SAINT THOMAS D’AQUIN

Docteur de l’Église

COMMENTAIRE DES SENTENCES DE PIERRE LOMBARD

Scriptum super Sententiis

(1254-1256)

© Copyright, traduction et notes par Jacques MÉNARD 2009-2014

Edition numérique http://docteurangelique.free.fr

Les œuvres complètes de saint Thomas d’Aquin

Sentences II, 25-44 non relu et vérifié

 

LIVRE II

 

 

NOTE LIMINAIRE – Bien qu’il ait été rédigé sur une période de plusieurs années, le Commentaire sur le livre des Sentences de Pierre Lombard témoigne du premier enseignement de Thomas d’Aquin. Il a paru intéressant d’en donner une traduction française, même si plusieurs opinions exprimées par l’auteur seront corrigées ou abandonnées dans des œuvres ultérieures. Les lecteurs intéressés pourront ainsi étudier plus facilement comment la pensée de Thomas d’Aquin a pu évoluer. Par ailleurs, le Commentaire contient aussi des pages remarquables, que les lecteurs prendront intérêt à lire ou à relire en français. On se rappellera enfin que le IVe livre des Sentences a fourni en grande partie les matériaux du Supplément de la IIIa Pars de la Somme de théologie, que Thomas d’Aquin a laissée inachevée au moment de sa mort, en 1274 (la rédaction personnelle par Thomas d’Aquin se termine à III, q. 90, a. 4).

On trouvera une édition critique des Sentences sous le titre Sententiae, éd. I. Brady, Grottaferrata, 1971-1981. Il n’existe pas de traduction française de ce texte pourtant fondamental de la théologie médiévale. Sur Pierre Lombard, on pourra voir la brève notice « Pierre Lombard », Dictionnaire des Lettres françaises. Le Moyen Âge, Paris, 1992, p. 1185-1186 (bibl.), ainsi que la notice « Pierre Lombard », Dictionnaire du Moyen Âge, Paris, 2002, p. 1106-1107 (bibl.). G. Silano a donné une bonne introduction à sa traduction des Sentences, publiée sous le titre : Peter Lombard. The Sentences, Book I : The Mystery of the Trinity, Toronto, 2007, p. vii et ss. Pour tout ce qui concerne le contexte historique du Commentaire de Thomas d’Aquin sur le Livre des Sentences, on pourra se rapporter à J.-P. TORRELL, Initiation à saint Thomas d’Aquin. Sa personne et son œuvre, Paris-Fribourg, 2002 (2e éd.), p. 53 et ss. (bibl.).

 

Version préliminaire

 

La presente version est préliminaire.

1. Il reste en eeffet à compléter et à uniformiser les citations bibliques (que j’ai laissées telles que les éditeurs du texte latin les ont données).

2. Il faudra aussi traduire les explications du texte (expositiones textus), lorsqu’une traduction française de référence des Sentences de Pierre Lombard aura été réalisée (ces explications du texte se trouvent généralement à la fin de chacune des distinctions). Il a paru en effet préférable d’attendre une traduction française du Livre des Sentences de Pierre Lombard et, le temps venu, de renvoyer à la traduction correspondant au texte de chaque expositio textus.

                                                                                                                                                      

En l’absence d’une édition critique, la traduction française est réalisée à partir de l’édition électronique des Opera omnia de Thomas d’Aquin, réalisée par le professeur Enrique Alarcón, dans le cadre de la publication accessible par ordinateur du Corpus thomisticum (Université de Navarre, 2004). http://www.corpusthomisticum.org

 

Distinction 1 – [La création] 12

Question 1 – [Existe-t-il un seul prncipe ?] 12

Prologue_ 12

Article 1 – Existe-t-il plusieurs premiers principes ?_ 13

Article 2 – Une chose peut-elle émaner de lui par création ?_ 21

Article 3 – Créer convient-il à d’autres qu’à Dieu ?_ 27

Article 4 – Une réalité autre Dieu produit-elle quelque chose ?_ 31

Article 5 – Le monde est-il éternel ?_ 37

Article 6 – Interprète-t-on correctement : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », en disant : « … dans le Fils »?  56

Question 2 – [L’ordre des créatures à la fin ultime] 59

Prologue_ 59

Article 1 – Convient-il que Dieu agisse en vue d’une fin ?_ 60

Article 2 – Les créatures existent-elles en vue de la bonté de Dieu ?_ 63

Article 3 – Toutes choses ont-elles été créées pour l’homme ?_ 66

Article 4 – L’âme raisonnable doit-elle être unie au corps ?_ 70

Article 5 – L’âme humaine devait-elle être unie à tel corps ?_ 73

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 1_ 76

Distinction 2 – [Les créatures en particulier] 77

Question 1 – [L’aevum diffère-t-il de l’éternité ou du temps ?] 77

Prologue_ 77

Article 1 – L’aevum est-il la même chose que l’éternité [ou le temps]?_ 79

Article 2 – N’existe-t-il qu’un seul ævum ?_ 84

Article 3 – La durée de l’ange a-t-elle commencé avant le monde ?_ 88

Question 2 – [Le ciel empyrée] 91

Prologue_ 91

Article 1 – Le ciel empyrée est-il un corps ?_ 91

Article 2 – Le ciel empyrée est-il lumineux ?_ 94

Article 3 – Le ciel empyrée exerce-t-il une influence sur les autres corps ?_ 98

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 2_ 101

Distinction 3 – [La condition des anges] 102

Question 1 – [Les anges sont-ils composés de matière et de forme ?] 102

Prologue_ 102

Article 1 – L’ange est-il composé de matière et de forme ?_ 103

Article 2 – La personnalité peut-elle exister chez les anges ?_ 110

Article 3 – Le nombre peut-il exister chez les anges ?_ 112

Article 4 – Existe-t-il plusieurs anges d’une seule espèce ?_ 118

Article 5 – Les anges appartiennent-ils à un seul genre ?_ 122

Article 6 – L’ange et l’âme diffèrent-ils selon l’espèce ?_ 125

Question 2 – [L’ange était-il mauvais au commencement de sa création ?] 134

Prologue_ 134

Article 1 – L’ange pouvait-il être mauvais au commencement de sa créaton ?_ 135

Question 3 – [La connaissance de l’ange] 140

Prologue_ 140

Article 1 – L’ange connaît-il les choses par son essence ?_ 140

Article 2 – Les anges supérieurs intelligent-ils par des espèces plus universelles ?_ 145

Article 3 – Les anges intelligent-ils les réalités particulières ?_ 149

Article 4 – L’ange intellige-t-il plusieurs choses en même temps ?_ 155

Question 4 – [Dans son état naturel, l’ange a-t-il aimé Dieu plus que lui-même et toutes les autres choses ?] 158

Article 1 – Dans son état naturel, l’ange a-t-il aimé Dieu plus que lui-même et toutes les autres choses ?_ 158

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 3_ 162

Distinction 4 – [La béatitude initiale des anges] 162

Prologue_ 162

Article 1 – Les anges ont-ils été créés bienheureux ?_ 164

Article 2 – Les anges ont-ils connu à l’avance leur misère ou leur béatitude ?_ 167

Article 3 – Les anges ont-ils été créés avec la grâce ?_ 170

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 4_ 174

Distinction 5 – [La conversion et l’aversion des anges] 174

Question 1 – [L’ange pouvait-il pécher ?] 174

Prologue_ 174

Article 1 – Le péché peut-il exister chez les anges ?_ 176

Article 2 – L’ange mauvais a-t-il désiré l’égalité avec Dieu ?_ 179

Article 3 – Le premier péché de l’ange a-t-il été l’orgueil ?_ 182

Question 1 – [La conversion des anges bons] 185

Prologue_ 185

Article 1 – Les anges ont-ils eu besoin de la grâce pour se tourner vers Dieu ?_ 185

Article 2 – Les anges ont-ils mérité leur béatitude ?_ 188

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 5_ 191

Distinction 6 – [Les conséquences de l’aversion et de la conversion chez les anges] 192

Question 1 – [À quel ordre appartenait Lucifer ?] 192

Prologue_ 192

Article 1 – Lucifer était-il le plus élevé de tous les anges ?_ 193

Article 2 – Le péché du premier ange a-t-il été une occasion de pécher pour les autres ?_ 195

Article 5 – Les démons qui sont vaincus par les saints sont-ils jetés en enfer ?_ 205

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 6_ 207

Distinction 7 – [Le pouvoir et la puissance des anges] 208

Question 1 – [La confirmation des anges] 208

Prologue_ 208

Article 1 – Les anges bons peuvent-ils pécher ?_ 210

Article 2 – Les démons peuvent-ils faire le bien ?_ 213

Question 2 – [La connaissance des démons] 219

Prologue_ 219

Article 1 – Les démons ont-ils une science pénétrante ?_ 219

Article 2 – La divination peut-elle être réalisée par les démons ?_ 222

Question 3 – [La puissance de l’action des démons] 229

Prologue_ 229

Article 1 – Les démons peuvent-ils produire un véritable effet corporel dans la matière corporelle ?_ 229

Article 2 – Est-il mal de recourir à l’aide du démon en vue d’effets corporels ?_ 233

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 7_ 236

Distinction 8 – [Les apparitions corporelles des anges bons et mauvais] 236

Prologue_ 236

Article 1 – Les anges ont-ils des corps qui leur sont unis ?_ 237

Article 2 – Les anges assument-ils un corps ?_ 239

Article 3 – Les corps assumés par les anges ont-ils la nature véritable qu’ils montrent ?_ 242

Article 5 – Les démons peuvent-ils se trouver à l’intérieur des corps des hommes ?_ 251

Article 6 – Dieu est-il apparu sous des figures corporelles ?_ 255

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 8_ 258

Distinction 9 – [La dignité des anges bons] 259

Prologue_ 259

Article 1 – La définition de la hiérarchie donnée par Denys est-elle appropriée ?_ 260

Article 2 – Un ange en purifie-t-il un autre ?_ 265

Article 3 – La hiérarchie angélique est-elle divisée de manière appropriée en trois hiérarchies et neuf ordres ?  271

Article 4 – Les noms des anges sont-ils distingués de manière appropriée ?_ 279

Article 5 – Tous les anges d’un seul ordre sont-ils égaux ?_ 283

Article 6 – Toutes les hiérarchies sont-elles connexes ?_ 285

Article 7 – La distinction entre les ordres vient-elle de la nature ?_ 289

Article 8 – [Les hommes sont-ils introduits dans les ordres des anges ?] 292

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 9_ 296

Distinction 10 – [Les actes des ordres angéliques] 296

Prologue_ 296

Article 1 – Tous les anges entourent-ils [Dieu] ?_ 297

Article 2 – Tous les anges sont-ils envoyés pour un ministère ?_ 300

Article 3 – Tous les anges de la deuxième hiérarchie sont-ils envoyés ?_ 305

Article 4 – Les anges sont-ils empêchés de contempler par l’accomplissement d’un ministère ?_ 309

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 10_ 311

Distinction 11 – [La garde des hommes par les anges] 311

Question 1 – [Les anges sont-ils assignés à la garde des hommes ?] 311

Prologue_ 311

Article 1 – Des anges gardent-ils les hommes ?_ 312

Article 2 – Appartient-il à tous les ordres de la troisième hiérarchie de garder les hommes ?_ 316

Article 3 – Des anges sont-ils assignés à tous les hommes pour les garder ?_ 319

Article 4 – L’ange abandonne-t-il parfois l’homme auquel il est assigné ?_ 322

Article 5 – Les anges éprouvent-ils de la peine en raison de la damnation des hommes qu’ils gardent ?_ 324

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 11, q. 1_ 326

Question 2 – [Le progrès des anges] 327

Prologue_ 327

Article 1 – Les anges progressent-ils dans la vision de Dieu ?_ 328

Article 2 – Les anges inférieurs sont-ils illuminés par les [anges] supérieurs ?_ 331

Article 3 – Les anges connaissent-ils certaines choses en se parlant ?_ 334

Article 4 – Les anges ont-ils appris le mystère de l’incarnation par des hommes ?_ 338

Article 5 – Peut-il y avoir combat entre les anges ?_ 342

Article 6 – Les ordres [des anges] dureront-ils au-delà du jour du jugement ?_ 345

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 11, q. 2, a. 6_ 347

Distinction 12 – [Les êtres corporels] 347

Question 1 – [Les êtres corporels ont-ils une seule matière ?] 347

Prologue_ 347

Article 1 – Les êtres corporels ont-ils une seule matière ?_ 349

Article 2 – Toutes les choses ont-elles été créées simultanément, différenciées selon les espèces ?_ 354

Article 3 – La distinction entre les jours est-elle sauvegardée selon l’interprétation d’Augustin ?_ 359

Article 4 – La matière première était-elle informe ?_ 366

Article 5 – Assigne-t-on de manière appropriée au caractère contemporain à quatre choses : [le ciel empyrée, la nature angélique, la matière des quatre éléments et le temps] ?_ 370

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 12_ 374

Distinction 13 – [L’œuvre du premier jour] 376

Prologue_ 376

Article 1 – L’œuvre de différenciation était-elle nécessaire après l’œuvre de la création ?_ 378

