire à un personnage, dans la mesure le personnage est en
rapport avec la dignité selon laquelle il revient à
quelqu’un de prendre soin des autres. Ce sans quoi quelqu’un ne
peut exister ou vivre, qu’il s’agisse se soi-même ou de
ceux dont on a la charge, ne doit pas être donné en
aumône. En effet, cela est appelé nécessaire tout
simplement comme par une nécessité absolue, à moins que,
avant qu’une telle nécessité n’incombe, cela puisse
être compensé d’une autre façon, car il se serait
déjà séparé d’une telle
nécessaité. De la même manière, ce dont la soustraction
ne permettrait pas de préserver d’une certaine manière ce
qui convient à son état ou à ceui des siens ne doit pas
être donné en aumône, à moins que cela puisse
être facilement compensé ou que quelqu’un ne veuille
changer d’état, car personne ne doit demeurer dans un
état d’une manière qui ne soit pas convenable, à
moins qu’une autre nécessité ne l’emporte,
qu’il s’agisse de celle d’une personne particulière
qui se trouve dans une nécessité extrême, de
l’Église ou de la communauté civile, car le bien du
peuple est plus divin que le bien d’un individu. Lorsque ce qui
convient à son état est assuré, ce qui y a
été ajouté ou retranché peut être
donné en aumône : cela est l’objet d’un
conseil, et non d’un commandement. Mais ce qui est
considéré comme nécessaire pour ce qui dépasse ce
qui convient à son état doit être donné en
aumône, et cela est soumis à un commandement. |
|
[16565] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod si aliquis necessarium, sine quo nullo modo esse
vel decenter vivere possit, sibi subtraheret, et alii daret, ordinem
caritatis perverteret in beneficiis observandis ; non autem si de aliis,
sine quibus praedicta esse possunt, plus alteri quam sibi tribuat : quia
virtuosi est de talibus bonis corporalibus plus aliis quam sibi tribuere, ut
philosophus in 9 Ethic., dicit. |
1. Si quelqu’un s’enlevait, pour le donner
à un autre, le nécessaire sans lequel il ne peut d’aucune
manière exister ou vivre décemment, il bouleverserait
l’ordre de la charité pour ce qui est des bienfaits à
respecter. Mais tel ne serait pas le cas s’il donne plus à un
autre qu’à lui-même des autres choses sans lesquelles ce
qui a été dit plus haut peut exister, car il appartient à
celui qui est vertueux de donner plus de biens corporels aux autres
qu’à lui-même, comme le dit le Philosophe dans Éthique, IX. |
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[16566] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod ratio illa procedit de eo quod est necessarium
secundum primum modum. |
2. Ce raisonnement porte sur ce qui est nécessaire
de la première manière. |
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[16567] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod illi qui omnia dimittunt propter Deum, statum vivendi
mutant ; cujus status decentia potest conservari per ea quae a fidelibus
et devotis vel quotidie ministrantur, vel jam ministrata sunt in
possessionibus et reditibus. |
3. Ceux qui abandonnent tout pour Dieu changent leur
état de vie. Ce qui convient à leur état peut être
maintenu par ce qui est donné quotidiennement par les fidèles
et par ceux qui leur sont attachés, ou par ce qui leur a
déjà été donné sous forme de
propriétés et de revenus. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16568] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod illud dicitur
licitum, quod nulla lege prohibetur ; unde illicite acquisitum dicitur
quod contra prohibitionem legis acquiritur. Sed
hoc potest esse dupliciter : quia aut lex prohibuit ipsum lucrum, vel
causam lucri tantum. Si ipsum lucrum est prohibitum, tunc impossibile est
quod juste detineatur. Ex hoc enim ipso efficitur aliquis injusti tituli et
malae fidei possessor quod contra legem aliquid habet. Sed in talibus
distinguendum est. Quia aut non transfertur dominium, sicut in rapina et
furto, et tunc omnino restituere tenetur ; et ideo ex hoc non potest
eleemosyna fieri : aut transfertur dominium ; et tunc vel competit
repetitio ei a quo quis lucratus est secundum aliquod jus, sicut in usura
accidit, in qua, ut quidam dicunt, dominium transfertur ; et tunc de hoc
etiam non potest eleemosyna fieri ; aut non competit repetitio secundum
turpitudinem sceleris ex parte dantis, sicut in simonia accidit ; et
tunc tale acquisitum non potest juste retineri, sed debet in eleemosynas
erogari. Si autem lex prohibuit actum ex quo quis lucratur, sed non lucrum
supposito actu, tunc quamvis acquirendo tali actu contra legem fecerit, tamen
tenendo non facit contra legem : sicut cum quis de lenocinio vel
meretricio lucratur ; et ideo haec retineri possunt, et de eis
eleemosyna fieri potest.. |
On dit qu’est permis ce qui n’est interdit
par aucune loi. Aussi dit-on que quelque chose est mal acquis lorsque cela
est acquis à l’encontre d’une interdiction de la loi. Mais
cela peut se produire de deux manières, car soit la loi interdit le
gain lui-même, soit elle interdit la cause du gain seulement. Si le
gain lui-même est interdit, il est alors interdit que cela soit
possédé justement. En effet, du fait même que
quelqu’un est un possesseur de manière injustifiée et de
mauvaise foi, il le possède à l’encontre de la loi. Mais,
dans ces choses, il faut faire une distinction. Ou bien le droit de
posséder n’est pas transféré, comme dans
l’exaction et le vol, et alors on est tenu de restituer ; ou bien
le droit de posséder est transféré, et alors la
réclamation revient à celui de qui on l’a acquis selon un
certain droit, comme cela se produit pour l’usure, dans laquelle, comme
certains le disent, un droit de posséder est transféré.
Et alors, on ne peut faire l’aumône de cela. Ou bien la
réclamation ne convient pas en raison du caractère honteux du
méfait de la part de celui qui donne, comme cela se produit dans la
simonie : alors, ce qui a été ainsi acquis ne peut
être conservé justement, mais doit être distribué
en aumônes. Mais si la loi interdit l’acte par lequel
quelqu’un a fait un gain, bien qu’en l’acquérant on
ait agi contre la loi, on n’agit cependant pas contre la loi en le
gardant, comme lorsqu’on a fait un gain par le métier d’entremetteur
ou la prostitution. C’est pourquoi on peut garder ces choses et on peut
en faire l’aumône. |
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[16569] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod illud intelligendum est de illis quae per
illicitum actum acquisita sunt, et tamen juste possidentur. Vel aliter
dicendum, quod mammona iniquitatis dicuntur divitiae etiam licite acquisitae
et possessae, vel inquantum eas sola iniquitas divitias esse reputat, ut
Augustinus exponit 21 de civitate Dei ; vel inquantum sunt iniquitatis
occasio ; vel iniquitatis, idest inaequalitatis ; quia non
aequaliter sunt hominibus distributae, bono aliquando egente, et malo
superabundante. |
1. Il faut l’entendre de ce qui a été
acquis par un acte défendu, mais qui est cependant
possédé de manière légitime. Ou il faut dire autre
chose : on appelle argent inique même les richesses acquises et
possédées légitimement, ou celles que seule
l’iniquité considère comme richesses, comme Augustin
l’explique dans La cité de
Dieu, XXI. Ou bien parce qu’elles sont une occasion
d’injustice. Ou bien, on parle d’iniquité,
c’est-à-dire d’inégalité, car elles ne sont
pas également réparties entre les hommes, alors que le bon est
dans le besoin et le méchant dans la surabondance. |
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[16570] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in tali casu, si sine periculo pauperis esse potest,
debet ille qui alienum habet, significare ei cui debet ; et sive ille
licentiam dederit, sive non, debet pauperi in ultima necessitate existenti
providere. Nec providet sibi de alieno, quia necessitas talis omnia facit
communia. Unde non tenetur ad restitutionem, nisi ille cui debet, in simili
necessitate esset : quia etiam tunc teneretur sibi providere, si nihil
habuisset ab eo. |
2. Dans un tel cas, si cela peut se faire sans danger
pour le pauvre, celui qui possède ce qui appartient à un autre
doit le lui signifier. Qu’on lui en donne la permission ou non, il doit
secourir celui qui se trouve dans une nécéssité
extrême. Et il ne lui donne pas ce qui appartient à un autre,
car une telle nécessité rend toutes choses communes. Il
n’est donc pas obligé de restituer, à moins que celui
envers qui il est débiteur ne soit dans une semblable
nécessité, car il serait alors tenu de le secourir lui aussi,
même s’il ne possédait rien qui lui appartînt. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16571] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 4 qc. 3 co. Ad
tertiam quaestionem dicendum, quod quando lucrum ipsum est lege prohibitum,
ut rapina, usura et simonia, non solum dicitur turpe lucrum, sed
iniquum ; et de hoc dictum est qualiter eleemosyna fieri possit vel non
possit. Sed quando actus quo quis lucratus est, lege prohibitus est, non
autem ipsum lucrum, tunc vocatur turpe lucrum, sicut est in meretricio, vel
in similibus ; et tunc de tali eleemosyna fieri potest, quia non tenetur
ad restitutionem. |
Lorsque le gain lui-même est interdit par la loi,
comme dans l’exaction, l’usure et la simonie, on ne parle pas
seulement d’un gain honteux, mais injuste. On a déjà dit
à ce sujet comment l’aumône peut ou non en être
faite. Mais lorsque l’acte par lequel on a fait un gain était
interdit par la loi, mais non le gain lui-même, on parle alors de gain
honteux, comme pour la prostitution et les choses semblables. Alors, on peut
en faire l’aumône, car on n’est pas tenu de restituer. |
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[16572] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod de tali lucro non debet fieri oblatio ad altare,
praecipue manifeste, propter scandalum et reverentiam sacrorum, vel sceleris
abominationem ; sed hae causae non prohibent quin ex tali eleemosyna
fieri posset. |
1. On ne doit pas faire d’offrande à
l’autel avec un tel gain, surtout de manière manifeste, en
raison du scandale et du respect pour les choses sacrées ou du
caractère abominable du méfait. Mais ces raisons
n’empêchent pas qu’on puisse en faire l’aumône. |
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[16573] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod ipsum lucrum aleatorum est lege prohibitum. Sed in hoc distinguendum est ; quia aliquid circa
ludum justum est prohibitum lege naturali aut divina, ut quod aliquis
lucretur ab his qui rem suam alienare non possunt, sicut sunt minores, et
furiosi, et similes ; et iterum quod aliquis alterum trahat ex
cupiditate lucrandi ; sed secundum jus positivum, omne tale lucrum est
interdictum. Quia autem jus positivum per dissuetudinem abrogatur, non autem
jus divinum ; ideo dicendum videtur, quod si lucratus est ab eo qui non
habuit potestatem alienandi, tenetur ad restitutionem ei, et sic non potest
facere eleemosynam inde. Si autem lusit cum eo qui habet potestatem alienandi
quae sua sunt, si tractus lusit et amisit, potest repetere ; si lucratus
est, non tenetur restituere ; quia ille qui amisit, non est dignus
recipere, nec potest licite retinere ; nisi jus positivum per contrariam
consuetudinem esset alicubi abrogatum. Si autem alium traxerit, si amisit,
non competit ei repetitio ; si autem lucratus est, tenetur ad restituendum
illi a quo lucratus est, et non potest inde facere eleemosynam. |
2. Le gain des paris est interdit par la loi. Mais il
faut faire ici une distinction, car, à propos d’un jeu juste,
quelque chose est interdite par la loi naturelle ou divine, de sorte
qu’on ne puisse faire de gain de la part de ceux qui ne peuvent
aliéner leurs biens, tels les mineurs, les fous et ceux qui leur ressemblent ;
on ne peut aussi y entraîner un autre par la cupidité du gain,
mais, selon le droit positif, tout gain de ce genre est interdit. Mais parce
que le droit positif est abrogé par la désuétude, mais
non le droit divin, il semble qu’on doive dire que si on a gagné
de quelqu’un qui n’avait pas le pouvoir d’aliéner
[ses biens], on est tenu de lui restituer ; on ne peut donc en faire
l’aumône. Mais si on a joué avec quelqu’un qui a le
pouvoir d’aliéner ses biens, si celui qui y a été
entraîné a joué et a perdu, il peut le réclamer ;
mais s’il a gagné, il n’est pas tenu de restituer, car
celui qui a perdu n’est pas digne de le recevoir et il ne peut le
garder légitimement, à moins que le droit positif n’ait
été abrogé par une coutume contraire. Mais s’il y
a entraîné un autre et s’il a perdu, la réclamation
ne lui revient pas ; mais s’il a gagné, il est
obligé de restituer à celui de qui il a gagné, et il ne
peut en faire l’aumône. |
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Articulus 5 [16574] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 tit. Utrum
uxOr possit de rebus mariti facere eleemosynam |
Article 5 – Une épouse peut-elle faire l’aumône avec les biens de son mari ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Une épouse peut-elle faire
l’aumône avec les biens de son mari ?]
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[16575] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 5 qc. 1 arg. 1 Ad quintum sic proceditur. Videtur quod uxor possit de rebus mariti facere
eleemosynam. Quia, sicut dicit Augustinus, uxor in societatem matrimonii
assumitur, propter quod non de capite neque de pedibus femina formata est,
sed de latere. Si ergo vir potest facere eleemosynas de rebus domus, quae
sunt ei communes ratione praedictae societatis, et uxor poterit facere. |
1. Il semble qu’une épouse puisse faire l’aumône avec les biens de son mari, car, comme le dit Augustin, l’épouse est entrée dans la société du mariage ; pour cette raison, la femme n’a pas été formée à partir de la tête ni des pieds, mais à partir du côté [d’Adam]. Si donc l’homme peut faire l’aumône avec les biens de sa maison, qui sont communs en raison de la société en question, l’épouse aussi pourra la faire. |
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[16576] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 1 arg. 2 Praeterea, de Lucia legitur, quod dabat eleemosynas ignorante
sponso ; nec ex hoc reprehenditur, sed laudatur. Ergo uxor potest sine
consilio mariti eleemosynas dare. |
2. À propos de Lucie, on lit qu’elle faisait
des aumônes à l’insu de son mari, et elle n’est pas
réprimandée mais louangée à cause de cela.
L’épouse peut donc faire l’aumône sans le conseil de
son mari. |
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[16577] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, 1
Corinth. 11, 3 : vir caput est
mulieris. Sed membrum non potest aliquid sine capite facere. Ergo nec
uxor potest sine viro eleemosynas dare. |
Cependant, 1 Co 11, 3 dit : L’homme est la tête de la femme. Or, un membre ne
peut faire quelque choses sans la tête. L’épouse ne peut
donc pas faire l’aumône sans son mari. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le fils de la famille peut-il aussi faire l’aumône ?] |
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[16578]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur, quod filius familias possit etiam
dare. Quia quilibet quod suum est, potest alteri dare. Sed res paternae sunt
filii familias, quia ipse est heres. Ergo potest de his eleemosynam facere. |
1.
Il semble que le fils de la famille puisse aussi faire l’aumône,
car chacun peut donner à un autre ce qui lui appartient. Or, les biens
du père appartiennent au fils de la famille, car il en est
l’héritier. Il peut donc en faire l’aumône. |
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[16579] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 2 arg. 2 Praeterea, usus divitiarum laudabilior est, si ad bonum spirituale
quis magis eis utatur quam ad bonum corporale. Sed ad usum corporis sui potest
filius familias rebus patrimonii sui uti. Ergo multo fortius ad bonum
spirituale, quod est per eleemosynas. |
2. L’usage des richesses est plus louable si
quelqu’un les emploie pour un bien spirituel que pour un bien corporel.
Or, un fils de famille peut utiliser pour son corps les biens de son
patrimoine. À bien plus forte raison peut-il le faire pour un bien
spirituel, ce qui se réalise par l’aumône. |
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[16580] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, nullus potest aliquid dare quod non est in
potestate ejus. Sed patrimonium non est in potestate filiifamilias. Ergo non
potest de eo dare eleemosynam. |
Cependant, personne ne peut donner ce qui n’est pas en son
pouvoir. Or, le patrimoine n’est pas au pouvoir du fils de la famille.
Il ne peut donc pas le donner en aumône. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Un serviteur ou une servante peuvent-ils faire l’aumône avec les biens de leurs maîtres ?] |
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[16581]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod servus vel ancilla possunt
facere eleemosynam de rebus dominorum. Quia de quolibet praesumendum est
bonum, nisi probetur contrarium. Sed facere eleemosynam est bonum. Ergo debet
praesumi quod domino suo placeat ; et ita sub spe ratihabitionis poterit
eleemosynam facere. |
1. Il semble qu’un serviteur ou une servante puissent faire l’aumône avec les biens de leurs maîtres, car on doit présumer le bien pour quelqu’un, à moins que le contraire ne soit démontré. Or, faire l’aumône est bon. On doit donc présumer que cela plaît à son maître. Ainsi, [le serviteur ou la servante] pourront faire l’aumône, en espérant que cela sera ratifié. |
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[16582] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
eleemosynae etiam a famulis factae valere ad salutem dominorum possunt, sicut
patet in mortuorum suffragiis. Sed servus
debet procurare bonum domini sui non solum corporale, sed spirituale magis.
Ergo potest de rebus domini eleemosynas facere. |
2. Les aumônes, même faites par des
serviteurs, peuvent compter pour le salut, comme cela ressort clairement dans
les suffrages pour les morts. Or, un serviteur doit assurer non seulement le
bien corporel de son maître, mais davantage son bien spirituel. Il peut
donc faire l’aumône avec les biens de son maître. |
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[16583] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, nullus
debet eleemosynam facere in alieno. Sed res dominorum non sunt servorum. Ergo servi de eis eleemosynas facere non debent. |
Cependant, personne ne doit faire l’aumône avec le bien
d’autrui. Or, les biens des maîtres n’appartiennent pas aux
serviteurs. Les serviteurs ne peuvent donc pas en faire l’aumône. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Les moines peuvent-ils faire l’aumône sans la permission de l’abbé ?] |
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[16584]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod monachi possint eleemosynas
facere sine licentia abbatis. Unum enim bonum non praejudicat alteri. Sed
religio est bonum quoddam. Ergo non praejudicat eleemosynae, quae etiam bonum
quoddam est, quin eam dare possit. |
1. Il semble que les moines puissent faire l’aumône sans la permission de l’abbé. En effet, un bien ne cause pas de préjudice à un autre. Or, la religion est un bien. Elle ne cause donc pas de préjudice à l’aumône, qui est aussi un bien, au point où on ne puisse la faire. |
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[16585] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 4 arg. 2 Praeterea, eleemosynae maxime in Scriptura commendantur. Si ergo
monachi non possunt eleemosynas dare, tunc sunt pejoris conditionis quam
alii. |
2. Les aumônes sont louangées au plus haut
point par l’Écriture. Si donc les moines ne peuvent faire
l’aumône, ils sont donc dans une condition pire que les autres. |
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[16586] Super Sent., lib.
4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 4 s. c. 1 Sed
contra, eleemosyna non est danda nisi de proprio. Sed monachus non habet
proprium, prohibente paupertatis voto. Ergo monachus non potest eleemosynam
dare. |
Cependant, on ne doit faire l’aumône que de son bien
propre. Or, le moine ne possède rien en propre puisque le vœu de
pauvreté l’interdit. Le moine ne peut donc pas faire
l’aumône. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16587] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 5 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod in
extrema necessitate existenti, quae facit omnia communia, quilibet praedictorum
potest eleemosynam facere ; quia debet praesumere quod suo superiori
placeat, cum ipse dare teneretur, si praesens esset ; et si etiam
prohiberetur, idem dicendum videtur sicut de illicito lucro dictum est prius,
ad cujus restitutionem aliquis tenetur. Alias
autem de uxore distinguendum est ; quia si habet alias res praeter
dotem, vel est lucrosa, tunc potest tales eleemosynas dare quae virum non
depauperent, etiam non requisito assensu viri, dummodo non prohibeat ;
et si etiam prohiberet verbo, posset probabiliter credere quod eam non
intenderet simpliciter ab eleemosynis coercere, sed a superfluitate
eleemosynarum, nisi aperte pateret ei contrarium. Si autem praedicta duo
defuerint, non debet dare eleemosynas sine consensu viri, nisi aliquas
eleemosynas communes et modicas, de quibus satis ei constare potest quod viro
placeret, si necessitatem pauperis inspiceret. |
En cas de nécessité extrême, qui rend
tous les biens communs, tous ceux qui ont été mentionnés
peuvent faire l’aumône, car on doit présumer qu’elle
plaît à son supérieur, puisque lui-même serait tenu
de la faire, s’il était présent. Et même s’il
l’interdisait, il faudrait dire la même chose, comme on l’a
dit plus haut à propos du gain illégitime, à la
restitution duquel on est tenu. Mais, à propos de
l’épouse, on doit faire une distinction, car, si elle
possède des biens en plus de sa dot ou si elle a fait des gains, elle
peut faire des aumônes qui n’appauvriraient pas son mari,
à condition qu’il ne l’interdise pas. Et même
s’il l’interdit en paroles, elle pourrait raisonnablement croire
qu’il n’aurait pas l’intention de l’empêcher
tout simplement, mais [de l’empêcher] de faire trop
d’aumônes, à moins que le contraire ne soit
évident. Si les deux conditions précédentes sont
absentes, elle ne doit pas faire d’aumônes sans le consentement
de son mari, si ce n’est de petites aumônes communes, par
lesquelles il est assez clair qu’elle peut plaire à son mari, si
elle constatait le besoin d’un pauvre. |
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[16588] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis uxor ad societatem assumatur, et in ipso
actu matrimonii sit aequalis ; tamen in his quae ad dispositionem domus
pertinent, vir caput est mulieris ; et ideo non est similis ratio de
utroque. |
1. Bien que l’épouse entre en
société [avec son mari] et qu’elle lui soit égale
dans l’acte même du mariage, pour ce qui concerne
l’administration du ménage, le mari est la tête de la femme.
C’est pourquoi on ne raisonne pas de la même manière pour
les deux. |
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[16589] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod beata Lucia erat adhuc sponsa tantum, nec erat
matrimonium consummatum, aut ratificatum ; et ideo de consensu matris,
sub cujus cura erat, poterat eleemosynam facere. |
2. La bienheureuse Lucie était seulement promise
en mariage et le mariage n’était pas encore consommé ou
ratifié. C’est pourquoi, avec le consentement de sa mère,
à la charge de laquelle elle était, elle pouvait faire
l’aumône. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16590] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 5 qc. 2 co. Ad
secundam quaestionem dicendum, quod filius familias non potest dare
eleemosynam sine consensu parentum, nisi panem et hujusmodi, quae non
inferunt sensibile damnum ; de quibus satis constare potest quod
parentibus placeat. |
Le fils de la famille ne peut faire l’aumône sans le consentement de ses parents, sauf s’il s’agit de pain et de choses de ce genre, qui n’entraînent pas de dommage sensible. Il est assez clair que cela plairait à ses parents. |
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[16591] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis filius familias sit heres, non tamen adhuc
est dominus rerum ; et ideo dare non potest. |
1. Bien que le fils de la famille soit
l’héritier, il n’est cependant pas encore maître des
biens. Il ne peut donc les donner. |
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[16592] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 2 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod ad victum corporalem tenentur ei parentes, nisi ex culpa sua
remaneat ; ideo potest uti rebus parentum ad necessitatem suam, non
autem aliis dare. |
2. Ses parents sont obligés de lui fournir ce qui
est nécessaire pour la vie de son corps, à moins qu’il ne
soit de sa faute. C’est pourquoi il peut utiliser les biens de ses
parents pour ses besoins, mais il ne peut les donner. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16593] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 5 qc. 3 co. Ad
tertiam quaestionem dicendum est de servis et ancillis, et etiam de famulis,
quamvis sint liberae conditionis, quod non possunt eleemosynas dare de rebus
dominorum sine eorum consensu, nisi panem et hujusmodi, quae, ut dictum est,
non inferunt sensibile nocumentum ; quia etsi sit dispensator rerum, non
tamen ponitur dispensator quasi potestatem aliquam in re domini habens, sed
quasi tractans eam ad utilitatem domini. De pretio autem sui servitii constat
quod posset eleemosynam dare. |
À propos des serviteurs et des servantes, et
même du personnel domestique, bien qu’ils soient de condition
libre, il faut dire qu’ils ne peuvent faire l’aumône des
biens de leurs maîtres sans leur consentement, sauf pour le pain et les
choses de ce genre, qui, comme on l’a dit, n’entraînent pas
de dommage sensible, car même s’il est l’intendant des biens,
il n’est cependant pas établi comme intendant pour
posséder un pouvoir sur les biens de son maître, mais afin les
administrer pour le bien de son maître. Mais il est clair qu’il
pourrait faire l’aumône à même le salaire de son
service. |
|
[16594] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod non oportet quod praesumamus de quolibet quodlibet
bonum, sed illud ad quod tenetur, quo praetermisso peccat ; quia nullum
debemus credere malum, nisi constet nobis de malitia ejus ; et ideo non
oportet quod famulus credat quod domino placeat, nisi in illa necessitate
pauperis in qua dominus de necessitate tenetur. |
1. Il ne faut pas présumer que tous agiront
toujours bien, sauf pour le bien auquel ils sont tenus, à propos
duquel ils pèchent s’ils l’omettent, car nous ne devons
croire que personne n’est mauvais, à moins d’avoir la
preuve de sa méchanceté. C’est pourquoi il ne faut pas
que le serviteur croie qu’il plaira à son maître, sauf
pour le besoin d’un pauvre envers qui son maître est
nécessairement obligé. |
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[16595] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod suffragia non prosunt mortuis per alios facta, nisi
inquantum meruerunt ut eis prodessent, dum adhuc viverent, ut Augustinus
dicit ; et ideo sunt aliquo modo eorum illae eleemosynae quae pro eis
fiunt. Et similiter oportet quod eleemosynae quae pro viventibus fiunt, si
debeant eis prodesse, debeant esse eorum : quod non potest esse, si eis
displiceat ; et ideo non debet facere eleemosynam pro domino famulus de
rebus domini, nisi constet sibi quod ei placeat. |
2. Les suffrages faits par les autres ne servent aux
morts que dans la mesure où ils ont mérité qu’ils
leur seront utiles, alors qu’ils étaient encore vivants, comme
le dit Augustin. C’est pourquoi les aumônes qui sont faites pour
eux sont en quelque sorte les leurs. De même, il est nécessaire
que les aumônes qui sont faites pour les vivants soient les leurs pour
qu’elles leur soient utiles, ce qui ne peut être le cas si cela
leur déplaît. C’est pourquoi le serviteur ne doit pas
faire l’aumône pour son maître à même les
biens de son maître, à moins qu’il ne soit évident
que cela lui plairait. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[16596] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 5 qc. 4 co. Ad quartam
quaestionem dicendum, quod monachus, si habet dispensationem rerum
monasterii, potest et debet facere eleemosynam de superfluis nomine capituli.
Si autem non habet dispensationem, tunc in monasterio existens non debet dare
sine licentia, nisi in extrema necessitate vel absente abbate aliquid modicum
sub spe ratihabitionis ; extra monasterium vero existens, puta in
studio, potest eleemosynam facere ; quia cum dantur ei expensae,
committitur ei earum dispensatio. |
S’il exerce l’administration des biens du
monastère, le moine peut et doit faire l’aumône du
superflu au nom du chapitre. Mais s’il n’en exerce pas
l’administration, celui qui se trouve dans un monastère ne doit
pas donner sans permission, sauf quelque chose de minime, en cas de
nécessité extrême ou en l’absence de
l’abbé, avec l’espoir que cela sera approuvé. Mais
celui qui se trouve en dehors du monastère, par exemple, dans une
maison d’études, peut faire l’aumône, car, lorsque
des dépenses lui sont accordées, l’administration lui en
est aussi confiée. |
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[16597] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod non est inconveniens bonum perfectum bono
imperfecto repugnare ; non quidem propter contrarietatem ad ipsum, quia
bonum, inquantum est bonum, non est bono contrarium ; sed propter
contrarietatem ad ejus imperfectionem. |
1. Il n’est pas inapproprié qu’un bien
parfait s’oppose à un bien imparfait, non pas parce qu’il
lui est contraire, car un bien, en tant que bien, n’est pas contraire
au bien, mais parce qu’il est contraire à son imperfection. |
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[16598] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 5 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod monachus non est factus ex hoc pejoris
conditionis : quia multo magis est accepta Deo universalis rerum
abdicatio quam particularis distributio, quae fit per eleemosynas. |
2. Le moine n’a pas pour autant une condition pire,
car l’abandon universel des biens est davantage agréable
à Dieu que leur distribution à la pièce, qui est
réalisée par les aumônes. |
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Articulus 6 [16599] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 tit. Utrum
aliquis possit sibi eleemosynam facere |
Article 6 – Peut-on se faire l’aumône ? |
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[16600] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 6 qc. 1 arg. 1 Ad sextum sic proceditur. Videtur quod aliquis non possit sibi eleemosynam
facere. Eleemosyna enim est actus liberalitatis vel justitiae. Sed hae virtutes
propter hoc quod in communione consistunt, non sunt nisi ad alterum, ut de
justitia dicitur in 5 Ethic. Ergo
eleemosyna non potest esse ad seipsum. |
Sous-question 1 – [Peut-on se faire l’aumône ?]1. Il semble qu’on ne puisse pas se faire
l’aumône. En effet, l’aumône est un acte de
libéralité ou de justice. Or, ces vertus, parce qu’elles
consistent dans le partage, ne concernent que l’autre, comme on le dit
de la justice dans Éthique,
V. L’aumône ne peut donc pas concerner celui qui la fait. |
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[16601] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 1 arg. 2 Praeterea, nullus dat nisi quod habet ; nec aliquis recipit
nisi id quod non habet. Sed nullus potest aliquid simul habere et non habere.
Ergo non potest sibi dare eleemosynam. |
2. Personne ne donne que ce qu’il possèede,
et personne ne reçoit que ce qu’il ne possède pas. Or.
personne ne peut posséder et ne pas posséder en même
temps. On ne peut donc se faire l’aumône. |
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[16602] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, homo debet diligere proximum sicut seipsum.
Sed proximum ita debet diligere affectu, quod etiam affectu ei benefaciat.
Ergo et sibi debet benefacere, et eleemosynas dare. |
Cependant, l’homme doit aimer son prochain comme
lui-même. Or, il doit aimer son prochain avec un tel attachement
qu’il lui fasse du bien. Il doit donc se faire du bien et se faire
l’aumône. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Faut-il faire l’aumône aux méchants ?] |
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[16603]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod malis non sit eleemosyna danda,
per id quod dicitur Eccli. 12, 4 : da misericordi, et non suscipias
peccatorem ; et iterum : benefac humili, et non des impio. |
1. Il semble qu’il ne faille pas faire
l’aumône aux méchants, selon ce qui est dit dans
Si 12, 4 : Donne au
miséricordieux et n’accueille pas le pécheur. Et
aussi : Fais du bien à
celui qui est humble et ne donne pas à l’impie. |
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[16604] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 2 arg. 2 Praeterea, proditor domini sui reputaretur qui de rebus a domino
sibi concessis hostes domini sui nutriret. Sed omnis peccator est hostis
domini. Ergo non debet ei eleemosyna de rebus a Deo nobis concessis dari. |
2. Celui qui entretiendrait les ennemis de son
maître avec les biens qui lui ont été confiés est
réputé avoir trahi son maître. Or, tout pécheur
est l’ennemi de son maître. Il ne doit donc pas lui faire
l’aumône des choses que Dieu nous a données. |
|
[16605] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, Matth. 5, 44 : estote filii patris vestri qui in
caelis est, qui solem suum facit oriri super bonos et malos. Sed hoc non
dicitur nisi propter imitationem. Ergo debemus et bonis et malis dare. |
Cependant, Mt 5, 44 dit : Soyez les fils de votre Père qui est dans les cieux, qui fait
lever son soleil sur les bons et sur les méchants. Or, cela
n’est dit qu’en raison de l’imitation. Nous devons donc
donner aux bons et aux méchants. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Faut-il toujours secourir plutôt le meilleur ?] |
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[16606]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod meliori sit magis subveniendum
semper. Quia eleemosyna datur propter Deum, ut ex ipsius definitione patet.
Sed bonus est Deo propinquior quam malus. Ergo meliori semper magis eleemosyna
est danda. |
1. Il semble qu’il faille toujours secourir plutôt le meilleur, car l’aumône est faite à cause de Dieu, comme cela ressort de sa définition. Or, le bon est plus proche de Dieu que le méchant. L’aumône doit donc toujours être faite plutôt au meilleur. |
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[16607] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 3 arg. 2 Praeterea, eleemosyna habet efficaciam ex parte etiam recipientis,
qui obligatur ad orandum pro eleemosynam dante. Sed opus boni est efficax ad
merendum magis. Ergo magis semper debet dari eleemosyna magis bono. |
2. L’aumône a une efficacité du point
de vue de celui qui la reçoit, obligé qu’il est de prier
pour celui qui fait l’aumône. Or, l’acte de celui qui est
bon est efficace pour mériter davantage. L’aumône doit
donc toujours être faite plutôt à celui qui est bon. |
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[16608] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 3 arg. 3 Sed contra,
eleemosyna, cum sit actus misericordiae, miseriam intuetur. Sed malus est magis miser quam bonus. Ergo magis est
eleemosyna malis danda quam bonis. |
3. Puisqu’elle est un acte de miséricorde,
l’aumône portera sur la misère. Or, le méchant est
plus misérable que le bon. L’aumône doit donc être
faite plutôt aux méchants qu’aux bons. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16609] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 6 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
eleemosyna potest dupliciter fieri, ut ex praedictis patet : scilicet
per collationem alicujus rei temporalis, et hoc modo nullus sibi ipsi
eleemosynam facere potest ; vel per exercitium alicujus actus
spiritualis, vel corporalis. Et quia homo ratione diversarum partium in
seipsum agere potest ; sicut anima movet corpus, et una pars animae
aliam, et una pars corporis aliam : ideo talem eleemosynam aliquis
potest facere sibi. Sed ad subveniendum
sibi in corporalibus natura satis inclinat ; et ideo de hoc non oportuit
dari praeceptum, sed solum de subveniendo animae, ad quam non ita multi
inclinantur ; unde dicitur Eccli. 30, 44 : miserere
animae tuae, placens Deo. |
L’aumône peut être faite de deux
manières, comme cela ressort de ce qui a été dit. Par le
fait de donner une chose temporelle : de cette manière, personne
ne peut se faire l’aumône. Ou par l’exercice d’un
acte spirituel ou corporel. Et parce que l’homme, en raison de ses
diverses parties, peut agir sur lui-même, comme l’âme meut
le corps, une partie de l’âme en meut une autre et une partie du
corps en meut une autre, on peut ainsi se faire à soi-même une
telle aumône. Mais la nature incline suffisamment à se subvenir
à soi-même en matière corporelle. C’est pourquoi il
n’était pas nécessaire qu’un commandement soit
donné à ce sujet, mais seulement pour ce qui concerne le soin
de l’âme, auquel beaucoup ne sont pas aussi inclinés.
Aussi est-il dit dans Si 30, 44 : Aie pitié de ton âme en plaisant à Dieu. |
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[16610] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod liberalitas, secundum quod consistit in
dationibus, non potest esse ad seipsum ; sed secundum quod consistit in
sumptionibus, potest esse ad seipsum, sicut et illiberalitas. Sunt enim aliqui
illiberales ad seipsos, qui propter cupiditatem rerum sibi necessaria subtrahunt.
Sed justitia nullo modo potest esse ad seipsum, quia habet rationem aequalitatis,
quae semper ad alterum esse debet. |
1. La libéralité, selon qu’elle
concerne les dons, ne peut s’exercer envers soi-même. Mais, selon
qu’elle concerne la prise [de choses], elle peut s’exercer envers
soi-même, comme son contraire. En effet, certains agissent contre la
libéralité envers eux-mêmes en s’enlevant le
nécessaire en raison de la cupidité envers les choses. Mais la
justice ne peut d’aucune façon s’exercer envers
soi-même, car elle a le caractère d’égalité,
qui doit toujours concerner l’autre. |
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[16611] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 1 ad 2 Ad secundum patet
solutio ex dictis. |
2. La réponse au second argument ressort
clairement de ce qui a été dit. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16612] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 6 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod secundum
Augustinum, sic diligendi sunt homines, ut eorum non diligantur errores. Et
quia exhibitio beneficii dilectioni correspondet, ideo peccatori ad sustentationem
naturae debemus eleemosynam facere, si indigeat, cum praecipiatur nobis
benefacere amicis et inimicis ; sed ad fovendum eorum malitiam non
debemus eis aliquid dare. Vel si constaret
quod de eo quod eis datur, in peccatum abuterentur, non deberet eis dari
aliquid, nisi necessitas extrema exposceret ; et hoc modo intelligenda
est auctoritas inducta. |
Selon Augustin, les hommes doivent être
aimés de telle manière que leurs erreurs ne soient pas
aimées. Et parce que la manifestation d’un bienfait correspond
à l’amour, nous devons faire l’aumône au
pécheur pour secourir sa nature, puisqu’il nous est enjoint de
faire du bien aux amis et aux ennemis. Mais nous ne devons pas leur donner ce
qui entretiendrait leur malice. Ou s’il était clair qu’ils
abuseraient de ce qui leur est donné en vue du péché, on
ne devrait rien leur donner, sauf si une extrême nécessité
l’exigeait. Ainsi s’entend l’autorité invoquée. |
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[16613] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 2 ad 1 Unde patet solutio
ad primum. |
1. La réponse au premier argument est ainsi
claire. |
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[16614] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod peccator etsi sit inimicus Dei quantum ad culpam, non
tamen quantum ad naturam : quia Deus nihil odit eorum quae fecit ;
Sap. 11. |
2. Le pécheur, même s’il est
l’ennemi de Dieu par le péché, ne l’est cependant
pas par sa nature, car Dieu ne hait rien de ce qu’il a fait,
Sg 11. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16615] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 2 a. 6 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod cui magis
benefaciendum sit, ut dicit philosophus 9 Ethic., non est facile determinare
propter multas diversitates boni et necessarii. Tamen hoc est tenendum, quod semper magis reddendum est
debitum quam beneficium impendendum, ut ipse ibidem dicit, nisi ex parte
altera adsit major bonitas vel necessitas ; et ideo parentibus et propinquis
et benefactoribus, et eis a quibus spiritualia accipit, magis debet
eleemosynam facere, si indigeant, et ceteris paribus, melioribus magis, et
magis etiam indigentibus magis ; et sic secundum has tres conditiones
debet gradus in eleemosynis constitui, scilicet secundum honestum et
necessarium et debitum. Assignare autem in singulis quando unum alteri eorum
praeferatur, est impossibile : quia singulares eorum conditiones, quae
attendendae sunt, sunt infinitae, et non cadunt sub arte. De his autem ratio
docet, et prudentiae consilium. |
Comme le dit le Philosophe dans Éthique, IX, il n’est pas facile de
déterminer à qui il faut faire du bien, en raison de la grande
diversité de ce qui est bien et de ce qui est nécessaire.
Cependant, il faut retenir qu’une dette doit toujours être rendue
avant d’accorder un bienfait, comme il le dit lui-même au
même endroit, à moins que, d’un autre côté,
il n’existe une plus grande bonté ou nécessité.
C’est pourquoi on doit plutôt faire l’aumône à
ses parents, à ses proches, à ses bienfaiteurs et à ceux
dont on a reçu des biens spirituels, s’ils sont dans le besoin,
et, toutes choses étant égales, plutôt aux meilleurs et
davantage à ceux qui sont davantage dans le besoin. Ainsi, selon ces
trois conditions, on doit établir un ordre dans les aumônes,
à savoir, selon ce qui est honorable, nécessaire et dû.
Mais il est impossible de déterminer dans tous les cas lequel est préférable
à l’autre, car leurs conditions singulières sont infinies
et ne relèvent pas d’un art. La raison enseigne à leur
sujet, ainsi que le conseil de la prudence. |
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[16616] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis Deo propinquior sit semper melior non
tamen semper debet ei magis dari : quia eleemosynarum largitio ad
necessitatem proximi sublevandam divinitus instituta est ; unde si
indigentia ex parte altera nimis excedat, magis servabitur intentio
instituentis eleemosynam quam si meliori daretur. |
1. Bien que le meilleur soit toujours plus proche de
Dieu, il ne faut pas toujours plutôt donner à lui, car la
distribution d’aumônes a été établie par
Dieu en vue de venir au secours des besoins du prochain. Si donc
l’indigence est trop grande par ailleurs, on respectera davantage
l’intention de celui qui a établi l’aumône,
plutôt que de donner à celui qui est meilleur. |
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[16617] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod principalius consideratur efficacia eleemosynae ex parte
dantis quam ex parte recipientis ; et ideo ex parte dantis debet esse
ordinata datio, quae eleemosynae efficaciam auget. |
2. L’efficacité de l’aumône se
prend davantage du point de vue de celui qui donne que du point de vue de
celui qui reçoit. C’est pourquoi, de la part de celui qui donne,
le don doit être ordonné, par quoi l’efficacité de
l’aumône est augmentée. |
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[16618] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 2 a. 6 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis peccator sit magis miser in spiritualibus, non
tamen in corporalibus ; et ideo non est sibi semper magis providendum
per corporales eleemosynas. |
3. Bien que le pécheur soit plus miséreux
en matière spirituelle, il ne l’est cependant pas en
matière corporelle. C’est pourquoi il ne faut pas toujours lui
venir en aide par des aumônes corporelles. |
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Quaestio 3 |
Question 3 – [Le
jeûne]
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Prooemium |
Prologue
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[16619]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 pr. Deinde
quaeritur de jejunio ; et circa hoc quaeruntur quatuor : 1 quid sit
jejunium ; 2 quis teneatur ad jejunium ; 3 de tempOre
jejunii ; 4 de solventibus ipsum. |
On
s’interroge ensuite sur le jeûne. Quatre questions sont
posées à ce sujet : 1 – Qu’est-ce que le
jeûne ? 2 – Qui est obligé de jeûner ? 3 – Sur
le temps du jeûne. 4 – Sur ceux qui le rompent. |
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Articulus 1 [16620] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 tit. Utrum Isidorus convenienter jejunium
definiat |
Article 1 – Isidore définit-il le jeûne de manière appropriée ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Isidore définit-il le jeûne de
manière appropriée ?]
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[16621] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod Isidorus inconvenienter definiat jejunium,
dicens : jejunium est parsimonia victus, abstinentiaque ciborum. Parsimonia enim a parsi
praeterito hujus verbi parco venit. Est enim parcere, inter alia quae habet
significata, idem quod abstinere. Ergo
idem videtur esse parsimonia victus et abstinentia ciborum ; et sic
alterum superfluit. |
1.
Il semble qu’Isidore définisse le jeûne de manière
inappropriée lorsqu’il dit : « Le jeûne
consiste dans la parcimonie des aliments et dans l’abstention de
nourriture. » En effet, parcimonie vient de parsi, passé du verbe parco
[éviter, user avec réserve]. En effet,
parcere, parmi ses autres
significations, signifie la même chose que s’abstenir. La
parcimonie d’aliments et l’abstinence de nourriture semblent donc
être la même chose. La deuxième expression est donc superflue. |
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[16622] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Matth. 17, super illud : hoc genus Daemoniorum
etc., dicit Hieronymus : jejunium est non solum ab escis, sed a cunctis
illecebris abstinere. Cum ergo Isidorus definiat jejunium tantum per
abstinentiam ab escis, videtur quod incompetens sit assignatio. |
2. À propos de Mt 17 : Ce genre de démons, etc.,
Jérôme dit : « Le jeûne ne consiste pas
seulement à s’abstenir de nourriture, mais de toutes les
séductions. » Puisque Isidore définit le jeûne
seulement par l’abstinence de nourriture, il semble donc que sa
définition soit inexacte. |
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[16623] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, ad observationem jejunii videtur non solum pertinere
abstinere a cibis, sed etiam lugere, et unguento non uti, ut patet Dan. 10,
2 : in diebus illis lugebam ego Daniel trium hebdomadarum diebus.
Sed de
his non fit mentio in praedicta assignatione. Ergo insufficiens est. |
3. Il semble que, non seulement l’abstention de
nourriture, mais aussi les pleurs et le fait de pas faire usage d’huile
parfumée relèvent de l’observance du jeûne, comme
cela ressort de Dn 10, 2 : En
ces jours, moi, Daniel, j’ai pleuré tous les jours pendant trois
semaines. Or, il n’est pas fait mention de cela dans la
définition en question. Elle est donc insuffisante. |
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[16624] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 4 Praeterea, multi servant parsimoniam in victu et abstinentiam in
cibis, qui tamen pluries in die manducant. Sed tales non dicuntur jejunantes.
Ergo definitio praedicta non convertitur cum jejunio. |
4. Beaucoup pratiquent la parcimonie dans les aliments et
l’abstinence de nourriture, qui mangent cependant plusieurs fois par
jour. Or, on ne dit pas que ceux-là jeûnent. La
définition mentionnée n’est donc pas convertible avec
celle du jeûne. |
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[16625] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 1 arg. 5 Praeterea, nullus est jejunus nisi jejunio, sicut nec albus nisi
albedine. Sed aliquis etiam immoderate cibis utens, est quandoque jejunus
antequam comedat. Ergo tali non competit definitio assignata jejunii ;
ergo est incompetens. |
5. Personne n’est à jeun que par le
jeûne, comme personne n’est blanc que par la blancheur. Or,
même quelqu’un qui fait un usage immodéré de la
nourriture est parfois à jeun avant de manger. La définition
donnée pour le jeûne ne lui convient donc pas. Elle est donc
inexacte. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le jeûne est-il l’acte d’une vertu ?] |
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[16626]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod jejunium non sit actus virtutis.
Virtus enim sicut abundanti, ita et diminuto cOrrumpitur. Sed jejunium
importat diminutionem a cibo, in quo conservari potest medium virtutis. Ergo jejunium non
est virtutis actus. |
1. Il semble que le jeûne ne soit pas l’acte d’une vertu. En effet, de même que la vertu est corrompue par l’abondance, de même l’est-elle par la diminution. Or, le jeûne comporte une diminution de nourriture, alors que le milieu de la vertu peut y être respecté. Le jeûne n’est donc pas un acte vertueux. |
|
[16627] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, omnis
virtutis actus est in aliquid operando. Sed jejunium dicit cessationem
ab actu. Ergo non est virtutis actus. |
2. Tout acte vertueux consiste à faire quelque
chose. Or, le jeûne consiste dans la cessation d’un acte. Il
n’est donc pas un acte vertueux. |
|
[16628] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, jejunium consistit non solum in abstinendo a superfluis
cibis, quia hoc est de necessitate virtutis, sed etiam a necessariis. Sed qui
subtrahit necessarium cibum, dat sibi occasionem mortis ; non autem, ut
Hieronymus dicit, differt utrum magno vel parvo tempore te interimas. Ergo
cum nulli liceat seipsum occidere, videtur quod nulli liceat jejunare ;
et sic jejunium non erit actus virtutis. |
3. Le jeûne consiste non seulement à
s’abstenir de la nourriture superflue, car cela est nécessaire
pour la vertu, mais aussi de la nourriture nécessaire. Or, celui qui
supprime la nourriture nécesssaire se donne une occasion de
mort ; comme le dit Jérôme, « cela ne fait pas
de différence que tu te tues sur une longue ou une courte
période ». Puisqu’il n’est permis à
personne de se tuer, il semble donc qu’il ne soit permis à personne
de jeûner. Ainsi, le jeûne ne sera pas un acte vertueux. |
|
[16629] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 arg. 4 Praeterea, sicut
dicit Augustinus in 10 Confess., alimentum sic sumi debet ut famis
medicamentum. Sed magis infirmo minus est medicina subtrahenda. Cum ergo in
primo statu Adam peccasset si cibo abstinuisset donec praeoccuparetur fame,
ut in 2 Lib., dist. 19, quaest. 1, art. 2 ad 3, dictum est, videtur quod
etiam nunc jejunando peccat homo, cum natura humana sit infirmior ; et
sic jejunium non erit virtutis actus. |
4. Comme le dit Augustin dans Confessions, X, « la nourriture doit être prise
comme une remède contre la faim ». Or, c’est au
malade que le remède doit être le moins enlevé. Puisque,
dans son premier état, Adam aurait péché s’il s’était
abstenu de nourriture jusqu’à ce qu’il soit envahi par la
faim, comme on l’a dit dans le livre II, d. 19, q. 1, a. 2, ad 3, il
semble donc que l’homme pèche même en jeûnant,
puisque la nature humaine est plus faible. Ainsi, le jeûne ne sera pas
un acte vertueux. |
|
[16630] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod Hieronymus dicit : jejunium
non est perfecta virtus, sed ceterarum virtutum fundamentum. |
Cependant, [1] Jérôme dit : « Le
jeûne n’est pas une vertu parfaite, mais il est le fondement des
autres vertus. » |
|
[16631] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, Isidorus dicit, jejunium esse abstinentiam,
ut ex definitione praemissa apparet. Sed abstinentia est virtus. Ergo
jejunium est actus virtutis. |
[2] Isidore dit que le jeûne est uune abstinence,
comme cela ressort de la définition donnée plus haut. Or,
l’abstinence est une vertu. Le jeûne est donc un acte vertueux. |
|
Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le jeûne est-il un acte de tempérance ?] |
|
[16632]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod jejunium non sit actus
temperantiae. Quia canon dicit de Consecr., dist. 5 : jejunium
quadragesimale est decima totius anni. Sed dare decimam est actus
justitiae. Ergo et jejunare ; non igitur temperantiae. |
1. Il semble que le jeûne ne soit pas un acte de
tempérance, car le canon dit, dans Sur la consécration, d.
5 : « Le jeûne du
carême est le dixième de toute
l’année. » Or, donner la dîme est un acte
de justice. Donc aussi, jeûner. Il n’est donc pas un acte de
tempérance. |
|
[16633] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, ad
fortitudinem pertinet molestias perferre. Sed hoc accidit in jejunio. Ergo
jejunium est actus fortitudinis ; non ergo temperantiae. |
2. Il relève de la force de supporter les
désagréments. Or, cela arrive dans le jeûne. Le
jeûne est donc un acte de force. Il n’est donc pas un acte de
tempérance. |
|
[16634] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, prudentiae pars est cautela, ut in 3 Lib., dist. 33, qu.
3, art. 1, quaestiunc. 3, dictum est. Sed jejunium ad cautelam peccatorum
carnis inductum est. Ergo est actus prudentiae. |
3. La prévoyance est une partie de la prudence,
comme on l’a dit dans le livre III, d. 33, q. 3, a. 1, qa 3. Or, le
jeûne a été introduit en prévoyance des
péchés de la chair. Il est donc un acte de prudence. |
|
[16635] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, materia
propria temperantiae sunt delectabilia tactus, ut dicitur in 3 Ethic. Sed circa hujusmodi
est jejunium, quia est circa cibos. Ergo jejunium est actus temperantiae. |
Cependant, [1] ce qui est délectable au toucher est la
matière propre de la tempérance, comme on le dit dans Éthique, III. Or, le
jeûne est de cette sorte, car il concerne la nourriture. Le jeûne est
donc un acte de tempérance. |
|
[16636] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, abstinentia est species temperantiae. Sed
jejunium est abstinentia. Ergo est temperantiae actus. |
[2] L’abstinence est une espèce de la
tempérance. Or, le jeûne est une abstinence. Il est donc un acte de
la tempérance. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Le jeûne est-il soumis à un précepte ?] |
|
[16637]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod jejunium non cadat in praecepto.
