Saint Thomas d’Aquin

Docteur de l'Eglise

 

Commentaire des météorologiques d’Aristote

© Livres 1, 2 et 3, Copyright et traduction par Barbara Ferré, 2020

 

Edition numérique http://docteurangelique.free.fr 2020

Les œuvres complètes de saint Thomas d'Aquin

Livre 1 ─ [Les phénomènes célestes] 3

Chapitre 1 ─ [Objet du livre des météorologiques] 3

Chapitre 2 – [Recherche sur les principes des transformations célestes] 8

Chapitre 3 – [Etude de ces principes] 11

Chapitre 4 – [Rapport du feu et de l’air au premier corps] 17

Chapitre 5 – [La condensation des nuages] 23

Chapitre 6 – [Les corps célestes, comètes et galaxies] 28

Chapitre 7 – [Les étoiles filantes] 32

Chapitre 8 – [Les phénomènes célestes lumineux] 35

Chapitre 9 – [Les comètes et la voie lactée] 38

Chapitre 10 – [La théorie des astres] 41

Chapitre 11 – [Aristote et sa théorie des comètes] 45

Chapitre 12 – [La Voie lactée] 51

Chapitre 13 – [Aristote et sa théorie de la voie lactée] 56

Chapitre 14 – [Les nuages et l’humidité] 60

Chapitre 15 – [La grêle] 68

Chapitre 16 – [Les sources et les fleuves] 76

Chapitre 17 – [La durée des fleuves] 82

Livre 2 ─ [Les phénomènes météorologiques terrestres] 88

Chapitre 1 – [Plan – L’origine des mers] 88

Chapitre 2 – [Pourquoi la mer est-elle salée ?] 94

Chapitre 3 – [L’origine des fleuves] 100

Chapitre 4 – [La mer a-t-elle toujours existé ?] 104

Chapitre 5 – [Hypothèses sur l’origine du sel de la mer] 107

Chapitre 6 – [La cause du sel dans la mer] 111

Chapitre 7 – [La cause et les effets des vents] 119

Chapitre 8 – [Le mouvement des vents] 126

Chapitre 9 – [L’augmentation et la diminution des vents] 128

Chapitre 10 – [Les vents (suite)] 133

Chapitre 13 – [par un commentateur inconnu] 140

Chapitre 14 – [ ] 144

Chapitre 15 – [ ] 154

Chapitre 16 – Commentateur inconnu [ ] 158

Chapitre 17 – [ ] 162

Livre 3 ─ Commentateur inconnu [ ] 165

Chapitre 1 – [ ] 165

Chapitre 2 – [ ] 169

Chapitre 3 – [ ] 174

Chapitre 4 – [ ] 179

Chapitre 5 – [ ] 184

Chapitre 6 – [ ] 190

Chapitre 7 – [ ] 207

Chapitre 8 – [ ] 209

Chapitre 9 – [ ] 213

Livre 4 ─ Commentateur inconnu [ ] 217

Chapitre 1 – [ ] 217

Chapitre 2 – [ ] 220

Chapitre 3 – [ ] 224

Chapitre 4 – [ ] 226

Chapitre 5 – [ ] 228

Chapitre 6 – [ ] 230

Chapitre 7 – [ ] 232

Chapitre 8 – [ ] 235

Chapitre 9 – [ ] 237

Chapitre 10 – [ ] 243

Chapitre 11 – [ ] 245

Chapitre 12 – [ ] 248

Chapitre 13 – [ ] 253

Chapitre 14 – [ ] 257

Chapitre 15 – [ ] 260

Chapitre 16 – [ ] 262

 

 

 

Textum Leoninum Romae 1886 editum
ac automato translatum a Roberto Busa SJ in taenias magneticas
denuo recognovit Enrique Alarcón atque instruxit

Traduction par Barbara Ferré, 2012.

 

 

Liber 1

Livre 1 ─ [Les phénomènes célestes]

 

 

Caput 1

Chapitre 1 ─ [Objet du livre des météorologiques]

 [80063] Super Meteora, lib. 1 cap. 1 n. 1 Sicut in rebus naturalibus nihil est perfectum dum est in potentia, sed solum tunc simpliciter perfectum est, quando est in ultimo actu; quando vero medio modo se habens fuerit inter puram potentiam et purum actum, tunc est quidem secundum quid perfectum, non tamen simpliciter; sic et circa scientiam accidit. Scientia autem quae habetur de re tantum in universali, non est scientia completa secundum ultimum actum, sed est medio modo se habens inter puram potentiam et ultimum actum. Nam aliquis sciens aliquid in universali, scit quidem aliquid eorum actu quae sunt in propria ratione eius: alia vero sciens in universali non scit actu, sed solum in potentia. Puta, qui cognoscit hominem solum secundum quod est animal, solum scit sic partem definitionis hominis in actu, scilicet genus eius: differentias autem constitutivas speciei nondum scit actu, sed potentia tantum. Unde manifestum est quod complementum scientiae requirit quod non sistatur in communibus, sed procedatur usque ad species: individua enim non cadunt sub consideratione artis; non enim eorum est intellectus, sed sensus.

1. De même que, parmi les choses naturelles, aucune n’est parfaite tant qu’elle est en puissance, mais qu’elle est alors seulement parfaite de façon absolue lorsqu’elle est dans son acte ultime ; et que, quand elle se trouve, dans un mode intermédiaire, entre pure puissance et pur acte, elle est alors parfaite de façon relative, et non cependant de façon absolue ; il en est de même pour la science. La science qui porte sur la chose seulement de façon universelle n’est pas une science complète selon l’acte ultime, mais se trouve, dans un mode intermédiaire, entre pure puissance et pur acte. Car quelqu’un qui sait une chose de façon universelle sait une chose parmi celles qui sont en acte dans sa propre raison ; mais celui qui sait d’autres choses de façon universelle ne sait pas en acte, mais seulement en puissance. Par exemple, celui qui connaît l’homme en tant qu’il est un animal sait seulement une partie de la définition de l’homme en acte, à savoir son genre ; il ne sait pas encore en acte les différences constitutives de son espèce, mais seulement en acte. De fait, il est manifeste que compléter la science demande de ne pas s’arrêter aux choses communes, mais de progresser jusqu’aux espèces ; en effet, les individus ne tombent pas sous la considération de l’art ; car d’eux il n’est de compréhension non par l’intellect, mais par les sens.

[80064] Super Meteora, lib. 1 cap. 1 n. 2 Quia igitur Aristoteles in libro de generatione determinavit de transmutationibus elementorum in communi, necessarium fuit ad complementum scientiae naturalis, determinare de speciebus transmutationum quae accidunt circa elementa: et de his determinat in hoc libro, qui intitulatur Meteorologicorum.

Est igitur intentio eius in hoc libro determinare de transmutationibus quae accidunt circa elementa, secundum singulas species. Et ad manifestandam suam intentionem, praemittit prooemium.

In quo tria facit: primo enim enumerat ea de quibus tractatum est in libris scientiae naturalis praecedentibus hunc librum; secundo manifestat de quibus in hoc libro sit agendum, ibi: reliqua autem pars huius etc.; tertio ostendit de quibus in sequentibus libris restat agendum, ibi: pertranseuntes autem de his et cetera.

2. Donc puisqu’Aristote a déterminé, dans le livre sur La Génération, sur les changements des éléments en commun, il était nécessaire, pour compléter la science naturelle, de déterminer sur les espèces de changement qui arrivent aux éléments ; et il détermine sur cela dans ce livre, qui est intitulé Météorologiques.

Son intention est donc de déterminer dans ce livre sur les changements qui surviennent aux éléments, selon chacune de leurs espèces. Et, pour montrer quelle est son intention, il présente une introduction.

Dans cette dernière, il fait trois choses : premièrement, il énumère ce qui a été traité dans les livres de science naturelle précédant ce livre-ci ; deuxièmement, il montre ce dont il doit être question dans ce livre, là : il reste à examiner, etc. ; troisièmement, il montre ce dont il reste à traiter dans les livres suivants, là : Après avoir passé cela en revue, etc.

[80065] Super Meteora, lib. 1 cap. 1 n. 3 Praecedunt autem hunc librum, secundum ordinem, in scientia naturali tres libri. Unde tria facit. Primo ponit de quo sit actum in libro physicorum. In quo quidem, quantum ad duos primos libros eius, agitur de causis naturae: et hoc tangit, concludens ex determinatione praecedentium librorum, cum dicit: de primis quidem igitur causis naturae; ut intelligantur primae causae naturae prima principia, quae sunt materia, forma et privatio, et etiam quatuor genera causarum, scilicet materia, forma, agens et finis, in sequentibus autem libris physicorum agitur de motu in generali: et hoc est quod subdit: et de omni motu naturali.

Secundus scientiae naturalis liber est liber de caelo et mundo. In cuius prima parte, scilicet in duobus eius primis libris, agitur de caelo et stellis, quae moventur motu circulari: et quantum ad hoc dicit: adhuc autem de secundum superiorem lationem perornatis astris; perornatis, idest valde ornate dispositis, secundum superiorem lationem, idest secundum motum circularem, quo moventur omnia corpora caelestia. In secunda autem parte huius libri, scilicet tertio et quarto libro, determinat de numero elementorum et de motu locali eorum: et quantum ad hoc dicit: et de elementis corporalibus, quot et quae sint. Dicit autem elementa corporalia, ad differentiam primorum principiorum, scilicet materiae et formae, quae non sunt corpora, sed corporum elementa seu principia: ignis autem et aqua et terra corpora sunt, et sunt aliorum corporum elementa.

Tertius liber scientiae naturalis est liber de generatione: in quo determinat de permutatione elementorum in invicem, in secundo libro, et de generatione et corruptione in communi in primo libro. Et hoc tangit consequenter, cum dicit: et de ea quae invicem et cetera.

3. Trois livres précèdent ce livre-ci en science naturelle, selon l’ordre. De ce fait, il fait trois choses. Premièrement, il pose ce dont il est question dans le livre de la Physique. Dans ce dernier, en ce qui concerne ses deux premiers livres, il est question des causes de la nature : et il aborde ce sujet, en tirant une conclusion à partir de ce qui a été déterminé dans les livres précédents, lorsqu’il dit : on a donc parlé auparavant des causes premières de la nature ; afin que l’on comprenne les premiers principes de la nature, qui sont la matière, la forme et la privation et aussi les quatre genres de cause, à savoir la matière, la forme, l’agent et la fin ; mais dans les livres suivants de la Physique, il est question du moteur en général : et c’est la raison pour laquelle il ajoute : et de tout mouvement naturel.

Le second livre de science naturelle est le livre Sur le ciel et le monde. Dans sa première partie, à savoir dans les deux premiers livres, il est question du ciel et des étoiles, qui se meuvent par un mouvement circulaire ; et c’est à propos de cela qu’il dit : mais encore des astres rehaussés selon la translation supérieure ; rehaussés, c’est-à-dire disposés de façon fort élégante, selon la translation supérieure, c’est-à-dire selon le mouvement circulaire selon lequel tous les corps célestes sont mus. Dans la deuxième partie de ce livre, à savoir dans les livres trois et quatre, il détermine sur le nombre des éléments et sur leur mouvement local ; et c’est à propos de cela qu’il dit : et des éléments corporels, combien ils sont et quels ils sont. Il parle d’éléments corporels, à la différence des premiers principes, à savoir la matière et la forme, qui ne sont pas des corps, mais les éléments ou les principes des corps : le feu, l’eau, la terre sont des corps, et les éléments des autres corps.

Le troisième livre de science naturelle est le livre sur La Génération : il y détermine sur le changement des éléments les uns en les autres, dans le second livre, et sur la génération et la corruption en commun, dans le premier livre. Et par conséquent il aborde ce sujet quand il dit : et du changement les uns en les autres.

[80066] Super Meteora, lib. 1 cap. 1 n. 4 Deinde cum dicit: reliqua autem pars huius etc., manifestat de quo sit in hoc agendum.

Et circa hoc duo facit: primo ponit nomen consuetum huius doctrinae; secundo enumerat ea quae in hac doctrina continentur.

Dicit ergo primo quod reliqua pars huius methodi, idest scientiae naturalis, quam prae manibus habemus, restat adhuc consideranda, quam omnes priores philosophi vocabant meteorologiam, a meteoron, quod est excelsum vel elevatum, et logos, quod est sermo vel ratio: considerantur enim in hac doctrina ea quae in excelsis generantur, sicut stellae cadentes, stellae cometae, pluviae, nives, et alia huiusmodi. Quamvis et alia quaedam considerentur quae fiunt in imo, sicut fulmina, terraemotus, et alia huiusmodi: sed quia ea quae fiunt in alto, sunt mirabiliora et magis desiderata, ideo ab eis tota doctrina nomen accepit.

4. Ensuite, quand il dit : il reste à examiner encore la partie, etc., il montre ce dont il est question dans ce livre-ci.

Et concernant cela il fait trois choses : premièrement, il donne le nom habituel de cette discipline ; deuxièmement, il énumère ce qui y est contenu.

Il dit donc premièrement que la partie restante de cette méthode, c’est-à-dire de la science naturelle, que nous avons devant nos mains, doit être encore examiné ; tous les philosophes qui nous ont devancés l’appelaient météorologie, de meteoron, ce qui est élevé ou en haut, et de logos, qui est le discours ou la raison : on étudie en effet, dans cette discipline, ce qui est engendré dans les cieux, comme les étoiles filantes, les comètes, la pluie, la neige et autres phénomènes de ce genre. Cependant, on y étudie aussi certains autres phénomènes qui se produisent tout en bas, comme les éclairs, les tremblements de terre, et autres ; mais puisque ceux qui se produisent en haut sont plus étonnants et plus attrayants, c’est d’eux que la discipline tout entière a reçu son nom.

[80067] Super Meteora, lib. 1 cap. 1 n. 5 Secundo ibi: haec autem sunt etc., enumerat ea de quibus in hac doctrina consideratur. Quae videntur in quatuor distingui. Quaedam enim sunt quae fiunt in loco supremo propinquo corpori caelesti: et haec primo tangit, cum dicit: haec autem sunt, scilicet de quibus adhuc restat considerandum, quaecumque accidunt quidem secundum naturam, sed inordinatam, et casualiter, ut quidam putabant. Natura tamen inordinatior non est natura illa quae est primi elementi corporum, idest corporis caelestis; quod dicitur elementum, quia est pars totius universi corporalis, licet non veniat in compositionem corporis mixti, sicut elementa. Est autem natura secundum quam haec accidunt, inordinatior natura caelestis corporis: quia ea quae sunt in caelesti corpore, semper similiter se habent, in huiusmodi autem transmutationibus inferiorum corporum, accidit multa varietas. Propter quam quidam crediderunt quod haec non a natura, sed a casu acciderent, non considerantes quod naturaliter fiunt non solum ea quae sunt semper, sed etiam quae sunt ut in pluribus. Haec, inquam, accidunt circa locum maxime propinquum lationi astrorum, idest astris circulariter motis. Et hoc ponit ad differentiam subsequentium. Et exemplificat, dicens: puta de lacte, idest de lacteo circulo qui Galaxia dicitur, et stellis quae cometae dicuntur, et phantasmatibus, idest apparitionibus, ignitis et motis, quae dicuntur stellae cadentes.

5. Deuxièmement, là : il s’agit de, etc., il énumère les choses qui sont étudiées dans cette discipline. Elles semblent être divisées en quatre. En effet, certaines sont celles qui se produisent dans le lieu le plus élevé, proche du corps céleste : et ce sont les choses qu’il aborde en premier quand il dit : il s’agit de, à savoir celles qu’il reste encore à étudier, tout ce qui arrive selon une nature, mais désordonnée, et par hasard, comme certains le pensaient. Pourtant, la nature désordonnée n’est pas la nature du premier élément des corps, c’est-à-dire du corps céleste ; ce dernier est appelé élément, parce qu’il est une partie de tout l’univers corporel, bien qu’il n’entre pas dans la composition du corps mixte, comme les éléments. La nature selon laquelle ces choses se produisent est plus désordonnée que la nature du corps céleste : puisque les choses qui se trouvent dans le corps céleste sont toujours de la même manière, tandis que, dans les transformations des corps inférieurs, il se produit beaucoup de variété. C’est en raison de cette variété que certains ont cru que ces choses ne se produisent pas par nature, mais par hasard, sans prendre en considération que se font naturellement non seulement les choses qui sont toujours, mais aussi celles qui sont la plupart du temps. Ces choses, dis-je, arrivent dans le lieu le plus proche de la translation des astres, c’est-à-dire des astres mus circulairement. Il avance cela pour établir une différence avec ce qui suit. Et il donne des exemples, en disant : par exemple au sujet de la Voie lactée, c’est-à-dire du cercle lacté appelé Galaxie, et au sujet des étoiles appelées comètes et des fantasmes, c’est-à-dire des apparitions, ignés et mobiles, appelées étoiles filantes.

[80068] Super Meteora, lib. 1 cap. 1 n. 6 Secundo cum dicit: et quaecumque ponemus etc., enumerat ea quae sub praedictis fiunt; scilicet quaecumque ponuntur esse passiones communes aeris et aquae, quia ex materia aquea in loco aeris generantur, vaporibus in aquam transmutatis.

6. Ensuite, quand il dit : et tout ce dont nous établirons, etc., il énumère ce qui entre dans les catégories précédentes, à savoir tout ce dont on établit que ce sont des accidents communs à l’air et à l’eau, puisqu’ils sont engendrés à partir d’une matière aqueuse dans la région de l’air, une fois que les vapeurs se sont changées en eau.

[80069] Super Meteora, lib. 1 cap. 1 n. 7 Tertio cum dicit: adhuc autem terrae etc., enumerat ea quae in infimo sunt. Et dicit: adhuc autem oportet dicere de his quae sunt partes terrae, puta oriens, occidens, Septentrio, meridies; et quae sunt species, puta quod quaedam terra est calida et arenosa, quaedam frigida et calcata; et passiones partium terrae, puta quod quaedam est sulphurea, quaedam lapidosa, vel aliquo modo dissoluta. Ex quibus terrae rationibus considerabimus omnes causas spirituum, idest ventorum, quorum differentia attenditur secundum diversitatem terrae. Similiter de terraemotibus, quorum etiam causae assignantur ex diversa specie terrae; et de omnibus quae fiunt secundum motus horum, idest ventorum et terraemotuum. In quibus non omnia perfecte et secundum certitudinem tradere possumus, sed quaedam sub dubitatione relinquemus, ad utramque partem rationem inducentes: in quibusdam vero veritatem attingemus aliquo modo.

7. Troisièmement quand il dit : et encore etc., il énumère ce qui se trouve tout en bas. Et il dit : il faut encore parler des parties de la terre, par exemple l’orient, l’occident, le nord, le sud, et des espèces, par exemple dire qu’une terre est chaude et sablonneuse, une autre est froide et compressée, et des accidents des parties de la terre, par exemple dire que l’une est sulfureuse, une autre pierreuse, ou désagrégée de quelque manière. À partir de quoi nous examinerons toutes les causes des souffles, c’est-à-dire des vents, dont les différences sont dues à la diversité de la terre. De même pour les tremblements de terre, dont les causes sont attribuées aux diverses espèces de la terre ; et pour tout ce qui se produit selon leurs mouvements, c’est-à-dire selon ceux des vents et des tremblements de terre. Sur ces sujets, nous ne pouvons pas tout enseigner à la perfection et avec certitude, mais nous laisserons certains points en suspens, en avançant une raison pour les deux parties : sur certains sujets nous atteindrons la vérité de quelque manière.

[80070] Super Meteora, lib. 1 cap. 1 n. 8 Quarto ibi: adhuc autem de fulminum casu etc., enumerat ea quae ex alto in infimum descendunt, ex ventis causata, dicens: adhuc autem dicemus de casu fulminum et typhonibus (qui dicuntur siphones), et incensionibus quae circa huiusmodi typhones accidunt, et aliis circularibus, quaecumque propter coagulationem accidunt passiones ipsorum corporum, scilicet elementorum. Dicit autem hoc, quia typhones ex materia compacta generantur cum quadam rotatione; et multa alia similia accidunt typhonibus, ex materia coagulatione compacta, cum quadam circulatione. Vel potest hoc referri ad iridem et halonem (idest circulum continentem solem et lunam et stellas), quae accidunt ex reverberatione radiorum ad aliquam materiam spissam.

8. Quatrièmement, là : et encore la chute des éclairs, il énumère les phénomènes qui descendent du haut vers le bas causés par les vents, en disant : nous parlerons encore de la chute des éclairs, des typhons (qui sont appelés siphons), des incendies qui se produisent aux environs des typhons de ce genre, et des autres phénomènes cycliques, ainsi que tous les accidents des corps qui se produisent en raison de la coagulation des corps eux-mêmes, c’est-à-dire des éléments. Il affirme cela parce que les typhons sont générés par la compression de la matière sous l’effet d’une rotation ; et bien d’autres phénomènes semblables aux typhons se produisent en raison de la coagulation et de la compression de la matière sous l’effet d’un mouvement circulaire. Ou bien cela peut faire référence à l’arc-en-ciel et au halo (c’est-à-dire le cercle qui contient le Soleil, la Lune et les étoiles), qui arrivent du fait de la réverbération des rayons sur quelque matière dense.

[80071] Super Meteora, lib. 1 cap. 1 n. 9 Deinde cum dicit: pertranseuntes autem de his etc., ponit de quo restat agendum in libris sequentibus. Et dicit quod postquam pertransiverimus de his quae dicta sunt, tunc speculabimur, secundum nostrum posse, modo inducto in libris praecedentibus, scilicet non tantum recitando opiniones aliorum sed etiam causas inquirendo, de animalibus et plantis, et in universali et secundum singulas species. Et tunc fere erit finis scientiae naturalis, quam a principio elegimus tradere. Dicit autem fere, quia non omnia naturalia ab homine cognosci possunt.

9. Ensuite, quand il dit : après avoir passé cela en revue, il pose ce qui reste à traiter dans les livres suivants. Et il dit que, après avoir passé en revue ce qui a été dit, nous examinerons les animaux et les plantes, de façon universelle et espèce par espèce, selon notre capacité, en suivant la méthode introduite dans les livres précédents, à savoir non seulement en citant les opinions des autres, mais aussi en recherchant les causes. Et ce sera alors pratiquement la fin de la science naturelle, que nous avons choisi d’enseigner depuis le commencement. Il dit pratiquement parce que toutes les choses naturelles ne peuvent être connues par l’homme.

 

 

Caput 2

Chapitre 2 – [Recherche sur les principes des transformations célestes]

[80072] Super Meteora, lib. 1 cap. 2 n. 1 Completo prooemio, in quo philosophus suam intentionem manifestavit, hic incipit procedere ad suum propositum ostendendum.

Et dividitur in duas partes: in prima resumit ea quae sunt necessaria ad cognoscendum principia transmutationum de quibus in hoc libro tractaturus est; in secunda incipit de eis tractare, ibi: resumentes igitur eas et cetera.

Circa primum duo facit: primo enumerat principia harum transmutationum, et differentiam eorum ad invicem; secundo ostendit quomodo se habeant ad invicem in causando, ibi: est autem ex necessitate continuus et cetera.

10. Après avoir terminé son introduction, où il a montré son intention, le philosophe commence ici à procéder à la démonstration de sa proposition.

Cette dernière se divise en deux parties : dans la première, il reprend ce qui est nécessaire pour connaître les principes des changements dont il va être question dans ce livre-ci ; dans la seconde, il commence à traiter de cela, à cet endroit : donc en reprenant, etc.

Concernant le premier point, il procède en deux étapes : premièrement, il énumère les principes de ces changements et leurs différences les uns avec les autres ; deuxièmement, il montre quelles sont leurs relations en tant que causes, là : il est, nécessairement, en continuité, etc.

[80073] Super Meteora, lib. 1 cap. 2 n. 2 Dicit ergo primo quod prius determinatum est, tam in libro de caelo quam in libro de generatione, quod inter alia principia corporalia quae sunt principia aliorum corporum, unum est principium illorum corporum ex quibus constituitur natura corporum circulariter motorum, scilicet sphaerarum et stellarum: hoc autem principium dicit ipsam quintam essentiam, ex quo omnia huiusmodi formantur. Alia vero principia corporum inferiorum sunt quatuor, propter primas tangibiles qualitates, quae sunt principia agendi et patiendi, scilicet calidum, frigidum, humidum et siccum, quarum sunt tantum quatuor possibiles combinationes: nam calidum et siccum est ignis, calidum et humidum est aer, frigidum et humidum aqua, frigidum et siccum terra; calidum vero et frigidum, vel humidum et siccum aliquid esse, impossibile est.

Horum autem quatuor corporum sunt duo motus: unus quidem qui est a medio mundi sursum, qui est motus levium, scilicet ignis et aeris; alius autem motus est ad medium, qui est motus gravium, scilicet terrae et aquae. Et sic est triplex motus corporum: scilicet ad medium, qui est gravium; a medio, qui est levium; et circa medium, qui est corporum caelestium, quae neque sunt gravia neque levia. Levium autem et gravium est quaedam differentia. Nam aliquid est leve simpliciter, scilicet ignis, qui supereminet omnibus; aliquid autem est grave simpliciter, scilicet terra, quae subsidet omnibus; alia vero duo sunt secundum quid gravia et levia: nam aer est levis respectu terrae et aquae, gravis vero respectu ignis; aqua autem est levis respectu terrae, gravis autem respectu ignis et aeris. Et ideo haec duo ad alia duo extrema proportionaliter se habent, ut scilicet sicut aer est propinquior igni, ita aqua est propinquior terrae. Sic igitur patet quod iste mundus qui est circa terram, constat ex quatuor corporibus: et huius mundi oportet nos in hoc libro passiones considerare, quae sunt transmutationes variae in elementis inventae.

11. Il rappelle donc premièrement ce qui a été déterminé aussi bien dans le livre Du ciel que dans le livre De la génération : parmi les autres principes corporels qui sont ceux des autres corps, il existe un unique principe pour les corps dont la nature des corps mus circulairement est constituée, à savoir les sphères et les étoiles : il appelle quintessence ce principe même, qui permet de former tous les corps de ce genre. Les autres principes des corps inférieurs sont au nombre de quatre, en raison de leurs premières qualités tangibles, qui sont les principes de l’action et de l’accident, c’est-à-dire le chaud, le froid, l’humide et le sec, dont quatre combinaisons seulement sont possibles : car chaud et sec est le feu, chaud et humide est l’air, froide et humide est l’eau, froide et sèche est la terre ; mais il est impossible que quelque chose soit chaud et froid, ou bien humide et sec.

Les mouvements de ces quatre corps sont au nombre de deux : l’un qui va du centre du monde vers le haut, celui des corps légers, à savoir le feu et l’air ; l’autre qui va vers le centre, celui des corps lourds, à savoir la terre et l’eau. Et ainsi le mouvement des corps est triple : c’est-à-dire vers le centre, celui des lourds, à partir du centre, celui des corps légers, et autour du centre, celui des corps célestes, qui ne sont ni lourds, ni légers. Il existe une différence chez les légers et les lourds. En effet, l’un est léger de façon absolue, à savoir le feu, qui s’élève au-dessus de tous ; l’autre est lourd de façon absolue, à savoir la terre, qui se place au-dessous de tout ; et les deux autres sont lourds et légers de façon relative : car l’air est léger par rapport à la terre et à l’eau, mais lourd par rapport au feu ; l’eau est légère par rapport à la terre, mais lourde par rapport au feu et à l’air. Et c’est pourquoi ces deux corps sont dans le même rapport avec les autres extrêmes, à savoir que, de même que l’air est plus proche du feu, de même l’eau est plus proche de la terre. Ainsi donc, il est évident que le monde qui entoure la terre est constitué de quatre corps ; et nous devons examiner dans ce livre les phénomènes de ce monde, qui sont les différents changements découverts dans les éléments.

[80074] Super Meteora, lib. 1 cap. 2 n. 3 Deinde cum dicit: est autem ex necessitate continuus etc., ostendit quomodo principia praedicta se habeant adinvicem in causando. Et dicit quod necessarium est quod iste mundus inferior consistat ex quatuor elementis, sic continuatis superioribus lationibus, idest corporibus circulariter motis: continuum autem hic accipit pro contiguo, ut scilicet nihil sit medium inter ea. Cuius quidem necessitatis ratio est, non solum quia impossibile est locum vacuum esse, unde corpora oportet corporibus contiguari: sed etiam propter finem, ut scilicet tota virtus inferioris mundi gubernetur a superioribus corporibus, quod non esset nisi se tangerent; oportet enim quod agens corporale tangat passum et motum ab ipso.

12. Ensuite, quand il dit : il est, nécessairement, en continuité, etc., il montre quelles relations les principes susdits entretiennent en tant que causes. Et il dit qu’il est nécessaire que le monde inférieur soit constitué des quatre éléments, qui sont en continuité avec les translations supérieures, c’est-à-dire les corps se mouvant circulairement : par continu il entend ici contigu, à savoir qu’il n’y a rien entre eux. Cette nécessité s’explique non seulement par le fait qu’il est impossible qu’il y ait un lieu vide, si bien que les corps doivent être contigus aux corps, mais aussi par la fin, à savoir que toute la puissance du monde inférieur est gouvernée par les corps supérieurs, ce qui ne pourrait être s’ils ne se touchaient pas ; car il faut que l’agent corporel touche le corps passif qui est mû par lui.

[80075] Super Meteora, lib. 1 cap. 2 n. 4 Quod autem inferior mundus regatur a superioribus corporibus et moveatur, probat duabus rationibus. Quarum prima talis est. Causa movens, unde scilicet est principium motus, necesse est quod sit prima causa. Et hoc intelligitur per respectum ad causam formalem et materialem: nam materia patitur ab agente, agens autem naturaliter est prius patiente; forma etiam est effectus moventis, qui educit materiam de potentia in actum. Sed finis est prior agente, quia movet agentem: non tamen semper est prior in esse, sed solum in intentione. Manifestum est autem corpus caeleste inter naturalia esse primam causam: quod eius incorruptibilitas et nobilitas demonstrat. Oportet igitur quod corpus caeleste, respectu horum corporum inferiorum, sit causa unde principium motus.

13. Il prouve par deux raisons que le monde inférieur est régi et mû par les corps supérieurs. La première est la suivante. La cause motrice, c’est-à-dire celle qui est à l’origine du principe du mouvement, est nécessairement la cause première. Et cela se comprend par rapport aux causes formelle et matérielle : car la matière subit en raison de l’agent, et l’agent est naturellement antérieur au patient ; la forme est aussi un effet de la cause motrice, qui tire la matière de la puissance vers l’acte. Mais la fin est antérieure à l’agent, puisqu’elle le meut ; cependant, elle n’est pas toujours antérieure en être, mais seulement en intention. Or, il est manifeste que le corps céleste est la première cause parmi les choses naturelles : son incorruptibilité et sa noblesse le démontrent. Il faut donc que le corps céleste, par rapport à ces corps inférieurs, soit la cause qui est à l’origine du principe de leur mouvement.

[80076] Super Meteora, lib. 1 cap. 2 n. 5 Secundam rationem ponit ibi: adhuc autem etc.: quae talis est. Motus caelestis corporis est perpetuus. Et hoc apparet ex ipsa dispositione loci: nam in linea recta est accipere finem in actu, scilicet extremum ipsius lineae, in circulo vero non est accipere finem: et ideo dicit quod motus circularis non habet finem secundum locum. Et ne aliquis crederet propter hoc, quod motus circularis esset imperfectus, sicut motus rectus antequam perveniat ad finem, subiungit quod motus circularis semper est in fine: quodlibet enim signum datum in circulo est principium et finis; et motus circularis in qualibet parte ita est perfectus, sicut motus rectus quando est in fine. Sic igitur apparet ex ipsa dispositione loci, quod motui caelesti competit perpetuitas.

Motus autem inferiorum corporum non possunt esse perpetui: quia inferiora corpora moventur motibus rectis, motus autem rectus non durat unus continuus nisi secundum mensuram magnitudinis rectae per quam transit; motus autem reflexus non est continuus, ut in VIII Physic. probatum est. Unde cum omnia corpora inferiora distent finitis locis abinvicem, et nullum eorum sit infinitum, ut probatum est in III Physic. et in I de caelo, necesse est quod motus eorum sint finiti, et non perpetui. Illud autem quod est perpetuum et semper, consequenter est motivum eorum quae non sunt semper. Unde elementa inferiora, scilicet ignem et terram et alia syngenea his, idest congenerabilia eis, scilicet aerem et aquam, et quae ex eis componuntur, oportet putare causas accidentium circa ipsum mundum inferiorem, ut in specie materiae, idest per modum causae materialis: quia hoc modo dicimus subiectum et patiens esse causam rerum.

Sed quod est causa dictorum ut unde principium motus, idest per modum causae moventis, causandum est, idest existimandum est esse causam, eam virtutem quae est semper motorum, idest corporum caelestium, quae semper moventur: quod enim semper movetur, comparatur ad id quod non semper movetur, sicut agens ad patiens.

14. Il avance ici la deuxième raison : en outre, etc. La voici. Le mouvement d’un corps céleste est éternel. Et cela apparaît à partir de la disposition de l’espace : car, sur une ligne droite, il est possible d’atteindre la fin en acte, à savoir l’extrémité de cette ligne, mais, sur une ligne circulaire, ce n’est pas possible ; et c’est pourquoi il dit que le mouvement circulaire n’a pas de fin dans l’espace. Et de peur que l’on en déduise que le mouvement circulaire est imparfait, comme le mouvement rectiligne avant qu’il ne parvienne à sa fin, il ajoute que le mouvement circulaire est toujours à sa fin : car n’importe quel point donné sur un cercle en est le début et la fin ; et le mouvement circulaire, à n’importe quelle partie, est parfait, tout comme le mouvement rectiligne quand il est à sa fin. Ainsi donc, il apparaît, d’après la disposition de l’espace, que l’éternité convient au mouvement céleste.

Or, les mouvements des corps inférieurs ne peuvent être éternels, puisqu’ils se meuvent avec des mouvements rectilignes, et que le mouvement rectiligne ne reste pas unique et continu si ce n’est en suivant la mesure de la grandeur rectiligne par où il passe ; or le mouvement rétrograde n’est pas continu, comme il est prouvé dans le livre VIII de la Physique. De ce fait, comme tous les corps inférieurs sont éloignés les uns des autres par des espaces finis et qu’aucun d’entre eux n’est fini, comme l’ont prouvé le livre III de la Physique et le livre I Du ciel, il est nécessaire que leurs mouvements soient finis et non éternels. En conséquence, ce qui existe éternellement et toujours est le moteur de ce qui n’existe pas toujours. Et c’est pourquoi les éléments inférieurs, c’est-à-dire le feu, la terre et les autres du même genre, c’est-à-dire pouvant être engendrés en même temps qu’eux, à savoir l’air et l’eau, et ceux qui en sont composés, doivent être considérés comme les causes de ce qui se produit autour de notre monde inférieur, comme dans une espèce de matière, c’est-à-dire à la façon d’une cause matérielle : en effet, c’est de cette manière que nous disons que le sujet et le patient sont causes des choses.

Mais ce qui constitue la cause de ce qui a été dit, d’où provient le principe du mouvement, c’est-à-dire à la manière de la cause motrice, doit être attribué c’est-à-dire considérer comme cause, à la puissance des corps toujours mus, c’est-à-dire des corps célestes qui se meuvent toujours ; en effet, ce qui se meut toujours est dans la même relation avec ce qui ne se meut pas toujours que l’agent avec le patient.

 

 

Caput 3

Chapitre 3 – [Etude de ces principes]

[80077] Super Meteora, lib. 1 cap. 3 n. 1 Ostenso quae sunt principia activa et quae sunt principia materialia passionum de quibus intendit tractare, incipit nunc determinare de eis.

Et dividitur in partes duas: in prima determinat de particularibus transmutationibus elementorum quibus secundum se transmutantur; in secunda determinat de transmutationibus eorum secundum quod veniunt in compositionem mixti, in quarto libro, ibi: quoniam autem quatuor et cetera.

Prima autem pars dividitur in duas: in prima enim determinat de transmutationibus seu passionibus elementorum quae in alto accidunt; in secunda de his quae accidunt in infimo, et hoc in secundo libro, ibi: de mari autem et cetera.

Prima autem pars dividitur in tres: in prima dicit de quo est intentio; in secunda praemittit quaedam quae sunt necessaria ad subsequentium determinationem, ibi: dicimus itaque ignem et aerem etc., in tertia incipit determinare de principali proposito, ibi: his autem determinatis et cetera.

Dicit ergo primo quod dicendum est de phantasia lactis, idest de apparitione lactei circuli, et de cometis, et de aliis omnibus huiusmodi quae sunt his syngenea, idest congenerabilia; ita tamen quod resumamus positiones a nobis positas in prioribus libris, et determinationes in eis prius determinatas, ut eis utamur ad propositum manifestandum, cum opus fuerit.

15. Après avoir montré quels sont les principes actifs et quels sont les principes matériels des accidents dont il a l’intention de traiter, il commence maintenant à déterminer à leur sujet.

Et ce développement se divise en deux parties : dans la première, il détermine au sujet des transformations particulières des éléments par lesquelles ils se transforment d’eux-mêmes ; dans la seconde, il traite de leurs transformations selon qu’ils interviennent dans la composition d’un corps mixte, dans le quatrième livre, là : puisque, au nombre de quatre, etc.

La première partie se divise en deux : dans la première, en effet, il détermine au sujet des transformations ou des accidents des éléments qui se produisent en haut ; dans la seconde, de ceux qui ont lieu tout en bas, et cela dans le second livre, là : sur la mer, etc.

La première partie se divise en trois : dans la première, il dit sur quoi porte son intention ; dans la seconde, il donne certaines raisons qui sont nécessaires pour déterminer les conséquences, là : c’est pourquoi nous disons que le feu, l’air, etc., dans la troisième partie, il commence à déterminer au sujet de la principale proposition, là : après avoir déterminé à ce sujet, etc.

Il dit donc premièrement qu’il faut parler de la phantasia de la lactée, c’est-à-dire de l’apparence de la Voie lactée, des comètes et de tous les autres phénomènes de ce genre qui leur sont syngenea, c’est-à-dire susceptibles d’être engendrés en même temps qu’eux ; et c’est ainsi que nous reprendrons les thèses établies par nous dans les livres précédents, et les déterminations effectuées précédemment, afin de les utiliser dans la démonstration de cette proposition, quand le besoin s’en fera sentir.

[80078] Super Meteora, lib. 1 cap. 3 n. 2 Deinde cum dicit: dicimus itaque ignem et aerem etc., praemittit quaedam quae sunt necessaria ad subsequentia.

Et circa hoc duo facit: primo praemittit aliquid quod pertinet ad transmutationem elementorum adinvicem; secundo dicit de ordinatione eorum in mundo, et specialiter de aere, ibi: primum quidem igitur dubitabit et cetera.

Dicit ergo primo quod ignis et aer et aqua et terra fiunt ex invicem, quamvis Empedocles contrarium senserit: et hoc resumit ut probatum in II de Generat. Et huius rationem assignat, quia unumquodque elementorum est in alio in potentia; et quae sic se habent, adinvicem generari possunt. Ulterius huius rationem assignat, quia communicant in una materia prima, quae eis subiicitur, et in quam sicut in ultimum resolvuntur: omnia enim quorum materia est una communis, sic se habent quod unum eorum est potentia in alio; sicut cultellus est potentia in clavi, et clavis in cultello, quia utriusque materia communis est ferrum.

16. Ensuite, quand il dit : c’est pourquoi nous disons que le feu, l’air, etc., il avance certaines propos nécessaires à ce qui suit.

Et concernant cela, il procède en deux étapes : premièrement, il avance quelque chose qui concerne la transformation des éléments les uns à partir des autres ; deuxièmement, il traite de leur ordre dans le monde, et spécialement de l’air, là : on se demandera donc premièrement, etc.

Il dit donc premièrement que le feu, l’air, l’eau et la terre sont formés les uns à partir des autres, bien qu’Empédocle pensât le contraire ; et il reprend cela tel qu’il l’avait prouvé dans le livre II de la Génération. Et il en donne la raison suivante : chacun des éléments est dans l’autre en puissance ; et les choses qui sont ainsi peuvent être engendrées les unes par les autres. Il en donne une dernière raison : elles partagent une matière première unique, qui est placée sous elles, et dans laquelle elles se résolvent à la fin, pour ainsi dire : car toutes les choses dont la matière est unique et commune sont telles que l’une est en puissance dans l’autre, tout comme le couteau est en puissance dans la clé, et la clé dans le couteau, puisque la matière commune aux deux objets est le fer.

[80079] Super Meteora, lib. 1 cap. 3 n. 3 Deinde cum dicit: primum quidem igitur dubitabit etc., inquirit de ordine elementorum, et praecipue aeris.

Et circa hoc tria facit. Primo movet quaestionem: et dicit quod primo dubitatur circa corpus quod vocatur aer, quam naturam habeat in mundo qui ambit terram, utrum scilicet totum sit aer; et si non, quomodo ordinetur ad alia elementa.

Secundo ibi: moles quidem enim etc., proponit quaedam circa ordinem elementorum manifesta. Quorum primum est de terra: scilicet quod non est immanifestum quanta sit moles terrae, per comparationem ad magnitudines ambientes, scilicet caelestium corporum et aliorum elementorum. Iam enim apparuit per considerationes astrologicas, quod terra est multo minor quibusdam astris, et quod in comparatione ad ultimam sphaeram obtinet vicem puncti.

Secundum proponit de aqua, ibi: aquae autem naturam et cetera. Et dicit quod non videmus aquam per se constantem, et separatam a corpore locato circa terram, scilicet a mari et fluminibus, quae sunt manifesta nobis, et a congregationibus aquarum, si quae sunt in profundo terrae immanifestae nobis, ut quidam posuerunt. Nec etiam contingit aquam sic congregatam esse: eo quod humidum aqueum non terminatur nisi termino alieno.

17. Ensuite, quand il dit : on se demandera donc premièrement, etc., il s’interroge sur l’ordre des éléments et principalement sur la place de l’air.

Et, sur ce point, il procède en trois étapes. Premièrement, il soulève la question, et il dit que l’on peut premièrement se demander, à propos du corps appelé air, quelle nature il possède dans le monde qui entoure la terre, à savoir si tout est de l’air ; et si ce n’est pas le cas, quelle est sa place par rapport aux autres éléments.

Deuxièmement, là : en effet, la masse, etc., il avance certaines évidences sur l’ordre des éléments. La première d’entre elles concerne la Terre, à savoir que la masse de la Terre en comparaison des grandeurs qui l’entourent, c’est-à-dire des corps célestes et des autres éléments, n’est pas inconnue. En effet, il a déjà été montré par des considérations astronomiques que la Terre est beaucoup plus petite que certains astres et qu’elle obtient le rang de point en comparaison de la dernière sphère.

Deuxièmement, il fait un exposé à propos de l’eau, là : et nous ne voyons pas que la nature de l’eau, etc. Et il dit que nous ne voyons pas d’eau existant par elle-même et séparée du lieu placé autour de la Terre, à savoir de la mer et des fleuves, qui nous sont visibles, et de l’accumulation des eaux, celles qui nous sont cachées dans les profondeurs de la Terre, comme certains l’ont établi. Et il n’est pas non plus possible que l’eau se soit ainsi accumulée, étant donné que l’humidité de l’eau n’est délimitée que par une autre limite.

[80080] Super Meteora, lib. 1 cap. 3 n. 4 Iterum ibi: intermedium autem terrae etc., hic prosequitur quaestionem suam iam motam, qua quaerit quid est inter praedicta medium.

Et circa hoc duo facit. Primo enim ostendit quod non totum spatium quod est a supremis stellis usque ad terram, est plenum uno aliquo corpore, scilicet igne vel aere, aut utroque; sed supra hoc est aliquod corpus praeter ista. Secundo ostendit quomodo ad illud supremum corpus ordinentur alia corpora secundum positionem, ibi: reliquum est autem et cetera.

Circa primum sic procedit. Primo dicit quod dubium est utrum inter terram et inter astra ultima, quae dicuntur non errantia sed fixa, sit putandum esse unum corpus, secundum proprietatem naturae, vel plura: et si plura, quot sunt, et ubi terminentur secundum locum.

18. De nouveau, là : entre la Terre, etc., il poursuit la question qu’il avait déjà soulevée, où il demande quel corps se trouve au centre parmi ceux qu’il a mentionnés.

Et, sur ce point, il procède en deux étapes. En effet, il montre premièrement que l’espace qui va des étoiles les plus lointaines jusqu’à la Terre n’est pas tout entier rempli d’un seul corps, à savoir du feu ou de l’air, ou bien des deux ; mais qu’au-dessus de lui se trouve un autre corps en dehors de ceux-là. Deuxièmement, il montre dans quel ordre sont les autres corps par rapport à ce corps suprême, selon leur position, là : le reste est, etc.

Concernant le premier point, voici comment il procède. Il dit, premièrement, qu’on peut se demander s’il faut penser qu’entre la Terre et les derniers astres, qui ne sont pas dits errants mais fixes, il n’y a qu’un corps, selon la propriété de la nature, ou plusieurs ; et s’ils sont plusieurs, combien ils sont, et où ils sont délimités dans l’espace.

[80081] Super Meteora, lib. 1 cap. 3 n. 5 Secundo ibi: nobis quidem igitur etc., resumit quoddam in libro de caelo determinatum: quod est, quale est, secundum virtutem, primum elementum, scilicet caeleste corpus; et quod totus ille mundus qui est circa superiores lationes, idest qui movetur motu circulari, est plenus illo corpore; omnia enim corpora caelestia ad naturam illius primi elementi pertinent. Et quia philosophi ponebant contrarium, ideo, ne sua opinio nova videretur, subiungit quod hanc opinionem non solum ipse habuit, sed fuit etiam antiqua opinio priorum hominum. Illud enim corpus quod dicitur aether, quod nos caelum dicimus, antiquam habet appellationem.

Sed Anaxagoras videtur putasse quod significaret idem quod ignis: accepit enim quod aether dicitur non propter semper currere, idest continue moveri, sed ab aethein, quod est ardere; quia superiora corpora credidit esse plena igne. Et quamvis in hoc male diceret, ut ibi probatum est, tamen hoc recte putavit, quod nomen aetheris conveniret alicui potentiae corporali quae est praeter ista corpora. Omnes enim antiqui visi sunt opinari, et determinaverunt illud corpus nominari aethera, quod semper currit, idest movetur, et quod est quoddam divinum, idest perpetuum, secundum suam naturam; tanquam illud corpus nulli corporum quae sunt apud nos, sit idem. Nec est mirum si hanc opinionem, quam nos de novo videbamur assumpsisse, etiam antiqui habuerunt: quia nos dicimus quod eaedem opiniones sunt reiteratae in hominibus, postquam desierunt propter negligentiam studii, non tantum bis vel ter, sed infinities.

Hoc autem dicit secundum suam opinionem, qua putavit mundum et generationem hominum fuisse ab aeterno, ut apparet in prioribus libris: hoc enim supposito, manifestum fit quasdam opiniones et artes a quibusdam certis temporibus incoepisse; et oportet dicere quod multoties, vel magis infinities, sunt destructae, propter bella vel alias corruptiones, et iterum reinventae.

19. Deuxièmement, là : nous avons donc, etc., il reprend quelque chose qui avait été déterminé dans le traité Du ciel : quel est le premier élément, à savoir le corps céleste, quelle est sa propriété, selon sa puissance ; et que le monde qui est autour des translations supérieures, c’est-à-dire qui se meut d’un mouvement circulaire, est entièrement plein de ce corps ; car tous les corps célestes participent de la nature de ce premier élément. Et puisque des philosophes établissaient le contraire, pour cette raison, afin que son opinion ne paraisse pas nouvelle, il ajoute qu’il n’est pas le seul à avoir cette idée, mais que c’était aussi une opinion ancienne des hommes d’avant. En effet, le corps appelé éther, que nous, nous nommons ciel, a une appellation ancienne.

Mais Anaxagore semble avoir pensé qu’il signifiait la même chose que le feu : car il pensait que l’éther tirait son nom non pas de toujours courir, c’est-à-dire de se mouvoir continûment, mais d’« aethein », qui signifie « brûler », puisqu’il croyait que les corps supérieurs étaient pleins de feu. Et bien qu’il se fût trompé en cela, comme on l’a prouvé là, il a pourtant eu raison de penser que le nom « éther » conviendrait à quelque puissance dotée d’un corps qui se trouve en dehors de ces corps-ci. En effet, tous les auteurs anciens semblaient penser, et déterminaient que ce corps est nommé éther parce qu’il court, c’est-à-dire se meut, toujours, et qu’il est de quelque manière divin, c’est-à-dire éternel, selon sa nature, comme si ce corps ne ressemblait à aucun de ceux qui sont près de nous. Et il n’est pas étonnant que les auteurs anciens eux aussi aient eu l’opinion que nous avions l’air d’adopter de nouveau, puisque nous disons que les mêmes opinions reviennent chez les hommes, après qu’ils les ont abandonnées pour en avoir négligé l’étude, non seulement deux fois ou trois, mais un nombre infini de fois.

Il dit cela en suivant son opinion, selon laquelle il pensait que le monde et la génération des hommes ont existé de toute éternité, comme il apparaît dans les livres précédents : en effet, en partant de cette hypothèse, il devient évident que certaines opinions et certains arts ont commencé à partir de certaines époques définies ; et il faut dire que c’est très souvent, ou plutôt un nombre infini de fois, qu’elles ont été ruinées, en raison de guerres ou d’autres causes de destruction, et de nouveau réinventées.

[80082] Super Meteora, lib. 1 cap. 3 n. 6 Tertio ibi: quicumque autem ignem etc., ostendit quod non est unum horum corporum inferiorum, corpus quod circulariter movetur.

Et circa hoc tria facit: primo ostendit hoc quantum ad ignem; secundo quantum ad aerem, ibi: at vero neque aere etc.; tertio quantum ad utrumque, ibi: et etiam si duobus et cetera.

Circa primum sciendum est quod aliqui putaverunt solum corpora caelestia delata, idest solem, lunam et stellas, esse naturae igneae; quod vero est inter eas, est naturae aereae: quidam vero posuerunt totum esse naturae igneae, sicut Anaxagoras dixit. Dicit ergo quod quicumque posuerunt non solum corpora delata ignem purum, sed totum ambiens, scilicet omnes sphaeras; et id quod est intermedium terrae et astrorum est aer, scilicet a terra usque ad orbem lunae, et quod est desuper, totum est ignis; qui, inquam, sic dicunt, si considerarent ea quae nunc sunt sufficienter ostensa per mathematicam de magnitudinibus corporum, forte desisterent ab hac puerili opinione. Valde enim simplicis hominis est et ineruditi putare stellas esse parvas magnitudinibus, quia videntur parvae nobis tam a remotis aspicientibus.

Dictum est autem de his in superioribus theorematibus, scilicet in II de caelo: sed etiam nunc eadem ratione dicemus ad destructionem praedictae positionis. Cum enim corpora astrorum et sphaerarum quasi improportionaliter excedant quantitatem terrae et eorum quae sunt circa terram, si non solum corpora stellarum constarent ex igne, sed etiam distantiae quae sunt inter eas essent plenae igne, iam olim annihilatum esset unumquodque aliorum elementorum, propter excessum ignis super ea.

20. Troisièmement là : mais tous ceux qui, etc., il montre que l’un de ces corps inférieurs n’est pas un corps qui se meut circulairement.

Et sur ce point, il procède en trois étapes : premièrement, il le montre à propos du feu ; deuxièmement, à propos de l’air, là : mais ils ne sont, etc. ; troisièmement, à propos des deux, là : même si, etc.

Concernant le premier point, il faut savoir que quelques-uns pensaient que seuls les corps célestes transportés, c’est-à-dire le Soleil, la Lune et les étoiles, sont d’une nature ignée ; et ce qui est entre eux est de la nature de l’air : or certains établissaient que tout est d’une nature ignée, comme Anaxagore. Il dit donc que tous ceux qui établissaient que non seulement les corps transportés sont du feu pur, mais aussi tout ce qui les entoure, à savoir toutes les sphères, qu’entre la Terre et les astres il se trouve de l’air, à savoir de la Terre à la sphère de la Lune, et que tout ce qui est au-dessus est du feu, ceux qui, dis-je, parlent ainsi, s’ils considéraient ce qui a désormais été suffisamment démontré par les mathématiques à propos des dimensions des corps, abandonneraient peut-être cette opinion puérile. En effet, c’est être tout à fait naïf et ignare que penser que les étoiles sont de petite taille, sous prétexte qu’elles nous semblent petites à nous qui les regardons de loin.

Il en a été question dans les réflexions précédentes, à savoir dans le livre II Du ciel : mais maintenant avançons de nouveau le même raisonnement pour ruiner l’opinion déjà mentionnée. En effet, comme les corps des astres et des sphères dépassent incommensurablement la taille de la Terre et des corps qui se trouvent autour d’elle, si non seulement les corps des étoiles étaient constitués de feu, mais aussi les intervalles qui sont entre eux, chacun des autres éléments aurait déjà été annihilé depuis longtemps, en raison de la quantité excessive de feu situé au-dessus d’eux.

[80083] Super Meteora, lib. 1 cap. 3 n. 7 Deinde cum dicit: at vero neque aere etc., ostendit idem quantum ad aerem, dicens quod non est possibile quod istae distantiae sint plenae aere. Manifestum est enim quod adhuc quantitas aeris multum excederet aequalitatem analogiae, idest proportionis, quae debet esse communis inter elementa, ad hoc quod elementa conserventur.

21. Ensuite, quand il dit : mais ils ne sont, etc., il montre la même chose à propos de l’air, affirmant qu’il n’est pas possible que ces intervalles soient remplis d’air. Car il est évident que la quantité d’air excèderait encore de beaucoup l’égalité de l’analogie, c’est-à-dire de la proportion, qui doit être commune entre les éléments pour qu’ils soient préservés.