Article 2 – Trouve-t-on de la lumière au sens propre dans les [substances] spirituelles ?_ 381

Article 3 – La lumière est-elle un accident ?_ 384

Article 4 – La production de la lumière est-elle racontée de manière appropriée ?_ 393

Article 5 – Le Père accomplit-il tout par le Fils ?_ 398

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 13_ 400

Distinction 14 – [L’œuvre du deuxième et du troisième jour] 401

Prologue_ 401

Article 1 – Y a-t-il des eaux au-dessus des cieux ?_ 402

Article 2 – Le firmament a-t-il la même nature que les corps inférieurs ?_ 407

Article 3 – Le mouvement du ciel vient-il d’une intelligence ?_ 410

Article 4 – Le nombre des cieux est-il assigné de manière appropriée par Raban ?_ 414

Article 5 – L’œuvre du troisième jour est-elle décrite de manière appropriée ?_ 417

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 14_ 422

Distinction 15 – [L’œuvre d’embellissement] 423

Question 1 – [La production des étoiles] 423

Prologue_ 423

Article 1 – La production des étoiles est-elle décrite de manière appropriée ?_ 425

Article 2 – Les corps célestes exercent-ils une influence sur les corps inférieurs ?_ 429

Article 3 – Les corps supérieurs exercent-ils une causalité sur les mouvements du libre arbitre ?_ 434

Question 2 – [La production des animaux] 439

Prologue_ 439

Article 1 – Certains animaux ont-ils tiré leur matière des eaux et d’autres, de la terre ?_ 439

Article 2 – L’embellissement des éléments est-il décrit de manière appropriée en trois genres ?_ 442

Question 3 – [Le septième jour] 445

Prologue_ 445

Article 1 – Dieu a-t-il achevé son œuvre le septième jour ?_ 446

Article 2 – Est-ce qu’on dit de Dieu de manière appropriée qu’il s’est reposé le septième jour ?_ 451

Article 3 – Dieu devait-il sanctifier le septième jour plutôt que les autres ?_ 456

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 15_ 459

Distinction 16 – [L’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu] 460

Prologue_ 460

Article 1 – Peut-on dire d’une créature qu’elle est à l’image [de Dieu] ?_ 462

Article 2 – L’image de Dieu se trouve-t-elle seulement dans les créatures raisonnables ?_ 465

Article 3 – L’image de Dieu se trouve-t-elle davantage chez les anges que chez les hommes ?_ 468

Article 4 – L’image et la ressemblance sont-elles distinguées de manière appropriée dans le texte ?_ 471

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 16_ 474

Distinction 17 – [La création de l’homme en ses parties] 475

Question 1 – [L’âme fait-elle partie de l’essence divine ?] 475

Prologue_ 475

Article 1 – L’âme humaine fait-elle partie de l’essence divine ?_ 477

Article 2 – L’âme humaine est-elle constituée de quelque matière ?_ 482

Question 1 – [L’âme a-t-elle été créée hors du corps ?] 488

Prologue_ 488

Article 1 – L’âme intellectuelle ou l’intellect est-il unique pour tous les hommes ?_ 488

Article 2 – Les âmes ont-elles été créées en dehors des corps ?_ 502

Question 3 – [La formation du corps de l’homme] 507

Prologue_ 507

Article 1 – Existe-t-il quelque chose de la nature d’un corps céleste dans la composition de l’homme ?_ 507

Article 2 – Le Paradis dans lequel Adam était peut-il être un lieu corporel ?_ 511

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 17_ 515

Distinction 18 – [L’origine de la femme] 515

Question 1 – [Le corps de la femme a-t-il été fait à partir d’une côte d’Adam ?] 515

Prologue_ 515

Article 1 – Le corps de la femme devait-il être formé à partir d’une côté de l’homme ?_ 517

Article 2 – Dieu a-t-il implanté dans la matière des raisons séminales de manière appropriée ?_ 522

Article 3 – Les choses accomplies par-delà des raisons séminales sont-elles des miracles ?_ 529

Question 2 – [La formation de la femme du point de vue de son àme] 533

Prologue_ 533

Article 1 – L’âme humaine est-elle transmise par les parents ?_ 533

Article 2 – L’âme raisonnable vient-elle de Dieu par l’intermédiaire des anges ?_ 539

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 18_ 553

Distinction 19 – [Le premier état de la nature] 554

Question 1 – [L’immortalité de l’homme selon son âme] 554

Prologue_ 554

Article 1 – L’âme de l’homme est-elle corrompue lors de la corruption du corps ?_ 556

Article 2 – L’homme dans son premier état devait-il nécessairement mourir ?_ 565

Article 3 – Le corps d’Adam était-il passible ?_ 569

Article 4 – En son premier état, l’homme était-il impassible et immortel ?_ 572

Article 5 – L’immortalité d’Adam était-elle la même que l’immortalité des ressuscités ?_ 577

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 19_ 579

Distinction 20 – [La multiplication des iindividus par la génération] 581

Question 1 – [La génération aurait-elle existé dans le premier état ?] 581

Prologue_ 581

Article 1 – La génération aurait-elle existé dans le premier état ?_ 583

Article 2 – Dans l’état d’innocence, la génération se serait-elle réalisée par l’union sexuelle ?_ 586

Question 2 – [La qualité corporelle des enfants] 590

Prologue_ 590

Article 1 – Dans l’état d’innocence, les hommes auraient-ils eu, aussitôt après leur naissance, toute la perfection corporelle pour ce qui est la force, de la stature et du sexe ?_ 590

Article 2 – Dans l’état d’innocence, les enfants, aussitôt nés, auraient-ils eu une connaissance parfaite ?_ 595

Article 3 – Dans l’état d’innocence, les enfants seraient-ils nés avec la grâce ?_ 599

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 20_ 603

Distinction 21 – [La chute de l’homme par le péché] 604

Question 1 – [À qui revient-il de tenter ?] 604

Prologue_ 604

Article 1 – Dieu tente-t-il quelqu’un ?_ 606

Article 2 – La tentation par le Diable est-elle un péché ?_ 609

Article 3 – Faut-il désirer la tentation ?_ 612

Question 2 – [Le déroulement de la tentation des premiers parents] 615

Prologue_ 615

Article 1 – Le Diable a-t-il tenté Ève par envie et sous la forme d’un serpent ?_ 616

Article 2 – Le péché d’Adam a-t-il été plus grave que tous les autres péchés ?_ 619

Article 3 – Adam pouvait-il pécher véniellement dans l’état de nature ?_ 623

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 21_ 626

Distinction 22 – [Le principe intérieur de la chute] 627

Question 1 – [Quel était le genre du premier péché ?] 627

Prologue_ 627

Article 1 – Le premier péché de l’homme en fut-il un d’orgueil ?_ 629

Article 2 – Le péché de l’homme a-t-il consisté à désirer être comme Dieu ?_ 633

Article 3 – La femme a-t-elle péché plus gravement que l’homme ?_ 637

Question 2 – [L’ignorance est-elle un péché ?] 640

Prologue_ 640

Article 1 – L’ignorance est-elle un péché ?_ 640

Article 2 – L’ignorance excuse-t-elle le péché ?_ 643

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 22_ 647

Distinction 23 – [Comment Dieu a-t-il permis le péché ?] 648

Question 1 – [Dieu aurait-il pu faire en sorte qu’une nature créée ne puisse pas pécher, compte tenu de la condition de sa nature ?] 648

Prologue_ 648

Article 1 – Dieu pouvait-il faire en sorte qu’une créature ne puisse pas pécher, compte tenu de la condition de sa nature ?  650

Article 2 – Dieu devait-il permettre que l’homme soit tenté ou pèche ?_ 653

Question 2 – [La connaissance de l’homme en son premier état] 656

Prologue_ 656

Article 1 – Adam voyait-il Dieu par son essence ?_ 657

Article 2 – Adam a-t-il eu une connaissance parfaite des choses dès sa création ?_ 661

Article 3 – Dans son premier état, l’homme pouvait-il être induit en erreur?_ 666

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 23_ 668

Distinction 24 – [La puissance naturelle de l’homme en son premier état] 669

Question 1 – [Le libre arbitre est-il une puissance ou un habitus ?] 669

Prologue_ 669

Article 1 – Le libre arbitre est-il une puissance ?_ 671

Article 2 – Le libre arbitre désigne-t-il plusieurs puissances ou une seule ?_ 674

Article 3 – Le libre arbitre est-il une puissance distincte de la volonté et de la raison ?_ 678

Article 4 – En son premier état, Adam pouvait-il éviter le péché par son libre arbitre ?_ 683

Question 2 – [Les puissances associées au libre arbitre] 686

Prologue_ 686

Article 1 – Le signalement de la sensualité donné dans le texte est-il approprié ?_ 686

Article 2 – La raison supérieure et la raison inférieure sont-elles une seule puissance ?_ 690

Article 3 –La syndérèse est-elle un habitus ou une puissance ?_ 697

Article 4 – La conscience est-elle un acte ?_ 700

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 24, Question 2_ 705

Question 3 – [Le péché dans les puissances de l’âme] 705

Prologue_ 705

Article 1 – Le mouvement de la sensualité, de la raison supérieure et de la [raison] inférieure est-il suffisamment assigné dans le texte ?_ 706

Article 2 – Le péché existe-t-il dans la sensualité ?_ 711

Article 3 – Peut-il y avoir péché dans la raison ?_ 715

Article 4 – Peut-il exister un péché mortel dans la délectation de la raison inférieure ?_ 719

Article 5 – Le péché véniel peut-il exister dans la raison supérieure ?_ 723

Article 6 – Une péché véniel peut-il devenir mortel ?_ 727

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 24, Question 3_ 732

Distinction 25 – [Les conditions du libre arbitre] 733

Question 1 – [Chez qui trouve-t-on le libre arbitre] 733

Prologue_ 733

Article 1 – Le libre arbitre existe-t-il en Dieu ?_ 736

Article 2 – Le libre arbitre peut-il être contraint ?_ 741

Article 3 – Le libre arbitre porte-t-il sur tous les actes humains ?_ 746

Article 4 – La liberté de l’arbitre est-elle augmentée ou diminuée ?_ 748

Article 5 – Existe-t-il une triple distinction dans le libre arbitre ?_ 751

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 25_ 755

Distinction 26 – [La grâce met-elle quelque chose de créé dans l’âme ?] 756

Prologue_ 756

Article 1 – La grâce met-elle quelque chose de créé dans l’âme ?_ 758

Article 2 – La grâce est-elle un accident ?_ 762

Article 3 – La grâce réside-t-elle dans une puissance ou dans l’âme comme dans son sujet ?_ 766

Article 4 – La grâce est-elle une vertu ?_ 770

Article 5 – La grâce est-elle divisée de manière appropriée entre grâce opérante et [grâce] coopérante ?_ 774

Article 6 – La grâce est-elle multiple dans l’âme ?_ 778

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 26_ 783

Distinction 27 – [La grâce et la vertu sont-elles des actes ou des qualités de l’esprit ?] 784

Prologue_ 784

Article 1 – La vertu est-elle un habitus ?_ 787

Article 2 – La définition de la vertu donnée par Augustin est-elle appropriée ?_ 791

Article 3 – Quelqu’un peut-il mériter en justice la vie éternelle par des actes vertueux ?_ 795

Article 4 – Peut-on mériter la grâce ?_ 799

Article 5 – Peut-on mériter une augmentation de la grâce ?_ 802

Article 6 – Peut-on mériter la première grâce pour un autre ?_ 806

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 27_ 810

Distinction 28 – [Les erreurs à propos de la grâce] 811

Prologue_ 811

Article 1 – L’homme peut-il faire quelque bien sans la grâce ?_ 813

Article 2 – L’homme peut-il éviter le péché sans la grâce ?_ 817

Article 3 – L’homme peut-il accomplir les commandements de Dieu sans la grâce ?_ 822

Article 4 – L’homme peut-il se préparer à la grâce sans quelque grâce ?_ 825

Article 5 – L’homme peut-il connaître quelque vérité sans la grâce ?_ 829

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 28_ 833

Distinction 29 – [La grâce dans l’état d’innocence] 834

Prologue_ 834

Article 1 – La nature avait-elle besoin de la grâce dans l’état d’innocence ?_ 836

Article 2 – L’homme a-t-il eu la grâce avant le péché ?_ 840

Article 3 – En son premier état, l’homme aurait-il eu autant de grâce qu’il en eut après le péché ?_ 843

Article 4 – Les actions de l’homme sont-elles plus efficaces pour mériter la grâce après le péché qu’avant le péché ?  848

Article 5 – L’expulsion du Paradis et la privation de la justice originelle sont-elles une peine appropriée pour la première transgression ?_ 853

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 29_ 856

Distinction 30 – [Les conséquences du péché des premiers parents] 857

Question 1 – [Les carences que nous ressentons, la nécessité de mourir et les choses de ce genre, découlent-elles du péché des premiers parents comme une peine découle d’une faute ?] 857

Prologue_ 857

Article 1 – Les carences que nous ressentons nous viennent-elles en tant que peine pour une faute du premier homme ?  860

Article 2 – Une carence qui nous vient par origine a-t-elle raison de faute ?_ 866