Nam super illud Psalm. 44 : omnis gloria ejus filiae regis ab intus,
dicit Glossa Augustini, quod gloria Ecclesiae in interioribus virtutibus
consistit, sicut fides, spes, caritas. Sed omne praeceptum Ecclesiae
ad gloriam Ecclesiae ordinatur. Ergo de jejunio exteriori non potest esse
praeceptum. |
1. Il semble que le jeûne ne soit pas soumis
à un précepte, car, à propos de Ps 44 : Toute la gloire de la fille du roi vient
de l’intérieur, une glose d’Augustin dit que
« la gloire de l’Église consiste dans les vertus
intérieures, telles que la foi, l’espérance et la
charité » . Or, tout précepte de
l’Église est ordonné à la gloire de
l’Église. Il ne peut donc pas y avoir de précepte sur le
jeûne extérieur. |
|
[16638] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 4 arg. 2 Praeterea, ea quae sunt supererogationis, ad consilium pertinent, ad
quod nullus obligatur nisi ex voto. Sed jejunium est hujusmodi. Ergo non
obligatur ad ipsum aliquis ex praecepto. |
2. Ce qui s’ajoute relève d’un
conseil, auquel personne n’est tenu, sauf par un vœu. Or, le
jeûne est de cette sorte. On n’y est donc pas obligé en
vertu d’un précepte. |
|
[16639] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 4 arg. 3 Praeterea, quicumque transgreditur praeceptum, peccat mortaliter. Si
ergo jejunium institutum ab Ecclesia cadit sub praecepto, tunc si aliquis
unum diem tantum frangeret Quadragesimae, mortaliter peccaret ; quod
videtur grave dicere. |
3. Quiconque transgresse un précepte pèche
mortellement. Si donc le jeûne institué par
l’Église est soumis à un précepte et si
quelqu’un rompait le jeûne du carême une seule
journée, il pécherait mortellement. Il est grave de dire cela. |
|
[16640] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 4 co. 1 Sed
contra, statutum Ecclesiae obligat per modum praecepti, sicut praeceptum
Dei ; quia dominus discipulis suis dixit, Luc. 10, 16 : qui vos
audit, me audit. Sed ad illud jejunium obligamur ex statuto Ecclesiae. Ergo cadit sub
praecepto. |
Cependant, [1] une décision de l’Église oblige
par mode de précepte, comme un commandement de Dieu, car le Seigneur a
dit à ses disciples, Lc 10, 16 : Qui vous écoute m’écoute. Or, nous sommes
obligés à un tel jeûne en vertu d’une
décision de l’Église. Il est donc soumis à un
précepte. |
|
[16641] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 4 co. 2 Praeterea,
majoris perfectionis est lex nova quam vetus, et magis a carnalibus
desideriis abstrahens. Sed in lege veteri erat jejunium in praecepto. Ergo
multo fortius in lege nova. |
[2] La loi nouvelle est plus parfaite que la loi
ancienne, et elle détache davantage des désirs charnels. Or,
sous la loi ancienne, le jeûne était soumis à un
précepte. À bien plus forte raison donc, dans la loi nouvelle. |
|
Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Le jeûne est-il satisfactoire ?] |
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[16642]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod jejunium non sit satisfactorium.
Quia satisfactio est justitiae actus, ut prius dictum est. Sed jejunium est
actus temperantiae. Ergo non est satisfactorium. |
1. Il semble que le jeûne ne soit pas satisfactoire, car la satisfaction est un acte de justice, comme on l’a dit plus haut. Or, le jeûne est un acte de tempérance. Il n’est donc pas satisfactoire. |
|
[16643] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 arg. 2 Praeterea, illud ad quod ex praecepto astringimur, non est
satisfactorium, sed satisfactionem praecedit, sicut de eleemosyna dictum est.
Sed
quoddam jejunium cadit sub praecepto, ut dictum est. Ergo ad minus illud non
est satisfactorium. |
2. Ce à quoi nous sommes astreints par un
précepte n’est pas satisfactoire, mais précède la
satisfaction, comme on l’a dit de l’aumône. Or, un certain
jeûne est soumis à un précepte, comme on l’a dit.
Au moins celui-là est donc satisfactoire. |
|
[16644] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 arg. 3 Praeterea, satisfactio debet fieri ab eo qui peccavit. Sed anima est
quae peccat ; jejunium autem non est animae, sed corporis. Ergo non est
satisfactorium pro peccato. |
3. La satisfaction doit être accomplie par celui
qui a péché. Or, c’est l’âme qui
pèche, et le jeûne ne relève pas de l’âme
mais du corps. Il n’est donc pas satisfactoire pour le
péché. |
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[16645] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 arg. 4 Praeterea, sicut contingit peccare ex superfluitate cibi, ita ex
subtractione. Sed contra subtractionem cibi non datur, ut satisfactio, cibi
abundantia. Ergo nec contra abundantiam dari debet, ut satisfactorium, cibi
subtractio per jejunium. |
4. De même qu’il arrive qu’on
pèche par la nourriture superflue, de même par la soustaction
[de celle-ci]. Or, contre la soustraction de nourriture, on ne donne pas
comme satisfaction l’abondance de nourriture. Contre l’abondance,
on ne doit donc pas non plus donner comme satisfaction la soustraction de
nourriture par le jeûne. |
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[16646] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 arg. 5 Praeterea, 1
Timoth., 4, 8 : corporalis exercitatio ad modicum utilis est. Sed
jejunium est hujusmodi. Ergo non est satisfactorium pro peccato. |
5. 1 Tm 4, 8 dit : Les exercices corporels sont de peu
d’utilité. Or, le jeûne est de ce genre. Il
n’est donc pas satisfactoire pour le péché. |
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[16647] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 s. c. 1 Sed contra, opera
satisfactoria oportet esse poenalia. Sed jejunium habet magis rationem poenae
quam eleemosyna. Cum ergo eleemosyna sit
satisfactoria, ut ex dictis patet, et jejunium debet esse satisfactorium. |
Cependant, [1] il est nécessaire que les actes
satisfactoires aient le caractère de peines. Or, le jeûne a
davantage le caractère de peine que l’aumône. Puisque
l’aumône est satisfactoire, comme cela ressort de ce qui a
été dit, le jeûne aussi doit donc être satisfactoire. |
|
[16648] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 s. c. 2 Praeterea, satisfacere est peccatorum causas excidere.
Sed jejunio aliquis abscindit peccatorum causas ; quia maxime jejunio
reprimitur caro, quae ad peccata incitat. Ergo et cetera. |
[2] Satisfaire consiste à supprimer les causes des
péchés. Or, par le jeûne, on supprime les causes des
péchés, car la chair qui incite aux péchés est
réprimée par le jeûne au plus haut point. Donc, etc. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16649] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
jejunium dupliciter dicitur ; scilicet jejunium naturae, et jejunium
Ecclesiae. A primo jejunio dicitur aliquis quolibet die jejunus antequam
cibum sumat ; a secundo autem dicitur jejunans, quasi ordinatam ab
Ecclesia propter peccatorum satisfactionem abstinentiam servans. In satisfactionem
autem peccatorum non solum oportet quod ab illis homo abstineat quae lex virtutis
prohibet, sed etiam ab illis quibus salva virtute uti possemus ; quia
qui illicita commisit, oportet etiam a licitis abstinere, ut Augustinus
dicit. Unde jejunium ab Ecclesia institutum supponit abstinentiam illam quae
ad virtutem exigitur, et addit abstinentiam quamdam ab illis quae medium virtutis
non corrumpunt. Et ideo Isidorus haec duo in praedicta definitione jejunii
comprehendit ; scilicet abstinentiam ab illis quae virtutem corrumpunt,
in hoc quod dicit, parsimonia victus ; et ab illis quibus salva
virtute alias uti liceret, in hoc quod dicit, abstinentiaque ciborum. |
On parle de jeûne de deux manières : le
jeûne naturel et le jeûne de l’Église. Par le
premier jeûne, on dit que quelqu’un est à jeun avant de
prendre de la nourriture ; par le second, on dit que jeûne celui
qui observe l’abstinence telle qu’elle est ordonnée par
l’Église comme satisfaction pour les péchés. Or,
pour la satisfaction pour les péchés, il n’est pas
seulement nécessaire que l’on s’abstienne de ce que la loi
de la vertu interdit, mais aussi de ce dont nous pourrions faire usage tout
en sauvegardant la vertu, car « celui qui a commis des choses
défendues doit s’abstenir même de choses
permises », comme le dit Augustin. Le jeûne établi
par l’Église suppose donc l’abstinence qui est
exigée pour la vertu et ajoute une abstinence de ce qui ne corrompt
pas le milieu de la vertu. C’est pourquoi Isidore inclut ces deux
choses dans la définition rappelée : l’abstinence de
ce qui corrompt la vertu, lorsqu’il dit : « la
parcimonie des aliments » ; et [l’abstinence] de ce
dont il serait permis de faire usage en sauvegardant la vertu,
lorsqu’il dit : « et l’abstience de nourriture ». |
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[16650] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo patet
ex dictis solutio. |
1. La réponse au premier argument est
évidente d’après ce qu’on a dit. |
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[16651] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod definitio illa Hieronymi intelligitur de jejunio
spirituali, et non de jejunio corporali. |
2. Cette définition de Jérôme
s’entend du jeûne spirituel, et non du jeûne corporel. |
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[16652] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod jejunium ex suo nomine directe importat abstinentiam
in cibis ; unde illae observationes quae a jejunantibus patribus
observatae leguntur, non sunt de essentia jejunii, sed ad modum jejunandi
pertinent ; et propter hoc non oportet quod in definitione jejunii
mentio de eis fieret. |
3. Par son nom même, le jeûne comporte
l’abstinence en matière de nourriture. Ces observances, dont on
lit que les pères qui jeûnaient les observaient, ne font pas
partie de l’essence du jeûne, mais concernent la manière
de jeûner. Pour cette raison, il n’est pas nécessaire
qu’il en soit fait mention dans la définition du jeûne. |
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[16653] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod intelligenda est in praedicta definitione talis
abstinentia a cibis, alias licitis, qualem Ecclesia jejunantibus
determinat ; et sic objectio cessat. |
4. Par la définition précédente, il
faut entendre l’abstinence de nourriture, qui serait autrement permise,
que l’Église précise pour ceux qui jeûnent. Ainsi
cesse l’objection. |
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[16654] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 1 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod praedicta definitio non datur de jejunio quo aliquis
dicitur jejunus, sed de jejunio Ecclesiae, ut dictum est. |
5. La définition précédente
n’est pas donnée pour le jeûne par lequel on dit
qu’on est à jeun, mais pour le jeûne de
l’Église, comme on l’a dit. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16655] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod, sicut supra
dictum est, omnis actus qui in sua ratione includit aliquid quod ad modum
virtutis pertineat, actus virtutis dici potest, quantum est de se ;
quamvis possit et bene et male fieri ob hoc quod forte non includit in sui
ratione omne illud quod ad virtutem exigitur. Quia autem virtus infirmitati
naturae subvenit, quae ad malum de facili inclinatur ; ideo omnium
virtutum circa delectationes corporales existentium, ex quarum
superabundantia praecipue peccatum contingit propter connaturalitatem nostri
ad eas, modus est in retrahendo ab eis, sicut patet in temperantia, et in
omnibus partibus ei assignatis. Quia ergo
nomine jejunii actus nobis quidam exprimitur quo quis a delectationibus
tactus, scilicet cibis, se abstrahit, constat quod in ratione sua modum
virtutis importat ; et ideo actus virtutis dici debet. |
Comme on l’a dit plus haut, tout acte qui comporte
dans sa raison quelque chose qui se rapporte au mode de la vertu, peut
être appelé un acte vertueux, pour ce qui le concerne en
lui-même, bien qu’on puisse bien ou mal agir du fait qu’il
n’inclut pas dans sa raison tout ce qui est exigé pour la vertu.
Puisque la vertu vient au secours de la faiblesse de la nature, qui est
facilement inclinée au mal, le mode de toutes les vertus portant sur
les plaisirs corporels, dont l’abondance est la source principale de
péchés en raison de la connaturalité que nous avons avec
eux, consiste à s’en éloigner, comme cela est clair pour
la tempérance et pour les parties qui lui sont attribuées.
Parce que, par le nom de jeûne, un acte nous est précisé
par lequel nous nous abstenons des plaisirs du toucher, à savoir, de la
nourriture, il est clair qu’il comporte dans sa raison le mode de la
vertu et qu’on doit donc l’appeler un acte vertueux. |
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[16656] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod medium virtutis non est medium secundum
aequidistantiam ab extremis, sed accipitur secundum rationem rectam ; et
ideo contingit id quod est parum uni, esse satis alteri ; sicut quod est
parum sano in cibis, esse satis infirmo qui per abstinentiam curari debet.
Curatio autem spiritualis morbi affinior est virtuti quam curatio morbi
corporalis ; unde et illud quod alias esset modicum, vel minus debito,
tamen volenti vulnus peccati curare, satis est ; et sic jejunium medium
virtutis non corrumpit. Tamen sciendum, quod medium virtutis non consistit in
indivisibili, sed habet aliquam latitudinem in qua virtus salvatur, quamvis
termini illius latitudinis, quos praetergredi salva virtute non licet, non
possunt sermone determinari ; et ideo qui dimittit aliquid quo licite
posset uti, non oportet quod statim a medio virtutis discedat. |
1. Le milieu de la vertu n’est pas un milieu selon
une distance égale par rapport aux extrêmes, mais il est
conçu selon la raison droite. C’est pourquoi il arrive que ce
qui est peu pour l’un est suffisant pour un autre. Ainsi, ce qui est
peu comme nourriture pour celui qui est en santé, est suffisant pour
le malade qui doit être guéri par l’abstinence. Or, le
traitement de la maladie spirituelle a plus d’affinité avec la
vertu que le traitement de la maladie corporelle. Aussi ce qui serait autrement
peu de chose ou moins que ce qui est dû est cependant suffisant pour
celui qui veut traiter la blessure du péché. De cette
manière, le jeûne ne corrompt pas le milieu de la vertu.
Toutefois, il faut savoir que le milieu de la vertu ne consiste pas en
quelque chose d’indivisible, mais possède une certaine amplitude
à l’intérieur de laquelle la vertu est
sauvegardée, bien que les termes de cette amplitude, qu’il
n’est pas permis de dépasser en sauvegardant la vertu, ne
puissent être déterminés par la parole. C’est
pourquoi il n’est pas nécessaire que s’éloigne
immédiatement de la vertu celui qui écarte ce dont il lui
serait permis de faire usage. |
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[16657] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod jejunium a quo quis jejunus dicitur, non nominat
aliquem actum, sed privationem praecedentis cibi ; et ideo secundum
ipsum non dicitur aliquis jejunare. Sed jejunium Ecclesiae nominat actum
quemdam, secundum quem in cibis sumendis se regulat aliquis secundum
Ecclesiae statutum ; et secundum hoc jejunium dicitur aliquis
jejunare ; et ideo hoc jejunium potest esse actus virtutis. |
2. Le jeûne par lequel on dit que quelqu’un
est à jeun ne désigne pas un acte, mais la privation
d’une nourriture antérieure ; c’est pourquoi on ne
dit pas que quelqu’un jeûne selon ce jeûne. Mais le
jeûne de l’Église désigne un acte, selon lequel on
se conforme à la décision de l’Église en
matière de nourriture ; c’est de cette manière
qu’on dit de quelqu’un qu’il jeûne. C’est
pourquoi ce jeûne peut être un acte vertueux. |
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[16658] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod necessarium dupliciter accipitur in cibis. Primo ad conservationem
vitae ; et tale necessarium non licet subtrahere per jejunium, sicut nec
interimere seipsum. Sed hoc necessarium est valde modicum, quia modicis
natura contenta est. Alio modo dicitur necessarium ad conservandam
valetudinem corporis : quae quidem accipitur in duplici statu. Primo
secundum sufficientiam habito respectu ad ea quae incumbunt ex officio, vel
ex societate eorum ad quos convivit, necessario agenda ; et tale etiam
necessarium subtrahi non debet ; hoc enim esset de rapina jejunii
offerre, si aliquis propter jejunium impediretur ab aliis operibus ad quae
alias obligatur. Unde Hieronymus
dicit : de rapina holocaustum offert qui vel ciborum nimia egestate,
vel manducandi vel somni penuria immoderate corpus affligit. Si etiam sit
tanta abstinentia quod homo ab operibus utilioribus impediatur, quamvis ad ea
de necessitate non teneatur, indiscretum est jejunium, etsi non sit illicitum.
Unde Hieronymus dicit ubi supra : rationalis homo dignitatem amittit,
qui jejunium caritati, vel vigilias sensus integritati praefert. Secundo
accipitur valetudo corporis secundum optimam corporis dispositionem ; et
quia caro in suo robore consistens, difficilius spiritui subditur, ideo
necessarium ad valetudinem sic acceptam etsi licite accipi possit, tamen
laudabiliter subtrahi potest ; et talis subtractio non multum mortem
accelerat, cum corpus humanum inveniatur frequentius ex superfluitate quam ex
defectu mortales aegritudines incurrere ; unde etiam Galenus dicit quod
summa medicina est abstinentia. Inveniuntur etiam ad sensum, abstinentes ut
frequenter diutius vivere ; et ideo praedicta subtractio non potest dici
mortis occasio, cum se habeat ad utrumque, scilicet ad prolongandum et
breviandum vitam. Subtractio autem ejus quod non est necessarium, nec hoc nec illo modo
est de necessitate virtutis temperantiae. |
3. En matière de nourriture, on parle de
nécessaire de deux manières. Premièrement, pour la
conservation de la vie ; il n’est pas permis de soustraire un tel
nécessaire par le jeûne, pas davantage que de se tuer. Mais ce
nécessaire est très peu de chose, car la nature se contente de
peu. D’une autre manière, on parle de nécessaire pour la
conservation de la santé du corps, qui est envisagée selon un
double état. Premièrement, selon ce qui suffit en regard de ce
qui incombe à sa fonction ou de ce qu’il faut faire pour les rapports
avec ceux avec qui l’on vit. Un tel nécessaire ne doit pas non
plus être soustrait : en effet, ce serait là offrir un
jeûne volé si, en raison du jeûne, on était
empêché de faire d’autres actes auxquels on est
obligé. Aussi Jérôme dit-il :
« Celui-là offre un holocauste volé qui, soit par
manque de nourriture, soit faute de se nourrir ou de dormir, accable son
corps de manière immodérée. » De plus, si
l’abstinence est si grande que l’on est empêché de
poser des actes plus utiles, bien qu’on n’y soit pas tenu, le
jeûne manque de prudence, même s’il n’est pas
défendu. Aussi Jérôme dit à l’endroit
indiqué plus haut : « L’homme raisonnable qui
préfère le jeûne à la charité ou les
veilles à l’intégrité de ses sens perd sa
dignité. » Deuxièmement, la santé du corps
est envisagée selon la meilleure disposition du corps. Parce que la
chair en pleine vigueur est plus difficilement soumise à
l’esprit, ce qui est nécessaire à la santé,
même s’il peut être pris légitimement, peut
cependant être soustrait de manière louable. Une telle
soustraction ne rapproche pas beaucoup de la mort, puisqu’on constate
que le corps humain encourt plus fréquemment des maladies mortelles
par excès plutôt que par manque [de nourriture]. Galien
lui-même dit ainsi que le meilleur remède est
l’abstinence. On constate aussi sensiblement que les abstinents vivent
souvent plus longtemps. C’est pourquoi la soustraction dont il a
été question ne peut être appelée une occasion de
mort, puisqu’elle va dans les deux sens : la prolongation et
l’abrègement de la vie. Mais la soustraction de ce qui
n’est pas nécessaire ne relève nécessairement de
la vertu de tempérance d’aucune des deux manières. |
|
[16659] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quamvis homo post statum peccati magis infirmetur
quantum ad passibilitatem corporis, ex qua fames causatur, cui per alimentum
subvenitur ; tamen ex altera parte est gravior infirmitas et
periculosior cui jejunium subvenit ; scilicet concupiscentiae morbus,
qui in statu innocentiae non erat ; et ideo ad hunc morbum extirpandum
magis intendere oportet, sicut etiam medici periculosiori morbo sollicitius
subveniunt. |
4. Bien que l’homme, après
l’état de péché, soit davantage affaibli pour ce
qui est de son corps passible, d’où vient la faim à
laquelle répond la nourriture, il existe cependant une faiblesse plus
grave et plus dangereuse à laquelle répond le jeûne,
à savoir, la maladie de la concupiscence, qui n’existait pas
dans l’état d’innocence. C’est pourquoi il faut
porter une plus grande attention à l’extirpation de cette
maladie, de la même façon que les médecins
s’occupent avec plus de soin d’une maladie plus dangereuse. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16660] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod quamvis
aliquis actus a pluribus virtutibus possit procedere, sicut ab imperantibus
ipsum vel dirigentibus ad eum, vel quocumque modo ad ipsum juvantibus ;
tamen illius virtutis proprie actus dicitur quae elicit ipsum, a qua scilicet
procedit formaliter quasi in similitudinem speciei, sicut calefactio a
calore. Sed tam virtutes quam actus virtutum penes objecta distinguuntur ;
et ideo actus ab illa virtute elicitur quae secum convenit in propria ratione
objecti. Et quia jejunium in objecto cum temperantia convenit quantum ad
illam temperantiae partem quae abstinentia dicitur ; ideo ejus actus proprie
jejunium est, quamvis ab aliis virtutibus procedere per dictos modos etiam
possit. |
Bien qu’un acte puisse venir de plusieurs vertus,
comme lorsqu’elles le commandent ou le dirigent, ou qu’elles l’aident
de quelque façon, on dit cependant qu’il est l’acte de la
vertu qui l’émet, dont il procède par sa forme pour ainsi
dire selon une similitude spécifique, comme l’action de chauffer
[procède] de la chaleur. Or, les vertus comme les actes des vertus se
distinguent par leurs objets. C’est pourquoi un acte est émis
par la vertu qui a en commun avec lui sa propre raison d’objet. Et
parce que le jeûne a un objet commun avec la tempérance pour
cette partie de la tempérance qu’on appelle abstinence, son acte
propre est le jeûne, bien qu’il puisse aussi procéder
d’autres vertus selon les manières indiquées. |
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[16661] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod actus justitiae est reddere debitum. Non autem est debitum facere decimam de tempore, sed de
rebus possessis aliquo modo. Dicitur autem jejunium decima totius anni per
quamdam adaptationem ; et ideo non oportet quod sit actus justitiae. |
1. L’acte de la justice consiste à rendre ce
qui est dû. Or, donner le dixième de son temps n’est pas
une dette, mais [donner] de ce qu’on possède d’une
certaine façon. Mais le jeûne est appelé dîme de
toute l’année par une certaine adaptation. C’est pourquoi
il n’est pas nécessaire qu’il soit un acte de justice. |
|
[16662] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod fortitudinis est perferre molestias ab exteriori
illatas : hoc autem non est in jejunio. |
2. Il relève de la force de supporter les
désagréments venus de l’extérieur. Mais tel
n’est pas le cas pour le jeûne. |
|
[16663] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod in omnibus virtutibus moralibus actus dirigitur prudentia, ut in 3 Lib.,
dist. 38, quaest. 2, art. 5, dictum est ; et sic actus aliarum virtutum
sunt etiam prudentiae. |
3. Dans toutes les vertus morales, l’acte est
dirigé par la prudence, comme on l’a dit dans le livre III, d.
38, q. 2, a. 5. Ainsi, les actes des autres vertus sont aussi des actes de prudence. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[16664] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 1 qc. 4 co. Ad
quartam quaestionem dicendum, quod duplex est praeceptum, scilicet juris
naturalis et juris positivi. Praecepto juris naturalis prohibentur ea quae
sunt secundum se mala ; sed praeceptis juris positivi prohibentur ea
quae possunt esse occasiones malorum ; vel praecipiuntur aliqua
ordinantia ad virtutem, quam legis positor inducere intendit ; et
propter hoc, jus positivum, ut dicit Tullius, est a naturali derivatum ;
unde ad legem positivam pertinet, ut dicit philosophus in 10 Ethic., ordinare
nutritiones juvenum et adinventiones virorum, idest opera et studia, ut
arceantur a malis, et perducantur ad bona. In jejunio ergo est aliquid quod
ad praeceptum juris naturalis pertinet, scilicet tantam abstinentiam carni
adhibere ne spiritui rebellet. Temperantia enim, ut dicit philosophus in 3
Ethic., mensuram accipit ex conservatione salutis corporalis ; unde
multo magis ex conservatione salutis spiritualis. Medium autem temperantiae
non excedere, ad jus naturale pertinet ; sed determinatio talis
abstinentiae secundum determinatum tempus et determinata cibaria, ad jus
positivum pertinet, quod moderatur hominum actus ; et hoc modo jejunium
sub praecepto Ecclesiae cadit. |
Il existe un double précepte : celui du droit
naturel et celui du droit positif. Par le précepte du droit naturel,
est interdit ce qui est mal en soi ; mais, par les préceptes du
droit positif, est interdit ce qui peut être occasion de maux, ou sont
ordonnées certaines choses qui orientent vers la vertu que le
législateur a en vue. Pour cette raison, comme le dit Tullius
[Cicéron], le droit positif est dérivé du droit naturel.
Comme le dit le Philosophe dans Éthique,
X, il appartient donc à la loi positive d’ordonner
l’éducation des jeunes et les entreprises des hommes adultes,
à savoir, leurs actes et leurs entreprises, de telle sorte
qu’ils évitent ce qui est mal et soient conduits à ce qui
est bien. Dans le jeûne, il y a donc quelque chose qui relève
d’un précepte de la loi naturelle, à savoir, imposer une
telle abstinence à la chair qu’elle ne se rebelle pas contre
l’esprit. En effet, comme le dit le Philosophe dans Éthique, III, la
tempérance reçoit sa mesure de la conservation de la
santé du corps ; à bien plus forte raison, donc, de la
conservation de la santé spirituelle. Or, il relève du droit
naturel de ne pas dépasser le milieu de la tempérance ;
mais la détermination de telle abstinence selon un moment
déterminé et une nourriture déterminée relève
du droit positif, qui fixe la mesure des actes des hommes. C’est de
cette manière que le jeûne est soumis à un
précepte de l’Église. |
|
[16665] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod decor Ecclesiae principaliter in interioribus consistit ;
sed etiam exteriores actus ad eumdem decorem pertinent, inquantum ab
interiori progrediuntur, et inquantum interiorem decorem conservant ; et
sic jejunium ad decorem Ecclesiae ordinatur. |
1. La beauté de l’Église consiste
principalement dans les réalités intérieures. Mais les
actes extérieurs ont aussi un rapport avec la même beauté
pour autant qu’ils viennent d’un acte intérieur et
qu’ils préservent la beauté intérieure. Le
jeûne est ainsi ordonné à la beauté de
l’Église. |
|
[16666] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod duplex est genus supererogationis. Quoddam quod
totaliter excedit necessitatem salutis ; et hoc non potest cadere sub
praecepto, sed sub consilio ; 1 Corinth. 7, 25 : de virginibus
autem praeceptum domini non habeo, consilium autem do. Aliud genus
supererogationis est quod aliquo modo ad necessitatem salutis pertinet,
quamvis non secundum hunc vel illum modum, sicut de jejunio ex dictis patet,
et ideo determinatio modi in talibus potest cadere sub praecepto Ecclesiae
vel cujuscumque legislatoris. |
2. Il existe un double genre de facultatif. L’un
dépasse totalement ce qui est nécessaire au salut. Celui-ci ne
peut pas être soumis à un précepte, mais à un
conseil. 1 Co 7, 25 : À
propos des vierges, je n’ai pas de commandement du Seigneur, mais je
donne un conseil. L’autre genre de facultatif est celui qui a un
certain rapport avec ce qui est nécessaire au salut, bien que non
selon tel ou tel mode, comme cela ressort de ce qui a été dit
pour le jeûne. Ainsi, la détermination du mode dans de telles
choses peut être soumise à un précepte de
l’Église ou de n’importe quel législateur. |
|
[16667] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod praecepta juris positivi magis obligant ex intentione
legislatoris quam ex ipsis verbis ; et ideo transgressor talis praecepti
magis est reputandus qui obviat intentioni legislatoris quam qui deviat in
aliquo a legis ordinatione. Intentioni autem legislatoris obviat qui ex
contemptu vel sine aliqua rationabili causa ordinationem non servat. Si autem
in aliquo casu non servat in quo probabiliter credi potest, si legislator
adesset, eum obligare non velle, talis non est reputandus praecepti
transgressor. Et ideo non est necessarium quod quicumque aliquem diem ab
Ecclesia institutum jejunare omittit, mortaliter peccet : potest enim
hoc aliquando omnino sine peccato contingere, aliquando sine mortali cum
veniali, aliquando etiam cum mortali ; et hoc secundum diversas
occasiones quibus homo inducitur ad jejunium frangendum. |
3. Le caractère obligatoire des préceptes
du droit positif vient davantage de l’intention du législateur
que des paroles elles-mêmes. C’est pourquoi doit être
considéré comme transgresseur d’un tel précepte
celui qui s’oppose à l’intention du législateur
plutôt que celui qui s’écarte sur quelque point de la
disposition de la loi. Or, s’oppose à l’intention de la
loi celui qui, par mépris ou sans cause raisonnable, ne respecte pas
cette disposition. Mais s’il ne la respecte pas dans un cas dont on
peut raisonnablement penser que, si le législateur était
présent, il ne voudrait pas l’obliger, celui-là ne doit
pas être considéré comme transgresseur du
précepte. C’est pourquoi il n’est pas nécessaire
que pèche mortellement quiconque omet de jeûner un jour
établi par l’Église : en effet, cela peut se
produire parfois sans aucun péché, parfois sans
péché mortel mais avec un péché véniel,
parfois aussi avec un péché mortel, et cela, selon les diverses
occasions par lesquelles on est amené à rompre le jeûne. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[16668] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 1 qc. 5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod jejunium actus
satisfactorius est : quia et pro libidine peccati praeteriti subtractionem
delectationis recompensat, afflictionem etiam addens ; et futura peccata
impedit, concupiscentiam debilitans. |
Le jeûne est un acte satisfactoire, car il compense
pour le désir désordonné d’un péché
passé par la soustraction d’un plaisir, et il empêche des
péchés futurs en affaiblissant la concupiscence. |
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[16669] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod jejunium quamvis elicitive sit actus temperantiae, tamen a
justitia imperari potest, et sic erit satisfactorium ; sicut etiam
adulterium intemperantiam admixtam injustitiae habet. |
1. Bien que le jeûne soit issu de la
tempérance, il peut cependant être ordonné par la
justice, et il sera ainsi satisfactoire, de même que
l’adultère comporte un mélange
d’intempérance et d’injustice. |
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[16670] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod praeceptum legis naturae non est nisi de eo quod est
necessarium ad salutem ; et ideo quod sub tali praecepto cadit, non est
satisfactorium, sed ad satisfactionem exigitur ; et sic est de
eleemosyna, secundum quod cadit sub praecepto. Sed praeceptum Ecclesiae potest
ad idem ordinari ad quod ordinatur satisfactio ; et ideo jejunium quod
sub praecepto Ecclesiae cadit, satisfactorium esse potest. |
2. Le précepte de la loi naturelle ne porte que
sur ce qui est nécessaire au salut. Aussi ce qui est soumis à
un tel précepte n’est-il pas satisfactoire, mais est-il requis
pour la satisfaction. Ainsi en est-il de l’aumône, selon
qu’elle est soumise à un précepte. Mais le
précepte de l’Église peut être ordonné
à la même chose que la satisfaction. C’est pourquoi le
jeûne qui est soumis à un précepte de
l’Église peut être satisfactoire. |
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[16671] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod neque corpus peccat neque anima, proprie loquendo, sed
homo ; et ideo ipse qui peccat, punitur, sive sit poena corporalis, sive
spiritualis. Tamen etiam poena corporalis in animam redundat, quae ipsam sentit,
sicut et per corpus delectatione illicita fruebatur in peccato. |
3. À proprement parler, ni le corps ni
l’âme ne pèchent, mais l’homme. C’est pourquoi
celui qui pèche est puni, qu’il s’agisse d’une peine
corporelle ou d’une peine spirituelle. Cependant, même la peine
corporelle retombe sur l’âme qui la ressent, de même que,
dans le péché, elle jouissait d’un plaisir défendu
par l’intermédiaire du corps. |
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[16672] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod superabundantia cibi non habet poenam, et est
inordinata ; et ideo non potest esse satisfactoria, sicut jejunium. |
4. La surabondance de nourriture ne comporte pas de peine
et est désordonnée. C’est pourquoi elle ne peut
être satisfactoire comme le jeûne. |
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[16673] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 1 qc. 5 ad 5 Ad quintum dicendum,
quod intelligitur ad modicum valere corporalis exercitatio in comparatione ad
pietatem : vel quia ad unum tantum valet, scilicet ad concupiscentiam domandam. |
5. On comprend que les exercices corporels ont peu de
valeur par comparaison avec la piété. Ou bien, parce
qu’ils n’ont de valeur que pour une seule chose : dompter la
concupiscence. |
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Articulus 2 [16674] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 tit. Utrum ad jejunium ab Ecclesia
institutum omnes teneantur absque dispensatione |
Article 2 – Tous sont-ils tenus sans dispense au jeûne établi par l’Église ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Tous sont-ils tenus sans dispense au jeûne
établi par l’Église ?]
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[16675] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur.
Videtur quod ad jejunium ab Ecclesia institutum omnes teneantur absque
dispensatione. Praecepta enim Ecclesiae obligant sicut praecepta Dei ;
unde apostolis dicitur Luc. 10, 16 : qui vos audit, me audit. Sed
ad praecepta Dei omnes tenentur absque dispensatione. Ergo et ad praecepta
Ecclesiae. |
1. Il semble que tous soient tenus sans dispense au jeûne établi par l’Église. En effet, les commandements de l’Église obligent comme les commandements de Dieu. Aussi est-il dit aux apôtres en Lc 10, 16 : Qui vous écoute m’écoute. Or, tous sont obligés par les commandements de Dieu sans dispense. Il en est donc de même pour les commandements de l’Église. |
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[16676] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, illud quod utiliter statutum est, non potest sine
nocumento relaxari. Sed non sine utilitate statutum est Ecclesiae jejunium.
Ergo non potest per dispensationem sine nocumento relaxari. |
2. Ce qui a été établi de
manière utile ne peut être assoupli sans préjudice. Or,
le jeûne a été établi par l’Église
non sans utilité. Il ne peut donc pas être assoupli sans
préjudice par une dispense. |
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[16677] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, secundum Bernardum in Lib. de dispensatione et praecepto,
in praecepto superioris non potest inferior dispensare. Sed quaelibet
singularis persona est inferior quam Ecclesia, quae jejunium sub praecepto
statuit, nisi forte ille qui est caput totius Ecclesiae, vel loco capitis,
scilicet Papa. Ergo nullus alius potest in jejunio dispensare nisi Papa. |
3. Selon Bernard, dans son livre Sur la dispense et le commandement, un inférieur ne peut
pas se dispenser de l’ordre d’un supérieur. Or, toute
personne particulière est inférieure à
l’Église (sauf peut-être celui qui est la tête de
toute l’Église ou qui occupe la place de la tête, le
pape), qui a fait du jeûne un commandement. Personne d’autre que
le pape ne peut donc dispenser du jeûne. |
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[16678] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, Innocentius III in quadam decretali,
loquens de materia ista, dicit, quod non subjacet legi necessitas. Ergo necessitate
imminente potest aliquis sine peccato jejunium ab Ecclesia institutum
praetermittere per dispensationem. |
Cependant, [1] dans une décrétale, Innocent III,
parlant de cette question, dit que la nécessité n’est pas
soumise à la loi. Pour une nécessité imminente, on peut
donc omettre par dispense le jeûne établi par
l’Église. |
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[16679] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, praecepta
legis naturalis non possunt per aliquod statutum immutari. Sed praeceptum legis
naturalis est ut homo ad necessitatem cibum sumat. Ergo si necessitas exposceret, posset jejunii
abstinentiam non servare. |
[2] Les commandements de la loi naturelle ne peuvent
être changés par une décision. Or, un commandement de la
loi naturelle veut qu’un homme prenne de la nourriture en cas de
nécessité. Si la nécessité l’exige, il
pourrait donc ne pas observer l’abstinence du jeûne. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les justes sont-ils obligés au jeûne de l’Église ?] |
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[16680]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod justi non teneantur ad jejunium
Ecclesiae, 2 Corinth. 3, 17 : ubi spiritus domini, ibi libertas.
Sed justi spiritu Dei sunt imbuti. Ergo liberi sunt ab onere statutorum
Ecclesiae ; et sic non obligantur ad jejunium ab Ecclesia institutum. |
1. Il semble que les justes ne soient pas obligés
au jeûne de l’Église. 2 Co 3, 17 : Là où est l’Esprit du
Seigneur, là est la liberté. Or, les justes sont
imprégnés de l’Esprit de Dieu. Ils sont donc
libérés du poids des décisions de l’Église.
Ainsi, ils ne sont pas obligés au jeûne établi par
l’Église. |
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[16681] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, Matth. 9, 15, dominus dicit : non possunt filii,
quamdiu cum eis est sponsus, lugere. Jejunium autem ad luctum pertinet.
Sed cum justis sponsus Ecclesiae Christus spiritualiter est ; Eph. 3,
17 : habitare Christum per fidem in cordibus vestris. Ergo cum spiritualis
praesentia corporali praeemineat, videtur quod non teneantur ad jejunium. |
2. En Mt 9, 15, le Seigneur dit : Les fils ne peuvent pas être en
deuil aussi longtemps que l’époux est avec eux. Or, le
jeûne a un rapport avec le deuil. Or, l’époux de
l’Église, le Christ, est spirituellement avec les justes,
Ep 3, 17 : Que le Christ
habite dans vos cœurs par la foi ! Puisque la présence
spirituelle l’emporte sur la présence corporelle, il semble donc
qu’ils ne soient pas tenus au jeûne. |
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[16682] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, nullus tenetur satisfacere qui non peccavit. Sed jejunium
est quaedam satisfactionis pars. Ergo si sunt aliqui justi qui nunquam
peccaverunt, videtur quod tales ad jejunium non tenentur. |
3. Personne qui n’a pas péché
n’est obligé de satisfaire. Or, le jeûne est une partie de
la satisfaction. S’il existe des justes qui n’ont jamais
péché, il semble donc qu’ils ne soient pas tenus de
jeûner. |
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[16683] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, apostolus perfecte justus fuit. Sed ipse
corpus suum castigavit per jejunia et alia corporalia exercitia, ut dicitur 1
Corinth. 9, 27 : ne forte reprobus efficiar. Ergo et alii justi
debent jejunare. |
Cependant, [1] l’Apôtre a été parfaitement
juste. Or, lui-même a châtié son corps par les
jeûnes et les autres exercices corporels, comme il est dit en
1 Co 9, 27 : De
sorte que je ne sois pas rejeté. Les autres justes aussi doivent
donc jeûner. |
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[16684] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, justitia hominis ordinem Ecclesiae non
subvertit, sed perficit. Sed quamdiu manet ordo, manet obedientia inferioris
ad superiorem praecepta : quia hoc eis est debitum. Ergo per justitiam
homo non absolvitur quin teneatur jejunare, et alia praecepta Ecclesiae Dei
debeat servare. |
[2] La justice de l’homme ne bouleverse pas
l’ordre de l’Église, mais le perfectionne. Or, aussi
longtemps que l’ordre demeure, demeure l’obéissance de
l’inférieur aux commandements du supérieur, car cela est
dû à celui-ci. Par la justice, un homme n’est donc pas
délié de l’obligation de jeûner et d’observer
les autres commandements de l’Église de Dieu. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les enfants sont-ils obligés de jeûner ?] |
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[16685]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam pueri teneantur ad
jejunium. Joel. 2, 15, dicitur : sanctificate jejunium ; et
postea sequitur : congregate parvulos, et sugentes ubera. Ergo
parvuli ad jejunium tenentur. |
1. Il semble que même les enfants soient tenus de
jeûner. Il est dit en Jl 2, 15 : Sanctifiez le jeûne ! Et ensuite : Rassemblez les enfants, même ceux
qui sont à la mamelle. Les enfants sont donc obligés de
jeûner. |
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[16686]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, magis propinquus est praecepto puer quam
bestia. Sed Jonae 2, 7, dicitur : homines et jumenta (...) non
gustent quidquam, nec aquam bibant. Ergo multo magis pueri ad jejunium tenentur. |
2. L’enfant est plus proche du commandement que les
bêtes sans raison. Or, il est dit dans Jon 2, 7 : Que ni les hommes ni les
bêtes… ne goûtent quoi que ce soit et ne boivent pas
d’eau ! À bien plus forte raison, les enfants sont-ils
donc obligés au jeûne. |
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[16687] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3
a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea,
pueri plus possunt jejunare quam (ut videtur) provecti, quia habent plus de
humido. Sed qui plus habet, magis tenetur. Ergo pueri magis tenentur ad
jejunium quam provecti. |
3. Les enfants peuvent davantage jeûner que ceux
qui sont avancés [en âge], semble-t-il, car ils ont plus
d’humidité. Or, celui qui possède davantage est
obligé à davantage. Les enfants sont donc davantage
obligés au jeûne que ceux qui sont avancés en âge. |
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[16688] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra,
praeceptum Ecclesiae necessitatem cibi subtrahere non debet. Sed pueri
indigent frequenti cibo : quia non possunt semel tantum sine laesione
alimentum accipere quod eis ad totam diem sufficiat, propter debilitatem
naturae. Ergo ad jejunium non tenentur. |
Cependant, [1] le commandement de l’Église ne doit pas
soustraire la nourriture nécessaire. Or, les enfants ont besoin de
manger souvent, car ils ne peuvent, en raison de la faiblesse de leur nature,
prendre en une seule fois sans se faire de tort la nourriture qui leur
suffirait pour toute la journée. Ils ne sont donc pas
obligés de jeûner. |
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[16689] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, jejunium est ordinatum ad satisfaciendum, et
concupiscentiam comprimendum. Sed satisfactio pro peccatis praeteritis non
competit pueris ; quia innocenti vita degunt, et a puritate pueri
dicuntur ; similiter nec est in eis concupiscentia impugnans, etsi
habitus eis insit, ut Augustinus dicit. Ergo non tenentur ad jejunium. |
[2] Le jeûne est ordonné à la
satisfaction et à la répression de la concupiscence. Satisfaire
pour les péchés passés ne revient pas aux enfants, car
ils mènent une vie innocente, et pueri
[enfants] vient de puritas [pureté] ;
de même, il n’existe pas chez eux une concupiscence combative,
même si l’habitus existe en eux, comme le dit Augustin. Ils ne sont donc pas
obligés de jeûner. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Les gens en déplacement et en santé sont-ils excusés du jeûne pour cause de pèlerinage ?] |
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[16690]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod provecti et sani non excusentur
a jejunio propter peregrinationem. Est enim dimittendum illud quod non est
necessitatis, ut servetur id quod est necessitatis. Sed peregrinatio non est
necessitatis. Cum ergo jejunium ab Ecclesia institutum sit necessitatis, quia
cadit sub praecepto ; videtur quod non debeat propter peregrinationem
aut iter, jejunium intermitti. |
1. Il semble que les gens en déplacement et en santé ne soient pas exemptés du jeûne pour cause de pèlerinage. En effet, il faut écarter ce qui n’est pas nécessaire, afin de garder ce qui est nécessaire. Or, un pèlerinage n’est pas nécessaire. Puisque le jeûne établi par l’Église est nécessaire, car il est soumis à un commandement, il semble donc qu’on ne doive pas reporter le jeûne pour cause de pèlerinage ou de voyage. |
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[16691] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea, videtur quod nec ratione paupertatis. Quia paupertas de
se inducit ad jejunandum. Ergo non est causa quare aliquis jejunare non
debeat. |
2. Il semble que [le jeûne ne doive pas être
reporté] non plus en raison de la pauvreté, car la
pauvreté conduit de soi à devoir jeûner. Elle n’est
donc pas une raison pour laquelle on ne doive pas jeûner. |
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[16692] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 4 arg. 3 Praeterea, videtur quod nec ratione operis alicujus servilis quis a
jejunio excusetur. Quia lucrum spirituale debet praeponderare lucro corporali. Sed
hujusmodi opera ad lucrum corporale ordinantur, jejunium autem ad spirituale.
Ergo non est jejunium propter hujusmodi
opera intermittendum. |
3. Il semble qu’on ne soit pas non plus
exempté de jeûner en raison d’un travail servile, car le
profit spirituel doit l’emporter sur le profit corporel. Or, les
travaux de ce genre sont ordonnés à un un profit corporel, mais
le jeûne à un profit spirituel. Le jeûne ne doit donc pas
être reporté pour des travaux de ce genre. |
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[16693] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 4 s. c. 1 Sed contra, afflictio non est addenda afflicto. Sed omnia praedicta habent
de se afflictionem. Ergo aliquo modo excusantur ab afflictione jejunii. |
Cependant, on ne doit pas ajouter d’affliction à celui
qui est affligé. Or, tout ce qui a été dit plus haut
comporte de soi une affliction. Ils sont donc d’une certaine
façon exemptés de l’affliction du jeûne. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16694] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 2 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod per
praecepta juris positivi, ut dictum est, removentur aliqua quae non sunt de
se mala et semper ; unde in aliquo casu possunt esse bona et necessaria
quae talibus prohibentur praeceptis ; et ideo non fuit intentio
legislatoris ut semper observaretur praeceptum suum, nisi in illis casibus in
quibus bonum virtutis potest conservari. Et ideo dicendum ad primam
quaestionem de jure naturali et positivo, quod jus positivum a jure naturali
procedere dicitur, inquantum per jus positivum modus observandi jus naturale
determinatur ; quia intentio cujuslibet legislatoris est inducere
homines ad virtutes, ut dicitur in 2 Ethic., quae pertinent ad jus naturale.
Modus autem observandi ea quae sunt de lege naturali, non potest esse
uniformis in omnibus propter diversitates quae in singularibus contingunt,
sicut nec idem modus curationis potest adhiberi omnibus laborantibus eadem
aegritudine ; et ideo legislator non potest aliquod praeceptum ponere
quod non oporteat in casu aliquo praetermitti. Tamen considerans quod
frequentius accidit, legem ponit, in illis casibus in quibus modus determinatus
per legem non competit judicium reservans aliquibus qui hoc habeant
definire ; et haec est dispensatio praelatis commissa in jejunio ab
Ecclesia instituto, et in aliis hujusmodi Ecclesiae praeceptis. |
Comme on l’a dit, par les préceptes du droit
positif, on écarte certaines choses qui ne sont pas mauvaises en
elles-mêmes et toujours. Aussi ce qui est interdit par ces
préceptes peut-il être bon et nécessaire dans un cas.
L’intention du législateur n’a donc pas été
que son précepte soit toujours observé, sauf dans les cas où le bien de la
vertu peut être sauvegardé. C’est pourquoi il faut
répondre, à propos de la première question sur le droit
naturel et positif, qu’on dit que le droit positif vient du droit
naturel pour autant que, par le droit positif, la manière
d’observer le droit naturel est déterminée, car
l’intention de tout législateur est de conduire les hommes aux
vertus, comme on le dit dans Éthique,
II, lesquelles relèvent du droit naturel. Or, la manière
d’observer ce qui appartient à la loi naturelle ne peut
être uniforme en toutes choses en raison des diversités qui se
présentent dans les choses particulières, de même que la
même manière de traiter ne peut être appliquée
à tous ceux qui souffrent de la même maladie. C’est
pourquoi le législateur ne peut établir un précepte
qu’il ne faudrait pas laisser de côté dans un cas.
Cependant, en prenant en compte ce qui se produit le plus fréquemment,
il établit une loi, en réservant le jugement à certains
qui ont pour tâche de définir, dans les cas où une
manière déterminée [de l’observer] ne revient pas
à la loi. C’est là la dispense confiée aux supérieurs
pour le jeûne établi par l’Église, et pour les
autres préceptes semblables de l’Église. |
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[16695] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod praecepta Dei sunt de eo quod est de necessitate
salutis secundum se ; et ideo in quolibet casu observare illa
oportet ; sed praecepta Ecclesiae quamvis vim obligandi habeant ex actu
praecipientium, non tamen semper obligant propter materiam in qua
proponuntur. |
1. Les commandements de Dieu portent sur ce qui est
nécessaire au salut en lui-même ; il faut donc les observer
dans tous les cas. Mais les commandements de l’Église, bien
qu’ils aient le pouvoir d’obliger en vertu de l’acte de
ceux qui les ordonnent, n’obligent cependant pas toujours en raison de
la matière sur laquelle ils portent. |
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[16696] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad secundum dicendum,
quod secundum utilitatem quae ut frequentius accidit, utiliter hujusmodi
praecepta instituta sunt ; sed propter necessitatem in aliquo casu emergentem
etiam utiliter dimittuntur. |
2. Selon l’utilité qui se produit le plus
souvent, ces préceptes ont été utilement
établis ; mais ils sont utilement écartés pour une
nécessité qui apparaît dans un cas. |
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[16697] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod inferior potest dispensare in praecepto superioris quando dispensatio
sibi a superiori relinquitur. |
3. L’inférieur peut dispenser d’un
précepte du supérieur lorsque la dispense lui a
été confiée par le supérieur. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16698] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 2 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod praeceptum a
legislatore positum, tunc solum ad observandum non obligat, quando observatio
intentionem legislatoris evacuat vel impedit, qua intendit homines inducere
ad virtutem, vel bonum statum eorum quibus legem proponit. Cum autem justitia
profectum jejunii quem legislator intendit, non impediat, sed augeat, quia
efficitur magis meritorium ex hoc quod aliquis est justus, non absolvitur a
jejuniorum observatione. |
Le précepte établi par le
législateur n’oblige pas seulement le cas où l’observance
annulle ou empêché l’intention du législateur, par
laquelle celui-ci vise à mener les hommes à la vertu ou le bon
état de ceux à qui il propose la loi. Puisque la justice
n’empêche pas le profit du jeûne, car il devient plus
méritoire du fait que quelqu’un est juste, il n’est donc
pas délié de l’observance des jeûnes. |
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[16699]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod libertas quam spiritus
Dei inducit, est libertas justitiae, quae opponitur servituti peccati, sed
conjungitur servituti Dei ; et ita ad obedientiam mandatorum ejus, et
eorum qui vicem Dei gerunt in terris obligatur. |
1. La liberté que l’Esprit de Dieu apporte
est la liberté de la justice, qui s’oppose à la
liberté du péché, mais est associée au service de
Dieu. Ainsi, on est-on obligé d’obéir à ses
commandements et à ceux de ceux qui le représentent sur terre. |
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[16700] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3
a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod duplex est jejunium ; luctus, et exultationis ; et
dicitur jejunium luctus, quod quidem cum amaritudine peccatorum vel
praesentis miseriae geritur ; jejunium vero exultationis, cum ex
spirituali jucunditate a carnalibus se abstrahit ; quia gustato spiritu,
desipit omnis caro justis. Ergo semper habitu spiritualiter sponsus praesens
est, sed non est semper actu ; immo quandoque est eis praesens ut judex,
cum sua peccata recogitant, vel quae fecerunt, vel in quae cadere possunt,
nisi carnem cohibeant ; et tunc eis competit jejunium moeroris.
