06 août 2019 Texte Luisa Piccarreta

THÉOLOGIE CATHOLIQUE

 

 

LE RETOUR DU CHRIST EN GLOIRE

 

un événement vécu à l’heure de la mort

comme à la fin du monde

 

THÈSE

Préparée dans le cadre doctoral.

La date de sa soutenance publique n’est pas fixée.

La méthodologie s’appuyant en premier sur le Magistère de l’Eglise étant discutée

 

Suivie du

TRAITÉ DES FINS DERNIÈRES

 

 

 

 

« 47. Certains théologiens récents sont de l'avis que le feu qui brûle et en même temps sauve est le Christ lui-même, le Juge et Sauveur. La rencontre avec le Christ est l'acte décisif du Jugement. Devant son regard s'évanouit toute fausseté. C'est la rencontre avec Lui qui, nous brûlant, nous transforme et nous libère pour nous faire devenir vraiment nous-mêmes. Les choses édifiées durant la vie peuvent alors se révéler paille sèche, vantardise vide et s'écrouler. Mais dans la souffrance de cette rencontre, où l'impur et le malsain de notre être nous apparaissent évidents, se trouve le salut. »

 

Benoît XVI, encyclique Spe Salvi, 47.

 

 

 

Nihil Obstat Archevêché de Paris

Paris, le 12 mars 1992 (n° 50), M. Dupuy

 

Imprimatur Archevêché de Paris

Paris, le 5 novembre 1992, Mgr M. Vidal

 

Auteur : Arnaud DUMOUCH, Agrégé en Sciences religieuses, Paris, 1992.

 

 

 

DEUX PARTIES :

 

La thèse elle-même qui vise à établir la nécessité de la parousie du Christ glorieux à l’heure de la mort, avant l’entrée dans l’autre monde.

Le Traité des fins dernières qui en ressort, et qui manifeste autours de cette clef de voute, la cohérence de la foi et des dogmes de l’Eglise.

 

TABLE

 

TABLE_ 2

LE RETOUR DU CHRIST EN GLOIRE, un événement vécu à l’heure de la mort comme à la fin du monde  13

INTRODUCTION_ 13

I - GENÈSE — le drame d’une une humanité sans finalité_ 13

II - QUESTION POSÉE, AXE DE LA THÈSE — Le salut des païens. 14

III - PLAN SUIVI 16

PROLÉGOMÈNES — Sur quoi se fonde la salut ?_ 22

1- LE SALUT PAR LA CHARITÉ_ 25

1-1- EXPOSÉ DU CONTENU DOCTRINAL_ 25

1-2- DIFFICULTÉ DE CETTE POSITION — Le salut de ceux qui meurent sans la charité_ 27

2- LE SALUT PAR LA FOI 39

2-1- EXPOSÉ — La foi au sens de Luther est autre que la charité thomiste_ 40

2-2- DIFFICULTÉ — Le salut de ceux qui meurent sans la foi 44

3- LE SALUT PAR LA BONNE VOLONTÉ_ 46

3-1- PÉLAGE — Le salut par la vertu acquise_ 46

3-2- L’HUMANISME LIBÉRAL — Quand la fraternité humaine est identifiée à la charité théologale_ 47

4- CONCLUSION_ 50

PREMIÈRE PARTIE — LE RETOUR DU CHRIST A L’HEURE DE LA MORT. APPROCHE THEOLOGIQUE_ 52

I-1- LE FONDEMENT D’UNE DÉMONSTRATION THÉOLOGIQUE_ 52

I-1-1- Approche démonstrative théologique et certitude de la vérité_ 52

I-1-2- Peut-il exister une vérité certaine au point de départ d’une approche démonstrative théologique ?_ 52

I-1-3- L’origine de la foi et de sa certitude_ 53

I-1-4- Comment retrouver la Parole de Dieu ?_ 55

I-1-5- Quand le chrétien est théologien, comment peut-il rejoindre avec certitude (fondement de sa science) la Parole de Dieu ?  56

I-1-6- Réponse à ceux qui critiquent notre méthodologie théologique_ 59

I-2- LA FOI DE L’ÉGLISE CONCERNANT LE SALUT_ 61

I-2-1- PREMIER DOGME — la charité seule ouvre le Ciel 61

I-2-2- DEUXIÈME DOGME — Dieu propose à tous le salut 71

I-2-3- TROISIÈME DOGME — AUSSITÔT APRÈS LA MORT, l’âme en état de mort spirituelle est séparée de Dieu pour l’éternité  75

I-2-4- QUATRIÈME DOGME — Le salut est proposé à l’homme durant sa vie terrestre, avant la séparation de l’âme et du corps  78

I-2-5- AU DELA DE LA FOI, L’EXPERIENCE — LE SALUT N’EST PAS PROPOSÉ À TOUS LES HOMMES DURANT LEUR VIE TERRESTRE_ 81

I-3- THÈSE — L’HEURE DE LA MORT ET LE RETOUR DU CHRIST EN GLOIRE_ 84

I-3-1 Hypothèse_ 84

I-3-2 Établissement de l’hypothèse_ 87

I-4- CONCLUSION_ 98

DEUXIÈME PARTIE — SIGNES A L’APPUI DE CETTE HYPOTHESE_ 100

II-1- FONDEMENTS SCRIPTURAIRES_ 100

II-1-1- L’annonce de la venue du Christ dans sa gloire — Mt 26, 63_ 100

II-1-2- La conversion de Paul, une N.D.E. ?_ 100

II-1-3- Le genre littéraire apocalyptique 2 Théssaloniciens 1, 6_ 101

II-1-4- Mathieu 24, 39-40_ 102

II-1-5- Mathieu 24, 29-31_ 103

II-1-6- Mathieu 24, 34-35_ 104

II-1-7- Luc 17, 21-37 — La où se trouvera le cadavre, là se réuniront les aigles 104

II-1-8- Jean 6, 35-40 — Celui qui voit le Fils et croit en lui est sauvé_ 105

II-1-9- Jean 14, 2 — L’annonce de son retour par le Christ, dès la fin du séjour terrestre_ 105

II-1-10- Actes 1, 6-11 — L’ascension du Christ 105

II-1-11- Actes 7, 54-59 — La mort d’Etienne_ 106

II-I-12- Actes 20, 9-12 — La résurrection d’un enfant mort 106

II-1-13- 1 Pierre 1, 5_ 107

II-1-14- L’Ecriture et la mort comme une durée ?_ 107

II-1-15- « Vous verrez le Christ en Galilée, c’est-à-dire au sombre pays de la mort. » (Par Jean-Yves Tarrade, 2006) 109

II-1-16- Dans les évangiles apocryphes (par Manuel Sanchez, 2005) 111

II-1-17- La venue du Christ à l’heure de la mort dans la liturgie catholique des morts 111

II-1-18- Apocalypse 1, 18 — Le Credo et la descente de Jésus aux enfers. 113

II-1-19- Apocalypse 1, 18 — Le shéol comme « séjour des morts ». 113

II-2- SIGNES ET SOURCES CHEZ LES SAINTS ET LES THÉOLOGIENS_ 114

II-2-1 Sources chez les saints 114

- Une NDE chez saint Paul ? (vers 35 ap JC) 114

- Témoignages de Sainte Perpétue sur une NDE (III° siècle) 115

- Saint Antoine le grand (vers 300-350) : Le mort reste quelque temps sur terre_ 115

- Saint Jean Chrysostome, Docteur de l’Eglise (344-407) et le temps donné aux pécheurs à l’heure de la mort pour se convertir 116

- Saint Augustin, Docteur de l’Eglise (354-430) et la survie de la vie psychique à la mort 116

- Saint Augustin, Docteur de l’Eglise (354-430) et l’apparition du Christ aux méchants et aux bons lors du jugement 118

- Pape Célestin Ier (428) : La miséricorde de Dieu s’étend jusqu’à l’heure de la mort 118

- Saint Jean Climaque (525-605) : Récit d’une NDE_ 119

- Le Témoignage de saint Saulve sur une NDE (vers 573) 119

- Saint Grégoire, pape et Docteur de l’Eglise (540-604) : Récit d’une NDE_ 120

- Bède le vénérable, Docteur de l’Eglise (632-635) : Récit d’une NDE_ 120

- Saint Bernard, Docteur de l’Eglise catholique, (1090-1153) : Vision d’une âme errante_ 121

- Le pape Innocent III (1160-1216) : l’apparition glorieuse du Christ crucifié à l’heure de la mort 122

- Bienheureux Conrad de Frisach (+ 1239) : L’apparition du Christ à l’heure de la mort 123

- Sainte Claire d’Assise (+ 11 août 1253) voit le Christ glorieux à l’heure de sa mort 123

- Saint Thomas d’Aquin, Docteur commun de l’Eglise catholique (1225-1274) : Une hypothèse fugace sur l’apparition du Christ à l’heure de la mort 124

- Saint Thomas d’Aquin, Docteur commun de l’Eglise catholique (1225-1274) : Nous reverons le Christ et notre joie sera complète  126

- Sainte Mechtilde de Hackeborn (1241-1298) : L’assistance de la Vierge à l’heure de la mort 126

- Sainte Brigitte de Suède et le salut d’une âme dans la mort (1303-1373) : Dialogue entre Satan et la Vierge à l’heure de la mort d’une personne_ 127

- Sainte Brigitte de Suède et le salut d’une âme dans la mort (1303-1373) : le salut des infidèles 130

- Bienheureux Jan van Ruysbreock (1293-1381) : La fin du monde est aussi l’heure de la mort 131

- Saint Jean de Dieu (1495-1550) : Apparition de la Vierge à l’heure de la mort 132

- Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) : a-t-elle vécu une NDE ?_ 132

- Saint Vincent Ferrier (+ 1419) et saint Louis Marie Grignon de Montfort : la conversion au soir de la vie (1673-1716) 133

-Vision du Paradis par Saint André le Fol-en-Christ (1638-1691) : Un jardin physique dès avant la résurrection, vu de ses yeux lors d’une NDE_ 134

- Saint Louis-Marie Grignion de Montfort : La Vierge à l’heure de la mort (1673-1716) 136

- Le curé d’Ars : « entre le pont et l’eau, salut d’un suicidé » (1786-1859). 136

- Le curé d’Ars : « C’est soi-même et soi-même seul qui nous damnons librement » (1786-1859). 137

- Témoignage d'Hermann Cohen (1864), un artiste juif converti au catholicisme et qui a beaucoup vénéré l'Eucharistie_ 137

- Sainte Mariam Baouardi (1846-1878) et l’apparition du Christ dans son humanité à l’heure de la mort 138

- Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Docteur de l’Eglise (1873-1897) et l’illumination du visage à l’heure de la mort 138

- Sainte Faustine et l’apparition du Christ à l’heure de la mort (1905-1938). 139

- Sainte Faustine : L’agonie se prolonge plusieurs heures après la mort bbiologique (1905-1938). 142

- Sainte Faustine et l’enfer est un choix libre (1905-1938). 143

- Sainte Faustine Kowalska : L’apparition de Jésus après un temps de ténèbres (1905-1938). 143

- La Vierge de Fatima, la promesse de son assistance « à l’heure de la mort » (1925). 143

- Saint Padre Pio, comme théologien, nie la possibilité de se convertir à l’heure de la mort (1887-1968). 144

- Saint Padre Pio, comme méditatif, affirme la possibilité de se convertir à l’heure de la mort (1887-1968). 145

- Le père Derobert, disciple de Saint Padre Pio (1887-1968) vit une NDE en 1958_ 145

- Le bienheureux Paul VI : Le mystère de la mort et la Lumière du Christ qui l’illumine_ 146

- La vénérable sœur Benigna Consolata, 1885-1916 : La Lumière à l’heure de la mort 147

- La vénérable Marthe Robin et la mort comme « passage, durable, où il se passe des choses » (décédée en 1981) 147

- Maria Simma (1915 - 16 mars 2004) était une mystique autrichienne connue pour ses relations avec les âmes du purgatoires. 148

II-2-2- Intuition des théologiens 148

- Mgr. d’Hulst et une « apparition à l’heure de la mort » (fin du XIX° siècle). 148

- Père F.-W. FABER, 1923 : Les grâces données à l’heure de la mort, dans l’agonie_ 149

- François-Xavier Durwell et une « grâce de lumière à l’heure de la mort » (1912-2005), écrits en 1991) 150

- Paroles d’exorcistes à propos du shéol, entre ce monde et l’autre, séjour des âmes errantes (Père Fortea, Père Gabriel Amorth, 2000) 151

- Jean Daujat et une « grâce de lumière à l’heure de la mort » (1906-1998, écrit vers 1990) 152

- Alexandre KALOMIROS, théologien orthodoxe, 1980 : « Le jugement par la seconde apparition du Christ ». 152

- Père Marie-Dominique Philippe op : « Une grâce au moment de la mort », 1994, Les trois sagesses 153

- Pape Benoît XVI et « l’apparition du Christ, acte décisif du jugement », décembre 2007 encyclique « Spe Salvi, 47 ». 154

- Pape Benoît XVI et « la mort comme une durée », nov. 2010_ 155

- Pape Benoît XVI et « la rencontre purificatrice de Jésus à l’heure de la mort », mai 2011_ 156

- Père François Brune : Le Christ Autrement, Le vrai sens de sa passion, Edition Le temps présent 2010, 328 p. 156

- Frère Edouard Marie Gallez "Repenser la « fin des temps » : pour une théologie de l’histoire", 2009_ 157

- « Derniers témoignages » de Maria Simma, la possibilité de dire « oui » à l’heure de la mort 158

- Mirella Pizzioli, "Porte ouverte sur l'au-delà", Éditions du Parvis, 2011_ 158

II-2-3- Quelques philosophes 161

- Karl-Gustav Jung et sa NDE (psychanalyste, milieu du XX° siècle) 161

II-3- SOURCES DANS DANS LES AUTRES RELIGIONS_ 162

A/ L’Egypte antique et le passage de la mort, la décorporation, l’apparition d’Osoris 162

B/ Tantrisme_ 164

C/ L’Islam : Fdal Haja et l’apparition du Messie au pied du lit de mort 166

D/ Victor Hugo et la venue de la Lumière_ 167

II-4- ILLUSTRATION EMPIRIQUE_ 168

II-4-1- Importance pour notre hypothèse d’un fondement empirique_ 168

II-4-2- Lecture critique de « La vie après la vie »_ 169

II-5- TRACES DANS LA CROYANCE DES FIDELES (SENSUS FIDEI) – Partie en cours de réalisation   198

II-6-1- Une doctrine doit être crue toujours et partout, dit saint Vincent de Lérins 198

II-6-2- Dès le Moyen âge dans le courant des « Artes moriendi »_ 198

II-6-3- Dans les milieux populaires actuels 200

II-6-4- Dans la littérature populaire_ 201

II-6-5- Dans le Sensus fidei des fidèles, Jeanne Favier Duchesne (Lettre, 15 mai 2013). 201

CONCLUSION_ 202

TRAITÉ DES FINS DERNIÈRES_ 203

Saint Thomas d’Aquin — Sa mort prématurée_ 203

La méthode thomiste_ 203

Mon intention_ 205

Plan du traité des fins dernières 205

PREMIÈRE PARTIE — LA VISION BÉATIFIQUE_ 209

QUESTION 1 — Les convenances de la vision béatifique_ 209

Traité des fins dernières, Q. 1, a. 1 — Dieu appelle-t-il l’homme à la vision béatifique ?_ 210

Traité des fins dernières, Q. 1, a. 2 — La vision béatifique est-elle nécessaire à la béatitude parfaite de l’homme ?_ 211

Traité des fins dernières, Q. 1, a. 3 — Dans l’hypothèse où Dieu n’ait pas proposé la Vision Béatifique, l’homme aurait-il été heureux dans l’au-delà ?_ 212

Traité des fins dernières, Q. 1, a. 4 — Le motif ultime de la création de l’homme est-il l’entrée dans la vision béatifique ?_ 214

Traité des fins dernières, Q. 1, a. 5 — Le motif ultime de la création des anges est-il la vision béatifique ?_ 215

Traité des fins dernières, Q. 1, a. 6 — Dans l’hypothèse où Adam et Ève n’auraient pas péché, seraient-ils entrés dans la vision béatifique ?_ 216

Traité des fins dernières, Q. 1, a. 7 — Le motif ultime du retard entre le péché originel et l’incarnation du Verbe est-il de conduire le plus grand nombre à la Vision béatifique ?_ 218

Traité des fins dernières, Q. 1, a. 8 — Le motif ultime de l’incarnation et de la Rédemption opérée par le Verbe est-il de nous introduire à nouveau dans la promesse de la vision béatifique ?_ 221

Traité des fins dernières, Q. 1, a. 9 — Convenait-il que la vision béatifique nous soit donnée qu’après une vie terrestre ?_ 223

QUESTION 1 bis — LE DESIR NATUREL DE VOIR DIEU_ 225

Traité des fins dernières, Q. 1bis, a. 1 — L’homme possède-t-il un inconscient spirituel porté vers un bonheur sans limite (la béatitude) ?_ 225

Traité des fins dernières, Q. 1bis, a. 2 — Ce désir est-il un acte, ou bien une puissance, ou bien, sous différents aspects, l'un et l'autre ?  226

Traité des fins dernières, Q. 1bis, a. 3 — Ce désir a-t-il pour objet Dieu vu par son essence, ou bien Dieu en tant qu'accessible à la raison, ou bien Dieu sous la raison commune de béatitude ?_ 226

Traité des fins dernières, Q. 1bis, a. 4 — A-t-il pour sujet l’intellect, ou bien la volonté, ou bien, sous des aspects différents, l’une et l’autre puissance ?_ 227

Traité des fins dernières, Q. 1bis, a. 5 — Ce désir est-il connaissable par la raison seule, ou bien par la révélation proprement dite, ou bien à partir des effets de la révélation dans l'histoire, la prédication évangélique par exemple ?_ 228

Traité des fins dernières, Q. 1bis, a. 6 — En quel sens l'actuation de ce désir naturel est-elle surnaturelle ?_ 228

Traité des fins dernières, Q. 1bis, a. 7 — Dieu aurait-il pu ne pas accomplir ce désir, et laisser la nature humaine dans l’état de pure nature ?_ 229

QUESTION 2 — la nature de la vision béatifique_ 229

Traité des fins dernières, Q. 2, a. 1 — La vision béatifique consiste-t-elle à voir l’essence divine ?_ 229

Traité des fins dernières, Q. 2, a. 2 — La Vision béatifique consiste-t-elle à voir Dieu par l’intermédiaire de l’humanité du Verbe ?  232

Traité des fins dernières, Q. 2, a. 3 — Comment la vision béatifique peut-elle être réalisée ?_ 234

Traité des fins dernières, Q. 2, a. 4 — Dans la vision béatifique, l’homme comprend-il l’essence divine telle que Dieu la comprend ?  237

Traité des fins dernières, Q. 2, a. 5 — Par la vision béatifique, l’homme devient-il Dieu ?_ 238

QUESTION 3 — La cause de la vision béatifique_ 239

Traité des fins dernières, Q. 3, a. 1 — l’intelligence humaine peut-elle arriver à voir Dieu par ses propres forces ?_ 240

Traité des fins dernières, Q. 3, a. 2 — L’homme acquiert-il la béatitude par l’action d’une créature supérieure ?_ 241

Traité des fins dernières, Q. 3, a. 3 — Est-ce Dieu qui réalise en nous la manifestation de son essence ?_ 242

QUESTION 4 — Le siège de la vision béatifique_ 243

Traité des fins dernières, Q. 4, a. 1 — Le siège de la vision béatifique est-il l’intelligence ?_ 243

Traité des fins dernières, Q. 4, a. 2 — Les saints, après la résurrection, verront-ils Dieu avec les yeux du corps ?_ 244

QUESTION 5 — Les effets de la vision béatifique_ 247

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 1 — Les âmes qui voient Dieu sont-elles dans la béatitude ?_ 247

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 2 — Les vertus morales demeurent-elles dans la vision béatifique ?_ 249

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 3 — Les vertus intellectuelles demeurent-elles après cette vie ?_ 250

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 4 — La foi demeure-t-elle après cette vie ?_ 251

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 5 — L’espérance demeure-t-elle après cette vie ?_ 253

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 6 — Demeure-t-il quelque chose de la foi ou de l’espérance ?_ 254

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 7 — La charité demeure-t-elle après cette vie ?_ 255

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 8 — Les dons du Saint-Esprit demeurent-ils dans la patrie ?_ 256

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 9 — Les récompenses attribuées aux huit béatitudes seront-elles données dans la vision béatifique ?  258

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 10 — Les fruits du Saint-Esprit seront-ils des effets de la vision béatifique ?_ 259

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 11 — Quel est le principal dans la béatitude — la délectation ou la vision ?_ 260

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 12 — Les saints en voyant Dieu voient-ils tout ce que Dieu voit ?_ 261

Traité des fins dernières, Q. 5, a. 13 — La Vision béatifique est-elle éternelle ?_ 264

QUESTION 6 — Les conditions de la Vision béatifique en ce qui concerne l’âme humaine_ 266

Traité des fins dernières, Q. 6, a. 1 — La lumière de gloire est-elle nécessaire pour voir Dieu ?_ 266

Traité des fins dernières, Q. 6, a. 2 — la lumière de gloire est-elle créée ?_ 267

Traité des fins dernières, Q. 6, a. 3 — La lumière de gloire est-elle un intermédiaire entre Dieu et l’intelligence ?_ 268

Traité des fins dernières, Q. 6, a. 4 — La lumière de gloire est-elle la même chose que la grâce habituelle ?_ 269

QUESTION 7 — Les conditions spirituelles requises pour être digne d’être élevé par Dieu à la Vision béatifique  270

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 1 — L’entrée dans la gloire requiert-elle l’exercice du libre arbitre ?_ 270

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 2 — La bonne volonté est-elle requise pour entrer dans la gloire ?_ 271

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 3 — Certaines actions humaines bonnes sont-elles nécessaires pour que l’homme obtienne de Dieu la béatitude ?_ 273

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 4 — L’humilité est-elle requise pour obtenir la Vision béatifique ?_ 274

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 5 — Une humilité totale (kénose) est-elle nécessaire pour entrer dans la Vision béatifique ?  276

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 6 — La souffrance est-elle nécessaire pour entrer dans la vision de Dieu ?_ 278

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 7 — Peut-on sans la grâce mériter la vie éternelle ?_ 280

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 8 — La foi est-elle nécessaire à l’entrée dans la Vision béatifique ?_ 282

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 9 — Croire explicitement au mystère du Christ et de la Trinité, est-ce de nécessité de salut pour tous ?  283

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 10 — L’espérance est-elle nécessaire pour entrer dans la Vision béatifique ?_ 284

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 11 — La charité est-elle nécessaire pour entrer dans la Vision béatifique ?_ 286

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 12 — Une charité parfaite est-elle requise pour entrer dans la Vision béatifique ?_ 287

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 13 — Le baptême est-il nécessaire à l’entrée dans la gloire ?_ 288

Traité des fins dernières, Q. 7, a. 14 — La Vision béatifique sera-t-elle donnée à chaque homme en proportion de sa charité ?  290

DEUXIÈME PARTIE — CE QUI PRÉCÈDE LA RÉSURRECTION_ 292

L’HEURE DE LA MORT_ 292

QUESTION 8 — la mort 292

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 1 — L’âme humaine survit-elle à la mort du corps ?_ 293

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 2 — Après la mort, l’homme conserve-t-il une vie sensible ?_ 296

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 3 — La mort est-elle naturelle ?_ 301

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 4 — La mort est-elle instantanée ?_ 304

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 5 — L’homme reçoit-il de Dieu certaines révélations dans la durée qu’on appelle le moment de la mort ?_ 306

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 6 — Dans le moment de la mort, l’homme est-il délivré de la faiblesse du corps ?_ 313

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 7 — L’homme voit-il Dieu dans son essence au moment de la mort ?_ 314

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 8 — L’homme voit-il de manière sensible l’humanité sainte de Jésus au moment de la mort ?  316

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 9 — L’homme peut-il voir des personnes décédées avant-elle ?_ 319

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 10 — L’homme voit-il Lucifer à l’heure de la mort ?_ 321

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 11 — L’homme peut-il voir des personnes encore vivantes sur terre ?_ 323

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 12 — L’homme voit-il défiler sa vie, le bien et le mal commis ?_ 324

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 13 — Peut-il y avoir repentir dans le moment de la mort ?_ 325

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 14 — Cette révélation de l’Évangile fut-elle nécessaire à l’heure de la mort pour tous les hommes de tous les temps ?_ 328

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 15 — Peut-t-on se faire baptiser pour un mort ?_ 331

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 16 — Si le Christ propose son salut à tout homme à l’heure de la mort, peut-on tranquillement pécher en cette vie et ne pas annoncer l’évangile aux autres ?_ 332

Traité des fins dernières, Q. 8, a. 17 — Le jugement dernier a-t-il lieu au moment de la mort ?_ 333

QUESTION 9 — La condition des âmes séparées du corps 335

Traité des fins dernières, Q. 9, a. l — Les puissances sensibles demeurent-elles dans l’âme séparée ?_ 336

Traité des fins dernières, Q. 9, a. 2 — Les actes des puissances sensibles demeurent-ils dans l’âme séparée ?_ 338

Traité des fins dernières, Q. 9, a. 3 — Les souvenirs de la vie terrestre passée demeurent-ils ?_ 340

Traité des fins dernières, Q. 9, a. 4 — Comment s’exerce l’acte de l’intelligence dans l’âme séparée ?_ 341

Traité des fins dernières, Q. 9, a. 5 — Comment s’exerce l’acte de la volonté dans l’âme séparée ?_ 343

Traité des fins dernières, Q. 9, a. 6 — L’âme séparée peut-elle entrer en contact avec une autre âme séparée ou avec un ange ?  344

Traité des fins dernières, Q. 9, a. 7 — L’âme séparée voit-elle les hommes qui sont sur la terre ?_ 345

Traité des fins dernières, Q. 9, a. 8 — Les âmes séparées peuvent-elles apparaître aux hommes ?_ 347

LE JUGEMENT DERNIER_ 349

QUESTION 10 — Le jugement dernier de l’individu_ 349

Traité des fins dernières, Q. 10, a. 1 — Y a-t-il un jugement individuel qui suit immédiatement la mort ?_ 349

Traité des fins dernières, Q. 10, a. 2 — L’âme arrive-t-elle au jugement dernier en état de mérite ou de démérite ?_ 350

Traité des fins dernières, Q. 10, a. 3 — Toutes les âmes passent-elles en jugement ?_ 353

Traité des fins dernières, Q. 10, a. 4 — Est-ce Jésus sous la forme de son humanité qui juge l’âme ?_ 355

Traité des fins dernières, Q. 10, a. 5 — Est-ce l’Eglise du Ciel qui juge ?_ 356

Traité des fins dernières, Q. 10, a. 6 — Est-ce l’âme qui se juge elle-même ?_ 357

Traité des fins dernières, Q. 10, a. 7 — Aussitôt arrivées dans l’autre monde, les âmes reçoivent-elles leur récompense et leur châtiment ?_ 359

L’ENFER_ 363

QUESTION 11 — La cause de la réprobation prise du côté de l’homme_ 363

Traité des fins dernières, Q. 11, a. 1 — N’importe quel péché mortel demeurant après la mort conduit-il à la réprobation ?  363

Traité des fins dernières, Q. 11, a. 2 — La racine de tout péché mortel conduisant à la damnation est-elle l’amour de soi poussé jusqu’au mépris de Dieu ?_ 365

Traité des fins dernières, Q. 11, a. 3 — Le refus de croire à la vérité reconnue peut-il conduire à la damnation ?_ 367

Traité des fins dernières, Q. 11, a. 4 — La présomption peut-elle conduire à la damnation ?_ 369

Traité des fins dernières, Q. 11, a. 5 — La désespérance peut-elle conduire à la damnation éternelle ?_ 371

Traité des fins dernières, Q. 11, a. 6 — L’envie des grâces du prochain conduit-elle à la damnation ?_ 372

Traité des fins dernières, Q. 11, a. 7 — L’obstination conduit-elle à la damnation éternelle ?_ 374

Traité des fins dernières, Q. 11, a. 8 — L’impénitence finale conduit-elle à la damnation éternelle ?_ 375

QUESTION 12 — L’enfer et sa peine_ 376

Traité des fins dernières, Q. 12, a. l — La peine principale de l’enfer est-elle la séparation d’avec Dieu ?_ 376

Traité des fins dernières, Q. 12, a. 2 — Outre la séparation d’avec Dieu, y a t-il un feu en enfer ?_ 379

Traité des fins dernières, Q. 12, a. 3 — Existe-t-il en enfer un feu matériel ?_ 381

Traité des fins dernières, Q. 12, a. 4 — Les damnés souffrent-ils du ver rongeur de la rancoeur ?_ 386

Traité des fins dernières, Q. 12, a. 5 — Les damnés pleurent-ils et grincent-ils des dents ?_ 387

Traité des fins dernières, Q. 12, a. 6 — Les âmes de l’enfer sont-elles plongées dans les ténèbres extérieures ?_ 388

Traité des fins dernières, Q. 12, a. 7 — Outre les peines précitées, existe-t-il en enfer d’autres peines ?_ 389

Traité des fins dernières, Q. 12, a. 8 — Les démons exécuteront-ils la sentence du juge à l’égard des damnés ?_ 391

QUESTION 13 — La volonté et l’intelligence des damnés 392

Traité des fins dernières, Q. 13, a. l — Les damnés veulent-ils aller en enfer ?_ 393

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 2 — Y a-t-il des hommes en enfer ?_ 394

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 3 — Tout vouloir des damnés est-il mauvais ?_ 397

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 4 — Les damnés se repentent-ils du mal qu’ils ont accompli ?_ 398

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 5 — Les damnés voudraient-ils, d’une volonté droite et délibérée, ne pas exister ?_ 398

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 6 — Les damnés voudraient-ils la damnation des non damnés ?_ 399

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 7 — Les damnés haïront-ils Dieu ?_ 400

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 8 — Les damnés déméritent-ils encore ?_ 401

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 9 — Les damnés peuvent-ils se servir des connaissances acquises en ce monde et dans l’autre ?  402

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 10 — Les damnés penseront-ils parfois à Dieu ?_ 403

Traité des fins dernières, Q. 13, a. 11 — Les damnés voient-ils la gloire des bienheureux ?_ 404

QUESTION 14 — La miséricorde de Dieu à l’égard des damnés 405

Traité des fins dernières, Q. 14, a. 1 — L’enfer est-il éternel ?_ 405

Traité des fins dernières, Q. 14, a. 2 — La miséricorde divine donnera-t-elle un terme à tout châtiment des hommes comme des démons ?_ 407

Traité des fins dernières, Q. 14, a. 3 — La miséricorde divine supporte-t-elle que les hommes soient punis éternellement ?  408

Traité des fins dernières, Q. 14, a. 4 — La miséricorde divine mettra-t-elle fin au châtiment des chrétiens damnés ?_ 411

Traité des fins dernières, Q. 14, a. 5 — Tous ceux qui ont accomplis des œuvres de miséricorde seront-ils exempts de peines éternelles ?  412

LE PURGATOIRE_ 414

QUESTION 15 — Le purgatoire_ 414

Traité des fins dernières, Q. 15, a. l — Existe-t-il un purgatoire après cette vie ?_ 414

Traité des fins dernières, Q. 15, a. 2 — Y a t-il six degrés du purgatoire ?_ 417

Traité des fins dernières, Q. 15, a. 3 — La vie terrestre est-elle le premier purgatoire ?_ 421

Traité des fins dernières, Q. 15, a. 4 — Les purgatoires de l’au-delà ont-il un lieu ?_ 423

Traité des fins dernières, Q. 15, a. 5 — Certaines âmes peuvent-elles être purifiées en se réincarnant dans un corps ?_ 424

QUESTION 16 — Le shéol, purgatoire qui précède la parousie du Christ 427

Traité des fins dernières, Q. 16, a. 1 — Existe-t-il un purgatoire dans le passage qu’est la mort ?_ 427

Traité des fins dernières, Q. 16, a. 2 — La peine de ce purgatoire est-elle voulue par Dieu ?_ 429

Traité des fins dernières, Q. 16, a. 3 — La peine principale du shéol est-elle la solitude de l’errance ?_ 431

Traité des fins dernières, Q. 16, a. 4 — Les âmes de ce purgatoire sont-elles tourmentées par les démons ?_ 433

Traité des fins dernières, Q. 16, a. 5 — Ce purgatoire est-il plus douloureux que la vie d’ici-bas ?_ 433

Traité des fins dernières, Q. 16, a. 6 — Les âmes de ces purgatoires sont-elles saintes ?_ 435

Traité des fins dernières, Q. 16, a. 7 — Les âmes du shéol peuvent-elles se damner ou au contraire peuvent-elles mériter ?  436

Traité des fins dernières, Q. 16, a. 8 — Les âmes du shéol peuvent-elles prier pour nous ?_ 437

Traité des fins dernières, Q. 16, a. 9 — Est-ce dans ce purgatoire que le Christ glorieux paraît dans sa gloire ?_ 438

QUESTION 17 — Les trois purgatoires qui suivent la parousie du Christ 439

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 1 — La peine principale des trois purgatoires de lumière est-elle la séparation d’avec Dieu ?  439

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 2 — Le feu des purgatoires de lumière est-il le désir de Dieu ?_ 441

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 3 — Les âmes de ces purgatoires sont-elles rongées par le ver de la rancoeur ?_ 442

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 4 — Les âmes de ces purgatoires sont-elles tourmentées par les démons ?_ 443

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 5 — Le feu de ces purgatoires est-il le même que celui de l’enfer ?_ 444

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 6 — Les souffrances de ces purgatoires surpassent-elles toutes celles d’ici-bas ?_ 445

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 7 — La peine du purgatoire est-elle voulue par Dieu ?_ 447

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 8 — Les âmes de ces purgatoires sont-elles saintes ?_ 447

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 9 — Les âmes de ces purgatoires sont-elles soumises à la volonté de Dieu ?_ 449

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 10 — Les souffrances des âmes de ces purgatoires sont-elles voulues par elles ?_ 450

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 11 — les âmes des purgatoires de lumière peuvent-elles pécher ?_ 450

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 12 — Les âmes de ces trois purgatoires peuvent-elles mériter ?_ 451

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 13 — Les âmes de ces purgatoires sont-elles dans la joie et dans la paix ?_ 453

Traité des fins dernières, Q. 17, a. 14 — Les âmes du purgatoire peuvent-elles les prier pour nous ?_ 454

QUESTION 18 — Les effets des trois purgatoires qui suivent la parousie du Christ 455

Traité des fins dernières, Q. 18, a. 1 — Le péché véniel comme péché véniel est-il expié par les souffrances du purgatoire ?  455

Traité des fins dernières, Q. 18, a. 2 — Est-ce principalement l’humilité qui est purifiée dans ce purgatoire jusqu’à devenir une kénose ?_ 457

Traité des fins dernières, Q. 18, a. 3 — Les flammes du purgatoire libèrent-elles de la pénitence due au péché ?_ 459

Traité des fins dernières, Q. 18, a. 4 — Les âmes du purgatoire sont-elles délivrées plus vite les unes que les autres ?_ 461

Traité des fins dernières, Q. 18, a. 5 — Les demeures du « Château intérieur » de sainte Thérèse d’Avila permettent-elles de comprendre ces trois purgatoires ?_ 463

LES CAS PARTICULIERS_ 464

QUESTION 19 — La condition des âmes en état de péché originel 464

Traité des fins dernières, Q. 19, a. 1 — Les âmes mortes en état de péché originel mériteraient-elles en stricte justice d’aller dans les limbes éternels ?_ 465

Traité des fins dernières, Q. 19, a. 2 — Dieu donne-t-il aux innocents la capacité de poser un acte libre ?_ 468

Traité des fins dernières, Q. 19, a. 3 — Dieu propose-t-il aux innocents sa grâce et sa gloire ?_ 470

Traité des fins dernières, Q. 19, a. 4 — Certains enfants choisissent-ils l’enfer ou sont-ils tous sauvés ?_ 473

Traité des fins dernières, Q. 19, a. 5 — L’avortement volontaire est-il source de graves inconvénients pour l’enfant ?_ 475

QUESTION 20 — Le salut des païens, des suicidés 477

Traité des fins dernières, Q. 20, a. 1 — Ceux qui meurent païens ou infidèles sont-ils sauvés ?_ 477

Traité des fins dernières, Q. 20, a. 2 — Ceux qui se sont suicidés seront-ils sauvés ?_ 479

QUESTION 21 — Les suffrages pour les défunts 482

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 1 — Les suffrages d’un fidèle peuvent-ils être utiles à un autre ?_ 482

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 2 — Les morts peuvent-ils être aidés par les œuvres des vivants ?_ 484

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 3 — Les suffrages des pécheurs sont-ils utiles aux défunts ?_ 485

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 4 — Les suffrages des vivants pour les défunts sont-ils utiles à leurs auteurs ?_ 486

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 5 — Les suffrages sont-ils utiles aux damnés ?_ 487

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 6 — Faut-il prier pour les défunts spécialement à l’heure de leur mort ?_ 489

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 7 — Les suffrages sont-ils utiles aux âmes du purgatoire de lumière ?_ 490

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 8 — Les suffrages sont-ils utiles aux enfants morts sans baptême ?_ 492

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 9 — Les suffrages sont-ils utiles de quelque manière aux bienheureux ?_ 493

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 10 — Les prières de l’Église, le saint sacrifice et l’aumône sont-ils utiles aux défunts de manière particulière ?_ 494

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 11 — Les indulgences accordées par l’Église sont-elles utiles aux défunts ?_ 495

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 12 — Les cérémonies des obsèques sont-elles utiles aux défunts ?_ 496

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 13 — Les suffrages spécialement destinés à un défunt sont-ils plus utiles à lui qu’aux autres ?  497

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 14 — Les suffrages destinés à plusieurs sont-ils aussi utiles à chacun que s’ils lui étaient seulement destinés ?_ 499

Traité des fins dernières, Q. 21, a. 15 — Les suffrages communs sont-ils aussi utiles à ceux qui n’en ont pas d’autres, que le sont tout ensemble des suffrages spéciaux et les suffrages communs à ceux qui bénéficient des uns et des autres ?_ 500

LE PARADIS_ 501

QUESTION 22 — Les diverses manières de nommer le paradis 501

Traité des fins dernières, Q. 22, a. l — Le paradis céleste est-il la même chose que le paradis terrestre d’Adam et Ève ?_ 501

Traité des fins dernières, Q. 22, a. 2 — Le paradis est-il le Royaume des Cieux ?_ 502

Traité des fins dernières, Q. 22, a. 3 — le paradis est-il la terre promise aux Hébreux ?_ 503

Traité des fins dernières, Q. 22, a. 4 — Le paradis est-il la Jérusalem céleste ?_ 505

Traité des fins dernières, Q. 22, a. 5 — Le paradis céleste est-il le festin des noces de l’Agneau ?_ 506

Traité des fins dernières, Q. 22, a. 6 — Serons-nous prêtres ?_ 508

QUESTION 23 — La condition des âmes glorifiées par rapport à elles-mêmes 509

Traité des fins dernières, Q. 23, a. 1 — La connaissance et l’amour naturels demeurent-ils dans les âmes glorifiées ?_ 510

Traité des fins dernières, Q. 23, a. 2 — L’âme bienheureuse peut-elle pécher ?_ 511

Traité des fins dernières, Q. 23, a. 3 — Les âmes bienheureuses peuvent-elles progresser en béatitude ?_ 511

Traité des fins dernières, Q. 23, a. 4 — Le corps physique est-il requis pour la béatitude de l’homme ?_ 513

Traité des fins dernières, Q. 23, a. 5 — Les âmes glorifiées souffrent-elles de l’absence du corps physique ?_ 516

Traité des fins dernières, Q. 23, a. 6 — Les degrés de béatitude doivent-ils être appelés demeures ?_ 517

Traité des fins dernières, Q. 23, a. 7 — Les diverses demeures se distinguent-elles selon les degrés de charité ?_ 518

QUESTION 24 — Les dots des bienheureux_ 519

Traité des fins dernières, Q. 24, a. 1 — Doit-on attribuer des dots aux hommes bienheureux ?_ 519

Traité des fins dernières, Q. 24, a. 2 — La dot est-elle la même chose que la béatitude ?_ 521

Traité des fins dernières, Q. 24, a. 3 — Convient-il au Christ d’avoir des dots ?_ 522

Traité des fins dernières, Q. 24, a. 4 — Les anges ont-ils des dots ?_ 524

Traité des fins dernières, Q. 24, a. 5 — Convient-il d’attribuer à l’âme trois dots ?_ 525

QUESTION 25 — Des auréoles 527

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 1 — L’auréole est-elle autre chose que la récompense essentielle, qu’on appelle couronne d’or ?  527

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 2 — L’auréole diffère-t-elle du fruit ?_ 530

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 3 — Le fruit est-il réservé à la vertu de continence ?_ 531

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 4 — Convient-il d’assigner trois couronnes aux trois parties de la continence ?_ 532

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 5 — Une auréole est-elle due à la virginité ?_ 534

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 6 — Une auréole est-elle due aux martyrs ?_ 536

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 7 — Les docteurs ont-ils droit à une auréole ?_ 540

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 8 — Une auréole est-elle due au Christ ?_ 541

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 9 — Une auréole est-elle due aux anges ?_ 542

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 10 — Convient-il de désigner trois auréoles — pour les vierges, les martyrs et les prédicateurs ?  542

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 11 — L’auréole des vierges est-elle supérieure aux autres ?_ 543

Traité des fins dernières, Q. 25, a. 12 — Un bienheureux possède-t-il plus qu’un autre une auréole ?_ 544

QUESTION 26 — La condition des âmes glorifiées par rapport aux autres 545

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 1 — Avant la résurrection, les âmes glorifiées peuvent-elles voir les corps glorifiés de Jésus et de Marie ?_ 545

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 2 — Les âmes glorifiées peuvent-elles communiquer entre elles ?_ 546

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 3 — Les âmes glorifiées voient-elles les hommes qui sont sur la terre ?_ 548

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 4 — Les saints connaissent-ils les prières que nous leur adressons ?_ 549

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 5 — Devons-nous demander aux saints de prier pour nous ?_ 551

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 6 — Les prières des saints en notre faveur sont-elles toujours exaucées ?_ 552

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 7 — Les élus souffrent-ils-en voyant les péchés et les malheurs des hommes qui sur la terre ?  554

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 8 — Les saints dans le Ciel verront-ils les souffrances des damnés ?_ 556

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 9 — Les bienheureux ont-ils de la compassion pour les souffrances des damnés ?_ 557

Traité des fins dernières, Q. 26, a. 10 — Les bienheureux se réjouiront-ils des peines des impies ?_ 557

DEUXIÈME SECTION : LE DESTIN GÉNÉRAL DE L’HUMANITÉ_ 559

LA FIN DU MONDE_ 559

QUESTION 27 — Le retour du Christ 560

Traité des fins dernières, Q. 27, a. 1 — Le Christ doit-il revenir dans sa gloire à la fin du monde ?_ 560

Traité des fins dernières, Q. 27, a. 2 — Le Christ prépare-t-il pour sa venue un spectacle qui manifestera glorieusement à tous l’amour de Dieu ?_ 564

Traité des fins dernières, Q. 27, a. 3 — Pourquoi Dieu permettra-t-il ce mal avant la venue du Christ ?_ 568

Traité des fins dernières, Q. 27, a. 4 — Le Christ reviendra-t-il comme un voleur alors que le monde sera en paix ?_ 571

Traité des fins dernières, Q. 27, a. 5 — La date du retour du Christ est-elle inconnue ?_ 572

QUESTION 28 — Les signes précurseurs de la fin du monde_ 574

Traité des fins dernières, Q. 28, a. 1 — Y aura-t-il des signes précurseurs de l’avènement du souverain Juge ?_ 575

Traité des fins dernières, Q. 28, a. 2 — Ces signes seront-ils donnés à tous les hommes ou seulement aux croyants ?_ 577

Traité des fins dernières, Q. 28, a. 3 — Quels sont ces signes ?_ 578

Traité des fins dernières, Q. 28, a. 4 — Peut-on discerner un ordre chronologique dans l’apparition de ces signes ?_ 581

QUESTION 29 — Les signes valables pour toutes les époques 584

Traité des fins dernières, Q. 29, a. l — Y aura-t-il des signes dans le soleil, la lune et les étoiles ?_ 584

Traité des fins dernières, Q. 29, a. 2 — Y aura-t-il des signes sur la terre, tels que des tremblements de terre et des catastrophes naturelles ?_ 586

Traité des fins dernières, Q. 29, a. 3 — Y aura-t-il des guerres et de fausses paix ?_ 589

Traité des fins dernières, Q. 29, a. 4 — Y aura-t-il des faux prophètes ?_ 591

Traité des fins dernières, Q. 29, a. 5 — Y aura-t-il une grande apostasie ?_ 592

Traité des fins dernières, Q. 29, a. 6 — Le monde sombrera-t-il dans le péché ?_ 593

QUESTION 30 — Les signes de la fin du monde dans les autres religions 596

Traité des fins dernières, Q. 30, a. 1 — Les diverses religions sont-elles bonnes ?_ 596

Traité des fins dernières, Q. 30, a. 2 — Les diverses religions viennent-elles de Dieu ?_ 599

Traité des fins dernières, Q. 30, a. 3 — À la fin du monde, y aura-t-il d’autres religions que celle du Christ ?_ 601

Traité des fins dernières, Q. 30, a. 4 — Y aura-t-il des signes dans les diverses religions ?_ 603

Traité des fins dernières, Q. 30, a. 5 — L’islam vient-il de Dieu ?_ 604

Traité des fins dernières, Q. 30, a. 6 — Y aura-t-il des signes concernant l’islam ?_ 607