Article 3 – Le péché originel est-il la concupiscence ?_ 870

Question 2 – [L’aliment est-il véritablement converti en la nature humaine ?] 874

Prologue_ 875

Article 1 – L’aliment est-il changé en véritable nature humaine ?_ 875

Article 2 – La semence est-elle séparée du fait qu’elle est engendrée à partir de la nourriture ?_ 890

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 30_ 902

Distinction 31 – [Les conditions du péché originel] 904

Question 1 – [Le péché originel est-il transmis par transmission de la chair ?] 904

Prologue_ 904

Article 1 – Le péché originel peut-il passer aux descendants par l’origine de la chair ?_ 906

Article 2 – Est-il nécesssaire que tous les hommes naissent avec le péché originel ?_ 911

Question 2 – [Le sujet du péché originel] 917

Prologue_ 917

Article 1 – Le péché originel se trouve-t-il dans une puissance comme dans son sujet ?_ 917

Article 2 – La puissance génératrice a-t-elle été infectée davantage que les autres puissances ?_ 921

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 31_ 923

Distinction 32 – [La remise du péché originel par le baptême] 924

Question 1 – [La faute originelle est-elle remise par le baptême ?] 924

Article 1 – Le péché originel est-il remis par le baptême ?_ 926

Article 2 – La peine du péché originel doit-elle demeurer après le baptême ?_ 932

Article 3 – Le désir désordonné désordonné (fomes) est-elle plus grand chez l’un que chez l’autre ?_ 935

Question 2 – [La cause de l’infection originelle] 939

Prologue_ 939

Article 1 – L’infection originelle vient-elle de Dieu ?_ 939

Article 2 – Convient-il à la sagesse divine d’infuser l’âme dans un corps dont elle contracte la souillure ?_ 942

Article 3 – Les âmes sont-elles égales lors de leur création ?_ 946

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 32_ 950

Distinction 33 – [La transmission du péché depuis les premiers parents] 951

Question 1 – [Les péchés des parents rapprochés passent-ils aux enfants pour ce qui est de l’infection de la souillure originelle ?] 952

Prologue_ 952

Article 1 – Contracte-t-on la souillure des parents rapprochés ?_ 955

Article 2 – La faute des parents rapprochés rejaillit-elle sur les enfants pour ce qui est de la peine ?_ 959

Article 3 – Le péché originel est-il unique ?_ 962

Question 2 – [Une peine sensible est-elle due après la mort chez ceux qui meurent avec le péché originel seulement ?] 966

Prologue_ 966

Article 2 – Les enfants non baptisés éprouvent-ils une affliction spirituelle dans leur âme ?_ 970

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 33_ 974

Distinction 34 – [La transmission du péché actuel des parents à leurs descendants par imitation] 977

Question 1 – [Le mal existe-t-il ?] 977

Prologue_ 977

Article 1 – Le mal existe-t-il ?_ 978

Article 2 – Le mal est-il quelque chose qui existe de manière positive ?_ 982

Article 3 – Le bien est-il la cause du mal ?_ 988

Article 4 – Le mal a-t-il le bien comme sujet ?_ 994

Article 5 – Le mal peut-il corrompre le bien tout entier ?_ 998

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 34_ 1002

Distinction 35 – [La substance de l’acte de péché] 1003

Prologue_ 1003

Article 1 – Le mal est-il divisé de manière suffisante en mal de faute et mal de peine ?_ 1006

Article 2 – Les définitions du péché proposées ici sont-elles adéquates?_ 1011

Article 3 – Tous les péchés comportent-ils un acte ?_ 1014

Article 4 – Le péché consiste-t-il dans un acte extérieur ?_ 1019

Article 5 – Les puissances de l’âme sont-elles en quelque sorte corrompues par le péché ?_ 1023

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 35_ 1027

Distinction 36 – [Un péché peut-il être la cause d’un autre péché ?] 1030

Prologue_ 1030

Article 1 – Un péché peut-il être la cause d’un autre péché ?_ 1031

Article 2 – Une passion peut-elle être un péché ?_ 1035

Article 3 – Un péché peut-il être la peine d’un autre péché ?_ 1038

Article 4 – Toute peine est-elle infligée pour un péché ?_ 1043

Article 5 – La distinction entre les biens est-elle appropriée ?_ 1047

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 36_ 1050

Distinction 37 – [Les actes viennent-ils de Dieu de quelque manière ?] 1051

Question 1 – [Le péché est-il une substance, une nature ou une chose ?] 1051

Prologue_ 1051

Article 1 – Le péché est-il une substance ou une nature ?_ 1052

Article 2 – Tout être vient-il de Dieu ?_ 1057

Question 2 – [La cause du péché] 1061

Prologue_ 1061

Article 1 – Dieu est-il simplement la cause du péché ?_ 1061

Question 3 – [La cause de la peine] 1069

Prologue_ 1069

Article 1 – La peine vient-elle de Dieu ?_ 1069

Article 2 – Parle-t-on de mal pour la peine plutôt que pour la faute ?_ 1073

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 37_ 1077

Distinction 38 – [Les actes en particulier] 1078

Question 1 – [Existe-t-il une seule fin de toutes les volontés droites ?] 1078

Prologue_ 1078

Article 1 – Existe-t-il une seule fin de toutes les volontés droites ?_ 1079

Article 2 – La charité est-elle la fin commune et unique des volontés droites ?_ 1083

Article 3 – L’intention est-elle un acate de la volonté ?_ 1088

Article 4 – La volonté veut-elle dans un seul et même acte la fin et ce qui se rapporte à la fin ?_ 1092

Article 5 – Faut-il juger que la volonté est droite en fonction de la fin ?_ 1095

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 38_ 1098

Distinction 39 – [La volonté, lieu du péché] 1099

Question 1 – [Le dérèglement du péché peut-il exister dans la volonté ?] 1099

Prologue_ 1099

Article 1 – La volonté peut-elle être déréglée par le péché ?_ 1100

Article 2 – Le péché peut-il exister dans l’acte de l’intelligence et celui des autres puissances à partir de la volonté ?  1104

Question 2 – [La volonté naturelle du bien par l’homme] 1108

Prologue_ 1109

Article 1 – L’homme veut-il le bien naturellement ?_ 1109

Article 2 – La volonté par laquelle l’homme veut naturellement le bien et par laquelle il veut le mal est-elle la même ?  1111

Question 3 – [L’étincelle supérieure de la raison] 1114

Prologue_ 1114

Article 1 – L’étincelle supérieure de la raison peut-elle être éteinte ?_ 1115

Article 2 – La conscience se trompe-t-elle parfois ?_ 1119

Article 3 – La conscience erronée oblige-t-elle ?_ 1123

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 39_ 1128

Distinction 40 – [Le péché dans les actes extérieurs] 1129

Question 1 – [Le bien et le mal sont-ils des différences spécifiques de l’action ?] 1129

Prologue_ 1129

Article 1 – Le bien et le mal sont-ils des différences spécifiques de l’action ?_ 1131

Article 2 – L’action doit-elle simplement être être jugée bonne ou mauvaise à partir de la volonté ?_ 1134

Article 3 – L’acte extérieur ajoute-t-il quelque chose à la bonté ou à la malice de la volonté ?_ 1138

Article 4 – Une même action peut-elle être bonne et mauvaise ?_ 1142

Article 5 –Une action humaine peut-elle être indifférente ?_ 1146

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 40_ 1156

Distinction 41 – [Le rôle de l’intention dans l’acte du péché] 1157

Question 1 – [La foi dirige-t-elle l’intention ?] 1157

Prologue_ 1157

Article 1 – La foi dirige-t-elle l’intention de manière universelle ?_ 1158

Article 2 – Un acte d’un infidèle peut-il être bon ?_ 1162

Question 2 – [Le rapport entre le péché et la volonté] 1165

Article 1 – Tout péché est-il volontaire ?_ 1165

Article 2 – Tout péché réside-t-il dans la volonté ?_ 1168

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 41_ 1170

Distinction 42 – [Les parties du péché] 1172

Question 1 – [La volonté est l’acte extérieur sont-ils une seule chose ?] 1172

Prologue_ 1172

Article 1 – La volonté de pécher et l’acte sont-ils deux péchés ?_ 1173

Article 2 – La cullpabilité du péché demeure-t-elle après le péché ?_ 1178

Article 3 – Le péché est-il convenablement divisé en mortel et véniel ?_ 1181

Article 4 – Le péché véniel se distingue-t-il du péché mortel ?_ 1185

Article 5 – Le péché mortel et le péché véniel diffèrent-ils par la peine éternelle et la peine temporelle ?_ 1189

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 42, 1_ 1194

Question 2 – [Les distinctions entre les péchés] 1195

Prologue_ 1195

Article 1 – Les péchés se distinguent-ils par leurs racines ?_ 1196

Article 2 – Le péché est-il divisé de manière appropriée en péché en pensée, en parole et en acte ?_ 1200

Article 3 – La division ddes vices capitaux est-elles appropriée ?_ 1206

Article 4 – Les espèces de l’orgueil sont-elles indiquées de manière appropriée ?_ 1213

Article 5 – Tous les péchés sont-ils égaux ?_ 1216

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 42, 2_ 1222

Distinction 43 – [Le péché contre l’Esprit saint] 1223

Question unique – [Le péché contre l’Esprit saint existe-t-il et quelle est sa nature ?] 1223

Prologue_ 1223

Article 1 – Existe-t-il un péché contre l’Esprit saint ?_ 1224

Article 2 – Le péché contre l’Esprit saint est-il un genre déterminé de péché ?_ 1227

Article 3 – Les espèces du péché contre l’Esprit saint sont-elles attribuées de manière appropriée dans le texte ?  1232

Article 4 – Le péché contre l’Esprit saint est-il irrémissible ?_ 1237

Article 5 – Peut-on pécher contre l’Esprit saint dès le premier acte de péché ?_ 1242

Article 6 – Adam a-t-il péché contre l’Esprit saint ?_ 1245

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 43_ 1248

Distinction 44 – [La capacité de pécher ] 1250

Prologue_ 1250

Article 1 – La capacité de pécher vient-elle de Dieu ?_ 1251

Article 2 – Tout pouvoir vient-il de Dieu ?_ 1255

Article 3 – Le pouvoir existait-il dans l’état d’innocence ?_ 1257

Question 1 – [L’obéissance aux supérieurs] 1261

Article 2 – Les chrétiens sont-ils tenus d’obéir aux pouvoirs séculiers, et surtout aux tyrans ?_ 1266

Article 3 – Les religieux qui ont fait profession sont-ils tenus d’obéir en tout à leurs supérieurs ?_ 1270

Explication du texte de Pierre Lombard, Dist. 44_ 1274

 

 

 

 

 

Distinctio 1

Distinction 1 – [La création]

 

 

 

 

Quaestio 1

Question 1 – [Existe-t-il un seul prncipe ?]

 

Prooemium

Prologue

 

[3416] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 pr. Dividitur ergo liber iste in partes duas: in prima determinat de creaturis in communi: in secunda determinat de eis in speciali, quantum ad considerationem theologi pertinet. Secunda, dist. 2, ibi: de angelica itaque natura haec primo consideranda sunt. Prima in duas: in prima determinat de creaturis secundum exitum earum a principio; in secunda determinat de eis secundum ordinem earum in ultimum finem, ibi: credamus ergo rerum creatarum (...) causam non esse nisi bonitatem creatoris. Prima dividitur in tres: in prima inducit auctoritatem, quae, ostensa veritate omnium, errorem excludit; secundo prosequitur errores, qui per auctoritates confirmantur, ibi: Plato namque tria initia existimavit; tertio concludit veritatem, ibi: horum ergo et similium errorem spiritus sanctus evacuans, veritatisque disciplinam tradens, Deum in principio temporum mundum creasse, et ante tempora aeternaliter extitisse significat. Circa primum duo facit: primo tangit errorem Platonis; secundo errorem Aristotelis, ibi: Aristoteles vero duo principia dixit. Circa primum facit duo: primo ostendit quomodo per auctoritatem Scripturae refellitur error Platonis, tum propter multitudinem principiorum, tum propter negationem creationis; secundo removet quamdam dubitationem ex dictis, ibi: verumtamen sciendum est, haec verba, scilicet creare, facere, agere, et alia hujusmodi, de Deo non posse dici secundum eam rationem qua dicuntur de creaturis. Ad evidentiam hujus partis quaeruntur hic sex: 1 utrum sit tantum unum primum principium; 2 utrum ab illo principio res per creationem effluxerunt; 3 utrum tantum ab ipso res per creationem prodierunt, an etiam ab aliquibus principiis secundis; 4 si non per creationem, utrum alio quolibet modo unum possit esse causa alterius; 5 utrum res ab aeterno creatae fuerunt; 6 supposito quod non, quomodo dicitur Deus in principio caelum et terram creasse.