Aliquando autem est eis praesens actu, ut sponsus, quando ejus dulcedine
perfruuntur : et tunc competit eis exultationis jejunium, et non
maerOris. |
2. Il existe un double jeûne : celui du deuil
et celui de l’exultation. Le jeûne du deuil est celui qui est
accompli avec l’amertume des péchés ou de la
misère présente. Mais le jeûne d’exultation est
accompli lorsqu’on s’arrache aux réalités
charnelles en raison de la joie spirituelle, car, après qu’ils
ont goûté à l’Esprit, toute chair est insipide pour
les justes. L’Époux est donc toujours présent
spirituellement selon l’habitus, mais non selon l’acte ;
bien plus, il est parfois présent pour eux en tant que juge,
lorsqu’ils repensent à leurs péchés, soit à
ceux qu’ils ont faits, soit à ceux dans lesquels ils peuvent
tomber, s’ils ne contraignent pas la chair. Alors leur convient un
jeûne d’affliction. Mais parfois, il est présent pour eux
en acte en tant qu’Époux, lorsqu’ils jouissent de sa
douceur ; alors, un jeûne d’exultation leur convient, et non
[un jeûne] d’affliction. |
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[16701] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod jejunium non tantum inducitur pro peccatis praeteritis, sed etiam ad
praeservandum a futuris ; et ideo in his quae non peccaverunt, competit
ut medicina praeservans. Tamen praesens
vita sine peccato omnino agi non potest, quamvis a criminibus aliquis
abstineat, ut Augustinus in Lib. de poenitentia dicit ; et ideo sicut
omnibus in hac vita existentibus competit poenitentia, ita et jejunium. |
3. Le jeûne n’est pas encouragé
seulement pour les péchés passés, mais aussi pour
préserver des péchés futurs. C’est pourquoi, chez
ceux qui n’ont pas péché, il convient comme remède
qui préserve. Toutefois, on ne peut mener la vie présente sans
aucun péché, bien qu’on s’y abstienne de fautes
graves, comme le dit Augustin dans le Livre
sur la pénitence. C’est pourquoi, de même que la
pénitence convient à tous ceux qui se trouvent dans cette vie,
de même aussi le jeûne. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16702] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod pueri indigent
multo cibo, eo quod cibus in eis non solum exigitur ad actum nutritivae, sed
etiam ad actum augmentativae virtutis, quia de residuo nutrimenti fit
augmentum. Et quia virtus naturae in eis
nondum convaluit, non possunt simul multum de cibo assumere, quia naturalis
virtus illud convertere non posset ; et ideo indigent frequenti cibi
sumptione ; et propter hoc eis non competit jejunium, dum sunt in
augmento. Tempus enim augmenti, secundum philosophum, est usque ad finem
tertii septennii ut in pluribus, quia res naturales non currunt semper eodem
modo, sed ut frequenter ; et ideo ante hoc tempus non arctantur pueri ad
omnia jejunia Ecclesiae servanda. Sed quia quanto ad terminum praedictum appropinquant,
tanto virtus naturae magis roboratur, et augmentum tardius procedit, cum in
primis quinque annis perveniat puer ad medietatem totius augmenti, ut
philosophus dicit ; ideo secundum quod magis appropinquant ad praedictum
terminum, sunt eis jejunia magis commensuranda. |
Les enfants ont besoin de beaucoup de nourriture, du fait
que, chez eux, la nourriture n’est pas seulement requise pour
l’acte de la puissance nutritive, mais aussi pour l’acte de la
puissance de croissance, car la croissance vient de ce qui reste de la
nourriture. Et parce que la puissance de la nature n’a pas encore
atteint chez eux sa pleine mesure, ils ne peuvent pas prendre d’un coup
beaucoup de nourriture, car la puissance naturelle ne pourrait pas la
convertir. C’est pourquoi ils ont besoin de prendre souvent de la
nourriture ; pour cette raison, le jeûne ne leur convient pas,
aussi longtemps qu’ils sont en croissance. En effet, selon le Philosophe,
le temps de la croissance va jusqu’à la vingt-et-unième
année accomplie dans la plupart des cas, car les choses naturelles
n’évoluent pas toujours de la même manière, mais
[évoluent d’une certaine manière] dans la plupart des
cas. C’est pourquoi, avant ce moment, les enfants ne sont pas
forcés d’observer tous les jeûnes de
l’Église. Mais parce que, lorsqu’ils approchent de
l’échéance indiquée, la puissance de la nature est
tellement renforcée et la croissance se réalise plus lentement
(alors qu’au cours des cinq premièeres années, un enfant
réalise la moitié de sa croissance totale), les jeûnes
doivent leur être adaptés à mesure qu’ils
approchent de l’échéance indiquée. |
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[16703] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod loquitur in casu quando magna tribulatione imminente major
afflictio ad placandum Deum superaddenda est. |
1. On parle du cas où, à l’approche
d’une grande tribulation, une plus grande affliction doit
s’ajouter pour apaiser Dieu. |
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[16704] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 2 Et similiter
dicendum ad secundum. |
2. Il faut dire la même chose pour le
deuxième argument. |
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[16705] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quamvis pueri plus habeant de humido quam
provecti ; quia tamen illud est minus inspissatum, citius potest a
calore consumi ; et ideo frequentiori refectione indigent. |
3. Bien que les enfants aient plus
d’humidité que les gens âgés, parce qu’elle
plus dense, elle peut être plus rapidement consumée par la
chaleur. Ils
ont donc besoin de manger plus souvent. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[16706] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod sicut dictum
est, intentio legislatoris est conservare homines et inducere ad bonum statum
virtutis ; qui quidem consistit in conservatione vitae, et valetudine
sufficienti ad opera quae quis facere debet ; nec tamen suo praecepto
exigit ab homine totum quod potest, cum non intendat ordinare statum hominis
quantum ad unum diem vel ad parvum tempus, sed ad totam vitam ; a quo
deficeret, si semel homo totum quod posset, faceret ; et ideo sive
aegritudine imminente, sive labore viae, sive quocumque alio, cum quo simul
et jejunio praedictus status conservari non potest, non tenetur ex praecepto
jejunare ; sed secundum dispensationem superioris, ut supra dictum est,
jejunium solvere potest. |
Comme on l’a dit, l’intention du
législateur est de maintenir et d’amener les hommes au bon
état de la vertu, qui consiste dans la conservation de la vie et dans
une santé suffisante pour accomplir les actes que l’on doit accomplir.
Cependant, il n’exige pas de l’homme par son précepte tout
ce que celui-ci peut accomplir, puisqu’il ne vise pas à ordonner
l’état de l’homme pour une seule journée ou un
court laps de temps, mais pour toute la vie ; ce ne serait pas le cas si
l’homme accomplissait tout ce qu’il pouvait d’un seul coup.
Ainsi, on n’est pas obligé de jeûner en vertu du
précepte en raison d’une maladie qui menace, de la
difficulté du voyage ou de n’importe quoi d’autre, avec
quoi l’état dont on a parlé ne peut être simultanément
maintenu ; mais on peut rompre le jeûne selon la dispense
d’un supérieur, comme on l’a dit. |
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[16707] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod si sit talis peregrinatio quae possit sine
incommodo differri, debet peregrinationem differre, si simul cum ea jejunare
non potest. Si autem peregrinatio commode differri non potest, vel quia
tempus jejunii hominem in via praeoccupat, vel quia dies festus alicui
imminet, ad quem ex devotione homo pergere cupit, vel quia mora in
poenitentia periculum habet vel spirituale vel corporale, potest cum
dispensatione sui superioris omnia praedicta pensantis peregrinari, et
jejunium solvere. Hoc tamen intelligitur de his qui labore itineris adeo
affliguntur, quod simul cum jejunio itinerari non possunt. Nec obstat quod
praeceptum debet praeponi consilio ; quia intentio praeceptum hujusmodi
dantis non est alias pias et magis necessarias causas excludere. Secus autem
est de praeceptis legis naturae, quae hoc prohibent quod secundum se et semper
malum est. |
1. S’il s’agit d’un pèlerinage
qui peut être reporté sans préjudice, on doit reporter le
pèlerinage, si on ne peut jeûner en même temps que lui.
Mais si le pèlerinage ne peut être reporté sans
préjudice, soit parce que le temps du jeûne en cours de route
préoccupe un homme, soit parce qu’une fête est proche,
à laquelle un homme désire se rendre par dévotion, soit
parce que la durée de la pénitence comporte un danger spirituel
ou corporel, on peut, par dispense de son supérieur qui prend tout
cela en compte, partir en pèlerinage et rompre le jeûne.
Cependant, cela s’entend de ceux qui sont à ce point
affectés par la difficulté de la route qu’ils ne peuvent
jeûner et faire route en même temps. Cela ne fait pas de
différence que le précepte doive l’emporter sur le
conseil, car l’intention de celui qui donne un tel précepte
n’est pas d’écarter d’autres causes pieuses et plus
nécessaires. Mais il en va autrement des préceptes de la loi
naturelle, qui interdisent ce qui est mal de soi et toujours. |
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[16708] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod paupertas non semper excusat a jejunio, sed in illo
casu quando simul habere non potest tantum hora comestionis quod ad victum
totius diei sufficiat, sicut frequenter egenis contingit, qui frustatim
eleemosynas quaerunt ; vel etiam quando ex praecedenti inedia tantum
debilitati sunt quod jejunium sufferre non possunt. |
2. La pauvreté n’exempte pas toujours du
jeûne, mais seulement dans le cas où, lorsqu’on ne peut
avoir suffisamment, à l’heure de manger, pour suffire à
l’alimentation de toute la journée, comme cela arrive
fréquemment chez les pauvres qui demandent en vain
l’aumône ; ou encore, lorsque, parce qu’ils
n’ont pas mangé suffisamment auparavant, ils sont si faibles
qu’ils ne peuvent supporter un jeûne. |
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[16709] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 2 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod de operariis distinguendum videtur : quia si
jejunando possunt competenter victum pro persona sua habere, et pro familia
cujus cura eis incumbit (sive quia alias divites sunt, sive quia de eo quod
minori labore fit, qui secum jejunium compatiatur, lucrari sufficientia
possunt), a jejunio non excusantur. Si autem alias non possunt tantum
laborare quod victum sufficientem acquirant, nisi jejunium frangendo ;
possunt secundum dispensationem sacerdotis sui jejunium solvere, et laborare.
Ex quo patet quod intentio majoris lucri non necessarii eos a peccato non
excusat, si jejunium frangant : nec iterum illi a peccato immunes sunt
qui operarios conducere nolunt nisi tali pacto ut jejunium solvant, nisi
forte sit causa necessaria, quae festinationem operis pro quo laboratur,
exposcat. |
3. À propos des ouvriers, il faut faire une
distinction, car si, en jeûnant, ils peuvent avoir suffisamment
à manger pour eux-mêmes et pour la famille dont ils ont la
charge (soit parce qu’ils sont riches par ailleurs, soit parce
qu’ils peuvent gagner suffisamment par un travail moindre qui est
compatible avec le jeûne), ils ne sont pas exemptés de
jeûner. Mais s’ils ne peuvent par ailleurs travailler
suffisamment pour obtenir une subsistance suffisante qu’en rompant le
jeûne, ils peuvent rompre le jeûne, avec la dispense de leur
prêtre, et travailler. Il ressort de cela que l’intention
d’un gain plus grand qui n’est pas nécessaire ne les
excuse pas de péché, s’ils rompent le jeûne ;
et ceux qui ne veulent pas engager d’ouvriers sans entente pour
qu’ils rompent le jeûne ne sont pas non plus exempts de péché,
à moins que n’existe une cause nécessaire qui exige
l’accélération du travail auquel on s’adonne. |
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Articulus 3 [16710] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 tit. Utrum hujusmodi tempora debeant
esse ad jejunium determinata, sicut Ecclesia instituit |
Article 3 – Doit-il exister des temps
déterminés pour le jeûne, comme l’Église
l’a établi ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Doit-il exister des temps
déterminés pour le jeûne, comme l’Église en
a établi ?]
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[16711] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur.
Videtur quod hujusmodi tempora non debeant esse ad jejunium determinata,
sicut Ecclesia instituit. Quia sicut jejunium est satisfactionis pars, ita
eleemosyna. Sed eleemosynarum tempus non est determinatum. Ergo nec jejunii. |
1. Il semble qu’il ne doive pas exister de moments déterminés pour le jeûne, comme l’Église en a établi, car, de même que le jeûne est une partie de la satisfaction, de même en est-il de l’aumône. Or, le temps des aumônes n’est pas déterminé. Donc, celui du jeûne non plus. |
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[16712] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, sicut legislator novi testamenti, scilicet Christus,
Quadragesimam jejunavit ; ita et legis veteris lator scilicet Moyses. Sed populo veteris
testamenti non indicebatur quadragesimale jejunium. Ergo nec populo novi
testamenti indici debet. |
2. De même que le législateur de la Nouvelle
Alliance, le Christ, a jeûne pendant quarante jours, de même, le
législateur de l’Alliance ancienne. Or, un jeûne de
quarante jours n’a pas été imposé au peuple de
l’Ancienne Alliance. Il ne doit pas non plus être imposé
au peuple de la Nouvelle Alliance. |
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[16713] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Christus
statim post Baptismum legitur, Matth. 4, jejunium in deserto inchoasse. Si
ergo nos in actibus nostris Christo conformari debemus, statim post
Epiphaniam, quando Baptismus Christi celebratur, debemus quadragesimale
jejunium inchoare. |
3. On lit en Mt 4 que le Christ, aussitôt
après son baptême, entreprit un jeûne au désert. Si
donc nous devons être conformes au Christ par nos actes, aussitôt
après l’Épiphanie, alors que le baptême du Christ
est célébré, nous devons entreprendre un jeûne de
quarante jours. |
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[16714] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 4 Praeterea, in veteri testamento habebant jejunium quarti mensis, et
quinti, et septimi et decimi, quae non erant distincta per quatuor anni
tempora. Ergo
videtur quod nec nos per quatuor anni tempora nostra jejunia distinguere
debeamus. |
4. Dans l’Ancien Testament, on avait un jeûne
du quatrième, du cinquième, du septième et du
dixième mois, qui ne se différenciaient pas selon les quatre
temps de l’année. Il semble donc que nous non plus ne devons pas
faire de distinction entre nos jeûnes selon quatre temps de l’année. |
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[16715] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 5 Praeterea, temporibus laetitiae jejunium non competit ; unde et
tempore paschali intermittitur jejunium vigiliae apostolorum Philippi et
Jacobi, et tempore nativitatis, jejunium vigiliae beati Joannis Evangelistae.
Sed infra
octavas Pentecostes adhuc durat gaudium paschalis festivitatis. Ergo tunc
jejunium non erit observandum. |
5. Le jeûne ne convient pas aux temps de joie.
Aussi, au temps pascal, le jeûne de la vigile des apôtres
Philippe et Jacques est-il suspendu, et au temps de la Nativitié, le jeûne
du bienheureux Jean l’évangéliste. Or, pendant
l’octave de la Pentecôte, la joie de la fête de
Pâques dure encore. Il ne faut donc pas alors observer de jeûne. |
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[16716] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 arg. 6 Praeterea, in
sanctOrum solemniis eorum gloriam recolimus, ad quam translati sunt. Sed jejunium statui gloriae non competit : quia non
esurient neque sitient amplius. Ergo in vigiliis solemnitatum jejunium
non competit. |
6. Lors des fêtes des saints, nous rappelons la
gloire qu’ils ont obtenue. Or, le jeûne ne convient pas à
l’état de gloire, car ils
n’auront plus ni faim ni soif. Le jeûne ne convient donc pas
aux vigiles des fêtes. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Le jeûne est-il interdit à certains moments ?] |
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[16717]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in aliquo tempore jejunium sit
interdictum, secundum quod GregOrius in 2 dialogorum, cap. 1, narrat quemdam
sacerdotem divinitus missum beato Benedicto dixisse : dies
resurrectionis est : non licet tibi hodie abstinere. Ergo videtur
quod in solemnitatibus illicitum est jejunare. |
1. Il semble que le jeûne soit interdit à certains moments, selon ce que raconte Grégoire dans les Dialogues, II, c. 1, qu’un prêtre envoyé par Dieu dit au bienheureux Benoît : « C’est le jour de la Résurrection : il ne t’est pas permis de jeûner aujourd’hui. » Il semble donc qu’il soit interdit de jeûner lors des fêtes. |
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[16718] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, in Esdra dicitur : sanctus dies domini est,
nolite contristari ; et additur : comedite pinguia et
cetera. Ergo videtur quod in diebus solemnibus non liceat jejunare. |
2. Il est dit dans Esd : C’est le saint jour du Seigneur ! Ne soyez pas
affligés ! Et on ajoute : Mangez des aliments gras, etc. Il semble donc qu’il ne soit
pas permis de jeûner les jours de fête. |
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[16719] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod Honorius tertius in quadam
decretali dicit, quod die natalis sexta feria venienti non sunt prohibendi
qui propter devotionem voluerint jejunare. |
Cependant, dans une décrétale, Honorius III dit que,
lorsque le jour de Noël tombe un vendredi, il ne faut pas
défendre de jeûner à ceux qui le veulent par
dévotion. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La neuvième heure est-elle un temps déterminé pour manger, les jours de jeûne ?] |
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[16720]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod hora nona non debeat esse tempus
determinatum ad manducandum in diebus jejunii. Quia circumstantiae secundum conditionem
personarum sunt determinandae. Sed non sunt ejusdem conditionis quantum ad
potentiam abstinendi omnes quibus jejunium indicitur. Ergo non esset eis
omnibus una hora determinanda. |
1. Il semble que la neuvième heure ne soit pas un temps déterminé pour manger, les jours de jeûne, car les circonstances doivent être déterminées selon la condition des personnes. Or, tous ceux à qui le jeûne est imposé ne sont pas dans la même condition quant à leur capacité d’abstinence. On n’aurait donc pas dû leur préciser une seule heure. |
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[16721] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, status
novi testamenti est perfectior quam status veteris. Sed in veteri testamento
jejunabant usque ad vesperam. Ergo et usque ad vesperam homo debet comestionem
nunc differre in diebus jejunii. |
2. L’état de la Nouvelle Alliance est plus
parfait que l’état de l’Ancienne. Or, sous
l’Ancienne Alliance, on jeûnait jusqu’au soir. Les jours de
jeûne, on doit donc maintenant reporter de manger jusqu’au soir,. |
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[16722] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est consuetudo. |
Cependant, la coutume va en sens contraire. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16723] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod ad
legislatorem pertinent ea quae sunt ad vitam humanam necessaria, lege ordinare
qualiter congruentius fieri possunt ; et ideo cum aliquod tempus sit
alio magis jejunio congruum, convenienter ab Ecclesia determinatum tempus est
ad jejunia institutum. |
Il appartient au législateur d’ordonner ce
qui est nécessaire
à la vie humaine de la manière dont cela convient le mieux.
C’est pourquoi, puisqu’un moment est plus convenable qu’un
autre pour jeûner, un temps déterminé a été
établi par l’Église pour les jeûnes. |
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[16724] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod eleemosynae ordinantur ad subveniendum defectibus
aliorum ; et ideo non potest eleemosynis tempus determinari, sicut nec
defectibus quibus subvenire oportet. Sed jejunium est institutum ad
comprimendum concupiscentiam carnis, et satisfaciendum pro peccatis
praeteritis ; et quia jejunium concupiscentiam comprimit, etiam postquam
factum est, secundum quod ejus effectus manet in jejunante, ideo potest jejunio
tempus praefigi. |
1. Les aumônes sont destinées à venir
au secours des besoins des autres. C’est pourquoi un temps ne peut
être déterminé pour les aumônes, pas davatage que
les carences auxquelles il faut subvenir. Or, le jeûne a
été ordonné pour réprimer la concupiscence et satisfaire
pour les péchés passés. Et parce que le jeûne
réprime la concupiscence, même après avoir
été accompli, puisque son effet demeure chez celui qui
jeûne, on peut donc déterminer à l’avance un temps
pour le jeûne. |
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[16725] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod Moyses fuit legislator non tamquam dominus legis, sed
tamquam famulus ; Christus autem tamquam dominus ; et ideo non
inducebat lex vetus ad conformitatem Moysi, sicut nova lex inducit ad conformitatem
Christi : quia etiam Angelorum intentio, quia non sunt domini, sed
servi, non est ut alios in seipsos reducant, sed in Deum, ut Dionysius dicit. |
2. Moïse a été un législateur,
non pas comme maître de la loi, mais comme serviteur. Mais le Christ
l’a été en tant que Seigneur. C’est pourquoi la loi
ancienne n’incitait pas à l’imitation de Moïse, comme
la loi nouvelle incite à la conformité au Christ, car
même l’intention des anges, qui ne sont pas seigneurs mais
serviteurs, n’est pas d’en ramener d’autres à eux,
mais à Dieu, comme le dit Denys. |
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[16726] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod Christus non jejunavit quasi ipse jejunio indigeret,
sed ut ad gratiam ejus suscipiendam exemplo sui jejunii nos
praepararet ; et ideo post Baptismum suum, in quo plenitudo gratiae
ipsius declarata est testimonio patris et spiritus sancti, et etiam Joannis,
decebat ut exemplum jejunii sui nobis proponeret. Nobis autem competit
jejunium, ut praeparemur ad suscipiendam gratiam ipsius ; unde, quia
sacramenta gratiae ejus praecipue proponuntur circa festum Paschae, ideo
immediate ante solemnitatem paschalem quadragesimale jejunium impletur ;
et etiam quia tempus veris, quod tunc incipit, maxime est concupiscentiae
aptum ; et quia significatur quod ad gloriam resurrectionis per
tribulationes praesentis vitae pervenimus, sicut et Christus per passionem. |
3. Le Christ n’a pas jeûné parce
qu’il avait lui-même besoin du jeûne, mais afin de nous
préparer à recevoir sa grâce par l’exemple de son
jeûne. C’est pourquoi, après son baptême, dans
lequel la plénitude de sa grâce a été
manifestée par le témoignage du Père, de l’Esprit
Saint et même de Jean, il convenait qu’il nous propose
l’exemple de son jeûne. Mais le jeûne nous convient afin
que nous soyons préparés à recevoir sa grâce.
Parce que les sacrements de sa grâce sont surtout proposés
autour de la fête de Pâques, le jeûne du carême est
donc accompli immédiatement avant la solennité pascale ;
aussi, parce que le temps du printemps, qui commence alors, est le plus
propice à la concupiscence, et parce qu’il est signifié
que nous parvenons à la gloire de la résurrection en passant
par les tribulations de la vie présente, comme le Christ
lui-même par la passion. |
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[16727] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod secundum Hieronymum, Judaei habebant speciales causas
quare illa jejunia observabant. In Julio enim, qui est quartus mensis ab
Aprili, quem ipsi primum habent, jejunabant : quia illo mense septima
die mensis Moyses descendens de monte legis tabulas confregit propter
peccatum vituli conflatilis, et eodem mense muri Hierusalem a Nabuchodonosor
destructi sunt. In quinto autem mense, idest in Augusto, propter peccatum
murmuris ex verbis exploratorum orti : illo etiam mense templum incensum
est a Nabuchodonosor et postea etiam a Tito. In septimo autem mense propter
interfectionem Godoliae, sub quo reliquiae populi conservabantur, ut patet
Hieremiae 41. In decimo autem mense in memoriam mortuorum quos dominus in deserto
percusserat. Nos autem praeter jejunium quadragesimale, in quo omnium dierum
quasi decimam solvimus, in singulis quadris anni, tres dies jejunii instituti
sunt, qui quasi in primitias computentur, et ad expiandum peccata singularum
quartarum. |
4. Selon Jérôme, les Juifs avaient des
raisons particulières d’observer ces jeûnes. En effet, en
juillet, qui est le quatrième mois à partir d’avril,
qu’eux-mêmes considéraient comme le premier, ils
jeûnaient, car, le septième jour de ce mois-là,
Moïse brisa les tables de la loi en descendant de la montagne en raison
du veau coulé, et, le même mois, les murs de Jérusalem
ont été détruits par Nabuchodonosor. Au cinquième
mois, c’est-à-dire en août, en raison du
péché de murmure issu des paroles de ceux qui avaient exploré ;
aussi, ce mois-là, le temple fut incendié par Nabuchodonosor
et, par la suite, de nouveau par Titus. Au septième mois, en raison de
l’assassinat de Godolias, sous lequel les restes du peuple furent préservés,
comme cela ressort de Jr 41. Au dixième mois, en mémoire
de leurs morts que le Seigneur avait frappés dans le désert.
Quant à nous, en dehors du jeûne du carême, par lequel
nous acquittons pour ainsi dire la dîme de tous les jours, trois jours
de jeûne ont été établis pour chaque trimestre de l'année,
qui sont pour ainsi dire considérés comme des prémices
pour expier les péchés de chaque trimestre. |
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[16728] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod sicut dicit Leo Papa : post sanctae laetitiae
dies, quos in honorem domini resurgentis et in caelum ascendentis exegimus,
et post acceptum spiritus sancti donum, salubriter et necessario consuetudo
ordinata est jejunii, ut si quis forte inter ipsa festivitatis gaudia
negligens libertate et licentia immoderata aliqua praesumpsit, hoc
abstinentiae censura castiget. Tamen etiam est jejunium exultationis,
quod illis qui spiritum sanctum acceperunt, competit : cum gaudio enim
spirituali etiam afflictio corporalis se compatitur ; unde non fit
genuflexio, et alleluja cantatur ; quod in aliis jejuniis non
observatur. |
5. Comme le dit le pape Léon :
« Après les jours de sainte joie que nous avons
vécus en l’honneur du Seigneur ressuscité et monté
au ciel, et après avoir reçu le don du Saint-Esprit, la coutume
d’un jeûne a été établie salutairement et
par nécessité, de sorte que si quelqu’un a par hasard
osé se montrer négligent par une liberté et des abus
immodérés pendant les célébrations de la
fête, la rigueur de l’abstinence l’en corrige. »
Cependant, c’est aussi un jeûne d’exultation, qui convient
à ceux qui ont reçu l’Esprit Saint : en effet, on
supporte même l’affliction corporelle avec une joie spirituelle.
Aussi ne fait-on pas de génuflexion et on chante l’alleluia, ce
qui n’est pas observé lors les autres jeûnes. |
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[16729] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 1 ad 6 Ad
sextum dicendum, quod in solemnitatibus praecipuis vigilias jejunamus, ut
paratiores ad devotionem festi simus, et ut gaudium aeternum, quod per
solemnitates temporales significatur, ad tribulationes praesentis vitae, quas
sancti passi sunt, subsequi demonstretur. |
6. Nous jeûnons lors des vigiles des principales
solennités afin d’être mieux préparés
à la dévotion de la fête et afin de montrer que la joie
éternelle, qui est signifiée par les solennités
temporelles, suit les tribulations de la vie présente. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16730] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 3 qc. 2 co. Ad
secundam quaestionem dicendum, quod jejunium, quantum est de se, nullo
tempore est prohibitum. Unde, sicut dicit Isidorus, sancti patres in deserto
tempore paschali jejunabant, excepto die dominicae resurrectionis, in quo non
videtur conveniens jejunare, eo quod tota Ecclesia laetitiae festum agit.
Unde non est conveniens quod aliquis illo die operibus afflictionis intendat,
quia turpis est omnis pars quae suo toti non congruit, ut dicit Augustinus in
Lib. 3 Confess. Sed per accidens potest esse jejunium alicujus in die festo illicitum,
si adeo pertinaciter jejunium teneret, quod non crederet per devotionem festi
utilitatem jejunii compensari posse. |
En lui-même, le jeûne n’est interdit
à aucun moment. Comme le dit Isidore, les saints pères
jeûnaient donc au désert pendant le temps pascal, sauf le jour
de la résurrection, où il ne semblait pas convenable de
jeûner, du fait que toute l’Église célébrait
dans la joie. Il ne convient donc pas que l’on s’applique en ce
jour à des actes d’affliction, car toute partie qui ne
s’ajuste pas à son tout est gênante, comme le dit Augustin
dans les Confessions, III. Mais le
jeûne de quelqu’un peut être défendu un jour de
fête s’il tient à jeûner avec tant
d’entêtement qu’il ne croie pas pouvoir compenser
l’utilité du jeûne par la dévotion de la
fête. |
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[16731] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod dies resurrectionis, ut dictum est, totus est
laetitiae ; unde et cantatur : haec dies quam fecit dominus,
exultemus et laetemur in ea ; et ideo in illa prae aliis non
congruit tristitiae signa ostendere : et quia in singulis dominicis
memoria resurrectionis agitur, ideo in diebus dominicis secundum communem
consuetudinem Ecclesiae jejunia intermittuntur. |
1. Comme on l’a dit, le jour de la
résurrection est tout de joie. Aussi chante-t-on :
« En ce jour qu’a fait le Seigneur, exultons et
réjouissons-nous ! » Plus qu’en tous les autres,
il ne convient donc pas de montrer des signes de tristesse. Et parce que,
chaque dimanche, le souvenir de la résurrection est rappelé,
les jeûnes sont donc suspendus les dimanches, selon la coutume de
l’Église. |
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[16732] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quia illi in magna tristitia demersi erant propter
tribulationes undique imminentes, ideo ab his quae tristitiam ingerere
possunt, abstrahebantur, ut in spe divini auxilii gauderent. |
2. Parce qu’ils avaient été
plongés dans une grande tristesse en raison des tribulations qui se
rapprochaient de partout, ils s’arrachaient à ce qui peut
provoquer de la tristesse, pour se réjouir dans l’espérance
du secours divin. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16733] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 3 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod competens hora
comedendi in diebus jejunii est hora nona ; et haec est ab Ecclesia
instituta, et communiter observata : quia secundum communem cursum
comedendi est hora sexta ; quia cibus non debet apponi quousque natura
circa cibum praecedentem occupata est. Occupatur autem in cibo assumpto
dupliciter. Primo digerendo ipsum ; et quoniam digestio fit per calorem,
ideo illud tempus digestioni est congruum in quo calor naturalis ad interiora
revocatur, scilicet propter subtractionem radiorum solis, et propter somnum,
in quo intenduntur virtutes naturales. Secundo cibum jam decoctum deducendo
per membra, quibus debet assimilari ; et ad hoc requiritur quod calor
nutrimentum deducens usque ad extremas partes corporis evocetur : calor
autem solis calorem naturalem ad exteriora evocat ; et ideo quando
completur solis ascensus (quod fit hora sexta, quia tunc est circa medium),
tunc ejus opus completum est ; et ideo tunc est tempus communiter
sumendi cibum. Et quia jejunium Ecclesiae debet esse poenale et satisfactorium,
ideo supra hoc aliquid additur ; non autem tantum quod penitus humor
cibi assumpti exsiccetur, aut virtus naturalis debilitetur ; unde partito
residuo tempore, hora nona occurrit, in qua cibus secundum Ecclesiae statutum
in diebus jejunii sumendus est. |
La neuvième heure est une heure appropriée
pour manger, les jours de jeûne. Aussi a-t-elle été
établie par l’Église et est-elle
généralement observée. En effet, c’est à la
sixième heure qu’on mange selon le rythme habituel des repas,
car on ne doit pas ajouter de nourriture aussi longtemps que la nature est
occupée à une nourriture antérieure. Or, elle est
occupée à la nourriture de deux manières.
Premièrement, en la digérant ; parce que la digestion se
réalise par la chaleur, le temps approprié pour la digestion
est celui où la chaleur est ramenée à
l’intérieur, en raison de la disparition des rayons du soleil et
du sommeil, pendant lequel les forces naturelles se concentrent.
Deuxièmement, en amenant la nourriture déjà cuite aux
membres qui doivent l’assimiler. Pour cela, il est nécessaire
que la chaleur qui amène la nourriture jusqu’aux
dernières parties du corps soit dégagée . Or, la chaleur
du soleil dégage la chaleur naturelle vers l’extérieur.
Aussi, lorsque l’ascension du soleil s’achève (ce qui se
réalise à la sixième heure, car il est alors autour de
midi), son travail est alors accompli. C’est pourquoi il est alors
temps de prendre de la nourriture. Et parce que le jeûne de
l’Église doit avoir un caractère de peine et être
satisfactoire, quelque chose y est ajouté, mais non au point où
l’humidité de la nourriture prise soit complètement
asséchée ou la puissance naturelle affaiblie. Ainsi, en
divisant le temps qui reste, se présente la neuvième heure,
où la nourriture doit être prise les jours de jeûne, selon
la décision de l’Église. |
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[16734] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod legislator ponens legem communem, attendit ea quae in pluribus
accidunt : sed adaptationem ad singulos relinquit illis qui
constituuntur legis dispensatores. |
1. Le législateur, en établissant une loi
générale, vise ce qui se produit dans la plupart des cas. Mais
il laisse l’adaptation pour chacun à ceux qui sont
établis comme administrateurs de la loi. |
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[16735] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 3 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod nos nostro jejunio conformamur novo homini, qui per
passionem suam nos a vetustate et tenebris revocavit ; et ideo illo
tempore jejunium primum solvimus, quando Christus passionem suam finivit,
scilicet hora nona. Sed ante hanc renovationem competebat vespertinum tempus
jejunantium comestioni, ad significandum quod per cibum veteris hominis in
tenebras peccati et mortis dejecti erant, a quibus non eruebantur, etiam post
tribulationes praesentis vitae ; quia in morte ad Limbum descendebant,
qui erat tenebrosus locus. |
2. Par notre jeûne, nous devenons conformes
à l’homme nouveau, qui nous a rappelés du temps
passé et des ténèbres par sa passion. Aussi avons-nous
rompu le premier jeûne au moment où le Christ a achevé sa
passion, à savoir, à la neuvièeme heure. Mais, avant ce
renouvellement, le soir convenait à l’alimentation de ceux qui
jeûnaient pour signifier que, par l’alimentation du vieil homme,
ils avaient été jetés dans les ténèbres du
péché et de la mort, auxquelles ils n’étaient pas
soustraits, même après les tribulations de la vie
présente, car, en mourant, ils descendaient dans les limbes, qui
étaient un endroit ténébreux. |
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Articulus 4 [16736] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 tit. Utrum per binam comestionem
jejunium solvatur |
Article 4 – Le jeûne est-il rompu par une double alimentation ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Le jeûne est-il rompu par une double
alimentation ?]
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[16737] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur.
Videtur quod per binam comestionem jejunium non solvatur. Quia jejunium est
determinatum ad subtractionem nutrimenti. Sed non solum nutrimur cibo, sed
etiam potu. Cum ergo potus assumptus praeter comestionem statutum ab Ecclesia
jejunium non solvat, videtur quod nec etiam cibi bina assumptio. |
1. Il semble que le jeûne ne soit pas rompu par une
double alimentation, car le jeûne est déterminé en vue
d’une diminution de la nourriture. Or, nous ne nous alimentons pas
seulement par la nourriture, mais aussi par la boisson. Puisqu’une
boisson prise en plus de la nourriture ne rompt pas le jeûne
établi par l’Église, il semble donc qu’une double
prise nourriture ne le rompe pas non plus. |
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[16738] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, aqua potata impedit sumptionem Eucharistiae, sicut et
sumptio alterius cibi : quia solvit jejunium naturae, quod requiritur in
Eucharistiam sumentibus, sicut et alii cibi. Si ergo aqua potata non solvit
jejunium Ecclesiae, videtur quod nec alius cibus assumptus. |
2. Le fait de boire de l’eau empêche de
recevoir l’eucharistie, comme la prise d’un autre aliment, car il
rompt le jeûne naturel qui est exigé de ceux qui
reçoivent l’eucharistie, comme les autres aliments. Si donc le
fait de boire de l’eau ne rompt pas le jeûne de
l’Église, il semble que ce soit aussi le cas pour une autre
nourriture. |
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[16739] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea,
electuaria etiam cibi quidam sunt. Sed eorum assumptio jejunium non
solvit ; quod patet ex communi consuetudine multorum, qui etiam diebus
jejunii absque conscientia fractionis jejunii electuaria in magna quantitate
manducant. Ergo nec ciborum aliorum iterata assumptio jejunium solvit. |
3. Les électuaires sont aussi des aliments. Or, le
fait de les prendre ne rompt pas le jeûne ; cela ressort de la
coutume générale d’un grand nombre qui, même les
jours de jeûne, prennent des électuaires en grande
quantité, sans avoir conscience de rompre le jeûne. La prise
répétée d’autres aliments ne rompt donc pas le
jeûne. |
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[16740] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 1 arg. 4 Praeterea, odor
jejunium non solvit. Sed odore aliqui reficiuntur, sicut et cibo. Ergo nec
cibus. |
4. L’odeur ne rompt pas le jeûne . Or,
certains sont nourris par l’odeur, comme aussi par la nourriture. La
nourriture [ne rompt donc pas non plus le jeûne]. |
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[16741] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est, quia in hoc distinguuntur jejunantes a
non jejunantibus, quia semel manducant. Si ergo bina comestio jejunium non
solveret, non esset differentia inter jejunantes et non jejunantes. |
Cependant, on distingue ceux qui jeûnent de ceux qui ne
jeûnent pas par le fait qu’ils mangent une seule fois. Donc, si
une double alimentation ne rompait pas le jeûne, il n’y aurait
pas de différence entre ceux qui jeûnent et ceux qui ne
jeûnent pas. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Manger de la viande rompt-il le jeûne ?] |
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[16742]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod esus carnium jejunium non
solvat. Quia jejunium est institutum ad comprimendum concupiscentiam. Sed
vinum magis inflammat concupiscentiam quam carnes. Cum ergo potus vini non solvat
jejunium, nec esus carnium solvet. |
1. Il semble que manger de la viande ne rompe pas le
jeûne, car le jeûne a été établi pour
réprimer la concupiscence. Or, le vin emflamme davantage la
concupiscence que la viande. Puisque boire du vin ne rompt pas le
jeûne, manger de la viande ne le rompra donc pas non plus. |
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[16743] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, legumina
inflativa sunt, et sic ad luxuriam provocant. Sed
esus eorum non solvit jejunium. Ergo nec esus carnium. |
2. Les légumineuses font gonfler et poussent ainsi
à la luxure. Or, en manger ne rompt pas le jeûne. Ni donc manger de la
viande. |
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[16744] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, pisces
aliqui ita delectabiliter comeduntur sicut carnes aliorum animalium. Sed nulla caro piscium
comesta jejunium solvit. Ergo nec carnes avium aut quadrupedum. |
3. Certains poissons sont mangés avec autant de
plaisir que la chair d’autres animaux. Or, aucune chair de poisson que
l’on mange ne rompt le jeûne. Ni donc la chair des oiseaux ou
des quadrupèdes. |
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[16745] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 2 arg. 4 Praeterea, sicut in diebus quadragesimalibus abstinetur a carnibus,
ita ab ovis et lacticiniis. Sed in diebus jejunii quidam lacticiniis et ovis
utuntur. Ergo et carnibus uti possunt sine hoc quod jejunium solvatur. |
4. De même qu’on s’abstient de viande
les jours de carême, de même [s’abstient-on]
d’œufs et de produits laitiers. Or, les jours de jeûne,
certains font usage de produits laitiers et d’œufs. Ils peuvent
donc aussi faire usage de viande sans que le jeûne en soit rompu. |
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[16746] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est generalis consuetudo Ecclesiae, quae
jejunantibus usum carnium interdicit. |
Cependant, la coutume générale de l’Église
s’y oppose, qui interdit à ceux qui jeûnent de manger de
la viande. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Le fait d’anticiper dans le temps rompt-il le jeûne ?] |
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[16747] Super Sent., lib. 4 d. 15
q. 3 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod anticipatio temporis jejunium
non solvat. Sicut enim non servat tempus
ab Ecclesia institutum qui tardat comestionem, ita nec ille qui anticipat.
Sed ille qui tardat, non solvit jejunium ab Ecclesia institutum. Ergo nec
ille qui anticipat. |
1. Il semble que le fait d’anticiper dans le temps ne rompe pas le jeûne. En effet, de même que celui qui retarde de manger n’observe pas le temps établi par l’Église, de même non plus celui qui anticipe. Or, celui qui retarde ne rompt pas le jeûne établi par l’Église. Pas davantage, donc, celui qui anticipe. |
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[16748] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, jejunium est actus abstinentiae. Sed abstinentia
impeditur non solum per anticipationem horae comestionis, sed etiam per alias
conditiones, quae hoc versu continentur : praepropere, laute, nimis,
ardenter, studiose. Ergo cum nimis comedere quantum ad quantitatem non
solvat jejunium, nec ardenter quantum ad aviditatem comedendi, nec laute,
quantum ad pretiosa quae in cibum quaeruntur, nec studiose, quantum ad exquisitum
modum cibaria praeparandi (alias mortaliter peccarent qui in diebus
jejuniorum hoc facerent, quasi transgressores praecepti Ecclesiae ; quod
durum est dicere) : videtur quod nec praepropere comedere, quod est
tempus anticipare, jejunium solvat. |
2. Le jeûne est un acte d’abstinence. Or,
l’abstinence est empêchée non seulement par
l’anticipation de l’heure de manger, mais aussi par
d’autres conditions, qui sont incluses dans ce vers : « Trop
rapidement, magnifiquement, trop, avec empressement, avec application. »
Puisque trop manger ne rompt pas le jeûne pour ce qui est de la
quantité, ni avec empressement, pour ce qui est de
l’avidité en mangeant, ni magnifiquement, pour ce qui est des
choses rares qu’on recherche dans la nourriture, ni avec application,
pour ce qui est de la manière exquise de préparer les aliments
(autrement, ceux qui agiraient ainsi pécheraient mortellement les
jours de jeûne en transgressant le précepte de
l’Église, ce qu’il est dur de dire), il semble donc que
manger trop rapidement, qui consiste à en anticiper le moment, ne
rompe pas non plus le jeûne. |
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[16749] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est quod dicit Concilium Cabilonense : in
Quadragesima nullatenus credendi sunt jejunare qui ante manducaverunt quam
vespertinum celebretur officium. Ergo anticipatio temporis
solvit jejunium. |
Cependant, le concile de Châlons dit :
« Pendant le carême, on ne doit pas croire que jeûnent
ceux qui ont mangé avant que ne soit célébré
l’office du soir. » L’anticipation dans le
temps rompt donc le jeûne. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16750] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
jejunium dupliciter solvitur. Uno modo quantum ad meritum, ita quod homo vel
non meretur, vel minus meretur ; et de hac solutione jejunii non
intendimus ad praesens : quia conditiones quae meritum alicujus actus
augent vel minuunt, indeterminatae sunt, eo quod quandoque accidentaliter se
habent ad actum meritorium. Alio modo solvitur jejunium, secundum quod est ab
Ecclesia institutum ; ex qua solutione homo efficitur transgressor
statuti Ecclesiae de jejunio servando, vel saltem non observator nisi ex
dispensatione vel causa legitima dimittat ; et de hac solutione jejunii
nunc quaerimus. Ad hoc autem praecipue valet considerare intentiones statuentis.
Intendit autem Ecclesia certum modum statuere manducandi, ut scilicet semel
in die jejunans manducet ; et ideo si aliquorum sumptio, secundum quae
manducatio solet compleri, iteretur, jejunium praedicto modo acceptum
solvitur. Si autem aliqua sumantur quae ad manducandum de se ordinata non
sunt, sed ad alium usum, qui usus communiter manducatio non vocatur ;
talis cibi vel potus sumptio praeter manducationem unam ante vel post, non
facit esse binam manducationem ; et ideo talis sumptio jejunium non
solvit. |
Le jeûne est rompu de deux manières.
D’une manière, pour ce qui est du mérite, de sorte
qu’on ne mérite pas ou qu’on mérite moins. Nous ne
parlons pas de cette rupture du jeûne pour le moment, car les
conditions qui accroissent ou diminuent le mérite d’un acte sont
indéterminées, du fait qu’elles ont le caractère
d’accidents par rapport à l’acte méritoire.
D’une autre manière, le jeûne est rompu selon qu’il
a été établi par l’Église. Par cette
rupture, on transgresse , ou tout au moins, on n’observe pas une
décision de l’Église concernant l’observance du
jeûne, à moins de l’écarter par dispense ou pour
une cause légitime. C’est de cette rupture du jeûne sur
laquelle nous nous interrogeons ici. Sur ce point, il faut surtout prendre en
compte les intentions de celui qui a décidé. Or,
l’Église veut déterminer une certaine manière de
manger, à savoir, qu’on ne mange qu’une fois par jour
lorsqu’on jeûne. Si l’on répète la prise de
certaines choses par lesquelles on accomplit habituellement l’action de
manger, le jeûne, entendu dans le sens mentionné, est rompu.
Mais si l’on prend certaines choses qui ne sont pas destinées
par elles-mêmes à l’action de manger, mais à un
autre usage, usage qui n’est pas généralement
appelé action de manger, une telle prise de nourriture ou de boisson
avant ou après en plus d’une seule action de manger ne donne pas
une double action de manger. Une telle prise [de nourriture] ne rompt donc
pas le jeûne. |
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[16751] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis aliquis potus aliquo modo nutriat, tamen
de se non ordinatur ad nutriendum, sed magis ad dispositionem bonam eorum
quae nutriunt, ut scilicet per membra deducantur, et in stomacho non
comburantur ; unde sumptio potus manducatio non dicitur : et ideo
ille qui potat extra horam unicae comestionis, non dicitur bis
manducare ; et propter hoc nec statutum Ecclesiae frangit, nisi fraudem
faciat : quia legem violat qui in fraudem legis aliquid facit. |
1. Bien qu’une boisson nourrisse d’une
certaine manière, elle n’est cependant pas destinée par
elle-même à nourrir, mais plutôt à une bonne
disposition de ce qui nourrit, à savoir, que ce soit amené dans
les membres et que ce ne soit pas consumé dans l’estomac. Aussi
la prise d’une boisson n’est-elle pas appelée une action
de manger. C’est pourquoi on ne dit pas que celui qui boit en dehors de
l’heure de l’unique repas mange deux fois. Pour cette raison, il
n’enfreint pas non plus la décision de l’Église,
à moins que ce ne soit une fourberie, car celui qui commet une
fourberie contre la loi viole la loi. |
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[16752] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod aqua etsi solvat jejunium naturae, quia aliquo modo
nutrit ; non tamen solvit jejunium Ecclesiae ; quia Ecclesia non
attendit in statuendo id quod quocumque modo nutrire potest, sed id quod
principaliter ad nutriendum ordinatum est. |
2. Même si l’eau rompt le jeûne
naturel, parce qu’elle nourrit d’une certaine manière,
elle ne rompt cependant pas le jeûne de l’Église, car
l’Église ne vise pas par sa décision ce qui peut nourrir
de quelque manière que ce soit, mais ce qui est principalement destiné
à nourrir. |
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[16753] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod quidam dicunt, quod si electuaria comedantur ad delectationem, solvunt
jejunium ; si autem causa medicinae sumantur, non solvitur jejunium. Sed
statutum positivae legis non attendit intentionem observantis, sed ipsum
actum ; eo quod modus virtutis non cadit in praecepto, sed est finis
praecepti ; sed ex intentione potest aliquis mereri vel demereri. Et
ideo dicendum, quod electuaria etsi aliquo modo nutriant, non tamen hic est
principalis usus eorum ; unde nec loco manducationis sumi
consueverunt ; et ideo talis sumptio jejunium Ecclesiae non solvit, quamvis
homo possit totaliter vel in parte ex hoc meritum jejunii perdere ; vel
etiam mortaliter peccare, si sit immoderata libido. Non tamen est transgressor
praecepti Ecclesiae nisi in fraudem sumeret, aut si eis quasi aliis cibis
uteretur ad famem extinguendam. |
3. Certains disent que si des électuaires sont
pris pour le plaisir, ils rompent le jeûne ; mais s’ils sont
pris comme des remèdes, le jeûne n’est pas rompu. Mais une
décision de la loi positive ne tient pas compte de l’intention
de celui qui l’observe, mais de l’acte lui-même, parce que
le mode de la vertu n’est pas soumis au précepte, mais est la
fin du précepte. Or, par son intention, on peut mériter ou
démériter. Aussi faut-il dire même si les
électuaires nourrissent d’une certaine manière, ce
n’est pas là leur usage principal. On n’a donc pas coutume
de les prendre pour remplacer l’action de manger. Ainsi une telle prise
ne rompt pas le jeûne de l’Église, bien qu’on puisse
perdre en totalité ou en partie à cause de cela le
mérite du jeûne ; on peut aussi pécher mortellement,
s’il s’agit d’un désir immodéré. On ne
transgresse cependant le précepte de l’Église que si on
les prend par tromperie ou si on en fait usage comme d’autres aliments
pour amortir la faim. |
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[16754] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod odor non nutrit, ut patet per philosophum in libro de
sensu et sensato, sed aliquo modo confortat ; unde non solvit neque
jejunium naturae neque jejunium Ecclesiae. |
4. L’odeur ne nourrit pas, comme cela ressort de ce
que dit le Philosophe dans le livre Sur
le sens et ce qui est senti, mais renforce d’une certaine
manière. Aussi ne rompt-elle ni le jeûne naturel ni le
jeûne de l’Église. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16755] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod ille dicitur
jejunium Ecclesiae solvere qui modum abstinendi statutum ab Ecclesia non
servat. Cum autem jejunium Ecclesia instituerit ad satisfaciendum, et
concupiscentiam reprimendum, sicut determinavit ad abstinentiam jejunii
quantum ad numerum, ut scilicet semel tantum jejunans comederet ad
afflictionem carnis propter satisfactionem ; ita taxavit ut a carnibus
abstineretur, quia hoc genere cibi praecipue concupiscentia fovetur et
roboratur ; unde comestio carnium jejunium solvit ab Ecclesia
institutum. |
On dit que quelqu’un rompt le jeûne de
l’Église lorsqu’il n’observe pas la manière
de jeûner établie par l’Église. Puisque
l’Église a établi le jeûne en vue de la
satisfaction et pour réprimer la concupiscence, de même
qu’elle a déterminé de l’abstinence du jeûne
quant au nombre, à savoir que celui qui jeûne ne mange
qu’une fois seulement pour affliger la chair en vue de satisfaire, de
même a-t-elle décidé qu’on s’abstiendrait de
viande, parce que la concupiscence est entretenue et renforcée surtout
par ce genre de nourriture. La consommation de viande rompt donc le
jeûne établi par l’Église. |
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[16756] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod vinum concupiscentiam incitat inflammando per
modum alterantis ; et quia tales alterationes non diu manent, ideo potus
vini non adeo efficaciter operatur ad concupiscentiae fomentum, sicut esus
carnium, quo praecipue materia concupiscentiae ministratur, et calor
naturalis confortatur radicitus magis ; et ex alia parte subtractio vini
nimis debilitaret naturam propter digestionis impedimentum. |
1. Le vin excite la concupiscence en l’enflammant
comme quelque chose qui modifie. Et parce que ces modifications ne durent pas
longtemps, la consommation de vin n’entretient pas autant la
concupiscence que la consommation de viande, par laquelle la matière
de la concupiscence est surtout fournie, et la chaleur naturelle est
davantage renforcée dans sa source même. D’un autre
côté, la soustraction du vin affaiblirait trop la nature en
raison d’un empêchement à la digestion. |
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[16757] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 2 ad 2 Et
similiter dicendum ad secundum de inflatione leguminum, quod est accidentalis
causa concupiscentiam provocans, et cito transit. |
2. Il faut dire la même chose pour le gonflement
produit par les légumineuses, qui est une cause accidentelle
provoquant la concupiscence et qui passe rapidement. |
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[16758] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod pisces frigidiores sunt naturaliter quam carnes, nec
alimentum ita conveniens corpori praestant sicut aliae carnes ; unde non
fuit tanta necessitas prohibendi pisces, sicut carnes. |
3. Les poissons sont naturellement plus froids que la
viande et ils n’apportent pas au corps une nourriture aussi convenable
que les autres chairs. Il n’était donc pas aussi nécessaire
d’interdire les poissons, comme c’était le cas pour la
viande. |
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[16759] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod quadragesimale jejunium arctius observatur quam alia
jejunia, quia eo Christi jejunium secundum modum nostrum imitamur ; et
ideo, quamvis usus casei et ovorum in Quadragesima sit generaliter
interdictus, tamen in aliis jejuniis apud diversos in his est diversus abstinentiae
modus. |
4. Le jeûne du carême est observé plus
rigoureusement que les autres jeûnes, parce que nous imitons par lui,
à notre manière, le jeûne du Christ. C’est
pourquoi, bien que l’usage du fromage et des œufs soit interdit
d’une manière générale pendant le carême,
cependant, pour les autres jeûnes, les formes d’abstinence
varient selon la diversité des personnes. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16760] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 3 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod, sicut dictum
est, ille jejunium solvit qui Ecclesiae determinationem non servat. Unde cum
Ecclesia instituit certum tempus comedendi jejunantibus ; qui nimis notabiliter
anticipat, jejunium solvit. Non enim Ecclesia arctare intendit ad subtilem
temporis inspectionem ; nec oportet astrolabium accipere ad horam
comestionis cognoscendam. Unde sufficit si
circa horam illam quam Ecclesia instituit, jejunans sumat cibum, etiam si
aliquantulum propter aliquam necessitatem anticipet. |
Comme on l’a dit, celui qui n’observe pas ce
qui a été déterminé par l’Église
rompt le jeûne. Puisque l’Église a établi pour ceux
qui jeûnent un certain temps pour manger, celui qui anticipe de
manière notable rompt le jeûne. En effet, l’Église
n’a pas l’intention de se concentrer sur un examen subtil du
temps, et il n’est pas nécessaire de prendre un astrolabe pour
connaître l’heure du repas. Il suffit donc que celui qui
jeûne prenne de la nourriture aux environs de l’heure
établie par l’Église, même si on anticipe un peu
par nécessité. |
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[16761] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod omittere praeceptum Ecclesiae non licet, sed supererogare
licet ; et ideo cum tardatio horae ad poenalitatem jejunii faciat, licet
tardare per horam, sed non anticipare. |
1. Il n’est permis d’omettre un
précepte de l’Église, mais il est permis d’en faire
plus. Puisque le retard de l’heure ajoute au caractère de peine
du jeûne, il est donc permis d’en retarder l’heure, mais
non de l’anticiper. |
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[16762] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 3 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod ea in quibus non potest accipi certa mensura, non cadunt
sub determinatione legislatoris. Et quia non potest accipi certa mensura in
quantitate cibi vel aliis conditionibus numeratis, sicut in tempore accipi
potest ; ideo conditiones aliae quatuor non cadunt sub determinatione
praecepti Ecclesiae ; et ideo quamvis per inordinationem circa illas circumstantias
peccet, et meritum jejunii amittat vel in toto vel in parte, non tamen
Ecclesiae statutum transgreditur ; et ideo jejunium non solvit. |
2. Ce dont on ne peut prendre une mesure exacte
n’est pas soumis à la détermination du
législateur. Et parce qu’on ne peut prendre une mesure exacte
pour la quantité de nourriture et pour les autres conditions
chiffrées, comme on peut le faire pour le temps, les quatre autres
conditions ne sont pas soumises à la détermination du
précepte de l’Église. Bien qu’on pèche par
un désordre concernant ces circonstances et qu’on perde le
mérite du jeûne en totalité ou en partie, la
décision de l’Église n’est cependant pas
transgressée. On ne rompt donc pas le jeûne. |
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Quaestio 4 |
Question 4 – [La prière] |
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Prooemium |
Prologue
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[16763]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 pr. Deinde
quaeritur de oratione ; et circa hoc quaeruntur septem : 1 quid sit
oratio ; 2 de modo orandi ; 3 de speciebus orationis ; 4 quid
sit in oratione petendum ; 5 quis possit orare ; 6 cui competit
orare ; 7 de efficacia orationis. |
On s’interroge ensuite sur la prière. Sept
questions sont posées à ce sujet : 1 –
Qu’est-ce que la prière ? 2 – Sur la manière de
prier. 3 – Sur les espèces de prière. 4 – Que
faut-il demander dans la prière ? 5 – Qui peut prier ? 6 –
À qui revient-il de prier ? 7 – Sur l’efficacité de
la prière. |
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Articulus 1 [16764] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 tit. Utrum oratio sit quidam actus
affectivae partis |
Article 1 – La prière
est-elle un acte de la partie affective ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La prière est-elle un acte de la partie
affective ?]