[80084] Super Meteora, lib. 1 cap. 3 n. 8 Deinde cum dicit: et etiam si duobus etc., ostendit idem quantum ad utrumque. Et circa hoc duo facit: primo ponit rationem; secundo excludit quandam cavillationem, ibi: differt autem nihil et cetera. Dicit ergo primo quod proportio debita elementorum non servatur, si totus locus qui est medius inter terram et supremum caelum, est plenus duobus elementis, scilicet igne et aere. Quia moles terrae, in qua continetur etiam omnis aquae multitudo, quasi nulla pars est, habens proportionem ad totam magnitudinem ambientium corporum, cum ad solam ultimam sphaeram obtineat vicem puncti, secundum astronomos. Videmus autem quod, cum ex aqua per disgregationem sive rarefactionem fit aer, aut ex aere ignis, non est tam immensus excessus quantitatis. Oportet autem ad hoc quod conservetur debita proportio in elementis, quod eandem rationem, idest proportionem, habeat haec parva aqua ad aerem factum ex ipsa, et tota aqua ad totum aerem; ut videlicet quantum excedit quantitas aeris quantitatem aquae ex qua fit, tantum excedat in mundo quantitas totius aeris quantitatem totius aquae.

22. Ensuite, quand il dit : même si le lieu, il montre la même chose concernant les deux éléments. Et sur ce point, il procède en deux étapes : premièrement, il expose la raison ; deuxièmement, il rejette un sophisme, là : cela ne fait aucune différence, etc. Il dit donc premièrement que la proportion nécessaire aux éléments n’est pas préservée, si le lieu qui se trouve au centre entre la Terre et le dernier ciel est entièrement rempli par deux éléments, à savoir le feu et l’air. En effet, la masse de la Terre, qui contient aussi toute la quantité d’eau, est pour ainsi dire une partie nulle, par rapport à toute la grandeur des corps qui l’entourent, comme elle occupe la place d’un point par rapport à la seule sphère ultime, selon les astronomes. Or nous voyons que, comme l’air est créé à partir de l’eau, soit par désagrégation, soit par raréfaction, ou bien que le feu est créé à partir de l’air, il n’y a pas un excès en quantité aussi immense. Pour que la proportion nécessaire dans les éléments soit préservée, il faut que cette petite quantité d’eau ait la même raison, c’est-à-dire proportion, avec l’air créé à partir d’elle, que l’eau tout entière avec l’air tout entier ; autrement dit, la quantité de l’air tout entier dépasse celle de toute l’eau dans le monde d’autant que la quantité d’air dépasse celle de l’eau à partir de laquelle il est créé.

[80085] Super Meteora, lib. 1 cap. 3 n. 9 Deinde cum dicit: differt autem nihil etc., excludit quandam cavillationem: dicens quod nihil differt ad propositum si quis dicat, secundum opinionem Empedoclis, quod elementa non generantur ex invicem. Oportet enim, secundum eius opinionem, elementa esse aequalia proportione virtutis. Unde sic oportet quod conservetur aequalitas proportione virtutis in magnitudinibus elementorum, si non generantur ex invicem, sicut si generarentur.

Deinde recolligit quod dictum est, concludens ex dictis manifestum esse quod neque aer tantum replet medium locum qui est inter terram et supremas stellas, neque ignis: sed praeter haec duo elementa, oportet super ipsa esse corpus caeleste, quod nullum inferiorum est elementorum.

23. Ensuite quand il dit : cela ne fait aucune différence, etc., il rejette un sophisme, affirmant que cela ne fait aucune différence pour la proposition si quelqu’un dit, selon l’opinion d’Empédocle, que les éléments ne sont pas engendrés les uns par les autres. Car il faut, selon cette opinion, que les éléments soient égaux en puissance selon la proportion. De ce fait, il faut que l’égalité en puissance selon la proportion soit préservée dans les grandeurs des éléments, s’ils ne sont pas engendrés les uns par les autres, comme s’ils l’étaient.

Ensuite, il rassemble ce qui a été dit, concluant qu’il est évident, d’après les propos tenus, que ce ne sont ni l’air, ni le feu qui remplissent le si vaste lieu intermédiaire qui se trouve entre la Terre et les étoiles les plus lointaines : mais en dehors de ces deux éléments, il faut qu’il y ait au-dessus d’eux un corps céleste, qui ne soit aucun des éléments inférieurs.

 

 

Caput 4

Chapitre 4 – [Rapport du feu et de l’air au premier corps]

[80086] Super Meteora, lib. 1 cap. 4 n. 1 Postquam philosophus ostendit ignem et aerem non esse corpus caeleste, quod vocatur primum elementum sive primum corpus, nunc intendit ostendere quomodo ignis et aer se habeant ad illud primum corpus.

Et circa hoc duo facit: primo movet hanc quaestionem, et duas alias necessarias ad propositum; secundo solvit eas, ibi: nos autem dicamus et cetera.

Prima dividitur in tres, secundum tres quaestiones quas movet: secunda incipit ibi: et propter quam causam etc.; tertia ibi: de aere igitur et cetera.

Dicit ergo primo quod post praedicta relinquitur perscrutari de ordine aeris et ignis ad primum corpus, scilicet caeleste, ex quo ostensum est ipsum esse aliud praeter ista.

24. Après que le philosophe a montré que le feu et l’air ne sont pas le corps céleste qui est appelé premier élément ou premier corps, il a maintenant l’intention de montrer comment le feu et l’air se trouvent par rapport à ce premier corps.

Et sur ce point, il procède en deux étapes : premièrement, il pose cette question, ainsi que deux autres nécessaires à sa proposition ; deuxièmement, il les résout, là : parlons, etc.

Il divise la première en trois parties, suivant les trois questions qu’il pose : la seconde commence là : et pour quelle raison, etc. ; la troisième, là : parlons donc de l’air, etc.

Il dit donc premièrement qu’après les propos tenus il reste à examiner attentivement la place de l’air et du feu par rapport au premier corps, à savoir céleste, étant donné qu’il a été montré qu’il est différent d’eux.

[80087] Super Meteora, lib. 1 cap. 4 n. 2 Deinde cum dicit: et propter quam causam etc., movet secundam quaestionem: scilicet, propter quam causam a superioribus stellis causetur caliditas in his locis quae sunt circa terram. Et haec etiam quaestio habet ortum ex praemissis. Videtur enim secundum naturam esse quod simile generet sibi simile: si igitur corpus caeleste non est calidum, quia non est ignis neque aer, ut supra habitum est, remanet in dubio quomodo a corpore caelesti possit causari calor in istis inferioribus.

25. Ensuite, quand il dit : et pour quelle raison, etc., il pose la seconde question, à savoir pour quelle raison les étoiles supérieures causent de la chaleur dans les lieux qui sont autour de la Terre. Et cette question tire son origine de ce qui précède. En effet, il semble conforme à la nature que le semblable engendre ce qui lui est semblable ; donc si un corps céleste n’est pas chaud, puisqu’il n’est ni feu, ni air, comme on l’a dit ci-dessus, on se demande encore comment la chaleur peut être causée par un corps céleste chez ces corps inférieurs-ci.


[80088] Super Meteora, lib. 1 cap. 4 n. 3 Deinde cum dicit: de aere igitur etc., movet tertiam dubitationem, quae etiam ex praemissis ortum habet. Dixerat enim prius quod oportebat considerare quomodo sit accipienda natura aeris in universo: et hoc ideo, quia multa eorum de quibus determinaturus est, generationem habent in aere. Dicit ergo quod, sicut supra supposuimus, oportet primo aliquid dicere de aere: et sic erit dicendum de aliis duobus quaestionibus motis. Unde statim incipit movere dubitationem ad naturam aeris pertinentem.

Ostensum est enim in libro de Generat. quod aqua fit ex aere, et e converso. Cum autem ex condensationibus nubium generatur pluvia, hoc est aerem converti in aquam. Quaerit ergo, si aqua fit ex aere et aer ex aqua, quare in superiori parte aeris non inspissentur nubes ad generationem aquae.

Et inducit rationem ad ostendendum quod hoc fieri deberet. Manifestum est enim quod condensatio nubium fit ex frigiditate: nam sicut calidi est rarefacere, ita frigidi inspissare. Locus autem aeris qui est remotior a terra, videtur esse frigidior: quia videntur ibi cessare duae causae calefactionis. Quarum una est propinquitas ad astra, ex quibus causatur calor: et hoc tangit cum dicit quod neque ille locus aeris, superior scilicet, est sic prope astra existentia calida, scilicet secundum effectum, ut caliditas astrorum possit impedire inspissationem nubium. Alia causa calefactionis est reverberatio radiorum solis a terra: et hoc tangit cum dicit: neque iterum ille locus superioris aeris est prope radios refractos, idest reverberatos, a terra, qui prohibent congregari nubes prope terram, per hoc quod sua caliditate disgregant consistentias vaporum.

Et quod haec secunda causa non impediat congregationem, manifestat per signum. Manifestum est enim quod congregationes nubium fiunt ibi, ubi radii repercussi a terra iam desinunt habere virtutem calefaciendi, propter hoc quod in immensum sparguntur, et sic multum distant a radiis cadentibus; unde non multiplicatur causa caloris.

Ad huius autem intelligentiam, sciendum est quod radii procedentes a sole ad terram sunt causa caliditatis. Cum autem radius in terram cadens repercutitur, fit iterum alius radius a terra quasi resursum tendens. Quanto ergo hi duo radii fuerint magis sibi invicem propinqui, tanto plus de calore causatur: quia virtus utriusque radii, scilicet cadentis et reflexi, pertingit ad eandem partem aeris. Et inde est quod ubi radius solis cadens super terram facit angulum rectum, ibi est maximus calor, quia reflexio fit in eandem partem: quanto vero radius cadens in aliquo loco fecerit angulum maiorem recto, tanto est minus de calore; quia, cum repercussio fiat secundum pares angulos, radius repercussus, propter amplitudinem anguli, multum distat a radio primo cadente. Manifestum est autem quod quanto duae lineae continentes angulum magis procedunt, tanto magis distant abinvicem. Unde quanto magis receditur a terra, ubi fit reverberatio, tanto praedicti duo radii magis distant abinvicem, et est minor calor. Et ideo propter immensam separationem praedictorum radiorum abinvicem in loco superiori, desinit calor, et condensantur ibi nubes propter frigus. Et hoc est quod dicit: nubium congregationes fiunt ubi desinunt iam radii propter spargi in immensum.

Sic igitur utraque causa quae posset impedire congregationem nubium in superiori parte aeris, cessat, ut dictum est. Et cum ibi non condensentur nubes, oportet dicere quod aqua non sit nata fieri ex omni aere: aut si similiter se habet omnis aer ad hoc quod generetur ex eo aqua, oportet quod iste aer qui est circa terram, non solum sit aer, sed sicut vapor, et ex hac causa congregetur ad generationem aquae; superior autem, qui est purus aer, non posset condensari in aquam. Sed hoc non potest esse: quia si totus iste aer qui est circa terram, cum sit tam magnus, vapor est, videtur sequi quod natura aeris et aquae multum excedat alia elementa. Quia superiores distantiae, quae scilicet sunt inter stellas, sunt plenae aliquo corpore, cum nihil sit vacuum, ut in IV Physic. probatum est: impossibile est autem quod sint plenae igne, quia sic omnia alia exsiccarentur, ut supra probatum est: relinquitur ergo quod sint plenae aere, et illud quod est circa terram sit plenum aqua. Sed hic aer est vapor: quia vapor est quaedam disgregatio aquae, idest aqua rarefacta. Et sic positis tribus quaestionibus, quasi colligens subdit quod de praedictis dubitatum sit hoc modo.

26. Ensuite, quand il dit : parlons donc de l’air, etc., il soulève la troisième interrogation, qui tire elle aussi son origine des propos précédents. Car il avait précédemment affirmé qu’il fallait considérer comment la nature de l’air dans l’univers doit être comprise : et cela parce qu’une grande partie des choses au sujet desquelles il va déterminer trouve sa génération dans l’air. Il dit donc que, comme nous l’avons supposé ci-dessus, il faut premièrement parler de l’air : et ainsi nous devrons parler des deux autres questions soulevées. De ce fait, il commence aussitôt à soulever une interrogation concernant la nature de l’air.

En effet, il a été démontré dans le livre sur la Génération que l’eau se forme à partir de l’air et inversement. Or, comme la pluie est engendrée par la condensation des nuages, cela revient à ce que de l’air soit transformé en eau. Il demande donc pour quelle raison, si de l’eau se forme à partir de l’air et de l’air à partir de l’eau, dans la partie supérieure de l’air les nuages ne se condensent pas pour engendrer de l’eau.

Et il avance une raison pour montrer que cela devrait se produire. En effet, il est évident que la condensation des nuages est causée par le froid : car de même que la chaleur a pour caractéristique de raréfier, de même celle du froid est de condenser. Or l’air qui est situé à un endroit plus éloigné de la Terre semble être plus froid, puisque les deux causes de réchauffement semblent cesser là. La première des deux est la proximité avec les astres, sources de chaleur ; et il aborde ce sujet quand il dit que le lieu où se situe l’air, à savoir supérieur, n’est pas près des astres, qui sont chauds, c’est-à-dire suivant leur effet, au point que leur chaleur puisse empêcher l’épaississement des nuages. L’autre cause de réchauffement est la réflexion des rayons du Soleil par la Terre ; et il aborde ce sujet quand il dit : de nouveau, le lieu où se situe la partie supérieure de l’air ne se trouve pas près des rayons réfractés, c’est-à-dire réfléchis, par la Terre, lesquels empêchent les nuages de s’assembler près de la Terre, du fait qu’ils désagrègent les vapeurs en formation sous l’effet de leur chaleur.

Et il montre par une preuve que cette seconde cause n’empêche pas l’assemblement. En effet, il est évident que les assemblements des nuages se produisent là où les rayons renvoyés par la Terre cessent désormais d’avoir le pouvoir de réchauffer, étant donné qu’ils se dispersent dans l’immensité et qu’ils sont ainsi très éloignés des rayons qui tombent ; de ce fait, la cause de chaleur ne se multiplie pas.

Pour comprendre cela, il faut savoir que les rayons venant du Soleil vers la Terre sont la cause de la chaleur. Comme le rayon tombant sur la Terre est renvoyé, il se produit de nouveau un autre rayon qui part de la Terre pour se diriger derechef vers le haut, pour ainsi dire. Donc, plus ces deux rayons ont été proches l’un de l’autre, plus ils causent de chaleur, puisque la puissance des deux rayons, à savoir celui qui tombe et celui qui est réfléchi, touche cette partie de l’air. Et c’est la raison pour laquelle là où le rayon qui tombe du Soleil sur la Terre forme un angle se trouve la plus forte chaleur, puisque la réflexion se produit au même endroit : plus le rayon qui tombe dans un lieu a formé un angle plus grand que le droit, moins il y a de chaleur, puisque, comme la réflexion se fait avec des angles égaux, le rayon réfléchi, en raison de l’amplitude de l’angle, est très éloigné du premier rayon qui était tombé. Il est évident que plus deux lignes contenant un angle s’avancent, plus elles sont éloignées l’une de l’autre. De ce fait, plus on s’écarte de la Terre, là où la réflexion a lieu, plus les deux rayons mentionnés sont éloignés l’un de l’autre, et moindre est la chaleur. Et à cause de cela, en raison de l’immense distance entre les rayons mentionnés dans le lieu supérieur, la chaleur cesse et les nuages sont condensés là du fait du froid. Et c’est ce qu’il dit : les nuages s’assemblent là où les rayons disparaissent parce qu’ils se dispersent dans l’immensité.

Ainsi donc, les deux causes qui pourraient empêcher l’assemblement des nuages dans la partie supérieure de l’air cessent, comme on l’a dit. Et comme les nuages ne se condensent pas à cet endroit, il faut dire que l’eau n’est pas de nature à être formée par n’importe quel air : ou bien si n’importe quel air est tel qu’il engendre de l’eau, il faut que l’air qui entoure la Terre soit non seulement de l’air, mais une sorte de vapeur et que, pour cette raison, il s’assemble pour engendrer de l’eau ; or, la partie supérieure, qui est de l’air pur, ne pourrait pas se condenser en eau. Mais cela ne peut être, puisque, si tout l’air qui entoure la Terre est vapeur, comme il est si vaste, il semble s’ensuivre que la nature de l’air et de l’eau excède de beaucoup les autres éléments. En effet, les intervalles supérieurs, à savoir ceux qui se trouvent entre les étoiles, sont remplis de quelque corps, comme rien n’est vide, ainsi que le livre IV de la Physique l’a montré : or il est impossible qu’ils soient remplis de feu, étant donné que, dans ce cas, tout le reste serait desséché, comme on l’a montré ci-dessus ; il en résulte donc qu’ils sont remplis d’air et que ce qui entoure la Terre est rempli d’eau. Mais cet air est vapeur, puisque la vapeur est la désagrégation de l’eau, c’est-à-dire de l’eau raréfiée. Et ainsi après avoir posé trois questions, en guise de conclusion il ajoute qu’il s’est interrogé de cette manière à propos de ce dont il a été question.

[80089] Super Meteora, lib. 1 cap. 4 n. 4 Deinde cum dicit: nos autem dicamus etc., solvit propositas quaestiones: et primo eam quae est de ordinatione elementorum; secundo eam quae est de generatione nubium, ibi: eius quidem igitur etc.; tertio eam quae est de caliditate a stellis in inferioribus causata, ibi: de facta autem caliditate et cetera.

Circa primum tria facit. Primo resumit quod dictum est de natura primi corporis: dicens quod, ad intellectum et eorum quae nunc quaesita sunt, et eorum quae postmodum sunt dicenda, oportet determinando dicere quod supremum corpus usque ad lunam est alterum ab igne et aere, sicut iam ostensum est; et quod in ipso supremo corpore est aliquid purius, et aliquid minus purum vel sincerum: non quod ibi sit aliqua compositio vel mixtio extraneae naturae; sed magis purum dicitur quod est magis nobile, magis virtuosum, magis formale. Unde et habet differentias in virtute et nobilitate: et maxime ista differentia manifesta est ex illa parte qua desinit ad aerem et ad mundum inferiorem qui est circa terram; in luna enim apparet defectus luminis, et quando est plena, apparent in ea quaedam umbrositates.

27. Ensuite, quand il dit : parlons, etc., il résout les questions posées : et premièrement celle qui concerne l’ordre des éléments ; deuxièmement celle qui concerne la génération des nuages, là : donc, etc. ; troisièmement celle qui concerne la chaleur causée par les étoiles sur les corps inférieurs, là : de la chaleur engendrée, etc.

À propos du premier point, il procède en trois étapes. Premièrement, il reprend ce qui a été dit sur la nature du premier corps, affirmant que, pour comprendre à la fois ce qui vient d’être recherché et ce qui doit être dit par la suite, il faut dire, en déterminant, que le corps suprême jusqu’à la Lune est autre que du feu et de l’air, comme on l’a déjà démontré, et que dans le corps suprême même se trouve quelque chose de plus pur et quelque chose de moins pur ou sans mélange : non pas qu’il y ait là quelque composition ou mélange d’une nature étrangère, mais « plus pur » signifie « plus noble, plus puissant, plus formel ». De ce fait, il possède aussi des différences en puissance et en noblesse ; et cette différence est surtout manifeste dans la partie où il cède la place à l’air et au monde inférieur qui entoure la Terre ; en effet, dans la Lune apparaît un défaut de lumière, et quand elle est pleine, apparaissent certaines ombres.

[80090] Super Meteora, lib. 1 cap. 4 n. 5 Secundo ibi: lato autem primo elemento etc., ostendit effectum quem habet corpus superius in inferiora. Et dicit quod primo elemento, idest caelo, circulariter moto, et motis corporibus quae sunt in ipso, idest sole et stellis, illa pars inferioris mundi quae est ei propinquior, quasi disgregata seu rarefacta per motum superioris corporis, accenditur: et sic fit caliditas. Et subiungit rationem, dicens quod hoc oportet intelligere incipiendo.

Tota enim natura corporalis quae est sub corpore circulariter moto, est sicut quaedam materia existens in potentia ad caliditatem, frigiditatem, siccitatem et humiditatem, et ad alias passiones et formas quae consequuntur ad haec: et quia materia reducitur in actum a primo agente, natura etiam corporalis fit talis actu per hoc quod participat de motu vel non participat, sed immobilis permanet, a corpore caelesti, quod supra diximus esse causam et principium unde est motus in istis inferioribus. Non est autem intelligendum quod corpora inferiora recipiant huiusmodi passiones a superioribus tanquam accidentaliter, et non secundum naturam, sicut aqua cum calefit ab igne: sed ipsam naturam vel formam, secundum quam naturaliter sunt calida vel frigida, a superiori corpore recipiunt multo principalius quam a generante; nam primum generationis principium est corpus caeleste.

28. Deuxièmement, là : comme le premier élément, etc., il montre l’effet qu’a le corps supérieur sur les inférieurs. Et il dit que, le premier élément, c’est-à-dire le ciel, s’étant mû circulairement, tout comme les corps qui sont en lui, c’est-à-dire le Soleil et les étoiles, la partie du monde inférieur qui est plus proche de lui, comme désagrégée et raréfiée par le mouvement du corps supérieur, prend feu : et c’est ainsi que se produit la chaleur. Et il ajoute une raison, disant qu’il faut le comprendre par le commencement.

En effet, toute la nature corporelle qui se trouve au-dessous du corps se mouvant circulairement est une sorte de matière qui est en puissance chaleur, froid, sècheresse et humidité, et les autres propriétés et formes qui s’ensuivent : et puisque la matière est réduite en acte par le premier agent, la nature corporelle elle aussi devient telle en acte du fait qu’elle participe ou non au mouvement, mais demeure immobile, en raison du corps céleste, qui est la cause et le principe d’où est issu le mouvement chez ces corps inférieurs, comme on l’a dit ci-dessus. Or il ne faut pas comprendre que les corps inférieurs reçoivent les propriétés de ce genre des corps supérieurs par accident et non naturellement, comme l’eau lorsqu’elle est chauffée par le feu, mais ils reçoivent leur nature ou leur forme même, selon laquelle ils sont naturellement chauds ou froids, du corps supérieur beaucoup plus que de celui qui les engendre ; car le premier principe de la génération est le corps céleste.

[80091] Super Meteora, lib. 1 cap. 4 n. 6 Tertio ibi: in medio quidem igitur etc., ostendit ordinem elementorum. Si enim per participationem motus fit calor in istis inferioribus, et per elongationem a motu caelesti e converso fit frigus, necesse est quod illud quod est frigidissimum et gravissimum, idest aqua et terra, sit magis remotum a motu caelesti, existens in medio quantum ad terram, et circa medium quantum ad aquam. Vel dicit circa medium, eo quod medium, cum sit indivisibile, non potest esse locus corporis: sed circa medium, idest centrum mundi, est terra et aqua, centrum autem terrae est in centro totius. Circa haec autem, scilicet terram et aquam, et habita his, idest consequenter ordinata post ipsa, est aer et id quod consueto nomine vocamus ignem, in quibus abundat calor.

Exponit autem quod dixerat, dicens quod quartum elementum supra aerem ordinatum non proprie vocatur ignis. Ignis enim significat excessum calidi, et est quasi quidam fervor et accensio quaedam; sicut glacies non est elementum, sed est quidam excessus frigoris ad aquam congelatam. Id autem ad quod sic se habet ignis sicut glacies ad aquam, non est nominatum, et ideo nominamus ipsum nomine ignis: sicut si aqua non haberet nomen, et nominaremus elementum aquae glaciem.

Sed oportet intelligere quod de toto isto corpore quod a nobis dicitur aer, una pars, quae est propinqua terrae, est quasi calida et humida, propter id quod habet de vapore et exhalatione terrae. Sic enim elementa sunt ordinata, secundum quod eorum naturae competit: unde quia aer secundum naturam suam est calidus et humidus, sic est dispositus ut vaporem terrae suscipiat, ad eius calorem et humiditatem servandam. Sed illa pars corporis quod communiter vocatur aer, quae est superior, est calida et sicca; et hanc partem vocamus elementum ignis. Et sic aer nomen commune est duobus elementis.

Et quia dixerat de vapore et exhalatione terrae, ostendit differentiam inter ea. Et dicit quod natura vaporis est esse humidum et calidum, natura autem exhalationis est esse calidum et siccum: et sic vapor, propter humiditatem, est quasi in potentia ad aquam; exhalatio autem, propter siccitatem, est quasi in potentia ut igniatur.

28 bis. Troisièmement, là : donc, au centre, etc., il montre l’ordre des éléments. En effet, si la chaleur se forme chez les corps inférieurs par participation au mouvement et que le froid l’est par éloignement du mouvement céleste, au contraire, il est nécessaire que ce qui est le plus froid et le plus lourd, c’est-à-dire l’eau et la terre, soient plus éloignés du mouvement céleste, se trouvant au centre, en ce qui concerne la terre, et autour du centre, en ce qui concerne l’eau. Ou bien il dit autour du centre, parce que le centre, comme il est indivisible, ne peut être le lieu d’un corps : mais autour du centre, c’est-à-dire du centre du monde, se trouvent la terre et l’eau, mais le centre de la terre est au centre de tout. Autour d’elles, à savoir la terre et l’eau, et de ce qui est tenu à elles, c’est-à-dire ce qui est placé après elles de façon contiguë, se trouvent l’air et ce que nous appelons « feu » suivant l’usage, où la chaleur abonde.

Il explique ce qu’il avait dit, à savoir que le quatrième élément placé au-dessus du feu ne s’appelle pas « feu » à proprement parler. Car le feu désigne un excès de chaleur et constitue, pour ainsi dire, une certaine ardeur et un certain allumage, de même que la glace n’est pas un élément, mais un certain excès de froid produisant de l’eau congelée. Or ce qui est au feu ce que la glace est à l’eau n’est pas nommé, et c’est pourquoi nous l’appelons du nom de « feu » : c’est comme si l’eau n’avait pas de nom et que nous appelions l’élément de l’eau glace.

Mais il faut comprendre qu’au sein de ce corps tout entier que nous nommons « air », une partie, qui est proche de la terre, est comme chaude et humide, parce qu’elle tient de la vapeur et de l’exhalaison de la terre. En effet, les éléments sont ordonnés, selon ce qui revient à leur nature : de ce fait, puisque l’air est chaud et humide selon sa nature, il est disposé à accueillir la vapeur de la terre, pour préserver sa chaleur et son humidité. Mais la partie du corps qui est appelé communément « air », laquelle est supérieure, est chaude et sèche ; et c’est cette partie que nous l’appelons élément du feu. Et ainsi « air » est un nom commun aux deux éléments.

Et puisqu’il avait parlé de la vapeur et de l’exhalaison de la terre, il montre la différence qui se trouve entre elles. Et il dit que la nature de la vapeur est d’être humide et chaude mais que celle de l’exhalaison est d’être chaude et sèche ; et ainsi la vapeur, en raison de l’humidité, est comme de l’eau en puissance ; mais l’exhalaison, en raison de sa sècheresse, est comme du feu en puissance.

 

 

Caput 5

Chapitre 5 – [La condensation des nuages]

[80092] Super Meteora, lib. 1 cap. 5 n. 1 Soluta quaestione de ordinatione elementorum, solvit quaestionem de inspissatione nubium.

Et ponit duas solutiones. Quarum primam concludit ex praedictis, dicens quod hanc existimandum est esse causam quare in superiori parte aeris non congregantur nubes, quia pars eius superior, quae communiter vocatur aer, non solum est aer, sed magis est quasi ignis, ut dictum est. Sed quia etiam multo inferius infra illam partem adhuc non generantur nubes, necesse fuit ut poneret aliam solutionem.

29. Après avoir résolu la question de l’ordre des éléments, il résout celle de la condensation des nuages.

Et il donne deux solutions. Il tire la première d’entre elles des propos précédents, en disant qu’il faut estimer que la cause pour laquelle les nuages ne s’assemblent pas dans la partie supérieure de l’air est que cette partie supérieure, qui est appelée communément « air », est non seulement de l’air, mais est aussi une sorte de feu, comme on l’a dit. Mais puisque les nuages ne sont pas non plus engendrés même beaucoup plus bas que cette partie, il était nécessaire de proposer une autre solution.

[80093] Super Meteora, lib. 1 cap. 5 n. 2 Unde secundam solutionem ponit ibi: nihil autem prohibet et cetera. Et dicit quod nihil prohibet etiam propter motum aeris in circuitu, prohiberi quod nubes non congregentur in superiori loco: quia necessarium est quod totus aer qui est in circuitu terrae, fluat circulariter motus.

Sed ab isto fluxu excipit illum aerem qui capitur inter peripheriam, idest circumferentiam, definitam, idest quae continetur infra partes terrae, ut sic tota terra inveniatur esse sphaerica cum aere incluso inter partes terrae. Et sic ille aer qui excedit omnem altitudinem montium, in circuitu fluit: aer autem qui continetur infra montium altitudinem, impeditur ab hoc fluxu ex partibus terrae immobilibus. Et propter hoc generatio ventorum videtur esse nunc in locis terrae stagnantibus, idest in aere qui continetur infra partes terrae, ac si essent stagna aeris quiescentis.

Si enim aer in quo generantur venti, moveretur circulariter, oporteret quod omnes venti cum eo circulariter circumferrentur: nunc autem videmus ex diversis partibus ventos flare. Et quia in aere fluenti non generantur venti, sed in quiescenti, propter hoc venti non excedunt montes altos: dicitur enim ab antiquis quod, sacrificiis factis in altissimis montibus, post annum inveniebatur cinis adhuc salvus, in eodem loco manens. Et hoc quod venti non generantur ibi, est signum quod etiam nubes ibi non condensantur in pluvias. Quare autem aer qui excedit montes fluat, ostendit, subdens quod ideo fluit in circuitu, quia simul trahitur cum circulatione caeli: ignis enim est continuus, idest contiguus, cum corpore caelesti, aer autem cum igne.

Quia ergo superior aer fluit, per eius motum prohibetur congregari in aquam: quia motus rarefacit et congregationem impedit. Sed si qua pars illius aeris aliquo modo condensetur, aut aliquod spissum aliquo modo feratur per aliquam violentiam, feretur deorsum, idest in locum aeris propinqui terrae: et si quid calidum erat in ea, feretur sursum. Et alia pars illius aeris, quae non gravatur, feretur sursum simul cum igne exhalato. Et sic, dum eorum quae resolvuntur a terris et aquis aliquid manet in loco aeris, aliquid autem fertur ad locum ignis, continue unus locus manet plenus aere, et alius plenus igne: non tamen ita quod semper maneat idem aer et ignis numero incorruptus; sed semper, corrupta una parte aeris vel ignis, vel per violentiam ad terram expulsa, generatur alia, quae sursum a terra et aqua elevatur. Et ita, licet semper maneat in loco aeris aer, et in loco ignis ignis, tamen semper unumquodque ipsorum fit aliud et aliud per continuam generationem et corruptionem; sicut in fluvio decurrenti patet, in quo semper manet aqua, non tamen eadem numero, sed una defluente et alia succedente.

30. De ce fait, il donne la solution suivante, là : rien n’interdit, etc. Et il dit que rien n’interdit aussi que le mouvement de l’air en cercle empêche les nuages de s’assembler dans le lieu supérieur : en effet, il est nécessaire que l’air qui se trouve dans le cercle de la Terre s’écoule tout entier circulairement.

Mais il exclut de ce flux l’air qui est compris à l’intérieur de la périphérie, c’est-à-dire de la circonférence, définie, c’est-à-dire contenue dans les parties de la terre, de telle sorte que la totalité de la terre se trouve être sphérique avec l’air inclus entre ses parties. Et ainsi l’air qui dépasse toute la hauteur des montagnes s’écoule en cercle ; l’air qui est contenu sous la hauteur des montagnes est écarté de ce flux par les parties immobiles de la terre. Et c’est pour cette raison que la génération des vents semble être maintenant dans les lieux stagnants de la terre, c’est-à-dire dans l’air qui est contenu sous les parties de la terre, même si ce sont des nappes d’air immobile.

En effet, si l’air dans lequel les vents sont engendrés se mouvait circulairement, il faudrait que tous les vents soient entraînés avec lui circulairement ; or maintenant nous voyons que les vents soufflent de différentes parties. Et puisque les vents ne sont pas engendrés dans l’air en flux, mais dans l’air immobile, les vents ne dépassent pas les hautes montagnes ; car les Anciens disent que, lorsque des sacrifices avaient eu lieu sur les plus hautes montagnes, on trouvait un an plus tard des cendres encore intactes et demeurées au même endroit. Et le fait que les vents ne sont pas engendrés à cet endroit est la preuve que les nuages ne s’y condensent pas non plus en pluie. Il montre pourquoi l’air qui dépasse les montagnes s’écoule, ajoutant qu’il s’écoule en cercle parce qu’il est entraîné avec le mouvement circulaire du ciel : car le feu est continu, c’est-à-dire contigu, avec le corps céleste, et l’air avec le feu.

Donc, puisque l’air supérieur s’écoule, ce mouvement l’empêche de s’assembler en eau parce que le mouvement le raréfie et empêche l’assemblement. Mais si une partie de cet air se condensait de quelque manière, ou bien si quelque chose de dense était emporté de quelque manière par quelque violence, il le serait vers le bas, c’est-à-dire à l’endroit où l’air est proche de la terre : et si quelque chose de chaud s’y trouvait, il serait emporté vers le haut. Et une autre partie de cet air, qui n’est pas alourdie, serait emportée vers le haut en même temps que le feu exhalé. Et ainsi, pendant que, parmi les choses qui sont désagrégées par les terres et les eaux, l’une reste à la place de l’air, et qu’une autre est entraînée à la place du feu, un lieu demeure continuellement rempli d’air, un autre rempli de feu, mais sans que l’air reste toujours le même et que le feu demeure intact en nombre ; mais toujours, après qu’une partie de l’air ou du feu a été corrompue ou bien expulsée violemment vers la terre, une autre est engendrée, et s’élève vers le haut au-dessus de la terre et de l’eau. Et ainsi, bien que l’air demeure toujours à la place de l’air, et le feu à la place du feu, chacun d’entre eux devient toujours un autre et un autre par génération et corruption continues, comme on le voit dans le cours d’un fleuve, dans lequel il reste toujours de l’eau, pourtant pas la même en nombre, mais une partie s’écoulant et une autre lui succédant.

[80094] Super Meteora, lib. 1 cap. 5 n. 3 Deinde recolligit ea quae dicta sunt, ibi: de eo quidem igitur etc., et dicit: tanta sunt dicta a nobis de eo quod non fiunt nubes, neque inspissatio vaporum in aquam, in superiori parte aeris; et etiam de hoc, quomodo oporteat accipere de loco qui est inter suprema astra et terram, quo scilicet corpore plenus est.

31. Ensuite, il rassemble ce qu’il a dit, là : donc sur l’absence, etc., et il dit : nous avons assez parlé du fait que les nuages et la condensation de la vapeur en eau ne se font pas dans la partie supérieure de l’air, et aussi de la façon dont il faut concevoir le lieu qui se trouve entre les derniers astres et la terre, c’est-à-dire de quel corps il est rempli.

[80095] Super Meteora, lib. 1 cap. 5 n. 4 Deinde cum dicit: de facta autem caliditate etc., solvit tertiam quaestionem.

Et circa hoc duo facit. Primo dicit de quo est intentio: dicens quod de caliditate quam sol facit in istis inferioribus, magis conveniret dicere secundum se et diligenter, idest perfecte, in his quae dicenda sunt in libris de sensu: quia calidum est quaedam sensuum passio, est enim obiectum sensus tactus; sensus autem et sensibile habent eandem scientiam, cum adinvicem dicantur quodammodo. Sed quia materia praesens hoc requirit, dicendum est nunc propter quam causam, cum corpora caelestia non sint calida in sui natura, fit ab eis caliditas in istis inferioribus.

32. Ensuite quand il dit : au sujet de la chaleur produite, etc., il résout la troisième question.

Et, sur ce point, il procède en deux étapes. Premièrement, il dit quelle est son intention, déclarant qu’il serait préférable de parler de la chaleur que produit le Soleil dans ces corps inférieurs en soi et diligemment, c’est-à-dire parfaitement, dans les développements qui doivent être faits dans les livres sur la sensation, puisque le chaud est une certaine affection des sens, car c’est l’objet de la sensation du toucher ; la sensation et le sensible concernent la même science étant donné qu’ils sont utilisés l’un pour l’autre d’une certaine manière. Mais puisque la matière présente le requiert, il faut maintenant dire pour quelle raison, alors que les corps célestes ne sont pas chauds par nature, ils produisent de la chaleur dans ces corps inférieurs.

[80096] Super Meteora, lib. 1 cap. 5 n. 5 Secundo ibi: videmus itaque etc., solvit quaestionem.

Et dividitur in duas partes: primo ponit quaestionis solutionem; secundo probat verum esse quod in quaestione supponebatur, ibi: signum autem sufficiens et cetera.

Prima dividitur in duas, secundum duas causas quas assignat: secunda incipit ibi: et quia ambiens et cetera.

Circa primum tria facit. Primo assignat causam propter quam a corporibus caelestibus non calidis existentibus, calor in istis inferioribus generatur. Et dicit quod sensibiliter videmus quod motus, quia potest disgregare aerem et rarefacere, potest etiam eum ignire: nam raritas et igneitas se consequuntur, sicut frigiditas et spissitudo; et propter hoc ea quae feruntur, sicut sagittae, si habeant plumbum et ceram, saepe videntur liquefieri, quasi motu ea calefaciente. Unde nihil inconveniens est, si caelum suo motu calefacit ista inferiora.

33. Deuxièmement, là : de fait, nous voyons, etc., il résout le problème.

Et elle se divise en deux parties : premièrement, il donne la solution de la question ; deuxièmement, il prouve qu’est vrai ce qui était supposé dans la question, là : une preuve suffisante, etc.

La première se divise en deux, selon les deux causes qu’il avance ; la seconde commence là : et aussi parce que, etc.

Concernant le premier point, il procède en trois étapes. Premièrement, il avance la cause pour laquelle la chaleur est engendrée dans ces corps inférieurs par des corps célestes qui ne sont pas chauds. Et il dit que notre vue nous montre que le mouvement, puisqu’il peut désagréger l’air et le raréfier, peut aussi l’enflammer : car la rareté et l’inflammation s’enchaînent tout comme le froid et la condensation ; et c’est pour cette raison que les choses qui sont entraînées, comme des flèches, si elles comportent du plomb et de la cire, semblent souvent se liquéfier, comme si le mouvement les réchauffait. De ce fait, nul inconvénient à ce que le ciel réchauffe ces corps inférieurs par son mouvement.

[80097] Super Meteora, lib. 1 cap. 5 n. 6 Secundo ibi: eius quidem igitur etc., assignat causam quare calor in istis inferioribus causatur magis ex motu solis, quam ex motu alicuius alterius corporis superioris. Et dicit quod sol solus sufficiens est facere aestuantem calorem in istis inferioribus: nam calor qui fit ex aliis corporibus caelestibus, est quasi insensibilis respectu caloris qui fit a sole. Huius autem ratio est, quia motus qui causat vehementem calorem, oportet quod sit velox, et quod propinquus nobis. Motus autem astrorum tam fixorum quam quinque errantium quae sunt supra solem, secundum opinionem Aristotelis, scilicet Saturni, Iovis, Martis, Veneris et Mercurii, est quidem velox, remotus tamen a nobis longe; motus autem lunae, licet sit propinquus, est tamen tardus; motus autem solis habet utrumque sufficienter ad causandum calorem in istis inferioribus, scilicet et velocitatem et propinquitatem.

Quod autem hic dicitur de velocitate motus solis, referendum est ad motum quo movetur secundum motum diurnum, non ad proprios motus stellarum. Manifestum est enim quod motum diurnum omnia astra eodem temporis spatio peragunt: quanto autem aliquod caelestium corporum est propinquius centro, tanto minorem circumferentiam circuit, unde tardius movetur. Secundum autem proprios motus, luna velocissime movetur.

34. Deuxièmement, là : donc le, etc., il avance la raison pour laquelle la chaleur est causée dans ces corps inférieurs plus par le mouvement du Soleil que par celui de quelque autre corps supérieur. Et il dit que le Soleil suffit à lui seul à produire une chaleur ardente chez ces corps inférieurs ; en effet, la chaleur qui est créée par d’autres corps célestes est quasiment imperceptible au regard de celle qui est créée par le Soleil. La raison en est que le mouvement qui cause une forte chaleur doit être rapide et proche de nous. Or le mouvement des astres fixes aussi bien que celui des cinq qui errent au-dessus du Soleil, selon l’opinion d’Aristote, à savoir Saturne, Jupiter, Mars, Vénus et Mercure, est certes rapide, mais très éloigné de nous ; le mouvement de la Lune, bien que proche, est pourtant lent ; celui du Soleil possède les deux caractéristiques de façon suffisante pour causer la chaleur chez ces inférieurs, à savoir la rapidité et la proximité.

Ce qu’il dit ici de la rapidité du mouvement du Soleil doit être rapporté au mouvement qui se fait selon la translation diurne, non aux mouvements propres des étoiles. Car il est évident que tous les astres parcourent le mouvement diurne pendant la même durée : plus un des corps célestes est proche du centre, plus la circonférence qu’il parcourt est petite, si bien qu’il se meut plus lentement. Selon les mouvements propres, la Lune se meut très rapidement.

[80098] Super Meteora, lib. 1 cap. 5 n. 7 Tertio ibi: fieri autem magis etc., assignat causam quare magis generatur calor ex motu ipsius solaris corporis, quam ex motu sphaerae eius. Et dicit quod rationabile est quod caliditas fiat magis cum ipso solari corpore. Et huius simile possumus sumere ex his quae sunt apud nos: quia etiam hic, aer vicinus rebus spissis quae feruntur per violentiam, maxime fit calidus. Et hoc accidit etiam rationabiliter: quia maxime motus corporis solidi disgregat aerem; unde cum ipsum corpus solare sit magis solidum quam ceterae partes sphaerae ipsius, cum non sit diaphanum, magis ex motu eius generatur calor, quam ex motu sphaerae eius. Sic igitur propter causam istam caliditas a sole pertingit ad locum istum, quamvis sol non sit calidus. Nec huic causae impedimentum praestat quod luna est inter solem et nos, quae calefieri non potest: quia licet non calefiat a sole, aliquo tamen modo immutatur ab eo, videmus enim quod illuminatur ab eo; non semper autem eadem specie immutationis immutatur medium et extremum, sicut radius solis non inflammat vas vitreum plenum aqua, sed stupam oppositam. Apparet etiam ratio quare, ubi est umbra, non est tantus calor quantus est in loco ubi radii solares proiiciuntur: quia scilicet umbra causatur ex aliquo corpore opposito soli, quod interrumpit continuationem transmutationis quae est a sole; sed actio solis pertingit ad locum umbrae per quandam reflexionem.

Nec tamen putandum est quod motus solis, inquantum est motus tantum, causet calorem: sed inquantum est motus talis corporis, in sua natura habentis virtutem calefaciendi. Omnes enim formae corporum inferiorum reducuntur in corpora caelestia sicut in quaedam principia: et inde est quod diversa corpora caelestia diversos effectus in rebus corporalibus habent, non solum secundum calidum, sed etiam secundum alias passiones et formas.

35. Troisièmement, là : il est logique que, etc., il donne la raison pour laquelle la chaleur est engendrée par le mouvement du corps solaire même plutôt que par celui de sa sphère. Et il dit qu’il est logique de penser que la chaleur est plutôt produite avec le corps solaire même. Et nous pouvons prendre un exemple de ce phénomène chez ce qui se trouve chez nous : en effet, ici aussi c’est l’air proche des choses compactes mues par la force qui devient le plus chaud. Et il est également logique que cela se produise, puisque c’est surtout le mouvement du corps solide qui désagrège l’air ; de ce fait, comme le corps solaire lui-même est plus solide que toutes les autres parties de sa sphère même, puisqu’il n’est pas diaphane, la chaleur est engendrée par son mouvement, plutôt que par celui de sa sphère. Ainsi donc, c’est pour cette raison que la chaleur quitte le Soleil pour atteindre ce lieu, bien qu’il ne soit pas chaud.

Et le fait que la Lune se trouve entre le Soleil et nous ne fait pas obstacle à ce raisonnement, puisqu’elle ne peut être réchauffée : en effet, bien qu’elle ne soit pas réchauffée par le Soleil, elle est cependant transformée de quelque manière par lui, car nous voyons qu’elle est éclairée par lui ; son centre et son extrémité ne sont pas toujours transformés de la même façon, de même qu’un rayon de Soleil n’enflamme pas un vase en verre rempli d’eau, mais l’étoupe à l’opposé. Est aussi évidente la raison pour laquelle, là où il y a de l’ombre, il n’y a pas autant de chaleur aussi forte qu’à l’endroit où les rayons du Soleil sont projetés, c’est-à-dire que l’ombre est causée par un corps opposé au Soleil, qui interrompt la continuité de la transformation qui provient du Soleil ; mais l’action de ce dernier atteint le lieu où se trouve l’ombre par réflexion.

Et pourtant il ne faut pas penser que le mouvement du Soleil, en tant que mouvement seul, cause la chaleur, mais en tant que mouvement d’un tel corps, possédant naturellement la capacité de réchauffer. Car toutes les formes des corps inférieurs sont ramenées aux corps célestes comme à des principes ; et de là vient que différents corps célestes produisent différents effets sur les choses corporelles, non seulement en ce qui concerne la chaleur, mais aussi les autres affections et formes.

[80099] Super Meteora, lib. 1 cap. 5 n. 8 Deinde cum dicit: et quia ambiens etc., ponit propriam causam caliditatis generatae ex motu solis: quae tamen non est universalis, sed particularis. Unde dicit quod frequenter ignis qui ambit inferiores partes mundi, ex motu corporis caelestis, fertur quadam violentiam deorsum, et spargitur per aerem: quia, sicut supra dictum est, superior pars aeris et ignis quendam fluxum habet ex motu caeli.

36. Ensuite, quand il dit : et aussi parce que, etc., il donne la raison spécifique qui fait que la chaleur est engendrée par le mouvement du Soleil, laquelle n’est pourtant pas universelle, mais particulière. De ce fait, il dit que le feu qui entoure les parties inférieures du monde est fréquemment entraîné vers le bas avec force par le mouvement du corps céleste et dispersé dans l’air : car, comme on l’a dit ci-dessus, la partie supérieure de l’air et du feu a une sorte de flux à cause du mouvement du ciel.

[80100] Super Meteora, lib. 1 cap. 5 n. 9 Deinde cum dicit: signum autem sufficiens etc., manifestat quod quaestio supponebat, scilicet quod corpora caelestia non sunt calida aut ignita: et hoc per duo signa. Primum est quia ibi non apparent discursus astrorum quae videntur cadentia, quae ex ignitione generantur in inferiori loco: quod non esset si corpora caelestia essent calida aut ignita; quia ubi est motus maior et velocior, ibi citius aliquid ignitur. Secundum signum est quod sol, qui maxime videtur esse calidus ex effectu, videtur coloris albi et non ignei.

37. Ensuite, quand il dit : une preuve suffisante, etc., il démontre ce que la question supposait, à savoir que les corps célestes ne sont pas chauds ou en feu : et cela grâce à deux preuves. La première est qu’ici n’apparaissent pas les pluies d’astres qui semblent tomber et qui sont engendrées par inflammation dans un lieu inférieur, ce qui ne serait pas le cas si les corps célestes étaient chauds ou en feu, étant donné que là où le mouvement est plus grand et plus rapide, un objet s’enflamme plus vite. La seconde preuve est que le Soleil, qui paraît être effectivement le plus chaud, semble de couleur blanche et non ignée.

 

 

Caput 6

Chapitre 6 – [Les corps célestes, comètes et galaxies]

[80101] Super Meteora, lib. 1 cap. 6 n. 1 Positis his quae ad manifestationem sequentium philosophus induxerat, incipit primo determinare de his quae in alto ex materia sicca generantur; secundo de his quae generantur ex materia humida in alto, ibi: de loco autem positione et cetera.

Prima dividitur in tres: primo determinat de stellis cadentibus, et his quae similem habent causam; secundo determinat de cometis, ibi: de cometis autem etc.; tertio de lacteo circulo, qui dicitur Galaxia, ibi: qualiter autem et propter quam causam et cetera.

Circa primum duo facit: primo enim determinat de stellis cadentibus et aliis huiusmodi; secundo determinat de quibusdam aliis apparitionibus quae in aere videntur, ibi: apparent autem aliquando nocte et cetera.

Circa primum duo facit. Primo dicit de quo est intentio. Et dicit quod post determinationem praedictorum, dicendum est propter quam causam apparent in caelo flammae accensae, et sidera discurrentia, et vocati a quibusdam dali, idest titiones, et aeges, idest caprae. Ideo autem dicendum est simul de omnibus istis, quia omnia huiusmodi sunt idem secundum speciem, et secundum eandem causam fiunt; sed differunt per magis et minus, ut infra patebit.

38. Après avoir établi ce qu’il avait introduit pour montrer ce qui suit, le philosophe commence premièrement par déterminer au sujet des choses engendrées en haut à partir d’une matière sèche ; deuxièmement au sujet des choses engendrées en haut à partir d’une matière humide, là : à propos du lieu, etc.

La première partie se divise en trois : il détermine premièrement au sujet des étoiles filantes et des phénomènes qui ont les mêmes causes qu’elles ; il détermine deuxièmement au sujet des comètes, là : à propos des comètes, etc. ; troisièmement de la Voie Lactée, appelée « Galaxie », là : de quelle manière et pour quelle raison, etc.

Concernant le premier point, il procède en deux étapes : en effet, il détermine premièrement au sujet des étoiles filantes et autres corps de ce genre ; deuxièmement, il détermine au sujet de certains autres phénomènes que l’on voit dans l’air, là : apparaissent parfois de nuit, etc.

Concernant le premier point, il procède en deux étapes. Premièrement, il dit quelle est son intention. Et il déclare qu’après la détermination de ce qui précède, il faut dire pour quelle raison apparaissent dans le ciel des flammes ardentes, des étoiles filantes et ce que certains appellent dali, c’est-à-dire torches, et aeges, c’est-à-dire chèvres. Il faut parler en même temps de tous ces phénomènes, parce qu’ils sont tous identiques en espèce et se produisent suivant la même cause ; mais ils diffèrent en degré, comme on le verra ci-dessous.

[80102] Super Meteora, lib. 1 cap. 6 n. 2 Secundo ibi: principium autem et horum etc., determinat propositum.

Et circa hoc duo facit. Primo praemittit causas generationis praedictorum. Et dicit quod principium praedictarum passionum et multarum aliarum, tam activum quam materiale, est quod dicetur. Cum enim terra calefacta fuerit per motum solis, oportet aliquam exhalationem resolvi a terra. Quae non est uniusmodi, ut quidam putant, sed est duplex: quaedam enim est magis vaporosa et humida, quaedam vero est magis spumosa et sicca: nam ab humido aqueo quod est super terram, resolvitur et elevatur vaporosa exhalatio et humida; ab ipsa autem terra, quae est siccae naturae, elevatur exhalatio fumosa sive spumosa. Harum autem exhalationum, spumosa quidem supereminet propter calidum, quod in ea dominatur et magis ipsam subtiliat: siccum enim et calidum leve est, et talis est ignis natura. Vaporosa autem exhalatio, quae est magis humida, subest spumosae propter pondus, non enim ita rarefit: calidum enim et humidum pertinent ad naturam aeris, qui subest igni calido et sicco existenti.

Et huic attestatur ordo elementorum quae sunt circa terram. Nam sub circulari motu caeli primo est locatum id quod est calidum et siccum, quod communiter dicitur ignis, licet non sit nomen proprium, ut supra dictum est: quia enim id quod est commune omni fumosae exhalationi, est innominatum, et quod tale est maxime natum est exuri, propter hoc sic necessarium fuit uti nominibus, ut talis fumosa exhalatio ignis diceretur. Sub fumosa autem exhalatione est aer. Sic ergo posita est causa et effectiva praedictarum passionum, quae est latio solis, et causa materialis, quae est fumosa exhalatio.

39. Deuxièmement, là : voici le principe de ces phénomènes, etc., il détermine la proposition.

Et concernant ce point, il procède en deux étapes. Premièrement, il avance les causes de la génération des phénomènes mentionnés. Et il dit que le principe des accidents mentionnés et de nombreux autres, aussi bien actif que matériel, est le suivant. En effet, comme la terre a été réchauffée par le mouvement du Soleil, il faut qu’une exhalaison se dégage de la terre. Et celle-ci n’est pas uniforme, comme certains le pensent, mais double : car l’une est plus vaporeuse et humide, et l’autre plus écumeuse et sèche ; en effet, une exhalaison vaporeuse et humide se dégage et monte de l’humidité aqueuse qui est sur la terre ; une exhalaison fumeuse ou écumeuse s’élève de la terre même, qui est d’une nature sèche. Parmi ces exhalaisons, l’écumeuse s’élève au-dessus de l’autre en raison de la chaleur qui domine en elle et qui la rend plus subtile ; car ce qui est sec et chaud est léger, et telle est la nature du feu. L’exhalaison vaporeuse, qui est plus humide, se place sous l’écumeuse à cause de son poids, car elle ne se raréfie pas à ce point : en effet, le chaud et l’humide caractérisent la nature de l’air, qui est placé sous le feu, qui est chaud et sec.

En atteste l’ordre des éléments qui entourent la terre. Car sous le mouvement circulaire du ciel est placé en premier lieu ce qui est chaud et sec, appelé communément « feu », bien que ce ne soit pas le nom approprié, comme on l’a dit ci-dessus : en effet, puisque ce qui est commun à toute exhalaison fumeuse n’a pas de nom et que ce qui est ainsi est par nature destiné au plus haut point à brûler, il était nécessaire d’utiliser des noms, si bien qu’une telle exhalaison fumeuse a été appelée « feu ». Sous l’exhalaison fumeuse se trouve l’air. Ainsi donc, on a établi et la cause effective des accidents déjà mentionnés, qui est la translation du Soleil, et la cause matérielle, qui est l’exhalaison fumeuse.

[80103] Super Meteora, lib. 1 cap. 6 n. 3 Secundo ibi: oportet autem intelligere etc., determinat de generatione praedictarum passionum.

Et circa hoc duo facit: primo assignat rationem generationis harum passionum; secundo assignat rationem quorundam accidentium circa ipsas, ibi: propter positionem et cetera.

Circa primum tria facit: primo assignat causam praedictarum passionum in communi; secundo assignat differentiam earum adinvicem, ibi: quacumque igitur se habeat maxime etc.; tertio movet dubitationem circa determinata, ibi: dubitabit utique quis et cetera.