Ce livre se divise donc en deux parties. Dans la première, [le Maître] détermine des créatures d’une manière générale ; dans la seconde, d’une manière particulière, pour autant que cela relève de la considération du théologien. La seconde partie [se trouve] à la d. 2, à cet endroit : « À propos de la nature angélique, il faut d’abord considérer ceci. » La première partie se divise en deux : dans la première, il détermine des créatures selon qu’elles sont issues de leur principe ; dans la seconde, il en détermine selon leur ordre par rapport à la fin ultime, à cet endroit : « Croyons donc que la cause des réalités créées n’est autre que la bonté du Créateur. » La première se divise en trois parties. Premièrement, il invoque une autorité, qui écarte l’erreur en montrant la vérité de tout. Deuxièmement, il pourchasse les erreurs qui sont confirmées par des autorités, à cet endroit : « Car Platon posait l’existence de trois commencements. » Troisièmement, il conclut par la vérité, à cet endroit : « En éliminant ces erreurs et d’autres semblables et en enseignant la vérité, l’Esprit Saint fait comprendre que Dieu a créé le monde au commencement du temps et que lui-même existait éternellement avant le temps. » À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il montre comment l’erreur de Platon est repoussée par l’autorité de l’Écriture, tant pour ce qui est de la multitude des principes que pour la négation de la création. Deuxièmement, il écarte un doute soulevé par ce qui a été dit, à cet endroit : « Il faut donc savoir que ces mots « créer », « faire », « agir » et ceux de ce genre ne peuvent être dits de Dieu dans le même sens où ils sont dits des créatures. » Pour éclairer cette partie, six questions sont posées : 1. Existe-t-il un seul principe ? 2. Les choses sont-elles issues de ce principe par création ? 3. Les choses sont-elles issues seulement de ce principe par création, ou aussi de principes seconds ? 4. Si ce n’est pas par création, une chose peut-elle être principe d’une autre manière ? 5. Les choses ont-elles été créées de toute éternité ? 6. À supposer que ce ne soit pas le cas, comment dit-on que Dieu a créé le ciel et la terre au commencement ?

 

 

 

 

Articulus 1 [3417] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 tit. Utrum sint plura prima principia

Article 1 – Existe-t-il plusieurs premiers principes ?

 

[3418] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 1 Ad primum sic proceditur. Videtur quod sint plura prima principia. Quia, secundum philosophum, si unum contrariorum fuerit in natura, et reliquum. Sed summum malum est contrarium summo bono, sicut et malum bono. Ergo cum sit quoddam summum bonum, quod est principium primum omnium bonorum, videtur quod sit et unum summum malum, quod est principium primum omnium malorum: et sic erunt duo prima principia.

1. Il semble qu’il n’existe pas plusieurs premiers principes, car, selon le Philosophe, si l’un des contraires existait dans la nature, l’autre aussi [existerait]. Or, le mal suprême est le contraire du bien suprême, comme le mal l’est du bien. Puisqu’il existe un bien suprême, qui est le principe premier de tous les biens, il semble donc qu’il existe un mal suprême, qui est le principe premier de tous les maux. Il y aura donc ainsi deux premiers principes.

 

[3419] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 2 Praeterea, omne quod fit, vel ipsum est primum principium, vel est ab aliquo principio, sicut in 2 Physic. dicitur. Sed aliquod malum fit in mundo. Si ergo ipsum non sit primum principium (quia hoc dato, haberetur propositum), oportet quod sit ab aliquo principio. Sed non a bono, quia bonum est destructivum mali, et non causa ejus, sicut nec calidum frigidi; et eadem ratione illius mali, si non sit primum principium, erit alterum malum principium primum; non est enim in principiis vel causis procedere in infinitum, ut probatur 2 Metaph. Ergo videtur quod oportet devenire ad primum malum, quod sit principium omnis mali; et sic habetur propositum.

2. Tout ce qui existe est le premier principe, ou vient d’un principe, comme on le dit dans Physique, II. Or, il existe du mal dans le monde. Si donc il n’est pas le premier principe (car si c’était le cas, ce qui a été dit plus haut serait vrai), il est nécessaire qu’il vienne d’un principe. Or, il ne vient pas d’un bon [principe], car le bien détruit le mal et n’est pas sa cause, pas plus que ce qui est chaud n’est le principe de ce qui est froid. Pour la même raison, s’il n’est pas le premier principe, un autre mal sera le premier principe : en effet, on ne peut pas remonter à l’infini pour les principes ou pour les causes, comme le démontre Métaphysique, II. Il semble donc qu’on doive parvenir à un premier mal, qui est le principe de tout mal. Ainsi, ce qui est affirmé est vrai.

 

[3420] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 3 Si dicas, quod malum non habet principium, sed accidit praeter intentionem alicujus principii agentis. Contra, omne quod accidit praeter intentionem agentis, est casuale, et in paucioribus. Sed malum invenitur ut in pluribus, ut in 2 Topic. dicitur. Ergo videtur quod malum sit intentum, et habeat per se principium.

3. Le mal n’a pas de principe, mais il survient hors de l’intention d’un principe agent. En sens contraire, tout ce qui survient hors de l’intention d’un agent relève du hasard et survient dans une minorité de cas. Or, le mal se trouve dans un grand nombre de choses, comme on le dit dans Topiques, II. Il semble donc que le mal soit intentionnel et ait un principe par soi.

 

[3421] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 4 Praeterea, quae sunt ab uno principio, habent conformitatem ad invicem: quia principiatum imitatur principium. Sed in rebus reperitur magna contrarietas et diversitas. Ergo oportet eam in principia contraria reducere.

4. Les choses qui viennent d’un seul principe sont semblables les unes aux autres, car ce qui vient d’un principe imite le principe. Or, parmi les choses, on rencontre beaucoup de contraires et une grande diversité. Il faut donc ramener ceux-ci à des principes contraires.

 

[3422] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 arg. 5 Praeterea, materia et agens nunquam incidunt in idem, ut in 2 Physic. dicitur: nec etiam agens et forma in idem numero. Sed res habent principia et formalia et materialia et activa; et in singulis est devenire ad unum primum, ut in 2 Metaph. probatur. Ergo oportet ponere multa prima principia.

5. La matière et l’agent ne portent pas sur une même chose, comme le dit Physique, II, et l’agent et la forme ne sont pas non plus une même chose numériquement. Or, les choses ont des principes formels, matériels et actifs, et, pour chaque chose, il faut en venir à un seul premier [principe], comme le montre Métaphysique, II. Il est donc nécessaire de reconnaître plusieurs premiers principes.

 

[3423] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 s. c. 1 Sed contra, omnem multitudinem praecedit unitas: quia pluralitas ex unitate nascitur. Si ergo ponantur plura principia, oportet eis esse prius unum principium. Sed primo non est aliquid prius. Ergo impossibile est ponere plura prima principia.

Cependant, [1] l’unité précède toute multiplicité, car la pluralité naît de l’unité. Si donc on reconnaît plusieurs principes, il est nécessaire qu’ils aient d’abord un seul principe. Or, il n’y a rien d’antérieur à ce qui est premier. Il est donc impossible de reconnaître plusieurs premiers principes.

 

[3424] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 s. c. 2 Praeterea, quaecumque conveniunt in aliquo et in alio differunt, oportet esse composita. Sed si ponantur plura prima principia, oportet ea in aliquo convenire, ex quo habent rationem principii; et cum sint plura, in aliquo differre. Ergo oportet ea esse composita. Sed nullum compositum est primum. Ergo impossibile est esse plura prima principia.

[2] Tout ce qui a quelque chose en commun et diffère pour autre chose doit être composé. Or, si on reconnaît plusieurs premiers principes, il est nécessaire qu’ils aient quelque chose en commun, par quoi ils ont raison de principe ; et puisqu’ils sont plusieurs, ils doivent différer par quelque chose. Il est donc nécessaire qu’ils soient composés. Or, rien de ce qui est composé n’est premier. Il est donc impossible qu’existent plusieurs premiers principes.

 

[3425] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 s. c. 3 Praeterea, si essent plura principia prima, aut essent similia, aut contraria. Si similia, aut utrumque per se sufficiens, et sic alterum superflueret; aut utrumque per se insufficiens, sed conjuncta sufficerent ad principiandum res; et sic non essent prima principia: tum quia indigerent conjungente quod esset prius eis: tum quia agerent per aliud additum essentiae, scilicet per conjunctionem ipsam; et nullum tale est principium primum. Si autem sunt contraria, omne autem contrarium destruit et impedit contrarium suum; ergo si sint aequalis potentiae, unum impediet alterum, adeo quod nullus sequetur effectus. Si vero alterum fuerit potentius, omnino destruet alterum. Ergo impossibile est esse plura prima principia.

[3] S’il y avait plusieurs premiers principes, ils seraient semblables ou contraires. S’ils étaient semblables, les deux seraient suffisants par eux-mêmes, et ainsi les autres seraient superflus ; ou bien les deux seraient insuffisants par eux-mêmes, mais suffiraient, s’ils étaient unis, pour être principes des choses. Et ainsi, ils ne seraient pas des premiers principes, tant parce qu’ils auraient besoin de ce qui les unit, qui serait antérieur à eux, que parce qu’ils agiraient par quelque chose d’ajouté à leur essence, à savoir, l’union elle-même, alors qu’aucun premier principe n’est tel. Mais s’ils sont contraires, tout contraire détruit et empêche son contraire. S’ils ont une puissance égale, l’un empêcherait donc l’autre, au point où aucun effet n’en découlerait. Mais si l’un est plus puissant que l’autre, il détruirait l’autre complètement. Il est donc impossible qu’existent plusieurs principes premiers.

 

[3426] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 co. Respondeo dicendum, quod primum dicitur dupliciter: scilicet primum simpliciter, et primum in genere vel in ordine aliquo. Si secundo modo, sic secundum genera plura causarum sunt plura prima principia, ut materiale primum quod est materia prima, et primum formale, quod est esse, et sic de aliis; et ulterius descendendo ad diversa rerum genera, inveniuntur diversa prima principia in diversis etiam secundum idem genus causae; sicut in liquabilibus prima materia est aqua, et in aridis terra; et in animalibus semen, vel menstruum. Sed primum simpliciter impossibile est esse nisi unum: et hoc tripliciter patet: primo ex ipso ordine universi, cujus partes inveniuntur ad invicem ordinatae esse, quasi partes animalis in toto, quae sibi invicem deserviunt. Talis autem coordinatio plurium non est, nisi unum aliquod intendant. Ergo oportet esse unum summum bonum ultimum, quod ab omnibus est desideratum; et hoc est principium. Aliter apparet ex ipsa rerum natura. Invenitur enim in omnibus rebus natura entitatis, in quibusdam magis nobilis, et in quibusdam minus; ita tamen quod ipsarum rerum naturae non sunt hoc ipsum esse quod habent: alias esse esset de intellectu cujuslibet quidditatis, quod falsum est, cum quidditas cujuslibet rei possit intelligi esse non intelligendo de ea an sit. Ergo oportet quod ab aliquo esse habeant, et oportet devenire ad aliquid cujus natura sit ipsum suum esse; alias in infinitum procederetur; et hoc est quod dat esse omnibus, nec potest esse nisi unum, cum natura entitatis sit unius rationis in omnibus secundum analogiam; unitas enim causati requirit unitatem in causa per se; et haec est via Avicennae. Tertia via est ex immaterialitate ipsius Dei: oportet enim causam moventem caelum esse virtutem non in materia, ut in 8 Physic. probatur. In his autem quae sunt sine materia, non potest esse diversitas, nisi secundum quod natura unius est magis completa et in actu existens quam natura alterius. Ergo oportet quod illud quod venit ad perfectionem complementi et puritatem actus, sit unum tantum, a quo proficiscatur omne illud quod potentiae admixtum est: quia actus praecedit potentiam, et complementum diminutum; ut in 9 Metaph. probatur. Circa hoc tamen tripliciter est erratum. Quidam enim, ut primi naturales, non posuerunt nisi causam materialem: unde qui ex eis plura principia materialia posuit, plura principia simpliciter dixit prima. Quidam vero cum causa materiali posuerunt etiam causam agentem, et dixerunt duo contraria esse prima agentia, scilicet Empedocles, ut amicitiam et litem: et huic consonat opinio Pythagorae, qui divisit omnia entia in duos ordines, et unum ordinem reduxit in bonum, sicut in principium, et alterum in malum: et exinde pullulavit haeresis Manichaeorum, qui ponunt duos deos, unum creatorem bonorum, invisibilium, incorporalium, novi testamenti; alium creatorem visibilium, corporalium, veteris testamenti. Tertius error fuit eorum qui posuerunt agens et materiam, sed agens non esse principium materiae, quamvis sit unum tantum agens: et haec est opinio Anaxagorae et Platonis: nisi quod Plato superaddidit tertium principium, scilicet ideas separatas a rebus, quas exemplaria dicebat; et nullam esse causam alterius; sed per haec tria causari mundum, et res ex quibus mundus constat.