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[16765] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur.
Videtur quod oratio sit quidam affectivae partis actus. Primo per Augustinum,
qui sic definit orationem : Oratio est purus affectus mentis in Deum
directus. |
1. Il semble que la prière soit un acte de la
partie affective. Premièrement, parce qu’Augustin définit
ainsi la prière : « La prière est un pur
sentiment de l’esprit dirigé vers Dieu. » |
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[16766] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Hugo de s. Victore dicit quod oratio est devotio quaedam
ex compunctione procedens. Sed devotio ad affectum pertinet. Ergo et oratio. |
2. Hugues de Saint-Victor dit que la prière est
une dévotion qui est issue de la componction. Or, la dévotion
se rapporte à l’affectivité. Donc, la prière
aussi. |
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[16767] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, imperium
et oratio non differunt nisi secundum relationem ad superiorem et ad
inferiorem, secundum quod imperatur inferiori, sed oratur superior. Sed voluntas est quae imperat aliis viribus. Ergo ipsa
etiam est cujus est orare et petere. |
3. Le commandement et la prière ne
diffèrent de la prière que selon le rapport au supérieur
et à l’inférieur : on commande à un
inférieur, mais on prie un supérieur. Or, c’est la
volonté qui commande aux autres puissances. C’est donc à
elle qu’il appartient de prier et de demander. |
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[16768] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 1 arg. 4 Praeterea, oratio
exterior interius desiderium insinuat orantis. Sed oratio interior est quae
per exteriorem innotescit. Ergo oratio interior nihil aliud est quam interius desiderium ;
et sic ad affectivam pertinet. |
4. La prière extérieure suggère le
désir intérieur de celui qui prie. Or, la prière
intérieure est celle qui est connue par la [prière]
extérieure. La prière intérieure n’est donc rien
d’autre qu’un désir intérieur et ainsi, elle
relève de l'affectivité. |
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[16769] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, super illud Psalm. 63 : exaudi Deus
orationem meam etc. dicit Glossa, quod oratio est quando vota nostra Deo
pandimus. Sed pandere, sive demonstrare, est actus rationis. Ergo et orare. |
Cependant, [1] à
propos de Ps 63 : Entends ma
prière, Seigneur, etc., la Glose dit que la prière consiste
à exprimer nos désirs à Dieu. Or, exprimer ou montrer
est un acte de la raison. Donc aussi, prier. |
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[16770] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, secundum
Damascenum, oratio est petitio decentium a Deo. Sed decentia importat
ordinem alicujus ad alterum. Cum ergo ordinare sit rationis, et oratio rationis
erit. |
[2] Selon [Jean] Damascèene, « la
prière consiste à demander à Dieu ce qui
convient. » Or, la convenance comporte l’ordre d’une
chose par rapport à une autre. Puisqu’il appartient à la
raison d’ordonner, la prière relèvera donc de la raison. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La prière est-elle l’acte d’un don, et non celui d’une vertu ?] |
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[16771]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sit actus doni, et non virtutis.
Quia, secundum Hugonem de s. Victore, ubi supra, oratio est contemplationis
pars. Sed contemplatio ad sapientiam pertinet ; quia ea perficitur
superior pars rationis, quae contemplandis aeternis inhaeret, ut Augustinus
dicit. Ergo oratio est actus sapientiae. |
1. Il semble que [la prière] soit l’acte
d’un don, et non celui d’une vertu, car, selon Hugues de
Saint-Victor, à l’endroit indiqué plus haut, la
prière est une partie de la contemplation. Or, la contemplation
relève de la sagesse, car la partie supérieure de la raison,
qui s’adonne à la contemplation des réalités
éternelles, est perfectionnée par elle, comme le dit Augustin.
La prière est donc un acte de la sagesse. |
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[16772] Super Sent., lib.
4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea,
ut dicit Damascenus, oratio est ascensus intellectus in Deum. Sed ascendere
ad donum intellectus pertinet ; unde sexta beatitudo, qua dicitur :
beati mundo corde, quoniam ipsi Deum videbunt ; intellectus dono
attribuitur, ut patet in Glossa, Matth. 5. Ergo oratio est actus intellectus
doni. |
2. Comme le dit [Jean] Damascène, la prière
est l’élévation de l’intellect vers Dieu. Or,
l’élévation relève du don
d’intelligence ; de là la sixième béatitude
où il est dit : Bienheureux
ceux qui ont un cœur pur, car ils verront Dieu ;
l’intelligence est attribuée à un don, comme cela ressort
de la Glose sur Mt 5. La prière est donc un acte du don
d’intelligence. |
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[16773] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, Gregorius
dicit : Orare est amaros gemitus in compunctione resonare. Sed
gemere est actus scientiae doni ; quia tertia beatitudo, qua
dicitur : beati qui lugent, ad donum scientiae reducitur :
Matth. 5, in Glossa, et ab Augustino, 2 Lib. de Doctr. Christ. Ergo oratio est actus doni. |
3. Grégoire dit : « Prier,
c’est faire entendre les plaintes amères de la
componction. » Or, gémir est un acte du don de science, car
la troisième béatitude qui dit : Bienheureux ceux qui pleurent, est ramenée au don de science
par la Glose sur Mt 5, et par Augustin, Sur
la doctrine chrétienne, II. La prière est donc
l’acte d’un don. |
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[16774] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, videtur quod sit actus virtutis. Jac. 1,
6 : postulet autem in fide nihil haesitans. Sed fides est virtus.
Ergo oratio quae est postulatio, est actus virtutis. |
Cependant, [1] il semble qu’elle soit l’acte d’une
vertu. Jc 1, 6 : Qu’il
demande avec foi sans aucune hésitation. Or, la foi est une vertu.
La prière, qui est une demande, est donc l’acte d’une
vertu. |
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[16775] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, Augustinus dicit : fides credit,
spes et caritas orant, et orando impetrant. Sed spes et caritas sunt
virtutes. Ergo oratio est actus virtutis. |
[2] Augustin dit : « La foi croit,
l’espérance et la charité prient et obtiennent en
priant. » Or, l’espérance et la charité sont
des vertus. La prière est donc l’acte d’une vertu. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La prière est-elle un acte soumis à un précepte ?] |
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[16776]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod oratio non sit actus cadens in
praecepto. Quod enim voluntatis est, non est necessitatis. Sed oratio maxime
est voluntatis, quia est quaedam volitorum petitio. Ergo non necessitatis ;
et ita non cadit sub praecepto. |
1. Il semble que la prière ne soit pas un acte
soumis à un précepte. En effet, ce qui relève de la
volonté n’est pas nécessaire. Or, la prière
relève au plus haut point de la volonté, car elle est une
demande de ce qu’on veut. Elle n’est donc pas nécessaire.
Ainsi, elle n’est pas soumise à un précepte. |
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[16777] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, petitio non videtur aliquid aliud esse, nisi ut nostrum
desiderium alteri innotescat. Sed superfluum est alicui exponere quod ipse
scit. Ergo cum Christiana religio non contineat aliqua superflua praecepta,
alias superstitio esset ; videtur quod non cadat sub praecepto orare
Deum, cui omnia desideria nostra sunt nota. |
2. Une demande ne semble consister en rien d’autre
que faire connaître notre désir à un autre. Or, il est
superflu d’exposer à quelqu’un ce qu’il
connaît. Puisque la religion chrétienne ne contient aucun
précepte superflu, autrement elle serait une superstition, il semble
donc que prier Dieu, de qui tous nos désirs sont connus, ne soit pas
soumis à un précepte. |
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[16778] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, Deus liberalissime sua bona dat. Sed liberalius datur
quod sine precibus datur ; quia, sicut Seneca dicit, nulla res carius
emitur quam quae precibus empta est. Ergo non debet per praeceptum
exigere preces de eo quod vult dare ; nec iterum de eo quod non vult
dare ; quia quod Deus non vult, nos non debemus velle, ut sic sit
conformitas nostrae voluntatis ad Deum ; et quod non debemus velle, non
debemus petere. Ergo nullo modo oratio cadit sub praecepto. |
3. Dieu donne ses biens avec la plus grande
libéralité. Or, ce qui est donné sans prières est
donné de manière plus libérale, car, comme le dit
Sénèque, « rien n’est acheté plus cher
que ce qui a été acheté par des
prières ». Il ne doit donc pas exiger par un
précepte des prières portant sur ce qu’il veut donner, ni
sur ce qu’il ne veut pas donner, car ce que Dieu ne veut pas, nous ne
devons pas le vouloir, afin qu’il y ait conformité entre notre
volonté et Dieu ; et ce que nous ne devons pas vouloir, nous ne
devons pas le demander. La prière n’est donc d’aucune
manière soumise à un précepte. |
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[16779] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, super illud Luc. 18 : oportet
semper orare etc. dicit Chrysostomus : dum dicit : oportet,
necessitatem dicit. Sed necessitas talis non potest esse nisi ex
praecepto. Ergo oratio cadit sub praecepto. |
Cependant, à propos de Lc 18 : Il faut toujours prier, etc., Chrysostome dit :
« Lorsqu’il dit : ‘Il faut’, il indique
quelque chose de nécessaire. » Or, une telle
nécessité ne peut venir que d’un précepte. La
prière est donc soumise à un précepte. |
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[16780] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, oratio contra jejunium et eleemosynam
dividitur. Sed utraque illarum est in praecepto. Ergo et oratio. |
Cependant, la prière est placée à
côté du jeûne et de l’aumône. Or, ces deux
choses sont soumises à un précepte. Donc, la prière aussi. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16781] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod,
sicut dicit Cassiodorus in Psalm. 85, oratio dicitur quasi oris ratio. Unde
ex suo nomine oratio significat expressionem alicujus actus rationis per
effectum oris. Habet autem ratio duos actus, etiam secundum quod est
speculativa. Primus est componere et dividere ; et iste actus rationis
exprimitur ore per orationem, quam philosophus in 1 Periherm. describit.
Secundus actus rationis est discurrere de uno in aliud innotescendi
causa ; et secundum hoc syllogismus oratio quaedam dicitur. Et quia sermones rhetorici, qui conciones dicuntur,
continent argumentationes ad persuadendum accommodatas, inde est quod etiam
orationes dicuntur, et rhetores oratores. Et quia orationes istae, praecipue
quantum ad genus causarum quod judiciale dicitur, ordinantur ad hoc quod
aliquid a judice petamus ; unde et in jure advocationes postulationes
dicuntur ; ideo translatum est ulterius hoc nomen ad significandum
petitionem quam Deo aliquis facit velut judici, qui habet curam nostrorum
actuum ; et sic definit Damascenus orationem : Oratio est
petitio decentium a Deo ; sic enim loquitur hic de oratione ;
et ideo cujus actus est petitio, ejus actus est oratio. Sciendum est ergo,
quod homo ab aliis animalibus differt quantum ad virtutem et motivam partem,
in duobus. Primo quantum ad volitum vel concupitum ; quod quidem aliis
animalibus ex natura determinatum est, homini autem non. Secundo quantum ad
prosecutionem voliti sive concupiti ; quia alia animalia habent
determinatas vias et instrumenta, quibus sua desideria expleant ; et
ideo quam cito in eis fit desiderii motus, tam cito membra ad actum
applicant, nisi sit aliquid prohibens per violentiam : homo autem non
habet vias et instrumenta determinata ; et ideo ratio hujusmodi subvenit
in his duobus ; quia et inquirit proprium et determinatum bonum quod
desiderari oporteat, et instrumenta ad opus determinat in prosecutione
desiderati ; et ideo in nobis actus rationis praecedit et sequitur actus
voluntatis. Praecedit quidem, inveniens per consilium quid per voluntatem eligi
oporteat ; sequitur autem per imperium, ordinando unicuique instrumento
quod ei oporteat facere ; et hunc rationis actum imperativus modus
exprimit in verbis. Instrumenta autem quae ratio applicat per imperium ad
prosecutionem vel consecutionem desiderati, non solum sunt vires animae et
membra corporis, sed etiam exteriores homines ; quia quae per amicos
fiunt, aliqualiter per nos fiunt, ut philosophus dicit in 3 Ethic. Sed etiam
exteriores amici non sunt in potestate nostra, sicut sunt membra corporis et
vires animae ; et ideo applicatio praedicta eorum qui extra nos sunt, ad
consecutionem desiderati, quandoque dicitur imperium vel praeceptum, quando
scilicet illi sunt in potestate nostra : quandoque autem dicitur
petitio, quando non sunt in potestate nostra quasi nobis subjecti ; vel
etiam deprecatio, si supra nos sunt ; unde sicut imperium est actus
rationis, ita petitio et deprecatio ; et hoc patet per philosophum in 1
Ethic., qui dicit, quod ratio ad optima deprecatur. Unde et per consequens oratio rationis est actus,
applicantis desiderium voluntatis ad eum qui non est sub potestate nostra,
sed supra nos, scilicet Deum. Unde definitio Damasceni : Oratio est
petitio decentium a Deo, verissime essentiam orationis declarat. |
Comme le dit Cassiodore à propos du Ps 85, Oratio [prière] signifie oris ratio [litt. : raison de la bouche]. Par son nom même, la prière signifie donc l’expression d’un acte de la raison au moyen de la bouche. Or, la raison possède deux actes, même en tant qu’elle est spéculative. Le premier consiste à composer et à diviser : cet acte de la raison est exprimé au moyen de la bouche par le discours [per orationem], que le Philosophe décrit dans Perihermeneias, I. Le second acte de la raison consiste à passer d’une chose à une autre en vue de la faire connaître : on dit ainsi que le syllogisme est un discours [oratio]. Et parce que les discours rhétoriques, appelés harangues, contiennent des argumentations conçues pour persuader, de là vient qu’ils sont appelés des orationes et les rhéteurs, des orateurs. Et parce que ces discours, surtout dans le genre de causes qu’on appelle judiciaires, ont en vue de demander quelque chose à un juge, on appelle en droit les représentations par les avocats des demandes [postulationes]. Aussi ce mot a-t-il été étendu pour signifier une demande [petitio] que l’on fait à Dieu comme à un juge qui s’occupe de nos actes. Ainsi [Jean] Damascène définit-il la prière : « La prière est la demande à Dieu de ce qui convient. » C’est en ce sens que nous parlons ici de la prière. Ainsi, la prière est l’acte de celui qui fait une demande. Il faut donc savoir que l’homme diffère de deux manières des autres animaux pour ce qui est de la puissance et de la partie qui meut. Premièrement, par ce qui est voulu ou désiré, qui a été déterminé par la nature pour les autres animaux, mais non pour l’homme. Deuxièmement, pour ce qui est de la poursuite de ce qui est voulu ou désiré, car les autres animaux ont des moyens et des instruments déterminés par lesquels ils réalisent leurs désirs ; aussi, dès qu’apparaît chez eux un mouvement du désir, ils appliquent immédiatement leurs membres à l’acte, à moins qu’il y ait quelque chose qui les en empêche par la violence. Mais l’homme n’a pas de moyens et d’instruments déterminés. C’est pourquoi la raison y supplée de deux manières : elle recherche le bien propre et déterminé qu’il faut désirer, et elle détermine les instruments de l’acte en vue de la poursuite de ce qui est désiré. Aussi, chez nous, l’acte de la raison précède-t-il et l’acte de la volonté suit-il. [L’acte de la raison] précède en trouvant par la délibération ce qui doit être choisi par la volonté ; [l’acte de la volonté] suit par le commandement, en ordonnant à chaque instrument ce qu’il lui faut faire. Et le mode impératif exprime sous forme de paroles cet acte de la raison. Mais les instruments que la raison applique par son commandement à la poursuite ou à l’obtention de ce qui est désiré ne sont pas seulement les puissances de l’âme et les membres du corps, mais aussi les hommes extérieurs, car ce qui est accompli par des amis est accompli d’une certaine manière par nous-mêmes, comme le Philosophe le dit dans Éthique, III. Or, même les amis extérieurs ne sont pas en notre pouvoir, comme le sont les membres de notre corps et les puissances de notre âme. C’est pourquoi cette application de ceux qui nous sont extérieurs à la poursuite de ce qui est désiré est appelée parfois commandement ou précepte, lorsqu’ils sont en notre pouvoir ; mais parfois elle est appelée demande, lorsqu’ils ne sont pas en notre pouvoir en tant que sujets, ou encore supplique, s’ils nous sont supérieurs. De même que le commandement est un acte de la raison, de même la demande et la supplique le sont-ils. Cela ressort de ce que dit le Philosophe dans Éthique, I, que la raison demande ce qui est le meilleur. Par conséquent, la prière est un acte de la raison, qui applique le désir de notre volonté à celui qui n’est pas en notre pouvoir, mais nous est supérieur, à savoir, Dieu. Ainsi la définition de [Jean] Damascène : « La prière est la demande à Dieu de ce qui convient » met-elle en évidence l’essence de la prière de la manière la plus vraie. |
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[16782] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod dirigere affectum mentis in Deum contingit dupliciter.
Uno modo sicut in objectum ; et hoc modo affectus in Deum directus, est
amor Dei ; et sic non loquitur hic Augustinus. Alio modo affectus in
Deum dirigitur, ut in illum quo affectus mentis desiderantis explendus
est ; et hanc directionem affectus in Deum facit ratio praedicto modo,
applicando ad ipsum illud quod desiderat affectus ; et ipsa directio affectus
in Deum oratio est ; unde definitio illa materialis est, secundum quod
per rem directam significatur ipsa directio ; sicut etiam quandoque per
fidem significatur res credita ; et similis modus loquendi est cum
dicitur, quod ratio est desiderium boni, in Glossa 1 Thess. 5, quia ipsum
desiderium est res orata expleri. |
1. Orienter le sentiment de l’esprit vers Dieu se
réalise de deux manières. D’une manière, [vers
Dieu] en tant qu’objet : de cette manière, le sentiment
orienté vers Dieu est l’amour de Dieu. Ce n’est pas ce
dont veut parler Augustin. D’une autre manière, le sentiment est
orienté vers Dieu comme vers celui par qui le sentiment de
l’esprit qui désire doit être accompli : c’est
cette orientation du sentiment vers Dieu que réalise la raison de la
manière indiquée, en lui appliquant ce que le sentiment
désire. Cette orientation du sentiment vers Dieu est la prière.
Cette définition est donc faite du point de vue de la matière,
selon que, par la chose orientée, l’orientation est
signifiée, de la même façon qu’on signifie par la
foi la réalité crue. On parle de la même manière
lorsqu’on dit que la raison est le désir du bien, dans la Glose
sur 1 Th 5, car le désir lui-même est que la réalité
demandée se réalise. |
|
[16783] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut in petitione exteriori dicitur aliquid esse
petitio dupliciter ; scilicet secundum veritatem, ut cum dicimus, da
mihi hoc ; et secundum interpretationem quamdam, ut cum aliquis manum
porrigit, vel necessitatem exponit : ita etiam interior oratio quae fit
ad Deum, est quidem secundum rei veritatem actus rationis, ut dictum est,
quodammodo Deum pulsantis ; sed recogitatio necessitatum propriarum et
erectio spei ad Deum sunt quaedam orationes per quamdam interpretationem ;
et sic etiam devotio oratio dicitur ab Hugone de s. Victore, ubi supra. |
2. De même que, pour la demande extérieure,
on parle de demande de deux manières, en vérité, comme
lorsque nous disons : « Donne-moi cela », et selon
une certaine interprétation, comme lorsque quelqu’un tend la
main ou présente son besoin, de même la prière
intérieure qui est adressée à Dieu est en
vérité, comme on l’a dit, un acte de la raison frappant
pour ainsi dire chez Dieu. Mais le retour sur nos besoins propres et
l’élévation de l’espérance vers Dieu sont
des prières selon une certaine interprétation. Ainsi la
dévotion est-elle aussi appelée une prière par Hugues de
Saint-Victor à l’endroit indiqué plus haut. |
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[16784] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ille qui petit aut imperat aut deprecatur, advocat
aliquid ad consecutionem finis vel prosecutionem intenti. Hoc autem non est
voluntatis, quia ipsa simpliciter et absolute fertur in suum objectum, quod
est finis ; sed est rationis, cujus est ordinare unum ad aliud ; et
ideo proprie accipiendo imperium, non est voluntatis. Sed dupliciter
dicitur voluntas imperare. Uno modo per quamdam interpretationem, sive
aequivalentiam ; quia enim imperans per imperium suum movet, ideo actus
animae ad quem motus statim sequitur, imperium dicitur, et quia ad actum
appetitivae, si sit completus, statim sequitur motus in corporalibus organis,
ideo appetitivae virtutes dicuntur imperantes motum. Alio modo inquantum
principium imperii in voluntate est. Advocare enim aliquem ad finem suum,
quod ad imperium pertinet, praesupponit appetitum finis, et est quaedam
prosecutio illius ; et propter hoc potentiae, vel artes operativae seu
habitus qui sunt circa finem, dicuntur imperare istis quae sunt circa ea quae
sunt ad finem ; et secundum hoc voluntas, quae habet finem pro objecto,
dicitur imperare, inquantum imperium, quod est actus rationis, in voluntate
incipit, ad quam pertinet desiderium finis. |
3. Celui qui demande, commande ou supplie se fait
l’avocat d’une chose en vue de la poursuite d’une fin ou de
l’obtention de ce vers quoi il tend. Or, cela n’est pas le fait
de la volonté, car elle est simplement et absolument portée
vers son objet, qui est la fin ; mais cela relève de la raison,
à qui il revient d’ordonner une chose à une autre.
À proprement parler, le commandement ne relève donc pas de la
volonté. Mais on dit que la volonté commande de deux
manières. D’une manière, selon une certaine
interprétation ou équivalence, parce que, en effet, celui qui
commande meut par son commandement. C’est pourquoi l’acte de
l’âme que suit aussitôt le mouvement est appelé
commandement, et parce que le mouvement suit aussitôt l’acte de
la puissance appétitive dans les organes corporels, s’il est
complet, on dit donc que les puissances appétitives commandent le
mouvement. D’une autre manière, en tant que le principe du
commandement se situe dans la volonté. En effet, se faire
l’avocat d’une chose en vue de sa fin, ce qui relève du
commandement, présuppose le désir de la fin et est une certaine
poursuite de celle-ci. Pour cette raison, on dit que les puissances ou les
arts opératoires ou les habitus qui portent sur la fin commandent
à ceux qui se rapportent à la fin. De ce point de vue, on dit
que la volonté, qui a la fin comme objet, commande, pour autant que le
commandement, qui est un acte de la raison, commence dans la volonté,
dont relève le désir de la fin. |
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[16785] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod verbum exterius prolatum est signum alicujus
dupliciter. Uno modo immediate, illius scilicet ad quod significandum
principaliter institutum est ; sicut hoc nomen ignis, significat
elementum quoddam. Alio modo mediate, scilicet quando ipsa res quae primo
significatur, accipitur ut signum alterius rei ; sicut ignis significat
caritatem propter aptitudinem quam habet illa res ad significandam caritatem
ex similitudine quadam. oratio igitur exterior vocalis significat immediate
actum rationis deprecantis, si etiam oratio exterior per modum rationis proponatur,
ut cum dicitur, Sap. 9, 4 : da mihi sedium tuarum assistricem
sapientiam. Sed mediata significatione ipsum desiderium exprimit, sicut
principium a quo procedit, ut ex dictis patet ; et secundum hoc
intelligenda est praemissa descriptio orationis, quod oratio est quando vota
nostra Deo pandimus. |
4. La parole proférée à
l’extérieur est le signe de quelque chose de deux
manières. D’une manière, elle est de façon
immédiate le signe de ce qu’elle a été destinée
à signifier, comme le mot « feu » signifie un certain
élément. D’une autre manière, elle l’est de
façon médiate, lorsque la chose elle-même qui est
signifiée en premier lieu est considérée comme le signe
d’une autre chose, comme le feu signifie la charité en raison de
la capacité qu’a cette chose à signifier la
charité selon une certaine ressemblance. La prière
extérieure vocale signifie donc immédiatement l’acte de
la raison qui prie, si la prière extérieure est mise de
l’avant par mode de raison, comme lorsqu’on dit, en
Sg 9, 4 : Donne-moi la
sagesse qui entoure ton trône. Mais elle exprime selon une
signification médiate le désir lui-même, en tant
qu’il est le principe dont elle procède, comme cela ressort de
ce qui a été dit. C’est de cette manière
qu’il faut comprendre la description de la prière
rappelée : « La prière consiste à
exposer nos désirs à Dieu. » |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16786] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod oratio actus
quidam est. Dicimus autem actum aliquem esse virtutis actum, si in sui
ratione aliquid claudat quod ad ordinem virtutis pertineat, etiam si non
omnia quae ad virtutem requiruntur, in sui ratione contineat ; et ideo
oportet quod illius virtutis actus ponatur ad quam pertinet illa conditio
quae sibi ordinem virtutis tribuit. oratio autem non importat aliquam
rationem virtutis ex genere actus ; quod genus est petitio ; sed
absolute actum potentiae demonstrat, nulla circumstantia vel in bonum vel
malum, vestitum. Adduntur autem a Damasceno ubi Sup. duae differentiae, quae
ordinem virtutis demonstrant, scilicet decentium et a Deo ;
quod est petere quod oportet, et a quo oportet. Sed prima conditio non
complet rationem orationis, quia si ab homine decentia petamus, talis petitio
oratio non dicitur ; nec etiam est de essentia orationis, quia si etiam
quis indecentia petat a Deo, orat quidem, sed carnaliter orat ; unde
illa conditio magis pertinet ad bene esse orationis quam ad rationem suae
speciei. Relinquitur ergo quod ex hoc
oratio speciem trahit et ad rationem virtutis trahitur, quod est a Deo
petitio. Cum
autem petitio, sive deprecatio quae ad superiorem fit, reverentiam habeat
adjunctam ex qua impetrare nititur quod intendit ; constat quod oratio
ex hoc efficaciam habet ad impetrandum illud pro quo oratur, quod Deo
reverentiam exhibet ; unde cum Deo reverentiam exhibere sit actus
latriae, ut in 3 Lib., dist. 9, qu. 1, art. 1, quaestiunc. 1 ad 3, dictum est,
oratio actus latriae erit elicitive. Nec
obstat quod latria in voluntate est, non in ratione, cujus actus est
oratio ; quia justitia, cujus pars est latria, materialiter utitur
actibus omnium virium, ut ex eis reddat cuilibet quod suum est ; unde
cohibet actum concupiscibilis, ne aliquis moechetur ; et actum
irascibilis, ne quis occidat ; et similiter utitur actu rationis, ut ex
eo Deo reverentiam exhibeat. Et quia latria est virtus, et non donum, ut
dictum est in 3 Lib., dist. 34, qu. 1, art. 1, ideo oratio erit actus
virtutis, et non doni. |
La prière est un acte. Mais nous disons
qu’un acte est l’acte d’une vertu s’il inclut dans sa
définition quelque chose qui relève de l’ordre de la
vertu, même s’il n’inclut pas dans sa définition
tout ce qui exigé pour la vertu. C’est pourquoi il est
nécessaire que soit indiqué l’acte de la vertu de
laquelle relève la condition qui lui confère l’ordre de
la vertu. Or, la prière ne comporte pas la raison de vertu par le
genre de l’acte, qui est une
demande, mais elle manifeste de manière absolue l’acte
d’une puissance, qui n’est revêtu d’aucune
circonstance en bien ou en mal. Or, deux différences sont
ajoutées par [Jean] Damascène à l’endroit indiqué,
qui montrent l’ordre de la vertu : « ce qui
convient » et « [demander] à Dieu »,
ce qui est demander ce qu’il faut et à qui il le faut. Mais la
première condition ne complète pas la définition de la
prière, car si nous demandions ce qui convient à un homme, une
telle demande ne serait pas appelée une prière ; elle ne
fait pas non plus partie de l’essence de la prière, car si
l’on demande à Dieu même des choses qui ne conviennent
pas, on prie néanmoins, mais on prie charnellement. Cette condition
appartient donc plutôt à la bonté de la prière
qu’à l’essence de son espèce. Il reste donc que la
prière tire son espèce et est tirée dans le sens de la
raison de vertu par le fait qu’elle est une demande adressée
à Dieu. Or, comme est jointe à la demande ou à la
supplique qui est adressée à un supérieur une
révérence par laquelle elle s’efforce d’obtenir ce
qu’elle a en vue, il est clair que la prière tire de la
révérence qu’elle manifeste son efficacité pour
obtenir ce pour quoi l’on prie. Puisque manifester de la
révérence à Dieu est un acte de latrie, comme on
l’a dit dans le livre III, d. 9, q. 1, a. 1, qa 1, ad 3, la prière
est donc un acte issu de la latrie. Et cela ne fait pas de différence
que la latrie se trouve dans la volonté, et non dans la raison, dont
la prière est un acte, car la justice, dont la latrie est une partie,
utilise comme matière les actes de toutes les vertus, afin de rendre
par eux à chacun ce qui lui est dû. Elle retient donc
l’acte du concupiscible pour qu’on ne fornique pas ; et
l’acte de l’irascible pour qu’on ne tue pas. Elle utilise
de la même manière l’acte de la raison afin de manifester
de la révérence envers Dieu. Et parce que la latrie est une
vertu, et non un don, comme on l’a dit dans le livre III, d. 34, a. 1,
a. 1, la prière sera donc l’acte d’une vertu, et non
d’un don. |
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[16787] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod contemplatio aliquando capitur stricte pro actu
intellectus divina meditantis ; et sic contemplatio est sapientiae
actus. Alio modo communiter pro omni actu quo quis a negotiis exterioribus
sequestratus soli Deo vacat : quod quidem contingit dupliciter ;
vel inquantum homo Deum loquentem in Scripturis audit, quod fit per
lectionem ; vel inquantum Deo loquitur, quod fit per orationem.
Meditatio autem ad utrumque se habet quasi medium inter ea ; quia ex hoc
quod nobis loquitur in Scripturis, ei per meditationem intellectu et affectu
praesentamur ; et sic praesentati ei, vel praesentem eum habentes, ei
loqui possumus per orationem ; et ideo posuit Hugo, ubi Sup., tres
contemplationis partes ; primam lectionem, secundam meditationem,
tertiam orationem. Nec tamen oportet quod sit oratio sapientiae actus ab ea elicitus,
quamvis sapientia per meditationem viam orationi praeparet. |
1. La contemplation est entendue parfois au sens strict
pour l’acte de l’intellect qui médite les
réalités divines ; la contemplation est ainsi un acte de
la sagesse. D’une autre manière, elle est entendue d’une
manière générale de tout acte par lequel, isolé
des occupations extérieures, on vaque à Dieu seul. Cela se
produit de deux manières : du fait que l’homme
écoute Dieu qui parle dans les Écritures, ce qui se réalise
par la lecture ; du fait qu’il parle à Dieu, ce qui se
réalise par la prière. Mais la méditation a un rapport
avec les deux : elle occupe une place intermédiaire entre les
deux, car, du fait que Dieu nous parle dans les Écritures, nous lui
sommes présents par l’intelligence et l’affectivité
dans la méditation ; ainsi présents à lui ou en
l’ayant présent, nous pouvons lui parler par la prière.
C’est pourquoi Hugues a présenté trois parties de la
contemplation, à l’endroit indiqué : la
première, la lecture ; la deuxième, la
méditation ; la troisième, la prière. Toutefois, il
n’est pas nécessaire que la prière soit un acte issu de
la sagesse, bien que la sagesse prépare la voie à la
prière par la méditation. |
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[16788] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod ascensus intellectus in Deum est duplex. Unus quo
ascendit in ipsum cognoscendum ; et talis ascensus pertinet ad donum
intellectus ; sed de hoc non loquitur Damascenus. Alius est ascensus in
Deum ut in quo auxilium quaerit, ut in Psalm. 122, 1, dicitur : ad te
levavi oculos meos qui habitas in caelis ; et talis ascensus est
oratio. Unde non sequitur quod sit actus doni intellectus ; sed potest
ipsum praesupponere, sicut secundus ascensus praesupponit primum. |
2. L’élévation de l’intelligence
vers Dieu est double. L’une par laquelle elle
s’élève vers lui pour le connaître : une telle
élévation relève du don d’intelligence, mais
[Jean] Damascène ne parle pas de cela. Une autre est
l’élévation vers Dieu comme vers celui auprès de
qui on cherche secours, comme il est dit dans le Ps 122, 1 : J’ai levé les yeux vers toi
qui demeures dans les cieux. La prière est une telle
élévation. Il n’en découle donc pas qu’elle
soit un acte du don d’intelligence, mais elle peut le
présupposer, comme la seconde élévation
présuppose la première. |
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[16789] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod gemitus sive fletus non est oratio per essentiam, sed
est quasi fundamentum orationis. Superflua enim videtur petitio, ubi necessitas
deest ; et ideo recognitio suae miseriae, qua indigentem se aliquis
videt, et sibi subvenire non potest, quae gemitum in affectu facit, quasi
oratio reputatur a Deo ; et propter hoc Augustinus dicit, quia orationis
negotium plus gemitibus quam verbis agitur, et plus fletu quam affatu. |
3. Les gémissements et les pleurs ne sont pas la
prière selon son essence, mais comme un fondement de la prière.
En effet, la demande paraît superflue là où il n’y
pas de besoin. C’est pourquoi la reconnaissance de sa misère,
par laquelle on voit qu’on est indigent et qu’on ne peut se
secourir, qui cause le gémissement dans l’affectivité,
est considérée comme une prière par Dieu. Pour cette
raison, Augustin dit que « la prière consite davantage dans
les gémissements que dans les paroles, et dans les larmes plus que
dans les paroles ». |
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[16790] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 2 ad s. c. Ad ea quae in
contrarium objiciuntur, dicendum, quod fides, spes, et caritas praesupponuntur
ad latriam, ut in 3 Lib., dist. 9, dictum est, et sic actus orationis eis attribuitur.
Tamen etiam ad orationem secundum propriae speciei rationem habent aliquam
convenientiam, et praeexiguntur ad eam. Petitio
enim frustra ad aliquem dirigitur, nisi credatur quod petitum praestare possit,
et speretur quod velit ; et est praesumptuosa petitio, nisi ei fiat qui
aliquo modo petenti unitus sit ; unionem autem caritas facit. |
Aux objections en sens contraire, il faut répondre
que la foi, l’espérance et la charité sont
présupposées à la latrie, comme on l’a dit dans le
livre III, d. 9, et ainsi l’acte de prière leur est-il
attribué. Cependant, elles ont aussi quelque chose en commun avec la
prière selon son espèce propre et elles en sont des exigences
antécédentes. En effet, on adresse en vain une demande à
quelqu’un, si l’on ne croit pas qu’il peut accorder ce qui
est demandé et si l’on n’espère pas qu’il le
veuille. Et c’est une demande présomptueuse, si elle n’est
pas adressée à quelqu’un qui est d’une certaine
manière uni à celui qui demande. Or, la charité
réalise l’union. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16791] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod oratio cadit
sub praecepto et determinate et indeterminate. Determinate quidem ad aliquas orationes
ex praecepto tenentur illi qui ex officio sunt medii inter Deum et populum
constituti, sicut ministri Ecclesiae ; unde ex officio eis incumbit
preces ad Deum in persona totius Ecclesiae fundere ; et ideo ex statuto
Ecclesiae tenentur ad horas canonicas dicendas. Sed indeterminate ad
orationem quilibet tenetur ex hoc ipso quod tenetur ad bona spiritualia sibi
procuranda, quae non nisi divinitus dantur ; unde alio modo procurari
non possunt, nisi ut ab ipso petantur ; et etiam ex hoc ipso quod caritatis
praecepto tenetur proximum sicut seipsum diligere, tenetur ei in necessitate
beneficus esse non solum per corporales eleemosynas, sed etiam per
spirituales ; quarum una est oratio, ut prius dictum est. Sed omnibus
etiam qui Ecclesiae ministerio non funguntur, videtur ab Ecclesia
determinatum tempus orandi statutum esse, cum ex canonum statuto teneantur
diebus festis divinis officiis interesse, ut ministris pro populo orantibus
suam intentionem conforment. |
La prière est soumise à un précepte
de manière à la fois déterminée et
indéterminée. De manière déterminée, sont
tenus à certaines prières ceux qui, par leur fonction, sont des
médiateurs entre Dieu et le peuple, tels les ministres de
l’Église. Par leur fonction, il leur incombe donc de faire des
prières à Dieu au nom de toute l’Église.
C’est pourquoi ils sont obligés de dire les heures canoniques
par un précepte de l’Église. Mais, de manière
indéterminée, tous sont tenus à la prière par le
fait même qu’ils sont obligés de se procurer des biens
spirituels, qui ne peuvent être donnés que par Dieu. Aussi ne
peuvent-ils se les procurer qu’en les lui demandant. Par le fait
qu’ils sont obligés par le commandement de la charité
d’aimer leur prochain comme eux-mêmes, ils sont aussi
obligés de leur faire du bien, non seulement par des aumônes
corporelles, mais aussi par des [aumônes] spirituelles, dont
l’une est la prière, comme on l’a dit plus haut. Mais pour
tous, même pour ceux qui ne s’acquittent pas d’un ministàre
de l’Église, il apparaît qu’un temps déterminé
a été établi pour prier, puisque, par décision du
droit canonique, ils sont obligés d’être présents
aux offices divins les jours de fête, afin de conformer leur intention
aux ministres qui prient pour le peuple. |
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[16792] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod ex hoc ipso quod aliquid est voluntatis,
excluditur necessitas absoluta etiam coactionis, non autem necessitas ex
suppositione finis ; quia amor qui maxime voluntarius est, necessarius
est, si quis velit ad salutis finem pervenire ; et hoc modo etiam oratio
necessaria est, et sub praecepto cadens respectu eorum quorum voluntas sub
necessitate praedicta cadit. |
1. Du fait même que quelque chose relève de
la volonté, la nécessité absolue est
écartée, même celle due à la contrainte, mais non
la nécessité dépendant d’une fin projetée,
car l’amour, qui est ce qu’il y a de plus volontaire, est
nécessaire, si l’on veut parvenir à la fin du salut. La
prière est aussi nécessaire de cette manière et est
soumise à un précepte en regard de ce à quoi la
volonté est soumise selon la nécessité indiquée. |
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[16793] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod per orationem praecipimur vota nostra Deo pandere,
non ut eum doceamus quid desideremus, sed ut affectum et intellectum nostrum
dirigamus in illum. |
2. Il nous est enjoint de présenter nos
désirs à Dieu, non pas pour l’informer de ce que nous
désirons, mais pour que nous orientions vers lui notre intelligence et
notre affectivité. |
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[16794] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod Deus orationem acceptat, et de eo quod dare vult, et
interdum de eo quod dare non vult. De eo quidem quod dare vult, ut idonei
simus ab ipso accipere ; quod non esset, si ab eo non speraremus quod
desideramus. Nec esse durum homini debet, se Deo per orationem subjicere,
sicut homini per preces : quia in hoc totum bonum nostrum consistit quod
Deo subditi simus ; non autem in hoc quod homini subdamur. De eo autem
quod dare non vult ; quia ipse vult nos pie velle quod ipse juste non
vult, sicut in fine primi libri dictum est. |
3. Dieu agrée la prière portant sur ce
qu’il veut donner et parfois sur ce qu’il ne veut pas donner. Sur
ce qu’il veut donner, afin que nous soyons capables de le recevoir de
lui, ce qui ne serait pas le cas si nous n’espérions pas ce que
nous désirons. Et il n’est pas nécessaire que cela soit
difficile pour l’homme de se soumettre à Dieu par la
prière, comme ce l’est envers un homme, car tout notre bien
consiste dans la soumission à Dieu, et non dans la soumission à
un homme. Sur ce qu’il ne veut pas donner, car il veut que nous
voulions saintement ce qu’il ne veut pas justement, comme on l’a
dit à la fin du premier livre. |
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Articulus 2 [16795] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 tit. Utrum Oratio debeat esse
vocalis, an mentalis tantum |
Article 2 – La prière doit-elle être vocale ou seulement mentale ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La prière doit-elle vocale ou seulement
mentale ?]
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[16796] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur.
Videtur quod oratio non debeat esse vocalis, sed mentalis tantum. oratio enim
debet esse occulta, et ad Deum tantum ; quia est petitio decentium a
Deo ; unde dicitur Matth. 6,
6 : tu autem, cum oraveris, intra cubiculum, et clauso ostio, ora
patrem tuum. Sed oratio vocalis non est occulta, nec ad Deum tantum esse
videtur ; quia Deus ad cor respicit, non ad voces. Ergo oratio sine voce
esse debet. |
1. Il semble que la prière ne doive pas être
vocale, mais seulement mentale. En effet, la prière doit être
cachée et s’adresser à Dieu seulement, car
« elle est la demande à Dieu de ce qui
convient ». Aussi est-il dit en Mt 6, 6 : Mais toi, lorsque tu pries, va dans ta
chambre et, après avoir fermé la porte, prie ton Père.
Or, la prière vocale n’est pas cachée et elle ne semble
pas s’adresser à Dieu seulement, car Dieu regarde le cœur,
et non les paroles. La prière ne doit donc pas être vocale. |
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[16797] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, oratio est pars contemplationis. Sed contemplatio non
existit in aliquo exteriori actu, sed tantum in interiori. Ergo oratio non
debet voce exteriori fieri. |
2. La prière est une partie de la contemplation.
Or, la contemplation ne consiste pas dans un acte extérieur, mais
seulement dans un acte intérieur. La prière ne doit donc pas
être faite par la parole extérieure. |
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[16798] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, per orationem debet intellectus in Deum ascendere,
secundum Damascenum, et affectus in Deum dirigi, secundum Augustinum. Sed
occupatio animae oirca corporales actus retrahit ascensum intellectus et
affectus ad divina ; quia anima non potest intense circa diversa occupari.
Ergo oratio debet esse sine voce tantum in corde. |
3. Par la prière, l’intelligence doit
s’élever vers Dieu, selon [Jean] Damascène, et
l’affectivité doit être orientée vers Dieu, selon
Augustin. Or, l’occupation de l’âme à des actes corporels
retient l’élévation de l’intelligence et de
l’affectivité vers les réalités divines, car
l’âme ne peut pas être occupée avec intensité
à des choses différentes. La prière doit donc exister
seulement dans le cœur, sans paroles. |
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[16799] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur in Psal. 141, 1 : voce
mea ad dominum clamavi. |
Cependant, [1] il est dit dans Ps 141, 1 : J’ai crié à pleine
voix vers le Seigneur. |
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[16800] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, oratio est actus latriae, ut dictum est. Sed
actus latriae non solum in interioribus actibus, sed etiam in exterioribus
consistit. Ergo oratio non solum debet esse in corde, sed etiam in voce. |
[2] La prière est un acte de latrie, comme on
l’a dit. Or, l’acte de latrie ne consiste pas seulement dans des
actes intérieurs, mais aussi dans des actes extérieurs. La
prière ne doit donc pas se trouver seulement dans le cœur, mais
aussi dans la voix. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La prière doit-elle être longue ?] |
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[16801]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod oratio non debet esse diuturna.
Matth. 6, 7 : Orantes autem nolite multum loqui. Sed qui diu
vocaliter orat, multum loquitur. Ergo oratio vocalis ad minus non debet esse
diuturna. |
1. Il semble que la prière ne doive pas être longue. Mt 6, 7 : Lorsque vous priez, ne multipliez pas les paroles. Or, celui qui prie en paroles parle beaucoup. La prière vocale tout au moins doit donc être longue. |
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[16802]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, divinum praeceptum non est praetergrediendum.
Sed dominus praecepit orantes sic orare : pater noster et cetera.
Ergo videtur quod non oportet alias orationes addere. |
2. Le commandement divin ne doit pas être
transgressé. Or, le Seigneur a ordonné que ceux prient prient
ainsi : Notre Père, etc. Il
semble donc qu’il ne soit pas nécessaire d’ajouter
d’autres prières. |
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[16803] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, oratio ad
Deum fusa, debet esse cum fiducia, Jacob. 1, 6 : postulet autem in
fide nihil haesitans. Sed prolixitas petitionis est signum diffidentiae
in petitionibus quae ad homines diriguntur ; unde verba multiplicantur
ad hoc quod animus ejus ad quem petitio dirigitur, flectatur. Ergo oratio ad Deum non debet esse diuturna. |
3. La prière présentée à Dieu
doit être faite avec confiance, Jc 1, 6 : Qu’on demande avec foi, sans
hésiter. Or, la prolixité d’une demande est un signe
du manque de confiance dans les demandes qui sont adressées aux
hommes ; les paroles sont ainsi multipliées pour que
l’esprit de celui à qui s’adresse la demande soit
fléchi. La prière adressée à Dieu ne doit donc
pas être longue. |
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[16804] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est, 1 Timoth. 5, 5 : quae vere
vidua est et desolata (...) vacet orationibus die ac nocte. Ergo oratio
debet esse diuturna. |
Cependant, [1] En sens
contraire, 1 Tm 5, 5 dit : Celle qui est vraiment veuve et éplorée…,
qu’elle se consacre aux prières de jour comme de nuit. La
prière doit donc être longue. |
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[16805] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, omnis Christi actio nostra est instructio.
Sed Christus legitur diutius orasse, ut patet Lucae 22. Ergo oratio nostra
debet esse diuturna. |
[2] Toute action du Christ est un enseignement pour nous.
Or, on lit que le Christ a prié longuement, comme cela ressort de
Lc 22. Notre prière doit donc être longue. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Doit-on jamais cesser de prier ?] |
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[16806]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nunquam debeat aliquis ab oratione
cessare. Lucae 18, 1 : dicebat autem ad illos similitudinem, quoniam
oportet semper orare, et nunquam deficere. |
1. Il semble qu’on ne doive jamais cesser de prier. Lc 18, 1 : Il leur disait une parabole, à l’effet qu’il fallait toujours prier et ne jamais cesser. |
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[16807] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea, 1
Thessal., ult. : sine intermissione orate. |
2. 1 Th 5 dit : Priez sans cesse. |
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[16808] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, oratio
est quaedam annuntiatio desiderii ad eum per quem explendum expectatur. Sed homo semper debet
desiderare ea quae oranda sunt, scilicet bona spiritualia. Ergo oratio debet
esse semper. |
3. La prière est une manifestation de son
désir à celui dont on en attend la réalisation. Or,
l’homme doit toujours désirer ce pour quoi il doit prier, les
biens spirituels. La prière doit donc toujours durer. |
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[16809] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, quando homo orat, non potest operibus
misericordiae vacare. Sed quandoque tenetur eis vacare. Ergo homo non semper debet orare. |
Cependant, [1] lorsque l’homme prie, il ne peut vaquer aux
œuvres de miséricorde. Or, il est parfois tenu d’y vaquer.