Traité des fins dernières, Q. 30, a. 7 — Fallait-il que le judaïsme subsiste après la venue au Christ ?_ 611

Traité des fins dernières, Q. 30, a. 8 — À la fin du monde, y aura-t-il des signes concernant le judaïsme ?_ 614

Traité des fins dernières, Q. 30, a. 9 — Peut-on savoir de quelle manière Israël se convertira au Christ ?_ 618

QUESTION 31 — Les signes du retour du Christ concernant l’Église_ 621

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 1 — Y aura-t-il des martyrs ?_ 621

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 2 — L’évangile doit-il être prêché à toutes les nations ?_ 622

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 3 — L’Église doit-elle subir un martyre vers la fin du monde ?_ 625

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 4 — Peut-on savoir comment se produira ce martyre ?_ 627

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 5 — L’heure de l’Église sera-t-elle annoncée par la papauté ?_ 630

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 6 — Sera-t-elle annoncée par la liturgie ?_ 632

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 7 — Y aura-t-il des signes dans les comportements des prêtres et des évêques ?_ 634

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 8 — L’Abomination de la désolation doit-elle s’installer dans le siège Apostolique ?_ 636

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 9 — Le sacrement de l’eucharistie doit-il disparaître par l’action du dernier Antéchrist ?  638

Traité des fins dernières, Q. 31, a. 10 — Le Christ, lorsqu’il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?_ 640

QUESTION 32 — Les signes donnés par la vierge Marie_ 642

Traité des fins dernières, Q. 32, a. 1 — La Vierge doit-elle avoir un rôle particulier à la fin du monde ?_ 642

Traité des fins dernières, Q. 32, a. 2 — La Vierge apparaîtra-t-elle aux hommes ?_ 643

Traité des fins dernières, Q. 32, a. 3 — Y aura-t-il des apparitions d’anges ?_ 644

Traité des fins dernières, Q. 32, a. 4 — Deux témoins doivent-ils venir vers la fin du monde ?_ 646

QUESTION 33 — L’Antéchrist 648

Traité des fins dernières, Q. 33, a. 1 — Pourquoi Dieu permettra-il ce mal avant la venue du Christ ?_ 649

Traité des fins dernières, Q. 33, a. 2 — Qu’est ce que l’esprit de l’Antéchrist dont parle saint Jean ?_ 649

Traité des fins dernières, Q. 33, a. 3 — L’Antéchrist sera t-il un homme ou un démon fait homme ?_ 651

Traité des fins dernières, Q. 33, a. 4 — Qu’est-ce que 666, le chiffre de la Bête ?_ 653

Traité des fins dernières, Q. 33, a. 5 — Peut-on savoir quelle sera l’idéologie du dernier Antéchrist ?_ 655

Traité des fins dernières, Q. 33, a. 6 — Le dernier Antéchrist viendra-t-il après une longue préparation de l’humanité ?_ 657

Traité des fins dernières, Q. 33, a. 7 — Peut-on savoir quelle sera l’œuvre de l’Antéchrist ?_ 662

QUESTION 34 — Le signe du fils de l’homme_ 667

Traité des fins dernières, Q. 34, a. 1 — L’apparition du signe du fils de l’homme, à savoir du signe de la croix, précèdera-t-elle la parousie du Christ ?_ 667

Traité des fins dernières, Q. 34, a. 2 — Le signe du fils de l’homme est-il le signe de Jonas ?_ 668

Traité des fins dernières, Q. 34, a. 3 — La croix apparaîtra-t-elle réellement dans le ciel à la fin du monde ?_ 669

Traité des fins dernières, Q. 34, a. 4 — Les hommes seront-ils terrorisés par l’apparition du signe du fils de l’homme ?_ 670

QUESTION 35 — La fin du monde_ 671

Traité des fins dernières, Q. 35, a. 1 — Dieu mettra-t-il fin au monde tel qu’il est ici-bas ?_ 672

Traité des fins dernières, Q. 35, a. 2 — La fin des temps se distingue-t-elle de la fin du monde ?_ 674

Traité des fins dernières, Q. 35, a. 3 — Peut-on distinguer sept temps dans l’histoire de l’humanité ?_ 676

Traité des fins dernières, Q. 35, a. 4 — Connaît-on la date de la fin du monde ?_ 678

Traité des fins dernières, Q. 35, a. 5 — Peut-on dire au moins que nous sommes dans les derniers temps ?_ 681

Traité des fins dernières, Q. 35, a. 6 — La fin du monde consiste-t-elle dans le retour glorieux du Christ ?_ 683

Traité des fins dernières, Q. 35, a. 7 — Tous les hommes mourront-ils ?_ 684

Traité des fins dernières, Q. 35, a. 8 — Cette fin sera-t-elle une destruction ou une transfiguration dans un autre monde ?  685

TROISIÈME PARTIE — LA RÉSURRECTION DE LA CHAIR_ 687

QUESTION 36 — La résurrection des corps physiques 687

Traité des fins dernières, Q. 36, a. 1 — La résurrection des corps doit-elle avoir lieu ?_ 688

Traité des fins dernières, Q. 36, a. 2 — Tous les hommes ressusciteront-ils ?_ 691

Traité des fins dernières, Q. 36, a. 3 — La résurrection est-elle naturelle ?_ 692

QUESTION 37 — La cause de la résurrection_ 694

Traité des fins dernières, Q. 37, a. 1 — La résurrection du Christ est-elle la cause de la nôtre ?_ 694

Traité des fins dernières, Q. 37, a. 2 — La voix de la trompette sera-t-elle la cause de notre résurrection ?_ 695

Traité des fins dernières, Q. 37, a. 3 — Les anges coopéreront-ils à la résurrection ?_ 696

QUESTION 38 — Le temps et le mode de la résurrection_ 697

Traité des fins dernières, Q. 38, a. 1 — La résurrection doit-elle être différée jusqu’à la fin du monde, pour que tous les hommes ressuscitent ensemble ?_ 697

Traité des fins dernières, Q. 38, a. 2 — Doit-elle avoir lieu immédiatement après le retour du Christ ?_ 700

Traité des fins dernières, Q. 38, a. 3 — La résurrection sera-t-elle instantanée ?_ 701

QUESTION 39 — Le point de départ de la résurrection_ 702

Traité des fins dernières, Q. 39, a. 1 — Certains hommes n’auront-ils pas à ressusciter parce qu’ils ne mourront pas ?_ 703

Traité des fins dernières, Q. 39, a. 2 — L’homme doit-il nécessairement ressusciter à partir de ses cendres ou n’importe quelle autre matière peut-elle convenir ?_ 703

QUESTION 40 — L’état des ressuscités et d’abord leur identité_ 705

Traité des fins dernières, Q. 40, a. 1 — L’âme reprendra-t-elle le même corps ?_ 706

Traité des fins dernières, Q. 40, a. 2 — L’homme ressuscité sera-t-il le même homme ?_ 708

QUESTION 41 — L’intégrité du corps des ressuscités 711

Traité des fins dernières, Q. 41, a. 1 — Tous les membres du corps humain ressusciteront-ils ?_ 711

Traité des fins dernières, Q. 41, a. 2 — Tout ce qui, dans le corps de l’homme fut vraiment humain ressuscitera-t-il ?_ 712

QUESTION 42 — La qualité du corps des ressuscités 714

Traité des fins dernières, Q. 42, a. 1 — Les hommes ressuscités seront-ils immortels ?_ 715

Traité des fins dernières, Q. 42, a. 2 — Les ressuscités auront-ils besoin de se nourrir ?_ 716

Traité des fins dernières, Q. 42, a. 3 — Le corps des ressuscités sera t-il sexué ?_ 718

Traité des fins dernières, Q. 42, a. 4 — Les ressuscités exerceront-il des relations sexuelles ?_ 720

Traité des fins dernières, Q. 42, a. 5 — Les ressuscités auront-ils l’âge parfait ?_ 722

QUESTION 43 — L’état corporel des élus comparé à celui des damnés 724

Traité des fins dernières, Q. 43, a. 1 — L’état du corps des élus diffère-t-il de celui des damnés ?_ 724

Traité des fins dernières, Q. 43, a. 2 — Le corps ressuscité est-il la même chose que le corps astral dont parle la philosophie orientale ?  727

QUESTION 44 — Quelques considérations sur le corps des élus 728

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 1 — Y aura-t-il de nouvelles sensations ?_ 729

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 2 — La subtilité permet-elle au corps glorieux d’être dans un lieu déjà occupé par un corps non glorieux ?_ 730

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 3 — La subtilité permet-elle à deux corps glorieux d’occuper le même lieu ?_ 731

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 4 — La subtilité rend-elle impalpable le corps glorieux ?_ 732

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 5 — Le corps des élus est-il doué d’agilité ?_ 733

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 6 — Les élus feront-ils usage de leur agilité ?_ 734

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 7 — Leur mouvement sera-t-il instantané ?_ 735

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 8 — La clarté sera-t-elle une prérogative du corps des élus ?_ 737

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 9 — Le corps aussi a-t-il droit à une auréole ?_ 738

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 10 — La clarté du corps glorieux peut-elle être vue par un œil non glorifié ?_ 739

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 11 — Le corps glorieux est-il nécessairement vu par un œil non glorifié ?_ 739

Traité des fins dernières, Q. 44, a. 12 — Le corps glorieux peut-il se trouver dans plusieurs lieux à la fois ?_ 740

QUESTION 45 — L’état corporel des damnés 741

Traité des fins dernières, Q. 45, a. 1 — Les damnés ressusciteront-ils avec leurs difformités corporelles ?_ 741

Traité des fins dernières, Q. 45, a. 2 — Le corps des damnés sera-t-il incorruptible ?_ 742

Traité des fins dernières, Q. 45, a. 3 — Le corps des damnés sera-t-il impassible ?_ 743

LA TRANSFORMATION DE L’UNIVERS_ 744

QUESTION 46 — La conflagration du monde_ 744

Traité des fins dernières, Q. 46, a. 1 — Le monde doit-il être purifié ?_ 745

Traité des fins dernières, Q. 46, a. 2 — Cette purification se fera-t-elle par le feu ?_ 746

Traité des fins dernières, Q. 46, a. 3 — Ce feu purifiera-t-il les cieux supérieurs ?_ 747

Traité des fins dernières, Q. 46, a. 4 — Tous les éléments terrestres doivent-ils être purifiés par le feu ?_ 748

Traité des fins dernières, Q. 46, a. 5 — La dernière conflagration du monde précèdera-t-elle la résurrection des corps ?_ 749

Traité des fins dernières, Q. 46, a. 6 — La dernière conflagration suivra-t-elle le jugement ?_ 750

Traité des fins dernières, Q. 46, a. 7 — Le feu produira-t-il sur les hommes les effets indiqués par le Maître des Sentences ?  751

Traité des fins dernières, Q. 46, a. 8 — Ce feu engloutira-t-il les réprouvés ?_ 752

QUESTION 47 — Le monde nouveau_ 754

Traité des fins dernières, Q. 47, a. 1 — La béatitude des élus exige-t-elle quelques biens extérieurs ?_ 754

Traité des fins dernières, Q. 47, a. 2 — Une société d’amis est-elle nécessaire à la béatitude ?_ 756

Traité des fins dernières, Q. 47, a. 3 — Le monde sera t-il renouvelé ?_ 757

Traité des fins dernières, Q. 47, a. 4 — La clarté des corps célestes sera-t-elle augmentée en cette rénovation ?_ 759

Traité des fins dernières, Q. 47, a. 5 — Les éléments opaques du monde seront-ils renouvelés par la réception d’une clarté ?  760

Traité des fins dernières, Q. 47, a. 6 — Y aura-t-il des plantes et des animaux dans le monde nouveau ?_ 762

Traité des fins dernières, Q. 47, a. 7 — Les œuvres artistiques précédemment détruites reparaîtront-elles dans le monde nouveau ?  765

QUATRIÈME PARTIE — CE QUI SUIT LA RÉSURRECTION_ 766

QUESTION 48 — Le jugement général de l’humanité_ 767

Traité des fins dernières, Q. 48, a. 1 — Le jugement général aura-t-il lieu ?_ 767

Traité des fins dernières, Q. 48, a. 2 — Ce jugement aura-t-il lieu oralement ?_ 769

Traité des fins dernières, Q. 48, a. 3 — Le jugement aura-t-il lieu dans la vallée de Josaphat ?_ 770

QUESTION 49 — La connaissance que les ressuscités auront au jour du jugement de leurs mérites et de leurs démérites 771

Traité des fins dernières, Q. 49, a. 1 — Chaque homme connaîtra-t-il après sa résurrection, les péchés qu’il a commis ?_ 771

Traité des fins dernières, Q. 49, a. 2 — Chacun pourra-t-il lire dans la conscience d’autrui tout ce qu’elle renferme ?_ 773

Traité des fins dernières, Q. 49, a. 3 — Chacun pourra-t-il voir d’un seul regard tous les mérites et démérites de lui-même et des autres ?_ 774

QUESTION 50 — Juges et jugés au jugement général 775

Traité des fins dernières, Q. 50, a. 1 — Y aura-t-il des hommes qui jugeront avec le Christ ?_ 776

Traité des fins dernières, Q. 50, a. 2 — Le pouvoir judiciaire appartient-il à la pauvreté volontaire (kénose) ?_ 777

Traité des fins dernières, Q. 50, a. 3 — Les anges doivent-ils juger ?_ 779

Traité des fins dernières, Q. 50, a. 4 — Tous les hommes comparaîtront-ils en jugement ?_ 780

Traité des fins dernières, Q. 50, a. 5 — Les bons seront-ils jugés en ce dernier jugement ?_ 781

Traité des fins dernières, Q. 50, a. 6 — Les méchants seront-ils jugés ?_ 782

Traité des fins dernières, Q. 50, a. 7 — Les anges seront-ils jugés lors du jugement dernier ?_ 783

QUESTION 51 — La forme sous laquelle le juge viendra_ 784

Traité des fins dernières, Q. 51, a. 1 — Le Christ nous jugera-t-il sous la forme de son humanité ?_ 785

Traité des fins dernières, Q. 51, a. 2 — Le Christ au jugement apparaîtra-t-il sous la forme de son humanité glorieuse ?_ 786

Traité des fins dernières, Q. 51, a. 3 — La divinité peut-elle être vue sans jouissance par les méchants ?_ 788

QUESTION 52 — L’état du monde après le jugement 789

Traité des fins dernières, Q. 52, a. 1 — Après le jugement général doit-on compter deux demeures des hommes et pas une de plus ?  789

Traité des fins dernières, Q. 52, a. 2 — Après la résurrection et le jugement général, y aura-t-il un lieu pour le paradis et l’enfer ?  791

Traité des fins dernières, Q. 52, a. 3 — La béatitude des saints sera-t-elle plus grande après la résurrection et le jugement général qu’auparavant ?_ 794

Traité des fins dernières, Q. 52, a. 4 — Le châtiment des damnés s’étendra-t-il jusque dans leur corps après la résurrection et le jugement général ?_ 796

Traité des fins dernières, Q. 52, a. 5 — Le monde demeurera t-il ainsi éternellement ?_ 798

UNE BIBLIOGRAPHIE SUR L’ESCHATOLOGIE_ 802

PRINCIPAUX AUTEURS CITÉS_ 810

INDEX DES PRINCIPAUX LIEUX THÉOLOGIQUES_ 814

TABLES_ 816

POSTFACE_ 817

 

 

 

 

 

 

LE RETOUR DU CHRIST EN GLOIRE, un événement vécu à l’heure de la mort comme à la fin du monde

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

I - GENÈSE — le drame d’une une humanité sans finalité

 

Le parcours universitaire que j’ai suivi m’a conduit à m’intéresser successivement à la biologie, à la philosophie et à la théologie catholique. Ces trois voies m’ont amené à m’interroger sur la raison des choses, sur l’homme dans son être et sa finalité. La question de la finalité, particulièrement, a retenu mon attention selon ces approches distinctes et complémentaires qui constituent trois « sciences », trois savoirs non opposables : finalité de la vie, de l’homme, au plan humains et chrétiens. A travers ces diverses recherches, il m’est apparu que cette question était de la plus haute importance puisqu’elle donne son sens ultime au réel dans son ensemble. Quelques exemples peuvent illustrer cette découverte : à quoi sert en définitive à un homme une connaissance parfaite de sa structure biologique si, dans le même temps, sa « théologie » lui enseigne que l’aventure de la vie est vouée un jour ou l’autre au néant. Dans sa vie pratique, ne sera-t-il pas conduit à agir de façon à profiter dans l’urgence d’une liberté appelée à se dissoudre tôt ou tard ? Comme dit saint Paul[1], « Mangeons et buvons car demain nous mourrons. » De même, en biologie, l’organe ne se comprend pas de manière ultime dans son mode de fonctionnement mais dans sa finalité.

 

La question de la finalité de ce qui existe est une question ultime. Or, l’Occident, par sa conduite pratique, semble lui apporter la réponse suivante : ce monde est sans finalité et l’homme, terme d’une chaîne de hasards, doit se hâter de vivre avant de retourner au chaos. Mon activité professionnelle liée à l’enseignement de la philosophie et de la théologie me confronte quotidiennement à la jeune génération dont le comportement apparaît de plus en plus concrètement marqué par cette conception sans espérance. Un film récent intitulé le cercle des poètes disparus a marqué la jeunesse d’une manière prophétique en lui révélant une sagesse de vie qui lui correspond : « Carpe Diem, profite du jour selon toutes les richesses de ton humanité avant que vienne le soir. »[2] Mais l’absence quasi universelle de finalité ultime capable de rendre raison de la présence sur terre ne s’accompagne pas toujours d’une recherche aussi positive que celle proposée dans ce film. Le fait d’épanouir ses talents en se servant de la pensée de la mort comme d’un rappel de l’urgence n’est pas donné à tous. Nous pourrions aller jusqu’à dire que le suicide, tel qu’il est présenté à la fin du film et qui devient de plus en plus le fléau majeur de nos sociétés post-chrétiennes, est le cri primal de l’absurdité des espoirs humains lorsqu’ils ne se fondent pas sur une espérance au-delà de la mort.

Que nos sociétés modernes manquent de finalité ultime est chose peu surprenante mais force est de constater que les chrétiens eux-mêmes connaissent une anémie[3] de la vertu d’espérance. Trop souvent, le christianisme a été réduit à un de ses effets les plus marquants : la construction ici-bas d’un monde équitable. La responsabilité première de cette déviation est à rechercher dans le travers libéral d’un clergé qui n’ose plus parler en chaire de la Vie spirituelle. Beaucoup de raisons peuvent expliquer ce silence : soucis de s’adapter à un public déjà laïcisé, absence de certitude sur la nature de l’au-delà... Quelles que soient les raisons évoquées, force est de constater que l’absence de prédication des fins dernières[4] laisse un vide dont la nature a horreur, qu’elle emplit de formes d’espérances néo-chrétiennes et étrangères à la foi. Ainsi voit-on apparaître chez les chrétiens eux-mêmes de nouvelles espérances. La plus connue actuellement (Nouvel Age) s’appuie sur la réincarnation mais n’est pas la première tentative. Elle est précédée par toutes les formes de messianismes temporels dont la liste ne cesse de s’allonger : idéologie marxiste baptisée en vue d’un paradis sur terre, humanismes millénaristes, syncrétismes hindouistes... Il existe même des sectes dont le fond de commerce est le don d’une espérance historiquement datée : elles annoncent le retour du Christ avec force de dates. Elles prophétisent le malheur pour ceux qui n’adhéreront à temps pas à l’arche de Noé qu’elles s’estiment être. Leurs adeptes sont nombreux et leur adhésion totale.

 

II - QUESTION POSÉE, AXE DE LA THÈSE — Le salut des païens.

 

La gène d’une partie du clergé face à la prédication des fins dernières est compréhensible pour d’autres raisons, d’ordre théologique. Historiquement, depuis un demi-siècle, la doctrine des fins dernières est en crise. L’interprétation des dogmes et de l’Écriture par la théologie scolastique est devenue insupportable. Il convient de se souvenir que la théologie traditionnelle enseignait, jusque dans les années 50, la séparation éternelle de Dieu des enfants morts sans baptême, la damnation des païens. Il ne s’agissait pas de conclusions liées à un sectarisme catholique mais, aux yeux de la plupart des théologiens, de saint Augustin et saint Thomas d’Aquin en particulier, d’une conséquence nécessaire de la foi. Il semblait en effet impossible de conclure autrement puisque la foi catholique pose comme une certitude que nul n’entre au Ciel s’il meurt sans la grâce sanctifiante, fondement ontologique de la vertu de charité. Or un païen ne peut vivre de la charité puisque, selon saint Paul[5], il n’a pas reçu la prédication de l’Évangile. A la suite du long travail de réflexion entrepris depuis le Concile Vatican II, il est devenu évident qu’un enfer éternel et largement ouvert aux innocents par la justice du Créateur ne concorde pas avec Jésus tel qu’il se révèle.

Se pose alors le problème de savoir comment on peut concevoir le salut des non-chrétiens qui sont sans rapport humain avec ce Verbe fait chair, les textes conciliaires s'en tenant quant à eux à un vague “par des voies connues de Lui [Dieu]”, comme la Déclaration Gaudium et Spes le rappelle (§ 21). Celle-ci “n'entend pas offrir des solutions” (§ 3) mais “indiquer certains problèmes fondamentaux qui restent ouverts à d'ultérieurs approfondissements. »

            Tout le début du § 3 vaut d'être retranscrit : “De la pratique et de la théorisation du dialogue entre la foi chrétienne et les autres traditions religieuses, naissent de nouvelles questions ; il faut les affronter en parcourant de nouvelles pistes d'investigation, en avançant des propositions et en suggérant des comportements, qui doivent être soumis à un discernement attentif. La présente Déclaration intervient dans cette recherche pour rappeler aux Evêques, aux théologiens et à tous les fidèles catholiques certains contenus doctrinaux essentiels, qui puissent aider la réflexion théologique à découvrir peu à peu des solutions conformes aux données de la foi et aptes à répondre aux défis de la culture contemporaine. »

 

C'est ce que Un théologien ne dit jamais qu'il ne sait pas ; Augustin fait figure d'exception préhistorique lorsqu'il écrit de la raison de la ddd : “Est-ce pour le salut de tous ceux qu’il a trouvés, ou de quelques-uns seulement qu’il a jugés digne de ce bienfait ? Je me le demande encore... ce que je n’ai pu trouver encore, c’est quel bien il a pu apporter, en descendant dans les enfers, à ceux qui étaient dans le sein d’Abraham et qu’il n’avait jamais privé de la vision béatifique de sa divinité”[6].

            A fortiori, il est exceptionnel de lire sous une plume théologienne que, dans le futur, un théologien pourrait trouver une réponse à telle question qui paraît aujourd'hui une énigme. L'attitude habituelle consiste à inventer des formules subtiles qui donnent l'illusion d'une explication mais qui, en réalité, renferment une contradiction indépassable. Les textes conciliaires furent plus sages qui qualifient la manière dont Dieu sauve en dehors des sacrements de l'Eglise, de modo Deo cognito ou de viis sibi notis (G.S. n° 22,5 et A.M. n° 7[7]). Ce devait sans doute être une manière de prévenir les discussions stériles et les dérapages sur un tel sujet ; c'est le contraire qui s'est passé, comme on l'a vu plus haut. De plus, ces formules du type “par des voies connues de Dieu [seul]” laissaient entendre qu'il est impossible de comprendre le modus salutis de la plupart des hommes, voire que Dieu nous le dissimulerait délibérément. La juste compréhension de ces deux passages conciliaires découlent d'un document largement postérieur – mais il n'est jamais trop tard – : Dominus Iesus. Cette déclaration constitue pour les théologiens une invitation à chercher et à trouver, et il est exceptionnel qu'un document romain invite à parcourir de nouvelles pistes d’investigation... La présente Déclaration intervient dans cette recherche pour rappeler... certains contenus doctrinaux essentiels, qui puissent aider la réflexion théologique à découvrir peu à peu des solutions conformes aux données de la foi et aptes à répondre aux défis de la culture contemporaine” (n° 3 §1).

A la lumière de Dominus Iesus, les deux passages conciliaires relatifs au salut des non chrétiens doivent désormais être lus comme signifiant : « d'une manière dont nous sommes actuellement pas en mesure de rendre compte », c'est-à-dire dans une perspective invitant à trouver une solution qui existe nécessairement :

« Lorsque viendra l'Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière. » (Jn 16,13)

 

L’abandon de la réponse scolastique à la question du,salut des païens laissait un vide. Il convenait donc d’établir une autre théologie capable de remplacer ce qui était périmé dans l’ancienne. Mu par le soucis de concorder au plus près avec l’esprit des évangiles, une partie du clergé catholique se mit à enseigner une thèse diamétralement opposée : la bonne volonté suffit au salut car Dieu est amour. On a reproché avec raison à cette conception trop simple d’être marquée par le laïcisme ambiant. Une théologie qui enseigne une ouverture large et inconditionnelle du paradis à tous les hommes de bonne volonté et sans autre condition affadit tellement le sel de l’Évangile qu’il ne reste bientôt plus de la charité théologale qu’une forme élevée de philanthropie[8]. L’Évangile entre en contradiction avec cette thèse par la bouche de Jésus lui-même : « Les païens eux-mêmes en font autant »[9]. D’autres essais ont été tentés. Mais, et nous serons amenés à l’étudier dans nos prolégomènes, l’étude des systèmes théologiques qui s’efforcent d’expliquer le salut ou la damnation des hommes et en particulier des païens, ne nous a pas permis de trouver une solution qui satisfasse avec harmonie à tous les enseignements évangéliques. Sur un point ou sur un autre, elles rencontrent la contradiction. Il convient en effet, pour être en phase avec les enseignements de Jésus de soutenir à la fois la bonté d’une volonté humaine droite[10], la nécessité absolue pour le salut d’une naissance d’en haut[11] qui est plus que la simple bonne volonté, la possibilité pour les païens d’être sauvés malgré leur mort séparée de la grâce sanctifiante. La difficulté du débat a été ressentie par la majorité du clergé qui s’est en conséquence efforcé de ne parler qu’en termes vagues de la manière dont Dieu sauve à l’heure de la mort. Les conséquences pratiques d’une telle lacune de la prédication ne cessent de se manifester. Nous l’avons déjà dit.

Quelles qu’elles soient, les théologies du salut peuvent être classées en trois catégories : celles qui réservent l’entrée dans la Vie éternelle à la seule charité (Agape au sens de saint Thomas d’Aquin : amitié d’égalité avec Dieu[12]), celles qui la réservent aux seuls croyants (adhésion confiante à la parole de Dieu[13]) et celles, enfin, qui la réservent à tous les hommes de bonne volonté[14] (ceux qui écoutent la voix de leur conscience, et compte sur une qualification humaine de leur personne.) Nous préciserons au cours de notre étude ce que nous entendons sous cette distinction[15]. Les deux premiers systèmes frappent par leur élitisme. Ils sont logiquement conduits à admettre la damnation de beaucoup car la charité et la foi théologales sont rares. Aristote l’affirmait déjà : la plupart vivent dans le sensible[16] à l’exclusion du spirituel. Quant au troisième système, il conduit à mettre en doute la nécessité du Christ lui-même.

Comment échapper au dilemme d’une eschatologie élitiste ou laxiste ? Comment est-il possible de répondre du salut des hommes selon un regard pleinement évangélique ?

Il nous est alors apparu que la tension de ce problème ne pouvait être desserrée que de la manière suivante : les païens ne vont pas en enfer bien qu’ils paraissent mourir sans la charité parce que tout homme, chrétien ou non, reçoit la possibilité d’aimer Dieu à l’heure de la mort. Par « heure de la mort », nous entendons, et c’est important, la durée qui précède la séparation de l’esprit et du corps. Nous essayerons d’établir que l’amour de Dieu (Agapè) est proposé à l’homme par une prédication sensible de l’Évangile opérée par la venue glorieuse du Christ accompagnée des saints et des anges. Il nous est apparu que les textes concernant la parousie devaient être appliqués non seulement au domaine de la fin du monde mais aussi à celui de l’heure de la mort.

L’objet de notre hypothèse consiste précisément en ceci : démontrer, autant que faire se peut par une méthode théologique, que le Christ glorieux apparaît à tout homme à l’heure de sa mort. Nous espérons qu’à la lecture de ce travail, le théologien sera convaincu qu’il s’agit plus que d’une simple opinion.

 

III - PLAN SUIVI

 

PROLÉGOMÈNES : Dans une approche théologique (s’appuyant sur l’histoire de la théologie mais non exclusivement historique), nous exposerons les plus caractéristiques parmi les conceptions du salut. L’utilisation diachronique de l’histoire nous permettra de mettre en valeur l’axe de la recherche : la question du salut des non-chrétiens n’est pas résolue. Afin de mieux aiguiser le champ de ces recherches, nous ne nous arrêterons pas aux conceptions marginales ou périmées. Nous montrerons comment la question de l’enfer ne trouve jamais une solution satisfaisante. Le dilemme entre l’amour de Dieu qui veut proposer à tous les hommes son salut et le mystère de la damnation éternelle suscite nombre de théories mais aucune ne satisfait pleinement l’esprit.

Trois grandes tentatives d’explication retiendront notre attention :

 

            Le salut par la charité (saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, Concile de Trente.)

Nous entendons par charité sa définition thomiste : un amour d’amitié envers Dieu parce qu’il est Dieu et envers son prochain par amour de Dieu. Existentiellement, le premier exercice de la charité est manifeste dans le cœur à cœur d’un dialogue avec Dieu (la prière.)

 

            Le salut par la foi (thèse principalement soutenue par les Réformés, Luther, Calvin, mais aussi par l’Islam bien que le rôle des œuvres y est différent.)

Nous entendons la foi au sens de Luther : une confiance absolue en Dieu qui nous sauve gratuitement, quelles que soient les œuvres. Il est intéressant de remarquer que la foi confiante peut exister sans la charité, de même qu’un serviteur peut avoir parfaitement confiance en son maître et l’aimer profondément sans oser l’aimer comme un ami. L’amitié implique en effet d’être l’égal de son ami. Il existe donc une distinction, qui n’a pas échappé à Luther, entre foi et charité.

 

            Le salut par la bonne volonté (Modernes.)

Par bonne volonté, nous entendons tout type de comportement en harmonie avec la conscience morale naturelle et subjective de chacun, cette conscience naturelle n’ayant pas nécessairement de rapport explicite avec l’existence de Dieu. Selon cette théologie, tout homme agissant en rectitude avec ce qu’il dénomme le bien et le mal mérite d’entrer dans la gloire à cause même de sa rectitude morale et sans autre condition.

 

Nous avons choisi d’exposer les grandes conceptions du salut et de l’heure de la mort sous ces trois rubriques. Nous établirons ultérieurement qu’elles constituent une bonne division car assez complète des théologies du salut. Elles nous paraissent donner une vision synthétique digne de prolégomènes. En effet, l’objet de ce prologue n’est pas directement notre hypothèse mais plutôt la manifestation de son importance. Nous aurions pu exposer à la suite une série d’auteurs ayant traité de l’heure de la mort et du salut. Cela eût été à la fois moins adapté à notre but et moins clair au plan théologique. Le rapport entre salut, grâce et nature est, nous le verrons, au cœur de notre hypothèse. Il convient de le manifester sans attendre.

 

 

PREMIÈRE PARTIE : Approche démonstrative théologique

 

Elle constitue la partie la plus importante de notre recherche car c’est sur elle et non sur la suite des arguments simplement probables que nous fondons notre certitude. Nous procéderons à une approche démonstrative théologique concernant la nécessité du retour du Christ à l’heure de la mort (cette « heure de la mort » n’étant pas celle qui suit la séparation de l’âme et du corps mais celle qui la précède.)

Par approche démonstrative théologique, nous entendons un raisonnement certain. En science ou en philosophie, nous nous serions appuyés en premier lieu sur l’expérience du réel, puis sur des raisonnements de l’intelligence. L’utilisation d’un exemple peut rendre plus clair notre assertion. Ainsi, on a pu démontrer l’existence de la planète Pluton en observant la déviation d’une autre planète (fondement expérimental) puis en calculant la place théorique de la cause déviante (raisonnement impliquant ici une induction -s’il y a effet, il y a cause-, un jugement d’existence sur cette cause et un calcul de son emplacement). L’observation au télescope n’est venue qu’après.

Une approche démonstrative théologique est analogue à ceci près qu’elle s’appuie sur la foi. Elle ne s’appuie pas en premier lieu sur l’expérience mais sur la certitude de la vérité de la Parole de Dieu qui se révèle et ne peut mentir. « L'annonce eschatologique chrétienne puise sa force dans le Dieu vivant et n'est compréhensible que dans la foi. Si nous croyons en Dieu et au lien vital qui nous relie à lui, nous avons l'assurance la plus totale que notre vie personnelle, que notre moi, se poursuivra en lui. Un christianisme purement horizontal n’est plus un christianisme. »[17] La réponse de l’homme à cette révélation est la foi. Or la certitude de la foi, si elle s’appuie sur Dieu qui ne ment pas, passe par des instruments humains qui peuvent être source d’ambiguïtés et d’erreurs. En ce qui concerne l’Écriture Sainte, l’exégèse historique et critique est un outil qui peut aider à approcher une certitude de type théologique. Cependant, au-delà de son rôle instrumental (instrumental car la foi a besoin d’une certitude autre que la démarche historique et critique), le lieu théologique de la certitude se trouve, au moins dans une perspective catholique, dans la conjonction entre trois voies de connaissance : Les deux plus importantes sont 1) le sens littéral de l’Écriture et 2) sa confirmation par la Tradition des saints. Lorsque, confirmant ces deux voies, 3) le Magistère de l’Église s’est prononcé à travers une définition solennelle, nous touchons à l’absolue certitude de la foi. Quand l’Écriture Sainte, la Tradition et le Magistère solennel s’unissent pour affirmer la vérité d’une proposition de foi, il est alors possible pour le théologien de s’appuyer avec une certitude quasi « native », comme en direct, sur la Parole de Dieu qui ne ment pas. Nous estimons que cette conjonction, qui n’est pas si fréquente en théologie, constitue un fondement aussi certain que celui de l’expérimentation pour le scientifique. En ce sens, une fois le fondement établi, si notre raisonnement par induction ou déduction est valide, il nous paraît possible de parler d’approche démonstrative théologique. Saint Thomas d’Aquin utilisa souvent cette méthode. Dans la grande majorité des cas, l’histoire des dogmes qui ont suivi sa mort montre qu’il avait choisi la bonne voie. Pourtant, il s’est parfois trompé. A cet égard, son raisonnement sur le péché originel en Marie est significatif de la limite des raisonnements de type « théologie scientifique » face au mystère de l’amour de Dieu. » Puisque tout homme est sauvé par le Christ, disait saint Thomas d’Aquin, si Marie est immaculée dans sa conception, c’est qu’elle échappe à cette règle. Donc Marie est née avec la tâche originelle »[18]. Il s’est trompé. Son erreur n’est pas dogmatique (tout homme est sauvé par le Christ) mais dans le raisonnement logique qui suit le dogme et qui oublie une possibilité : qui peut empêcher Dieu de sauver par anticipation ?

Dans le projet qui est le nôtre, nous avons conscience de ce risque d’erreur : notre méthode démonstrative s’appuie sur la Parole de Dieu solennellement confirmée avec le souci d’établir avec précision ce qui, dans cette Parole, a été défini de manière sûre et précise par le Magistère. Dans cette première approche, il est relativement aisé de ne pas se tromper et de ne pas confondre un dogme certain avec une opinion débattue. Certes, une nouvelle génération de théologiens discute de la nécessité de soumettre les dogmes solennellement définis à une exégèse historique et critique. Quitte à paraître un peu marginal aujourd’hui, nous estimons que ce n’est pas nécessaire pour ceux que nous utiliserons. Les textes dogmatiques du Magistère, jusqu’au Concile Vatican II inclus, ne sont en général situés historiquement que par rapport au contexte qui a conduit l’Église à les rédiger. Mais leur contenu est présenté avec une précision quasi juridique qui évite les contresens. D’autres théologiens estiment qu’on ne peut plus, à l’heure actuelle, s’appuyer sur les dogmes en théologie. Nous les laissons à leur responsabilité. Pour notre part, nous préférons donner à ces repères la place importante que leur laisse Lumen Gentium : n’étant jamais allé vérifier ce qui se passe dans l’autre monde, il nous paraît pratique et sensé de nous appuyer fermement sur ce que l’Esprit Saint en a dit. Puisque le Magistère a reçu de Dieu le ministère de confirmer aux croyants que c’est bien l’Esprit qui a parlé et ce qu’il a voulu dire, il serait bien dommage de se passer de cette aide précieuse.

Ce n’est que dans un deuxième temps que le risque d’erreur apparaît. Appuyé sur la foi et sur l’esprit qui infuse cette foi (nous entendons par-là l’amour, Agapè), le théologien est conduit à raisonner. Ce raisonnement reste humain, à la mesure des pensées limitées de l’homme, conditionné par l’analogie de la foi. Est-ce à dire que le théologien ne peut que conjecturer la vérité de sa découverte ? En science positive, il existe un critère qui permet de présumer de la validité d’une théorie : C’est la prédictibilité. Une hypothèse qui permet d’établir d’autres conclusions elles-mêmes vérifiables, est fort probablement vraie. Ainsi, la théorie de la relativité généralisée découverte par Einstein à partir de calculs mathématiques théoriques permit de prévoir des applications concrètes qui se révélèrent par la suite vérifiées. En théologie, dans le domaine des fins dernières, nous ne pourrons malheureusement vérifier le réel qu’en passant par la mort. Cependant, en deçà de cette expérience, il existe une série de données enseignées avec certitude par l’Écriture et confirmées par le Magistère (possibilité de l’enfer éternel, sous réserve de blasphème contre le Saint Esprit, purgatoire pour les saints après la mort, possibilité du salut des païens selon des voies connues de Dieu (GS 22) etc.) Or notre hypothèse permet de rendre raison de manière limpide, simple et pacifiante de ces dogmes difficiles[19]. L’intelligence et la foi ne peut qu’être frappée par l’harmonie totale[20] du Traité des fins dernières si on lui ajoute l’hypothèse dont nous parlons : une parousie glorieuse du Christ pour tout homme à la fin de la vie terrestre.

 

 

 

Abordons maintenant de manière résumée la démarche démonstrative qui sera la nôtre. Voici, en premier lieu, le fondement dogmatique sur lequel nous choisissons de nous appuyer parce que, objectivement, nous ne pouvons pas faire autrement comme croyant[21] :

 

1- La charité seule introduite dans la vision de Dieu ;

 

2- Dieu propose à tous cette charité afin que tous puissent être sauvés ;

 

3- Il la propose avant la mort, c’est-à-dire durant notre vie terrestre, alors que notre âme est unie à notre corps ;

 

4- AUSSITÔT après la mort, sans délai, l’âme qui n’est pas en état de charité est en état de damnation éternelle.

 

Nous présenterons dans un premier temps la certitude de ces quatre points. Par certitude, nous entendons qu’ils réunissent tous les critères permettant d’affirmer qu’ils sont Parole de Dieu et non une simple opinion théologique (concordance entre sens littéral de l’Écriture, Tradition, Magistère.) Dans un second temps, nous expliciterons leur signification dans la rigueur d’un langage théologique dépouillé. Nous isolerons avec précision, à la base des conceptions citées en prolégomènes, ce qui constitue le domaine de la foi et ce qui est interprétation de la foi. Cette démarche devra être effectuée avec une grande rigueur, en confrontant l’ensemble des textes du Magistère et en tenant compte de leur degré d’autorité. C’est en effet très souvent à cause d’un manque de précision dans ce travail, provoqué la plupart du temps par une théorie théologique présupposée et a priori, que le reste des recherches prend une option déviante. Or c’est principalement sur la base de ce travail d’isolement que veut se fonder la scientificité théologique du reste de notre recherche.

 

Appuyé sur ces bases, nous établirons notre hypothèse. La mineure de notre approche démonstrative ne sera pas un article de foi mais une constatation d’ordre expérimental :

 

« Des millions d’hommes de jadis et d’aujourd’hui meurent sans avoir seulement soupçonné l’existence d’un Dieu d’amour. Ils meurent donc sans la charité (comment aimer Dieu sans le connaître), alors que l’Évangile nous dit que Dieu veut proposer le salut à tout homme. Sont-ils donc damnés pour l’éternité tel que semble l’affirmer le quatrième article cité ? »

 

Oui, répondaient saint Augustin et saint Thomas d’Aquin à leur cœur défendant. Non, dirons-nous, d’où notre hypothèse. Sont-ils sauvés par la seule force de leur volonté droite, sans l’amour de charité ? Oui, répondent beaucoup de théologiens contemporains. Non, affirmerons-nous, d’où encore une fois la nécessité de notre hypothèse : « Le retour du Christ en gloire est un événement qui concerne non seulement la fin du monde mais aussi l’heure de la mort individuelle. »

Nous manifesterons la nécessité d’un choix libre et définitif, condition nécessaire à l’entrée dans la Vision éternelle de Dieu ou dans le refus éternel de cette vision. Nous distinguerons notre propos de celui de Ladislas BOROS sur l’option finale[22] qu’il situe après la mort[23].

 

Arrivé à ce point de l’exposition résumée de notre hypothèse, une objection peut être formulée : est-il légitime de raisonner en s’appuyant sur une majeure dogmatique et une mineure expérimentale ? Il semble illégitime de mélanger les genres.

Cette objection n’est pas nouvelle : elle fut adressée à saint Thomas d’Aquin qui fut même un temps condamné par ses paires théologiens pour avoir introduit en théologie des données philosophiques d’Aristote. Ce grand théologien se serait sans doute justifié ainsi : Dieu est l’auteur de tout le réel. Il est à la fois le Créateur des anges que nulle philosophie expérimentale ne peut connaître, et des plantes qu’on peut examiner au microscope. Ainsi, quel que soit le mode par lequel l’homme parvient à la connaissance du réel, que ce soit par les seules forces de son intelligence ou en s’appuyant sur la révélation, il ne peut y avoir contradiction. Le réel ne se contredit jamais. S’il y a contradiction, ce peut être parce que l’homme appelle « foi » ce qui n’est qu’opinion théologique ou qu’il appelle « science » ce qui n’est qu’erreur philosophique. Il est donc possible pour le théologien de mélanger les genres, d’appeler son expérience au service de sa foi. Saint François de Sales l’enseigne : « La foi et la raison doivent marcher ensemble comme deux affectionnées. » Non seulement cette attitude est possible mais elle est nécessaire pour le service de la « science des sciences » qu’est la théologie. Mais cette synthèse harmonieuse est difficile. On a rarement égalé en ce domaine le « Docteur commun. »

 

 

DEUXIÈME PARTIE : Témoignages à l’appui.

 

Dans un domaine aussi pratique que celui que nous abordons, la puissance d’un raisonnement ne saurait suffire. Il paraît nécessaire qu’une certaine base traditionnelle étaye le propos. Lorsqu’une thèse est totalement étrangère à l’Écriture Sainte ou à la Tradition de l’Église, ne risque-t-elle d’être considérée comme une opinion marginale ? C’est pourquoi, dans cette deuxième partie, nous rechercherons ce qui dans l’Ecriture Sainte, dans l’expérience ou les écrits des saints, des théologiens, correspond à notre hypothèse.

 

L’Écriture Sainte en parle-t-elle explicitement ou implicitement ? Là encore notre recherche sera très pauvre : aucun texte explicite n’existe mais seulement plusieurs textes du discours eschatologique où Jésus semble unir l’annonce de la fin du monde, l’annonce de la mort individuelle ou de la ruine du temple de Jérusalem. Ces textes ne peuvent constituer une preuve car, comme le dit saint Thomas d’Aquin, « seul le sens littéral et explicite a valeur de fondement de foi »[24].

 

La Tradition de l’Eglise, représentée en particulier par les saints canonisés ou les théologiens reconnus en parle-t-elle explicitement ou implicitement ? Nous ne nous appuierons pas excessivement sur ces témoignages. En effet, les saints et les théologiens se contredisent trop souvent entre eux pour constituer une preuve. Ils constituent simplement un signe manifestant que notre hypothèse, quoique nouvelle, n’est pas radicalement étrangère à l’Église.

 

Enfin, toujours dans un souci d’élargissement des bases de la thèse, il nous faudra rechercher hors du domaine de l’Eglise : Que disent les autres religions ? Existe-t-il des témoignages paranormaux de l’approche de la mort ? Que penser des récits nombreux de ceux qui ont approché la mort et vécu à cette occasion une expérience de lumière ? Depuis quelques années, grâce surtout aux études du Docteur en Psychiatrie Raymond Moody, ce genre de témoignages s’est imposé à la connaissance du public au point de devenir l’un des sujets paranormaux les plus en vogue. Les opinions des scientifiques et des théologiens divergent : effet subjectif du cerveau en détresse ? Réelle expérience mystique[25] ? Cet aspect de notre étude nous paraît particulièrement important. S’il peut exister une approche de type expérimental de l’heure de la mort et des événements qui se produisent, si des témoins nombreux et critiquables se révèlent dignes de crédibilité au terme d’une enquête policière sur leur témoignage, alors la recherche philosophique vient croiser ma recherche théologique. Les points d’intersection entre ces domaines de connaissance sont rares et intéressants.

 

 

TROISIÈME PARTIE : Où se construit l’harmonie d’un traité théologique.

 

 

Notre hypothèse ouvre la voie à la rédaction d’un Traité des fins dernières, à la fois harmonieux avec lui-même et avec l’ensemble de l’enseignement évangélique (l’amour de Dieu, la possibilité réelle d’un enfer éternel, le blasphème contre l’Esprit de ceux qui se damnent, le silence de Dieu, la souffrance, le purgatoire, la persistance des autres religions après la venue du Christ, le développement permis par Dieu des athéismes etc.) C’est par cette ouverture que nous conclurons la rédaction de notre hypothèse. La question de la mort, en particulier, sera l’objet de notre attention ; De cette manière, si nous n’avons su convaincre entièrement le lecteur de la nécessité de l’hypothèse que nous défendons, nous espérons cependant en avoir manifesté la très grande probabilité. Lorsqu’un traité s’harmonise avec la foi en un Dieu d’amour et de lumière au point de constituer un appel à la contemplation, lorsqu’il donne de plus une explication évangélique à des énigmes jusque là sans réponses c’est qu’il ne manque pas d’intérêt.