Réponse. On parle de premier de deux manières : premier simplement, et premier dans un genre ou dans un ordre. Si [on parle] de la seconde manière, il existe ainsi plusieurs premiers principes selon plusieurs genres de causes, comme un premier principe matériel, qui est la matière première, et un premier principe formel, qui est l’acte d’être, et ainsi de suite. Plus loin encore, en descendant dans les divers genres des choses, on trouve divers principes premiers dans diverses choses, même à l’intérieur d’un seul genre de cause. Ainsi, dans ce qui peut être liquéfié, la matière première est l’eau et, dans ce qui est sec, la terre ; et chez les animaux, la semence ou les menstrues. Or, il est nécessaire que ce qui est premier simplement ne soit qu’une seule chose, et cela ressort de trois manières. Premièrement, à partir de l’ordre même de l’univers, dont les parties se trouvent ordonnées les unes par rapport aux autres comme les parties d’un animal à l’intérieur d’un tout, qui se rendent service les unes aux autres. Or, une telle coordination de plusieurs choses n’existe pas, à moins qu’elles ne visent une seule chose. Il est donc nécessaire qu’existe un bien suprême, qui est désiré par toutes, et c’est là le principe. Autrement, cela ressort à partir de la nature même des choses. En effet, on trouve en toutes choses la nature de l’être, plus noble chez certaines, moins [noble] chez d’autres, de telle sorte cependant que les natures des choses elles-mêmes ne soient pas l’acte d’être même qu’elles possèdent, autrement l’acte d’être ferait partie de la compréhension de toute quiddité, ce qui est faux, puisque la quiddité de toute chose peut être saisie sans comprendre, en la saisissant, qu’elle possède l’acte d’être. Il est donc nécessaire que [toutes choses] tiennent l’acte d’être de quelque chose d’autre. Il faut donc qu’on parvienne à quelque chose dont la nature est l’être même, autrement on remonterait à l’infini. C’est là ce qui donne l’acte d’être à toutes choses, et cela ne peut être qu’unique, puisque la nature de l’acte d’être est la même en toutes choses par analogie. En effet, l’unité de ce qui est causé exige l’unité d’une cause par soi. C’est là la voie d’Avicenne. La troisieme voie vient de l’immatérialité de Dieu lui-même. En effet, il est nécessaire qu’une cause qui meut le ciel soit une puissance qui n’est pas intrinsèque à la matière, comme le démontre Physique, VIII. Or, dans ce qui est sans matière, il ne peut y avoir de diversité que selon que la nature d’une chose est plus complète et est davantage en acte que la nature d’une autre chose. Il est donc nécessaire que ce qui se présente comme perfection de ce qui complète et pureté de l’acte soit une seule chose, dont vient tout ce qui comporte puissance, car l’acte précède la puissance ainsi qu’un achèvement amoindri, comme le montre Métaphysique, IX. Toutefois, sur cettte question, on s’est trompé de trois manières. En effet, certains, comme les premiers [philosophes] de la nature, n’ont reconnu que la cause matérielle ; aussi celui qui a affirmé dans leur sillage plusieurs principes matériels a affirmé qu’il y existe simplement plusieurs premiers principes. Mais certains, tel Empédocle, ont reconnu, avec la cause matérielle, une cause efficiente, et ils ont affirmé que deux choses contraires sont les premiers principes efficients, comme l’amitié et le conflit. L’opinion de Pythagore est d’accord avec cela. Il divise tous les êtres en deux ordres : il a ramené un ordre au bien comme à son principe, et l’autre, au mal. À partir de là, s’est répandue l’erreur des manichéens, qui reconnaissent deux dieux : l’un, créateur des choses bonnes, invisibles et incorporelles, ainsi que du Nouveau Testament ; l’autre, créateur des choses visibles, corporelles, ainsi que de l’Ancien Testament. La troisième erreur est celle de ceux qui ont reconnu une cause efficiente et une matière, mais disent que la cause efficiente n’est pas le principe de la matière, bien qu’il n’existe qu’une seule cause efficiente. Telle est l’opinion d’Anaxagore et de Platon, sauf que Platon ajoute un troisième principe, les idées séparées des choses, qu’il appelait modèles (exemplaria), et qu’aucune n’est cause de l’autre, mais que le monde est causé par ces trois choses, ainsi que les choses dont le monde est constitué.

 

[3427] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod summum malum non contrariatur summo bono secundum rem, sed solum secundum vocem, propter duo. Primo, quia summum malum esse non potest: nihil enim est adeo malum in quo non sit aliquid boni, ad minus esse; et ideo dicit philosophus, quod si esset adeo perfectum malum quod proveniret ex corruptione omnium circumstantiarum, nec seipsum sustinere posset. Secundo, quia illi bono quod nullo modo potest auferri vel minui, nihil opponitur privative vel contrarie: unde nec ipsum particulare malum opponitur summo bono directe, sed particulari bono, quod per ipsum privatur. Et dico aliquid directe opponi alteri, quando opponitur ei secundum quod hujusmodi; sicut nigredo manus opponitur albedini manus directe; sed indirecte opponitur etiam albedini parietis, non in quantum est nigredo vel albedo hujus, sed inquantum est albedo simpliciter: per quem modum cuilibet bono quodlibet malum opponitur, non secundum propriam rationem hujus vel illius, sed secundum communem rationem boni et mali: et sic si malum summo bono opponatur, hoc erit indirecte: quia non opponitur ei inquantum est tale bonum, sed inquantum bonum.

1. Le mal suprême n’est pas en réalité contraire au bien suprême, mais en paroles seulement, pour deux raisons. Premièrement, parce que le mal suprême ne peut exister. En effet, rien n’est mauvais au point qu’il n’y existe quelque chose de bon, tout au moins le fait d’exister. C’est pourquoi le Philosophe dit que, si le mal était à ce point complet qu’il provenait de la corruption de toutes les circonstances, il ne pourrait se maintenir. Deuxièmement, parce que rien ne s’oppose par mode de privation ou de contraire au bien qui ne peut être d’aucune manière enlevé ou diminué. Même le mal particulier ne s’oppose donc pas directement au bien suprême, mais à un bien particulier, qui en est privé. Et je dis qu’une chose est directement opposée à une autre chose lorsqu’elle s’y oppose selon quelque chose du même genre, comme le noir de la main s’oppose directement au blanc de la main ; mais cela s’oppose aussi indirectement au blanc du mur, non pas en tant que c’est le blanc ou le noir de cela, mais en tant qu’existe simplement la blancheur. De cette manière, n’importe quel mal s’oppose à n’importe quel bien, non pas selon la raison propre de ceci ou de cela, mais selon leur raison commune de bien et de mal. Le mal s’oppose ainsi au bien suprême de manière indirecte, car il ne s’y oppose pas en tant qu’il est tel bien, mais en tant qu’il est bon.

 

[3428] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 ad 2 Ad secundum dicendum, quod malum non habet causam nisi per accidens dupliciter. Primo modo scilicet, secundum quod agens per accidens dicitur respectu ejus quod accidit praeter intentionem agentis, quia omne agens agit propter finem, et intendit bonum quod est finis, et nulla privatio est intenta, sed sequitur ex forma inducta cui adjungitur: ignis enim non intendit a materia privare formam aeris, sed inducere formam propriam; sed inducendo formam propriam, privat formam aeris; similiter peccator intendit dulcedinem, quae est bonum alicujus partis ejus, scilicet concupiscibilis, et non intendit privationem gratiae. Secundo, sicut dicitur agens per accidens, removens prohibens: prohibens enim privationem est forma vel res aliqua. Unde qui removet illam rem, dicitur causare privationem; sicut qui extinguit candelam vel exportat ex domo, dicitur causare tenebras. Quod ergo dicitur, quod omne quod est, vel est principium vel a principio, intelligendum est de illis quae sunt aliquid in re; sed malum est privatio quaedam, et non nominat naturam aliquam positive.

2. Le mal a une cause par accident de deux manières seulement. De la première manière, selon qu’on parle d’agent pour ce qui survient hors de l’intention de l’agent, car tout agent agit pour une fin et tend vers le bien qui est sa fin, et il n’a en vue aucune privation, mais celle-ci découle de la forme introduite, à laquelle elle est ajoutée. En effet, le feu ne tend pas à priver de matière la forme de l’air, mais à introduire sa propre forme ; mais, en introduisant sa propre forme, il prive la forme de l’air. De même, le pécheur ne tend pas vers la douceur, qui est le bien d’une de ses parties, le concupiscible, et il ne vise pas la privation de la grâce. De la deuxième manière, comme on dit d’un agent par accident qu’il enlève un empêchement : en effet, ce qui empêche la privation est une forme et ou une chose. On dit donc que celui qui enlève cette chose cause une privation : ainsi, on dit que celui qui éteint une chandelle ou l’emporte hors de la maison cause les ténèbres. Donc, lorsqu’on dit que tout ce qui est est un principe ou vient d’un principe, il faut l’entendre de ce qui est en réalité quelque chose. Mais le mal est une privation, et il ne désigne pas une nature de manière positive.

 

[3429] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 ad 3 Ad tertium dicendum, quod si loquamur de malo naturae, malum potest considerari vel respectu totius naturae, vel respectu alicujus particularis agentis in natura. Si respectu totius naturae, sic constat quod malum est valde in paucioribus, quia non potest esse nisi in generabilibus et corruptibilibus, quorum congregatio est parvae quantitatis respectu totius caeli, in quo nullum malum accidit. Si autem consideretur respectu alicujus particularis agentis in natura, constat quod actio ejus semper est secundum debitum naturae suae, nisi aliquando impediatur, et hoc est raro; et ex tali impedimento accidit malum in natura ejus, sicut apparet in partubus monstruosis. Si autem loquamur de malo culpae, quod invenitur in eo quod non determinatur ad unam actionem, sicut omnia quae agunt ex libertate voluntatis; aut hoc est plurium naturarum, aut unius tantum. Si est unius naturae, sicut in Angelis, sic constat quod in pluribus est consecuta operatio recta secundum convenientiam naturae ipsorum, et peccatum ipsorum fuit ut in paucioribus. Si autem est plurium naturarum, sicut est homo, qui est compositus ex natura intellectuali et sensitiva, potest considerari dupliciter. Vel secundum totam naturam speciei; et sic oportet quod in pluribus actio ejus procedat secundum illam naturam cujus actio est multiplicior, et circa bona magis manifesta nobis; et quia naturae sensitivae actio est circa delectabilia sensus, quae magis multiplicantur quam delectabile rationis, quod est etiam magis occultum nobis, qui cognitionem a sensu accipimus; ideo plures sequuntur operationes illas; et ex hoc contingit malum ipsi homini, non inquantum est homo; quia non est homo secundum quod habet sensum, sed secundum quod habet rationem. Vel potest considerari aliquod individuum illius speciei; et sic contingit quod aliquis per voluntatem determinatur ad sequendum operationes ipsius rationis per habitum virtutis; et tunc ut in pluribus bene operatur, et deficit ut in paucioribus: sed quando adhaeret alteri naturae, efficitur quasi alius, ut dicitur in 9 Ethic.: unde tunc est judicium de ipso sicut de aliis animalibus, in quibus est natura sensitiva tantum: quia in pluribus operabitur bonum sibi quantum ad id quod factus est, ut leo per crudelitatem, vel canis per iram, sus per luxuriam, et sic de aliis, ut dicit Boetius. Unde constat quod malum est in paucioribus, sive comparetur ad principium totius naturae, sive ad aliquod agens particulare.

3. Si nous parlons du mal naturel, le mal peut être considéré par rapport à la nature tout entière ou par rapport à un agent particulier à l’intérieur de la nature. Par rapport à la nature tout entière, il apparaît que le mal existe chez un très petit nombre, car il ne peut exister que dans ce qui est sujet à la génération et à la corruption, dont le regroupement représente une petite quantité par rapport à l’ensemble du ciel, dans lequel aucun mal ne se produit. Mais si on le considère par rapport à un agent particulier à l’intérieur de la nature, il apparaît que son action est toujours conforme aux exigences de sa nature, à moins qu’elle ne soit parfois empêchée, et cela se produit rarement. Un mal survient dans sa nature en raison d’un tel empêchement, comme cela apparaît dans les gestations monstrueuses. Mais si nous parlons du mal de faute, qui se rencontre chez celui qui n’est pas déterminé à une seule action, comme tout ce qui agit selon la liberté de la volonté, cela est le fait de plusieurs natures ou bien d’une seule uniquement. Si c’est le fait d’une seule nature, comme chez les anges, il apparaît ainsi qu’une opération droite a été accomplie par la plupart, conformément à leur nature, et que leur péché n’a existé que chez une minorité. Mais si c’est le fait d’un grand nombre de natures, comme c’est le cas pour l’homme, qui est composé de nature intellectuelle et [de nature] sensible, cela peut être envisagé de deux manières. Selon la nature entière de l’espèce : il est ainsi nécessaire que, dans la plupart des cas, son action vienne de la nature dont l’action est plus fréquente et à propos de biens qui nous sont plus manifestes. Et parce que l’action de la nature sensible porte sur les plaisirs des sens, qui sont plus fréquents que ce qui est délectable pour la raison, qui est aussi plus caché à nous qui recevons la connaissance à partir du sens, un grand nombre suivra ces actions. De là vient le mal pour l’homme lui-même, non pas en tant qu’il est homme, mais en tant qu’il possède la raison. Ou bien on peut envisager un individu de cette espèce. Il arrive ainsi que quelqu’un est déterminé par sa volonté à accomplir des opérations de la raison elle-même par l’habitus de la vertu. Alors, il agit bien dans la plupart des cas et est défaillant dans un petit nombre de cas. Mais lorsqu’il adhère à une autre nature, il devient pour ainsi dire autre, comme on le dit dans Éthique, IX. On juge alors de lui comme des autres animaux, chez lesquels existe seulement la nature sensible, car, dans la plupart des cas, elle accomplira ce qui est bon pour elle selon ce qu’elle a été faite, comme le lion [agira] par cruauté, le chien par colère, le porc par luxure, et ainsi de suite pour les autres, comme le dit Boèce. Il apparaît donc que le mal existe dans un petit nombre de cas, qu’on le compare au principe de la nature tout entière, ou à un agent particulier.