L’homme ne doit pas prier sans cesse. |
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[16810] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, oratio,
secundum Hugonem, est pars contemplationis. Sed homo non semper debet vacare
contemplationi, sed quandoque ad actionem se extendere. Ergo non debet semper orare. |
[2] Selon Hugues, la prière est une partie de la
contemplation. Or, l’homme ne doit pas toujours vaquer à la
contemplation, mais parfois aller jusqu’à l’action. Il ne doit donc pas
toujours prier. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [L’attention actuelle est-elle nécessaire à la prière ?] |
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[16811]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod actualis attentio sit de
necessitate orationis. Quia, sicut dicit GregOrius, illam orationem Deus
non audit cui ille qui orat, non intendit. Sed ad hoc fit oratio ut a Deo
exaudiatur. Ergo supervacua est oratio, si sit sine attentione. |
1. Il semble que l’attention actuelle soit nécessaire à la prière, car, ainsi que le dit Grégoire, « Dieu n’écoute pas celui qui prie sans porter attention à celui qu’il prie ». Or, la prière est faite afin qu’on soit exaucé par Dieu. La prière qui est faite sans attention est donc superflue. |
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[16812]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea, Hugo de sancto Victore dicit : si
cum orationem fundimus, aliud quodlibet in corde versamus, etiam si illud bonum
sit, a culpa liberi non sumus. Sed oratio quae habet culpam adjunctam, non habet
suam efficaciam. Ergo requiritur ad orationem actualis attentio. |
2. Hugues de Saint-Victor dit : « Lorsque
nous prions, si notre cœur est tourné vers quelque chose
d’autre, même si cela est bon, nous ne sommes pas exempts de
faute. » Or, la prière à laquelle une faute est
associée n’a pas d’efficacité. L’attention
actuelle est donc nécessaire à la prière. |
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[16813] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4
a. 2 qc. 4 arg. 3 Praeterea,
oratio est ascensus intellectus ad Deum, secundum Damascenum, ut supra. Sed
quando deest attentio, intellectus non ascendit in Deum. Ergo non est oratio. |
3. La prière est une élévation de
l’intelligence vers Dieu, selon [Jean] Damascène, comme on
l’a dit dit plus haut. Or, lorsque l’attention fait
défaut, notre intelligence ne s’élève pas vers
Dieu. Ce n’est donc pas une prière. |
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[16814] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 4 arg. 4 Praeterea, omne opus virtutis debet ex electione procedere. Sed
oratio est opus virtutis. Ergo debet esse cum attentione, sine qua non est
electio. |
4. Tout acte de vertu doit procéder d’un
choix. Or, la prière est un acte de vertu. Elle doit donc être
faite avec l’attention sans laquelle il n’y a pas de choix. |
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[16815] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 4 s. c. 1 Sed contra est quod nullus tenetur ad impossibile. Sed
impossibile est mentem diu attentam teneri ad aliquid quin ad alia subito
rapiatur. Ergo non est de necessitate orationis quod semper comitetur ipsam
attentio. |
Cependant, [1] personne n’est tenu à
l’impossible. Or, il est impossible que l’esprit soit longtemps retenu par une chose
sans être tout à coup détourné vers autre chose.
Il n’est donc pas nécessaire à la prière que
l’attention l’accompagne toujours. |
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[16816] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 4 s. c. 2 Praeterea, in aliis operibus meritoriis non requiritur
quod semper adsit actualis attentio ; sicut non oportet quod ille qui
peregrinatur, semper de peregrinatione sua cogitet. Ergo videtur quod nec in
oratione sit necessarium. |
[2] Pour les autres actes méritoires, il
n’est pas nécessaire qu’existe toujours une attention
actuelle ; ainsi, il n’est pas nécessaire que celui qui
fait un pèlerinage pense toujours à son pèlerinage. Il
semble donc que cela ne soit pas non plus nécessaire lorsqu’on
prie. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [L’attention nuit-elle à la prière ?] |
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[16817]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod attentio orationi noceat. Quia,
ut dicit Hugo de sancto Victore, pura est oratio, quando ex abundantia
devotionis mens ita accenditur ut cum se postulatura ad Deum converterit,
etiam suae petitionis obliviscatur. Sed qui obliviscitur suae petitionis,
non videtur attendere orationi. Ergo cum oratio maxime debeat esse pura,
videtur quod impediatur oratio per attentionem. |
1.
Il semble que l’attention nuise à la prière, car, ainsi
que le dit Hugues de Saint-Victor, « la prière est pure
lorsque, en raison de l’abondance de la dévotion, l’esprit
est à ce point enflammé qu’en se tournant vers Dieu pour
lui adresser ses demandes, il oublie même ses demandes ».
Or, celui qui oublie ses demandes ne semble pas porter attention à sa
prière. Puisque la prière doit être pure au plus haut
point, il semble donc que l’attention soit un obstacle à la prière. |
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[16818] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 5 arg. 2 Praeterea, sicut intentio orationem dirigit, ita etiam alios
exteriores actus. Sed in aliis exterioribus actibus plurimum noceret, si
actualis intentio semper adesset ; quia optimus citharaedus pessimus
redderetur, ut Avicenna dicit. Ergo nocet attentio, si continue adsit
orationi. |
2. De même que l’attention oriente la
prière, de même oriente-t-elle les autres actes
extérieurs. Or, dans les autres actes extérieurs, ce serait une
très grande nuisance si l’attention actuelle était
toujours présente, car le meilleur joueur de cithare deviendrait le
pire, comme le dit Avicenne. L’attention est donc nuisible si elle est
présente dans la prière de manière continue. |
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[16819] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 5 arg. 3 Praeterea, non potest mens humana ad plura simul intenta esse. Sed
aliquando oportet orantem esse attentum ad finem quem intendit, vel ad
cogitandum de Deo, cui orationem fundit : quod omittere orationi nocet.
Ergo nocivum est oranti, si semper ad orationem quam facit, attentionem
habeat. |
3. L’esprit humain ne peut porter attention
à plusieurs choses en même temps. Or, parfois, il faut que celui
qui prie porte attention à la fin qu’il vise ou penser à
Dieu à qui il adresse sa prière ; l’omettre nuit
à la prière. Il est donc nuisible pour celui qui prie de
toujours porter attention à la prière qu’il fait. |
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[16820] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 5 s. c. 1 Sed contra, Augustinus dicit in regula : Psalmis
et hymnis cum oratis Deum, hoc versetur in corde quod profertur in ore. |
Cependant, [1] Augustin dit dans sa Règle : « Lorsque vous priez Dieu par des
psaumes et des hymnes, que vous cœur se tourne vers ce que dit votre
bouche. » |
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[16821] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 5 s. c. 2 Praeterea, Joan. 4, 24 : spiritus est
Deus : et eos qui adorant eum, oportet in spiritu et veritate adorare.
Ergo attentio quae facit spiritu orare, orationi non nocet. |
[2] Jn 4, 24 dit : Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l’adorent
l’adorent en esprit et vérité. L’attention qui
fait prier en esprit ne nuit donc pas à la prière. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16822] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 2 qc. 1 co. Respondeo
dicendum ad primam quaestionem, quod duplex est oratio : scilicet
privata, quam quisque pro se facit ; et publica, quae facienda incumbit
ministris Ecclesiae, ut dictum est. Et quia haec publica oratio non fit ab
orante solum pro se, sed pro aliis ; ideo non debet solum esse mentalis,
sed vocalis etiam, ut per orationem voce expressam etiam alii ad devotionem
excitentur, et ad continuandum intentionem suam orantibus ; et propter
hoc etiam cantus ab Ecclesia instituti sunt. Unde Augustinus dicit de seipso,
quod flebat uberrime in hymnis et canticis suave cantantis Ecclesiae, et quod
voces illae influebant auribus ejus, et eliquabatur veritas in cor ejus.
Oratio autem privata est quam quis pro seipso facit ; et haec quidem
potest et voce et sine voce fieri, secundum quod magis orantis animo
suppetit. Sed tamen vox orationi adjungitur propter quatuor. Primo ut homo
excitet seipsum verbis ad devote orandum. Secundo ut intentionem custodiat ne
evagetur ; magis enim tenetur ad unum, si verba etiam orantis affectui
conjunguntur. Tertio ex vehementia devotionis in orante vox sequitur ;
quia motus superiorum virium, si sit fortis, etiam ad inferiores
redundat ; unde et cum mens orantis per devotionem accenditur, in fletus
et suspiria et jubilos et voces inconsiderate prorumpit. Quarto propter debitum
justitiae ; quia Deo, cui reverentia exhibetur, non solum mente, sed
etiam corpore serviendum est. |
Il existe une double prière : la
prière privée, que chacun fait pour soi ; la prière
publique, qu’il incombe aux ministres de l’Église de
faire, comme on l’a dit. Parce que cette prière publique
n’est pas faite par celui qui prie seulement pour lui-même, mais
pour les autres, elle ne doit donc pas être seulement mentale, mais
aussi vocale, afin que, par la prière formulée oralement, les
autres aussi soient incités à la dévotion et à
joindre leur intention à ceux qui prient. C’est aussi pour cette
raison que le chant a été établi par
l’Église. Ainsi Augustin dit-il à propos de
lui-même qu’il pleurait abondamment lorsque que
l’Église chantait des hymnes et des cantiques, que ces paroles
coulaient dans ses oreilles et que la vérité se
répandait dans son cœur. Mais la prière privée est
celle que chacun fait pour soi : celle-ci peut être faite de
manière orale ou non, selon qu’elle répond davantage
à l’esprit de celui qui prie. Toutefois, la parole est
associée à la prière pour quatre raisons.
Premièrement, afin que l’homme s’incite par des paroles
à prier dévotement. Deuxièmement, afin qu’il maintienne
son attention, de sorte qu’elle ne s’égare pas : en
effet, elle se concentre davantage sur une chose si les paroles de celui qui
prie sont associées à son sentiment. Troisièmement, la
parole découle de l’ardeur de la dévotion chez celui qui
prie, car le mouvement des puissances supérieures, s’il est
fort, se répercute aussi dans les puissances inférieures ;
ainsi, lorsque l’esprit de celui qui prie est enflammé par la
dévotion, il déborde en pleurs, en soupirs, en cris de joie et
en paroles. Quatrièmement,
en raison de ce qui est dû en justice, car il faut servir Dieu,
à qui est dû le respect, non seulement par son esprit, mais
aussi par son corps. |
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[16823] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod sicut dicit Gregorius, bonum opus sic debet agi in publico, ad
aedificationem scilicet, ut semper intentio maneat in occulto ; unde
ille qui publice orat, si exterius non gloriam hominum, sed solius Dei
quaerit, in occulto manet intentio, et soli Deo orat per intentionem ;
etsi etiam proximo innotescat oratio ad aedificationem. |
1. Comme le dit Grégoire, l’acte bon doit
être fait en public de telle manière, en vue de
l’édification, que l’intention en demeure toujours
cachée. L’intention de celui qui prie publiquement, s’il
cherche non pas la gloire des hommes à l’extérieur, mais
celle de Dieu seul, demeure toujours cachée, et il prie seulement Dieu
en intention, même si sa prière est connue du prochain pour son
édification. |
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[16824] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod actus immediate ad Deum directi, etiamsi exteriores
sint, ad vitam contemplativam pertinent, et sunt contemplationis partes,
secundum quod large accipitur ; quamvis non sint, secundum quod stricte
sumitur pro ipsa meditatione sapientiae, ut dictum est. Unde etiam lectio,
quae immediate ad meditationem divinorum ordinatur, pars contemplationis
ponitur, quae fit voce quandoque. |
2. Les actes directement orientés vers Dieu,
même s’ils sont extérieurs, relèvent de la vie
contemplative et sont des parties de la contemplation conçue au sens
large, bien qu’ils n’en soient pas, si on la conçoit au
sens strict de méditation de la sagesse, comme on l’a dit. La
lecture elle-même, qui est immédiatement ordonnée
à la méditation des réalités divines et qui se
fait parfois oralement, est donc présentée comme une partie de
la contemplation. |
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[16825] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quando duae vires ordinatae sunt ad idem, una non
impedit aliam in suo actu, sed magis juvat, sicut sensus imaginationem,
quando ad idem ordinantur ; sic intentio expressa per vocem non impedit
ascensum intellectus ad Deum, nisi nimia cura in verbis proferendis fiat,
sicut illi qui verba composita in oratione proferre nituntur. |
3. Lorsque deux puissances sont ordonnées à
la même chose, l’une n’empêche pas l’autre dans
son acte, mais plutôt l’aide, comme les sens aident
l’imagination, lorsqu’ils sont ordonnés à la
même chose. Ainsi, l’attention exprimée par la parole
n’empêche pas l’élévation de
l’intelligence vers Dieu, à moins qu’elle ne porte trop
d’attention à prononcer des paroles, comme ceux qui
s’efforcent d’utiliser des verbes composés en priant. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16826] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 2 qc. 2 co. Ad
secundam quaestionem dicendum, quod in oratione praecipue attenditur orantis
devotio ; et ideo tantum debet oratio protendi, quantum devotio orantis
conservari potest ; et ideo si diu possit devotio conservari, debet
oratio esse diuturna et prolixa ; si autem prolixitas fastidium vel
taedium pariat, oratio non est diutius protrahenda. Unde Augustinus in Lib.
de orando Deum : dicuntur fratres in Aegypto crebras quidem habere
orationes, sed eas tamen brevissimas et raptim quodammodo jaculatas, ne illa
vigilanter erecta, quae oranti plurimum necessaria est, per diuturniores
moras evanescat atque hebetetur intentio ; ac per hoc ipsi satis
ostendunt hanc intentionem sicut non esse obtundendam si durare non potest,
ita si perduraverit, non esse rumpendam. |
Dans la prière, on retient surtout la
dévotion de celui qui prie. Ainsi, la prière doit se prolonger
aussi longtemps que la dévotion de celui qui prie peut être
maintenue. Si la dévotion peut être maintenue longtemps, la
prière doit donc être longue et prolixe ; mais si la
prolixité engendre l’ennui ou le dégoût, la
prière ne doit pas être prolongée davantage. Aussi
Augustin dit-il dans le livre Sur la
prière adressée à Dieu : « On dit
que les frères d’Égypte faisaient des prières
fréquentes, mais très brèves et formulées pour
ainsi dire à la hâte, de crainte que l’attention qui avait
été dressée avec soin et qui est au plus haut point
nécessaire à celui qui prie, ne disparaisse au cours de
périodes plus prolongées, et que l’attention ne s’engourdisse.
Ils montrent ainsi suffisamment que cette attention ne doit pas être
émoussée si elle ne peut durer, et qu’elle ne doit pas
être interrompue si elle peut être prolongée. » |
|
[16827] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod secundum Augustinum ibidem, absit ab oratione
multa locutio, sed non desit multa precatio, si fervens perseveret
intentio ; nam multum loqui est in orando rem necessariam verbis
superfluis agere ; multum autem precari est ad eum quem precamur,
diuturna et pia cordis exercitatione pulsare. |
1. Selon Augustin, au même endroit, « la
multiplicité des paroles doit être bannie de la prière,
mais une prière abondante ne doit pas faire défaut, pourvu que
dure une attention fervente, car parler beaucoup en priant, c’est faire
une chose nécessaire avec beaucoup de paroles superflues, mais prier
beaucoup, c’est frapper chez celui que nous prions par un mouvement du
cœur durable et pieux ». |
|
[16828] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 2 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod sicut Augustinus in eodem Lib. dicit, liberum est aliis
atque aliis verbis, scilicet ab his quae in oratione dominica petuntur, eadem
tamen secundum rem in orando dicere ; sed non debet esse liberum
alia secundum rem in orando dicere. Et ideo praecepto dominico non
obligamur ad verba illa, sed solum ad res illas petendas a Deo ; quia,
ut in eodem Lib. dicit, quaelibet alia verba dicamus, quae affectus
orantis vel praecedendo format ut clareat, vel consequendo accendit ut
crescat, nihil aliud dicimus quam quod in oratione dominica positum est, si
recte et congruenter oramus. |
2. Comme le dit Augustin dans le même livre, « on
est libre de dire en réalité les mêmes choses en priant
par d’autres paroles », à savoir, que celles qui sont
demandées dans la prière du Seigneur ; « mais
on n’est pas libre de dire en réalité d’autres
choses en priant ». C’est pourquoi nous ne sommes pas
obligés à ces paroles par un commandement du Seigneur, mais
seulement à demander ces choses, car, comme il le dit dans le
même livre, « toutes les autres paroles que nous pouvons
dire, que l’amour de celui qui prie formule antérieurement pour
être clair ou suscite par la suite afin de grandir, nous disons
qu’elles ne sont rien d’autre que ce qui a été
présenté dans la prière du Seigneur, si nous prions
correctement et de la manière qui convient ». |
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[16829] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod petitio fit homini ad hoc quod desiderium petentis ei innotescat ad
flectendum ipsum verbis ; sed orationem ad Deum fundimus, ut desiderium
nostrum exerceamus ; et ideo utile est diu orare, si diuturna
exercitatione desiderium crescat. |
3. Une demande est adressée à un homme pour
que le désir de celui qui demande lui soit manifesté afin de le
fléchir par des paroles. Mais nous adressons la prière à
Dieu afin d’exercer notre désir. C’est pourquoi il est
utile de prier longuement, si le désir augmente par
l’entraînement. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16830] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod aliquis actus
dicitur durare dupliciter : aut secundum essentiam ; aut secundum
virtutem, sive effectum suum : sicut motio ejus qui lapidem projicit,
durat per essentiam actus dum manum lapidi movendo apponit ; sed virtus
motionis manet dum lapis ex vi impulsionis primae movetur. Similiter etiam
dico, quod orationis duratio dupliciter potest considerari : vel
secundum essentiam actus ; et sic non debet aliquis continue orare, vel
semper, quia oportet etiam interdum circa alia occupari : vel secundum
virtutem ; et sic ejus virtus praecipue quantum ad sui initium manet in
omnibus operibus aliis quae facimus ordinate, quia omnia ad vitam aeternam habendam
ordinare debemus ; et ideo desiderium vitae aeternae, quod est orationis
principium, manet in omnibus operibus bonis secundum virtutem : et
propter hoc dicitur in Glossa 1 Thessal. : non cessat orare qui non
cessat bene agere. Et sicut virtus motionis primae continue debilitatur,
ut quandoque lapis impulsus quiescat, vel contrario modo moveatur, nisi
iterum impellatur ; ita, ut dicit Augustinus, curis vitae desiderium
quodammodo tepescit ; et ideo certis horis ad negotium orandi mentem
revocamus, ne desiderium quod tepescere inceperat, omnino frigescat. |
On dit qu’un acte dure de deux manières : selon son essence ou selon sa puissance ou son effet, comme le mouvement de celui qui lance une pierre dure par son essence aussi longtemps qu’il applique la main à la pierre pour la mouvoir, mais la puissance du mouvement demeure aussi longtemps que la pierre est mue par la puissance de la première impulsion. De même, je dis que la durée de la prière peut être envisagée de deux manière. Selon l’essence de l’acte : ainsi, on ne doit pas prier de manière continue ou toujours, car il faut entre-temps s’occuper d’autres choses. Selon la puissance [de l’acte de prière] : ainsi, sa puissance demeure surtout à son début dans toutes les autres actions que nous faisons de manière ordonnée, car nous devons tout ordonner à la vie éternelle. C’est pourquoi le désir de la vie éternelle, qui est le principe de la prière, demeure dans tous les actes bons selon la vertu. Pour cette raison, on dit dans la Glose à propos de 1 Th : « Celui qui agit bien ne cesse pas de prier. » Et de même que la puissance du premier mouvement s’affaiblit continuellement, au point où le lancement de la pierre s’arrête à un certain moment ou qu’elle est mue en sens contraire, si elle n’est pas de nouveau lancée, de même, comme le dit Augustin, « le désir s’attiédit d’une certaine façon par les soucis de la vie ; c’est pourquoi nous ramenons l’esprit vers la prière à des heures déterminées, de crainte que le désir qui avait commencé à s’attiédir ne se refroidisse complètement ». |
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[16831] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod dominus per hoc quod dixit, quod oportet semper
orare, non intendit quod orationis actus nunquam interrumpatur, sed quod non
interrumpatur quasi nunquam resumendus ; quod quidem faciunt qui si
statim non exaudiuntur, ab oratione cessant ; quia orationis diuturnitate
impetratur quod petitur, sicut per exemplum dominus probat. |
1. En disant qu’il faut toujours prier, le Seigneur
n’entendait pas que l’acte de prière ne soit jamais
interrompu, mais qu’il ne soit pas interrompu comme s’il ne
devait jamais être repris. C’est ce que font ceux qui, dès
qu’ils ne sont pas exaucés, cessent de prier, car c’est
par la durée de la prière qu’on obtient ce que l’on
demande, comme le Seigneur le montre par un exemple. |
|
[16832] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod sicut Augustinus dicit, sine intermissione orare,
nihil aliud est quam beatam vitam sine intermissione desiderare. Vel
dicendum, quod sine intermissione orare ibi accipit apostolus, ut ab oratione
statutis horis non desistamus ; vel ut per beneficia pauperibus
exhibita, eorum orationes nostras faciamus, etiam quando nos ab oratione
desistimus, ut in vitis patrum quidam sanctus exponit. |
2. Comme le dit Augustin, prier sans discontinuer
n’est rien d’autre que de désirer sans discontinuer la vie
bienheureuse. Ou bien il faut dire que l’Apôtre entend prier sans
discontinuer en cet endroit au sens où nous ne devons pas manquer de
prier aux heures établies, ou que, par les bienfaits montrés
aux pauvres, nous fassions nôtres leurs prières, même
lorsque nous cessons de prier, comme l’explique un saint dans les Vies des pères. |
|
[16833] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad tertium patet
solutio ex dictis. |
3. La solution du troisième argument ressort
clairement de ce qui a été dit. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[16834] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod attentio
actualis requiritur ad orationem aliquo modo, vel ad vitandum transgressionem,
quae est in illa oratione quae est in praecepto, vel ad meritum in illa quae
non est in praecepto ; sed non omnibus modis. Sicut enim dictum est, aliquis actus manet per
essentiam et virtutem quandoque ; sed quandoque transit actu et manet
virtute, sicut in exemplo de projectione lapidis patuit ; et sic manere
actum in virtute est quidam medius modus inter ipsum esse et in habitu et in
actu ; quia quod in habitu est, neque virtute neque per essentiam actus
est. Secundum
hoc ergo dico, quod attentio in oratione manere debet semper secundum
virtutem, sed non requiritur quod semper maneat per essentiam actus. Manet
autem secundum virtutem, quando aliquis ad orationem accedit cum intentione
aliquid impetrandi, vel Deo debitum obsequium reddendi, etiam si in
prosecutione orationis mens ad alia rapiatur ; nisi tanta fiat evagatio,
quod omnino depereat vis primae intentionis ; et ideo oportet quod
frequenter homo cor revocet ad seipsum. |
L’attention actuelle dans la prière est
requise d’une certaine manière, soit pour évtier une
transgression dans la prière qui est soumise à un
précepte, soit pour le mérite de celle qui n’est pas
soumise à un précepte. Mais ce n’est pas le cas de toutes
les manières. En effet, comme on l’a dit, un acte demeure
parfois par son essence et par sa puissance ; mais parfois, l’acte
passe et la puissance demeure, comme cela était clair dans
l’exemple du lancement de la pierre. Ainsi, pour l’acte, demeurer
en puissance est un état intermédiaire entre exister par
habitus et exister en acte, car ce qui existe par habitus n’existe ni
par sa puissance ni par son essence. Je dis donc que, dans la prière,
l’attention doit toujours demeurer par la puissance de l’acte,
mais qu’il n’est pas exigé qu’elle demeure toujours
par son essence. Or, elle demeure lorsque quelqu’un commence à
prier avec l’intention d’obtenir quelque chose ou de rendre
à Dieu le culte qui lui est dû, même si, dans la poursuite
de la prière, l’esprit est entraîné vers
d’autres choses, à moins que ne se produise un tel
égarement que la puissance de la première intention ne disparaisse
complètement. C’est pourquoi il faut que le cœur de
l’homme revienne fréquemment en lui-même. |
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[16835] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod verbum Gregorii intelligendum est, quando attentio
nullo modo conjungitur orationi. |
1. Il faut entendre la parole de Grégoire du cas
où l’attention n’est d’aucune manière
associée à la prière. |
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[16836] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod verbum Hugonis intelligendum est quando aliquis ex
proposito mentem ad alia distrahit in orando ; tunc enim sine culpa non
est, praecipue si in aliis sponte se occupat quae mentem distrahunt, sicut
sunt exteriora opera ; et si ad contrarium mens evagetur, etiam culpa
mortalis erit. Si autem sine hoc quod percipiamus, mens ad alia
evagetur ; vel culpa caret, vel parvissima culpa est ; nisi
praecedens cogitatio, ex qua contingit evagatio talis, in culpa esse dicatur. |
2. La parole d’Hugues doit s’entendre du cas
où quelqu’un détourne intentionnellement son esprit dans
la prière. En effet, il n’est pas alors sans faute, surtout
s’il s’occupe de son plein gré d’autres choses qui
distraient l’esprit, comme le font les actes extérieurs ;
et si l’esprit s’égare vers des choses contraires
[à la prière], ce sera même une faute mortelle. Mais si.
sans que nous nous en apercevions, l’esprit s’égare vers
d’autres choses, ou bien il n’y aura pas de faute, ou bien ce
sera une faute très petite, à moins qu’on dise
qu’une pensée précédente, qui a provoqué un
tel égarement, est peccamineuse. |
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[16837] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 4 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ascendit intellectus in Deum, quando orationem ad Deum
ordinavit, et virtus illius ascensus in tota oratione manet. |
3. On dit que l’intelligence
s’élève vers Dieu lorsqu’il oriente la
prière vers Dieu et que sa puissance de cette élévation
dure pendant toute la prière. |
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[16838] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 4 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod in operibus virtutis non oportet quod semper actualis
electio adsit, sicut non oportet quod ille qui eleemosynam dat, semper de
eleemosyna cogitet ; sed sufficit semel cogitasse, dum eleemosynam dare
disposuit ; nisi contraria cogitatione praecedens intentio interrumpatur. |
4. Dans les actes de vertu, il n’est pas
nécessaire qu’il y ait toujours un choix actuel, de même
qu’il n’est pas nécessaire que celui qui fait
l’aumône pense toujours à l’aumône, mais il
suffit qu’il y ait pensé une fois, lorsqu’il a
décidé de faire l’aumône, à moins que, par
une pensée contraire, l’intention précédente ne
soit interrompue. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[16839] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 2 qc. 5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod attentio in
oratione potest esse duplex : primo enim est attentio ad verba quibus
petimus ; deinde ad petitionem ipsam ; et ad ea quae petitionem
ipsam circumstant, sicut est necessitas pro qua petitur, Deus qui rogatur, et
alia hujusmodi ; et quaecumque harum attentionum adsit, non est
reputanda inattenta oratio. Unde etiam
illi qui non intelligunt petitionis verba, ad orationem attenti esse possunt.
Sed tamen
ultima attentio est laudabilior quam secunda, et secunda quam prima. Et quia
anima non potest vehementer attenta esse ad diversa, ideo prima attentio
potest nocere, ut minor sit orationis fructus, si secundam evacuat ; vel
secunda, si tertiam omnino tollat ; sed non e contrario. Tamen attentio, communiter accipiendo, non nocet, sed
multum prodest, ut ex verbis Augustini inductis apparet. |
L’attention dans la prière peut être
double : en effet, il y a, en premier lieu, l’attention aux
paroles par lesquelles nous demandons ; ensuite, à la demande
elle-même et à ce qui entoure la demande elle-même, comme
c’est le cas du besoin pour lequel on fait une demande, de Dieu
à qui on le demande et des autres choses de ce genre. Quelle que soit
celle de ces attentions qui est présente, la prière ne doit pas
être considérée comme dépourvue d’attention.
De sorte que même ceux qui ne comprennent pas les paroles de la demande
peuvent être attentifs à la prière. Cependant, la
dernière attention est plus louable que la deuxième, et la
deuxième que la première. Et parce que l’âme ne
peut porter une attention intense à diverses choses, la
première attention peut nuire, de sorte que le fruit de la
prière soit moindre, si elle enlève complètement la
deuxième ; ou c’est le cas de la deuxième, si elle
enlève complètement la troisième. Mais le contraire
n’est pas vrai. Toutefois, entendue d’une manière
générale, l’attention ne nuit pas, mais elle est
très utile, comme cela ressort des paroles d’Augustin
invoquées. |
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[16840] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 5 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quando mens per dilectionem in Deum ita rapitur,
ut petitionis suae immemor sit, attentio orationi adest, ut dictum est,
quamvis non secunda vel prima, sed tertia. |
1. Lorsque l’esprit est à ce point saisi par
Dieu qu’il ne se rappelle plus sa prière, l’attention est
présente dans la prière, comme on l’a dit, bien
qu’il ne s’agisse pas de la deuxième ou de la
première [attention], mais de la troisième. |
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[16841] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4
a. 2 qc. 5 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod ratio illa procedit de prima attentione, quae, si sit nimia,
ineptam interruptionem faciet, scilicet si in singulis verbis homo cogitare
velit qualiter formanda sunt ; quandoque etiam faciet errorem, quia sic
cogitanti minus verba occurrent. Talis autem attentio sufficit ut sit tanta quanta
sufficit ad integram verborum pronuntiationem. |
2. Cet argument s’appuie sur la première attention
qui, si elle est trop grande, provoquera une interruption
déplacée, alors qu’on veut penser à la
manière dont chaque parole doit être prononcée ;
parfois aussi, elle provoquera une erreur, car les paroles viendront moins
facilement à celui qui pense ainsi. Mais l’attention est
suffisante si elle est telle qu’elle suffit pour la prononciation
complète des paroles. |
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[16842] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 2 qc. 5 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod ea quae habent ordinationem ad invicem, possunt simul intelligi
inquantum hujusmodi ; quia inquantum ad invicem ordinata accipiuntur,
sic intellectus eorum ordinem comprehendendo, ea unum facit ; et ideo
simul potest intellectus ferri et ad orationem et ad orationis finem. Tamen in quodcumque feratur, orationi debita attentio
non deest. |
3. Les choses qui sont ordonnées l’une
à l’autre peuvent être comprises simultanément en
tant que telles, car, pour autant qu’elles sont conçues comme
ordonnées l’une à l’autre, l’intelligence, en
comprenant leur ordre, en fait une seule chose. C’est pourquoi
l’intelligence peut être portée vers la prière et
vers la fin de la prière. Toutefois, qu’elle porte sur
n’importe laquelle, une attention appropriée ne fait pas défaut
à la prière. |
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Articulus 3 [16843] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 tit. Utrum convenienter species
Orationis distinguantur |
Article 3
– Les espèces de la prière sont-elles bien
distinguées ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Les espèces de la prière
sont-elles distinguées de manière adéquate ?]
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[16844] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 3 qc. 1 arg. 1 Ad tertium sic proceditur.
Videtur quod inconvenienter species orationis distinguantur, 1 Tim. 2,
1 : obsecro igitur primo omnium obsecrationes fieri, orationes, postulationes,
gratiarum actiones. Obsecrationes enim sunt adjurationes pro rebus
difficilibus, ut dicit Glossa, ibidem ; adjuratio autem quasi quamdam
coactionem importat ; et sic reverentiam minuit, quae orationi debetur. Ergo obsecratio non est orationis species. |
1. Il semble que les espèces de la prière
soient distinguées de manière adéquate.
1 Tm 2, 1 : Je
recommande donc qu’on fasse des supplications, des prières, des
demandes, des actions de grâce. En effet, les supplications sont
des prières instantes pour des choses difficiles, comme le dit la
Glose au même endroit. Or, une prière instante comporte une
certaine coercition ; elle diminue ainsi le respect qui fait partie de
la prière. La supplication n’est donc pas une espèce de
la prière. |
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[16845] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 1 arg. 2 Praeterea, non potest esse idem totum et pars. Sed oratio est cui
hae partes assignantur. Ergo non debet oratio etiam inter has partes
assignari. |
2. Le tout et la partie ne peuvent pas être la
même chose. Or, c’est à la prière que ces parties
sont attribuées. La prière ne doit donc pas être
comptée parmi ces parties. |
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[16846] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 1 arg. 3 Praeterea, postulatio est idem quod petitio. Petitio autem est
orationis genus, ut dictum est. Ergo postulatio non debet poni orationis
pars. |
3. La sollicitation est la même chose que la
demande. Or, la demande est un genre de la prière, comme on l’a
dit. La sollicitation ne doit donc pas être présentée
comme une partie de la prière. |
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[16847] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 1 arg. 4 Praeterea, omnis oratio est petitio decentium a Deo, secundum
Damascenum. Sed gratiarum actio non est petitio, quia est de jam acceptis.
Ergo non est orationis species. |
4. Toute prière est une demande de ce qui convient
adressée à Dieu, selon [Jean] Damscène. Or,
l’action de grâce n’est pas une demande, car elle porte sur
des choses déjà reçues. Elle n’est donc pas une
espèce de la prière. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La distinction entre les parties de la prière faite par Ambroise est-elle adéquate ?] |
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[16848]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam distinctio partium
orationis quam ponit Ambrosius, sit incompetens. Dicit enim, orationem dividi
in Dei laudem, supplicationem, et postulationem, et gratiarum actionem. Non
enim laudatur nisi aliquid quod ad alterum ordinatur, ut patet in 1 Ethic. Sed Deus non est ad
aliquid ordinandus, sed ad ipsum omnia alia. Ergo
non est laudandus, sed magis honorandus ; et ita laus Dei non est pars
orationis. |
1. Il semble aussi que la distinction entre les parties
de la prière faite par Ambroise soit inadéquate. En effet, il
dit que la prière se divise en louange de Dieu, en supplication, en
demande et en action de grâce. En effet, on ne louange que ce qui est
ordonné à autre chose, comme cela ressort d’Éthique, I. Or, Dieu ne doit
pas être ordonné à autre chose, mais toutes les autres
choses doivent lui être ordonnées. Ainsi, la louange de Dieu
n’est pas une partie de la prière. |
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[16849] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 2 arg. 2 Praeterea, laus, proprie, enuntiando aliquid de aliquo fit. Oratio
autem non per modum indicativum, quo enuntiatio completur, habet fieri, sed
magis per modum imperativum. Ergo laus non est orationis pars. |
2. Au sens propre, la louange se réalise en disant
quelque chose à propos de quelqu’un. Or, la prière ne se
fait pas au mode indicatif, par lequel se réalise une
énonciation, mais plutôt au mode impératif. La louange
n’est donc pas une partie de la prière. |
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[16850] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 2 arg. 3 Praeterea, supplicatio omnis est postulatio quaedam. Ergo non debet
unum contra alterum dividi. |
3. Toute supplication est une demande. On ne doit donc
pas les distinguer l’une de l’autre. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les parties de la prière attribuées par Hugues de Saint-Victor sont-elles présentées de manière adéquate ?] |
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[16851]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam partes quas Hugo de sancto
Victore assignat, sint inconvenienter positae. Dicit enim quod orationis
partes sunt tres, scilicet supplicatio, postulatio, insinuatio. Insinuatio
enim, ut dicit Tullius est quidam modus exordii. Sed ad Deum accedentes non
indigemus exordio ; quia non est verbis flectendus. Ergo non est orationis
pars. |
1. Il semble aussi que les parties [de la prière]
attribuées par Hugues de Saint-Victor ne soient pas
présentées de manière adéquate. En effet, il dit
qu’il y a trois parties de la prière : l’adjuration,
la demande et l’insinuation. En effet, l’insinuation, comme le
dit Tullius [Cicéron], est une forme d’exorde. Or, ceux qui
s’approchent de Dieu n’ont pas besoin d’entrée en
matière, car il ne doit pas être fléchi par des paroles.
Elle n’est donc pas une partie de la prière. |
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[16852] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 3 arg. 2 Praeterea, exordium praecedit omnes alias partes orationis
rhetoricae. Si ergo orationi ad Deum partes assignantur per similitudinem ad
illam, videtur quod insinuatio sit prima pars orationis, et non ultima. |
2. L’exorde précède toutes les autres
parties du discours rhétorique. Si donc on attribue à la
prière adressée à Dieu des parties par comparaison avec
le discours rhétorique, il semble que l’insinaution soit la
première partie de la prière, et non la dernière. |
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[16853] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 3 arg. 3 Praeterea, supplicatio addere videtur supra postulationem modum
quemdam humilitatis in postulando. Sed quod se habet ex additione ad aliud,
est posterius. Ergo post postulationem supplicationem ponere debuit. |
3. La supplication semble ajouter à la demande une
forme d’humilité dans la demande. Or, ce qui s’ajoute
à quelque chose le suit. Il devait donc placer la supplication
après la demande. |
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[16854] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 3 arg. 4 Praeterea, Matth. 7, 7, dominus videtur tres orationis partes ponere,
dicens : petite et accipietis, quaerite et invenietis, pulsate et
aperietur. Cum ergo hae partes in omnibus praedictis divisionibus
omittantur, videtur quod omnes sint insufficientes. |
4. En Mt 7, 7, le Seigneur semble
présenter trois parties de la prière, lorsqu’il
dit : Demandez et vous
recevrez ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous
ouvrira. Puisque ces parties sont omises dans toutes les divisions
mentionnées, il semble qu’elles soient toutes insuffisantes. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16855] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 3 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
partes orationis dupliciter accipi possunt ; scilicet per modum partium
integralium, et per modum partium subjectivarum. Partes autem integrales
orationis distinguuntur per ea quae ad completam orationem requiruntur ;
partes autem subjectivae distinguuntur vel secundum diversitatem eorum quae
petuntur, vel secundum diversum modum petendi. Partes ergo orationis quas apostolus assignat, utramque
distinctionem habent adjunctam. Quia enim ea quae a Deo petimus, non ex
nostris meritis impetrare praesumimus, et viam impetrationis claudit qui non
de acceptis gratiam agit ; ideo ad complementum orationis primo
requiritur sacrorum commemoratio, quorum virtute difficilia quaecumque
impetrantur ; et hoc fit per obsecrationem ; unde dicit Glossa,
quod de difficilibus est, sicut de conversione impii. Secundo ipsa petitio,
quae est vel de his quae ad id quod principaliter petimus, ordinantur ;
et sic est oratio, quae dicitur respectu bonorum viae : vel de his quae
principaliter petimus, sicut sunt bona patriae ; et respectu horum sunt
postulationes. Sequitur autem gratiarum actio, in qua oratio consummatur, ut
sequenti orationi aditus pateat. Et secundum hoc etiam, ut Glossa ibidem
dicit, partes Missae distinguuntur : quia ea quae ante consecrationem
dicuntur, sunt quasi quaedam obsecrationes ; eo quod fit commemoratio
Christi et doctrinae ipsius et sanctorum ejus : ea autem quae in
consecratione dicuntur, orationes, quia sacramentum, quod illis verbis
conficitur, in via nos adjuvat ; unde et viaticum dicitur : quae
vero postea adduntur, sunt postulationes, quia bona aeterna postulantur et
mortuis et vivis : quae autem post communionem dicuntur, gratiarum
actiones sunt. |
Les parties de la prière peuvent être
envisagées de deux manières : sous forme de parties
intégrales et sous forme de parties subjectives. Les parties
intégrales de la prière se distinguent par ce qui est
nécessaire pour une prière complète ; mais les
parties subjectives se distinguent soit par la diversité de ce qui est
demandé, soit par la manière de le demander. Les deux
distinctions sont donc attribuées par l’Apôtre aux parties
de la prière. En effet, ce que nous demandons à Dieu, nous
présumons l’obtenir non par nos propres mérites, et celui
qui ne rend pas grâce pour ce qu’il a reçu ferme la voie
à l’obtention. C’est pourquoi est d’abord
nécessaire à l’accomplissement de la prière le
rappel des réalités saintes par la puissance desquelles tout ce
qui est difficile est obtenu. Cela se réalise par la supplication.
Aussi la Glose dit-elle qu’elle porte sur des choses difficiles, comme
la conversion du méchant. Deuxièmement, [est nécessaire]
la demande elle-même, qui porte soit sur ce qui est ordonné
à ce que nous demandons principalement, comme la prière qui
porte sur des biens pour la route ; soit sur ce que nous demandons
principalement, comme le sont les biens de la patrie. Les demandes portent
sur ceux-ci. Mais l’action de grâce suit, par laquelle la
prière s’achève, de sorte que s’ouvre
l’accès à la prière suivante. Comme le dit la
Glose au même endroit, les parties de la messe se distinguent aussi de
cette façon, car les choses qui sont dites avant la
consécration sont des adjurations, du fait qu’on rappelle le
Christ et son enseignement, et ses saints ; mais les choses qui sont
dites lors de la consécration sont des prières, car le
sacrement, qui est réalisé par ces paroles, nous aide pour la
route. Aussi est-il appelé viatique. Mais les choses qui sont
ajoutées ensuite sont des demandes, car les biens éternels sont
demandés pour les morts et pour les vivants. Les choses qui sont dites
après la communion sont des actions de grâces. |
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[16856] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 3 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod sicut in juramento
assumitur divina veritas quasi firmior in testimonium veritatis a nobis dictae ;
ita in adjuratione semper assumitur potentior virtus ad impetrandum quod nos
ex nostra infirmitate non possumus impetrare ; unde semper adjurans in
se defectum profitetur. Sed quandoque illud quod adjuramus, assumitur ad
inclinandum per violentiam ; sicut cum sancti Daemones adjurant, ut de
obsessis corporibus exeant ; quandoque autem assumitur ad inclinandum
per benevolentiam, et sic Deum adjuramus per filium suum, vel per sanctos
suos, qui ei accepti supra nos fuerunt ; et ideo reverentia per obsecrationem
non minuitur. |
1. De même que, dans le serment, la
vérité divine est considérée comme plus solide pour
le témoignage à la vérité que nous avons dite, de
même, dans l’adjuration, une puissance plus grande est
invoquée pour obtenir ce que nous ne pouvons obtenir en raison de
notre faiblesse. Aussi celui qui adjure confesse-t-il toujours une carence en
lui-même. Cependant, ce que nous adjurons est pris parfois comme une
façon de faire plier par la violence, comme lorsque les saints
adjurent les démons de sortir des corps possédés ;
et parfois, cela est envisagé pour faire incliner par bienveillance :
ainsi adjurons-nous Dieu par son Fils ou par ses saints, qui lui ont
été plus agréables que nous. C’est pourquoi le
respect n’est pas amoindri par l’adjuration. |
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[16857] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod consuetum est quod nomen commune ad illam speciem
trahatur quae nihil addit dignitatis, vel minus quam aliae species, supra
commune ; sicut nomen Angeli, quod omnibus ordinibus commune est, infimo
ordini attribuitur ; et similiter nomen orationis ad illam speciem
trahitur secundum quamdam appropriationem, quae habet minus de dignitate,
scilicet qua petitur viae bonum. |
2. Habituellement, le nom commun est attiré par
l’espèce qui n’ajoute aucune dignité ou en ajoute
une moindre que les autres espèces en plus de ce qui est commun.
Ainsi, le nom d’ange, qui est commun à tous les ordres est-il
attribué à l’ordre inférieur. De même, le
nom de prière est-il attiré par appropriation vers l’espèce
qui a le moins de dignité, à savoir, celle par laquelle on
adresse une demande alors qu’on est en route. |
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[16858] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4
a. 3 qc. 1 ad 3 Ad tertium
dicendum, quod postulatio importat quamdam protensionem desiderii in id quod
petitur : et quia illud quod principaliter et per se desideratur, est
finis ; ideo postulatio proprie addit supra petitionem communiter dictam
determinatum petitum, scilicet finem. |
3. La supplication comporte une certaine projection du
désir vers ce qui est demandé. Parce que ce qui est
désiré principalement et par soi est la fin, la supplication
ajoute à proprement parler à la demande entendue au sens commun
un objet déterminé, à savoir, la fin. |
|
[16859] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod gratiarum actio non ponitur pars orationis quasi species
ejus ; et ideo non oportet quod definitio orationis ei conveniat. |
4. L’action de grâce n’est pas
présentée comme partie de la prière comme si elle en
était une espèce. C’est pourquoi il n’est pas
nécessaire que la définition de la prière lui convienne.
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16860] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 3 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod sicut oratio
rhetorica habet exordium partem sui, ita et oratio ad Deum fusa ; unde
et introitus in Missa cantatur. Sed hoc interest, quia in oratione rhetorica
exordium ponitur propter illos ad quos oratio fit, ut benevoli, dociles, vel
attenti reddantur ; sed in oratione de qua loquimur, exordium requiritur
quandoque ad excitandum orantis desiderium ad devote petendum. In exordio
autem quod ad benevolentiam captandam inducitur, quatuor modis secundum
Tullium proceditur. Quia vel captatur benevolentia ex persona judicis, dum laudatur ;
vel ex negotio, dum ejus dignitas ostenditur ; vel ex persona petentis,
sicut dum ostendit meritum ejus in eos quos alloquitur ; vel ex persona
adversariorum, dum contra eos audientium animos concitantur. In oratione autem
quam ad Deum fundimus, pro nobis tantum intercedimus, non ut alii offensam
incurrant. Negotium etiam pro quo oramus, ipse Deus est, ad quem sunt omnia
desideria nostra ordinanda. Unde
dupliciter orantis affectus ad devotionem quasi quodam exordio
excitatur ; scilicet ex parte Dei, dum ipsum laudamus ; et ex parte
nostra, dum nostram infirmitatem recogitamus ; et quantum ad primum
ponit Ambrosius laudem Dei orationis partem ; quantum autem ad secundum
supplicationem, quae est humilis et devota precatio ; in qua etiam
potest includi negotium pro quo oramus, inquantum ex necessitate quae nos
impellit ad orandum, spiritus noster humiliatur. Postulatio autem ad progressum
orationis pertinet ; sed gratiarum actio ad terminum, ut prius dictum
est. |
De même que le discours rhétorique comporte
un exorde comme une de ses parties, de même la prière
adressée à Dieu ; c’est ainsi que l’introït
est chanté à la messe. Mais il y a une différence :
dans le discours rhétorique, l’exorde existe pour ceux à
qui le discours s’adresse, afin qu’ils soient rendus
bienveillants, dociles ou attentifs ; mais, dans la prière dont
nous parlons, l’exorde est parfois nécessaire pour stimuler le
désir de celui qui prie afin qu’il demande avec dévotion.
Or, dans l’exorde qui est amené pour capter la bienveillance, on
procède de quatre manières, selon Tullius
[Cicéron] : la bienveillance du juge en raison de sa personne est
captée lorsqu’il est loué ; en raison de la chose en
question, lorsqu’on montre sa dignité ; en raison de la
personne de celui qui demande, comme lorsqu’on en montre le
mérite à ceux à qui on s’adresse ; en raison
de la personne des adversaires, lorsqu’on excite l’esprit des
auditeurs contre eux. Mais, dans la prière que nous adressons à
Dieu, nous intercédons seulement pour nous, et non pour ne pas
encourir l’offense de quelqu’un d’autre. La chose en
question pour laquelle nous prions est Dieu lui-même, vers qui tous nos
désirs doivent être ordonnés. Aussi le sentiment de celui
qui prie est-il excité de deux manières à la
dévotion comme par un exorde : du point de vue de Dieu, lorsque
nous le louons ; de notre point de vue, lorsque nous nous rappelons
notre faiblesse. Pour ce qui est du premier point, Ambroise présente
la louange de Dieu comme une partie de la prière ; pour ce qui
est du second point, il présente la supplication, qui est une
prière humble et dévote. On peut aussi y inclure la chose pour
laquelle nous prions, dans la mesure où notre esprit est
humilié par la nécessité qui nous pousse à prier.
La demande se rapporte au déroulement de la prière ;
l’action de grâces, à son terme, comme on l’a dit
plus antérieurement. |
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[16861] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod laus largo modo accipitur secundum quod se habet communiter ad
laudem et honorem. Vel dicendum, quod
quamvis Deus non ordinetur ad aliquid, tamen ipse omnia directe in se
ordinat ; et per hoc sibi laudis ratio competit. |
1. Au sens large, la louange recouvre la louange et
l’honneur. Ou bien il faut dire que, bien que Dieu ne soit pas
ordonné à quelque chose, il ordonne cependant toutes choses
vers lui-même. Pour cette raison, la raison de louange lui convient. |
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[16862] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod laus non ponitur pars subjectiva, sed integralis, et
quasi ad complementum esse orationis pertinet. |
2. La louange n’est pas présentée
comme une partie subjective, mais comme une partie intégrale, et elle
est comme un complément de la prière. |
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[16863] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod supplicatio non ponitur hic quantum ad hoc quod includit postulationem
vel petitionem, sed quantum ad modum petendi quem importat. Potest etiam
dici, quod partes Ambrosii reducuntur ad partes apostoli, ut laus Dei dicatur
adjuratio, quia per ea quae ad laudem ipsius pertinent, ipsum
adjuramus ; supplicatio autem idem est quod oratio, quia utrumque
quamdam reverentiam importat ; alia autem etiam secundum nomen sunt
idem. |
3. La suppliccation n’est pas
présentée ici comme incluant une requête ou une demande,
mais pour la manière de demander qu’elle comporte. On peut aussi
dire que les parties [de la prière] selon Ambroise se ramènent
à ses parties selon l’Apôtre, de sorte que la louange de
Dieu est appelée adjuration, car nous l’adjurons par ce qui se
rapporte à sa louange. Mais la supplication est la même chose
que la prière, car les deux comportent une certaine
révérence. Les autres choses reviennent au même,
même pour le nom. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16864] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 3 qc. 3 co. Ad
tertiam quaestionem dicendum, quod partes ab Hugone positae sunt partes
subjectivae, et distinguuntur secundum diversos modos ; quia omnis
petitio per narrationem determinatur, et ipsa narratio est quaedam
interpretativa oratio. Sic ergo utrumque concurrere potest ad orationem, et
sic dicitur postulatio ; unde ipse dicit, quod postulatio est
determinatae petitioni inserta narratio : vel alterum tantum ;
et sic vel petitio indeterminata sine narratione ; et sic est
supplicatio ; unde ipse dicit, quod supplicatio est sine
determinatione petitionis, humilis et devota precatio ; aut narratio
sine petitione, et sic est insinuatio quae secundum ipsum est sine
petitione per solam narrationem, voluntatis facta significatio. |
Les parties données par Hugues sont des parties
subjectives et elles se distinguent de diverses manières, car toute
demande est déterminée par un récit et le récit
lui-même est un discours interprétatif. Ainsi, les deux peuvent
concourir à la prière : on l’appelle ainsi une requête.
Aussi dit-il lui-même que « la requête est un
récit ajouté à une demande
déterminée ». Ou bien cela peut désigner une
seule des deux choses. On a ainsi une demande indéterminée sans
récit : il s’agit alors de la supplication. Aussi dit-il
lui-même que « la supplication ne comporte pas de
détermination de la demande ; elle est une requête humble
et dévote ». Ou bien cela peut désigner un
récit sans demande : il s’agit alors d’une
insinuation qui, par elle-même, est « l’indication de
ce que l’on veut sans demande, par le seul récit ». |
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[16865] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 3 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo patet solutio ex dictis in secunda
quaestione. |
1. La solution ressort clairement de ce qui a
été dit dans la deuxième question. |
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[16866] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4
a. 3 qc. 3 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod insinuatio per Tullium, ubi Sup., in hoc differt ab exordio,
quod exordium expresse benevolentiam captat, vel docilitatem, vel attentionem
facit ; sed insinuatio facit idem occulte, et per quosdam
circuitus ; et ideo insinuatio est proprie quando aliud dicitur, et
aliud intenditur ; et ideo Hugo istum orationis modum quo narratio
proponitur, et petitio intenditur, insinuationem nominavit ; et ideo non
ponitur pro exordio, sed pro illo modo petitionis qui cum quodam exordii
genere similitudinem habet. |
2. L’insinuation selon Tullius [Cicéron],
à l’endroit indiqué plus haut, diffère de
l’exorde en ce que l’exorde capte expressément la
bienveillance, ou suscite la docilité ou l’attention, alors que
l'insinuation réalise la même chose de manière
cachée et comme par des détours. Ainsi, l’insinuation
existe à proprement parler lorsqu’on dit une chose, alors
qu’on en vise une autre. C’est pourquoi Hugues a appelé la
manière de prier par laquelle on présente un récit,
alors qu’on vise une demande, une insinuation. Aussi n’est-elle
pas présentée comme un exorde, mais comme une façon de
demander qui a quelque chose en commun avec le genre de l’exorde. |
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[16867] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod sicut ex dictis patet, postulatio medium est inter
insinuationem et supplicationem ; et ideo media secundum ordinem ab ipso
ponitur. |
3. Comme cela ressort de ce qui a été dit,
la requête occupe le milieu entre l’insinuation et la supplique.