 

PROLÉGOMÈNES[26] — Sur quoi se fonde la salut ?

 

 

Le dilemme suivant est-il réellement insoluble ?

 

 

« Ou le christianisme est nécessaire pour le salut, et vous êtes obligé de damner tous les millions d’hommes qui sont venus au monde sans le Christ ; ou bien vous direz qu’ils peuvent être sauvés, mais alors le christianisme n’est pas nécessaire au salut et toutes les religions païennes valaient autant! »[27]

 

 

 

Au cours de notre introduction, nous avons suggéré les difficultés des grandes théologies chrétiennes sur la question du salut des non-chrétiens. Nous voudrions montrer comment de grandes traditions chrétiennes, dans la mesure où elles gardent la conviction que le salut éternel consiste dans la Vision face à face de la Trinité (nous ne voulons pas aborder les messianismes temporels, notre sujet étant axé sur une question d’ordre spirituel), ont imaginé le chemin nécessaire pour y accéder. Nous voudrions surtout manifester les limites ou même les contradictions de ces systèmes pour la question du salut de ceux du dehors. Cette partie préparatoire vise à établir d’une manière critique la nécessité de continuer la recherche en ce domaine, car l’Évangile du Christ ne peut se contenter d’à-peu-près pour des questions aussi essentielles.

 

Appuyés sur la révélation contenue dans l’Écriture Sainte, parfois aussi sur la tradition des anciens, des théologiens se sont efforcés de discerner les conditions spirituelles voulues par Dieu pour que l’homme puisse être introduit dans son Mystère. Ce domaine de réflexion est l’un des plus fondamentaux de la théologie. Le débat sur la place de la grâce et de la nature est central. Il est aussi l’un des plus débattus depuis le début de l’Église au point qu’il est impossible d’en faire l’exposé complet.

 

Mais, au-delà des foisonnements des systèmes théologiques en ce domaine, il est possible de discerner trois grandes orientations. Ces courants sont discernables dès le début de l’Église et réapparaissent périodiquement jusqu’à notre époque dans les débats théologiques.

 

Le courant le plus traditionnel dans les Églises chrétiennes, issu de la majorité des Pères de l’Église, systématisé dans l’Église latine par saint Augustin, rationalisé par saint Thomas d’Aquin, canonisé par le Concile de Trente, consiste à montrer que le salut ne peut être obtenu qu’en raison de l’amour surnaturel appelé par saint Paul la charité[28]. La charité est un amour d’amitié où Dieu et l’homme se donnent réciproquement. Elle est l’acte surnaturel par excellence puisque l’homme doit être élevé au niveau de la surnature de Dieu, Dieu s’abaissant au niveau de l’homme. L’amitié, disait Aristote, ne peut exister entre un supérieur et un inférieur mais entre deux égaux, d’où cet équilibrage réalisé par la grâce pour que puisse exister la charité.

 

Pour d’autres, à la suite de Luther et des réformés, l’homme est certain de recevoir la gloire dans l’autre monde s’il constate qu’il éprouve pour Dieu une foi confiante[29]. La foi confiante est la seule attitude religieuse dont est capable un homme qui connaît par Révélation l’existence de Dieu et son amour. Pour Luther et ses disciples, l’homme est définitivement incapable de tout acte bon personnel depuis le péché originel[30]. Lorsqu’un homme découvre par un don de la grâce qu’il a été créé par un Dieu personnel et sauvé par l’incarnation et la passion de son Fils, il peut l’adorer puis se tourner vers lui et lui remettre sa confiance. Il agit passivement, tel un enfant. Il remet à Dieu sa confiance et sa reconnaissance pour le salut qu’il sait avoir reçu sans aucun acte de sa part, avant ou après. Cette attitude est louée par l’Écriture : « L’homme doit croire que Dieu existe et se fait rémunérateur de ceux qui le cherchent[31]. » Cette foi n’implique pas la charité au sens catholique du terme. L’amour qu’elle contient n’est pas une amitié d’égal à égal, mais une attitude confiante de d’enfant sauvé à son Père miséricordieux[32]. Si la confiance est nécessaire pour qu’existe l’amitié, la confiance ne conduit pas toujours à l’amitié. Jésus établit cette distinction : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis »[33]. Pourtant, un serviteur peut avoir confiance en son maître. La Doctrine luthérienne pense qu’il est possible à l’homme de dépasser le statut du serviteur[34]. Mais ils bloquent la relation à Dieu à celle que peut avoir un enfant dénué de liberté envers son Père qu’il aime. Les catholiques parlent donc de la foi qui sauve en l’identifiant à la charité. Les réformés l’identifient à la confiance de l’enfant. La distinction foi—charité-active d’avec la foi—confiance-passive nous paraît tout à fait justifiée puisqu’elle est reconnue explicitement par les protagonistes de l’époque de la Réforme, du côté de Luther[35] et du Concile de Trente[36]. Il est vrai que la problématique actuelle entre réformés et catholiques s’est déplacée. Le sens des mots a changé de part et d’autre. Mais la problématique du passé intéresse notre recherche.

 

 

 

Enfin, une troisième orientation considère le salut acquis pour tout homme de bonne volonté. La notion de bonne volonté a pris plusieurs sens au cours des crises de l’histoire. Les deux plus connus sont chez Pélage une volonté conquérante de la vertu ou, comme l’enseigne une grande part des théologiens contemporains[37], une bonne volonté fragile et conditionnée par les faiblesses humaines. La bonne volonté est le fait de tout homme droit qui écoute sa conscience. L’athée lui-même peut agir en homme droit. La conscience morale n’est pas l’apanage de l’homme religieux. Elle peut s’établir dans les amitiés humaines. La bonne volonté ne nécessite ni la foi ni la charité. Elle est l’acte d’un homme droit, s’appuyant sur ses capacités intellectuelles et spirituelles naturelles. L’Évangile reconnaît la valeur d’actes humains bons et différents des actes spécifiquement chrétiens : « Les païens eux-mêmes en font autant. » [38]. Quant à cette distinction charité-foi d’une part, bonne volonté d’autre part, elle reprend la confrontation ancienne comme l’Église et toujours actuelle entre nature et grâce. Au cours de l’histoire, cette distinction s’est déclinée de manière diverse mais elle est toujours apparue profondément encrée dans le judéo-christianisme.

 

 

 

Dans le cadre de cette première approche, nous avons esquissé cette distinction traditionnelle et thomiste[39] entre charité, foi confiante et bonne volonté[40]. Elle apparaîtra dans toute sa clarté et jusque dans ses conséquences à la fin de nos prolégomènes.

 

Il est aisé de se rendre compte que la division des théologies du salut selon la valeur rédemptrice attribuée à ces trois attitudes est valide car exhaustive : elle englobe tout acte humain volontaire ; Elle s’étend même plus loin que le domaine des théologies chrétiennes et peut rendre compte de toutes les religions et Sagesses. La théologie islamique du salut, par exemple, se distingue de la conception catholique par son rejet de la charité, l’idée même de cette vertu théologale lui paraissant constituer un crime de lèse-majesté contre Dieu : qui est l’homme pour prétendre à une amitié d’égalité avec le Tout-Puissant ? Pour le musulman, le salut est une question de foi confiante en Dieu, considéré comme le Créateur miséricordieux et transcendant, à travers une attitude religieuse de soumission et comportement humainement droit envers l’autre. Le bouddhisme, quant à lui, même s’il n’attend pas un salut personnel à travers la rencontre avec Dieu, passe par une conquête constante et volontaire de la part de l’homme : la volonté droite, naturelle, de l’homme joue un rôle primordial. Dans notre terminologie, nous devrions dire que le bouddhiste échappe aux réincarnations par un travail d’ascèse qui rend sa volonté droite et harmonieuse à l’univers. Dans sa conscience, s’il se fond dans l’extinction de toutes les passions de souffrance, s’il entre en vibration paisible avec ce qu’il est (le grand Tout, l’univers), alors il est de bonne volonté. Nous pourrions multiplier les exemples. Nous pourrions manifester aussi que toute attitude humaine morale peut être classée sous un de ces trois niveaux éthiques qui sont :

1) Les éthiques humaines, naturelles, fondées sur les rapports existentiels de l’homme avec les autres hommes et avec l’univers ;

2) Les éthiques religieuses fondées sur le rapport de l’homme avec son Créateur (monothéisme) ou ses dieux (polythéisme.) Il importe peu dans ce domaine de savoir si l’homme à découvert sa religion par lui-même ou par un don gracieux de la Révélation, l’essentiel étant l’apparition d’une réponse religieuse passive de confiance et d’amour révérenciel du Tout-Autre transcendant (ce que nous avons appelé la foi confiante) ;

3) Il existe enfin une éthique surnaturelle spécifiée par la charité, amour du Tout-Autre se faisant proche comme un ami, et qui exige une surélévation au-dessus de la condition de créature. Cet amour là est aussi différent du précédent que peut l’être l’amour d’un enfant et l’amour d’une épouse.


1- LE SALUT PAR LA CHARITÉ

 

1-1- EXPOSÉ DU CONTENU DOCTRINAL

 

Que nul ne puisse entrer dans la gloire sans aimer Dieu pour lui-même à travers cet amour particulier appelé charité et que saint Thomas d’Aquin décrit comme une amitié[41], voici la conception la plus ancienne et la plus traditionnelle de la théologie chrétienne, (orthodoxe, catholique). En Occident, elle fut magistralement enseignée par saint Augustin et, à sa suite, par la scolastique dans son ensemble. Elle s’identifie avec la théologie catholique avec, à son terme, les écrits de H.U. von Balthasar[42].

 

Pour cette étude, nous nous sommes inspirées des auteurs suivants : saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, sainte Thérèse d’Avila, Mgr Glorieux, Ladislas Boros, Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, Charles Journet, H. U. von Balthasar[43]. Cette liste est étrange par son caractère méta-historique. C’est que, au plan des conceptions théologiques en ce domaine, Balthasar est plus proche de saint Augustin que son contemporain Pélage. Ils n’ont en commun ni l’époque, ni le genre littéraire. Mais tous se rejoignent pour placer les deux commandements de la charité au principe (comme source de toute intelligibilité) de leur enseignement moral et mystique. Le fait de les confronter ainsi, sans prendre garde à la chronologie, peut paraître illégitime en ce siècle où la méthodologie exige que tout soit situé historiquement. Il est cependant certains domaines où le temps interfère peu : la modalité du langage employé diffère mais la doctrine sous-jacente est fondamentalement la même. De par leur interprétation de l’Écriture en cette matière, ces divers auteurs sont au-delà du temps.

 

 

Ces penseurs s’unissent dans la reconnaissance unanime que la révélation judéo-chrétienne est identifiée à celle de l’amour (Agapè) de Dieu pour les hommes conjointement à celle de la possibilité pour l’homme d’aimer (Agapen) Dieu en retours comme on aime un ami.

La source de cette étonnante relation au Créateur leur semble venir de la nature même de Dieu : l’amour de charité tel qu’il est vécu en Dieu et proposé à l’homme dépasse tout ce qui peut être imaginé puisqu’il s’identifie à la nature infinie de Dieu et ne trouve qu’une manifestation limitée donc nécessairement inadéquate dans la passion du Christ. Cette charité éternelle et incréée est source des actions extérieures de Dieu (création, sanctification.) Le premier acte extra-trinitaire, selon un ordre génétique, dans lequel transparaît l’amour de Dieu, est la création. Dieu qui est parfait ne crée pas pour s’accomplir à la manière de l’homme mais dans une gratuité absolue qui n’a d’autre raison que le don de lui-même.

La finalité de ce premier acte est dans un second, premier selon l’ordre de perfection, réservé aux seules créatures spirituelles. Dieu veut se donner dans une vie de charité réciproque semblable, autant que faire se peut pour des natures créées, à la charité trinitaire. L’union offerte trouve son modèle dans l’union éternelle et non créée des personnes de la Trinité entre elles. Pour une créature, il ne peut exister d’union plus proche de ce modèle que celle de la vision béatifique. Mais cette vision ne peut être obtenue par autre chose qu’un amour de qualité analogiquement semblable à l’amour intratrinitaire. Selon ces auteurs, nul n’entre dans la gloire sans aimer Dieu d’une amitié intime, à la manière dont les Personnes s’aiment entre elles. Tel est donc le projet ultime qui explique de la part de Dieu la création gratuite de tout esprit, ange ou homme.

Mais pour que puisse exister un tel amour d’amitié, dont la propriété première est d’être, à l’image des amitiés humaines les plus nobles, totalement libre de la part de la créature, certaines conditions sont présupposées : là où se trouve un esprit créé, Dieu se révèle en vue de s’unir amoureusement avec cet esprit. En effet, pour que l’amitié puisse naître, il est nécessaire en premier lieu que l’existence de l’ami et la possibilité de l’aimer de cette manière soient connues. A cette révélation de Dieu, toujours première et don de sa grâce, la créature répond par la foi au sens de connaissance de ce que Dieu révèle. Appuyée sur la confiance dans la vérité de cette révélation, si la créature y consent dans sa liberté, cette foi peut alors s’épanouir dans une autre foi (appelée par saint Thomas d’Aquin la foi confiante) et qui n’est autre qu’un premier amour reconnaissant. Cette confiance peut se concrétiser dans l’expérience en la créature d’une présence d’habitation affective. Dieu est là, tout proche, à l’intersection entre la conscience et la foi. En dernier lieu, cette confiance peut elle-même s’épanouir en amitié. Si la créature a l’audace de s’adresser à son Dieu comme à son ami, d’égal à égal dans un amour de réciprocité fondé sur l’édifice précédant, il entre dans la vie de la grâce sanctifiante. Cela se concrétise selon les mystiques dans une vie d’oraison du cœur. « Je l’avise et il m’avise », disait un paroissien du Curé d’Ars.

Saint Thomas d’Aquin[44], conscient de la valeur surnaturelle de la charité, montre que son existence même présuppose une surélévation de l’âme au-dessus de ses possibilités naturelles. C’est le rôle, selon lui, de la grâce sanctifiante qui transforme et surélève en rendant possible une vie avec la surnature de Dieu. L’existence de la grâce sanctifiante a été posée en premier par saint Augustin dans sa controverse avec Pélage pour expliquer la possibilité d’un rapport d’égalité entre deux natures infiniment éloignées l’une de l’autre. Dès qu’il y a état de grâce, il y a habitation des personnes divines et dès qu’il y a habitation, celle-ci produit elle-même dans l’esprit ce qui la rend possible, à savoir la grâce sanctifiante. La grâce vient dans l’essence de l’âme puis répand dans les vertus théologales déjà existantes, surélevant la foi jusqu’ici source de confiance en un Dieu proche mais inaccessible en une foi amoureuse d’un Dieu « amant de l’âme. » De même, l’espérance est vivifiée dans la volonté, la charité lui donnant un réalisme qui ressemble à une nouvelle naissance. Nicodème, ce fils éminent de la sagesse d’Israël, possédait les vertus théologales de foi et d’espérance mais était considéré par Jésus comme non encore né tant qu’elles n’étaient pas transfigurées par la charité.

 

 

La justification est un terme théologique dont l’origine évangélique[45] a reçu l’interprétation suivante en théologie scolastique : l’acte par lequel Dieu « transfère » dans l’état de grâce celui qui vivait loin de sa présence d’habitation. Par la charité, l’homme passe de l’état de non-justice par rapport à Dieu à l’état de justice ou de sainteté. La justification est un acte de la volonté libre de Dieu, qui répond à la réponse audacieuse de l’homme selon l’adage de saint Augustin : « Dieu qui t’a créé sans toi ne te justifiera pas sans toi. » L’homme étant un être libre, Dieu le meut en actionnant son libre arbitre, et d’un libre oui à un autre, il le conduit, si l’homme ne refuse pas ces motions, jusqu’au oui de la justification où fond en lui la grâce décisive, celle qui rend possible l’exercice d’une charité réciproque.

 

La grâce de Dieu vient toujours prévenir l’homme et elle le pousse pas à pas vers la justification. Les voies peuvent être diverses mais commencent toujours par une certaine prise de conscience de Dieu. En ce sens, la foi (entendue ici comme une simple connaissance) est la racine de la justification. Puis vient l’espérance en Dieu, espérance dans sa Parole qui ne peut manquer de tenir les promesses crues par la foi. Unies entre elles, la foi-connaissance et l’espérance forment une attitude théologale que des spirituels comme Luther appellent « Foi. » Il s’agit de la foi confiante dont nous avons exposé précédemment l’existence et qui a pris depuis la Réforme une grande importance. Il est clair que l’utilisation par l’Écriture Sainte du mot foi en des sens très différents ne rend pas facile la tâche du théologien. Pour les auteurs cités dans cette section, si les voies de la justification sont préparées par l’espérance en la miséricorde mais la grâce ultime, la seule grâce qui en définitive compte et est vie, consiste dans l’expérience mystique d’une amitié avec la Trinité rendue possible par la charité. La justification est donc spécifiée pour ces auteurs par le premier acte d’amour d’amitié envers Dieu. Cet acte, quel que soit son peu d’intensité, implique une union d’égalité et de réciprocité. L’amour existait avant mais, n’ayant pas eu l’audace de se séparer de la distance respectueuse de la créature, puis de l’enfant devant la transcendance du Créateur et du Père, il ne pouvait être qualifié de charité. Il demeurait une forme religieuse de l’amour (aimer Dieu en tant que Créateur) ou un exercice théologal de la foi et non une amitié réciproque (vertu théologale de charité). On le voit, aux yeux de ces auteurs, la spécifité des religions catholiques et orthodoxes est à la fois une notion enfantine (car l’audace d’un tel amour mérite l’inconscience de l’enfant) et impliquant une maturité d’adulte (car l’amitié ne peut être vécue de manière vraie que par une personne morte aux autres motifs d’affection : plaisir et utilité.) L’amitié est chose très rare et pure. La charité étant une amitié théologale, l’Eglise a toujours affirmé qu’il était impossible à un homme de savoir s’il aimait Dieu de cette manière[46]. La charité ne cesse de s’affiner au cours d’une vie, à mesure qu’elle est détachée de ce qui la pollue et la rend moins noble. Il faut du temps pour passer d’un amour intéressé (même inconsciemment) à l’amour d’amitié total, où seul l’autre compte. Cette évolution fut magistralement décrite par les Docteurs mystiques Thérèse d’Avila et Jean de la Croix.

 

Par rapport au sujet qui nous intéresse, la doctrine du mérite est éclairante[47]. Elle enseigne que la grâce sanctifiante mise en l’homme par Dieu mérite à ses yeux selon la justice qu’il a lui-même établi d’être récompensée au terme de la vie terrestre par l’obtention de la vision béatifique. L’union affective rendue possible par la grâce sanctifiante et la charité s’ouvre avec certitude à l’union effective de la gloire[48]. Ainsi, la charité telle qu’elle est vécue dans une vie terrestre n’est qu’une ébauche de la réciprocité que Dieu s’engage à donner à ceux qui l’aiment. « Nous serons des dieux car nous le verrons face à face », dit saint Jean[49]. Pour les auteurs de cette doctrine, le rapport charité-vision béatifique est nécessaire, sans qu’il puisse exister d’exception : nul ne peut entrer dans la vision sans la charité. Pour eux, l’analogie la plus éclairante est celle des noces : nul ne peut prétendre épouser une femme s’il n’existe pas de manière réciproque, un amour d’amitié qui les pousse à échanger leur consentement. De même, nul ne peut s’unir à Dieu dans la vision béatifique (les noces de l’agneau) sans la charité réciproque.

 

 

1-2- DIFFICULTÉ DE CETTE POSITION — Le salut de ceux qui meurent sans la charité

 

1-2-1- La position de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin

 

 

Jusqu’ici, la doctrine sur le mérite et la justification par la charité est limpide et laisse le goût de la Bonne Nouvelle. Mais dès qu’il s’agit de se pencher sur le « comment » concret, sur la manière dont Dieu communique la possibilité du salut aux hommes, les choses se compliquent. Si l’on considère l’entrée dans la vision béatifique comme le terme de l’histoire des hommes et des nations et si l’on garde avec la tradition catholique l’analogie des noces humaines pour éclairer de manière adéquate ce mystère, d’où la nécessité de la charité au centre de la vie chrétienne, on se trouve confronté au problème suivant : il est de notoriété que peu d’hommes se dirigent dans la vie mus par la charité au sens le plus théologique que peut prendre cette notion : amour surnaturel d’amitié pour Dieu et pour son prochain à cause de Dieu.[50] La plupart meurent sans vivre de la charité. Si l’on reprend les mots mêmes de l’évangile de saint Jean[51], « Ils ne sont pas nés d’en haut. » En d’autres termes, dira saint Thomas d’Aquin, ils sont spirituellement morts.[52] Ainsi, lorsque le Pape Benoît XII définit solennellement que « selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent aussitôt après leur mort en enfer »[53], faut-il en déduire avec saint Augustin, saint Thomas d’Aquin et la scolastique jusqu’au Concile Vatican II la damnation éternelle des païens, des enfants morts avec la marque du péché originel, des chrétiens morts sans avoir eu le temps de se repentir d’une faute en contradiction avec la charité ?

Tout repose en fait sur l’interprétation de l’expression péché mortel. Pour saint Thomas d’Aquin, le péché mortel est une notion analogique très large puisqu’il intègre des péchés non volontaires (péché originel chez l’enfant, l’ignorance non coupable chez les païens), et des péchés volontaires (de faiblesse ou de méchanceté chez les chrétiens). Au sens le plus analogique de sa théologie issue de ses grands prédécesseurs, tout homme qui ne vit pas de la charité est dans un état de péché mortel[54]. Cela lui vaudra, s’il meurt, d’être séparé de Dieu pour l’éternité. Selon lui en effet, tout homme qui ne vit pas de la grâce sanctifiante, pour quelque raison que ce soit, libre ou non, est en état de mort spirituelle. La notion de « péché mortel », cet acte et cet état spirituel qui selon le pape Benoît XII, conduit en enfer, est donc très large[55]. Elle peut être le fait des petits enfants comme des faibles. Pour s’en convaincre, il peut être intéressant de lire l’article de sa Somme Théologique intitulé : « Le péché de faiblesse peut-il être un péché mortel ? » Cette conclusion semble même portée par les textes évangéliques : en Jean 3, 5, Nicodème, homme de bonne volonté, mu par la foi et l’espérance d’Israël, n’en doit pas moins naître selon l’esprit pour entrer dans le Royaume de Dieu.

Saint Thomas d’Aquin n’est pas à blâmer d’avoir ouvert largement les portes de l’enfer. Comme saint Augustin, il s’est montré fidèle à la doctrine de sa foi et a manifesté avec soumission les conséquences des données suivantes : la charité seule ouvre le Ciel, et cette charité doit être acquise tant que dure la vie terrestre. La vie est le temps du mérite et la durée de ce temps est limitée. Il y aura un terme et déjà dans les desseins de Dieu ce terme est prévu et fixé pour chaque homme. Chacun, étant donné la nature humaine avec ses faiblesses, ses alternatives de bons désirs ou de lâches retours, peut donner son concours à la grâce de Dieu. La grâce divine excitera, soutiendra, reprendra par ses sollicitations multiples et diversifiées presque à l’infini, s’adaptant à la prédestination de chacun. Cependant, force nous est de le constater, la grâce décisive qui justifie n’est pas proposée à tous, parce que le missionnaire n’a pas prêché, parce que la mort est venue trop tôt, parce que l’Église n’était pas icône de l’Évangile ou parce que Dieu s’est tu (voir le septième sceau de l’Apocalypse de saint Jean.) Lorsque le jour du Seigneur arrive comme un voleur, peu de lampes sont allumées, la plupart du temps parce que l’homme n’avait pas entendu dire qu’il existait une lampe. Pourtant, une fois le terme atteint et le temps de l’épreuve terminé, le « status viae » fait place au « status termini. » Il ne peut être question d’existences nouvelles, de métempsycoses, de réincarnations où de nouveau l’épreuve serait tentée sur de nouvelles bases ou en des conditions différentes. L’âme sera conduite à son sort éternel en fonction de l’emploi qu’elle a fait du temps qui lui fut laissé. L’Évangile est formel à cet égard : le riche est jeté au feu malgré son regret[56] ; Lazare est appelé dans le sein d’Abraham. Il n’est pas jusqu’au degré de ce bonheur qui ne soit fixé par l’usage que dans son pèlerinage terrestre l’homme aura fait de sa liberté et de sa correspondance à la grâce.

Saint Thomas d’Aquin enseigne un autre point qui selon lui, à cause de la netteté de l’enseignement de l’Église à cet égard, ne peut faire de doute, à savoir que le terme assigné à l’état d’épreuve n’est autre que la mort. Le temps des œuvres méritoires est égal à la durée de la vie. Après la mort, aucun recours n’est plus possible mais le sort de l’homme se trouve alors définitivement fixé pour l’éternité. Toutes ces formules sont équivalentes et elles expriment un état de fait : « Dieu a lié le sort de l’homme à l’heure de sa mort.[57] »

 

Le problème grave qui se pose alors est de savoir pourquoi certains hommes sont morts sans la charité sans qu’il y ait faute de leur part. Plusieurs solutions ont été avancées.

 

1-2-2- Tentatives d’explication du problème du silence de Dieu

 

 

Certains[58] ont pensé résoudre le problème de la manière suivante : « Tout homme de bonne volonté meurt avec la grâce de Dieu, même si cette grâce ne transparaît pas. Le Royaume de Dieu ne se laisse pas voir de l’extérieur. Ils sont donc sauvés. » Selon eux, Dieu ne se tait donc jamais mais c’est l’homme qui ne sait discerner la grâce sanctifiante là où elle est, à savoir dans tout acte humainement bon. Le Cardinal Journet soutient cette position en introduisant la possibilité d’une charité implicite.

Mais nous ne pouvons suivre cette position, au moins dans la perspective de ce paragraphe : nous ne parlons pas ici du salut obtenu par n’importe quelle grâce surnaturelle mais selon les expressions scolastiques consacrées, par la grâce sanctifiante librement et consciemment exercée en charité (sauf pour les petits enfants, précisera-t-on, où la charité peut exister sans exercice.) Les grâces peuvent être multiples dans le chemin qui mène l’homme à la charité (pré-attraction, grâces actuelles, présence d’un prédicateur de l’Évangile, foi, espérance etc.) Il ne s’agit pas ici de ces grâces préparatoires mais de la seule charité. Or une telle vie spirituelle ne peut en aucun cas être totalement vécue dans l’inconscient pour un adulte. Il en est de même pour l’amitié entre deux personnes humaines : il est aussi irréaliste de parler d’amitié entre deux personnes qui ne se connaissent d’aucune manière que de parler de charité pour une personne qui n’a pas la foi.

 

1-2-3- Saint Thomas d’Aquin et la justice de Dieu

 

 

D’autres solutions plus bibliques ont été proposées : pour saint Thomas d’Aquin, le silence de Dieu qui ne communique pas sa grâce sanctifiante à de nombreux hommes est un mystère dont il ne trouve pas d’explication autre que celle de l’Écriture : « Il endurcit qui il veut et il propose son salut à qui il veut »[59]. Avec sa foi d’un réalisme terrible, constatant d’expérience que des millions meurent sans la charité, il admet leur damnation éternelle comme un acte où s’exprime la justice divine. La définition de l’état de mort spirituelle est large puisqu’elle s’étend à tout homme dont la fin ultime est en dehors (à noter en dehors pas nécessairement en contradiction) de la charité.[60] Saint Thomas d’Aquin, nous le verrons, nuance parfois cette idée vertigineuse en imaginant pour les païens de bonne volonté la possibilité d’une révélation directe du Christ avant la mort, proposant la possibilité d’adhérer au salut par la charité, sans l’intervention du missionnaire dont parle saint Paul dans l’épître aux Romains[61]. Il écrit : « A un homme qui, sans y mettre d’obstacle, suivrait la raison naturelle pour chercher le bien et éviter le mal, on doit tenir pour très certain que Dieu révélerait par une inspiration intérieure les choses qu’il est nécessaire de croire ou lui enverrait quelque prédicateur de la foi, comme Pierre à Corneille. » S’il avait pu terminer la Somme Théologique, sa pensée sur les fins dernières n’eût sans doute cependant pas essentiellement différé de celle de saint Augustin, du moins si l’on en juge par ses derniers écrits. La grâce particulière dont il parle dans ce texte très court est selon lui exceptionnelle et privée. Parler autrement l’aurait conduit à une conséquence inacceptable à ses yeux. N’aurait-il pas réduit l’Église hiérarchique tel que Jésus l’a voulue à une servante inutile, Jésus pouvant se substituer à elle à l’heure de la mort.

La théologie catholique issue de saint Augustin et saint Thomas d’Aquin a été marquée au cours des siècles suivants d’une certaine gêne : Comment harmoniser l’amour d’un Dieu qui donne sa vie sur la croix et la théorie d’une justice qui damne des innocents, enfants ou païens ? La contradiction, flagrante de nos jours, sera pourtant pendant des siècles refoulée dans l’inconscient collectif des chrétiens, la fidélité aux dogmes ne paraissant pas pouvoir s’accommoder d’une autre solution que celle-ci. Cette doctrine aura aussi des conséquences positives pour l’Église : Portés par leur inquiétude pour le salut des païens, des générations de missionnaires ont donné leur vie pour annoncer le salut de Dieu.

 

1-2-4- Le cardinal Journet : quand le dogme trouble l’intelligence d’un ami de Dieu

 

 

Cependant, au cours des temps et surtout à l’époque contemporaine, on voit cette doctrine structurée dans sa logique éclater ici et là, souvent sans même que les auteurs s’en aperçoivent. Dans son ouvrage de vulgarisation théologique intitulé « Entretiens sur la grâce »[62], le Cardinal Journet commence par énoncer en chapitres précis la pensée thomiste sur le salut réservé à la seule grâce sanctifiante, fondement de la vertu de charité.

Puis, tout naturellement, sa pensée le conduit à se pencher sur le cas de ceux qui meurent sans la charité. Selon lui, avant que la venue du Christ ne soit manifeste à la conscience d’un homme religieux tel qu’un juif qui en a pourtant reçu la foi et l’espérance, l’homme se trouve dans « l’état de l’attente du Christ. » Les hommes sont sauvés par lui, sans avoir encore vu sa venue, s’ils « croient » profondément par un assentiment de foi théologale que Dieu est et qu’il est secourable. Dans la foi que Dieu est, est contenue de manière implicite la foi en la Trinité. Dans la foi en un Dieu secourable, est pré-contenue la foi en l’Incarnation rédemptrice. Le cardinal Journet fonde sa thèse sur l’épître aux Hébreux[63] : « Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu. Car celui qui s’approche de Dieu doit croire qu’il existe et qu’il se fait le rémunérateur de ceux qui le cherchent. » Il admet donc ici, pour certains hommes morts sans la charité, l’exception d’un salut par la foi confiante.

Il ira même plus loin : son réalisme philosophique et théologique lui faisant reconnaître qu’il existe des êtres qui n’ont même pas à l’heure de la mort la possibilité de faire un acte de foi en l’existence de Dieu, il admettra la possibilité d’une justification « par la bonne volonté » des actes, rejoignant ainsi tout un courant moderne[64]. Sa pensée, d’inspiration thomiste, peut se résumer ainsi : l’enfant né dans une tribu sauvage où l’Évangile ne sera jamais prêché, n’en développe pas moins une conscience morale. Il posera un premier acte libre, conscient et moral par lequel il se tournera vers le bien ou vers le mal. L’essentiel n’est pas l’objectivité de ce bien ou de ce mal mais plutôt qu’il soit bien ou mal selon ce qu’est la conscience de l’enfant. Dans la mesure où il choisit le bien, il est secrètement investi de la grâce de Dieu. Le cardinal Journet conclut alors : « A cet instant, cet enfant est justifié et purifié du péché originel. »

Il parle aussi d’une notion qu’il qualifie de « charité implicite. » Selon lui, tout homme qui aime de manière altruiste son prochain, même si cet homme est païen ou athée, aime sans le savoir le Dieu qui est la plénitude de la bonté. Implicitement, cet homme vit d’une charité qui n’est pas explicitement une amitié pour le Dieu de Jésus Christ. L’évangile de saint Mathieu semble conforter cette thèse[65] : « Alors le Roi dira à ceux de droite : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t'accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ? Et le Roi leur fera cette réponse : En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » Selon le Cardinal Journet, l’homme de bonne volonté, à cause du caractère implicite mais réel de sa charité, est introduit dans le salut et il mérite après sa mort, l’entrée dans la vision béatifique.

Que penser de cette théologie ? Tout se résume dans le fait de savoir s’il peut exister une charité implicite. Pour y répondre de manière moins théorique, l’analogie de la foi est éclairante. La charité est une amitié entre Dieu et la personne. Elle fonctionne au plan surnaturel comme au plan humain l’amour d’amitié le plus fort entre deux personnes. Existe-t-il une amitié implicite ? Tel homme, parce qu’il est de bonne volonté, honnête et disposé à la fidélité, aime-t-il d’un amour implicite Juliette qui est là ? Est-il possible de les unir dans le mariage, sans autres conditions ? Posée ainsi, la question revêt un caractère cocasse. Au plan humain, on doit y répondre de la manière suivante : non, cet homme ne peut être marié à Juliette. Une seule chose est certaine. Parce que Juliette est, elle aussi, honnête et de bonne volonté, quelque chose peut les disposer à s’aimer un jour, à condition 1) qu’ils se rencontrent, 2) qu’ils se plaisent, 3) etc. La théologie officielle définie par l’Eglise au Concile de Trente ne parle pas autrement de la charité vis-à-vis de Dieu. Pour elle, il ne peut exister de charité implicite, mis seulement toute une série de dispositions qui, si les personne se rencontrent, aboutiront certainement à la charité. Ainsi, pour parler avec précision, la grâce surnaturelle qui anime l’homme dont parle le cardinal Journet n’est pas la grâce sanctifiante agissant par la charité (voir précédemment) mais seulement cette attraction mystérieuse qui attire tout homme, sans même qu’il en ait conscience, vers Dieu. Il s’agit d’une grâce actuelle que saint Thomas d’Aquin distingue formellement[66] de la grâce sanctifiante. Il l’appelle la « prémotion divine. »

Existe-t-il donc, pour le cardinal Journet, un salut fondé sur la seule valeur d’actes de volonté naturelle ? N’est-ce pas en contradiction flagrante avec premiers chapitres de son ouvrage ? Faisons-lui cependant justice : interrogé, il aurait certainement précisé sa pensée trop visiblement contradictoire avec les pages sur la nature de la justification par la seule charité, en disant, avec le Concile de Vatican II que les hommes ne sont pas justifiés au sens fort par leur seule bonne volonté ou foi mais « disposés à l’être par cette bonté de leurs actes, dès que le salut de la charité leur sera prêché. » La pensée du cardinal Journet nous paraît significative de la gêne des théologiens catholiques quand ils essayent de faire se rejoindre leurs convictions dogmatiques et leur expérience à propos du salut par la charité : ou bien la charité théologale est nécessaire durant la vie terrestre pour être sauvé et l’on doit admettre la damnation de foules immenses ou bien elle n’est pas nécessaire et les dogmes de l’Église catholique sont constamment nuancés, interprétés, déviés de leur sens pourtant précis et sans équivoque. Le dilemme posé par J.J. Rousseau précédemment ne s’en trouve pas résolu.

 

1-2-5- Tentative originale de Mgr Glorieux

 

Des théologiens catholiques se sont efforcés, tout en gardant la plénitude des dogmes, de trouver d’autres solutions au problème de la damnation des païens. Au XXème siècle, on peut citer la tentative subtile de Mgr Glorieux[67]. Évêque dont l’orthodoxie et l’écoute du Magistère de l’Église ne peuvent être mis en doute, il s’est efforcé de résoudre la question du salut de ceux qui paraissent mourir sans la charité. Il émet une hypothèse qui peut être résumée de la manière suivante[68] :

 

 

Mgr Glorieux suppose que, si saint Thomas avait pu terminer sa Somme, il aurait adopté sa thèse. Il se situe donc résolument dans la ligne du Docteur Commun. Son intention consiste à aborder, à l'école de saint Thomas, la question des fins dernières. A son école, c'est-à-dire en s’inspirant de ses enseignements et des principes qu'il a posés, puisque lui-même n'en a point traité ex professo, et n'a soulevé nulle part de façon explicite ces questions de l'impénitence finale et des grâces dernières[69].

 

1- Il compare le sort de l’ange et celui de l’homme chez saint Thomas : l’ange ne se damne qu’à cause d’une obstination définitive, parce que libre et lucide, dans le péché. « C'est pourquoi l'ange s'étant délibérément prononcé au moment de son péché contre le souverain bien qu’était Dieu et s'étant érigé lui-même en fin dernière, il se trouve de par sa nature même dans l'impossibilité de voir autre chose, de vouloir autre chose, de s'arracher à son moi pour se retourner vers Dieu. » [70] Or le choix de l’ange et celui de l’homme sont identiques pour saint Thomas. De part et d'autre, l’esprit s'immobilise dans la décision prise et devient incapable de revenir sur elle. Et ceci, d'ailleurs, pour des motifs semblables ; car l'explication fournie plus haut de l'endurcissement du démon, s'applique de point en point à l'âme du damné ; si bien que nulle raison n'existe qui puisse la faire revenir sur son choix. » Volontairement coupable, nécessairement impénitent, il sera l'éternel ennemi, l’éternel damné. Entre les deux cas : la mort chez l'homme, la chute chez l'ange, la parité semble absolue pour saint Thomas[71]. »

 

2- Or cette obstination parfaite ne peut exister sur terre pour l’homme à cause du corps (passions, raisonnements fragiles.) La doctrine de la parité entre l’ange et l’homme pour la damnation pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. L’homme, à cause de sa faiblesse n’est pas capable d’une telle obstination satanique, au moins durant sa vie terrestre.

« Et pourtant s'en tenir à cette affirmation nous semble trop sommaire. C'est passer à côté de la difficulté et négliger le véritable problème que pose justement le texte du Damascène et son exploitation par saint Thomas. Ce qui à première vue semblerait être la raison décisive du rapprochement entre l'ange et l'homme et de l'identité dans l'explication de leur éternel malheur à tous deux, n'est-il pas précisément ce qui différencie leurs cas du tout au tout, et ce qui, pour être dans la logique des principes posés par saint Thomas, devrait nous faire reprendre tout le problème pour l'examiner à nouveau de très près ? »

Pour que l'obstination de l'âme s'explique de la même façon et pour que soit exact ce parallélisme étroit sur lequel insiste saint Thomas entre le damné et le démon, il faudrait que chez elle, comme chez l'ange, ne se trouvent, naturellement ni surnaturellement, de causes susceptibles de la faire revenir sur sa décision ; Qu’aucun élément nouveau n'intervienne après l'élection dernière à laquelle elle s'est portée, capable de modifier sa façon de voir et de l'amener à réviser son choix. 

 

 

3- S’il en est ainsi, Mgr Glorieux se voit obliger de poser l’hypothèse d’une lucidité parfaite donnée par Dieu à l’homme. Cet état ne peut exister, selon lui, tant que l’homme est lié à son corps. Le poids de la nature corporelle emprisonne par trop l’intelligence et le choix pour qu’il ait cette propriété de lucidité parfaite. Il ne peut donc exister que par la séparation de l’âme et du corps.

« Qu'on veuille bien l'observer, le raisonnement de saint Thomas n'a de rigueur et de valeur que si l'on suppose ce jugement porte par l'âme quand déjà elle se trouve établie dans un état pareil à celui de l'ange, quand elle est substance spirituelle séparée. »

Entre l'âme unie au corps et l’âme séparée, il y a un abîme, tant pour le mode que pour l'objet de sa connaissance. A partir du moment où elle est séparée du corps, sa connaissance n'est plus comme auparavant acquise en partant des sens. Elle participe au mode de connaissance de l'ange. Et même si elle doit être vouée à l'enfer, l’âme reçoit de Dieu tout le bagage d'espèces infuses qui lui sont dues naturellement. Entre l'âme unie au corps et l'âme séparée, n'y a-t-il pourtant pas de disparité complète. Dans les deux états, la personne demeure substantiellement elle-même. Son mode d’exercice spirituel a cependant été bouleversé, lui permettant une activité de qualité angélique. Le passage d'un état où les appétits étaient multiples, où le poids du corps était lourd et aggravait l'esprit subtil, où les passions pouvaient sans cause apparente arrêter ou brouiller les jugements de l'âme, où les décisions dernières étaient prises sous cette multiplicité d'appétits, de tendances et d'influences extérieures, le passage de cet état à un autre où l'âme deviendrait participante de la simplicité d'appétition qui est propre à l'ange est en effet très différent au plan psychologique :

« Qu'on le veuille ou non, le fait même de la mort introduit nécessairement dans l'expérience psychologique de l'âme une révolution totale, inévitable puisque commandée par la nature même des choses ; un bouleversement capital, capable et au-delà d'amener une révision complète des jugements précédents. »

 

Si on n’admet pas cette hypothèse, on est obliger de reconnaître que c’est Dieu lui-même qui est positivement responsable de la damnation d’une âme qu’il fixe dans le choix fragile mais définitif de son dernier instant. Cette thèse ancienne paraît à Mgr Glorieux par trop opposée à la révélation du Dieu de Jésus-Christ.

« Si dans ces conditions on prétendait maintenir malgré tout son incapacité à se déjuger, à réviser ses décisions antérieures, celle-ci ne pourrait en toute vérité être attribuée qu'à Dieu qui en déciderait ainsi, et qui lui interdirait, malgré les éléments nouveaux d'appréciation dont elle disposerait, de revenir sur ce qu'elle a fait. »

Selon l’auteur, cette hypothèse est thomiste par essence. Encore qu'il ne le dise pas explicitement, et qu'il ne se prononce pas là-dessus, toute la logique du raisonnement de saint Thomas suppose que le choix décisif de l'âme se fait quand s'inaugure pour elle son état d'âme séparée

 

4- Il émet une objection de la foi à cette hypothèse : le « status viae », celui de l’apprentissage et du mérite, est fini à la mort. Or cette doctrine est un dogme de la foi. N'est-ce pas en effet rompre en vision avec toute la tradition, avec l'enseignement courant que traduit précisément ce langage, que de rejeter non plus au dernier moment de la vie mais au premier moment de l'après-vie, comme cette thèse semble bien l'exiger, l’acte qui prononcera du sort éternel de l'homme ? N'est-ce pas, par le fait, prolonger indûment (ne serait-ce peut être que d'un instant, mais illégitime déjà) le « status viae » et placer la détermination dernière et le véritable dénouement du drame du salut personnel quand déjà le « status termini » est commencé ?

 

5- En s’appuyant sur une méthode thomiste, il trouve une réponse à cette objection. Il arrive à résoudre cette objection en se servant de l’analyse thomiste du mouvement et en l’appliquant au sens du mot mort. Il montre que plusieurs significations se cachent sous ce mot :

a- Le processus d’agonie qui prépare la séparation de l’âme et du corps ;

b- L’acte même de cette séparation qui lui semble nécessairement instantané ;

c- Ce qui suit cette séparation.

On reconnaît là la classique analyse thomiste du mouvement : avant, pendant, après. La pointe de sa recherche se trouve dans un travail philosophique puis théologique sur l’instant de la séparation. Il croit pouvoir lire dans saint Thomas d’Aquin que rien ne s’oppose à ce qu’un mouvement, pourtant instantané, puisse être en même temps le lieu d’une extrême activité. On le voit selon lui dans des exemples tels que la création, la mutation. Appliquée à l’instant de la mort, cette considération peut se ramener à quatre points :

 

a- La mort implique séparation de l’âme d’avec le corps qu’elle informait précédemment ; Il n’y a donc pas de mort tant que l’âme demeure unie au corps, si peu que ce soit, puisque union et séparation, être uni et ne pas être uni, sont opposés contradictoirement.

 

b- Cette séparation est instantanée ; Et par le fait même, se séparer et être séparé, se confondent.

 

c- En l’instant où se réalise cette séparation, rien ne s’oppose à ce que puisse s’exercer une riche activité d’ordre spirituel de connaissance, d’appétition, de libre adhésion.

 

d- Si enfin, à cet instant précis de la séparation, de la mort, l’âme exerce une activité, celle-ci revêtira les caractères des opérations propres aux intelligences séparées.

 

 

Pour Mgr Glorieux, ces quatre points paraissent aptes à être soutenus en philosophie, sans que la révélation chrétienne soit nécessaire.[72]

 

Dans un second temps, il émet l’hypothèse que cet instant de la mort, celui qu’il vient de décrire comme siège d’une activité spirituelle de type angélique (propre aux intelligences séparées), fait encore partie de la vie terrestre, c’est-à-dire de l’état d’union entre l’âme et le corps (hypothèse difficile s’il en est puisqu’il admet dans le même temps que l’âme exerce alors son activité spirituelle de la même manière que le décrit saint Thomas d’Aquin pour les esprits sans corps.

 

6- A partir de cette hypothèse qui sera ensuite élaborée de manière impressionnante par Ladislas Boros[73], P. Glorieux peut justifier avec force des domaines mystérieux de la théologie.