Dicit ergo primo quod, secundum praedicta, oportet intelligere hoc quod nunc diximus ignem, scilicet fumosam exhalationem, esse ut quoddam hyppeccauma, idest quandam materiam incendii; et quod ordinatur in rotunditate quae est circa terram ultimo (incipiendo scilicet a terra); ita quod propter propinquitatem ad motum caelestem, saepe exuratur, sortiens augmentum caloris, modico motu, idest cum parum movetur ex motu superioris corporis; sicut accidit de fumo, dum incenditur et fit flamma: nihil enim est aliud flamma quam ardor spiritus, idest fumi, sicci. Ipsa ergo flammatio praedicti hypeccaumatis, communiter loquendo, est generatio praedictarum passionum, ex appropinquatione materiae praeparatae causae efficienti.

40. Deuxièmement là : il faut maintenant comprendre, etc., il détermine au sujet de la génération des accidents déjà mentionnés.

Et sur ce point il procède en deux étapes : premièrement, il avance la raison de la génération de ces accidents ; deuxièmement, il donne la raison de ceux qui arrivent autour d’eux, là : en raison de la position, etc.

Concernant le premier point, il procède en trois étapes : premièrement, il avance la cause commune des accidents mentionnés ; deuxièmement il présente la différence qui se trouve entre les uns et les autres, là : donc, là où une telle substance rencontre, etc. ; troisièmement, il soulève une question sur les points qui ont été déterminés, là : on se demandera, etc.

Il dit donc premièrement que, selon les propos tenus, il faut comprendre que ce que nous venons d’appeler « feu », à savoir l’exhalaison fumeuse, est une sorte d’hyppeccauma, c’est-à-dire de combustible, qui est disposé sur la sphère qui entoure la terre en dernier lieu (c’est-à-dire en partant de la terre) ; par conséquent, en raison de sa proximité avec le mouvement céleste, il brûle souvent, obtenant une plus forte chaleur, avec un mouvement modéré, c’est-à-dire lorsqu’il se meut un peu sous l’effet du mouvement du corps supérieur, comme il arrive à la fumée quand elle brûle et devient une flamme ; en effet, une flamme n’est rien d’autre que l’ardeur d’un souffle - autrement dit de la fumée - sec. Donc l’embrasement même de l’hyppeccauma susdit, pour parler communément, génère les accidents dont il a été question, lorsque la matière préparée s’approche de la cause efficiente.

[80104] Super Meteora, lib. 1 cap. 6 n. 4 Deinde cum dicit: quacumque igitur se habeat maxime etc., assignat differentiam praedictarum passionum.

Et circa hoc duo facit. Primo ostendit unde sit accipienda differentia. Et dicit quod ex qua parte se habet praedicta materia (quocumque modo se habeat talis consistentia, idest praedicta materia incendii) optime disposita ad hoc quod igniatur, tali modo exuritur, quando fuerit mota per calefactionem a circulari motu caeli: et differt passio exignita secundum positionem praedictae materiae et multitudinem.

41. Ensuite, quand il dit : donc, là où une telle substance rencontre, il présente la différence entre les accidents mentionnés.

Et, sur ce point, il procède en deux étapes. Premièrement, il montre comment il faut comprendre cette différence. Et il dit que, dans la mesure où la matière en question (quelle que soit une telle consistance, c’est-à-dire la matière de ladite combustion) est dans les meilleures dispositions pour prendre feu, elle brûle d’une telle manière, quand elle a été mue par le réchauffement dû au mouvement circulaire du ciel ; et cet accident de combustion diffère selon la position de la matière en question et selon sa quantité.

[80105] Super Meteora, lib. 1 cap. 6 n. 5 Secundo ibi: si quidem enim etc., assignat differentiam praedictarum passionum. Et dicit quod si praedicta materia habeat magnam latitudinem et longitudinem, videtur esse quaedam flamma accensa in caelo, sicut cum stipula ardet in area. Si vero non habeat multum in latitudine, sed solum in longitudine, generantur et apparent illic dali, idest titiones, et aeges, idest caprae, et sidera discurrentia. Quia si praedicta materia fuerit plus secundum longitudinem quam latitudinem, et quando simul dum comburitur, ignis scintillat, idest videtur salire et discurrere quasi aeges, idest sicut caprae (quod quidem fit propter hoc quod incipit igniri non tota materia simul, sed secundum aliquas parvas partes, incipiens ex aliquo principio illius materiae): quando inquam hoc fit, tunc vocatur aeges, idest capra.

Sed quando fit incensio praedictae materiae sine praedicta passione, idest sine scintillatione, eo quod materia tota accenditur simul, tunc vocatur dalus, idest titio. Sed quando exhalatio non fuerit continua, sed frequens et dispersa per modicas partes et multis modis, tam secundum longitudinem quam secundum latitudinem, quam etiam secundum profunditatem, tunc fiunt sidera quae putantur volare: eo quod illa materia cito consumitur, et desinit esse ibi ubi prius accensa fuerat, sicut accidit de stuppa, si modicum de ea per longitudinem disponatur et accendatur: currit enim combustio, et videtur similis esse motui alicuius corporis ignei. Sic igitur patet quod plurimum habet de materia flamma accensa; mediocriter (propter quod vocantur) titiones et caprae; minimum autem stellae discurrentes, et propter hoc frequentius apparent.

42. Deuxièmement, là : en effet, si, etc., il présente la différence entre les accidents mentionnés. Et il dit que, si la matière mentionnée a une grande largeur et une grande longueur, elle semble être une flamme qui s’embrase dans le ciel, à l’image du chaume brûlant sur une aire. Si elle n’a pas beaucoup de largeur, mais seulement de la longueur, des dali, c’est-à-dire des torches, des aeges, c’est-à-dire des chèvres, et des étoiles vagabondes sont engendrés et apparaissent à cet endroit. En effet, si la matière en question s’étend plus en longueur qu’en largeur, quand le feu scintille tout en se consumant, c’est-à-dire qu’il semble bondir et vagabonder comme des aeges, c’est-à-dire à la manière des chèvres (cela se produit parce que la matière ne commence pas à brûler tout entière en même temps, mais par parcelles, débutant par une extrémité de la matière) ; quand, dis-je, cela arrive, alors on l’appelle aeges, c’est-à-dire chèvre.

Mais lorsque l’embrasement de la matière en question se fait sans ledit accident, c’est-à-dire sans étincelle, du fait que la matière tout entière prend feu, alors on l’appelle dalus, c’est-à-dire torche. Mais quand l’exhalaison n’est pas continue, mais qu’elle représente de grandes quantités dispersées en parcelles et cela de multiples manières, en longueur aussi bien qu’en largeur et aussi en profondeur, alors naissent des étoiles qui ont l’air de voler : car cette matière se consume rapidement et elle cesse d’être là où elle avait auparavant pris feu, comme il arrive à la paille, si on en dispose un peu en longueur et qu’elle prend feu ; en effet, la combustion court et semble être pareille au mouvement d’un corps en feu. Ainsi donc, il est évident que la flamme allumée a une très grande quantité de matière, que les torches et les chèvres en ont peu (ce qui explique leur nom) et les étoiles filantes, très peu, et c’est pourquoi elles apparaissent plus souvent.

[80106] Super Meteora, lib. 1 cap. 6 n. 6 Sed quia sidera volantia habent aliam causam suae generationis, ideo subiungit quod aliquando exhalatio exusta a motu solis generat ea; aliquando autem, inspissato aere propter frigus, illud quod est ibi calidum, inspissatum extruditur inferius et separatur a frigido; et propter hoc illud inspissatum ignitur, et videtur stella cadens. Propter quod et motus siderum sic cadentium non assimilatur exustioni, sed magis proiectioni.

43. Mais puisque les étoiles filantes sont engendrées pour une autre raison, il ajoute que l’exhalaison brûlée à cause du mouvement du Soleil les engendre parfois ; mais que, à d’autres occasions, lorsque l’air s’est épaissi à cause du froid, ce qui est chaud à cet endroit, une fois épaissi, est expulsé plus bas et séparé du froid ; et c’est pourquoi cet air épaissi prend feu et semble être une étoile filante. C’est pour cette raison que le mouvement des étoiles tombant ainsi ne ressemble pas à une combustion, mais plutôt à une projection.

 

 

Caput 7

Chapitre 7 – [Les étoiles filantes]

[80107] Super Meteora, lib. 1 cap. 7 n. 1 Quia assignavit duas causas generationis siderum discurrentium, hic movet quandam dubitationem circa ea.

Et circa hoc duo facit. Primo movet dubitationem: quae est utrum discursus siderum currentium fiat hoc modo, sicut cum fumosa exhalatio inferioris candelae incenditur a flamma superioris candelae vel lucernae (tunc enim videtur ignis descendere cum mirabili velocitate, et videtur proiectio unius et eiusdem ignis, et non videtur quod ignis fiat in alio et alio corpore); aut secundum veritatem discursus siderum cadentium sunt proiectiones alicuius eiusdem corporis cadentis.

44. Puisqu’il a présenté les deux causes de la génération des étoiles filantes, il pose ici une question à leur propos.

Et, sur ce point, il procède en deux étapes. Premièrement, il pose la question, qui est si la course errante des étoiles filantes se fait de la manière dont l’exhalaison fumeuse d’une chandelle placée dessous est allumée par la flamme d’une chandelle ou d’une lampe placée dessus (en effet, le feu semble alors descendre à une vitesse remarquable et paraît la projection d’un seul et même feu, et il ne semble pas que le feu se produise dans deux corps différents), ou bien si les courses de ces étoiles en chute sont en vérité les projections d’un même corps en chute.

[80108] Super Meteora, lib. 1 cap. 7 n. 2 Secundo ibi: videtur itaque etc., solvit propositam dubitationem.

Et circa hoc duo facit. Primo dicit quod propter utramque causam videtur esse discursus siderum cadentium. Quandoque enim sic fit talis discursus per continuam ignitionem materiae, sicut dictum est de fumo lucernarum: quandoque autem aliqua ignita proiiciuntur, propter hoc quod expelluntur a superiori frigore, sicut cum aliqua cadunt expulsa ex digitis, ut nux cerasii. Unde et in terram et in mare videntur cadentia, et hoc tam in die quam in nocte, serenitate existente. Dicit autem de die, et non solum per noctem, quia huiusmodi ignis cadens, nisi appropinquaret terrae per motum, non appareret de die. Dicit autem serenitate existente, quia tempore nebuloso talis ignis ab humiditate nubium et aeris extingueretur. Sed licet ista quae cadunt expulsa sint ignita, et ita, ut videtur, deberent esse levia et ascendere, tamen deorsum iaciuntur, quia coagulatio frigoris impellens ea inclinat deorsum. Et propter hanc causam fulmina cadunt deorsum, licet sint ignita: quia generatio omnium horum sic cadentium non est per exustionem ab aliquo calido igniente, sed per separationem ab aliquo frigido expellente; quia omne calidum secundum naturam habet ferri sursum.

45. Deuxièmement, là : les deux semblent, etc., il résout la question proposée.

Et, sur ce point, il procède en deux étapes. Il dit premièrement que la course des étoiles filantes semble avoir les deux causes. En effet, tantôt une telle course se produit de cette manière par combustion permanente de la matière, comme on l’a dit à propos de la fumée des lampes ; tantôt quelques-unes sont projetées en feu, parce qu’elles sont expulsées par le froid situé au-dessus, de même que des objets pressés par les doigts tombent, comme les noyaux de cerise. De ce fait, on les voit tomber vers la terre et vers la mer, et cela aussi bien de jour que de nuit, si le ciel est serein. Il dit de jour, et non seulement la nuit, puisqu’un feu tombant de ce genre n’apparaît pas de jour, à moins de s’approcher de la terre par un mouvement. Il dit si le ciel est serein, puisque, par un temps nuageux, un tel feu serait éteint par l’humidité des nuages et de l’air. Mais bien que les choses qui tombent après avoir été expulsées soient en feu, et, à ce qu’il paraît, doivent être légères et monter, elles sont pourtant jetées vers le bas, puisque la densification du froid qui les pousse les incline vers le bas. Et c’est pour cette raison que la foudre tombe vers le bas, bien qu’elle soit en feu ; en effet, ce qui engendre tous ces phénomènes tombant ainsi n’est pas la combustion par un autre corps chaud, mais la séparation d’un corps froid sous l’effet d’une expulsion, étant donné que tout corps chaud est de nature à être entraîné vers le haut.

[80109] Super Meteora, lib. 1 cap. 7 n. 3 Secundo ibi: quaecumque quidem igitur etc., assignat differentiam inter discursus siderum ex duabus causis provenientes. Et dicit quod quaecumque siderum discurrentium magis generantur in supremo loco, fiunt per adustionem exhalationis: quaecumque vero demissius generantur, fiunt propter hoc quod humidior exhalatio concernitur, idest inspissatur, et infrigidatur. Haec enim humida exhalatio congregata deorsum tendens, impellit et quasi proiicit calidum deorsum, cum aliqua materia inspissata.

46. Deuxièmement, là : donc tous les phénomènes, etc., il présente la différence qui se trouve entre les courses des étoiles issues de deux causes. Et il dit que toutes les étoiles filantes qui sont plutôt engendrées dans le lieu le plus élevé se forment sous l’effet de la combustion de l’exhalaison ; mais que toutes celles qui sont engendrées plus bas se produisent parce qu’une exhalaison plus humide se mêle, c’est-à-dire s’épaissit et se refroidit. En effet, après que cette exhalaison humide s’est assemblée et qu’elle a tendu vers le bas, elle pousse le chaud et le projette, pour ainsi dire, vers le bas, avec quelque matière condensée.

[80110] Super Meteora, lib. 1 cap. 7 n. 4 Deinde cum dicit: propter positionem etc., assignat rationem quorundam accidentium circa praedicta.

Et circa hoc duo facit: primo assignat rationem de modo motus huiusmodi astrorum cadentium, secundum dispositionem ipsorum; secundo determinat locum generationis eorum, ibi: omnia autem haec sub luna et cetera.

Dicit ergo primo quod secundum diversam positionem exhalationis in latitudine et profunditate, secundum hoc diversimode fertur stella cadens, aut sursum aut deorsum aut ad latus expulsionis a frigore. Quia si materia frigida inspissata expellens fuerit adunata sursum, stella cadens per expulsionem fertur deorsum; si autem fuerit adunata inferius, fertur sursum; cum autem ex neutra parte adunatur, tunc fertur ad latus, quasi oblique et in diametrum. Et hoc pluries evenit: quia calidum expulsum fertur duabus lationibus; naturaliter enim, inquantum est calidum, fertur sursum, sed per violentiam expulsionis fertur deorsum; omnia autem talia, quorum motus sic compositi sunt, feruntur secundum diametrum, idest oblique, quia talis motus est quasi medius inter ascensum et descensum. Et ideo motus discurrentium siderum ut plurimum fit obliquus.

His autem dictis, epilogat quae dicta sunt. Et dicit quod omnium praedictorum causa materialis est exhalatio: causa autem movens est duplex; quandoque quidem motus superioris corporis, quandoque autem condensatio aeris inspissati ex frigore, et ex hoc expellentis calidum.

47. Ensuite quand il dit : c’est à cause de la position, etc., il présente la raison de certains accidents à propos de ce qui a été dit.

Et, sur ce point, il procède en deux étapes : premièrement, il donne la raison pour laquelle les astres de ce genre tombent selon leur disposition ; deuxièmement, il détermine le lieu où ils sont engendrés, là : tous ces phénomènes se produisent sous la Lune, etc.

Il dit donc premièrement que c’est selon les différentes positions de l’exhalaison en largeur et en profondeur que l’étoile filante est entraînée de différentes façons, soit vers le haut, soit vers le bas, soit vers le côté de son expulsion par le froid. En effet, si la matière froide condensée qui l’expulse s’est amassée en haut, l’étoile filante est entraînée vers le bas par l’expulsion ; mais si elle s’est amassée plus bas, elle est entraînée vers le haut ; mais lorsqu’elle ne s’est amassée ni en haut, ni en bas, elle est alors entraînée sur le côté, de façon quasiment oblique et en diagonale. Et cela se produit assez souvent, puisque le chaud expulsé est entraîné par une double translation ; en effet, par nature, dans la mesure où il est chaud, il est entraîné vers le haut, mais, à cause de la violence de l’expulsion, il est entraîné vers le bas ; tous les corps de ce genre, dont les mouvements sont ainsi composés, sont entraînés selon le diamètre, c’est-à-dire obliquement, puisqu’un tel mouvement est pour ainsi dire l’intermédiaire entre l’ascension et la descente. Et c’est pourquoi le mouvement des étoiles filantes est le plus souvent oblique.

Après avoir tenu ces propos, il tire une conclusion sur ce qu’il avait dit. Et il déclare que la cause matérielle de tous les phénomènes susdits est l’exhalaison ; mais que leur cause motrice est double ; tantôt le mouvement du corps supérieur, tantôt la condensation de l’air épaissi par le froid, qui en expulse le chaud.

[80111] Super Meteora, lib. 1 cap. 7 n. 5 Deinde cum dicit: omnia autem haec sub luna etc., determinat locum generationis praedictorum. Et dicit quod omnia praedicta generantur sub luna. Cuius signum est quod apparent nobis valde velociter moveri, sicut illa quae proiiciuntur a nobis, utpote sagittae et alia huiusmodi, quae propter propinquitatem ad nos videntur excedere velocitatem astrorum et solis et lunae; quamvis manifestum sit quod, secundum rei veritatem, superiora corpora multo velocius moventur quam aliquid quod sit hic.

48. Ensuite, quand il dit : tous ces phénomènes se produisent sous la Lune, etc., il détermine le lieu de la génération des phénomènes susnommés. Et il dit que tous ceux-là sont engendrés sous la Lune. La preuve en est qu’ils nous semblent se mouvoir très rapidement, comme les choses qui sont lancées par nous, telles que les flèches et autres projectiles de ce genre, qui, en raison de leur proximité avec nous, paraissent dépasser en vélocité les astres, le Soleil et la Lune, bien qu’il soit évident que, en vérité, les corps supérieurs se meuvent beaucoup plus vite qu’un objet qui est ici.

 

 

Caput 8

Chapitre 8 – [Les phénomènes célestes lumineux]

[80112] Super Meteora, lib. 1 cap. 8 n. 1 Postquam philosophus assignavit causam accensionum quae videntur moveri in aere, hic assignat causam quorundam aliorum nocte apparentium.

Et circa hoc duo facit. Primo proponit illa quorum causas assignare intendit. Et dicit quod aliquando apparent in nocte, cum fuerit serenitas, phantasmata, idest apparitiones, in caelo; sicut hiatus, idest quaedam aperturae, ac si caelum esset apertum, et bothyni, idest voragines, quasi profundae aperturae, et etiam sanguinei colores.

49. Après que le philosophe a donné la cause des feux que l’on voit se mouvoir dans l’air, il expose ici celle de certains autres phénomènes qui apparaissent la nuit.

Et sur ce point, il procède en deux étapes. Premièrement, il propose ce dont il a l’intention de présenter les causes. Et il dit que l’on voit parfois dans la nuit, quand il fait beau, des phantasmata, c’est-à-dire des apparitions, dans le ciel, telles que des hiatus, c’est-à-dire des ouvertures, même si le ciel est ouvert, des bothyni, c’est-à-dire des gouffres, comme de profondes ouvertures, et aussi des couleurs sanglantes.

[80113] Super Meteora, lib. 1 cap. 8 n. 2 Secundo ibi: causa autem et in his etc., assignat causas horum.

Et circa hoc duo facit: primo assignat causam quare appareant praedicta; secundo quare multa alia fiunt quae non apparent, ibi: omnino autem in nigro album et cetera.

Circa primum duo facit: primo assignat causam colorum; secundo assignat causam hiatus et voraginis, ibi: hiatus autem et cetera.

Dicit ergo primo quod eadem causa est in his apparitionibus, quae etiam est ignitionum de quibus supra dictum est. Cum enim manifestum sit quod aer superior (quem supra dixit hypeccauma) sic disponitur quod in eo fiat ignitio; quae quidem aliquando talis est ut videatur ardere flamma, quandoque autem taliter fit ignitio ut videantur ferri titiones et sidera; nullum est inconveniens, cum incensiones fiant in aere multiformes, quod ille aer superior coloratus appareat omni genere colorum.

Duobus enim modis contingit quod aer aliquatenus inspissatus omnes modos colorum repraesentet: uno modo quando aliquod minus lumen, quod non sufficit totaliter illuminare, transparet per aliquem fumum aut vaporem spissiorem; alio modo quando fit repercussio luminis ad aliquem aerem aliquatenus inspissatum. Sed maxime ex istis duabus causis apparent in aere color puniceus et purpureus, idest rubeus et subrubeus: quia maxime hi colores apparent ex aliquo igneo et albo mixtis nigro.

Quae quidem mixtio potest fieri secundum duas supradictas causas: scilicet secundum superappositiones (quod supra dixit transparentiam minoris luminis per aliquod spissius), sicut sol et luna et alia astra apparent punicea in ortu et occasu et quasi subrubea, quando eorum lumen non est perfectum. Sed hoc dico si fuerit calor: quia quando est frigus, vapores sunt condensati, et magis obscurant lumen astrorum orientium vel occidentium, ut transparere non possit; quando autem est calor, exhalationes sunt rariores, et sic per eas lumen astrorum transparere potest. Et similiter si astra videantur mediante fumo, videntur talis coloris.

Et secundum etiam aliam praedictam causam fit praedicta mixtio, scilicet per refractionem; cum illud ad quod fit refractio luminis (quod hic speculum dicit), sive sit nubes aquosa sive aliquid huiusmodi, fuerit tale ut non repraesentet figuram, sed colorem. Haec autem exponet cum de iride agetur.

Assignat autem causam consequenter quare huiusmodi colores cito disparent et non multo tempore manent: quia scilicet causa apparitionis ipsorum est velox, idest cito pertransiens; aer enim non multo tempore manet similis, sed de facili ingrossatur vel subtiliatur.

50. Deuxièmement, là : la cause en, etc., il donne leurs causes.

Et concernant cela, il procède en deux étapes : premièrement, il donne la raison pour laquelle les phénomènes susdits apparaissent ; deuxièmement, la raison pour laquelle beaucoup d’autres phénomènes qui n’apparaissent pas se produisent, là : de façon générale, le blanc sur fond noir, etc.

Concernant le premier point, il procède en deux étapes : il expose premièrement la cause des couleurs ; deuxièmement celle du hiatus et du gouffre, là : le hiatus, etc.

Il dit donc premièrement que ces apparitions ont la même cause, qui est aussi celle des embrasements dont il a été question ci-dessus. En effet, puisqu’il est manifeste que la couche supérieure de l’air (qu’il a nommée ci-dessus hypeccauma) est disposée de telle façon que s’y produit un embrasement, que ce dernier est parfois tel que tantôt une flamme semble y brûler, tantôt un embrasement s’y fait au point que des torches et des étoiles semblent être entraînées, il n’y a pas d’inconvénient à ce que cette couche supérieure de l’air paraisse teintée de couleurs de toute sorte, étant donné que des feux polymorphes y naissent.

En effet, il arrive que l’air épaissi jusqu’à un certain point présente toutes les sortes de lumière, de deux façons : d’une part quand une lumière plus faible, qui ne suffit pas à illuminer totalement, transparaît à travers une fumée ou une vapeur plus dense ; d’autre part lorsque la réflexion de la lumière se produit sur l’air épaissi jusqu’à un certain point. Mais des couleurs vermeille et pourpre, c’est-à-dire rouge vif et rouge foncé, apparaissent dans l’air surtout pour ces deux raisons : parce que ce sont principalement ces couleurs qui naissent du flamboyant et du blanc mélangé au noir.

Et ce mélange peut se produire pour les deux causes susdites, à savoir par suraddition (ce qu’il a appelé ci-dessus apparition d’une lumière plus faible à travers un air plus épaussi), de même que le Soleil, la Lune et d’autres astres semblent rouge vif au lever et au coucher, et comme rouge foncé, lorsque leur lumière n’est pas parfaite. Mais cela est valable s’il fait chaud, puisque quand il fait froid, les vapeurs sont condensées et obscurcissent davantage la lumière des astres qui se lèvent ou qui se couchent, si bien qu’elle ne peut plus transparaître ; mais quand il fait chaud, les exhalaisons sont moins denses, et la lumière des astres peut ainsi percer à travers elles. Et de la même manière si des astres apparaissent au centre de la fumée, ils semblent de cette couleur.

Et le mélange mentionné se produit suivant l’autre cause susdite, à savoir par réfraction, étant donné que ce sur quoi la lumière se réfracte (qu’il appelle ici miroir), que ce soit un nuage chargé de pluie ou quelque chose de ce genre, est tel qu’il ne représente pas la forme, mais la couleur. Il l’expliquera quand il traitera de l’arc-en-ciel.

Par conséquent, il donne la raison pour laquelle les couleurs de ce genre disparaissent et ne demeurent pas longtemps : la cause de leur apparition est rapide, c’est-à-dire qu’elle passe vite ; en effet, l’air ne reste pas très longtemps semblable, mais s’épaissit ou se raréfie aisément.

[80114] Super Meteora, lib. 1 cap. 8 n. 3 Deinde cum dicit: hiatus autem etc., assignat causam hiatus et voraginis. Et dicit quod cum lumen quod apparet in aere, discontinuatur ex aliquo obscuro et nigro, quod scilicet est propter aliquem vaporem magis spissum, apparet quod sit aliqua profunditas et apertura in caelo. Et huius signum est quod, cum ille vapor qui interrumpit lumen, magis inspissatur, ex talibus hiatibus exeunt vel excidunt titiones ignei, quasi calido expulso a frigore vaporem inspissante. Sed quando ille vapor obscurus, discontinuans lumen, concretus et inspissatus fuerit magis, facit videri maiorem profunditatem, quia album superatur a nigro: cum autem fuerit e converso, tunc videtur solum hiatus vel apertura.

Patet ergo quod utraque apparitio, et colorum et hiatuum, habent similem causam, scilicet admixtionem adinvicem albi et nigri: sed color purpureus aut puniceus fit ex albo transparente per nigrum; hiatus autem et vorago ex nigro interrumpente album.

51. Ensuite, quand il dit : le hiatus, etc., il donne la cause du hiatus et du gouffre. Et il déclare que, lorsque la lumière qui apparaît dans l’air est traversée par quelque chose d’obscur et de noir, causé par une vapeur plus épaisse, on voit qu’il y a de la profondeur et une ouverture dans le ciel. Et la preuve en est que, lorsque cette vapeur qui interrompt la lumière est plus dense, des torches de feu sortent ou jaillissent de tels hiatus, comme si la chaleur expulsée par le froid condensait la vapeur. Mais quand cette vapeur obscure, coupant la lumière, est devenue plus compacte et épaisse, elle fait voir une plus grande profondeur, puisque le blanc est dominé par le noir ; mais lorsque c’est le contraire, on voit alors seulement un hiatus ou une ouverture.

Il est donc évident que les deux apparitions, et de couleurs et de hiatus, ont une cause identique, à savoir le mélange du blanc et du noir ; mais la couleur rouge vif ou rouge foncé est créée par le blanc transparaissant à travers le noir ; quant au hiatus et au gouffre, ils le sont par le noir traversant le blanc.

[80115] Super Meteora, lib. 1 cap. 8 n. 4 Deinde cum dicit: omnino autem in nigro album etc., ostendit quod multa huiusmodi fiunt quae non apparent. Et dicit quod album coniunctum nigro multas facit differentias colorum; sicut apparet de flamma in fumo, quae facit diversos colores, secundum quod fumus fuerit densior vel rarior. Sed de die sol sua claritate prohibet huiusmodi colores apparere: de nocte vero non apparent nisi rubeus, quia alii colores, sicut viridis et alii obscuriores, sunt similes colori noctis, propter obscuritatem. Ultimo epilogat praedeterminata. Et dicit quod praedictas causas oportet existimare de astris discurrentibus et ignitis, et de aliis huiusmodi apparitionibus, quaecumque festinas faciunt phantasias, idest quaecumque pertranseuntes videntur absque magna mora temporis.

52. Ensuite quand il dit : de façon générale, le blanc sur fond noir, etc., il montre qu’il se produit beaucoup de phénomènes de ce genre qui ne sont pas visibles. Et il dit que le blanc uni au noir crée de nombreuses variations de couleurs, comme la flamme dans la fumée, qui crée diverses couleurs, selon que la fumée est plus ou moins dense. Mais, de jour, le Soleil empêche par sa clarté que des couleurs de ce genre n’apparaissent ; et, de nuit, aucune couleur n’apparaît en dehors du rouge, puisque les autres couleurs, comme le vert et d’autres plus sombres, sont semblables à la couleur de la nuit, en raison de l’obscurité. Enfin, il conclut sur ce qu’il avait déterminé avant. Et il dit qu’il faut considérer ces causes en ce qui concerne les étoiles filantes et en feu et les autres phénomènes de ce genre, qui font de brèves apparitions c’est-à-dire qui semblent passer sans durer longtemps.

 

 

Caput 9

Chapitre 9 – [Les comètes et la voie lactée]

[80116] Super Meteora, lib. 1 cap. 9 n. 1 Postquam philosophus determinavit de stellis cadentibus et similibus, hic determinat de cometis.

Et primo dicit de quo est intentio: dicens quod nunc dicendum est de cometis et lacteo circulo, hoc ordine servato circa utrumque, ut primo inferamus dubitationes, idest obiectiones, ad ea quae dicta sunt ab aliis, et postea determinemus quod nobis videtur.

Secundo ibi: Anaxagoras quidem igitur etc., prosequitur propositum ordine praemisso. Unde primo ponit opiniones aliorum de cometis; secundo determinat de eis secundum opinionem suam, ibi: quoniam autem de immanifestis et cetera. Prima dividitur in duas: in prima ponit opiniones; in secunda improbat eas, ibi: omnibus autem et cetera.

Prima dividitur in tres, secundum tres opiniones quas ponit.

53. Après que le philosophe a déterminé au sujet des étoiles filantes et phénomènes semblables, il détermine ici au sujet des comètes.

Et il dit premièrement quelle est son intention : il déclare qu’il faut maintenant parler des comètes et de la Voie lactée, respectant cet ordre pour les unes et l’autre, afin de soulever d’abord des doutes, c’est-à-dire des objections, sur ce qui a été dit par d’autres, et de déterminer ensuite ce qui nous semble vrai.

Deuxièmement, là : Anaxagore donc, etc., il expose la proposition suivant l’ordre annoncé. De ce fait, il établit premièrement les opinions des autres savants sur les comètes ; deuxièmement, il détermine à leur sujet selon sa propre opinion, là : puisque sur ce qui n’est pas manifeste, etc. Cette première partie se subdivise en deux : dans la première il expose les opinions ; dans la seconde, il les réfute, ici : à tous, etc.

La première partie se divise en trois, suivant les trois opinions qu’il présente.

[80117] Super Meteora, lib. 1 cap. 9 n. 2 Primo ergo ponit opinionem Anaxagorae et Democriti, qui dixerunt cometas esse symphasim, idest coapparitionem, stellarum errantium. Quae sunt quinque, scilicet Saturnus, Iupiter, Mars, Venus et Mercurius; quarum aliquae, cum appropinquant adinvicem, videntur se tangere; et ita videtur una stella, et apparet ei coma, propter augmentum luminis.

54. Il expose donc en premier lieu l’opinion d’Anaxagore et de Démocrite, qui disaient que les comètes sont des symphasis, c’est-à-dire des apparitions concomitantes aux étoiles errantes. Lesquelles sont cinq, à savoir Saturne, Jupiter, Mars, Vénus et Mercure ; certaines d’entre elles, lorsqu’elles s’approchent les unes des autres, semblent se toucher ; c’est ainsi qu’une étoile est vue et qu’une chevelure lui apparaît, en raison de l’intensification de sa lumière.

[80118] Super Meteora, lib. 1 cap. 9 n. 3 Secundam opinionem ponit ibi: Italicorum autem et cetera. Et fuit quorundam Pythagoricorum in Italia commorantium, qui dixerunt cometam esse unam de stellis errantibus; sed non esse phantasiam, idest visionem, eius, nisi post multum tempus, propter hoc quod excedit, idest recedit a sole, modicum; sicut et accidit circa stellam Mercurii, quae quia modicum digreditur, idest elongatur a sole, frequenter non apparet, ita quod post longum tempus appareat, cum diu non apparuit.

55. Il expose la deuxième opinion là : certains, parmi les Italiens, etc. Et, parmi certains Pythagoriciens qui ont séjourné en Italie, il y en eut pour dire que la comète fait partie des étoiles errantes, mais qu’il n’y en a de phantasia, c’est-à-dire d’apparition, qu’après un long intervalle, parce qu’elle dépasse peu, c’est-à-dire s’éloigne peu du Soleil, comme il arrive aussi à l’étoile Mercure, qui, puisqu’elle s’écarte peu, c’est-à-dire s’éloigne peu du Soleil, n’apparaît pas souvent, si bien qu’elle apparaît après un long intervalle lorsqu’on ne l’a pas vue depuis longtemps.

[80119] Super Meteora, lib. 1 cap. 9 n. 4 Tertiam opinionem ponit ibi: similiter his etc.: quae fuit quorundam sequentium Hippocratem et Aeschylum eius discipulum. Quae quidem opinio in hoc similis est secundae, quod posuit stellam cometam esse unam de errantibus: sed in hoc differt ab ea, quod secunda opinio posuit quod illa stella erratica habet comam ex se; sed ista tertia opinio ponit quod non habet comam ex seipsa, sed cum sit errans, ex loco aliquando accipit comam. Quia dicebant quod ab ipsa stella attrahitur quidam humor; et cum ponerent quod visus fieret extramittendo, posuerunt quod radius visualis pertingens ad illum humorem attractum ab ea, repercutitur usque ad solem; et sic ille vapor attractus est quasi quoddam speculum igneum solis (nam repercussio est causa quod aliquid in speculo videatur); et ita dicunt fieri comam.

56. Il présente la troisième opinion là : il en est de même, etc., qui appartenait à certains de ceux qui suivaient Hippocrate et son disciple Eschyle. Et cette opinion est semblable à la deuxième en ce qu’elle établissait que la comète est l’une des étoiles errantes ; mais elle en diffère en ce que la deuxième opinion considérait que cette étoile errante tient sa chevelure d’elle-même, tandis que la troisième affirmait qu’elle ne la tient pas d’elle-même, mais la reçoit parfois à travers l’espace en errant. En effet, ils disaient que l’humidité est attirée par l’étoile elle-même ; et comme ils établissaient que notre vision se fait en s’élançant vers l’extérieur, ils considéraient que le rayon visuel, atteignant l’humidité attirée par elle, se réfléchissait jusqu’au Soleil ; et ainsi cette vapeur attirée est, pour ainsi dire, le miroir enflammé du Soleil (car la réflexion est la cause qui fait que l’on voie quelque chose dans un miroir) ; et c’est ainsi que naît la chevelure, selon eux.

[80120] Super Meteora, lib. 1 cap. 9 n. 5 Assignat autem consequenter causam de tempore apparitionis. Et dicit quod stella cometa apparet post plurimum tempus aliorum astrorum, idest magis occultatur quam aliquae aliae stellae, quia tardissime discedit a sole secundum tempus, videlicet cum peregerit totum suum circulum. Quod appellat subdeficere: dicuntur enim stellae errantes subdeficere respectu primi motus; vel quia moventur motu contrario, et sic videntur secundum proprium motum posteriorari; vel quia, sicut quidam dixerunt, tardius moventur quam primum caelum, quod revolvit omnia motu diurno. Sic autem dicebant quod stella cometa subdeficit a sole, totum suum circulum peragendo: et ideo, cum redierit ad illum terminum ex quo incoepit discedere, iterum apparet, quousque iterum coniungatur soli. Et dicebant etiam quod ista stella in suo motu recedit a sole, non tantum secundum longitudinem, sed etiam secundum latitudinem, declinans ad arctum et Austrum, idest ad Septentrionem et meridiem.

57. Il donne, en conséquence, la cause du rythme de son apparition. Et il dit que la comète apparaît après le plus long intervalle de temps parmi les autres astres, c’est-à-dire qu’elle est plus cachée que les autres étoiles, puisqu’elle met un temps très long à s’éloigner du Soleil, assurément lorsqu’elle a parcouru tout son cercle. Cela, il l’appelle se laisser distancer : on dit, en effet, que les étoiles errantes se laissent distancer par rapport au premier mouvement, soit qu’elles se meuvent d’un mouvement contraire, et qu’elles semblent ainsi être devancées suivant leur propre mouvement, soit que, comme certains l’affirmaient, elles se meuvent plus lentement que le premier ciel, qui fait tourner toute chose par son mouvement diurne. C’est ainsi qu’ils affirmaient qu’une comète se laisse distancer par le Soleil, en accomplissant tout son cercle ; et c’est pourquoi, lorsqu’elle est revenue au point d’où elle avait commencé à s’éloigner, elle réapparaît, jusqu’à ce qu’elle rejoigne le Soleil. Et ils déclaraient aussi que cette étoile s’écarte du Soleil par son mouvement, non seulement en longueur, mais aussi en largeur, déviant vers l’Ourse et l’Auster, c’est-à-dire vers le nord et le sud.

[80121] Super Meteora, lib. 1 cap. 9 n. 6 Assignat etiam consequenter causam circa locum apparitionis huius stellae. Et dicit quod haec stella non apparet in medio duorum tropicorum, scilicet cancri et Capricorni: quia per illam partem caeli movetur sol et consumit humiditatem, unde in ea parte caeli non potest praedicta stella attrahere aquam. Sed cum declinat ad Austrum, recedens a via solis, invenit copiam ibi talis humiditatis, eo quod non est consumpta a sole. Sed propter obliquitatem horizontis, nobis qui habitamus in parte Septentrionali, pars circuli paralleli quae est supra terram est parva, quae autem est sub terra est maior: et sic sol, qui de nocte, cum videtur cometa, est sub terra, tantum distat ab humore attracto a stella, quod non potest visus hominum repercuti ab humore ad solem; neque si sol sit propinquus tropico, scilicet Capricorno, neque si sit in aestivis versionibus, idest in tropico aestivo, qui est cancer. Ubicumque enim fuerit sol sub terra, erit maior distantia eius ad vaporem contractum quam sit conveniens repercussioni, vel ex circulo, vel ex latitudine zodiaci. Sed quando stella illa relinquitur a sole versus Boream, idest ad Septentrionalem partem, tunc potest recipere comam: quia ibi est multum de humiditate, et peripheria circuli quae est super horizontem est ibi magna, et quae est subtus est parva, et sic de facili visus hominum refractus potest pertingere ad solem.

58. Par conséquent, il donne aussi la cause pour laquelle cette étoile apparaît à tel endroit. Et il dit qu’elle n’apparaît pas au centre des deux tropiques, à savoir du Cancer et du Capricorne, puisque le Soleil se meut dans cette partie du ciel et qu’il en absorbe l’humidité, si bien que, dans cette partie du ciel, l’étoile susdite ne peut attirer d’eau. Mais lorsqu’elle dévie vers l’auster, s’écartant du trajet du Soleil, elle y trouve une telle humidité en abondance, étant donné qu’elle n’est pas consumée par le Soleil. Mais, en raison de l’obliquité de l’horizon, pour nous qui habitons dans la partie nord, la partie du cercle parallèle qui est au-dessus de la Terre est petite, et celle qui est au-dessous est plus grande ; et ainsi le Soleil, qui, de nuit, lorsque l’on voit une comète, est sous la Terre, est si distant de l’humidité attirée par l’étoile que la vision des hommes ne peut être réfléchie par l’humidité vers le Soleil, même si le Soleil est proche du tropique, à savoir du Capricorne, même s’il est dans ses tours d’été, c’est-à-dire sur le tropique d’été, celui du Cancer. En effet, quel que soit le lieu sous la Terre où le Soleil se trouve, la distance qui le sépare de la vapeur contractée est plus grande qu’il ne convient à la réflexion, que ce soit sur le cercle ou sur la largeur du zodiaque. Mais quand cette étoile se laisse devancer par le Soleil du côté du borée, c’est-à-dire dans la partie septentrionale, alors elle peut recevoir une chevelure : en effet, il y a beaucoup d’humidité à cet endroit, et la circonférence du cercle qui est au-dessus de l’horizon est grande à cet endroit, tandis que celle qui est au-dessous est petite ; et la vision des hommes peut ainsi aisément se réfléchir jusqu’au Soleil

 

 

Caput 10

Chapitre 10 – [La théorie des astres]

[80122] Super Meteora, lib. 1 cap. 10 n. 1 Positis opinionibus, hic improbat eas.

Et primo ponit modum improbandi: et dicit quod quaedam intendit inducere quae sunt communiter contra omnes praedictas opiniones, quaedam vero quae sunt contra aliquam earum specialiter tantum.

Secundo ibi: primo quidem igitur etc., disputat contra positas opiniones: et primo contra secundam, quae fuit Pythagoricorum; secundo contra tertiam, quae fuit Hippocratis, ibi: adhuc autem si propter etc.; tertio contra primam, quae fuit Democriti et Anaxagorae, ibi: commune autem et his et cetera.

59. Après avoir exposé ces opinions, il les réfute ici.

Et, premièrement, il présente sa méthode pour les réfuter : il dit qu’il a l’intention de présenter certains arguments qui sont contre toutes les opinions susdites de façon commune et certains autres qui sont contre l’une d’entre elles en particulier seulement.

Deuxièmement, là : premièrement donc, etc., il raisonne contre les opinions exposées : et premièrement contre la seconde, qui était celle des Pythagoriciens ; deuxièmement contre la troisième, qui était celle d’Hippocrate, là : de plus, si, etc. ; troisièmement, contre la première, qui était celle de Démocrite et d’Anaxagore, là : une première objection commune, etc.

[80123] Super Meteora, lib. 1 cap. 10 n. 2 Circa primum ponit duas rationes: quarum prima talis est. Omnes stellae erraticae subdeficiunt, idest moventur quasi subdeficiendo, sicut expositum est, in circulo animalium qui dicitur zodiacus; sed multi cometae visi sunt extra hunc circulum; ergo non omnes cometae sunt stellae erraticae. Secunda ratio talis est. Saepe visi sunt cometae plures uno simul facti: non igitur cometa est una stellarum errantium. Harum rationum prima est communis contra has opiniones: secunda est propria contra secundam et tertiam opinionem.

60. Concernant le premier point, il avance deux raisons : la première d’entre elles est la suivante. Toutes les étoiles errantes se laissent distancer, c’est-à-dire se meuvent comme si elles se laissaient distancer, comme on l’a exposé, sur le cercle des animaux qui est appelé zodiaque ; mais beaucoup de comètes sont visibles en dehors de ce cercle ; donc aucune comète n’est une étoile errante. La seconde raison est la suivante. On a souvent vu plusieurs comètes se produire en même temps : donc une comète n’est pas l’une des étoiles errantes. La première de ces raisons réfute ces opinions de façon commune ; la seconde réfute la deuxième et la troisième opinion en particulier.

[80124] Super Meteora, lib. 1 cap. 10 n. 3 Deinde cum dicit: adhuc autem si propter etc., improbat opinionem Hippocratis per tres rationes. Circa quarum primam dicit quod, si aliquis planetarum propter refractionem visus habet comam, sicut dixit Hippocrates, oporteret quod aliquando haec stella erratica appareret sine coma. Et hoc ideo, quia non ubique habet comam, ut dictum est, sed solum cum est extra tropicos, declinans ad Septentrionem: manifestum est autem quod etiam in aliis locis subdeficit, quasi discedens a sole; et ita oportet quod aliquando videatur sine coma. Sed nulla stella visa est sine coma errans praeter quinque stellas supra nominatas; quae quandoque omnes apparent simul elevatae super horizontem, et omnibus eis existentibus super horizontem, vel etiam quibusdam earum apparentibus super horizontem et quibusdam existentibus cum sole, nihilominus apparent cometae. Et sic manifestum est quod non semper cometa est una quinque stellarum errantium. Et nulla est alia sine coma praeter has. Ergo cometa non est stella errans, quandoque sine coma apparens: quod oporteret si comam ex seipso non haberet, sed ex aliquo loco determinato, ut ipsi dicunt.

61. Ensuite quand il dit : de plus, si, etc., il conteste l’opinion d’Hippocrate pour trois raisons. À propos de la première d’entre elles, il dit que, si l’une des planètes que l’on voit grâce à la réfraction avait une chevelure, comme l’avançait Hippocrate, il faudrait que cette étoile errante apparaisse parfois sans chevelure. Et cela parce qu’elle n’a pas partout de chevelure, comme on l’a dit, mais seulement lorsqu’elle est dehors des tropiques, en déviant vers le nord : or il est manifeste que, même dans les autres lieux, elle se laisse distancer, comme si elle s’écartait du Soleil ; et ainsi il faut qu’on la voie parfois sans chevelure. Mais on n’a vu aucune étoile errer sans chevelure à l’exception des cinq nommées ci-dessus ; et elles apparaissent toutes en même temps, un jour ou l’autre, élevées au-dessus de l’horizon, et, soit qu’elles soient toutes au-dessus de l’horizon, soit que certaines d’entre elles apparaissent au-dessus de l’horizon, soit que certaines se trouvent près du Soleil, des comètes apparaissent néanmoins. Et il est ainsi clair qu’une comète n’est pas toujours l’une des cinq étoiles errantes. Et il n’y en a pas d’autres sans chevelure, à part ces dernières. Par conséquent, une comète n’est pas une étoile errante qui apparaît parfois sans chevelure, ce qui serait inévitable, si elles ne tenaient pas leur chevelure d’elles-mêmes, mais d’un lieu déterminé, comme ils le disent eux-mêmes.

[80125] Super Meteora, lib. 1 cap. 10 n. 4 Secundam rationem ponit ibi: at vero neque hoc verum et cetera. Et dicit quod non est verum quod cometa fiat solum in loco qui declinat ad Septentrionem, hoc simul observato quod sol tunc sit circa tropicos aestivales, quasi propinquius stellae. Quia magnus cometes qui factus est eo tempore quo fuit factus terraemotus magnus in Achaia et supergressio fluctuum, ortus fuit ab occasibus aequinoctialibus: et ita manifestum est quod fuit infra tropicos. Et iam etiam multi facti sunt ad Austrum. Falsum est ergo quod dicunt, quod fiat tantum ad Septentrionem.

62. Il donne la deuxième raison là : mais il n’est pas vrai, etc. Et il dit qu’il n’est pas vrai que les comètes ne se forment que dans l’espace qui va vers le nord, au moment où on observe le Soleil non loin des tropiques d’été, comme s’il s’approchait de l’étoile. En effet, la grande comète qui s’est formée lorsqu’un grand tremblement de terre et un raz de marée ont eu lieu en Achaïe s’est levée du couchant d’équinoxe ; et ainsi il est manifeste qu’elle s’est trouvée à l’intérieur des tropiques. Et en outre beaucoup se sont formées au sud également. Il est donc faux de dire qu’une comète ne se forme qu’au nord.

[80126] Super Meteora, lib. 1 cap. 10 n. 5 Tertiam rationem ponit ibi: sub principe autem et cetera. Et dicit quod tempore cuiusdam principis Atheniensium, facta fuit stella cometa, sole existente circa tropicos hiemales, idest circa Capricornum, et hoc mense Gamelione, idest Decembri vel Ianuario. Et hoc videtur esse impossibile, sicut etiam ipsi dicunt, quod fiat tanta refractio visus nostri ad solem, propter distantiam eius quae est tunc temporis de nocte ad solem, et propter magnitudinem decisionis circuli qui est sub horizonte. Falsum est ergo quod dicunt, quod non appareat cometa nisi sole existente circa tropicum aestivalem.

63. Il donne la troisième raison là : une étoile comète, etc. Et il dit qu’au temps d’un archonte athénien une comète s’est formée, alors que le Soleil était autour des tropiques d’hiver, c’est-à-dire du Capricorne, et cela au mois de Gamélion, c’est-à-dire en décembre ou en janvier. Et il semble impossible, comme ils le disent eux-mêmes, que notre vision se réfracte si loin sur le Soleil, en raison de la distance à laquelle ce phénomène se produit à ce moment-là de nuit sur le Soleil, et à cause de la grandeur de la section du cercle qui se trouve sous l’horizon. Il est donc faux de dire que les comètes n’apparaissent que si le Soleil est près du tropique d’été.

[80127] Super Meteora, lib. 1 cap. 10 n. 6 Deinde cum dicit: commune autem et his etc., improbat primam opinionem per quatuor rationes. Quarum prima est contra omnes praedictas opiniones dicentes cometas esse stellas erraticas: quia etiam quaedam stellarum non errantium accipiunt comam. Et hoc non solum oportet credere Aegyptiis studentibus in mathematicis, qui hoc dicunt; sed ipse Aristoteles dicit se hoc vidisse, quod una stellarum quae est in figuratione canis, apud femur eius, comam habuit, sed debilem: quod patuit quia, quando aliquis fortiter intendebat in ipsam, debilitabatur lumen comae; sed quando aliquis iaciebat visum in stellam non nimis intense et remissius, plus apparebat lumen comae.

64. Ensuite quand il dit : une première objection commune, etc., il réfute la première opinion par quatre raisons. La première d’entre elles s’attaque à toutes les opinions mentionnées qui disent que les comètes sont des étoiles errantes : car certaines des étoiles non errantes reçoivent aussi une chevelure. Et il ne faut pas seulement croire les Égyptiens versés en mathématiques, qui le disaient ; mais Aristote lui-même dit avoir vu que l’une des étoiles qui se trouve dans la constellation du Chien, sur sa cuisse, avait une chevelure, mais faible : et c’était évident, puisque, lorsqu’on la fixait intensément, la lueur de la chevelure faiblissait, mais que, lorsqu’on lançait son regard sur elle non moins attentivement mais avec moins de tension, la lueur de la comète apparaissait davantage.

[80128] Super Meteora, lib. 1 cap. 10 n. 7 Secundam rationem ponit ibi: adhuc autem omnes et cetera. Et dicit quod omnes cometae qui suo tempore fuerunt visi, disparuerunt in loco super horizontem sine occasu, idest sine appropinquatione ad solem. Tunc enim dicitur occasus stellarum, quando intrant sub radiis solis: sed cometae apparentes suo tempore, disparuerunt sine hoc quod appropinquarent ad solem, adhuc super horizontem existentes longe a sole. Et disparuerunt quasi paulatim consumpti, ita quod non derelinqueretur neque corpus unius stellae neque plurium. Quia magna stella de qua supra diximus quod fuit tempore terraemotus in Achaia, apparuit tempore hiemis in vespere, existente gelu et serenitate, sub Astio principe Atheniensium; et primo die non apparuit ipsa stella, sed solum coma eius, quasi occidens ante solem; secundo autem die apparuit quantum possibile fuit, quia per modicum tempus remansit post solem et mox occubuit; sed lumen cometa extendit usque ad tertiam partem caeli, quasi simul et non paulatim crescens in lumine, ita ut ille ascensus luminis vocatus fuerit via cometae; et ascendit etiam, retrocedens a sole, usque ad quasdam stellas quae vocantur zona Orionis, et ibi fuit dissoluta, non appropinquando ad solem, sed magis ac magis discedendo ab eo.

Haec etiam ratio est contra omnes opiniones praedictas, quae dicunt cometam esse unam vel plures stellarum errantium. Et sic patet per hanc rationem quod illud quod Democritus dixit ad confirmandam suam opinionem, non fuit sufficiens. Dixit enim quod, dissolutis cometis, aliquando apparuerunt stellae quaedam remanentes: quod ideo est insufficiens, quia oportebat ipsum probare quod, non aliquando, sed semper remanserunt stellae dissolutis cometis; quod apparet esse falsum ex eo quod dictum est.

65. Il donne la seconde raison là : en outre, toutes, etc. Et il dit que toutes les comètes qui ont été vues à son époque ont disparu dans un lieu situé au-dessus de l’horizon sans se coucher, c’est-à-dire sans s’approcher du Soleil. En effet, on parle de coucher des étoiles lorsqu’elles entrent sous les rayons du Soleil ; mais les comètes qui apparaissaient à son époque ont disparu sans s’approcher du Soleil, de plus en étant au-dessus de l’horizon loin du Soleil. Et elles ont disparu comme si elles s’étaient peu à peu consumées, au point de ne pas laisser derrière elles le corps d’une étoile, ni celui de plusieurs. De fait, la grande étoile dont nous avons dit ci-dessus qu’elle s’était produite au moment d’un tremblement de terre en Achaïe est apparue en hiver, le soir, lors d’une gelée et par temps serein, sous l’archontat de l’Athénien Astius ; et, le premier jour, ce n’est pas l’étoile elle-même qui est apparue, mais seulement sa chevelure, comme si elle s’était couchée avant le Soleil ; or, le second jour, elle est apparue autant que possible, puisqu’elle est restée derrière le Soleil pendant un court instant et qu’elle s’est bientôt couchée ; mais la comète a étendu sa lueur jusqu’au tiers du ciel, comme si elle croissait d’un coup en lumière et non petit à petit, si bien que l’augmentation de sa lueur a été appelée « la voie de la comète » ; et elle s’est levée de nouveau, s’éloignant à reculons du Soleil, jusqu’aux étoiles appelées « la ceinture d’Orion », et a disparu à cet endroit, sans s’approcher du Soleil, mais en s’écartant de plus en plus de lui.

Cette raison s’attaque aussi à toutes les opinions mentionnées affirmant qu’une comète est l’une ou plus des étoiles errantes. Et ainsi il est évident, grâce à cette raison, que ce que Démocrite disait pour confirmer son opinion n’était pas suffisant. En effet, il déclarait qu’au moment de la disparition des comètes il apparaissait parfois certaines étoiles qui restaient : et cette explication n’est pas suffisante puisqu’il fallait qu’il prouve que ce n’est pas parfois, mais toujours, que des étoiles restaient au moment de la disparition des comètes, ce qui est, de toute évidence, faux, d’après ce qui a été dit.

[80129] Super Meteora, lib. 1 cap. 10 n. 8 Tertiam rationem ponit ibi: adhuc autem et Aegyptii etc.: quae talis est. Aegyptii dicunt quod fiunt coniunctiones stellarum errantium adinvicem et ad alias stellas fixas. Et dicit se vidisse stellam Iovis se supposuisse cuidam stellae quae est in geminis, ita quod fecit eam disparere. Sed tamen non fuit factus cometa: quod oporteret secundum opinionem Democriti et Anaxagorae.

66. Il donne la troisième raison ici : en outre, les Égyptiens, etc. : la voici. Les Égyptiens disent que des conjonctions d’étoiles errantes se produisent les unes avec les autres, et avec les autres étoiles fixes. Et il dit avoir vu la planète Jupiter se joindre à une étoile appartenant aux Gémeaux au point de l’avoir fait disparaître. Mais il n’y a pourtant pas eu de comète, ce qui aurait dû être le cas selon l’opinion de Démocrite et d’Anaxagore.