C’est pourquoi elle est placée par lui en deuxième lieu. |
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[16868] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 3 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod secundum Augustinum illa tria distinguuntur secundum ea quae sunt
necessaria viatori. Primo ut adsit virtus ad ambulandum per sanitatem ; et quantum ad
hoc dicitur : petite et accipietis. Secundo ut adsit scientia ad
dirigendum, ne via ignoretur ; et quantum ad hoc dicitur : quaerite
et invenietis. Tertio ut adsit facultas ad perveniendum ; et quantum
ad hoc dicitur : pulsate et aperietur vobis. Et sic patet quod
hic distinguuntur orationis subjectivae partes diversae secundum diversitatem
eorum quae petuntur ; et ideo oratio quae in distinctione apostoli est
posita, includit petitionem et quaestionem ; sed postulatio
pulsationem : gratiarum autem actio et obsecratio non sunt hoc modo
subjectivae partes secundum diversitatem petitorum distinctae. |
4. Selon Augustin, ces trois choses se distinguent par ce
qui est nécessaire à celui qui est en route.
Premièrement, il doit avoir la capacité de marcher par la
santé ; de ce point de vue, il est dit : Demandez et vous recevrez !
Deuxièmement, il doit avoir la science pour se diriger, de sorte
qu’il n’ignore pas la route ; de ce point de vue, il est
dit : Cherchez et vous
trouverez ! Troisièmèment, il doit avoir la
capacité d’aller jusqu’au bout ; de ce point de vue,
il est dit : Frappez et l’on
vous ouvrira ! Il est ainsi clair que sont distinguées ici
les diverses parties subjectives de la prière en fonction de la
diversité de ce qui est demandé. C’est pourquoi la
prière qui est présentée dans la distinction de
l’Apôtre inclut la demande et la question ; mais la
requête inclut le fait de frapper à la porte. L’action de
grâces et l’adjuration ne sont pas de cette manière des
parties subjectives qui se différencient par la diversité de ce
qui est demandé. |
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Articulus 4 [16869] Super
Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 tit. Utrum homo debeat aliquid determinate
petere in oratione |
Article 4 – Doit-on demander quelque chose de déterminé par la prière ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 : [Doit-on demander quelque chose de manière
déterminée en priant ?]
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[16870] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 4 qc. 1 arg. 1 Ad quartum sic proceditur.
Videtur quod homo non debeat aliquid determinate petere in oratione. Quia
periculosum est petere quod petere non oportet. Sed quid oremus, sicut
oportet, nescimus ; Rom. 8, 26. Ergo non debemus aliquid determinate
petere. |
1. Il semble qu’on ne doive pas demander quelque chose de manière déterminée en priant, car il est dangereux de demander ce qu’il ne faut pas demander. Or, comment prier comme il faut, nous ne le savons pas, Rm 8, 26. Nous ne devons donc pas demander quelque chose de manière déterminée. |
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[16871] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 1 arg. 2 Praeterea, in
oratione homo debet spem suam jactare in Deum, sicut dicitur in Psal. 54,
23 : jacta super dominum curam tuam, et ipse te enutriet. Sed
ille qui aliquid in oratione determinat, non videtur super dominum curam suam
jactare totaliter. Ergo talis oratio est reprehensibilis. |
2. En priant, l’homme doit reporter son espérance
sur Dieu, comme il est dit dans Ps 54, 23 : Reporte tes soucis sur le Seigneur, et il
te nourrira. Or, celui qui détermine quelque chose en priant ne
semble pas reporter entièrement ses soucis sur le Seigneur. Une telle
prière est donc répréhensible. |
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[16872] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 1 arg. 3 Praeterea, determinatio petitionis non fit nisi ad innotescendum
desideratum. Sed Deus, quem oramus, melius scit desideria nostra quam nos
ipsi. Ergo non debemus in oratione aliquid determinate petere. |
3. La détermination de la prière
n’est faite que pour faire connaître son désir. Or, Dieu,
que nous prions, connaît mieux nos désirs que nous-mêmes.
Nous ne devons donc pas demander quelque chose de façon
déterminée en priant. |
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[16873] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, dominus congruam formam orandi tribuit. Sed
in oratione dominica determinatae petitiones continentur. Ergo oportet
aliquid determinate petere. |
Cependant, [1] le Seigneur a transmis la manière convenable
de prier. Or, dans la prière du Seigneur, des demandes
déterminées sont comprises. Il faut donc demander quelque chose
de manière déterminée. |
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[16874] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, postulatio est orationis pars. Sed habet
determinatam petitionem, ut Hugo dicit, ubi Sup. Ergo determinate aliquid
petendum est. |
[2] La requête est une partie de la prière.
Or, elle comporte une demande déterminée, comme le dit Hugues,
à l’endroit indiqué plus haut. Il faut donc demander
quelque chose de manière déterminée. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Faut-il demander des choses temporelles dans la prière ?] |
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[16875]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod in oratione non sint temporalia
petenda. Matth. 6 super illud : primum quaerite regnum Dei, et haec
omnia adjicientur vobis, dicit Glossa ordinaria : intelligendum
est non quod post regnum illa quaerantur. Ergo nullo modo licet temporalia
orando petere. |
1. Il semble qu’il ne faille pas demander de choses temporelles dans la prière. À propos de Mt 6 : Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et tout cela vous sera donné de surcroît, la Glose Ordinaire dit : « Il faut comprendre que cela ne doit pas être demandé après le royaume. » Il n’est donc pas permis de demander des choses temporelles dans la prière. |
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[16876] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 2 arg. 2 Praeterea, quicumque orat
pro aliquo, solicitus est pro illo. Sed pro temporalibus etiam necessariis
soliciti esse non debemus, ut patet Matth. 6, 25 : nolite soliciti
esse quid manducetis. Ergo temporalia non sunt petenda in oratione. |
2. Quiconque prie pour quelqu’un
s’inquiète de lui. Or, nous ne devons pas être
préoccupés même pour les choses temporelles
nécessaires, comme cela ressort de Mt 6, 25 : Ne vous préoccupez pas de ce que
vous mangerez. Il ne faut donc pas demander des choses temporelles dans
la prière. |
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[16877] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 2 arg. 3 Praeterea, non debemus
orando petere nisi quod est bonum nostrum. Sed temporalia non sunt bona
nostra, ut patet per Augustinum in Glossa super illud Matth. 6 : primum
quaerite regnum Dei. Ergo temporalia non sunt in oratione petenda. |
3. Nous ne devons demander dans la prière que ce
qui est notre bien. Or, les choses temporelles ne sont pas nos biens, comme
cela ressort de ce que dit Augustin dans une glose sur Mt 6 : Cherche d’abord le royaume de Dieu.
Les choses temporelles ne doivent donc pas être demandées dans
la prière. |
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[16878] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod in oratione dominica
continetur : panem nostrum quotidianum da nobis hodie : in
qua non solum spiritualis, sed etiam corporalis panis petitur, ut patet per
Glossam Lucae 11. Ergo licet pro temporalibus orare. |
Cependant, [1] on lit dans la prière du Seigneur : Donnez-nous aujourd’hui notre pain
quotidien, par quoi non seulement le pain spirituel, mais aussi le pain
corporel est demandé, comme cela ressort de la Glose à propos
de Lc 11. Il est donc permis de prier pour des choses temporelles. |
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[16879] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, Bernardus
dicit : petenda sunt temporalia quantum necessitas petit. |
[2] Bernard dit : « Il faut demander des
choses temporelles dans la mesure où la nécessité le
demande. » |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Doit-on prier pour le bien d’un autre ?] |
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[16880] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 4 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod homo non
debeat pro alieno bono orare. Primo per hoc quod dicitur Hierem. 7, 16 :
tu ergo noli orare pro populo hoc. |
1. Il semble qu’on ne doive pas prier pour le bien d’un autre. D’abord, en raison de ce qui est dit dans Jr 7, 16 : Toi, donc, ne prie pas pour ce peuple. |
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[16881] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 3 arg. 2 Praeterea, praesumptuosum est ut homo se ad ea quae supra se sunt,
ingerat. Sed
redundantia gratiae ex uno in alium pertinet ad excellentiam plenitudinis
quae fuit in Christo secundum quod est caput nostrum. Ergo non debet sibi
aliquis usurpare ut pro alio oret. |
2. Il est présomptueux pour l’homme de se
mêler de ce qui lui est supérieur. Or, les retombées de
la grâce de l’un sur l’autre relèvent de
l’excellence de la plénitude qui a existé dans le Christ
selon qu’il est notre tête. On ne doit donc pas prendre sur soi
de prier pour un autre. |
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[16882] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 3 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur Matth. 5, 44 : Orate
pro persequentibus et calumniantibus vos. |
Cependant, il est dit dans Mt 5, 44 : Priez pour ceux qui vous
persécutent et vous calomnient. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16883] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 4 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
determinatio ejus quod in oratione petendum est, ad tria valet. Primo ad hoc
quod attentio orantis determinetur ad aliquid, quae plurimum est in oratione
necessaria. Secundo ut nobis innotescat desiderium nostrum, et quantum in
ipso profecerimus. Tertio ut ferventius
petamus : quia bona quanto particularius inspiciuntur, tanto ferventius
concupiscuntur sicut de delectabilibus corporalibus philosophus dicit 3
Ethic. Unde Augustinus in Lib. de Orando Deum, dicit : ideo per certa
intervalla ipsum etiam verbis determinatis oramus Deum, ut illis rerum signis
nos ipsos admoneamus, quantum ad primum ; et quantum in ipso
desiderio profecerimus, nobis innotescamus, quantum ad secundum ; et
ad hoc agendum nos ipsos acrius excitemus, quantum ad tertium. |
La
détermination de ce qu’il faut demander dans la prière
est valable pour trois raisons. Premièrement, pour que
l’attention de celui qui prie soit déterminée à
quelque chose, alors qu’elle est nécessaire au plus haut point
dans la prière. Deuxièmement, pour que nous soit connu notre
désir et dans quelle mesure nous y aurons progressé. Troisièmement,
pour que nous demandions avec plus de ferveur, car lorsque les biens sont
examinés avec plus de précision, ils sont désirés
avec plus de ferveur, comme le dit le Philosophe à propos des plaisirs
corporels, dans Éthique,
III. Aussi Augustin dit-il dans le livre Sur
la prière, à propos du premier point : « Nous prions Dieu à intervalles déterminés
et même avec des paroles déterminées afin que nous nous
avertissions nous-mêmes par ces signes des choses » ;
à propos du deuxième point : « Et que nous
apprenions jusqu’où nous aurons progressé dans le
désir même » ; et à propos du
troisième point : « Et pour que nous soyons
poussés à agir avec plus d’empressement. » |
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[16884] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut Augustinus ibidem solvit, apostolus hoc
dicit propter tribulationes temporales, quae ad profectum nostrum plerumque
immittuntur, et tamen ab eis omnibus liberari petimus, quia in se malae sunt,
quamvis secundum quid sint bonae : sed de quibusdam bene scimus quod ea
petere oportet, sicut et quod desiderare. |
1. Comme Augustin répond au même endroit,
l’Apôtre dit cela en raison des tribulatons temporelles qui, la
plupart du temps, interviennent dans notre progrès spirituel.
Toutefois, nous demandons d’en être entièrement
libérés parce qu’elles sont mauvaises en elles-mêmes,
bien qu’elles soient bonnes sous un aspect. Mais nous savons bien que
nous devons en demander certaines, comme nous devons les désirer. |
|
[16885] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in dubiis debet homo quantum ad hoc curam suam
jactare in Deum, ut si aliter expediat quam petatur, divino arbitrio
relinquatur : quam formam orandi dominus exemplo suo tradidit, cum
dixit, Matth. 26, 39 : non sicut ego volo, sed sicut tu. Sed in
illis quae Deus nos vult velle, oportet quantum ad hoc curam nostram in ipsum
projicere ut eorum impetrationem ejus auxilio expectemus. |
2. Dans le doute, l’homme doit reporter sur Dieu
ses soucis de telle manière que, si quelque chose d’autre que ce
qu’il a demandé convient, cela soit laissé au jugement de
Dieu. Cette cette manière de prier que le Seigneur a donné en
exemple, lorsqu’il a dit, en Mt 26, 39 : Non pas comme je le veux, mais comme tu le
veux. Mais pour ce que Dieu veut que nous voulions, il faut sur ce point
reporter sur lui nos soucis afin de l’obtenir par son aide. |
|
[16886] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 1 ad 3 Ad tertium patet
solutio ex dictis. |
3. La réponse à la troisième
objection ressort clairement de ce qui a été dit. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16887] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 4 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod oratio est
quaedam desiderii executio ; et ideo illud quod licet desiderare, licet
orando petere eo modo quo licet illud desiderare. Sed in illis quae
desiderantur, est duplex distinctio attendenda : prima est quia quaedam
desiderantur propter seipsa, quaedam propter aliud : secunda est, quia
quaedam non habent superfluitatem desiderii, sicut virtutes ; quaedam
autem habent, sicut voluptates, divitiae, et hujusmodi. Bona autem temporalia
et propter aliud desideranda sunt, et cum quadam mensura, scilicet secundum
quod sunt necessaria ad vitam praesentem agendam ; et ideo hoc etiam
modo orari pro eis potest. |
La prière est une mise en œuvre du
désir. Ce qu’il est permis de désirer, il est donc permis
de le demander en priant de la manière dont il est permis de le
désirer. Mais, dans ce qui est désiré, une double
distinction doit être prise en compte. La première est que certains
choses sont désirées pour elles-mêmes, et certains pour
autre choses ; la seconde est que certaines choses ne peuvent pas
être trop désirées, comme les vertus, mais certaines
peuvent l’être trop, comme les plaisirs, les richesses et les
choses de ce genre. Or, les biens temporels doivent être désirés
à la fois pour autre chose et avec une certaine mesure, à
savoir, pour autant qu’ils sont nécessaires pour mener la vie
présente. C’est pourquoi on peut aussi prier pour eux de cette
manière. |
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[16888] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod nec primo nec secundo debent quaeri temporalia,
quasi principaliter intenta ; possunt autem quaeri ut propter aliud
desiderata : quod quidem desiderium est electionis, non voluntatis
proprie, quia voluntas est finis. |
1. Les biens temporels ne doivent être
principalement être recherchés ni de la première ni de la
seconde manière. Mais ils peuvent être désirés en
tant qu’ils sont désirés pour autre chose. Ce désir
relève du choix, et non de la volonté à proprement
parler, car la volonté porte sur la fin. |
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[16889] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod superflua solicitudo prohibetur illis verbis, non
autem necessaria. |
2. Une préoccupation excessive est interdite par
ces paroles, mais non la préoccupation nécessaire. |
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[16890] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod temporalia non sunt bona nostra secundum se, sed
secundum quod Ordinantur ad alia ; et sic accipiunt rationem boni
utilis ; et sic pro eis orari potest, ut philosophus dicit in 5
Ethic. : oportet non haec, scilicet temporalia bona, orare,
sed quod homo eis bene utatur. |
3. Les biens temporels ne sont pas nos biens en
eux-mêmes, mais selon qu’ils sont ordonnés à
d’autres biens. Ils ont ainsi le caractère de biens utiles.
C’est ainsi qu’on peut prier pour eux, comme le dit le Philosophe
dans Éthique, V :
« L’homme ne doit pas les demander – à savoir,
les biens temporels –, mais demander d’en faire bon usage. » |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16891] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 4 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod cum praecepto
caritatis homo debeat proximum sicut seipsum diligere, eadem ei debet optare
quae sibi ; et ideo etiam eadem pro eis potest orare quae et pro se
orat. |
Puisque l’on doit aimer son prochain comme
soi-même, selon le commandement de la charité, on doit donc lui
souhaiter les mêmes choses qu’à soi-même.
C’est pourquoi on peut aussi prier pour eux pour les mêmes choses
pour lesquelles on prie pour soi. |
|
[16892] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod dominus loquitur quantum ad hoc quod in illo
populo erant impedimenta, quare oratio prophetae exaudiri non poterat,
scilicet incorrectus error illorum, et finalis impoenitentia, ut Glossa
ordinaria, ibidem, dicit. |
1. Le Seigneur parle des empêchements qui se
trouvaient chez ce peuple, en raison desquels la prière du
prophète ne pouvait être exaucée : leur erreur non
corrigée et leur impénitence finale, comme le dit la Glose
ordinaire au même endroit. |
|
[16893] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 4 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod ille qui orat, non propria virtute nititur obtinere
quod petit, sed virtute ejus quem orat ; et ideo quando aliquis pro alio
orat, non sibi usurpat gratiam plenitudinis, sed ei attribuit quem orat, a
quo gratiam proximo dandam petit. |
2. Celui qui prie ne s’efforce pas d’obtenir
ce qu’il demande par sa propre puissance, mais par la puissance de
celui qu’il prie. C’est pourquoi lorsque quelqu’un prie
pour un autre, il ne s’accapare pas la grâce de plénitude,
mais l’attribue à celui qu’il prie, à qui il
demande de donner la grâce à son prochain. |
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Articulus 5 [16894] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 tit. Utrum solus Deus debeat orari
per definitionem orationis |
Article 5 – Doit-on prier Dieu seulement, conformément à la définition de la prière ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Doit-on prier Dieu seulement, conformément à la définition de la prière ?] |
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[16895] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 5 qc. 1 arg. 1 Ad quintum sic proceditur. Videtur quod solus Deus debeat orari, per definitionem
orationis : quia Damascenus dicit, quod oratio est ascensus intellectus
in Deum. |
1. Il semble qu’on doive prier Dieu seulement,
conformément à la définition de la prière, car
[Jean] Damascène dit que « la prière est
l’élévation de l’intelligence vers
Dieu ». |
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[16896] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 1 arg. 2 Praeterea, oratio est actus latriae, ut dictum est. Sed latria soli
Deo debetur. Ergo et oratio. |
2. La prière est un acte de latrie, comme on
l’a dit. Or, la latrie n’est due qu’à Dieu. Donc, la prière
aussi. |
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[16897] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 1 arg. 3 Praeterea, virtus orationis plus in affectu consistit quam in
voce : quia hoc negotium, ut Augustinus dicit, plus gemitibus quam
vocibus agitur. Sed solius Dei est cogitationes cordium et affectivitates
percipere. Ergo ei soli fit oratio. |
3. La puissance de la prière tient davantage au
sentiment qu’à la parole, car « on s’y adonne
davantage par les gémissements que par des paroles », comme
le dit Augustin. Or, il revient à Dieu seul de connaître les
pensées et les désirs des cœurs. La prière ne
s’adresse donc qu’à lui. |
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[16898] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 1 arg. 4 Sed contra est quod dicitur Job 5, 1 : voca si est qui tibi
respondeat, et ad aliquem sanctorum convertere. Ergo oratio potest fieri
ad sanctos Dei, non solum ad Deum. |
4. Cependant, il
est dit en Jb 5, 1 : Appelle,
s’il y a quelqu’un pour t’entendre, et tourne-toi vers
l’un des saints. La prière peut donc être
adressée aux saints de Dieu, et non pas seulement à Dieu. |
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[16899] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 1 arg. 5 Praeterea, orationis species est supplicatio. Sed supplicatio homini
fieri potest. Ergo et oratio. |
5. La supplication est une espèce de la
prière. Or, la supplication peut être adressée à
un homme. Donc,
la prière aussi. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 –[La prière peut-elle être adressée à des saints qui ne se trouvent pas dans la patrie ?] |
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[16900]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod possit oratio dirigi etiam ad
sanctos non in patria existentes. Non enim ad sanctos orationem fundimus,
nisi inquantum sunt Deo viciniores nobis : quia Deus per ea quae sunt
sibi magis propinqua, in distantia radios suae bonitatis emittit, ut
Dionysius dicit. Sed sancti etiam in hoc mundo existentes sunt nobis superiores. Ergo
debemus eos orare. |
1. Il semble que la prière ne puisse pas être adressée à des saints qui ne se trouvent pas dans la patrie. En effet, nous n’adressons des prières aux saints que dans la mesure où ils sont plus proches de Dieu que nous, car il envoie les rayons de sa bonté à ce qui est plus lointain par l’intermédiaire de ce qui est plus proche, comme le dit Denys. Or, les saints, même s’ils se trouvent dans ce monde, nous sont supérieurs. Nous devons donc les prier. |
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[16901] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 2 arg. 2 Praeterea, illi qui sunt in Purgatorio, sunt certi de sua salute. Ergo sunt in meliori
statu quam nos sumus. Ergo possumus eos orare. |
2. Ceux qui sont dans le purgatoire sont assurés
de leur salut. Ils sont donc dans un meilleur état que nous ne le
sommes. Nous
pouvons donc les prier. |
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[16902] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 2 arg. 3 Praeterea, in dialogis legitur quod Paschasius, qui etiam post
mortem miraculum fecit, revelatus est beato germano Capuano episcopo in
Purgatorio esse. Ergo videtur quod ad eos qui non sunt in patria, possit oratio dirigi. |
3. Dans les Dialogues,
on lit que Paschase, qui a fait un miracle même après sa mort, a
révélé à son frère,
l’évêque Capuanus, qu’il était au purgatoire.
Il semble donc qu’on puisse adresser une prière à ceux
qui ne sont pas dans la patrie. |
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[16903] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, quia non est ejusdem orari, et quod pro eo
oretur. Sed
pro omnibus sanctis qui sunt in mundo, vel Purgatorio, oratur. Ergo non debent ipsi orari. |
Cependant, il n’appartient pas au même
d’être prié et d’être l’objet de la
prière. Or, on prie pour tous les saints qui sont dans le monde ou
dans le purgatoire. Ils ne doivent pas être eux-mêmes priés. |
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[16904] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, sancti non orantur nisi inquantum sunt in
plena divinitatis participatione. Sed non participant plene divinitatem nisi
inquantum participant beatitudinem, ut Boetius probat in 2 de consolatione.
Ergo sancti qui sunt in beatitudine, tantum orandi sunt. |
[2] On ne prie les saints que dans le mesure où
ils participent pleinement à la divinité. Or, ils ne participent pleinement
à la divinité que pour autant qu’ils participent à
la béatitude, comme le montre Boèce dans Sur la consolation, II. Seuls les saints qui sont dans la
béatitude doivent donc être priés. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La prière est-elle adressée à Dieu en raison de la personne plutôt qu’en raison de l’essence ?] |
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[16905]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod oratio non fiat ad Deum ratione
essentiae, sed magis ratione personae. Quia hoc modo debemus orare, sicut
Christus nos docuit. Sed ipse docuit nos ad personam patris orationem
dirigere ; Joan. 16, 23 : si quid petieritis patrem in nomine
meo, dabit vobis. Ergo oratio fit ad Deum ratione personae. |
1. Il semble que la prière soit adressée à Dieu en raison de la personne plutôt qu’en raison de l’essence, car nous devons prier comme le Christ nous l’a enseigné. Or, il nous a enseigné d’adresser notre prière à la personne du Père, Jn 16, 23 : Si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera. La prière est donc adressée à Dieu en raison de la personne. |
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[16906] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 3 arg. 2 Praeterea, illud quod attribuitur Deo ratione divinae naturae, toti
Trinitati competit, et singulis personis. Sed Ecclesia non dirigit aliquam
orationem ad spiritum sanctum. Ergo non oratur Deus ratione naturae, sed
ratione personae. |
2. Ce qui est attribué à Dieu en raison de
la nature divine convient à toute la Trinité et à
chacune des personnes. Or, l’Église n’adresse pas de
prière au Saint-Esprit. On ne prie donc pas Dieu en raison de la
nature, mais en raison de la personne. |
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[16907] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, secundum hoc aliquis oratur quod bona sua
communicare potest. Sed communicare seipsum competit Deo inquantum est bonus.
Cum ergo bonitas sit attributum essentiale, videtur quod Oratio dirigatur ad
Deum ratione naturae. |
Cependant, on prie quelqu’un selon qu’il peut
communiquer ses biens. Or, se communiquer lui-même appartient à Dieu
en tant qu’il est bon. Puisque la bonté est un attribut
essentiel, il semble donc que la prière soit adressée à
Dieu en raison de sa nature. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16908] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 5 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod illud
quod orando petimus, est beata vita, ut Augustinus dicit : quia omnia
alia quae petimus, non petimus nisi secundum quod ad hanc ordinantur. Beatam
autem vitam dat directe solus Deus. Sed tamen etiam sancti cooperantur nobis
ad hoc quod beatam vitam obtineamus ; et ideo oratio directe et proprie
fit ad Deum, sicut a quo expectamus quod orando petimus ; sed tamen
orantis intentio ad sanctos convertitur, ut quorum auxilio a Deo impetrat
quod expectat ; et ideo dicit Cassianus collatione 9, quod oratio proprie
fit ad Deum, sed deprecatio ad sanctos. |
Ce que nous demandons en priant est la vie bienheureuse,
comme le dit Augustin, car toutes les autres choses que nous demandons, nous
ne les demandons que dans la mesure où elles sont ordonnées
à celle-ci. Or, Dieu seul donne la vie bienheureuse. Mais les saints
coopèrent avec nous pour que nous obtenions la vie bienheureuse.
C’est pourquoi la prière est adressée à Dieu directement
et en propre, comme à celui de qui nous attendons ce que nous
demandons en priant ; cependant, l’attention de celui qui prie se
tourne vers les saints pour obtenir ce qu’elle attend de Dieu avec leur
aide. C’est pourquoi Cassien dit, dans sa neuvième
conférence, que la prière est adressée directement
à Dieu, mais l’intercession aux saints. |
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[16909] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 1 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod in definitione debent poni ea quae per se sunt. Quamvis autem
aliquo modo ad sanctos oratio fieri possit, sicut ad intercessores pro nobis,
tamen proprie et per se oratio in Deum fertur. |
1. Il faut mettre dans une définition ce qui est
par soi. Bien que la prière puisse être adressée aux
saints d’une certaine manière, comme à ceux qui
intercèdent pour nous, la prière se porte cependant vers Dieu
en propre et par soi. |
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[16910] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod oratio est actus latriae ; nec tamen cum sancti
orantur, eis latria exhibetur ; sed illi a quo petitio orantis explenda
speratur. |
2. La prière est un acte de latrie. Toutefois,
lorsque les saints sont priés, on ne leur manifeste pas de la latrie,
mais à celui de qui l’on espère qu’il comblera la
demande de celui qui prie. |
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[16911] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 1 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod sancti agnoscunt in verbo omnia quae ad eorum gloriam pertinent. Et quia
ad magnam eorum gloriam est quod alios juvare possunt, quasi Dei cooperatores
existentes ; ideo statim in verbo vident vota eorum qui eos interpellant. |
3. Les saints connaissent dans le Verbe tout ce qui peut
se rapporter à leur gloire. Parce que c’est pour eux une grande
gloire de pouvoir en aider d’autres en tant que coopérateurs de
Dieu, ils voient donc immédiatement dans le Verbe les vœux de
ceux qui font appel à eux. |
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[16912] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 1 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod ad aliquem sanctorum nos convertendos esse docet, ut
ad mediatorem orationis, non ad quem principaliter oratio dirigatur. |
4. Il enseigne que nous devons nous tourner vers l’un
des saints comme vers un médiateur de la prière, et non vers
celui à qui la prière est principalement adressée. |
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[16913] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 1 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod oratio hic accipitur ad similitudinem rhetoricae
orationis, ut ex dictis patet, et ideo sicut illa soli judici fit, quamvis
etiam aliis superioribus supplicationes fieri possent, vel aliquae
petitiones ; ita etiam oratio ad solum Deum directe dirigitur ; sed
supplicatio etiam directe ad alios dirigi potest. |
5. La prière est envisagée ici par
similitude avec le discours rhétorique, comme cela ressort de ce qui a
été dit. C’est pourquoi, puisque celui-ci est
adressé au seul juge, bien que des supplications ou des demandes
puissent être aussi adressées à d’autres supérieurs,
la prière aussi s’adresse directement à Dieu seul, mais
la supplication peut être aussi directement adressée à
d’autres. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16914] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5
qc. 2 co. Ad secundam
quaestionem dicendum, quod nihil petitur ab aliquo qui non habet ; unde
cum beata vita sit quae in orando petitur, ad illos solos dirigi potest qui
jam beatam vitam habent, non autem ad illos qui in mundo sunt, neque ad illos
qui in Purgatorio sunt : quamvis illis qui in mundo sunt supplicatio vel
petitio aliqua fieri possit. |
On ne demande rien à celui qui ne possède
pas. Puisque c’est la vie bienheureuse qu’on demande, la
prière ne peut s’adresser qu’à ceux-là seuls
qui ont déjà la vie bienheureuse, et non à ceux qui sont
dans le monde, ni à ceux qui sont dans le purgatoire, bien
qu’une supplication ou une demande puisse être faite à
ceux qui sont dans le monde. |
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[16915] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod quamvis sancti in mundo existentes sint nobis
superiores, et possint pro nobis orare ; non tamen adhuc ad illum gradum
superiorem pervenerunt, ut scilicet beatitudinem, quam nos non habemus, illi
habeant. |
1. Bien que les saints qui se trouvent dans le monde nous
soient supérieurs et puissent prier pour nous, ils ne sont cependant
pas parvenus au degré supérieur où ils auraient la
béatitude que nous n’avons pas. |
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[16916] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis illi qui sunt in Purgatorio, sint in majori
securitate quam nos, tamen sunt in majori afflictione ; et iterum non
sunt in statu merendi : et ideo magis indigent quod pro eis oretur, quam
quod ipsi orent. |
2. Bien que ceux qui sont au purgatoire aient une
sécurité plus grande que nous, ils sont cependant plus
affligés ; de plus, ils ne sont pas en état de pouvoir
mériter. Ils ont donc davantage besoin qu’on prie pour eux que
de prier [pour nous]. |
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[16917] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod in miraculis praecipue attenditur fides et devotio
orantis ; unde etiam dominus mulieri quam sanavit, dixit, Matth. 9,
22 : fides tua te salvam fecit. Et quia ille propter excellentiam
meritOrum credebatur in patria esse, ideo orabatur ; et talis oratio
propter fidem orantium exaudiebatur tunc, ut vita illius approbaretur, non
quod ille pro aliis in Purgatorio existens oraret. |
3. Pour ce qui est des miracles, on prend principalement
en compte la foi et la dévotion de celui qui prie. Aussi le Seigneur
a-t-il dit à la femme qu’il avait guérie,
Mt 9, 22 : Ta foi
t’a sauvée. Et parce qu’en raison de
l’excellence de ses mérites, on croyait que celui-là
était dans la patrie, on le priait donc, et une telle prière
était exaucée en raison de la foi de ceux qui priaient, afin
que sa vie soit reconnue, et non parce qu’il priait pour les autres
alors qu’il se trouvait au purgatoire. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16918] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 5 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod Deus praecipue
oratur, inquantum est beatus, et aliis beatitudinem largiens ; et quia
hoc convenit ei ratione essentiae, ideo ratione essentialium attributorum
oratur. |
On prie Dieu principalement pour autant qu’il est
bienheureux et qu’il accorde généreusement la béatitude
à d’autres. Parce que cela lui convient en raison de son
essence, on le prie donc en raison des ses attributs essentiels. |
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[16919] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod ea quae sunt essentiae, a patre sunt in aliis
personis ; et ideo fit quaedam reductio ab aliis personis in patrem, ut
patet per Hilarium ; et propter hoc etiam dicitur pater principium
totius deitatis ; et sic nos in patrem, sicut in principium non de
principio, reducens Christus, nos ad patrem orationem dirigere per filium
docuit. |
1. Ce qui appartient à l’essence [divine]
existe dans les autres personnes à partir du Père ; une
sorte de retour au Père se réalise donc par les autres
personnes. Pour cette raison, on dit aussi que le Père est le principe
de toute la divinité. Le Christ retournant [au Père] comme vers
le principe qui ne vient d’aucun principe, nous a ainsi enseigné
d’adresser notre prière au Père. |
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[16920] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 5 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod spiritus sanctus ex personali proprietate habet quod
sit donum ; et ideo magis competit quod ipse petatur quam quod ab eo
aliquid petatur : quamvis etiam ad spiritum sanctum Ecclesia orationes
aliquas dirigat, et hymnos, qui loco orationum in Ecclesia recitantur ;
sicut patet : nunc sancte nobis spiritus, et veni creator
spiritus, et hujusmodi. |
2. L’Esprit Saint tient d’une
propriété personnelle d’être don. C’est
pourquoi il convient davantage qu’on le demande, plutôt
qu’on lui demande quelque chose, bien que l’Église adresse
aussi des prières à l’Esprit Saint, ainsi que des hymnes
qui sont récités dans l’Église à la place
de prières, comme cela ressort clairement : « Maintenant,
Esprit Saint… » et « Viens, Esprit
créateur ». |
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Articulus 6 [16921] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 tit. Utrum divinae personae sit
Orare |
Article 6 – Est-ce qu’il revient à une personne divine de prier ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Est-ce qu’il revient à une personne divine de prier ?] |
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[16922] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 6 qc. 1 arg. 1 Ad sextum sic proceditur.
Videtur quod divinae personae sit orare. Ejus enim est orare cujus est
accipere. Sed personae Dei est accipere ab alio, sicut filii et spiritus
sancti. Ergo ejus est orare. |
1. Il semble qu’il appartienne à une
personne divine de prier. En effet, il appartient de prier à qui il
appartient de recevoir. Or, il appartient à une personne de Dieu de
recevoir d’une autre, comme c’est le cas du Fils et du
Saint-Esprit. Il lui appartient donc de prier. |
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[16923] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Joan. 14, 16 : ego rogabo patrem, et alium
Paraclytum dabit vobis ; et sunt filii verba. Ergo filii est orare. |
2. Il est dit en Jn 14, 16 : Je demanderai au Père, et un autre
Paraclet vous sera donné. Or, ce sont les paroles du Fils. Il appartient
donc au Fils de prier. |
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[16924] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 1 arg. 3 Praeterea, Rom. 7, 26, dicitur : spiritus postulat (...)
gemitibus inenarrabilibus. Sed spiritus sanctus est tertia in Trinitate
persona. Ergo personae divinae est orare. |
3. Il est dit en Rm 7, 26 : L’Esprit demande… et fait
entendre des gémissements inénarrables. Or, l’Esprit
Saint est la troisième personne de la Trinité. Il appartient donc
à une personne divine de prier. |
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[16925] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, orare
importat defectum virtutis in orante. Sed
hoc divinae personae non competit. Ergo oratio non est divinae personae. |
Cependant, [1] prier comporte une carence chez celui qui prie. Or,
cela ne convient pas à une personne divine. La prière ne
convient donc pas à une personne divine. |
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[16926] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, oratio est actus latriae, quae est servitus
Dei. Sed servire non competit divinae personae. Ergo nec orare. |
[2] La prière est un acte de latrie, qui est le
service de Dieu. Or, il ne convient pas à une personne divine de
servir. Donc, non plus de prier. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 [Convient-il aux saints qui sont dans la patrie de prier ?] |
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[16927]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod nec sanctis qui sunt in patria,
competat orare. Quia sancti qui sunt in patria, sunt Christo conformes,
inquantum est homo. Sed Christo, inquantum est homo, non competit Orare ;
alias diceremus : Christe ora pro nobis. Ergo nec aliis sanctis competit
orare. |
1. Il semble qu’il ne convienne pas non plus aux
saints qui sont dans la patrie de prier, car les saints qui sont dans la
patrie sont conformes au Christ en tant qu’il est homme. Or, il ne
convient pas au Christ en tant qu’homme de prier, autrement nous
dirions : «Christ, prie pour nous. » Il ne
convient donc pas non plus aux autres saints de prier. |
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[16928] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 2 arg. 2 Praeterea, sancti in
patria aequales sunt Angelis Dei, Matth. 22.
Sed Angelis non competit orare : quia oratio, ut dictum est, est actus
rationis, qui in Angelis non est, cum in umbra intelligentiae oriatur, ut
Isaac dicit. Ergo nec aliis sanctis qui sunt in patria, oratio competit. |
2. Les saints dans la patrie sont égaux aux anges,
Mt 22. Or, il ne convient pas aux anges de prier, car la prière,
ainsi qu’on l’a dit, est un acte de la raison, qui n’existe
pas chez l’ange, puisqu’elle apparaît dans l’ombre de
l’intelligence, comme le dit Isaac. La prière ne convient donc
pas non plus aux autres saints qui sont dans la patrie. |
|
[16929] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 2 arg. 3 Praeterea, quicumque
orat pro alio, alteri meretur. Sed sancti qui sunt in patria, non sunt in statu
merendi. Ergo nec in statu orandi. |
3. Quiconque prie pour un autre mérite pour un
autre. Or, les saints qui sont dans la patrie ne sont pas en état de
mériter. Ils ne sont donc pas non plus en état de prier. |
|
[16930] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 2 s. c. 1 Sed contra est quod
dicimus : sancte Petre, ora pro nobis. |
Cependant, [1] nous disons : « Saint Pierre, prie
pour nous. » |
|
[16931] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, sancti in patria magis fervent caritate quam
in via. Sed caritas facit ut sancti in via pro aliis orent. Ergo multo magis
in patria pro nobis orant. |
[2] Les saints dans la patrie ont une charité plus
fervente que lorsqu’ils étaient en route. Or, la charité
fait que les saints qui sont en route prient pour les autres. À bien
plus forte raison, donc, prient-ils pour nous dans la patrie. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Appartient-il aussi aux animaux sans raison de prier ?] |
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[16932] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 6 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod etiam
brutorum animalium sit Orare. Quia in
Psal. 146, 9, dicitur : qui dat jumentis escam ipsorum, et pullis
corvorum invocantibus eum. Sed invocare Deum est ipsum orare. Ergo etiam animalia
orant. |
1. Il semble qu’il appartienne aussi aux animaux sans raison de prier, car, dans le Ps 146, 9, il est dit : Celui qui donne aux bêtes leur nourriture, et aux petits des corbeaux qui l’invoquent. Or, invoquer Dieu, c’est le prier. Donc, même les animaux prient. |
|
[16933] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 3 arg. 2 Praeterea, oratio
est denuntiativus appetitus. Sed animalia bruta appetunt bonum divinum suo modo.
Ergo orant. |
2. La prière exprime le désir. Or, les
animaux sans raison désirent le bien divin à leur
manière. Ils prient donc. |
|
[16934] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, oratio non fit nisi ad Deum. Sed Deus non
potest cognosci nisi intellectu, quo bruta carent. Ergo orare non competit
eis. |
Cependant, la prière ne s’adresse qu’à
Dieu. Or, on ne peut connaître Dieu que par l’intelligence, qui
fait défaut aux animaux sans raison. Prier ne leur convient donc pas. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16935] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 6 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
oratio requirit distinctionem orantis ad eum qui oratur : quia nullus a
seipso aliquid petit. Oratio autem fit ad Deum ratione attributorum
essentialium, in quibus personae non distinguuntur ; et ideo uni personae
non competit aliam orare. |
La prière exige que celui qui prie soit distinct
de celui à qui s’adresse la prière, car personne ne se
demande quelque chose. Or, la prière est adressée à Dieu
en raison de ses attributs essentiels, par lesquels les personnes ne se
différencient pas. C’est pourquoi il ne convient pas
qu’une personne en prie une autre. |
|
[16936] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod acceptio illa qua una persona accipit ab alia, est
per naturalem fecunditatem, et non per gratuitam collationem, pro qua
impetranda oratio funditur. |
1. Cette réception, selon laquelle une personne en
reçoit d’une autre, se réalise par une
fécondité naturelle, et non par un don gratuit, pour lequel on
adresse la prière. |
|
[16937] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod hoc filius dicit de seipso, non ratione personae, sed
ratione naturae assumptae. |
2. Le Fils dit cela de lui-même, non pas en raison
de sa personne, mais en raison de la nature assumée. |
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[16938] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod spiritus dicitur postulare, inquantum nos postulare
facit. |
3. On dit que l’Esprit demande pour autant
qu’il nous fait demander. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16939] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 6 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod quidam
haeretici dixerunt, quod sancti non possunt juvare orando pro nobis, quia unusquisque
recipit secundum ea quae gerit ; sed hoc est contra articulum fidei, qui
est sanctorum communio, quae per caritatem fit ; et ideo cum etiam in
sanctis qui sunt in patria, sit perfectissima caritas, competit eis pro nobis
orare ; non autem pro se, quia omnia eis ad votum succedunt. |
Certains hérétiques ont dit que les saints
ne peuvent aider en priant pour nous, parce que chacun reçoit selon ce
qu’il a en lui-même. Mais cela est contraire à un article
de foi, qui est la communion des saints qui se réalise par la
charité. Puisqu’une charité très parfaite existe
chez les saints qui sont dans la patrie, il leur convient donc de prier pour
nous, mais non pour eux-mêmes, parce que tout leur arrive comme ils le
désirent. |
|
[16940] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod Christus, inquantum homo, orat pro nobis ;
sed ideo non dicimus Christe ora pro nobis, quia Christus supponit suppositum
aeternum, cujus non est orare, sed adjuvare ; et ideo dicimus, Christe
audi nos, vel miserere nostri : et in hoc etiam evitamus
haeresim Arii et Nestorii. |
1. Le Christ en tant qu’homme prie pour nous. Mais
nous ne disons pas : « Christ, prie pour nous »,
parce que le Christ suppose un suppôt éternel à qui il ne
convient pas de prier, mais d’aider. C’est pourquoi nous
disons : « Christ, exauce-nous », ou :
« Aie pitié de nous. » Par là, nous
évitons l’hérésie d’Arius et de Nestorius. |
|
[16941] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod illud quod est rationis, est etiam multo nobilius in
intellectu : quia quod potest virtus inferior potest superior ; et
ideo Angeli orare possunt, in quibus intellectus est. |
2. Ce qui relève de la raison appartient de
manière beaucoup plus noble à l’intellect, car une
puissance supérieure peut ce que peut une puissance inférieure.
C’est pourquoi les anges peuvent prier, chez qui existe
l’intellect. |
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[16942] Super Sent., lib.
4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod quidam dicit, quod non sunt in statu merendi quantum
ad praemium essentiale, sed quantum ad praemium accidentale ; et ideo
etiam aliis mereri possunt. Sed quia meritum tantum viatorum est ; ideo
dicendum, quod aliud est impetrare, et aliud mereri, ut dicetur, et ideo
sancti si non possint mereri, possunt tamen nobis suis orationibus aliquid
impetrare. |
3. Quelqu’un dit qu’ils ne sont pas en
état de mériter pour ce qui est de la récompense
essentielle, mais [qu’ils le sont] pour ce qui est de la
récompense accidentelle. C’est pourquoi ils peuvent aussi
mériter pour d’autres. Mais parce que le mérite
appartient seulement à ceux qui sont en route, il faut dire
qu’une chose est d’obtenir, une autre de mériter. On dira
donc que les saints, s’ils ne peuvent mériter, peuvent cependant
nous obtenir quelque chose par leurs prières. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16943] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 6 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod brutis nullo
modo competit orare : tum quia non sunt participes beatae vitae, quae
principaliter in oratione petitur : tum quia etiam Deum, cui oratio
offertur, non apprehendunt : tum etiam quia petere est actus rationis,
cum importet ordinationem quamdam, ut ex dictis patet. |
Il
ne convient d’aucune manière que les animaux sans raison prient,
tant parce qu’ils ne participent pas à la vie bienheureuse, qui
est l’objet principal de la demande dans la prière, que parce
qu’ils ne saisissent pas Dieu, à qui la prière est
offerte, et parce que demander est un acte de la raison, puisqu’il
comporte une certaine mise en ordre, comme cela ressort de ce qui a
été dit. |
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[16944] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod sicut animalia bruta, secundum Augustinum, 10
super Gen. ad litteram, dicuntur jussis Dei obedire non quasi percipientes
mandatum, sed inquantum naturali instinctu ab ipso moventur ; ita etiam
dicuntur Deum invocare improprie, inquantum aliquid naturali desiderio,
desiderant, quod a Deo obtinent. |
1. De même qu’on dit que les animaux sans
raison obéissent aux ordres de Dieu, comme le dit Augustin dans son
commentaire littéral de la Genèse,
X, non pas comme s’ils recevaient un commandement, mais pour autant
que, par un instinct naturel, ils sont mus par lui, de même aussi
dit-on qu’ils invoquent Dieu, pour autant qu’ils désirent
quelque chose par un désir naturel qu’ils reçoivent de
Dieu. |
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[16945] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 6 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod appetitus, ut dictum est, importat simplicem motum in
appetibile : sed oratio, sive petitio, ordinem quemdam, qui est
rationis ; et ideo appetitus potest brutis competere, non autem petitio,
vel oratio. |
2. Comme on l’a dit, le désir comporte un
mouvement simple vers ce qui est désirable, mais la prière ou
la demande comporte une certaine mise en ordre, qui relève de la
raison. C’est pourquoi le désir peut convenir aux animaux sans
raison, mais non la demande ou la prière. |
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Articulus 7 [16946] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 tit. Utrum
oratio sit satisfactoria |
Article 7
– La prière est-elle satisfactoire ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La prière est-elle satisfactoire ?] |
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[16947] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 7 qc. 1 arg. 1 Ad septimum sic proceditur. Videtur quod oratio non sit satisfactoria. Quia omnis
oratio vel est vocalis, vel mentalis. Sed mentalis non est satisfactoria,
quia non habet poenam, sed jucunditatem : nec iterum vocalis, quia,
sicut Isidorus dicit, reconciliat Deo non sonus vocis, sed pura et simplex
mentis intentio. Ergo oratio non est satisfactionis pars. |
1. Il semble que la prière ne soit pas
satisfactoire, car toute prière est soit vocale, soit mentale. Or, la
prière mentale n’est pas satisfactoire, car elle ne comporte pas
de peine, mais plutôt de la joie ; la prière vocale non
plus, car, ainsi que le dit Isidore, « ce n’est pas le son
de la voix qui réconcilie avec Dieu, mais l’orientation pure et
simple de l’esprit ». La prière n’est donc pas
une partie de la satisfaction. |
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[16948] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 1 arg. 2 Praeterea, latria,
ut in praecedenti dist. quaest. 1, art. 1, quaestiunc. 5, in corp., dictum est,
contra poenitentiae virtutem dividitur. Sed satisfactio est actus
poenitentiae virtutis, oratio autem latriae. Ergo oratio non est
satisfactoria. |
2. Comme on l’a dit à la distinction
précédente, q. 1, a. 1, qa 5, c., la latrie se distingue de la
vertu de pénitence. Or, la satisfaction est un acte de la vertu de
pénitence, mais la prière, un acte de latrie. La prière
n’est donc pas satisfactoire. |
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[16949] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 1 arg. 3 Praeterea, satisfactio fit ad reconciliandum eum qui offensus est.
Sed oratio reconciliationem sequitur : quia praesumptuosum esse videtur
petere ab eo quem offendimus. Ergo oratio non est satisfactoria. |
3. La satisfaction a pour but de se concilier celui a
été offensé. Or, la prière suit la
réconciliation, car il paraît présomptueux
d’adresser une demande à celui que nous avons offensé. La
prière n’est donc pas satisfactoire. |
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[16950] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 1 s. c. 1 Sed contra est quod Hieronymus dicit : Oratione
sanantur pestes mentis, sicut et jejunio pestes corporis. Sed jejunium est
satisfactorium. Ergo et oratio. |
Cependant, [1] Jérôme dit : « Par la
prière, sont guéries les infections de l’esprit, comme le
sont celles du corps par le jeûne. » Or, le jeûne est
satisfactoire. Donc, la prière aussi. |
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[16951] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, oratione petimus nobis debita relaxari, nec
frustra, cum hoc a domino sit institutum. Sed relaxatio debitorum per
poenitentiam fit. Ergo oratio ad aliquam partem poenitentiae pertinet :
non nisi ad satisfactionem : ergo oratio est satisfactOria. |
[2] Par la prière, nous demandons que nos dettes
soient remises, et non pas en vain, puisque cela a été
établi par le Seigneur. Or, la remise des dettes se réalise par
la pénitence. La prière relève donc d’une partie
de la pénitence, et de rien d’autre que de la satisfaction. La prière est
donc satisfactoire. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La prière est-elle méritoire ?] |
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[16952] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 7 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod oratio
non sit meritoria. Opus enim meritorium solum in Deum intentionem dirigit :
quia mercenaria intentio virtutem meriti evacuat. Sed orans non solum ad Deum
habet oculum, sed ad proprias indigentias, quibus petit subveniri. Ergo non
est opus meritorium. |
1. Il semble que la prière ne soit pas
méritoire. En effet, l’acte méritoire n’est
orienté que vers Dieu, car une intention vénale fait
disparaître la puissance du mérite. Or, celui qui prie ne porte
pas le regard vers Dieu seulement, mais vers ses propres besoins, pour
lesquels il demande d’être secouru. Elle n’est donc pas un
acte méritoire. |
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[16953] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 2 arg. 2 Praeterea, si est meritoria, nullius magis quam ejus quod postulat.
Sed ejus quod postulat, non est meritoria : quia quandoque non
exauditur, etiam si ab eo qui in caritate est, offeratur. Ergo oratio non est
meritoria. |
2. Si elle est méritoire, elle ne l’est pas
davantage que de ce qu’elle demande. Or, elle n’est pas
méritoire de ce qu’elle demande, car parfois elle n’est
pas exaucée, même si elle est offerte par quelqu’un qui a
la charité. La prière n’est donc pas méritoire. |
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[16954] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 2 arg. 3 Praeterea, natura non facit per duo quod potest facere per
unum : quia non invenitur aliquid vanum in operibus naturae, et multo
minus in operibus gratiae. Sed ad merendum sufficienter ordinantur opera. Ergo
videtur quod oratio non sit meritoria. |
3. La nature ne réalise pas par deux choses ce
qu’elle peut réaliser par une seule, car on ne trouve rien
d’inutile dans les actes de la nature, et encore bien moins dans les
actes de la grâce. Or, les actes sont suffisamment ordonnés au
mérite. Il semble donc que la prière ne soit pas
méritoire. |
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[16955] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, omne opus virtutis potest esse meritorium.
Sed oratio est opus virtutis, ut dictum est. Ergo est meritoria. |
Cependant, [1] tout acte
de vertu peut être méritoire. Or, la prière est un acte
de vertu, comme on l’a dit. Elle est donc méritoire. |
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[16956] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, in Psalm.
34, 13, dicitur : Oratio mea in sinu meo convertetur. Ergo ex oratione aliquid oranti accrescit ; et ita
illius videtur esse meritoria. |
[2] Dans le Ps 34, 13, il est dit : Ma prière retournera dans mon
cœur. Par la prière, celui qui prie gagne donc quelque chose.
Elle semble donc être méritoire de cela. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Les conditions qui rendent la prière efficace sont-elles correctement décrites ?] |
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[16957]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod inconvenienter assignentur
conditiones quae praestant efficaciam orationi. Dicitur enim in Glossa Lucae
11, super illam parabolam : quis vestrum habebit amicum ? etc., quod quatuor conditiones
exiguntur ad hoc quod oratio sit efficax : scilicet ut petatur pie, et
pro se, et perseveranter, et ad salutem. Qui enim est in peccato, pietatis
virtutem non habet. Sed peccatorum oratio aliquando exauditur : quia
etiam per peccatores mirabilia fieri possunt. Ergo non oportet quod pie
petatur, ad hoc quod oratio sit efficax. |
1. Il semble que les conditions qui rendent la prière effiace ne soient pas correctement décrites. En effet, il est dit dans la Glose sur Lc 1, à propos de cette parabole : Qui parmi vous a un ami, etc. ? que quatre conditions sont requises pour que la prière soit efficace : qu’on demande avec piété, pour soi-même, avec persévérance et en vue du salut. En effet, celui qui est dans le péché ne possède pas la vertu de piété. Or, la prière des pécheurs est parfois exaucée, car des choses étonnantes peuvent être réalisées même par des pécheurs. Il n’est donc pas nécessaire de demander avec piété pour que la prière soit efficace. |
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[16958] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 arg. 2 Praeterea, oratio quae ex caritate fit, semper efficaciam
habet ; Joan. 15, 7 : si manseritis in me, et verba mea in vobis
manserint ; quodcumque volueritis, petetis, et fiet vobis. In Deo
autem manere facit caritas, ut patet 1 Joan. 4. Omnis autem oratio quae fit
pie, ex caritate procedit. Ergo habet efficaciam : non ergo oportet
addere alias conditiones. |
2. La prière qui vient de la charité est
toujours efficace. Jn 15, 7 : Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous,
demandez tout ce que vous voudrez, et cela vous sera donné. Or, la
charité fait demeurer en Dieu, comme cela ressort de 1 Jn 4.