« Il reste néanmoins que, transposé dans ces conditions que nous ne pouvons que malaisément entrevoir, le geste décisif de l'homme s'ouvre à d'étranges perspectives. La mort, même celle du pécheur, n'est plus le coupe-gorge ou l'embuscade que, dans certaines façons de présenter l'impénitence finale, Dieu semble lui dresser (...) Elle apparaît comme plus digne de l'homme et plus digne de Dieu. »

 

Il y voit aussi l’explication dernière au mystère de l’éternité de l’enfer, le damné s’étant obstiné jusque dans les grâces de l’instant de la mort, donc en pleine lucidité spirituelle à la manière des démons. Il y voit la solution au problème du salut des païens à qui la miséricorde divine peut être appliquée de manière ultime, à travers une révélation spirituelle et intuitive de l’Évangile.

« L’âme pourra d'autant moins reprocher à son Dieu sa damnation qu'à ce moment-là, pour la dernière fois il est vrai, la grâce lui sera offerte. Et là encore, toutes sortes de perspectives s'offrent à la spéculation théologique ; car c'est là que vient se placer précisément le problème des grâces dernières. Dans ce combat dernier où se joue le sort de l'âme, un élément prépondérant peut inter­venir : la grâce. »

Selon lui, non seulement les lumières nouvelles qui devraient être naturellement données même à l'âme destinée à l'enfer, puisque ce mode de connaissance lui devient connaturel ; Non seulement la libération soudaine de l'âme soustraite aux chaînes de son corps, de ses sens et de ses passions ; toutes choses inséparables de cet état nouveau et qui demeureront quelle que soit l'issue du débat ; mais auprès d'elles les ressources infiniment variées et riches de la grâce actuelle ; Les lumières qui peuvent être données à l'intelligence et aller jusqu'à l'éblouissement ; Les attraits qui peuvent être déposés dans la volonté et l'emporter sans peine sur toutes les résistances invétérées. Ainsi, si l'homme se damne, sa réprobation n'est en aucune façon imputable à Dieu, car même alors le secours véritablement suffisant lui aura été présenté.

Il réfute à l’avance une accusation qu’il prévoit : son hypothèse ne rend-elle pas le salut par trop facile ? « Ce n'est point d'ailleurs décréter par avance le salut de tous les pécheurs et fermer l'enfer devant eux, que de reporter (comme la thèse de saint Thomas semble nous y engager) le choix dernier de l'âme dans les conditions que l'on a dites. L'ange a pu pécher, lui qui pourtant avait la lumière autrement vive que notre pauvre âme humaine. Et l'homme se trouve moins assuré encore que l'ange de son salut. II serait inexact, croyons-nous, de vouloir utiliser cette thèse au profit de l'opinion ultra-miséricordieuse. »

Mgr Glorieux reste volontairement en retrait de certaines conclusions qu’il voit se profiler derrière sa thèse. La question des grâces de l’heure de la mort intéresse notre propre recherche. Il ne se prononce pas.

« Nous n'avons point voulu aborder précédemment ce problème très contesté de révélations dernières faites par Dieu à toutes les âmes au moment de la mort. Ni le dogme de la grâce suffisante, ni celui de la miséricorde divine ne requièrent cela pour ceux qui ont connu la vraie foi et auxquelles suffisent les grâces de rappel, de lumière ou de force sans que s'y joigne une révélation divine. Mais ne pourrait-on pas le supposer, du moins avec une certaine vraisemblance, pour les âmes qui ont besoin non seulement de grâces actuelles pour se sauver, mais de foi, et donc de révélation. »

 

De même, son hypothèse ne lui paraît pas porter en elle une solution définitive à la question du salut des enfants. Il reste très prudent, comme en retrait. Pourquoi ne se permet-il pas d’aller plus loin ? Selon lui, ces divers problèmes peuvent s'expliquer l'un par l'autre. Mais ils ne s'impliquent pas nécessairement l'un l'autre. Sans doute les explications seraient-elles facilitées par la thèse qu’il expose. Ce n'est pas là cependant un argument suffisant à ses yeux pour les ériger en certitudes. Mais la thèse elle-même ne dépend pas de ces applications lointaines plus ou moins assurées. Plus modeste dans ses prétentions, elle a voulu unique­ment s'autoriser des principes posés par saint Thomas dans l'explication qu'il fournit de l'obstination des démons et, partant, de la justice de Dieu dans le châtiment qu'il leur inflige. Nous montrerons plus loin que notre propre recherche aborde de façon tout autre cette question.

« Nous n’irons pas jusqu’à dire qu'il en pourrait être ainsi même pour les enfants, car il ne faut point compromettre de bonnes causes par d'imprudentes hypothèses. Pourtant on ne peut oublier que, même pour les enfants morts avant le développement de leur raison, l’état d'âmes séparées dans lequel les plonge la mort, implique également aussi bien que pour les adultes, et aussi connaturellement, l’infusion d'espèces intelligibles qui leur permettent de ne pas demeurer éternellement dans la torpeur ou l'hébétude, mais d'avoir une vie et une activité semblable à celles des anges. Mais on reste là dans le domaine naturel ; une révélation nous transporterait dans le domaine surnaturel pour lequel on ne peut rien affirmer, si Dieu lui-même n'a rien certifié. »

Le problème de Mgr Glorieux, s’il ne l’avoue pas, semble être le suivant : Pour ce qui concerne les enfants morts sans baptême, la grâce de Dieu leur serait proposée après la réception d’espèces intelligibles qui les rendraient capables de juger. Or cela se passerait nécessairement après leur mort. Il y a ici pour le coup contradiction flagrante avec le dogme de la foi. Les artifices de la dialectique n’y peuvent rien changer, à moins d’admettre que, dans l’instant de la mort, les enfants soient rendus à la fois mûrs au plan naturels et saints au plan de la grâce.

 

Dors et déjà, on peut émettre à la thèse de Mgr Glorieux les deux réserves suivantes :

1) N’est-il pas limite en théologie, en utilisant un artifice logique thomiste, d’arriver à conclure que l’état d’une âme séparée fait partie intégrante de la vie terrestre ? Nous verrons ultérieurement que c’est sur ce point là que notre propre recherche se sépare de celle de cet auteur.

2) Plus grave encore, il affirme que l’homme devient enfin lui-même quand son âme, enfermée dans le tombeau du corps, en a été totalement séparée. Cette thèse de type platonicienne, est en contradiction avec la foi en la résurrection de la chair. Elle identifie trop l’homme à l’ange et néglige l’immense richesse qu’est pour l’homme le fait de posséder un psychisme et un corps physique. Nous montrerons ultérieurement à quel point il est important de respecter l’homme dans la plénitude de sa nature et de ne pas confondre le poids du corps comme conséquence provisoire du péché originel, avec la nature du corps. Notre thèse rendra sa place au corps.

 

1-2-6- Ladislas Boros : « La chair ne sert de rien », l’homme est lui-même après la mort!

 

Ladislas Boros n’a pas les exigences d’orthodoxie de Mgr Glorieux. Il connaît sa thèse mais il s’en sépare et assume plènement ce que l’évêque n’approchait que du bout des lèvres : l’inutilité du corps, la disparition définitive de la chair pour la réalisation du choix éternel. Il élabore de manière impressionnante les conséquences théologiques de ce présupposé platonicien[74].

 

1- La mort n’existe plus. Ladislas Boros se sépare résolument de la problématique thomiste et dogmatique de Mgr Glorieux. Il s’appuie sur une conception résolument platonicienne de l’homme pour réinterpréter les dogmes catholiques, depuis celui de la résurrection à celui du purgatoire et du jugement dernier. Ainsi, il commence sa recherche en se démarquant par rapport à la conception thomiste de la mort. Habituellement la mort de l'homme est conçue comme la « séparation de l'âme et du corps. » Mais est-il encore possible d'admettre une telle séparation ? A Jérusalem, devant le Sanhédrin, saint Paul prononça cette parole si importante pour notre interprétation de la mort : « C'est pour notre espérance, la résurrection des morts, que je suis mis en jugement »[75]. Au centre de la prédication chrétienne se place cette affirmation : dans la Résurrection du Christ la mort a été vaincue. Depuis lors, ce qui se passe à la mort de l'homme n'est plus une limite absolue de la vie. Il n’y a plus de mort donc, conséquemment, la résurrection est l’heure de la mort. Boros résume sa recherche de la manière suivante : « Nous pourrions formuler brièvement notre opinion -déjà soutenue ailleurs- dans les termes suivants : à ta mort s’ouvre la possibilité de la première décision pleinement personnelle de l’homme. La mort est ainsi le lieu de la prise de conscience de l'homme, de la rencontre de Dieu et de la décision sur le destin éternel. »

Pour mesurer toute la portée de cette hypothèse, il présente d'abord les raisons qui l’amènent à considérer la mort de l'homme avec tant d'espérance. Son hypothèse implique que c'est seulement au moment de la mort que l'homme peut déposer l'aliénation de son exis­tence ; c'est seulement à la mort qu'il est suffisamment en possession de son être pour rencontrer totalement Dieu -dans le Christ- et se décider définitivement par rapport à lui. « Tels sont les principes dont nous partons pour repenser la théologie de la mort. »

 

2- Lié à son corps, l’homme est dépossédé de lui-même. Avant la mort, l’homme est comme étranger à lui-même, à ses aspirations et à leurs réalisations. Les plus belles expériences de Dieu que nous faisons dans notre existence restent toujours à la surface. Notre relation avec Dieu est irréelle, incertaine et sans consistance : ce ne sont que des passages fugitifs. Une étrange incapacité règne à l'intérieur de nous-mêmes : l'incapacité de voir et de faire l'unique nécessaire. L'homme est incapable de jouir de la plénitude de son désir. Dans la connaissance, l'homme saisit par anticipation l’absolu mais ne peut en approcher. Connaître signifie que l'esprit reçoit en lui-même une vérité qu’il peut saisir. L'amour humain dépasse toute réalisation. Dans l'amour deux personnes réalisent une unité d'être lorsqu'elles prononcent avec vérité le mot « nous. » Mais l’homme est condamné par sa condition à ne faire qu’approcher la réalisation d’un tel amour. Comment un monde transfiguré peut-il s'élever de cette vie déchirée ?

 

3- Libéré du corps, l’homme devient pleinement lui-même. Pour la première fois, son intelligence s’exerce dans sa pleine dimension : fait pour la connaissance et l’amour infinis. A la mort, dans la perte totale de l'extériorité, surgit l'intériorité totale. Ainsi, dans la mort seulement, l'homme devient parfaitement lui-même, une personne définitive. « Considérons dans son ensemble l'analyse que nous avons amorcée du désir, de la connaissance et de l'amour humains. Au centre de tous ces actes de l'existence il y a une rencontre claire, franche et pleinement personnelle avec le Christ, avec l'Inconditionnel devenu contingent, comme le point Oméga, la condition de possibilité de l'humanisation totale. C'est seulement à l'instant où cela se réalise avec une totalité existentielle que l'homme naît vraiment. »

Nous voyons que son esquisse de la structure de l'existence humaine implique déjà une affirmation importante sur la mort, et cela dans le sens de l'hypothèse, formulée au début, de la décision finale au moment de la mort. A la mort seulement l'homme devient totalement une personne ; à la mort seulement il peut obtenir définitivement son salut en produisant librement son être propre en face du Christ. Si on prolonge les lignes de cette dialectique, si on en tire l'ultime conséquence, on obtient l'image suivante de la mort : à la mort, dans la perte totale de l'extériorité, surgit l'intériorité totale. Ainsi, dans la mort seulement, l'homme devient parfaitement lui-même, une personne définitive, un centre d'être totalement autonome. A la mort il devient définitivement « adulte » ; libre, éclairé, affranchi, capable de prononcer une décision définitive. Dans cette décision se produit la rencontre la plus nette de sa vie avec le Christ.

 

3- Conséquence de son hypothèse sur la mort : Dans cette perspective, il peut réinterpréter la théologie des fins dernières. La résurrection signifie une totalité existentielle, une immédiateté de corps et d'âme par rapport à l'univers, à l’heure de la mort.

« Le mot « résurrection » est ici comme un symbole désignant l'interprétation de ce qui ne peut être interprété, l'explication de ce qui ne peut être expliqué. La résurrection signifie une totalité existentielle, une immédiateté de corps et d'âme par rapport à l'univers. La nature corporelle se développe en une personne. L'homme pose dans sa décision finale sa propre éternité. L'immortalité devient l'événement concernant la personnalité totale de l'homme comme unité de corps et d'âme et donc aussi comme résurrection. Dans cette perspective il n'y a plus de différence entre l'immor­talité et la résurrection. »

En voici la conséquence. Boros peut donner un sens renouvelé aux propositions de la foi. En voici quelques exemples. L'événement de la résurrection doit être universel. Boros écrit, dans sa perspective de l’option finale à l’heure de la mort : « L'univers se concentre dans l’homme. Nous sommes en­fants de la terre, d'une terre qui n'est pas seulement l’espace de notre développement indépendant et autonome, mais qui appartient à la constitution de notre être. Si notre âme acquiert l'immortalité, celle-ci doit s'appeler résurrection ; si la résurrection s'applique à notre corps, elle doit en même temps signifier la transfiguration de l'univers. »

 

Le jugement dernier : L'univers doit être jugé : « Le monde n'est juste que si le bien est en même temps bon et l'être lumineux. Ce monde n'existe pas encore. Il est redressé par nous, par notre décision personnelle prise au moment de la mort. » Dans l'Evangile de saint Mathieu[76] est gardée cette parole de Jésus : les justes (et aussi les injustes) demandent au Christ : « Seigneur, quand avons-nous fait cela ? » Quand t'avons-nous vu avoir faim ou avoir soif, être nu, malade, étranger, en prison ? L’homme a accompli les plus grands actes de la vie sans s’en être rendu compte. Si on n'affaiblit pas ces paroles du Christ, Boros pense qu’on peut esquisser, à partir de l'image du jugement présentée par le Christ, une théologie de la rencontre du Christ.

 

Le purgatoire : Le jugement est en même temps le processus de purification « On peut, dans cette hypothèse, concevoir le « purgatoire » comme la qualité et l'intensité de l’option pour Dieu réalisée dans la mort. L'amour de Dieu baigne l'existence en un seul instant. L'être humain doit alors s'élancer vers Dieu de toutes ses forces. Les êtres humains traverseraient donc, suivant cette hypothèse, un processus personnel de purification, différent pour chacun, en un seul instant, à la mort. » A la mort se produit la même décision : c'est l'effondrement de tout ce que l'homme a accumulé en lui d'aliénation existentielle. L'homme est placé en face de ce qu'il est réellement, de ce qui dans son être a une consistance éter­nelle, son succès est anéanti, sa puissance dissipée, sa richesse évanouie. Il n'a plus d'appuis extérieurs. C'est dans ce retour de l'homme à l'essentiel de ses sentiments que consiste simplement le purgatoire. C'est la rencontre de l’homme avec son être, la condensation de toute l'existence, un processus instantané par lequel on devient soi-même dans l'abîme de la mort. Mais comme l'homme ne peut être ainsi « lui-même » totalement sans ressentir en même temps dans son propre devenir d'homme la réalité de l'homme qu'il a été, la rencontre de l'homme avec lui-même monte au niveau d'une rencontre avec Dieu par l'intermédiaire du Christ.

 

L’enfer : Dieu ne damne personne de lui-même

 

L'enfer n'est pas quelque chose qui nous arrive. Ce n'est pas quelque chose que Dieu nous impose pour nous punir après coup de nos mauvaises actions. Il n'y a rien de grand, de majestueux, de brûlant, d'étouffant dans l'enfer. C'est simplement l'homme même, qui s'identifie totalement avec ce qu'il est lui-même, avec ce qu'il peut atteindre, réaliser par lui-même. C'est le mode d'existence d'un homme qui trouve sa satisfaction en lui-même, pendant toute une éternité.

 

Le retour du Christ prend une autre lumière. Le Christ est encore et toujours en devenir. Telle est la réinterprétation de Boros à propos du retour du Christ : « Le Christ apparaît à la plénitude de son âge cosmique quand tous les hommes qui doivent constituer sa « plénitude » (plérôme) l'ont rencontré à l’heure de la mort dans l'amour qui produit l'unité d'être. »

 

La descente du Christ aux enfers. Le Christ a pénétré dans la profondeur du monde. Il est descendu dans la couche profonde de la réalité, où tout s’unit par les principes. Il faut voir ici selon l’auteur une profondeur de la terre qui est le lieu où s'intériorise tout l'être du monde, non seulement l'organisation cosmique, mais aussi les relations historiques, personnelles et existentielles. » En pénétrant par sa mort -comme prolongement de la descente de l'Incarnation- dans la profondeur du monde, dans le « cœur de la terre » (comme le rapporte saint Mathieu), le Christ s'est rendu présent à toute l'humanité pré chrétienne. Le monde n'est plus le même qu'avant, en tout ce qui est « profond, « réfléchi et essentiel », vit le Christ lui-même. »

 

Le sens de la vie réside dans la préparation de la mort : « L'homme doit s'efforcer d'atteindre durant sa vie cette fermeté résolue de l'existence qui lui rendra possible de prendre à la mort la décision que réclame son être. L'idée d'une possibilité d'option ultime ne diminue aucunement notre vigilance. L'obligation qui résulte de la situation clairement envisagée dans laquelle on « va à la rencontre de la mort comme décision finale « est plus profonde et plus « exigeante » qu'une simple morale de commandements dans notre existence. L'obligation résulte de la constitution fondamentale de l'existence même. »

Le sens de la vie consiste dans ta pratique de ta vertu. La « vertu » est l'accomplissement de la capacité d'être de l'homme comme orientation permanente vers l'essentiel : c'est l'essence de l'homme réalisée par l'effort personnel et vécue comme témoignage. Elle est le « courant des profondeurs » du destin réalisé.

 

1-2-7- Cardinal Ratzinger : Critique de la pensée de Glorieux et Boros

 

Le cardinal Ratzinger présente et critique cette thèse à travers ce qu’il en connaît par son principal défenseur, Ladislas Boros[77] qui en est le théoricien principal. Il le cite : « La mort offre à l’homme la possibilité de son premier acte totalement personnel, elle est donc le lieu existentiellement privilégié de la prise de conscience, de la liberté, de la rencontre avec Dieu et de la décision sur sa destinée éternelle. » Ratzinger s’efforce de comprendre les raisons qui ont poussé Boros à établir une telle doctrine qui lui paraît exagérée. Il croit pouvoir les trouver dans la distance réelle entre une vie terrestre courte et marquée des nombreux conditionnements de la liberté, et d’autre part un choix éternel et définitif qui se fonde sur elle. En conséquence, il paraît nécessaire d’admettre que Dieu qui est juste laisse à l’homme un moment de liberté de type angélique. Mais ici justement se manifeste selon Ratzinger la faiblesse de la thèse de Boros : elle voudrait finalement faire de l’homme un ange et, sans le dire, elle tient pour irrecevable la spécificité de la condition humaine. Cette critique, à quoi on devrait ajouter le défaut d’indices empiriques et de tradition théologique convaincante, ne répond évidemment pas à la grave question que sous-entendent ces réflexions. Pour un jugement dont l’enjeu est éternel, ne faut-il pas exiger en fait une autre liberté ? Ratzinger le reconnaît et il mérite d’être cité : « Il faut admettre que la conception traditionnelle a sur ce point une réflexion beaucoup trop limitée. La vérité de l’homme qui devient définitive dans le jugement, est cette vérité qui a été la direction fondamentale de son existence dans l’ensemble de sa vie et de sa conduite. Mais, dans la somme des décisions qui font une vie entière, quelle est la direction suprême de l’homme ? »[78]

 

La critique la plus grave qu’on peut appliquer, semble-t-il à Mgr Glorieux et à L. Boros est la réduction platonicienne qu’ils font du corps à un tombeau provisoire de l’âme. De fait, bien qu’ils s’efforcent de s’en défendre à travers des artifices théologiques, leur système de pensée en arrive à conclure que l’homme n’est vraiment lui-même, ressuscité selon Boros, qu’après la rupture avec le corps.

 

1-2-7- Pourquoi pas une justification après la mort ?

 

Pour terminer notre panorama des tentatives théologiques, parmi les théologiens qui admettent que le salut n’est ouvert qu’à la charité surnaturelle, certains parmi les disciples de Boros, simplifiant sa pensée, admettent la possibilité d’une justification après la mort. Ils sont peu nombreux et très largement critiqués par ceux qui reconnaissent à la nature humaine, corps et âme, une valeur substantielle voulue par Dieu. Cependant, leur tentative platonicienne manifeste une fois de plus le trouble de la confrontation entre cette charité si nécessaire, la faiblesse des choix humains terrestres et la certitude que Dieu veut sauver tous les hommes. La théologie des fins dernières dans sa version catholique en est rendue là.

 

 

2- LE SALUT PAR LA FOI

 

 

Le salut par la charité ne fut pas universellement enseigné par tous les chrétiens. Nous avons montré d’autre part comment l’amour de Dieu révélé à la croix fut source pour les théologiens catholiques jusqu’à aujourd’hui de questions insolubles à propos du « comment » concret de l’arrivée de ce salut pour tous les hommes avant que l’heure de la mort ne les fige à tout jamais loin de Dieu. Historiquement, la doctrine catholique a toujours enseigné le salut par la charité. Elle ne s’est jamais contredite sur ce point, au moins dans la succession de ses papes et de ses docteurs reconnus. Dans la pratique, la réalité est moins simple. Les périodes de décadence spirituelle sont fréquentes. L’une des grandes tentations de l’Église latine, présente à travers toute son histoire, consiste en une tendance à donner une place quasi absolue au mode sacramentel de la prière (sacrements et sacramentaux) et des œuvres extérieures pour le salut. Que n’a-t-on entendu, jusqu’à une période récente, sur la damnation de celui qui n’a pas le temps de se confesser à un prêtre. Au début du XVIème siècle, la prédication du clergé n’exaltait pas seulement les sacrements mais aussi des sacramentaux comme les prières indulgenciées. Confronté à une Église vivant trop souvent la charité comme un commerce de mérites accumulés et d’indulgences dispensant de la souffrance expiatoire du purgatoire, la conscience de certains fidèles s’émût. C’est l’époque de Luther et de son fils spirituel Calvin.

 

Pour notre recherche, l’apparition d’un deuxième grand pôle de la théologie du salut dans l’Église est de grande importance. Nous allons montrer que pour Luther et toute la Réforme, dans la lignée de la religion d’Abraham, c’est la foi et la foi seule qui justifie et mérite l’entrée dans la gloire. Or cette foi est distincte de la charité. La conception du christianisme en est bouleversée. On le sait, dans toute forme de pensée, une légère différence dans le principe fondateur se répercute avec force dans les applications existentielles.

 

Pour développer sans la déformer la pensée de ces deux réformateurs de la théologie, nous nous sommes référés à certains de leurs écrits personnels (voir la bibliographie générale), à Melanchthon, l’auteur de la confession d’Augsbourg. Nous avons aussi été aidés et confirmés par le Père Frost, représentant catholique auprès du Conseil Oecuménique des Églises (Genève).

 

2-1- EXPOSÉ — La foi au sens de Luther est autre que la charité thomiste

 

- Luther, sa vie, sa réflexion

 

Luther est avant tout un homme profondément religieux. Malgré les erreurs et les faiblesses dont sa vie est semée, celle-ci a été tout entière dominée par les grandes questions qui préoccupent le chrétien voulant vivre de sa foi. C’est tout lui-même, dans toute la profondeur de sa vie intérieure que Luther a engagé au service d’une œuvre religieuse. Né en 1483 en Saxe, ce moine augustin semble avoir été travaillé très tôt par de graves crises de conscience que son directeur ne pourra adoucir. La confrontation journalière entre son état de pécheur et la haute conscience qu’il a de la grandeur de la justice de Dieu le mine. Il vit de longues périodes d’introspection dépressive et la question de son propre salut, du salut des pécheurs ne trouve pas de réponse dans ce qui lui paraît être la théologie catholique. Comment être certain du salut ?

A cette époque, le Dominicain Tetzel avait entrepris de persuader les fidèles que le salut s’opère aisément par les œuvres. II proposait « les passeports pour franchir l'océan en furie, et arriver tout droit au paradis. » Il utilisait volontiers le dicton à la mode : « Sitôt l'argent tinte dans la cassette, sitôt l’âme en faveur de qui l'on donne saute hors du purgatoire. Martin Luther, lui, éprouvait dans son cœur et dans sa chair « qu'il faut entrer au ciel par beaucoup de tribulations. » Il se dressa donc contre ceux qui, à ses yeux, incitaient les malheureux chrétiens à se reposer sur la sécurité d'une fausse paix. Il le fit au nom de ce qu'il appelait « la découverte de la miséricorde » dont il avait reçu la grâce alors qu'il professait l'Épître aux Romains entre 1514 et 1517 : « Tandis que dans ma méditation, j’examinais l’enchaînement de ces mots du verset 17 du ch. 1 : « la justice de Dieu se révèle dans l'Évangile, comme il est écrit : le juste vit par la foi », j'ai commencé à comprendre que la justice de Dieu signifie celle par laquelle le juste vit par le don de Dieu, c'est-à-dire par la foi. Le sens de la phrase est donc celui-ci : l’Évangile nous révèle la justice de Dieu, mais la justice passive par laquelle, au moyen de la foi, nous justifie Dieu, plein de miséricorde... aussitôt, je me sentis renaître, et il me sembla être entré par les portes grandes ouvertes, au paradis même. » Voici que la prédica­tion des Indulgences lui donnait l'occasion de crier sa découverte. Se doutait-il qu'en prenant ces positions, il allait déclencher une crise telle que jamais le christianisme n'en avait traversée de si grave ? Certainement non. Mais à ce cri, l’Allemagne inquiète et frémissante allait répondre et ce drame d’âme déclencherait une révolution.

 

- La foi qui sauve selon Luther

 

Selon Luther, la foi a une définition bien précise qu’il distingue de l’amour. Cette distinction, reconnue par les auteurs de l’époque tant luthériens que catholiques, nous semble constituer l’axe qui permet de distinguer les deux Églises. Dans le Credo qu’il laisse Melanchthon rédiger et qu’il prend le temps de corriger, mot à mot, pour laisser aux juges catholiques un exposé sûr de ce qu’il prêche, il définit la foi de la manière suivante[79] : « On instruit également (les gens) de ce qu’il n'est pas question ici de cette foi qu’ont même les diables et les impies qui, eux aussi, croient les récits historiques[80] relatant que le Christ a souffert et qu'il est ressuscité des morts. Celui qui sait que, grâce au Christ, il a un Dieu qui fait miséricorde, connaît Dieu et l'invoque ; L'Écriture parle de la foi selon que nous l’avons fait connaître à présent ; Dans Hébreux[81], elle enseigne, au sujet de la foi, que croire, ce n'est pas seulement avoir connaissance des faits historiques, mais avoir une ferme confiance en Dieu, avoir la ferme assurance de recevoir ce qu’il promet. Et Augustin nous rappelle aussi que dans l'Écriture nous devons comprendre le mot « foi » de telle sorte, qu’il veut dire la ferme confiance en Dieu, la ferme assurance qu’il nous fait miséricorde, et non la simple connaissance des faits historiques, tels que les diables, eux aussi, les connaissent.[82] »

A la suite de saint Thomas d’Aquin[83], Luther distingue dans l’Ecriture plusieurs sens du mot « foi. » Il en existe dans l’Ecriture au moins six. « L’acte d’une puissance ou d’un habitus dépend toujours de l’adaptation de la puissance ou de l’habitus à son objet. Or l’objet de la foi peut se présenter de trois façons. Croire appartient à l’intelligence en tant qu’elle est portée par la volonté à donner son adhésion ; aussi l’objet de foi peut-il se prendre soit du côté de l’intelligence elle-même, soit du côté de la volonté qui la meut. Si on le prend du côté de l’intelligence, on peut voir dans l’objet de foi deux choses, selon ce que nous avons dit plus haut. (1) De ces deux choses, l’une est objet matériel de la foi, et à ce point de vue l’acte de la foi consiste à « croire à Dieu » (Credere Deum) puisque rien ne nous est proposé à croire, avons-nous dit, si ce n’est dans la mesure où cela concerne Dieu. »

L’Ecriture sainte exprime ce premier sens quand l’épïtre aux Hébreux dit[84] : « L’homme qui s’approche de Dieu doit croire que Dieu existe et qu’il se fait rémunérateur et qu'il se fait le rémunérateur de ceux qui le cherchent. »

(2) « L’autre est la raison formelle de l’objet ; c’est comme le moyen à cause de quoi l’on adhère effectivement à telle et telle chose parmi les réalités à croire et à cet égard l’acte de la foi consiste à « croire Dieu » (Credere Deo) car, avons-nous dit, l’objet formel de foi c’est la vérité première, et c’est à elle que l’on s’attache pour adhérer par elle à ce qu’on croit.

L’Ecriture sainte exprime ce deuxième sens dans l’épître de Jacques[85] : « Toi, tu crois qu'il y a un seul Dieu ? Tu fais bien. Les démons le croient aussi, et ils tremblent. » Les démons croient car leur intelligence est suffisamment perspicace pour savoir que ce qu’il dit ne peut être que vrai.Mais leur foi n’implique aucun amour.

(3) Enfin, si l’on regarde l’objet de foi de la troisième manière, en tant que l’intelligence est mue par la volonté, alors c’est « croire en Dieu » (Credere in Deum), qui est l’acte de la foi ; car la vérité première se réfère au vouloir en tant qu’elle s’offre comme une fin. » L’Ecriture sainte exprime ce troisième sens dans de nombreux textes[86] : « Abram crut en Yahvé, qui le lui compta comme justice »

Selon Luther, la foi qui sauve est cette foi là. Dans la Confession d’Augsbourg, Melanchthon situe d’ailleurs l’amour en rapport avec les œuvres, c’est-à-dire en second lieu. Il ne nie pas l’importance des œuvres mais manifeste que seule la foi qui les fonde justifie. L’amour lui paraît être une conséquence naturelle de la reconnaissance de celui qui se sait sauvé.

(4) Si l’on suit l’Ecriture, il existe un quatrième sens du mot « foi », identifiable à la charité. Saint Thomas d’Aquin l’appelle « la foi formée »[87] et cite saint Jacques[88] : « Veux-tu savoir, homme insensé, que la foi sans les œuvres est stérile ? » Pour lui, celui qui a confiance en Dieu peut, en outre entrer avec lui dans une autre dimension. S’il se met à vivre dans l’intimité de Dieu d’un amour réciproque et agissant, d’une amitié adulte, alors sa foi devient agissante au sens profond du terme, elle devient vivante et elle fait entrer dans le salut. Luther s’oppose explicitement à cette conception. Il ne définit jamais l’amour à la manière de l’Église catholique, à savoir comme une amitié qui élève l’homme dans un rapport de tendresse d’égalité avec Dieu. Sans doute doit-on trouver ici l’explication de l’absence de vie religieuse contemplative dans la Réforme. Elle n’a jamais été comprise par Luther, son noviciat augustinien ne lui ayant appris à la vivre que sous le mode d’une pratique extérieure. « En second lieu, on enseigne qu'on a le devoir et que la nécessité impose de faire des œuvres bonnes, non pour y mettre sa confiance, afin de mériter la grâce, mais pour l'amour de Dieu et pour sa louange. C'est toujours la foi seule qui saisit la grâce et la rémission des péchés. »

(5) Il existe deux autres sens du mot foi, prise cette foi du côté des effets. Il peut s’agir du fruit du Saint Esprit[89] : « Mais le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, foi dans les autres, douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n'y a pas de loi. » Celui qui vit dans l’a charité developpe en lui, comme un fruit surnuméraire, ces qualités intérieures.

(6) Enfin, un sixième sens relève du charisme. La foi charismatique est visible chez celui qui rayonne extérieurement la confiance en Dieu. Saint Paul en parle[90] : « A chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun. A l'un, c'est un discours de sagesse qui est donné par l'Esprit ; à tel autre un discours de science, selon le même Esprit ; à un autre la foi, dans le même Esprit. »

On le voit, la complexité de la notion de foi implique une extrême précision théologique.

 

- La justification par la foi seule

 

C’est au niveau proprement théologique de la parole de Dieu que Luther trouve la réponse qui le libère. Il découvre le sens véritable de la justice de Dieu dans le texte clef de l’épître aux Romains : « Car en lui (l’Évangile), la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi comme il est écrit : Le juste vivra par la foi. » [91]. Ce texte fait le lien explicite entre justice de Dieu et foi. C’est par la foi et non plus par la loi que, dans la nouvelle Alliance de l’Évangile, la justice de Dieu se révèle. Par la foi, Luther entend une confiance abandonnée passivement en Dieu qui sauve, ni plus ni moins. Il le reconnaîtra lui-même face aux critiques catholiques. Elle n’est pas la charité qui agit dans des œuvres au service de Dieu (réciprocité d’amour d’amitié) ou du prochain (action). Elle est cette confiance reçue passivement de Dieu par l’homme blessé et incapable d’agir (le péché originel le rend tel.[92])

Pour comprendre la différence entre la charité catholique et la foi réformée, il est intéressant de comparer les interprétations de Luther et de saint Thomas d’Aquin dans leur commentaire respectif de Romains[93] : pour Luther, l’expression paulinienne « de la foi à la foi » manifeste la nécessité et la suffisance de la confiance en Dieu pour obtenir le salut. Pour saint Thomas d’Aquin, le passage de la foi à la foi signifie le passage par étape comme dans l’architecture d’une cathédrale. On commence par une foi fondation qui est la simple « connaissance de l’existence de Dieu et de son salut. » L’édifice prend forme dans une foi « confiance en Dieu. » Mais son achèvement, sa flèche qui touche le ciel est dans une troisième espèce de la foi, la foi vive « Agapé, amour d’amitié. » Saint Thomas d’Aquin, à travers ses écrits multiples et d’une manière scientifique dans La Somme Théologique, distingue ces différents sens du mot foi. Dans le traité de la Foi[94], il l’analyse selon son premier sens : « adhésion de l’intelligence à la vérité révélée en tant qu’elle se révèle. » Selon lui, cette foi là est présente jusqu’en enfer où les démons croient, bien qu’ils tremblent[95]. Dans le traité de la charité, il manifeste que par le péché mortel un homme peut perdre l’amour d’amitié avec Dieu (la foi vive, Agapé), tout en gardant une foi informe (la foi morte). Cette foi morte est plus que la simple connaissance de Dieu. Elle peut impliquer la confiance en Dieu et même un certain amour : l’homme garde, malgré le péché qu’il ne reproche qu’à lui-même, sa confiance en Dieu mais la conscience de son action mauvaise lui interdit l’exercice d’un amour d’amitié réciproque avec Dieu tant qu’il ne se l’est pas réconcilié par une sincère confession, contrition et pénitence. Tant qu’il ne l’a pas fait, son amour n’ose plus s’appeler amitié réciproque. Dieu est aimé de plus loin, comme Créateur ou comme Sauveur, mais plus comme l’ami et, d’une certaine manière, l’égal. La foi-confiance est certes présente dans l’amitié mais elle ne nécessite pas l’amitié : elle peut être le fait du serviteur pour son maître, du militaire pour le capitaine qu’il admire.

La pensée de Luther, surtout dans ce qu’elle comporte d’original, se présente comme une suite de l’intuition fondatrice qui est sienne concernant le rôle suffisant de la foi-confiance pour le salut. On le voit, c’est bien sa propre expérience de désert spirituel qui est source de la force qu’il imprime à sa découverte. La foi est le salut en ce sens qu’elle manifeste la présence, à l’état de germe dans l’homme, d’une œuvre salvifique initiée par Dieu et qu’il épanouira avec certitude en gloire dans l’autre monde. L’homme est certain de la chose suivante : ce que Dieu a commencé et que l’homme a reçu passivement, sans que ses œuvres ou sa liberté intervienne, mais par un don gratuit, Dieu l’achèvera dans l’autre monde. En ce sens, s’il a la foi, l’homme est absolument certain de son salut. Luther trouve donc le moyen de libérer le croyant de toute angoisse vis à vis de son destin éternel puisqu’il lui assure, par la même qu’il a confiance en Dieu, au delà de son irrémédiable état de pécheur, qu’il sera sauvé par le seul fait de l’action commencée par Dieu.

Fondé sur l’Écriture, Luther est illuminé par l’intuition que seule la foi justifie. Il ne s’agit nullement d’opposer la foi aux œuvres, comme le fera une certaine scolastique protestante ultérieure, mais de souligner la nouveauté radicale, par rapport à la loi de l’Ancien Testament ou à l’activisme dévot de certains catholiques, de l’attitude de foi demandée au chrétien en réponse à l’initiative de salut révélée en Jésus-Christ. C’est ainsi que l’insistance de Luther sur la justification par la foi seule est liée chez lui à cette autre intuition, centrale elle aussi, que le salut est offert en Jésus-Christ de manière totalement gratuite.

A cause de sa nature originellement scrupuleuse, Luther aura tendance à trouver dans son intuition un remède d’ordre psychologique à l’angoisse du salut. Souvent, sous le couvert de formules théologiques tirées de la Bible, il montre que parce qu’il discerne en lui l’existence de cette foi au salut apporté par le Christ, l’homme peut en retirer la certitude, psychologiquement sentie, d’être sauvé. C’est d’ailleurs au yeux du réformateur la seule vertu qui compte dans ce domaine du salut puisque l’homme, radicalement vicié par les conséquences du péché originel, n’a aucun rôle actif dans sa propre justification. Il reçoit entièrement le salut de Dieu, sans aucune initiative vers la grâce offerte. Affirmer autre chose serait nier la souveraineté de Dieu et la gratuité totale du salut qui seule convient dans les rapports entre l’homme et Dieu.

 

- Les œuvres ne sauvent pas, la charité non plus

 

Puisque par la foi le Saint Esprit nous est donné, le cœur, à son tour, devient disposé à faire des œuvres bonnes. Car, avant d'avoir reçu le Saint Esprit, il est trop faible ; de plus, il est au pouvoir du diable qui pousse la misérable nature humaine à commettre de nombreux péchés. Nous le voyons chez les philosophes qui se sont avisés de mener une vie honnête et irréprochable, mais qui, malgré cela, n'y sont pas parvenus et sont tombés dans nombre de péchés grossiers et manifestes. II en va de même pour l'homme qui, étant en dehors de la vraie foi, est privé du Saint-Esprit et n’a, pour se diriger, que ses propres forces humaines.

 

C'est pourquoi il n'y a pas lieu de reprocher à cette doctrine de la foi de proscrire les bonnes œuvres ; tout au contraire, il faut la louer de ce qu'elle enseigne à faire des œuvres bonnes et de ce qu'elle nous en offre le moyen. Car, en dehors de la foi et hors du Christ, la nature et le pouvoir de l'homme sont beaucoup trop faibles pour qu'il puisse faire des bonnes œuvres, invoquer Dieu, être patient dans la souffrance, aimer son prochain, exercer avec soin les fonctions de sa charge, être obéissant, fuir les mauvais désirs, etc. Ces grandes et véritables œuvres ne peuvent être accomplies sans l'aide du Christ, comme il le déclare lui-même dans Jean[96] : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Et l'Église chante : « Sine tuo numine (Sans ta divine puissance), nihil est in homine, (rien dans l'homme), nihil est innoscium, (rien n'est innocent) » (Liturgie de la messe de la Pentecôte : Veni sancte spiritus et emitte caelitus.)

 

2-2- DIFFICULTÉ — Le salut de ceux qui meurent sans la foi

 

La théologie réformée, dont nous avons manifesté l’originalité propre, apporte-t-elle une solution satisfaisante à la question du salut des incroyants ? Tel est, rappelons le, l’axe de nos prolégomènes puisqu’il s’agit de manifester l’impasse où se trouve selon nous toute théologie chrétienne en ce domaine, face à l’Évangile, quelle que soit sa logique.

Marqué par sa propre expérience de pécheur, Luther croit en la corruption totale de la nature humaine. Il n’y a donc de mouvement que de Dieu vers l’homme et le mouvement inverse est impossible. Le salut se reçoit passivement et la foi est la preuve que l’on est sauvé. Cette doctrine, belle dans sa simplicité, semble pouvoir définitivement rassurer le croyant pécheur sur son salut. Cependant, que devient-elle lorsqu’on l’applique aux incroyants pour comprendre la manière dont Dieu les sauve ?

Logique avec lui-même, Luther développera dans ses œuvres tardives, notamment dans son commentaire de l’épître aux Galates publié en 1534[97], une doctrine de la justification prise du côté de Dieu : il impute de l’extérieur sa justice aux hommes et ceux-ci n’en sont que les réceptacles passifs. Il attaquera aussi la doctrine catholique de la charité dont il niera toute possibilité d’exercice à la manière d’une amitié réciproque et co-active (les œuvres).

Luther ne développera pas de doctrine cohérente avec ses principes concernant la question du sort des incroyants. C’est à son fils spirituel Calvin que l’on doit une telle recherche.

Calvin est de vingt-cinq ans le cadet de Luther. Il ne fait pas œuvre de réformateur mais de penseur. Sa vocation consiste, il le dit lui-même, à mettre au service de la Réforme son intelligence. L’intérêt de son œuvre consiste dans son aspect systématique. Il pousse jusqu’à leurs ultimes conclusions les principes que Luther ne fait qu’exposer dans leur beauté native. L’esprit de système le domine au point qu’il ne sera pas suivi par tous les réformés. Pourtant, ses conclusions sont filles de Luther. Réfléchissant au mystère de Dieu qui donne sa grâce à ceux qu’il appelle, Luther pose au centre de sa théologie le principe suivant : Dieu est souverain, Créateur et régisseur de toutes choses. Ceci s’exprime dans la devise qu’aiment les calvinistes : « Soli gloria Deo. » Que soient attribuées à Dieu toute initiative et toute vertu, afin qu’il soit affirmé et confessé maître et souverain de toute chose. La souveraineté absolue de Dieu est même le critère interne, le principe au sens aristotélicien de la dogmatique calviniste.

Puisque Dieu est souverain, déterminant toutes choses, sa volonté toute juste est pour l’homme une règle décisive. « Nous ne sommes point nôtre, nous appartenons au Seigneur. » Telle est la première entrée à l’obéissance de la foi. 

Fondé sur ce principe, la question de l’existence d’incroyants trouve aussitôt sa solution pour Calvin : s’ils n’ont pas la foi et donc s'ils ne sont pas justifiés, c’est que Dieu dans sa sagesse l’a voulu ainsi. Et puisque la foi est un don de Dieu que nul homme, tant à cause de sa nature corrompue que de la valeur surnaturelle de ce don ne peut obtenir par lui-même, c’est donc que Dieu a voulu dans sa sagesse que certains meurent sans la justice de la foi. Ils sont damnés pour l’éternité non par leur faute mais par un acte de prédestination souverain, de même que ceux qui sont sauvés ne le sont pas par leurs mérites mais par un acte souverain de prédestination. On le voit, cette position découle tout droit, avec cette logique raide et linéaire dont nous avons parlé, du point de vue de la souveraineté absolue de Dieu, qui détermine tout et n’est déterminée par rien. Aussi arrive-t-il à poser une double prédestination, l’une à la vie, l’autre à la mort : « Les uns sont prédestinés à Salut, les autres à damnation. » [98] Calvin n’a ici qu’un refuge : la volonté de Dieu qui est pure, juste et bonne par elle-même.

Pensant à l’élection des croyants, dont il était, Calvin voyait dans sa doctrine un motif de joie et d’assurance. Mais ses disciples se sont révoltés souvent devant cette prédestination directe et positive de certains à la mort. La critique adressée à Calvin atteint aussi Luther. La doctrine du salut par la foi ne résout en rien la question du salut des incroyants pour qui cependant le Christ est mort. Elle oblige effectivement à conclure avec Calvin que si Dieu ne donne pas la foi à certains, c’est que, mystérieusement, il y trouve un motif de sagesse. Pourtant, elle laisse le théologien réformé devant le même scandale que le théologien catholique qui réfléchit au salut par la charité. Elle ne fait qu’élargir le domaine du salut aux autres religions qui vivent de cette foi théologale, principalement les juifs et les musulmans. Certains protestants ne reconnaîtront même pas à ces hommes la qualité de croyants au sens de Luther puisqu’ils n’ont pas explicitement Jésus-Christ au centre de leur démarche religieuse. Ainsi, le scandale du septième sceau de l’Apocalypse reste entier. Il s’agit du scandale du silence de Dieu qui de fait, ne se révèle qu’à ceux qu’il choisit.

 

De nos jours, la théologie réformée reste confrontée, tout comme celle des catholiques, à la question de l’enfer pour ceux qui meurent en dehors de la justification de Dieu. Elle multiplie les solutions depuis le plus rigide sectarisme calviniste au libéralisme le plus ouvert. C’est dans la Réforme que se manifeste pour la première fois dès le XIXème siècle la vision de l’universalité du salut pour tous les hommes de bonne volonté. L’humanisme identifié au christianisme se développera dans le luthéranisme avant de se répandre dans des courants de la théologie catholique. Le Concile Vatican II saura tirer de ce courant ce qui est bon et qui sera résumé en une phrase : « Tout acte bon dispose(dispose seulement mais pas davantage) au salut dans lequel l’homme est introduit par la charité. »[99] Il nous faut maintenant analyser cette position, de plus en plus répandue de nos jours et que nous avons nommée humanisme chrétien.


3- LE SALUT PAR LA BONNE VOLONTÉ

 

Introduction :

 

 

Nous laissons de côté toutes les conceptions du salut qui se sont trompées sur la nature de ce salut. Le messianisme temporel n’est pas un phénomène moderne puisque déjà les juifs furent tentés de faire de Jésus un roi terrestre d’Israël. Mais notre étude n’est pas directement concernée par des pensées comme celle de la théologie de la libération, le marxisme chrétien ou le millénarisme, toutes conceptions qui attendent un salut terrestre d’une action terrestre bonne. Nous voudrions étudier celles qui espèrent la vision béatifique par le mérite d’une action terrestre (naturelle et non théologale) bonne.