 

[3430] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 ad 4 Ad quartum dicendum, quod res habent contrarietatem ad invicem quantum ad proximos effectus, sed tamen concordant etiam contraria in ultimo fine ad quem ordinantur secundum harmoniam quam constituunt, sicut patet etiam in mixto quod componitur etiam ex contrariis; et ex hoc sequitur quod agentia proxima sunt contraria, licet agens primum sit unum: quia judicium de agente et fine est idem, cum hae duae causae in idem incidant.

4. Les choses sont contraires les unes aux autres pour ce qui est des effets rapprochés ; cependant, même les contraires se rejoignent dans la fin ultime à laquelle ils sont ordonnés selon l’harmonie qu’ils constituent, comme cela ressort encore dans le [corps] mixte, qui est aussi composé de contraires. Il découle de cela que les agents rapprochés sont contraires, bien que l’agent premier soit unique, car le jugement sur l’agent et sur la fin est le même, puisque ces deux causes agissent en vue de la même chose.

 

[3431] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 1 ad 5 Ad quintum dicendum, quod quamvis Deus nullo modo sit materia, nihilominus tamen ipsum esse, quod materia habet imperfectum, prout dicitur ens in potentia, habet a Deo, et reducitur in ipsum sicut in principium. Similiter et forma, quae pars est rei, est similitudo agentis primi fluens ab ipso. Unde omnes formae reducuntur in primum agens sicut in principium exemplare. Et sic patet quod est unum primum principium simpliciter, quod est primum agens, et exemplar, et finis ultimus.

5. Bien que Dieu ne soit d’aucune façon matière, cependant l’être même que la matière possède imparfaitement, pour autant qu’elle est appelée un être en puissance, lui vient de Dieu et se ramène à lui comme à son principe. De même la forme, qui est partie d’une chose, est-elle une similitude du premier agent et découle-t-elle de lui. Toutes les formes se ramènent donc au premier agent comme leur principe exemplaire. Ainsi ressort l’unique principe premier à parler simplement, qui est le premier agent, le modèle et la fin ultime.

 

 

 

 

Articulus 2 : [3432] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 tit. Utrum aliquid possit exire ab eo per creationem

Article 2 – Une chose peut-elle émaner de lui par création ?

 

[3433] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 1 Ad secundum sic proceditur. Videtur quod per creationem nihil a Deo possit exire in esse. Omne enim quod fit possibile erat prius fieri: quia si non possibile erat fieri, et necesse non fieri ab aequipollenti, et ita factum non esset. Sed quidquid est possibile fieri vel moveri, est possibile per potentiam passivam; quae, cum non sit ens per se existens, oportet quod sit in aliquo ente, quod est in potentia ad aliquid. Sed nihil est ens in potentia ad aliquid, quin etiam ad aliquid sit in actu. Ergo omne quod fit, fit ex aliquo ente in actu praeexistente. Sed nullum tale creatur: quia creare est ex nihilo aliquid facere, ut in littera dicitur. Ergo nihil a Deo potest creari.

1. Il semble que rien ne puisse émaner de lui en vue d’être. En effet, tout ce qui peut être fait pouvait auparavant être fait, car si cela ne pouvait être fait, cela ne peut être fait par un égal, et ainsi ce qui a été fait n’aurait jamais été fait. Or, tout ce qui peut être fait et être mû est possible en vertu de sa puissance passive, qui, n’étant pas un être existant par soi, doit nécessairement faire partie d’un être qui est en puissance à quelque chose. Or, rien n’est un être en puissance à quelque chose, qui ne soit aussi en acte à quelque chose. Tout ce qui est fait vient donc d’un être préexistant en acte. Or, rien de tel n’est créé, car créer consiste à faire quelque chose à partir de rien, comme il est dit dans le texte. Rien ne peut donc être créé par Dieu.

 

[3434] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 2 Praeterea, in omni mutatione est aliquid ex quo est mutatio per se: quia omnis mutatio est inter duos terminos. Sed illud ex quo per se fit aliquid, oportet remanere in eo quod fit vel secundum totum, si fit ex eo sicut ex materia, ut cultellus ex ferro; vel secundum aliquid ejus, scilicet secundum materiam, ut si dicatur totum fieri ex toto, ut caro fit ex cibo: ex albedine enim non dicitur fieri nigredo nisi per accidens, idest post albedinem, sicut etiam ex nocte dicitur fieri dies. Si ergo dicatur ens fieri ex non ente, oportet quod non ens, vel aliqua pars ejus, cum tamen partem non habeat, maneat in ente, et quod sit simul ens et non ens, quod est impossibile. Ergo omne quod fit, fit ex ente aliquo: ergo videtur quod impossibile est aliquid a Deo creari.

2. En tout changement, il y a ce à partir de quoi le changement existe par soi, car tout changement se réalise entre deux termes. Or, ce à partir de quoi quelque chose est fait doit nécessairement demeurer dans ce qui est fait, en totalité, si cela est fait à partir de cela comme d’une matière – ainsi le couteau est fait à partir du fer ‑, ou selon quelque chose de lui, c’est-à-dire selon la matière, comme lorsqu’on dit qu’un tout vient d’un tout – ainsi, la chair vient de la nourriture. En effet, on ne dit pas que la blancheur vient de la couleur noir, si ce n’est par accident, c’est-à-dire après la blancheur ‑ on dit ainsi que le jour vient de la nuit. Si donc on dit qu’un être est fait à partir du néant, il est nécessaire que le non-être, ou une partie de lui, alors qu’il n’a pas de partie, demeure dans ce qui existe, et qu’existe en même temps l’être et le non-être, ce qui est impossible. Tout ce qui est fait est donc fait à partir d’un être. Il semble donc qu’il soit impossible que quelque chose soit créé par Dieu.

 

[3435] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 3 Praeterea, nullum permanens simul fit et factum est: quia dum fit, non est; et dum factum est, est: non autem simul est et non est. Si ergo aliqua res permanens fiat a Deo, oportet quod fieri sit ante suum esse. Sed factio, cum sit accidens, non potest esse sine subjecto. Ergo oportet quod omne quod fit, fiat ex aliquo in quo sit factio sicut in subjecto. Sed nullum tale creatur. Ergo nihil per creationem fieri potest.

3. Rien de permanent n’est fait en même temps que cela a été fait, car, alors que cela est fait, cela n’est pas, et alors que cela a été fait, cela est, car une chose n’existe pas en même temps qu’elle existe. Si donc une chose permanente est faite par Dieu, il est nécessaire que le devenir [de cette chose] précède son être. Or, l’action de faire, puisqu’elle est un accident, ne peut exister sans un sujet. Il est donc nécessaire que tout ce qui est fait soit fait à partir d’une chose en quoi existe l’action de faire comme dans son sujet. Or, rien de tel n’est créé. Rien ne peut donc être fait par création.

 

[3436] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 4 Praeterea, si creatio est aliquid, cum non sit substantia, oportet quod sit accidens. Omne autem accidens est in aliquo subjecto, non autem potest esse in ipso creato sicut in subjecto: quia hoc est terminus ejus: sic enim creatum creatione esset prius, inquantum est subjectum ejus, et posterius, inquantum est terminus. Ergo oportet quod sit in aliqua materia, ex qua creatum fiat; et hoc est contra rationem creationis. Ergo creatio nihil est.

4. Si la création est quelque chose, comme elle n’est pas une substance, elle doit donc être un accident. Or, tout accident se trouve dans un sujet, mais il ne peut exister dans cela même qui est créé comme dans un sujet, car c’est là son terme. En effet, ce qui est créé serait ainsi antérieur à la création, en tant que cela en est le sujet, et postérieur, en tant que cela en est le terme. Il est donc nécessaire que [la création] existe dans un matière à partir de laquelle ce qui est créé est fait, et cela est contraire à la notion de création. La création n’est donc rien.

 

[3437] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 arg. 5 Praeterea, si creatio aliquid est, aut est creator, vel creatura. Sed non creator; quia sic esset ab aeterno, et ita creaturae ab aeterno. Ergo est creatura. Sed omnis creatura aliqua creatione creatur, et sic creationis est creatio in infinitum; quod est impossibile, ut patet ex 5 Physic., ubi dicitur quod actionis non est actio in infinitum. Ergo impossibile est creationem esse.

5. Si la création est quelque chose, elle est soit le Créateur, soit une créature. Or, elle n’est pas le Créateur, car elle existerait ainsi éternellement, et ainsi les créatures [existeraient] éternellement. Elle est donc une créature. Or, toute créature est créée par une création, et on remonte donc de la création à la création à l’infini, ce qui est impossible, comme cela ressort de Physique, V, où il est dit qu’il n’existe pas d’action de l’action à l’infini. Il est donc impossible que la création existe.

 

[3438] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 s. c. 1 Sed contra est quod dicitur Genesis 1: in principio creavit Deus caelum et terram.

Cependant, [1] il est dit en Gn 1 : Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.

 

[3439] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 s. c. 2 Praeterea, omne agens agit secundum id quod est in actu. Sed quod est secundum aliquid sui in actu, et secundum aliquid in potentia, efficit rem secundum aliquid sui, scilicet inducendo formam in materiam. Ergo cum primum ens, scilicet Deus, sit actus sine permixtione potentiae, videtur quod totam rem efficere possit, secundum totam substantiam ejus. Hoc autem est creare. Ergo videtur quod Deus creare possit.

[2] Tout agent agit selon ce qu’il est en acte. Or, ce qui est, selon quelque chose de soi en acte et selon quelque chose de soi en puissance, réalise une chose selon quelque chose de ce qu’il est, en donnant forme à une matière. Puisque l’être premier, Dieu, est acte sans mélange de puissance, il semble donc qu’il puisse faire la totalité d’une chose, selon sa substance tout entière. Or, créer, c’est cela. Il semble donc que Dieu puisse créer.

 

[3440] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 co. Respondeo quod creationem esse, non tantum fides tenet, sed etiam ratio demonstrat. Constat enim quod omne quod est in aliquo genere imperfectum, oritur ab eo in quo primo et perfecte reperitur natura generis: sicut patet de calore in rebus calidis ab igne. Cum autem quaelibet res, et quidquid est in re, aliquo modo esse participet, et admixtum sit imperfectioni, oportet quod omnis res, secundum totum id quod in ea est, a primo et perfecto ente oriatur. Hoc autem creare dicimus, scilicet producere rem in esse secundum totam suam substantiam. Unde necessarium est a primo principio omnia per creationem procedere. Sciendum est autem, quod ad rationem creationis pertinent duo. Primum est ut nihil praesupponat in re quae creari dicitur: unde in hoc ab aliis mutationibus differt, quia generatio praesupponit materiam quae non generatur, sed per generationem completur in actum formae transmutata; in reliquis vero mutationibus praesupponitur subjectum, quod est ens completum; unde causalitas generantis vel alterantis non sic se extendit ad omne illud quod in re invenitur; sed ad formam, quae de potentia in actum educitur: sed causalitas creantis se extendit ad omne id quod est in re; et ideo creatio ex nihilo dicitur esse, quia nihil est quod creationi praeexistat, quasi non creatum. Secundum est, ut in re quae creari dicitur, prius sit non esse quam esse: non quidem prioritate temporis vel durationis, ut prius non fuerit et postmodum sit; sed prioritate naturae, ita quod res creata si sibi relinquatur, consequatur non esse, cum esse non habeat nisi ex influentia causae superioris. Prius enim unicuique inest naturaliter quod non ex alio habet, quam quod ab alio habet: et ex hoc differt creatio a generatione aeterna: sic enim non potest dici quod filius Dei si sibi relinquatur, non habeat esse, cum recipiat a patre illud idem esse quod est patris, quod est esse absolutum, non dependens ab aliquo. Et secundum ista duo creatio dupliciter dicitur esse ex nihilo. Tum ita quod negatio neget ordinem creationis importatae per hanc praepositionem ex, ad aliquid praeexistens, ut dicatur esse ex nihilo, quia non ex aliquo praeexistenti; et hoc quantum ad primum. Tum ita quod remaneat ordo creationis ad nihil praeexistens, ut affirmatus; ut dicatur creatio esse ex nihilo, quia res creata naturaliter prius habet non esse quam esse; et si haec duo sufficiant ad rationem creationis, sic creatio potest demonstrari, et sic philosophi creationem posuerunt. Si autem accipiamus tertium oportere ad rationem creationis, ut scilicet etiam duratione res creata prius non esse quam esse habeat, ut dicatur esse ex nihilo, quia est tempore post nihil, sic creatio demonstrari non potest, nec a philosophis conceditur; sed per fidem supponitur.