Or la prière qui est faite avec piété vient de la
charité. Elle est donc efficace. Les autres conditions ne sont donc
pas nécessaires. |
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[16959] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 arg. 3 Praeterea, quanto caritas est amplior tanto majorem habet efficaciam
merendi. Sed caritas tanto est amplior quanto ad plures se extendit. Ergo
videtur quod magis sit efficax oratio ex caritate procedens, quae fit pro
aliis, quam illa quae fit pro ipso orante ; et ita non requiritur pro se
fieri. |
3. Plus la charité est grande, plus grande est son
efficacité pour mériter. Or, la charité est
d’autant plus grande qu’elle s’étend à un
plus grand nombre. Il semble donc que la prière qui vient de la
charité est plus efficace lorsq’elle est faite pour
d’autres, que lorsqu’elle est faite pour celui-là
même qui prie. Ainsi, il n’est pas nécessaire
qu’elle soit faite pour soi. |
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[16960] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 arg. 4 Praeterea, ab eodem habet oratio efficaciam merendi, et opus,
scilicet a caritate. Sed opus ex caritate procedens est meritorium, etiam si
non perseveranter fiat. Ergo ad orationis efficaciam non requiritur quod
perseveranter fiat. |
4. La prière reçoit son efficacité
pour mériter de la même chose que l’acte, à savoir,
de la charité. Or, l’acte qui vient de la charité est
méritoire, même s’il n’est pas accompli avec
persévérance. Il n’est donc pas nécessaire pour
l’efficacité de la prière qu’elle soit accomplie
avec persévérance. |
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[16961] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 arg. 5 Praeterea, ea quae ad salutem pertinent, desiderata, vel petita,
iram Dei non provocant. Sed aliquando Deus orantibus concedit aliqua, de
quorum petitione irascitur : sicut filiis Israel regem petentibus,
quibus in indignatione regem dedit. Ergo non oportet ad hoc quod oratio sit
efficax, quod petantur ea quae sunt ad salutem. |
5. Ce qui est désiré ou demandé en
rapport avec le salut ne soulève pas la colère de Dieu. Or,
Dieu accorde parfois à ceux qui prient certaines choses qui
soulèvent sa colère, comme il a accordé dans sa
colère un roi aux fils d’Israël qui lui demandaient un roi.
Il n’est donc pas nécessaire, pour que la prière soit
efficace, de demander ce qui se rapporte au salut. |
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[16962] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 arg. 6 Praeterea, videtur quod multae aliae conditiones requirantur :
videlicet quod fideliter et confidenter petatur ; Jac. 1, 6 : postulet
autem in fide nihil haesitans ; et quod oratio sit humilis ;
Psal. 101, 18 : respexit in orationem humilium, et non sprevit preces
eorum. Paupertas etiam petentis ad efficaciam orationis facit ;
Psal. 9, 38 : desiderium pauperum exaudivit dominus. Fervor etiam
devotionis ; unde etiam Augustinus dicit de orando Deum ad Probam, cap.
9 : dignior sequitur effectus, quando ferventior procedit affectus.
Ergo insufficienter illae quatuor conditiones enumerantur. |
6. Il semble que plusieurs autres conditions soient
nécessaires : que la prière soit faite avec foi et
confiance, Jc 1, 6 : Qu’il
demande avec foi sans hésiter ; que la prière soit
humble, Ps 101, 18 : Il
accueille la prière des humbles et ne méprise pas leurs
prières. La pauvreté de celui qui demande contribue aussi
à l’efficacité de la prière,
Ps 9, 38 : Le Seigneur a
exaucé le désir des pauvres. Aussi la ferveur de la
dévotion. Augustin dit ainsi dans Sur
la prière, adressé à Proba, c. 9 :
« L’effet est d’autant plus grand que le désir
est plus fervent. » Ces quatre conditions sont donc insuffisamment
énumérées. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[16963] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 7 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
satisfactio respicit et culpam praeteritam, pro cujus offensa recompensationem
facit, et culpam futuram, contra quam est medicina salvans ; et haec duo
operationi competunt. Initium enim peccati et radix est superbia ; et
ideo per quod homo spiritum suum humiliter Deo subdit in oratione, et pro
superbia praecedentis offensae recompensationem facit, et aditum futurae
culpae aufert, radicem ei amputans ; et ideo oratio plene habet
satisfaciendi rationem. |
La satisfaction porte sur la faute passée, dont
elle compense l’offense, et sur la faute future, contre laquelle elle
est un remède salutaire. Ces deux choses conviennent à
l’acte. En effet, le commencement et la racine du péché
est l’orgueuil. Par le fait que l’homme soumet humblement son
esprit à Dieu par la prière, il compense pour l’orgueuil
de l’offense antérieure et coupe l’accès à
la faute future en en coupant la racine. C’est pourquoi la
prière a pleinement le caractère de satisfaction. |
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[16964] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod oratio mentalis et vocalis satisfactoria est, si
in caritate fiat. Vocalis quidem, quia habet exteriorem laborem, et sic
poenam quemdam ; et inquantum in ea manet virtus praecedentis
intentionis, habet etiam rationem boni meritorii, quae duo ad opus
satisfactorium requiruntur. Et sic patet quomodo respondendum sit ad
auctoritatem Isidori ; quia sonus vocis non reconciliat Deo inquantum
hujusmodi, sed inquantum manet in ipsa purae intentionis efficacia. Similiter
etiam oratio mentalis satisfactoria est : quia quamvis habeat
jucunditatem, habet tamen et poenam admixtam : quia dicit
Gregorius : Orare est amaros gemitus in compunctione resonare,
vel pro peccatis, vel pro dilatione patriae ; et praeterea ipsa mentis
elevatio est carnis afflictio, ut supra dictum est ; et afflictio carnis
redundat in mentem, inquantum ei unita est, et etiam in superbientem
spiritum, cujus vulnus oratio sanat ; et idcirco sine poena oratio
humilis esse non potest. |
1. La prière mentale et vocale est satisfactoire
si elle est faite avec la charité. La prière vocale, parce
qu’elle comporte un effort extérieur, et ainsi une certaine
peine ; et dans la mesure où demeure en elle la puissance de
l’intention antérieure, elle a aussi le caractère de bien
méritoire, les deux choses qui sont nécessaires pour un acte
satisfactoire. Il ressort ainsi clairement comment il faut répondre
à l’autorité d’Isidore : le son de la voix ne
réconcilie pas avec Dieu en tant que tel, mais en tant que demeure en
elle l’efficacité d’une intention pure. De même
aussi, la prière mentale est-elle satisfactoire, car, bien qu’il
y ait de la joie, une peine lui est cependant associée, car
Grégoire dit : « Prier, c’est faire entendre des
gémissements par componction », soit pour les
péchés, soit pour le délai de la patrie. De plus,
l’élévation même de l’esprit est une
affliction pour la chair, comme on l’a dit plus haut, et
l’affliction de la chair retombe sur l’esprit parce qu’elle
lui est unie, et même sur l’esprit orgueuilleux, dont la
prière guérit la blessure. Ainsi, une prière humble ne
peut exister sans peine. |
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[16965] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod non est inconveniens actum unius virtutis imperari a
virtute quae contra ipsum dividitur, sicut actum temperantiae interdum
fortitudo imperat ; et sic etiam actum latriae potest poenitentia
imperare, et sic erit satisfactorius ; sicut etiam sacrificia pro peccatis
in veteri lege fiebant, et nunc fiunt. |
2. Il n’est pas inapproprié que l’acte
d’une vertu soit commandé par une vertu qui est distincte
d’elle, comme la force commande parfois un acte de tempérance.
De la même manière, la pénitence peut commander un acte
de latrie : il sera ainsi satisfactoire, comme aussi les sacrifices pour
les péchés étaient accomplis dans l’ancienne loi
et sont accomplis maintenant. |
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[16966] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ex hoc ipso quod aliquis ab homine veniam petit
humiliter, animum offensi hominis placat, et multo fortius misericordis Dei. |
3. Par le fait même que quelqu’un demande
pardon à un homme, il apaise l’esprit de l’homme
offensé et, à bien plus forte raison, celui de Dieu miséricordieux. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[16967] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 7 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod ratio meriti
in omnibus actibus nostris est ex caritate ; unde, cum contingat aliquando
ex caritate orationem fieri, constat quod potest esse meritoria eadem ratione
qua et alia opera ex caritate facta meritoria sunt. |
Le caractère méritoire de tous nos actes
vient de la charité. Puisqu’il arrive parfois que la
prière soit faite par charité, il est clair qu’elle peut
être méritoire pour la même raison que les autres actes
faits par charité sont méritoires. |
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[16968] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 2 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod habere oculum ad aliud quam ad Deum, sicut ad principalem
finem, evacuat rationem meriti ; non autem si respiciat aliud sicut quo
ad Deum cito perveniendum ; et hoc modo oratio relevationem propriarum
indigentiarum respicit. [16969] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7
qc. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod meritum in actibus
aliarum virtutum est ex vi caritatis. Et quia caritas habet pro objecto quod
aliae habent pro fine ; ideo meritum in actibus aliarum virtutum non est
solum objectum illius actus, sed finis orantis. Hoc autem quod petitur, non est finis orantis, sed
objectum actus ; et ideo non oportet quod meritum attendatur ratione
illius. [16970]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod opera nostra non sunt
sufficientia a seipsis ad obtinendum omne illud quo indigemus ; et ideo
oportet quod illud quod nobis deest, ex divina misericordia suppleatur ;
et hanc oratio pulsat ; et ideo orationis meritum exigitur ad supplendum
defectus omnium aliorum nostrorum meritorum. Unde Gregorius in moralibus
dicit : multum utique apud Deum haec summe sibi necessario congruunt,
ut et ooratione operatio, et operatione fulciatur oratio. |
1. Tourner le regard vers un autre que Dieu comme vers la
fin principale enlève le caractère méritoire, mais non
si on considère quelque chose comme ce qui peut faire parvenir plus
rapidement à Dieu. C’est de cette manière que la
prière considère le rappel de nos propres besoins. 2. Dans les actes des autres vertus, le mérite
vient de la puissance de la charité. Et parce que la charité a
comme objet ce que les autres vertus ont comme fin, le mérite des actes
des autres vertus n’est pas seulement l’objet de cet acte, mais
la fin de celui qui prie. Mais ce qui est demandé n’est pas la
fin de celui qui prie, mais l’objet de son acte. Il n’est donc
pas nécessaire qu’on considère le mérite de son
point de vue. 3. Nos actes ne suffisent pas par eux-mêmes pour
obtenir tout ce dont nous avons besoin. C’est pourquoi il est
nécessaire que ce dont nous avons besoin soit ajouté par la
miséricorde divine. C’est ce sur quoi la prière insiste.
C’est pourquoi le mérite de la prière est
nécessaire pour combler le manque de tous nos autres mérites.
Aussi Grégoire dit-il dans les Morales :
« Aux yeux de Dieu, ces choses s’accordent parfaitement
à ce qui nous est nécessaire : que l’action soit soutenue
par la prière, et la prière par l’action. » |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[16971] Super Sent., lib. 4 d.
15 q. 4 a. 7 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod oratio ad duo
ordinatur ; scilicet ad objectum proprium, et ad finem : et
secundum hoc habet duplicem efficaciam : scilicet efficaciam merendi
ratione finis, qui est vita aeterna, ad quam omnia merita ordinantur ;
et efficaciam impetrandi ejus quod petitum est, quod est orationis objectum.
Et inter haec duo differentia est : quod meritum importat ordinem
justitiae ad praemium, quia ad justitiam pertinet retribuentis ut merenti
praemium reddat : sed impetratio importat ordinem misericordiae vel
liberalitatis ex parte donantis ; et ideo meritum ex seipso habet unde
perveniatur ad praemium ; sed oratio impetrare volentis non habet ex
seipsa unde impetret, sed ex proposito vel liberalitate dantis. Unde patet
quod oratio ex caritate semper habet efficaciam merendi, sed non habet semper
efficaciam impetrandi : quia aliquid est quod repugnat impetrationi in
providentia Dei, ad quem oratur. Et ad haec impedimenta tollenda ponuntur
quatuor conditiones praemissae, quibus positis semper habet oratio efficaciam
impetrandi. Potest ergo impedimentum orationis esse vel ex parte orantis. Si orationem inordinate emittat ; et quantum ad
hoc removendum dicitur pie, in quo importatur modus latriae, quae alio
nomine pietas dicitur, secundum quam oratio modificari debet : vel ex eo
quod petitur, quia quandoque etiam petenti non expedit, et sic dicitur quod
sit ad salutem : vel ex parte ejus pro quo petitur ; et hoc
impedimentum vel est tunc quando oratio fit ; quod non potest esse
quando oratio fit ab aliquo pro seipso, si pie petat, sed quando fit pro
alio ; et ideo additur alia conditio, quod fiat pro se : vel
potest esse post intermedium inter orationem et consecutionem petiti ;
et hoc excluditur per hoc quod dicit perseveranter. |
La prière est ordonnée à deux
choses : à son objet propre et à sa fin. Elle
possède ainsi une double efficacité : une
efficacité pour mériter en raison de sa fin, qui est la vie
éternelle, à laquelle tous les mérites sont
ordonnés ; et une efficacité pour obtenir ce qui a
été demandé, qui est l’objet de la prière.
Entre les deux, la différence est que le mérite comporte
l’ordre de la justice à la récompense, car il
relève de la justice de celui qui récompense de donner la
récompense à celui qui la mérite ; mais
l’obtention comporte un ordre de la miséricorde ou de la
libéralité du point de vue de celui qui donne. C’est pourquoi
le mérite possède par lui-même de parvenir à la
récompense, mais la prière de celui qui veut obtenir ne
possède par par elle-même la capacité d’obtenir,
mais elle la tient de l’intention ou de la libéralité de
celui qui donne. Il est donc clair que la prière tient toujours de la
charité une efficacité pour mériter, mais elle n’a
pas toujours une efficacité pour obtenir, car il existe quelque chose
qui s’oppose à l’obtention dans la providence du Dieu que
l’on prie. C’est pour enlever ces obstacles que les quatre
conditions mentionnées sont indiquées ; lorsqu’elles
sont réalisées, la prière a toujours une
efficacité pour obtenir. L’empêchement peut donc venir de
la prière ou de la part de celui qui prie. La prière peut
être formulée de manière désordonnée :
pour écarter cela, on dit qu’elle doit être faite avec
piété, par quoi on indique le mode de la latrie, qui est
autrement appelée piété, de laquelle la prière
doit recevoir son mode. Cela peut venir de ce qui est demandé, car
parfois cela ne convient pas même à celui qui le demande :
on dit ainsi qu’elle doit être faite en vue du salut. Cela peut
aussi venir de celui pour qui l’on prie, ce qui ne peut être le
cas lorsque l’on prie pour soi-même, si on demande avec
piété, mais lorsqu’on prie pour un autre ; on ajoute
ainsi une autre condition : qu’elle soit faite pour soi. Ou bien
il peut y avoir un intervalle entre la prière et l’obtention de
ce qu’on demande : cela est écarté lorsqu’on
dit qu’elle doit être faite avec persévérance. |
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[16972]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod istae conditiones non hoc
modo requiruntur ad efficaciam impetrandi, quasi nihil impetretur si aliqua
desit ; quia etiam quandoque aliquis pro alio orans auditur : sed
quia his positis semper oratio efficaciam habet impetrandi, quia
impetrationis virtus magis est ex proposito ejus cui oratur, quam ex orantis
merito ; et ideo quandoque peccatores audiuntur, quando eorum oratio
divino proposito concordat. Tamen sciendum est, quia quandoque aliquis pie
petit, qui pietatis virtutem non habet ; sicut aliquis aliquando justa
facit qui justitiae habitum non habet ; et sic etiam peccatores
aliquando possunt pie Orare. |
1. Ces conditions ne sont pas exigées pour obtenir
efficacement comme si rien ne pouvait être obtenu si l’une
d’elles fait défaut, car l’on est parfois exaucé
même lorsqu’on prie pour un autre, mais parce que, une fois
qu’elles sont en place, la prière a toujours une efficacité
pour obtenir, car la capacité d’obtenir vient davantage de l’intention
de celui que l’on prie que du mérite de celui qui prie.
C’est pourquoi les pécheurs sont parfois exaucés lorsque
leur prière s’accorde avec l’intention de Dieu. Il faut
cependant savoir que quelqu’un prie parfois avec piété,
sans avoir la vertu de piété, comme lorsque quelqu’un
accomplit des actes justes, alors qu’il n’a pas l’habitus
de la justice. Ainsi, même les pécheurs peuvent parfois prier
avec piété. |
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[16973] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4
a. 7 qc. 3 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod voluntas magis est de fine quam de illo quod propter finem
petitur ; et ideo quando Deus videt non concordare quod petitur, cum
fine pro quo pie orans petit, magis audit ejus desiderium non faciens quod
petitur, quam si faceret ; et ideo finaliter accipiendum est hoc quod
dicit : quodcumque volueritis, petetis, et cetera. Finis autem
petitionis est salus nostra, et Dei gloria : hoc autem esset contra Dei
gloriam, si peccatorem impoenitentem salvaret ; et esset contra salutem
petentis, si aliquid contrarium suae saluti sibi daretur ; et ita
exauditur desiderium, et tamen petitum non impetratur, quando aliquis
imperseveranter, vel pro alio petit, vel contraria saluti. |
2. La volonté porte plutôt sur la fin que
sur ce qui est demandé en vue de la fin. C’est pourquoi, lorsque
Dieu voit que ce qui est demandé ne s’accorde pas avec la fin
pour laquelle celui qui prie le demande, il exauce plutôt son
désir en ne faisant pas ce qui est demandé qu’en le
faisant. Ainsi, ce que [le Seigneur] dit : Demandez ce que vous voulez, etc., doit s’entendre au sens
final. Or, la fin de la demande est notre salut et la gloire de Dieu. Mais
cela serait contraire à la gloire de Dieu s’il sauvait un
pécheur impénitent ; et cela serait contraire au salut de
celui qui demande s’il lui était donné quelque chose de
contraire à son salut. Ainsi, le désir est exaucé, mais
ce qui est demandé n’est cependant pas obtenu, lorsque
quelqu’un demande sans persévérance, ou pour un autre, ou
des choses contraires au salut. |
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[16974] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod oratio quae fit ex caritate pro alio, semper habet
efficaciam merendi ei qui orat ; sed nunc loquimur de efficacia
impetrandi. |
3. La prière qui est faite par charité pour
un autre a toujours une efficacité méritoire pour celui qui
prie ; mais nous parlons maintenant de l’efficacité pour
obtenir. |
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[16975] Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 ad 4 Ad quartum dicendum,
quod impetratio importat consecutionem ejus quod petitur ; sed meritum
non importat consecutionem, sed ordinem justitiae ad consecutionem ; et
ideo impedimentum interveniens per instabilitatem, tollit rationem
impetrationis, quia tollit consecutionem ; sed non tollit ordinem ad
consecutionem, et ideo non tollit meritum ; unde meretur etiam qui non
perseveraverit ; sed non impetrat nisi perseverans. |
4. L’exaucement comporte le fait de recevoir ce qui
est demandé, mais le mérite ne comporte pas de recevoir, mais
l’ordre de la justice par rapport au fait de recevoir. C’est
pourquoi l’empêchement qui survient en raison d’une
instabilité enlève le caractère impétratoire
parce qu’il enlève le fait de recevoir ; mais il
n’enlève pas l’ordre par rapport à
l’obtention : c’est pourquoi il n’enlève pas le
mérite. Aussi celui qui n’aura pas
persévéré mérite-t-il, mais il n’obtient
qu’en persévérant. |
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[16976] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 ad 5 Ad
quintum dicendum, quod omnes homines habent beatitudinem sui desiderii finem,
quem maxime desiderant ; et ideo magis audit illos quibus non dat quod
petunt, si sit impediens a beatitudine, quam eos quibus dat ; unde talis
impletio orationis quae fit cum Dei indignatione, non dicitur impetratio,
proprie loquendo. |
5. Tous les hommes ont, comme fin de leur désir,
la béatitude, qu’ils désirent par-dessus tout.
C’est pourquoi [Dieu] écoute plutôt ceux à qui il
ne donne pas ce qu’ils demandent, si cela est un obstacle pour la
béatitude, que ceux à qui il donne. Aussi, à parler
propement, l’accomplissement de la prière qui est
réalisé par l’indignation de Dieu n’est-il pas
appelé exaucement. |
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[16977] Super Sent.,
lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 ad 6 Ad
sextum dicendum, quod omnes illae conditiones quae requiruntur ex parte
orantis inquantum est orans, includuntur in hoc quod dicit pie, quod includit
omnes circumstantias virtutis, quibus ordinantur actus ex parte agentis. |
6. Toutes les conditions qui sont exigées du point
de vue de celui qui prie en tant qu’il prie sont comprises
lorsqu’il dit : « avec
piété », car cela inclut toutes les circonstances de
la vertu, par lesquelles les actes sont ordonnés du point de
l’agent. |
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Expositio textus |
Explication du texte – Distinction 15 |
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[16978]
Super Sent., lib. 4 d. 15 q. 4 a. 7 qc. 3 expos. Non consurget duplex tribulatio. Contra. Hierem. 17, 18 : duplici contritione
contere eos. Et dicendum, quod tribulatio, si accipiatur commensurata
peccato, duplex non consurgit, quia Deus non punit ultra condignum ; sed
si accipiatur pro poena absolute, tunc duplex poena debetur, vel secundum
duas partes peccantis, poena corporis et animae ; vel secundum duo quae
sunt in peccato, scilicet aversio et conversio, poena sensus et damni ;
vel secundum duas radices peccati, quae sunt amor et timor ignis et
frigus ; vel secundum duos status, praesens poena et futura ; utraque
enim est citra condignum ; et praecipue si accipiantur divisim. Tamen
praesens poena et futura in eo qui non corrigitur, unam poenam constituunt ;
unde Gregorius in Moralib. dicit : eorum percussio hic coepta, illic
perficitur, ut incorrectis unum flagellum sit quod hic temporaliter incipit,
sed in aeternis suppliciis consummatur. Quinque enim modis flagella
contingunt. Sed contra Hieronymus dicit : quidquid patimur,
peccata nostra meruerunt. Ergo omnia sunt ad punitionem. Praeterea,
Augustinus dicit : quidquid permiserit Deus pati, scias esse
flagellum correctionis. Ergo omnes alii modi superfluunt. Praeterea,
impium videtur alteri nocere, ut cessans a nocumento aliquis gloriam habeat,
et Daemonum operibus simile, ut patet ex vita b. Bartholomaei. Praeterea, ad multa
alia, flagella ordinari in Scriptura leguntur, sicut ad probationem, ad
exemplum justi judicii Dei, et hujusmodi. Et dicendum, quod isti quinque modi
distinguuntur penes bona quae ex poenis a Deo inflictis in praesenti consequuntur,
quae sunt a Deo intenta. Hoc autem bonum
aut est in altero, et sic est quartus modus : aut in eo qui punitur, et
sic est ordo justitiae, qui semper divino flagello adjunctus est, quia omnis
poena justa ; et hoc cum praecisione aliorum est in quinto modo :
aut est utilitas quam ipse flagellatus consequitur ; quae quidem potest
esse vel quantum ad recessum a malo, et sic est modus tertius ; vel in
ordine ad bonum conservandum, et sic est secundus modus ; aut augendum,
et sic est primus. Ad primum ergo dicendum, quod poenam semper praecedit peccatum in
natura, sed non semper in persona puniti. Ad
secundum dicendum, quod flagellum quantum est de se, semper est
corrigens ; sed ex defectu recipientis quandoque ad hunc effectum non
pervenit. Ad tertium dicendum, quod impium esset, si poena justa non esset.
Nec tamen Deus tunc vult gloriam suam divulgari propter suam utilitatem, sed
nostram. Ad quartum dicendum, quod omnia alia possunt ad ista reduci :
quia probatio est ad augmentum meriti, et exemplum justi judicii Dei ad
gloriam Dei, et sic de aliis. Non praevenit sententiam judicis :
quia etsi sententia hominis praecedit non concordans sententiae Dei, adhuc
sententia Dei restat ; si autem concordat, est sententia Dei. Levis
enim culpa levi supplicio compensatur. Supplicium enim mortis praesentis
leve dicitur in comparatione ad futurum supplicium : culpae etiam
praenominatae leves dicuntur in comparatione ad culpas majores, quae
quandoque minoribus poenis temporalibus puniuntur. Ex fonte gratiae Dei id
cordi instillatur, ut vel sic paulatim ad poenitentiam veniat, vel eo minus a
Deo puniatur. Non loquitur hic de gratia gratum faciente : quia haec
non datur ante perfectam poenitentiam ; sed de gratuitis bonis, sicut
fides informis, et timor servilis, et hujusmodi. Si enim propter
misericordiam qua quis proximo suo non miseretur, et quae dimissa sunt
replicantur ad poenam ; multo magis quae nondum sunt dimissa, propter
odium fraternum ad poenam reservari probantur. Hic dicit secundum quamdam
opinionem, de qua infra habetur, dist. 21, quaest. 1, art. 3, quaestiunc. 1. Qui
diligit iniquitatem, odit animam suam, non affectu, sed effectu. Immundis
nihil est mundum : quia ipsi ex his quae in se munda sunt, sicut
sacramenta, munditiam non consequuntur. Nihil prodest jejunare et orare,
et alia bona agere, nisi mens revocetur a peccato ; scilicet ad
vitam aeternam consequendam. Nunquam aliquem sanavit. Contra, Joan. 9,
dicit Glossa : quaeritur quomodo sine fide aliquem illuminaverit
Christus. Ergo ille fidem non habuit, et sic non totum curavit. Et
dicendum, quod Christus quemcumque curavit, totaliter curavit, et mente et
corpore quantum ad omnes infirmitates corporales ; et ille totus fidem
recepit primo, sed indistinctam. Glossa tamen aliter solvit, quod scilicet
hoc intelligitur de illis qui pro peccato morbum incurrunt. Quaedam
impietas infidelitatis est ab illo qui justus et justitia est, dimidiam
sperare veniam : quia sequeretur quod vel Deus non sciret omnia
peccata, vel non omnia horreret, vel non omnia remittere posset. Ad
Baptismi puritatem : quantum ad remotionem omnium culparum. Abluat
lacrymis mentis, idest interiori dolore, quem lacrymae exteriores
significant ; et est locutio metaphorica. Sciat, se culpabiliter
durum ; si scilicet contingat exteriorum lacrymarum defectus ex
defectu doloris, ut homo minus doleat de peccato quam de damno temporali. Sed
quandoque abundantia doloris lacrymas exsiccat propter dolorem
concitatum ; quandoque autem homo se continet, ut coram solo Deo
doleat ; quandoque etiam ex duritia complexionis est quod homo non
potest flere corporaliter pro peccatis, etsi fleat pro morte amici, quia
dolor ille est magis sensibilis, et ideo magis vicinus ad resolvendum corpus
in lacrymas. Emundare nequiverit, scilicet in statu tali manens ;
alias non esset ei imputandum. |
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Distinctio 16 |
Distinction 16 – [Les parties de la pénitence] |
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Quaestio 1 |
Question 1 – [Les parties de la pénitence] |
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Prooemium |
Prologue
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[16979]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 pr. Postquam
Magister determinavit de poenitentia generaliter, hic ad partes poenitentiae
descendit ; et dividitur in partes duas : in prima distinguit
poenitentiae partes ; in secunda movet quasdam quaestiones circa
comparationem partium poenitentiae ad invicem, 17 dist., ibi : hic
oritur quaestio multiplex. Prima in duas : in prima distinguit
partes quasi poenitentiam integrantes, scilicet contritionem, confessionem,
et satisfactionem ; in secunda distinguit partes quasi subjectivas,
ibi : praedictis vero adjiciendum est et cetera. Prima in duas : in
prima distinguit poenitentiae partes ; in secunda docet poenitendi modum
secundum partes illas, ibi : ideo discretio poenitenti necessaria est.
Circa primum duo facit : primo ostendit numerum partium ; secundo
singulas partes prosequitur, ibi : compunctio nobis commendatur. Ideo
discretio poenitenti valde necessaria est. Hic ostendit modum poenitendi ;
et circa hoc duo facit : primo ostendit modum dignae poenitentiae ;
secundo modum falsae, ibi : et sicut sunt digni fructus poenitentiae,
ac vera satisfactio ; ita et indigni fructus. Circa primum tria
facit : primo assignat ex verbis Augustini modum poenitendi quantum ad
contritionem cordis ; secundo quantum ad confessionem oris, ibi : caveat
ne ductus verecundia dividat apud se confessionem ; tertio quantum
ad satisfactionem operis in abstinendo a sacris et ab illicitis, ibi : caveat
etiam ne prius ad dominicum corpus accedat quam confortetur bona conscientia.
Praedictis vero adjiciendum videtur et cetera. Hic assignat alias
poenitentiae partes quasi subjectivas ; et circa hoc duo facit :
primo distinguit eas ; secundo prosequitur de altera earum, et scilicet
poenitentia venialium, quae habet specialem dubitationem, ibi : quae
autem pro venialibus sit satisfactio sufficiens, Augustinus insinuat. Hic
quaeruntur quatuor. Primo de partibus poenitentiae. Secundo de remissione
venialium in hac vita, quae ad unam partem poenitentiae pertinet. Tertio de
circumstantiis peccati, secundum quas formari debet poenitentiae modus. Quarto
de impedimentis verae poenitentiae. Circa primum quaeruntur duo : 1 de
partibus poenitentiae quasi integralibus ; 2 de partibus secundo
assignatis. |
Après avoir déterminé de la
pénitence d’une manière générale, le
Maître descend maintenant vers les parties de la pénitence. Il y
a deux parties : dans la première, il établit une distinction
entre les parties de la pénittence ; dans la seconde, il
soulève des questions à propos de la comparaison des parties de
la pénitence entre elles, d. 17, à cet endroit :
« Ici sont soulevées plusieurs questions. » La
première partie se divise en deux : dans la première, il
fait une distinction entre les parties pour ainsi dire intégrales de
la pénitence, la contrition, la confession et la satisfaction ;
dans la seconde, il fait une distinction entre les parties pour ainsi dire
subjectives, à cet endroit : « Il faut ajouter
à ce qui a été dit, etc. ». La
première partie se divise en deux : dans la première, il
fait une distinction entre les parties de la pénitence ; dans la
seconde, il enseigne la manière de se repentir selon ces parties,
à cet endroit : « La discrétion est donc
nécessaire au pénitent. » À propos du premier
point, il fait deux choses : premièrement, il montre le nombre
des parties ; deuxièmement, il traite de chacune des parties,
à cet endroit : « La componction nous est
recommandée. » « Ainsi, la discrétion est
très nécessaire au pénitent. » Ici, il montre
la manière de se repentir. À ce propos, il fait deux
choses : premièrement, il expose la manière de faire
dignement pénitence ; deuxièmement, il expose la
manière de faire faussement pénitence, à cet
endroit : « Et de même qu’il existe de dignes
fruits de la pénitence et une véritable satisfaction, de
même il en existe d’indignes. » À propos du
premier point, il fait trois choses : premièrement, il indique, à
partir de paroles d’Augustin, la manière de faire
pénitence pour ce qui est de la contrition du cœur ;
deuxièmement, pour ce qui est de la confession du cœur, à
cet endroit : « Qu’il évite, conduit par la honte,
de minimiser en lui-même la confession » ;
troisièmement, pour ce qui est de la satisfaction de l’acte, en
s’abstenant des choses saintes et des choses défendues, à
cet endroit : « Qu’il évite de s’approcher
du corps du Seigneur avant que sa bonne conscience n’ait
été renforcée. » « Mais il faut
ajouter à ce qui a été dit, etc. ». Ici, il
indique les autres parties pour ainsi dire subjectives de la
pénitence. À ce propos, il fait deux choses :
premièrement, il fait une distinction entre elles ;
deuxièmement, il traite de l’une d’elles, la
pénitence pour les péchés véniels, sur laquelle
existe un doute particulier, à cet endroit : « Ce
qu’est une satisfaction suffisante pour les péchés
véniels, Augustin le suggère. » Ici, quatre
questions sont posées. Premièrement, sur les parties de la
pénitence. Deuxièmement, sur la rémission des
péchés véniels durant cette vie, qui relève
d’une partie de la pénitence. Troisièmement, sur les
circonstances du péché, selon lesquelles la manière de
faire pénitence doit recevoir sa forme. Quatrièmement, sur les
empêchements à une pénitence véritable. À
propos du premier point, deux questions sont posées : 1 –
Sur les parties pour ainsi dire intégrales de la pénitence ;
2 – Sur les parties indiquées en second lieu. |
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Articulus 1 [16980] Super
Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 tit. Utrum poenitentia habeat partes |
Article 1 – La pénitence a-t-elle des parties ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La pénitence a-t-elle des parties ?] |
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[16981] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod poenitentia partes non habeat. Nullum enim
simplex habet partem. Sed secundum Ambrosium omne sacramentum est simplex.
Ergo poenitentia, cum sit sacramentum, non habet partes. |
1. Il semble que la pénitence n’ait pas de parties. En effet, rien de ce qui est simple n’a de parties. Or, selon Ambroise, tout sacrement est simple. Puisqu’elle est un sacrement, la pénitence n’a donc pas de parties. |
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[16982]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, Baptismus multiplicior est virtute quam
poenitentia : quia originale et actuale quantum ad culpam et poenam
totaliter tollit ; quod de poenitentia non est verum. Ergo cum Baptismo
non assignentur partes, nec poenitentiae partes assignari debent. |
2. La baptême possède une puissance plus
diversifiée que la pénitence, car il enlève entièrement
le péché originele et actuel, tant pour ce qui est de la faute
que pour ce qui est de la peine. Puisqu’on n’attribue pas de
parties au baptême, on ne doit donc pas attribuer de parties à
la pénitence. |
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[16983] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1
qc. 1 arg. 3 Praeterea, medicina debet proportionari morbo. Sed peccatum, quod est morbus spiritualis, cujus est
medicina poenitentia, non habet hujusmodi partes. Ergo nec poenitentiae
partes assignandae sunt. |
3. Le remède doit être proportionné
à la maladie. Or, le péché, qui est une maladie spirituelle
dont la pénitence est le remède, ne comporte pas de telles
parties. Il ne faut donc pas attribuer de parties à la
pénitence. |
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[16984] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, poenitens
poenam sibi infert pro peccato debitam. Sed pro peccato in Deum commisso non
solum debetur poena interior sed exterior ut patet in Inferno. Ergo ad perfectionem
poenitentiae utraque poena requiritur. Ergo poenitentia habet partes. |
Cependant, [1] le pénitent s’inflige à
lui-même la peine due pour son péché. Or, pour un
péché commis contre Dieu, non seulement une peine
intérieure, mais une peine extérieure est due, comme cela est
clair dans l’enfer. Pour la perfection de la pénitence, les deux
peines sont donc requises. La pénitene comporte donc des parties. |
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[16985] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, morbus spiritualis majori diligentia est
curandus quam corporalis. Sed curatio quae fit contra morbum corporalem
secundum aliquas partes distinguitur, quia primo tollitur morbus, et postea
morbi reliquiae. Ergo et poenitentia, quae est spiritualis morbi curatio,
partes habere debet. |
[2] La maladie spirituelle doit être traitée
avec plus soin que la maladie corporelle. Or, le traitement de la maladie
corporelle se différencie selon certaines parties, car la maladie est
d’abord enlevée, et ensuite les restes de la maladie. La
pénitence, qui est le traitement de la maladie spirituelle, comporte
donc elle aussi des parties. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Les parties de la pénitence sont-elles attribuées de manière appropriée : la contrition, la confession et la satisfaction ?] |
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[16986]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod inconvenienter assignentur ei hae
tres partes ; scilicet contritio, confessio, et satisfactio. Sacramentum
enim a ministris Ecclesiae confertur secundum omnem sui partem. Sed
contritionem non confert poenitenti aliquis Ecclesiae minister. Ergo non est
pars poenitentiae sacramenti. |
1. Il semble que ces trois parties de la pénitence lui sont incorrectement attribuées : la contrition, la confession et la satisfaction. En effet, le sacrement est conféré par les ministres de l’Église dans son ensemble. Or, aucun ministre de l’Église ne confère la contrition au pénitent. Elle n’est donc pas une partie du sacrement de pénitence. |
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[16987] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, per
poenitentiae sacramentum peccatum dimittitur. Sed
ante confessionem peccatum quandoque dimittitur, ut infra, dist. seq.,
Magister ostendit. Ergo non est pars poenitentiae. |
2. Le péché est remis par le sacrement de
pénitence. Or, le péché est parfois remis avant la
confession, comme le Maître le montre à la distinction suivante.
Elle n’est donc pas une partie de la pénitence. |
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[16988] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, in
sacramento novae legis gratia suscipienti confertur. Sed in satisfactione non confertur aliqua gratia. Ergo
non est sacramenti pars. |
3. La grâce est conférée par le
sacrement de la loi nouvelle. Or, aucune grâce n’est
conférée par la satisfaction. Elle n’est donc pas une
partie du sacrement. |
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[16989] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 2 arg. 4 Praeterea, non est idem fructus rei et pars. Sed satisfactio dicitur
in littera poenitentiae fructus. Ergo satisfactio non est pars poenitentiae. |
4. Le fruit d’une chose et sa partie ne sont pas la
même chose. Or, on dit dans le texte que la satisfaction est le fruit
de la pénitence. La satisfaction n’est donc pas une partie de la
pénitence. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [La pénitence a-t-elle des parties subjectives ?] |
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[16990]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sint partes subjectivae. Quia
istae partes poenitentiae, ut in littera patet, sumuntur secundum peccatum
cordis, oris, et operis. Sed hae sunt partes subjectivae peccati. Ergo et
partes poenitentiae assignatae, sunt partes subjectivae ipsius. |
1. Il semble que [la pénitence] ait des parties subjectives, car les parties de la pénitence, telles qu’elles apparaissent dans le texte, s’entendent du péché du cœur, de la bouche et en acte. Or, celles-ci sont des parties subjectives du péché. Les parties de la pénitence évoquées sont donc ses parties subjectives. |
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[16991] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, totum integrale non sequitur ad suam partem : non
enim sequitur : si paries est, domus est. Sed poenitentia sequitur ad
quamlibet partium assignatarum : sequitur enim : conteritur, ergo
poenitet ; et similiter de aliis. Ergo non sunt partes integrales, sed
subjectivae. |
2. Un tout intégral ne découle pas de sa
partie : en effet, s’il existe un mur, il ne s’ensuit pas
qu’il y ait une maison. Or, la pénitence découle de
chacune des parties indiquées : en effet, on est contrit, donc on
se repent, et ainsi de suite pour les autres. Elles ne sont donc pas des
parties intégrales, mais subjectives. |
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[16992] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, partes integrales alicujus totius quod habet esse
permanens, sunt simul. Sed poenitentia habet esse permanens, sicut et alia
sacramenta. Ergo, cum poenitentiae partes non sint simul, non erunt partes
integrales, sed subjectivae. |
3. Les parties intégrales d’un tout qui
existe de manière permanente existent en même temps. Or, la
pénitence existe de manière permanente, comme les autres
sacrements. Puisque les parties de la pénitence n’existent pas
en même temps, elles n’en sont donc pas les parties intégrales,
mais subjectives. |
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[16993] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, partes subjectivae non requiruntur ad
perfectionem totius universalis : quia in qualibet parte perfecta ratio
totius invenitur, sicut perfecta ratio animalis in homine. Sed partes
poenitentiae assignatae, ad ejus perfectionem requiruntur, ut in littera
dicitur. Ergo non sunt partes subjectivae. |
Cependant, [1] les parties subjectives ne sont pas
nécessaires pour la perfection d’un tout universel, car, dans
toute partie parfaite, se trouve la raison dut tout, comme la raison parfaite
d’animal se trouve dans l’homme. Or, les parties attibuées
à la pénitence sont nécessaires pour sa perfection,
comme on le dit dans le texte. Elles n’en sont donc pas les parties
subjectives. |
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[16994] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, nihil unum aliquid habet partes subjectivas,
sicut unum animal non habet partes subjectivas. Sed unius poenitentiae partes
sunt assignatae partes : quod patet ex hoc quod de uno peccato non
agitur nisi una poenitentia, inquantum praedicta tria inveniuntur. Ergo non
sunt partes subjectivae. |
[2] Rien de ce qui est unique n’a de parties
subjectives, comme un seul animal n’a pas de parties subjectives. Or,
les parties attribuées sont les parties d’une seule
pénitence, ce qui ressort du fait qu’une seule pénitence
porte sur un seul péché, pour autant que les trois choses dites
plus haut s’y trouvent. Elles n’en sont donc pas des parties
subjectives. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [S’agit-il aussi de parties de la vertu de pénitence ?] |
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[16995]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod sint partes etiam poenitentiae
virtutis. Sicut enim dicitur in 10 Ethic., ad perfectionem virtutis moralis
requiritur actus interior et exterior. Sed poenitentia est virtus moralis,
cum sit pars justitiae. Ergo de perfectione ejus est contritio interior et
confessio, et satisfactio exterior ; et sic sunt partes ejus sicut
poenitentiae sacramenti. |
1. Il semble qu’il s’agisse aussi de parties de la vertu de pénitence. En effet, comme on le dit dans Éthique, X, un acte intérieur et extérieur est nécessaire à la perfection de la vertu morale. Or, la pénitence est une vertu morale, puisqu’elle est une partie de la justice. La contrition intérieure, la confession et la satisfaction extérieure font donc partie de sa perfection ; elles en sont ainsi les parties, comme du sacrement de pénitence. |
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[16996] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 2 Praeterea, satisfactio est actus alicujus virtutis, nec alterius
quam poenitentiae ; et similiter de aliis. Ergo sunt partes poenitentiae
virtutis, non solum sacramenti. |
2. La satisfaction est l’acte d’une vertu, et
pas d’une autre que de [la vertu] de pénitence. Il en va ainsi
des autres actes. Ils sont donc des parties de la vertu de pénitence,
et non seulement du sacrement. |
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[16997] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 4 arg. 3 Praeterea, justitia exigit ut per quae quis peccat, per haec
puniatur. Sed haec tria quae assignantur poenitentiae partes, sunt quaedam
poenae respondentes illis quibus peccamus. Ergo ad perfectionem justitiae
exiguntur. Sed nonnisi quantum ad partem illam quae poenitentia dicitur. Ergo sunt partes poenitentiae virtutis. |
3. La justice exige que l’on soit puni par ce par
quoi l’on a péché. Or, ces trois parties attibuées
à la pénitence sont des peines correspondant à ce par
quoi nous péchons. Elles ont donc requises pour la perfection de la
justice. Or, ce ne peut être le cas que pour cette partie qui est
appelée pénitence. Elles sont donc des parties de la vertu de
pénitence. |
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[16998] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 4 s. c. 1 Sed contra, actus non est pars habitus. Sed poenitentia
virtus est habitus ; haec autem tria sunt actus quidam. Ergo non sunt
partes poenitentiae virtutis. |
Cependant, [1] l’acte n’est pas une partie de
l’habitus. Or, la pénitence comme vertu est un habitus, mais ces
trois choses sont des actes. Ils ne sont donc pas des parties de la vertu de
pénitence. |
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[16999] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 4 s. c. 2 Praeterea, subjectum virtutis est mens, secundum
Augustinum ; sed confessio non est in mente sicut in subjecto, similiter
nec satisfactio. Ergo non sunt poenitentiae virtutis partes. |
[2] Le sujet de la vertu est l’esprit, selon
Augustin. Or, la confession ne se trouve pas dans l’esprit comme dans
son sujet ; il en va de même pour la satisfaction. Elles ne sont
donc pas des parties de la vertu de pénitence. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[17000] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod in
poenitentia non est pro materia aliqua exterior res, sicut in Baptismo
aqua ; sed ipse actus humanus loco materiae in hoc sacramento se habet,
qui per quamdam recompensationem offensam culpae praecedentis tollit. In
actibus autem humanis est gradus quidam ad perfectionem pertingendi propter
diversas partes hominis, quarum una aliam movet ; et ideo oportet quod
diversa secundum ordinem ad perfectionem poenitentiae considerentur ; et
haec dicuntur poenitentiae partes. |
Dans la pénitence, une chose extérieure ne
joue pas le rôle de matière, comme l’eau dans le
baptême, mais un acte humain joue le rôle de matière dans
ce sacrement : par une certaine compensation, il enlève
l’offense de la faute précédente. Or, dans les actes
humains, il existe des degrés pour atteindre la perfection en raison
des diverses parties de l’homme, dont l’une meut l’autre.
C’est pourquoi il est nécessaire que considérées
considérées différentes choses selon un ordre en vue de
la perfection de la pénitence. Celles-ci sont appelées les
parties de la pénitence. |
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[17001] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod dubitatur de illa auctoritate, utrum sit Ambrosii.
Si tamen concedatur, intelligendum, quod sacramentum est simplex ratione effectus
principalis, et virtutis simplicis quam operatur ; sed materiale in
sacramento potest esse compositum, sicut patet in confirmatione et
Eucharistia ; et sic etiam ex parte actus nostri, qui est quasi
materialis in poenitentia, partes ei assignantur. |
1. On doute que cette autorité soit
d’Ambroise. Cependant, si on l’admet, il faut comprendre que le
sacrement est simple en raison de son effet principal et de la puissance
simple qu’il met en œuvre. Mais ce qui est matériel dans le
sacrement peut être composé, comme cela ressort clairement pour
la confirmation et l’eucharistie. Ainsi, du point de vue de notre acte,
qui est pour ainsi dire l’élément matériel dans la
pénitence, des parties lui sont attribuées. |
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[17002] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod partes non assignantur poenitentiae ex parte virtutis
sacramentalis, sed ex parte ejus quod est materiale in ipsa. In Baptismo
autem est materiale res exterior in qua non est accipere nisi unum
esse ; et ideo Baptismo partes non assignantur : quia etsi sit
aliquis actus noster in Baptismo, ille non est de essentia Baptismi, sed
dispositio ad Baptismum. |
2. Des parties ne sont pas attribuées à la
pénitence du point de vue de la puissance sacramentelle, mais du point
de ce qui matériel en elle. Or, dans le baptême, c’est une
chose extérieure qui joue le role de matière, pour laquelle on
ne peut concevoir qu’un seul être. C’est pourquoi on
n’attribue pas de parties au baptême, car, même s’il
y a un acte de notre part dans le baptême, celui-ci ne fait pas partie
de l’essence du baptême, mais il est une disposition au
baptême. |
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[17003] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod bonum, secundum Dionysium, causatur ex una integra
causa ; sed ex singulis defectibus consurgit malum ; et ideo ad
integritatem peccati sufficit in quocumque gradu humani actus defectus
inveniatur ; et propter hoc peccato partes quasi integrales non
assignantur, sicut poenitentiae, quae bonitatem amissam reparat. |
3. Selon Denys, le bien est causé par une seule
cause entière, mais le mal surgit de chacune des carences. C’est
pourquoi il suffit à l’intégrtié d’un
péché qu’une carence se rencontre à n’importe
quel stade de l’acte humain. Pour cette raison, on n’attribue pas
de parties pour ainsi dire intégrales au péché, comme
c’est le cas pour la pénitence, qui rétablit la
bonté perdue. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[17004] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 1 qc. 2 co. Ad secundam quaestionem dicendum, quod sicut dictum
est, poenitentia offensam culpae praecedentis abolet per modum recompensationis
cujusdam. Haec autem recompensatio differt a recompensatione vindicativae
justitiae in duobus. Primo quia in vindicativa justitia ille qui peccavit, se
habet ad recompensationem ut patiens tantum, inquantum poena per quam fit
culpae recompensatio, est ab alio inflicta ; et ideo non praesupponitur
ad recompensationem dolor de peccato, sed ex poena recompensante dolor infligitur.
In poenitentia autem ille qui peccavit, se habet ad recompensationem etiam ut
agens ; quia ipse sponte sua ad poenam recompensantem accedit ; et
ideo displicentia culpae praeexigitur. Secundo differt, quia in vindicativa
justitia taxatur poena recompensans secundum arbitrium judicis, non ejus in
quem commissum est peccatum. Sed in poenitentia oportet quod poena
recompensans taxetur secundum arbitrium ejus in quem peccatum commissum
est ; quia talis recompensatio fit ad reconciliandum animum offensi ;
quae reconciliatio esse non potest, nisi poena recompensantis voluntati ejus
sufficiat ; et ideo oportet in poenitentia quod modus poenae
satisfactoriae secundum arbitrium sacerdotis, qui vicem Dei obtinet,
servetur. Utrique ergo recompensationi hoc
commune est quod non fiat recompensatio secundum arbitrium ejus qui peccavit,
sed alterius hominis. Arbitrium autem rectum requirit cognitionem
culpae : quae quidem si ei qui debet poenam taxare, per eum qui peccavit
fiat, confessio dicitur ; si autem alias, dicitur contritio. Et quia in
poenitentia, qui peccavit, ad recompensationem faciendam sponte accedit,
requiritur satisfactio. Et sic recompensatio tribus gradibus perficitur.
Quorum primus est displicentia culpae praeteritae ; alias non sponte ad
recompensationem accederet ; et hic per contritionem perficitur.
Secundus est ut culpam suam notificet Deo per sacerdotem ; alias non se
ad recompensationem secundum arbitrium ejus in quem peccavit, offerret ;
et quantum ad hoc est confessio. Tertius est ut compenset secundum arbitrium
sacerdotis ; et quantum ad hoc est satisfactio. |
Comme on l’a dit, la pénitence efface
l’offense d’une faute précédente à la
manière d’une compensation. Or, cette compensation
diffère de la compensation de la justice punitive sur deux points.
Premièrement, dans la justice punitive, celui qui a
péché est dans la situation de celui qui subit seulement, pour
autant que la peine par laquelle se réalise la compensation de la
faute est infligée par un autre. C’est pourquoi la douleur pour
le péché n’est pas présupposée à la
compensation. Mais, dans la pénitence, celui qui a péché
se trouve dans la situation d’un agent par rapport à la
compensation, car il s’approche de son plein gré de la peine
compensatoire. C’est pourquoi le dégoût de la faute est préexigé.
Deuxièmement, elle en diffère parce que, dans la justice
punitive, la peine compensatoire est établie selon le jugement du
juge, et non de celui contre qui un péché a été
commis. Mais, dans la pénitence, il est nécessaire que la peine
compensatoire soit établie selon le jugement de celui contre qui le
péché a été commis, car une telle compensation a
pour but de se concilier le cœur de celui qui a été
offensé. Une telle réconciliation ne peut exister que si la
peine compensatoire suffit à sa volonté. C’est pourquoi,
dans la pénitence, il est nécessaire que soit respecté
le mode de la peine satisfactoire selon le jugement du prêtre, qui
tient la place de Dieu. Les deux compensations ont donc en commun que la
compensation n’est pas faite selon le jugement de celui qui a péché,
mais d’un autre homme. Or, un jugement droit exige la connaissance de
la faute : si elle est portée par celui qui a péché
à la connaissance de celui qui doit établir la peine, elle
s’appelle confession ; s’il en va autrement, elle
s’appelle contrition. Et parce que, dans la pénitence, celui qui
a péché s’approche de son plein gré pour
compenser, la satisfaction est accomplie. Ainsi, la compensation se réalise
selon trois degrés. Le premier est le dégoût de la faute
passée, autrement, on n’approcherait pas de son plein gré
de la compensation : celui-ci s’accomplit par la contrition. Le
deuxième consiste à faire connaître sa faute à
Dieu par l’intermédiaire du prêtre, autrement, on ne
s’offrirait pas à compenser selon le jugement de celui contre
qui on a péché : la confession est en rapport avec cela.