[80130] Super Meteora, lib. 1 cap. 10 n. 9 Quartam rationem ponit ibi: adhuc autem et ex ratione etc.: quae talis est. Quamvis stellarum quaedam videantur esse maiores et quaedam minores adinvicem comparatae, tamen unaquaeque secundum se considerata videtur quasi punctalis et indivisibilis. Sed si essent vere indivisibiles, se invicem tangentes non facerent maiorem magnitudinem, ut probatum est in VI Physic. Ergo quando videntur indivisibiles licet non sint, quando coniunguntur adinvicem, non debent videri maiores secundum apparentem magnitudinem. Et ita ex contactu stellarum non debet videri coma, quasi propter augmentum luminis. Hae autem duae ultimae rationes sunt proprie contra opinionem Democriti.

Ultimo autem recolligit illud quod dictum est: et patet in littera.

67. Il donne la quatrième raison là : de plus, c’est aussi, etc. : la voici. Bien que certaines étoiles semblent être plus grandes et d’autres plus petites, comparées les unes aux autres, chacune considérée en elle-même semble néanmoins être comme un point indivisible. Mais si elles étaient vraiment indivisibles, elles ne formeraient pas une grandeur supérieure, en se touchant les unes les autres, comme l’a montré le livre VI de la Physique. Donc, quand on les voit indivisibles sans qu’elles ne le soient, lorsqu’elles sont en conjonction les unes avec les autres, on ne doit pas les voir plus grandes. Et ainsi, lors d’une conjonction d’étoiles, on ne doit pas voir de chevelure, comme produite par une augmentation de la lumière. Ces deux dernières raisons s’attaquent en particulier à l’opinion de Démocrite.

Enfin, il résume ce qu’il a dit, comme le montre le texte.

 

 

Caput 11

Chapitre 11 – [Aristote et sa théorie des comètes]

[80131] Super Meteora, lib. 1 cap. 11 n. 1 Postquam philosophus reprobavit opiniones aliorum, hic incipit ponere opinionem propriam de cometis.

Et primo ostendit modum certitudinis qui est in hac materia exquirendus. Et dicit quod de talibus, quae sunt immanifesta sensui, non est exquirenda certa demonstratio et necessaria, sicut in mathematicis et in his quae subiacent sensui; sed sufficit per rationem demonstrare et ostendere causam, ita quod quaestionem solvamus per aliquam solutionem possibilem, ex qua non sequatur aliquod inconveniens, per ea quae hic apparent secundum sensum. Unde hoc modo in proposito ad habendam causam est procedendum.

68. Après que le philosophe a réfuté les opinions des autres, il commence ici à exposer sa propre opinion sur les comètes.

Et il montre premièrement le type de certitude qu’il faut rechercher à ce propos. Et il dit que, sur de tels phénomènes, qui demeurent cachés à notre sens, on ne doit pas rechercher une démonstration certaine et nécessaire, comme en mathématiques et pour ce qui est soumis à notre sens ; mais il suffit de démontrer la cause et de la mettre en évidence par un raisonnement, de manière à résoudre la question par une solution possible, de telle sorte qu’aucun inconvénient ne s’ensuive par rapport à ce que notre sens nous donne ici à voir. De ce fait, c’est ainsi qu’il faut procéder pour obtenir la cause dans cette proposition.

[80132] Super Meteora, lib. 1 cap. 11 n. 2 Secundo ibi: supponitur enim nobis etc., secundum praedictum modum incipit assignare causam de apparitione cometae.

Et circa hoc duo facit: primo assignat causam de apparitione cometae; secundo de loco et tempore apparitionis, ibi: eius autem quod est et cetera.

Prima dividitur in duas: in prima assignat causam apparitionis cometae; secundo hoc manifestat per signum, ibi: de eo autem quod est et cetera.

Circa primum duo facit: primo ostendit cometas apparere ex duabus causis; secundo ostendit differentiam inter cometas ex diversis causis apparentes, ibi: quando quidem igitur et cetera.

69. Deuxièmement, là : en effet, nous supposons, etc., il commence à exposer la cause de l’apparition de la comète en suivant la méthode susdite.

Et, concernant ce point, il procède en deux étapes : premièrement, il donne la cause de l’apparition de la comète ; deuxièmement, celle du lieu et du temps de son apparition, là : la raison pour laquelle, etc.

La première se divise en deux parties : dans la première, il expose la cause de l’apparition de la comète ; deuxièmement, il la montre par une preuve, là : il faut trouver, etc.

Concernant le premier point il procède en deux étapes : premièrement, il montre que les comètes apparaissent pour deux raisons ; deuxièmement, il montre la différence entre les comètes qui apparaissent pour les deux raisons, là : donc, quand, etc.

[80133] Super Meteora, lib. 1 cap. 11 n. 3 Circa primum tria facit. Primo resumit quaedam superius dicta, ad manifestandum propositum. Et dicit quod oportet supponere supradicta, quod huius inferioris mundi qui est circa terram, prima pars et suprema, sub corporibus circulariter motis, est exhalatio calidi et sicci. Iterum oportet supradicta supponere, quod ista exhalatio calida et sicca, et multa pars aeris, qui continuatur ad ignem, simul circumducitur circa terram sub sphaera caelesti, motu circulari, quasi delata et tracta a circulatione caeli. Et tertio oportet supponere quod exhalatio praedicta sic mota, frequenter ignitur, quocumque modo sit disposita ad hoc quod ignis in ea bene dominetur: propter quam causam fiunt discursus siderum, ut dictum est.

70. Concernant le premier point, il procède en trois étapes. Premièrement il résume certains propos tenus plus haut, pour démontrer la proposition. Et il dit qu’il faut supposer les propos susdits, à savoir que la première partie du monde inférieur qui entoure la Terre, celle qui est tout en haut, sous les corps qui se meuvent circulairement, est une exhalaison de chaud et de sec. Il faut une deuxième fois supposer les propos susdits, à savoir que cette exhalaison chaude et sèche et une grande partie de l’air, qui est contigu au feu, sont entraînées en même temps autour de la Terre sous la sphère céleste, par le mouvement circulaire, comme si elles étaient emportées et traînées par la révolution du ciel. Et, troisièmement, il faut supposer que l’exhalaison susdite ainsi mue s’enflamme fréquemment, quelle que soit la manière dont elle est disposée à ce que le feu domine bien en elle : c’est pour cette raison que se produisent les courses éparses des astres, comme on l’a dit.

[80134] Super Meteora, lib. 1 cap. 11 n. 4 Secundo ibi: cum igitur in talem etc., assignat causam apparitionis cometae. Et dicit quod quando talis exhalatio fuerit condensata, et propter motum superioris corporis inciderit in ipsam exhalationem aliquod principium igneum, ita scilicet quod ex aliqua parte incipiat exuri; sic quod ignis non sit tam multus ut cito exurat materiam, neque etiam sit ita debilis ut cito extinguatur priusquam accendatur, sed sit talis quod plus et diu possit permanere, cum quantitate ignis et dispositione materiae inspissatae; cum hoc etiam quod simul de inferioribus ascendat continue exhalatio bene disposita ad hunc modum exustionis, ut scilicet diu duret; tunc fit stella cometa: quia illud quod iam ignitum est videtur quasi stella, reliqua autem exhalatio, quae nondum est perfecte ignita, sed apta ignitioni, videtur coma eius. Quia qualitercumque figuretur talis exhalatio, huiusmodi figura videbitur. Quia si exhalatio sit undique circumposita stellae, idest principio vel parti ignitae, videtur quasi coma, unde et cometes dicitur: si autem disponatur ad longitudinem principii igniti, videtur exhalatio esse quasi barba stellae, et ideo vocatur pogonias, idest quasi barbatus.

71. Deuxièmement, là : lorsque, dans une telle, etc., il expose la raison de l’apparition de la comète. Et il dit que, lorsqu’une telle exhalaison s’est condensée et qu’un principe igné a atteint cette exhalaison même en raison du mouvement du corps supérieur, de telle sorte qu’elle commence à se consumer en partie ; à la condition que le feu ne soit pas abondant au point de consumer rapidement la matière, qu’il ne soit pas non plus trop faible pour s’éteindre rapidement avant de s’être embrasé, mais qu’il soit tel qu’il puisse durer sur une grande distance et longtemps, avec la quantité de feu et la disposition de la matière condensée ; et qu’en même temps que monte continuellement d’en bas une exhalaison qui est bien apte à ce mode de combustion, à savoir d’une longue durée, alors il naît une comète ; car ce qui est déjà enflammé semble être une sorte d’étoile, et le reste de l’exhalaison, qui n’est pas encore parfaitement enflammée, mais propre à l’être, semble sa chevelure. En effet, quelle que soit la forme que prend telle exhalaison, c’est une forme de ce genre que l’on verra. Car si l’exhalaison est placée tout autour de l’étoile, c’est-à-dire autour de son début ou de sa partie enflammée, elle ressemble à une sorte de chevelure, si bien qu’on l’appelle chevelue ; mais si elle est disposée dans le sens de la longueur de son début enflammé, l’exhalaison semble être comme la barbe de l’étoile et c’est pourquoi elle est appelée « pogonias », c’est-à-dire barbue, pour ainsi dire.

[80135] Super Meteora, lib. 1 cap. 11 n. 5 Tertio ibi: sicut autem talis latio etc., manifestat quod dictum est de cometa, per comparationem ad stellam cadentem. Dictum est enim supra quod motus ignis accensi in tali materia, cum fuerit motus per expulsionem, videtur esse motus stellae: et similiter mansio vel quies igniti principii in praedicta materia, videtur esse mansio vel quies stellae. Dicit autem stellam cometam quiescere, ad excludendum motum qui apparet in stellis cadentibus; non autem ad excludendum motum cometae secundum quod circumvolvitur simul cum caelo, de quo post dicet. Huiusmodi autem mansio praedicti principii accidit propter hoc, quod materia non statim consumitur; tum propter multitudinem et spissitudinem, et ignis debilitatem; tum propter aliam materiam succedentem, ut dictum est.

Et est simile sicut si aliquis in magnum cumulum palearum immiserit titionem, aut aliud quodcumque ignitum principium: non enim statim discurret, quasi exurens paleam, sed videtur ignitio diu in uno loco manere. Et ita, si quis recte consideret, videtur similitudinem quandam habere discursus stellarum cadentium apparitioni cometae. Quia in stellis discurrentibus cito procedit ignitio in longitudinem, propter dispositionem scilicet hypeccaumatis ad hoc quod de facili aduratur: sed si ignitio maneret, et non pertransiret consumendo materiam, aut materia esset multum densa, ut non posset cito consumi, tunc, quasi subtracto medio discursu, remaneret solummodo stella manens, sicut est in principio discursus et in termino.

Et tale quid est cometa: ut imaginemur quod cometa sit quasi stella discurrens, prout talis stella est in principio et in fine discursus, subtracto motu discursionis. Sic igitur concludit quod, quando principium consistentiae ipsius fuerit in inferiori loco, idest sub globo lunari, dicitur cometa per se apparens, sine aliqua stella errante vel fixa.

72. Troisièmement là : de même qu’une telle translation, etc., il montre ce qu’il a dit sur les comètes, en comparaison des étoiles filantes. En effet, il a dit ci-dessus que le mouvement du feu allumé dans une telle matière, lorsqu’il a été expulsé, semble être celui d’une étoile ; et, de la même façon, la station ou l’immobilité du début enflammé dans la matière susdite semble être la station ou l’immobilité d’une étoile. Or il dit qu’une comète est immobile, pour exclure le mouvement qui apparaît chez les étoiles filantes, non pour exclure celui de la comète dans la mesure où elle tourne en même temps que le ciel, ce dont il parlera ensuite. Une station de ce genre, celle du début susdit, se produit parce que la matière ne se consume pas sur-le-champ, tantôt en raison de sa quantité, de sa condensation et de la faiblesse du feu, tantôt en raison de l’autre matière qui est dessous, comme on l’a dit.

Et c’est comme si on enfonçait un tison ou n’importe quelle source de feu dans un grand tas de paille : en effet, il n’erre pas aussitôt çà et là, comme s’il incendiait la paille, mais la combustion semble demeurer longtemps à un seul endroit. Et ainsi, si on réfléchit correctement, la course des étoiles filantes paraît avoir une ressemblance avec l’apparition d’une comète. En effet, la combustion se répand rapidement en longueur chez les étoiles filantes, en raison de la disposition de l’hypeccauma à brûler aisément ; mais si la combustion restait et ne passait pas en consumant la matière, ou bien si la matière était dense au point de ne pouvoir être consumée rapidement, alors, comme si le centre de son parcours avait disparu, l’étoile demeurerait seulement immobile, comme elle l’est au début et à la fin de sa course.

Et telle est la comète : ainsi imaginons-nous que c’est une sorte d’étoile filante, dans la mesure où une telle étoile est au début et la fin de son parcours, abstraction faite du mouvement de sa course. Ainsi donc, il conclut que, lorsque le principe de sa consistance même se trouve dans le lieu inférieur, c’est-à-dire sous le globe de la Lune, on dit qu’une comète apparaît d’elle-même, sans une étoile filante ou fixe.

[80136] Super Meteora, lib. 1 cap. 11 n. 6 Deinde cum dicit: quando autem sub astrorum aliquo etc., assignat alium modum apparitionis cometae. Et dicit quod quando sub aliqua stellarum errantium vel non errantium, exhalatio adunatur per motum illius stellae, tunc aliqua stellarum dictarum fit cometa: non quod stella quae apparet sit aliquod igneum in aere, sicut in superiori modo dictum est, sed est verax stella, errans vel non errans; non tamen coma eius fit in loco caelesti ubi sunt astra, sed est sub caelo in aere.

Et ponit exemplum de halo, idest de aere qui videtur aliquando circumstare solem et lunam, etiam sole et luna motis. Huiusmodi enim halo non est in loco solis et lunae, licet sequatur solem et lunam, etiam sole et luna motis: haec enim passio fit in aere condensato sub motu solis et lunae, ut infra dicetur. Sicut igitur halo se habet ad solem et lunam, ita coma se habet ad stellas fixas vel erraticas, quando apparent cum comis: et est aliqua exhalatio inferius, scilicet in superiori loco aeris, consequens motum illarum stellarum. Sed tamen haec est differentia inter halo et comam, quia color eius quod dicitur halo, non est in ipso vapore, sed est ex reverberatione ad nubem, ut infra ostendetur: sed hoc quod videtur de comis, est proprie color ipsarum exhalationum fumosarum.

73. Ensuite quand il dit : quand c’est sous l’un des astres, etc., il présente l’autre mode d’apparition des comètes. Et il dit que lorsque, sous l’une des étoiles errantes ou non errantes, une exhalaison s’agrège à cause du mouvement de cette étoile, alors l’une des étoiles mentionnées devient une comète, non que l’étoile qui apparaît soit un corps enflammé dans l’air, comme on l’a dit pour le mode précédent, mais c’est une véritable étoile, errante ou non ; cependant la chevelure ne se forme pas à l’endroit du ciel où sont les astres, mais sous le ciel, dans l’air.

Et il donne l’exemple du halo, c’est-à-dire de l’air qui semble parfois entourer le Soleil et la Lune, même quand ils se meuvent. En effet, un halo de ce genre ne se trouve pas à la place du Soleil et de la Lune, bien qu’il les suive, même quand ils sont en mouvement : car ce phénomène se produit dans un air condensé, sous le mouvement du Soleil et de la Lune, comme on le dira ci-dessous. Donc, de même que le halo appartient au Soleil et à la Lune, de même la chevelure appartient aux étoiles fixes ou errantes, lorsqu’elles apparaissent avec des chevelures ; et il se trouve ainsi une exhalaison plus bas, à savoir dans la partie supérieure de l’air, à la suite du mouvement de ces étoiles. Mais pourtant voici une différence entre le halo et la chevelure : la couleur de ce qui est appelé « halo » ne se trouve pas sur la vapeur elle-même, mais elle est causée par la réverbération sur les nuages, comme on le montrera ci-dessous ; mais ce que l’on voit sur les comètes est la couleur des exhalaisons fumeuses elles-mêmes, à proprement parler.

[80137] Super Meteora, lib. 1 cap. 11 n. 7 Deinde cum dicit: quando quidem igitur etc., ostendit differentiam inter cometas secundum duos dictos modos apparentes. Et dicit quod quando adunatio exhalationis fit secundum aliquam stellam fixam vel errantem, necesse est quod in cometa manifeste videatur ille motus qui est stellae cui adhaeret coma: sed quando stella cometa est per se ignis existens in aere, sine aliqua superiorum stellarum, tunc videntur subtardantes.

Et hoc manifestat per hoc quod latio inferioris mundi qui est circa terram, talis est, scilicet tardior motu caelesti: quamvis enim circumvolvatur ignis et magna pars aeris per motum firmamenti, non potest tamen attingere ad velocitatem motus caelestis. Exhalatio igitur ignita existens in superiori parte aeris, circumvolvitur solum cum aere et igne: sed quia motus horum corporum est tardior motu firmamenti, ideo cometa existens in aere remanet post corpora caelestia, quae velocissime moventur; et sic videtur habere motum contrarium firmamento, sicut et planetae, ex sola retardatione. Quod etiam quidam opinati sunt circa planetas: et inde est etiam quod praedictae opiniones posuerunt cometas esse planetas.

Sed hoc quod cometa saepe fit per se, et frequentius quam circa aliquam stellarum determinatarum, idest fixarum, quae habent esse fixum et determinatum in caelo, maxime manifestat quod cometa non est repercussio facta in exhalatione (quam nominat hypeccauma) ad ipsam stellam cui adhaeret coma, sicut est in halo. Si autem esset sicut est in halo, fieret repercussio visus ab exhalatione ad ipsam stellam, et non ad solem, sicut dicunt sequaces Hippocratis. Sed de halo posterius dicetur.

74. Ensuite quand il dit : donc, quand, etc., il montre la différence entre les comètes qui apparaissent selon les deux modes mentionnés. Et il dit que, lorsque l’agrégation d’une exhalaison se forme sous l’influence d’une étoile fixe ou errante, il est nécessaire que l’on voie clairement la comète se mouvoir selon le mouvement qui est celui d’une étoile à laquelle adhère une chevelure ; mais lorsque la comète est un feu qui existe par lui-même dans l’air, sans l’une des étoiles supérieures, alors on les voit se laisser distancer.

Et ce qui le montre, c’est que la translation du monde inférieur qui est autour de la Terre, est telle, c’est-à-dire plus lente que le mouvement céleste ; en effet, bien que le feu et une grande partie de l’air accomplissent une révolution en suivant le mouvement du firmament, ils ne peuvent pourtant pas atteindre la vitesse du mouvement céleste. Donc l’exhalaison enflammée qui se trouve dans la partie supérieure de l’air accomplit une révolution seulement en même temps que l’air et le feu ; mais puisque le mouvement de ces corps est plus lent que celui du firmament, la comète qui se trouve dans l’air reste derrière les corps célestes, qui se meuvent très vite ; et ainsi, elle semble avoir un mouvement contraire à celui du firmament, tout comme les planètes, du fait de son retard seulement. Et c’est aussi ce que certains ont pensé des planètes ; et c’est également la raison pour laquelle les opinions précédentes établissaient que les comètes sont des planètes.

Mais le fait qu’une comète se forme souvent d’elle-même, et cela plus fréquemment qu’autour d’une des étoiles déterminées, c’est-à-dire fixes, qui ont une existence fixe et déterminée dans le ciel, montre surtout qu’elle n’est pas une réflexion faite dans une exhalaison (qu’il appelle hypeccauma) en direction de l’étoile même à laquelle adhère une chevelure, comme dans un halo. Or si c’était comme dans un halo, la réflexion de la vue se ferait de l’exhalaison vers l’étoile même et non vers le Soleil, comme le disent les disciples d’Hippocrate. Mais du halo il sera question plus loin.

[80138] Super Meteora, lib. 1 cap. 11 n. 8 Deinde cum dicit: de eo autem quod est etc., manifestat quod dixerat, per signum. Et dicit quod huius quod est consistentiam cometarum esse igneam, vel quantum ad comam apparentem, argumentum est hoc, quod plures cometae significant spiritus et siccitates. Manifestum est enim quod venti et siccitates fiunt propter hoc, quod multa exhalatio sicca est segregata a terra; unde necesse est aerem esse sicciorem, et humidum quod evaporat ab aquis, rarefieri et dissolvi, propter multitudinem calidae exhalationis, ita quod non de facili vapores in aquam condensentur, sed magis generentur venti, qui causantur ex exhalationibus siccis; hoc autem erit manifestius quando dicetur de ventis. Sic igitur, quando apparent frequentes et multi cometae, quod accidit propter multitudinem exhalationis siccae, oportet quod anni sint notabiliter sicci et ventosi. Sed quando rarius fiunt cometae, et non ita magni fiunt, non sunt anni notabiliter sicci et ventosi; sed tamen, ut frequenter, fit excessus venti, aut secundum tempus, quia diu durat, aut secundum magnitudinem, quia vehementer flat.

Et ponit exempla. Aliquando enim in quibusdam fluviis cecidit lapis ex aere per diem, elevatus a vento; et tunc fuit factus quidam cometa circa vesperum. Et similiter circa illum magnum cometam de quo supra dixit, fuit hiems sicca et borealis, et propter contrarietatem ventorum factus fuit superexcessus fluctuum, ita quod propter hoc destructae dicuntur quaedam civitates; quia extra in pelago flabat magnus Auster, sed in sinu vincebat Boreas. Similiter sub principe Nicomacho apparuit quidam cometa, et tunc etiam fuit factus magnus ventus apud Corinthum.

75. Ensuite quand il dit : il faut trouver, etc., il montre ce qu’il avait dit, par un signe. Et il dit que ce qui prouve que la consistance des comètes est ignée, ou mieux en ce qui concerne leur chevelure apparente, c’est qu’un assez grand nombre de comètes annoncent des souffles et des sécheresses. En effet, il est évident que les vents et les sécheresses se produisent parce qu’une importante exhalaison sèche s’est séparée de la Terre ; de ce fait, il est nécessaire que l’air soit plus sec et que l’humidité qui s’évapore des eaux se raréfie et se dissolve en raison de la grande quantité de l’exhalaison chaude, de telle sorte que les vapeurs ne se condensent pas aisément en eau, mais que ce sont plutôt des vents causés par les exhalaisons sèches qui sont engendrés ; cela sera plus évident quand on parlera des vents. Ainsi donc, quand les comètes apparaissent souvent et en grand nombre, ce qui arrive en raison d’une grande quantité d’exhalaison sèche, il faut que les années soient sèches et venteuses de façon notable. Mais quand les comètes se forment plus rarement, et qu’elles sont d’une taille moindre, les années ne sont pas sèches et venteuses de façon notable ; mais pourtant, comme souvent, il se produit un excès de vent, soit dans le temps, puisqu’il dure longtemps, soit en quantité, puisqu’il souffle avec violence.

Et il donne un exemple. En effet, une pierre est parfois tombée de l’air dans certains fleuves de jour, après avoir été soulevée par le vent ; et c’est alors qu’une comète s’est formée vers le soir. Et, de la même façon, lors de la grande comète dont il a parlé ci-dessus, il s’est produit un hiver sec et marqué par le borée et, parce que les vents étaient contraires, un raz-de-marée a eu lieu, de telle sorte que, dit-on, des cités ont été détruites à cause de cela ; en effet, à l’extérieur, sur la mer, un fort auster soufflait, mais l’auster l’emportait dans le golfe. De la même manière, sous l’archontat de Nicomaque, une comète est apparue et alors il s’est aussi produit un grand vent à Corinthe.

[80139] Super Meteora, lib. 1 cap. 11 n. 9 Deinde cum dicit: eius autem quod est etc., assignat causam de loco et tempore apparitionis cometae. Et dicit quod causa eius quod non fiant multi neque saepe, et magis extra tropicos, idest extra viam solis, quam intra, est quod per motum solis et astrorum non solum sunt exhalationes calidae a terra resolutae, sed etiam, si aliquid est in huiusmodi exhalationibus consistens et spissum, per motum solis et stellarum disgregatur; et sic impeditur causa apparitionis cometae, nisi quando fuerit superabundans talis exhalationis multiplicatio, quod raro accidit. Et maxime etiam causa est rarae apparitionis cometarum, quia plurimum de materia tali ex qua causatur apparitio cometae, adunatur in regione lactei circuli, ut infra dicetur: unde raro tantum multiplicatur exhalatio, quod sufficiat apparitioni cometae et lactei circuli.

76. Ensuite, quand il dit : la raison pour laquelle, etc., il présente la raison pour laquelle une comète apparaît à tel endroit et à tel moment. Et il dit que, si les comètes ne se forment pas en grand nombre ni souvent, et davantage en dehors des tropiques, c’est-à-dire en dehors de la voie du Soleil, qu’en dedans, c’est non seulement que les exhalaisons chaudes résolues à partir de la Terre sont causées par le mouvement du Soleil et des astres, mais aussi que, si quelque chose, dans les exhalaisons de ce genre, est consistant et dense, il se désagrège du fait de leur mouvement ; et ainsi la cause de l’apparition de la comète est entravée, sauf parfois, en cas d’accumulation en surabondance d’une telle exhalaison, ce qui arrive rarement. Et surtout, la cause de la rareté de l’apparition des comètes est aussi que la plus grande partie de la matière qui cause une apparition de comète s’accumule dans la région de la Voie lactée, comme on le dira plus bas : de ce fait, l’exhalaison se multiplie rarement en assez grande quantité pour suffire à l’apparition d’une comète et de la Voie lactée.

 

 

Caput 12

Chapitre 12 – [La Voie lactée]

[80140] Super Meteora, lib. 1 cap. 12 n. 1 Postquam philosophus determinavit de stellis cadentibus et cometis, nunc determinat de lacteo circulo.

Et primo ostendit de quo est intentio. Et dicit quod iam dicendum est de lacteo circulo, qualiter et propter quam causam est apparitio eius, et quid est illa claritas quae est quasi lac; hoc servato ordine, ut primo discutiamus ea quae ab aliis dicta sunt.

Secundo ibi: vocatorum quidem igitur etc., exequitur propositum.

Et primo ponit opiniones aliorum; secundo opinionem propriam, ibi: nos autem dicamus et cetera.

Prima dividitur in tres, secundum tres opiniones quas ponit: secunda incipit ibi: qui autem circa Anaxagoram etc.; tertia ibi: amplius autem est tertia et cetera.

77. Après que le philosophe a déterminé au sujet des étoiles filantes et des comètes, il détermine maintenant au sujet du cercle lacté.

Et il montre premièrement ce à quoi il prête attention. Et il dit qu’il faut désormais parler du cercle lacté, ce qu’il est, quelle est la cause de son apparition, et quelle est cette clarté qui rappelle le lait, en respectant l’ordre selon lequel nous discutons en premier lieu de ce qui a été dit par les autres.

Deuxièmement là : certains de ceux, il exécute la proposition.

Et il présente premièrement les opinions des autres, deuxièmement la sienne, là : disons, pour notre part, etc.

La première partie se divise en trois, selon les trois opinions qu’il expose : la deuxième commence là : les disciples d’Anaxagore, etc. ; la troisième, là : en outre, il existe une troisième, etc.

[80141] Super Meteora, lib. 1 cap. 12 n. 2 Circa primum duo facit. Primo ponit opinionem. Et dicit quod quidam de numero philosophorum qui vocantur Pythagorici, dixerunt quod lacteus circulus est quaedam via. Sed in hoc diversificati sunt: quidam enim dixerunt quod erat via alicuius stellae quae per hanc partem caeli transivit, derelicto proprio cursu, tempore exorbitationis caeli, quae dicitur in fabulis fuisse facta sub Phaetonte; sed alii dicunt quod per istum circulum quandoque transivit sol. Et ita per motum solis vel stellae, locus iste caeli est quasi exustus, vel passus aliquam talem passionem, ut videatur ibi quaedam albedo.

78. Concernant le premier point, il procède en deux étapes. Premièrement, il expose l’opinion. Et il dit que certains des philosophes du nombre de ceux qui sont appelés Pythagoriciens affirmaient que le cercle lacté est une voie. Mais leurs avis différaient sur ce point : en effet, certains disaient que c’était la voie d’une étoile qui était passée par cette partie du ciel, après avoir abandonné sa propre course, au moment où le ciel a quitté son orbite, ce qui, dit-on dans les mythes, a eu lieu sous Phaéton ; mais d’autres disent que le Soleil est parfois passé par ce cercle. Et ainsi, en raison du mouvement du Soleil ou de l’étoile, cette partie du ciel est comme brûlée ou a subi un tel accident qu’il semble y avoir là une blancheur.

[80142] Super Meteora, lib. 1 cap. 12 n. 3 Secundo ibi: inconveniens autem etc., improbat hanc opinionem. Et dicit quod inconveniens fuit quod ponentes hanc opinionem non simul intelligebant quod, si transitus solis vel stellae esset causa huius claritatis in hac parte caeli, multo magis oportebat quod haec dispositio esset in circulo zodiaco, quam in circulo lacteo: quia non solum sol, sed omnes stellae errantes feruntur per zodiacum. Circulus autem zodiacus totus manifestus est nobis, diversis temporibus, quia de nocte semper apparet medietas zodiaci super terram (terra enim obtinet vicem puncti respectu sphaerae stellarum fixarum: unde per grossitiem terrae nihil occultatur nobis de zodiaco): sed quamvis totus zodiacus sit a nobis visibilis, tamen non videtur in eo aliqua talis dispositio, nisi in parte qua coniungitur lacteo circulo.

79. Deuxièmement là : il est absurde, etc., il réfute cette opinion. Et il dit qu’il était absurde que ceux qui établissaient cette opinion n’aient pas en même temps compris que, si le passage du Soleil ou d’une étoile était la cause de cette clarté dans cette partie du ciel, il serait inévitable que cette disposition se trouve dans le cercle du zodiaque, plutôt que dans le cercle lacté : en effet, non seulement le Soleil, mais aussi toutes les planètes sont emportées par le zodiaque. Or le cercle du zodiaque nous est complètement visible, à différents moments, puisque, de nuit, une moitié du zodiaque apparaît toujours au-dessus de la Terre (car la Terre occupe la place d’un point par rapport à la sphère des étoiles fixes ; de ce fait, rien ne nous est caché du zodiaque par la grosseur de la terre) ; mais bien que le zodiaque tout entier nous soit visible, cependant on n’y voit pas une telle disposition, sauf dans la partie où il touche le cercle lacté.

[80143] Super Meteora, lib. 1 cap. 12 n. 4 Deinde cum dicit: qui autem circa Anaxagoram etc., ponit secundam opinionem. Et primo recitat eam. Et dicit quod sectatores Anaxagorae et Democriti dixerunt claritatem lacteam quae apparet in caelo, esse lumen quarundam stellarum. Cum enim sol fertur sub terra, dicebant quod umbra terrae pertingit usque ad sphaeram stellarum fixarum, et occultat quasdam stellas, ne recipiant radios solis; non autem omnes, quia propter parvitatem terrae, umbra eius non occupat totum caelum, sed aliquam parvam partem. Dicebant enim quod claritas stellarum quae respiciuntur a sole, non apparet, quia prohibetur apparere a radiis solis ad eas pertingentibus; et sic circa eas non videtur claritas lactis. Sed illarum stellarum ad quas non pertingunt radii solis, impediente terra, apparet proprium lumen; quod dicebant esse claritatem lactis.

80. Ensuite, quand il dit : les disciples d’Anaxagore, etc., il expose la deuxième opinion. Et il commence par la citer. Et il dit que les disciples d’Anaxagore et de Démocrite affirmaient que la clarté lactée qui apparaît dans le ciel est la lumière de certaines étoiles. En effet, ils disaient que, lorsque le Soleil est entraîné sous la Terre, l’ombre de cette dernière atteint la sphère des étoiles fixes et cache certaines étoiles, afin qu’elles ne reçoivent pas les rayons du Soleil ; mais non pas toutes, puisque, en raison de la petite taille de la Terre, son ombre n’occupe pas tout le ciel, mais une petite partie. Ils disaient, en effet, que la clarté des étoiles qui sont regardées par le Soleil n’apparaît pas, puisque les rayons du Soleil qui les atteignent l’empêchent d’apparaître ; et ainsi on ne voit pas la clarté du cercle lacté autour d’elles. Mais apparaît la lumière propre des étoiles que les rayons du Soleil n’atteignent pas car la Terre fait obstacle, ce qui, selon eux, constitue l’éclat de la Voie lactée.

[80144] Super Meteora, lib. 1 cap. 12 n. 5 Secundo ibi: manifestum est autem etc., reprobat hanc opinionem per duas rationes. Quarum primam ponit, dicens manifestum esse hoc quod dictum est esse impossibile. Quia claritas lactis semper apparet in eisdem stellis: quia circulus lacteus videtur esse unus de maximis circulis sphaerae, qui dividit eam per medium. Sed quia sol non semper manet in eodem loco caeli, oportet quod semper sint alia et alia astra quae occultantur radiis solis per umbram terrae: quia oportet imaginari motum umbrae in oppositum motui solis. Si igitur occultatio stellarum per umbram terrae esset causa apparitionis lacteae claritatis, oporteret, moto sole, transferri et lacteam claritatem. Sed hoc non videtur fieri, quia semper apparet in eodem loco et in eisdem stellis, ut dictum est. Falsa est igitur praedicta opinio.

81. Deuxièmement là : or il est manifeste, etc., il rejette cette opinion pour deux raisons. Il expose la première d’entre elles, en disant qu’il est manifeste que ce qui a été dit est impossible. En effet, la clarté de la Voie lactée se montre toujours dans les mêmes étoiles, puisque le cercle lacté semble être l’un des plus grands cercles de la sphère, celui qui la divise par le centre. Mais étant donné que le Soleil ne reste pas toujours au même endroit du ciel, il faut qu’il y ait toujours de nouveaux astres qui soient cachés aux rayons du Soleil par l’ombre de la Terre : en effet, il faut se figurer le mouvement de l’ombre à l’opposé de celui du Soleil. Donc, si l’occultation des étoiles par l’ombre de la Terre était la cause de l’apparition de la clarté lactée, il faudrait que, lorsque le Soleil est en mouvement, elle se meut aussi. Mais on ne voit pas que cela se produise, puisqu’elle apparaît toujours au même endroit et dans les mêmes étoiles, comme on l’a dit. Par conséquent l’opinion précédente est fausse.

[80145] Super Meteora, lib. 1 cap. 12 n. 6 Secundam rationem ponit ibi: adhuc autem si quemadmodum etc., dicens quod probatum est per astrologicas rationes et considerationes, quod sol est maior terra, et quod plus distant astra fixa a terra quam sol, sicut et sol plus quam luna. Quando autem corpus lucidum est maius corpore opaco ex cuius oppositione fit umbra, umbra non ascendit in immensum, sed pyramidaliter ascendit in conum usque ad aliquam quantitatem; et tanto minorem, quanto corpus lucidum minus distat a corpore opaco, et quanto magis excedit ipsum. Unde manifestum est quod non multum longe conus umbrae terrae proiicitur ad radios qui sunt a sole, neque umbra terrae, quae vocatur nox, est apud astra fixa: sed necesse est quod sol prospiciat omnia astra fixa, et quod nulli eorum obsistat terra. Obsistit autem lunae eclipsans ipsam, quia est inferior sole, ut dictum est. Et sic patet quod praedicta opinio falsum supponebat.

82. Il donne la seconde raison là : en outre, comme, etc., disant qu’il est prouvé dans les raisonnements et les observations astronomiques que le Soleil est plus grand que la Terre et que les astres fixes sont plus distants de la Terre que le Soleil ne l’est, de même que le Soleil est plus éloigné que la Lune. Or, quand le corps lumineux est plus grand que le corps opaque dont l’interposition crée l’ombre, l’ombre ne monte pas vers l’immensité, mais monte en pyramide sous la forme d’un cône jusqu’à une certaine hauteur, qui est d’autant plus petite que le corps lumineux est moins éloigné du corps opaque et qu’il le dépasse. De ce fait, il est manifeste que le cône de l’ombre de la Terre n’est pas projeté très loin vers les rayons qui proviennent du Soleil et que l’ombre de la Terre, qui est appelée « nuit », n’atteint pas les astres fixes ; mais il est nécessaire que le Soleil ait vue sur tous les astres fixes et que la Terre ne fasse obstacle à aucun d’entre eux. Elle fait obstacle à la Lune en l’éclipsant, puisqu’elle est plus petite que le Soleil, comme on l’a dit. Et ainsi il est évident que l’opinion précédente présentait une hypothèse erronée.

[80146] Super Meteora, lib. 1 cap. 12 n. 7 Tertiam opinionem ponit ibi: amplius autem est tertia et cetera. Et primo recitat ipsam, dicens quod quaedam tertia opinio fuit de circulo lacteo. Dixerunt enim quidam quod claritas lactea est ex eo quod visus noster repercutiebatur a stellis quibusdam ad solem; et ideo apparebat claritas circa illas stellas repercutientes visum, ita quod sunt quasi quoddam speculum claritatis solaris, sicut et Hippocrates dixit de apparitione cometae.

83. Il expose la troisième opinion là : en outre, il existe une troisième, etc. Et il la cite, en disant qu’il existait une troisième opinion sur le cercle lacté. En effet, certains affirmaient que son clarté laiteuse s’explique par le fait que notre vision était réfléchie par certaines étoiles vers le Soleil, et que, pour cette raison, une clarté apparaissait autour des étoiles réfléchissant notre vision, de telle sorte qu’elles sont comme un miroir de la clarté solaire, comme Hippocrate le disait de l’apparition d’une comète.

[80147] Super Meteora, lib. 1 cap. 12 n. 8 Secundo ibi: impossibile autem etc., improbat hanc opinionem per duas rationes. Quarum primam ponit, dicens quod impossibile est quod praedicta opinio ponit. Et praemittit hanc propositionem. Si omne, idest totum hoc, scilicet videns et speculum et res quae videtur per speculum, immobilis maneat, necesse est quod eadem pars emphaseos, idest formae apparentis, appareat in eodem signo speculi, idest in eodem puncto ad quod fit repercussio lineae visualis. Sed si speculum moveatur, et similiter res visa per speculum, videns autem quiescat; et illa duo quae moventur, semper remaneant in eadem distantia ad videntem, sed adinvicem comparata neque aequali velocitate moventur, neque sunt semper in eadem distantia; impossibile est quod eadem apparitio fiat in eadem parte speculi. Quia nihil differt quod speculum et res visa moveantur diversa velocitate, quam si unum moveretur et alterum quiesceret: quod si esset, manifestum est quod videretur in alia et alia parte speculi forma rei visae, propter diversam oppositionem secundum situm. Et hoc dico si videns quiescat: quia si videns moveatur, et speculum quiesceret, et res visa moveatur, posset forma rei visae apparere in eadem parte speculi; quia per motum videntis recompensaretur quod deesset motu rei visae, si sic proportionaliter moverentur. Unde oportet quod, quando videns quiescit, et speculum et res visa moventur inaequali velocitate, quod forma non appareat in eadem parte speculi.

Sed astra quae sunt in circulo lacteo existentia, quae ponuntur quasi speculum, moventur; et similiter sol movetur, ad quem ponitur fieri repercussio visus, et sic obtinet locum rei visae; nos autem, qui sumus videntes, quiescimus, propter quietem terrae (motus autem quo movemur per terram, non facit aliquam sensibilem differentiam respectu tantae magnitudinis); astra autem praedicta et sol moventur aequaliter nobis quidem, et distantia eorum semper (est) aequalis nobis. Quod non est sic intelligendum, quod aequalis sit distantia a nobis ad solem, distantiae quae est a nobis ad stellas, cum supra dictum sit quod stellae sunt supra solem; sed quod sol per motum suum non fit a nobis magis vel minus distans. Et similiter convenit stellae: ut intelligatur maior vel minor distantia, quae sit notabilis respectu distantiae quae est inter solem et stellas; et hoc propter parvitatem terrae. Sed a seipsis sol et stellae non semper distant aequaliter: quia Delphis, hoc est constellatio delphini, quae est in lacteo circulo, quandoque oritur in media nocte, quandoque autem diluculo; et manifestum est quod plus distat a sole quando oritur in media nocte, quam quando oritur diluculo. Sed partes lactei circuli semper manent in eodem loco: quod non oportebat si esset apparitio ex repercussione proveniens; non enim esset haec claritas in eisdem locis, ut ostensum est. Unde patet praedictam opinionem esse falsam.

84. Deuxièmement là : cela aussi est impossible, etc., il réfute cette opinion pour deux raisons. Il donne la première d’entre elles, en disant que ce que l’opinion précédente établit est impossible. Et il expose cette proposition. Si tout, c’est-à-dire tout ceci, à savoir l’observateur, le miroir et la chose qui est vue dans le miroir, demeure immobile, il est nécessaire que la même partie de l’emphasis, c’est-à-dire de la forme apparaissant, apparaisse au même signe du miroir, c’est-à-dire au même point où la ligne visuelle vient se refléter. Mais si le miroir se meut, tout comme l’objet vu dans le miroir, mais que l’observateur reste immobile, que les deux objets qui se meuvent restent toujours à la même distance par rapport à l’observateur, mais se meuvent à une vitesse inégale, l’un par rapport à l’autre, et qu’ils ne sont pas toujours à la même distance, il est impossible que la même apparition se produise dans la même partie du miroir. En effet, c’est la même chose si le miroir et l’objet vu se meuvent à des vitesses différentes que si l’un se meut et l’autre reste immobile ; s’il en était ainsi, il est évident que l’on apercevrait la forme de l’objet vu dans telle ou telle partie du miroir, en raison de l’opposition qui varie selon la position. Et je le dis à la condition que l’observateur soit immobile, puisque, s’il bougeait, que le miroir restait immobile et que l’objet vu se mouvait, la forme de l’objet vu apparaîtrait dans la même partie du miroir : en effet ce qui manquerait au mouvement de l’objet vu serait compensé par le mouvement de l’observateur, s’ils se mouvaient en proportion. De ce fait, il faut que, lorsque l’observateur est immobile, et que le miroir et l’objet vu se meuvent à une vitesse inégale, la forme n’apparaisse pas dans la même partie du miroir.

Mais les astres qui sont dans le cercle lacté, lesquels sont considérés comme un miroir, se meuvent, tout comme le Soleil, vers lequel, pense-t-on, la réflexion de la vue se fait, et ainsi il occupe la place de l’objet vu ; mais nous, qui sommes les observateurs, nous sommes immobiles, en raison de l’immobilité de la Terre (le mouvement avec lequel nous nous mouvons sur la Terre ne fait pas une différence sensible par rapport à une telle grandeur) ; or les astres mentionnés et le Soleil se meuvent de façon égale pour nous, c’est certain, et leur distance (est) toujours égale pour nous. Cela, il ne faut pas le comprendre de la façon suivante : la distance entre nous et le Soleil est égale à celle qui se trouve entre nous et les étoiles, puisque l’on a dit ci-dessus que les étoiles sont au-dessus du Soleil ; mais il faut comprendre que le mouvement du Soleil ne le rend pas plus ou moins distant de nous. Et cela s’applique aussi à une étoile : on comprend donc par « distance plus ou moins grande » celle qui est notable par rapport à la distance qui se trouve entre le Soleil et les étoiles ; et cela en raison de la petite taille de la Terre. Mais le Soleil et les étoiles ne sont pas toujours à égale distance, puisque le Delphis, c’est-à-dire la constellation du dauphin, qui se trouve dans le cercle lacté, se lève tantôt au milieu de la nuit, tantôt au point du jour ; et il est manifeste qu’il est plus éloigné du Soleil quand il se lève au milieu de la nuit que quand il se lève au point du jour. Mais les parties du cercle lacté demeurent toujours au même endroit : ce ne serait pas le cas, si cette apparition provenait d’une réflexion ; car cette clarté ne se trouverait pas aux mêmes endroits, comme on l’a montré. Il est donc évident que l’opinion susdite est fausse.

[80148] Super Meteora, lib. 1 cap. 12 n. 9 Secundam rationem ponit ibi: adhuc autem nocte et cetera. Et dicit quod de nocte in aqua et aliis huiusmodi corporibus specularibus aspicitur forma lactei circuli. Sed inconveniens est dicere quod tunc visus repercutiatur ab aqua ad solem: vel propter distantiam enim videtur valde inconveniens quod sint ibi duae repercussiones, una scilicet ab aqua ad lacteum circulum, et alia a lacteo circulo ad solem.

Ultimo autem epilogando concludit quod lacteus circulus neque est via alicuius planetarum, ut prima opinio dixit; neque est lumen stellarum quae non respiciuntur a sole, ut dixit secunda opinio; neque est repercussio visus a stellis ad solem, ut dixit tertia opinio. Hae enim opiniones fuerunt ante eum de Galaxia.

85. Il présente la deuxième raison là : en outre, de nuit, etc. Et il dit que, de nuit, on contemple la forme du cercle lacté dans l’eau et dans d’autres corps spéculaires de ce genre. Mais il est absurde de dire que la vision est alors réfléchie par l’eau en direction du Soleil ; ou bien, en raison de la distance, il semble en effet tout à fait absurde qu’il y ait là deux reflets, à savoir l’un de l’eau vers le cercle lacté, et l’autre du cercle lacté vers le Soleil.

Enfin, en guise d’épilogue, il conclut que le cercle lacté n’est pas la voie de l’une des planètes, comme le disait la première opinion, qu’elle n’est pas la lueur des étoiles qui ne sont pas vues par le Soleil, selon la seconde opinion, ni la réflexion de la vue par les étoiles vers le Soleil, selon la troisième opinion. En effet, telles étaient les opinions sur la Voie lactée avant lui.

 

 

Caput 13

Chapitre 13 – [Aristote et sa théorie de la voie lactée]

[80149] Super Meteora, lib. 1 cap. 13 n. 1 Reprobatis opinionibus aliorum de circulo lacteo, hic ponit propriam opinionem.

Et circa hoc duo facit: primo resumit quaedam superius dicta, quae sunt utilia ad propositum manifestandum; secundo manifestat propositum, ibi: quod itaque secundum unum astrorum accidit et cetera.

Resumit autem duo: primo quidem quod supra dictum est de positione siccae exhalationis, et eius inflammatione. Unde dicit quod vult resumere id quod supra posuit tanquam principium. Dictum est enim supra quod communiter vocatur aer totum hoc quod est intra terram et globum lunarem; huius autem suprema pars, licet non proprie possit dici ignis, quia ignis significat excessum in caliditate, sicut glacies in frigore, tamen illa pars superior aeris habet virtutem ignis, quia est calida et sicca; ita quod, cum aer per motum caelestem disgregatur, talis consistentia exhalationis praedictae segregatur a terra et ab aere inferiori, et elevatur sursum, et ex hoc dicimus apparere stellas cometas.

86. Après avoir condamné les opinions des autres sur le cercle lacté, il expose ici sa propre opinion.

Et, sur ce point, il procède en deux étapes : premièrement, il reprend certains des propos tenus plus haut, qui sont utiles pour montrer sa proposition ; deuxièmement, il montre la proposition, là : Ainsi donc, ce qui arrive à un seul astre, etc.

Il rappelle deux choses : premièrement, ce qui a été dit ci-dessus sur la position de l’exhalaison sèche et son inflammation. De ce fait, il dit qu’il veut rappeler ce qu’il avait posé ci-dessus comme principe. Car il avait dit ci-dessus que l’on appelle communément « air » tout ce qui est entre la Terre et le globe lunaire ; sa partie supérieure, bien qu’on ne puisse pas l’appeler « feu » à proprement parler, puisque « feu » désigne un excès de chaleur, comme la glace pour le froid, pourtant cette partie supérieure de l’air a la vertu du feu, puisqu’elle est chaude et sèche ; par conséquent, lorsque l’air est désagrégé par le mouvement céleste, une consistance du genre de l’exhalaison sèche se sépare de la Terre et de l’air inférieur et s’élève, et c’est pour cette raison que nous disons que des comètes apparaissent.

[80150] Super Meteora, lib. 1 cap. 13 n. 2 Secundo ibi: tale itaque oportet etc., resumit quod dictum est supra de uno modo apparitionis cometae. Et dicit quod oportet intelligere aliquid simile esse in lacteo circulo, quod fit in cometis, quando cometa non fuerit aliqua exhalatio elevata et ignita per se existens absque aliqua stella, sed fit eius apparitio ab aliqua stellarum fixarum vel errantium, sicut dictum est. Quia tunc apparent cometae propter hoc, quod tales exhalationes elevatae consequuntur motum stellarum quae videntur cometae; sicut etiam solem sequitur talis adunata exhalatio, ex qua, propter repercussionem radiorum, apparet halo, cum aer ad hoc fuerit dispositus.

87. Deuxièmement, là : ainsi donc, il faut, etc., il rappelle ce qu’il avait dit ci-dessus sur l’un des modes d’apparition des comètes. Et il dit qu’il faut comprendre qu’il arrive au cercle lacté un phénomène semblable à celui qui arrive aux comètes, lorsque la comète n’est pas une exhalaison élevée et enflammée qui existe par elle-même sans étoile, mais que son apparition est produite par l’une des étoiles fixes ou errantes, comme on l’a dit. Alors, en effet, des comètes apparaissent parce que de telles exhalaisons, une fois qu’elles se sont élevées, suivent le mouvement des étoiles qui semblent des comètes, de même qu’une telle exhalaison, une fois assemblée, suit aussi le Soleil, à la suite de quoi, en raison de la réflexion des rayons, apparaît un halo, lorsque l’air est disposé à cela.

[80151] Super Meteora, lib. 1 cap. 13 n. 3 Deinde cum dicit: quod itaque secundum unum astrorum accidit etc., manifestat propositum, ostendens quae sit causa apparitionis lactei circuli.

Et circa hoc tria facit: primo proponit causam apparitionis lactei circuli; secundo inducit signum eorum quae dicta sunt, ibi: signum autem etc.; tertio concludit propositum, ibi: quare si quidem et cetera.

Circa primum duo facit. Primo ostendit causam apparitionis lactei circuli. Et dicit quod illud quod accidit in apparitione secundum unam stellam, oportet accipere esse factum circa totum caelum et circa totum motum ipsius: quia rationabile est quod, si motus unius stellae attrahit et circumducit aliquam exhalationem, quod multo magis hoc possit facere motus omnium stellarum; et praecipue in loco illo caeli, ubi apparent frequentissimae stellae et plurimae et maximae.

88. Ensuite, lorsqu’il dit : ainsi donc, ce qui arrive à un seul astre, etc., il démontre la proposition, exposant la cause de l’apparition du cercle lacté.

Et, sur ce point, il procède en trois étapes : premièrement, il donne la cause de l’apparition du cercle lacté ; deuxièmement, il avance une preuve de ce qu’il a dit, là : en voici la preuve, etc. ; troisièmement il conclut la proposition, là : par conséquent, si, etc.

Concernant le premier point, il procède en deux étapes. Premièrement, il montre la cause de l’apparition du cercle lacté. Et il dit que ce qui arrive lors de l’apparition avec une étoile, on doit admettre que cela se produit pour le ciel tout entier et pour tout son mouvement : en effet, il est logique que, si le mouvement d’une seule étoile attire et fait tourner une exhalaison, le mouvement de toutes les étoiles puisse le faire bien davantage, et surtout dans un endroit du ciel où apparaissent les étoiles les plus denses, les plus nombreuses et les plus grandes.

[80152] Super Meteora, lib. 1 cap. 13 n. 4 Secundo ibi: qui quidem igitur animalium etc., ostendit causam quare in hac determinata parte caeli circuli lactei claritas apparet. Et dicit quod circulus animalium, qui dicitur zodiacus, dissolvit adunationem praedictae exhalationis, propter hoc quod per zodiacum movetur sol et alii planetae. Et haec est etiam causa propter quam, ut plurimum, cometae non apparent in zodiaco, sed extra tropicos, ut dictum est. Et haec est etiam causa propter quam circa solem et lunam non fit coma: quia videlicet per motum solis et lunae citius disgregatur exhalatio (quam diximus esse causam apparitionis cometae et lactei circuli), quam ut possit adunari ad causandum apparitiones praedictas. Sed iste circulus in quo apparet nobis videntibus lactea claritas, et est unus maximorum circulorum, quia dividit sphaeram per medium; et est sic dispositus secundum situm, ut ex utraque parte multum excedat utrumque tropicum, scilicet hiemalem et aestivum, licet intersecetur a zodiaco. Et etiam hic locus istius circuli est plenus magnis stellis fulgidis, et quae propter frequentiam et spissitudinem vocantur sporadicae, idest seminatae in caelo (quod etiam manifeste oculis videri potest); ita quod propter huiusmodi causam semper in tali parte caeli adunetur exhalatio; quia videlicet in hac parte caeli est efficax virtus stellarum ad attrahendam exhalationem, et non est causa vehemens quae impediat eius adunationem, sicut accidit sub zodiaco circulo. Ista igitur exhalatio adunata sub tali parte caeli, facit ibi videri lacteam claritatem, sicut et exhalatio consequens aliquam stellam, facit ibi videri comam.

89. Deuxièmement, là : donc le cercle du zodiaque, etc., il montre la raison pour laquelle la clarté du cercle lacté apparaît dans cette partie déterminée du ciel. Et il dit que le cercle des animaux, qui est appelé zodiaque, dissout la condensation de l’exhalaison mentionnée, parce que le Soleil et les autres planètes se meuvent sur le zodiaque. Et c’est aussi la raison pour laquelle, le plus souvent, les comètes n’apparaissent pas sur le zodiaque, mais en dehors des tropiques, ainsi qu’on l’a dit. Et c’est également la raison pour laquelle il n’y a pas de chevelure autour du Soleil et de la Lune : en effet, de toute évidence, l’exhalaison est trop vite désagrégée par le mouvement du Soleil et de la Lune (laquelle est, selon nous, la cause de l’apparition des comètes et du cercle lacté) pour pouvoir se condenser afin de causer les phénomènes mentionnés. Mais ce cercle où la clarté lactée apparaît à nous qui l’observons, est l’un des plus grands cercles, puisqu’il divise la sphère en son centre ; et il se trouve disposé dans l’espace de façon à largement dépasser les deux tropiques, à savoir celui d’hiver et celui d’été, des deux côtés, bien qu’il soit divisé par le zodiaque. Et cette partie du cercle est également remplie de grandes étoiles lumineuses et qui, en raison de leur grand nombre et de leur densité, sont dites sporades, c’est-à-dire semées dans le ciel (ce que l’on peut aussi voir clairement de ses yeux) ; par conséquent, l’exhalaison se condense toujours dans cette partie du ciel pour une raison de ce genre : en effet, de toute évidence, dans cette partie du ciel, la vertu des étoiles est capable d’attirer l’exhalaison, et il n’y a pas de raison assez puissante pour empêcher sa condensation, comme c’est le cas sous le cercle du zodiaque. Donc cette exhalaison condensée sous cette partie du ciel y fait voir une clarté lactée, tout comme l’exhalaison qui suit une étoile y fait voir une chevelure.