Deux courants nous ont particulièrement intéréssé, à cause de leur impact historique ou contemporain. Le premier exalte une perfection acquise à force d’ascèse. Nous avons choisi de présenter la pensée de Pélage, plutôt que tout autre parmi les puritanismes car il est significatif d’un courant se caractérisant par l’exaltation de la perfection vertueuse.

Nous avons choisi de développer aussi cette forme d’humanisme moderne, identifié au christianisme par une part importante de l’Eglise catholique ou des courants réformés. Il exalte la valeur d’attitudes humainement bonnes comme l’humilité, l’attention aux autres. Sa valeur suprême est une bonne volonté se traduisant par un réel amour humain pour son prochain.

Mais que ce soit perfection ou humanisme, ces deux courants se rejoignent dans leur sens d’un salut par une attitude naturelle.

3-1- PÉLAGE — Le salut par la vertu acquise

 

3-1-1- EXPOSÉ : La vertu (dans le sens d’une maîtrise et possession de soi), condition du salut

 

Né dans les années 350, le moine Pélage était doté à son époque d’une réputation d’ascète. Il est contemporain de saint Jérôme et de saint Augustin. Sa doctrine est digne d’intérêt pour le sujet qui nous occupe car elle contient une conception du salut liée à l’activité d’une volonté droite et conquérante. Notre source principale est sa Lettre à Démétriade où il expose à travers un enseignement ascétique assez classique, l’essentiel de sa pensée. Cette doctrine exprime une confiance optimiste dans le bonum naturae, dans les forces et les possibilités de la nature, qui est l’œuvre de Dieu. Contre tout fatalisme, contre tout déterminisme, d’où qu’ils viennent, elle exalte la liberté de l’homme. Dieu a donné à l’homme la possibilité foncière de choisir librement entre le bien et le mal. La bonté foncière de la nature se manifeste dans les vertus des païens et des philosophes. Il y a donc une sainteté naturelle qui devient, aux yeux de Pélage, la seule sainteté réelle. L’exemple des saints antérieurs à la Loi montre ce que nous pouvons faire[100]. « Si les hommes tels qu’ils ont été créés par Dieu, peuvent ainsi faire le bien, même sans Dieu, vois tout ce que peuvent faire les chrétiens, eux dont la nature et la vie ont été instruites par le Christ et qui sont aidés par le secours de la grâce divine. » (Lettre 2) Ces mots expriment au mieux la pensée de Pélage sur la grâce. Elle est une éducation, un enseignement et un secours pour faire mieux que les autres. Mais elle n’est en aucun cas une surélévation de la nature en vue d’une vie surnaturelle. La grâce du Christ est nécessaire pour que nous puissions accomplir plus facilement ce qui nous est commandé par Dieu. Elle consiste dans l’effet pédagogique de l’enseignement et l’exemple du Christ : Pélage insiste volontiers sur l’imitation du Christ. Mais il est frappant de voir comment son commentaire de Philémon[101] fausse habilement la pensée de l’apôtre : « C’est Dieu qui fait en nous le vouloir et le faire. Il fait en nous le vouloir par la persuasion et par la promesse des récompenses ; il fait en nous le faire en disant : celui qui persévérera jusqu’au bout sera sauvé. »

 

Dans la logique de Pélage, on pourra dire que l’homme « mérite » par la force de ses actes de vertu l’entrée dans le salut de Dieu. Cela aboutira à un culte de la perfection morale, assez semblable extérieurement à celle qui fut cultivée par le Jansénisme, cette doctrine sur la grâce étant pourtant opposée radicalement aux conceptions pélagiennes.

 

 

3-1-2- DIFFICULTÉ : Le salut des pécheurs chez Pélage

 

 

Dans la perspective ici étudiée, la manière concrète pour l’homme d’être justifié n’a rien à voir avec un don gratuit de Dieu mais dépend entièrement de la force morale de chacun. Une fois juste devant Dieu par la force de sa conduite vertueuse, l’homme est assuré de recevoir en récompense de ses luttes la vie éternelle et la gloire de l’autre monde. Ainsi, le salut appartient aux forts et seuls les forts s’en emparent, non par aide de Dieu mais par conquête personnelle. Bien évidemment, Pélage ne se souciera guère du sort des païens ou plutôt, devrions nous dire, des faibles qu’ils soient chrétiens ou non. Le fait qu’il ne se pose pas la question de leur salut et qu’il les pense simplement voués à l’enfer éternel par punition de Dieu est significatif : son système de pensée n’est pas centré sur la charité ni même sur l’amour humain mais sur des valeurs plus viriles à ses yeux. Ce système de pensée est bien évidemment un contresens évangélique. Il permet cependant d’éclairer notre recherche en dévoilant par mode d’analogie celui que nous allons présenter maintenant. En effet, à notre époque, les tentatives pour expliquer la manière dont l’homme incroyant mais de bonne volonté est justifié se multiplient. Elles s’expliquent par la multiplication du nombre des athées autours d’une Église davantage consciente des qualités de cœur des non-chrétiens.

 

 

3-2- L’HUMANISME LIBÉRAL — Quand la fraternité humaine est identifiée à la charité théologale

 

3-2-1- EXPOSÉ

 

La tentative la plus importante car la plus enseignée et la plus semblable au christianisme est celle de « l’humanisme. » Nous avons choisi de nommer ainsi un courant à multiples facettes qui s’impose de plus en plus aux grandes Églises chrétiennes contemporaines comme étant l’essence de l’Évangile de Jésus-Christ[102]. La dénomination est ambiguë. Nous n’entendons pas sous ce mot les nombreux courants de la Renaissance qui ont abouti à redonner sa place à l’homme dans une théologie chrétienne excessivement théocentrique[103]. Cette perspective constituait un rééquilibrage des deux commandements de l’amour, pour que l’amour ne l’homme ne soit pas effacé par l’amour de Dieu. Dans le cas qui nous occupe, le commandement de l’amour du prochain devient mesure de tout, le commandement de l’amour de Dieu ne trouvant pas d’autre manifestation que dans l’action au service de l’homme. A la différence du pélagianisme, cette conception du christianisme ne prétend pas fonder le salut sur la vertu individuelle, sur la capacité à dominer son propre être, mais sur la bonne volonté d’un cœur humain attentif à l’autre. Théorisée, elle va jusqu’à identifier charité et amour humain authentique. Cette théologie n’est pas facile à identifier car il existe effectivement une grande ressemblance phénoménologique entre les diverses espèces de l’amour « honnête », qu’il soit naturel ou non. Rien ne ressemble plus à un amour authentique qu’un autre amour authentique (tourné vers l’autre.) Seule une analyse de théologie morale peut découvrir une différence entre charité et amitié naturelle, à partir en particulier, de l’étude des finalités.

Parce qu’il est difficile à distinguer, ce courant de pensée se répand partout, y compris chez d’authentiques thomistes. A cet égard, l’exemple du Père Guy Vandevelde est remarquable : formé à l’Université Grégorienne, ce prêtre séculier enseigne la théologie dogmatique. Docteur en théologie, il a soutenu sa thèse intitulée « expression de la cohérence du mystère du salut » à Rome en 1993. Sa thèse n’aborde pas exclusivement la question du salut des païens mais porte un regard d’ensemble sur l’harmonie de la révélation. Dans cette perspective, au cours de la troisième partie, il s’efforce de rendre compte du salut des païens[104]. Il élabore donc une hypothèse justifiant leurs mérites pour la vie éternelle : dans l’amour d’autrui, dit-il, il n’y a jamais que de l’humain seulement. Il y a toujours une part de grâce parce que celui qui imite Dieu qui est Amour, même du dehors, ne peut le faire sans être rapproché de lui. Il reconnaît cependant que cette grâce n’est pas la plénitude de la grâce sanctifiante telle que décrite précédemment et qui donne part à la vie intime de Dieu. Son analyse, portée par une formation thomiste, en arrive à distinguer l’amour du frère motivé par la reconnaissance en lui de l’image de l’homme, de l’amour du frère motivé par l’Image de l’Homme Nouveau, c’est-à-dire du Christ. Cependant, (et là se trouve l’argument qui le pousse à en arriver à l’identification de la charité dans tout amour humain), celui qui aime d’amitié cherche à promouvoir l’image de l’homme et cela ne peut venir que de l’image de l’Homme Nouveau qui est en lui. Ainsi, en aidant celui qui souffre, tout homme aide réellement le Christ qui souffre. Il vit de la charité fraternelle. Citons le père Vandevelde : « C’est pourquoi il faut affirmer que tout comportement habituel envers les autres, individus ou groupes, constitué par le respect de la dignité de l’autre selon ce que l’on sait de vrai, par la volonté de promouvoir dans le bien que l’on voudrait pour soi, en marchant dans l’oubli de soi qui va jusqu’au pardon (grâce de la « proximité » ou passion et résurrection du Christ dans la vie de l’homme) est pour un homme la grâce de la charité qui l’unit au Père et au Fils dans l’Esprit, en l’associant à la foi de l’Église. »[105]

 

Cette tentative s’appuie sur la foi de l’Église catholique dans l’existence d’une grâce surnaturelle à l’intérieur de tout acte humain. Elle est critiquable par l’identification qu’elle implique en définitive entre cette grâce là (qui est, au sens thomiste une grâce actuelle, c’est-à-dire une attraction de Dieu donnée à toute créature spirituelle) et la grâce sanctifiante qui est de toute autre nature et est seule apte à expliquer la vertu de charité. Le Père Vandevelde se défend de faire cette confusion aussi il contourne la difficulté en établissant une théorie de l’Assomption par le Christ homme des actes bons faits à ses frères hommes. L’Évangile semble suggérer cette solution : « En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous avez fait du bien à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » [106]

 

D’une manière pratique et bien au delà des laborieuses théorisations, l’humanisme tend s’imposer comme l’unique Évangile chez les chrétiens eux-mêmes. Le commandement de l’amour du prochain est exalté tant par la prédication que par le mode de l’action catholique. La vie contemplative, de moins en moins comprise, est dévaluée au profit de l’action sociale ou humanitaire. La valeur suprême de l’Évangile se trouve dans l’amour d’autrui (aimé pour lui-même, que la lumière du Christ intervienne ou non.)

Les conséquences de cette pensée se font sentir dans l’attitude des chrétiens. Plus profondément qu’on le croit, l’Église est actuellement divisée en deux courants difficiles à réconcilier et qui se qualifient l’un l’autre d’intégrisme et de progressisme. Sans doute les divisions sont-elles moins médiatiques qu’à l’époque des combats liturgiques de l’Église de France et de Mgr Lefebvre. Mais elles sont en revanches beaucoup plus profondes car elles ne touchent plus l’expression de la foi, mais la foi elle-même et ce de manière radicale.

Aux yeux du courant humaniste libéral, tel que nous l’entendons ici, l’attitude qui spécifie le chrétien est à prendre dans son amour respectueux d’autrui. Une autre vertu est une certaine humilité à reconnaître sa propre faiblesse accompagné d’une étrange tolérance pour le péché. « Si ton péché te conduit au bonheur, est-il un péché aux yeux de Dieu ? La gloire de Dieu n’est-elle pas l’homme heureux ? » Le mot le plus employé pour caractériser le comportement issu de cet amour est celui de tolérance. Il n’y a pas d’attitude plus chrétienne que celle qui consiste à tolérer autrui dans ses idées et son comportement (dans la mesure ce comportement et ces idées sont elles-mêmes tolérantes envers autrui.) Or, dans un monde sécularisé, la valeur suprême qu’il convient de respecter chez l’autre, parce qu’elle définit sa qualité de personne humaine, consiste dans sa liberté. En raison de sa liberté, l’homme peut rechercher de manière pleinement humaine, affirmera-t-on, son bonheur personnel. C’est pourquoi toute attitude qui s’opposerait d’une manière ou d’une autre à la liberté inaliénable de chacun dans sa recherche du bonheur est qualifiée d’anti- humaine et, par conséquent, d’anti-chrétienne. Il est à noter que le premier ennemi, pour les tenants de cette conception humaniste et libérale du christianisme, est l’autre christianisme, celui des dogmes et de la morale imposée comme une règle venant d’en haut. Il est légitime de s’en prendre à l’enseignement des papes tel qu’il est caricaturé, déformé par la Presse. Il est vrai que si le Magistère enseignait réellement qu’il vaut mieux communiquer le Sida à son prochain que d’utiliser le préservatif, il serait criminel. Mais cherche-t-on à connaître en vérité la pensée du Magistère de Pierre à cet égard ? Fidélité et liberté sont souvent antagonistes. Il existe en effet, sous forme de non-dits, un antagonisme entre cette forme de christianisme sécularisé et le christianisme le mieux compris : aimer Dieu et son prochain jusqu’à donner sa vie, jusqu’à renoncer à sa liberté comme le font certains contemplatifs, n’est-ce pas une pratique radicalement opposée à celle qui consiste à exalter la liberté individuelle comme valeur suprême, digne d’être aimée en soi et tolérée en l’autre ?

 

 

3-2-2- Le salut des païens dans cette perspective

 

En adhérant à cette thèse, le théologien semble enfin trouver la solution à la question du salut des infidèles : tout homme est sauvé et entrera dans la vision béatifique dans la mesure où il est de bonne volonté. Il n’y a pas à rechercher dans cette bonne volonté un critère de vérité autre que l’adhésion sincère à ce que la conscience morale présente comme bon. Mieux que ne le fait Pélage, cette solution humaine est apaisante pour l’intelligence car elle n’exalte pas la force mais la qualité du cœur. Elle possède même un certain fondement évangélique, davantage que la théorie de Pélage qui se trouve symbolisée par l’attitude pharisienne[107] : « Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t’accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ? Et le Roi leur fera cette réponse : En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Cependant, si on l’analyse de plus près, on s’aperçoit qu’elle soulève d’autres questions théologiques plus graves : elle relativise le Christ. Elle en fait un élément second et dispensable. Que devient en effet la spécificité évangélique soulignée par Jésus : « Quel gré vous en sera-t-on de cette action ? Les païens n’en font-ils pas autant ? »[108] Qu’en est-il de l’analogie des noces prise par Jésus pour illustrer l’entrée dans le Royaume de Dieu par la grâce et la gloire ? En effet, si pour entrer au Ciel, il suffit d’avoir été humainement bon sur la terre sans qu’un désir de Dieu se soit manifesté, c’est donc que le « mariage » de l’entrée dans la Vision se fait par surprise et non par choix mutuel d’amour... On pourrait multiplier la liste des difficultés que pose cette thèse qui, en un mot, réduit le Christ à l’homme.

 

Le Père Vandevelde ne peut être accusé de réduire le christianisme à l’humanisme. Mon but, en le citant, était le même qui me fit citer précédemment les tentatives du cardinal Journet : La question du salut des païens reste ouverte et les théologiens qui s’expriment, même s’ils s’efforcent en conscience de trouver une solution conforme avec tout ce qu’ils croient être l’Évangile, sont condamnés à entrer en contradiction avec leur foi s’ils ne veulent pas poser la damnation éternelle de millions d’innocents. Tout ceci manifeste une fois de plus la nécessité de la recherche théologique renouvelée pour rendre raison, en harmonie avec la foi, (toute la foi !) de l’évidence chrétienne du fait que tout homme de bonne volonté sera un jour introduit par Dieu dans la Vision. Il convient cependant que cette solution garde entière la saveur de l’Évangile.

 

 

4- CONCLUSION

 

 

Nous constatons ainsi que chacune des nombreuses systématisations du problème du salut, lorsqu’elle est confrontée à la question concrète de la place de ceux parmi les hommes qui ne répondraient pas aux conditions requises pour être sauvé, s’est efforcée de se prononcer sur leur sort après la mort. Diverses solutions ont été proposées jusqu’à aujourd’hui. Les passer toutes en revue serait un travail démesuré. Cependant, nous constatons que la question de la damnation éternelle est une pierre d’achoppement sur laquelle les plus belles théologies viennent tourner et retourner. La théologie scolastique, en admettant comme le centre de la foi que Dieu ne communique la béatitude éternelle qu’à celui qui l’aime de charité, a été conduite à des contradictions non encore résolues comme, chez un saint Thomas d’Aquin, à l’harmonisation fragile entre l’amour infini du Christ mort pour tous et la doctrine des limbes des petits enfants morts sans baptême, de l’enfer pour les païens ou ceux qui meurent sans avoir entendu la prédication de la foi qui leur aurait permis d’aimer. Chez d’autres thomistes, contemporains cette fois, l’idée de cet enfer largement ouvert ne passe pas. Pour arriver à conserver l’idée du salut par la charité sans damner une masse de pauvres gens qui l’ignorent, on invente des concepts douteux de « charité implicite », comme si l’amitié pouvait être implicite. On ne discerne pas que ce qu’on appelle charité implicite est un amour humain explicite, si bien que la contradiction avec les prémices du raisonnement n’est pas perçue.

La position de Luther aboutit quant à elle à celle de Calvin car une foi donnée sans coopération de l’homme qui la reçoit conduit logiquement à l’idée d’un Dieu qui damne qui il veut dans sa souveraineté éternelle. Cette position est difficilement conciliable avec l’amour crucifié, mais qu’importe une telle évidence au théoricien perdu dans sa logique.

Quant à ceux qui ouvrent le salut à toute bonne volonté, ils résolvent la question de l’enfer et semblent régler celle de l’amour universel de Dieu. Mais ils ne résolvent plus la question de l’utilité du christianisme.

 

En présentant de manière synthétique quelques théologies du salut, nous espérions manifester le goût d’inachevé qu’elles laissent toutes : toutes présentent un goût de vérité et en même temps un arrière goût d’insatisfaction. Une analogie peut éclairer ce fait : elles ressemblent à la tentative d’une marieuse voulant créer les conditions d’un mariage d’amour. Puisque l’entrée dans la gloire ressemble à un mariage, cette analogie semble convenir. La marieuse fait un premier essai, rêve pour les futurs époux (Dieu et l’âme, dirait saint Bernard) d’un amour réciproque et oblatif mais ne sait pas comment obtenir qu’ils se rencontrent avant le jour des noces (ainsi en est-il pour les païens avant leur mort dans la théologie traditionnelle.) Elle tente donc un second essai, obtient que les époux se rencontrent et croit pouvoir les marier pour toujours alors qu’elle sait que la fiancée n’éprouve pour son fiancé que de la confiance (tel est Luther et sa foi imputée) ; quant à sa troisième tentative, elle est encore plus décevante puisque cette fois, notre entremetteuse amène à Dieu (l’époux) toutes les filles de la terre, toutes fort braves et gentilles (la bonne volonté), mais toutes fort étrangères puisque incapables d’amour du fait qu’elles n’ont jamais entendu dire qu’il allait être question d’un mariage d’amour. Telle est la théologie qui prétend introduire tout homme de bonne volonté dans la vision de Dieu sans présupposer la charité. Quant à Pélage, il est encore davantage en dehors du problème puisque l’épouse qu’il propose s’avère invivable, centrée qu’elle est sur la recherche de sa propre perfection.

Cette analogie des noces éternelles éclaire de manière satisfaisante la gêne où se débat toute théologie face au mystère du salut. Lorsque nous aborderons la question de la foi solennellement enseignée par l’Église catholique en ce domaine, nous verrons que cette analogie du « mariage d’amour » n’est pas une pieuse image mais un véritable sacrement du Royaume de Dieu. La question ne se pose ni en terme de confiance affectueuse ou de bonne volonté générale qu’elle soit vertueuse ou pauvre, mais d’amour exclusif et passionné envers un Dieu auquel il s’agit de s’unir pour l’éternité, en lui offrant par concomitance sa confiance, sa vertu et sa bonne volonté. Ainsi, si la racine de la vérité est plutôt chez saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, comment faire porter à cette racine tout ce qu’elle promet en fruits d’espérance ? Comment s’y prend d’une manière très concrète le Dieu qui veut sauver tous les hommes pour que tous arrivent dans l’autre monde en aimant ou en refusant d’aimer et ce en pleine lucidité, volonté et liberté, comme il convient au jour où l’on se marie pour l’éternité ?

 


 

PREMIÈRE PARTIE LE RETOUR DU CHRIST A L’HEURE DE LA MORT. APPROCHE THEOLOGIQUE

 

 

I-1- LE FONDEMENT D’UNE DÉMONSTRATION THÉOLOGIQUE

 

I-1-1- Approche démonstrative théologique et certitude de la vérité

 

Nous parlions dans notre introduction d’approche démonstrative théologique. Cette expression, peu utilisée, mérite quelque précision. Tout d’abord, il n’est licite de parler d’approche démonstrative que lorsque, à partir d’un raisonnement, on aboutit à une conclusion nécessaire. Dans le domaine mathématique, la réalité du point de départ importe peu. Quelles que soient les prémices, cette discipline étant abstraite du réel, la validité logique du raisonnement suffit à établir une démonstration. Il n’en est pas de même dans le domaine du réel. Il n’est pas négligeable dans ce domaine de vérifier si le point de départ est vrai, autrement dit s’il est en conformité avec la réalité.

Or, selon saint Thomas d’Aquin, il existe deux sciences qui se partagent l’étude du réel[109].

La science philosophique, qui ne considère la réalité dans son ensemble que dans la mesure où l’intelligence humaine, par ses propres moyens, peut l’atteindre. Dans ce domaine, s’il est nécessaire de démontrer l’existence d’une réalité, d’une cause ou d’une loi quelconque dont on n’a pas l’expérience, la certitude de la vérité du point de départ est essentielle. Elle est acquise par divers moyens tels l’expérience, l’expérimentation. Cette solidité du point de départ est fondamentale pour la solidité du reste de l’édifice, d’où le soin que prennent les scientifiques à établir les prémices expérimentales.

La seconde science du réel, la science théologique, ne considère quant à elle la réalité que selon qu’une Autorité supérieure et digne de confiance, Dieu lui-même, la révèle pour le salut des hommes. Ainsi, en théologie, le fondement sur lequel doit s’appuyer tout raisonnement démonstratif ne se trouve pas dans un fait d’expérience mais dans une « parole de Dieu. » Il s’agit à la fois d’une parole au sens d’un concept intelligible et d’une parole au sens d’une promesse sur l’honneur de ne pas mentir. Une approche démonstrative théologique n’aura donc de valeur, à l’instar d’une démonstration philosophique ou scientifique, que si :

1- Son fondement est une vérité certaine, donc si l’on est sûr que la proposition de départ est réellement une Parole de Dieu et non une opinion théologique trop valorisée.

2- Le raisonnement qui la constitue est valide, conforme non seulement à la logique rationnelle mais surtout à la « logique de ce qu’est Dieu. »

 

I-1-2- Peut-il exister une vérité certaine au point de départ d’une approche démonstrative théologique ?

 

Comment être certain de la vérité révélée d’une proposition théologique ? Cette recherche, le lecteur l’aura compris, est fondamentale à notre thèse. Si nous avions voulu établir, parmi d’autres hypothèses, celle du retour du Christ à l’heure de la mort pour expliquer le salut des païens, nous n’aurions pas parlé d'approche démonstrative théologique mais d’hypothèse théologique. Notre intention est tout autre. Aussi, connaissant les controverses actuelles de la théologie fondamentale à propos du domaine de la certitude de la foi, il nous paraît utile de préciser sur quelle base nous nous appuyons. Nous laissons le lecteur juge de nos choix.

 

Pendant les sessions de préparation au Doctorat, deux théologiens de haut niveau, auteurs de livres faisant autorité, se sont exprimés sur la notion de certitude d’une vérité théologique. Le Père Joseph Moingt, s.j. fut on ne peut plus clair à propos de la certitude venant du Magistère solennel en matière de foi. « Qui d’entre vous, disait-il aux doctorants, peut encore de nos jours donner une quelconque valeur aux documents des papes ?[110]. » Pour lui, la seule certitude en théologie venait non de l’autorité d’une parole mais des méthodes rationnelles de l’exégèse confrontées à l’écrit. Or ce genre de certitude, historico-critique, ne peut que provoquer une moue pour tout esprit moderne habitué à chercher la vérité de l’être des choses. Ce genre de certitudes est faible car l’écrit est dépendant de trop de facteurs humains. La théologie ne serait donc pas autre chose qu’une science humaine ? Interrogé à la session suivante par mes soins sur le point particulier du Magistère solennel de l’Église en matière de foi, le Père Gislain Lafont o.s.b, prieur de l’abbaye de la Pierre-Qui-Vire, répondait[111] : « Les documents du Magistère ont une valeur probable. » Précisant sa pensée un peu plus tard, il ajoutait : « 92 à 94% sont vrais, mais que faire des 6 à 8% restant ? » Pas une fois dans son propos n’intervint la distinction simple et classique entre les documents doctrinaux, pastoraux ou sacerdotaux du Magistère, ni celle des degrés d’autorité des documents doctrinaux. Il en ressortait de ce fait une grande confusion dans ce domaine et une certitude : rien n’est certain dans la Révélation, tout est recherche et opinions. Evidemment, dans cette perspective, parler d’approche démonstrative théologique est hors de propos. On est loin de la pensée de saint Thomas d’Aquin, qui écrivait au XIIIème siècle : « La certitude en théologie vient de Dieu qui se révèle et ne peut mentir. » On le voit, la question de la Théologie fondamentale est loin de faire l’unanimité chez les théologiens. Il nous paraît donc nécessaire, avant d’établir notre hypothèse, de manifester clairement quelle est la nôtre. Nous ne cachons pas que nous ferons un choix, peu commun aujourd’hui chez nos pairs.

 

I-1-3- L’origine de la foi et de sa certitude[112]

 

Notre théologie fondamentale n’est pas choisie a priori. Non seulement elle est celle de l’Eglise catholique à travers son magistère[113], mais elle est réfléchie et simplement logique avec ce qu’est une révélation.

D’où vient en effet, le contenu de la théologie chrétienne ? Vient-elle d’un homme ou de Dieu ? Il s’agit d’une parole émanant de la Trinité éternelle. Dieu lui-même prend l’initiative de parler à l’homme pour lui annoncer sa prédestination à la vision béatifique. Le contenu de cette Parole n’est donc pas autre chose, en définitive, que l’essence Infinie de Dieu. Elle ne sera saisie face à face, ad modum recipientis, qu’après la glorification de l’homme.

 

Pour se révéler, Dieu adapte évidemment son langage à ceux à qui il s’adresse. L’homme sur terre ne peut comprendre l’Infini qu’à travers une image créée et adaptée à sa capacité[114]. Cette Image n’est autre que Jésus Christ, à travers sa vie, sa mort, sa résurrection et son enseignement oral. Or, il est intéressant de remarquer qu’entre la créature Jésus, vrai homme (Verbe de Dieu) et sa divinité de vrai Dieu qu’il révèle (Verbe de Dieu), la distance est infinie. Si Jésus aime humainement pour révéler l’Amour trinitaire, sa révélation n’est pas adéquate au Révélé. Est-ce à dire que son action est vaine, aléatoire et qu’il ne peut y avoir de véritable théologie ici-bas ? Dieu n’agit pas en vain. C’est donc qu’il peut exister, par l’analogie, un discours vrai sur Dieu. Le discours sur l’analogie de la foi est fondé en ce lieu théologique.

 

Mais la distance entre la Trinité infinie et la connaissance humaine ne s’arrête pas ici. Jésus s’est exprimé oralement. Il a parlé à l’homme pour lui dire à travers des mots, la Trinité éternelle et l’Evangile. D’où viennent ses paroles articulées ? D’abord, il a pensé humainement ce qu’il a dit. Or, entre sa pensée humaine et la pensée Trinitaire, la distance est infinie.

Ensuite, il a exprimé extérieurement sa pensée. Or, entre la pensée humaine et son expression à travers un langage articulé, il existe encore une distance supplémentaire. Tous les poètes en ont l’expérience.

 

Jésus n’a rien écrit. L’Ecriture Sainte est le fait de ses disciples directs ou indirects. Ainsi, avant qu’apparaissent les écrits, sa Parole avait été reçue dans le cœur de certains croyants. Ils n’y comprirent rien au début, rapportent les évangiles. « L’Esprit Saint n’avait pas été donné »[115]. Le récit des pèlerins d’Emmaüs ou celui de la Pentecôte est à cet égard significatif. L’Esprit Saint a un certain rôle à jouer en théologie...Mais ici intervient un autre intermédiaire entre l’Ecriture et la Trinité éternelle : la Tradition des Saints. Cet intermédiaire est plus important, semble-t-il, que l’Ecriture elle-même puisqu’il la crée, il en est à la source.

Les écrivains sacrés ont vécu l’Evangile. Portés par l’Esprit, ils en ont compris des bribes, chacun à leur niveau. Puis ils ont pensé ces bribes (nouvelle distance entre vie et pensée.) Enfin, ils ont écrit avec leurs propres mots (distance entre la pensée et le mot.) Ces écrits nous sont parvenus, séparés de leur auteur et de son histoire (nouvelle distance.)

Pour résumer notre propos, il est possible de réaliser le schéma suivant :

 

L’origine de la Parole de Dieu, l’importance de trois sources

 

I- L’ESPRIT SAINT :

 

 

I-                                 1- TRINITÉ INFINIE

 

 

distance infinie entre divinité et humanité du Christ, analogie de la foi.

 

I- 2- VERBE FAIT CHAIR, JESUS-HOMME

 

distance entre sa vie mystique et la pensée en concepts humains de cette vie

 

I- 3- CONCEPTS HUMAINS DE JESUS

 

distance immense entre concepts et mots

 

I- 4- ENSEIGNEMENT ORAL DE JESUS

 

distance immense entre Jésus et les saints

 

II- LA TRADITION :

II- 1- PAROLE RECUE CHEZ LES SAINTS

(intervention de l’Esprit Saint)

 

distance immense entre vie mystique des saints et leur pensée en concepts humains de cette vie

 

 

II- 2- PENSEE DES SAINTS

 

 

 

III- L’ECRITURE SAINTE :

 

III- 1- ECRITURE DES TEXTES

 

distance immense entre écrits et pensée

 

III- 2- MORT DES ECRIVAINS

 

Distance entre l’écrit mort et son auteur humain historiquement situé.

Difficulté pour le lecteur moderne et importance de l’exégèse historique et critique.

 

On le voit, à travers ces étapes, il s’établit une distance de plus en plus lointaine entre l’écrit mort, figé, son auteur humain disparu et son auteur principal : la Trinité éternelle.

I-1-4- Comment retrouver la Parole de Dieu ?

 

Conscient de cette distance infinie entre la Trinité et son expression, certains pasteurs Réformés ont parfois nié la possibilité de tout langage théologique vrai, conforme à ce qu’il doit exprimer. Cette position est exagérée. Elle ne tient pas compte de la capacité de l’intelligence humaine à approcher le réel avec vérité. Il ne s’agit pas pour la théologie de prétendre embrasser l’essence de Dieu selon ce qu’elle est, mais de l’approcher par analogie. L’intelligence ne peut d’ailleurs jamais agir autrement, même pour le réel créé objet de la philosophie puisque la réalité est toujours plus que ce qu’on en a compris. Mais comment un chrétien peut-il, au XXème siècle, approcher au plus près ce qui est révélé par Dieu, à savoir Dieu lui-même, sachant que sa découverte ne sera qu’analogique.

Fondé sur ce que nous venons de manifester concernant l’origine de la Parole de Dieu, il paraît évident que l’ordre vital est le suivant : plus le chrétien est à proximité de la Source (Dieu), plus il peut et doit s’appuyer sur cette source. L’ordre est donc :

1- L’Esprit Saint ;

2- Jésus vrai homme, approché de manière vivante (prière du cœur, liturgie) ;

3- La Tradition vivante des saints, son interprétation de l’Ecriture ;

4- L’Ecriture en tant que texte séparé de sa source.

Cet ordre, idéal en sa conception théorique, est malheureusement moins évident dans sa réalisation concrète. Il présente des incertitudes.

1- Comment distinguer une inspiration de l’Esprit Saint d’une inspiration psychologique, poétique ou angélique ? S’il était si aisé de distinguer les esprits avec certitude, saint Paul aurait-il eu besoin de mettre en garde contre les faux esprits ? Pour le chrétien priant, il ne peut être question de nier l’existence d’un sensus fidei proportionnel à la qualité de son humilité et de sa foi. Mais il est difficile de fonder une théologie définitivement vraie sur ce seul fondement. Le monde des Églises Pentecôtistes et sa division le manifeste.

2- Comment être sûr que le Jésus imaginé par chacun correspond au Jésus réel ? Là encore se mêle un fatras de constructions et de projections psychologiques. Le Jésus de saint Jérôme est plus intransigeant que le Jésus de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus...

3- Les saints et les grands théologiens disent tout et l’inverse de tout. Les Pères de l’Église sont à cet égard intéressants à lire. Comment distinguer la vraie Tradition de ce qu’elle charrie avec elle ?

4- L’Ecriture Sainte est immense et souvent contradictoire. L’exégèse du sens littéral humain (ce que l’auteur humain a voulu dire) ne cesse d’élaborer des conclusions aussitôt périmées par de plus récentes recherches. Il lui manque un outil fondamental : les auteurs humains sont morts et inaccessibles. Elle en est donc réduite, dans le meilleurs des cas, à des conjectures probables. Elle est une science bien pauvre en certitude. Quant à l’exégèse du sens divin de l’Écriture, elle est aussi très complexe. Tous les artifices de la parole humaine ont été employés par Dieu pour se révéler, depuis la métaphore en passant par le conte... Si l’on ajoute à cela que Dieu n’a rien dicté mot à mot de sa parole, au moins dans les traditions monothéistes non musulmanes, mais qu’il s’est contenté d’inspirer un auteur qui a retranscrit avec ses propres mots, protégé cependant de l’erreur par une grâce spéciale, la vérité révélée, on voit mal comment tirer avec certitude le vrai du faux de l’Écriture. Difficile en conséquence pour le lecteur solitaire de la Bible, de reconnaître une métaphore d’une analogie propre. Les témoins de Jéhovah, dans leur controverse avec les catholiques, ne font souvent qu’appeler métaphore ce que nous appelons sens littéral.

 

I-1-5- Quand le chrétien est théologien, comment peut-il rejoindre avec certitude (fondement de sa science) la Parole de Dieu ?

 

 

La seule autorité qui de manière absolue est certaine en matière de Révélation, c’est la parole de Dieu éternelle, incréée. Mais, étant inaccessible tant que l’homme n’est pas introduit dans la vision béatifique, cette parole a du s’incarner pour lui parvenir en mots humains. Traduire des vérités infinies par l’analogie de vérités limitées est difficile. Pourtant, grâce précisément à l’analogie, Dieu s’est révélé à l’homme.

Heureusement, un moyen utile et pratique a été prévu par Dieu dès l’époque lointaine de la révélation faite à Moïse : il s’agit d’un charisme particulier, donné à un ou plusieurs hommes marqués du sceau de l’autorité, pour confirmer leurs frères dans leurs interprétations laborieuses de l’Écriture Sainte. Dans l’évangile de saint Jean[116], Jésus l’attribue au peuple juif, par opposition au peuple samaritain : « Nous, nous adorons ce que nous connaissons car le salut vient des juifs. » De même, ce charisme est donné à l’Église catholique, à travers la personne fragile mais protégée en ce domaine, des papes. L’Écriture Sainte, sans erreur en elle-même, est difficile à interpréter dans la plénitude de sa vérité. L’exégèse y travaille ; La prière des croyants, support de la Tradition est sûre en elle-même mais mélangée à tout un ajout imaginaire difficile à séparer du bon grain.

 

 

C’est pourquoi, 1) lorsque l’Écriture Sainte enseigne une vérité selon son sens littéral,

2) lorsque la Tradition des saints canonisés affirme la même chose et

3) que le charisme particulier du Magistère vient confirmer solennellement la vérité de cette proposition, nous estimons être en présence d’une vérité théologique sûre, capable de fonder une approche démonstrative théologique.

 

 

Notre choix méthodologique se résume, au moins en ce qui concerne notre point de départ, à cet a priori : nous estimons pouvoir adhérer par la foi (la méthode de l’analogie étant présupposée), à toute proposition confirmée de manière solennelle par le Magistère. Les documents du Magistère étant la plupart du temps rédigés selon un code de mots définis avec une précision juridique, leur interprétation en est comme nous le verrons grandement facilitée (l’analogie de la foi restant présupposée.) Nous avons pu l’expérimenter tout au long de notre recherche, l’Église, en précisant les critères d’infaillibilité, ne cherche pas à enfermer l’intelligence du théologien ou du croyant dans une discipline contraignante, mais veut l’aider à entrer plus résolument dans le mystère de l’amour. Ainsi, il nous paraît évident que l’infaillibilité ne s’est pas rajoutée tout à trac aux prérogatives des papes un beau jour de juillet 1870. Elle fait partie intégrante du mystère de la rédemption et de sa logique sacrée. C’est pourquoi le charisme de l‘infaillibilité n’est pas attaché à un homme et à sa sainteté mais à une fonction qui participe du mystère de l’Église.

Afin de manifester avec précision ce que nous appelons le fondement d’une approche démonstrative théologique, il nous paraît utile de préciser sur quels critères nous baserons la qualité de notre assentiment à tel ou tel document magistériel. Rappelons que nous appelons Magistère ce qui a pour objet la morale et les mœurs, la vérité et le bien de l’homme en vue de son salut. Car « l’objet de la foi, c’est le salut des âmes »[117]. Il ne s’agit ici ni des documents pastoraux, ni des décisions en matière de gestion des cultes.

 

Le Concile Vatican II présente dans la constitution dogmatique sur l’Église une doctrine équilibrée concernant les degrés d’autorité des documents du Magistère[118]. Pour discerner la foi de l’Église concernant le salut des hommes, nous nous référerons à ces pages. L’assentiment religieux demandé par le Concile aux fidèles peut revêtir des degrés divers de certitude dans la foi. En matière doctrinale, autre est un document qui tranche définitivement une question, d’un autre qui se contente d’émettre une opinion. Entre ces deux extrêmes, le Concile avertit qu’un discernement est nécessaire pour chaque document en fonction de sa présentation. C’est donc qu’une réelle souplesse est de mise. Il nous paraît utile de distinguer trois degrés d’infaillibilité.[119]

 

1- Une infaillibilité extraordinaire

 

Lorsqu’un Pape ou un Concile uni au Pape définit en matière de foi une vérité qui n’est contenue dans l’Écriture Sainte ou dans la tradition que d’une manière implicite, donc non explicite. Nous possédons, semble-t-il, deux exemples et deux exemples seulement de l’exercice de cette autorité doctrinale étonnante de l’Église inspirée et portée par l’Esprit Saint. Il s’agit des dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption de Marie. Il est clair que l’Écriture ne nous parle de ces mystères qu’à travers des métaphores lointaines et que la Tradition n’en a découvert la réalité que sur le tard. Nous n’utiliserons pas dans le cadre de notre étude de documents de cette teneur.

 

2- Une infaillibilité solennellement proclamée

 

Lorsqu’un Pape ou un Concile uni au Pape définit avec son autorité apostolique une vérité de foi ou de morale qui est déjà « explicitement » contenue dans l’Écriture Sainte.

« Cette infaillibilité, dont le divin Rédempteur a voulu pourvoir son Église pour définir la doctrine concernant la foi et les mœurs, s'étend aussi loin que le dépôt lui-même de la Révélation divine à conserver saintement et à exposer fidèlement. De cette infaillibilité, le Pontife romain, chef du collège des évêques, jouit du fait même de sa charge quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, et chargé de confirmer ses frères dans la foi[120], il proclame, par un acte définitif, un point de doctrine touchant la foi et les mœurs. C'est pourquoi les définitions qu'il prononce sont dites, à juste titre, irréformables par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l‘Église, étant prononcées sous l'assistance du Saint-Esprit à lui promise en la personne de saint Pierre, n'ayant pas besoin, par conséquent, d'une approbation d'autrui, de même qu'elles ne peuvent comporter d'appel à un autre tribunal. En effet, le Pontife romain ne prononce pas une sentence en tant que personne privée, mais il expose et défend la doctrine de la foi catholique, en tant qu'il est, à l'égard de l’Église universelle, le maître suprême en qui réside, à titre singulier, le charisme d'infaillibilité qui est celui de’Église elle-même. L'infaillibilité promise à l’Église réside aussi dans le corps des évêques quand il exerce son magistère suprême en union avec le successeur de Pierre. A ces définitions, l'assentiment de’Église ne peut jamais faire défaut, étant donné l'action du même Esprit-Saint qui conserve et fait progresser le troupeau entier du Christ dans l'unité de la foi. »[121]

 

L’exemple le plus typique que nous aurons sans cesse à utiliser, est la définition dogmatique du Pape Benoît XII en matière d’eschatologie[122]. Son caractère solennel et définitivement sûr ne laisse aucun doute : « Par la présente constitution, qui restera à jamais en vigueur, et de notre autorité apostolique, nous définissons que... » D’autre part, la précision du langage théologique utilisé lui confère une haute valeur doctrinale. Nous ne considérons pas comme extraordinaire mais simplement solennelle l’autorité de la constitution « Benedictus Deus » puisque tout son contenu est explicitement enseigné par l’Écriture.

C’est sur ce genre de document que nous fonderons notre recherche, dans l’assurance qu’en conservant dans son intégrité tout ce qui a été ainsi défini, nous faisons œuvre de théologien catholique. En effet, la valeur de certitude de tels dogmes vient de Dieu lui-même et de sa promesse vis à vis de la vérité du Magistère de l’Église.

L’utilisation de l’Autorité présente l’inconvénient suivant : elle peut être ressentie par le lecteur comme excessive ou servile. Nous prions le lecteur de nous en excuser à l’avance. Notre intention est ailleurs : nous voulons nous servir du dogme non comme d’une prison mais comme d’un guide vers la vérité.

 

3- Une autorité ordinaire, pouvant être infaillible dans certaines conditions

 

Telle qu’elle est définie par le Concile, elle est le fait du successeur de Pierre ainsi de toute l’Église lorsqu’elle est unie au pape et en premier lieu des évêques. Elle s’étend aux saints, aux théologiens dans la mesure où ils enseignent des vérités contenues dans l’Écriture Sainte et dans la Tradition, même si elles n’ont pas fait l’objet d’une définition solennelle de la part du Magistère. « Quoique les évêques, pris un à un, écrit le Concile, ne jouissent pas de la prérogative de l'infaillibilité, cependant, lorsque, même dispersés à travers le monde, mais gardant entre eux et avec le successeur de Pierre le lien de la communion, ils s'accordent pour enseigner authentiquement qu'une doctrine concernant la foi et les mœurs s'impose de manière absolue, alors, c'est la doctrine du Christ qu'infailliblement ils expriment. La chose est encore plus manifeste quand, dans le Concile oecuménique qui les rassemble, ils font, pour l'ensemble de l'Église, en matière de foi et de mœurs, acte de docteurs et de juges, aux définitions desquels il faut adhérer dans l'obéissance et la foi. »

 

Cependant, lorsque le Magistère du pape et des évêques enseigne depuis toujours de manière habituelle une doctrine, elle peut être considérée comme infaillible. En novembre 1995, le pape Jean-Paul II fut conduit à s’appuyer sur une telle infaillibilité pour rappeler qu’il serait à jamais impossible à l’Église, à cause d’une volonté implicite de Jésus, de communiquer le sacerdoce ministériel aux femmes. Cependant, en s’exprimant ainsi, il nous semble que le pape fit passer une doctrine habituellement reconnue comme vraie à un niveau d’infaillibilité solennellement établi.

Jean-Paul II, dans son discours à la Congrégation de la Doctrine de la Foi[123] éclaire ce troisième niveau en expliquant que l’autorité ne doit pas être perçue sous le seul angle de « l’infaillibilité. » En effet, si les conditions d’actualisation de l’infaillibilité sont clairement définies et établies dans l’Église, cette situation ne doit pas fournir le prétexte de ne consentir qu'aux définitions pour lesquelles le Pape engage son infaillibilité de manière extraordinaire ou solennelle. Il ne s'agit pas, dit explicitement Jean-Paul II, de « n'adhérer de façon irrévocable, qu’aux seuls enseignements et décisions doctrinales du magistère, quand celui-ci s'exprime en un jugement solennel pour un acte définitif ; et, pour les autres cas, de n'y adhérer qu'en fonction des matières concernées et des motivations. »

 

 

Dans le cas général, tout en accordant une confiance totale aux évêques et aux saints, aux encycliques papales, nous ne fonderons pas la recherche de cette première partie sur ces écrits ou ces dires. En effet, nous recherchons une certitude absolue comme fondement à notre recherche. Or, le discernement de la vérité de ces documents est moins aisé à établir. Il s’y mélange opinions et extrapolations à partir des dogmes ou de l’Écriture qui n’engagent que leurs auteurs. Cependant, lorsque dans la deuxième partie nous chercherons à confirmer par mode de signe notre recherche, nous utiliserons largement toute une documentation de cet ordre. En effet, dans un premier temps, afin de fonder de manière scientifique notre parcours théologique, nous allons nous efforcer de dégager ce qui est d’une manière sûre la foi de l’Église. Nous nous attacherons donc en premier lieu à ce qui, dans l’Écriture Sainte, a fait l’objet de la part du Magistère d’une définition interprétative solennelle. Nous dégagerons à partir de là quelques vérités fondamentales à notre recherche qui nous permettront d’établir solidement et de manière théologique notre hypothèse concernant le retour du Christ en gloire à l’heure de la mort[124].