Le troisième consiste à compenser selon le jugement du
prêtre : la satisfaction est en rapport avec cela. |
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[17005] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod in sacramentis quae habent pro materia aliquam rem
corporalem, est duplex actus ministri Ecclesiae ; scilicet sanctificatio
materiae per verbum Dei, et applicatio materiae ad eum qui sacramentum
suscipit. Sed in hoc sacramento, quod habet pro materia ipsum humanum actum,
non potest ex ministerio sacerdotis materia applicari ad eum qui sacramentum
suscipit, quia actus non sunt ab exteriori ; et ideo ad ministerium
ipsius pertinet ipsorum actuum consummatio secundum absolutionem et poenae
injunctionem ; quod est quasi quaedam sanctificatio. |
1. Dans les sacrements qui ont comme matière une
chose corporelle, il y a un double acte du ministre de
l’Église : la sanctification de la matière par la
parole de Dieu, et l’application de la matière à celui qui
reçoit le sacrement. Or, dans ce sacrement, qui a pour matière
l’acte humain lui-même, la matiere ne peut pas être
appliquée à celui qui reçoit le sacrement, car les actes
ne sont pas faits que de l’extérieur. C’est pourquoi la
consommation de ces actes par l’absolution et l’imposition
d’une peine, qui sont comme une sanctification, relève de son
ministère. |
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[17006] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis peccatum dimittatur ante actualem
confessionem, nunquam tamen dimittitur ante confessionem in proposito
existentem ; sicut etiam ante Baptismum actualiter susceptum aliquis rem
Baptismi consequitur ex proposito suscipiendi Baptismum. |
2. Bien que le péché soit remis avant la
confession actuelle, il n’est cependant jamais remis avant qu’on
ait l’intention de se confesser, de même que l’on
reçoit la réalité du baptême avant d’avoir
reçu effectivement le baptême en vertu de l’intention de
recevoir le baptême. |
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[17007] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod ex proposito satisfaciendi gratia confertur, quamvis
satisfactio actualis gratiam praesupponat. Vel dicendum, quod per
satisfactionem consequitur poenitens perfectum effectum gratiae peccatum
abolentis, quia liberatur totaliter a reatu peccati. |
3. La grâce est reçue en vertu de
l’intention de satisfaire, bien que la satisfaction actuelle
présuppose la grâce. Ou bien il faut dire que, par la
satisfaction, le pénitent obtient l’effet parfait de la
grâce qui efface le péché, parce qu’il est
entièrement libéré de la culpabilité du
péché. |
|
[17008] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 2 ad 4 Ad
quartum dicendum, quod ultimum in quo consummatur res, dicitur finis rei,
sicut forma habet rationem finis ; et quia satisfactio est ultima pars
in qua poenitentia consummatur, ideo dicitur fructus, qui in rationem finis
sonat. |
4. Le point ultime dans lequel s’achève une
chose est appelé la fin d’une chose ; ainsi, la forme a
raison de fin. Parce que la satisfaction est la partie ultime dans laquelle
s’achève la pénitence, elle est donc appelée son
fruit, qui a raison de fin. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[17009] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 1 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod quidam dicunt,
quod sunt partes subjectivae uno modo poenitentiam considerando secundum quod
habet tantum rationem poenae : quia quaelibet harum partium est punitio
quaedam. Sed hoc non potest esse :
quia totum universale non praedicatur in singulari de suis partibus
pluralibus simul acceptis, sive sit genus, sive species : tres enim
homines non sunt animal, sed animalia. Unde cum tres partes poenitentiae non
sint tres poenitentiae, sed una, non potest esse quod sint partes
subjectivae. Praeterea, poena quam poenitens patitur, tota in rationem
satisfactionis cadit : non enim sola exteriori poena homo satisfacit,
sed etiam interiori ; alias oratio mentalis non esset satisfactoria.
Unde et poena quae est in contritione, et quae est in confessione, in partem
satisfactionis cadit ; et quia satisfactio est ultima pars, totum
sacramentum a poena denominatur, sicut res denominatur ab ultimo sui. Et ideo
alii dicunt, quod sunt partes potentiales. Sed hoc iterum non potest
esse : quia in partibus potentialibus totum adest secundum essentiae
suae rationem cuilibet parti completae, sicut essentia animae cuilibet
potentiae ; sed tota ratio poenitentiae secundum speciem non est in
quolibet horum. Praeterea unum eorum non includit in se vim omnium aliorum, quod
requiritur in partibus potentialibus ; sed unumquodque ad suum officium
servit. Ideo dicendum est cum aliis, quod
sunt partes integrales. Sed sciendum, quod partes integrales sunt duplices.
Quaedam sunt partes quantitatis ; quae sunt quandoque unius rationis, ut
in totis homogeneis ; quandoque vero diversarum rationum, ut in totis
heterogeneis. Quaedam vero sunt partes essentiae, sicut materia et forma, non
quantitatis ; et hae semper sunt diversarum rationum, et habent ordinem
naturae ad invicem, et quandoque etiam ordinem temporis in his quorum esse
non est simul ; et hujusmodi partes sunt hae de quibus loquimur :
quia poenitentiae sacramentum secundum rationem speciei suae ex his tribus
integratur ; et una est prior altera secundum naturam, et quandoque
etiam secundum tempus ; eo quod actuum humanorum, qui sunt in
poenitentia materiales, non est totum esse simul, sed succedunt sibi
invicem : sed quandoque plures eorum, quorum unus est altero prior per
naturam, sunt simul tempore. |
Certains disent qu’elles en sont les parties
subjectives en prenant en compte ce par quoi elle a seulement le
caractère de peine, car chacune de ces parties est une certaine
punition. Mais cela est impossible, car un tout universel n’est pas
attribué à chacune de ses multiples parties
considérées simultanément, qu’il s’agisse du
genre ou de l’espèce : en effet, trois hommes ne sont pas
un animal, mais des animaux. Puisque les trois parties de la pénitence
ne sont pas trois pénitences, mais une seule, il est donc impossible
qu’elles soient des parties subjectives. De plus, la peine que le
pénitent endure a entièrement le caractère de satisfaction.
En effet, on ne satisfait pas seulement par une peine extérieure, mais
aussi par [une peine] intérieure, autrement, la prière mentale
ne serait pas satisfactoire. Aussi la peine qui se trouve dans la contrition
et celle qui se trouve dans la confession tournent-elles à la
satisfaction. Et parce que la satisfaction est la dernière partie,
tout le sacrement tire son nom de « peine », comme une
chose est nommée par ce qu’il y a d’ultime en elle.
C’est pourquoi d’autres disent qu’elles en sont les parties
potentielles. Mais cela aussi est impossible, car dans les parties potentielles,
le tout est présent selon la raison de son essence dans chaque partie
complète, comme l’essence de l’âme [est
présente] à chaque puissance. Or, toute la raison de pénitence
n’est pas présente selon son espèce dans chacune de ces
choses. De plus, l’une ne comprend pas elle-même la puissance de
toutes les autres, ce qui est nécessaire pour les parties
potentielles, mais chacune exerce sa fonction. C’est pourquoi il faut dire
avec d’autres qu’elles en sont les parties intégrales.
Mais il faut savoir que les parties intégrales sont de deux sortes.
Certaines sont des parties de la quantité : elles ont la
même raison, comme dans les touts homogènes. Mais certaines sont
des parties de l’essence, comme la matière et la forme, et non
de la quantité : celles-ci ont toujours une raison
différente et ont un rappOrt naturel entre elles, et parfois
même un Ordre dans le temps, chez celles dont l’être
n’existe pas simultanément. C’est de telles parties dont
nous parlons, car le sacrement de pénitence, selon la raison de son
espèce, est composé de ces trois choses, et l’une est
antérieure à l’autre par nature et parfois même,
dans le temps, du fait que les actes humains, qui jouent le rôle de
matière dans la pénitence, n’existent pas tout entiers en
même temps, mais se succèdent l’un à
l’autre ; mais parfois, plusieurs d’entre eux, dont
l’un est antérieur à l’autre par nature, sont
simultanés dans le temps. |
|
[17010] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod partes poenitentiae non respondent illis peccati
partibus singula singulis secundum veritatem : quia pro quolibet illorum
peccatorum oportet esse poenitentiae tres partes : sed per adaptationem
quamdam, considerata similitudine medicinae ad morbum quantum ad idem
instrumentum. Quidam enim dicunt, quod in quolibet peccato est invenire illa
tria : quia est os interius et exterius ; et actus interior et
exterior ; et sic etiam ista tria erunt partes subjectivae peccati. Sed
patet hoc non esse secundum intentionem litterae, quae de ore exteriori et
opere loquitur. |
1. À la vérité, les parties de la
pénitence ne correspondent pas exactement à ces parties du
péché, car, pour chacun de ces péchés, les trois
parties de la pénitence sont nécessaires. Mais [elles leur
correspondent] par une certaine adaptation, en prenant en compte la
ressemblance du remède à la maladie pour ce qui est du
même instrument. En effet, certains disent que, dans chaque
péché, on trouve ces trois choses, car il y a une bouche intérieure
et extérieure, et l’acte est intérieur et
extérieur. Ainsi, ces trois choses sont des parties du
péché. Mais il est clair que cela n’est pas conforme
à l’intention du texte, qui parle de la bouche et de l’acte
extérieurs. |
|
[17011] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod in partibus successivorum ex qualibet parte potest
concludi totum ; sicut : hora tertia est, ergo dies ; non
tamen totum de una parte praedicatur : non enim dicimus, quod hora sit
dies : sed tamen de omnibus partibus simul acceptis aliquo modo
invenitur praedicari totum, licet improprie ; et sic etiam de qualibet
parte poenitentiae poenitentia concluditur, eo quod poenitentia non habet
totum esse suum simul ; non tamen totum de partibus praedicatur neque
divisim neque conjunctim, proprie loquendo. |
2. Dans les parties de ce qui se suit, on peut conclure
le tout à partir de chaque partie. Ainsi, c’est la
troisième heure ; donc, c’est le jour. Cependant, on
n’attribue pas le tout à chacune des parties. En effet, nous ne
disons pas que l’heure est le jour. Toutefois, à partir de
toutes les parties considérées simultanément, il arrive
qu’on attribue le tout, bien que de manière impropre. De la
même manière aussi, on conclut à la pénitence
à partir de chaque partie de la pénitence, du fait que la
pénitence ne possède pas son être tout entier
simultanément ; cependant, à proprement parler, le tout n’est
pas attribué aux parties, ni séparément ni
conjointement, |
|
[17012] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod illud quod est materiale in poenitentia, est actus
nostri ; et quia actus non habent esse permanens, ideo nec
poenitentia ; et sic objectio ex falso procedit. |
3. Ce qui joue le rôle de matière dans la
pénitence, ce sont nos actes. Et parce que les actes ne
possèdent pas d’existence permanente, la pénitence non
plus. L’objection vient donc de quelque chose de faux. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[17013] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 1 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod ab eo quod
sequitur rem, non accidit aliqua compositio in re, quia componentia sunt
priora compositis ; unde cum actus nostri sint posteriores virtutibus a
quibus eliciuntur ; diversi actus, qui secundum ordinem a virtute aliqua
progrediuntur, non faciunt compositionem aliquam in virtute : et ideo
praedicta tria non sunt partes poenitentiae virtutis, sed poenitentiae
sacramenti : quia ipsi actus sunt quasi materia sacramenti, et penes
divisionem materiae partes rei sumuntur quandoque. |
Une composition dans une chose ne se produit pas à
partir de ce qui suit la chose, car les composantes sont antérieures
aux composés. Puisque nos actes sont postérieurs aux vertus
dont elles sont issues, les divers actes qui viennent d’une vertu de
manière ordonnée ne produisent donc pas une composition dans la
vertu. C’est pourquoi ces trois choses ne sont pas des parties de la
vertu de pénitence, mais du sacrement de pénitence, car les
actes mêmes sont comme la matière du sacrement, et les parties
d’une chose sont parfois considérées selon la division de
la matière. |
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[17014] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod actus exteriOres requiruntur ad perfectionem secundam virtutum
mOralium ; partes autem integrales opOrtet quod sint de perfectione
prima. |
1. Les actes extérieurs sont nécessaires
à la perfection pour les vertus mOrales, mais les parties
intégrales doivent être parfaites selon la première
perfection. |
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[17015] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis tria praedicta sint actus poenitentiae virtutis,
non tamen sequitur quod sint partes ejus : quia in quolibet dictorum
actuum inveniuntur omnes circumstantiae quibus integratur medium virtutis. |
2. Bien que les trois choses mentionnées soient
des actes de la vertu de pénitence, il n’en découle
cependant pas qu’elles en sont les parties, car, dans chacun des actes
mentionnés, on trouve toutes les circonstances par lesquelles se
constitue le milieu de la vertu. |
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[17016] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 1 qc. 4 ad 3 Ad tertium dicendum,
quod ad poenitentiam virtutem requiruntur ista tria, sed non ut actus, ut
dictum est. |
3. Ces trois choses sont nécessaires pour la vertu
de pénitence, mais non comme des actes, comme on l’a dit. |
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Articulus 2 [17017] Super
Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 tit. Utrum poenitentia ante
Baptismum debeat poni pars poenitentiae |
Article 2 – La pénitence
antérieure au baptême doit-elle être
considérée comme une partie de la pénitence ?
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [La pénitence antérieure au
baptême doit-elle être considérée comme une partie
de la pénitence ?]
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[17018] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod poenitentia ante Baptismum non debeat poni
pars poenitentiae. Baptismus enim janua sacramentorum est, et poenitentia
dicitur secunda tabula respectu Baptismi. Sed secundum non est ante primum.
Ergo poenitentia non est aliqua ante Baptismum. |
1. Il semble que la pénitence antérieure au baptême ne doive pas être considérée comme une partie de la pénitence. En effet, le baptême est la porte des sacrements, et on dit que la pénitence est une seconde planche par rapport au baptême. Or, ce qui est second n’est pas antérieur à ce qui est premier. Il n’y a donc pas de pénitence avant le baptême. |
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[17019] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 2 Praeterea, ei qui non est generatus in aliqua natura, non competit
actio illius naturae. Sed Baptismus est quaedam generatio in spiritualem
vitam. Ergo ei qui non est baptizatus, non convenit aliqua actio spiritualis
vitae. Sed poenitentia est hujusmodi, cum sit quoddam sacramentum. Ergo non
potest alicui competere ante Baptismum. |
2. L’action d’une nature ne convient pas à
ce qui n’a pas été engendré selon cette nature.
Or, le baptême est une génération en vue de la vie
spirituelle. Une action de la vie spirituelle ne convient donc pas à
celui qui n’a pas été baptisé. Or, la
pénitence est de cette sorte, puisqu’elle est un sacrement. Elle
ne peut donc pas convenir à quelqu’un avant le baptême. |
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[17020] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 1 arg. 3 Praeterea, poenitentia non ordinatur nisi contra culpam actualem. Sed culpa actualis
sufficienter in Baptismo deletur. Ergo non oportet quod poenitentia Baptismum
praecedat. |
3. La pénitence n’est ordonnée que
contre la faute actuelle. Or, la faute actuelle est suffisamment
détruite par le baptême. Il n’est donc pas
nécessaire que la pénitence précède le
baptême. |
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[17021] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, Matth. 3, super illud : tunc exibant ad eum etc.,
dicit Glossa : jam tunc exemplum baptizandis dabatur confitendi
peccata, et promittendi meliOra. Sed hoc pertinet ad
poenitentiam. Ergo ante Baptismum debet esse poenitentia. |
Cependant, [1] à propos de Mt 3 : Alors, ils allaient le trouver, etc.,
la Glose dit : « L’exemple de la confession de leurs
péchés et de la promesse de s’améliorer
était alors donné à ceux qui doivent être
baptisés. » Or cela relève de la pénitence.
Il doit donc y avoir pénitence avant le baptême. |
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[17022] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, super
illud Psal. 4 : in cubilibus vestris compungimini, dicit Glossa :
ut extincto veteri homine per poenitentiam, sacrificium justitiae per
regenerationem novi hominis offeramus Deo. Sed regeneratio ad Baptismum
pertinet. Ergo poenitentia aliqua est ante Baptismum. |
[2] À propos de Ps 4 : Repentez-vous sur votre couche, la
Glose dit : « Afin d’offrir à Dieu un sacrifice de
justice par la régénération de l’homme nouveau,
après la mort du vieil homme par la pénitence. » Or,
la régénération relève du baptême. Il
existe donc une pénitence avant le baptême. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [La pénitence antérieure au baptême concerne-t-elle seulement le péché actuel ou aussi le péché originel ?] |
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[17023]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod poenitentia ante Baptismum non
solum sit de actuali, sed et de originali peccato. Nam Augustinus Lib. de
poenitentia, dicit loquens de poenitentia ante Baptismum : exceptis
parvulis, nullus ad Christum transit, nisi incipiat esse quod non erat, nisi
poeniteat eum fuisse quod erat. Sed erat infectus non solum actuali, sed
etiam originali peccato : nisi enim de hac infectione loqueretur,
parvulos non exciperet, qui aliam infectionem non habent. Ergo de peccato
originali debet esse poenitentia ante Baptismum. |
1. Il semble que la pénitence antérieure au baptême ne concerne pas seulement le péché actuel, mais aussi le péché originel, car Augustin, dans le livre Sur la pénitence, dit en parlant de la pénitence antérieure au baptême : « À l’exception des enfants, personne ne passe au Christ s’il ne commence pas à être ce qu’il n’était pas, et s’il ne se repent pas d’avoir été ce qu’il était. » Or, il était infecté non seulement par le péché actuel, mais aussi par le péché originel. En effet, s’il ne parlait pas d’une telle infection, il ne ferait pas d’exception pour les enfants, qui n’ont pas d’autre infection. Il doit donc y avoir pénitence pour le péché originel avant le baptême. |
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[17024] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 2 Praeterea, poenitens infert sibi poenam, ut evadat illam quae a Deo
sibi infligenda erat. Sed pro peccato originali poena a Deo infligitur.
Ergo pro eo debet hanc poenitentiam agere. |
2. Celui qui se repent s’inflige une peine à
lui-même afin d’échapper à celle qui devait lui
être infligée par Dieu. Or, une peine est infligée par
Dieu pour le péché originel. Il doit donc accomplir cette
pénitence pour ce péché. |
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[17025] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 2 arg. 3 Praeterea, secundum hoc de peccato actuali poenitentiam agimus quod
nobis ipsum displicet. Ergo de eo debemus poenitentiam agere. |
3. Nous faisons pénitence pour le péché
actuel parce qu’il nous déplaît. Nous devons donc faire
pénitence pour lui. |
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[17026] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, poenitentia est respectu voliti. Sed peccatum originale
contrahimus nolentes. Ergo de ipso non est poenitentia. |
Cependant, [1] la pénitence porte sur quelque chose de
volontaire. Or, nous contractons le péché originel sans le
vouloir. Il n’y a donc pas de pénitence à son sujet. |
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[17027] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 2 s. c. 2 Praeterea, medicina debet
respondere morbo. Sed peccatum originale non contrahitur per aliquam
delectationem ejus qui ipsum contrahit. Ergo videtur quod non sit ejus curatio
per aliquam poenam ; et ita non per poenitentiam, quae suo nomine poenam
exprimit. |
[2] Le remède doit
correspondre à la maladie. Or, le péché originel
n’est pas contracté par un plaisir de celui qui le contracte. Il
ne semble donc pas que son traitement soit une peine. Ainsi, [il ne sera pas
traité] par la pénitence qui, par son nom même, exprime
une peine. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Faut-il distinguer une pénitence pour les péchés véniels après le baptême ?] |
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[17028] Super Sent., lib. 4 d. 16
q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod non debeat post Baptismum aliqua
poenitentia venialium distingui. Quia superfluum est facere per multa quod
per unum potest fieri. Sed veniale peccatum curatur per Eucharistiam. Ergo superfluum
est quod ad ipsum curandum poenitentia ordinetur. |
1. Il semble qu’il ne faille pas distinguer une pénitence pour les péchés véniels après le baptême, car il est superflu de réaliser par plusieurs choses ce qui peut être accompli par une seule. Or, le péché véniel est guéri par l’eucharistie. Il est donc superflu que la pénitence soit ordonnée à le traiter. |
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[17029] Super Sent., lib.
4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 2 Praeterea,
de eo quod non est in potestate nostra, non requiritur poenitentia. Sed peccata venialia
vitare non est in potestate nostra : quia nullus potest omnia peccata
venialia vitare. Ergo de venialibus non est poenitentia. |
2. La pénitence n’est pas exigée pour
ce qui n’est pas en notre pouvoir. Or, il n’est pas en notre
pouvoir d’éviter les péchés véniels, car
personne ne peut éviter tous les péchés véniels.
La pénitence ne porte donc pas sur les péchés
véniels. |
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[17030] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 3 arg. 3 Praeterea, diversorum morborum diversae sunt medicinae : quia
secundum Hieronymum, non sanat oculum quod sanat calcaneum. Sed poenitentia est
remedium contra mortale. Cum ergo veniale a mortali in infinitum differat, ut
poena ostendit, videtur quod contra veniale poenitentia non ordinetur, sed
contra mortale. |
3. Les remèdes diffèrent selon les diverses
maladies, car, selon Jérôme, ce qui soigne le talon ne soigne
pas l’oeil. Or, la pénitence est un remède contre le
péché mortel. Puisque le péché véniel
diffère d’une manière infinie du péché
mortel, comme le montre la peine, il semble donc que la pénitence ne
soit pas ordonnée contre le péché véniel, mais
contre le péché mortel. |
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[17031] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, quod potest majus, potest et minus. Sed
poenitentia destruit mortale, quod est difficilius. Ergo et veniale. |
Cependant, [1] ce qui peut le plus peut le moins. Or, la
pénitence détruit le péché mortel, ce qui est plus
difficile. Elle [détruit] donc aussi le péché
véniel. |
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[17032] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 3 s. c. 2 Praeterea, secundum Augustinum, poenitentia est
vindicta puniens in se quod dolet commisisse. Sed aliquis debet dolere de hoc
quod commisit veniale, et hoc in se punire. Ergo poenitentia quaedam est de
venialibus. |
[2] Selon Augustin, la pénitence est une vengeance
qui punit en soi-même ce qu’on regrette d’avoir commis. Or,
on doit regretter le péché véniel qu’on a commis
et le punir en soi-même. Une certaine pénitence porte donc sur les
péchés véniels. |
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Quaestiuncula 4 |
Sous-question 4 – [Sommes-nous obligés à la pénitence pour les péchés véniels ?] |
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[17033] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 1 Ulterius. Videtur quod teneamur
ad poenitentiam venialium. Quia sicut tenetur homo tendere ad gloriam, ita
tenetur impedimentum gloriae removere. Sed homo non potest ad gloriam
pervenire nisi dimissis venialibus peccatis. Ergo cum non remittantur sine
poenitentia, videtur quod ad poenitentiam agendam de venialibus homo teneatur. |
1. Il semble que nous soyons
obligés à la pénitence pour les péchés
véniels, car, de même que l’homme est tenu de tendre
à la gloire, de même est-il tenu d’enlever les obstacles
à la gloire. Or, on ne peut parvenir à la gloire qu’en
enlevant les péchés véniels. Puisqu’ils ne sont
pas remis sans pénitence, il semble donc qu’on soit tenu de
faire pénitence pour les péchés véniels. |
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[17034] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 4 arg. 2 Praeterea, quoddam veniale
peccatum per consensum fit mortale : quia consensus in delectationem
mortalis peccati est mortale peccatum. Sed homo tenetur vitare mortale peccatum.
Ergo tenetur dissentire a veniali peccato aliquando. Sed dissensus a peccato
est poenitentia. Ergo tenetur homo de peccato veniali aliquando poenitere. |
2. Un péché
véniel, si l’on y consent, devient mortel, car le consentement
au plaisir du péché mortel est un péché mortel.
Or, l’homme est tenu d’éviter le péché
mortel. Il est donc tenu de s’opposer parfois au péché
véniel. Or, l’opposition au péché est la
pénitence. L’homme est donc tenu parfois de faire
pénitence pour un péché véniel. |
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[17035] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 4 s. c. 1 Sed contra, nullus tenetur
abolere jam factum, quod non tenetur vitare antequam fiat. Sed homo non
tenetur vitare veniale peccatum antequam faciat ; alias peccaret
mortaliter faciens ipsum. Ergo multo minus tenetur poenitere de eo. |
Cependant, [1] personne n’est tenu d’effacer ce qui a
déjà été fait, s’il n’est pas tenu de
l’éviter avant que cela soit fait. Or, l’homme n’est
pas tenu d’éviter le péché véniel avant
qu’il n’existe, autrement il pécherait mortellement en le
commettant. Encore bien moins est-il donc tenu de s’en repentir. |
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Quaestiuncula 5 |
Sous-question 5 – [Est-ce que ces trois parties sont suffisantes ?] |
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[17036]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 1 Ulterius. Videtur quod partes istae tres non sint
sufficientes. Quia sicut post Baptismum peccatur venialiter et
mortaliter ; ita ante Baptismum. Sed post Baptismum distinguitur
poenitentia venialis et mortalis peccati. Ergo et ante Baptismum ; et
sic sunt quatuor. |
1. Il semble que ces trois parties soient suffisantes. En
effet, de même qu’après le baptême, on pèche
véniellement et mortellement, de même avant le baptême.
Or, après le baptême, on distingue la pénitence pour le
péché véniel et pour le péché mortel.
Donc, avant le baptême aussi. Ainsi, il y a quatre parties. |
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[17037] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 2 Praeterea, plus distat poena a culpa quam veniale a mortali. Sed de
poenis praesentis miseriae oportet poenitere, ut Augustinus dicit in Lib. de
poenitentia. Ergo cum distinguatur poenitentia venialium a poenitentia
mortalium, debet etiam distingui poenitentia qua nos poenitet de poenis hujus
peregrinationis, a poenitentia venialium. |
2. Il y a une plus grande distance entre la peine et la
faute qu’entre le péché véniel et le
péché mortel. Or, il faut se repentir des peines de la
misère présente, comme le dit Augustin dans le livre Sur la pénitence. Puisque
qu’on distingue la pénitence pour les péchés
véniels de la pénitence pour les péchés mortels,
on doit aussi distinguer la pénitence par laquelle on se repent des
peines du pèlerinage actuel, de la pénience pour les
péchés véniels. |
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[17038] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 5 arg. 3 Praeterea, poenitentia solemnis est quidam poenitentiae modus, ut
supra dictum est, dist. 14, qu. 1, art. 5. Ergo cum de ipsa mentionem non
faciat, videtur insufficienter partes ponere. |
3. La pénitence solennelle est une forme de la
pénitence, comme on l’a dit plus haut, d. 14, q, 1, a. 5.
Puisqu’on ne fait pas mention de celle-ci, il semble qu’on en
présente de manière insuffisante les parties [de la
pénitence]. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[17039] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 2 qc. 1 co. Respondeo
dicendum ad primam quaestionem, quod poenitentia potest accipi
dupliciter ; scilicet ut est virtus, et ut est sacramentum. Secundum
autem quod est virtus, importat detestationem peccati cum proposito abolendi
ipsum secundum conditionem status peccantis. Et quia quicumque non detestatur
peccatum, adhuc voluntatem in peccato fixam habet, cum voluntas semel ad
aliquid fixa, ab illo non divellatur quin actu vel habitu in eo maneat, nisi
per actualem dissensum ab illo, vel in speciali, vel saltem in genere ;
voluntas autem in peccato fixa manens, non est susceptiva gratiae
baptismalis ; ideo requiritur ante Baptismum, quasi removens prohibens,
peccati commissi detestatio, et destructionis ejus propositum. Et ideo patet
quod ante Baptismum requiritur poenitentia secundum quod est virtutis actus,
vel quae sit prior Baptismo tempore vel saltem natura. Sed poenitentia,
secundum quod est sacramentum, consistit in dispensatione ministrorum
Ecclesiae. Et quia Ecclesiae sacramenta non dispensantur nisi illis qui sunt
de Ecclesia, ideo ante Baptismum sacramentum poenitentiae non competit, cum
per Baptismum homo de Ecclesia fiat. |
La pénitence peut être
considérée de deux manières : comme une vertu et
comme un sacrement. Selon qu’elle est une vertu, elle comporte la
détestation du péché, accompagnée de
l’intention de l’effacer selon la condition de
l’état de celui qui a péché. Parce que quiconque
ne déteste pas le péché garde une volonté
établie dans le péché, puisque la volonté, une
fois établie dans quelque chose, n’est empêchée
d’y rester en acte ou par habitus qu’en s’y opposant par un
acte, soit en particulier, soit au moins de manière générale,
la volonté qui demeure affermie dans le péché
n’est pas capable de recevoir la grâce baptismale. Aussi la
détestation du péché commis et l’intention de le
détruire sont-elles nécessaires avant le baptême comme ce
qui enlève un obstacle. C’est pourquoi il est certain que la
pénitence est nécessaire avant le baptême en tant
qu’acte de la vertu, qu’elle soit antérieure au
baptême dans le temps ou tout au moins par nature. Or, la
pénitence comme sacrement consiste dans une administration par des
ministres de l’Église. Et parce que les sacrements de
l’Église ne sont administrés qu’à ceux qui
font partie de l’Église, le sacrement de pénitence ne
convient donc pas avant le baptême, puisqu’on commence à
faire partie de l’Église par le baptême. |
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[17040] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 1 Et per hoc patet
solutio ad objecta praeter tertium. |
1. La solution aux objections est ainsi claire, sauf pour
la troisième. |
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[17041] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 1 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod poenitentia non requiritur ante Baptismum propter
Baptismi insufficientiam, sed propter impedimentum removendum gratiae
baptismalis, ut Baptismus suum effectum habere possit. |
3. La pénitence n’est pas nécessaire
avant le baptême en raison de l’insuffisance du baptême,
mais pour enlever un empêchement à la grâce baptismale,
afin que le baptême puisse avoir son effet. |
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Quaestiuncula 2 |
Réponse à la sous-question 2 |
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[17042] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 2 qc. 2 co. Ad
secundam quaestionem dicendum, quod poenitentia potest sumi large et proprie.
Proprie quidem poenitentia importat dolorem de peccato commisso in
praeterito ; et sic nullo modo potest esse poenitentia de originali
peccato, quia non est commissum. Large autem potest dici poenitentia omnis
displicentia mali praeteriti ; et sic in eo qui liberum arbitrium habet,
debet esse poenitentia de originali : quia ex hoc ipso quod alicui
placet aliquid, displicet ei quod ad illud impedimentum praestitit. Peccatum autem originale
impedimentum gloriae fuit, ad quam quilibet desiderio tendere debet. Non
tamen de eo debet esse confessio, quae non est nisi factorum ; nec
satisfactio ; quia pro peccato originali non debetur nisi poena damni,
poenitentia autem importat poenam sensus. |
La pénitence peut être entendue au sens
large et au sens prope. Au sens propre, la pénitence comporte la
douleur pour le péché commis dans le passé ; en ce
sens, la pénitence ne peut aucunement porter sur le
péché originel, parce qu’il n’a pas
été commis. Au sens large, on peut parler de pénitence
pour tout dégoût du mal passé ; en ce sens, chez
celui qui a le libre arbitre, la pénitence pour le péché
originel doit exister, car du fait même que quelque chose plaît
à quelqu’un, lui déplaît ce qui y fait obstacle.
Or, le péché originel a été un empêchement
à la gloire vers laquelle on doit tendre de tout son désir.
Cependant, il ne doit pas y avoir de confession à son sujet, car
celle-ci ne porte que sur ce qui a été fait ; ni de
satisfaction, car seule la peine du dam est due pour le péché
originel, alors que la pénitence comporte la peine du sens. |
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[17043] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 2 ad arg. Et per hoc patet
solutio ad objecta. |
La réponse aux objections est ainsi claire. |
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Quaestiuncula 3 |
Réponse à la sous-question 3 |
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[17044] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 2 qc. 3 co. Ad tertiam quaestionem dicendum, quod veniale
peccatum ex nostro actu incurrimus, et ei poena sensibilis debetur ; et
ideo ad peccati venialis dimissionem poenitentia operatur quantum ad
contritionem, confessionem et satisfactionem ; non solum poenitentia
secundum quod est virtus, sed etiam secundum quod est sacramentum : quia
post Baptismum aliquis venialiter peccat, quando est susceptivus
sacramentorum Ecclesiae. |
Nous encourons le péché véniel par
notre acte, et une peine sensible lui est due. C’est pourquoi la
pénitence agit pour l’enlèvement du péché
véniel par la contrition, la confession et la satisfaction, et non
seulement la pénitence comme vertu, mais aussi comme sacrement, car,
après le baptême, on pèche véniellement, alors qu’on
est capable de recevoir les sacrements de l’Église. |
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[17045] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 1 Ad primum ergo
dicendum, quod ad eumdem effectum principaliter inducendum, superfluum est
plura inducere, si quodlibet sit sufficiens ; sed nullum sacramentum
inducitur ad peccati venialis dimissionem, sicut ad principalem effectum, ut
supra in 2 dist., quaest. 1, art. 1,
quaestiunc. 4, dictum est ; et ideo non est inconveniens, si ex multis
sacramentis peccati venialis dimissio consequitur. |
1. Pour obtenir principalement le même effet, il
est superflu de faire appel à plusieurs choses, si n’importe
laquelle est suffisante. Mais aucun sacrement ne s’applique à
l’enlèvement du péché véniel comme à
son effet premier, comme on l’a dit plus haut, d. 2, q. 1, a. 1,
qa 4. C’est pourquoi il n’est pas inapproprié que
l’enlèvement du péché véniel soit obtenu
par plusieurs sacrements. |
|
[17046] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 2 Ad
secundum dicendum, quod quamvis non sit in potestate nostra vitare omnia
venialia, est tamen in potestate nostra vitare singula. |
2. Bien qu’il ne soit pas en notre pouvoir
d’éviter tous les péchés véniels, il est
cependant en notre pouvoir d’éviter chacun. |
|
[17047] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 3 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod veniale et mortale quamvis sint diversi morbi, tamen
conveniunt in una ratione actualis peccati ; et ideo contra utrumque
poenitentia medicina est. |
3. Bien qu’ils soient des maladies
différentes, le péché véniel et le
péché mortel ont le caractère commun de
péché actuel. C’est pourquoi la pénitence est un
remède contre les deux. |
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Quaestiuncula 4 |
Réponse à la sous-question 4 |
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[17048] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 2 qc. 4 co. Ad quartam quaestionem dicendum, quod cum dicitur
aliquis ad aliquid teneri, quaedam necessitas importatur ad illud. Necessitas
autem est duplex. Una est absoluta ;
et secundum hanc homo tenetur facere illa sine quibus non est salus ; et
sic non tenetur ad peccati venialis poenitentiam, quia mortem ex hoc non
incurrit ; nisi forte de contemptu dimittat. Alia est ex suppositione
alicujus finis ; sicut dicitur aliquid esse necessarium sine quo non
possumus finem intentum consequi ; et hoc modo necessarium est quod homo
de venialibus poeniteat, si ei remitti debeant in hac vita. Sed secundum hoc
non proprie dicitur teneri aliquis ad aliquid ; et ideo dicendum, quod
homo non tenetur ad poenitentiam venialium, nisi large sumendo. |
Lorsqu’on dit que quelqu’un est obligé
à quelque chose, une certaine nécessité est
attachée à cela. Or, la nécessité est double.
L’une est absolue : selon celle-ci, l’homme est
obligé de faire ce sans quoi il n’y a pas de salut. De cette
manière, il n’est pas obligé à la pénitence
pour le péché véniel, car il n’encourt pas la mort
par lui, sauf peut-être s’il l’écarte par
mépris. L’autre [nécessité] vient de la
supposition d’une fin : on dit ainsi que quelque chose est
nécessaire, sans quoi nous ne pouvons atteindre la fin visée.
De cette manière, il est nécessaire que l’homme se
repente des péchés véniels pour qu’ils lui soient
remis en cette vie. Mais on ne dit pas ainsi à proprement parler que
quelqu’un est obligé à quelque chose. C’est
pourquoi il faut dire qu’on n’est pas obligé à la
pénitence pour les péchés véniels, si ce
n’est au sens large. |
|
[17049] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod si nunquam de venialibus poeniteat, potest ad
vitam pervenire : quia etiam post hanc vitam venialia remittuntur, ut
infra dicetur. |
1. Si on ne se repent jamais des péchés
véniels, on peut parvenir à la vie, car, même
après cette vie, les péchés véniels sont remis,
comme on le dira plus loin. |
|
[17050] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 4 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod dissensus dicit poenitentiam ad peccatum futurum ; sed
poenitentia dicit displicentiam peccati praeteriti ; et ideo non oportet
quod dissensus ad poenitentiam pertineat. |
2. L’opposition exprime une pénitence par
rapport au péché futur ; mais on parle de pénitence
pour le dégoût du péché passé. C’est
pourquoi il n’est pas nécessaire que l’opposition
relève de la pénitence. |
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Quaestiuncula 5 |
Réponse à la sous-question 5 |
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[17051] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 1 a. 2 qc. 5 co. Ad quintam quaestionem dicendum, quod istae partes
poenitentiae distinguuntur secundum diversos modos quibus poenitentia
agitur ; unde sunt partes subjectivae poenitentiae virtutis, non
poenitentiae sacramenti : quia una pars non pertinet ad poenitentiae
sacramentum, quamvis aliae duae ad poenitentiam, secundum quod est
sacramentum, pertinere possint. Et
accipiuntur isti modi secundum diversum statum poenitentis : quia aut
est extra Ecclesiam etiam numero, et sic est prima poenitentia quae est ante
Baptismum ; aut est extra merito, sed non numero ; et sic est
secunda, quae est de mortalibus ; aut omnino est intra Ecclesiam ;
et sic competit ei tertia, quae est de venialibus. |
Ces parties de la pénitence se
différencient selon les diverses manières de faire
pénitence. Elles sont donc des parties subjectives de la vertu de
pénitence, et non du sacrement de pénitence, car une partie ne
relève pas du sacrement de pénitence, bien que les deux autres
puissent relever de la pénitence comme sacrement. Et ces
manières s’entendent selon les divers états du
pénitent, car il est soit hors de l’Église nommément :
il s’agit alors de la première pénitence qui a lieu avant
le baptême ; soit hors de l’Église par le
mérite, mais non nommément : il s’agit alors de la
deuxième pénitence, qui porte sur les péchés
mortels ; soit entièrement à l’intérieur de
l’Église : lui convient alors la troisième
pénitence, qui porte sur les péchés véniels. |
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[17052] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 1 Ad
primum ergo dicendum, quod status hominis ante Baptismum non diversificantur
per veniale et mortale quantum ad hoc quod est esse de Ecclesia vel non
esse ; sed diversificantur per veniale et mortale post, quia per mortale
post Baptismum commissum efficitur aliquis extra Ecclesiam merito, sed non
per veniale ; et ideo non est similis ratio. |
1. Les états de l’homme avant le
baptême ne se différencient pas par le péché
véniel et le péché mortel pour ce qui est
d’être de l’Église ou de ne pas en être, mais
ils se différencient par le péché véniel et le
péché mortel après, car, par le péché
mortel commis après le baptême, on est placé hors de
l’Église pour le mérite, mais non par le péché
véniel. Le raisonnement n’est donc pas le même. |
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[17053] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 2 Ad secundum
dicendum, quod de poenis dicitur esse poenitentia ab Augustino, secundum quod
inclinant ad culpam, large etiam poenitentiam pro displicentia sumendo. |
2. Augustin parle de la pénitence pour les peines,
pour autant qu’elles inclinent à la faute, en prenant la
pénitence au sens large pour le dégoût [de la faute]. |
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[17054] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 1 a. 2 qc. 5 ad 3 Ad
tertium dicendum, quod poenitentia solemnis non diversificat statum
poenitentis quantum ad id quod dictum est ; et ideo de ea non fit hic
mentio. |
3. La pénitence solennelle ne distingue pas
l’état du pénitent pour ce qui a été dit.
C’est pourquoi il n’en pas fait mention ici. |
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Quaestio 2 |
Question 2 – [La rémission des péchés véniels] |
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Prooemium |
Prologue
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[17055]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 2 pr. Deinde
quaeritur de remissione venialium ; et circa hoc quaeruntur duo : 1
de modo remissionis ; 2 de causa remissionis. |
Ensuite, on s’interroge sur la rémission des
péchés véniels. À ce propos, on pose deux
questions : 1 – Sur le mode de la rémission ; 2
– Sur la cause de la rémission. |
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Articulus 1 [17056] Super
Sent., lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 tit. Utrum peccatum veniale possit
dimitti voluntate manente ad illud |
Article 1 – Le péché véniel peut-il être remis, alors que la volonté continue d’être tournée vers lui ? |
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Quaestiuncula 1 |
Sous-question 1 – [Le péché véniel peut-il
être remis, alors que la volonté continue d’être
tournée vers lui ?]
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[17057] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur.
Videtur quod peccatum veniale possit dimitti voluntate manente ad illud.
Voluntas enim peccati venialis gratiam non excludit. Sed nullum peccatum
veniale est quod gratia remitti non possit, cum remittatur per virtutem
gratiae mortale, quod multo difficilius est. Ergo veniale dimitti potest
adhuc manente voluntate ad illud. |
1. Il semble que le péché puisse être remis, alors que la volonté continue d’être tournée vers lui. En effet, la volonté du péché véniel n’exclut pas la grâce. Or, il n’existe aucun péché véniel qui ne puisse être remis par la grâce, puisque le péché mortel est remis par la puissance de la grâce, ce qui est beaucoup plus difficile. Le péché véniel peut donc être remis, alors que la volonté continue d’être tournée vers lui. |
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[17058] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 2 Praeterea, sicut peccatum mortale caritati opponitur, ita veniale
fervori caritatis. Sed illud quod secum compatitur caritas, non impedit
dimissionem peccati mortalis. Ergo cum voluntatem permanentem in peccato
veniali compatiatur fervor caritatis, videtur quod veniale remitti possit in
eo qui adhuc habet voluntatem adhaerentem veniali. |
2. De même que le péché mortel
s’oppose à la charité, de même le
péché véniel [s’oppose-t-il] à la ferveur
de la charité. Or, ce qui est compatible avec la charité
n’empêche pas la rémission du péché mortel.
Puisque la ferveur de la charité est compatible avec une
volonté qui demeure dans le péché véniel, il
semble que le péché véniel puisse être remis
à celui dont la volonté est encore attachée au
péché véniel. |
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[17059] Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 1 arg. 3 Praeterea, sicut
dictum est, ad hoc quod voluntas removeatur ab eo in quo semel fuit fixa,
requiritur actualis displicentia. Sed
aliquando veniale peccatum dimittitur ei qui non habet displicentiam de
veniali peccato, sicut patet in martyribus, qui statim evolant, quamvis forte
de peccatis venialibus non cogitent, nec actualem displicentiam habeant. Ergo
videtur quod peccatum veniale dimitti possit adhuc manenti in illo. |
3. Comme on l’a dit, pour que la volonté
soit détournée de ce à quoi elle s’est une fois
attachée, un dégoût actuel est nécessaire. Or, le
péché véniel est parfois remis à celui qui
n’a pas de dégoût pour le péché
véniel, comme cela ressort clairement chez les martyrs, qui
s’envolent aussitôt, bien qu’ils ne pensent peut-être
pas aux péchés véniels et n’ont pas non plus de
dégoût actuel. Il semble donc que le péché véniel
puisse être remis à celui qui demeure encore en lui. |
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[17060] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 1 Sed contra, manente causa non potest tolli effectus. Sed adhaerentia
voluntatis inordinata ad aliquid erit causa venialis peccati. Ergo manente voluntate fixa in illo, non potest remitti
ipsum peccatum. |
Cependant, [1] si la cause demeure, l’effet ne peut pas
être enlevé. Or, l’adhésion
désordonnée de la volonté à quelque chose sera
cause d’un péché véniel. Si la volonté lui
demeure attachée, le péché lui-même ne peut donc
pas être remis. |
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[17061] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 1 s. c. 2 Praeterea, affectus ad opus habet rationem peccati,
sicut et ipsum opus peccati. Sed ipsum opus venialis peccati, dum manet, non
permittit peccatum veniale dimitti. Ergo nec affectus ad ipsum manens. |
[2] L’attachement à un acte a le
caractère de péché, comme l’acte même du
péché. Or, l’acte même du péché
véniel, aussi lontemps qu’il demeure, ne permet pas que le
péché véniel soit enlevé. Donc, ni l’attachement
à lui qui demeure. |
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Quaestiuncula 2 |
Sous-question 2 – [Un péché véniel peut-il être remis sans un autre ?] |
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[17062]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 1 Ulterius. Videtur quod unum peccatum veniale non possit
dimitti sine alio. Quia, sicut in praecedenti dist. dictum est, dominus
nullum sanavit quem non omnino liberaret. Sed non potest alicui veniale
peccatum dimitti, nisi domino ipsum sanante. Ergo si absolvitur ab uno
veniali, absolvitur ab omnibus. |
1.Il semble qu’un péché véniel ne puisse être remis sans un autre, car, ainsi qu’on l’a dit à la distinction précédente, le Seigneur n’a guéri personne qu’il n’ait complètement libéré. Or, un péché véniel ne peut être remis à quelqu’un, à moins que le Seigneur ne le guérisse. Si donc il est absous d’un péché véniel, il est absous de tous. |
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[17063] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 2 Praeterea, peccatum veniale est majoris adhaerentiae quam
mortale ; unde remisso mortali adhuc manet veniale. Sed unum mortale non
potest remitti nisi omnia alia dimittantur. Ergo nec unum veniale nisi aliis
remissis. |
2. Le péché véniel adhère
plus fortement que le péché mortel ; aussi, une fois remis
le péché mortel, le péché véniel demeure
encore. Or, un seul péché mortel ne peut être remis
à moins que tous les autres ne soient remis. Il en va donc de
même pour un seul péché véniel, à moins que
les autres ne soient remis. |
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[17064] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 2 arg. 3 Praeterea, ei qui displicet Deo, peccatum non remittitur. Sed
veniale displicet Deo. Ergo quamdiu manet unum, aliud non remittitur. |
3. Le péché n’est pas remis à
celui qui déplaît à Dieu. Or, le péché
véniel déplaît à Dieu. Aussi longtemps qu’un
seul demeure, un autre n’est donc pas remis. |
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[17065] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 2 s. c. 1 Sed contra, majoris gratiae est remissio mortalis
peccati quam venialis. Sed unum peccatum veniale manens fixum in corde, non
impedit remissionem mortalis peccati. Ergo multo minus impedit remissionem
alterius venialis. |
Cependant, [1] la rémission d’un péché
mortel relève d’une grâce plus grande que celle d’un
péché véniel. Or, un seul péché
véniel qui demeure établi dans l’âme
n’empêche pas la rémission d’un péché
mortel. Encore bien moins empêche-t-il donc la rémission
d’un autre péché véniel. |
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Quaestiuncula 3 |
Sous-question 3 – [Un péché véniel peut-il être remis sans que le soit un péché mortel ?] |
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[17066]
Super Sent., lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 1 Ulterius. Videtur quod veniale peccatum possit remitti
sine mortali. Joan. 8, super illud : qui sine peccato est vestrum
etc., dicit Augustinus, quod omnes illi erant in peccato mortali :
venialia enim eis dimittebantur per caeremonias. Ergo veniale potest dimitti
non dimisso mortali. |
1. Il semble qu’un péché véniel puisse être remis sans que le soit un péché mortel. À propos de Jn 8 : Que celui qui est sans péché, etc., Augustin dit que tous ceux-là étaient dans le péché mortel : en effet, les péchés véniels leur étaient remis par les cérémonies. Le péché véniel peut donc être remis sans que le soit un péché mortel. |
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[17067] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 2 Praeterea, mortale et veniale contrarie dividuntur. Sed mortale
potest dimitti sine veniali. Ergo veniale potest dimitti sine mortali. |
2. Le péché véniel et le péché
mortel se différencient comme des contraires. Or, le
péché mortel peut être remis sans que le
péché véniel le soit. Le péché
véniel peut donc être remis sans que le soit le
péché mortel. |
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[17068] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 3 arg. 3 Praeterea, peccato quod sufficienter punitum est, non debetur alia
poena : quia non vindicat bis Deus in idipsum. Sed peccatum veniale
potest aliquis, in mortali existens, sufficienter in seipso punire, cum
debeatur ei poena finita. Ergo non reservabitur ulterius ad poenam. Sed nunquam aliquis
absolvitur a reatu poenae, nisi prius absolvatur a culpa ; alias culpa
inordinata remaneret sine poena. Ergo
manente peccato mortali, potest veniale remitti. |
3. Une autre peine n’est pas due pour un
péché qui a été suffisamment puni, car Dieu ne se
venge pas deux fois pour la même chose. Or, l’on peut punir
suffisamment en soi-même le péché véniel, alors
qu’on est dans le péché mortel, puisqu’une peine
finie est due pour [le péché véniel]. Une autre peine ne
lui sera donc plus réservée. Or, personne n’est jamais
absous de la culpabilité de la peine, à moins
d’être auparavant absous de la faute, autrement la faute resterait
désordonnée sans la peine. Le péché véniel
peut donc être remis, alors que demeure le péché
véniel. |
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[17069] Super Sent.,
lib. 4 d. 16 q. 2 a. 1 qc. 3 s. c. 1 Sed contra, Gregorius dicit, quod veniale peccatum
obscurat mentem, sed mortale obtenebrat. Sed obscuritas non removetur nisi
per lucem ; lux autem spiritualis est gratia, quae etiam mortale delet.
Ergo non potest dimitti veniale sine dimissione mortalis. |
Cependant, [1] Grégoire dit que le péché
véniel obscurcit l’esprit, mais que le péché
mortel le couvre de ténèbres. Or, l’obscurité
n’est enlevée que par la lumière, mais la lumière
spirituelle est la grâce, qui détruit même le
péché mortel. Le péché véniel ne peut donc
être enlevé sans que le péché mortel le soit. |
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Quaestiuncula 1 |
Réponse à la sous-question 1 |
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[17070] Super Sent., lib. 4 d.
16 q. 2 a. 1 qc. 1 co. Respondeo dicendum ad primam quaestionem, quod
peccatum quodlibet debet remitti quantum ad duo : scilicet quantum ad
culpam, et quantum ad reatum : et non potest esse secunda remissio sine
prima ; quia quamdiu manet culpa, manet debitum poenae. Culpa autem in deordinatione voluntatis
consistit ; unde non potest culpa tolli nisi reordinetur voluntas ;
quod esse non potest quamdiu in ipsa deo rdinatione manet, alias essent duo
opposita simul vera ; et ideo nullo modo veniale dimitti potest, quamdiu
voluntas ad illud manet. |
Tout péché doit être enlevé sous deux aspects : en tant que faute et en tant que dette, et la seconde ne peut être enlevée sans la première, car aussi longtemps que demeure la faute, demeure la peine due. Or, la faute consiste dans un désordre de la volonté. La faute ne peut donc être enlevée que par une remise en ordre de la volonté, ce |