[80153] Super Meteora, lib. 1 cap. 13 n. 5 Deinde cum dicit: signum autem etc., manifestat quod dictum est, per signum: dicens quod signum praedictorum est, quod in ipso lacteo circulo unus eius semicirculus duplatur, et habet amplius de lumine. Cuius causa est, quia in illo semicirculo sunt plures stellae et magis frequentes quam in alio, ac si nulla esset alia causa claritatis apparentis, quam motus astrorum plurimorum frequentium. Quia si in isto circulo apparet claritas in quo plures stellae ponuntur, et in illa eius parte plus apparet in qua sunt stellae plures et magis frequentes, verisimile est multitudinem stellarum esse causam huius apparitionis. Quod autem dictum est de isto circulo et de stellis in eo existentibus, potest considerari ex descriptione: quia astrologi describunt totam sphaeram cum stellis in ea existentibus.

90. Ensuite, quand il dit : en voici la preuve, etc., il montre ce qu’il avait dit par une preuve, affirmant que la preuve de ce qui précède est que dans le cercle lacté lui-même un des deux demi-cercles se dédouble et produit plus de lumière. La raison en est que, dans ce demi-cercle, les étoiles sont en plus grand nombre et plus denses que dans l’autre, comme s’il n’y avait aucune autre cause de la clarté apparente que le mouvement d’astres plus nombreux et plus denses. En effet, si la clarté apparaît dans le cercle où les étoiles sont plus nombreuses, et qu’elle apparaît davantage dans la partie où les étoiles sont plus nombreuses et plus denses, il est vraisemblable que la masse des étoiles soit la cause de son apparition. Or ce qui a été dit sur ce cercle et sur les étoiles qui s’y trouvent peut être observé sur une carte, étant donné que les astronomes représentent toute la sphère avec les étoiles qui s’y trouvent.

[80154] Super Meteora, lib. 1 cap. 13 n. 6 Exponit autem consequenter quare stellae in circulo lacteo existentes vocantur sporadicae, idest seminatae: quia videlicet sic sunt dispersae per illam partem caeli, quod non contingit eas ordinare sub aliqua figuratione, sicut stellas existentes in aliis partibus caeli; quia unaquaeque earum non habet aliquam determinatam positionem, ut possit ad similitudinem alicuius figurae reduci. Et hoc manifestum est aspicienti in caelo: quia in solo hoc circulo spatia intermedia inter stellas maiores, sunt plena quibusdam parvis stellis; sed in aliis locis caeli manifeste deficiunt stellae, quapropter intermedia apparent vacua a stellis.

91. Par conséquent, il explique pourquoi les étoiles qui se trouvent dans ce cercle sont dites sporades, c’est-à-dire disséminées : parce que, de toute évidence elles ont été ainsi dispersées sur cette partie du ciel, vu qu’il n’est pas possible de les mettre en ordre dans une représentation quelconque, tout comme les étoiles qui se trouvent dans les autres parties du ciel ; car aucune d’entre elles n’a de position déterminée, permettant de les assimiler à une figure. Et c’est évident pour quiconque lève les yeux au ciel : en effet, c’est seulement dans ce cercle que les intervalles entre ces étoiles plus grandes sont remplis de petites étoiles ; mais, dans les autres lieux du ciel, les étoiles sont manifestement absentes, c’est pourquoi les intervalles paraissent vides d’étoiles.

[80155] Super Meteora, lib. 1 cap. 13 n. 7 Deinde cum dicit: quare si quidem etc., concludit ex supradictis suam intentionem. Et dicit quod si causa supra assignata de apparitione cometae, acceptanda est tanquam mediocriter dicta (quia scilicet nullum habet inconveniens manifestum), existimandum est etiam sic se habere de circulo lacteo: quia quod in cometis est coma circa unam stellam, eandem passionem accidit fieri circa quendam circulum. Ita quod lactea claritas, ut ita dicatur quasi definiendo, nihil aliud sit (lactea via) quam coma eiusdem maximi circuli, in caelo apparens propter segregationem, idest elevationem a terra, exhalationis ad illam partem adunatae. Et ideo, sicut prius dictum est, non fiunt multi cometae neque frequenter, quia talis adunatio exhalationis quae elevata est a terra, elevatur secundum unamquamque circulationem, et adunatur maxime in loco lactei circuli; ita quod a lacteo circulo exhalatio superabundans non relinquitur, quae possit esse materia apta ad cometae apparitionem.

92. Ensuite, lorsqu’il dit : par conséquent, si, etc., il conclut sur son intention à partir des propos précédents. Et il dit que, si la cause avancée ci-dessus à propos de l’apparition de la comète doit être considérée comme dite avec mesure (puisqu’elle ne contient rien qui soit manifestement inconvenant), il faut aussi considérer qu’il en est ainsi pour le cercle lacté : en effet, le phénomène qui crée une chevelure autour d’un unique astre chez les comètes est susceptible de se produire autour d’un cercle. Par conséquent, la clarté lactée, pour donner une forme de définition, n’est rien d’autre (la Voie lactée) que la chevelure d’un très grand cercle, apparaissant dans le ciel en raison de la séparation, c’est-à-dire de l’élévation, à partir de la Terre, de l’exhalaison condensée à cette partie. Et c’est pourquoi, comme on l’a dit ci-dessus, les comètes ne se forment pas en grand nombre ni fréquemment, puisqu’une exhalaison ainsi condensée, s’élevant de la Terre, le fait à chaque révolution, et se condense surtout à cet endroit du cercle lacté, de telle sorte qu’une exhalaison surabondante ne se sépare pas du cercle lacté pour pouvoir donner matière à l’apparition d’une comète.

[80156] Super Meteora, lib. 1 cap. 13 n. 8 Ultimo autem recapitulat ea quae dicta sunt. Et dicit quod dictum est de his quae fiunt in hoc mundo qui est circa terram, qui scilicet est suppositus generationi et corruptioni, quantum ad illum locum qui est continuus, idest contiguus, motibus caelestibus: scilicet de discursu astrorum, et de ignita flamma, et de cometis et lacteo circulo; quia huiusmodi passiones apparent circa locum istum superiorem.

93. Enfin il récapitule ce qui a été dit. Et il dit ce qui a été avancé sur ce qui se produit dans le monde qui est autour de la Terre, à savoir celui qui est soumis à la génération et à la corruption, concernant le lieu qui est en continuité, c’est-à-dire contigu aux mouvements célestes : à savoir sur les étoiles filantes, sur les flammes qui brûlent, les comètes et le cercle lacté ; en effet, les phénomènes de ce genre apparaissent autour de cet espace supérieur.

 

 

Caput 14

Chapitre 14 – [Les nuages et l’humidité]

[80157] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 1 Postquam philosophus determinavit de his quae causantur ex exhalatione sicca ad supremum locum aeris elevata, hic determinat de his quae causantur ex exhalatione humida.

Et primo de his quae causantur ex exhalatione humida super terram; secundo de his quae causantur ex exhalatione humida in terra, ibi: de ventis autem et cetera.

94. Après que le philosophe a déterminé au sujet des phénomènes qui sont causés par une exhalaison sèche qui s’est élevée vers le lieu le plus élevé de l’air, il détermine ici au sujet de ceux qui sont causés par une exhalaison humide.

Et, premièrement, de ceux qui sont causés par une exhalaison humide au-dessus de la Terre ; deuxièmement, de ceux qui sont causés par une exhalaison humide sur la Terre, là : à propos des vents.

[80158] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 2 Circa primum duo facit. Primo ostendit de quo est intentio: dicens quod nunc dicendum est de his quae fiunt in loco qui secundum situm, descendendo, est secundus post locum supremum aeris, in quo fiunt ea quae dicta sunt, sed ascendendo est primus, immediatus circa terram; quae inferior pars aeris est. Iste enim locus est communis et aquae et aeri: quia in eo aer est secundum naturalem ordinem elementorum, et aqua ex vaporibus elevatis ibi generatur. Unde non solum est communis aquae et aeri, sed etiam eis quae accidunt circa generationem ipsius aquae et aeris, quae fiunt superius dum aqua resolvitur in vapores, qui pertinent ad naturam aeris, et vapores congregantur in aquam. Ostendit etiam modum determinandi de istis, dicens quod debemus sumere primo principia communia et causas omnium horum accidentium.

95. Concernant le premier point, il procède en deux étapes. Il montre premièrement ce sur quoi porte son attention, disant qu’il faut maintenant parler des phénomènes qui se produisent dans l’espace qui, par sa position, en descendant, est le second après l’espace le plus élevé de l’air, dans lequel se produisent les phénomènes mentionnés, mais qui est le premier, en montant, immédiatement après la Terre, ce qui constitue la partie inférieure de l’air. En effet, cet espace est commun et à l’eau et à l’air, puisque l’air s’y trouve dans l’ordre naturel des éléments et que l’eau y est engendrée par les vapeurs qui se sont élevées. De ce fait, il est commun non seulement à l’eau et à l’air, mais aussi aux phénomènes qui arrivent lors de la génération de l’eau elle-même et de l’air, qui se produisent plus haut pendant que l’eau se désagrège en vapeurs, qui participent de la nature de l’air, et que les vapeurs se condensent en eau. Il montre aussi quelle méthode permet de déterminer à leur sujet, disant que nous devons comprendre premièrement les principes communs et les causes de tous ces phénomènes.

[80159] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 3 Secundo ibi: quod quidem igitur etc., determinat propositum. Et primo ponit ea quae communiter pertinent ad causam omnium huiusmodi passionum; secundo determinat de singulis passionibus, ostendens differentiam inter eas, ibi: elevato autem humido et cetera.

Circa primum tria facit. Primo ponit causam effectivam harum passionum. Et dicit quod illud quod est causa sicut movens et principale et primum principium omnium harum passionum, est circulus zodiacus, in quo manifeste movetur sol, qui et disgregat resolvendo vapores a terra, et congregat eos per suam absentiam: frigore enim invalescente in aere per absentiam solis, nubes condensantur in aquam. Et ideo subiungit quod ex hoc quod quandoque fit prope nos, quandoque autem elongatur a nobis, existit causa generationis et corruptionis. Fit prope autem nobis secundum proprium motum, quando accedit ad signa Septentrionalia: elongatur autem a nobis, dum moratur in signis meridionalibus.

96. Deuxièmement, là : donc le principe, etc., il détermine la proposition. Et, premièrement, il établit les principes qui sont communs à la cause de tous les phénomènes de ce genre ; deuxièmement, il détermine au sujet de chaque phénomène, montrant les différences que l’on trouve entre eux, là : l’humide s’élevant, etc.

Concernant le premier point, il procède en trois étapes. Premièrement, il pose la cause efficiente de ces phénomènes. Et il dit que ce qui constitue la cause, à titre de principe moteur, principal et premier de tous ces phénomènes, est le cercle du zodiaque, dans lequel le Soleil se meut manifestement, à la fois en séparant les vapeurs de la Terre par dissolution et en les agrégeant par son absence ; en effet, alors que le froid prend de la vigueur dans l’air en l’absence du Soleil, les nuages se condensent en eau. Et c’est pourquoi il ajoute que le fait que tantôt il s’approche de nous, tantôt il s’en éloigne est la cause de la génération et de la corruption. Or il se rapproche de nous de son propre mouvement, quand il se dirige vers la constellation de la Grande Ourse ; il s’éloigne de nous pendant qu’il s’attarde dans les signes du sud.

[80160] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 4 Secundo ibi: manente autem terra etc., ostendit causam materialem harum passionum. Et dicit quod, cum terra quiescat in medio, illud humidum aqueum quod est circa ipsam, tum a radiis solis tum ab alia caliditate quae est a superioribus corporibus, resolvitur in vaporem, et sic subtiliatum per virtutem calidi sursum fertur.

97. Deuxièmement ici : la Terre étant immobile, etc., il montre la cause matérielle de ces phénomènes. Et il dit que, comme la Terre est immobile au centre, l’humidité aqueuse qui se trouve autour d’elle se résout en vapeur tantôt sous l’effet des rayons du Soleil, tantôt sous celui du reste de la chaleur qui est produite par les corps supérieurs, et est ainsi entraînée vers le haut, après être devenue plus subtile sous l’influence de la chaleur.

[80161] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 5 Tertio ibi: caliditate autem etc., ostendit modum generationis horum de quibus intendit.

Et circa hoc tria facit. Primo ponit in communi modum generationis harum passionum. Et dicit quod vapor qui sursum fertur per virtutem caloris, deseritur a caliditate quae sursum eum ferebat. Quod quidem contingit dupliciter: uno modo per hoc quod id quod erat subtilius et calidius in vapore, elevatur ulterius ad superiorem locum exhalationis siccae, et sic residua pars vaporis remanet frigida; alio modo per hoc quod calor qui est in vapore extinguitur, propter hoc quod longe elevatur a terra in aere qui est supra terram, ubi deficit calor propter hoc quod radii reverberati a terra in immensum sparguntur, ut supra dictum est. Sic igitur deficiente calore calefaciente et elevante vaporem aqueum, vapor aqueus redit ad suam naturam, coadunante etiam frigiditate loci; et sic infrigidatur, et infrigidatus inspissatur, et inspissatus cadit ad terram.

98. Troisièmement ici : quand la chaleur, etc., il montre la façon dont sont engendrés les phénomènes sur lesquels il porte son attention.

Et, sur ce point, il procède en trois étapes. Premièrement, il expose, de manière générale, comment ces phénomènes sont engendrés. Et il dit que la vapeur qui est entraînée vers le haut sous l’effet de la chaleur est abandonnée par la chaleur qui l’entraînait vers le haut. Cela se produit de deux manières : d’une part parce que ce qui était plus subtil et plus chaud dans la vapeur s’élève plus loin vers l’espace supérieur de l’exhalaison sèche, et qu’ainsi la partie résiduelle de la vapeur demeure froide ; d’autre part parce que la chaleur qui se trouve dans la vapeur s’éteint, du fait qu’elle s’élève loin de la Terre dans l’air qui se trouve au-dessus d’elle, là où la chaleur fait défaut, puisque les rayons réfléchis par la Terre sont éparpillés dans l’immensité, comme on l’a dit ci-dessus. Ainsi donc, comme la chaleur qui réchauffe et fait s’élever la vapeur mêlée d’eau manque, cette dernière retourne à sa nature, la froidure du lieu l’agrégeant aussi ; et ainsi elle se refroidit, se condense, après s’être refroidie, et tombe sur Terre, après s’être condensée.

[80162] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 6 Secundo ibi: est autem quae quidem etc., ostendit quid sit medium in praedictis transmutationibus. In prima enim transmutatione, secundum quam aqua subtiliatur et elevatur, medium est vapor: nam ipsa exhalatio resoluta ab aqua vocatur vapor, qui est medius inter aerem et aquam. In illa autem transmutatione secundum quam aer condensatur in aquam, medium est nubes, quae est via generationis aquae. Sed cum nubes condensatur in aquam, id quod est residuum de nube, quod scilicet in aquam condensari non potuit, est caligo nebulae. Et ideo nebula magis est signum serenitatis quam pluviae: quia nebula est quasi quaedam nubes sterilis, idest sine pluvia, quae est naturalis effectus nubis. Contingit tamen aliquando nebulam elevari in ipsa exhalatione vaporum, antequam condensentur in nubem perfecte: et tunc nebula potest esse signum pluviae.

99. Deuxièmement, là : l’exhalaison qui, etc., il montre quel est l’état intermédiaire dans les transformations précédentes. En effet, dans la première transformation, dans laquelle l’eau devient plus subtile et s’élève, l’intermédiaire est la vapeur : en effet, l’exhalaison elle-même dissolue à partir de l’eau s’appelle vapeur, qui est l’état intermédiaire entre l’air et l’eau. Or, dans la transformation où l’air se condense en eau, l’état intermédiaire est le nuage, qui est la voie que prend la génération de l’eau. Mais lorsque le nuage se condense en eau, ce qui reste du nuage, à savoir ce qui n’a pas pu se condenser en eau est le brouillard de la brume. Et c’est pourquoi la brume est signe de beau temps plutôt que de pluie : en effet, la brume est comme un nuage stérile, c’est-à-dire sans pluie, laquelle est un effet naturel du nuage. Pourtant, il arrive parfois que de la brume s’élève dans l’exhalaison même des vapeurs, avant qu’elles ne se condensent parfaitement en nuage ; et alors la brume peut être signe de pluie.

[80163] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 7 Tertio ibi: fit autem circulus iste etc., ostendit quomodo in praedictis transmutationibus representatur similitudo primae causae moventis, scilicet circulationis solis. Attenditur enim quaedam circulatio in praedictis transmutationibus, dum aqua resolvitur in vapores, qui condensantur in nubes, et nubes in aquam, quae cadit in terram. Dicit ergo quod ista circularis transmutatio imitatur circularem motum solis: sol enim permutatur ad diversas partes caeli, puta ad Septentrionem et meridiem, et circulatio ista completur in hoc quod vapores ascendunt sursum et descendunt deorsum. Sed oportet intelligere quod iste fluxus vaporum ascendentium et descendentium, sit quasi quidam fluvius circularis communis aeri et aquae: nam quod aqua resolvitur in vaporem, ad aerem attinet, quod autem nubes in aquam condensantur, ad aquam. Cum ergo sol prope existit, iste fluvius vaporum ascendit sursum; cum autem elongatur sol, descendit deorsum; et hoc indesinenter fit secundum ordinem praedictum. Unde concludit quod forte antiqui dicentes Oceanum esse quendam fluvium circumdantem terram, occulte loquebantur de hoc fluvio, qui circulariter fluit circa terram, ut dictum est.

100. Troisièmement, là : ce cycle de l’eau, etc., il montre comment on discerne, dans les transformations précédentes, une ressemblance avec la première cause motrice, à savoir le cycle du Soleil. En effet, on remarque un cycle dans les transformations précédentes, tandis que l’eau se résout en vapeurs, qui sont condensées en nuages, et les nuages en eau, qui tombe sur la Terre. Il dit donc que cette transformation cyclique imite le mouvement cyclique du Soleil : car le Soleil change aux différentes parties du ciel, à savoir au nord et au sud, et ce cycle est complet en ce sens que les vapeurs montent en haut et descendent en bas. Mais il faut comprendre que ce flux de vapeurs ascendantes et descendantes est, pour ainsi dire, un fleuve circulaire commun à l’air et à l’eau ; en effet, le fait que l’eau se résolve en vapeur concerne l’air et le fait que les nuages se condensent en eau concerne l’eau. Donc lorsque le Soleil est proche, ce fleuve de vapeurs monte vers le haut ; or lorsque le Soleil s’éloigne, il descend vers le bas ; et cela se produit incessamment dans l’ordre mentionné. Il en conclut que les Anciens, qui disaient que l’Océan est un fleuve entourant la Terre, parlaient peut-être de façon occulte de ce fleuve qui coule en cercle autour de la Terre, comme on l’a dit.

[80164] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 8 Deinde cum dicit: elevato autem humido etc., determinat de praedictis passionibus in speciali, ostendendo differentias earum adinvicem.

Et dividitur in duas partes: in prima determinat de generatione illorum quae manifestiorem habent causam; in secunda de generatione grandinis, circa quam est maior difficultas, ibi: ipsa autem aqua et cetera.

101. Ensuite, lorsqu’il dit : l’humide s’élevant, etc., il traite des phénomènes précédents en particulier, en montrant les différences qui se trouvent entre eux.

Et ce développement se divise en deux parties : dans la première, il traite de la génération de ceux qui ont une cause évidente ; dans la seconde, de la génération de la grêle, qui cause une difficulté plus grande, là : l’eau elle-même, etc.

[80165] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 9 Circa primum duo facit. Primo determinat de pluviis: dicens quod cum humidum aqueum elevatur ex virtute calidi, et iterum fertur deorsum propter infrigidationem, secundum quasdam differentias, huiusmodi passionibus aeris diversa nomina imponuntur. Quia quando per modicas partes vapores inspissati in aquam cadunt, tunc dicuntur psecades, idest guttae, sicut aliquando contingit quod parvae guttae decidunt: quando vero secundum maiores partes decidunt guttae ex vaporibus generatae, vocatur pluvia.

102. Concernant le premier point, il procède en deux étapes. Premièrement, il détermine au sujet de la pluie, disant que, lorsque l’humide gonflé d’eau s’élève du fait de la puissance de la chaleur et qu’il est entraîné de nouveau vers le bas en raison du refroidissement, divers noms sont donnés aux phénomènes de ce genre affectant l’air, selon certaines différences. En effet, lorsque les vapeurs condensées en particules tombent en eau, on les appelle alors psecades, c’est-à-dire « gouttes », de même qu’il arrive parfois que de petites gouttes tombent ; mais quand des gouttes engendrées par des vapeurs tombent en particules plus grandes, on les appelle « pluie ».

[80166] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 10 Secundo ibi: ex eo autem quod de die etc., determinat de rore et pruina.

Et circa hoc tria facit. Primo determinat modum generationis eorum. Et dicit quod ros et pruina contingunt ex hoc quod de die, sole existente super terram, aliquid evaporat ex humido aqueo propter solis calorem; quod quidem evaporatum non multum suspenditur vel elevatur super terram, propter hoc quod ignis, idest calor elevans huiusmodi vaporem, est parvus in comparatione ad humorem aqueum qui elevatur. Et ita, cum de nocte infrigidatus fuerit aer, inspissatur ille vapor elevatus de die, et cadit in terram, et vocatur ros vel pruina: ut ita se habeat accessus solis et recessus secundum motum diurnum ad generationem roris et pruinae, secundum quod se habet ad generationem pluviae secundum motum proprium, secundum quod accedit et recedit in aestate et hieme.

103. Deuxièmement, là : ce qui s’évapore le jour, etc., il traite de la rosée et de la gelée blanche.

Et sur ce point, il procède en trois étapes. Premièrement, il détermine leur mode de génération. Et il dit que la rosée et la gelée blanche se produisent parce que, le jour, alors que le Soleil est au-dessus de la Terre, une partie de l’humide chargé d’eau s’évapore en raison de sa chaleur ; du moins ce qui s’est évaporé reste suspendu ou s’élève en petite quantité au-dessus de la Terre, parce que le feu, c’est-à-dire la chaleur qui fait s’élever la vapeur de ce genre, est en faible quantité en comparaison de l’humeur aqueuse qui s’élève. Et ainsi, lorsque l’air s’est refroidi la nuit, la vapeur qui s’est élevée le jour se condense et tombe sur la Terre, et s’appelle « rosée » ou « gelée blanche » ; par conséquent, l’arrivée et l’éloignement du Soleil suivant le mouvement diurne produisent sur la génération de la rosée et de la gelée blanche le même effet que son mouvement propre sur la génération de la pluie, selon qu’il arrive et s’éloigne en été et en hiver.

[80167] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 11 Secundo ibi: pruina quidem etc., ostendit differentiam eorum: dicens quod pruina fit, quando vapor prius congelatur quam condensetur in aquam; et propter hoc fit in hieme et in hiemalibus locis, idest in frigidis locis. Sed ros fit, quando vapor inspissatur in aquam, et neque est tantus aestus quod vapor elevatus desiccetur, neque est tantum frigus quod vapor congeletur. Et ideo oportet quod sit aut in tempore aut in loco calido: quia ros semper fit in tempore temperato et in locis temperatis, sed pruina, sicut dictum est, fit in tempore et loco magis frigidis. Cum enim vapor sit calidior aqua, quia adhuc est in eo aliquid de calore elevante, maior frigiditas requiritur ad congelationem vaporis quam aquae; et sic pruina nunquam fit nisi in magno frigore.

104. Deuxièmement là : on parle de gelée, etc., il montre leur différence, disant que la gelée blanche se forme lorsque la vapeur est gelée avant de se condenser en eau ; et c’est pourquoi il apparaît en hiver et dans les lieux hivernaux, c’est-à-dire dans les régions froides. Mais la rosée se forme lorsque la vapeur se condense en eau, que la chaleur n’est pas assez forte pour dessécher la vapeur qui s’est élevée et que le froid n’est pas assez vif pour la congeler. Et c’est pourquoi il faut que ce soit lors d’une saison chaude ou dans des lieux chauds : car la rosée se produit toujours lors d’une saison et dans des régions tempérées, mais la gelée blanche, comme on l’a dit, se forme lors d’une saison et dans des lieux plus froids. En effet, comme la vapeur est plus chaude que l’eau, puisqu’il y a encore en elle quelque trace de la chaleur qui la fait s’élever, la congélation de la vapeur requiert un froid plus vif que celle de l’eau ; et ainsi la gelée blanche se forme seulement lors d’un grand froid.

[80168] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 12 Deinde cum dicit: fiunt autem ambo etc., ostendit qualiter existente aere disposito, fit ros et pruina.

Et primo ostendit hoc communiter quantum ad utrumque; secundo specialiter de rore, ibi: fit autem ros ubique et cetera.

Circa primum duo facit: primo ostendit quod proponit; secundo ponit quoddam signum praedictorum, ibi: signum autem et cetera.

Dicit ergo primo quod tam ros quam pruina fiunt cum aer fuerit serenus absque nubibus et pluvia, et tranquillus absque vento. Quia si non sit serenus, non possunt elevari vapores de die, propter defectum caloris: si autem non fuerit tranquillitas, vento flante, non poterunt vapores condensari, ut generetur ros; nam ventus, commovendo aerem, impedit congregationem vaporum.

105. Ensuite, quand il dit : toutes deux se forment, etc., il montre par quelle disposition de l’air la rosée et la gelée blanche se forment.

Et, premièrement, il le montre à propos des deux phénomènes en général ; deuxièmement, à propos de la rosée en particulier, là : or, la rosée se forme, etc.

Concernant le premier point, il procède en deux étapes : premièrement, il montre ce qu’il propose ; deuxièmement, il donne une preuve sur ses propos précédents, là : la preuve, etc.

Il dit donc premièrement qu’aussi bien la rosée que la gelée blanche se forment lorsque le temps a été beau, sans nuage, ni pluie, et calme, sans vent. En effet, s’il n’est pas beau, les vapeurs ne peuvent s’élever le jour, en raison du manque de chaleur ; or si le temps n’a pas été calme, le vent soufflant, les vapeurs ne pourront pas se condenser pour engendrer la rosée ; en effet, le vent, en faisant bouger l’air, empêche les vapeurs de s’agréger.

[80169] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 13 Deinde cum dicit: signum autem etc., manifestat per signum quod supra posuerat de generatione roris et pruinae. Et dicit quod signum huius quod ros et pruina causentur ex hoc quod vapor non longe elevatur a terra, est hoc quod in montibus non fit pruina, cum tamen ibi magis videatur fieri propter loci frigiditatem. Huius ergo sunt duae causae. Una quidem, quia vapor ex quo generatur ros et pruina, elevatur ex locis infimis et humefactis, ex quibus multi vapores generantur et elevantur: unde caliditas quae eos elevavit, non potuit elevare eos ad multam altitudinem, quasi portans onus quod excedit suam virtutem; sed prope loca infima dimittit calor vapores, et cadit ros et pruina. Unde in montibus altis pruina esse non potest.

Secunda autem causa est, quia sicut supra dictum est, aer superior excedens montes, fluit quasi tractus ex motu caeli; et ideo suo fluxu dissolvit huiusmodi adunationem vaporum, quae est causa roris et pruinae. Plus autem de motu requiritur ad multam materiam vaporosam disgregandam, quam disgregandam parvam: materia autem pluviae et nivis est multa, materia autem roris et pruinae est pauca simpliciter, licet sit multa in comparatione ad calorem parvum elevantem ipsam: unde in montibus altissimis, propter maiorem fluxum aeris, neque pluvia neque ros neque pruina cadit; in montibus autem non ita altis cadit pluvia et nix, propter minorem fluxum, non autem ros et pruina.

106. Ensuite, quand il dit : la preuve, etc., il montre par une preuve ce qu’il avait établi sur la génération de la rosée et de la gelée blanche. Et il dit que la preuve que la rosée et la gelée blanche sont dues au fait que la vapeur ne s’élève pas loin de la Terre, c’est que la gelée blanche ne se forme pas dans les montagnes, alors qu’on pourrait plutôt penser qu’elle s’y forme en raison de la froideur du lieu. Les causes sont donc au nombre de deux. L’une est que la vapeur qui engendre la rosée et la gelée blanche monte des lieux les plus bas et devenus humides, d’où naissent et s’élèvent de nombreuses vapeurs ; de ce fait, la chaleur qui les a fait monter ne peut pas le faire sur une altitude élevée, comme si elle portait une charge qui dépasse sa force ; mais la chaleur relâche les vapeurs près des lieux les plus bas, et la rosée et la gelée blanche tombent. De ce fait, dans les hautes montagnes, il ne peut y avoir de gelée blanche.

La seconde cause est que, comme on l’a dit ci-dessus, l’air supérieur quittant les montagnes coule comme s’il était entraîné par le mouvement du ciel ; et c’est pourquoi il dissout par son flux une telle condensation de vapeurs, qui est la cause de la rosée et de la gelée blanche. Or, la désagrégation d’une grande quantité de matière vaporeuse requiert plus de mouvement que celle d’une petite quantité ; la matière de la pluie et de la neige est en abondance, mais celle de la rosée et de la gelée blanche est, dans l’absolu, en petite quantité, bien qu’elle soit importante en comparaison de la faible quantité de chaleur qui la soulève ; de ce fait, sur les plus hauts reliefs, en raison d’un plus grand flux d’air, ni la pluie, ni la rosée, ni la gelée blanche ne tombent ; sur les reliefs moins élevés, la pluie et la neige tombent, en raison d’un plus petit flux, mais non la rosée et la gelée blanche.

[80170] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 14 Deinde cum dicit: fit autem ros ubique etc., ostendit specialiter de rore quali dispositione fiat.

Et circa hoc tria facit. Primo proponit veritatem: dicens quod ros fit in omnibus locis, flantibus Australibus ventis, non tamen ita validis quod impediant congregationem vaporum. Non autem fit flantibus borealibus ventis, nisi in regione Ponti, quae est frigidissima: ibi enim contrarie accidit, nam tempore boreali fit ros, non autem tempore Australi.

107. Ensuite quand il dit : or, la rosée se forme, etc., il montre en particulier comment la rosée se produit.

Et, concernant ce point, il procède en trois étapes. Premièrement, il énonce la vérité, disant que la rosée se forme partout lorsque les austers soufflent, mais pas assez fort pour empêcher la condensation des vapeurs. Elle ne se forme pas quand soufflent les borées, sauf dans la région du Pont, qui est la plus froide : en effet, là c’est le contraire qui arrive, car la rosée naît quand le vent est orienté au nord, mais non quand il est orienté au sud.

[80171] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 15 Secundo ibi: causa autem similiter etc., assignat causam eius quod communiter accidit. Et dicit quod causa huius est similis ei quod dictum est: quia scilicet ros fit in tempore temperato, sed non fit in hieme, idest in tempore valde frigido. Et rationem similitudinis ostendit: quia Auster facit temperiem, sed Boreas facit hiemem et frigus, est enim frigidus; et ideo ex hieme, idest ex frigiditate, extinguit caliditatem exhalationis, ut scilicet non possint vapores elevari ad generationem roris.

108. Deuxièmement, là : la cause est la même, etc., il donne la cause de ce qui arrive communément. Et il dit que la cause de ce phénomène est semblable à ce qu’il avait dit : en effet, la rosée se forme par temps doux, mais non en hiver, c’est-à-dire par un temps très froid. Et il montre la raison de cette similitude : en effet, l’auster produit un temps doux, mais le borée crée l’hiver et le froid, car il est froid ; et c’est pourquoi avec l’hiver, c’est-à-dire le froid, il éteint la chaleur de l’exhalaison, de façon à ce que les vapeurs ne puissent pas s’élever pour engendrer la rosée.

[80172] Super Meteora, lib. 1 cap. 14 n. 16 Tertio ibi: in Ponto autem etc., assignat causam eius quod accidit in Ponto. Et est quod ibi, propter magnam frigiditatem, Auster non sufficit ad facere tantam temperiem quae sufficiat ad elevationem vaporis; et ideo tempore Australi ibi non fit ros. Sed Boreas, propter suam frigiditatem, congregat calidum quod est in locis humectis, antiperistasim faciens, idest cum quadam contrarietate circumstans calidum: cum enim frigidum circumstat calidum, si non omnino possit extinguere ipsum, congregat illud. Et sic ex congregatione calidi vigoratur effectus eius, et ideo magis resolvitur vapor. Et hoc non tantum in Ponto accidit, sed etiam in aliis locis frequenter videtur factum: quia putei magis vaporant flantibus ventis borealibus quam Australibus, propter calorem congregatum interius ex frigore circumstante. Sed tamen in aliis locis frigiditas Boreae extinguit caliditatem vaporum, antequam aliqua multitudo possit adunari ad generationem roris: sed quando fiunt venti Australes, non impeditur congregatio vaporum ut generetur ros. Sed in Ponto etiam aliquando propter Boream extinguitur calor vaporum, et impeditur eorum elevatio: sed aliquando, propter multitudinem frigoris, multum de calido includitur intra terram, et fit multa exhalatio vaporum; ita quod ad modicum tempus resistit frigiditati aeris, donec congregetur tantum quod sufficiat ad generationem roris.

109. Troisièmement, là : or, dans le Pont, il présente la cause de ce qui arrive dans le Pont. Et il y a que là, en raison du grand froid, l’auster ne suffit pas à rendre le temps assez doux pour que de la vapeur s’élève ; et c’est pourquoi, quand le vent est orienté au sud, il ne s’y produit pas de rosée. Mais le vent du nord, en raison de sa froidure, concentre le chaud qui se trouve dans les lieux humides, créant une antipéristase, c’est-à-dire en entourant le chaud par un principe contraire : en effet, lorsque le froid entoure le chaud, s’il ne peut absolument pas le faire disparaître, il le concentre. Et ainsi son effet est renforcé par la concentration du chaud, et c’est pourquoi il se dégage plus de vapeur. Et cela n’arrive pas seulement dans le Pont, mais semble aussi se produire fréquemment dans d’autres lieux : en effet, les puits dégagent davantage de vapeur par borées que par austers, parce que la chaleur est concentrée plus à l’intérieur par le froid qui se trouve autour. Mais pourtant, dans les autres lieux, la froidure du borée éteint la chaleur des vapeurs, avant qu’une certaine quantité puisse se condenser pour engendrer la rosée ; mais lorsque les austers se lèvent, rien n’empêche la concentration de vapeurs d’engendrer de la rosée. Mais, dans le Pont aussi, la chaleur des vapeurs s’éteint parfois en raison du borée et leur montée s’arrête ; mais parfois, en raison d’une grande quantité de froid, beaucoup de chaleur est enfermée dans la Terre, et une grande exhalaison de vapeurs se forme, au point de résister pendant un temps bref à la froidure de l’air, jusqu’à ce que se concentre seulement ce qui suffit à engendrer de la rosée.

 

 

Caput 15

Chapitre 15 – [La grêle]

[80173] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 1 Postquam philosophus determinavit de generatione pluviae, roris et pruinae, hic incipit determinare de generatione grandinis.

Et circa hoc tria facit: primo ostendit locum generationis grandinis; secundo enumerat quaedam accidentia circa grandinem, quae faciunt difficultatem circa generationem ipsius, ibi: oportet autem accipere etc.; tertio assignat causam generationis eius, ibi: his quidem igitur et cetera.

Dicit ergo primo quod, licet vapor congeletur in hoc inferiori aere vicino terrae, tamen aqua non coagulatur hic ad generationem grandinis, sicut coagulatur in loco nubium. Ex illo enim loco veniunt tria corpora inspissata propter infrigidationem, scilicet aqua pluviae et nix et grando. Sed duobus horum corporum quaedam proportionalia fiunt in loco inferiori vicino terrae, quae ex eisdem causis generantur, sed differunt a pluvia et nive secundum magis et minus, prout scilicet citius vel tardius fit generatio, et secundum multitudinem et paucitatem.

Nix enim et pruina proportionaliter sunt idem, et similiter pluvia et ros: sed differunt secundum multum et paucum. Quia pluvia fit ex multo vapore infrigidato: huius autem multitudinis causa est et locus magnus et spatiosus, et multum tempus in quo vapor adunatur et colligitur, et multus etiam locus ex quo colligitur; quia enim in alto generantur pluviae, ex multis partibus illuc concurrunt vapores. Ros autem habet paucum de vapore, quia tempus in quo colligitur est paucum (consistentia enim illius vaporis est ephemeros, idest unius diei), et locus in quo congregatur parvus est, quia congregatur in propinquo terrae: et hoc manifestum fit per hoc quod generatio roris est velox, et multitudo eius est parva. Et sicut se habet de rore et pluvia, ita se habet de nive et pruina: quando enim tota nubes congelatur, fit nix; quando vero aliquis parvus vapor circa terram congelatur, tunc fit pruina. Et ideo utrumque eorum est signum temporis aut regionis frigidae: quia cum in vapore et nube adhuc sit aliquid de caliditate, non congelaretur nisi esset magnum frigus supervincens caliditatem ipsam; quia in nube adhuc multum residuum est de calore qui fecit evaporare humidum aqueum a terra, in vapore autem adhuc magis. Sic ergo, sicut pluvia et nix fiunt superius, ita ros et pruina inferius. Sed tamen, licet grando fiat superius, non convenit ei proportionale inferius: et huius causa erit manifesta, cum exposita fuerit causa generationis grandinis.

110. Après que le philosophe a déterminé la vérité sur la génération de la pluie, de la rosée et de la gelée blanche, il commence ici à la déterminer sur la génération de la grêle.

Et, concernant ce point, il procède en trois étapes : premièrement, il montre le lieu où la grêle est engendrée ; deuxièmement, il énumère certains des phénomènes qui l’accompagnent et qui font difficulté concernant sa génération, là : il faut considérer, etc. ; troisièmement, il avance la cause de sa génération, là : pour ceux-ci, etc.

Il dit donc premièrement que, bien que la vapeur soit congelée dans la partie inférieure de l’air au voisinage de la Terre, l’eau n’est pourtant pas figée à cet endroit pour engendrer la grêle, comme elle l’est dans les nuages. En effet, de ce lieu viennent trois corps condensés à cause du refroidissement, à savoir l’eau de pluie, la neige et la grêle. Mais certains corps se forment de façon analogue à deux d’entre elles dans l’espace inférieur, au voisinage de la Terre, lesquels sont engendrés par les mêmes causes, mais diffèrent de la pluie et de la neige par le plus et le moins, c’est-à-dire dans la mesure où la génération se fait plus ou moins vite et en plus ou moins grande quantité.

La neige et la gelée blanche, en effet, sont analogues, tout comme la pluie et la rosée ; mais diffèrent par le plus et le moins. En effet, la pluie se forme à partir d’une grande quantité de vapeur refroidie ; or la cause de cette quantité, c’est à la fois un lieu grand et spacieux, un temps long pendant lequel la vapeur se condense et se concentre et aussi un vaste espace où se concentrer ; en effet, puisque les pluies sont engendrées en altitude, les vapeurs s’y rassemblent en venant de tous les côtés. Or la rosée contient peu de vapeur, puisque le temps de sa concentration est bref (car la consistance de cette vapeur est éphémère, c’est-à-dire d’une seule journée), et que le lieu de sa concentration est petit, puisqu’elle s’assemble près de la Terre ; et cela devient manifeste du fait que la génération de la rosée est rapide et que sa quantité est petite. Et il en est de même pour la neige et la gelée blanche que pour la rosée et la pluie : en effet, lorsque le nuage est entièrement gelé, de la neige se forme ; mais quand un peu de vapeur est gelée autour de la Terre, c’est alors de la gelée blanche. Et c’est pourquoi tous deux sont le signe d’une saison ou d’une région froide : en effet, comme il y a encore de la chaleur dans la vapeur et le nuage, il ne pourrait pas geler, à moins qu’un grand froid ne l’emporte sur la chaleur même ; car, dans le nuage, il reste encore beaucoup de la chaleur qui a fait s’évaporer de la Terre l’humidité chargée d’eau, tandis que, dans la vapeur, il y en a encore plus. Ainsi donc, de même que la pluie et la neige se forment en haut, de même la rosée et la gelée blanche se forment en bas. Mais pourtant, bien que la grêle se forme en haut, il n’est pas de phénomène qui lui soit analogue en bas ; et la cause en sera manifeste, lorsque celle de la génération de la grêle aura été exposée.

[80174] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 2 Deinde cum dicit: oportet autem accipere etc., proponit quaedam accidentia quae accidunt circa grandinem, et faciunt difficultatem circa generationem ipsius.

Et proponit duas difficultates circa generationem grandinis: secundam ponit ibi: inconveniens autem et cetera.

Dicit ergo primo quod oportet accipere ea quae accidunt circa generationem grandinis, quae putantur esse rationabilia, et non sunt falsa. Et primo proponit quod grando est sicut crystallus quidam, idest aqua vehementer congelata: et proponit iterum quod aqua maxime congelatur in hieme: ex quibus videtur sequi quod grando maxime fiat in hieme. Sed contrarium videtur accidere: quia grandines maxime fiunt in vere et in autumno; et post hoc, tempore fructuum, idest in aestate et circa principium autumni; minus autem in hieme, et tunc quando fuerit minus frigus hiemis. Et universaliter grandines fiunt in locis magis temperatis: nives autem in frigidioribus locis et temporibus. Unde et grandines, in quibus apparet maior congelatio, magis deberent fieri locis et temporibus frigidis.

111. Ensuite, quand il dit : il faut considérer, etc., il présente des phénomènes qui arrivent au sujet de la grêle et qui posent des difficultés concernant sa génération.

Et il expose deux difficultés autour de la génération de la grêle : il présente la seconde là : or il ne convient pas, etc.

Il dit donc premièrement qu’il faut considérer les phénomènes qui arrivent au sujet de la génération de la grêle, qui sont considérés comme logiques et qui ne sont pas faux. Et il avance premièrement que la grêle est comme du cristal, c’est-à-dire de l’eau fortement gelée ; et il expose encore que l’eau est surtout gelée en hiver ; il semble s’ensuivre que la grêle se produit surtout en hiver. Mais c’est le contraire que l’on voit se produire ; en effet, les chutes de grêle ont surtout lieu au printemps et en automne ; et après cela, à la saison des fruits, c’est-à-dire en été et au début de l’automne ; mais moins en hiver, et au moment où le froid hivernal est moins fort. Et, en général, les chutes de grêle se produisent dans des lieux plus tempérés ; mais les neiges dans des lieux et des saisons plus froids. De ce fait, les chutes de grêle, où la congélation apparaît plus importante, devraient, elles aussi, se produire plutôt dans des saisons et des lieux froids.

[80175] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 3 Deinde cum dicit: inconveniens autem etc., ponit secundam difficultatem. Et circa hoc tria facit. Primo ponit difficultatem. Et dicit quod inconveniens videtur quod aqua congeletur superius: quia non potest congelari antequam sit facta; neque postquam est facta, remanere elevata, quoniam statim cadit. Unde non videtur quod possit dari tempus in quo congeletur ad generationem grandinis.

112. Ensuite, quand il dit : or il ne convient pas, etc., il expose la seconde difficulté. Et, concernant ce point, il procède en trois étapes. Premièrement, il présente la difficulté. Et il dit qu’il ne semble pas convenir que l’eau gèle en haut : en effet, elle ne peut pas geler avant d’être devenue de l’eau, et elle ne peut pas rester en hauteur après être devenue telle, puisqu’elle tombe aussitôt. De ce fait, il ne semble pas possible de préciser le moment où elle gèle pour engendrer de la grêle.

[80176] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 4 Secundo ibi: at vero neque quemadmodum etc., ponit quandam apparentem solutionem huius difficultatis. Posset enim aliquis dicere quod aqua, divisa in partes minimas, remanet in aere quasi ei commixta; et non cadit statim, sed immoratur in aere. Et per hunc modum accidit quando cadunt psecades, de quibus supra dictum est. Et simile est etiam de terra respectu aquae, quae ita se habet ad terram sicut aer ad aquam: frequenter enim aurum vel terra supernatat aquae propter parvitatem partium; sed si congregarentur illae partes terrae vel auri, caderent sub aqua. Unde, congregatis parvis partibus aquae quae resident in aere, fiunt magnae guttae, et sic deorsum feruntur psecades. Et ita posset aliquis dicere non esse inconveniens quod aqua insidens aeri congelaretur ad generationem grandinis.

113. Deuxièmement, là : ce n’est pas comme, etc., il donne une solution apparente à cette difficulté. En effet, on pourrait dire que l’eau, divisée en très petites parties, demeure dans l’air comme si elle était mélangée à lui ; et elle ne tombe pas aussitôt, mais s’attarde en l’air. Et c’est ce qui arrive quand tombent les psecades dont il a été question ci-dessus. Il en est de même pour la terre par rapport à l’eau, qui se trouve dans le même rapport avec la terre que l’air par rapport à l’eau ; en effet, de l’or ou de la terre flottent fréquemment sur l’eau en raison de la petitesse de leurs parties ; mais si ces parties de terre ou d’or s’agrégeaient, elles tomberaient au fond de l’eau. De ce fait, lorsque de petites parties d’eau résidant dans l’air se sont agrégées, de grosses gouttes se forment, et ainsi des psecades sont entraînées vers le bas. Et l’on pourrait ainsi dire qu’il n’est pas inconvenant de penser que de l’eau demeurant dans l’air se fige pour engendrer de la grêle.

[80177] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 5 Tertio ibi: hoc enim non contingit etc., excludit dictam solutionem: dicens quod non contingit fieri in grandine, sicut contingit in psecadibus. Quia partes aquae congelatae, si essent parvae, non possent uniri ut facerent aliquod magnum, sicut est grando, sicut continuantur partes aquae humidae existentis: quia duriora, ut sunt congelata, non ita adunantur sicut humidiora. Unde oporteret quod tanta aqua quanta est magnitudo grandinis, sursum maneret in aere non cadens: quod patet, quia non esset tanta post congelationem, si non fuisset tanta ante congelationem; ex multis enim parvis non possunt fieri multa magna continua. Sed quod tanta aqua sursum maneat non cadens, videtur impossibile.

114. Troisièmement, là : mais cela ne peut pas, etc., il rejette la solution précédente, disant que ce qui peut se produire pour les psecades ne le peut pas pour la grêle. En effet, les parties d’eau congelées, si elles étaient petites, ne pourraient pas s’unir pour en former une grande, comme la grêle, à la manière dont se rejoignent les parties d’eau liquide : car les solides, comme les corps congelés, ne s’unissent pas comme les liquides. De ce fait, il faudrait qu’une quantité d’eau aussi grande que celle de la grêle reste en haut dans l’air sans tomber ; et il est évident qu’on ne pourrait trouver une aussi grande quantité après congélation s’il n’y en avait pas eu autant avant congélation ; en effet, une grande quantité continue ne peut se former à partir de nombreuses petites parties. Mais il semble impossible qu’une aussi grande quantité d’eau demeure en haut sans tomber.

[80178] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 6 Deinde cum dicit: his quidem igitur etc., assignat causam generationis grandinis.

Et primo ponit opinionem aliorum; secundo opinionem propriam, ibi: sed quoniam videmus et cetera.

Circa primum duo facit. Primo proponit opinionem aliorum. Et dicit quod quibusdam videtur quod, cum nubes ex magno calore fuerit impulsa in locum superiorem, qui est valde frigidus ex eo quod ibi desinunt radii refracti a terra, aqua veniens ibi coagulatur, propter frigiditatem loci. Et ideo in aestate et in regionibus calidis fiunt grandines, quia magnus calor multum impellit nubes in superiorem locum sursum longe a terra.

115. Ensuite, quand il dit : pour ceux-ci, il avance la cause de la génération de la grêle.

Et il expose premièrement l’opinion des autres savants ; deuxièmement sa propre opinion, là : mais puisque nous voyons, etc.

Concernant le premier point, il procède en deux étapes. Premièrement, il expose l’opinion des autres. Et il dit que certains sont d’avis que, lorsque le nuage a été chassé par une grande chaleur vers l’espace supérieur, qui est extrêmement froid du fait que les rayons renvoyés par la Terre cessent à cet endroit, l’eau venant là se solidifie, en raison du froid de ce lieu. Et c’est pourquoi les chutes de grêle se produisent en été et dans les régions chaudes, étant donné qu’une forte chaleur repousse violemment les nuages dans le lieu supérieur, vers le haut, loin de la Terre.

[80179] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 7 Secundo ibi: accidit autem etc., impugnat praedictam positionem tribus rationibus. Quarum prima est, quod videmus in altis montibus non fieri grandines: quod tamen oportebat, si per elevationem vaporis in locum multum altum generarentur grandines; sicut etiam videmus in montibus altis fieri nives, quae generantur in alto.

116. Deuxièmement, là : c’est sur les lieux, etc., il attaque la thèse précédente pour trois raisons. La première d’entre elles est que nous ne voyons pas les chutes de grêle se produire sur les hauteurs des montagnes ; il faudrait pourtant que ce soit le cas, si elles étaient engendrées par la montée de la vapeur dans un espace très élevé, tout comme nous voyons aussi tomber sur les hauteurs des montagnes les chutes de neige, qui sont engendrées en altitude.

[80180] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 8 Secundam rationem ponit ibi : adhuc autem saepe et cetera. Et dicit quod saepe visae sunt nubes quae feruntur prope terram cum multo sono, ita ut quidam audientes cadentes terreantur, ac si aliquod maius futurum portendatur. Aliquando etiam, talibus nubibus visis prope terram sine sono, fit multa grando, incredibilis magnitudinis et figurae non rotundae. Hoc autem, scilicet quod grando non sit figurae rotundae et quod sit magnae quantitatis, accidit ex hoc quod congelatio grandinis est facta prope terram, et ideo parvo tempore fit motus ipsius: quia si multo tempore fieret, deminuta fuisset quantitas grandinis, et figura fuisset facta rotunda, motu dissolvente praecipue partes angulares, fortius dividentes aerem et magis ei resistentes. Non ergo verum est quod generatio grandinis fit multum longe a terra.

117. Il présente la deuxième raison là : en outre, on a souvent, etc. Et il dit que l’on a souvent vu des nuages se mouvoir près de la Terre à grand fracas, si bien que certains, en les entendant tomber, sont terrifiés, comme s’ils annonçaient l’arrivée de quelque plus grand danger. Quelquefois aussi, après que l’on a vu de tels nuages se mouvoir près de la Terre sans bruit, a lieu une grande chute de grêle, en quantité incroyable et de forme non ronde. Or ce phénomène, à savoir que la grêle n’est pas de forme ronde et qu’elle est en grande quantité, arrive parce que la congélation de la grêle s’est faite près de la Terre, ce qui explique que son mouvement dure peu de temps : en effet, s’il avait duré longtemps, la quantité de grêle aurait diminué, et la forme se serait arrondie, étant donné que le mouvement dissout surtout les parties anguleuses, qui coupent l’air avec plus de force et lui résistent davantage. Il n’est donc pas vrai que la génération de la grêle se produise très loin de la Terre.

[80181] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 9 Tertiam rationem ponit ibi: at vero necessarium et cetera. Et dicit quod necesse est quod magnitudo grandinis contingat ex fortitudine causae coagulationis grandinis: quia grando est quoddam congelatum sicut crystallus, ut est cuilibet manifestum. Sed magnitudo grandinis maior est in grandinibus quae non sunt rotundae: ex quo potest concludi quod grandines quae non sunt figurae rotundae, habeant fortem causam congelationis. Sed hoc quod grando non sit figurae rotundae, est signum quod sit congelata prope terram: quia si venirent de longe, circumquaque essent attritae, propter motum a longinquo, et sic essent figurae rotundae et magnitudine minores. Unde concludit quod coagulatio grandinis non accidit propter hoc quod vapores propellantur in locum frigidum supremum, multum remotum a terra.

118. Il donne la troisième raison là : mais il est nécessaire, etc. Et il dit qu’il est nécessaire que la quantité de grêle soit liée à la force de sa solidification : en effet, la grêle est un corps congelé comme le cristal, ce qui est évident pour quiconque. Mais la quantité de grêle est plus grande dans les grêlons qui ne sont pas ronds : on peut en conclure que les grêlons qui ne sont pas de forme ronde ont été congelés sous une forte contrainte. Mais le fait qu’un grêlon ne soit pas d’une forme ronde est le signe qu’il a été congelé près de la Terre : en effet, s’ils venaient de loin, ils seraient frottés de tout côté, en raison de leur mouvement parti de loin, et ils seraient ainsi de forme arrondie et d’une taille plus petite. Il en conclut que la solidification de la grêle n’est pas causée par une poussée des vapeurs vers un lieu froid situé tout en haut, très éloigné de la Terre.

[80182] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 10 Deinde cum dicit: sed quoniam videmus etc., assignat causam generationis grandinis. In quo primo excludit unam difficultatem superius motam; secundo excludit aliam, ibi: accidit autem hoc et cetera.

Dicit ergo primo quod per experimentum videmus quod calidum et frigidum sua contrarietate circumstant se invicem et aggregant. Et hoc manifestum est in terra. Nam in aestu interiora terrae sunt frigida, propter hoc quod caliditas aeris frigiditatem terrae circumstat; unde congregatur interius. E converso autem tempore frigoris interiora terrae sunt calida, propter hoc quod frigus concludit interius calorem qui erat in terra. Et inde est quod aqua fontium in aestate est frigida, et in hieme calida. Et hoc oportet putare fieri etiam in superiori loco. Unde in tempore calido frigidum, contrarietate calidi circumstantis inclusum, vehementius operatur: unde aliquando valde cito ex nube facit aquam. Et propter hoc multo maiores guttae fiunt in calidis diebus quam in hieme, et aquae pluviae fiunt labroterae, idest violentiores : quae quidem magnitudo et violentia accidunt ex eo quod quasi subito simul tota descendit pluvia, quod accidit propter celeritatem congelationis.