Réponse. Non seulement la foi affirme que la création existe, mais la raison aussi le démontre. En effet, il apparaît que tout ce qui est imparfait dans un genre provient de ce en quoi se trouve en premier et parfaitement la nature du genre, comme cela ressort pour la chaleur dans les choses qui sont rendues chaudes par le feu. Puisque toutes les choses et tout ce qui existe en elles participent d’une certaine manière à l’être et sont mélangées à de l’imperfection, il est donc nécessaire que toutes les choses, selon la totalité de ce qui existe en elles, proviennent d’un être premier et parfait. Or, c’est cela que nous appelons créer : amener une chose à l’être selon toute sa substance. Il est donc nécessaire que tout provienne d’un premier principe par création. Mais il faut savoir que deux choses se rapportent à la notion de création. La première est qu’elle ne présuppose rien dans la chose dont on dit qu’elle est créée. Elle diffère donc ainsi des autres mutations, car la génération présuppose une matière qui n’est pas engendrée, mais complétée par la génération en étant changée en l’acte de la forme. Mais, dans les autres changements, un sujet qui est un être complet est présupposé. Aussi la causalité de celui qui engendre ou transforme ne s’étend-elle pas à tout qui se trouve dans la chose, mais à la forme, qui est amenée de la puissance à l’acte. Mais la causalité de celui qui crée s’étend à tout ce qui existe dans la chose. C’est pourquoi on dit que création part du néant, car rien qui ne soit créé ne préexiste à la création. La seconde chose est que, dans ce dont on dit que cela est créé, le non-être est antérieur à l’être, non pas d’une antériorité dans le temps ou dans la durée, de sorte que cela n’aurait d’abord pas existé et existerait par la suite, mais d’une priorité de nature, de sorte que la chose créée, si elle était laissée à elle-même, aboutirait au non-être, puisqu’elle n’a l’être que par l’action d’une cause supérieure. En effet, existe naturellement en premier en toutes choses ce qu’elles ne tiennent pas d’un autre (ex alio), plutôt que ce qu’elles tiennent par un autre (ab alio), et, par là, la création diffère de la génération éternelle. En effet, on ne peut dire que le Fils de Dieu, s’il est laissé à lui-même, n’a pas l’être, puisqu’il reçoit du Père ce même être qui appartient au Père, qui est un être absolu, qui ne dépend pas d’un autre. Selon ces deux aspects, on dit que la création se réalise à partir de rien de deux manières. D’abord, de manière à ce que la négation nie l’ordre de la création que comporte la préposition « à partir de » par rapport à quelque chose de préexistant, de telle sorte qu’on dise de la création qu’elle se réalise « à partir de rien », au sens où elle ne vient pas de quelque chose qui préexiste : c’est le premier point. Ensuite, de manière à ce que l’ordre de la création au néant préexistant demeure, tel qu’il a été affirmé. Ainsi, on dit que la création se réalise à partir de rien parce que la chose créée possède d’abord par nature le non-être avant l’être. Et si ces deux choses suffisent à la notion de création, la création peut ainsi être démontrée, et c’est de cette manière que les philosophes ont affirmé la création. Mais si on entend qu’une troisième chose est nécessaire à la notion de création, à savoir que la chose créée ait d’abord le non-être avant l’être aussi dans la durée, de sorte qu’on dise d’elle qu’elle se réalise « à partir de rien », au sens où elle succède au néant, la création ne peut être ainsi démontrée et elle n’est pas concédée par les philosophes, mais elle est supposée par la foi.

 

[3441] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod secundum Avicennam, duplex est agens: quoddam naturale quod est agens per motum, et quoddam divinum quod est dans esse, ut dictum est. Et similiter oportet accipere duplex actum vel factum: quoddam per motum agentis naturalis; et omne tale fieri oportet quod praecedat tempore potentia non tantum activa, sed etiam passiva: quia motus est actus existentis in potentia. Quoddam vero est factum, inquantum recipit esse ab agente divino sine motu: et si istud factum sit novum, oportet quod praecedat esse ejus natura et duratione potentia activa et non passiva: et ab activa potentia tale factum dicitur possibile fieri. Si autem non sit novum, tunc potentia activa non praecedit duratione, sed natura.

1. Selon Avicenne, il existe un double agent : un [agent] naturel, qui est un agent par mouvement, et un [agent] divin, qui donne l’être, comme on l’a dit. De même est-il nécessaire d’envisager l’action ou ce qui est fait de deux manières. L’une, selon le mouvement d’un agent naturel. Une puissance non seulement active, mais aussi passive doit précèder dans le temps un tel devenir, car le mouvement est l’acte de ce qui existe en puissance. Mais une chose est aussi réalisée pour autant qu’elle reçoit l’être de l’agent divin sans mouvement. Si ce qui est ainsi fait est nouveau, il est nécessaire qu’une puissance active, mais non pas passive précède son être selon la nature et la durée : on dit alors de ce qui est ainsi réalisé par une puissance active qu’il est en puissance de devenir. Mais si cela n’est pas nouveau, la puissance active ne précède pas alors dans la durée, mais par nature.

 

[3442] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 ad 2 Ad secundum dicendum, quod creatio non est factio quae sit mutatio proprie loquendo; sed est quaedam acceptio esse. Unde non oportet quod habeat ordinem essentialem nisi ad dantem esse; et sic non est ex non esse, nisi inquantum est post non esse, sicut nox ex die.

2. La création n’est pas une manière de faire qui est un changement au sens propre, mais elle est une manière de recevoir l’être. Il n’est donc pas nécessaire qu’elle ait un ordre essentiel, sinon à ce qui donne l’être. Elle ne vient donc du néant que pour autant qu’elle existe après n’avoir pas existé, comme la nuit après le jour.

 

[3443] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 ad 3 Ad tertium dicendum, quod nulla res permanens potest simul fieri et facta esse, si fieri proprie sumatur; sed quaedam sunt quae significant ipsum factum per modum fieri, sicut cum dicitur motus terminari: simul enim terminatur et terminatum est, et similiter simul illuminatur et illuminatum est, eo quod illuminatio est terminus motus, ut in 4 Physic. Commentator dicit; et similiter etiam forma substantialis simul recipitur et recepta est; et similiter aliquid simul creatur et creatum est. Et si objiciatur, quod ante omne factum esse, est omne fieri proprie acceptum; dico, quod verum est in omnibus quae fiunt per motum, sicut generatio sequitur motum alterationis, et illuminatio motum localem; non autem sic est in creatione, ut dictum est.

3. Aucune réalité permanente ne peut en même temps devenir et être devenue, si on entend devenir au sens propre ; mais il existe certaines choses qui signifient ce qui est devenu par mode de devenir, comme lorsqu’on dit qu’un mouvement se termine : en effet, il se termine en même temps qu’il a été terminé ; de même en est-il pour ce qui est illuminé et a été illuminé, du fait que l’illumination est le terme d’un mouvement, comme le dit le Commentateur dans Physique, IV. De même, la forme substantielle est-elle reçue en même temps qu’elle a été reçue. De la même manière, une chose est-elle créée en même temps qu’elle a été créée. Et si on objecte qu’avant d’être devenu, tout devient au sens propre, je dis que cela est vrai pour tout ce qui devient par un mouvement, comme la génération découle d’un mouvement d’altération, et l’illumination, d’un mouvement local. Mais il n’en est pas ainsi pour la création, ainsi qu’on l’a dit.

 

[3444] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 ad 4 Ad quartum dicendum, quod creatio potest sumi active et passive. Si sumatur active, cum creatio significet operationem divinam, quae est essentia ejus cum relatione quadam; sic creatio est substantia divina. Si autem sumatur passive, sic est quoddam accidens in creatura, et sic significat quamdam rem, non quae sit in praedicamento passionis, proprie loquendo, sed quae est in genere relationis, et est quaedam habitudo habentis esse ab alio consequens operationem divinam: et sic non est inconveniens quod sit in ipso creato quod educitur per creationem, sicut in subjecto; sicut filiatio in Petro, inquantum recipit naturam humanam a patre suo, non est prior ipso Petro; sed sequitur actionem et motum, quae sunt priora. Habitudo autem creationis non sequitur motum, sed actionem divinam tantum, quae est prior quam creatura.

4. La création peut s’entendre en un sens actif et en un sens passif. Si elle est prise au sens actif, puisque la création signifie une opération de Dieu, qui est son essence comportant une certaine relation, la création est ainsi la substance divine. Mais si elle est prise au sens passif, elle est ainsi un accident dans la créature, et elle signifie ainsi une réalité, qui, à proprement parler, ne fait pas partie du prédicament de la passion, mais se trouve dans la genre de la relation : elle est un certain rapport entre ce qui a l’être par un autre à la suite d’une opération divine. De cette manière, il n’est pas inapproprié qu’elle se trouve comme dans son sujet dans cela même qui est créé, qui est amené par la création, comme la filiation chez Pierre, qui, dans la mesure où il reçoit la nature humaine de son père, n’est pas antérieure à Pierre lui-même, mais découle d’une action et d’un mouvement, qui sont antérieurs. Toutefois, le rapport de la création ne découle pas d’un mouvement, mais d’une action divine seulement, qui est antérieure à la créature.

 

[3445] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 2 ad 5 Ad quintum dicendum, quod, ut prius dictum est, in 1, dist. 30, art. 3, quando creatura refertur ad creatorem, relatio realiter fundatur in creatura, et in Deo secundum rationem tantum: unde ipsa relatio importata in nomine creationis non ponit aliquid in creatore, sed in creato tantum. Non tamen oportet quod alia creatione creetur: quia illud quod est relatio per essentiam, non refertur ad aliud alia relatione media, ut etiam in 1 dictum est, dist. 26, art. 3, nisi secundum rationem; et hujusmodi relationes, quae secundum rationem tantum sunt, non est impossibile in infinitum multiplicari.

5. Comme on l’a déjà dit, livre I, d. 30, a. 3, lorsque la créature est mise en relation avec le Créateur, la relation a un fondement réel dans la créature, et de raison seulement en Dieu ; aussi la relation que comporte le mot « création » n’entraîne-t-elle rien chez le Créateur, mais dans ce qui est créé seulement. Toutefois, il n’est pas nécessaire qu’elle soit créée par une autre création, car ce qui est par essence une relation ne se rapporte pas à autre chose par une autre relation intermédiaire, comme on l’a aussi dit au livre I, d. 26, a. 3, si ce n’est selon la raison. Et il n’est pas impossible que les relations de ce genre, qui existent seulement selon la raison, soient multipliées à l’infini.

 

 

 

 

Articulus 3 : [3446] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 tit. Utrum creare conveniat aliis quam Deo.

Article 3 – Créer convient-il à d’autres qu’à Dieu ?

 

[3447] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 1 Ad tertium sic proceditur. Videtur quod creare etiam conveniat aliis quam Deo. Omne enim quod non producitur in esse per generationem, si de novo fiat, creatur. Sed anima rationalis non exit in esse per generationem. Ergo a quocumque fit, creatur. Sed anima rationalis exit in esse virtute intelligentiarum; unde Plato inducit Deum secundis diis dicentem: fenus quod credidistis ad vos recipite; et loquitur de anima rationali. Et similiter in libro de causis dicitur, quod creata est anima mediante intelligentia. Ergo videtur quod Angeli: vel intelligentiae, creare possint.

1. Il semble que créer convienne aussi à d’autres qu’à Dieu. En effet, tout ce qui n’est pas amené à l’être par la génération est créé, si cela est réalisé pour la première fois. Or, l’âme raisonnable n’est pas amenée à l’être par la génération. Quel que soit celui qui la produit, elle est donc créée. Or, l’âme raisonnable est amenée à l’être par la puissance des intelligences ; aussi Platon invoque-t-il Dieu, qui dit aux dieux de second rang : « Recevez ce que vous avez cru gagner ! », et il parle de l’âme raisonnable. De même est-il dit, dans le Livre sur les causes, que l’âme a été créée par l’intermédiaire d’une intelligence. Il semble donc que les anges ou des intelligences puissent créer.

 

[3448] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 2 Praeterea, cujuscumque dignitatis creatura est capax, haec ab eo sibi communicatur qui summe liberalis est. Sed potentia creandi communicabilis est creaturae, ut infra, in 4, dist. 5, Magister dicit. Ergo videtur quod alicui creaturae sit communicatum quod creet.

2. Quelle que soit la dignité dont la créature est capable, elle lui a été communiquée par celui dont la libéralité est la plus grande. Or, la puissance de créer peut être communiquée à une créature, comme le Maître le dit plus loin, dans le livre IV, d. 4. Il semble donc que la capacité de créer ait été communiquée à une créature.

 

[3449] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 3 Praeterea, quanto aliquid magis resistit agenti, difficilius est ab eo aliquid fieri. Sed contrarium est magis resistens quam non ens simpliciter. Ergo difficilius est aliquid fieri ex contrario, quam ex non ente. Sed agens naturale facit contrarium ex contrario. Ergo videtur quod etiam ex non ente simpliciter aliquid facere possit, et sic potest creare.