 

I-1-6- Réponse à ceux qui critiquent notre méthodologie théologique

 

L’opposition à Rome n’est pas un phénomène nouveau. La France est dans ce domaine l’un des champions. Historiquement, la gifle envoyée par ambassade au pape par le roi de France Philippe IV le bel marque le début d’une histoire orageuse. Tant que ces luttes se situent au plan temporel, au plan des luttes de pouvoir et de juridiction humaine, elle est normale et saine. La « clérocratie » n’est pas chrétienne. Mais, la papauté est de nos jours contestée jusque dans son domaine réservé, celui de son charisme magistériel. Les universités catholiques dans leur ensemble sont tentées par une attitude « d’opposition larvée ou publique au Magistère doctrinal, qui tend à instituer un contre-magistère, en proposant aux croyants des positions doctrinales et des modalités de comportement alternatives »[125]. « Or, poursuit Jean-Paul II, la théologie ne peut jamais se réduire à la réflexion privée d’un théologien. Le milieu vital du théologien, c’est l’Église, et la théologie, pour rester fidèle à son identité, ne peut faire moins que de participer intimement au tissu de la vie de l’Église dans sa doctrine, dans sa sainteté, dans sa prière. » Autrement dit, « le théologien a besoin de la parole vivante et clarifiante du Magistère. » Sans cela, explique Jean-Paul II, c’est l’édifice même de l’Église qui s’écroule car « l’Église se fonde essentiellement sur une adhésion partagée à la parole de Dieu et sur la certitude qui en découle de vivre dans la vérité. » L’enjeu n’est donc pas mince.

« Nous devons prendre acte aujourd'hui, ajoute-t-il, d'une incompréhension répandue sur le sens et le rôle du magistère de l’Église » constate le Saint-Père. « Une situation qui est à la base de critiques et de contestations vis-à-vis des enseignements. Ces critiques et ces contestations ne sont pas peu diffusées dans les milieux théologiques et ecclésiastiques à propos des plus récents documents du magistère pontifical. » II établit alors la liste des textes en cause : « Veritatis Splendor », « Evangelium Vitae », la Lettre apos­tolique « Ordinatio Sacerdotalis » sur l'impossibilité de conférer l'ordination sacerdotale aux femmes, et la Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi sur la question de la communion eucharistique des divorcés remariés.

 

Tous ces textes concernent effectivement l'ensemble de l’enseignement moral du pape Jean-Paul II. Comment, dès lors, sortir de l'impasse ? Un effort peut être réalisé sur le vocabulaire pour mieux rejoindre « L’homme contemporain », en particulier « par un style plus incisif et efficace », mais l'essentiel, pour le Pape, est ailleurs : « II n'est pas possible, dit-il, de laisser de côté l'un des aspects décisifs, à la base du malaise de plusieurs secteurs du monde ecclésiastique : la façon dont l'autorité est perçue. » Jean-Paul II insiste : « L'autorité ne s'applique pas seulement quand intervient le charisme de l'infaillibi­lité. » Son exercice est « plus vaste. » II s'applique « comme une tutelle du dépôt révélé de la Foi. » Le Saint-Père prévient : « L'autorité sur la détermination des contenus à croire et à en­seigner est une chose à laquelle on ne peut renoncer » même s'il est évident que des « hiérarchies » existent dans l'enseignement de l'Église. L'essentiel, dans ce cas, est une « urgence » : il s'agit de retrouver le concept authentique d'autorité, non seulement sous son aspect juridique formel, mais, plus profondément, « comme une instance de garantie, de gardien et de guide de la communauté chrétienne, dans la fidélité et la continuité à la Tradition afin de permettre aux croyants le contact avec la prédication des apôtres, et avec la source de la réalité chrétienne elle-même. »

 

Enfin, et à propos de son enseignement en matière morale, Jean-Paul II ajoute : « J'ai voulu reproposer la doctrine constante de la Foi de l'Église, comme un acte confirmé de vérité, clairement attesté dans l'Ecriture. la Tradition apostolique et l’enseignement des pasteurs. De telles déclarations, en vertu de l’autorité transmise par le successeur de Pierre de confirmer ses frères, expriment la certitude commune, présente dans la vie et l’enseignement de l’Église. »

Déjà, en 1979, la Congrégation de la Doctrine de la foi rappelait les exigences du théologien catholique en matière de recherche :

« Après avoir rappelé ces données, qu’il soit permis maintenant d’évoquer les aspects principaux de la responsabilité pastorale telle qu'elle doit se traduire dans les circonstances actuelles et à la lumière de la prudence chrétienne.

Les difficultés inhérentes à ces problèmes créent de graves devoirs aux théologiens, dont la mission est indispensable. Aussi ont-ils droit à nos encouragements et à la marge de liberté qu'exigent légitimement leurs méthodes. De notre part, cependant, il est nécessaire de rappeler aux chrétiens sans nous lasser les enseignements de l'Église qui constituent la base aussi bien de la vie chrétienne que de la recherche des experts. Il faut aussi arriver à faire partager aux théologiens nos soucis pastoraux pour que leurs initiatives de recherches ne soient pas témérairement répandues parmi les fidèles dont la foi est mise en péril aujourd'hui plus que jamais.

 

Le dernier Synode a manifesté l'attention que l'Episcopat porte au contenu essentiel de la catéchèse, en vue du bien des fidèles. Il est nécessaire que tous ceux qui sont chargés de le transmettre en possèdent une idée très claire. »[126]

 

On le voit, cet esprit d’attention et d’écoute de l’Église qui préside à cette recherche n’est pas illégitime ni marginale.

 


I-2- LA FOI DE L’ÉGLISE CONCERNANT LE SALUT

 

Procédons à notre démarche de démonstration théologique en commençant par la proposition majeure, le fondement dans le réel. Il s’agira ici de dogmatique. Quatre dogmes complémentaires vont être établis. A titre de proposition mineure, nous établirons une constatation expérimentale[127], elle aussi fondée dans le réel mais de manière philosophique.

 

Objection à propos de la majeure : Pourquoi, pourrait-on objecter à ma méthode, ne pas commencer par étudier les Écritures pour établir les vérités évangéliques ? Pourquoi s’appuyer sur le Magistère ?

La raison en est simple : pour gagner en certitude scientifique. Je ne veux pas dire par là, comme d’aucuns ont reproché à l’Église catholique de le faire, qu’il y aurait moins de vérité dans l’Écriture que dans le Magistère. Je veux dire que la vérité de l’Écriture, étant présentée sous la forme d’un texte vaste et de genres littéraires multiples, ne laisse pas facilement apparaître son unité de doctrine. C’est pourquoi, par l’utilisation directe du Magistère qui vient confirmer à la fois l’Écriture et la Tradition, tout un travail exégétique m’est évité et la même vérité est atteinte. Elle est de plus présentée sous l’analogie de concepts philosophiques rigoureux. Elle est donc doté d’une très grande précision. Cette méthode, difficile à comprendre dans la perspective actuelle d’une redécouverte du texte biblique, a été trop utilisée par le passé. Cela ne veut pas dire quelle est devenue illégitime. Il convient de l’employer à bon escient. Nous verrons par la suite qu’elle se justifie parfaitement pour nous, l’Écriture ne parlant jamais de manière claire au sens littéral, du retour du Christ à l’heure de la mort.

Les positions multiples que nous avons évoquées en prolégomènes se réfèrent à diverses conceptions de la justice qui mérite la vision de Dieu. Pour saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, conjointement à la théologie scolaire traditionnelle, c’est la charité fondée sur la foi et l’espérance qui seule rend digne d’entrer dans la gloire. Les théologies des auteurs catholiques se déclinent, avec des nuances, autour de ce principe. Mais quelle est, au delà de cette diversité, la foi de l’Église ? Trouve-t-on dans le Magistère solennel, une explication sûre de ce qu’affirme l’Écriture de l’entrée dans le salut ? Bonne volonté, foi, espérance ou charité sont-ils requis ?

I-2-1- PREMIER DOGME — la charité seule ouvre le Ciel

 

« La vie éternelle, c’est te connaître, toi le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus le Christ »[128].

A/ Établissement du dogme

 

Face à la crise de la Réforme, l’Église catholique fut conduite durant le Concile de Trente à se prononcer définitivement sur l’origine de la justification[129]. Il en sortit un texte dont la précision de type scolastique éclaire d’une lumière sans ambiguïté ce problème. Nous commenterons les chapitres 4 à 7 de la 6ème session (13 janvier 1347) intitulée : « esquisse d’une description de la justification de l’impie. » Nous nous référons à la traduction du Père Dumeige[130].

 

 

Au début du chapitre 4, le Concile explique son intention : donner une explication nette de la nature de la justification. L’Écriture Sainte montre que nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint[131]. Que signifie ce bain de régénération sans lequel l’homme reste séparé de Dieu, éloigné de l’adoption filiale qu’il propose ?

A partir du chapitre 5, le Concile entreprend une analyse théologique du processus vital qu’est la justification. La méthode est visiblement inspirée du thomisme puisqu’elle procède en premier lieu selon un ordre « génétique »classique à saint Thomas d’Aquin (ce qui précède la justification, ce qu’elle est et ce qui la suit), avant de reprendre l’analyse selon un l’ordre de « perfection »des cinq causalités (chap. 7.)

Le chapitre 6 décrit ce qui précède la justification et la prépare. Puisqu’il s’agit de l’entrée dans une vie absolument surnaturelle pour l’homme, elle ne peut se préparer que par une initiative d’origine divine. La première grâce est donc adressée à l’homme sans aucun mérite de sa part, sans même qu’il soit encore capable de soupçonner ce qui est préparé en lui. L’effet de cette première grâce est une certaine attraction à se détourner du péché. Ainsi Dieu touche le cœur de l’homme par l’illumination du Saint Esprit, mais l’homme lui-même n’est pas inactif en recevant cette inspiration qu’il peut librement rejeter. Le Concile d’Orange avait déjà décrit cette première grâce comme une « affection pieuse »[132]. Psychologiquement, son effet est d’attirer par mode de nostalgie l’homme vers un au-delà de lui-même, dont il soupçonne ou espère plus ou moins consciemment l’existence sans en connaître la nature. Par contrecoup, cette attraction provoque une tristesse devant son propre péché. Mais tout cela n’est pas saisi comme venant de Dieu et de l’attirance de sa Nature faite pour combler le cœur de l’homme. Saint Augustin décrit dans ses confessions, 1 ce qu’il comprit être d’origine divine après sa conversion : « Avant de te connaître, je t’aimais et mon cœur ne trouvait pas de repos avant de se reposer en toi. » Par l’effet de cette grâce, la liberté de l’homme est appelée mais elle ne sait encore où se tourner pour donner réponse. Dans le meilleur des cas, la nostalgie de Dieu peut conduire, tant que l’homme ne sait pas qu’elle vient de Dieu, à une recherche du sens de la vie, à une conversion vers une meilleure conduite humaine envers son prochain, à des œuvres artistiques sacrées car tournées vers « autre chose. » Dans la mesure où une culture religieuse forte subsiste autour de la personne, l’attraction divine pousse l’homme à chercher sa réponse dans une recherche de Dieu à travers le conseil des croyants.

 

Le chapitre 6 de la Constitution étudie les conditions d’une préparation plus proche à l’entrée dans la justice. Il est important de noter qu’il ne s’agit encore que d’une préparation et rien dans ce chapitre ne parle de l’entrée dans la justice elle-même. Il s’appuie sur le réalisme de saint Paul[133] : « Comment invoquer Dieu sans d’abord croire en lui ? Et comment croire en lui sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? Et comment prêcher sans d’abord être envoyé ? (...)La foi naît de la prédication. » Ainsi, il est évident pour le Concile que l’attraction divine ne restera qu’une angoisse d’un au-delà sans objet si un prédicateur, homme, ange ou Dieu, ne vient expliquer à l’intelligence de l’homme ce qu’elle signifie. L’homme étant un être doué de liberté, il ne peut choisir sans connaître ce qu’il a à choisir. Ainsi, le premier pas vers la justification est la foi prise dans le sens non de la confiance en Dieu mais de l’arrivée à la connaissance de l’homme de l’existence d’un Dieu Créateur animé d’un projet positif sur l’homme créé. Savoir que Dieu veut justifier l’homme impie par sa grâce, « au moyen de la Rédemption qui est opérée par le Christ Jésus »[134] est le fondement sans quoi aucun chemin vers la justification ne peut être envisageable. L’effet de ce savoir est en premier lieu de manifester à l’homme qu’il est pécheur (au sens théologique du terme, c’est-à-dire séparé de Dieu.) S’il considère la miséricorde de Dieu, il découvre l’espérance. Si la prédication est portée à insister sur la rigueur de la justice de Dieu, cette espérance théologale peut être teintée de crainte. L’espérance et la crainte provoquent un ébranlement positif vers le rejet des mauvaises actions et l’amendement du mode de vie. L’homme se propose, enseigne le Concile, « de commencer une vie nouvelle, d’observer les commandements divins et de recevoir le baptême. » « Il commence à aimer Dieu comme la source de toute justice. »

Arrivé ici dans notre analyse, une question se pose : le Concile de Trente nous donne la description d’un homme vivant de la foi dans le Christ Sauveur, de l’espérance dans la miséricorde de Dieu, du rejet de ses péchés et qui « aime » Dieu comme la source de toute justice, tout en affirmant que cet homme n’est pas justifié et seulement en voie de justification. Au début du chapitre 7, il dit : « Cela constitue une disposition ou préparation qui sera suivie de la justification elle-même qui n’est pas simple rémission des péchés mais aussi sanctification et rénovation de l’homme intérieur par la réception volontaire de la grâce et des dons. »

 

Quelles sont donc la foi, l’espérance et l’amour qui ne justifient pas ? N’y a-t-il pas contradiction avec l’enseignement évangélique ? En fait, il n’y a aucune contradiction. Encore faut-il être attentif à la nature de l’amour dont parle le Concile : Dieu n’est pas aimé en tant qu’il est ami, d’égal à égal et réciproquement, mais en tant qu’il est source transcendante de toute justice. Autre est l’amour d’amitié et l’amour qui unit un inférieur au maître qu’il admire. Cette distinction peut être repérée à travers l’Évangile dans son ensemble et dans les enseignements unanimes des Conciles : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis », dit Jésus à ses disciples[135]. De même, lorsque le juste Nicodème vient le trouver au jardin des oliviers[136], bien que cet homme soit le portrait de ce que réalise de mieux la foi d’Israël en foi, espérance, conduite droite et amour de Dieu, Jésus lui dit : « A moins de renaître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » Dans la logique de ces enseignements, le Concile Vatican II réaffirme que les traditions religieuses juives et musulmanes disposent au salut (mais ne donnent pas le salut) donné par Dieu dans la charité.[137] En conséquence, on doit interpréter le désir de la réception du baptême dont parle le Concile de Trente comme le désir du baptême de l’eau, c’est-à-dire du repentir des péchés que prêchait Jean le baptiste avant la venue du Christ. Il ne s’agit pas encore du baptême de l’Esprit Saint, objet du chapitre 7 de la constitution. Le chapitre 7 définit ce qu’est la justification elle-même : « Bien que personne ne puisse être juste que par la communication des mérites de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ, cette communication s’accomplit dans la justification de l’impie, quand, par le mérite de cette Passion très Sainte, LA CHARITÉ de DIEU est répandue par le Saint Esprit dans les cœurs de ceux qui sont justifiés[138] et y demeure inhérente. Ainsi, dans la justification même, avec la rémission des péchés, l’homme reçoit-il à la fois, par Jésus-Christ en qui il est inséré, tous les dons infus : la foi, l’espérance et la charité. » Le Concile précise que si la charité ne se joint pas à la foi et l’espérance, la foi n’unit pas parfaitement au Christ et ne rend pas l’homme vivant de la nouvelle vie d’union. Cette foi est une foi morte selon Jacques[139]. Ainsi, il semble que l’on peut distinguer dans les Écritures une foi théologale qui ne justifie pas mais dispose par la confiance en Dieu qu’elle suscite à la justice et une foi vive, qui opère par la charité et constitue aux yeux de Dieu la justice[140]. Par charité, le Concile entend cette forme d’amitié surnaturelle que saint Thomas d’Aquin a magistralement définie dans sa Somme de théologie[141]. Ce texte est d’une grande précision. Il ne laisse subsister aucun doute sur le fait que l’entrée dans la vie de Dieu, grâce sanctifiante, ne se fait qu’à travers un don mutuel de charité. Le Concile précise que cette grâce seule mérite la gloire de la vie éternelle. Il s’agit d’un mystère d’épousailles impliquant nécessairement une réciprocité de choix amoureux.

 

Ceci étant posé, la place des autres qualités humaines et surnaturelles apparaît : La bonne volonté, l’attraction divine, les actes humains bons, la foi et même l’espérance sont comme les fondements sur lesquels peut et doit s’épanouir la charité. Ils sont des DISPOSITIONS[142] à la justification mais ils ne constituent en aucun cas la justice que recherche Dieu. Ainsi, il est certain que nul n’entre dans la vision de Dieu s’il n’aime pas Dieu EXPLICITEMENT de cet amour d’amitié, de la même façon que nul ne peut prétendre à un mariage sacramentel valide (selon les conditions précises qu’on peut trouver dans le code de droit canonique) si son sentiment est seulement celui de la confiance (qui correspond à la foi au sens luthérien.) Il lui est en outre demandé un amour d’amitié désireux de vivre en commun dans l’acceptation des fruits de l’amour.

Dans la troisième partie de notre étude[143], nous développerons avec ampleur ce fondement de notre hypothèse. Nous présenterons d’une manière vitale l’organisme spirituel qui fonde la charité et ouvre les portes du Ciel.

 

Cependant, nous pouvons dès maintenant tirer quelques conclusions qui nous seront utiles pour discerner la vérité des systèmes théologiques à propos du salut.

 

B/ Critique des trois conceptions du salut rappelées précédemment.

a- Critique de : « Le salut est mérité pour tout acte de bonne volonté et surtout pour tout acte d’amour authentiquement humain »

 

« Si quelqu'un dit que l'homme peut être justifié devant Dieu par ses œuvres, réalisées soit par les forces de sa nature soit par l'enseignement de la Loi, sans la grâce divine qui vient par Jésus-Christ, anathema sit. » [144]

 

Cette position trouve souvent une justification théologique dans la reconnaissance universelle de l’Église pour la présence de la grâce au cœur des actes bons. Cependant, le texte cité du Concile de Trente ne laisse aucun doute sur la nature de cette grâce. Elle n’est pas celle qui ouvre au salut mais seulement celle qui dispose, qui prépare au salut, puisqu’il est évident qu’un homme de bonne volonté est disposé à accueillir la charité le jour où elle lui est proposée.

 

L’erreur de ceux qui rendent immédiatement « méritoires » (au sens scolastique du mot) les actes humains est à rechercher dans un manque de connaissance de la notion de grâce. Elle est une notion analogique. Elle implique de multiples significations et les réalités qu’elle exprime ont un certain rapport entre elles, tout en étant très différentes[145]. Bien des conflits intellectuels pourraient être évités si, au delà du mot employé, on prenait le temps de discerner les multiples sens possibles. Ainsi, lorsqu’on entend par grâce « un don gratuit fait à la créature », on trouve (alors qu’il ne s’agit que d’un des trois sens possibles du mot) une multitude de réalités. « Tout est grâce », affirme-t-on. De fait, le don de l’existence, de la vie, du mouvement sont déjà des grâces de Dieu. Tout homme quel qu’il soit les a reçues de Dieu en tant qu’il est Créateur (l’être), Père (la vie), et Moteur premier (le mouvement.) Dans ce sens, les animaux eux-mêmes peuvent être regardés comme comblés de grâce. Maître Eckart n’hésitait pas à écrire que les fleurs sont remplies de la grâce de Dieu. Une telle affirmation lui valut (avec d’autres) une enquête doctrinale. Il ne faisait pourtant qu’utiliser une vérité déjà enseignée par saint Thomas d’Aquin : « Dire qu’un homme a la grâce de Dieu, c’est dire qu’il a en lui un effet produit gratuitement par la volonté de Dieu. Or cette aide s’exerce doublement : par un amour général qui fait que Dieu aime tout ce qui existe et donne aux êtres créés leur être naturel ; Mais il est un autre amour, spécial celui-là, en vertu duquel Dieu attire la créature spirituelle vers la vie surnaturelle. »[146]

 

La vie surnaturelle n’est certes pas objet d’expérience philosophique. Elle n’est pas seulement objet de foi mais une réalité que l’homme peut expérimenter intérieurement. Par vie surnaturelle, on entend une série d’activités qui dépassent totalement les possibilités de la nature humaine. Pour la spécifier en un seul mot quand il s’agit d’ici-bas, on peut dire qu’elle consiste dans la charité. La charité est une amitié avec Dieu. Comme les amitiés terrestres, elle peut atteindre divers degrés en nous. Cependant, à son sommet, elle devient comparable aux épousailles les plus tendres entre Dieu et l’homme. Elle est surnaturelle car elle implique des conditions qui dépassent la nature humaine : l’homme et Dieu doivent devenir en un certain sens égaux car l’amitié n’existe qu’entre deux semblables. Il faut donc que Dieu s’abaisse et qu’il surélève l’homme. Les vertus théologales réalisent cette surélévation dans l’esprit. Mais, d’une façon plus radicale, il faut admettre que c’est le fond même de l’homme qui doit être disposé et élevé (toujours à cause de la grandeur surnaturelle qu’implique la moindre amitié cœur à cœur avec Dieu.) C’est ainsi que la théologie occidentale a été amenée par induction (de l’effet qui est charité, elle est remontée à la cause qui est la grâce) à poser une grâce particulière dont la fonction est de surélever l’âme elle-même (le principe de vie.) Saint Thomas d’Aquin l’appelle la grâce habituelle[147] car elle est donnée à l’homme comme un avoir dont il peut user à volonté ou encore grâce sanctifiante car c’est elle et elle seule qui sauve. En effet, elle rend ontologiquement possible la charité et la charité seule plaît à Dieu au point de le faire « fondre » devant nous, au point de nous mériter[148] la vision béatifique après cette vie.

 

Mais, pour que cette charité soit possible, cet « habitus » passif ne suffit pas. Chacun de nous sait que, dans l’amour humain, il ne suffit pas de pouvoir aimer pour aimer. Encore faut-il tomber amoureux, c’est-à-dire être attiré par le bien-aimé. Il en va de même dans la vie surnaturelle. Saint Thomas d’Aquin appelle cette attraction que Dieu exerce sur nous pour nous conduire à la charité « une grâce actuelle. » Elle est vraiment une grâce de la vie surnaturelle et non une simple grâce donnée par Dieu en tant qu’il étend sa providence sur toute créature. En effet, par elle, Dieu nous attire à lui avant même que nous le connaissions, pour nous unir à lui. Il existe donc en théologie catholique deux grandes acceptions de la grâce surnaturelle :

- La grâce habituelle qui surélève les facultés de l’âme et rend possible la charité, donc la justice et le mérite de la gloire ;

- La grâce actuelle qui aimante l’esprit vers Dieu.

 

Là se situe le contresens de ceux qui pensent que tout acte humain bon mérite de soi la vie éternelle : ils y discernent une grâce surnaturelle et ils ne se trompent pas. Cependant, le mot grâce est ici employé par l’Église dans un sens analogique : Elle entend par là une forme de l’attraction de Dieu. Dans tout acte humain bon, Dieu non seulement agit comme Moteur premier (Auxilium) mais en plus il attire invisiblement l’homme vers sa vocation qui est celle de la vision béatifique. Cependant, cette attraction n’est pas réservée aux hommes de bonne volonté mais à toute créature spirituelle. Certains théologiens vont jusqu’à affirmer que les démons en enfer restent attirés par cette grâce de Dieu, d’où le feu qui règne en eux[149]. Nous pensons quant à nous que l’orientation naturelle de l’esprit vers la Vision pour laquelle il est fait suffit à expliquer ce feu, sans que Dieu ait à surajouter son attraction extérieure.

 

Il est par contre certain que les actes humains dans leur ensemble sont marqués ici-bas par la grâce actuelle de Dieu qui attire à lui tous les hommes, y compris les pécheurs. Est-ce à dire qu’un homme humainement juste est aussi divinement juste ? Autrement dit, en langage d’École, les actes bons humainement méritent-ils de soi la vie éternelle ? Si l’on se réfère à Trente et à toute la tradition du Magistère, la réponse est non. Par contre, on peut affirmer avec Vatican II à propos des religions non-chrétiennes, que ces actes bons disposent au salut. Il est évident qu’un homme droit fait sienne la Bonne Nouvelle lorsqu’elle lui est suffisamment prêchée. Il convient d’être très précis en ce domaine : un homme de bonne volonté, un juste au plan humain ne mérite pas la vision béatifique parce qu’il ne la désire pas explicitement dans l’amour de charité. De même, un homme juste et de bonne volonté ne serait pas digne d’épouser, quelles que soient ses qualités, telle jeune fille particulière tant que, étant aimé par elle, il ne l’aime pas, elle et elle seule, explicitement d’amour.

 

 

 

 

Nous rejetons donc toute conception de l’entrée dans la vision béatifique fondée sur le seul mérite des actes humains bons. Nous acceptons la richesse de ces actes humains et les considérons comme des dispositions importantes au salut.

 

 

 

b- Critique de : « La foi confiante mérite par elle-même la vision béatifique. »

 

 

« Si quelqu'un dit que la foi qui justifie n'est autre chose que la confiance en la miséricorde divine qui remet les péchés à cause du Christ ou que cette confiance seule est ce qui nous justifie, anathema sit. »[150]

 

 

Le Concile de Trente, dans sa polémique avec la Réforme, précise de la manière suivante le rôle de la confiance en Dieu dans la justification dont nous parlons ici, c’est-à-dire celle qui mérite la vision béatifique[151] : « Quand donc l’apôtre dit que l’homme est justifié « par la foi » et « gratuitement »[152], ces mots sont à prendre dans le sens que l’Église catholique a toujours et unanimement exprimé, à savoir que nous sommes dits justifiés par la foi parce que « la foi est le commencement du salut de l’homme », le fondement et la racine de toute justification, « sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu »[153]et « de parvenir à partager le sort de ses enfants. »

 

L’ambiguïté des débats entre catholiques et réformés repose souvent sur l’utilisation des mots. Saint Thomas d’Aquin remarque que le mot foi reçoit de l’Écriture de nombreux sens différents. Il peut signifier dans certains cas une simple connaissance intellectuelle de la révélation ou ailleurs une confiance de serviteur, un amour de charité, un charisme ou un fruit du Saint Esprit. Or, Luther lui-même le reconnaît, il entend par foi cette confiance absolue en Dieu. Cette foi est présente dans la charité mais peut aussi exister sans elle. On n’a pas confiance uniquement dans ses amis intimes. Cette foi confiante n’est pas le fait des seuls chrétiens. Elle existe déjà chez les croyants juifs ou musulmans, parfois aussi dans des religions d’autres origines « Entendant cela, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « En vérité, je vous le dis, chez personne je n’ai trouvé une telle foi en Israël.[154] » La Tradition de l’Église enseigne unanimement que cette attitude intérieure, lorsqu’elle existe sans la charité, dispose au salut, à la justice et à la gloire, mais n’est pas le salut lui-même : la foi est un réceptacle immédiat à la naissance de la charité sur laquelle celle-ci peut venir se greffer le jour où elle est révélée et reçue par l’homme.

 

L’analogie que nous avons suggérée plusieurs fois et qui compare l’amour divin à des épousailles humaines éclaire encore une fois la vérité de ce mystère : la foi ne suffit pas à rendre juste devant Dieu (de cette justice parfaite qui mérite la vision béatifique) de la même manière que la confiance ne suffit pas à fonder un mariage humain.

 

Certains théologiens, en vue d’une recherche oecuménique, ont manifesté la présence dans la foi confiante de Luther d’un amour. Il leur paraît artificiel de vouloir séparer les positions du luthéranisme orthodoxe de celles du catholicisme puisqu’elles semblent, au delà des mots employés, signifier les mêmes réalités. Qu’on se réfère à notre étude précédente et l’on verra que pour Luther et le Concile de Trente, la distinction est réelle. C’est que, encore une fois, il convient de ne pas jouer sur l’ambiguïté analogique du mot amour. L’amour qui sort naturellement de la foi et de l’espérance en un Dieu transcendant et Tout-puissant est un amour de respect et d’admiration soumise, comme celui d’un inférieur envers un supérieur. Il n’est pas comparable à l’union de secrets et de confidences que suscite l’amour d’amitié. L’Ancienne Alliance dans son sommet visait à préparer de tels hommes de foi. Elle devait préparer le plus grand des hommes, Jean-Baptiste[155] qui pourtant resta le plus petit dans le Royaume de Dieu tant qu’il ne fut pas introduit dans le cœur à cœur que donne la charité. Luther prépare, dans la mesure où l’on suit à la lettre sa doctrine, des hommes de l’Ancienne Alliance mais non de la Nouvelle.

 

 

 

 

Nous rejetons donc toute conception de l’entrée dans la vision béatifique fondée sur la seule foi confiante en Dieu, lorsque cette foi existe sans la charité. Nous reconnaissons la grandeur surnaturelle de cette foi et la considérons comme la disposition la plus immédiate à la réception du salut par la charité.

 

 

 

c- Critique de : « L’espérance théologale mérite par elle-même la vision béatifique. »

 

 

Afin de rendre plus complet le regard synthétique que nous voulons donner sur les conceptions du salut, il nous paraît bon de citer rapidement cette conception très proche, et sans doute même identique à la précédente. A propos d’une question sur la mise à l’écart d’Israël, la théologienne Marie-Thérèse Huguet écrit dans la revue Nova et Vetera[156] que c’est par l’espérance en la réalisation de la promesse de Dieu que les fils d’Israël du passé, alors même qu’ils ne connaissaient pas encore le Christ, étaient justifiés ; Elle s’appuie sur une citation de l’épître aux Galates[157]. A fortiori, les Israélites d’aujourd’hui lui paraissent justifiés par l’espérance en Dieu qui tient ses promesses lorsqu’on les voit, poussés par leur histoire dramatique, attendre la consolation d’Israël. Elle cite la ferveur des hassidim et l’admirable profession de foi d’Elie Wiesel : « Au jour du jugement, il ne sera demandé au juif qu’une seule chose : As-tu espéré dans la Rédemption ? »

 

Sans entrer dans une polémique qui est certainement hors de la pensée de l’auteur, nous pensons que la précision du langage théologique est importante : plutôt que de dire que les juifs sont justifiés par leur espérance théologale en la Rédemption future, nous préférons dire qu’ils sont « disposés » à être justifiés, du moins si l’on entend par justice celle qui nous occupe actuellement et qui seule ouvre le Ciel. C’est donc que l’espérance elle-même est autre chose que l’entrée en possession de ce qu’on espère, de même que l’espoir humain d’approcher un jour un roi est autre chose que le fait d’en devenir l’épouse aimée. Il est indispensable pour les théologiens d’avoir un langage très précis en ce qui concerne ces matières, sous peine de réduire l’Évangile à une nouvelle forme, sans radicale nouveauté, des Alliances anciennes.

 

Cette position théologique n’est pas une simple nuance. Elle permet de dire deux choses : 1) Il est certain que ceux qui espèrent seront sauvés et vivront de la charité dès qu’elle leur sera proposée, à l’image du bon larron crucifié : « Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume. Et Jésus lui dit : En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis.[158] » 2) La spécificité de l’Evangile de Jésus, c’est la charité théologale. Elle est le salut.

 

 

 

L’espérance théologale la plus profonde ne sauve que si elle devient le fondement d’une charité théologale. Mais nous reconnaissons la valeur de l’espérance comme une disposition immédiate à l’accueil de ce salut dès qu’il est proposé.

 

 

d- « Seule la charité mérite par elle-même la vision béatifique. »

 

 

Cette conclusion s’impose à nous. Elle constitue le premier point de l’approche démonstrative théologique que nous entreprenons. Nous suivons donc sur ce point saint Augustin et saint Thomas d’Aquin ainsi que la théologie scolastique. Avec eux, nous affirmons que :

 

 

C/ Conclusion

 

 

Nul homme n’entre dans la vision de Dieu s’il n’est pas rené de l’eau de la pénitence et de l’Esprit de la charité.

 

 

Mais nous constatons que la vérité de cette thèse a conduit saint Augustin et saint Thomas d’Aquin a des conclusions sur le salut des païens, des pécheurs et des enfants morts sans baptême sur lesquelles il faut maintenant s’interroger.

 


I-2-2- DEUXIÈME DOGME — Dieu propose à tous le salut

 

A/ Établissement du dogme

 

Concile de Quierzy, canon n°3[159]

 

« Dieu tout-puissant veut que « tous les hommes » sans exception « soient sauvés »[160], bien que tous ne soient pas sauvés. Que certains se sauvent, c'est le don de celui qui sauve ; que certains se perdent, c'est le salaire de ceux qui se perdent. »

 

 

Concile de Quierzy, canon n°4[161]

magistralement définie dans sa Somme de théol"

 

« De même qu'il n'y a eu ou qu'il n'y aura aucun homme dont la nature n'ait été assumée dans le Christ Jésus notre Seigneur, de même il n'y a, il n’y a eu et il n'y aura aucun homme pour qui il n'ait pas souffert, bien que tous pourtant ne soient pas rachetés par sa Passion. Que tous ne soient pas rachetés par le mystère de sa Passion, ne concerne ni la grandeur ni l'abondance du rachat, mais la partie des infidèles et de ceux qui ne croient pas de cette foi qui « agit par la charité [162]« car la coupe du salut de l'humanité, faite de notre faiblesse et de la puissance divine, contient ce qui est utile à tous ; mais si l’on n'y boit pas, on n'est pas guéri. »

 

 

La vérité de cette proposition n’aurait pas besoin d’autre démonstration que l’Évangile. Elle est l’Évangile. Celui qui médite sur la croix de Jésus, voit à travers l’acte rédempteur du Dieu fait homme l’évidence de cette proposition.

Cependant, afin de garder à notre recherche son caractère d’approche démonstrative théologique, il nous paraît bon d’étayer notre affirmation par quelque confirmation solennelle du Magistère de l’Église.

Et un tel dogme solennel existe, dans le concile Vatican II, ce Concile que Jean XXIII avait voulu uniquement pastoral et que l’Esprit Saint voulu aussi dogmatique.

Citation:

 

Vatican II: “Puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal” (Gaudium et Spes n° 22, 5)

 

 

Commentant cette doctrine de Vatican II, voilà ce que disait Karol Wojtyla dans "le signe de contradiction"

Citation:

"La naissance de l'Eglise qui a eu lieu sur la croix, au moment messianique de la mort rédemptrice du Christ, fut dans son essence la naissance de l'homme, de chaque homme et de tous les hommes, de l'homme qui - qu'il le sache ou non, l'accepte ou non dans la foi - se trouve déjà dans la nouvelle dimension de son existence. cette nouvelle dimension, saint Paul la définit tout simplement par l'expression In Christo, dans le Christ"

 

 

un peu plus loin

Citation:

"Tous les hommes depuis le commencement jusqu'à la fin du monde ont été racheté et justifiés par le Christ et par sa croix"

 

 

Dans Redemptor Hominis :

Citation:

"Il s'agit donc ici de l'homme dans toute sa vérité, dans sa pleine dimension. Il ne s'agit pas de l'homme «abstrait», mais réel, de l'homme «concret», «historique». Il s'agit de chaque homme, parce que chacun a été inclus dans le mystère de la Rédemption, et Jésus-Christ s'est uni à chacun, pour toujours, à travers ce mystère.(...)c'est cela, l'homme dans toute la plénitude du mystère dont il est devenu participant en Jésus-Christ et dont devient participant chacun des quatre milliards d'hommes vivant sur notre planète, dès l'instant de sa conception près du coeur de sa mère."

 

 

Auparavant, voici quelques textes de l’Écriture Sainte :

« Alors toute chair verra le salut de Dieu »[163]. Telle est la parole prophétique qu’utilise le rédacteur du troisième évangile pour manifester la nature de la mission de Jean-Baptiste, le précurseur. Saint Paul écrit d’autre part, pour signifier que tous les hommes paraîtront au tribunal de Dieu[164] : « Par ma vie, dit le Seigneur, tout genou devant moi fléchira et toute langue rendra gloire à Dieu. » C’est donc, commente-t-il, que chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même. Ailleurs, il s’exprime avec précision à propos de la manière dont Dieu agit :[165] « Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même s’est livré en rançon pour tous. Tel est le témoignage rendu aux temps marqués. »

L’Église, confrontée aux thèses de Calvin, s’est prononcée solennellement pour réaffirmer cette vérité. Le canon 17 du décret sur la justification, condamne la thèse des prédestinés au mal[166] « Si quelqu’un dit que la grâce de la justification n’est accordée qu’aux prédestinés à la vie et que tous les autres appelés, tout en étant appelés, ne reçoivent pas cette grâce, parce que prédestinés au mal par la puissance divine, qu’il soit anathème. »

 

Déjà par le passé, devant des interprétations durcies des thèses de saint Augustin sur la prédestination éternelle confondue avec la prédestination dans le temps en fonction des mérites et de la liberté de chacun, l’Église avait rappelé la vérité de l’Évangile[167] : « Dieu tout-puissant veut que « tous les hommes »sans exception « soient sauvés »[168], bien que tous ne soient pas sauvés. Que certains se sauvent, c’est le don de celui qui sauve ; que certains se perdent, c’est le salaire de ceux qui se perdent. »

 

Nous n’entrerons pas ici dans l’analyse des subtilités théologiques qui entrent dès que l’on veut confronter la Science éternelle de Dieu sur la damnation de certains et la liberté humaine qui fait qu’eux seuls se séparent de Dieu. L’essentiel pour le sujet qui nous occupe, est contenu dans la conclusion suivante : « Dieu veut que tout homme soit sauvé. Il donne donc à Tout homme les moyens d’être sauvé. » Libre à lui, dans un second temps, de refuser ce salut.

 

B/ Critique des systèmes théologiques présentés en prolégomènes. (Calvin, saint Augustin, saint Thomas d’Aquin)

 

Le canon 17 du décret sur la justification[169], condamne la thèse des prédestinés au mal : « Si quelqu'un dit que la grâce de la justification n'est accordée qu'aux prédestinés à la vie et que tous les autres appelés, tout en étant appelés, ne reçoivent pas cette grâce, parce que prédestinés au mal par la puissance divine, qu'il soit anathème. »

 

Fondé sur une telle foi, nous rejetons avec certitude la théorie calviniste sur la prédestination divine de certains à la damnation éternelle. Cette thèse est en contradiction manifeste avec l’Évangile. De même, il nous paraît impossible de sauver certaines conclusions augustiniennes et thomistes à propos du sort des hommes qui meurent, sans faute de leur part, sans la grâce de Dieu (donc, nous l’avons précisé précédemment, sans la charité.) La théorie des limbes éternelles pour les enfants morts sans baptême ne peut qu’entrer en contradiction directe avec ce dogme de la foi. Elle consiste en effet à affirmer que ces innocents, parce qu’ils n’ont pas reçu le baptême d’eau, sont exclus par Dieu de la proposition du salut. Imaginer un état de damnation éternelle où l’on ne souffre pas car on n’a pas fait le mal est visiblement, compte tenu du dogme ici rappelé, en opposition avec la foi. De même, certaines thèses allant dans le sens d’une damnation éternelle des païens, des pécheurs graves (exception faite, nous le verrons, du seul blasphème contre le Saint Esprit), nous paraissent exagérées. Un païen n’est tel que parce qu’il n’a pas reçu avec clarté la proposition de l’Évangile. Saint Thomas d’Aquin dépasse heureusement par la souplesse contemplative de sa pensée, ce que la rigidité de la logique pourrait suggérer : ne sachant pas par quel moyen Dieu pourrait sauver les païens dont il constatait avec évidence la mort éloignée de la charité, et étant mal à l’aise devant la certitude de certains quant à leur rejet éternel, il écrit :[170]

 

« A un homme qui, sans y mettre d’obstacle, suivrait la raison naturelle pour chercher le bien et éviter le mal, on doit tenir pour très certain que Dieu révélerait par une inspiration intérieure les choses qu’il est nécessaire de croire ou lui enverrait quelque prédicateur de la foi, comme Pierre à Corneille. »

 

 

Ce texte est le plus ancien mais aussi le plus court allant dans le sens de notre thèse. Saint Thomas d’Aquin n’a pas eu l’audace d’aller plus loin et d’en faire un principe de sa théologie du salut. Il n’a pas pu, dans son réalisme expérimental, s’imaginer l’universalité de cette parousie du Christ dans l’heure de la mort. Nous savons pourtant de source contemporaine qu’il a vécu cette parousie. Lorsque le Christ lui est apparu, dans les derniers mois de sa vie, il fut saisi par sa gloire au point de vouloir brûler sa Somme de Théologie. Il n’écrivit jamais plus rien. Dans une chrétienté comme celle de son époque, il n’a pas été suffisamment confronté au drame de l’incroyance pour réfléchir au cas de ceux qui vivent dans le péché parce qu’après la mort « c’est le néant. » De même, la psychologie moderne manifestera avec force les limites de notre liberté terrestre. Le salut, même prêché avec force, peut être rejeté ou oublié sans que la responsabilité soit telle qu’elle puisse mériter la damnation éternelle. Dieu qui connaît la nature humaine et prend en pitié le petit troupeau des hommes sans berger, ne veut-il pas sauver tous les hommes ? Qu’un enfant soit loin de lui pour l’éternité parce que personne n’a pensé à l’aimer en le baptisant, voici une théorie contradictoire avec la fameuse parole de Jésus concernant le pardon de tous les péchés [171]que le Pape Innocent IV commente ainsi à l’évêque du Tusculum[172] : « Enfin, puisque la Vérité affirme dans l’Évangile que « si quelqu’un a blasphémé contre l’Esprit Saint, il ne lui sera pas pardonné ni dans ce monde à venir »[173], ce qui nous fait comprendre que certaines fautes sont déliées dans le siècle présent, mais d’autres dans le siècle futur ; Puisque l’Apôtre dit que « le feu éprouvera la qualité de l’œuvre de chacun »et que « celui dont l’œuvre est consumée en subira la perte ; pour lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu »[174]

 

 

C/ Conclusion

 

 

 

Dieu qui veut que tout homme soit sauvé, propose à la connaissance et au choix de tous sans exception son salut de telle manière que nul ne puisse le rejeter que librement.

 

 

 

Le problème qui apparaît maintenant est celui de la manière dont Dieu procède au salut de ceux qui meurent sans connaître l’Évangile. Comment, quand et par qui leur est-il prêché ? Saint Thomas d’Aquin nous ouvre la porte par le texte cité plus haut. Mais avant d’aller plus loin dans cette recherche, il convient de jeter quelques balisent supplémentaires de la foi de l’Église. Nous dégagerons ainsi notre chemin des voies sans issues.


I-2-3- TROISIÈME DOGME — AUSSITÔT APRÈS LA MORT, l’âme en état de mort spirituelle est séparée de Dieu pour l’éternité

 

A/ Établissement du dogme

 

L’absence de délai entre la séparation de l’âme et du corps et le jugement particulier par lequel Dieu donne à l’âme ce qu’elle mérite est une vérité de foi qui ne laisse au théologien aucune autre alternative. Nous le devons à une définition solennelle du Pape Benoît XII, à la suite de sa controverse avec son prédécesseur Jean XXII[175].

En 1331, Jean XXII avait affirmé dans ses sermons et ce à titre de recherche personnelle que les âmes des élus ne jouiraient de la vision béatifique qu’après le Jugement dernier et la résurrection de la chair, et qu’en attendant elles ne possédaient qu’une béatitude incomplète (celle des limbes, du « sein d’Abraham. ») En 1332, il prêcha une opinion analogue sur la peine des damnés. Ces prédications n’étaient pas des définitions solennelles. Elles n’exprimaient que l’opinion privée du Pape. Néanmoins elles provoquèrent aussitôt de vives contradictions, notamment de la part des dominicains de l’Université de Paris et des franciscains schismatiques d’Allemagne. Jean XXII renonça à son opinion personnelle en faveur de la doctrine traditionnelle de l’Église, qu’il entendit proposer par un décret solennel. Mais c’est seulement son successeur Benoît XII, auteur, alors qu’il était cardinal, d’un De statu animarum sanctarum ante generale judictium, qui put, après une minutieuse enquête, réaliser ce projet par sa constitution Benedictus Deus, document « ex cathedra. »

Nous citons les extraits de ce document qui intéressent notre propos, en priant le lecteur de bien vouloir pardonner la longueur de la citation :[176]

 

 

« Par la présente constitution, qui restera à jamais en vigueur, et de notre autorité apostolique, Nous définissons que, d’après la disposition générale de Dieu, les âmes de tous les saints qui ont quitté ce monde avant la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ : que celles des saints Apôtres, martyrs, confesseurs, vierges et autres fidèles morts après avoir reçu le saint baptême du Christ, en qui il n’y a rien eu à purifier lorsqu’ils sont morts ou en qui il n’y aura rien à purifier lorsqu’ils mourront dans la suite ou encore, s’il y a eu ou qu’il a quelque chose à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront achevé de le faire ; que, de même, les âmes des enfants régénérés par ce même baptême du Christ ou encore à baptiser, une fois qu’ils l’auront été, s’ils viennent à mourir avant d’user de leur libre-arbitre, (que toutes les âmes de ces enfants), aussitôt après leur mort et la purification dont nous avons parlé pour celles qui en auraient besoin, avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, et cela depuis l’Ascension du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ au Ciel, ont été, sont et seront au Ciel, au Royaume des cieux et au paradis céleste avec le Christ, admises dans la société des saints anges.

 

En outre, nous définissons que, selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent aussitôt après leur mort en enfer, où elles sont tourmentées de peines infernales. »

 

 

La précision du langage scolastique de ce texte et la solennité de sa présentation ne laisse aucun doute sur la vérité de ce qu’il définit. Nous le faisons donc nôtre et admettons qu’il n’existe aucun délai entre la séparation de l’âme et du corps (la mort au sens théologique du terme) et l’acquisition de son orientation éternelle. Nous savons par ailleurs que cette orientation consiste en enfer par un rejet de Dieu motivé par un blasphème contre le Saint Esprit (Voir le texte du Pape Innocent IV à l’évêque de Tusculum cité précédemment), c’est-à-dire par un de ces péchés absolument libres, car lucides et volontaires contre l’amour. De même, nous avons montré que le mérite du paradis est dû à la charité surnaturelle dans son exercice réciproque et libre. Il apparaît donc déjà à notre regard la conclusion suivante : tout homme arrive après la mort en état de mérite ou de démérite libre par rapport à la vision béatifique de telle façon qu’aussitôt après la mort, il peut être jugé pour son éternité.