Et sic contrarium accidit ei quod dixit Anaxagoras. Dicebat enim hoc accidere, quando vapor ex quo generatur pluvia, ascendit in aerem valde frigidum: sed nos e converso dicimus quod hoc accidit, cum vapor descendit in aerem calidum; et tanto magis, quanto in magis calidum. Sic igitur ex calido circumstante frigidum et congregante ipsum, fiunt magnae guttae pluviarum et violentae. Sed cum frigidum magis congregatur conclusum ab exteriori calido, non solum subito condensantur nubes in aquam, sed ulterius aqua congelatur ex vehementi virtute frigidi inclusi, et sic fit grando. Unde patet solutio primae difficultatis: quare scilicet aqua congelatur in grandinem magis tempore aestatis quam hiemis.

119. Ensuite, lorsqu’il dit : mais puisque nous voyons, etc., il donne la cause de la génération de la grêle. Premièrement, il y rejette une difficulté soulevée plus haut ; deuxièmement, il en rejette une autre, là : c’est ce qui arrive, etc.

Il dit donc premièrement que nous voyons par expérience que le chaud et le froid s’entourent l’un l’autre et s’agrègent en raison de leur caractère opposé. Et c’est évident sur la Terre. En effet, lors d’une grande chaleur les souterrains sont froids, parce que la chaleur de l’air entoure le froid de la Terre ; il se condense donc à l’intérieur. À l’inverse, par temps froid, les souterrains sont chauds, étant donné que le froid comprime à l’intérieur la chaleur qui se trouvait sur la Terre. Et c’est la raison pour laquelle l’eau des sources est froide en été et chaude en hiver. Et il faut penser que cela se produit aussi dans le lieu supérieur. De ce fait, par temps chaud, le froid, enfermé par le chaud qui l’entoure parce qu’il lui est opposé, exerce une plus forte contrainte, si bien que parfois il forme très vite de l’eau dans le nuage. Et c’est pourquoi il se forme de bien plus grosses gouttes pendant les jours chauds qu’en hiver, et les eaux de pluie deviennent labroterae, c’est-à-dire plus violentes : cette grande quantité et cette violence arrivent parce que la pluie tombe soudain tout entière en même temps, ce qui est dû à la rapidité de la condensation.

Et ainsi c’est le contraire de ce qui disait Anaxagore qui se produit. Car il affirmait que cela arrive lorsque la vapeur qui engendre la pluie monte dans l’air très froid ; mais nous, nous disons au contraire que cela se produit quand la vapeur descend dans l’air chaud ; et cela d’autant plus que l’air est plus chaud. Ainsi donc le chaud qui entoure le froid et qui le condense produit de grosses gouttes de pluie violente. Mais lorsque le froid, comprimé par la chaleur extérieure, s’agrège davantage, ce sont non seulement les nuages qui se condensent soudain en eau, mais c’est aussi l’eau qui se congèle en raison de la violence de la force du froid enfermé, et il se produit ainsi de la grêle. De ce fait, on voit ici se résoudre la première difficulté, à savoir pourquoi l’eau se congèle en grêle plus souvent en été qu’en hiver.

[80183] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 11 Deinde cum dicit: accidit autem hoc etc., solvit secundam difficultatem.

Et circa hoc tria facit: primo solvit difficultatem; secundo assignat rationem de tempore generationis grandinis, ibi: minus autem aestate etc.; tertio ponit quoddam conferens ad celeritatem generationis grandinis, ibi: confert autem et cetera.

Fuit autem secunda difficultas ex hoc quod non videbatur posse dari tempus in quo superius aqua congelaretur in grandinem ; quia statim dum aqua generatur, cadit ; et antequam generetur, congelari non potest. Ad solvendam igitur hanc difficultatem, dicit quod generatio grandinis accidit, quando est velocior aquae congelatio, propter virtutem frigoris congregati, quam motus aquae pluviae deorsum.

Et quod hoc sit possibile, ostendit. Cum enim omnis motus localis sit in tempore, manifestum est quod in aliquo determinato tempore aqua pluviae fertur deorsum; contingit autem quod in minori tempore frigiditas, propter suam vehementiam, congelat aquam, quam sit tempus descensus eius; unde nihil prohibet si congelatio fiat in minori tempore quam motus deorsum aquae, si frigidum existat fortius et vehemens. Et hinc est quod quanto propinquius nobis fit generatio aquae vel grandinis, tanto magis subito congeletur, calido existente fortiori prope terram, et vehementius expellente et concludente frigidum. Et ideo oportet quod et aquae pluviae fiant violentiores, et tam guttae pluviarum quam grandinum sint maiores, propter hoc quod per minus spatium feruntur, et minus ex eis dissolvitur. Illae autem guttae quae cadunt magnae, non sunt crebrae, propter eandem causam: quia enim subito et simul congelantur in magnas, non in multas partes dividuntur, et subito etiam cadunt; sicque materia pluviae et grandinis non tam spissim cadit.

120. Ensuite, quand il dit : c’est ce qui arrive, etc., il résout la seconde difficulté.

Et, sur ce point, il procède en trois étapes : premièrement, il résout la difficulté ; deuxièmement, il explique pour quelle raison la grêle est engendrée à tel moment, là : la grêle a lieu moins souvent en été, etc. ; troisièmement, il expose un phénomène qui contribue à la rapidité de la génération de la grêle, là : ce qui contribue, etc.

La seconde difficulté venait de ce qu’il ne semblait pas possible de préciser le moment où l’eau se congèle plus haut en grêle, puisque l’eau tombe dès qu’elle est engendrée et qu’elle ne peut se congeler avant d’avoir été engendrée. Donc, pour résoudre cette difficulté, il dit que la génération de la grêle se fait lorsque la congélation de l’eau est plus rapide que le mouvement de l’eau de pluie vers le bas, en raison de la force de condensation du froid.

Et il montre que c’est possible. En effet, comme tout mouvement local se fait dans le temps, il est manifeste que l’eau de pluie est entraînée vers le bas à un moment donné ; or il arrive que le froid gèle l’eau, en raison de sa violence, pendant un temps plus court que celui de sa chute ; de ce fait, rien n’empêche que sa congélation se produise dans un temps plus court que celui du mouvement de l’eau vers le bas, dans la mesure où le froid est plus fort et violent. Et c’est la raison pour laquelle plus la génération de l’eau ou de la grêle est proche de nous, plus vite ces dernières se congèlent, étant donné que le chaud est plus fort près de la Terre et qu’il repousse et enferme le froid plus violemment. Et c’est pourquoi il faut à la fois que les eaux de pluie deviennent plus impétueuses et que les gouttes de pluie tout comme les grêlons soient plus gros du fait qu’ils sont entraînés sur un plus court espace et qu’ils sont moins désagrégés. Or les grosses gouttes qui tombent ne sont pas denses, pour la même raison : en effet, comme elles se solidifient en grosses gouttes tout à coup et en même temps, elles ne divisent pas en de multiples particules et tombent aussi tout à coup ; et ainsi la matière de la pluie et de la grêle ne tombe pas avec une telle densité.

[80184] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 12 Deinde cum dicit : minus autem aestate etc., assignat rationem de tempore generationis grandinis. Et dicit quod minus cadunt grandines in aestate quam in vere et in autumno, sed magis quam in hieme. Ideo autem minus in aestate quam in vere et autumno, quia in aestate est siccior aer; in vere autem est adhuc humidus, propter hiemem praecedentem, et in autumno iam incipit humectari. Et sic in aestate non est tanta materia vaporum humidorum ad generationem grandinis, sicut in vere et in autumno, licet sit maior calor. In hieme autem, licet abundet materia, deficit tamen calor qui sit potens concludere frigidum ad generationem grandinis. Fiunt etiam grandines tempore maturationis fructuum, idest in fine aestatis, propter eandem causam: quia tunc calor adhuc viget, et etiam aer iam incipit humectari.

121. Ensuite, quand il dit : la grêle a lieu moins souvent en été, etc., il donne la raison de la génération de la grêle à tel moment. Et il dit qu’elle tombe moins en été qu’au printemps et en automne, mais plus qu’en hiver. Moins en été qu’au printemps et en automne parce qu’en été l’air est plus sec ; or au printemps l’air est encore humide, en raison de l’hiver qui le précède, et en automne il commence déjà à s’humidifier. Et ainsi, en été, les vapeurs humides ne fournissent pas assez de matière pour engendrer de la grêle, comme au printemps et en automne, bien que la chaleur soit plus forte. Or, en hiver, bien que la matière soit abondante, la chaleur qui est susceptible d’enfermer le froid pour engendrer la grêle fait pourtant défaut. Les chutes de grêle se produisent aussi à l’époque de la maturation des fruits, c’est-à-dire à la fin de l’été, pour la même raison : parce que la chaleur est alors encore forte et que l’air commence aussi déjà à devenir humide.

[80185] Super Meteora, lib. 1 cap. 15 n. 13 Deinde cum dicit: confert autem etc., quia difficultatem superius motam solverat propter velocitatem generationis grandinis, contingentem ex vehementia frigoris, ponit hic quoddam aliud conferens ad celeritatem eandem. Et dicit quod confert ad celeritatem coagulationis, quod aqua fuit praecalefacta, adiuvante materia vaporosa caliditatem temporis: et ideo citius infrigidatur, quia frigus vehementius agit in ipsam, et potest intrinsecus penetrare aquam rarefactam per calorem. Et ideo multi, cum volunt infrigidare calidam aquam, ponunt eam ad solem primo. Et illi etiam qui piscantur in regione Ponti, cum fecerint habitacula tempore glaciei ad venandum pisces, quos venantur scindentes glaciem fluviorum vel maris, circumfundunt aquam calidam calamis quibus venantur, ut citius coaguletur; et sic utuntur glacie quasi plumbo, ut calami firmiter quiescant. Sed et in regionibus et in temporibus calidis aqua calida fit cito frigida, eo quod cito inspissatur, propter praedictam causam. Et ideo in Arabia et Aethiopia fiunt pluviae aestate et non hieme : quia scilicet vapores cito infrigidantur ex contrarietate calidi circumstantis, cum regio illa sit valde calida.

Ultimo autem epilogat quae dicta sunt : et est planum in littera.

122. Ensuite, quand il dit : ce qui contribue, etc., puisqu’il a résolu la difficulté soulevée plus haut en raison de la rapidité de la génération de la grêle, laquelle se forme du fait de la violence du froid, il expose ici un autre phénomène qui contribue à cette même rapidité. Et il dit que le fait que l’eau ait été préalablement chauffée contribue à la rapidité de sa solidification, alors que la substance vaporeuse renforce la chaleur de la saison ; et elle se refroidit plus vite, étant donné que le froid agit plus violemment sur elle et qu’il peut pénétrer dans l’eau raréfiée par la chaleur. Et c’est pour cela que beaucoup de gens, lorsqu’ils veulent refroidir de l’eau chaude, la placent d’abord au Soleil. Et aussi ceux qui pêchent dans la région du Pont, après avoir fabriqué des huttes à la saison des glaces pour chasser le poisson, qu’ils pêchent en perçant la glace des fleuves ou de la mer, répandent de l’eau chaude sur les cannes avec lesquelles ils pêchent, pour qu’elle se solidifie plus vite ; et ainsi ils se servent de la glace comme du plomb, pour que les cannes restent solidement immobiles. Mais l’eau chaude se refroidit rapidement dans les régions et les saisons chaudes aussi, du fait qu’elle se condense vite, pour la raison précédente. Et c’est pour cela qu’en Arabie et en Éthiopie les pluies se produisent en été et non en hiver : en effet, les vapeurs s’y refroidissent rapidement à cause de l’influence contraire du chaud qui les entoure, étant donné que cette région est extrêmement chaude.

Enfin il donne un épilogue à ses propos ; et c’est évident dans le texte.

 

 

Caput 16

Chapitre 16 – [Les sources et les fleuves]

[80186] Super Meteora, lib. 1 cap. 16 n. 1 Postquam philosophus determinavit de his quae generantur in alto ab exhalatione humida, hic determinat de his quae generantur in terra ex eadem materia, scilicet de fontibus et fluminibus.

Et dividitur in partes duas: in prima determinat de causa generationis fluviorum; in secunda de duratione eorum, ibi: non semper autem eadem loca et cetera.

Circa primum tria facit. Primo dicit de quo est intentio. Et dicit quod est de ventis et omnibus quae ex ventis causantur, et de fluviis et de mari. De quibus hoc ordine dicetur, quod primo proponemus dubitationes ad nosipsos, et postea declarabimus veritatem ad nosipsos, et non ad alios: quia de talibus nihil accepimus dictum ab aliis, quod non quilibet possit dicere, sicut et circa alias materias contingit.

123. Après que le philosophe a déterminé la vérité sur ce qui est engendré en haut par l’exhalaison humide, il la détermine ici à propos de ce qui est engendré sur terre par la même matière, à savoir les sources et les fleuves.

Et ce développement se divise en deux parties : dans la première il traite de la cause de la génération des fleuves ; dans la seconde de leur durée, là : ce ne sont pas toujours les mêmes lieux, etc.

Concernant le premier point il procède en trois étapes. Il dit premièrement quelle est son intention. Et il dit qu’il va être question des vents et de tout ce qui est causé par les vents, ainsi que des fleuves et de la mer. On parlera de ces phénomènes dans cet ordre, parce que nous nous poserons d’abord les problèmes à nous-mêmes et que nous déclarerons ensuite la vérité à nous-mêmes et non aux autres : en effet, concernant de tels phénomènes nous n’avons recueilli aucun propos tenu par d’autres que n’importe qui ne puisse avancer, comme c’est le cas pour d’autres sujets aussi.

[80187] Super Meteora, lib. 1 cap. 16 n. 2 Secundo ibi: sunt autem quidam etc., ponit opiniones quorundam de ventis. Et dicit quod quidam dixerunt quod corpus quod dicitur aer, dum fluit et movetur, est ventus; dum autem constat et inspissatur, est nubes et aqua; ac si eadem natura sit aquae, aeris et venti, et nihil aliud sit ventus quam aer et aqua. Et quia aer totus est unus, ideo quidam, volentes multum sapienter loqui, dixerunt quod non est nisi unus ventus; et quod videantur venti differre, hoc non est nisi ex differentia locorum ex quibus moventur. Quod est simile ac si dicerent quod omnes fluvii sunt unus fluvius, et quod omnis aqua est una: quod manifeste falsum est. Unde multitudo hominum, qui vulgariter et sine inquisitione philosophiae loquuntur de ventis, melius loquuntur quam isti, qui sic inquirendo erraverunt. Quia si hoc esset verum, quod omnes fluvii fluerent ex uno principio, et hoc etiam posset aliquo modo esse verum, quod omnes venti essent ex uno principio: sed de ventis etiam, sicut de fluviis, manifestum est quod id quod dixerunt, leviter et mendaciter dixerunt.

Opportunum est autem de hoc considerare in proprio tractatu, quid est ventus, et quomodo generatur, et quid movet ipsum, et unde est principium ventorum; et utrum oporteat accipere ventum fluentem sicut ex aliquo vase, qui tandiu fluat donec illud evacuetur, ac si esset emissum ab aliquo utre, ut fabulatur Homerus; aut non est ex uno principio sed ex multis, sicut pictores pingunt diversos ventos emittentes ex seipsis principium flatuum.

124. Deuxièmement, là : il y en a certains, etc., il présente les opinions de certains savants sur les vents. Et il dit que d’aucuns affirmaient que le corps appelé air, pendant qu’il s’écoule et se meut, est le vent ; mais quand il est arrêté et qu’il se condense, il est nuage et eau ; comme s’il était de la même nature que l’eau, l’air et le vent, et que le vent n’est rien d’autre que de l’air et de l’eau. Et puisque l’air tout entier est un, certains, désireux de parler fort sagement, ont avancé qu’il n’y a qu’un vent ; et que si les vents semblent différents, ce n’est qu’en raison de la différence des lieux d’où ils proviennent. C’est comme s’ils disaient que tous les fleuves sont un seul fleuve et que toute l’eau est une, ce qui manifestement faux. De ce fait, la majorité des hommes, qui parlent des vents de façon commune et sans faire de recherche philosophique, parlent mieux que ceux-là, qui se sont trompés en effectuant de telles recherches. En effet, s’il était vrai que tous les fleuves s’écoulent à partir d’un seul principe, il pourrait aussi être vrai, de quelque manière, que tous les vents viennent d’un seul principe ; mais même en ce qui concerne les vents, tout comme pour les fleuves, il est manifeste que ce qu’ils ont dit ils l’ont dit avec légèreté et faussement.

Or, ce qu’il est opportun d’examiner à ce propos dans ce traité particulier, c’est ce qu’est le vent, comment il est engendré, ce qui le meut, d’où vient le principe des vents, et s’il faut considérer que le vent s’écoule d’un vase, c’est-à-dire qu’il s’écoule jusqu’à ce que ce récipient soit vidé, comme s’il était sorti d’une outre, à ce qu’imagine Homère, ou bien s’il ne provient pas d’un principe unique mais de beaucoup, comme les peintres représentent différents vents expulsant d’eux-mêmes le principe du souffle.

[80188] Super Meteora, lib. 1 cap. 16 n. 3 Tertio ibi: similiter autem de generatione etc., inducit similes opiniones de generatione fluviorum: propter hoc enim induxerat quod dictum est de ventis. Et circa hoc tria facit: primo ponit quorundam falsam opinionem; secundo reprobat eam, ibi: quamvis manifestum etc.; tertio excludit quandam rationem ipsorum, ibi: non solum sed et talia et cetera.

Dicit ergo primo quod similiter videtur quibusdam se habere de generatione fluviorum, sicut dictum est de generatione ventorum. Dicunt enim quod, cum aqua elevatur a terra per vaporationem, et iterum fluit deorsum, congregatur sub terra, et sic fluit ad generationem fontium et fluviorum; sicut si intelligantur exire ex aliquo magno ventre, idest ex aliqua magna voragine, ubi sit congregata multa aqua; sive ita sit quod omnes fluvii fluant ex uno principio tali, sive ex diversis talibus principiis diversi fluvii fluant. Et secundum hoc, aqua non generatur sub terra de novo ad fluxum fontium et fluviorum; sed illa quae prius fuit collecta in praedicta receptacula, est principium multitudinis aquarum et fluviorum.

Et huius signum dicebant esse, quod in hieme est maior fluxus fluviorum quam in aestate. Et hinc assignant causam quare quidam fluviorum sunt perpetui, et quidam non perpetui. Quando enim, propter magnitudinem voraginis, tanta aqua congregatur in hieme sub terra, ut sufficiat ad perpetuitatem fluvii, ita quod non deficiat aqua fluens priusquam iterum superveniat in nova hieme, tunc fluvius fit perpetuus usque in finem: si autem receptaculum sit parvum, tunc propter paucitatem aquae deficit origo fluvii, quasi evacuato vase, antequam iterum fluat aqua de caelo; et ideo fluvius non perenniter fluit.

125. Troisièmement, là : certains croient, etc., il introduit des opinions semblables sur la génération des fleuves ; c’est, en effet, la raison pour laquelle il avait introduit ce qui a été dit sur les vents. Et concernant cela, il procède en trois étapes : premièrement, il expose l’opinion erronée de certains auteurs ; deuxièmement, il la condamne, là : pourtant une chose est évidente, etc. ; troisièmement, il rejette l’un de leurs raisonnements, là : non seulement, mais aussi, etc.

Il dit donc premièrement que certains savants sont d’avis qu’il en est de même pour la génération des fleuves que pour ce qui avait été dit de la génération des vents. En effet, ils affirment que, lorsque l’eau s’élève de terre par évaporation et qu’elle s’écoule de nouveau vers le bas, elle s’accumule sous la terre et coule ainsi pour engendrer sources et fleuves ; c’est comme si on entendait qu’ils sortent d’un grand ventre, c’est-à-dire d’un grand gouffre, où une grande quantité d’eau s’est accumulée, soit que tous les fleuves s’écoulent à partir d’un même principe semblable, soit que différents fleuves s’écoulent à partir de différents principes de ce genre. Et selon cette opinion, l’eau n’est pas de nouveau engendrée sous terre pour que s’écoulent sources et fleuves ; mais celle qui a été d’abord collectée dans les réceptacles mentionnés est le principe des multiples eaux et fleuves.

Et, selon eux, la preuve en est qu’en hiver le cours des fleuves est plus abondant qu’en été. Et pour eux c’est la raison pour laquelle certains des fleuves coulent de façon continue et certains autres non. En effet, lorsque, en raison de la profondeur du gouffre, en hiver sous terre s’accumule une quantité d’eau telle qu’elle suffit à rendre le cours des fleuves perpétuel, de sorte que l’eau qui coule ne fait pas défaut avant que l’eau de pluie ne revienne lors d’un nouvel hiver, alors le cours du fleuve se met à couler en permanence jusqu’à la fin ; mais si le réceptacle est petit, alors la source du fleuve se tarit en raison de la faible quantité d’eau, comme si le vase était vidé, avant que ne coule de nouveau l’eau tombée du ciel ; et c’est pourquoi ce fleuve ne coule pas constamment.

[80189] Super Meteora, lib. 1 cap. 16 n. 4 Deinde cum dicit: quamvis manifestum etc., improbat praedictam positionem quadrupliciter: primo quidem dicens quod, si aliquis velit prae oculis considerare multitudinem aquae quae continue fluit per fluvios per totum universum, excederet totam quantitatem terrae, vel parum ab ea deficeret, si oporteret esse aliquod receptaculum sub terra, vel unum vel plura, unde flumina fluerent. Et sic oporteret totam terram interius esse concavam, ad capiendam tantam multitudinem aquae; et hoc ipsum non sufficeret. Hoc autem patet esse falsum. Cum enim terra naturaliter sit in medio, et naturaliter partes tendant ad medium, non potest dici quod terra sit tantum concava interius ad suscipiendam aquam; licet non sit inconveniens quod in multis locis terrae sint aliqua receptacula aquarum.

126. Ensuite, lorsqu’il dit : pourtant une chose est évidente, etc., il condamne l’opinion précédente pour quatre raisons : premièrement, en disant que, si on voulait se mettre sous les yeux la grande masse d’eau qui coule continuellement dans les fleuves dans tout l’univers, elle excèderait la masse de la Terre entière ou bien elle lui serait de peu inférieure, s’il fallait qu’il y ait sous la Terre un ou plusieurs réceptacles d’où les fleuves couleraient. Et il serait ainsi nécessaire que la Terre entière soit concave à l’intérieur, pour recevoir une quantité d’eau aussi importante ; et cela même ne suffirait pas. Or, il est évident que c’est faux. En effet, comme la Terre est naturellement au centre, et que ses parties tendent naturellement vers le centre, on ne peut pas dire que la Terre soit seulement concave à l’intérieur pour recueillir l’eau ; pourtant, il n’est pas absurde de croire qu’il y a des réceptacles d’eau dans bien des endroits de la Terre.

[80190] Super Meteora, lib. 1 cap. 16 n. 5 Secundo ibi: non solum sed et inconveniens etc., ponit secundam rationem. Et dicit quod inconveniens est, si quis non putet quod ex aere evaporato intra terram fiat aqua, propter eandem causam propter quam fit etiam supra terram in aere. Unde si supra terram in aere aer evaporatus propter frigiditatem condensatur in aquam, oportet putare quod etiam a frigiditate terrae hoc idem fiat. Et sic non solum aqua separatim existens in terra quasi in aliquo receptaculo, fluet per fluvios; sed continue infra terram generatur per infrigidationem vaporum, et haec effluet per fluvios.

127. Deuxièmement, là : non seulement, mais aussi (sic) il est inconvenant, etc., il donne la deuxième raison. Et il dit qu’il est absurde de ne pas penser que l’eau se forme à partir de l’air évaporé dans la terre, pour la même raison qu’elle se forme aussi au-dessus de la terre dans l’air. De ce fait, si de l’air évaporé se condense en eau au-dessus de la terre, dans l’air, en raison du froid, il faut penser que ce même phénomène se produit aussi sous l’effet du froid de la terre. Et ainsi non seulement l’eau qui existe séparément dans la terre comme dans un réceptacle coulera en fleuves ; mais elle est continuellement engendrée sous terre par le refroidissement des vapeurs, et cette eau s’écoulera en fleuves.

[80191] Super Meteora, lib. 1 cap. 16 n. 6 Sed quia posset aliquis dicere quod ex vaporibus infra terram generatur quaedam aqua, sed tota simul colligitur in aliquibus receptaculis, ex quibus fluvii fluunt, quod esset simile et quasi idem positioni praedictae, ideo tertio hoc excludit per quoddam signum, ibi: adhuc autem et cetera.

Et dicit quod adhuc non est intelligendum tale esse principium fluviorum, quod aqua quidem generetur infra terram, sed existat ibi quotidie dum flumina fluunt, ac si essent quaedam stagna aquarum sub terra, ut quidam dicunt: sed oportet intelligere sic fieri intra terram, sicut fit supra terram. Supra terram enim, dum primo condensatur vapor, fiunt parvae guttae, quae adunantur cum aliis; et sic facile aqua fluens descendit cum quadam multitudine. Ita etiam fit infra terram: primo enim parvae guttae generantur; et sic principia fluviorum sunt quaedam scaturigines paulatim scaturientes in imo terrae.

Et hoc manifestatur per opus: qui enim volunt ducere aquas, puta facientes puteos vel aliquid tale, colligunt aquas in locis infimis et defossis, ac si fieret quaedam resudatio terrae per aquam a locis excelsis ad infima. Et ex hoc apparet quod aqua guttatim profluit a terra ad generationem fluviorum et fontium; non autem ita quod infra terram sint loca quae sint quasi stagna aquarum actu existentium.

128. Mais puisque l’on pourrait dire que l’eau est engendrée par des vapeurs souterraines, mais qu’elle s’accumule tout entière dans des réceptacles d’où coulent les fleuves, ce qui ressemblerait fort à la thèse précédente, il rejette troisièmement cette affirmation par une preuve, là : de plus, etc.

Et il dit que, de plus, il ne faut pas comprendre que les fleuves tirent leur origine du fait que l’eau est certes engendrée sous terre, mais qu’elle se trouve là chaque jour tant que coulent les fleuves, comme s’il se trouvait des nappes d’eau sous terre, à ce qu’affirment certains ; mais il faut comprendre qu’il en est sous terre comme sur terre. En effet, sur terre, tandis que la vapeur commence à se condenser, de petites gouttes se forment et s’agglomèrent les unes aux autres ; et ainsi l’eau qui coule descend facilement en grande quantité. Et voici comment cela se passe sous terre : en effet, de petites gouttes sont d’abord engendrées et les origines des fleuves sont ainsi des sources qui jaillissent peu à peu au fond de la terre.

C’est ce que certains travaux montrent : car ceux qui veulent construire des conduites d’eau, par exemple en creusant des puits ou faisant des ouvrages semblables, collectent les eaux dans des lieux placés tout en bas et enfouis, comme si la terre transpirait de l’eau venue du haut vers le bas. Il est donc clair que l’eau s’écoule goutte à goutte pour engendrer les fleuves et les sources ; mais cela ne veut pas dire que se trouvent sous terre des lieux qui soient comme des eaux stagnantes existant en acte.

[80192] Super Meteora, lib. 1 cap. 16 n. 7 Quarto ibi: propter quod et rheumata etc., ponit aliud signum ad idem, sumptum ex naturali fluxu aquarum: nam praecedens signum fuit sumptum ex opere. Et dicit quod propter eandem causam rheumata, idest fluviorum fluxus, videntur esse ex montibus, et maximi fluvii fluunt ex maximis montibus; et fontes, ut plurimum, sunt vicini montibus et locis altis; sed in campestribus sunt pauci fontes separati a fluviis. Et hoc ideo est, quia loca montana et alta sunt sicut quaedam spongia spissa, propter soliditatem lapidum, ad eiiciendam aquam; et sunt suspensa, ad hoc quod aqua possit fluere; et sic producunt aquam in multis locis; et colligunt etiam aquam desuper complutam. Sed hoc secundum modicas partes, non tamen ita quod infra montes sint voragines in quibus congregatur aqua. Et ideo dicit quod colligunt aquam, quia suscipiunt magnam multitudinem aquae desuper advenientis per pluviam. Et ad hoc cooperatur figura montium: nam figura rotunda est capacissima figurarum.

Nihil autem differt ad recipiendam multitudinem aquae, an circumferentia sit disposita supreme secundum concavitatem, an secundum convexam gibbositatem: quia utroque modo aequalem quantitatem capiet. Unde licet montes non sint positi secundum concavitatem, sed magis secundum gibbositatem, tamen multitudinem aquarum recipere possunt. Et non solum colligunt multitudinem aquarum ut aliunde receptam, propter figuram, sed etiam producunt eam ut interius generatam propter frigiditatem: quia vaporem resolutum a terra, et ascendentem propter caliditatem innatam, frigiditas terrae infra terram partim coagulat, et sic iterum condensat ipsum in aquam. Et ideo, ut dictum est, maximi fluviorum fluunt ex maximis montibus.

Et hoc manifestum est, si quis consideret circularem descriptionem terrae: qui enim sic descripserunt terram, vel ipsi viderunt flumina et regiones, vel ab aliis inquisiverunt. Ponit ergo exemplum primo quidem in Asia de Parnaso, qui est ad ortum hiemalem, et de Caucaso, qui est ad ortum aestivalem, ex quibus, cum sint maximi montes, multi et maximi fluvii oriuntur; in Europa autem de monte Pyrenaeo, qui est ad occasum aequinoctialem, et de quibusdam aliis montibus qui sunt ad Septentrionem in Scythia, ex quibus etiam fiunt magna flumina; et in Africa, sive in Libya, de quibusdam aliis magnis montibus, ex quibus alia magna flumina fluunt. Et similiter dicit esse de aliis montibus et fluviis: et quod, quicumque alii fluvii fluunt ex paludibus, paludes istae sunt positae prope montes, et sic in idem redit.

Et sic, exemplis positis, concludit propositum, dicens: quod quidem igitur non oportet et cetera. Et repetit quod supra dictum est: unde planum est in littera.

129. Quatrièmement, là : et c’est pourquoi on voit les écoulements, etc., il donne une autre preuve, tirée du flux naturel des eaux : car la preuve précédente a été tirée de travaux. Et il dit que c’est pour la même raison que « des écoulements », c’est-à-dire les flux des fleuves, semblent venir des montagnes et que les plus grands fleuves s’écoulent à partir des plus hautes montagnes ; et que les sources, le plus souvent, sont voisines des montagnes et des lieux en altitude ; mais que dans les plaines il y a peu de sources, indépendamment des fleuves. Et la raison en est que les lieux montagneux et élevés sont comme des éponges denses, en raison de la solidité des pierres, afin de faire jaillir l’eau ; ils sont suspendus de telle sorte que l’eau peut s’écouler ; ils produisent ainsi de l’eau en de nombreux endroits ; et ils en rassemblent aussi lorsqu’il a plu d’en haut. Mais cela en petites quantités, sans qu’il y ait sous les montagnes des tourbillons où l’eau se rassemble. Et c’est pourquoi il dit qu’ils recueillent l’eau, étant donné qu’ils reçoivent une grande quantité d’eau venue d’en haut en pluie. Et la forme des montagnes facilite cela, car la forme ronde est celle qui a la plus grande capacité.

Cela ne fait nulle différence, pour recevoir une grande quantité d’eau, que la circonférence se trouve au sommet avec une forme concave ou avec une bosse convexe : en effet elle recevra une quantité égale des deux manières. De ce fait, bien que les montagnes n’aient pas une forme concave, mais plutôt gibbeuse, elles peuvent cependant recevoir une grande quantité d’eau. Et non seulement elles collectent la grande quantité d’eau qu’elles ont reçue d’un autre lieu grâce à leur forme, mais elles la produisent aussi une fois qu’elle a été engendrée en elles par le froid ; en effet, le froid de la terre coagule en partie sous terre la vapeur que la terre a dissoute et en train de s’élever à cause de la chaleur qui se trouve en elle, et elle la condense ainsi de nouveau en eau. Et c’est pourquoi, comme on l’a dit, les plus grands des fleuves s’écoulent à partir des plus grandes montagnes.

Et c’est manifeste si on examine une carte circulaire de la Terre : car ceux qui l’ont représentée, soit ont vu eux-mêmes les fleuves et les régions, soit ont interrogé d’autres personnes. Il donne donc premièrement l’exemple du Parnasse en Asie, qui est situé vers le lever hivernal, et du Caucase, qui se trouve en direction du coucher estival, où naissent un grand nombre de très grands fleuves, comme ce sont de très hautes montagnes ; en Europe du mont Pyrénée, qui se trouve vers le coucher équinoxial et de certaines autres montagnes qui sont en direction du septentrion en Scythie, où naissent aussi d’autres grands fleuves ; et en Afrique, ou Libye, de certaines autres grandes montagnes, d’où d’autres grands fleuves s’écoulent. Et il dit qu’il en est de même pour les autres fleuves et les autres montagnes ; et que concernant tous les autres fleuves qui s’écoulent à partir de marécages, ce sont des marécages situés près de montagnes, ce qui revient au même.

Et c’est ainsi qu’il conclut la proposition, après avoir donné des exemples, par ces mots : il est donc évident qu’il ne faut pas, etc. Et il répète ce qu’il avait dit plus haut : de ce fait le texte est clair.

[80193] Super Meteora, lib. 1 cap. 16 n. 8 Deinde cum dicit: non solum sed et talia etc., excludit rationem ponentium praedictam positionem. Et dicit quod non est inconveniens quod inveniantur aliqua loca habentia actu multitudinem aquae, ac si essent stagna; sed non ad tantum hoc valet, ut ex hoc possit accidere fluxus fluviorum. Non enim magis possumus dicere quod aquae, si quae collectae inveniuntur sub terra vel in montibus, contineant totam aquam fluviorum, quam si quis dicat quod fontes qui manifeste apparent extra terram, totam aquam fluviorum actu contineant: plurimi enim fluviorum fluunt ex fontibus (quod dicit propter hoc quod aliqui fluunt ex paludibus, ut dictum est). Unde simile est putare quod contineant totum corpus aquae quae fluit per flumina, illae collectiones subterraneae, ut existimare quod ipsam contineant istae collectiones aquarum quae inveniuntur extra terram in fontibus. Unde, cum de fontibus manifestum sit hoc esse falsum, per simile potest cognosci hoc etiam esse falsum de collectionibus aquarum quae sunt sub terra. Quod autem sint tales collectiones aquarum sub terra, manifestum esse potest per hoc quod multa flumina absorbentur a terra. Et hoc manifestat per multa exempla: et est planum in littera.

130. Ensuite, quand il dit : non seulement, mais aussi (sic), etc., il rejette le raisonnement des auteurs qui posent la thèse précédente. Et il dit qu’il n’est pas inconvenant de considérer que certains lieux ont une grande quantité d’eau en acte, comme s’ils étaient des eaux stagnantes ; mais cela ne suffit pas pour que le flux des fleuves puisse venir de là. En effet, nous ne pouvons pas plus dire que les eaux qui se trouvent avoir été collectées sous terre ou dans les montagnes contiennent toute l’eau des fleuves, que les sources qui apparaissent manifestement hors de la terre contiennent toute l’eau des fleuves en acte : car la plus grande partie des fleuves s’écoulent à partir de sources (il dit cela parce que quelques-uns coulent à partir de marécages, voir ci-dessus). De ce fait, c’est la même chose de penser que ces réserves d’eau souterraines contiennent tout le corps de l’eau qui coule par les fleuves et d’estimer que les réserves d’eau qui se trouvent hors de terre dans les sources le contiennent. Par conséquent, puisque cette conception est de toute évidence fausse concernant les sources, on peut reconnaître par un raisonnement semblable qu’elle est aussi fausse à propos des réserves d’eau qui sont sous terre. Que de telles réserves d’eau se trouvent sous terre, le fait que de nombreux fleuves sont engloutis par la terre peut le prouver. Il le montre par beaucoup d’exemples ; et le texte est clair.

 

 

Caput 17

Chapitre 17 – [La durée des fleuves]

[80194] Super Meteora, lib. 1 cap. 17 n. 1 Postquam philosophus ostendit causam generationis fluviorum, hic determinat de duratione eorum.

Et circa hoc duo facit. Primo ponit opinionem suam circa hoc. Et dicit quod non semper eadem loca terrae sunt aquosa vel arida; sed hoc permutatur secundum quod fluvii generantur de novo vel deficiunt. Propter quam causam fit permutatio circa terram, ut quae nunc est arida, aliquando fiat mare, et e converso; et non semper in una et eadem parte terrae sint mare vel terra sicca. Sed hoc non accidit casu, sed secundum quendam ordinem, et secundum aliquam circulationem caeli; sicut et omnes transmutationes quae fiunt in istis inferioribus, ordinantur secundum motum caeli.

131. Après que le philosophe a démontré la cause de la génération des fleuves, il traite ici de leur durée.

Et sur ce point il procède en deux étapes. Premièrement il expose son opinion sur cette question. Et il dit que ce ne sont pas toujours les mêmes lieux de la terre qui sont humides ou secs ; mais que cela change selon que les fleuves sont engendrés de nouveau ou qu’ils disparaissent. C’est la raison pour laquelle un changement a lieu concernant la terre, de telle sorte que celle qui est maintenant sèche se transforme un jour en mer, et inversement ; et la mer ou la terre sèche ne se trouvent pas toujours dans la seule et même partie de la terre. Cependant cela n’arrive pas par hasard, mais selon un certain ordre et une certaine révolution céleste, de même que toutes les transformations qui se font dans ces régions inférieures sont ordonnées selon le mouvement du ciel.

[80195] Super Meteora, lib. 1 cap. 17 n. 2 Secundo ibi: principium autem etc., manifestat quod dixerat.

Et circa hoc duo facit: primo assignat causam unam eius quod dictum est; secundo excludit quandam causam ab aliis opinatam, ibi: qui quidem igitur respiciunt et cetera.

Circa primum duo facit: primo assignat causam praedictae transmutationis; secundo assignat causam quare praedicta transmutatio lateat, ibi: sed propterea quod fit et cetera.

Dicit ergo primo quod causa et principium transmutationis praedictae hoc est, quod virtus terrae habet suo modo statum et senectutem, sicut corpora animalium et plantarum. In hoc tamen est differentia, quod animalia et plantae patiuntur statum et senectutem, non successive secundum diversas partes, sed simul secundum totum: sed in terra haec transmutatio est secundum partem et partem, propter caliditatem et frigus, crescente una parte in caliditate vel frigore, et alia deminuta, propter motum solis et alias circulationes caelestium corporum.

Et inde est quod secundum diversum situm in aspectu solis et stellarum, partes terrae recipiunt diversam virtutem; ita quod aliquae partes terrae possunt diu permanere in humiditate et aquositate, secundum aliquod determinatum tempus, quod est eis quasi iuventus vel status; et postmodum siccari, quod est terrae quasi senectus, quae naturaliter propter defectum humorum habet desiccare. Et dum hae partes terrae exsiccantur, alia loca terrae vivificantur, et fiunt aquosa secundum aliquam partem. Quod patet per hoc, quia in vere omnia quasi iuvenescunt per humiditatem; quae in hieme postea senescunt propter nimiam siccitatem. Et in vere etiam nostrae partes terrae sunt in vigore, alibi vero sunt iam desiccata omnia. Et sic patet quod senectus et iuventus non accidunt secundum totum in terra, sicut in animalibus et plantis; sed secundum partem et partem.

Sic igitur in aliquibus partibus terrae, desiccatae modo praedicto fontes destruuntur: et ex hoc sequitur quod fluvii primo quidem ex magnis rediguntur in parvos, et tandem totaliter exsiccantur, propter siccitatem fontium ex quibus oriebantur. Et sic in una parte terrae, quae iam senuit, exsiccantur; in alia autem, quae facta est aquosa, proportionaliter de novo fiunt fontes et flumina. Et ita facta transmutatione circa flumina, ut scilicet in una parte terrae deficiant et in alia de novo esse incipiant, transmutatur per consequens mare; et ubi abundaverat primo per excrescentiam fluviorum, siccatis fluviis, recedit mare et remanet arida; ubi vero mare exsiccabatur per aliquam atterrationem causatam ex aliquibus fluxibus supervenientibus terrae, iterum ibidem stagnat, aquae abundantia congregata.

132. Deuxièmement, là : le principe, etc., il montre ce qu’il avait dit.

Et sur ce point il procède en deux étapes : premièrement, il donne une cause à ce qui a été dit ; deuxièmement, il exclut une certaine cause conjecturée par d’autres, là : donc ceux qui voient, etc.

Concernant le premier point, il procède en deux étapes : premièrement, il donne la cause de la transformation précédente ; deuxièmement, il donne la raison pour laquelle la transformation précédente est cachée, ici : mais étant donné que, etc.

Il dit donc premièrement que la cause et le principe de la transformation précédente est que la vertu de la Terre a une apogée et une vieillesse à sa manière, comme les corps des animaux et des plantes. Sur ce point, il existe pourtant une différence, à savoir que les animaux et les plantes subissent leur apogée et leur vieillesse, non pas partie par partie successivement, mais dans leur totalité simultanément ; mais, pour la Terre, cette transformation se fait partie par partie, en raison de la chaleur et du froid, à savoir qu’une partie connaît une chaleur ou un froid croissant et une autre, une chaleur ou un froid diminuant, en raison du mouvement du Soleil et des révolutions des autres corps célestes.

Et c’est la raison pour laquelle les parties de la Terre reçoivent différentes vertus selon la différence de leur situation au regard du Soleil et des étoiles ; par conséquent, quelques parties de la Terre peuvent rester longtemps dans un état humide et aqueux, pendant un temps déterminé, qui est pour elles une sorte de jeunesse ou d’apogée, et, bientôt après, elles peuvent s’assécher, ce qui est, pour ainsi dire, la vieillesse de la Terre, qui tend naturellement à se dessécher en raison de la disparition des liquides. Et pendant que ces parties de la Terre sèchent, d’autres lieux se vivifient, et deviennent aqueux en partie. C’est évident parce qu’au printemps toutes les choses acquièrent la force de la jeunesse, pour ainsi dire, grâce à l’humidité ; et ensuite, en hiver, elles vieillissent en raison d’une trop grande sécheresse. Et au printemps aussi nos parties de la Terre sont en pleine vigueur, mais ailleurs tout est déjà desséché. Et il est ainsi clair que la vieillesse et la jeunesse n’arrivent pas sur toute la Terre, comme chez les animaux et les plantes, mais partie par partie.

Ainsi donc, dans certaines parties de la Terre, les sources desséchées de la façon susdite sont détruites ; et il s’ensuit que les fleuves, de grands, redeviennent petits et se dessèchent enfin totalement, en raison de la sécheresse des sources d’où ils jaillissaient. Et ainsi dans une partie de la Terre, qui a déjà vieilli, ils se dessèchent ; mais dans une autre, qui est devenue humide, les sources et les fleuves jaillissent de nouveau de façon analogue. Et ainsi, puisque cette transformation concernant les fleuves a eu lieu, à savoir qu’ils disparaissent dans une partie de la Terre et qu’ils recommencent à être dans une autre, la mer se transforme en conséquence ; et là où la mer avait d’abord été profuse en raison de la crue des fleuves, une fois les fleuves desséchés, elle se retire et reste asséchée ; mais là où elle se desséchait à cause d’une sédimentation due à des écoulements de terre qui la recouvrent, elle est de nouveau inondée à cet endroit même par les flots qui se sont accumulés en abondance.

[80196] Super Meteora, lib. 1 cap. 17 n. 3 Secundo ibi: sed propterea quod fit etc., assignat rationem quare praedictae transmutationes latent. Et dicit quod praedictae transmutationes maris et aridae latent, quia omnis naturalis transmutatio non fit subito, sed successive; et praedictae transmutationes, quae accidunt circa magnas partes terrae, fiunt in temporibus longissimis; et prius fit interitus et corruptio omnium gentium, quam maneat memoria transmutationis talis a sui principio usque in finem. Si enim semper eaedem gentes remanerent in eisdem partibus terrae, posset remanere aliqua memoria rerum etiam antiquissimarum, et transmutationum: sed quando aliqua gens deletur, et supervenit nova in locum eius, non remanet in secunda gente memoria antiquitatum quae fuerunt in prima gente; et multo minus in tertia vel quarta.

Corruptiones autem gentium quae novissimae sunt, fiunt per praelia, aliae autem fiunt per infirmitates et epidemias, aliae autem per sterilitates; et harum corruptionum quaedam sunt magnae simul, quaedam vero fiunt paulatim; ut etiam transmutationes gentium de loco ad locum lateant, eo quod aliqui a principio, ex eo quod incipit terra fieri sterilis vel infirma, vel propter guerras, relinquunt regionem, alii autem permanent quandiu possunt ibi nutriri; ita quod a primo discessu usque ad ultimum, quandoque est magnum tempus, et non est memoria primi recessus, etiam si homines non moriantur sed transmigrant. Et sicuti est de desertione terrarum, ita etiam est de habitatione earum: quia non est memoria, propter longinquitatem temporis, quando et a quibus gentibus primo inhabitari coeperunt, et quando sunt immutata ex paludosis in siccitatem, ut habitari possint; quia hoc paulatim factum est et in multo tempore. Et ponit exemplum de terra Aegypti, quae paulatim exsiccata est quasi a fluvio; et de quibusdam aliis terris, quae sunt transmutatae et desiccatae ab aquositate, et e converso; et est planum in littera.

133. Deuxièmement, là : mais étant donné que, etc., il donne la raison pour laquelle les transformations précédentes sont cachées. Et il dit que les transformations précédentes affectant la mer et la terre ferme sont cachées, puisque toute transformation naturelle ne se fait pas soudainement, mais successivement ; et les transformations précédentes, qui arrivent à de grandes parties de la Terre, se produisent dans des temps très longs ; et l’anéantissement et la décadence de tous les peuples ont lieu avant que ne demeure le souvenir d’une telle transformation, de son début jusqu’à sa fin. En effet, si les mêmes peuples restaient toujours dans les mêmes parties de la Terre, le souvenir des choses même les plus anciennes et des transformations pourrait demeurer ; mais lorsqu’un peuple est détruit et qu’un nouveau prend sa place, le souvenir des événements anciens qui ont eu lieu chez le premier peuple ne reste pas chez le second ; et bien moins chez un troisième ou un quatrième.

Les décadences des peuples qui sont les plus récents sont causées par des batailles, d’autres par des maladies et des épidémies, d’autres par des disettes ; et certaines de ces décadences sont massives et simultanées, mais d’autres se font petit à petit ; par conséquent les migrations des peuples d’un lieu vers un autre nous échappent aussi, étant donné que quelques-uns abandonnent leur pays dès que la terre commence à devenir stérile ou faible, ou bien en raison de guerres, mais que d’autres restent tant qu’ils peuvent se nourrir à cet endroit ; en conséquence, du premier départ au dernier, il se passe parfois un temps long, et le souvenir du premier exil disparaît, même si les hommes ne meurent pas, mais émigrent. Et il en est de même pour l’abandon des terres que pour leur occupation, puisque on ne se souvient pas, en raison de la longueur de la durée, de l’époque à laquelle elles ont commencées à être habitées ni par quel peuple, ni de l’époque où elles ont commencé à se changer de marais en terres sèches, de manière à pouvoir être habitées ; en effet, cela se fait peu à peu et dans un temps long. Et il donne l’exemple de la terre d’Égypte, qui s’est peu à peu desséchée quasiment à partir d’un fleuve et de certaines autres terres, qui se sont transformées et desséchées à partir d’un état humide, et inversement ; et le sens du texte est clair.

[80197] Super Meteora, lib. 1 cap. 17 n. 4 Deinde cum dicit: qui quidem igitur respiciunt etc., excludit causam a quibusdam opinatam. Et circa hoc tria facit. Primo excludit causam falsam. Et dicit quod aliqui, respicientes ad aliquid modicum, volunt iudicare de toto caelo: putant enim causam talium transmutationum esse mutationem totius mundi, ac si caelum et mundus de novo sit generatus. Et ex hac causa dicunt quod mare est minoratum, quia a principio coepit desiccari a sole: unde plura loca apparent modo desiccata, quae prius non erant.

Sed hoc partim est verum, partim non. Quod enim aliqua loca sint desiccata, quae erant prius aquosa, verum est: licet etiam contrarium verum sit, quia in aliquibus locis invenitur supervenisse mare ubi prius erat arida. Sed hoc est falsum, quod causa huius transmutationis sit mundi generatio. Derisibile enim videtur ponere transmutationem in toto, propter transmutationes in parvis partibus; magnitudo autem terrae quasi nihil est in comparatione ad totum caelum; obtinet enim vicem puncti.

134. Ensuite, quand il dit : donc ceux qui voient, etc., il rejette la cause conjecturée par certains auteurs. Et sur ce point il procède en trois étapes. Premièrement il rejette la cause erronée. Et il dit que quelques-uns, qui ont une vue étroite, veulent porter un jugement sur le ciel tout entier ; car ils pensent que la cause de telles transformations est un changement du monde entier, comme si le ciel et le monde étaient engendrés de nouveau. Et ils disent que la mer s’est amoindrie puisqu’elle a commencé dès le début à être desséchée par le Soleil ; de ce fait, un plus grand nombre de lieux apparaissent bientôt desséchés alors qu’ils ne l’étaient pas avant.

Mais c’est en partie vrai, en partie faux. En effet, il est vrai que certains lieux qui étaient auparavant humides se sont desséchés, bien que le contraire soit aussi vrai, puisqu’il se trouve que la mer est survenue en des lieux où auparavant se trouvait la terre sèche. Mais il est faux de dire que la cause de cette transformation est la génération du monde. En effet, il semble ridicule d’établir que tout s’est transformé en raison de changements concernant de petites parties ; la taille de la Terre n’est, pour ainsi dire, rien en comparaison du ciel tout entier : car elle remplit le rôle d’un point.

[80198] Super Meteora, lib. 1 cap. 17 n. 5 Secundo ibi: sed horum omnium etc., resumit veram causam. Et dicit quod vera causa istarum transmutationum est quod, sicut unus annus dividitur per diversa tempora, scilicet per hiemem et aestatem et consueta, sic et magna aliqua circulatio dividitur secundum statuta tempora, per magnam hiemem, in qua est multus excessus imbrium, et magnam aestatem, in qua est siccitas magna: non autem ita quod simul fiat iste magnus excessus imbrium vel siccitatis secundum totam terram, vel semper secundum easdem partes, sed in diversis partibus. Et ponit exemplum de diluvio facto tempore Deucalionis, in quadam determinata parte Graeciae.

135. Deuxièmement, là : mais il faut penser que la cause de tous ces phénomènes, etc., il reprend la vraie cause. Et il dit que la vraie cause de ces transformations est que, de même qu’une année se divise en différents temps, c’est-à-dire en hiver, en été et saisons habituelles, de même une grande révolution se divise aussi en temps déterminés, en grand hiver, où les pluies sont en grand excès, en grand été, où règne une grande sécheresse, sans que ce grand excès de pluie ou de sécheresse ne se fasse en même temps sur toute la Terre ou toujours sur les mêmes parties, mais sur différentes parties. Et il donne l’exemple du déluge survenu à l’époque de Deucalion, dans une partie déterminée de la Grèce.

[80199] Super Meteora, lib. 1 cap. 17 n. 6 Tertio ibi: cum igitur talis factus fuerit etc., assignat ex praedictis causam diuturnitatis fluviorum. Et dicit quod cum in aliqua terra factus fuerit magnus excessus imbrium, ita imbibitur terra humiditate, quod sufficit ad multum tempus ad generationem fluviorum. Quod quidem commune est diversis opinionibus: sive dicatur quod perpetuitas fluviorum est ex magnitudine voraginum continentium multam aquam, ut quidam dicunt, sicut praedictum est; sive dicatur, secundum nostram opinionem superius positam, quod causa perpetuitatis fluviorum est magnitudo et spissitudo et frigiditas altorum locorum, ita quod huiusmodi loca possunt recipere multam aquam, et continere eam, et generare.

Sed illa loca in quibus sunt parvae substantiae montium et non multum elevatae in altum, aut sunt quasi spongiosae, ut non possit in eis conservari humiditas, et sunt lapidosae, ut non possint recipere aquam, et sunt argillosae, ut non possint eam generare: in talibus, inquam, locis deficit fluxus fluviorum, quoadusque iterum loca humectentur. Sic ergo oportet putare quod in quibuscumque locis advenerit abundantia imbrium in magna hieme, humiditates locorum erunt magis perpetuae, idest diuturnae. Sed tamen tempore procedente exsiccantur, et quaedam eorum fiunt minus humida, donec iterum revertatur periodus secundum quam fiat excessus imbrium. Et sic ultimo concludit quod, quia in toto universo necesse est fieri permutationem; non tamen ita quod generetur et corrumpatur, si totus mundus est perpetuus; necesse est, sicut dictum est, quod non semper eadem loca sint humida per mare vel flumina, aut etiam sicca; sed quae prius fuerunt humida, fiunt sicca, et e converso.

136. Troisièmement là : donc, lorsque se font de telles, etc., il tire des propos précédents la cause de la durée des fleuves. Et il dit que, lorsque sur une terre sont tombées des pluies en excès, cette terre est si imbibée d’humidité qu’elle suffit pour une longue période à engendrer des fleuves. Et cette conception est commune aux différentes opinions, soit que l’on dise que la perpétuité des fleuves vient de la grandeur des gouffres renfermant beaucoup d’eau, comme certains le disent, à ce que l’on a vu, soit que l’on dise, selon notre opinion exposée plus haut, que la cause de la continuité des fleuves est la grandeur, la densité et le froid des lieux situés en altitude, si bien que des endroits de ce genre peuvent recevoir beaucoup d’eau, la contenir et l’engendrer.

Mais les lieux dans lesquels les substances des montagnes sont petites et peu élevées en hauteur, sont soit, en quelque sorte, spongieuses, au point de ne pouvoir conserver de l’humidité en elles, soit pierreuses, au point de ne pouvoir recevoir d’eau, soit argileuses, de manière à ne pouvoir en engendrer ; dans de tels lieux, dis-je, le cours des fleuves s’arrête, jusqu’à ce que ces lieux s’humidifient de nouveau. Ainsi donc il faut penser que dans tous les lieux où la pluie est tombée en abondance lors du grand hiver, l’humidité sera davantage « perpétuelle », c’est-à-dire durable. Mais pourtant, le temps passant, ils se dessèchent et certains d’entre eux deviennent moins humides, jusqu’à ce que revienne de nouveau la période où se produisent des pluies excessives. Et ainsi il conclut enfin que, puisque dans tout l’univers il est nécessaire qu’un changement se fasse, mais sans qu’il y ait génération et corruption, si le monde entier est éternel, il est nécessaire, comme on l’a dit, que ce ne soient pas toujours les mêmes lieux qui soient inondés par la mer ou les fleuves, ou bien secs, également, mais que ceux qui ont été d’abord humides deviennent secs, et inversement.