3. Plus quelque chose résiste à un agent, plus il est difficile pour celui-ci de faire quelque chose à partir de cela. Or, un contraire est plus résistant que le simple néant. Il est donc plus difficile que qu’une chose chose soit faite à partir d’un contraire que du néant. Or, un agent naturel réalise une chose contraire à partir d’un contraire. Il semble donc qu’il puisse aussi faire quelque chose à partir du simple néant, et ainsi il peut créer.

 

[3450] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 4 Praeterea, secundum quod res exeunt a Deo, ita etiam ordinantur in ipsum. Sed secundum Dionysium in pluribus locis, lex divinitatis est ut nunquam ultima reducantur in finem nisi per media. Ergo videtur quod etiam ultima entium non immediate a Deo creentur, sed a causis mediis.

4. Selon que les choses sont issues de Dieu, de même sont-elles aussi ordonnées à lui. Or, selon Denys en plusieurs endroits, la loi de la divinité est que jamais les dernières réalités ne soient ramenées à leur fin que par des réalités intermédiaires. Il semble donc que même les derniers parmi les êtres ne soient pas immédiatement créés par Dieu, mais par des causes intermédiaires.

 

[3451] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 arg. 5 Praeterea, in causatum causae secundae nunquam agit causa prima, nisi secundum quod agit in ipsa causa secunda agente. Sed Deus, qui est causa prima omnium rerum, cujuslibet rei creator est. Ergo et quaelibet causa secunda, in qua Deus operando creat, creatrix dici debet; et sic creare non tantum Deo convenit.

5. La cause première n’agit jamais sur ce qui est causé par une cause seconde, qu’en agissant sur la cause seconde qui agit. Or, Dieu, qui est la cause première de toutes choses, est le créateur de toutes choses. Toute cause seconde, dans laquelle Dieu crée en agissant, doit donc être appelée créatrice. Ainsi, créer ne convient pas à Dieu seulement.

 

[3452] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 s. c. 1 Sed contra, Damascenus anathematizat omnes qui dicunt Angelos aliquid creare: de quibus tamen magis videtur quam de aliis. Ergo videtur quod creare solius Dei sit.

Cependant, [1] [Jean] Damascène anathématise tous ceux qui disent que les anges créent quelque chose, alors qu’il semble que ce soit plutôt le cas pour eux que pour d’autres. Il semble donc que créer revient à Dieu seul.

 

[3453] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 s. c. 2 Praeterea, ens et non ens simpliciter in infinitum distant. Sed movere per distantiam infinitam est potentiae infinitae, qualis est sola divina potentia. Ergo solius ejus creare est.

[2] L’être et le néant sont infiniment distants. Or, mouvoir sur une distance infinie revient à une puissance infinie, telle qu’est seule la puissance divine. Il revient donc à elle seule de créer.

 

[3454] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 co. Respondeo dicendum, quod circa hoc est triplex opinio. Quidam enim philosophi posuerunt quod a prima causa immediate est unum primum causatum, a quo postmodum sunt alia, et sic deinceps; unde posuerunt, unam intelligentiam causari mediante alia, et animam mediante intelligentia, et corporalem naturam mediante spirituali: quod pro haeresi condemnatur: quia haec opinio honorem qui Deo debetur, creaturae attribuit; unde propinqua est ad trahendum in idolatriam. Unde alii dixerunt, quod creatio nulli creaturae convenit, nec etiam communicabilis est; sicut nec esse infinitae potentiae, quam exigit creationis opus. Alii dixerunt creationem nulli creaturae communicatam esse, communicari tamen potuisse: quod Magister asserit, in 4 Lib., dist. 5, in fine. Utraque autem harum ultimarum opinionum videtur mihi secundum aliquid vera esse. Cum enim de ratione creationis sit ut non praeexistat aliquid sibi, ad minus secundum naturae ordinem, hoc potest accipi vel ex parte creantis, vel ex parte creati. Si ex parte creantis, sic dicitur illa actio esse creatio quae non firmatur super actione alicujus causae praecedentis; et sic est actio tantum causae primae: quia omnis actio secundae causae firmatur super actione causae primae. Unde sicut non potest communicari alicui creaturae quod sit causa prima; ita non potest communicari sibi quod sit creans. Si autem sumatur ex parte creati, sic illius proprie est creatio cui non praeexistat aliquid in re, et hoc est esse. Unde dicitur in Lib. de causis, quod prima rerum creatarum est esse; et alibi in eodem Lib. dicitur, quod esse est per creationem, et aliae perfectiones superadditae per informationem, et in compositis praecipue illud esse quod est primae partis, scilicet materiae; et ex parte ista accipiendo creationem, potuit communicari creaturae, ut per virtutem causae primae operantis in ipsa, aliquod esse simplex, vel materia produceretur: et hoc modo philosophi posuerunt intelligentias creare, quamvis sit haereticum.

Réponse. Sur ce point, il existe trois opinions. En effet, certains philosophes ont affirmé qu’une première créature est immédiatement causée par la première cause, dont proviennent ensuite les autres choses, et ainsi de suite. Ils ont ainsi affirmé qu’une intelligence est causée par l’intermédiaire d’une autre, l’âme par l’intelligence, et la nature corporelle par l’intermédiaire de la nature spirituelle, ce qui est condamné comme une hérésie, car cette opinion attribue à une créature l’honneur qui est dû à Dieu ; aussi est-elle proche d’entraîner à l’idolâtrie. Aussi d’autres ont-ils dit que la création ne convient à aucune créature et qu’elle ne lui pas non plus communicable, comme non plus la puissance infinie qu’exige l’action de la création. D’autres ont dit que la création n’a été communiquée à aucune créature, mais qu’elle pouvait cependant être communiquée, ce qu’affirme le Maître, dans le livre IV, d. 5, vers la fin. Or, ces deux dernières opinions me semblent être partiellement vraies. En effet, puisqu’il fait partie de la notion de création que rien ne lui préexiste, tout au moins selon un ordre de nature, cela peut se concevoir soit du point de vue de celui qui crée, soit du point de vue de ce qui est créé. Si l’on prend le point de vue de celui qui crée, l’action qui ne s’appuie pas sur l’action d’une cause précédente est appelée création ; elle est ainsi l’action de la seule cause première, car toute action d’une cause seconde est affermie par l’action de la cause première. De même que ne peut être communiqué à une créature d’être la cause première, de même donc ne peut-il lui être communiqué de créer. Mais si on adopte le point de vue de ce qui est créé, la création appartient en propre à ce à quoi rien ne préexiste, et cela est l’acte être. Aussi est-il dit, dans le Livre sur les causes, que la première chose créée est l’acte d’être, et ailleurs, dans le même livre, que l’acte d’être vient de la création, que les autres perfections ajoutées [viennent] par la forme, et que, dans les composés, [vient] surtout cet être qui revient à la première partie, c’est-à-dire à la matière. En comprenant la création de ce point de vue, il pouvait être communiqué à la créature que, par la puissance de la cause première agissant en elle, un être simple ou une matière soient produits. De cette manière, des philosophes ont affirmé que les intelligences créent, bien que cela soit hérétique.

 

[3455] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 ad 1 Ad primum ergo dicendum, quod in hoc auctoritates philosophorum non sunt recipiendae: quia in hoc erraverunt. Possent tamen exponi hoc modo omnes illae auctoritates, ut dicerentur creare animas, inquantum per motum orbium disponuntur corpora ad animae receptionem; sed hoc non est de intentione eorum.

1. Sur ce point, les autorités des philosophes ne doivent pas être acceptées, car ils s’y sont trompés. Toutefois, toutes ces autorités pourraient être interprétées au sens où elles parleraient de créer les âmes dans la mesure où, par le mouvement des sphères, les corps sont disposés à recevoir l’âme. Mais ce n’est pas ce qu’elles veulent dire.

 

[3456] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 ad 2 Ad secundum dicendum, quod quidquid est communicabile creaturae, de hoc quod est pertinens ad perfectionem naturae ejus, communicatur sibi; non autem est verum de perfectionibus secundis; sicut non omnis homo qui receptibilis est regiae dignitatis, a Deo factus est rex; et sic etiam est de auctoritate creandi, secundum illos qui dicunt, quod creatio potuit creaturae communicari.

2. Tout ce qui peut être communiqué à la créature de ce qui se rapporte à la perfection de sa nature lui est communiqué ; mais cela n’est pas vrai des perfections secondaires, de même que tout homme, qui est susceptible de recevoir la dignité royale, n’a pas été fait roi par Dieu. De même en est-il de l’autorité de créer, selon ceux qui disent que l’action de créer pouvait être communiquée à la créature.

 

[3457] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 ad 3 Ad tertium dicendum, quod resistens contrarium non facit difficultatem in agendo, nisi inquantum elongat potentiam ab actu: quia unum contrariorum quanto est magis intensum, tanto potentia est magis remota ab actu: et ideo quod aliquid fiat ex non ente, simpliciter est majoris virtutis quam quod fiat ex contrario: quia in non ente simpliciter nulla potentia remanet.

3. Le contraire qui résiste n’occasionne pas de difficulté pour l’action, si ce n’est dans la mesure où il éloigne la puissance de l’acte, car plus l’un des contraires est intense, plus sa puissance est éloignée de l’acte. Que quelque chose soit fait à partir du néant relève donc simplement d’une plus grande puissance que si cela est fait à partir d’un contraire, car aucune puissance ne demeure dans ce qui n’existe tout simplement pas.

 

[3458] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 ad 4 Ad quartum dicendum, quod quamvis ad ultimum finem reducantur ultima per media; nunquam tamen influentia ultimi finis alicui mediorum communicatur, ita scilicet ut sit ultimum desideratum; et sic etiam nunquam influentia primi agentis, quae est creatio, alicui secundorum principiorum communicari potest.

4. Bien que les dernières choses soient ramenées à leur fin ultime par des choses intermédiaires, jamais cependant l’emprise de la fin ultime n’est communiquée à l’un des intermédiaires, de sorte qu’il serait ce qui est ultimement désiré. Ainsi, jamais l’emprise du premier agent, en quoi consiste la création, ne peut-elle être communiquée à l’un des principes seconds.

 

[3459] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 3 ad 5 Ad quintum dicendum, quod agens proximum, ut generans, non operatur in hac re generata, nisi educendo de potentia materiae formam. Sed operatio causae primae est etiam in creando ipsam materiam: et ideo agens naturale proximum est tantum generans hanc rem; sed agens primum et divinum est creans; et ex hoc patet quod sicut operatio artis fundatur super operationem naturae, inquantum natura praeparat arti materiam; ita et operatio naturae fundatur supra creationem, inquantum ministrat naturae materiam.

5. Un agent rapproché, comme celui qui engendre, n’agit sur la chose engendrée qu’en tirant la forme de la puissance de la matière. Or, l’opération de la cause première consiste à créer aussi la matière elle-même. Ainsi l’agent naturel rapproché ne fait-il qu’engendrer cette chose ; mais l’agent premier et divin la crée. De cela ressort que, de même que l’opération de l’art se fonde sur l’opération de la nature, pour autant que la nature prépare à l’art sa matière, de même aussi l’opération de la nature se fonde-t-elle sur la création, dans la mesure où elle fournit la matière à la nature.

 

 

 

 

Articulus 4 : [3460] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 4 tit. Utrum aliquid aliud a Deo efficiat aliquam rem

Article 4 – Une réalité autre Dieu produit-elle quelque chose ?

 

[3461] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 4 arg. 1 Ad quartum sic proceditur. Videtur quod nihil aliud efficiat aliquam rem nisi Deus. Agens enim quod agit sine medio, est perfectius quam illud quod medio indiget in sua actione. Sed Deus est agens perfectissimum. Ergo videtur quod omnia nullo mediante producat.

1. Il semble que rien d’autre que Dieu ne produise quelque chose. En effet, l’agent qui agit sans intermédiaire est plus parfait que celui qui a besoin d’un intermédiaire pour son action. Or, Dieu est l’agent le plus parfait. Il semble donc qu’il produise tout sans intermédiaire.

 

[3462] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 4 arg. 2 Praeterea, inter alias creaturas Angeli sunt nobiliores. Sed efficientia rerum non attribuitur Angelis; unus enim Angelus non est causa alterius, nec est iterum causa corporalis creaturae. Ergo videtur quod multo minus aliae creaturae sint causae quorumdam.

2. Parmi les autres créatures, les anges sont plus nobles. Or, la réalisation des choses n’est pas attribuée aux anges. En effet, un ange n’est pas la cause d’un autre, et il n’est pas la cause de la créature corporelle. Il semble donc que les autres créatures soient encore bien moins causes de certaines choses.

 

[3463] Super Sent., lib. 2 d. 1 q. 1 a. 4 arg. 3 Praeterea, idem specie non producitur a diversis agentibus secundum speciem. Sed prima individua omnium specierum immediate a Deo creata sunt, supposito quod mundus non fuerit semper. Ergo videtur quod nihil possit producere aliquid simile sibi secundum speciem.

3. Une chose identique selon l’espèce n’est pas produite pas des agents différents selon l’espèce. Or, les premiers individus de toutes les espèces ont été immédiatement créés par Dieu, en supposant que le monde n’ait pas toujours existé. Il semble donc que rien ne puisse produire quelque chose de semblable à soi-même selon l’espèce.