 

B/ Critique des systèmes théologiques des prolégomènes. (saint Augustin, saint Thomas d’Aquin, Boros, Glorieux, Balthasar)

 

A l’époque de saint Thomas d’Aquin où de saint Augustin, si ce dogme n’avait pas encore été solennellement confirmé par Pierre, il n’en était pas moins connu. Il est aisé de comprendre maintenant pourquoi ils en arrivèrent à conclure, souvent à leur cœur défendant mais par fidélité à leur foi, à la damnation éternelle de millions de païens et de nouveau-nés. Si toute personne humaine qui meurt sans la charité est aussitôt conduite en enfer éternel, il n’y a plus d’espoir à avoir pour les incroyants et les enfants non baptisés. L’absence de délai, l’impossibilité apparente d’une ultime prédication à l’heure de la mort (l’inconscience de l’agonisant étant apparemment expérimentalement prouvée), il fallait bien se résoudre à cette conclusion. Par cette thèse, nous essayons de prouver qu’un acte de la pièce a été oublié, qui rend tout limpide et simple. Mais nous ne pouvons manquer d’admirer, tout en rejetant leur thèse, la foi de saint Augustin et saint Thomas d’Aquin qui les amène à adhérer à un mystère que leur charité ne comprend pas.

Grâce à cette définition du Pape Benoît XII, nous pouvons exclure de notre panorama d’hypothèses théologique la thèse de Ladislas Boros[177] et celle de Mgr Glorieux[178]. Boros part de la constatation des limites de la liberté humaine qui est ici-bas conditionnée par toutes sortes d’influences étrangères. Il analyse les causes de cette faiblesse et conclut par la dénonciation du corps biologique. Pour lui, une vie terrestre ainsi fragilisée ne saurait à elle seule déterminer le destin éternel d’un homme. A cause de la justice de Dieu, il se voit contraint de poser un temps intermédiaire « après la mort », lorsque l’âme enfin libérée du corps, est en mesure de juger intuitivement et sans erreur du bien et du mal, peut choisir son orientation éternelle. Boros lui-même résume sa position : « Dans la mort (c’es-à-dire après la mort) s’ouvre la possibilité du premier acte personnel de l’homme ; il est ainsi le lieu privilégié de la prise de conscience, de la liberté, de la rencontre avec Dieu et de la décision du destin éternel. » Cette position présente une recherche intéressante mais elle est concrètement inconciliable avec la définition solennelle de Benoît XII. Le temps intermédiaire que pose Boros entre la séparation de l’âme et du corps et le jugement dernier n’existe pas aux yeux de la foi catholique. Mais sa position présente un autre inconvénient : le rôle de la vie terrestre et l’unité substantielle de l’homme, âme et corps, deviennent incompréhensibles. Si le corps est le tombeau de l’âme au point que l’âme n’est elle-même que séparée, on en arrive à un dualisme de type platonicien qui pose plus de problèmes à la foi qu’il n’en résout. La Sagesse de Dieu qui a créé l’homme âme, esprit, psychisme et corps devient obscure.

De même, la définition de Benoît XII permet de repousser toute hypothèse théologique qui suggérerait la possibilité d’un choix après la mort. Plus subtile que la position de L.Boros, celle de H.U. von Balthasar n’en reste pas moins difficile à mettre en accord avec la constitution Benedictus Deus : Dans sa Dramatique Divine[179], il écrit qu’au jugement, le bien d’une vie humaine n’est pas opposé quantitativement au mal. Par ailleurs, selon lui, la liberté humaine ne fait pas une sélection ponctuelle entre des biens finis, mais elle transcende la finitude et décide à partir d’une autonomie absolue, qui la dépasse elle-même. C’est pourquoi la décision humaine, « le choix fondamental », doit être évaluée qualitativement ; « Ce choix fondamental... ne se fait cependant pas in abstracto, mais dans les différentes situations de vie qui se succèdent, dans une série d’actes et d’attitudes, qui ont tous une pente vers la mort et qui nous révèlent aussi sans cesse la finitude de l’espace assigné à la liberté de choix. Il est difficile d’éclaircir la relation avec le choix fondamental, qui ne se laisse pas décomposer d’après les différentes situations ; il y va sans aucun doute, primordialement de la sentence objective (c’est-à-dire le jugement de Dieu), d’une part, de son Incarnation nécessaire dans les décisions toujours exigées par les situations... Et comme il ne s’agit pas d’une estimation quantitative, mais de la qualité du choix fondamental..., se pose la question de savoir si un choix fondamental négatif, même s’il s’agît du dernier dans le temps d’une vie, a pu s’exprimer sans restriction dans toutes les situations d’une vie... Ici le juge cherchera « si, dans la vie de celui qu’il a à juger quelque chose peut se laisser trouver qui a été saisi, peut se laisser saisir de son amour vivifiant, une possibilité au moins potentielle de foi, si donc dans l’homme qu’il a à juger, quelque chose est capable d’amour! D’un petit grain d’amour en réponse à tout l’amour qui lui est offert par Dieu. »

Les citations de ce texte sont tirées du commentaire de la première lettre de saint Jean par Adrienne von Speyr, alors que la note en bas de la page fait référence à Mechtilde von Magdebourg. La mystique du Moyen-Age y décrit comment le Père céleste s’approche d’une âme chargée de péchés et lui dit : « Ai-je seulement trouvé quelque chose de bien en toi ?. »

 

Outre le fait que l’âme connaît après la mort un moment d’incertitude où le choix est comme suspendu, cette conception présente encore la difficulté de faire porter le jugement sur des actes bons mais des actes bons au plan naturel. Or nous avons montré précédemment[180] que ces actes ne pouvaient constituer qu’une disposition à la seule réalité qui compte en définitive pour entrer dans la gloire : la charité théologale. Devra-t-on alors admettre que, après la mort et le jugement miséricordieux de Jésus : « Ai-je seulement trouvé quelque chose de bien en toi ? », l'âme se tourne dans sa reconnaissance vers lui dans un premier acte de charité explicite et méritoire ? On se heurte alors de nouveau à la constitution de Benoît XII, qu’il est difficile de ne pas admettre comme l’annonce solennelle et infaillible d’un dogme.[181]

 

Bien d’autres théologiens, poussés par leur foi en la bonté de Dieu et recherchant le comment concret du salut des pécheurs, se refusant à admettre avec saint Augustin ou saint Thomas d’Aquin la « massa damnata », ont recherché la possibilité d’une option « dans la mort. » Dans la mort est une expression imprécise qui signifie la plupart du temps « après la mort. » C’est qu’en effet, l’expérience démontrait qu’ » avant la mort », la charité n’était pas révélée à tous. D’autre part, la mort elle-même était un moment de faiblesse inconsciente qui semblait ne laisser aucune place à un événement lucide. La théologie des fins dernières s’est donc retrouvée dans une tension inconciliable de la foi et de la charité. La théorie scolastique, concluant logiquement à la damnation éternelle des hommes morts sans la charité, quelle que soit leur responsabilité, était devenue insupportable à l’amour et aux textes du Concile Vatican II démontrant la valeur dispositive de tout acte bon, de toute religion empreinte « de semences du Saint Esprit. » Si l’on ajoute à cela le quatrième point de foi que nous allons maintenant étudier, on comprend la détresse du Traité des fins dernières.

 

C/ Conclusion

 

 

Aussitôt après la séparation de l’âme et du corps, l’âme est définitivement orientée selon sa charité ou son refus de la charité vers le Ciel ou l’enfer, et cela sans délai.

 


I-2-4- QUATRIÈME DOGME — Le salut est proposé à l’homme durant sa vie terrestre, avant la séparation de l’âme et du corps

A/ Établissement du dogme

C’est une doctrine très ancienne, qui fut cependant exprimée avec une force dogmatique particulière durant le Concile Vatican II : “Puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l'homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l'Esprit Saint offre à tous, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associé au mystère pascal” (Gaudium et Spes n° 22, 5, trad. officielle). Ce texte ne fait que reprendre des dogmes solennels plus anciens : « Dieu qui veut que tout homme soit sauvé... propose à tous son salut... ce qui ne signifie pas que tous l'acceptent..."

Voici quelques textes du Magistère plus anciens. Il en existe bien d'autres dans le Dentzinger :

 

Dentzinger 340 : « Mais maintenant, en raison de l'autorité des saints témoignages qui se trouvent en abondance dans le domaine des saintes Ecritures et qui sont dévoilés de par la doctrine des anciens, je confesse volontiers que le Christ est également venu sauver non seulement ceux qui croient, mais ceux qui sont perdus, car ils sont perdus contre sa volonté. Et il ne convient pas que la richesse de la bonté infinie et les bienfaits divins soient limités seulement à ceux-là qui manifestement sont sauvés. (pape Simplicius, 3 mars 468, Concile d'Arles)

 

Dentzinger 623 : « Dieu veut que tous les hommes sans exception soient sauvés" (pape Léon IV, 10 avril 847, Concile de Pavie)

 

Dentzinger 780 : On ne peut admettre en effet que tous les petits enfants, dont tant meurent chaque jour, périssent sans que le Dieu de miséricorde, qui veut que personne ne périsse, leur ait procuré à eux aussi un moyen de salut. (Pape Grégoire IX, Décrétales, I, III, tit. 42, c. 3).

 

Ce dogme n’est que la conséquence des précédents : Si Dieu propose à tous le salut, à travers la « prédication » de l’Évangile[182], puisque ce salut consiste en une charité choisie (Trente), puisque d’autre part aussitôt après la mort (Benoît XII), l’âme reçoit ce qu’elle mérite, c’est donc que l’Évangile lui est prêché AVANT LA MORT.

 

Dans les évangiles, nous ne disposons malheureusement à l’appui de cette vérité que de textes de type apocalyptique. La difficulté de ces textes est qu’ils englobent en un seul regard des réalités diverses comme la ruine du temple de Jérusalem, la mort individuelle, la fin des sociétés, la fin du monde. Il semble que dans le regard de Jésus, ces réalités diverses méritaient d’être ainsi réunies à cause du rapport de signification qu’elles avaient les unes avec les autres. Parmi les textes de ce genre, on peut citer Mathieu[183] : « Cette Bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans le monde entier en témoignage à la face de toutes les nations. Et alors viendra la fin. » Appliqué à la mort individuelle, il pourrait être ainsi traduit : l’Évangile sera prêché à tout homme puis viendra sa mort. On pourrait citer aussi Mathieu[184] dont nous verrons ensuite en quel sens une des interprétations possibles signifie les événements de la mort individuelle, terme des souffrances de l’agonie. « Aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Et il enverra ses anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents, des extrémités des cieux à leurs extrémités. »

 

Cependant, il faut reconnaître que ces deux textes ne constituent qu’un signe et non une preuve de la prédication universelle à chaque homme individuellement, avant sa mort, de la Bonne Nouvelle du salut. La constitution de Benoît XII, éclairée par les autres points de la foi que nous avons développés, permet cependant de conclure, avec une certitude que donne la confiance en l’amour de Dieu (qui ne saurait permettre qu’un homme soit damné sans liberté) et en la vérité de Dieu (qui ne saurait permettre que le Magistère de l'Église se soit trompé aussi gravement sur « l’aussitôt après la mort »), à la proposition suivante :

 

 

Tout homme reçoit durant sa vie terrestre la proposition explicite du salut.

 

 

B/ Critique des systèmes théologiques (Boros, Glorieux, saint Thomas d’Aquin.

 

Si notre confiance en Dieu adhère à cette vérité, elle le fait avec grande difficulté à cause de l’énorme contradiction que semble apporter notre expérience. Le Christ lui-même manifeste que c’est une contre vérité, au moins pour les hommes qui vécurent avant sa venue : « En vérité je vous le dis, il en est beaucoup qui auraient voulu voir un seul des jours que vous voyez et ne l’ont pas vu. » [185]Pourtant, cette foi est essentielle à garder si l’on veut comprendre le sérieux de la vie terrestre et la grandeur de notre nature humaine corps et âme. Il n’est pas naturel, en effet, à notre nature d’être en état d’âme séparée de notre corps. Nous ne sommes pas une âme tombée dans un corps dont elle doit se libérer pour être elle-même, mais un être corps, psychisme, esprit et âme. Ainsi, quoiqu’en suggère la pensée de Boros, il n’est pas naturel à notre esprit de connaître à la manière des anges, c’est-à-dire par mode d’intuitions directes. Pour nous, l’intelligible parvient à la connaissance grâce à la médiation des sens. De même, il n’est pas naturel à notre volonté de se porter vers un bien d’un seul acte définitif. Elle doit auparavant analyser une par une les raisons de la bonté de l’objet, les comparer afin de s’y porter. Quoiqu’en dise Boros, cet acte n’est pas par nature handicapé. La fragilité de nos choix terrestres ne vient pas de ce mode de fonctionnement mais des tromperies de notre imaginaire débridé depuis le péché originel. Sans le « fomes peccati » au cœur de leur nature, Adam et Ève étaient capables de choix absolument responsables. De même, quoiqu’en dise Luther, le foyer du péché n’a pas détruit complètement notre capacité de choix. Cette capacité est certes conditionnée, marquée par des influences inconscientes (Freud, Jung), mais elle reste la plupart du temps réelle et même éducable. L’homme qui développe des vertus intérieures dispose favorablement par la même occasion sa capacité de choix et « règne sur les astres » (Aristote.) La Bible témoigne de cette nature humaine bonne, quoique blessée : « L’homme fort qui dompte son âme vaut mieux que celui qui prend des villes »[186]. Ainsi, lorsque Boros affirme que l’homme n’est lui-même que délivré de ce corps de mort, il exagère et sort de la foi chrétienne en la bonté de la nature humaine corps et âme. Pourtant, sa position marque avec vérité l’incroyable lourdeur de notre nature humaine soumise aux lois d’une « chair qui convoite contre l’esprit »[187]. Il manifeste la faiblesse de notre état blessé qui ne saurait permettre un choix aussi vertical que celui qui engage une éternité. A réfléchir sur la précarité de nos décisions et l’éternité de leurs sanctions, le croyant ne sent guère, il est vrai, surgir d’objection quand il s’agit d’une issue heureuse et du bonheur des élus. Mais s’il commence à songer à l’éternité de l’enfer, un légitime vertige et un scandale peuvent le saisir. Ce vertige ne semble pas affecter saint Thomas d’Aquin qui justifie rationnellement la réalité de ce mystère[188] : « Celui qui dans sa propre éternité pèche contre Dieu, sera puni dans l’éternité de Dieu. Et l’homme pèche dans sa propre éternité non seulement par la continuation d’un même acte tout au long de sa vie ; mais du seul fait qu’il constitue sa fin dans le péché, sa volonté est de pécher éternellement. »

 

 

Ce texte de saint Thomas d’Aquin est vrai dans son fond de foi puisqu’il affirme avec l’Église sa confiance dans la capacité qu’a l’homme de choisir durant sa vie terrestre. Mais, grâce au regard de Boros, Freud et de tous ceux qui ont manifesté les limites de la liberté terrestre, il se heurte de front à la force de l’expérience : comment choisit durant sa vie terrestre l’enfant avorté, l’africain mort de famine dans ses premières années de vie de misère, l’athée européen centré sur son travail et mort d’infarctus en pleine carrière... Confronté à la réalité expérimentale de chaque vie humaine, le vertige aussitôt nous prend non seulement à cause des risques de l’enfer mais aussi devant les exigences de la charité qui conduit seule au face à face avec Dieu. Nous maintenons cependant notre conclusion :

C/ Conclusion

 

Le salut par la charité est proposé à l’homme durant sa vie terrestre, explicitement (de droit et de fait), avant la séparation de l’âme et du corps.

 


I-2-5- AU DELA DE LA FOI, L’EXPERIENCE — LE SALUT N’EST PAS PROPOSÉ À TOUS LES HOMMES DURANT LEUR VIE TERRESTRE

 

A/ Préalable : Question de méthode

 

 

Objection à propos de la proposition mineure de notre démonstration théologique : Avant d’aller plus loin, une objection peut être formulée concernant la méthode de ce que nous appelons une approche démonstrative théologique : est-il légitime de raisonner en s’appuyant sur une majeure dogmatique et une mineure expérimentale ? Il semble illégitime de mélanger les genres.

Cette objection n’est pas nouvelle : elle fut adressée à saint Thomas d’Aquin qui fut même un temps condamné par l’Église pour avoir introduit en théologie des données philosophiques d’Aristote. Ce grand théologien se serait sans doute justifié ainsi : Dieu est l’auteur de tout le réel. Il est le Créateur des anges que nulle philosophie expérimentale ne peut connaître et des plantes qu’on peut examiner au microscope. Ainsi, quel que soit le mode par lequel l’homme parvient à la connaissance du réel, que ce soit par les seules forces de son intelligence ou en s’appuyant sur la révélation, il ne peut y avoir contradiction. Le réel ne se contredit jamais. S’il y a contradiction, ce peut être parce que l’homme appelle « foi » ce qui n’est qu’opinion théologique ou qu’il appelle « science » ce qui n’est qu’erreur philosophique. Il est donc possible pour le théologien d’utiliser à son service tout type de connaissance du vrai. Non seulement il lui est possible d’agir ainsi, mais il doit le faire puisque sa foi cherche à être intelligente ; Non seulement cette attitude est possible mais elle est nécessaire pour le service de la « science des sciences » qu’est la théologie. Saint François de Sales l’enseigne : « La foi et la raison doivent marcher ensemble comme deux affectionnées. » Bien des conflits dont la science ou la foi ont été victimes au cours de l’histoire auraient été évités si cette attitude harmonieuse avait toujours été de mise. Mais, parce que la méthode philosophique et la méthode théologique sont utilisées par des hommes dont le moindre des défauts est de croire qu’ils sont maîtres de toute la vérité, la coopération est difficile. On a rarement égalé en ce domaine d’harmonie coopérante de la science avec la foi le « Docteur commun. »

 

 

B/ Un fait d’expérience en contradiction apparente avec le dogme

 

 

Là se trouve la difficulté de la foi des fidèles et des théologiens attentifs au salut de leurs frères. Le livre de l’Apocalypse présente le silence de Dieu comme l’un des sept mystères scellés que seul l’agneau peut ouvrir, c’est-à-dire que seule la passion du Christ preuve de l’amour de Dieu peut expliquer[189]. Encore faut-il admettre avec réalisme le scandale, c’est-à-dire reconnaître que chaque jour, des milliers d’hommes meurent en ignorant tout du salut par la charité. S’ils ignorent la possibilité de la charité, c’est qu’ils meurent sans être entrés dans le salut selon saint Paul : « Comment l’invoquer sans d’abord croire en lui ? Et comment croire en lui sans d’abord l’entendre ? Et comment entendre sans prédicateur ? »[190]. Mais en imaginant par impossible que depuis l’Incarnation du Christ, toutes les nations de la terre aient entendu parler de la Bonne Nouvelle, la question n’en serait pas résolue : comment expliquer le retard entre le péché originel et la Rédemption ? A cette époque, tous les hommes sauf exception notoire mouraient en ignorant totalement tout de la charité de Dieu. Il leur était bien sûr impossible de l’aimer de charité en retour et ils entraient dans la mort avec une grande frayeur de l’injustice des dieux. De même, dans les chrétientés les plus ferventes, qui peut prétendre avoir saisi toute l’urgence du message ? La vie est longue, les soucis multiples et Dieu bien loin. Saint Thomas d’Aquin faisait à la suite d’Aristote cette réflexion désabusée : « la plupart vivent dans le sensible. »[191] Il commentait cette pensée à la lumière de l’Évangile[192] : « Large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition et il en est beaucoup qui l’empruntent. » Cette tension entre la foi qui enseigne solennellement que Dieu propose à tout homme le salut durant sa vie terrestre et la constatation expérimentale du fait inverse est source de trouble.

 

C/ Un trouble qui aiguise le théologien dans sa recherche

 

Qu’on se souvienne du trouble analogue qui saisit la réflexion juive de l’Ancien Testament dans la tension d’une foi enseignant sans ambiguïté que « Dieu comble de biens les hommes droits et renvoie les riches les mains vides » et la constatation quotidienne de l’inverse. Cette dramatique expérience fut source d’une mutation spirituelle majeure de Job à la Sagesse, en préparation de la venue de Jésus. Au temps de leur gloire, les juifs tuaient comme hérétiques les prophètes qui osaient annoncer, chose impossible pour raison de présence de Dieu, la destruction du Temple. Il fallut plusieurs ruines et déportations d’Israël pour que certains comprennent qu’il était question d’un temple théologal. Nous sommes dans la même situation paradoxale et les solutions évoquées par les fidèles ou les théologiens ressemblent fort à celles des amis de Job. Il est à remarquer que Dieu se plaît aux apparentes contradictions. Nous sommes frappés à l’évocation des nombreux exemples qui jalonnent l’Écriture ou la vie des saints : Marie, au pied de la croix, repensait-elle à la promesse de l’ange « Il gouvernera les nations avec un sceptre de fer » ? Jeanne d’Arc, demandant à ses voix si elle serait sauvée s’entendit répondre : « oui, par grande victoire! » Deux jours plus tard, elle était brûlée vive. Sainte Thérèse d’Avila, remarquant dans sa vie cette contradiction entre les promesses de Dieu et leur réalisation, disait : « Dieu torture admirablement ceux qui l’aiment. »

Pour le théologien, l’opposition apparente entre foi et réalité, loin d’être une torture, constitue le lieu théologique par excellence, le lieu des découvertes. Nous disions précédemment que la foi et l’expérience ne peuvent entrer en contradiction, Dieu étant Créateur de tout ce qui est connu par la foi ou par l’expérience. Deux vérités apparemment contradictoires, dont l’une procède de la foi (Dieu propose son salut par la charité à tous les hommes durant leur vie terrestre) et l’autre de l’expérience (ce n’est pas vrai car des hommes meurent en ignorant tout de la charité) sont comparables à deux silex durs qu’on frotte : La lumière en jaillit. Parvenus ici dans notre recherche, nous sommes proches du moment où le jaillissement peut se produire.

 

D/ Rappel des tentatives d’explication de cette expérience et critique de ces tentatives

 

Comment, dans le peuple des chrétiens, s’est on efforcé de résoudre cette apparente contradiction, à savoir la foi en Dieu qui sauve tous les hommes par le don de sa grâce durant leur vie et la constatation expérimentale de l’inverse ?

Pour une part des chrétiens, la responsabilité de l’absence de charité chez les païens ne peut être celle de Dieu mais celle des païens eux-mêmes. Dans les chrétientés occidentales, il leur semble en effet que nul ne peut ignorer totalement la foi. Si elle n’est pas vivante dans les cœurs, cela ne peut venir que d’un manque d’attention des hommes. Selon eux, Dieu propose sa grâce sanctifiante à tout homme mais beaucoup la refusent. Évidemment, cette solution simpliste ne résiste pas à un examen sérieux. Elle ne résout d’ailleurs pas davantage des questions telles que l’existence d’un Islam puissant à la place des chrétientés primitives, l’existence actuelle d’un judaïsme 2000 ans après la Rédemption, des paganismes, de l’athéisme envahissant les anciennes religions. Ce monde est mystérieux dans sa structure même et Dieu qui peut faire des enfants pour Abraham à partir des pierres[193] semble avoir des projets autrement mystérieux que ceux d’une conversion rapide, immédiate et définitive à la charité qui conduit au salut (qu’il a pourtant au moins le pouvoir de proposer aux hommes.)

Devant le mystère du silence de Dieu qui ne propose pas à tous les hommes son salut durant leur vie terrestre malgré ce qu’en dit la foi catholique, certains évoquent le respect qu’il a pour notre liberté. On entend le raisonnement suivant : « s’il révélait son amour avec la puissance des signes et des miracles, chacun serait obligé de croire, ce qui serait un manque de respect pour la liberté. » Ce raisonnement est fallacieux. Chacun sait que la liberté ne naît pas de l’ignorance du choix proposé. Qui peut choisir ou rejeter pour l’éternité ce qu’il ne connaît pas ou ce qu’il ne connaît qu’à travers les voiles déformants d’une prédication humaine ? Au contraire, la vraie liberté de choix se manifeste dans l’accueil ou le rejet d’une vérité parfaitement révélée.

 

D’autres évoquent donc une mystérieuse volonté prédestinatoire de Dieu à la damnation de certains. Calvin soutient sa thèse inacceptable en s’appuyant sur un raisonnement logique compte tenu de sa foi et de son expérience. L’Écriture Sainte confirme ses dires : « Aussi bien ne pouvaient-ils pas croire, car Isaïe dit encore : il a aveuglé leurs yeux et il a endurci leur cœur, pour que leurs yeux ne voient pas et que leur cœur ne comprenne pas, qu’ils ne se convertissent pas et que je ne les guérisse pas. »[194] Ce texte, on doit le reconnaître, est profondément mystérieux. Calvin a-t-il raison ? Nous soutiendrons plus tard, à la lumière de notre hypothèse, une autre interprétation : Dieu endurcit provisoirement le cœur de certains en ne leur donnant pas sa grâce, il les « damne » ici-bas pour que, ayant touché leur misère, ils crient vers lui et ne soient pas damnés pour l’éternité. Mais, bien souvent, il se réserve de se révéler à eux à l’heure de la mort et non avant.

 

D’autres théologiens, à la suite de l’école augustinienne ou thomiste, acceptent le fait de la damnation éternelle de tout homme qui meurt sans la grâce. Pour ce faire, saint Thomas d’Aquin établit une doctrine du péché mortel qu’il définit par les mots suivants : « Tout acte de la volonté humaine qui met sa fin dans un bien de telle façon que Dieu ne peut être aimé en même temps comme fin dernière »[195]. Cette définition ouvre toutes grandes les portes de l’enfer puisque, saint Thomas d’Aquin le reconnaît lui-même, la faiblesse de la nature humaine, l’ignorance ou même le péché originel non volontaire, peuvent laisser l’homme dans un état de mort théologale. Nous avons souvent cité cette conception thomiste très large du péché mortel. Elle surprend parfois les théologiens scolastiques eux-mêmes. Elle ressort pourtant avec clarté de textes précis et aboutit aux conclusions déjà citées pour leur évidente contradiction avec l’amour de Dieu : limbes des enfants, damnation des païens etc. L’Église, pour enlever ces ambiguïtés scolastiques trop visiblement contradictoires avec la Parole de Jésus sur le blasphème contre le Saint Esprit qui seul est irrémissible[196], redéfinira au XXème siècle le péché mortel en se servant des mots qu’utilisait saint Thomas d’Aquin pour le blasphème contre le Saint Esprit : « péché volontaire, lucide et libre en matière grave, c’est-à-dire contre l’amour. »

 

D’autres chrétiens ne se résolvent pas à la damnation éternelle des masses de pauvres gens. Ils inventent donc des scénarios du salut qui tous, par un axe ou par un autre, viennent buter contre les enseignements solennels de l’Écriture ou de l’Église : Certains voient le salut mérité pour tout acte authentiquement bon au plan humain, car la grâce règne dans tout amour (Vandevelde, Journet, Balthasar avec des nuances), car l’Évangile est libération sociale (théologie de la libération), car l’homme est maître de sa vie avec Dieu (Pélage..). Mais toutes ces conceptions, si on en poussait les conséquences à l’extrême, arriveraient à ne plus discerner ce qui est radicalement différent dans la vie surnaturelle et que décrit magistralement le Père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus[197]. D’autres penseurs en arrivent à poser une option finale qui ne peut se situer, l’expérience de la vie terrestre les pousse à affirmer cela, qu’après la mort et avant le jugement dernier (Boros, Glorieux, Balthasar, chacun selon des nuances à préciser.) Là encore, la foi définie vient achopper, principalement grâce à l’éclairage donné par l’Esprit Saint à travers le Pape Benoît XII. C’est donc que la vie humaine terrestre est le lieu du choix éternel, aussi scandaleux que cela puisse paraître à tout homme sensé et un peu conscient de l’état de misère où l’homme vit. L’Église prend donc au sérieux l’état de notre vie terrestre. L’homme est indissociablement esprit, psyche et corps et c’est dans son état parfait d’homme vivant qu’il choisit pour l’éternité. Cependant, n’exagérons pas l’étendue de cette liberté, à la manière du Père J.H.Nicolas[198] dans un texte de sa Synthèse Dogmatique. Il pense pouvoir expliquer sans scandale le salut des hommes par le simple exercice des lois naturelles de la liberté à qui a été proposée la foi au Christ. Il montre que la conversion « peut être refusée. » Mais il omet de se poser la question de ceux à qui ce choix n’est pas proposé.

 

E/ CONCLUSION

 

 

 

 

Quoiqu’en dise la foi catholique, nous constatons que, de fait, la grâce sanctifiante n’est pas proposée à tous les hommes, au moins dans ce que nous voyons de leur vie terrestre.

 

 

 

 

I-3- THÈSE — L’HEURE DE LA MORT ET LE RETOUR DU CHRIST EN GLOIRE

 

 

I-3-1 Hypothèse

 

 

Rappelons notre recherche de la partie précédente.

 

D’abord celle de la foi :

 

1- Seule la charité théologale (voir déf. précédemment) ouvre à la vision béatifique.

 

2- Dieu qui veut que tout homme soit sauvé propose à tous les conditions de cette charité

 

3- durant la vie terrestre, à l’homme tout entier, corps et âme.

 

4- Ainsi, aussitôt après la mort, l’homme en état de refus mortel de la charité est damné pour l’éternité.

 

Il est possible de synthétiser ces quatre dogmes par la proposition suivante :

 

 

« DURANT SA VIE TERRESTRE, L’HOMME REÇOIT DE DIEU LA POSSIBILITÉ DE L’AIMER DE CHARITÉ, DE TELLE FAÇON QU’IL PEUT, S’IL REFUSE, ENTRER AUSSITÔT APRÈS LA MORT, DANS L’ENFER ÉTERNEL. »

 

 

Ensuite celle de l’expérience :

 

5- Quoiqu’en dise la foi, tous les hommes ne reçoivent pas la prédication de l’Évangile, au moins dans ce qui est visible de leur vie terrestre. Cette donnée de l’expérience est sûre et vérifiable car l’Évangile n’est pas un message « implicite » mais une prédication que chacun sait avoir reçue ou non.

 

 


En confrontant foi et expérience, dans une confiance totale à la foi et à l’expérience, nous pensons pouvoir établir avec certitude les quatre points suivants :

 

 

 

 

 

 

1- Puisque l’Évangile n’est pas prêché à tous les hommes dans ce que nous voyons de leur vie terrestre mais qu’il est certain qu’il est prêché, c’est donc que cette prédication a lieu dans ce que nous ne voyons pas de la vie terrestre, à savoir à l’heure de la mort, dans les instants qui précèdent la séparation de l’âme et du corps.

 

 

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2- Puisqu’il convient que cette prédication soit parfaite, devant déterminer le destin éternel d’une personne rachetée par le sang de Jésus-Christ, il convient qu’elle soit faite par celui qui est l’Image parfaite de Dieu, Jésus-Christ Sauveur.

 

 

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3- Puisqu’il convient que ce soit l’homme tout entier, corps et âme, qui détermine son destin éternel vers la charité ou l’amour égoïste de soi, il convient que cette révélation soit à la fois sensible et spirituelle, c’est-à-dire, comme il convient à l’homme, spirituelle par l’intermédiaire du sensible. La prédication de l’Évangile sera donc réalisée par l’apparition glorieuse de l’humanité corporelle de Jésus, gloire qui contient par son rayonnement la plénitude de la Parole de Dieu.

 

 

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4- Enfin, puisque le choix de l’homme doit être parfaitement libre, il est nécessaire qu’à l’heure de la mort, il soit délivré de tout ce qui conditionne de l’extérieur cette liberté : en premier lieu, la souffrance, violence ou peur ; en second lieu le foyer du péché hérité de la faute originelle ; en troisième lieu de l’ignorance. Cependant, tout ce qui aide ce choix doit être conservé et soutenu à commencer par les acquis de la vie terrestre passée, intentions, choix, circonstances, le choix final n’étant que l’acte ultime d’une personnalité déjà construite.

 

 

 


I-3-2 Établissement de l’hypothèse

 

A/ Préalable philosophique : L’heure de la mort peut-il laisser la place à un état de conscience surdéveloppée ?

 

La difficulté de mon hypothèse réside dans le point suivant : chacun sait que l’arrêt du cœur signifie aussi l’arrêt immédiat du cerveau (l’organe le plus sensible au manque d’oxygène) et donc, conséquemment, perte de conscience. Comment admettre, dans cette perspective, la possibilité d’un choix conscient ? C’est d’ailleurs ce fait évident, lié à l’expérience, qui explique l’absence dans la théologie catholique de l’hypothèse que je soutiens. Boros s’est penché sur les moments qui suivent la séparation de l’âme et du corps parce que son bon sens ne lui permettait pas d’envisager autre chose. On a critiqué Boros pour le manque de fondements empiriques de sa thèse[199]. Nous ne voulons pas prêter le flanc aux même critiques aussi nous étudierons longuement les témoignages de ceux qui, ayant approché la mort à la suite d’un arrêt cardiaque, prétendent avoir vécu des événements à la fois sensibles et spirituels[200]. Nous montrerons la haute probabilité de vérité de ces témoignages, tant au plan d’une enquête policière puisque ce qui est vu dans le phénomène de décorporation qui suit l’arrêt du cœur peut être par la suite vérifié, qu’au plan psychiatrique et spirituel à cause de la haute valeur des effets provoqués par la rencontre de l’être de lumière.

 

Le propos de ce chapitre n’est pas de traiter de manière philosophique de la possibilité d’admettre d’un état de conscience à l’heure de la mort. Nous traiterons ultérieurement cette question, de manière critique, en analysant l’Expérience de Mort Approchée[201]. S’il nous était absolument nécessaire, pour étayer préalablement notre hypothèse, d’établir philosophiquement l’existence d’une conscience à l’heure de la mort, notre recherche ne serait plus d’ordre théologique mais philosophique. Or, quand bien même il n’existerait aucune base expérimentale venant confirmer notre approche démonstrative théologique, il nous semble que sa conclusion n’en serait pas moins certaine.

 

Cependant, afin de rendre plus concret ce que nous allons développer par la suite, il convient de rappeler brièvement quelques faits d’ordre expérimentaux : L’étude de la mort fait partie intégrante du Traité des fins dernières. Nous prions le lecteur de se référer à la troisième partie où figure le plan d’un tel traité tel que nous le structurerions sous une forme scolastique[202]. Mais elle est aussi objet d’étude scientifique et philosophique.

Au plan médical, la mort est définie comme un état organique irréversible de destruction du cerveau.

Au plan philosophique, selon saint Thomas d’Aquin, la mort est la séparation de l’âme et du corps. Elle est un devenir réel impliquant un avant et un après, comme tout mouvement[203]. Au point de départ, nous avons un homme vivant, corps et âme ; Au terme, nous voyons un corps sans vie et nous savons que l’âme subsiste, séparée du corps. Mais, le premier de ces deux termes (départ), il est nécessaire d’admettre qu’il possède une certaine durée. La science elle-même en témoigne : l’arrêt du cœur marque une certaine étape, suivie de l’arrêt de l’activité électrique du cerveau. La réanimation est impossible après environ sept minutes de cet état par suite de destruction irrémédiable des neurones. Ce qui se voit au plan médical est analogue au plan philosophique (nous sous-entendons une philosophie Aristotélico-thomiste) : de même que sept à huit minutes ne sont pas la mort médicale réalisée puisque le réveil est possible, de même, rien ne prouve que l’âme quitte le corps aussitôt après le caractère irrémédiable du coma.

Arrivés à l’aspect théologique de notre recherche, contentons-nous d’ouvrir une piste qui relève davantage du domaine de la philosophie : comment peut-il être possible qu’une activité sensible et spirituelle subsiste dans un coma profond ? Il s’agit d’une question médicale et philosophique. Nous renvoyons pour cela aux excellentes recherches du Docteur E. KUEBLER-ROSS : Les derniers instants de la vie[204].

 

Les études du Docteur Moody et d’E. Kuebler-Ross sont formelles sur ce point : L’état de coma biologique n’empêche en rien mais semble favoriser plutôt un exercice paisible, surdéveloppé jusqu’à l’apparition de phénomènes paranormaux de télépathie, de la vie sensible et spirituelle.

Or l’existence d’activité spirituelle et psychique à l’heure de la mort (sensations, mémoire sensible, imagination, cogitative) prouve que l’esprit reste lié au corps. En effet, le psychisme est le siège d’activités impliquant un organe matériel[205]. C’est donc que la mort, la séparation de l’âme et du corps, n’est pas réalisée. Ainsi, dans l’hypothèse où l’expérience décrite par les témoins correspond à une prédication de la Bonne Nouvelle, elle est réalisée avant la mort. Au plan théologique, cette remarque présente l’avantage de ne pas entrer en contradiction avec la définition du Pape Benoît XII. L’expérience et la foi ne semblent donc pas entrer en contradiction. Ceci est important en théologie puisque la source de notre certitude en cette discipline ne vient pas seulement des fondements empiriques mais surtout de l’autorité de Dieu qui se révèle pour notre salut.

 

 

Conclusion :

 

 

 

La science et l’expérience de ceux qui ont approché la mort manifeste avec de plus en plus de certitude l’existence d’une activité spirituelle et psychique au cœur du coma dépassé qui précède la mort. Il n’y a donc pas d’impossibilité à notree hypothèse.

 


B/ Hypothèse théologique : la certitude absolue de l’existence d’une prédication de l’Évangile à l’heure de la mort

 

Faut-il parler de simple hypothèse ou d’hypothèse très sûre pour ce premier point ? Il semble que nous le pouvons parler d’une certaine certitude. Nous ne nous appuyons pas pour le dire sur le signe empirique que nous venons d’évoquer mais sur un argument de théologie : en effet, la certitude de la foi en l’amour de Dieu et la confiance dans le Magistère solennel de l’Église qui enseigne, en s’appuyant sur l’Écriture Sainte que Dieu propose son salut à tout homme durant sa vie terrestre, nous permet de conclure qu’il le fait nécessairement au dernier moment de cette vie, de sa propre initiative, même s’il a pu le faire avant par son Église.

La nécessité de ce que nous établissons est, nous semble-t-il, absolue. Et c’est justement quand une conclusion a pu être établie sans qu’aucun doute soit possible qu’on peut la qualifier de scientifique. Cependant, la relation de nécessité ici utilisée est d’une nature spéciale qui mérite d’être définie. En effet, c’est sur la qualité de cette nécessité que nous nous appuyons pour parler d’approche démonstrative théologique. Aristote distingue dans sa métaphysique quatre « Kat auto », quatre relations de nécessité dans le monde :

1- Une nécessité de substance : il s’agit de la relation de nécessité la plus profonde puisqu’elle se fonde sur l’être même des réalités. De par sa substance, par exemple, l’homme est nécessairement doté d’une âme spirituelle.

2- Une nécessité de propriété : elle concerne des effets secondaires et pourtant nécessaires de l’être Exemple : de par sa nature, il est nécessaire que l’homme soit capable de rire.

3- Une nécessité de quiddité : il s’agit d’une relation de nécessité entre les concepts et leur définition. Elle se situe donc dans la pensée et peut, comme on le voit en mathématique, être indépendante du réel. Exemple : la notion d’être contient nécessairement en elle toutes les autres notions.

4- Enfin, une nécessité de finalité : elle concerne l’action et sa finalité. Certains moyens peuvent être nécessaire en vue de l’accès à une fin. Ainsi, il est nécessaire à l’homme d’en aimer un autre que lui-même pour être heureux.

 

La nécessité d’une prédication de l’Évangile à l’heure de la mort relève de la finalité qui est l’entrée en possession de la grâce et de la gloire. De plus, nous pouvons aller jusqu’à dire que cette prédication, liée à la finalité du projet éternel de Dieu sur les hommes est absolue (donc constitue sans doute davantage qu’une hypothèse.) En effet, il existe deux manières dont un moyen est nécessaire pour obtenir une fin :

 

- Une nécessité absolue (Par exemple, il est nécessaire d’avoir un moyen de transport adapté pour traverser un océan.) De même, il est absolument nécessaire, compte tenu de l’amour de Dieu, de sa volonté de conduire tout homme qui le veut à la gloire et de la nature de cette gloire, que l’Évangile soit prêché à l’heure de la mort.

 

- Une nécessité relative (Par exemple, il est nécessaire d’avoir un paquebot pour traverser l’océan.) Cette deuxième forme de la nécessité ne porte pas sur l’action elle-même dans sa recherche de la fin mais sur l’efficacité de l’action. Le paquebot n’est nécessaire de manière absolue qu’en tant qu’il est un bateau et évite la noyade. Mais sa qualité de paquebot permet d’atteindre le but fixé avec une plus grande efficacité et facilité. Elle est donc nécessaire de manière relative. Ce type de nécessité relative ne concerne pas ce paragraphe mais d’une certaine manière, comme nous le verrons, le suivant. En effet, la manière dont la prédication de l’Évangile est faite, si elle nécessite une efficacité absolue (car la connaissance et l’adhésion à l’Évangile n’est pas un plus relatif mais une nécessité vitale sans laquelle, nous l’avons vu, nul ne peut aimer de charité), implique-t-elle nécessairement l’intervention directe du Christ Jésus ou simplement de l’un de ses amis (ange ou saint)[206] ?

Ce que nous avons dit jusqu’ici de la nécessité absolue, en vue du salut éternel, d’une prédication de l’Évangile pour les païens à l’heure de la mort, peut nous conduire plus loin : cette même nécessité de l’ordre de la finalité nous oblige à étendre cette révélation ultime aux chrétiens eux-mêmes. En effet, la prédication de l’Évangile telle que nous la recevons sur terre par l’intermédiaire d’instruments humains ou sacramentaux n’est jamais adéquate à l’intensité de l’amour révélé. Si déjà, sans faute de leur part, de nombreux juifs qui virent Jésus prêcher puis mourir sur la croix ne comprirent rien du motif spirituel de ces événements, que dire des générations de chrétiens qui n’entendirent parler de lui que par la prédication d’apôtres plus ou moins purifiés. Qui peut prétendre avoir compris en plénitude l’intensité du contenu de l’Évangile ? Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus dit, dans ses Derniers Entretiens, qu’elle ne sera pas surprise en voyant le Ciel. Il n’est pas seulement probable, il est certain qu’elle se trompait : « L’esprit humain n’a pas conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment »[207]. Elle reçut donc nécessairement, à l’heure de sa mort, et en vue de son entrée au Ciel, la révélation plénière de ce qu’elle connaissait déjà. La même relation de nécessité nous oblige à étendre la certitude de cette révélation à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux : parce que Dieu ne donne la vision de son essence infinie qu’à ceux qui l’aiment de charité et parce que cette charité implique un choix libre fondé sur la foi, avant la mort, Dieu s’est nécessairement révélé à tout homme d’une manière ou d’une autre. Au cours de notre troisième partie, nous aborderons uns à uns les cas généraux des hommes qui vécurent avant la Rédemption, des enfants morts sans baptême, des païens. Nous verrons que la nécessité de l’amour de Dieu permet de conclure que tous les hommes, sans AUCUNE exception (L’Antéchrist lui-même s’il devait être un homme), reçoivent la révélation de l’Évangile à l’heure de la mort. Chacun peut alors décider en toute liberté de son destin éternel, tout en étant dans l’état de perfection naturelle à l’homme pour sa connaissance et ses choix : l’état de vivant, âme unie à son corps.

 

 

 

 

La logique de la foi catholique nous oblige à admettre avec certitude qu’une forme de prédication de l’Évangile a lieu dans les derniers instants de la vie terrestre.

 

 


C/ Une prédication réalisée par le Christ

 

Cette prédication doit-elle nécessairement être réalisée par le Christ et par personne d’autre ? Se pourrait-il qu’il soit absent physiquement et qu’il délègue cette prédication à un de ses amis, un ange, un saint ? Pour répondre à ce problème, il convient de se poser deux questions :

1) Qui est le Sauveur ? Pourquoi est-ce le Christ qui est appelé rédempteur et personne d’autre ?

2) Les amis de Dieu peuvent-ils être des co-rédempteurs[208] ? A cause de leur union avec le Christ, ont-ils le pouvoir de coopérer avec Lui au point d’être des canaux communiquant la grâce de Dieu ? Leur apparition glorieuse à l’heure de la mort, aurait-elle le pouvoir de révéler au mourant la plénitude de l’Evangile, au point de rendre possible un choix pour l’éternité ?

Ces questions ne sont pas secondaires. De leur réponse sortira telle ou telle conception de l’Eglise, de la communion des saints. Pour un protestant fidèle, de telles interrogations sont hors de propos. Elles constituent un outrage à la majesté du Christ, vrai Dieu et vrai homme, seul rédempteur à l’exclusion des hommes dont la liberté est détruite du fait du péché originel. Mais pour un catholique s’ouvre une des plus incroyables conséquences du mystère de la charité : les amis de Dieu coopèrent à la diffusion de la grâce.

 

1) Qui est le Sauveur ? Pourquoi est-ce le Christ qui est appelé rédempteur et personne d’autre ?

Le Rédempteur ne pouvait être, selon saint Thomas d’Aquin[209], que le Christ lui-même, à savoir le Verbe de Dieu fait homme, parce qu’il est… Dieu et homme. Au début du traité du Verbe incarné, traitant des convenances de l’Incarnation, il établit que, compte tenu du péché originel, il fallait nécessairement que nous soyons sauvés par le Christ qui est, selon saint Paul, l’unique médiateur entre Dieu et les hommes[210]. Mais est-ce le Christ parce qu’il est homme ou parce qu’il est Dieu ?