[80200] Super Meteora, lib. 1 cap. 17 n. 7 Deinde cum dicit: manifestat autem quod etc., manifestat quod dictum est, per exempla. Et circa hoc tria facit. Primo ponit tria exempla. Quorum primum est de terra Aegypti, quae invenitur demissior mari circumstante: propter quam causam impediti sunt quidam reges ne coniungerent duo maria, videntes per hoc destrui fluxum fluvii. Secundum exemplum est de Maeotide palude, in qua, propter fluxus fluviorum, semper maior atteratio facta est: ita quod poterat ferre multo minores naves tempore suo, quam ante sexaginta annos. Tertium exemplum est de Bosphoro dividente Europam ab Asia, qui invenitur minoratus et semper tendens in angustum, propter eandem causam.

137. Ensuite, lorsqu’il dit : il est manifeste que, etc., il montre ce qu’il a dit par des exemples. Et il procède en trois étapes. Premièrement, il donne trois exemples. Le premier d’entre eux porte sur la terre d’Égypte, qui se trouve plus bas que la mer qui l’entoure ; c’est pour cette raison que certains rois n’ont pas pu relier les deux mers, en voyant que le cours du fleuve serait gâté par cette opération. Le second exemple porte sur le Palus Méotide, dans lequel, en raison du cours des fleuves, les alluvions s’agrandissent toujours ; par conséquent, il pouvait transporter des navires beaucoup plus petits à cette époque-là que soixante ans auparavant. Le troisième exemple concerne le Bosphore qui sépare l’Europe de l’Asie, et qui diminue et devient toujours plus étroit, pour la même raison.

[80201] Super Meteora, lib. 1 cap. 17 n. 8 Secundo ibi: manifestum igitur etc., inducit conclusionem principaliter intentam: dicens quod, ex quo tempus non deficit et totum universum est aeternum (quod dicit secundum opinionem suam positam in libro physicorum et de caelo et mundo), sequitur quod neque Tanais neque Nilus, qui sunt maximi fluvii, semper fluxerunt, sed aliquando locus unde fluunt erat siccus: quia opus eorum, scilicet fluxus ipsorum, habet terminum. Et similiter est in aliis fluviis. Et si hoc est de fluviis, oportet quod idem sit de mari, in quod intrant fluvii: et sic secundum diversa tempora permutatur mare et arida.

Hoc tamen quod supponit mundum et tempus aeternum, est erroneum et alienum a fide; nec rationes quibus hoc probavit, sunt demonstrationes, ut alibi est ostensum.

Tertio ibi: quia quidem igitur, recapitulat quod dixerat: et est planum in littera.

138. Deuxièmement là : il est donc manifeste, etc., il tire la conclusion recherchée principalement, disant que, puisque le temps ne manque pas et que tout l’univers est éternel (ce qu’il avance suivant l’opinion qu’il avait établie dans les livres sur La Physique, Le Ciel et Le Monde), il s’ensuit que ni le Tanaïs, ni le Nil, qui sont les plus grands des fleuves, n’ont toujours coulé, mais que parfois le lieu d’où ils s’écoulent était sec ; en effet leur « œuvre », à savoir leur cours, a un terme. Et il en est de même pour les autres fleuves. Et s’il en est ainsi pour les fleuves, il faut qu’il en soit de même pour la mer, où se jettent les fleuves ; et ainsi la mer et les zones sèches se transforment selon les époques.

Cependant, supposer que le monde et le temps sont éternels est erroné et étranger à la foi ; et les raisons qui lui ont permis de le prouver ne sont pas des démonstrations, comme on l’a montré ailleurs.

Troisièmement là : nous avons donc dit que, etc., il récapitule ce qu’il avait dit ; et le sens du texte est clair.

 

 

Liber 2

Livre 2 ─ [Les phénomènes météorologiques terrestres]

 

 

Caput 1

Chapitre 1 – [Plan – L’origine des mers]

[80202] Super Meteora, lib. 2 cap. 1 n. 1 Postquam philosophus determinavit de his quae generantur in alto, sive ab exhalatione sicca sive a vapore humido, adiungens etiam de generatione fluviorum, propter similitudinem ad generationem pluviarum, nunc incipit determinare de his quae fiunt in parte inferiori ab exhalatione sicca.

Et dividitur in partes duas: in prima determinat de quibusdam principalibus passionibus; in secunda de quibusdam consequentibus, et hoc in tertio libro, ibi: de residuis autem et cetera.

Prima dividitur in duas: in prima determinat de mari, cuius salsedo ex siccitate causatur; in secunda determinat de ventis et his quae ex eis causantur, ibi: de spiritibus autem dicamus et cetera.

139. Après que le philosophe a déterminé la vérité sur les phénomènes qui sont engendrés en altitude, soit par exhalaison sèche, soit par vapeur humide, leur ajoutant aussi la génération des fleuves, en raison de sa ressemblance avec celle des pluies, il commence maintenant à déterminer la vérité sur ceux qui sont produits dans la partie inférieure par l’exhalaison sèche.

Et cela se divise en deux parties : dans la première, il détermine la vérité sur les principaux accidents ; dans la deuxième, sur certaines conséquences, et cela dans le troisième livre, là : sur ce qui reste, etc.

La première partie se divise en deux : dans la première, il détermine la vérité sur la mer, dont le caractère salé est causé par la sécheresse ; dans la deuxième, il la détermine sur les vents et les phénomènes causés par eux, là : parlons maintenant des souffles, etc.

[80203] Super Meteora, lib. 2 cap. 1 n. 2 Satis autem apparet conveniens ordo quem philosophus observat. Nam post ea quae in suprema parte aeris generantur ab exhalatione sicca, quae stellae cadentes, cometae, lacteus circulus, et similia sunt, in secundo loco determinavit de his quae in inferiori loco generantur ab exhalatione humida, scilicet de pluviis et huiusmodi; et quia eodem modo habent flumina causam generationis in terra, sicut pluviae in aere, post pluvias de fluminibus determinavit; post quae determinat de mari, in quod omnia flumina decurrunt.

Circa hoc ergo primo manifestat de quo est intentio. Et dicit quod dicendum est de mari: quae scilicet sit natura ipsius, utrum sit naturalis locus aquae, vel accidentaliter ibi aqua congregetur; et propter quam causam tanta multitudo aquae est salsa; et de prima generatione maris, utrum scilicet habeat principium suae generationis, et quomodo.

140. L’ordre que suit le Philosophe paraît convenable. En effet, après les phénomènes engendrés dans la partie supérieure de l’air par l’exhalaison sèche, qui sont les étoiles filantes, les comètes, le cercle lacté et autres phénomènes semblables, il détermine en second lieu la vérité sur ceux qui sont engendrés dans la région inférieure par l’exhalaison humide, à savoir la pluie et les phénomènes de ce genre ; et puisque les fleuves trouvent la cause de leur génération sur la terre, comme la pluie dans l’air, il détermine la vérité sur eux après les pluies ; après cela, il la détermine sur la mer, dans laquelle tous les fleuves se jettent.

Concernant cela il manifeste donc premièrement quelle est son intention. Et il dit qu’il faut parler de la mer : à savoir quelle est sa nature, si c’est le lieu naturel de l’eau ou bien si l’eau se rassemble ici par accident ; et pour quelle raison une aussi grande quantité d’eau est salée ; et il dit qu’il s’interroger sur la première génération de la mer, à savoir si elle a un principe de génération, et comment.

[80204] Super Meteora, lib. 2 cap. 1 n. 3 Secundo ibi: antiqui quidem igitur etc., exequitur propositum.

Et circa hoc duo facit: primo ponit opiniones aliorum de mari; secundo inquirit veritatem, ibi: quod quidem igitur fontes et cetera.

Circa primum duo facit: primo ponit opiniones antiquorum theologorum; secundo naturalium, ibi: qui autem sapientiores et cetera.

Circa primum sciendum est quod ante tempora philosophorum, fuerunt quidam qui vocabantur poetae theologi, sicut Orpheus, Hesiodus et Homerus: quia sub tegumento quarundam fabularum, divina hominibus tradiderunt. De his ergo dicit quod posuerunt quod mare habeat fontes proprios ex quibus causatur. Et hoc posuerunt ut terrae et mari non ponerent extranea principia sed propria: putaverunt enim quod terra et aqua sint reverendissima, quasi haec sit magna pars totius universi; et dicebant totum caelum esse propter terram et aquam, et ideo circumdari terram et aquam ab aliis corporibus et ab ipso, ac si haec pars esset honoratissima, et primum principium inter omnia corpora mundi.

141. Deuxièmement là : donc, les auteurs anciens, etc., il poursuit son projet.

Et, sur ce point, il fait deux choses : premièrement, il expose les opinions des autres sur la mer : deuxièmement, il recherche la vérité, là : donc les sources, etc.

Concernant le premier point, il fait deux choses : premièrement, il expose les opinions des anciens théologiens ; deuxièmement, celle des naturalistes, là : ceux qui sont plus savants, etc.

Concernant le premier point, il faut savoir que, avant les temps des philosophes, ont existé des poètes appelés théologiens, comme Orphée, Hésiode et Homère : en effet, sous l’enveloppe de certaines fables, ils ont transmis aux hommes des choses divines. Il dit donc d’eux qu’ils posaient que la mer avait ses sources propres dont elle tirait sa cause. Et ils le posaient de telle sorte que terre et mer n’avaient pas de principes extérieurs, mais des principes propres : car ils posaient que la terre et la mer étaient les plus vénérables, comme si elles constituaient une grande partie de tout l’univers ; ils ajoutaient que le ciel tout entier existait pour la terre et l’eau et que, pour cette raison, elles étaient entourées par les autres corps et par lui, comme si cette partie était la plus honorable et le premier principe entre tous les corps du monde.

[80205] Super Meteora, lib. 2 cap. 1 n. 4 Deinde cum dicit: qui autem sapientiores etc., ponit opiniones philosophorum naturalium de mari.

Et ponit tres opiniones. Quarum prima est de generatione maris. Et dicit quod illi qui fuerunt sapientiores praedictis poetis sapientia humana (quod dicit quia isti naturales non tractaverunt de divinis, ut illi, sed de naturalibus; quae est sapientia proprie humana, idest conformis humano intellectui): isti ergo dixerunt quod mare habet generationem. Quia a principio totus locus qui est circa terram, erat humidus et plenus aqua, sed est desiccatus a sole per evaporationem humidi; et illud quidem quod evaporavit, secundum eos, causavit aerem et ventos (et ex hoc dicunt causari motum solis et lunae et stellarum); illud autem quod est relictum nondum exsiccatum, est mare. Unde putant quod per continuam exsiccationem semper minoretur, et tandem aliquando totum exsiccabitur, et mare iam non erit. Haec dicitur fuisse opinio Anaxagorae et Diogenis.

Secunda opinio est de salsedine maris. Empedocles enim dixit quod terra, calefacta a sole, emittit quendam sudorem, quem credidit esse aquam maris. Et propterea dicit quod mare est salsum, quia etiam sudor animalium invenitur salsus.

Tertia opinio est Anaxagorae etiam de salsedine maris. Qui dixit quod terra per quam transit aqua, vel quae admiscetur aquae, est causa salsedinis maris : sicut enim illud quod colatur per cinerem, fit salsum, sic et aqua maris per admixtionem terrae fit salsa.

142. Ensuite, quand il dit : ceux qui sont plus savants, il présente les opinions des philosophes de la nature sur la mer.

Et il expose trois opinions. La première d’entre elles porte sur la génération de la mer. Et il dit que ceux qui étaient plus instruits que les poètes précédents en savoir humain ‒ il dit cela parce que ces philosophes de la nature n’ont pas traité de choses humaines comme les poètes, mais de choses naturelles, ce qui est le savoir humain à proprement parler, c’est-à-dire conforme à l’intellect humain ‒, ceux-ci ont donc dit que la mer a une génération. En effet, le lieu qui entoure la terre était entièrement humide et rempli d’eau, mais a été desséché par le Soleil grâce à l’évaporation de l’humide ; et ce qui a créé l’évaporation est, selon eux, la cause de l’air et des vents (c’est par cela, disent-ils, que le mouvement du Soleil, de la Lune et des étoiles est causé) ; ce qui reste et qui n’est pas encore desséché, c’est la mer. De ce fait, ils pensent qu’elle diminue toujours en raison d’un desséchement continu et qu’un jour elle se desséchera en totalité et qu’il n’y aura plus de mer. On dit que c’était l’opinion d’Anaxagore et de Diogène.

La seconde opinion porte sur la salure de la mer. Empédocle disait, en effet, que la Terre, réchauffée par le Soleil, émet une sorte de sueur, qui, croyait-il, est l’eau de mer. Et c’est pourquoi il dit que la mer est salée, puisque la sueur des animaux aussi se trouve être salée.

La troisième opinion est celle d’Anaxagore, également sur la salure de la mer. Il dit que la terre, à travers laquelle l’eau passe, ou qui est mélangée à l’eau, est la cause de la salure de la mer : en effet, de même que ce qui est filtré par des cendres devient salé, de même l’eau de mer devient elle aussi salée en raison d’un ajout de terre.

[80206] Super Meteora, lib. 2 cap. 1 n. 5 Deinde cum dicit: quod quidem igitur fontes etc., inquirit veritatem circa praedictas opiniones: et primo circa opinionem poetarum theologizantium; secundo circa opiniones philosophorum naturalium, ibi: de generatione autem ipsius, si factum est et cetera.

Circa primum duo facit: primo ostendit quod mare non habet fontes, ut illi dixerunt; secundo removet quoddam quod videtur suae rationi contrarium, ibi: fluens autem mare videtur et cetera.

Circa primum ponit duas rationes. Quarum prima est, quod aquarum quae sunt circa terram, quaedam sunt fluxibiles, quaedam stationariae. De his quae fluunt, manifestum est quod omnes derivantur ex fontibus. Quod non oportet sic intelligere, quod fontium sit aliquod principium quasi vas continens multitudinem aquae, ex quo flumina deriventur: sed oportet intelligere, ut prius dictum est, quod ex multis partibus, in quibus paulatim generatur, aqua ad unum concurrit, et confluendo primum sibi occurrit ut in tanta multitudine sit. Sed aquarum stationariarum quaedam sunt collectae et sustentatae ab aliquo impediente fluxum earum, vel per artem vel per naturam; quae dicuntur paludosae vel stagnales. Differunt autem haec multitudine et paucitate: nam si fuerint multae aquae sic collectae, dicuntur stagna; si autem paucae, paludes. Quaedam autem aquae stationariae sunt fontanae, idest in ipso suo fonte stant: et omnes istae sunt manufactae, sicut illae quae dicuntur puteales. Omnium enim harum aquarum sic per artem stantium, oportet esse aliquem fontem, qui esset principium fluxus, nisi impediretur per artem. Unde patet quod omnes aquae fontales et fluviales sponte fluunt secundum impetum naturae, vel indigent operatione artis ad hoc quod stent.

Quibus determinatis, patet quod aqua maris non est de fontibus, quia in nullo duorum dictorum generum continetur: quia nec fluit, ut fluvialis, nec potest dici quod sit manufacta, ut putealis. Omnes autem aquae quae sunt ex fontibus, vel fluunt, vel stant per artem: nisi forte aliquae sint parvae aquae quae sponte stent non per artem, sicut contingit cum aqua fluens invenit aliquam concavitatem aut aliquod obstaculum. Sed hoc non potest esse in magna quantitate: quia dum multiplicatur aqua fluens, oportet quod vel supergrediatur obstaculum et iterum fluat, vel submergatur in terra, sicut in multis locis accidit, ut supra dictum est. Unde non potest dici quod tanta aqua sicut aqua maris, possit spontanee stare, si sit ex fontibus. Relinquitur ergo quod mare non habeat fontes.

143. Ensuite, quand il dit : donc, le fait qu’il est impossible, etc., il recherche la vérité concernant les opinions précédentes : et premièrement à propos de celles des poètes théologisants ; deuxièmement à propos des opinions des philosophes de la nature, là : sur sa génération, si elle a été formée, etc.

Concernant le premier point, il fait deux choses : premièrement, il montre que la mer n’a pas de sources, comme ceux-là l’affirmaient ; deuxièmement, il écarte quelque chose qui semble contraire à son raisonnement, là : la mer s’écoulant semble, etc.

Concernant le premier point, il pose deux raisons. La première d’entre elles est que, parmi les eaux qui entourent la terre, les unes sont courantes, les autres, dormantes. Au sujet de celles qui coulent, il est manifeste qu’elles dérivent toutes de sources. Il ne faut pas entendre par là que les sources ont comme principe une sorte de vase contenant la masse de l’eau, d’où les fleuves dérivent : mais il faut comprendre que, comme il a été dit auparavant, l’eau se rassemble en un point à partir de nombreuses parties dans lesquelles elle se forme petit à petit, et qu’en confluant elle se présente en premier lieu de manière à être dans une telle masse. Mais certaines des eaux dormantes sont réunies et conservées par quelque entrave à leur cours, soit par l’art, soit par la nature ; ces eaux, on les appelle marécageuses ou stagnantes. Elles diffèrent selon leur quantité plus ou moins grande : car si de nombreuses eaux se réunissent ainsi, on les appelle étangs ; si elles sont peu nombreuses, on les appelle marais. Certaines eaux dormantes sont de source, c’est-à-dire qu’elles restent immobiles dans leur propre source : et toutes celles-ci sont façonnées par la main de l’homme, comme celles qui sont appelées eaux de puits. En effet, pour toutes ces eaux qui restent ainsi immobiles artificiellement, il faut qu’il y ait une source qui soit le principe de ce qui serait leur flux, s’il n’était pas entravé par artifice. De ce fait, il apparaît que toutes les eaux de source et de fleuve coulent d’elles-mêmes suivant une impulsion naturelle ou bien qu’elles nécessitent un ouvrage d’art pour demeurer immobiles.

Après que l’on a déterminé la vérité sur cela, il est clair que l’eau de mer ne vient pas de sources, puisqu’elle n’est contenue par aucun des deux genres susdits : en effet, elle ne coule pas, comme l’eau des fleuves, et il ne peut être dit qu’elle est façonnée par la main de l’homme, comme celle des puits. Toutes les eaux qui viennent de sources coulent ou bien dorment par artifice : à moins qu’il n’y ait quelques petites quantités d’eau qui dorment d’elles-mêmes sans artifice, comme lorsque l’eau qui coule rencontre une concavité ou un obstacle. Mais ce phénomène n’est pas possible en grande quantité : puisque, pendant que l’eau courante se multiplie, il faut soit qu’elle dépasse un obstacle et recommence à couler, soit qu’elle soit engloutie dans la terre, comme cela se produit en bien des endroits, comme on l’a déjà dit. De ce fait, on ne peut dire qu’une aussi grande quantité d’eau puisse dormir spontanément si elle provient de sources. Il en résulte donc que la mer n’a pas de sources.

[80207] Super Meteora, lib. 2 cap. 1 n. 6 Secundam rationem ponit ibi: adhuc autem quoniam plura sunt et cetera. Et dicit quod multa maria sunt quae in nullo loco adinvicem commiscentur. Nam mare rubrum coniungitur quidem secundum modicum ad mare Oceanum, quod est extra columnas Herculis; a quo mari omnino separata sunt mare Hyrcanum et Caspium (quod est mare Ponticum); et habitantur undique per circuitum, ita quod non laterent fontes illius maris, si illud mare fontes haberet. Non ergo verum est quod maris sint aliqui fontes.

144. Il pose la deuxième raison là : de plus, puisque plusieurs, etc. Et il dit qu’il y a de nombreuses mers qui ne sont reliées les unes aux autres en aucun lieu. Car la mer Rouge n’est que peu jointe à l’Océan, qui se trouve au-delà des Colonnes d’Hercule ; la mer Hyrcanienne comme la mer Caspienne (qui est la mer Pontique) en sont totalement séparées ; et elles sont habitées sur tout leur pourtour, de telle sorte que les sources de cette mer-là ne seraient pas cachées, si elle en avait. Donc il n’est pas vrai que la mer ait des sources.

[80208] Super Meteora, lib. 2 cap. 1 n. 7 Deinde cum dicit: fluens autem mare videtur etc., quia in quibusdam maribus apparet communis fluxus, ne credatur mare esse fluxibile tanquam ex fontibus procedens, cuius contrarium in prima ratione supposuerat, assignat causam fluxus qui videtur in mari.

Et circa hoc tria facit: primo ostendit quare aliquod mare fluat; secundo manifestat quoddam quod supponit, per signum, ibi: de eo autem etc.; tertio recapitulat, ibi: quod quidem igitur et cetera.

Assignat autem fluxus maris tres causas. Quarum prima est, quod mare fluit propter eius angustiam, ubi ex magno pelago restringitur in modicum spatium, propter hoc quod coarctatur ab adiacente terra. Aqua autem maris saepe movetur huc et illuc, et maxime secundum consequentiam ad motum lunae, quae secundum naturam propriam habet commovere humidum: haec autem aquae commotio in magno mari et amplo est immanifesta; sed ubi obtinent parvum locum propter angustiam terrae, magis apparet.

Secunda causa est, quod illud mare quod continetur infra Heracleas columnas, et non continuatur alicui, sicut de mari Pontico iam dictum est: istud, inquam, fluit propter multitudinem fluviorum. Et propter eandem causam unum mare decurrit in aliud: nam Maeotis fluit in mare Ponticum, Ponticum fluit in Aegeum. In aliis autem maribus minus hoc videtur: sed in praedictis maribus hoc accidit propter multitudinem fluviorum, quia in praedicta maria multa flumina intrant.

Tertia ratio fluxus est propter hoc quod mare occupat multum de terra secundum proportionem quantitatis aquae, et unum est minus profundum quam aliud: illud autem quod est minus profundum, semper decurrit ad profundius. Unde illud mare semper videtur profundius, ad quod aliud decurrit, sicut Ponticum est profundius Maeotide, et Pontico mare Aegeum, et Aegeo Siculum; Sardicum autem et Tyrrhenum sunt profundissima. Sed mare quod est extra columnas, non est profundum: quod apparet ex luto apparente in aqua quae fluit ex ipso; et huius signum est quod sunt sine vento, ac si existant in aliqua concavitate. Sicut igitur particulariter fluvii videntur fluentes ex altioribus locis ad demissiora, sic in mari fluxus fit ex altioribus locis terrae, quae sunt ad Septentrionem: ut sic maria Septentrionalia, quae emittunt aquam, non sint ita profunda sicut maria meridionalia, quae recipiunt.

145. Ensuite, quand il dit : on voit un courant marin, puisque dans certaines mers apparaît un courant commun, de peur que l’on ne croie que la mer a un courant comme si elle provenait de sources, ce dont il avait supposé le contraire dans le premier raisonnement, il donne la cause du courant qui est vu dans la mer.

Et, sur ce point, il fait trois choses : premièrement, il montre pourquoi la mer a un courant ; deuxièmement, il manifeste une certaine supposition, par une preuve, là : sur cela, etc. ; troisièmement, il récapitule, là : donc ce qui, etc.

Il donne donc les trois causes du courant marin. La première d’entre elles est que ce courant est causé par son étroitesse là où, de vaste étendue, elle est resserrée en un espace étroit, étant donné qu’elle est pressée par la terre qui la borde. L’eau de mer se meut souvent çà et là, et surtout sous l’effet du mouvement de la Lune, qui a comme nature propre de mettre en branle ce qui est humide : cet ébranlement de l’eau n’est pas visible dans une mer haute et vaste ; mais là où elle occupe un lieu de petite dimension en raison du resserrement de la terre, ce phénomène apparaît.

La seconde cause est que la mer qui est contenue sous les Colonnes d’Hercule n’est pas contiguë à une autre, comme on l’a déjà dit de la mer Pontique : cette dernière, dis-je, a un courant en raison de la multitude des fleuves. Et, pour la même cause, une mer se jette dans une autre : car le Méotide coule dans la mer Pontique, la mer Pontique dans la mer Égée. Ce phénomène est moins visible dans les autres mers : mais dans les mers mentionnées il se produit en raison de la multitude des fleuves, puisque bien des fleuves entrent dans ces mers.

La troisième raison du courant est que la mer occupe une grande partie de la Terre en proportion de la quantité d’eau et que telle mer est moins profonde que telle autre : ce qui est moins profond se précipite toujours vers ce qui est plus profond. De ce fait, telle mer semble toujours plus profonde là où une autre se précipite, comme le Pont est plus profond que le Méotide, la mer Égée l’est plus que le Pont, la mer de Sicile que la mer Égée, tandis que la mer de Sardaigne et la mer Tyrrhénienne sont les plus profondes. Mais la mer qui se trouve au-delà des Colonnes n’est pas profonde : on le voit à la vase qui apparaît dans l’eau qui coule de là ; et la preuve en est que ces régions sont dépourvues de vent, comme si elles étaient dans une concavité. Donc, de même que les fleuves semblent couler de lieux plus élevés vers des lieux plus bas, de même le courant marin se fait à partir de lieux plus élevés de la Terre, lesquels se trouvent vers le septentrion : ainsi, les mers septentrionales, qui laissent l’eau s’échapper, ne sont pas aussi profondes que les mers méridionales, qui la reçoivent.

[80209] Super Meteora, lib. 2 cap. 1 n. 8 Deinde cum dicit: de eo autem etc., manifestat per signum quoddam quod dixerat, scilicet quod terra ex parte Septentrionis sit altior. Et huius signum accipit ex hoc quod quidam antiquorum crediderunt quod sol non iret sub terra, sed solum circa terram, et dispareret de nocte propter altitudinem Septentrionalis partis occultantis.

Deinde cum dicit: quod quidem igitur etc., recapitulat quod dixerat: et est planum in littera.

146. Ensuite, quand il dit : ce qui prouve, etc., il montre par une certaine preuve ce qu’il avait dit, à savoir que la terre est plus élevée à partir du septentrion. Et il en tire la preuve de ce que certains des anciens croyaient que le Soleil n’allait pas sous terre, mais seulement dans ses environs, et qu’il disparaissait de nuit en raison de l’altitude de la partie septentrionale qui l’occultait.

Ensuite, quand il dit : voilà donc, etc., il récapitule ce qu’il a dit : et le texte est clair.

 

 

Caput 2

Chapitre 2 – [Pourquoi la mer est-elle salée ?]

[80210] Super Meteora, lib. 2 cap. 2 n. 1 Hic incipit inquirere veritatem circa opiniones quas habuerunt antiqui naturales de mari.

Et primo ostendit de quo est intentio: dicens quod est de generatione maris, si est factum; et de sapore eius, quae sit causa salsedinis et amaritudinis ipsius.

Secundo ibi: causa quidem igitur etc., exequitur propositum.

Et dividitur in partes tres: in prima determinat de natura maris, utrum scilicet sit naturalis locus aquae; in secunda determinat de generatione eius, utrum scilicet sit factum vel non, ibi, de salsedine autem etc.; in tertia determinat de sapore maris, quare scilicet sit salsum, ibi: de salsedine autem his quidem et cetera.

Prima autem pars dividitur in partes duas: in prima ostendit opinionem antiquorum de natura maris; in secunda obiicit contra eam, ibi: opponitur autem et cetera.

147. Il commence ici à rechercher la vérité sur les opinions que les anciens philosophes de la nature avaient eues sur la mer.

Et il montre premièrement quelle est son intention, disant qu’elle porte sur la génération de la mer, pour savoir si elle a été créée, et sur sa saveur, afin de connaître quelle est la cause de sa salure et de son amertume.

Deuxièmement, là : donc la cause, etc., il poursuit sa proposition.

Et elle se divise en trois parties : dans la première, il détermine la vérité sur la nature de la mer, à savoir si le lieu où se trouve l’eau est naturel ; dans la seconde, il la détermine sur sa génération, à savoir si elle a été créée ou non, là : sur la salure, etc. ; dans la troisième, il détermine la vérité sur la saveur de la mer, à savoir pourquoi elle est salée, là : sur la salure par ces propos certes, etc.

La première partie se divise en deux : dans la première il montre l’opinion des anciens sur la nature de la mer ; dans la seconde, il lui fait des objections, là : on oppose, etc.

[80211] Super Meteora, lib. 2 cap. 2 n. 2 Dicit ergo primo quod antiqui putaverunt quod mare sit principium omnis aquae, et quod sit substantia et corpus totius aquae, quasi mare sit naturalis locus aquae. Et causa inducens eos ad hoc fuit, quod videbatur rationabile esse quod, sicut omnium aliorum elementorum magnitudo est congregata in unum locum, et est unum principium unde derivatur partialiter elementum et commiscetur aliis elementis, propter multitudinem substantiae elementaris in illo loco existentis, ita est in aqua.

Videmus enim quod multitudo ignis est in superiori loco huius inferioris mundi, qui est naturalis locus eius; et similiter multitudo aeris est sub loco ignis, quasi in proprio loco congregata; et manifestum est quod corpus terrae est in medio, circa quod omnia alia corpora sunt ordinata. Unde manifestum est quod necesse est etiam, secundum eandem rationem, esse aliquem locum ubi sit congregata multitudo aquae, quasi in loco proprio et naturali.

Huiusmodi autem non potest esse aliud quam mare: quia aquae fluviorum non sunt omnes simul, cum tamen oporteat unius elementi esse unum locum continuum. Iterum aqua fluviorum non est stabilis, sed fluens, cum tamen oporteat omne elementum stare in proprio loco: fluit autem fluviorum aqua, utpote quae videtur semper generari, et non quiescere in eodem loco.

Propter hanc igitur dubitationem, putaverunt quod mare esset principium omnis aquae et omnium humidorum. Et propter hoc putaverunt quod omnia flumina non solum intrant in mare, sed etiam fluunt a mari: quia locus naturalis alicuius elementi videtur esse principium et terminus motus omnium illorum quae sunt de natura illa, quia omnia naturaliter tendunt ad locum proprium.

Et secundum antiquos erat etiam principium: quia ponebant quod elementa erant ingenerabilia et incorruptibilia, unde aqua non generabatur de novo; et sic oportebat quod, ubicumque aqua extra locum proprium inveniretur, quod influeret a naturali loco aquae.

Et quia posset aliquis obiicere quod mare est salsum, et aqua fluviorum est dulcis, et sic non videtur fluens a mari; ad hanc obiectionem excludendam, subditur quod illud quod est salsum, quando colatur, fit dulce; et sic aqua maris, quando colatur per terram, efficitur potabilis in fluviis.

148. Il dit donc premièrement que les anciens pensaient que la mer est le principe de toute l’eau et qu’elle est la substance et le corps de l’eau tout entière, comme si la mer était le lieu naturel de l’eau. Et la cause qui les conduisait à le penser était qu’il semblait raisonnable que, de même que la masse de tous les autres éléments est rassemblée dans un seul lieu, et qu’il existe un seul principe d’où dérivent les parties de l’élément qui se mélangent aux autres éléments, en raison de la quantité de substance élémentaire qui existe en ce lieu, il en soit de même pour l’eau.

En effet, nous voyons que la quantité de feu se trouve dans la région supérieure de ce monde inférieur, laquelle est son lieu naturel, et également que la quantité d’air se situe sous l’emplacement du feu, comme si elle avait été rassemblée dans le lieu qui lui est propre ; et il est manifeste que le corps de la Terre est au centre, autour duquel tous les autres corps sont ordonnés. De ce fait, il est évident qu’il est nécessaire, suivant le même raisonnement, qu’il y ait aussi un lieu où se trouve rassemblée la quantité d’eau, comme dans le lieu qui est propre et naturel.

Or, il ne peut y avoir d’autre lieu de ce genre que la mer : puisque les eaux des fleuves ne forment pas un tout aggloméré, alors qu’il faut qu’à un élément soit un seul lieu continu. De plus, l’eau des fleuves n’est pas immobile, mais courante, alors qu’il faut que tout élément reste dans le lieu qui lui est propre : or l’eau des fleuves coule, comme elle semble toujours être engendrée et non être au repos au même endroit.

C’est donc à cause de ce doute qu’ils pensaient que la mer est le principe de toute l’eau et de tous les liquides. Et c’est pourquoi ils jugeaient non seulement que tous les fleuves entraient dans la mer, mais aussi qu’ils en découlaient : en effet, le lieu naturel d’un élément semble être le principe et le terme du mouvement de tous ceux qui sont de sa nature, étant donné que tous tendent naturellement vers le lieu qui leur est propre.

Et, selon les anciens, c’était également le principe d’où ils tiraient que les éléments étaient inengendrables et incorruptibles, si bien que l’eau n’était pas engendrée de nouveau : et ainsi il fallait que, partout où l’on trouvait de l’eau en dehors du lieu qui lui est propre, elle coule d’un lieu naturel à l’eau.

Et puisque l’on pourrait objecter que la mer est salée et que l’eau des fleuves est douce, et qu’ainsi elle ne semble pas couler de la mer, pour rejeter cette objection, il est ajouté que ce qui est salé, quand on le filtre, devient doux ; et ainsi l’eau de mer, quand elle est filtrée par la terre, se fait potable dans les fleuves.

[80212] Super Meteora, lib. 2 cap. 2 n. 3 Deinde cum dicit: opponitur autem etc., movet quasdam dubitationes circa praedeterminata: et primo unam contra hoc quod mare est locus naturalis aquae; secundo contra hoc quod dictum est quod mare est terminus aquarum currentium, ibi: quaerere autem antiquam et cetera.

Circa primum duo facit. Primo movet dubitationem: quae talis est. Si mare est principium omnis aquae, quasi naturalis locus aquae existens, quare aqua maris non est dulcis et potabilis, sed salsa? Omne enim elementum in primo loco videtur esse intransmutatum, et naturaliter se habens: salsedo autem non est naturalis proprietas aquae, sed ex aliqua transmutatione ei accidit.

149. Ensuite, quand il dit : or, un autre doute, etc., il soulève certains doutes sur ces points prédéterminés : et un premier contre l’affirmation selon laquelle la mer est le lieu naturel de l’eau ; un deuxième contre ce qui a été dit, à savoir que la mer est le terme des eaux courantes, là : rechercher l’ancienne, etc.

Concernant le premier point, il fait deux choses. Premièrement, il soulève le doute : le voici. Si la mer est le principe de toute l’eau, comme si elle était le lieu naturel de l’eau, pourquoi l’eau de mer n’est-elle pas douce et potable, mais salée ? En effet, dans son premier lieu, tout élément semble être non transformé et à l’état naturel : or, la salure n’est pas la propriété naturelle de l’eau, mais elle lui arrive après transformation.

[80213] Super Meteora, lib. 2 cap. 2 n. 4 Secundo ibi: causa autem simul etc., solvit praedictam dubitationem.

Et circa hoc tria facit: primo praemittit quoddam, resumens ex praedeterminatis, quod est necessarium ad solutionem; secundo ex hoc quod propositum est, excludit quandam falsam opinionem, ibi: propter quod et deridendi etc.; tertio solvit dubitationem, ibi: potabile quidem igitur et cetera.

Dicit ergo primo quod assignando causam praedictae dubitationis, non solum solvetur haec dubitatio, sed necessarium erit per hoc accipere rectam opinionem de mari. Resumit ergo quod aqua est ordinata circa terram, sicut sphaera ignis super aerem, et sphaera aeris super aquam. Ignis enim est supremum elementorum, sive ignis existimetur esse corpus caeleste, ut plurimi dicunt, sive sit quoddam corpus ordinatum sub caelesti corpore, sicut ipse supra dixit. Cum igitur ex solis motu causetur generatio et corruptio, et omnes permutationes in istis inferioribus, oportet quod illud quod est subtilissimum et dulcissimum in aqua rarefacta, evaporans continue feratur in superiorem locum; et ibi iterum condensatum ex virtute frigoris, feratur deorsum in terram. Et hoc semper fit secundum naturam, ut prius dictum est.

150. Deuxièmement, là : la cause sera en même temps, il lève le doute susdit.

Et, sur ce point, il fait trois choses : premièrement, il avance un certain point nécessaire à la solution, en le tirant de ce qui a été prédéterminé ; deuxièmement, à partir de ce qui a été proposé il rejette une opinion fausse, là : c’est la raison pour laquelle il faut railler, etc., troisièmement, il dissipe le doute, là : donc l’eau potable, etc.

Il dit donc premièrement qu’en donnant une cause au doute susdit, non seulement on le dissipe, mais il sera nécessaire de concevoir par là une opinion correcte sur la mer. Il répète donc que l’eau est ordonnée autour de la terre, comme la sphère du feu au-dessus de l’air, et la sphère de l’air au-dessus de l’eau. En effet, le feu est le dernier des éléments, qu’on le considère comme un corps céleste, comme beaucoup le disent, ou bien qu’il soit un corps ordonné sous le corps céleste, comme Aristote l’a lui-même affirmé. Donc comme la génération et la corruption sont causées par le mouvement du Soleil, ainsi que tous les changements des corps inférieurs ici-bas, il faut que ce qui est le plus léger et le plus doux de l’eau raréfiée soit continuellement emporté vers le lieu supérieur en s’évaporant ; et là, de nouveau condensée en vertu du froid, cette partie de l’eau est emportée vers le bas. Et c’est toujours ce qui se produit selon la nature, comme on l’a déjà dit.

[80214] Super Meteora, lib. 2 cap. 2 n. 5 Deinde cum dicit: propter quod et deridendi etc., excludit quandam falsam opinionem per praemissa. Et primo ponit opinionem. Et dicit quod per praedicta patet quod deridendi sunt antiqui, qui dixerunt quod sol cibaretur humido aquoso, et ob hanc causam circumiret, quia idem locus non potest semper praebere huiusmodi alimentum; quod est necessarium ipsum habere, aut, nisi ipsum haberet, corrumperetur. Putabant enim quod sol esset naturae igneae: manifestum est autem quod quandiu ignis habuerit nutrimentum, tandiu durat; solum autem humidum est nutrimentum ignis. Unde, consumpto totaliter humido, extinguitur ignis.

151. Ensuite, quand il dit : c’est pourquoi il faut aussi railler, il rejette une opinion fausse en s’appuyant sur les propos déjà avancés. Et, premièrement, il expose cette opinion. Et il dit que d’après ce qui précède il est clair qu’il faut railler les anciens qui disaient que le Soleil se nourrit de l’humide aqueux et que c’est la raison pour laquelle il tourne, étant donné que le même lieu ne peut pas toujours offrir une nourriture de ce genre ; et il est nécessaire qu’il l’obtienne, faute de quoi, il est corrompu. En effet, ils pensaient que le Soleil est d’une nature ignée : il est manifeste que le feu dure tant qu’il a de quoi se nourrir ; or, l’humide est la seule nourriture du feu. De ce fait, une fois que l’humidité est totalement consumée, le feu s’éteint.

[80215] Super Meteora, lib. 2 cap. 2 n. 6 Secundo ibi: tanquam pertingat etc., improbat praedictam positionem quinque rationibus. Quarum prima est, quod vapor qui sursum elevatur, non ascendit usque ad locum solis, ut exinde possit cibari. Et hoc satis ex praedictis potest esse manifestum.

Secundam rationem ponit ibi: aut ascensus et cetera. Quae est quod ponentes hoc quod dictum est, videntur existimare quod talis sit ascensus vaporis ad solem, qualis est ascensus fumi ad flammam; ex qua acceperunt signum ad sic opinandum de sole. Sed non est simile. Quia flamma non semper manet eadem, sed continue fit nova, per hoc quod materia alia et alia continue inflammatur; quae quidem prius est humida, apta inflammationi, et per ignem totaliter desiccatur, et desinit inflammari, et succedit alia. Et sic patet quod flamma non nutritur: quia quod nutritur oportet manere idem, ut patet in animalibus et plantis; sed flamma quasi nullo tempore permanet, ut dictum est. Sed hoc non potest accidere circa solem: quia si sic nutriretur secundum quod ipsi dicunt, continue innovaretur, et non solum semel in die, sicut posuit Heraclitus.

Tertiam rationem ponit ibi: adhuc autem et cetera. Et dicit quod elevatio vaporis humidi ad solem, similis est calefactioni aquarum in ollis igne supposito. Ignis autem ardens sub olla non nutritur ab aqua evaporante. Unde nec etiam sol, si faciat evaporare tantam aquam.

Quartam rationem ponit ibi: inconveniens autem et cetera. Et dicit quod inconveniens fuit quod attribuerent tantum soli nutrimentum, et non aliis stellis, ad eorum salutem, cum tamen ponantur ab eis igneae naturae. Quae quidem astra sunt tot et tam magna, quod tota aqua non sufficeret ad nutrimentum eorum.

Quintam rationem ponit ibi: idem autem accidit et cetera. Et dicit hanc rationem esse communiter et contra istam opinionem, et contra illos qui dixerunt quod a principio tota terra erat cooperta aquis, et postea, aqua vaporante ex calore solis, esse factum aerem; et sic totum caelum est augmentatum, per hoc quod aer, cum sit rarior, plus occupat de loco quam aqua ex qua generatur; et hoc quod sic est resolutum ab aquis, causat ventos et motum caeli. Utraque igitur harum opinionum destruitur per hoc quod manifeste videmus illud quod elevatur sursum ab aquis, iterum redire ad terram; et si non per eundem locum et similiter per omnes regiones (quia aliquando, et in quibusdam regionibus, plus evaporat quam pluat ibi), sed tamen in aliquibus locis, per aliquam ordinationem temporis, omne quod sursum elevatur, redit iterum ad terram. Et sic patet quod neque superiora corpora aluntur ex vaporibus ; neque aliqua pars vaporis remanet aer, et alia iterum redit in aquam.

152. Deuxièmement, là : comme si la partie humide, il condamne la position précédente pour cinq raisons. La première d’entre elle est que la vapeur qui s’élève ne monte pas jusqu’au lieu où se trouve le Soleil pour qu’il puisse s’en nourrir.

Il donne la deuxième raison, là : ou si une telle ascension, etc. La voici : ceux qui posent ce qui a été dit semblent penser que l’ascension de la vapeur vers le Soleil est semblable à celle de la fumée vers la flamme ; de là ils tiraient une preuve qui leur permettait de faire de telles conjectures sur le Soleil. Mais ce n’est pas la même chose. Puisque la flamme ne reste pas toujours la même, mais se renouvelle continuellement, du fait qu’elle est enflammée par une matière toujours autre ; la matière qui est d’abord humide, apte à s’enflammer, est totalement desséchée par le feu, cesse de s’enflammer, et une autre lui succède. Et il est ainsi évident que la flamme n’est pas nourrie : puisque ce qui est nourri doit rester le même, comme on le voit chez les animaux et les plantes ; mais la flamme ne demeure quasiment à aucun moment, comme on l’a dit. Cependant, cela ne peut pas arrivez au Soleil : puisque s’il était nourri comme ils le disent eux-mêmes, il se renouvellerait continuellement, et cela plus d’une fois par jour, comme Héraclite le posait.

Il donne la troisième raison, là : de plus, etc. Et il dit que l’élévation de la vapeur humide vers le Soleil ressemble au réchauffement de l’eau dans une marmite lorsqu’un feu est placé sous elle. Le feu qui brûle sous la marmite n’est pas nourri par l’eau qui s’évapore. De ce fait, le Soleil non plus, même s’il fait s’évaporer une aussi grande quantité d’eau.

Il donne la quatrième raison, là : il est inconvenant, etc. Et il dit qu’il était inconvenant qu’ils attribuent seulement de la nourriture au Soleil, et non aux autres astres, pour leur salut, alors qu’ils avancent qu’ils sont de nature ignée. Et ces astres sont si nombreux et si grands que la totalité de l’eau ne pourrait suffire à les nourrir.

Il donne la cinquième raison, là : et il leur arrive la même, etc. Et il dit que cette raison est à la fois contre cette opinion et contre ceux qui disaient qu’au début toute la terre était couverte d’eau et qu’ensuite, l’eau s’évaporant sous l’effet de la chaleur du Soleil, l’air a été formé ; qu’ainsi le ciel tout entier a augmenté, du fait que l’air, étant moins dense, occupe plus de place que l’eau à partir de laquelle il est engendré ; et que ce qui est ainsi désagrégé à partir des eaux cause les vents et le mouvement du ciel. Les deux opinions sont ruinées par le fait que nous voyons clairement ce qui s’élève à partir des eaux retourner à la terre ; même si ce n’est pas au même endroit et également dans les mêmes régions (puisque parfois, et dans certaines régions, il s’évapore une plus grande quantité d’eau qu’il ne pleut), mais cependant dans quelques lieux, pendant un temps déterminé, tout ce qui s’élève retourne à la terre. Et ainsi il est évident que les corps supérieurs ne sont pas nourris par les vapeurs et qu’une partie de la vapeur ne reste pas de l’air, tandis que l’autre retourne à l’état d’eau.

[80216] Super Meteora, lib. 2 cap. 2 n. 7 Deinde cum dicit: potabile quidem igitur etc., ex eo quod supra praemissum est, concludit solutionem praedictae dubitationis. Et dicit quod cum vapor elevetur superius, illud quidem quod est dulce et potabile, totum elevatur superius, propter id quod est levius: illud autem quod est salsum, quia gravius est, manet deorsum, quasi in proprio loco. Hoc enim videtur rationabiliter et convenienter esse dictum in praemissa dubitatione, scilicet quod mare est locus naturalis aquae: irrationabile enim est si aqua non habeat proprium locum naturalem, sicut alia elementa. Sed solutio motae dubitationis contra hoc ex salsedine aquae, est quod locus quem mare occupat, est locus naturalis aquae, inquantum aqua: sed tamen videtur esse locus naturalis aquae maris solum, propter hoc quod salsum manet deorsum propter gravitatem, dulce autem evaporavit sursum propter levitatem.

Et ponit exemplum de eo quod accidit in corporibus animalium. Quia, cum cibus assumptus sit dulcis et humidus, hypostasis quae remanet ex cibo, et superfluum alimenti, apparet amarum et salsum, propterea quia illud quod est dulce est attractum a calore naturali ad carnem et ad quamlibet partem corporis, sicut quaelibet apta nata est nutriri. Per hoc ergo concludit a simili quod, sicut inconveniens esset si quis putaret quod venter non esset locus cibi, sed solum superfluitatis, quia dum nutriuntur membra, cito sumitur materia cibi, et superfluum remanet; sed tamen iste non bene existimaret, quia, ut prius diximus, iste est locus naturalis cibi, inquantum cibus, et non solum cibi in ventre existentis: similiter et in proposito iste locus occupatus a mari, est locus naturalis aquae. Et omnis aqua movetur ad ipsum tanquam ad locum proprium: fluxus enim aquae est ad id quod est magis concavum, et talis est locus maris. Sed quamvis locus iste sit naturalis aquae, tamen illud quod est dulce, cito fertur sursum, propter solem elevantem vaporem: illud autem quod est salsum, remanet inferius propter praedictam causam.

153. Ensuite, quand il dit : donc la totalité de l’eau potable, etc., à partir de ce qui a été avancé ci-dessus il conclut la solution du doute précédent. Et il dit que, comme la vapeur s’élève vers la région supérieure, ce qui est doux et potable s’élève tout entier vers la région supérieure, du fait de sa plus grande légèreté : or, ce qui est salé, puisque c’est plus lourd, reste en bas, comme dans le lieu qui lui est propre. En effet, il semble avoir été dit de façon raisonnable et convenable dans le doute soulevé précédemment que la mer est le lieu naturel de l’eau : car il n’est pas raisonnable de dire que l’eau n’a pas un lieu naturel qui lui est propre, comme les autres éléments. Mais la solution du doute soulevé contre cela à partir de la salure de l’eau est que le lieu que la mer occupe est le lieu naturel de l’eau en tant qu’eau : mais il semble être le lieu naturel de l’eau de mer seulement du fait que le salé demeure en bas en raison de sa pesanteur, tandis que le doux s’évapore vers le haut à cause de sa légèreté.

Et il donne l’exemple de ce qui arrive dans les corps des animaux. En effet, comme la nourriture ingérée est douce et liquide, la substance qui reste de la nourriture et le reliquat de l’aliment apparaissent amers et salés, parce que ce qui est doux est attiré par la chaleur naturelle vers la chair et n’importe quelle partie du corps, comme n’importe laquelle est naturellement apte à être nourrie. Il conclut donc de cette analogie que, de même qu’il ne serait pas convenable de penser que le ventre n’est pas le lieu de la nourriture, mais seulement de ce qui en reste, sous prétexte que, pendant que les membres sont nourris, la matière de la nourriture est vite prise et que le reste demeure ‒ mais pourtant cette pensée ne serait pas correcte, puisque, comme on l’a dit auparavant, le ventre est le lieu naturel de la nourriture, en tant que nourriture, et non seulement celui de la nourriture qui se trouve dans le ventre ‒, de même, dans la proposition, le lieu occupé par la mer est le lieu naturel de l’eau. Et toute l’eau s’y dirige, comme vers le lieu qui lui est propre : car le courant de l’eau va vers ce qui est plus concave, et tel est le lieu de la mer. Mais bien que ce lieu soit le lieu naturel de l’eau, ce qui est doux est pourtant vite emporté vers le haut, en raison du Soleil, qui fait s’élever la vapeur, tandis que ce qui est salé reste plus bas pour la raison susdite.

 

 

Caput 3

Chapitre 3 – [L’origine des fleuves]

[80217] Super Meteora, lib. 2 cap. 3 n. 1 Hic philosophus movet aliam dubitationem, contra hoc quod dictum est quod mare est terminus fluviorum.

Et circa hoc tria facit. Primo movet dubitationem, quam dicit esse antiquam: propter quid scilicet, cum singulis diebus flumina et innumerabilia numero et immensa magnitudine intrent in mare, non tamen videtur crescere; et hoc in ipso non apparet, quod tanta multitudo aquae ad ipsum deveniat.

154. Ici le philosophe soulève un autre doute contre ce qui a été dit, à savoir que la mer est le terme des fleuves.

Et, concernant ce point, il fait trois choses. Premièrement, il soulève le doute, qu’il dit être ancien : pour quelle raison, alors que, chaque jour, des fleuves innombrables et immenses entrent dans la mer, on ne la voit pas croître ; et pourquoi il n’apparaît pas qu’une aussi grande quantité d’eau se déverse en elle.

[80218] Super Meteora, lib. 2 cap. 3 n. 2 Secundo ibi: hoc quidem nullum etc., solvit dubitationem. Et dicit quod, licet non sit inconveniens quod sint aliqui qui circa hoc dubitent, tamen, si quis recte consideret, non est difficile videre solutionem huius. Quia si aliqua aqua diffundatur per aliquam latitudinem, supposito quod sit eadem multitudo aquae in diversis locis diffusa, si non sit eadem quantitas latitudinis, non est aequale tempus desiccationis aquae effusae; sed erit differentia ex diversitate latitudinis in qua aqua diffunditur, quod aliquando manet aqua et non exsiccatur per totum diem, aliquando autem statim ad oculum exsiccatur; sicut si aliquis unum scyphum aquae diffunderet super magnam mensam, statim tota aqua assiccaretur, si autem in aliquo parvo loco tantum de aqua proiiceretur, diu conservaretur. Sic igitur accidit circa fluvios et mare: nam totum quod ex fluviis ad mare pervenit, dispergitur in locum maximae latitudinis, et cito insensibiliter desiccatur per continuam evaporationem aquae, de qua supra dictum est.

155. Deuxièmement, là : il n’est nullement, il dissipe le doute. Et il dit que, bien qu’il ne soit pas incohérent qu’il y en ait quelques-uns qui soient indécis sur cette question, cependant, si on réfléchit correctement, il n’est pas difficile d’en voir la solution. En effet, si de l’eau se répand sur une surface large, à supposer qu’il y ait la même quantité d’eau répandue dans divers lieux, si les dimensions de la surface large ne sont pas les mêmes, le temps pendant lequel l’eau versée s’assèche n’est pas égal ; mais il y aura une différence suivant la largeur de la surface sur laquelle l’eau est répandue, à savoir que parfois l’eau reste et ne s’assèche pas de toute la journée, et que parfois elle s’assèche aussitôt à vue d’œil ; c’est comme si on versait une coupe d’eau sur une grande table et qu’elle se desséchait sur-le-champ, alors que, si on lançait la même quantité d’eau sur une petite surface, elle serait longtemps conservée. Ainsi donc c’est ce qui arrive aux fleuves et à la mer : car tout ce qui parvient des fleuves à la mer se disperse dans un lieu d’une très grande largeur et s’assèche vite insensiblement en raison de l’évaporation continue de l’eau, dont on a parlé ci-dessus.

[80219] Super Meteora, lib. 2 cap. 3 n. 3 Tertio ibi: quod autem scriptum est in Phaedone etc., excludit quandam falsam solutionem praedictae dubitationis. Et primo ponit ipsam solutionem. Et dicit quod impossibile est esse verum quod a Platone de mari et fluviis dicitur in libro suo qui intitulatur Phaedo. Dicit enim ibi quod omnia flumina et mare concurrunt sub terra ad aliquod principium, quasi terra sit perforata a mari et fluviis. Hoc autem principium, quod secundum ipsum est principium aquarum omnium, vocatur Tartarus, qui est quaedam magna multitudo aquae existens circa medium mundi: ex quo quidem principio dicit prodire omnes aquas quae non fluunt, sicut sunt mare et stagna, et quae fluunt, sicut fontes et flumina. Dicit autem quod Tartarus undique fluit ad singula rheumatum, idest ad singulos discursus aquarum: quod ideo contingit, quia illud principium aquarum semper movetur. Et hoc ideo, quia non habet aliquem locum fixum in quo quiescat, sed semper movetur circa medium, quasi vacillans hinc inde. Et sic, dum movetur sursum, facit effusionem rheumatum, idest discursus marium et fluviorum, non tantum versus istam partem terrae quam nos habitamus; sed ex multis aliis partibus terrae effundit et alia stagna, quale est mare quod est apud nos.

Sed omnia maria et flumina quadam circulatione reducuntur ad illud principium unde primo effluxerunt, sed diversimode. Nam quaedam redeunt secundum eundem locum secundum quem effluxerunt, ut sit quidam motus reflexus: quaedam vero ex contraria parte redeunt parti unde effluxerant, ut, puta, si effluxerunt de subtus, reingrederentur desuper. Non est tamen sic intelligendum de subtus et desuper, quod aliquid possit esse subtus respectu medii, in quo ponitur primum principium aquarum: quia a superficie terrae usque ad medium, est descensus, sed de cetero, si secundum rectam lineam ultra procederet aqua, esset motus ad sursum; idem enim est moveri a medio, et moveri sursum. Et secundum hoc facile est assignare causam diversitatis colorum et saporum in aquis: quia aqua fluens recipit colorem et saporem secundum modum terrae per quam effluit.

156. Troisièmement, là : ce qui est écrit dans le Phédon, etc., il rejette une solution erronée au doute précédent. Et, premièrement, il expose cette solution même. Et il dit qu’il est impossible que ce qui est avancé par Platon sur la mer et les fleuves dans son livre intitulé Phédon soit vrai. Car il dit là que tous les fleuves et la mer se rejoignent sous terre en un principe, comme si la terre était trouée par les conduits de la mer et des fleuves. Ce principe, qui est, selon lui, celui de toutes les eaux, est appelé Tartare, lequel est une grande quantité d’eau se trouvant au centre du monde : de ce principe, dit-il, proviennent toutes les eaux qui ne coulent pas, comme les mers et les étangs, et toutes les eaux qui coulent, comme les sources et les fleuves. Or, il dit que le Tartare coule de tous côtés vers chacun des flots, c’est-à-dire vers chacun des cours des eaux, ce qui se produit parce que ce principe des eaux est toujours en mouvement. Et cela parce qu’il n’a pas de lieu fixe où être au repos, mais qu’il se meut toujours autour du centre, comme s’il vacillait d’ici de là. Et ainsi, pendant qu’il se meut vers le haut, il crée l’écoulement des flots, c’est-à-dire les cours des mers et des fleuves, non seulement vers cette partie de la Terre que nous habitons ; mais, à partir des nombreuses autres parties de la Terre, il remplit aussi les autres étendues stagnantes, telles que la mer qui est chez nous.

Mais toutes les mers et tous les fleuves sont reconduits par un parcours circulaire au principe d’où ils s’étaient d’abord écoulés, mais de manière différente. Car certains reviennent au même endroit d’où ils s’étaient écoulés, comme dans un mouvement de rétrogradation, tandis que d’autres reviennent en suivant une route contraire à celle d’où ils s’étaient écoulés, par exemple, s’ils s’étaient écoulés en partant du bas, ils reviennent par le haut. Cependant, par « bas » et « haut », il ne faut pas comprendre que quelque chose pourrait être en bas par rapport au centre, où est placé le premier principe des eaux ‒ puisque, de la surface de la terre jusqu’au centre, il y a une descente ‒, mais pour tout le reste, si l’eau allait plus loin selon une ligne droite, son mouvement se dirigerait vers le haut ; car se mouvoir en partant du centre et se mouvoir vers le haut revient au même. Et, suivant cela, il est facile de trouver la cause de la diversité des couleurs et des saveurs des eaux : car l’eau courante reçoit la couleur et la saveur des caractéristiques de la terre par laquelle elle coule.

[80220] Super Meteora, lib. 2 cap. 3 n. 4 Secundo ibi: accidit ergo fluvios etc., improbat praedictam positionem quinque rationibus. Quarum prima est quod, cum quandoque flumina redeant per eandem viam, quandoque autem per contrariam, sequitur secundum hanc positionem quod fluviorum fluxus non semper fit ad eandem partem. Quia enim redeunt ad medium a quo fluxerunt, non magis fluent subtus quam supra, comparando superficiem terrae ad medium, quod semper intelligitur: a superficie terrae vocatur aliquid sursum et aliquid deorsum, propter altitudinem et demissionem. Si enim motus fluviorum causatur ex effluentia Tartari, effluentia autem Tartari est ad omnem partem, sequitur quod aqua, quasi impulsa a Tartaro, indifferenter fluat ad quamlibet partem, sicut et Tartarus fluctuans tendit ad omnem partem. Et sic accidet illud quod dicitur in proverbio, sursum fluviorum, scilicet quod flumina sint superiora fontibus, vel quod sursum fluant: et hoc est impossibile.

Secundam rationem ponit ibi: adhuc quae fit aqua etc.: quae talis est. Secundum praedictam positionem, videtur quod oporteat semper aequalem aquam salvari: quia quantum fluit de aqua a Tartaro, tantum ponit quod iterum refluat ad principium. Et sic oportet totaliter excludere generationem aquae in aere, et elevationem aquae a terra per evaporationem: quod patet esse falsum.

Tertiam rationem ponit ibi: quamvis omnes fluvii et cetera. Et est quod omnes fluvii terminantur ad mare, quicumque non terminantur ad alios fluvios; et nullum flumen est sic terminatum ad terram, quasi terram perforans, quod vadat ad Tartarum; sed si sunt aliqua flumina intrantia in concavitatem terrae, iterum exeunt in aliquo loco. Et sic non videtur verum quod flumina iterum redeant ad Tartarum.

Quartam rationem ponit ibi: magni autem fiunt etc.: quae talis est. Si cursus fluviorum causatur ex effluentia Tartari, oporteret quod ab ipso sui principio flumina multitudinem aquae haberent. Sed hoc non videmus: quia inter fluvios illi inveniuntur magni, qui per longam viam fluunt, eo quod recipiunt discursiones multorum fluviorum, et detruncant vias eorum et secundum locum, quia sunt profunda magis et magis concava, et secundum longitudinem, quia longiorem viam currunt. Et ideo Ister, idest Danubius, et Nilus sunt maximi fluviorum qui in mare Mediterraneum exeunt; et de fontibus eorum diversi diversa dicunt, propter diversitatem fluviorum qui in hos intrant.

Quintam rationem ponit ibi: haec itaque et cetera. Et est quod, ultra praedicta inconvenientia, est etiam hoc, quod sequeretur quod mare habeat principium a Tartaro. Quod inconveniens est: quia mare videtur esse locus naturalis aquarum, sicut supra dictum est.

157. Deuxièmement, là : il arrive donc que les fleuves, etc., il condamne la position précédente pour cinq raisons. La première d’entre elles est que, comme les fleuves reviennent tantôt par le même chemin, tantôt par un chemin contraire, il s’ensuit, selon cette position, que le cours des fleuves ne va pas toujours dans la même direction. En effet, puisqu’ils reviennent au centre, d’où ils s’étaient écoulés, ils ne couleront pas plus en bas qu’en haut, si on compare la surface de la terre au centre, comme on le comprend toujours : une chose est dite en haut et une autre en bas par rapport à la surface de la terre en raison de la hauteur et de la profondeur. En effet, si le mouvement des fleuves est causé par l’épanchement du Tartare, tandis que cet épanchement va dans toutes les directions, il s’ensuit que l’eau, poussée pour ainsi dire par le Tartare, coule indifféremment dans n’importe quelle direction, comme le Tartare, dans son agitation, tend vers toute direction. Et ainsi arriverait ce qui est appelé dans le proverbe « la remontée des fleuves », à savoir que les fleuves sont plus hauts que les sources ou qu’ils coulent vers le haut, ce qui est impossible.

Il donne la deuxième raison, là : de plus, d’où viendra l’eau qui se forme, etc., la voici. Selon la position précédente, il semble qu’une quantité égale d’eau soit toujours conservée : car il s’écoule du Tartare autant d’eau qu’il en revient de nouveau au principe. Et ainsi il faut totalement rejeter la génération de l’eau dans l’air et l’élévation de l’eau à partir de la terre par évaporation, ce qui est clairement faux.

Il donne la troisième raison, là : bien que l’on voie tous les fleuves, etc., à savoir que tous les fleuves qui ne finissent pas dans d’autres fleuves finissent dans la mer ; et aucun fleuve ne finit dans la terre au point d’avoir l’air de la perforer pour aller au Tartare ; mais s’il existe quelques fleuves qui entrent dans la concavité de la terre, ils en ressortent à tel endroit. Et ainsi il ne semble pas vrai que les fleuves reviennent au Tartare.

Il donne la quatrième raison, là : grands deviennent les fleuves, etc., la voici. Si le cours des fleuves était causé par l’épanchement du Tartare, il faudrait qu’ils tirent une grande quantité d’eau dès le principe même. Mais cela, nous ne le voyons pas : puisque, parmi les fleuves, ceux qui coulent en un long chemin se trouvent être grands, du fait qu’ils reçoivent les cours de nombreux affluents et qu’ils coupent leurs chemins, à la fois quant au lieu, puisqu’ils sont plus profonds et plus concaves, et quant à la longueur, puisqu’ils parcourent un plus long trajet. Et c’est pourquoi l’Ister, c’est-à-dire le Danube, et le Nil sont les plus grands des fleuves qui vont dans la mer Méditerranée ; et sur leurs sources les uns disent telle chose, les autres telle autre, en raison de la diversité des cours d’eau qui se jettent en eux.

Il donne la cinquième raison, là : c’est pourquoi il est, etc., à savoir que, au-delà des inconvénients précédents, il y a aussi qu’il s’ensuivrait que la mer tirerait son principe du Tartare. C’est un inconvénient puisque la mer est visiblement le lieu naturel des eaux, comme on l’a dit ci-dessus.

[80221] Super Meteora, lib. 2 cap. 3 n. 5 Tertio ibi: quod quidem igitur etc., recolligit quae supra dicta sunt. Et dicit quod tanta dicta sint de hoc quod locus iste quem mare occupat, est locus naturalis aquae, et non solum locus naturalis maris, idest aquae salsae existentis. Et dictum est quare illud quod est potabile et dulce, non manifestatur in mari, sed in aquis fluentibus; illud autem quod salsum est, subsidet in mari, quasi derelictum post evaporationem eius quod erat potabile et dulce. Et dictum est etiam quod mare magis est terminus aquarum quam principium: quia scilicet aqua extra mare generatur, et sursum in aere, ut dictum est de generatione pluviarum, et intra terram, ut dictum est de generatione fontium et fluviorum; et tamen, ubicumque generatur aqua, fluit ad mare, nisi impediatur. Et sic aqua salsa se habet sicut illud quod est superfluum alimenti in corporibus animalium: nam superfluum alimenti est salsum vel amarum. Quod verum est de superfluo cuiuslibet alimenti, sed maxime de superfluo alimenti humidi, sicut urina, quae est magis indigesta, et ideo est magis amara et salsa, ut patet.

158. Troisièmement, là : donc les propos tenus, etc., il reprend ce qui a été dit ci-dessus. Et il déclare qu’il en a été assez dit sur le fait que le lieu que la mer occupe est le lieu naturel de l’eau, et non seulement celui de la mer, c’est-à-dire de l’eau salée. Et il a été dit pourquoi ce qui est potable et doux n’apparaît pas dans la mer, mais dans les eaux courantes : or le salé demeure dans la mer comme s’il avait été abandonné après l’évaporation de ce qui était potable et doux. Et il a été également affirmé que la mer est plus le terme des eaux que leur principe : puisque l’eau est engendrée en-dehors de la mer, à la fois en haut dans l’air, comme on l’a dit sur la génération des pluies, et à l’intérieur de la terre, comme on l’a dit sur la génération des sources et des fleuves ; et pourtant, quel que soit l’endroit où l’eau est engendrée, elle coule vers la mer, à moins d’en être empêchée. Et ainsi l’eau salée est comme le résidu des aliments dans le corps des animaux : car il est soit salé, soit amer. C’est vrai du résidu de n’importe quel aliment, mais surtout de celui des aliments liquides, comme l’urine, qui est plus indigeste, et c’est pourquoi elle est plus amère et salée, comme on peut le constater.

 

 

Caput 4

Chapitre 4 – [La mer a-t-elle toujours existé ?]

[80222] Super Meteora, lib. 2 cap. 4 n. 1 Postquam philosophus determinavit de natura maris, ostendens quod est locus naturalis aquae, hic inquirit de generatione ipsius.

Et primo dicit de quo est intentio. Et dicit quod dicendum est de salsedine maris; et iterum utrum mare est sempiternum, aut fuit aliquod tempus quando non erat mare, et erit aliquod tempus quo non erit, sed totaliter deficiet.

159. Après que le philosophe a déterminé la vérité sur la nature de la mer, montrant que c’est le lieu naturel de l’eau, il s’enquiert ici de sa génération.

Et, premièrement, il dit qu’il faut traiter de la salure de la mer ; et aussi se demander si la mer est éternelle ou bien s’il y a eu un temps où il n’y avait pas de mer, et s’il y aura un temps où il n’y en aura pas, mais où elle disparaîtra totalement.

[80223] Super Meteora, lib. 2 cap. 4 n. 2 Secundo ibi: etenim sic putant quidam etc., prosequitur propositum, destruendo opiniones aliorum circa hoc.

Et primo destruit opiniones antiquorum; secundo excludit rationem eorum, ibi: acceperunt autem suspicionem hanc et cetera.

Circa primum duo facit. Primo destruit opiniones antiquorum de incoeptione maris. Et dicit quod quidam putaverunt quod mare non semper fuit, sed quandoque incoepit: et posuerunt etiam quod totus mundus esse incoepit per generationem quandam, dicentes quod simul generatum est mare cum mundo. Et hoc rationabiliter: quia cum mare sit aliquo modo locus aquae, quae est unum elementum, oportet quod sit de principalibus partibus mundi; et ideo quandocumque fuit mundus, fuit mare. Et ideo, sicut illi argumentantur quod, quia mundus genitus est, et mare sit generatum, ita possumus e converso argumentari quod, si mundus est perpetuus, et mare sit perpetuum. Quod autem mundus sit perpetuus, praesupponit ex his quae probavit in libro Physic. et in libro de caelo; quamvis hoc sit falsum et alienum a fide, ut supra dictum est.

160. Deuxièmement, là : en effet, certains pensent ainsi, etc., il poursuit la proposition, en ruinant les opinions des autres sur cette question.

Et, premièrement, il ruine les opinions des anciens ; deuxièmement, il rejette leur raisonnement, là : ils ont reçu ce soupçon, etc.

Concernant le premier point, il fait deux choses. Premièrement, il ruine les opinions des anciens sur le commencement de la mer. Et il dit que certains pensaient que la mer n’a pas toujours été, mais qu’elle a commencé un jour : et ils ont également posé que le monde entier a commencé à être en raison d’une certaine génération, disant que la mer a été engendrée en même temps que le monde. Et cela de façon rationnelle : puisque, comme la mer est, de quelque manière, le lieu de l’eau, qui est un élément, il faut qu’elle fasse partie des principales parties du monde : et c’est pourquoi chaque fois que le monde a existé, la mer a existé. Et, à cause de cela, comme ils produisent comme preuve que, étant donné que le monde a été engendré, la mer l’a été aussi, nous pouvons ainsi avancer à titre de preuve, après conversion, que, si le monde est éternel, la mer l’est aussi. Il présuppose le fait que le monde est éternel à partir de ce qu’il a prouvé dans le livre de La Physique et dans le livre Du ciel ; bien que ce soit faux et étranger à la foi, comme on l’a dit ci-dessus.

[80224] Super Meteora, lib. 2 cap. 4 n. 3 Secundo ibi: putare autem minus etc., destruit opiniones antiquorum de defectu maris. Et primo comparat opinionem istam opinionibus fabulosis. Et dicit quod putare hoc quod mare fiat minus secundum quantitatem, et tandem deficiat, secundum quod dixit Democritus, non differt a fabulosis opinionibus Aesopi, qui dixit fabulose quod Charybdis, quae est quaedam vorago in mari, bis absorbuit mare; ita quod ante aqua totam terram circumdabat, vorago autem tantum de aqua absorbuit, quod montes apparuerunt discooperti ab aquis, et terra quae interiacet montibus; secundo autem tantum de aqua absorbuit, quod apparuerunt insulae; ultimo autem absorbebit totam aquam maris, et sic undique remanebit terra arida sine mari. Sed licet componere fabulam talem congrueret Aesopo fabularum inventori, qui hoc dixit dum forte esset iratus ad porthmeum, idest ad quendam portum vel litus maris, ut, iratus aquis, quasi fingeret eas omnes esse absorbendas; tamen talia dicere philosophis inquirentibus veritatem minus convenit.

161. Deuxièmement, là : Or, penser qu’elle diminue, etc., il ruine les opinions des anciens sur la disparition de la mer. Et, premièrement, il compare cette opinions aux affabulations. Il dit que penser que la mer diminue en quantité et finit par disparaître, à ce qu’affirme Démocrite, ne diffère point des affabulations d’Ésope, qui racontait que Charybde, qui est un tourbillon marin, avait avalé la mer deux fois ; et c’est ainsi qu’auparavant l’eau entourait la terre entière, et que le tourbillon a avalé tant d’eau que le montagnes sont apparues, découvertes par les eaux, tout comme la terre qui se trouvait entre elles ; en second lieu, il a avalé tant d’eau que des îles sont apparues ; à la fin, il avalera toute l’eau de la mer, et ainsi il restera partout une terre aride sans mer. Mais, bien qu’il convienne à un Ésope auteur de fables de composer une telle fable, lui qui a dit cela quand il était en colère contre un porthmeus, c’est-à-dire contre un port ou un bord de mer, à tel point que, irrité contre les flots, il avait imaginé qu’ils devaient être tous avalés, cependant il sied moins à des philosophes à la recherche de la vérité de dire de telles choses.

[80225] Super Meteora, lib. 2 cap. 4 n. 4 Secundo ibi: propter quam causam etc., improbat praedictam positionem per rationem. Et dicit quod propter quamcumque causam aqua maris primo mansit circa terram, oportebit quod semper maneat: sive dicatur quod hoc accidit propter gravitatem aquae, quae pondere suo hoc habet quod subsideat aeri et praeemineat terrae, (quae quidem causa est vera et manifesta); sive quaecumque alia causa sit, propter hoc oportet quod, si aliquando fuit aqua maris super terram, quod semper maneat. Quia aliter, si hoc non esset, oporteret eos dicere quod aqua quae elevatur a sole evaporata, non redeat iterum ad terram; cuius contrarium manifeste videmus in pluviis. Aut si aqua elevata redit, necesse est vel quod semper duret mare, si aqua semper elevatur et redit; aut quod remaneat quandiu hoc fuerit, quod aqua redit. Et iterum oportebit ferri sursum per evaporationem illud quod est potabile in aqua. Et sic nunquam exsiccabitur mare in tali alternatione: quia iterum aqua descendet in mare.

Et non differt utrum hoc semel fiat, scilicet quod aqua elevata iterum descendat, aut fiat saepe: quia utroque modo non minuitur aliquid de aqua. Quia scilicet posset dici quod haec alternatio non semper erit, motu solis cessante, ideo subiungit quod si aliquis dicat quod motus solis cesset, non remanebit aliquid quod possit exsiccare aquam maris: si autem motus solis semper maneat, oportebit quod semper sol, appropinquans ad aliquam partem terrae, elevet per evaporationem aquam; et quando longius recedit, eam cadere propter frigiditatem. Et sic non potest dici quod mare totaliter exsiccetur, sive motus solis cesset sive non.

162. Deuxièmement là : en effet, c’est pour cette raison, etc., il condamne la position précédente au moyen d’un raisonnement. Et il dit que, quelle que soit la raison pour laquelle l’eau de mer est d’abord restée autour de la terre, il faudra qu’elle y demeure toujours : que l’on dise que ce soit en raison du poids de l’eau, qui fait qu’elle est placée sous l’air et au-dessus de la terre (ce qui est la cause véritable et manifeste) ; ou bien que l’on avance n’importe quelle autre cause, il faut que, si l’eau de mer s’est parfois trouvée sur la terre, qu’elle y demeure toujours. En effet, autrement, si ce n’était pas le cas, il faudrait qu’ils disent que l’eau qui s’est élevée sous l’action du Soleil par évaporation ne revient pas de nouveau sur la terre ; c’est manifestement le contraire que nous voyons dans les pluies. Ou bien si l’eau qui s’est élevée revient, il est nécessaire soit que la mer dure toujours, si l’eau s’élève et revient toujours, soit qu’elle demeure tant que dure le phénomène qui fait revenir l’eau. Et il faudra de nouveau que soit entraîné vers le haut par évaporation ce qui est potable dans l’eau. Et ainsi la mer ne s’assèchera jamais dans une telle alternance : puisque l’eau descendra de nouveau dans la mer.

Et peu importe si ce phénomène ‒ à savoir que l’eau qui s’est élevée redescend ‒ a lieu une seule fois, ou s’il a lieu souvent, puisque dans l’un et l’autre cas aucune quantité d’eau n’est diminuée. Comme on pourrait dire que cette alternance ne durera pas toujours, si le mouvement du Soleil cesse, il ajoute que, si l’on disait que le mouvement du Soleil cesse, il ne resterait rien qui puisse assécher l’eau de mer : mais si le mouvement du Soleil demeure toujours, il faudra que le Soleil, s’approchant de quelque partie de la terre, fasse toujours s’élever l’eau par évaporation, et que, quand il s’éloignera, elle tombe à cause du froid. Et ainsi on ne peut pas dire que la mer s’assèchera totalement, que le mouvement du Soleil cesse ou non.

[80226] Super Meteora, lib. 2 cap. 4 n. 5 Deinde cum dicit: acceperunt autem suspicionem hanc etc., excludit rationem moventem eos ad hoc ponendum. Et dicit quod acceperunt hanc opinionem, quod scilicet totaliter exsiccaretur mare, et quod quandoque incoeperit, propter hoc quod multa loca apparent magis sicca nunc quam prius. Sed causa propter quam accidit haec passio, dicta est prius, quia scilicet secundum quaedam determinata tempora fiunt excessus aquarum: sed non accidit propter hoc quod totum universum generetur; sed eius partes generantur.

Et iterum secundum alia determinata tempora erit contrarium, scilicet quod erit magnus excessus siccitatis; quod cum factum fuerit, iterum desiccabitur terra, quae erat cooperta aquis propter excessum aquarum prius factum. Et necesse est quod hoc semper procedat circulariter, scilicet quod post excessum aquarum, determinato tempore, fiat excessus siccitatis, et e converso. Rationabilius enim est sic opinari, quam ponere quod totum caelum permutetur, propter quasdam particulares permutationes existentes circa terram.

Et quia praedicta positio, contra quam locutus est, in superficie rationabilis apparet, subiungit quod circa hoc immoratus est eius sermo plus quam dignum fuerit.

169. Ensuite, quand il dit : ils ont conçu cette conjecture, etc., il rejette le raisonnement qui les pousse à exposer cela. Et il dit qu’ils ont conçu l’opinion selon laquelle la mer s’assèche totalement et qu’elle a commencé à exister un jour, à partir de ce que de nombreux lieux apparaissent plus secs maintenant qu’avant. Mais la raison pour laquelle ce phénomène se produit a été dite plus haut : c’est parce qu’il y a de l’eau en excès à certaines époques déterminées, mais non parce que l’univers tout entier est engendré, mais parce que ses parties le sont.

Et le contraire aura de nouveau lieu à d’autres époques déterminées, à savoir qu’il y aura une sècheresse excessive ; et lorsque ce sera le cas, la terre, qui avait été recouverte par les eaux en raison des excès qui ont précédemment eu lieu, s’assèchera de nouveau. Et il est nécessaire que cela procède toujours en cycle, à savoir qu’après un excès d’eau, à un temps déterminé, se fasse un excès de sècheresse, et inversement. En effet, il est plus rationnel d’avoir une telle opinion que de poser que le ciel tout entier se transforme, en raison des transformations particulières qui existent autour de la terre.

Et puisque la position précédente, contre laquelle il s’est exprimé, apparaît rationnelle de façon superficielle, il ajoute qu’il a consacré à ce sujet plus de temps qu’il n’en méritait.

 

 

Caput 5

Chapitre 5 – [Hypothèses sur l’origine du sel de la mer]

[80227] Super Meteora, lib. 2 cap. 5 n. 1 Postquam philosophus determinavit de natura maris et eius generatione, nunc determinat de eius salsedine.

Et primo inquirit de ea secundum opiniones aliorum; secundo ponit suam opinionem, ibi: nos autem dicamus et cetera.

Circa primum, prosequitur de salsedine maris secundum tres opiniones philosophorum naturalium, in principio huius tractatus de mari positas.

164. Après que le philosophe a déterminé la vérité sur la nature de la mer et sa génération, il la détermine maintenant sur sa salure.

Et, premièrement, il se livre à une enquête sur cette question en suivant les opinions des autres ; deuxièmement, il expose sa propre opinion, là : parlons, quant à nous, etc.

Concernant le premier point, il s’attache à présenter la salure de la mer suivant trois opinions de philosophes de la nature, placées au début de ce traité sur la mer.

[80228] Super Meteora, lib. 2 cap. 5 n. 2 Dicit ergo primo quod illi qui dixerunt quod mare semel generatum est, vel qualitercumque posuerunt ipsius generationem, non possunt assignare causam salsedinis. Dicunt enim isti quod a principio aqua circumdabat totam terram, et sol elevavit magnam partem aquae, ex quo contingit quod magna pars terrae remansit discooperta ab aquis; et illud quod fuit residuum et nondum desiccatum a sole, factum est mare.

Si ergo in multitudine aquae maris, quae secundum naturam suam deberet esse dulcis, facta est causa salsedinis propter admixtionem alicuius terrae ad aquam quae remansit, quae potuit dulce convertere in tantam salsedinem; cum, redeunte per pluvias aqua quae evaporavit, necesse sit quod aequalis multitudo aquae conservetur supra terram, ut supra dictum est; necesse est quod etiam primo, antequam sol incoeperit desiccare, mare esset salsum; vel, si prius non fuit salsum, neque posterius salsum erit, ex quo tota aqua quae elevata est, redit. Et sic non potest dici quod terra admixta facit aquam existentem nunc minoris quantitatis salsam, quod non poterat facere salsam totam, cum sit aequalis quantitatis nunc et prius. Si autem etiam a principio mare erat salsum, remanebit assignare causam salsedinis. Et etiam dicendum est quare, si a principio non ferebatur sursum aqua per evaporationem, nunc hoc accidit.

165. Il dit donc premièrement que ceux qui disaient que la mer a été engendrée une fois ou de quelque manière que ce soit ne peuvent attribuer une cause à la salure. En effet, ils affirment qu’au début l’eau entourait toute la terre, que le Soleil a fait s’élever une grande partie de l’eau, d’où il arrive qu’une grande partie de la terre est restée découverte par les eaux, et que la partie résiduelle et non encore asséchée par le Soleil est devenue la mer.

Donc si, dans la grande quantité d’eau de mer, qui devait être douce selon sa nature, la cause de la salure était un ajout de terre à l’eau qui est restée, laquelle était capable de transformer l’eau douce en une aussi grande quantité d’eau salée, comme il est nécessaire que, l’eau évaporée revenant sous forme de pluies, une quantité égale d’eau soit conservée sur terre, comme on l’a dit ci-dessus, il est nécessaire qu’au début aussi, avant que le Soleil ne commence à l’assécher, la mer soit salée ; ou bien si elle n’était pas salée auparavant, elle ne le sera pas ensuite, du fait que toute l’eau qui s’est élevée revient. Et ainsi on ne peut dire que le mélange de terre rende salée une eau qui est maintenant en plus petite quantité, alors qu’il ne pouvait pas la rendre salée tout entière, comme sa quantité est égale maintenant et auparavant. Si la mer est également salée dès le début, il restera à attribuer une cause à la salure. Et il faut aussi dire pourquoi, si l’eau n’est pas entraînée en haut dès le début par évaporation, ce phénomène se produit maintenant.

[80229] Super Meteora, lib. 2 cap. 5 n. 3 Deinde cum dicit: at vero et quicumque terram etc., prosequitur secundam opinionem. Et dicit quod illi etiam qui dixerunt admixtionem terrae esse causam salsedinis maris, non sufficienter ostendunt quare mare est salsum. Dicunt enim quod terra habet multos sapores secundum diversas sui partes; ita quod terra quam flumina deferunt ad mare, admiscetur mari, et facit ipsum salsum.

Sed hoc inconveniens videtur, quod mare sic fiat salsum per admixtionem terrae, et fluvii non sint salsi, qui sunt minoris quantitatis. Si ergo magna multitudo aquae maris permutatur ad salsedinem ex admixtione terrae, multo magis immutaretur aqua uniuscuiusque fluvii.

Manifestum est enim quod mare est congregatio omnium fluvialium aquarum: in nullo enim differt aqua maris ab aquis fluminum, nisi per salsedinem aquae; quae non accidit in aquis fluminum, sed solum in loco in quo omnia flumina congregantur. Et hoc non videtur possibile, si sola admixtio terrae a fluminibus delatae, salsedinem causaret.

166. Ensuite, quand il dit : Quant à tous ceux qui, etc., il développe la deuxième opinion. Et il dit que ceux qui affirment que le mélange de terre était la cause de la salure de la mer ne montrent pas suffisamment pourquoi la mer est salée. Car ils disent que la terre a de nombreuses saveurs dans ses différentes parties, si bien que la terre que les fleuves emporte vers la mer se mêle à la mer et la rend salée.

Mais il ne semble pas convenir de dire que la mer devient salée à cause d’un mélange avec la terre et que les fleuves ne sont pas salés, eux qui ont une quantité moindre. Donc si une grande quantité d’eau de mer évolue vers la salure en raison d’un mélange de terre, ce sera d’autant plus le cas pour l’eau de chaque fleuve.

En effet, il est manifeste que la mer rassemble toutes les eaux des fleuves : car il n’est nulle différence entre l’eau de mer et celle des fleuves, si ce n’est la salure de l’eau ; cette dernière ne se produit pas dans les eaux des fleuves, mais seulement là où les fleuves se rassemblent. Et cela ne semble pas possible si le seul mélange de la terre emportée par les fleuves cause la salure.

[80230] Super Meteora, lib. 2 cap. 5 n. 4 Tertio ibi: similiter autem derisibile etc., improbat tertiam opinionem tribus rationibus. Quarum prima est sumpta ex hoc quod immanifeste causam salsedinis assignavit. Et dicit quod derisibile est, si quis putet aliquid planum dixisse, dicens mare esse sudorem terrae, et ob hoc esse salsum, sicut Empedocles dixit. Forte enim sufficienter dixit, si intendit metaphorice dicere, secundum modum poeticum: dicere enim aliquid per metaphoras pertinet ad poetas, et probabile est quod Empedocles, qui metrice scripsit, ut dicitur, multa metaphorice protulerit. Sed tamen sic aliquid dicere non sufficit ad cognoscendam naturam rei: quia res naturalis per similitudinem quae assumitur in metaphora, non est manifesta. Quomodo enim, cum illud quod homo potat, sit dulce, sudor exinde generatus fiet salsus?

Non enim fit manifestum per metaphoram: utrum scilicet sudor remaneat salsus per separationem alicuius quod erat dulcissimum in poculo; aut efficiatur salsus per commixtionem alicuius, sicut accidit in aquis quae colantur per cinerem, quia per admixtionem cineris efficiuntur salsae vel amarae. Et eadem causa videtur esse de sapore urinae, quae est superfluitas collecta in vesica: quia huiusmodi superfluum fit amarum et salsum, cum humidum potatum sit dulce.

Si igitur ita est, quod aqua colata per calcem fit amara; et similiter etiam cum urina defertur aliqua res talis virtutis, quod possit ipsam salsam facere (nam in vasis in quibus residens conservatur urina, subsidere invenitur quaedam limositas salsa); et similiter est in sudore, quod adhaeret ei aliquid simile, cum sudor resolvitur a carnibus, quod facit ipsum salsum, tanquam si hoc humidum, quod exit a corpore per sudorem, abluat a carnibus illam superfluitatem quae facit sudorem salsum: si inquam ita est in istis tribus rebus, et metaphora de sudore est bene accepta, manifestum est quod etiam in mari erit causa salsedinis aliquid terrestre admixtum aquis. Quid autem sit quod facit salsedinem in corpore animalis, in sudore et urina, cognoscitur: quia est hypostasis alimenti, idest illud quod subsidet residuum ab eo quod attrahitur in usum alimenti nutriti. Et hoc quidem est causa salsedinis, quia non est digestum. Sed quid sit illud quod hoc modo possit facere salsedinem in mari, adhuc esset dicendum Empedocli, cum non sit manifestum. Et sic patet quod in hoc peccavit Empedocles, quod non manifeste assignavit causam.

167. Troisièmement, là : Il est également ridicule, il condamne la troisième opinion pour trois raisons. La première d’entre elles est tirée du fait qu’elle attribue une cause à la salure sans clarté. Et il dit qu’il est ridicule de penser avoir dit quelque chose d’évident en avançant que la mer est la sueur de la terre et que c’est la raison pour laquelle elle est salée, comme Empédocle l’a affirmé. Car ce dernier en a peut-être suffisamment dit, s’il avait l’intention de parler de façon métaphorique, de manière poétique : en effet, dire quelque chose par métaphore est le propre des poètes, et il est probable qu’Empédocle, qui écrivait par mètres, comme il est dit, s’est beaucoup exprimé par métaphores. Mais il ne suffit pourtant pas de dire quelque chose de cette façon pour connaître la nature de la chose : puisque la chose naturelle ne se manifeste pas par la similitude qui est présente dans la métaphore. En effet, alors que ce que boit l’homme est doux, comment se fait-il que la sueur engendrée ensuite deviendra salée ?

Car il ne devient pas manifeste par métaphore si la sueur reste salée par séparation avec quelque chose qui était très doux dans le breuvage ou si elle est rendue salée par un mélange avec quelque chose, comme il arrive aux eaux qui sont filtrées par de la cendre, puisqu’elles sont rendues salées ou amères par ajout de cendre. Et il semble que ce soit la même cause pour la saveur de l’urine, qui est le superflu collecté dans la vessie : puisque le superflu de ce genre devient amer et salé alors que le liquide bu est doux.

Donc, si les choses sont telles que l’eau filtrée par la chaux devient amère ; et également si descend avec l’urine quelque chose qui puisse la rendre salée (car dans les vases où est conservé un résidu d’urine, une sorte de boue salée se trouve subsister) ; et également s’il y a dans la sueur quelque chose de semblable qui y adhère, lorsqu’elle se dégage de la chair, ce qui la rend salée, comme si le liquide qui sort du corps par la sueur lavait la chair du résidu qui la rend salée : si, dis-je, il en est ainsi pour ces trois choses, et si la métaphore sur la sueur est bien prise, il est manifeste que pour la mer aussi la cause de la salure sera quelque chose de terreux mélangé aux eaux. Or ce qui produit la salure dans les corps des animaux, dans la sueur et l’urine est connu : puisque c’est l’hypostase de l’aliment, c’est-à-dire le résidu qui subsiste de ce qui est assimilé en guise de nutriment. Et c’est la cause de la salure, puisque non digéré. Mais ce qui peut produire la salure dans la mer de cette manière, Empédocle devrait encore le dire, comme ce n’est pas manifeste. Et ainsi il est clair qu’Empédocle a péché en ceci : il n’a pas indiqué la cause de façon manifeste.

[80231] Super Meteora, lib. 2 cap. 5 n. 5 Secundam rationem ponit ibi: omnino autem quomodo possibile etc.: quia, desiccata et calefacta tanta multitudine aquae, quanta a mari segregatur, tamen tota aqua maris salsa remanet; pars autem quae elevatur a terra per evaporationem, est submultiplex illius aquae quae in terra relinquitur (dicitur autem submultiplex, quae comparatur ad aliud sicut dimidium ad duplum, vel sicut subtriplum ad triplum, et sic de aliis). Unde non videtur quod aqua maris, cum sit maior pars quam aqua elevata per evaporationem, ex hoc possit fieri salsa: nam sudor et urina, quae fiunt salsa, sunt multo minora quam humiditas in corpore remanens.

168. Il pose la deuxième raison, là : de façon générale, comment est-il possible, etc: puisque, bien qu’une quantité d’eau aussi grande que celle qui se sépare de la mer se soit desséchée et réchauffée, la totalité de l’eau de mer reste pourtant salée ; tandis que la partie qui s’est élevée de la terre par évaporation est le sous-multiple de l’eau qui est laissée dans la terre (on appelle sous-multiple ce qui est par rapport à autre chose comme le demi au double, ou bien le tiers au triple et ainsi de suite). De ce fait, il ne semble pas que l’eau de mer, comme elle constitue une plus grande partie que l’eau qui s’est élevée par évaporation, puisse devenir salée pour cela : car la sueur et l’urine, qui deviennent salées, sont en bien moindre quantité que l’humidité qui reste dans le corps.

[80232] Super Meteora, lib. 2 cap. 5 n. 6 Tertiam rationem ponit ibi: adhuc autem propter quid et cetera. Et dicit quod quaerendum est ab Empedocle quare nunc terra, postquam desiccata est a sole in aliqua parte sui, sive maiori sive minori, non sudat, ita quod sudor eius appareat amarus: si enim hoc fuit a principio, quod terra sudaret humorem amarum, et nunc deberet fieri. Sed hoc non videtur nunc accidere: videmus enim quod terra, cum est humida, siccari potest, et postquam est sicca, non patitur aliquid tale, scilicet ut sudet. Neque igitur possibile fuit quod in prima generatione mundi, terra existens humida, quia circumdata aquis, sudaret per exsiccationem: sed magis verisimilis est opinio illorum qui dixerunt quod mare non est sudor terrae, sed aqua relicta post exsiccationem alicuius partis terrae: quod enim terra humida existens sudet, videtur impossibile.

Et sic ultimo concludit quod causae quae adducuntur de salsedine maris, videntur effugere rationem.

169. Il donne la troisième raison là : de plus, pour quelle raison, etc. Et il dit qu’il faut demander à Empédocle pourquoi la terre ne sue pas maintenant, après qu’elle a été desséchée par le Soleil dans l’une de ses parties, qu’elle soit grande ou petite, au point que sa sueur apparaisse amère : car si c’est dès le début que la terre a sué une humeur amère, cela doit se produire maintenant aussi. Mais cela ne semble pas arriver maintenant : car nous voyons que la terre, quand elle est humide, peut sécher et que, une fois qu’elle est sèche, ne subit rien de tel, à savoir suer. Donc il n’était pas possible que, lors de la première génération du monde, la terre qui était humide, puisqu’entourée par les eaux, suât par assèchement : mais est plus vraisemblable l’opinion de ceux qui disaient que la mer n’est pas la sueur de la terre, mais l’eau laissée après l’assèchement d’une partie de la terre : car il semble impossible que la terre humide sue.

Et ainsi il conclut à la fin que les causes qui sont avancées sur la salure de la mer semblent mettre la raison en fuite.

 

 

Caput 6

Chapitre 6 – [La cause du sel dans la mer]

[80233] Super Meteora, lib. 2 cap. 6 n. 1 Reprobatis opinionibus de salsedine maris, hic ponit opinionem propriam.

Et circa hoc tria facit: primo praemittit quaedam quae sunt necessaria ad propositum manifestandum; secundo assignat causam salsedinis maris, ibi: his autem sic se habentibus etc.; tertio manifestat quod dixerat per signa, ibi: quod autem est in commixtione et cetera.

Circa primum duo facit. Quorum primum resumit ex praedictis, videlicet quod est duplex exhalatio, una humida et alia sicca: et hanc putandum est esse principium horum, scilicet salsedinis maris.

Secundum est, quod movet dubitationem, de qua oportet primo videre veritatem, antequam propositum manifestet. Et est ista quaestio: utrum partes maris semper maneant eaedem numero; aut permutentur secundum numerum, et maneant eaedem secundum quantitatem, sicut accidit in aere et in aqua potabili fluminum et in igne. In his enim omnibus partes fiunt aliae et aliae numero, sed species vel forma multitudinis harum partium manet eadem: et hoc apparet maxime in aquis fluentibus et in fluxu flammae, quae per successionem fumi semper innovatur, ut supra dictum est, et tamen flamma semper manet eadem in numero. Unde probabile est non esse eandem rationem in his omnibus: nam ad minus differentia est secundum velocitatem permutationis; manifestum est enim quod citius permutantur partes aquae fluentis, quam partes terrae. In omnibus tamen est generatio et corruptio secundum partes per aliquem ordinem.

170. Après avoir rejeté les opinions sur la salure de la mer, il pose ici la sienne propre.

Et sur ce point il fait trois choses : premièrement, il avance certains points qui sont nécessaires pour montrer la proposition ; deuxièmement, il donne la cause de la salure de la mer, là : cela étant, etc. ; troisièmement, il montre ce qu’il avait dit par des indices, là : ce qui est dans le mélange, etc.

Concernant le premier point, il fait deux choses. Il tire la première d’entre elles de ce qui précède, à savoir qu’il y a une double exhalaison, l’une humide et l’autre sèche : et il faut penser que c’est le principe de ces phénomènes, à savoir la salure de la mer.

La seconde est qu’il soulève une interrogation, à propos de laquelle il faut d’abord voir la vérité, avant de manifester la proposition. Voici cette question : les parties de la mer demeurent-elles toujours les mêmes en nombre ou bien se transforment-elles selon le nombre, tout en demeurant les mêmes en quantité, comme il arrive pour l’air, l’eau potable des fleuves et le feu ? En effet, pour tous ceux-ci les parties deviennent autres en nombre, mais l’espèce ou forme de la masse de ces parties demeure la même : et c’est surtout visible dans les eaux courantes et le flux de la flamme, qui se renouvelle toujours dans la fumée qui se succède, comme on l’a dit, bien que la flamme demeure toujours la même en nombre. De ce fait, il est probable que ce ne soit pas la même raison pour tous ces éléments : car la différence est au moins selon la rapidité de la transformation : en effet, il est manifeste que les parties de l’eau courante se transforment plus vite que les parties de la terre. Cependant, pour tous la génération et la corruption se font selon les parties suivant un ordre.

[80234] Super Meteora, lib. 2 cap. 6 n. 2 Deinde cum dicit: his autem sic se habentibus etc., assignat causam salsedinis maris.

Et circa hoc duo facit: primo ostendit in generali unde causetur sapor salsus; secundo unde causetur salsedo in mari, ibi: propter quod et mare et cetera.

Dicit ergo primo quod, cum praemissa sic se habeant ut dictum est, oportet reddere causam de salsedine maris. Manifestum est autem per multa signa quod sapor salsus causatur ex admixtione alicuius. Videmus enim quod in corporibus animalium illud quod est indigestissimum, est salsum et amarum: hoc autem maxime est superfluitas alimenti, et maxime quae congregatur in vesica. Et quod haec sit indigestissima, significatur per hoc quod est subtilissima inter omnes superfluitates; omnia autem digesta videntur inspissata esse a calore. Et sicut est de urina, ita est de sudore: similiter enim cum sudore segregatur aliquid indigestum, quod facit talem saporem. Similiter est in adustis: quia illud quod est residuum ab actione caloris, inquantum calor non potest vincere, in corporibus animalium fit superfluitas, in adustis autem fit cinis, per cuius admixtionem aqua etiam redditur salsa et amara.

171. Ensuite, quand il dit : cela étant, etc., il donne la cause de la salure de la mer.

Et, concernant cela, il fait deux choses : il montre premièrement d’où vient la cause de la saveur salée en général ; deuxièmement d’où vient la cause de la salure marine, là : c’est pourquoi certains, etc.

Il dit donc premièrement que, comme les prémisses sont telles qu’on l’a dit ci-dessus, il faut rendre la cause de la salure marine. Or, il est manifeste d’après de nombreux indices que la saveur salée est causée par l’ajout de quelque chose. En effet, nous voyons que ce qui est le plus indigeste dans les corps des animaux est salé et amer : c’est surtout le cas du résidu de l’aliment et de ce qui s’assemble dans la vessie. Et ce qui indique que ce résidu est le plus indigeste, c’est c’est le plus subtil de tous les résidus ; or tous les résidus digestes semblent avoir été épaissis par la chaleur. Et il en est de la sueur comme de l’urine : en effet, quelque chose d’indigeste s’assemble avec la sueur et produit une telle saveur. Il en est de même pour les corps brûlés : puisque ce qui reste après l’action de la chaleur, dans la mesure où elle ne peut l’emporter, devient un résidu dans les corps des animaux et dans les corps brûlés de la cendre, qui rend l’eau salée et amère, quand on l’y ajoute.

[80235] Super Meteora, lib. 2 cap. 6 n. 3 Deinde cum dicit: propter quod et mare etc., assignat specialiter causam salsedinis maris.

Et circa hoc tria facit: primo facit quod dictum est; secundo hoc manifestat per quaedam signa, ibi: et propter hoc Australes etc.; tertio excludit quasdam obiectiones, ibi: fit igitur semper alterum et cetera.

Dicit ergo primo, quod propter hoc quod sapor salsus et amarus invenitur causari ex admixtione alicuius indigesti vel adusti, quidam dixerunt quod mare erat factum ex terra adusta. Quod quidem inconveniens est, si intelligatur secundum quod dicitur: sed si intelligatur dictum per similitudinem, ut scilicet salsedo in mari causetur per admixtionem alicuius quod est simile cum terra adusta, sic verum est. Sicut enim contingit in praedictis, scilicet urina, sudore et cinere, sic oportet intelligere et in tota terra: sicuti enim ex ignitis relinquitur aliquid quod non potuit ignis dissolvere, ita oportet intelligere relinqui circa terram ab actione caloris aliquid simile cineri relicto ab actione ignis.

Et huius similitudinem habet exhalatio quae fit ex arida, cuius multitudinem terra exhibet. Huiusmodi igitur exhalatio sicca cum admiscetur vaporosae exhalationi, quae condensatur in nubes et pluviam, necesse est quod semper in illa exhalatione humida contineatur aliquid virtutis huius, scilicet exhalationis siccae; et sic simul utrumque commixtum fertur deorsum, aqua pluente. Hoc autem fit secundum quendam ordinem semper, ut scilicet exhalationes commixtae eleventur, et iterum cadant per pluviam. Dico autem hoc secundum ordinem fieri, secundum quod ea quae hic inferius fiunt, possunt participare ordinem: non enim sic pure participant ordinem ut sint semper eodem modo, sicut est de corporibus caelestibus, sed accidunt ut frequenter. Et sic concludit quod dictum est unde fiat generatio salsi in aqua maris.

172. Ensuite, quand il dit : c’est pourquoi certains, etc., il donne la cause de la salure de la mer en particulière.

Et, concernant cela, il fait trois choses : premièrement, il fait ce qu’il a dit ; deuxièmement, il montre cela par certains indices, là : et cela explique pourquoi les ondées du sud, etc. ; troisièmement, il rejette certaines objections, là : ce phénomène est donc toujours autre, etc.

Il dit donc premièrement que, étant donné que la saveur salée et amère se trouve causée par l’ajout de quelque chose d’indigeste ou de brûlé, certains ont affirmé que la mer a été faite à partir de terre brûlée. Cette affirmation ne convient certes pas, si on la comprend au sens propre : mais si on la comprend par analogie, à savoir que la salure de la mer est causée par l’ajout de quelque chose qui est semblable à de la terre brûlée, elle devient vraie. En effet, il faut comprendre qu’il en est de toute la terre comme de ce dont on a parlé ci-dessus, l’urine, la sueur et la cendre : car, de même que des corps brûlés il reste quelque chose que le feu ne peut désagréger, de même il faut comprendre qu’il reste, pour la terre, sous l’action de la chaleur, quelque chose de semblable à la cendre sous l’action du feu.

Et l’exhalaison qui se forme sous l’effet de la sécheresse a une ressemblance avec ce dont la terre cause une grande masse. Donc comme une exhalaison sèche de ce genre est mélangée à l’exhalaison vaporeuse qui se condense en nuages et en pluie, il est nécessaire que soit toujours contenu dans l’exhalaison humide quelque chose de cette vertu, à savoir de l’exhalaison sèche ; et ainsi les deux choses mélangées sont emportées en bas en même temps, avec l’eau de la pluie. Ce phénomène se produit toujours selon un certain ordre, à savoir que les exhalaisons mélangées s’élèvent et retombent sous forme de pluie. Or je dis qu’il se produit selon un ordre dans la mesure où ce qui se produit ici-bas peut participer à un ordre : en effet, ces phénomènes ne participent pas purement à un ordre au point d’être toujours de la même manière, comme c’est le cas des corps célestes, mais ils arrivent fréquemment. Et ainsi il conclut que l’on a dit d’où provient la génération du salé dans l’eau de mer.

[80236] Super Meteora, lib. 2 cap. 6 n. 4 Deinde cum dicit: et propter hoc Australes etc., manifestat quae dixerat per quaedam signa. Et dicit quod propter hoc quod exhalatio sicca admiscetur evaporationi humidae, aquae Australes et aquae quae primo cadunt in autumno, sunt latiores, idest graviores et magis ad salsedinem tendentes.

Et primo manifestat hoc de aquis Australibus, idest quae cadunt Austro flante. Auster enim et flatu et magnitudine est valde calidus: flat enim a locis calidis et siccis, in quibus est parum de vapore humido, et ideo est calidus. Sed quia posset aliquis dicere quod flat a locis frigidis, scilicet a polo Antarctico, quem oportet esse frigidum propter distantiam a sole, ideo subiungit quod, etsi hoc dicatur quod non flat a locis calidis sed a frigidis, tamen oportet quod transeat ad nos per loca calida et sicca, ex locis propinquis; et ideo est calidus. Sed Boreas, qui venit ad nos immediate ex locis frigidis, congregat multos vapores humidos et frigidos; et propter hoc est frigidus. Sed tamen nobis est serenus, quia impellit huiusmodi vapores ad partem oppositam: sed in locis et regionibus meridionalibus est aquosus, quia illuc impellit vapores. Et e converso Auster est serenus illis qui habitant in meridionalibus, scilicet circa Lybiam, cum nobis sit pluviosus. Sic igitur quia Auster colligit multum de exhalatione sicca, talis ventus confert multum ad hoc quod descendat aqua salsa. Et sic patet ratio unius eorum quae dicta sunt, scilicet quare aquae Australes sunt latiores.

Sed quia hoc etiam dixerat de primis aquis autumnalibus, assignat etiam huius causam: quia scilicet necesse est quod ea quae sunt gravissima in vaporibus elevatis, prius deorsum ferantur; gravissima autem sunt in quibus est plurimum de terrestri; et ideo aquae primo cadentes in autumno post aestatem, sunt latiores, valde plurimum de terrestri habentes.

Aliud etiam signum assignat praedictae rationi assignatae de salsedinis causa: quia scilicet propter hoc mare est calidum, et regiones propinquae mari sunt calidiores, propter abundantiam scilicet praedictae exhalationis mixtae aquae maris. Quaecumque enim fuerint ignita, etiam post extinctionem videntur habere virtutem caloris in seipsis, ut patet in cinere et calce et superfluitate animalium habentium calidos ventres. Et huius ratio est, quia in huiusmodi manet virtus caloris alterantis cum exhalatione sicca. Unde, cum exhalationem siccam resolutam a terra desiccata, dixerit esse causam salsedinis maris, consequens est ut etiam in mari caliditas ex hoc abundet.

173. Ensuite, quand il dit : et cela explique pourquoi les ondées du sud, etc., il montre ce qu’il avait dit par certains indices. Et il dit que, puisque l’exhalaison sèche s’ajoute à l’évaporation humide, les eaux australes et celles qui tombent premièrement en automne sont plus larges, c’est-à-dire plus lourdes et tendent davantage vers la salure.

Et il montre premièrement ce phénomène à propos des eaux australes, c’est-à-dire de celles qui tombent quand l’auster souffle. En effet, l’auster est fort chaud à la fois par son souffle et son ampleur : car il souffle à partir de régions chaudes et sèches dans lesquelles il y a peu de vapeur humide, et c’est pourquoi il est chaud. Mais puisque quelqu’un pourrait dire qu’il souffle à partir de lieux froids, à savoir le pôle antarctique, qui doit être froid en raison de sa distance par rapport au Soleil, il ajoute que, même si on disait qu’il ne souffle pas à partir de lieux chauds, mais froids, il faut pourtant qu’il traverse des endroits chauds et secs pour venir jusqu’à nous, dans les lieux voisins ; et pour cette raison il est chaud. Mais le borée, qui vient immédiatement à nous en partant de lieux froids, assemble de nombreuses vapeurs humides et froides ; et c’est la raison pour laquelle il est froid. Mais il amène pourtant le beau temps chez nous puisqu’il repousse les vapeurs de ce genre dans la partie opposée : mais un temps humide dans les régions méridionales aussi puisqu’il y repousse les vapeurs. Et, inversement, l’auster apporte le beau temps à ceux qui habitent les régions du sud, à savoir les environs de la Libye, alors qu’il nous donne de la pluie. Ainsi donc, puisque l’auster recueille beaucoup d’exhalaison sèche, un tel vent contribue beaucoup à ce que de l’eau salée descende. Et la raison d’un des propos tenus, à savoir pourquoi les eaux australes sont larges, devient évidente.

Mais puisqu’il avait également dit cela des premières ondées d’automne, il en donne aussi la raison : c’est qu’il est nécessaire que ce qui est le plus lourd dans les vapeurs qui se sont élevées soit entraîné en premier vers le bas ; or le plus lourd est ce qui contient la plus grande quantité de terre ; et cela explique que les eaux qui tombent en automne sont plus larges après l’été, car elles ont une fort grande quantité de terre.

Il donne aussi un autre indice à la raison avancée pour la cause de la salure : c’est que la mer est chaude et que les régions proches de la mer sont plus chaudes en raison de l’abondance de l’exhalaison mentionnée mêlée à l’eau de mer. En effet, tout ce qui a été brûlé semble avoir la vertu du feu en soi, même après son extinction, comme on le voit pour la cendre, la chaux et les excrétions des animaux qui ont un ventre chaud. Et c’est la raison pour laquelle la vertu de la chaleur qui altère avec l’exhalaison sèche demeure dans les corps de ce genre. De ce fait, comme il a dit que l’exhalaison sèche qui s’est dégagée de la terre desséchée est la cause de la salure de la mer, il s’ensuit que la chaleur est importante dans la mer également.

[80237] Super Meteora, lib. 2 cap. 6 n. 5 Deinde cum dicit: fit igitur semper alterum etc., excludit quasdam dubitationes circa praedicta.

Et circa hoc duo facit: primo excludit dubitationes; secundo concludit ex praemissis causam salsedinis maris, ibi: nunc autem tantum et cetera.

Prima dividitur in duas, secundum duas dubitationes quas solvit.

Est autem prima dubitatio: cum aqua maris non continue maneat eadem numero secundum partes, sed evaporet et iterum cadat, non videtur esse causa salsedinis maris exhalatio sicca admixta, sed magis evaporatio ab aqua salsa.