 

Saint Thomas d’Aquin montre que si on entend le Christ selon qu’il est Dieu, cette nécessité est absolue, sans autre voie possible puisque c’est Dieu le Verbe et lui seul qui crée la grâce et la gloire conjointement au Père et au Saint Esprit. Les théologiens orthodoxes expriment ce fait d’une autre façon : le Christ Dieu est source nécessaire de la grâce parce qu’il est la Grâce et la Gloire. Ainsi, la révélation de l’heure de la mort, comme celles qui peuvent venir avant, ont nécessairement comme origine l’initiative de Dieu, le Christ Sauveur.

 

Cependant, si on regarde le Christ en tant qu’il est homme, il convient selon saint Thomas d’Aquin de parler autrement : en se faisant homme et en mourant sur la croix, le Verbe a opéré une œuvre de Rédemption dont il est impossible de penser une plus grande : « il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour celui qu’on aime »[211]. Cependant, la nécessité de cette œuvre par rapport à sa finalité qu’est le salut de l’homme est d’une autre nature : elle est de l’ordre non de la nécessité absolue mais de la nécessité gratuite d’un amour qui aurait pu se révéler par toutes sortes d’autres moyens imaginables. Elle est le moyen le plus efficace et le mieux adapté au salut de l’homme par la charité. Cependant, elle n’est pas le seul moyen imaginable. La vie de Jésus eût pu être toute autre ; La prédication évangélique eût pu être communiquée par une autre méthode que le cri de la croix. Ainsi, lorsque l’alliance se brise dans un couple humain, il est de nécessité absolue si l’on veut qu’elle se rétablisse, que les époux se pardonnent mutuellement et s’aiment de nouveau ; mais il n’est pas nécessaire que la réconciliation soit obtenue par un sacrifice total de l’époux fidèle, à travers une mort d’amour. Cet acte est le plus grand possible mais il n’est pas la seule façon de prouver son amour.

 

2) L’apparition glorieuse des amis de Dieu à l’heure de la mort, aurait-elle le pouvoir de révéler au mourant la plénitude de l’Evangile, au point de rendre possible un choix pour l’éternité ?

 

En conséquence, nous pouvons répondre à la question posée en début de ce paragraphe de la manière suivante : il est nécessaire que ce soit la personne du Christ, selon qu’il est homme qui réalise la prédication ultime de l’Évangile à l’heure de la mort parce qu’il est par son être et par sa vie l’Image la plus parfaite de Dieu, image non faite de main d’homme. Mais son rôle d’image n’épuise pas l’infini de la révélation trinitaire : comment une créature (et tel est Jésus en tant qu’homme) pourrait-elle épuiser la révélation du Créateur ? C’est pourquoi Jésus peut laisser sur la terre à des prédicateurs humains un véritable rôle sacerdotal : des hommes et avant tout des saints peuvent devenir, conjointement avec lui, image de Dieu et révéler Dieu aux hommes. Il peut en être de même pour des anges ou pour toute créature image de Dieu par sa sainteté. On peut donc dire que Jésus en tant qu’il est Verbe Éternel est l’unique médiateur entre les hommes et le Père, et ce d’une manière absolue. En tant qu’homme, il est l’unique médiateur d’une médiation qui rend possible toute autre médiation humaine ou angélique qui lui est conjointe.

 

Ainsi, à l’heure de la mort, il est nécessaire que ce soit le Christ en personne qui prêche la Bonne Nouvelle au mourant, mais il est nécessaire que ce soit ainsi non d’une manière absolue. Par rapport à la finalité recherchée (la proposition du salut), tout saint, homme ou ange, étant devenu au Ciel « une seule chair »[212] avec Dieu peut être considéré comme une Image Parfaite, conjointement au Christ, de Dieu. Ainsi, tout l’Évangile est contenu tout entier dans l’apparition de la Vierge à Bernadette de Lourdes : cette enfant saisit dans le regard de Marie la plénitude du message chrétien car Marie est Christo-conforme. Si par impossible elle s’était détournée volontairement de Marie, elle n’aurait pu le faire qu’à la suite d’un blasphème contre le Saint Esprit, c’est-à-dire contre l’amour parfaitement révélé. Cette souplesse de l’amour qui se révèle est refusée par une grande partie du protestantisme. Elle est pourtant importante car elle nous permettra de comprendre comment le Ciel entier, hommes et anges, peut coopérer à la révélation de l’Évangile à la fin de la vie humaine (comme d’ailleurs durant cette vie à travers les multiples sacerdoces délégués par Dieu[213]). De même, elle nous permettra de comprendre comment un messager délégué par Dieu au nom du Christ non encore né (l’Ange de la mort des anciens) put prêcher l’Évangile à Abraham selon le témoignage de Jésus : « Abraham a vu mon jour et il s’en est réjoui »[214], et à tous les hommes d’avant le Christ. Elle nous permettra de montrer que le Christ ne vient pas seul à l’heure de la mort comme à la fin du monde mais accompagné des saints et des anges, dont le rôle n’est pas seulement figuratif. Nous verrons que l’amour chrétien est une communion des saints où chacun, uni à Dieu par la charité, devient de manière aussi réelle qu’efficace coopérateur en royauté, sacerdoce et prédication, tout cela en vue de la Rédemption des hommes.[215]

 

 

 

CONCLUSION

 

 

Le Christ, parce qu’il est l’Évangile fait homme, prêche lui-même la Bonne Nouvelle à tout homme à l’heure de sa mort (avant la mort réalisée.) Il peut être accompagné (ou représenté pour les hommes qui vécurent avant sa résurrection) par les saints et les anges.

 


D/ La parousie glorieuse du Christ réalise cette prédication de l’Évangile

 

 

Nous avons montré à quel point la thèse de L. Boros sur l’après de la mort présentait d’inconvénients graves pour la foi et le réalisme philosophique. L’unité substantielle et naturelle de l’homme âme et corps, parfait selon cette nature quoique imparfait à cause des blessures de la faute originelle, s’en trouvait remise en cause. Or nous avons montré aussi que l’état d’une âme séparée, semblable à celui des anges, est pourtant imparfait relativement à ce qu’est l’esprit humain. L’homme est une créature spirituelle faite pour son corps et capable de choisir d’une manière libre sans que la médiation de ce corps nuise à cette liberté. Dieu qui a créé cette nature mixte le sait bien et, dans sa volonté de sauver tous les hommes, connaît les moyens ultimes qu’il convient d’employer au terme de la vie pour qu’un choix parfait et définitif soit réalisé. Nous verrons au paragraphe suivant certaines conditions nécessaires dans le sujet qui choisit. Penchons nous maintenant sur les conditions objectives de la révélation qui doivent précéder ce choix.

 

Puisque le message doit être présenté à l’homme selon qu’il lui est naturel de connaître, c’est-à-dire à travers des « espèces » sensibles dont l’intellect agent abstrait le contenu spirituel, il convient que le mode de la révélation soit sensible en vue du spirituel. Une révélation purement spirituelle comme une compréhension directe de l’âme spirituelle du Christ est, quoiqu’on puisse en penser, moins parfaite pour l’homme compte tenu de ce qu’il est. Cette révélation, en ne touchant que son esprit, est à la fois moins comprise et moins engageante : moins comprise car, à la différence des anges qui connaissent par nature ainsi, elle acquiert pour l’homme un caractère abstrait, plaqué comme de l’extérieur de sa vitalité ; Moins engageante car elle ne touche qu’une partie de son être, même si cette partie est la plus noble. Or l’homme, dans toutes ses opérations d’homme, est fait pour s’engager corps et âme.[216]

 

Quelle peut être la façon la plus parfaite de révéler la plénitude de l’Évangile à un homme ? Nous avons affirmé au paragraphe précédent que le Christ est l’Évangile incarné. « Qui m’a vu a vu le Père »[217], dit-il lui-même à l’un de ses apôtres. L’Évangile n’est pas une doctrine seulement mais une personne que la doctrine ne doit pas cacher. Cependant, la vue du Christ peut présenter des modes différents :

1- Mode biologique durant sa vie terrestre ;

2- Mode mystique à travers le cœur à cœur de l’oraison ;

3- Mode sacramentel à travers sa présence réelle dans l’eucharistie ;

4- Mode de représentation et de symbole à travers une icône de sa présence, qu’elle soit une peinture ou une personne sainte qui reflète quelque chose de son visage ;

5- Mode glorieux enfin.

Il convient que la présence finale du Christ contienne ce qui est bon dans tous ces modes de présence, afin que celui qui le rejette puisse le faire en toute connaissance de cause et afin que celui qui l’épouse le fasse en toute vérité. Ce qu’est le Christ, à savoir l’Évangile, doit apparaître en plénitude à la connaissance humaine. Le Christ est à la fois beauté extérieure dans son visage et souffrance inhumaine dans sa passion ; il est Dieu et il est homme ; il est amour humain pour sa mère et ses amis et charité surnaturelle pour tous ; il est justice contre les péchés et miséricorde pour les pécheurs...On peut multiplier à l’infini les qualités de son être Image de Dieu. En un mot, le Christ est Lumière et Amour. Pour manifester une telle plénitude sans erreur possible, sa vie terrestre n’a pas suffi comme on le voit pour ceux qui, sans mauvaise volonté, ne discernèrent en lui qu’un homme, parfois même un faux prophète. De même, sa présence eucharistique, bien qu’adaptée à ceux qui ont la foi, est trop cachée sous les symboles sacramentels pour parler aux autres. Il en est de même pour la présence mystique qui ne peut être atteinte qu’au terme d’un cheminement spirituel dont la délicatesse de l’amour n’est réservée qu’aux petits. Il en est certainement autre chose dans la présence de Jésus lorsqu’elle est manifestée par le visage et la rencontre d’un saint. Mais la sainteté, même transfigurante comme celle d’un saint François d’Assise, est du même ordre que la présence de Jésus durant sa vie terrestre : elle ne touche pas l’homme mal disposé car elle est alors interprétée selon les intentions de celui qui juge de l’extérieur. L’homme voit ce qu’il veut voir et transforme le monde à l’image de son cœur.

 

Reste donc la présence de gloire : la gloire n’est autre que la magnificence de la beauté. La présence de gloire de Jésus que l’humanité attend pour la fin du monde n’est autre que la manifestation instantanée et magnifique de TOUTE sa beauté-Image de Dieu. Cette apparition est en premier lieu sensible : les hommes verront le Christ avec leurs yeux de chair car il se manifestera avec son corps. Cependant, l’une des propriétés majeures d’un corps glorieux est d’être lumineux[218], c’est-à-dire qu’il laisse transparaître sans aucune résistance à travers sa beauté le fond tout entier de l’âme. Balthasar exprimerait ainsi cette propriété des corps glorieux : par le rayonnement de la beauté qui est selon lui un des transcendantaux de l’être, la bonté et la vérité sont manifestées en plénitude, sans aucun obstacle. Ainsi, le contenu de la révélation d’un corps glorieux est adéquat, autant que le peut une image parfaite, à la profondeur spirituelle du mystère. Concrètement, en voyant le corps glorieux du Christ, l’homme saisit en un seul regard intuitif sa vie et sa mort, son Évangile et son Amour, son être et sa mission. Certes, le vertige de cette vision n’est pas celui de la vision béatifique mais il est la représentation la plus parfaite de la nature divine, suffisante à un choix éternel. Comme par clair-obscur, cette vision sensible est capable de révéler à l’homme sa vie personnelle et la qualité de sa mort de pécheur, sa vérité et son amour limités, son être et sa mission si peu réalisés.

 

Comme pour le paragraphe précédent, il nous faut remarquer que la vision sensible du plus petit des saints du Royaume de Dieu est capable de produire ce même effet[219]. En effet, la vision de Dieu transfigure l’âme et, par l’âme le corps au point que l’image de Dieu se trouve parfaitement réalisée. Après la résurrection, chacun d’entre les hommes sauvés sera image de Dieu jusqu’en ses péchés passés et pardonnés qui brilleront physiquement la miséricorde du Tout-Puissant. Ainsi, l’apparition du corps glorieux du Christ réalisera pour l’homme la prédication ultime de l’Évangile au terme de notre vie, sans pourtant effacer la coopération des saints et des anges qui seront rendus visibles d’une gloire physique pour cette occasion (voir en conclusion, traité de la mort.) La gloire du Christ n’efface rien de celle de ses amis, de même que, selon Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, la beauté de Marie ne fera que mettre en valeur celle de ses enfants.

Ce qui paraît si évident pour la fin du monde, à savoir le mystère du retour glorieux du Christ accompagné des saints et des anges, ne l’est pas moins pour l’heure de la mort de chacun. Compte tenu de la finalité recherchée, à savoir une prédication ultime et parfaite de l’évangile pour le salut, il n’est nul besoin de faire autre chose que d’appliquer pour cette heure ce que l’Église a toujours cru pour la fin du monde.

 

 

CONCLUSION

 

 

Il convient que la prédication de l’Évangile qui intervient d’une manière ultime à la fin de la vie terrestre soit réalisée par la venue glorieuse du Christ accompagné des saints et des anges.

 

 

 

Remarque : nous ne prétendons pas identifier le mystère de la parousie tel qu’il est annoncé dans les évangiles à ce que nous décrivons ici sur l’heure de la mort. Nous reconnaissons qu’à la fin du monde, le Christ se manifestera à tous les hommes d’un seul coup. Cependant, ce que nous décrivons ici nous semble être le même mystère en tant qu’il se réalise peu à peu au cours des siècles à l’heure de chacun. Nous allons donc dans le sens du document de la congrégation pour la foi, mai 1979 : « L’Église, conformément à l’Écriture, attend la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ »[220], considérée cependant comme distincte et différée par rapport à la situation qui est celle des hommes immédiatement après leur mort. »

 


E/ Les conditions subjectives de cette parousie

 

 

On a souvent reproché à la thèse de Ladislas Boros [221]le fait qu’elle ne laisse plus de place au rôle de la vie terrestre. Selon lui, les choix posés durant cette vie sont trop entachés des conditionnements extérieurs de la psychologie ou de l’entourage pour être capable d’engager le destin éternel. A l’inverse, on reproche à une grande partie du Thomisme rigide de croire exagérément en la capacité de ces choix à déterminer à eux seuls réprobation éternelle ou entrée dans la vision béatifique. Il nous semble que la vérité se trouve dans un équilibre entre ces deux positions. Nul ne peut nier le rôle de la vie terrestre, ni par le point de vue de la foi ni par celui de l’expérience : elle façonne notre être et notre personnalité présente est le fruit d’une interférence entre quantité de conditionnements non choisis tel que le milieu où nous sommes nés, l’éducation reçue, les événements qui se sont imposés à nous ; Ces conditionnements sont reçus dans une liberté plus ou moins développée, plus ou moins construite et qui peut à la limite être inexistante (handicap profond) ou surdéveloppée (chez ceux qui sont à la fois lucides sur eux-mêmes et maîtres de ce qui dépend d’eux dans leur vie.) La plupart des hommes se dirigent à travers une liberté médiane, naviguant au rythme des conditionnements, avec d’étonnants sursauts d’héroïsme choisi ou de lâcheté subie, la réciproque étant tout aussi vraie. Bref, notre personnalité est le fruit de notre passé et notre personnalité est nous-mêmes. C’est elle qui doit à la fin de notre vie se diriger librement vers le salut, si elle ne l’a déjà fait au cours de sa vie. Il est donc évident que Dieu n’efface pas d’un geste ce passé mais au contraire le propose à la conscience de chaque homme à ce moment ultime, avec cependant une lecture miséricordieuse quoique vraie, tel qu’il convient à sa Révélation. Ainsi, notre vie terrestre et ses conditionnements limités sont l’humus d’où jaillit l’acte ultime de notre vie, celui par lequel, dans la logique de ce que nous sommes vraiment, nous choisissons pour l’éternité. A la différence de Boros, nous pensons que l’option finale et libre est à situer dans la logique profonde de notre vie terrestre. Nous entendons par logique profonde autre chose que cette apparence de logique qui fait qu’un homme jugera perdu celui qu’il discerne de l’extérieur comme un grand pécheur. La profondeur de l’être humain est au delà de ces apparences, et celui qui s’est comporté durement dans ce monde peut avoir des raisons profondes d’excuse que lui-même ignore mais que Dieu saura mettre en pleine lumière dans la parousie de son Fils.

A la différence de la scolastique, nous maintenons la nécessité d’une option finale, à condition toutefois que cette option ait lieu durant la vie terrestre, avec une liberté parfaite fondée sur la lucidité de l’intelligence et la parfaite maîtrise de la volonté.

 

 

Nous avons déjà étudié les conditions subjectives quant à l’intelligence, celle-ci devant s’exercer avec la perfection de son mode humain lié aux sens, dans la révélation sensible du Christ glorieux.

La volonté, quant à elle, doit pouvoir se porter sans violence vers ce qui lui paraît être son bien ultime, que ce soit l’amour de Dieu ou l’amour égoïste de soi (dont les avantages, nous le verrons en troisième partie, sont présents au choix de l’homme.) Les conditions de la liberté quant à la volonté ont été largement étudiées par les philosophes. Nous ne ferons donc que les citer : Absence de violence extérieure, de passion intérieure excessive, qu’elle soit une jouissance trop forte ou une crainte. Mais surtout, à la racine de cela, il existe ce que saint Thomas d’Aquin appelle en théologien « le foyer de la concupiscence »[222]. Selon lui, ce foyer qui explique que nous faisons parfois ce que nous ne voudrions pas[223], est un désir déréglé de la concupiscence. Il est un état de fait de l’appétit sensitif, conséquemment au péché originel. Il n’est pas naturel car ce qui est naturel chez l’homme, c’est que la passion soit régie par la raison. Chez Adam ou Ève, avant leur péché, la volonté demeurait soumise à Dieu au point d’en rejaillir sur les facultés inférieures dans une grâce de pacification au point qu’elle ne se tournait vers un bien qu’avec le consentement de la raison. Il leur était donc impossible de pécher par faiblesse et leur désobéissance n’eut pas de circonstances atténuantes.

 

Pour saint Thomas d’Aquin, ce foyer est à considérer comme une peine voulue par Dieu après le péché ayant pour finalité l’humilité des hommes : confrontés à la faiblesse de leur nature esclave de ses mauvais penchants, les hommes sont sensés ne pas s’illusionner longtemps sur leur capacité à se passer d’un Sauveur[224]. Cette inclination est donc voulue par Dieu compte tenu de sa volonté de sauver tous les hommes. En effet, par elle, l’homme est humilié de sa propre situation et, par ce fait, disposé à l’humilité.

 

Cependant, le foyer du péché n’est utile que dans la période préparatoire au choix définitif qui oriente le destin éternel. En effet, s’il est bon avant en diminuant la liberté et en révélant l’homme à lui-même, il devient mauvais au moment du choix puisqu’il est capable de diminuer la liberté de ce choix. Il est donc nécessaire que l’homme en soit délivré à cette heure. Nous l’affirmons au plan d’un raisonnement théologique et nous montrerons la correspondance expérimentale étonnante chez ceux qui ont connu une expérience de mort approchée : tous reconnaissent avoir vécu ce moment dans une paix psychologique jusqu’ici inconnue.

Comment est possible une telle libération à l’heure de la mort ? Par la grâce de la venue de Jésus-Christ dont la présence puissante provoque les mêmes effets de pacification que ceux connus par Adam et Ève avant la faute originelle : toute présence de Dieu conduit à cela, mais lorsque cette présence est intense, elle peut arriver à calmer totalement la sensibilité qui se soumet alors à la volonté. Il s’agit de ces grâces « préternaturelles »alliant une origine divine et une source naturelle.

 

CONCLUSION

 

 

 

 

A la fin de la vie terrestre, Dieu délivre l’homme du foyer de péché de telle façon qu’il puisse choisir librement sa fin dernière compte tenu de ce qu’il s’est fait durant sa vie.

 

 

 

 

I-4- CONCLUSION

 

 

Au delà de la méthode rationnelle utilisée ici, il peut être utile de s’arrêter un instant pour un regard plus contemplatif. Les conclusions auxquelles nous aboutissons sont établies selon un raisonnement utilisant la logique.

 

Cependant, la nécessité qui les fonde est celle d’une finalité, finalité établie par Dieu souverainement dans un amour. Cette finalité est simple puisqu’elle consiste à communiquer sa béatitude à ceux qui l’aiment. Tout le reste est de l’ordre du moyen et Dieu adapte ses moyens à la nature humaine de manière à ce que tout soit tenté pour sauver tout homme. Puisque les conditions d’entrée dans la vision d’un Dieu humble et amour sont l’humilité et l’amour, Dieu apprend aux hommes à être humble et à aimer.

 

Dieu commence par les créer ; Il leur impose un difficile temps de vie terrestre, marqué par la souffrance ; Il se fait homme pour ne pas leur cacher plus longtemps ce qu’ils avaient oublié ; Il se cache de nouveau pour leur apprendre à espérer ; Enfin, il se présente à eux à l’heure de la mort, dans toute la beauté de son amour, de telle manière que ceux qui le refusent soient l’exception. Comment refuser l’amour d’un tel Dieu quand on vient de l’épreuve de la terre, quand on a appris dans son sang que l’homme est peu de chose et que l’amour seul est digne de foi ?

 

Si un homme se comporte ainsi, c’est que l’orgueil et l’amour de soi sont en lui plus forts que la mort.

 

 

 

Catéchisme de l’Eglise Catholique 634 : la venue du Christ pour tous les homes de tous les temps

" La Bonne Nouvelle a été également annoncée aux morts... " (1 P 4, 6). La descente aux enfers est l’accomplissement, jusqu’à la plénitude, de l’annonce évangélique du salut. Elle est la phase ultime de la mission messianique de Jésus, phase condensée dans le temps mais immensément vaste dans sa signification réelle d’extension de l’œuvre rédemptrice à tous les hommes de tous les temps et de tous les lieux, car tous ceux qui sont sauvés ont été rendus participants de la Rédemption.


 

DEUXIÈME PARTIE — SIGNES A L’APPUI DE CETTE HYPOTHESE

 

1- Fondements scripturaires

 

2- Sources chez les saints et les théologiens catholiques

 

3- Sources dans les autres religions

 

4- Fondements empiriques

 

II-1- FONDEMENTS SCRIPTURAIRES

 

Lorsqu’on cherche, on trouve. Lorsqu’on a en tête l’idée d’un retour du Christ dans sa gloire non seulement à la fin du monde comme la Tradition l’a toujours explicitement lu dans l’Ecriture, mais aussi à l’heure de la mort, on repère de nombreux textes où ces deux évènements paraissent identifiés en un seul. Et pourtant, on ressort de cette étude avec une interrogation : pourquoi les grands théologiens du passé n’ont-ils pas vu cela ?

La réponse tient en une phrase : cette venue du Christ est annoncée de manière si grandiose, qu’on a tendance à la voir, « comme l'éclair, en effet, part du levant et brille jusqu'au couchant, « (Matthieu 24, 27), comme un évènement nécessairement cosmique, donc collectif. Pourtant, à de nombreuses reprises, la parousie glorieuse est vécue de manière individuelle.

Mais les textes parlent d’eux-mêmes :

 

II-1-1- L’annonce de la venue du Christ dans sa gloire — Mt 26, 63

 

 

Matthieu 26, 63 Mais Jésus se taisait. Le Grand Prêtre lui dit : « Je t'adjure par le Dieu Vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu" -- "Tu l'as dit, lui dit Jésus. D'ailleurs je vous le déclare : dorénavant, vous verrez le Fils de l'homme siégeant à droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel."

Alors le Grand Prêtre déchira ses vêtements en disant : « Il a blasphémé! qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Là, vous venez d'entendre le blasphème!

 

 

II-1-2- La conversion de Paul, une N.D.E. ?

 

Il s’agit d’un récit mystérieux et fort. Paul n’a pas approché la mort, pourtant ce qu’on raconte de lui ressemble à une Near Death Experience. Aurait-il vécu ici-bas, en vue de sa mission d’apôtre, ce que vivront tous les hommes à l’heure de la mort[225] ?

« Saul, ne respirant toujours que menaces et carnage à l'égard des disciples du Seigneur, alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il y trouvait quelques adeptes de la Voie, hommes ou femmes, il les amenât enchaînés à Jérusalem. Il faisait route et approchait de Damas, quand soudain une lumière venue du ciel l'enveloppa de sa clarté. Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : « Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu" -- "Qui es-tu, Seigneur ? » Demanda-t-il. Et lui : « Je suis Jésus que tu persécutes. Mais relève-toi, entre dans la ville, et l'on te dira ce que tu dois faire." Ses compagnons de route s'étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient bien la voix, mais sans voir personne. Saul se releva de terre, mais, quoiqu'il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. On le conduisit par la main pour le faire entrer à Damas. Trois jours durant, il resta sans voir, ne mangeant et ne buvant rien. »

Paul lui-même confirme et commente sa conversion dans la deuxième épître aux Corinthiens[226] : « J'en viendrai aux visions et révélations du Seigneur. Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans - était-ce en son corps ? Je ne sais ; était-ce hors de son corps ? Je ne sais ; Dieu le sait - cet homme-là fut ravi jusqu'au troisième ciel. Et cet homme-là - était-ce en son corps ? Etait-ce sans son corps ? Je ne sais, Dieu le sait --, je sais qu'il fut ravi jusqu'au paradis et qu'il entendit des paroles ineffables, qu'il n'est pas permis à un homme de redire. Pour cet homme-là je me glorifierai ; mais pour moi, je ne me glorifierai que de mes faiblesses. Oh! si je voulais me glorifier, je ne serais pas insensé ; je dirais la vérité. Mais je m'abstiens, de peur qu'on ne se fasse de moi une idée supérieure à ce qu'on voit en moi ou ce qu'on m'entend dire. Et pour que l'excellence même de ces révélations ne m'enorgueillisse pas, il m'a été mis une écharde en la chair, un ange de Satan chargé de me souffleter - pour que je ne m'enorgueillisse pas! A ce sujet, par trois fois, j'ai prié le Seigneur pour qu'il s'éloigne de moi. Mais il m'a déclaré : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse." C'est donc de grand coeur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que repose sur moi la puissance du Christ. »

Paul répète par deux fois la mention « - était-ce en son corps ? Je ne sais ; était-ce hors de son corps (c'est-à-dire mort au sens philosophique, âme séparée du corps) ? » Il semble indiquer son trouble devant la nature de son expérience. Son état physique lui paraît mystérieux. On ne peut manquer de faire le rapport, à titre de piste, avec cette mystérieuse expérience de décorporation dont parlent beaucoup de témoins de l’approche de la mort.

 

Et voilà pourquoi saint Paul, qui voit le Christ et qui monte jusqu'au troisième Ciel, ne finasse pas quand il dit :

 

 

Citation:

 

2 Corinthiens 12, 2 Je connais un homme dans le Christ qui, voici quatorze ans - était-ce en son corps? Je ne sais ; était-ce hors de son corps ? Je ne sais ; Dieu le sait - cet homme-là fut ravi jusqu'au troisième ciel. Et cet homme-là - était-ce en son corps? Etait-ce sans son corps (c'est-à-dire mort au sens philosophique, âme séparée du corps)? Je ne sais, Dieu le sait --, je sais

 

 

 

II-1-3- Le genre littéraire apocalyptique 2 Théssaloniciens 1, 6

 

Il n’existe aucun texte de l’Écriture Sainte qui enseigne au sens littéral le mystère de la parousie en l’appliquant à l’heure de la mort exclusivement. C’est pourquoi il faut reconnaître que la voie scripturaire ne peut constituer une preuve de notre hypothèse mais un signe de sa crédibilité.

 

Tous les exégètes depuis saint Césaire d’Arles dans son Commentaire de l’Apocalypse[227] reconnaissent que les discours eschatologiques mêlent des mystères divers. En général, on reconnaît à ces textes[228] une valeur d’annonce de la ruine du temple de Jérusalem, de la fin du monde, de la fin des sociétés humaines passagères et de la mort individuelle de chacun de nous. Ces diverses significations ne sont pas sans rapport, la première étant le symbole des autres. La difficulté des textes consiste dans le fait qu’ils passent très souvent, sans avertissement, selon leur littéralité d’une signification à une autre.

 

Dans le langage de Dieu, biblique, de type eschatologique, « Vengeance" veut dure "épreuve (temporelle)" en vue du salut (éternel).

 

Exemple ce texte :

Citation :

2 Théssaloniciens 1, 6 Car ce sera bien l'effet de la justice de Dieu de rendre la tribulation à ceux qui vous l'infligent, et à vous, qui la subissez, le repos avec nous, quand le Seigneur Jésus se révélera du haut du ciel, avec les anges de sa puissance, au milieu d'une flamme brûlante, et qu'il tirera vengeance de ceux qui ne connaissent pas Dieu et de ceux qui n'obéissent pas à l'Evangile de notre Seigneur Jésus.

Ceux-là seront châtiés d'une perte éternelle, éloignés de la face du Seigneur et de la gloire de sa force, quand il viendra pour être glorifié dans ses saints et admiré en tous ceux qui auront cru - et vous, vous avez cru notre témoignage. Ainsi en sera-t-il en ce jour-là.

 

 

Ce signifie :

 

Quand Jésus va apparaître à l'heure de notre mort, ce qui est saint en nous se précipitera vers lui, mais ce qui est méchant fuira, effrayé, détruit. Car sa vengeance, ce ne sera pas sa colère, mais son amour puissant, humble, compréhensif.

 

Ceux qui ne connaissent pas Dieu signifient deux choses :

La partie qui en nous refuse Dieu

Ceux qui librement se damneront et fuiront avec grande colère cette révélation insupportable de l'amour glorifié.

 

Bref, ces textes de style apocalyptique se décryptent à la lumière de l'ÉVANGILE. Ils n'ont pas leur sens en eux-mêmes.

 

 

II-1-4- Mathieu 24, 39-40

 

Pour le sujet qui nous occupe, nous voudrions citer quelques uns de ces textes dont nous manifesterons la possibilité d’une interprétation dans le sens de la mort individuelle :

 

« Comme aux jours de Noé, ainsi sera la parousie du fils de l’homme. Alors, deux hommes seront dans un champ : l’un sera pris, l’autre laissé ; Deux femmes seront en train de moudre, l’une sera prise, l’autre laissée. »

 

Habituellement, les exégètes commentent ce texte en insistant sur l’aspect inattendu de la parousie. Ils y voient l’annonce d’une parousie inopinée à l’image de la mort qui surprend l’agriculteur dans son champ. A cet égard, le meilleur commentaire est, me semble-t-il, celui de Daniel Marguerat[229]. » Cette impressionnante accumulation de matériel parabolique tend à exploiter l’Apocalypse dans un sens précis : La communauté est invitée à saisir le sérieux de la situation engendrée par l’incertitude de l’heure de la parousie. Le savoir sue l’ignorance de l’heure doit conduire les destinataires du discours à un faire : la vigilance. » Nous ne nions pas la portée de cette intention de Jésus. Elle apparaît trop clairement à travers le reste du discours eschatologique. Cependant, l’insistance concernant cette intention des textes ne peut supprimer un autre de leur enseignement, tiré du sens littéral de l’Ecriture : des logia de Jésus annonçaient la parousie pour l’époque de la génération contemporaine du Christ. » Cette génération ne passera pas que tout cela ne soit accompli. » De fait, la génération contemporaine du Christ croyait fermement vivre cette parousie avant la mort des onze apôtres. Saint Paul en témoigne par sa mise en garde contre ceux qui ne font plus rien dans ce monde qui leur paraît vain car voué à sa fin de manière imminente. La génération suivante, ayant constaté que la parousie n’était pas venue, fut conduite à interpréter les textes autrement et dans le sens exclusif rapporté par Daniel Marguerat. Notre hypothèse permet de donner une autre interprétation de ces textes qui ne refoule pas dans la métaphore le sens littéral et historique qu’ils semblent contenir :

Ce texte est précieux puisqu’il unit en deux versets l’expression « parousie du Fils de l’homme », et la description d’une scène de travail décrivant la mort individuelle d’un des deux travailleurs. La parousie du Fils de l’homme n’est autre que son Avènement final, celui que Mathieu décrit en termes apocalyptiques dès le début du chapitre 24. Or, à lire le texte, on est tenté (et la majorité des exégètes le sont) de n’insister que sur la signification politique, visible aux yeux des nations toutes entières, de ces faits. Tout se passe en terme de ruine de temple (1-3), massacres et persécutions religieuses (4-25), cataclysmes cosmiques (29-31), apparition glorieuse du Fils comme l’éclair qui va de l’orient à l’occident (26-28.) Nous ne refusons pas cette interprétation traditionnelle[230], la plus évidente à la lecture des textes. Cependant, nous pensons qu’elle en cache bien d’autres dont celle sur laquelle nous voudrions insister. S’il s’agissait ici uniquement de la fin du monde, de la parousie finale qui fera cesser le monde d’ici-bas, le Christ aurait-il parlé d’un homme laissé dans son champ à travailler ou d’une femme laissée à moudre ? On ne peut d’ailleurs objecter à notre interprétation une autre, à savoir que cet homme et cette femme ne sont pas « laissés »sur terre mais « abandonnés »parce que ne méritant pas la Vie éternelle. L’expression « laissé »est en effet à opposer à « pris »qui signifie un enlèvement en plein travail réalisé sur l’un des deux travailleurs par l’Avènement du Seigneur. Ainsi, comme ces textes se réfèrent à des événements visibles au quotidien des hommes, nous pensons qu’ils se réfèrent à la mort individuelle, brutale et dangereuse pour celui qui n’a pas veillé[231].

 

II-1-5- Mathieu 24, 29-31

 

 

En nous référant à cette clef d’interprétation, les autres textes de ce chapitre de saint Mathieu prennent une autre lumière : « Aussitôt après les tribulations de ces jours-ci, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors apparaîtra le signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec grande puissance et grande gloire. Et il enverra ses anges avec une trompette sonore pour rassembler les élus des quatre vents, des extrémités des cieux à leurs extrémités. »

Cet autre texte a toujours reçu une explication concernant la fin du monde. Cependant, son genre littéraire apocalyptique ne fait pas de doute et nous autorise à en diversifier les interprétations. L’auteur d’un tel texte n’a d’ailleurs pas d’autre intention. Sous le même symbole, il entend signifier des réalités multiples. Ainsi, appliqué à l’heure de la mort, ce texte prend une lumière particulière. Procédons à la manière de saint Césaire d’Arles, c’est-à-dire en relisant le texte point par point : Les tribulations de ces jours-ci signifient la vie terrestre et ses épreuves qui constituent un purgatoire préparatoire à la rencontre ; le soleil qui s’obscurcit signifie le moment qui précède la fin de la vie où l’homme découvre à travers des épreuves physiques et psychologiques que la vie est passagère et le monde insensé lorsqu’il est recherché pour lui-même ; la lune qui ne donne plus sa lumière peut symboliser les moments de l’agonie où les créatures qui reflétaient la lumière du soleil, c’est-à-dire donnaient sens à la vie d’ici-bas perdent leur utilité ; les étoiles qui tombent du ciel annoncent que ce qui donnait à l’homme la direction dans sa vie devient vain ; le signe du fils de l’homme est l’heure de la mort elle-même. En effet, la croix ou encore le signe de Jonas est le signe de la limite des fils d’homme mortels. C’est l’épreuve ultime et substantielle où chacun expérimente sa pauvreté, comme le Christ lui-même à son heure. Chacun se frappe la poitrine à cette heure ultime, ceux qui sont adonnés à la terre car ils perdent ce qui donnait sens à leur vie, ceux qui servaient le Seigneur car ils discernent ne pas avoir correspondu à leur vocation. Enfin, la venue du Fils de l’homme signifie son apparition qui suit l’arrêt du cœur et précède la mort ; il vient accompagné des anges qui coopèrent avec les saints au salut du mourant. Cette interprétation, nous le verrons en conclusion, ne supprime en rien celle qui annonce le retour du Christ à la fin du monde ; elle respecte aussi celle qui lit la description de la fin des sociétés, des projets humains. Elle ne fait qu’ajouter une pierre aux sens multiples de la Parole de Dieu.

 

II-1-6- Mathieu 24, 34-35

 

« En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela ne soit arrivé. Le ciel et la terre passeront mais mes paroles ne passeront pas. »

Ce troisième texte et d’autres analogues semble annoncer la fin du monde et la parousie générale en en fixant la date à la génération de ceux qui ont connu Jésus. Il fut d’ailleurs à ce point interprété comme cela que saint Paul dut tenir un discours très ferme dans le sens du démenti[232]. Devant la ruine du temple de Jérusalem assaillis par les armées romaines, cette peur de la fin du monde se fit certitude. Pourtant, dès les années apostoliques, saint Pierre signale la venue de « railleurs pleins de raillerie, guidés par leurs passions qui disent : où est la promesse de son avènement ? Depuis que les pères sont morts, tout demeure comme au début de la création » [233]. Cette remarque des railleurs est d’actualité. Pourtant la parole de Jésus semble aussi nette que possible : « Cette génération ne passera pas... » S’est-il trompé ?

Notre hypothèse permet d’ouvrir la voie à une interprétation nouvelle : il existe une parousie au cours de l’histoire qui marque chaque génération tout aussi réellement que la parousie définitive qui fera s’arrêter le cycle des générations. En effet, moins de cent ans après que Jésus a prononcé ses paroles prophétiques, toute la génération qui les avait entendues avait réellement et historiquement connu la parousie. Cela ne s’était pas réalisé d’un seul coup mais par la somme des parousies individuelles à la mort de chacun. Ainsi, la génération entière des hommes de l’époque de Jésus s’est trouvé face à sa gloire très peu de temps après sa promesse. Ceux qui restaient sur terre n’ayant, quant à eux, encore rien vu venir, pouvaient se permettre de railler mais bien à tort... De même, notre interprétation permet de comprendre des saints comme Vincent Ferrier qui annoncèrent sur ordre du Seigneur, avec force signes et miracles prouvant leurs dires, le retour du Christ pour leur génération. Canonisé sous le vocable d’ »ange de l’Apocalypse », ce dominicain mort en 1419 n’a pas menti. C’est ce dont pourrait témoigner sa génération, tout entière jugée et fixée à l’heure qu’il est sur son destin éternel. Somme toute, chaque homme peut recevoir pour lui cette parole de Jésus, sachant avec certitude que peu d’années le séparent de sa mort et de la Manifestation glorieuse du Christ. Quant à la fin définitive du monde, elle reste une réalité annoncée littéralement par l’Écriture, du même ordre, avec cependant une solennité particulière.

 

Nous pourrions citer aussi de nombreux textes de l’Apocalypse. Ils se prêtent à une interprétation dans ce sens mais ne constituent pas un apport essentiel : « Interprétation symbolique ne constitue qu’un signe modéré de la vérité d’une hypothèse, selon saint Thomas d’Aquin[234]

 

II-1-7- Luc 17, 21-37 — La où se trouvera le cadavre, là se réuniront les aigles

 

 

Une remarque de J. Bescond, un traducteur de la Bible, montre que en Luc 17, 21, il vaut mieux traduire "parmi" par "au dedans". Cela change la donne si l'on veut prendre les deux acceptations du terme grec (Royaume de Dieu et Parousie, un public et un intérieur, un visible et un invisible).

 

Ceci illustre de manière cachée la thèse de la Parousie du Christ à l'âme à l'article de la mort, qui devient scripturaire.

Martin 1744 / S. Luc chapitre 17 a écrit:

Et on ne dira point : voici, il est ici; ou voilà, il est là; car voici, le Règne de Dieu est au-dedans de vous.

 

Il dit aussi à ses Disciples : les jours viendront que vous désirerez de voir un des jours du Fils de l'homme, mais vous ne [le] verrez point.

 

Et l'on vous dira : voici, il est ici; ou voilà, il est là; [mais] n'y allez point, et ne les suivez point.

 

Car comme l'éclair brille de l'un des côtés de dessous le ciel, et reluit jusques à l'autre qui est sous le ciel, tel sera aussi le Fils de l'homme en son jour.

 

(...)

 

Et eux répondant lui dirent : où [sera-ce] Seigneur? et il leur dit : en quelque lieu que sera le corps [mort], là aussi s'assembleront les aigles.

 

 

ou encore :

« Où sera le cadavre, là se rassembleront les vautours. »

 

On conclut avec un défunt, et ses démons.

 

II-1-8- Jean 6, 35-40 — Celui qui voit le Fils et croit en lui est sauvé

 

Par ailleurs ce verset biblique : « Or, la volonté de celui qui m'a envoyé, c'est que je ne perde aucun de ceux qu'il m'a donnés, mais que je les ressuscite tous au dernier jour. Car la volonté de mon Père, c'est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour» (Jean 6,35-40).

Car cette parole de Notre Seigneur est très claire. On peut certes voir le Christ à travers ses Saints qui lui sont comme transparents, mais cette parole semble plus précise encore.

 

II-1-9- Jean 14, 2 — L’annonce de son retour par le Christ, dès la fin du séjour terrestre

 

« Jean 14, 2 je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez. »

 

Partout dans l'Ecriture, cette annonce est donnée, pour ceux qui on appris à chercher.

 

 

II-1-10- Actes 1, 6-11 — L’ascension du Christ

 

« Etant donc réunis, ils l'interrogeaient ainsi : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël ? » Il leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. Mais vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre." A ces mots, sous leurs regards, il s'éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu'il s'en allait, voici que deux hommes vêtus de blanc se trouvèrent à leurs côtés ; ils leur dirent : Hommes" de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra comme cela, de la même manière dont vous l'avez vu s'en aller vers le ciel."

 

Deux point sont à relever dans ce récit :

L’ascension fut un phénomène visible, au sens « sensible » du terme. Elle se passe « sous leurs regards. » Une nuée dérobe Jésus à leur yeux.

Mais l’ascension fut un phénomène visible, au sens « spirituel » du terme. Les disciples vivent un phénomène extatique qui les laisse comme fixés, un long moment, les yeux tournés vers le ciel. Deux hommes vétus de blanc (des anges) sont comme contraints de les tirer de leur extase.

Les anges annoncent que ce phénomène est le modèle de la façon dont se produira le retours du Christ. On peut en conclure que le retours du Christ, que le Credo définit ainsi : « Il reviendra dans sa gloire accompagné des saints et des anges pour juger les vivants et les morts. » sera un phénomène à la fois sensible et porteur de sens spirituel. On ne peut manquer d’y voir une certaine concordance avec les récits des témoins de Near Death Experience. Et, surtout, ce mode de connaissance est parfaitement humain, adapté au mode habituel que décrit saint Thomas : sensible en vue du spirituel.

Le retours du Christ est toujours présenté comme un évènement inédit, de type céleste, et non comme une descente de type purement charnel (Matthieu 24, 26) : « Si donc on vous dit : Le voici au désert, n'y allez pas ; Le voici dans les retraites, n'en croyez rien. Comme l'éclair, en effet, part du levant et brille jusqu'au couchant, ainsi en sera-t-il de l'avènement du Fils de l'homme. »

 

 

II-1-11- Actes 7, 54-59 — La mort d’Etienne

 

La mort du Diacre Etienne, racontée un peu plus loin dans le livre des Actes semble décrire ce retour du Christ lorsqu’il s’applique à la fin d’un individu et son caractère à la fois sensible et spirituel.

« A ces mots, leurs coeurs frémissaient de rage, et ils grinçaient des dents contre Etienne. Tout rempli de l'Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. "Ah! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu." Jetant alors de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et, comme un seul homme, se précipitèrent sur lui, le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul. Et tandis qu'on le lapidait, Etienne faisait cette invocation : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit." Puis il fléchit les genoux et dit, dans un grand cri : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché." Et en disant cela, il s'endormit. »

 

La vision d’Etienne, il faut le remarquer, se passe avant sa mort et non « dans son agonie », ce qui est attesté par plusieurs témoins de Near Death Experience pour qui l’ordre des évènements est variable. Pour la décrire, Etienne utilise des termes semblables à ceux de l’ascension : « il voit les cieux ouvert. »

 

II-I-12- Actes 20, 9-12 — La résurrection d’un enfant mort

Cette petite citation présente dans les Actes des apôtres ou St Paul préche longuement, pourrait être un signe scripturaire interessant de la mort comme « durée » [235]:

 

« Un adolescent, du nom d'Eutyque, qui était assis sur le bord de la fenêtre, se laissa gagner par un profond sommeil, pendant que Paul discourait toujours. Entraîné par le sommeil, il tomba du troisième étage en bas. On le releva mort. Paul descendit, se pencha sur lui, le prit dans ses bras et dit: « Ne vous agitez donc pas: son âme est en lui." Puis il remonta, rompit le pain et mangea; longtemps encore il parla, jusqu'au point du jour. C'est alors qu'il partit. Quant au jeune garçon, on le ramena vivant, et ce ne fut pas une petite consolation. »

Il est mort et son âme est en lui. Quelle conséquence en tirer sinon que la mort a une durée ?

 

II-1-13- 1 Pierre 1, 5

 

Citons pour terminer un magnifique et peu connu texte de saint Pierre[236] : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a engendrés de nouveau par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance, pour un héritage exempt de corruption, de souillure, de flétrissure, et qui vous est réservé dans les Cieux, à vous que, par la foi, la puissance de Dieu garde pour le salut prêt à se MANIFESTER AU DERNIER MOMENT. »

 

D’autres textes étonnant de cette épître ont récemment conduit des théologies Protestante et Orthodoxe à poser que tous les païens sont évangélisés dans les limbes après leur mort et que leur est donné la possibilité de conversion et de salut. D’après le « DICTIONARY OF Dogmatic Theology, Parente & Al, Milwaukee, 1951, pp. 164-165 », cette opinion est, du point de vue critique, intenable (insoutenable). Mon avis :  Cela ne se passe pas APRES la mort. C'est impossible, affirme la constitution Benedictus Deus. Cela se passe à l'heure de la mort, dans le passage du shéol entre ce monde et l'autre. Et c'est obligatoire, sous peine de damner des millions de gens à cause d'une ignorance non coupable.

« 1 Pierre 3, 18 Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, juste pour des injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l'esprit.